‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 527 sur 1042 · DIMENSIONS · texte numérisé non relu

DIMENSIONS

Longueur .

Largeur . .

Epaisseur .

HULUPARES.

million.

MULTIPARES.

millim.

Ces dimensions doivent varier considérablement; car il est rare de trouver deux auteurs qui s'accordent sur ces chiffres. Les dimensions augmentent sous l'influence de la menstruation. Au moment des règles, en effet, le sang gorge le tissu delà matrice, qui double presque de volume, k la manière des tissus érectiles. Cette congestion, d'après M. Rouget, est une vraie érection. Selon Aran, la longueur de la matrice va en augmentant jusqu'à l'âge de trente ans, pour diminuer ensuite à mesure que la femme avance en âge. Les dimensions relatives du col et du corps varient avec l'âge. Chez l'enfant naissaut et pendant les premières années, le col est plus volumineux et plus long que le corps : il forme les trois cinquièmes de la longueuptotale de l'organe ; plus tard, le col diminue à mesure que le corps augmente, et celui-ci finit par former les trois cinquièmes de la longueur de la matrice. L'épaisseur du Col est égale à celle du corps, la largeur est moins considérable.

L'utérus a la forme d'une poire un peu aplatie d'avant en arrière. 11 présente une

partie inférieure plus étroite, le col, et une partie supérieure plus large, le corps. Le corps offre k étudier une face antérii-ure, une faco postérieure, deux bords latéraux et le fond.

La face antérieure, un peu moins convexe que la face postérieure, est en rapport avec la vessie, dont elle est séparée par un culde-sac du péritoine appelé vésico-utérin. Ce cu!-de-sac ne s'élève pas h la même hauteur chez tous les sujets : on le voit quelquefois recouvrir toute l'étendue du col et arriver au contact du vagin. Ordinairement, une portion de cette face est immédiatement en rap- . port avec la vessie. '

La face postérieure, plus convexe, présente une saillie médiane et verticale. Elle est recouverte par le' péritoine, qui se prolonge sur la partie postérieure «lu vagin pour former le cul-de-sac reoto-vaxinal. Ce culde-sac, beaucoup plus considérable que le cul -de-sac antérieur, reçoit des circonvolutions intestinales dans l'état de vacuité de la vessie. Lorsque ce réservoir est plein, les circonvolutions sont déplacées, et la face postérieure de la matrice, se renversant un peu en arrière, s'applique sur le rectum.

Les bords de la matrice sont sinueux; convexes en haut, ils deviennent légèrement concaves vers la partie inférieure. A la partie supérieure de ces bords, on trouve l'insertion de la trompe de Kallope, de l'ovaire et du ligament rond. Dans toute leur étendue, on voit l'insertion des ligaments larges. Là fond de la matrice est convexe et recouvert par le péritoine. Il est situé à om,03 au-dessous du détroit supérieur du bassin. Les anses intestinales la recouvrent. Le professeur Paul Dubois indique le moyen de reconnaître si une femme a eu des enfants en examinant le fond de l'utérus sur le cadavre. En effet, chez celle qui n'a pas eu d'enfant, le fond est horizontal et se continue directement avec les trompes de Fallope, de Sorte ?ue les angles sont très-marqués. Chez la emme qui a eu des enfants, la fond de l'utérus est convexe et les angles en partie effacés.

Le col de la matrice est la partie inférieure de cet organe, Il est divisé en deux portions par l'insertion du vagin : une portion susvagina;e et une portion vaginale.

La portion sus-vaginale du col est en rapport, en avant, avec la vessie, à laquelle elle est unie par un tissu cellulaire peu résistant, et, en arrière, avec le péritoine qui se prolonge sur le vagin. A cause da l'insertion plus élevée du vagin en arrière, cette portion du col est presque nulle efl arrière et présente en avant une longueur de 0'n,015 à 0m,02. Sur les côtés, la portion sus-vaginale est en rapport avec les ligaments larges et l'artère utérine, qui se distribue au col. Jobert de Lamballe a tiré un admirable parti: du rapport qui existe entre le col de la matrice et la vessie, et surtout du glissement possibio de la vessie sur le col, pour l'opération de la fistule vésico-vaginale, qui était autrefois considérée comme incurable.

La portion vaginale forme le museau de tanche; c'est elle que l'on aperçoit lorsqu'on introduit le spéculum. A ce niveau, le col a la forme d'un cône à sommet inférieur percé d'une ouverture. Ce cône est très-ferme, élastique, rosé et pointu chez la jeune fille vierge. Son orifice est très-petit et arrondi ; on ne voit alors rien qui ressemble aux lèvres qui se montreront plus tard. Le coït ne change rien à la forme du col ni à l'orifice ; mais il détermine, lorsqu'il est fréquemment répété, une diminution dans la fermeté du col, qui, en même temps, prend une coloration plus foncée. Chez la femme qui a eu un enfant, le cône est moins pointu, sa consistance moins ferme, sa coloration plus foncée, et son orifice prend l'aspect d'une petite fente transversale de O^.OOÏ k 0m,004 de longueur, présentant sur l'extrême gauche une ou deux petites incisures. Chez lu femme qui a eu plusieurs enfants, le col tend k s'effacer, le cône qu'il forme diminue considérablement de longueur, il s'aplatit; en même temps, des incisures se voient tout autour de l'orifice, et, si le nombre d'enfants a été jusqu'à huit, dix, etc., la col disparaît com-

fdétement, et à sa place on ne trouve qu'un arge orifice entouré de tubercules et de dépressions de toute dimension. Cette disposition du col de. l'utérus donne au doigt une sensation assez analogue k celle du cancer de cet organe. Après un, et surtout après plusieurs accouchements, l'orifice du col de la matrice divise cet organe en deux parties ou lèvres. La lèvre antérieure sépare 1 orifice du cul-de-sac antérieur du vagin; elle est peu saillante, k cause de l'insertion vaginale sur un point très-rapproché de son extrémité libre. La lèvre postérieure sépare l'orifice du cul-de-sac postérieur. Cette lèvre a une longueur considérable, qu'elle doit k l'insertion du vagin sur un point élevé de la partie postérieure. Lorsque la matrice est verticale, les deux lèvres descendent à la même hauteur. On conçoit que l'une d'elles descende plus bas lorsque la matrice s'incline de son côté ou lorsqu'elle devient le siège d'une tuméfaction.

Quant à sa conformation intérieure, l'utérus présente une cavité qui occupe le corps et le col. La cavité du cor^)3 est très-petite et de forme triangulaire. Les trois bords du triangle qu'elle forme sont convexes du côté

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de la cavité chez la femme qui n'a pas eu

d'eiifiints, rectilignes au contraire, et même concaves, chez la femme qui en a en plusieurs. Les trois angles de celte cavité présentent chacun un orifice ; l'oritîce interne du col et l'orifice des deux trompes. La cavité du corps est peu considérable ; elle est trèsresserrée entre les deux parois de la matrice, qui arrivent presque an contat>t. Elle a une longueur de 0m,022. La cavité du col, appelée aussi cavité cervicale, est phis longue que celle du corps et mesure 0m,ù25. Klle est fusiforme, c'est-à-dire renflée k sa partie moyenne et aplatie d'avant en arrière. 'Sur les deux parois de la cavité du col, on trouve une saillie verticale avec des ramifications comparables à celles d'une feuille de fougère. Os saillies ramifiées constituent les arbres de vie du col de la matrice. Leurs branches s'entre-cmisent sur les bords de cette cavité. L'arbre de vie de la paroi postérieure se dévie à gauche en «'approchant de la cavité du corps, où il disparaît. Celui de la paroi antérieure se dévie k droite pour disparaître de la même façon. La cavité du col présenie deux orifices : l'orifice externe, qui a été étudié avec le museau de tanche, et l'orifice interne, sorte de rétrécissement intermédiaire au corps et an col. Ce rétrécissement, qui n'est pas linéaire, a une longueur de 0JU,0Ûâ. M. Guyon l'appelle portion intermédiaire aux deux cavités. C'est au niveau de cet orifice que M. Riehet décrit un anneau musculaire, sphincter de l'utérus. C'est [ aussi au niveau de cet orifice que l'on rencontre, pendant les huit premiers mois de la .1 grossesse, une masse visqueuse, connue sous j le nom de bouchon gélatineux. La cavité du | corps ayunt 0"\022, celle du col 0>n,025 et ! celle de l'orifice interne ou portion intermédiaire 0">,005, nous avons am,052 pour la ] longueur totale de la cavité uteriun; mais I cette longueur, chez les femmes qui ont eu ' plusieurs enfants, s'élève à 0m,057, dont ; 0I",027 pour le corps, 0m,024 pour le col et ; Q"',005 pour la portion intermédiaire.

Il nous reste, pour terminer la description I complète de l'utérus, a é udier sa structure. ' Trois couches superposées forment cet or- 1 gaiie : une couche séreuse, une couche musculaire et une couche muqueuse. Des vaisseaux et des nerfs complètent cette structure.

La couche séreuse, dépendante du péritoine, recouvre te fond de la matrice ainsi que les deux face.s. Kn avant, elle recouvre les deux tiers supérieurs du corps pour se réfléchir sur la vessie et former le cul-de-sac vésicoulériu ; en arrière, elle recouvre la matrice dans toute son étendue et se porte sur le vagin. Des parties latérales de la matrice le péritoine se porte sur les annexes et forme les deux feuillets du ligament large. Sur toute l'étendue des deux faces et du fond de la matiice, l'adhérence du péritoine au tissu musculaire est intime.

La cou. he musculaire est formée de fibres musculaires irrégulièrement distribuées et se prêtant difficilement à uue description. Cependant, d'après AL Sappey, on peut y constater trois plans. Le plan superficiel, placé au-dessous du péritoine, est formé de fais- | ceaux transversaux et d'un faisceau longi- ■ tudiual. Les faisceaux transversaux partent de la ligne médiane et se portent vers les bords de la matrice. Ceux qui partent de la face uniérieure convergent vers le ligament rond, qu'ils constituent, en même temps qu'ils envoient quelques fibres en dehors pour doubler le feuillet antérieur du ligament linge. Ceux qui partent de la face postérieure convergent aussi vers les bords de la matrice pour former le ILament de l'uvaire. A ce niveau, ou voit certains faisceaux antérieurs se réurjir k des faisceaux postérieurs. Enfin, ceux qui naissent du fond de la matrice .se purieur. horizontalement vers les trompes de Fallope, qu'ils enlacent. Le faisceau tongituiial, unique, est une bande musculaire de Ou1, 01 de largeur environ; elle commence en avant, au niveau du col, recouvre la ligne médiane de le face antérieure et celle du fond, qu'elle contourne pour descendre le long de la l'ace postérieure et se perdre aussi sur 1« col ou peut-être se continuer en partie avec le vagin. Quelques ailleurs admettent qu'à ses extrémités cette bande se continue avec les fibres circulaires du col. Le plan moyen se Oèrobe à toute espèce d investigation. Les libres qui le constituent paraissent s'anastomoser fréquemment, de sorte que ce pi. m seruit constamment plexifurine. (Je plan est extrêmement épais; à lui seul, il forme lu presque totalité de la paroi de {'utérus j dans le corps comme dans le col. Le plan profond est en contact avec la muqueuse de l'utérus. Ce plan, manifeste surtout au niveau de l'orifice des uompesde Faliope et de l'orifice interne du col, est formé de fibres circulaires qui entourent chacun de ces orifices, do sorte qu'à ce niveau il existe trois groupes de fibres circulaires, ayant chacun, pour centre un orifice. Au niveau du col, on trouve à la surface des fibres musculaires; au-dessous, des fibres plexiformes, qui sont une continuation de celles du corps; plus profondément, des fibres longitudinales et obliques, qui forment les arbres de vie et qui s'eutre-croLent sur les bords de la cavité cervicale.

La couche muqueuse de l'utérus se continue en uas avec ceiie uu vagin, en haut avec

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celle des trompes de Fallope. Elle est d'une épaisseur considérable ; c'est à cause de cette épaisseur qu'elle a si souvent échappé aux investigations des anatomistes, qui croyaient trouver dans cet organe une muqueuse extrêmement mince. Elle a été découverte par M. Cosie et étudiée par M. Robin, La muqueuse présente une face adhérente confondue avec les fibres musculaires, et une face libre recouverte d'épithélium cylindrique à cils vibratiles. Le derme de cette muqueuse est très-épais : oni^oî à 0ra,005 nu niveau des faces de la cavité du corps, 0^,0005 au niveau des angles de cette cavité et sur le col. Ces chiffres, indiqués par M. Sappey, sont bien inférieurs à ceux qu'ont donnés MM. Coste et Robin, qui attribuent à la muqueuse une épaisseur de 0<n,004 à 0™, 006 au niveau des parois. Le derme contient les éléments suivants : 1<> quelques faisceaux de fibres latnineuses et des corps tibro-plastiques ; 2» des noyaux embryo-plastiques en grand nombre; S0 des cellules identiques à celles de l'ovisac et auxquelles l'état de grossesse imprime les mêmes modifications qu'à celles de l'ovisac même (c'est à leur augmentai ion de volume et de nombre qu'est où l'épuississement de la muqueuse dés le commencement ae la grossesse ; cepeildaht, dès le troisième mois, la muqueuse diminue d'épaisseur) ; 40 quelques fibres-cellules disséminées; 5" de la matière amorphe, finement granuleuse, qui sert à réunir ces différents éléments; 69 des glandes ou follicules généralement assez fiexueux, «'ouvrant par un orifice en forme de godet et remplis d'épithélium nucléaire. Ces follicules sont, trèsrépandus dans la muqueuse de l'utérus.

Dans le corps, ils sont fiexueux, simples ou bilobés à la face adhérente de la muqueuse; ils s'ouvrent par uue ouverture élargie en godet dans la cavité utérine. Au fond du follicule, mais en remontant vers l'orifice de la glande, on trouve un épithélium prismatique et même quelques cellules recouvertes de cils vibratiles. Leur paroi mince est très-adliérente au tissu ambiant. Les follicules de la muqueuse du col de l'utérus sont plus larges et plus courts. Us ont jusqu'à 0"',0U3 de longueur sur Oono,l à 0°»,001 ou 0™,002 de largeur. Us augmentent de volume pendant la grossesse. L'ouverture de ces follicules est très-étroite ; elle est taillée en forme de boutonnière. Comme dans le corps, les follicules du col sont souvent bilobés. L'ouverture s'oblitère quelquefois; alors, la glande augmente de volume par suite de l'accumulation du liquide et constitue ce qu'on appelait autrefois œufs de Nuboth. C est le liquide sécrété par les follicules qui forme le bouchon gélatineux du col pendant la grossesse.

Les artères de l'utérus sont : l'utéro-ovarionne de l'aorte, l'utérine de l'hypogastrique et une petite branche de l'hypogastrique qui va à 1 utérus et occupe le centre du ligament rond. L'utéro-ovarienne, arrivée aux angles de l'utérus , donne en dehors une branche aux annexes, et en dedans une branche qui parcourt le bord de l'utérus pour y former une anastomose. Cette branche, après avoir cheminé dans l'épaisseur du ligament large, remonte vers la précédente. De cette anastomose partent de nombreux rameaux qui se rendent dans les parois de l'organe et qui affectent une direction spirale. Cet enroulement des artères en tire-bouchon existe dans l'utérus à l'état de vacuité et pendant la grossesse.

Les veines sont considérables, surtout pendant la grossesse; on leur donne le nom de sinus utérins. Leur paroi externe adhère intimement au tissu de l'organe, de telle sorte qu'elles restent béantes lorsqu'on vient à diviser celui-ci. Elles forment quatre groupes principaux : deux supérieurs, qui accompagnent les artères utero-ovariennes et vont se jeter dans la veine rénale gauche pour celui du côté gauche, et dans la veine cave inférieure pour celui du côté droit; deux groupes inférieurs, qui accompagnent les artères utérines et vont se jeter dans les veines liypugastriques. Il existe encore de petites veines qui suivent l'artère dans l'épaisseur du ligament rond.

Les lymphatiques viennent de la muqueuse et de la couche musculaire. Ils forment aussi quatre groupes : deux inférieurs, droit et gauche, qui suivent l'artère utérine pour se rendre aux ganglions pelviens latéraux, et deux supérieurs, droit et gauche, qui suivent l'artère utéro-ovarienne pour se jeter dans les ganglions lombaires.

Les nerfs yieuuent du plexus utéro-ovarien, qui accompagne l'artère du même nom. Le plexus bypoga.strique en fournit aussi qui se portent sur les côtes du col de l'utérus. Tous ces nerfs se ramifient dans le corps et dans le col de cet organe.

— Vices de conformation ub l'ctshus.

L'utérus présente de nombreuses anomalies, et on observe fréquemment ces monstruosités qui présentent un double intérêt scientifique et social. En effet, l'utérus étant l'organe qui sert à la gestation, s'il est mal conformé, ce vice de conformation est presque toujours une cause de stérilité. Les difformités ou anomalies que nous allons passer en revue sont les suivantes :

1° Absence de l'utérus; 20 utérus réduit à une moine ; 3° utérus double avec cloisonnement; 4° utérus eu partie cloisonné; 5° uté-

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rus échancrô à l'intérieur, bicorne ou cordiforme; 60 utérus sans col; 7<> utérus incompléiement développé. Pour chacune de ces difformités, nous rapporterons un exemple qui, mieux que toute description, fera comprendre en quoi consiste l'anomalie; nous examinerons aussi avec soin quelle influence la mauvaise conformation peut avoir sur les fonctions dévolues à l'utérus, c'est-à-dire sur la conception et la menstruation.

— I. Absence de l'utérus. Les annales de la science contiennent un grand nombre de faits d'absence de l'utérus. Outre l'absence de vagin qui les accompagne quelquefois, on a constaté plus souvent encore celles des trompes de. Fallope et des ovaires. Cependant l'absence de la matrice peut coïncider avec l'existence d'ovaires plus ou moins parfaits et d'un vagin, comme le prouvent les faits suivants. Le premier, communiqué par M. Alby à la Société anatomique en 1854, est celui ■ d'une jeune fille présentant tous les attributs extérieurs de son sexe, sauf la menstruation qui ne s'était jamais établie chez elle ; elle mourut d'une fièvre typhoïde dans le service du docteur Briquet. Le clitoris et les petites lèvres furent, à l'autopsie , trouvés moins développés qu'à l'état normal-, le vagin "se terminait par un cul-de-sac sans ouverture. Entre ce cul-desac et le péritoine, la vessie et ie rectum, on trouva un tissu un peu rougeâtre, assez serré d'apparence, cellulo ou fibro-vascubiire, se présentant sous la forme d'une membrane peu épaisse, aplatie d'avant en arrière, qui, après une étendue de 0m,05 à peu près, se continuait k droiie et à gauche à l'extrémité de ses deux angles supérieurs, avec deux cordons latéraux. L'examen microscopique de ce tissu démontra l'existence de fibres musculaires utérines normales. Les cordons latéraux représentaient les trompes ; les ovaires étaient remplacés par deux corps fibreux particuliers, dépourvus de l'élément glandulaire. » Dans ce fait, il y a absence totale des organes génitaux internes; l'utérus, les trompes , les ovaires n'existent pas ou ne sont simulés que par une organisation qui ne répond pas au but fonctionnel de ces organes; le vagin existe dans ce cas et dans celui qui va suivre. Dans ce dernier, que nous empruntons au journal anglais The Lancet (1836), on trouve, outre le vagin, des trompes et des ovaires. Le docteur Lucas, qui rapporte ce fait, l'a observé sur le cadavre d'une femme assassinée dont il faisait l'autopsie. ■ Le clitoris était peu développé, ainsi que les grandes et les petites lèvres; l'orifice du vagin présentait les caroncules myrtiformes , et le vagin se terminait en cul-de-sac de 2 pouces 1/2 de profondeur. Lu matrice n'existait pas et était remplacée par un corps membraneux de 1 pouce de largeur ; les ligaments ronds avaient leur trajet ordinaire et se terminaient ainsi que les trompes de Fallope, à l'extrémité de cette bande membraneuse. Les trompes étaient muniesd'un pavillon intact, mais ellesétaient imperforées. L'ovaire gauche renfermai t une petite tumeur fibreuse,et à l'extrémité de l'ovaire droit était attachée une petite hydatide. Les mamelles étaient parfaitement développées ainsi que le mont de Vénus. » Il est inutile de transcrire d'autres observations de cette monstruosité. Il est facile de comprendre que dans ces cas la fonction essentielle de la matrice ne peut pas se réaliser; la conception est impossible, de même que l'écoulement qui marque l'évolution mensuelle des ovules. Cependant nous devons dire que l'absence de la matrice ne semble intéresser en rien le développement général du corps ; il en est de inéme des appétits sexuels qui subsistent avec' leur intensité habituelle chez lès femmes présentant cette anomalie. Cette difformité est sans remède, et il est intéressant pour le médecin de pouvoir la connaître sur ie vivant; il évitera ainsi de pratiquer des opérations ayant pour but de créer un vagin artificiel et qui, dans le cas d'absence de la matrice, deviendraient souvent inutiles et dangereuses. Il est facile de reconnaître cette monstruosité sur le vivant, en réfléchissant qu'il y a absence de menstruation, généralement accompagnée de vice de conformation du vagin; et lorsque ce dernier existe, l'examen au spéculum permettra de constater qu'il se termine en cul-de-sac; enfin le toucher rectal combiné avec l'exploration du cul-de-sac vaginal lèvera tous les doutes.

— IL Utérus réduit à une moitié. Lorsque, par suite d'un arrêt de développement, l'utérus se trouve réduit à une moitié, c'est-àdire à présenter, quel que soit- du reste sou volume, des modifications de forme que nous allons étudier, et eu même temps 1 absence d'une trompe, on a une monstruosité qui a reçu le nom tl'utérus uuicorne. L'utérus, quoique réduit en quelque sorte à une moitié seulement, peut avoir le volume ordinaire des deux moitiés réunies ; mais sa forme est toujours modifiée; au lieu d'être celle d'un cône à base supérieure, cet organe offre une forme cylindroïde ou globuleuse. Nous empruntons à E. Home l'observation suivante : ■ Une femme de quarante ans mourut à la Maternité, six ou sept jours après être accouchée Ue deux jumeaux, un garçon et une fille. Cette femme avait eu antérieurement onze enfants des deux sexes. A l'autopsie, la matrice présentait au moins quatre fois

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son volume ordinaire à l'état de vacuilé; mais l'attention des observateurs Se porta surtout sur les détails suivants : l'organe n'avait atteint son plein développement que du côté droit, où il offrait sa convexité pirifomie et sa courbure habituelle. Au coté gauche, il était limité par un bord rectiligne, distant à peine de 1 demi-pouce do l'axe longitudinal et séparé, du bord opposé par un intervalle de plus de 2 pouces. Ce n'est pas tout; les vaisseaux utérins et ovariques, la trompe de Fallope, l'ovaire et le ligament large ne purent être découverts a gauche. Les rudiments des annexes (car ils ne méritent pas une autre appellation) furent trouvés couchés à la partie inférieure de la caviiè pelvienne, en connexion avec le col de la matrice. Le ligament rond s'insérait à l'angle supérieur interne du pubis du même côté. En disséquant cette masse confuse, nous aperçûmes quelque chose de racorni et de ratatiné qui ressemblait à un ovaire et qui était perdu dans l'enchevêtrement des parties avoisinantes. Les autres organes de la génération n'offraient aucune particularité digne de remarque. » La matrice uuicorne peut, au lieu de ressembler à la matrice ordinaire, se développer de manière qu'un de ses bords latéraux soit convexe et l'autre plus ou moins concave; cette matrice est alors incurvée et déplacée latéralement. Si l'on considéré que cette anomalie réduit la matrice à une moitié, on est en droit de se demander si, dans le cas de matrice unicorne, la conception est possible; l'observation que nous venons de rapporter et un grand nombre d'autres que la science a enregistrées répondent à cette question par l'affirmative." De plus, l'observation qui précède prouve : 1» que la grossesse gémellaire peut être produite par deux ovules venus du même ovaire ; 20 qu'un seul ovaire peut produire des ovules susceptibles de devenir le germe de fœtus 'des deux sexes ; ce qui contredit complètement l'hypothèse des anciens physiologistes qui faisaient venir le germe des filles d'un ovaire et celui des garçons de l'autre. . Si la grossesse est possible, il est inutile de faire remarquer que la menstruation doit exister. Les femmes chez lesquelles ce vice de«onformation existe se trouvent donc dans les conditions physiologiques et normales des femmes bien" constituées. Aussi les médecins sont-ils rarement consultés pour les accidents amenés par la présence d'un utérus unicorne, qui ne se révèle chez le vivant par aucun signe clinique, ce qui rend sa constatation durant la vie presque impossible.

— III. Utérus double avec cloisonnement. Cet arrêt de développement offre des degrés divers, que l'on peut ramener, avec les auteurs qui se sont occupes de celte question, a trois dispositions anomales principales :

îo Les deux utérus sont tout à fait séparés et indépendants l'un de l'autre.

2o Les cols de l'utérus ou museaux de tanche sont soudés extérieurement; mais les deux corps de l'utérus sont séparés dans une étendue variable.

3° L'utérus conserve son aspect globuleux ordinaire; mais il est divisé à l'intérieur en deux cavités indépendantes; la fusion extérieure sera seule complète et donnera à l'utérus son aspect normal.

io Utérus double et séparé. C'est un vice de conformation des plus rares, qui s'accompagne presque toujours d'autres difformités, telles que ie cloisonnement du vagin et î'exstrophie de la vessie. Les observations que contiennent les annales scientifiques ont presque toutes trait à des enfants nouveaunés qui vécurent peu de jours ; il nous semble inutile d'en rapporter ici des exemples, ces sortes de faits n'offrant d'intérêt que pour ceux qui s'occupent exclusivement de recherches anatomiques. Cependant la fécondité peut être compatible avec l'existence de ce vice de conformation, comme l'observation suivante le prouve. Ce fait, emprunté à Bonnet, malgré l'absence d'autopsie, semble se rapporter à une séparation complète des deux moitiés de la matrice ; la femme, comme le montre l'observation, avait une exstrophie de la vessie, et on s'étonne, en lisant ce qu'a écrit Bonnet, de la voir mariée; mais 1 étonuement augmente encore lorsqu'on apprend que, maigre les anomalies qu'elle présentait, elle a pu devenir mère. t Elle se maria à l'à#e de vingt-trois ans et peu après devint grosse. Ayant conscience de la disposition anomale de ses parties sexuelles, elle fit appeler le chirurgien au septième mois de sa grossesse. Ce dernier ne trouva pas de trace d'ombilic; mais environ à 3 pouces de sa place ordinaire, il découvrit une excroissance spongieuse et d'apparence charnue de la grosseur d'un œuf de poule ; on trouvait deux petits orifices à sa partie inférieure, à 1 pouce de distance l'un de l'autre et à travers lesquels l'uriue tombait continuellement goutte à goutte. Un quart de pouce plus bas se trouvait un orifice par lequel s'écoulait toujours le sang des règles. Bonnet eut beaucoup de peine à y introduire le doigt. Il chercha en vain le col de la matrice, mais il sentit très-nettement une membrane transversale très-épaisse qui séparait ce passage d'un orifice situé environ 2 pouces plus bas que celui dont nous venons de parler. L'orifice inférieur était

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6itué exactement à la place ordinaire de la symphyse du pubis. L'anus se terminait à la manière ordinaire, avec un sphincter, environ 2 pouces en arrière de l'orifice le plus inférieur, mais beaucoup plus en arrière; en sorte que l'orifice supérieur du vagin était situé à un quart de pouce de l'ombilic; elle n'avait pas de symphyse du pubis; les deux os des iles ne su rejoignaient pas. Le chirurgien, pour permettre à l'enfant de sortir au moment du travail, dut réunir en une seule, par une incision, les deux ouvertures ; il incisa ensuite la membrane transversale et amena au jour une fille bien portante et à terme. »

t« Utérus double bicorne. On appelle ce vice de conformation du nurti de double bicorne, c'est-à-dire avec séparation complète ou incomplète a 1\ xtérieur du corps de la matrice eu deux moitiés, en même temps qu'existe a l'intérieur un cloisonnement complet, lequel, se prolongeant jusqu'à l'orifice extérieur de l'organe, le transforme en deux matrices, munies chacune d'une trompe, d'un ligament long et d'un col. Les exemples de cette anomalie sont loin d'être aussi rares que ceux de la précédente malformation. Eisemnnnn, dans un livie publié a Strasbourg en 1758, rapporte le fait suivant : « Vers la lin de janvier 1751, M. Jacobi, chef de l'école d'auatomie, annonça qu'il avait rencontré dans un hôpital de la ville, chea une jeune tille de dix-neuf ans, un double orifice du vagi». (Jet anutoraiste examina d'abord les organes génitaux externes et vit deux vulves d'égal diamètre, manies chacune d'un hymen régulièreinentconformé. Il procéda ensuite à l'ouverture du cadavre et reconnut l'existence de deux vagins égaux en longueur comme en volume, placés cote à côte, 1 un à gauche, l'autre à, droite ; leurs côtés internes étaient confondus. Us présentaient à leur intérieur les rides que l'on y rencontre d'habitude chez les vierges; dans l'un et l'autre de ces conduits se trouvait le col d'un utérus- dont la cavité était bien distincte. Les deux corps de l'utérus étaient accolés et séparés par une cloison ; celte cloison , aussi bien pour la matrice que pour le vagin , n'était pas double , mais bien formée île deux feuillets, accolés seulement. Chacune de ces matrices n'avait d'ailleurs qu'un ligament large, qu'un ligament rond, qu'une trompe de Pallope, qtTun ovaire et qu une artère utéro-ovarienue. •

Des exemples nombreux prouvent que ce vice de conformation ne s'oppose pas à la conception, et il faut, au point de vue de cet acte physiologique, établir une grande différence entre les divers cas de matrice double bicorne; tantôt chaque corne ou moitié de matrice forme une matrice entière; tantôt le volume des deux cornes est à peu , près le même, tantôt l'une des moitiés de ' l'utérus 'est en quelque sorte rudimentaire. La seconde matrice peut paraîtra absolument surnuméraire, bien qu'elle porte cependant une trompe et un ovaire; leur développement est alors inégal, et une seule des deux matrices est propre à la gestation. Enfin il est des cas ou, bien que ne présentant qu'un seul orifice utérin, la matrice peut être regardée comme complètement divisée et formée par deux moitiés indépendantes Tune de l'autre.

3° Utérus globulaire cloisonné. Ce vice de conformation, uans lequel l'utérus a l'aspect normal à l'extérieur e i présente un cloisonnement complet à l'intérieur, peut être considéré comme très-rare, parce que rarement son existence est reconnue sur le vivant. En effet, l'utérus ue présentant à l'extérieur aucune modification de forme, n'attire pus l'attention nés observateurs qui pratiquent des autopsies, sauf le cas où la coexistence d'une cloison vaginale a pu, pendant la vie du malade, appeler l'attention du chirurgien. Ue vice de conformation n'offrant aucun détail particulier, nous n'en rapporterons aucun exemple.

— IV. Utérus en partie cloisonné. Comme pour la matrice comp-létement cloisonnée que nous venons d'étudier, on peut diviser le cloisonnement incomplet de la matrice en do nombreuses variétés. En effet, le cloisonnement peut être complet, a l'exception du col, ou bien se borner à un simple repli flottaYit dans l'intérieur de la cavité de l'organe ; lorsque le cloisonnement se borne a celte dernière forme, il a peu d'importance physiologique et, bien qu'il ait été noté, on peut passer sa description sous silence. Cependant lorsque, sana être complet, le cloisonnement arrive jusqu'à la partie inférieure, il prend une importance plus considérable , comme cous le démontrerons plus loin en parlant des phénomènes de la grossesse dans les matrices doubles. Comme pour la variété précédente, cet utérus eu partie cloisonné peut montrer à l'extérieur des traces de la division anomale qui existe à l'intérieur, ou bien conserver lu forme ordinaire, c'est-à-dire globulaire piiiferme. Il y a des cas où la cloison arrive jusque dans le col utérin, et l'ouverture rétrécie des deux cavités utérines peut alors être reconnue par l'exploration du toucher à la partie supérieure du col. Ce vice de conformation a surtout été observé à propos de grossesses terminées d'une manière fatale. Nous citerons une observation publiée en 1757 par Sanyer du

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Lac, comme un cas d'utérus inclus dans un autre utérus et qui semble plutôt devoir être interprété comme un exemple de matrice en partie cloisonnée : « Deux matrices étaient incluses l'une dans l'autre ; par suite d'une erreur, on avait cru que le placenta était resté dans la matrice après l'accouchement, et on s'efforçait de le retrouver, quand une sage-femme sentit dans la cavité utérine une membrane flottante qu'elle prit pour l'arrière-faix et qu'elle tenta darraçher, mais sans aucun succès. Le chirurgien Paret, qui fut appelé, rencontra dans la matrice ce même corps étranger; il pénétra jusqu'au fond et y trouva ces membranes attachées par une adhérence de la largeur d'un écu de trois livres ; leur épaisseur était de deux lignes environ ; leur bord était fendu dans un endroit, de la largeur d'un pouce et demi, sans doute par la violence qu'avait pu faire l'enfant dans sa sortie ou par la mauvaise manœuvre de la sage-femme. Le chirurgien reconnut dans la cavité que formaient ces membranes les embouchures des vaisseaux sanguins qui communiquaient avec le- placenta et rendaient le fond de cette seconde matrice inégal et raboteux; il reconnut que c'était une matrice contenue dans une autre. » Ce fait, constaté à propos d'un accouchement, montre une matrice cloisonnée en partie. Les connaissances anatomiquffs incomplètes de cette époque ont conduit le chirurgien à qui l'on doit cette relation à prendre un repli membraneux, formant cloison, pour un utérus supplémentaire, inclus dans I utérus normal.

— V. Utérus ëchancré à l'extérieur, bicorne ou cordiforme. Nous avons passé en revue les déformations extérieures de L'utérus qui s'accompagnaient de cloisonnement intérieur; il existe aussi des cas où l'utérus, ne présentant qu'une cavité, offre dans sa forme extérieure des modifications consistant dans une éebancrure plus ou moins profonde vers son fond; lorsque l'échancrure est peu profonde, la matrice est appelée cordiforme; ce vice de conformation fort peu important n'offre, on peut le dire, qu'un intérêt de curiosité anatomique. Lorsque la séparation entre les matrices est un peu plus tranchée, sans que pour cela la partie déprimée vienne faire cloison à l'intérieur ; lorsque, en un mot, la matrice est véritablement bicorne, l'intérêt augmente, car il pourrait arriver que dans la conception un fœtus se développât, surtout dans les premiers temps, dans un des côtés seulement de l'organe. Dance rapporte un fait qu'il a constaté à l'Hôtel-Dieu s~ur une jeune fille de vingt ans, morte phthisique, et qui se rapporte à la variété de matrice que nous décrivons : « Le corps de la matrice était divisé en deux lobes parfaitement égaux et dirigés tout à fait horizontalement, de telle sorte que le bas-fond de cet organe avait environ 5 pouces de largeur. Chacun de ces lobes avait une forme ovoïde et un volume moitié moindre que celui d'une matrice ordinaire ; une légère échancrure existait à leur point de séparation; ils se réunissaient à un col unique. A l'intérieur,

.un simple raphé médian et sans cloison intermédiaire marquait la séparation de ces deux lobes, dont les cavités communiquaient librement entre elles, tandis qu'une membrane - continue divisait en deux et dans toute la longueur celle du vagin; un des vagins était plus ample que l'autre, ce qui fut regardé comme un effet du coït. Pas de traces de grossesse antérieure. »

— VI. Utérus sans col. Bien que quelques observateurs aient noté l'existence d'un vice de conformation consistant en un utérus normal dans son corps, mais sans apparence de col, il faudrait, pour préciser ce vice de conformation d'une manière certaine, d'au-

■ très observations que celles que rapportent les auteurs qui disent l'avoir observé. En effet, dans presque toutes, on ne sait pas si l'organe déformé l'a été par suite d'une modification morbide ou si la difformité a précédé la naissance.

— VII. Utérus incomplètement développé.

Sous cette dénomination, nous comprendrons l'absence de développement de l'utérus après la naissance et au moment de la puberté, bien que ce cas ne soit pas là, à proprement parler, un vice de conformation.

Cependant il "est probable que.cet arrêt de développement de l'organe normalement configuré date le plus souvent des derniers temps de la vie fœtale. On a vu des matrices ainsi arrêtées dans leur développement qui ne présentaieut pas, chez des femmes âgées de plus de vingt ans, le volume que la matrice atteint chez les filles d'un an, bien qu'à côté de cet arrêt de développement de la matrice ses annexes, trompes, ovaires, etc., fussent cependant développés normalement. Un pareil état entraîne avec lui la stérilité par l'absence des fonctions utérines, menstruation, conception. Dans l'arrêt de développement que nous venons de décrire, l'utérus conserve sa configuration normale. Mais il est des cas où la cavité qui creuse son corps et son col manque complètement, ou bien est tellement rétrécie qu'elle devient impropre à remplir les fonctions qui lui sont dévolues. Cette anomalie, qu'il ne faut pas confondre avec l'impertoration de l'orifice utérin, a été très-rarement observée, et le» conséquences qu'elle entraîne avec elle sont

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analogues à celles que cause l'arrêt de développement simple, sans absence de cavité utérine.

Pour compléter l'étude des vices de conformation de l'utérus, il nous reste à parler de celui qui consiste dans l'im perforation de cet organe. Cette imperforalion peut être complète ou incomplète, congénitale ou accidentelle. Les accidents nombreux et redoutables qui se montrent dans ces circonstances nécessitent absolument l'intervention du médecin ; aussi les oblitérations de l'orifice de l'utérus sont-elles notées dans les livres de chirurgie depuis la plus haute antiquité. Nous avons déjà dit que cette imperloration peut être complète ou incomplète. Elle peut consister dans l'existence d une membrane anomale oblitérant l'orifice de la matrice ou dans l'absence de cet orifice, constituant ainsi un vice de conformation. On dit alors que cette imperforation est congénitale. Si elle se produit après un accouchement difficile, ou une ulcération siégeant au col de la matrice, cette imperforation estdite acquise. L'oblitération congénitale complète n'est pas très-rare. Son existence ne se décèlera qu'à l'établissement de la menstruation ; à cette époque, on observera un effort de la nature, un malaise général, de la souffrance, une sensation de poids dans le ventre, de violentes coliques qui semblent s'irradier des reins à Vutérus, puis une tumeur se formera dans le ventre. Augmentant peu à peu de volume, elle viendra faire saillie au-dessus du pubis, simulant ainsi une grossesse. Cependant il est à remarquer que chez certaines femmes placées dans ces conditions exceptionnelles la sécrétion menstruelle ne s'établit pas et les organes, malgré leur développement apparent, semblent s'accommomoder ponr ainsi dire aux circonstances particulières qui les entourent. Dans ces cas, les symptômes d'imperforation que nous venons d ënumérer n'existent pas, et rien ne vient déceler cette infirmité. Lorsque l'accumulation sanguine se produit, la forme, la situation, le volume de l'utérus, la sensation que donne au toucher ta tumeur qu'il forme peuven* faire supposer une grossesse ; mais lorsqu'on ausculte cette tumeur, on n'entend pas les battements du cœur de l'enfant qui caractérisent lagrossesse. Les phénomènes de congestion qui se reproduisent tous les mois, phénomènes accusés par un redoublement de souffrances, l'examen auspéculum, àl'aide d'une sonde, démontreront l'existence d'un vice organique et apprendront aussitôt que l'orifice utérin est imperforé. Lorsque les accidents de rétention des règles que nous venons de signaler nécessiteront 1 intervention médicale, le seul mode de traitement qui puisse être employé alors que l'accumulation du sang est constatée, c'est le débridement, c'est-à-dire la création d'une ouverture artificielle qui donne issue au sang. On pratiquera cette ouverture en ponctionnant la tumeur avec un bistouri ou bien un trocart, à travers le spéculum, et, après que le sang sera évacué, on fera une injection d'eau tiède pour laver les parties intérieures. Quelques jours après l'évacuation du sang, on placera dans cette plaie un fragment de bougie ou d'épongé préparé à la cire pour empêcher la cicatrisation de cette ouverture et s'opposer à la reproduction des accidents. L'imperforation ou occlusion acquise de l'utérus peut être partielle ou complète. Dans l'occlusion partielle, nous ne comprenons que les cas ou le col est rendu dur et non dilatable et son orifice plus étroit par une maladie antérieure. Les causes de cette occlusion partielle paraissent résulter d'une modification organique des tissus et plus souvent de l'inflammation consécutive à un accouchement antérieur. Cet état du col n'entraînerait pas de grands dommages si la fécondation était impossible. Mais comme une grossesse peut survenir, le rétrécissement peut devenir dangereux 'au moment de l'accouchement; on a vu des femmes s'épuiser en efforts infructueux pour rompre cet obstacle, et d'autres fois ces mênies etl'oris amener une rupture de l'utérus. Pour obvier aux inconvénients d'un pareil obstacle, ou a recommandé, au moment de l'accouchement, un traitement médical et un traitement chirurgical. Le premier consiste dans l'administration à l'intérieur de l'émétique et de pilules d'extrait de belladone. Le traitement chirurgical, auquel il faut proraptement recourir si les autres ont échoué, emploie la dilatation artificielle, le débridement de l'orifice utérin, c'est-à-dire des incisions peu profondes pratiquées sur les bords de 1 orifice du col utérin rétréci. L'occlusion complète acquise du col de l'utérus peut siéger aux orifices du col ou dans sa cavité; elle a les mêmes causes que l'occlusion incomplète; ses conséquences, au point de vue de la menstruation, sont les mêmes que celles qui sont produites par l'imperforatîon complète congénitale, et, lorsqu'elle se produit après la conception ou pendant la grossesse, elle offre, au moment de l'accouchement, les inconvénients que nous avons signalés en parlant de l'occlusion incomplète et acquise. Comme pour les précédentes imperforations, le traitement consiste dans la création, par les moyens chirurgicaux déjà signalés, d'une voie artificielle qui donne passage aux règles et au fœtus.

— Pathol. Après avoir donné la description

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iiimtomique de Vutérus et avoir décrit ses principaux vices de conformation, nous allons passer en revue les nombreuses maladies qui peuvent affecter cet organe important. Mais, avant, nous croyons devoir donner l'indication lies divers procédés à l'aide desquels on peut l'explorer.

— Exploration de l'utérus. Elle peut se faire : lo par le palper abdominal ; !" par le toucher vaginal; 3° par le toucher rectal; 40 par l'application du spéculum; et 50 pat le cathétérisme avec une sonde utérine,

îo Palper abdominal. Pour pratiquer la palper abdominal, on fait coucher la malade ■ sur un plan incliné; le tronc est fléchi en ayant, les jambes sont fléchies sur le bassin. Le médecin presse doucement en descendant de l'ombilic vers le pubis, en ne mettant da la force que progressivement; un examen brusque provoque des contractions abdominales et l'on ne sent rien. Lorsqu'on pratique le palper abdominal, il faut auparavant faire uriner les malades. On se rappellera que , l'S iliaque contenant quelquefois des matières, on sent souvent une tumeur à gauche de Vutérus; mais en déprimant la tumeur on sent "qu'elle cède sou* le doigt, et l'on reconnaît sa nature. L'utérus est sensible a la pression; on le reconnaîtra, par conséquent, en pressant un peu fortement sur l'organe dès que l'on se croira dessus. L'apparition de la douleur sera un signe certain que l'on presse Vutérus.

jo Toucher vaginal. Il peut être pratiqué par deux procédés différents. Dans le premier procédé, la femme étant debout, appuyée contre un point résistant, un mur ou- le bord d'un lit, les cuisses écartées, le chirurgien sa place devant elle, assis, ou mieux le genou gauche à terre, l'autre relevé pour soutenir le coude, s'il en est besoin ; il passe la main droite sous les vêtements, le doigt indicateur enduit au préalable d'huile ou de mucilage, le pouce écarté, les autres doigts ployés dans la paume de la main, 11 porte le bord radial du doigt indicateur horizontalement et d'avant en arrière sous le périnée; il écarte ainsi facilement les lèvres, et, ramenant son extrémité du coccyx au pubis,' il -le fait pénétrer sûrement et sans violence dans l'orifice vaginal. Il l'enfonce alors dans le canal suivant sa direction connue; il en parcourt lentement les parois pour s'assurer s'il n'existe rien d'anomal. Arrivé air col de la matrice, le doigt se glisse sous ce col, derrière lui, lentement et sans efforts, en explore avec la pulpe toute la superficie, reconnaît son orifice, pèse avec circonspection sur ces divers points pour en apprécier la sensibilité et la température, soulève ta matrice eu totalité pour prendre connaissance de son poids, de sa mobilité, la fixe et la mesure approximativement, conjointement avec l'autre main appuyée sur l'hypogastre, en repoussant profondément la rainure en culde-sac qui -entoure le museau de tanche. Enfin, l'opération terminée, le chirurgien examine les matières dont le doigt est chargé, et, pour mieux en apprécier la couleur, il essuie le doigt sur un linge blanc avant de se laver les mains.

Dans le second procédé, la femme est couchée sur le dos, ou tout au plus inclinée sur le côté, la tête soutenue, les épaules un peu élevées, les cuisses demi-fiéchies et suffisamment écartées, enfin le bassin plus on moins relevé pour rendre l'introduction du doigt plus facile et Vutérus plus accessible. Le chirurgien se place du côté droit du lit, autant que possible, afin d'employer la main droite, glisse cette main sous les vêtements et se comporte comme dans le premier procédé. Quand Vutérus ost situé très-haut, au lieu do refermer les trois derniers doigts, on les étend, en sorte que la face radiale du médius s'applique contre le périnée et le sou lève, tandis que le pouce, étendu eu avant, soulève aussi la partie antérieure de la vulve. Un autre moyen, qui donne d'excellents ré-suliats, consiste à pousser le coude soi-même avec le genou, si l'on touche la femme debout, ou à se faire pousser le coude par un aide si on la touche couchée. Si cela ne suffit pas, on introduit le médius en même temps que l'indicateur; on peut ainsi atteindre Om,010 à Om,01î plus haut. Dans certaines circonstances même on introduit la main tout entière; mais cela est rare ailleurs que dans l'accouchement. Eu général, il convient au préalable que le rectum soit vide d'excréments , sinon il comprime le vagin, en refoule en avant la paroi postérieure et rend le corps de l'utérus d'un plus difficile accès. Le toucher debout convient mieux pour apprécier le poids, l'élévation, la direction de la matrice, pour obtenir le ballottement du fœtus; mais s'il s'agit d'explorer le vagin, le col utérin et même plusieurs affections du corps de Vutérus, lu second procédé est d'autant plus préférable, qu'ii permet d'y joindre plus aisément la palpation hypogastrique.

30 Toucher rectal. Le toucher rectal se fait avec l'indicateur graissé préalablement. La femme étant debout ou couchée sur le ventre ou bien sur le dos, mais le bassin élevé, l'index est glissé dan3 le rectum et recourbé en avant pour examiner la cloison recto-vaginale, dans laquelle se développent quelquefois des tumeurs, ou la partie postérieure de la matrice qu'on ne touche pas ftiséaioai

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par le vagin, ou enfin le fond même de cet organe dans le cas de rétroversion. Les grossesses extra-utérines, les cas d'absence de l'utérus, ceux d'oblitération du vagin ou d'étroitesse extrême de son orifice peuvent encore réclamer l'emploi du toucher rectal; dan3 le deuxième cas, par exemple, une sonde, introduite dans le canal de l'urètre et la vessie, pourra être sentie par la doigt introduit dans le rectum et donner ainsi des notions positives sur un état de choses souvent douteux, si l'on s'en rapporte aux autres signes. Quelquefois on a pu exercer simultanément le toucher par le vagin et

f>ar le rectum, le pouce étant introduit dans a vulve et l'index dans l'anus. Cette manœuvre serait nécessaire peut-être au diagnostic de certaines tistules, de diverses tumeurs, de quelque déplacement ou déformation de l'utérus, comme l'a reconnu M. Boivin.

40 Application du spéculum. Sans insister ici sur les diverses variétés de spéculum, que l'on trouvera décrites au mot spéculum, nous dirons que, quel que soit le spéculum dont on se serve, ou procédera de la façon suivante : la malade est couchée sur le dos, son siège dépassant un peu le bord du lit et reposant sur un coussin qui résiste à la pression; deux aides s'emparent de ses jambes et fléchissent fortement ses cuisses sur le tronc ; cette flexion des cuisses rend l'introduction du spéculum beaucoup plus facile que si les membres inférieurs reposaient sur une chaise et qu'ils pussent se contracter. Le chirurgien, placé en face du périnée, écarte les grandes et les petites lèvres avec le pouce et l'indicateur de la main gauche portée en proiialion, et, de la main droite, tenant comme une plume à écrire un spéculum préalablement huilé, il introduit cet instrument dans l'orifice du v;igin , puis, te poussant lentement et avec douceur d'abord un peu de haut en bas, puis horizontalement, il le fait parvenir au fond du vagin. Lorsque le col de la matrice ne vient pas s'engager tout de suite dans le spéculum, on retire un peu cet instrument, et, le poussant successivement dons plusieurs directions, on ne tarde pas à découvrir l'orifice inférieur du museuu de tanrhe, dont on peut alors apprécier la coloration et le volume.

50 Cathétérisme utérin. Le cathétérisme utérin se fait avec une sonde de femme courbée ou un stylet, mais mieux avec une sonde utérine. Pour savoir quelle est l'étendue de la cavité de l'utérus, on introduit l'index gauche dans le vagin jusqu'à ce qu'il soit arrivé sur le col de l'utérus, on sent l'orifice du col, on glisse sur le doigt la sonde utérine, on l'introduit dans le col et on la pousse doucement en inclinant le manche dans un sens ou dans un autre, mais toujours avec douceur. Lorsque la sonde est arrêtée, on fait glisser le curseur jusque sur l'utérus, on le maintient sur la tige avec, le duigt de la main gauche et l'on retire l'instrument. Le point de la tige graduée de la sonde où est arrêté le curseur donne en centimètres la longueur de la cavité de l'utérus. Lorsqu'on veut explorer la matrice pour savoir si elle renferme une tumeur, on peut se servir du spéculum. Dans ce cas, la sonde est introduite comme un stylet dans un trajet fistuleux. On doit procéder dans c'e cas avec la plus grande lenteur.

— Congestion de l'utérus. La congestion de l'utérus est caractérisée par l'afflux'permanent et exagéré du sang dans les vaisseaux d'une partie ou de la totalité de la matrice, d'où résulte pour cet organe une augmentation vai iable de poids et de volume, et pour les malades une sensation plus ou moins marquée de pesanteur et de douleur. La congestion de lutérus est extrêmement fréquente; un grand nombre de causes peuvent la produire. Entre toutes, nous signalerons d'abord une autre maladie de cet organe, ou la présence d'une tumeur quelconque, par exemple de celles dont le développement insensible ne se traduit que par la congestion. Cette tumeur irrite les parois de la matrice, provoque et retient autour d'elle un afflux plus considérable de sang. La même action congestive est exercée par les affections de l'ovaire, qui réagissent alors sur la matrice, dont la congestion, comme on le voit, peut être symutoinaiique d'une autre affection de l'utérus ou de ses annexes. Cette congestion peut encore dépendre d'un état particulier du sang. 11 est facile de comprendre que, lorsque le sang est trop riche, trop abondant, il circule moins facilement, ce qui constitue la .pléthore ; tous lesorganes s'engorgent, aussi bien les vaisseaux de la matrice que ceux des autres organes, ce qui produit souvent la dysménorrhée. L'altération du sang qui consiste dans la diminution de ses éléments constitutifs, est aussi une cause de congestion. Celle-ci s'explique alors par la prédominance des éléments liquides du sang qui, n'étant plus retenus par les parties solides, transsudent à travers les parois vasculaireset viennent imbiber la matrice. Enfin la congestion de Yuterus peut être provoquée par les douleurs nerveuses de cet organe, par le molimen hémorragique, l'excitation vénérienne, l'abus du coït, l'onanisme, etc.

Symptômes, Les symptômes de la congestion de l'utérus sont une sensation de pesanteur incommode, accompagnée de dou-

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leurs de la vessie, de troubles de la digestion, etc. Si l'on pratique le toucher vaginal, on trouve que la matrice semble plus grosse ; si on la soulève avec le doigt, elle paraît plus lourde, le col et le vagin sont plus chauds; on peut apercevoir un léger écoulement muqueux, quelquefois sanguinolent. La malade urine plus fréquemment, et chaque miction s'accompiigne de picotements, de chaleur et , de cuisson.

Diagnostic. Les symptômes de la congestion, qui ressemblent à ceux de la méirite, pourraient amener une confusion entre ces deux affections, dont l'une n'est souvent que le début de l'autre. On les distingue par la durée, qui est plus longue dans la métrite, et par la pression 3u bas-ventre, qui est douloureuse dans ce dernier cas et qui l'est rarement dans la simple congestion. Il en est de même de l'exploration- des organes par le toucher.

Pronostic. Il est favorable dans l'immense majorité des cas.

Traitement. En général, lorsque la congestion utérine est simple et qu'elle ne dépend pas d'une autre maladie, elle cède facilement à de légers purgatifs, combinés aux grands bains tiède3, aux injections émollieii.tes et aux lavements additionnés de quelques gouttes de laudanum. Si la congestion est plus intense, on obtiendra de bons résultats par les émissions sanguines dans les cas de pléthore, par les toniques dans les cas d'appauvrissement du sang. Enfin, si la congestion est due à une autre maladie de l'utérus, on commencera par guérir celle-ci avant de traiter la congestion.

— Hypertrophie de l'utérus. L'hypertrophie de l'utérus porte spécialement sur le col, qui est allongé et dur. On reconnaît cet étal par le toucher vaginal ; on sent au col une longueur anomale entre son orifice vaginal et les culs-de-sac vaginaux. On constate avec la sonde utérine que la cavité de la matrice a0™,09, 0t°,10et om.lî, tandis que s» cavité normale n'est que de O™,*)? à 0m,09. Ce signe est univoque et empêche de confondre l'allongement du col avec le renversement et la chute de la matrice.

Le traitement consiste à enlever le col de l'utérus hypertrophié , et l'écrasement linéaire est le meilleur procédé. Pour cela on attire le col et l'on passe une chaîne portée

Ear un écraseur courbe aussi loin que possile ; on opère la section en dix ou quinze minutes. Puis on fait par jour quatre injections avec de l'eau et de la guimauve ou de l'eau additionnée de 2 rentièmes d'alun, s'il y a quelque écoulement sanguin.

— Gangrène de l'utérus. L'utérus, comme tous les organes, peut être frappé par la gangrène ; mais il doit être rangé parmi ceux qui le sont le moins fréquemment.

— Causes. Lors même que des caractères inflammatoires existent autour des plaque3 gangrenées, on ne peut attribuer à cette inflammation seule la gangrène utérine; cette' maladie se développe constamment sous l'influence d'une cause générale propre à l'individu tiffecté, ou beaucoup plus souvent encore commune à plusieurs individus à la fois, c'est-à-dire sous l'influence d'une véritable épidémie ; le caractère épidémique de la gangrène utérine n'a d'ailleurs échappé à presque aucun observateur, et il existe également dans les gangrènes puerpérales et non puerpérales. On ne connaît aucune cause spéciale qui favorise l'action de la cause épidémique et qui la fixe sur la matrice, si ce n'est le travail d'accouchement.

Symptômes. La gangrène de l'utérus coïncidant le plus souvent avec d'autres gangrènes, et spécialement des gangrènes des organes abdominaux, et de plus avec d'autres affections générales, telles que l'affection puerpérale, la fièvre typhoïde, etc., les symptômes qui lui sont propres se trouvent masqués au point de ne pouvoir être le plus souvent distingués. Lorsque ces symptômes sont sensibles, ils ne diffèrent pas d ailleurs, quant ii l'état local, de ceux delà métrite; ainsi on observe des douleurs plus ou moins vives dans la région hypogastrique.se prolongeant dans les aines et vers le sacrum, une tension douloureuse des parois abdominales, des nausées et des vomissements, etc. Le seul phénomène caractéristique est la fétidité extrême de l'écoulement qui se fait par la vulve; mais ce phénomène appartient, comme on le conçoit, à une époque où la mortification est déjà consommée. Les symptômes généraux sont très-variables et dépendent presque entièrement du caractère de la maladie primitive; ordinairement, leur apparition n'augmente que peu l'intensité des accidents réactionnels qui existent déjà ; quelquefois même ces accidents diminuent en apparence et sont remplacés par un affaissement plus ou moins prononcé. La durée de la gangrène utérine n'a rien de fixe ; on peut seulement avancer que la mort arrive peu de jours après qu'on a reconnu la période de putrescence, c'est-àdire l'accomplissement de la mortification.

Anatomie pathologique. Les caractères que présente le tissu utérin gangrené sont ceux de la gangrène en général. Ainsi on trouve ordinairement à la face interne de l'organe une sorte de putrilage noirâtre extrêmement fétide, de cette fétidité légèrement piquante qui caractérise la gangrène, mais

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peut-être plus intense encore ici que dans plusieurs autres organes, surtout quand la gangrène survient pendant l'état puerpéral. Ce putrilage se présente par des plaques plus ou moins étendues , mais qui ne paraissent avoir jamais envahi toute la surface de la matrice; la face interne est presque toujours la première affectée et le plus souvent la seule, la mortification ne s'étendant ordinairement que de Om,001 à 0™,006 de profondeur, rarementà Ota.Ol, etseulement dans la gangrène puerpérale. Dans les circonstances ordinaires le col paraît plus souvent affecté que le reste de l'organe; dans l'état puerpéral, Danyau a trouvé que le lieu le plus fréquemment affecté était celui où le placenta avait son.insertion. Duplay, toutefois, a trouvé, même après l'accouchement, le. col plus souvent gangrené que le corps; mais selon lui, et d'après Désormeaux, la gangrène se présenterait ordinairement dans ces cas sous forme d'un ramollissement brun grisâtre ou rouge clair, analogue à de la gelée de groseilles; or, on peut se demander si une matière de cette nature peut réellement être de la gangrène. Le tissu sous-jaceutaux portions gangrenées présente ordinairement des caractères plus ou moins prononcés d'inflamuiation ; d'autres fois, ils paraissent absolument sains; c'est ainsi qu'ils se sont présentés en particulier dans trois cas observés par Cassy.

Pronostic. Il est de la plus grande gravité ; car la gangrène hâte et détermine l'issue fatale de maladies déjà fort graves, mais qui auraient cependant pu se terminer d'une manière heureuse sans cette fâcheuse complication.

Traitement, Il a été jusqu'à ce jour celui de toutes les gangrènes, c est-à-dire qu'on a joint les antiseptiques aux moyens indiqués par la maladie antérieure; malheureusement, aucun cas jusqu'à ce jour n'a cédé à toutes les combinaisons thérapeutiques qu'on a pu imaginer.

— Granulations du col de l'utérus. L'orifice de l'utérus est quelquefois le siège d'un développement morbide qui a été confondu avec le cancer par certains auteurs et que d'autres ont décrit sous le nom de céphalomes polypoïdes. Cette affection est assez rare. Elle peut se présenter sans distinction d'âge , d'état ou de constitution.

Causes. Elles sont obscures, car on a rencontré cette affection chez les femmes qui ont eu des enfants ou qui ont été affectées de blennorrhagie, et chez des filles vierges.

Ces végétations sont des tumeurs trèsvasculaires, d'une coloration rouge, d'un aspect granulé, qui peut aller jusqu'à simuler l'apparence et le volume des groseilles; ces granulations sont disposées plus ou moins régulièrement sur le pourtour de l'orifice utérin et sur te col ; tantôt elles sont isolées, petites ; tantôt, au contraire, elles sont agglomérées et forment une masse irréguliere; elles peuvent être pédiculées et atteindre quelquefois uiï volume considérable; si l'on applique une ligature à la base de la tumeur, elle ces^e d'être turgescente et, diminuant de volume, elle offre l'aspect d'une petite tumeur molle et flasque. Ces tumeurs sont graves en ce qu'elles peuvent se reproduire fort peu de temps après qu'on les a enlevées ; leur nature les rapproche des épithéliomas, c'est-à-dire des tumeurs formées par un excès de formation des couches d'épithélium qui recouvrent la muqueuse du col utérin ; ces couches s'amassent sous forme de papilles et elles pénètrent peu à peu les profondeurs du tissu utérin, donnant naissance à des ulcérations profondes, qui ont une marche envahissante, comme les ulcérations consécutives au cancer, et' que nous décrivons plus loin.

Symptômes. Il survient d'abord un écoulement aqueux, qui varie de quantité et qui ne larde pas à être mélangé de sang. Il y a des hémorragies au moindre contact, à la suite d'un examen ou de rapports sexuels; en même temps se montrent les désordres déjà tant de fois cités du côté des organes digestifs. Lorsqu'on pratique le toucher, on sent une tumeur offrant les caractères indiqués plus haut; on peut suivre son insertion sur la matrice ; cette exploration peut s'accompagner de l'écoulement de quelques gouttes de sang, .mais elle n'est pas douloureuse, la tumeur .étant insensible. L'examen au spéculum montre une tnraeur d'un rouge de chair à aspect granulé.

Traitement. Ces tumeurs ne peuvent être guéries que par un traitement énergique , comme l'ablation suivie de cautérisation profonde avec le fer rouge ou d'autres caustiques très-puissants. L ablution de la tumeur se pratique de deux manières différentes : 1° avec le bistouri, c'est l'excision; 2° en passant autour du point d'insertion de la tumeur un fil ciré qui est vigoureusement serré, et qui, s'opposant à la circulation du sang dans la tumeur, empêche sa nutrition, cause sa gangrène et sa chute : c'est la ligature. Quel que soit le procédé employé pour faire l'ablation de la tumeur, celle-ci enlevée, on cautérisera profondément la plaie consécutive jusqu'à parfaite cicatrisation, et la malade sera guérie, sinon pour toujours, au moins pour un certain temps. On devra visiter la malade de temps à autre, pour arrêter à son début toute tentative de récidive.

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— Erosions du col de l'utérus. Les érosions du col de V utérus ont moins d'importance que les granulations. On n'en connaît pas les causes. On a dit que ces lésions sont dues au passage continuel d'un mucus altéré; mais Duparcque n'a ptiint observé ce rapport de cause à effet, et il a vu la sécrétion morbide dépendre bien plutôt de ces érosions que tes produire. Dans un cas cité par Magistel, elles étaient, selon toutes les apparences, occasionnées par la présence d'un pessaire. Ce point d'étiologie est encore un sujet de recherches à signaler aux observateurs.

Symptômes. La douleur est plus remarquable dans les érosions que dans les granulations. Elle se manifeste particulièrement dans le cott, et est rendue vive par le contact du doigt dans l'acte du toucher. Voici, au reste, comment Duparcque, qui s'est occupé plus particulièrement de ces lésions, s'exprime au sujet de ces symptômes : • Les signes qui font soupçonner l'existence de ce genre d affection sont un sentiment de chaleur brûlante, de prurit incommode dans le fond du vagin, des douleurs vives du col de la matrice, réveillées par le contact du doigt, et qui rendent surtout le coït pénible; mais le principal et le plus marqué est fourni par l'écoulement plus ou moins abondant qui constitue la leucorrhée, et qui a longtemps attiré seul l'attention des praticinns; ce n'est que depuis qu'on a popularisé l'usage du spéculum qu'on a vu que beaucoup de ces écoulements étaient dus à des affections ulcéreuses du vagin, et surtout de l'utérus. Dans ce cas, la matière ne provient pas seulement de la surface érodée; l'irritation qui s'irradie au reste de la matrice augmente sa sécrétion, et ce produit lui-même, par son contact avec le vagin, y excite et altère la sécrétion normale de ce conduit; mais ce si-

fne n'est pas constant; la suppuration peut tre assez peu abondante pour que la matière, pour ainsi dire perdue dans le canal vaginal, ne vienne point se manifester au dehors. » Comme on le voit par cette description, beaucoup de signes des érosions se rapprochent de ceux des granulations, que, du reste, Duparcque ne distingue pas d une manière très-rigoureuse. On les complète par le toucher et par l'examen à l'aide du spéculum. Le toucher, outre la douleur qu'il produit, fait reconnaître l'existence d'une très-légère perte de substance qui se fait sentir vers les bords de l'érosion. On sent, en passant de la surface saine à la surfuce malade, une petite arête qui indique le commencement de l'ulcération un peu déprimée. A l'aide du spéculum, on voit une surface d'un rouge plus ou moins vif, siégeant tantôt sur une lèvre, tantôt sur l'autre, et quelquefois sur les deux; elle est irréguliere, et

I on distingue facilement la saillie de ses bords, qui sont entourés d'une auréole rouge plus ou moins large. L'écoulement qui accompagne ces érosions étant ordinairement assez abondant, il en résulte assez fréquemment des symptômes semblables à ceux qui viennent d être indiqués à propos des granulations, et que par conséquent on ne doit pus reproduire ici.

Traitement. Le traitement antiphlogistique est plus souvent applicable aux érosions qu'aux granulations du col de la matrice. On y a recours lorsque, ainsi que le fait remarquer Duparcque, l'érosion est « d'un rouge vif, sensible, douloureuse, et repose sur un fond engorgé, congestionné, enflammé. Le sujet est-il jeune et fort, continue cet auteur, on débute par une saignée, on le soumet à un régime rafraîchissant; on pousse doucement et fréquemment des injections de liquides mucilagineux et narcotiques à température basse, comme d'une décoction de raciiie»de guimauve, ou de graine de lin et de tête de pavot, ou on les remplace par des cataplasmes à demeure; les bains entiers et les bains de siège presque froids conviennent également. On proscrit toute espèce de fatigue; on éloigne les causes qui ont déterminé ou qui entretiennent l'erosiou, et l'on recommande principalement le repos absolu des organes; on surveille les évacuations alvines, et l'on prescrit un régime approprié. »

II y a bien loin, comme on le voit, de ces données vagues aux préceptes rigoureux qui résultent d'une bonne analyse des faits ; mais les recherches ont été faites trop négligemment pour qu'il soit possible d'indiquer quelque chose de plus précis- Lorsque l'inflammation est peu vive ou lorsque, à l'aide des moyens qui viennent d'être indiqués, on l'a notablement apaisée, on a recours au traitement des granulations.

— Cattcer de l'utérus. Le cancer de l'ulé~ rus est le plus fré quant de tous les cancers observés chez la femme et l'on n'en connaît point la véritable cause. Il-se développe ordinairement à l'âge du retour, et peut atteindre le col et le corps.

Caractères anatomiques. Dans le plus grand nombre des cas, c'est par le col de l'utérus que le carcinome commence; trcs-Talement, au contraire, il débute par sa surface interne. Tantôt la matière squirrheuse ou cérébriforme le compose, ou les deux réunies sont entremêlées dans le tissu de la matrice ; tantôt, au contraire, il n'existe qu'un ulcère du tissu même de cet organe, parsemé de bourgeons charnus, inégaux, rougeâtres, blanchâtres, ou recouvert de fongosités ou

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d'une sorte de putrilapre de couleur variable et d'une odeur très-fétide. Lorsque le corps de Vutérus n'a pas été détruit, on trouve son tissu parfaitement sain à quelques lignes de la surface de l'ulcère, et son volume n'est

Îias augmenté; sa surface interne est alors ivide, tuméfiée et ardoisée. Si, au contraire, l'ulcère a commencé par l'intérieur de la matrice, son volume est considérable; la couche fongueuse" qui le recouvre est excessivement épaisse ; le museau de tanche est noirâtre, tuméfié et changé en tissu lardacé. Souvent la partie supérieure du vagin et les annexes de Vutérus participent à cette désorganisation; et par suite des progrès de l'ulcère il s'établit une communication entre le vagin, la vessie et le recium.

Symptômes. Irrégularités de la menstruation; quelquefois pertes effrayantes, sentiment de gène et de pesanteur dans l'hypogastre; ténesme, dysurie, douleurs erratiques dans les reins; à ces symptômes se joignent bientôt des douleurs pongitives ou lancinantes dans le col et Vutérus , un certain malaise dans les lombes, dans les hanches et dans l'hypogastre, un écoulement sanieux par le vagin ou des fleurs blanches trèsabondantes et fétides. Si l'on porte alors le doigt dans le vagin, on trouve le col de Vutérus mollasse dans toute son étendue, ou seulement dans quelques-unes de ses parties, tandis qu'il est dur dans les autres; son orifice paraît plus ouvert qu'a l'ordinaire; il est de forme irrégulière ; la compression du museau de tanche, qui est naturellement peu sensible, en fuit sortir un liquide sanieux ou sanguinolent; un écoulement de cette nature ne tarde pas à s'établir. A mesure que la irfaladie fait des progrès, les douleurs lancinantes augmentent, de fréquence et d'intensité ; l'extrémité du col de Vutérus devient irrégulière , frangée , douloureuse et saignante; ou bien, si le carcinome occupe le corps de la matrice, ce viscère acquiert une augmentation de volume qui peut être reconnue k travers les parois de l'abdomen • la eom- Î>ression de l'hypogastre augmente les doueurs, qui se propagent ajors dans les' aines, les cuisses, les lombes et la région du sacrum. L'examen du col de Vutérus au moyen du spéculum peut faire reconnaître cette maladie dès son début; aussi ne doit-on jamais se priver d'en faire usage.

Pronostic. Il est toujours d'une extrême gravité.

Traitement. Le traitement du cancer, bien que ne pouvant être Que palliatif, mérite néanmoins d'être exposé avec quelques détails. Celte affection est si terrible , elle détermine parfois de si atroces douleurs , qu'il est très-important de connaître les moyens qui peuvent apporter du soulagement et rendre supportable l'existence. Plusieurs médecins, traitant les cancers de Vutérus comme les cancers externes( ont proposé de les détruire, comme ces derniers, par le caustique, ou de les enlever par l'instrument tranchant. La cautérisation n'est indiquée que lorsque le cancer est limité au museau de tanche et lorsqu'un peut détruire le mal en une ou deux applications; elle convient surtout dans la forme ulcéreuse ou lorsque la maladie est caractérisée par des végétations fongueuses; mais nous croyons imprudent de porter le caustique sur les cols squirrheux. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que la cautérisation, surtout quand on y revient souvent, expose à ce que le cancer s'étende au •reste de l'organe avec une effrayante rapidité. Dans les cas rares où le caustique sera indiqué, on emploiera de préférence le fer rouge ou bien la pâle de Vienne solidifiée et réduite en cylindre, d'après le procédé du docteur Pilhos. On a souvent aussi porté l'instrument tranchant sur l'uWrus cancéreux. La plupart se sont bornés à amputer le col lorsque l'affection n'envahissait que lut; mais quelques médecins ont poussé la témérité jusqu'à extirper l'organe tout entier duns les cas où le corps participait à l'altération du col. Ces opérations meurtrières sont abandonnées aujourd'hui par presque tous les chirurgiens. Le traitement du cancer de la matrice, sauf des cas excessivement rares, sera donc entièrement palliatif. Il faut, avant tout, calmer le moral des feiûmes, toujours promptes à s'effrayer sur les accidents qui surviennent du côté des organes sexuels. dîl les placera dans les meilleures conditions hygiéniques possibles, puis on ■eombnttra les symptômes prédominants. Les douleurs, l'odeur leiide de l'écoulement et les hémorragies sont les trois phénomènes qui incommodent le plus les femmes. Les douleurs sont modérées par les narcotiques, surtout par l'opium, qu'on administre parl'estomac,en lavements ou bien en suppositoires; on donne aussi en injections dans le vagin des décoctions de plantes stupéfiâmes, telles que lu jusquiame, la belladone, le datura .stramonium. On proportionnera la quantité des remèdes à la vivacité des douleurs; on les cessera lorsque les malaues seront calmées; car il arrive souvent que les douleurs, devenues atroces, s'amendent et cessent même spontanément, à la suite d'une forte hémorragie. Ces douleurs, qui semblent se lier à un état congestif de lu matrice, qui redoublent aux approches des hémorragies, résistent quelquefois à de fortes doses d'opium, tandis qu'on les modère par l'application de ventouses ou de

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sangsues aux régions inguinale et sacrée. Les émissions sanguines locales conviennent encore dans les douleurs qui ont une origine inflammatoire et qui dépendent d'une péritonite partielle ou du développement des ganglions inguinaux. Il est des douleurs rebelles qui cèdent momentanément à l'application d'un vésicatoire amour du bassin. Enfin on est parvenu quelquefois à modérer les souffrances en projetant sur l'organe même des vapeurs de chloroforme ou un courant d'acide carbonique. Aux hémorragies on oppose le repos, le décubitus horizontal, en ayant soin de placer le bassin à la partie supérieure d'un plan incliné et le tronc dans une position déclive. Les boissons acidulés, la limonade sulfurique, les astringents, et parmi eux le ratanhia, le tannin , l'alun; l'ergot de seigle, les ligatures des membres, les injections et les lavements froids, les applications de glace sur le ventre, des tampons imprégnés de perchlorure de fer sur le col utérin, etc., sont tous autant de moyens à l'aide desquels on combattra les hémorragies symptomatiques du cancer utérin. Dans les cas extrêmes on pourrait avoir recours au tamponnement ou a la cautérisation avec le fer rouge. Contre l'odeur fétide de l'écoulement, on oppose surtout des injections légèrement chlorurées ou avec un mélange de teinture d'iode; d'autres emploient aussi de l'eau tenant en suspension du charbon ou de la suie, ou bien encore une solution de créosote.

— Polypes de l'utérus. Les polypes de l'utérus sont des tumeurs de consistance et de nature variables, qui occupent le corps et le col de Vutérus. Los polypes du corps sont le plus ordinairement fibreux, très-rarement charnus, et affectent deï dispositions et des formes variées. Les polypes fibreux ne sont ordinairement que les corps fibreux de la matrice qui se sont développes du côté de la cavité de l'organe. Leur structure présente trois variétés: tantôt ifs sont composés défibres roulées sur elles-mêmes, pelotonnées en lacis inextricables et divisées en plusieurs lobules séparés par un tissu cellulaire assez lâche.dans lequel rampent des vaisseaux ; c'est là le cas le plus commun; tantôt la tumeur est homogène dans toute son étendue, sans lobules ni fibres apparentes; tan tôt la tumeur, dite encore corps fibreux, quoiqu'on n'y trouve guère de ce tissu, est formée par un assemblage de granulations qui par leur disposition rappellent assez bien l'aspect du pancréas. Leur couleur est rougeàtre, blanchâtre ou jaunâtre. Leur volume varie depuis celui d'un petit pois jusqu'à celui de la tête d'un enfant à terme, et même d'un homme adulte. Leur forme est ordinairement globuleuse ; leur nombre est indéterminé; il existe quelquefois une espèce de' diathese de tout 1 appareil générateur. Leur densité varie ; en général elle est grande. Ces corps ne sont unis au parenchyme utérin que par des liens cellulpux très-lâches, de sorte que l'énucléation en est très-facile. Le parenchyme utérin est ordinairement intact; cependant, lorsque la tumeur est volunjjf neuse, la matrice subit les mêmes mod.fications que dans la grossesse; des fibres apparaissent; elles sont rougeâtres, etc. Quant au siège de ces polypes, ils présentent sous ce rapport trois modifications : tantôt les tumeurs sont logées entre le péritoine et le corps de Vutérus; dans leur développement elles s'étendent du côté de l'abdomen ; tantôt elles sont logées dans l'épaisseur même du tissu, et leur développement a lieu inégalement ou également de chaque côté ; tantôt enfin elles se développent entre le tissu et la membrane interne de 1 utérus; alors elles font saillie dans ,1a cavité utérine. Jamais on ne les a vues prendre naissance sur la membrane muqueuse elle-même. Rapprochés de la surface interne de la matrice, les polypes font saillie au dehors et s'élèvent du côté de l'ombilic; ils n'occasionnent presque jamais d'accidents bien graves et ne gênent que par leur poids et par la compression qu ils exercent sur les organes voisins; ils ont quelquefois simulé la grossesse ; développées ^au milieu de l'épaisseur des parois de Vutérus, ces tumeurs font une égale saillie en dehors et en dedans; enfin, rapprochées de la surface interne, elles ont pu facilement être étudiées. Elles se développent de deux manières distinctes : tantôt elles forment des corps arrondis, à large base, entourés par le tissu même de l'organe qui s'amincit, se replie derrière eux et leur forme un pédicule membraneux et vasculaire; tantôt elles sont

Pédiculées dès l'origine et descendent par allongement de leur pédicule. Dans tous les 'cas, il peut arriver ou que le polype, en

firenant de l'accroissement, dilate l'orifice de a matrice, pénètre dans le vagin et apparaisse au dehors, ou que le col résiste, que la matrice s'irrite, se contracte et chasse le corps étranger par un travail analogue à celui de l'accouchement; ou, enfui, que le col résiste, que la matrice se distend et simule une grossesse. Il est rare que les polypes éprouvent des altérations tant qu'ils sont renfermés dans la cavité utérine; mais, lorsqu'ils sont exposés à l'action de l'air ou d'autres irritants, ils s'enflamment, se ramollissent, se pénètrent de sang et deviennent le siège d'hémorragies abondantes; souvent alors ils dégénèrent en cancer, et cela d'autant plus facilement que l'élément celluleux

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prédomine davantage dans leur composition; selon Dupuytren et plusieurs auteurs contemporains, lorsque l'élément fibreux prédomine, au contraire,' le polype tend à devenir cartilagineux ou osseux. Quelquefois le pédicule est étranglé par le col de la matrice ; assez rarement il se rompt, et la polype devient libre dans la cavité du vagin. Les polypes du col sont plus rares que ceux du corps; ils sont fibreux, charnus, vasculaires ou muqueux ; ils naissent des lèvres du col qu'ils allongent considérablement; ils dégénèrent facilement en cancer.

Symptômes. Les polypes du corps de Vutérus sont annoncés par l'irrégularité et l'abondance des menstrues, la gêne, la tension et les tiraillements, surtout à l'occasion de la course et de la marche, et par des douleurs expulsives passagères. Cependant, le col s'étant dilaté, il survient un écoulement blanchâtre, ou des hémorragies plus fréquentes et plus abondantes; lorsque la tumeur est arrivée dans le vagin, elle comprime la vessie et le rectum et empêche l'excrétion des urines ou des fèces. Le toucher fait alors facilement découvrir une tumeur lisse et polie, que l'on sent au travers du col de la matrice dilaté.

Diagnostic. Malgré ces caractères, on a quelquefois, confondu les polypes de Vutérus, soit avec le renversement incomplet, soit avec la chute, soit avec le cancer de cet organe, quelquefois aussi avec la grossesse.

Pronostic. I! est grave.

Traitement, Le traitement comprend les moyens dirigés contre les complications et les accidents des polypes et ceux qui sont diriges contre ces polypes eux-mêmes. Ainsi, contre la constipation, on einploierajes purgatifs légers; si lu vessie est comprimée, on la videra en sondant la malade. On a tenté, mais c'est là une pratique exceptionnelle, d'enlever les corps fibreux de la matrice, quel que soit le point de cet organe qu'ils occupent. Pour cela, on abaissait la matrice et, après avoir fait une incision sur cet organe pour arriver à la tumeur, on la disséquait et on la détachait du point qu'elle occupait. C'est là une pratique hasardeuse et qu'on doit presque toujours rejeter. Le seul mode de traitement qui réussisse contre les polypes accessibles à la vue, c'est le traitement chirurgical. De nombreuses méthodes ont été" employées et sont encore mises en usage pour remplir la seule véritable indication, qui se résume dans la destruction et l'extirpation de cette production morbide. Ces diverses méthodes sont : 1» l'arrachement; 20 le broiement ; 3° la cautérisation et l'incision; 4° la torsion; 5» la ligature; 6" l'excision. De tous ces procédés, la ligature est le plus employé. C'est un moyen très-ancien, et, au temps où l'on commençait à l'employer, on la pratiquait en liant le pédicule au-dessous du col de la matrice ; maintenant on pratique la ligature; 1° hors du vagin: 2» dans le vagit) ; 3° dans la cavité de la matrice ellemême. La ligature hors du vagin est le procédé le plus facile ; pour l'exécuter, on étreint le pédicule du polype dans une anse de fil serrée et assujettie par un double nœud. La ligature appliquée, on abandonne le polype à lui-même jusqu'à ce qu'il tombe; ou btqn, mieux encore, on pratique l'excision au-dessous de la ligature. La ligature dans le vagin s'opère à l'aide de divers instruments qui servent à porter une anse de fil autour du pédicule et à exercer ensuite, au • moyen d'un autre instrument appelé serrenœud, une constriction assez forte sur l'anse du fil pour interrompre toute circulation dans le pédicule, ce qui amène la mortification du polype et sa chute, comme dans le procédé précédent. La ligature dans la car vile de la matrice s'exécute de la même manière que lu ligature dans le vagin ;-mais la manœuvre opératoire est plus minutieuse et exige l'emploi de plusieurs porte-nœuds. Si la ligature est très-employée, l'excision l'est tout autant. Cette opération est des plus simples; on saisit le pédicule du polype, le plus (très possible de son point d'insertion, avec une pince à griffes, on l'amène par de légères tractions au niveau de l'orifice vulvaire, puis on le coupe avec des ciseaux ou un bistouri. Si le polype est attaché à la paroi interne de Vutérus par un pédicule large et court, on l'attire au dehors, après avoir débridé l'orifice de la matrice; à l'aide de pinces oud'érignes, on circonscrit le point «l'attache de son pédicule par deux incisions elliptiques et on extirpe le polype en séparant de la matrice, par la dissection, le lambeau de tissu compris entre les deux incisions. Après l'excision, on combat l'hémorragie qui peut survenir par des applications de compresses d'eau vina grée ou de glace sur le bas-ventre et par des injections astringentes. Enfin on emploie contre l'inflammation produite par l'opération les moyens indiqués à propos de la niétrite.

■ — Calculs de l'utérus. On a donné ce nom à des concrétions, qui se développent tantôt dans la substance propre (le Vuiérus, tantôt dans sa cavité. On sait fort peu de chose sur les véritables caractères de ces productions anomales. La plupart de celles dont on parle ' sont évidemment des ossifications, et ont été rencontrées chez les vieilles femmes; cependant on en a également observé chez de

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jeunes sujets. Les concrétions calculeuses de la matrice peuvent atteindre un volume considérable; Bartholus dit en avoir trouvé une du poids de 2,000 grammes; elle était noire et inégale. D'autres auteurs en citent de dimensions variées. Les concrétions de la matrice sont tantôt libres et tantôt adhérentes, elles ne sont pas toujours formées de toutu pièce. Des corps étrangers leur servent quelquefois de noyau. Dans le cas dont parle Brugnatelli, le centre du calcul était occupé par un fragment d'os de poulet. Certaines tumeurs calculeuses ont paru formées par des fragments de foetus, descendus de la cavité de Ta matrice, à la suite d'une grossesse extraordinaire; d'autres tirent leur origine de môles durcies, de tumeurs fibro-osseuses, ou de fœtus morts dans les premiers temps de la vie intra-utérine.

Symptômes. Les symptômes produits par les calculs de l'utérus se rapportent presque tous à ceux des polypes de cet organe; ainsi les malades ressentent des douleurs sourdes dans le bas-ventre, éprouvent de la pesanteur au périnée et sur le rectum -,1a matrice est le siège de douleurs lancinantes ; les envies d'uriner sont fréquentes et incomplètement satisfaites; quelquefois même on observe les phénomènes de la rétention d'urine. Un flux leucorrhèique abondant a lieu constamment par les parties génitales ; la marche est gênée, tous les mouvements sont douloureux. Cependant il est des cas dans lesquels les tumeurs calculeuses de la matrice ne donnent lieu à aucun des symptômes indiqués ci-dessus ; mais, à la vérité, ces exceptions sont rares. Il est à peu près inutile do dire que la présence de ces calculs 'est une cause absolue de stérilité.

Diagnostic. Les moyens à l'aide desquels on peut parvenir à distinguer les tumeurs calculeuses de l'utérus ne réussissent pas toujours. Le toucher apprend que cet organe est plus volumineux que dans l'état normal, qu'il contient un corps étranger; mais il laisse le chi. urgien incertain sur sa naturo. Le cathétéiisme n'est guère applicable que lorsque le col de la matrice est ouvert, et, quaud il est fermé, son inutilité est complète.

Traitement. La nature pourrait très-probablement opérer l'expulsion des calculs de la matrice ; mais si les symptômes étaient trop graves pour attendre cette expulsion naturelle, il faudrait essayer de saisir le calcul avec une pince et l entraîner ainsi au dehors. Si l'extraction n'était pas possible de celte manière, il faudrait briser le calcul avec un luhotiiteur, ou mieux encore, s'il n'était pas très-gros, pratiquer sur le col des débridements multiples destinés à rendre son passage facile.

— Plaies de l'utérus. Les plaies de Vutérus par accident sont rares. Les plaies chirurgicales ne le sont pas autant; ainsi Récamier a traversé Vuiérus avec sa curette. Le forceps appliqué par des mains inhabiles, des tentatives de réduction du prolapsus de la .matrice, les tentatives d'avorteineut avec des sondes ou des aiguilles, sont les causes fréquentes des plaies de la matrice. Des plaies de la matrice pendant la grossesse ont été produites par des balles ou par des cornes d'animaux ruminants. Les accidents qui peuvent accompagner les plaies de la matrice sont une métiite, une péritonite suraiguS hors de l'état de grossesse, et, pendant cet état, l'avortement et la péritonite suraigue dans les hémorragies graves.

— Traitement. Pour les plaies da la matrice vide ou d'une matrice chez une femme avortée à moins de trois" mois, les antiphlogistiques énergiques, la saignée, vingt à trente sangsues sur le ventre, seront mis en usage. Si la matrice a été blessée à travers une plaie de l'abdomen, on réunira la plaie abdominale par suture, et on pansera à l'eau froide. Pendant l'état de grossesse, si le fœtus fait hernie à travers une plaie de la matrice et de l'abdomen, on réduira et on réunira la plaie de l'abdomen, sinon on extraira le fœtus. On se comportera comme pour les ruptures de Vutérus si la femme est en travail et si le col est dilaté.

— Ruptures de l'utérus. La rupture de Vidé" rus ne s'opère presque jamais que pendant l'accouchement. Les causes qui la déterminent sont les vices de conformation du bassin, l'amincissement de la matrice, sou ramollissement, sa distension par un liquide, une violence extérieure.

Symptômes. Les signes communs à toutes les ruptures de l'utérus sont : une douleur vive, subitç, une sensation de déchirure, accompagnée souvent d'un sentiment de craquement. Alors si l'ouverture da Vutérus n'est point bouchée par le fœtus ou ses annexes, les malades s'engourdissent, pâlissent, tombent en syncope et ineurent dans les vingt quatre heures; ou bien si le fœtus oblitère la plaie de Vutérus, un calme trompeur succède à la douleur pour être remplacé par intervalles par des crises de douleurs, la malade jouit de quelques jours de repos et finit par succomber à une péritonite suraigue lorsque Vutérus a vidé son contenu dans l'abdomen. Pendant la grossesse, la rupture .de l'utérus est annoncée par la cessation des mouvements du fœtus, quelquefois par un écoulement sanguin par la vulve, qui est dû

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au décollement du placenta. Le doigt sent la matrice remontée, changée de position ; le palper abdominal permet quelquefois de sentir diverses parties du fœtus; le ventre est douloureux au niveau de la matrice. Pendant le travail, la cessation des contractions, l'affaissement do la poche des eaux, l'impossibilité de sentir le foetus, la rétraction du col de lamatrice, quelquefois la présence d'intestins dans la matrice, ce qui donne une sonorité tout anomale à l'hypogastre, enfin la possibilité de 'sentir la crevasse si l'on introduit la main dans l'utérus, conduisent au diagnostic de la rupture de la matrice à la suite du travail.

Traitement. Dans les premiers mois de la grossesse, on doit abandonner la lésion aux ressources de la nature. Les potions antispasmodiques, la compression de l'aorte et la glace sur le ventre, S il y a des signes d'hémorragie, dix a vingt sangsues k Phypogastre pour prévenir 1 inflammation, telles sont les prescriptions auxquelles on aura recours. Pendant les derniers mois de la grossesse, si l'enfant est vivant, on fera l'opération césarienne s'il est passé dans le ventre. Si le fœtus est encore dans l'utérus, on dilatera le col avec des pinces dilatatrices, ou l'on débridera le col et l'on extraira l'enfant avec la main ou le forceps. Si le fœtus est mort et dans l'abdomen, on l'extraira par l'opération césarienne, pendant le travail ; si l'enfant est vivant et est resté en place, on applique le forceps tandis qu'un aide, pressant sur la paroi abdominale, maintient l'enfant dans l'utérus. Si le bassin est trop étroit, on pratique l'opération césarienne. Si l'enfant est en partie hors de la matrice, on l'extrait par le vagin. Si une partie du fœtus est étranglée par la plaie de la matrice, on essaye de dilater cette plaie avec les doigts et l'on tire dans l'intervalle des contractions. Si l'enfant est entièrement dans le ventre, on se rend compte de la déchirure en introduisant la main dans la matrice et, suivant son état et la position de l'enfant, on tire celui-ci par le vagin ou on pratique l'opération césarienne. Si l'enfant est mort et s'il y a en même temps un rétrécissement du bassin, on pratique la céphalotripsie et l'erabryotomie.

— Renversement de l'utérus. Le renversement de l'utérus peut présenter différents degrés : \o la simple dépression, quand le fond de la matrice est un peu déprimé en dedans, comme est le fond d'une fiole de verre: 20 la renversement incomplet, celui dans lequel le fond de la matrice est descendu jusque vers l'orifice, et même l'a franchi et se trouve dans le vagin ; 3° le renversement complet, celui dans lequel la matrice entièrement retournée sur elle-même pend en dehors de la vulve.

Causes. Cette maladie peut survenir pendant ou après l'accouchement, ou à une époque toute différente de la vie; les deux cas présentent des considérations particulières ; et d'abord l'état d'inertie de la matrice est la principale cause prédisposante ; il en est de même de sa distension préalable, soit par un polype, soit par le produit de la conception ; c'est le cas le plus fréquent. Pendant l'accouchement, deux causes principales peuvent produire le renversement de la matrice: l°une traction opérée sur le placenta encore adhérent aux parois de 1 organe, lorsque le cordon est très-court ou entortillé autour d'une partie du fœtus; lorsque, la femme accouchant debout, le fœtus tombe à terre etentralne le placenta par son propre poids; 2° l'impulsion des intestins contre les parois de l'utérus, dans les efforts de la toux, de l'éternument, du vomissement, et dans les efforts trop violents de la femme pour hâter l'expulsion du fœtus. A mesuVe qu'on s'éloigne de l'accouchement, le renversement de l'utérus devient moins fréquent; cependant on l'a vu se manifester à une époque assez éloignée de l'accouchement, au bout de douze jours, à la suite de violents efforts pour aller à la selle. Au reste, le renversement peut se faire à une époque très-éloignée de l'accouchement et même chez les femmes qui n'ont jamais eu d'enfants; alors le renversement est dû ordinairement k un polype attaché au fond de l'utérus et qui l'entraîne par son poids.

Symptômes. Les symptômes présentent quelque différence suivant le degré et la rapidité du renversement. Dans le renversement incomplet, on n'observe souvent qu'une hémorragie, ou l'augmentation de la menstruation, ou un écoulement leucorrhoïque, avec tiraillements aux aines, pesanteur et douleur dans le bassin; dansle renversement complet, l'hémorragie plus forte peut être mortelle peu après l'accouchement, et, si l'inertie de la matrice est complète, les douleurs sont déchirantes et s'accompagnent de syncopes et de convulsions; l'inflammation et la gangrène Sont fort à craindre, et, si la matrice i?est point réduite, elle s'irrite et se couvre d'ulcérations plus ou moins graves.

Diagnostic. Il est ordinairement facile dans lô cas simple de dépression; la main qui palpe la région hypogastrique sent une dépression comparable à un cul-de-lampe et dont les bords seraient relevés. Si le placenta n'est pas encore détaché, il se présente k l'orifice de la matrice; en tirant sur le cor-" don ombilical, on sent la dépression sous-

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pubienne augmenter. Dans le renversement incomplet, le fond de la matrice appuie sur l'orifice ou descend dans le vagin, sous la forme d'une tumeur arrondie, limitée en haut par une dépression circulaire, autour de laquelle on peut promener le doigt et qui correspond au col utérin. Dans le renversement complet, la tumeur a franchi la vulve; k l'époque de l'accouchement, cette tumeur est sphéroïde, volumineuse, d'une couleur rouge brun, d'un tissu mollasse et spongieux; le sang ruisselle de toute sa surface, surtout si on la comprime. Si le renversement est ancien ou s'est fait à une époque éloignée de l'accouchement, la tumeur est piriforme, la grosse extrémité tournée en bas; le pédicule est borné supérieurement par un bourrelet circulaire formé par l'orifice. Dans quelques cas, la partie supérieure du vagin est ellemême renversée ; l'orifice utérin forme alors une saillie circulaire au-dessus de laquelle on sent la portion vaginale plus molle; la surface de la, tumeur est le siège de la menstruation k chaque époque. A ces différents signes on joindra les signes commémoratifs, qui empêcheront de coniundre cette maladie avec la tête d'un second enfant ou avec une môle, ou avec un polype plus ou moins volumineux, dont le pédicule est plus long et plus grêle, entouré par l'orifice utérin qui lui forme une gaine dans laquelle le doigt pénètre profondément; d'ailleurs, le polype est irréductible et l'on peut reconnaître 1 utérus au-dessus du pubis.

Le traitement consiste k réduire la tumeur et k la maintenir réduite au moyen d'appareils convenables.

— Chute de l'utérus. On nomme ainsi un déplacement de V utérus dans lequel cet organe se rapproche plus ou moins de la vulve, s'engage dans cette ouverture ou la franchit et vient se placer au-dessous d'elle, k une distance plus ou moins considérable.

Causes. Les causes prédisposantes sont le tempérament lymphatique, 1 âge adulte, la vieillesse, les dimensions trop considérables du bassin, une profession qui force la femme . à rester debout avec un poids plus ou moins considérable sur le ventre, les grossesses fréquentes, les corsets trop serrés. Les causes efficientes sont les efforts trop prolongés ou trop répétés, de quelque genre qu'ils soient, une chute sur les pieds, etc.

Sympt6m.es. Dans le premier degré ou abaissement, le col de l'utérus est plus mobile ilans le vagin et plus rapproché de la vulve ; il présente une tumeur conique ; les accidents sont presque nuls. Cependantla descente augmente et l'utérus s appuie sur le périnée. De là compression du rectum et de la vessie. Dans le deuxième degré ou chute de l'utérus, cet organe s'engage dans l'orifice de la vulve et comprime tellement le3 parties qu'il y a impossibilité d'excréter les urines et les fèces; on voit alors à la vulve une tumeur oblongue, dont l'extrémité inférieure présente une fente transversale par laquelle s'écoule, aux époques ordinaires, le liquide menstruel. 11 survient alors des phénomènes généraux (trouble de la digestion, coliques, fièvre). Si l'utérus fait fortement saillie, il y a des tiraillements dans les aines, gêne de la marche et écartement obligé des cuisses. DansJe troisième degré ou précipitation, l'utérus se porte tout à fait au dehors, entraînant après lui le vagin renversé. Dès lors la compression du rectum et du vagin est beaucoup diminuée, mais les tiraillements sont très-douloureux et il y a plus de gêne dans la marche. Cette maladie se complique de divers accidents, tels que : l'étranglement de la. tumeur, les hémorragies, la péritonite, la fièvre, l'inflammation, la gangrène', la dégénérescence squirrheuse, la hernie de la vessie.

Le diagnostic est très-facile.

Le pronostic n'est grave qu'en raison de l'infirmité que cette maladie occasionne.

Traitement. Le traitement palliatif consiste dans l'emploi de pessaires et de bandages; ceux en caoutchouc , de Galand, de Charrière, etc., donnent de très-bons résultats. Le traitement curatif consiste dans l'emploi des moyens chirurgicaux. On a employé la cautérisation du vagin dans le but de produire du tissu cicatriciel qui soit capable de retenir l'utérus en place. Les caustiques et mieux le fer rouge ont été employés à cet effet. On a excisé la muqueuse, on a fait des points de suture en faufilé, suivant une ligne représentant la lettre 11. Mais toutes les opérations, cautérisation, excision et suture, n'ont pas produit de guérison radicale. M. Nélaton a obtenu plusieurs succès en appliquant un nombre plus ou moins considérable de serres-fines sur la muqueuse du vagin; les petites plaies qu'elles déterminent forment des cicatrices dont le tissu iuodulaire rétrécit le vagin et par conséquent s'oppose k la descente de l'utérus* On peut encore tenter une opération qui consiste à aviver le bord libre de.s grandes lèvres et k réunir la partis antérieure par des points de suture. Ce procédé, usité en Allemagne, est généralement connu sous le nom d'épisiorrhaphie. V. ce mot.

— Rétro flexion de l'utérus. On dit qu'il y a rétroflexion lorsque l'utérus est plié sur lui-même et que son fond fait avec son col un angle ouvert en arrière. Les causes les

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plus fréquentes de ce déplacement sont : les grossesses multiples, les adhérences pathologiques de l'utérus et la mollesse anomale de son tissu. On diagnostique cette déviation, comme aussi l'abaissement et l'engorgement de la matrice qui la compliquent si souvent, par le toucher vaginal et par l'observation de quelques symptômes en général légers. Tant que la femme n'est pas en état de grossesse, la rétroflexion constitue pou relia plutôt une incommodité qu'une véritable- maladie. Il n'en est plus de même pendant la durée de la gestation, car elle devient alors une cause d'avortement, et si cet accident n'a pas lieu, elle peut produire les mêmes désordres graves que la rétroversion. Le traitement consiste a redresser l'utérus, soit avec une sonde de femme, soit avec un instrument spécial appelé redresseur, qu'on introduit et qu'on maintient plus ou moins longtemps dans la cavité de 1 organe. Cette manœuvre n'est pas sans danger, et on la remplace quelquefois par i'électrisatiou des parties déviées.

— Rétroversion de l'utérus. Dans le cas de rétroversion l'utérus éprouve un mouvement de bascule, par suite duquel son grand axe vertical se trouve couché plus ou moins horizontalement dans le bassin, parallèlement au diamètre antêro-postérieur de cette cavité.

La rétroversion, quand elle n'existait pas antérieurement à la gestation, ce qui est le cas ordinaire, survient en général du troisième au quatrième mois de la grossesse. Plus tard, elle est k peu près impossible, à cause du volume trop considérable de la matrice qui a dépassé le détroit supérieur. Elle se fait brusquement ou peu à peu. Dans le premier cas, elle est due soit k la pression continue des viscères sur l'utérus en voie de développement, soit ii un relâchement de cet organe, soit enfin à un rétrécissement du détroit supérieur du bassin avec augmentation dans les diamètres de l'excavation pelvienne. Dans le second cas, elle reconnaît pour cause une chute, un coup, une pression sur le basventre ou quelque violent effort. Si elle se produit lentement, elle ne cause d'abord que de l'incommodité et dos tiraillements douloureux dans les aines et dans les lombes. Plus tard, L'utérus, en se développant par le fait des progrès de la grossesse et d'un engorgement pathologique qui ne tarde pas a survenir, comprime le gros intestin et la vessie. La rétention d'urine, le ténesme et la constipation apparaissent. Les matières fécales, en s'accumulànt au-dessus du point comprimé par la matrice, augmentent encore sa tendance au renversement en arrière; la distension de la vessie refouie en même temps le col en haut. Si on ne remédie à ces désordres d'abord légers, l'utérus s'enclave dans l'excavation pelvienne et peut devenir irréductible. La rétroversion se produit-elle instantanément, on observe les mêmes accidents, mais ils prennent d'emblée une forme grave et peuvent devenir très-rapidement mortels, en se compliquant 'de métrite, de météorisme, de vomissements et de péritofffte. Le toucher vaginal constitue le meilleur moyen de diagnostic de la-rétroversion ; il permet de constater la présence du fond de la matrice abaissé dans la cavité du sacrum et la direction insolite du museau de tanche, qui, au lieu de regarder en bas, regarde en avant et en haut, vers la face postérieure de la symphyse pubienne.

Le pronostic do la rétroversion, toujours très-grave pendant la durée de la gestation, varié cependant suivant l'époque de la grossesse, la manière plus ou moins brusque dont le déplacement s'est produit et aussi d'après le temps qui s'est écoulé depuis le début des accidents. La rétention d'urine et la constipation augmentent d'heure en heure le danger. La vessie distendue peut se rompre et causer des accidents rapidement mortels si on ne sait les prévenir. Dans les cas de nongestation, le pronostic est bien moins sérieux. La déviation utérine ne produit pas alors d'accidents aigus, mais seulement des troubles chroniques. La réduction est facile, mais lu récidive très-fréquente.

Le traitement doit être entrepris de bonne heure. Il se composera de moyens généraux sédatifs et antiphlogistiques, tels que les bains et la saignée, et de moyens locaux . On commencera par vider la vessie au moyen du cathéter. (Jette opération, toujours difficile dans le cas qui nous occupe, est toutefois rarement impossible. On videra do même le rectum par l'administration d'un ou de plusieurs lavements purgatifs injectés profondément dans l'intestin avec une longue sonde en gomme élastique. On procédera ensuite, avec deux doigts introduits dans le vagin, à la réduction de l'utérus. Pour cela, il faut chercher à accrocher le col de l'utérus avec l'indicateur et le tirer en bas, taudis qu'on repousse avec l'autre doigt le fond de l'organe en haut. Dans certains cas, cette manœuvre échoue et il devient nécessaire d'introduire toute la main dans le vagin. On peut encore être obligé de refouler la matrice k l'aide d'un bâton repoussoir long de 0">,25 àûul,30 qu'on enfonce dans le rectum, tandis qu'on agit d'autre part sur le col. Si la réduction est impossible, il n'y a pas à hésiter : l'avortement est la seule chance de salut pour la femme, et il faut le provoquer immédiatement. On rompra donc les membranes au

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moyen d'une sonde à travers le museau de tanche, ou même par la ponction de l'utérus si le en] est inaccessible. Les eaux de l'amnios, en s'écoulant, rendront les manœuvres consécutives plus faciles. Dans les cas plus heureux où l'organe déplacé peut être réduit, il y a lieu de faire garder le lit k la femme jusqu'au sixième mois pour prévenir le retour des accidents. On devra aussi lui recommander l'usage d'un peisaire.

— Inversion de l'utérus. Lorsque cette inversion se produit sous l'influence de tractions imprudentes exercées sur le délivra dans l'accouchement, la simple dépression du fond ou de l'une des parois de l'utérus n'est pas douloureuse, et la femme ne remarque aucun changement dans sa manière d'être; mais quand elle se complète, quand surtout elle se fait brusquement, alors la malade s'écrie qu'on lui arrache les entrailles, tant est vive et déchirante la douleur qu'elle ressent. Quelquefois on s'aperçoit de l'inversion trop longtemps' après l'accouchement pour qu'il soit possible d y remédier. D'autres lois, elle s'est établie insensiblement, d'une manière pour ainsi dire chronique, et son apparition est restée ignorée. Souvent elle est annoncée par de violentes coliques dans le bas-ventre.

L'inversion, qui est la conséquence de l'existence d'un corps étranger dans la matrice, offre deux variétés facilement explicables. Toujours commencée sans douleur, l'inversion se complète de même, si elle procède lentement et si, k mesure que le fond de l'utérus descend, le col s'entr ouvre pour le recevoir; mais si cet achèvement excite des contractions', elles lui impriment un cachet de violence qui rappelle un peu l'inversion brusque après la délivrance. Une fois accomplie , n'importe comment, l'inversion qui se lie k l'accouchement est d'un aspect menaçant; au milieu d'une crise de douleurs, une tumeur considérable remplit le vagin et sort plus ou moins par la vulve; si elle est encore recouverte du placenta, 1 écoulement de sang est léger ou nul; si le délivre détaché de cette masse» rougeàtre la laisse k nu, le sang ruisselle de toute sa surface, et l'on pourrait en compter les principales sources, qui correspondent toujours k 1 insertion placentaire. Toujours très -grande, presque foudroyante dans les premiers moments, lorsque la matrice est molle et comme insensible au toucher, cette hémorragie diminue à mesure que ce viscère se contracte et se durcit; mais elle continue, -et quoique moins abondante elle n'en reste pas moins inquiétante, si le sujet est d'une constitution faible. De plus, en augmentant l'atonie de l'organe, elle ajoute k l'une de ses propres causes et devient elle-même la source de syncopes qui reparaissent k chaque instant. Des convulsions se déclarent aussi quelquefois, et le moment fatal n'est pas loin. 11 est des femmes qui résistent aux premiers effets de cette hémorragie lorsqu'elle est moins abondante ou qu'elles ont plus de force pour la supporter. Alors cette perte" se modère peu a peu après les premières heures, se suspend, reparaît, et ainsi de suite pendant des années et même tout le reste de la vie, que presque toujours elle abrège. "On a vu cette hémorragie alterner avec une perte en blanc qui, quelquefois, la remplace. Dans le renversement que nous avons appelé chronique, les symptômes sont loin d'avoir la même, gravite, et jamais on n'observe de perte ni en rouge ni en blanc. Une chose remarquable et importante a noter, c'est que, renversée brusquement ou lentement, la matrice peut continuer k verser périodiquement cette exhalation sanguine qui constitue les règles, et on voit alors le liquide sourdre de toute sa surface en gouttelettes multipliées.

Après l'accouchement, le chirurgien sent quelquefois l'inversion se former sous sa main ; le fond du viscère déprimé figure au toucher une espèce de jatte qui se creuse de plus en plus, jusqu'à ce que tout s'efface et qu'à l'instant même il paraisse dans le vagin une tumeur tantôt encroûtée du gâteau placentaire et non saignante, le plus souvent nue, ruisselante de sang par toute sa surface, mais principalement dans une certaine superficie, ordinairement le sommet, plus inégal et plus raboteux que le reste. La tumeur, en généml flasque et présentant au toucher la sensation d'une poche k parois épaisses, se durcit par intervalles et se réduit de plus en plus; le palper ne trouve plus l'utérus dans le bas-ventre. Il arrive cependant que, tout renversé qu'il est, il forme une tumeur plus élevée que la symphyse, ce qui suffirait pour fixer le dignostic, k défaut d'autres caractères.

Lorsqu'il s'agit d'une inversion lente et chronique, tant quelle n'aura pas entr'ouvert le col, c'est pour la femme et pour le chirurgien comme si elle n'existait pas. Mais aussitôt que le fond de l'utérus est engagé dans le museau de tanche, les tiraillements dans les aines, les douleurs de reins et les pesanteurs sur le siège se joignent aux données autrement positives fournies par le toucher. On sent au doigt le col utérin dilaté par une tumeur arrondie, souple, qui se réduit aisément et se reproduit plus vite encore et retombe dès qu'on cesse de la soutenir. Leslè: vies du museau de tanche sont d'autant plus relevées er; dehors qu'il est plus largement

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ouvert. De plus, si, en même temps que le doigt de la main droite repousse en haut le fond de l'uf éru5, l'a gauche, déprimant la paroi abdominale, reconnaît, à travers une couche médiocrement épaisse de tissus, le doigt inséré dans le. vagin, on ne peut se tromper, car aucune autre lésion que l'inversion incomplète ne présente des caractères analogues, I! n'en est plus de même lorsque l'inversion chronique est complète. Il faut alors la distinguer d'un polype implanté dans Yutérus. Pesanteur sur le fondement, douleurs de reins, pertes en rouge ou en blanc, tumeur vaginale dont le pédicule est embrassé par le inuseau de tanche, telles sont les ressemblances. Voici les différences : dans l'inversion, si, comme c'est l'ordinaire, il se fait dans la vagin une exhalation sanguine, périodique ou non,' ou même une perte en blanc, c'est la tumeur, qui en est le siège évident, qui lu fournit par sa surface ; dans le polype, le liquide vient d'en haut et d'alentour; la tumeur en est baignée; mais, si on l'examine au spéculum, on constate qu'elle n'en est pas la source. Dans l'inversion, le pédicule de la tumeur n'est séparé des lèvres du museau de tanche que par une rainure circulaire à peine indiquée, tout à fait superficielle; l'oritice du col forme comme une espèce de petit bourrelet en collerette autour du pédicule. Dans le polype, ce qui sépare le pédicule de la face interne du col, ce n'est pas une rainure, c'est une fente circulaire qu'on fait parcourir à un stylet mousse, à une profondeur égale dans t,out le pourtour, si la racine de la végétation est au fond de Yutérus, inégale si elle se trouve sur un côté.

Le pronostic de l'inversion de l'utérus est très-grave. Dans certains cas, les femmes succombent on trèiS-peu de temps à l'hémorragie. La surface interne de l'utérus, mine a nu, se trouve dans les conditions les plus favorables pour contracter une inflammation violente, et l'on sait que les veines y jouent un grand rôle dans !a phlogose. La position de la matrice ne lui permet pas le développement inflammatoire; elle est bridée, étranglée; de là les plus graves accidents. Comme dans le plus grand nombre de cas la femme est dans l'état puerpéral, toutse complique et s'aggrave par cet état.

Le traitement de l'inversion de l'utérus consiste à réduire celui-ci le plus tôt possible et à éviter la récidive, qui a lieu trèssouvent. Dès que l'accoucheur s'apercevra qu'une dépression se forme sur le fond de 1 utérus pendant la délivrance, il cessera toute tentative prématurée d'extraction. Si le placenta était en partie décollé, il faudrait introduire la main dans les parties, réduire l'inversion et compléter la destruction des adhérences, afin de forcer Vulérus à se rétracter, seul mode d'arrêter l'hémorragie qui accnmpagne le décollement partiel. Mais si le placenta était encore adhérent, il faudrait le réduire avec l'utérus et ne pas décoller les adhérences, de peur qu'une hémorragie foudroyante ne vînt compliquer la situation. On attendrait ensuite l'expulsion spontanée en excitant l'utérus h se contracter. Enfin, dans le cas d'inversion complète ou à peu près, il faut encore réduire le plus tôt possible pour éviter une hémorragie. Si le placenta était à moitié décollé, on compléterait la délivrance et on réduirait de suite en sollicitant les contractions par tous les moyens possibles. T014 retard dans la réduction expose, au bout de quelques heures, à la contraction de l'orifice, qui met alors Un obstacle infranchissable U la réduction. Avunt de procéder à cette opération, il convient de faire quelques fomentations émollientes, de donner un bain à la malade et de placer surl-'abdoraen de la pommade belladonée; l'opium et le chloroforme doivent aussi être employés. Puis, avec la main placée eu cône et graissée, ou, mieux encore, recouverte d'un linge, on tâchera, petit à petit, de faire repasser le fond et le corps de Vulérus à travers son orifice, pour le remettre dans sa position normale; on laissera cette main en pldce pendant quelque temps dans l'utérus, dans le double but d'einpêeher la reproduction de l'invagination et de faciliter sa retraction. Il est évident que, si le col utérin ne permettait pas la réduction du placenta, il faudra. t le détacher avant de procéder à l'opération. Pour ce qui est du débridement, on doit y avoir recours lorsque plusieurs tentatives de réduction suffisamment prolongées ont été faites inutilement. Ici les incisions multiples trouvent une heureuse application. Si la réduction n'a pu être opérée ni sans débridement ni par débridement, on fera bien de suivre le précepte de Boyer, qui recommandait de ne jamais enlever la matrice. Le mieux est, lorsque la tumeur, quoique irréductible, est compatible avec l'existence, de la fuire rentrer dans la vagin si elle eu est sortie et de l'y soutenir avec un pessaire en cuvette. Ce moyen palliatif calme les accidents et peut quelquefois préparer une réduction.

— Art vétèr. Dans les animaux, l'utérus est situé dans la cavité abdominale, à la région sous-lombaire, a l'entrée de la cavité pelvienne, où son extrémité postérieurese trouve engagée. Dans su moitié postérieure, l'utérus représenta un réservoir simple, cylindrique, légèrement déprimé de dessus en dessous et nommé 'le corps de l'utérus. Dans sa moitié

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antérieure, il est bifide et divisé en deux cornes recourbées par en haut. Le corps répond par sa face supérieure au rectum, qui s'applique sur lui après avoir passé entre les deux cornes; il reçoit sur les côtés de cette face l'insertion des ligaments larges ; ses faces latérale et inférieure sont en rapport avec las circonvolutions intestinales. Son extrémité antérieure se continue, sans délimitation, avec chacune des cornes; la postérieure est séparée du vagin par un rétrécissement qui prend le nom de col de l'utérus. Les cornes, mêlées aux diverses portions de l'intestin qui occupent la même légion, offrent une courbure inférieure convexe et libre; une courbure supérieure concave, sur laquelle s'attachent les ligaments suspenseurs; une extrémité postérieure ou base, fixée au corps de l'organe; une extrémité antérieure au sommet, arrondie en cul-de-sac, tournée en haut, présentant l'insertion de l'oviducte.

Flottant dans la cavité abdominale, k la manière des intestins, Yutérus se trouve attaché comme eux par des liens lamelleux qui le suspendent à la région sous-lombaire et qui ont reçu pour cette raison la dénomination de ligaments larges ou ligaments suspenseurs de l'utérus. Ces liens, au nombre do deux, sont plus développés en avant qu'en arrière, écartés en avant comme les branches d'un V. Ils partent de la paroi sous-lombaire et descendent vers l'ulérus pour se fixer pur leur bord inférieur sur les côtés de la face supérieure du corps et sur la petite courbure des cornes. Leur bord antérieur est libre ; il soutient les oviductes et les ovaires; l'oviducte est compris entre les deux lames séreuses du ligament; l'ovaire, placé en dedans de ce ligament, reçoit une lamelle détachée de la lame principale et formant avec elle, en dessous de l'ovaire, une sorte de petite cupule. Une autre petite lamelle, étroite et longue, existe en dehors du ligament large. On peut la suivre postérieurement jusqu'à l'anneau inguinal supérieur; antérieurement elle offre un petit appendice renflé ; entre les deux feuillets qui forment ce repli se trouve un muscle grêle tout à fait semblable au crémaster du mâle avant la descente du testicule dans les bourses. On doit voir dans cette lamelle l'analogue du ligament rond de la femme. L'utérus se trouve encore fixé par sa continuité avec le vagin.

La surface intérieure de cet organe offre des replis muqueux qui existent déjà chez le foetus. Ces replis, rangés en séries longitudinales, sont ineffaçables par la distension ; mais ils disparaissent pendant la gestation, sous l'influenee du travail d'agrandissement dont la cavité utérine est le siège. Cette cavité présente trois compartiments : la cavité du corps et les cavités des cornes. Ces dernières sont percées à leur fond par l'orifice extérieur de la trompe de Fallope. Celle-là communique avec le vagin par un étroit canal qui traverse le rétrécissement postérieur de la matrice et qui s'appelle en anatomie humaine la cavité du col. Chez toutes les femelles domestiques, la lapine exceptée, on voit le canal'utérin se prolonger au fond du vagin à la manière d'un robinet dans un tonneau, et former ainsi une saillie toujours très-prononcée. C'est sur cette saillie qu'est percé l'orifice vaginal du canal dont nous parlons. Au pourtour de cette ouverture, la muqueuse utéio -vaginale présente des plis transversaux, disposés eirculairetnent, qui donnent au prolongement tapissé par cette membrane l'apparence d'une fleur radiée-, aussi appelle-t-on cette saillie du col fleur épanouie, dans le langage de l'anatomie vétérinaire; c'est le museau de tanche chez la femme.

Comme chez la femme, les parois de la matrice des femelles domestiques sont composées de trois membranes : une externe séreuse, une moyenne charnue, une interne muqueuse, aveu des vaisseaux et des nerfs. La séreuse envelope tout l'organe; c'est une expansion des ligaments larges, laquelle se prolonge en arrière sur l'extrémité postérieure du vagin et se replie ensuite circulairement autour de ce canal pour se porter soit sur le rectum, soit sur la vessie, soit sur les parois latérales du bassin. Entre les deux cornes, cette membrane forme un frein particulier, très-peu développé chez les solipèdes. La couche charnue comprend des fibres longitudinales et des fibres circulaires. Elle émet, vers l'insertion des ligaments larges, une série de faisceaux qui se prolongent entre les deux lames de ces ligaments. Chez la femelle en état de gestation, le nombredes fibres qui composent cette couche est beaucoup plus considérable que dans les circonstances ordinaires. Cet accroissement a pour but de permettre la dilatation de {'utérus sans trop amincir les parois de ce réservoir, qui s'amincit cependant plus ou moins suivant les espèces. La texture de la muqueuse ne diffère pas de celle des autres. Cette membrane n'offre pas de villosités, mais elle est criblée d'orifices folliculeux dans lesquels s'enfoncent les villosités'placentairea lors de la gestation. Le sang amené dans l'utérus par les artères utérines et utéro-ovariennes est transporté hors de l'organe par les veines correspondantes à ces derniers vaisseaux. Chez .les femelles qui ont eu plusieurs portées, ces vaisseaux se distinguent par leur énorme volume et par les flexuosités qu'ib décrivent. Les lymphatiques qui sortent de

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»a matrice sont aussi remarquables par leur nombre que parleurs dimensions. Ils gagnent la région sous -lombaire. Les nerfs qui abordent l'organe viennent du plexus de la petite mésentérique etda plexus pelvien. „ L'utérus de la vache comparé à celui de la jument ne présente que très-peu de caractères différentiels, eu égard h sa disposition fénérale dans les cavités pelvienne et abominale; seulement, il s'avance un peu moins dans cette dernière cavité. En effet, l'utérus étant supposé parfaitement horizontal, une ligne transverse tirée dans le plan de l'abdomen, en avant de l'angle externe de l'iléum, se trouverait dépassée tout au plus de 0m,04 àO'o.Oâ par l'extrémité des cornes, ce qui j revient a dire que, l'animal étant sur le dos, V utérus se prolongerait seulement jusqu'au I niveau de la quatrième ou de la cinquième vertèbre lombaire. Etudié au point de vue de la forme, Vulérus présente ebez la vache une disposition fort remarquable, qu'il importe de noter : la courbure concave des cornes regarde en bas, tandis que cette même courbure est tournée en haut dans Yutérus de la jument. Or, chez l'une et l'autre femelle, l'attache des ligaments sous-lombaires se fait sur la concavité des cornes; il arrive donc J chez la vache, si l'on considère l'utérus librement suspendu dans l'abdomen, que l'extrémité des cornes se montre tordue en dehors et en haut, tandis que la base, bien que tirée dans le même sens par ces ligaments, conserve Sa direction, maintenue qu'elle se trouve d'une manière fixe et invariable par le corps d6 l'utérus. Celui-ci reçoit, comme les cornes, l'insertion des ligaments larges sur son plan-inférieur. Aussi proémine-t-il au-dessus de cette insertion, tandis que. celui de la jument fait saillie par-dessous. Ces ligaments sont, du reste, très-amples, surtout à leur bord antérieur, et fortement écartés l'un de l'autre en avant, vers leur attache sous-loinbnire, qui se prolonge même sur" les parois du flanc ; on pourrait les comparer Uaus leur ensemble a une cravate triangulaire dont l'angle impair serait attaché au fond de la cavité pelvienne et les deux autres aux tubérosités des hanches; sur cette cravate reposerait le corps et une partie des cornes de l'utérus. La cavité intérieure de la matrice chez la vache est moins ample que dans la jument. Cette cavité se montre parsemée de tubercules arrondis, désignés sous le nom de cotylédons. Ces derniers sont des plaques vasculaires, au nombre d'une soixuntauie en moyenne, disséminés çà et là , engrenés, par pénétration réciproque des reliefs et des cavités, avec des corps analogues de la face externe du chorion. Les cotylédons ne sont que des points épaissis de la membrane muqueuse, dont les follicules se sont énormément agrandis. Ils existent déjà avant la gestation; mais l'observation démontre qu il peut s'en former de toutes pièces, surtout dans les cas ou des circonstances tout à fait accidentelles rendent les premiers insuffisants. Les plus gros se rencontrent dans le corps de Vulérus; au sein des cornes on les trouve d'autant plus petits qu'ils sont plus rapprochés de l'extrémité. Leur forme est généralement ellipsoïde. Ils tiennent à la surface extérieure par un large pédoncule muqueux. Leur surface est Convexe, criblée d'orifices dans lesquels pénètrent les villosités placentaires. On les observe toujours avec une couleur jaunâtre qui, jointe à leurs autres caractères extérieurs, les fait ressembler aux champignons appelés morilles. Dans la brebis et la chèvre, on retrouve la disposition décrite chez la vache. Mais les cotylédons sont creusés en cupule a leur centre; aussi méritent-ils parfaitement leur nom. Chez la truie, le corps de la matrice est fort court, et les cornes, excessivement longues, flottent avec les circonvolutions intestinales. La même remarque s'applique àlachienne et à la chatte. La lapine a réellement deux matrices, chaque corne venant s'ouvrir par un orifice distinct au fond du vagin.

— Renversement de l'utérus. Chez les femelles domestiques, le déplacement de Vulérus est un accident très-grave; il survient à la suite des parturitions prématurées, difficiles, qui rencontrent de puissants obstacles, surtout lorsque, après l'expulsion du produit de la conception, les efforts expulsifs continuent en raison de la grande irritabilité de la bète et de son énergie. On a vu des lame lies chez lesquelles chaque parturiiion était accompagnée du déplacement de l'utérus. Cet accident se rencontre quelquefois dans la jument ; mais, de toutes les femelles domestiques, la vache est colle chez laquelle ou l'observe le plus communément. Aux causes ci-dessus signalées il convient encore d'ajouter les manœuvres maladroites auxquelles les bergers et les empiriques ont trop souvent recours dès que la parturition pré- Sente des difficultés, et auxquelles ils sont aussi portés par leur empressement- à opérer la délivrance inconsidérément et sans les connaissances nécessaires. Dis lors, l'organe déplacé est malade, et par suite de la cause qui a déterminé le déplacement, et par l'effet du déplacement lui-même , et par un manuel opératoire mal exécuté, d'où il suit que le cas pathologique peut s'aggraver, que la bête même peut courir de grands dangers. Ce déplacement est facile à reconnaître. L'utérus se projette vers l'extérieur ; à

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divers degrés difficiles à signaler, et lorsîu'il est complètement déplacé, il est tout à ait hors de la vulve; uns tumeur volumineuse, allongée en forme de poire, une espèce de grand sac, sort par la vulve et semble lui appartenir ; l'extrémité qui répond à cette ouverture est moins grande, et la base qui descend est renflée et plus volumineuse ; la surface de cette tumeur est une membrane muqueuse, et, Si la femelle appartient à une espèce qui" rumine, on aperçoit lest cotylédons, espèces de gros mamelons qui augmententde volume durant la gestation. En se déplaçant, Yutérus, par son propre poids, entraîne avec lui le vagin dont la partie la plus enfoncée se trouve repliée sur la portion voisine du col; la vessie et la paroi inférieure du rectum sont entraînées au centre de l'excavation et occupent la place que Yutérus & quittée; le méat urinaire est ployé sur luimême, affaissé, comprimé , de manière que l'écoulement de l'urine ne peut avoir lieu; aussi, comme les uretères continuent à apporter à la vessie le liquide sécrété par lesreins, le réservoir ne tarde pas à s'emplir et le volume acquis par la poche qui le constitue peut suffire pour empêcher toute espèce d'opération manuelle ayant pour but de faire rentrer Yutérus.

Lorsque la sortie de la matriceestcomplète, elle pend sous la forme indiquée ci-dessus , jusque sur les jarrets de la femelle. Soumise au contact de l'air, froissée sur la litière, salie par les parcelles de fumier ou de paille qui s'y fixent, elle s'irrite et présente quelquefois des points ecchymoses. L'espèce de dépression ou de pédoncule par quoi cette masse tient à la vulve peut être assez tendue pour que la circulation y devienne difficile ; alors le sang s'accumule et séjourne dans les vaisseaux capillaires des tissus ainsi déplacés; ces tissus se colorent de plus en plus et deviennent d'un rouge foncé, violacé ; la bête, tourmentée par les douleurs qu'elle éprouve, est inquiète, s'agite, se coucheetse relève souvent; elle paraît ne trouver de soulagement dans aucune des positions qu'elle prend et se livre à des efforts expulsifs trèsrapproehés, résultant de l'irritation dont le vagin et l'utérus sont devenusle siège. La tuméfaction des parties continuant, les parois de l'utérus et du vagin perdent leur souplesse, s'épaississent, se durcissent, se colorent de plus en plus, de manière que le volume acquis par la tuméfaction, s'il est considérable, rend la rentrée très-difficile et même impossible. C'est dans un cas semblable que ces mêmes parois peuvent s'ulcérer et même quelquefois se recouvrir d'escarres gangreneuses, ce qui aggrave beaucoup la lésion et peut occasionner la mort de l'animal. Si les accidents locaux produits par le déplacement do Yutérus se réduisent à peu de chose quand ce déplacement- est très- récent ou n'est pas très-considérable, il n'en est pas' de même dans les circonstances opposées, où des accidents sympathiques peuvent se manifester ; c'est ainsi qu'on observe quelquefois une lièvre de réaction, de la toux, des coliques répétées, des troubles divers dans l'action digestive, etc. En remédiant au déplacement, tes phénomènes sympathiques cessent et l'exercice des fonctions se rétablit.

Le traitement du déplacement de l'utérus consiste à replacer cet organe dans sa situation normale et à le maintenir réduit. Ou doit d'abord nettoyer les parties, les laver avec de l'eau tiède, simple oumuciiagineuse, à moins qu'a raison de la date de l'accident ou de quelques circonstances concomitantes, les tissus ne soient décolorés, oedématiés, froids, auquel cas il conviendrait de les lotionner avec un liquide stimulant; le vin chaud , pur et coupé, la bière, le cidre, les infusions aromatiques peuvent être alors employés; la température de tous ces liquides doit être suffisamment.élevée, sans l'être trop. Lorsque l'engorgement inflammatoire des tissus existe â un certain degré, s'il est considérable, les douleurs sontaigues, la vessie est distendue et le danger se pronon.ee ; il importe alors de vider la poche urinaire, car c'est souvent la rétention de l'urina qui cause les douleurs les plus vives. Pour y parvenir, il faut rechercher le méat urinaire, qui occupe alors la face inférieure du pédoncule par lequel l'utérus est attaché à la vulve; on relève la -masse sortie en la faisant soutenir k la hauteur des grandes lèvres, on explore le pédoncule et l'on ne tarde pas à reconnaître l'ouverture de l'urètre, par lequel on introduit dans la vessie une sonde creuse, ou a son défaut un morceau de sureau vide de sa moelle. Bientôt l'urine s'écoule, la vessie se vide ; les tissus deviennent plus souples^ et la rentrée de toute la masse, qui pouvait être impossible avant l'évacuation de l'urine, devient alors praticable. Si cependant il ne paraissait pas encore possible d'opérer la réduction, en raison de l'épaisseur des parois et de leur engorgement inflammatoire considérable, on déciderait, après avoir vidé la vessie et le rectum, s'il ne serait |>as à propos de recourir aux bains de vapeur, aux fomentations émollientes, aux saignées générales et locales, aux scarifications même, afin de dissiper d'abord ces complications, ou s'il suffirait d'attendre leur cessation spontanée, après avoir écarté les causes qui ont pu les occasionner. De ces causes, les principales sont le tiraillement, la pression éprouvée par le pédoncule. t<"u relevant les par-

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ties et les soutenant k la hauteur de la vulve, de manière qu'il n'y ait plus ni traction ni compression , la circulation devient plus libre et le dégorgement s'opère.

Quand l'utérus n'a pas franchi l'ouverture vaginale externe, la réduction ne présente pas dé difficulté; il suffit pour l'opérer d'introduire la main dans le vagin, en ayant la précaution de la bien fermer et de pousser la matrice à poing fermé, le plus qu'on peut dans la direction convenable. Lorsque la bête fait des efforts expulsifs, on les laisse passer et on continue ensuite d'agir. Lorsque la sortie de Vutérus est complète, il faut d'abord vider le rectum et la vessie, s'il y a lieu ; on dispose le sol du local de manière qu'il soit plus élevé dans l'endroit où doivent reposer les membres abdominaux de l'animal et l'on fait une bonne litière. A ce moment d'opérer, on place Vutérus sur un drap huilé ou trempé dans de l'eau émoiliente et tenu par doux aides placés un de chaquecôlé, lesquels élèvent et maintiennent ^organe à la hauteur de la vulve. Alors l'opérateur cherche dans la masse formée par l'utérus la plus grande corne, toujours celle qui renfermait le fœtus; il la saisit par le fond et la pousse de manière à lu faire rentrer sur elle-même. On poussa de cette manière jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la vulve, on engage les parties dans les grandes lèvres, et on fait en sorte de les faire arriver dans le bassin, où l'on agit graduellement dans la direction de la cavité pelvienne. Une précaution à observer fidèlement est d'éviter de pousser au moment où la bête fait des efforts expulsifs ; pendant qu'elle les exécute, il faut se contenter de maintenir purement et simplement les parties pour éviter leur retraite et sans cherchera vaincre l'obstacle instantané, car les tissus, placés entre des forces opposées, pourraient se déchirer ; dès que les efforts expulsifs cessent, on pousse de nouveau, à l'effet d'avancer la réduction, et de la terminer.

L'opération étant terminée, si le déplacement est récent, si la bête ne fait que peu d'efforts expulsifs, il peut suffire de lui maintenir le derrière plus élevé que le devuni, en évitant avec le plus grand soin de l'inquiéter et de lui faire faire le moindre mouvement. Si elle est grasse ou dans" un état pléthorique, on peut la saigner soit avant, so,t après l'opération; on lui passe quelques lavements, afin de délayer les matières alvjnes et d'éviter, pour les rendre, des efforts qui pourraient être suivis d'un nouveau déplacement. On fait en outre des injections toniques et astringentes dans le vagin; on applique sur la région des reins, à une température élevée qu'on entretient, un sachet d'avoine cuite dans le vinaigre; on jette de temps en temps et d'un peu loin des seaux d'eau froide sur l'abdomen et l'on dirige avec précaution ce même liquide au moyen d'une seringue jusque sur le col utérin. Ce traitement, auquel on ajoute un régime analeptique et fortifiant, ou la diète blanche si les animaux sont trop replets ou trop excitables, suffit quelquefois, et surtout dans la jument, pour procurer une guérison complète. Néanmoins, presque toujours,*surtout dans la vache, Vutérus tend à se déplacer de nouveau au moindre effort ; c'est pourquoi il est très- Souvent indispensable de contenir momentané ment- tes parties dans la position où on les a rétaùlies. On a proposé à cet effet des moyens variés. Celui de maintenir a-vec la main l'organe remis en place ne sert que pour le pi emier moment, et il est nécessairement insuffisant ensuite ; ceux qu'on a imaginé d'y ajouter sont la suture de la vulve, le tampon et le pessuire. Le moyen de fermer la vulve avec des points de suture nonseulement ne suffit pas, mais encore présente de grands inconvénients. Il ne sufric pas quand la bête pousse fort et que Vutérus se présente, parce que, les fils venant à se rompre, l'organe s'échappe de nouveuu. Il a des inconvénients, parce qu'il s'oppose'à la liberté du t assuge de l'urine et peut déterminer le déchirement des grandes lèvres. Il vaudrait mieux encore employer un simple filet ou un rnorceau de toile fenêtre; mais ce n'est pas le meilleur procédé. Celui de la Suture est tout à fait à rejeter. Le tampon ne convient pas davantage, en ce qu'il est impossible de tamponner convenablement sans que l'anus lui-même soit gêné, sans que la sortie de l'urine sou empêchée; d'où il résulte, d'une part, la rétention de l'urine, et de l'autre l'engouement du rectum, circonstances qui incommodent beaucoup la bête, la font souffrir, provoquent des efforts considérables pour évacuer, etsouvent le nouveau déplacement de Vutérus en est la suite inévitable ; ainsi cet autre moyen est encore à rejeter. Il ne reste donc plus que celui du pessaire, dont l'application n'a aucun inconvénient.

Le renversement du vagin ou de Vutérus est réputé vice rédhibitoire avec un délai de neut juurs, pai ce que l'existence de ce grave accident peut être ignorée de l'acheteur au moment de la vente, et en outre provenir d'un part déjà ancien et éloigner ainsi les justes défiances que suggère une vache fraîchement vélée. Mais pour qu'il puisse donner lien à la rédhibition, la loi exige que le" part ait eu lieu chez le vendeur, qui doit alors répoudre de sa mauvaise foi. Pour être rédhibitoire, ce vice doit revêtir deux con-

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ditions essentielles, qui sont : 1° l'existence du renversement; 2° l'effecluation du part chez le vendeur. La première condition ne comporte aucune difficulté; pour la remplir, il n'est besoin que de la constatation du fait qu'elle dénomme et exige. Pour la seconde condition, la loi est satisfaite si l'acheteur prouve : îo que la bête achetée a vêlé avant fa vente ; 2» que le vêl:ige a eu lieu chez le vendeur. Peu importe l'état de plénitude^ ou non de la bête, l'espace de temps qui s'est écoulé depuis le vêlage; si la preuve du part est acquise, si ce part a eu lieu chez le vendeur, la seconde condition du vice est parfaite, le droit de recours de l'aoheteur est indéniable. Il est inutile ici de distinguer le part ancien du part récent, attendu que le renversement des organes sexuels peut exister longtemps après le part et qu'il ne peut cesser d'être rédhibitoire dès que ce part, récent ou non, a eu lieu chez le vendeur.

La perte de l'animal peut certainement provenir du renversement du vagin ou de Vutérus; néanmoins ce cas est rare. Quand il se présente, c'est presque toujours peu de temps après le vêlage et par suite de l'inflammation de l'organe renversé. Ce seront donc les lésions cadavériques produites par l'inflammation qui, dans le plus grand nombre de cas, indiqueront la cause de la mort, de même que la position des parties sexuelles, l'état anomal dans lequel elles se trouvent et leur chute à l'extérieur fourniront la preuve du renversement.

— Torsion de l'utérus. La torsion de Vutéïus sur son axe est un accident qui met un obstacle plus ou moins insurmontable à l'exécution de la parturition et qui entraîne nécessairement la mort des animaux , si les moyens chirurgicaux auxquels il convient d'avoir recours sont impuissants à remettre la matrice dans sa position normale. Cet accident singulier était déjà connu dans le siècle dernier. A mesure que les publications vétérinaires se sont multipliées, les faits en sont devenus plus nombreux, et des notions de plus en plus exactes sont venues remplacer des vues purement théoriques sur les circonstances dans lesquelles cet accident peut avoir lieu, les conséquences qu'il peut avoir et les moyens de traitement qui doivent lui être opposés.

Cet accident, qui ne se fait généralement remarquer que sur les femelles de l'espèce ovine, donne lieu à une série de symptômes qui peuvent être distingués en symptômes généraux et symptômes locaux. Au début, les animaux éprouvent des coliques; ils piétinent souvent et surtout des membres postérieurs. Ils paraissent inquiets et ont l'œil hagard ; ils changent souvent de place, se couchent et se relèvent bientôt pour se coucher de nouveau. Des efforts expulsifs dont l'intensité varie suivant les animaux", tantôt passagers, tantôt fréquents et presque continuels, se font remarquer pendant plus ou moins longtemps. Les propriétaires croient généralement que- tous ces symptômes sont ceux d'un part prochain, puisque, presque toujours, à de rares exceptions près, les vaches affectées d'une torsion des organes génitaux sont arrivées au terme de leur gestation, et que ce terme est aussi, souvent, dépassé de quelques jours. Ces symptômes se font quelquefois remarquer pendant plusieurs jours. Quelques propriétaires croient s'être trompés sur le terme de la gestation, car souvent les symptômes disparaissent tout à fait pour reparaître quelques jours après, mais avec beaucoup moins d'intensité. Au début et dans les intervalles de la manifestation des symptômes, les animaux mangeaient, buvaient et ruminaient ; mais il arrive que, peu à peu, ils perdent l'appétit et ne ruminent plus, il n'y a pas eu écoulement des eaux par la vulve. En définitive, le part ne peut avoir lieu. Il existe encore un certain nombre de symptômes dont on doit tenir compte, car ils indiquent quelque chose de fâcheux. Ainsi les efforts expulsifs ont cessé depuis un ou plusieurs jours; les mouvements du fœtus, que l'on voyait se produire à travers les parois du flanc, ont cessé de se faire remarquer, etl'exploralien du ventre, faite avec soin, permet de conclure que le jeune sujet est mort. L'animal est couché et paraît tranquille. Si l'on cherche à faire lever l'animal, on est obligé de l'exciter beaucoup et il ne se relève que difficilement, comme s'il n'avait plus de forces. L'œil est déprimé et rétracté dans le fond de l'orbite; les membranes muqueuses ont une teinte particulière, pâle, jaunâtre, différente de cellequ'elles ont ordinairement ; le mufle est sec ; le pouls est petit, vite et déprimé. Les mamelles sont souvent gorgées de lait; elles sont néanmoins distendues; le lait s'en écoule goutte à goutte, ou bien, si on le recueille par la mulsion, tantôt il est de bonne qualité, tantôt il est séreux. Dans la région de la croupe, il y a souvent une déformation qui s'opère normalement à l'approche du terme de la gestation ; d'autres t'ois, il ne s'y est opéré absolument rien de particulier. Ajoutons enfin que la peau, les cornes et les oreilles sont souvent froides et que plusieurs de ces symptômes annoncent une terminaison fâcheuse.

Les renseignements fournis par les propriétaires et l'observation des symptômes généraux que présentent les animaux portent à rechercher ia cause qui met obstacle à la

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parturition.lt convient donc de pratiquer l'exploration vaginale. Après s'être huilé convenablement la main et l'avant-bras, on les introduit dans la vulve, puis dans le vagin. Généralement, cette intromission se fait avec facilité dans le vagin jusqu'à une distance variable de l'orifice vaginal de la matrice ou jusqu'à cet orifice même. U peut arriver, en effet, que la main soit arrêtée ou dans le vagin ou après qu'elle a franchi le col de la matrice ; car la torsion n'est pas invariablement à la même place, elle peut varier quant à sa situation. En effet, elle peut se faire remarquer ou bien seulement sur le vagin, ou bien seulement sur la matrice. Toutefois, cette torsion, quel qu'en soit le siège, peut offrir des degrés différents, c'est-à-dire qu'elle peut* être incomplète, au quart, ou ne consister qu'en un déplacement de l'utérus; qu'elle peut, en restant encore incomplète, avoir un demi-tour ou être le résultat d'un déplacement égal à 180°, et enfin qu'elle peut être multiple, par exemple, lorsque le déplacement de Vutérus a dépassé plus d'un tour.

Pour que cette torsion s'opère, il faut que l'utérus éprouve une révolution plus ou moins complète sûr son axe. Si elle a lieu de droite i à gauche, c'est donc la corne droite qui passera sur la corne gauche pour venir se placer du côté gauche (dans la demi-torsion), ou qui reviendra ensuite à droite (dans la torsion complète). Le contraire de ce qui vient d'être dit aurait lieu s'il s'opérait une torsion de gauche à droite; la corne gauche passerait par-dessus la corne droite pour venir se placer à droite (dans la demi-torsion), ou reviendrait ensuite à droite après que la matrice aurait décrit une circouférence (dans la torsion complète). Quel qu'en soit le sens, la torsion a donc toujours lieu de dessus en dessous. Puisqu'il en est ainsi, le repli vaginal ou ceux du col de la matrice peuvent donc faire reconnaître le sens suivant lequel ia torsion a eu lieu. Wegerer a dit avec raison que cette duplicature a toujours une direction oblique d'avant en arrière, de la ligne médiane vers une des parties latérales du bassin. Elle se dirige donc à droite ou à gauche , selon que Vutérus est tordu dans l'une ou dans l'autre direction, mais toujours en sens inverse de cette torsion; ainsi, quand elle a lieu vers le flanc droit (de gauche à droite), la duplicature, qu'il appelle patbognomonique, part de la base du museau de tanche, en se dirigeant vers le côté gauche du bassin, et vice versa. Il est en outre digne de remarque que la pointe obtuse constituant le museau de tanche est alors, elle aussi, un peu déviée du point central et médian et appuyée un peu vers le point .où se dirige la duplicature membraneuse. Enfin, la persistance ou la disparition du pli en question, pendant la réduction, sert beaucoup au praticien pour déterminer les avantages obtenus et pour reconnaître si l'organe tordu sur lui-même est revenu ou non dans sa position normale. En second lieu, il arrive souvent que le museau de tanche est assez ouvert, au moment de l'exploration, pour permettre au praticien d'y introduire la main. Cette circonstance devient précieuse pour compléter le diagnostic, s'il reste encore des doutes. Dans ce cas, on fait coucher avec précaution la vache sur un lit de paille, dans la position dorsale, la croupe haute, les extrémités réunies et un peu élevées. Cela fait, l'opérateur pénètre dans l'orifice utérin de manière à pouvoir tenir en position fixe le col de l'utérus, pendant qu'il t'ait incliner le corps de l'animal un peu rapidement et alternat! vemeut de droite à gauche. Ces mouvements d'inclinaison seront exécutés par secousses. Pratiqués ainsi, ces mouvements déterminent ou -le resserrement ou la dilatation de l'entrée du col, suivant qu'ils seront oppot.es ou en harmonie avec la torsion ; en d'autres termes, la main de l'opérateur sera comprimée au moment où, la matrice ayant tourné à droite, la secousse inclinée s'opère à gauche ; il ressentira, au contraire, un certain relâchement dans le moment où l'inclinaison se fera tians le sens "correspondant à la torsion. Faisant ainsi répéter ces mouvements latéraux au corps de l'animal placé sur le dos, on constatera la coïncidence du resserrement et de la dilatation avec telle ou telle autre inclinaison, et on établira ainsi le diagnostic en parfaite connaissance de cause.

La gastro-hystérotumie, l'incision du flanc pour remettre la matrice dans sa position normale ou le taxis direct, l'hystèrotomie vaginale, le taxis vaginal, le taxis indirect ou à travers les parois abdominales et le rètroverseur de barreau ont été successivement employés dans le traitement de cet accident. Mais ce qui a été employé avec le plus de succès, c'est la méthode de rotation ou de roulement du corps de la vacha pour remédier à la torsion de la matrice ou du vagin. Cette opération doit et e préférée à tuutes les autres. Cette méthode opératoire a deux procédés : l'un, qui consiste a faire opérer à la vache un mouvement de rotation dans le sens opposé k celui "de la torsion, et l'autre, dans le sens même de la torsion de la matrice. Le sens de la torsion ayant été reconnu, il suffit de faire tourner la vache comme^un tonneau sur le sol, dans le sens opposé à celui de la torsion ; telle est la mise en pratique uu premier procédé; au contraire, dans le second procédé, le sens de la torsion ayant été reconnu, il faut maintenir

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la matrice en situation fixe en introduisant la main dans le va"gin et faire tourner la vache dans le sens même de la torsion. Ces deux procédés sont bons; ils peuvent être employés à remettre la matrice dans sa situation normale; maison accorde la préférence au premier, pour cette raison que l'opérateur ne sera pas épuisé par la fatigue lorsqu'il s'agira d effectuer l'extraction du fœtus après que la matrice sera remise en bonne situation. Ces procédés opératoires auront d'autant plus de chances de réussite qu'ils seront mis en pratique peu <le temps après la manifestation des symptômes qui font reconnaître la torsion de la matrice. U faut souvent faire rouler la vache pendant longtemps, et ce n'est qu'en persévérant qu'on arrive à remettre la matrice dans sa position normale. UTERVÉRIE s. f. (u-tèr-vé-rî). Bot. Genre de plantes, de la famille des capparidées, formé aux dépens des câpriers, et comprenant huit espèces.

UTÉTHEISE s. f. (u-tétè-ze — du gr. outét/iê.i, celui qui blesse). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des chélonides.

UTGARD, nom des confins du monde, dans la mythologie Scandinave. Ce pays, situé près du pôle nord, était habité1, selon VEdda, par les géants de glace, les Rytnthurses.

DTIAS s. m. (ou-ti-ass). Mamm. Un des noms vulgaires de l'agouti.

UTICA, ville des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Ktat et à 150 kilom. N.-O. de New- York, sur la Mohaisk et le canal de l'Erié; 25,000 hab. Belles .manufactures de coton et de laine ; forges, fonderies, construction de machines à vapeur, Utica s'élève au centre d'une contrée fertile et populeuse ; elle est régulièrement bâtie ; ses rues sont propres, larges, bien arrosées et bien ombragées. On y voit fin bel hôtel de ville et vingt églises appartenant aux différents Cultes.

UTICENS1S PAG OS, nom latin du pays d'OucHK.

liTLEL, ville d'Espagne, province et à 130 ki. lom, S.-E. de Ciiença ; 6,550 hab. Savonnerie distillerie, commerce de grains et de bestinuxj

UT1ENS, en latin Otii, peuple du monde ancien, habitant au N.-E. de la mer Caspienne.

UTILE adj. (u-ti-le — lat. utilis, du verbe uti, se servir, employer, qu'Eichhoff rattache à la racine sanscrite yat, travailler, exercer, d'où vient aussi, selon lui, le grec othomai, même sens). Avantageux, qui peut rendre service : Des travaux utiles. Un meuble utile. Un homme utile. Il faut être utilb aux hommes pour être grand dans leur opinion. (Mass.) Ce gui est utile est toujours au-dessus de ce qui est grand. (Thomas.) La vérité est toujours utile à ta société. (De Bonald.) Rien d'immoral, d'injuste, de violent ne saurait être longtemps utile là flil règne la liberté de la presse. (E. de Gir.) Les uns naissent pour être utile!, Les autres pour n'être qu'heureux.

J.-B. Rousseau.

— Temps utile, Temps opportun, temps au delà duquel il n'est plus utile d'agir ; li faut faire voire réclamation en tksips utile.

— Péod. Seigneur utile, Celui qui avait l'usage sans la nue propriété. Il Domaine utile. Revenu indépendant de la nue propriété.

— Procéd. Jour utile, Jour compté dans les délais accordés, et aussi Jour pendant lequel l'action légale peut s'exercer : Le dimanche n'est pas un jour utile. Il Ordre utile, Rang des créanciers assigné d'après la date de l'hypothèque.

— s. m. Ce qui est utile : S: ion n'imprimait que /'utile, it y aurait cent fois moins de liores. (Von.) L'utile, c'est un des aspects du juste. (F. Bastiat.)

Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'util:.

Là FONTilSB.

Qu'en savantes leçons votre muse fertile Partout joigne au plaisant le solide et l'utile.

Boilsao.

— Syn. Uiilo, utilité. La signification du mot utile est plus générale, plus étendue; celle du mot utilité est plus abstraite. L'utite se conçoit comme un ensemble de choses qui ne laissent presque rien a desuer, où l'on trouve une grande variété d'avantages ; ['utilité est loin d'offrir une image aussi complète ; un seul avantage suffit pour la produire.

UTILE DULCI {L'utile à l'agréable), Derniers mots d'un vers d'Horace {Art poétique, v. 344). Voici le vers complet :

Qmne lulit punctum qui miscuit utile dulci. • Celui-là atteint la perfection qui sait joindre l'utile à l'agréable. • Le vers d'Horace est souvent rappelé par les écrivains pour exprimer une idée analogue. Voltaire l'a traduit en un seul vers :

Heureux qui sait mêler l'utile et l'agréable!

m A l'un et l'autre bout de l'écriteau se dessinent, sur un fond noir, une mappemonde et une sphère céleste, et, au milieu des deux globes, on lit en grosses lettres jaunes : Pension et demi-pension de jeunes citoyens; puis, au-dessous, ce vers latin :

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci. • Victor Duca.voe.

UTIL

« Le célèbre professeur Rollin avait grande raison de comparer les ouvrages utiles aux arbres, que la nature produit avec peine, et les ouvrages de pur esprit aux fleurs des champs, qui croissent et qui meurent si vite. La perfection consiste à ioindre les fleurs aux fruits :

Ornne tulit punelum qui miicuit utUe dulci. » Voltaire.

■ Le docteur Herbean montrait avec orgueil les bordures de jacinthes et d'œillets qui encadraient symétriquement ses planches de légumes, et ne manquait jamais de citer l'utile dulci de son bien-aimé poëte, précepte que les beaux esprits de la~vi!le, versés dans la latinité du siècle d'Auguste, étaient parvenus à traduire ainsi : « Mêlez ' les œillets aux choux-fieurs et les jacinthes

> aux navets. •

Jules Sandeau.

UTILEMENT adv. (u-ti-le-man — rad.

utile). D'une manière utile : Travailler utilement. Se servir utilement de sa fortune. Il faut beaucoup d'art et de prudence pour punir utilement, (Rollin.)

— Procéd. Utilement colloque, Colloque en ordre utile et de fnçon à être pa3'é de sa créance : Il a peu d'espoir d'être payé, n'ayant*

pas été UTILEMENT COLLOQUE.

UTILISABLE adj. (u-ti-li-za-ble — rad. utiliser). Qui peut être utilisé : M. Ruolz a, étendu ses procédés à tous- les métaux utilisables. (Dumas.)

UTILISATION s. f. (u-ti-Ii-za-si-on — rad. utiliser). Action d'utiliser : //'utilisation des eaux d'égout.

UTILISER v. a. ou tr. (u-ti-!i-zé — rad. utile). Employer utilement : Utiliser un terrain, des matériaux. C'est surtout pour tailler le verre qu'on utilise les femmes dans la plupart des cristalleries, (J. Simon.) Ce n'est pas tout d'avoir vaincu, il faut savoir UTILISER ta victoire. (Frouuh.)

UTILITAIRE adj. (u-ti-li-tè-re — rad. utilité). Néol. Dont le but est l'utilité : Morale utilitaire. Il Qui a rapport à la doctrine des utilitaires ; On est naturellement revenu à l'histoire, à la philosophie, qui, sous l'empire de l'école utilitaire, avaient été considérées non-seulement comme peu utiles, mais comme nuisibles. (L. Plée.) Il Qui professe ou partage les doctrines des utilitaires : L'Italien, in politique, est machiavéliste ; l'Anglais, utilitaire et malthusien; le Français, glorieux et artiste. (Proudh.)

— s. m. Philosophe qui considère l'intérêt comme le mobile de toutes les actions morales ; personne qui met l'utilité au-dessus de toute autre considération : Je crois qu'il n'y a qu'un utilitaire au monde capable d'arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux. (Th. Gaut.)

UTILITAIREMENT adv. (u-ti-li-tè-reman — rad. utilitaire). Néol. Au point de vue utilitaire : Je ne vois pas en quoi une ville organisée utilitairement serait plus agréable à habiter que le Père- Lachaise. (Th. Gaut.)

UTILITAIRIANISME s. m. (u-ti-li-tè-ri-ani-sme — rad. utilitaire). Système des utilitaires.

— Encycl. V. utilitarisme. .

UTILITAIRIEN, IENNE adj. (u-ti-li-tè-riain, i-è-ue — nid. utilitaire). Partisan des doctrines utilitaires.

UTILITARISME s. m. (u-ti-li-ta-ri-sme — rad. utilitaire). Doctrine des utilitaires : Gardons-nous d'introduire ^'utilitarisme dans la guerre , pas plus que dans la morale. (Proudh.) Z/utilitariSME est né en Angleterre. (Proudh.) Il On dit aussi : utilitairianismë.

— Encycl. L'utilitarisme est un système de philosophie morale qui ramène à la notion d'utilité celle de la justice, et qui, -sondant les mobiles secrets par lesquels l'homme vertueux est conduit à sacrifier quelques-uns de ses intérêts personnels, trouve que ces mobiles, loin d'être complètement désintéressés, se réduisent toujours à un désir plinT ou moins conscient d'assurer d'autres intérêts qui paraissent plus nobles, plus solides et plus propres à procurer un bonheur ree). Cette doctrine est fort ancienne et a dû. servir de bonne heure de contre-poids à l'idéalisme pur. Chez les Grecs et les Romains, elle s'appelait épicurisme. Elle renaquit au xvie siècle avec le libre examen. Hobbes, au xvn« siècle, lui a donné en Angleterre une forme purement politique; au XVIIIe, les diverses écoles philosophiques de France ont essayé d'eu perfectionner la formule, qu'on trouve pour la première fois exprimée dans les œuvres de La Mellrie, du baron d'Holbach et surtout dans le fameux livre d'Helvétius intitulé : De l'esprit.

{.'utilitarisme, tel qu'il résulte des opinions d'Helvétius et qu'il a été conçu depuis par le saint-simonisme, le fouriérisme et le positivisme, n'est pas le matérialisme ; celui-ci est un système rationnel qui ne sort pas du domaine des iûéeo. Ij'utilitarisme, au contraire, est une philosophie pratique, un système so-

UTIL

cial, une théorie des intérêts économiques de l'humanité, intérêts auxquels on ramène toutes les pensées, toutes les actions et tout l'avenir de l'espèce.

Le système utilitaire ne suppose pas nécessairement la négation de tout principe spirituel; ceux mêmes qui admettent l'existence de l'âme, comme essentiellement distincte du corps, et celle d'un Dieu pur esprit, peuvent à la rigueur professer l'utilitarisme ; mais, en fait, la plupart des utilitaires n'admettent que l'existence de la matière et ne voient dans l'homme qu'une matière organisée; pour eux l'homme ne diffère des animaux que par la supériorité de son organisme. « Si la nature, dit Helvétius, au lieu de mains et de doigts flexibles, eût termine nos poignets par un pied de cheval, qui doute que les hommes, sans arts, sans habitations, sans défense contre les autres animaux, tout occupés du soin de pourvoir à leur nourriture et d'éviter les bêtes féroces, ne fussent encore errants dans les forêts comme des' troupeaux fugitifs?.! Tout d'aiileursdansl'homrae dérive de la sensibilité physique.

L'homme n'étant qu un être sensible, le bonheur ou le plaisir est le motif et la loi de ses actes.'Le bien, c'es*. l'utile. Le mal est le contraire de l'utile. « Qnel homme, dit encore Helvétius, s'il sacrifie l'orgueil de se dire plus vertueux que les autres à l'orgueil d'être plus vrai et s il sonde avec une attention scrupuleuse tous les replis de son âme, ne s'apercevra pas que c'est à la manière différente dont l'intérêt personnel se modifie que l'on doit ses vertus et ses vices; que tous tes hommes sont mus par la même force ; que tous tendent donc également au bonheur; que c'est la diversité des passions et des goûts, dont les uns sont conformes et les autres- contraires à l'intérêt public, qui décide de nos vertus et de nos vices? Sans mépriser le vicieux, il faut le plaindre, se féliciter d'un naturel heureux, remercier le cjel de ne nous avoir donné aucun de ces goûts et de ces passions qui nous eussent forcés de ' chercher notre bonheur dans l'infortune d'autrui.

Si l'on demande quel peut être le motif de la bienfaisance dans le système utilitaire, Helvétius répond ainsi : ■ L'homme humain est celui pour qui la vue du malheur d'autrui est une vue insupportable et qui, pour s'arracher à ce spectacle, est pour ainsi dire forcé de secourir le malheureux... Ce n'est pas que certains hommes ne paraissent souvent se dépouiller de leur propre intérêt pour porter sur les actions des hommes des jugements conformes à l'intérêt public; mais ils no font alors que satisfaire la passion qu'un orgueil éclairé leur donne pour la vertu, et par conséquent qu'obéir comme tout autre à la loi de l'intérêt personnel... Brutus ne sacrifie son tils au salut de Rome que parce que l'amour paternel avait sur lut moins de puissance que l'amour de la patrie. Il ne fit .alors que céder à sa plus forte passion, »

Le langnge d'Helvétius est l'ait certainement pour révolter ceux qui admettent que le bien se distingue du mal par sa nature mêmeetqu'it y a dans la vertu quelque chose de saint qui s'impose à notre âme comme une force extérieure et indiscutable. Mais, quand on veut juger rationnellement un système philosophique, il ne faut pas se laisser rebuter par ce qu'il peut y avoir de brutal dans les mots, et, sous la forme un peu trop crue, il faut savoir reconnaître les efforts que fait le philosophe pour aller au fond des choses et pour montrer que la plupart des hommes se payent trop souvent de grands mots dont ils ne comprennent pas le sens.

Au fond, à quoi se réduit la thèse d'Helvétius? A soutenir que chez Brutus l'amour de la patrie était une passion et qu'aimer le bien sans un mobile est une chose impossible à un être raisonnable. Que l'amour de la patrie soit une passion, personne ne peut le nier; tout ce qu'on peut dite, c'est que c'est une passion vertueuse. Mais Helvétius le dit lui-même. Seulement il soutient qu'une passion vertueuse se développe dans l'homme par l'éducation, par l'habitude, par une longue suite de réflexions tendant à rechercher quels sont les actions et les sentiments les plus propres à assurer un bonheur réel, solide, durable ; tandis que ceux qui repoussent son système prétendent que les sentiments vertueux naissent tout seuls dans l'âme et par une force irrésistible. Ils disent aussi qu'il faut aimer le bien pour le bien ; mais Helvétius croit que ceux qui parlent ainsi se payent de mots, et il est évident que, si on lui demandait de le prouver, il pourrait dire : « Quand je vous demande pourquoi je dois aimer le bien, c'est que je ne comprends pas le bien comme vous, et lorsque vous me répondez : < Parce que c'est le bien, » vous ne m'expliquez rien, et vous ne me donnez pour raison que le mot, quand je vous demandais de m'expliquer la chose. «

L'utilitarisme nie-t-il qu'il y ait du mérite à être vertueux et que le scélérat soit ré- ..préhensible? Non. Mais il explique le mérite et le démérite à sa manière, et il repousse l'idée absolue qu'on s'en fait ordinairement, L homme n'est responsable qu'à cause des rapports de toute nature qui l'unissent à ses semblables; au fond, il est le jouet de ses intérêts, de ses désirs et de ses passions, qui agissent sur lui d'une manière nécessaire, au joug desquels il ne saurait se dérober; c'est

UTIL .

une théorie pure et simple de la force ; mais il y a deux sortes de forces, l'une matérielle, l'autre morale, et celle-ci se manifeste surtout par l'éducation. Alors la vertu, car l'utilitarisme admet la vertu, sera une machine fonctionnant d'une façon automatique dans la société. C'est l'affaire du législateur d'y intéresser chaque citoyen : « Tout l'art du législateur consiste à forcer les hommes, par le sentiment de l'amour d'eux-mêmes, d'être toujours justes les uns envers les autres. »

Bentham , successeur d'Helvétius et le grand théoricien de l'utilitarisme, ne prend pas la peine de regarder si le devoir existe. 11 pose dès l'abord en principe que- tonte action et tout objet nous seraient parfaitement indifférents s'ils ne pouvaient nous donner du plaisir ou de la douleur. • La propriété des objets et des actions a causer l'un ou l'autre, dit Jouffroy, rendant compte de l'opinion de Bentham (Droit naturel), est donc la circonstance unique qui les distingue à nos yeux et par laquelle nous puissions les qualifier. Nous ne pouvons donc chercher ou éviter un objet, vouloir une action ou nous y refuser qu'en vue de cette circonstance. La recherche du plaisir et la fuite de la douleur, tel est donc le seul motif possible des déterminations humaines et, par conséquent, l'unique fin de l'homme et le seul but de la vie. » Mais il importe de déterminer la valeur respective des plaisirs et des peines. Pour avoir la véritable valeur d'un plaisir, il faut le considérer sous six rapports ; 1° sous le rapport de l'intensité, car il y a des plaisirs qui sont plus vifs et d'autres qui le sont moins; S» sous lé rapport de la durée, car il y a des piaisirs qui se prolongent et d'autres qui n'ont qu'une courte durée; 3° sous le rapport de la certitude, car les plaisirs que considère l'arithmétique morale sont toujours au futur; ils viendront à la suite de l'action sur laquelle on délibère; or, la certitude plus ou moins grande qu'ils la suivront est un élément qu'il faut faire entrer en ligne de compte dans l'évaluation des plaisirs ; 4° sous le rapport de la proximité ; tel plaisir peut se faire attendre longtemps après l'action et tel autre plaisir en résulter immédiatement; 5° sous le rapport de la fécondité ; il y a des plaisirs qui en amènent d'autres a leur suite, il y en a qui n'ont point cette propriété; 6° enfin, sous le rapport de la pureté ; il y a des plaisirs qui ne peuvent engendrer aucune peine et d'autres dont les conséquences Sont plus ou moins pénibles. » Les mêmes considérations peuvent s'appliquer aux peines. Mais cela ne suffit pas encore à mesurer les plaisirs et les peines exactement au point de vue de l'utilité pratique. Les plaisirs et les peines varient dans chaque individu suivant la constitution, l'âge, le caractère, le sexe, l'éducation, les habitudes acquises, ia santé, la maladie et une foule d'autres circonstances. On conçoit que nous ne pouvons suivre ici Bentham dans tous les développements qu'il donne à ses aperçus, tant par rapport U l'individu que par rapport aux diverses sociétés politiques dans lesquelles il peut vivre.

A mesure qu'on avance dans le xixe siècle, les idées de Hobbes, d'Helvétius, de Bentham et des écoles matérialistes de la période précédente prennent un développement extraordinaire et tendent de plus en plus à s'appliquer à la société. L'utilitarisme est descendu des sommets où on le discutait jadis dans le domaiue de la politique ; il a résolu de ne plus raisonner, mais d'agir. Il est constant qu'il a obtenu des résultats immenses toutes les fois qu'il a employé des moyens pacifiques. A son appel, la terre s'est transformée, les vieilles institutions se sont écroulées, les mœurs historiques ont fait place à des mœurs qui, peur être nouvelles, ne s'en imposent pas moins. Jamais un siècle n'a SU dompter la matière comme le nôtre, afin de l'approprier à ses besoins; à aucune époque, la production n'a été aussi active et la vie matérielle aussi splendide. En fait, l'utilitarisme a vaincu tacitement toutes les objections par ses œuvres. 11 a ouvert de nouveaux horizons, satisfait et créé des besoins qui n'étaient pas encore nés ou n'avaient pas été satisfaits. Il ne dogmatise donc plus; il travaille, et le succès de ses efforts a été tel qu'il a triomphé dans l'immense majorité des consciences.

De là, néanmoins, aux conséquences extrêmes que certains apôtres 'de l'école utilitaire veulent en tirer, à la suppression de la famille, au libre amour, à l'organisation de la société en une compagnie par actions, il y a loin. Les principes primordiaux de la morale s'y opposent, et lors même que ces principes ne sont basés que sur l'intérêt bien entendu, comme dans la théorie utilitaire, ils ne s'y opposent pas moins; ceux des partisans de ce système qui se montrent les plus sages ne font aucune difficulté de le reconnaître.

UTILITÉ s. f. (u-ti-li-té — lat. utilitas; de utilis, utile; rad. uti, se servir). Service que rend une personne ou un objet : Vous m'êtes d'une grande utilité. Cet objet est sans utilité. Quand on est jeune, on n'empluie avec' utilité ni son esprit ni son argent. (Mm" de Geniis.) /.'utilité de la vertu est si manifeste que les méchants la pratiquent par intérêt. (Vauven.) Il est difficile de convaincre quelqu'un de i'UTiLiTÉ de son malheur. (Mme de StaSl.) La justice est avanC 2'utilité, ou plu-

UTIL

tôt il n'y a point ^'utilité sans la justice. (Lacretelle aîné.)

— Personne ou objet utile : Les hommes n'apprécient que les utilités. Les épingles, les aiguilles, les agrafes, ces utilités de tous les jours, ces outils de tous les travailleurs... (Blanqni.)

— Théâtre. Emploi tout à fait subalterne ; acteur qui le remplit : Au théâtre, quand on n'est bon à rien, on est lion à tout; on joue tes utilités, grandes et petites; ou parait sous le manteau de Narbas ou sous l'habit du commandeur ; on fait une annonce et un contrat ; on porte une lettre ou. une petite livrée ; on dit une phrase ou une mesure notée; on parle mal et on a la permission de chanter faux ; on a de modiques appointements et l'on joue tous les jours. (Harel.)

— Syn. Utilité, avantage, profit. V. AVAN- TAGE

— Utilité, utile. V. UTILE.

— Eneyot. Jurispr. expropriation pour cause d'utilité publique. V. expropriation.

— Théâtre. L'emploi d'utilité au théâtre occupe un rang intermédiaire entre ceux des doublures et ceux des comparses. C'est celui des premiers figurants. Les utilités ne jouent que des bouts de rôle. Ils ont pour principale mission d'approcher les fauteuils, de changer de place un guéridon, d'ouvrir une porte, d'apporter une lettre. Leur mémoire n'a jamais de bien grands efforts à faire. Quelquefois, dahs toute une pièce, ils ont à prononcer un seul mot, une seule phrase, a dire, par exemple ; « Madame la baronne est servie I » à annoncer l'arrivée d'un visiteur, à présenter une missive en disant avec solennité :

C'tst une lettre, [mettre.

Monsieur, qu'entre vos mains Ton m'a dît de re- En province, il est rare-que l'utilité ne soumette pas ce thème si simple à quelque broderie de sa façon. Tel dira : C'est l'une lettre... ; tel autre, trouvant que « entre vos mains» est bien peu noble, intercalera une variante des plus distinguées et prononcera majestueusement • entre vos propres mains...» 11 en est d'autres qui se transforment avec une facilité admirable en bngund ou en villageois, en statue ou en crocodile, en seigneur de la cour ou en naufragé de la Méduse; mais' dès que vous leur demandez trois " traîtres mots à prononcer, la langue leur fourche. Les voilà en tête d'un cortège imposant. Le roi notre sire va paraître, et dame Isnbeuu s'avance en grande pompe : « Sonnez, trompettes 1 » et lui de s'écrier plein d'émotion et de bonne volonté : « Trompez, sonnettes 1 » Mais faites silence, le héros vient d'être assassiné ; les guerriers accourent, les gardes se précipitent, les femmes se tordent les bras et s'arrachent les cheveux, le pathétique est à son comble. Auteur et acteurs ont compté sur ce Coup de scène qui va enlever la suite après l'avoir fait frissonner; et lui, notre utilité, il arrive à pas comptés, fièrement enveloppé des pieds à la tète da vêtements plus sombres encore que son visage. Que va-t-il dire? Il s'approche; il regarde et avec componction ; « C'en est mort, il est fait 1 » s'écrie-t-il, au lieu de : • C'en est fait, il est mort I • On connaît la délicieuse historiette racontée par Talleinant des Rèaux. Il s'agit d'un amateur de province qui, voulant jouer à toute force dans une pièce, obtient le rôle du sang d'Abel ec traverse la scène couvert d'un manteau rouge, eu criant : ■ Vengeance! vengeance 1 » Peut on souhaiter plus noble rôle pour uue utilité?

Après tout, l'utilité rend de grands services dans le personnel d'un théâtre ; son nom l'indique assez d'ailleurs. Le jeune premier n'est jamais autre chose qu'un jeune premier ; le père noble, le comique, lalluègue, l'ingénue, la grande coquette ne joueront jamais que ,les rôles de leur emploi. L'acteur dit utilité est bien auiremeut varié; il se transforme suivant les besoins du répertoire avec une merveilleuse facilité. Dans l'opéra, il chante : «Allons, marchons I » avec uno conviction* bien arrêtée; dans la tragédie, il se saisit du héros eu imitant la > rumeur du peuple; • diins la comédie, il est un des invités en habit noir; dans le drame, il est le bourreau, le voyageur assassiné, le greffier du bailli, le jardinier du château, le chef des alguazils, un des soldats de la maréchaussée ou le spectre de Bauquo. Dans les pièces: du Cirque, il est quatrième jambe de chameau ou d'éléphant, Pi ançais, Autrichien ou Russe. Le grand succès des pièces militaires est dû en partie aux utilités chargées de jouer les rôles de ces Cosaques qui reçoivent, pour lu plusgrande satisfaction du chauvinisme bourgeois, une innombrable quantité de coups de pied par derrière et de coups de crosse de fusil par devant. Dans les Sept merveilles du monde, quatre utilités remplissaient tour à tour les rôles de daine d'honneur Louis XV et de fauteuils de la même époque. C'est à une intelligente utilité que doit être confié le rôle de l'ours dans les Dca» chasseurs et ta laitière, et, s'il faut tout dire, ce rôle fut représenté un jour par Sa Majesté le roi Louis XVI daus une représentation donnée à Tnanon. Marie-Antoinette y tenait le principal rôle. Ce rôle de l'ours .des Deux chasseurs donna lieu un jour à un incident assez bizarre. Au moment où le comédien, paré de la peau de son personnage, encrait eu scène et passait devant le trou du souffleur,

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un-grand coup de tonnerre ébranla la salle. Cela se passait aux Italiens. Voilà notre ours tellement effrayé qu'il se dresse sur ses pieds de derrière et fait le signe de la croix, à la jubilation des spectateurs.

Plus d'un acteur en renom commença par le rôle désigné sous le nom d'utilité. Frederick Lemahre, repoussé de l'Ocléon à ses débuts, en fut réduit à jouer les utilités aux Variétés-Amusantes, avec les appointements de 30 fr. par mois. La solidité de ses poumons lui valut la chance de débuter par le rôle du lion dans Pyrame et Thisbé. Ses rugissements donnaient ia chair de poule au parterre. Talma, le grand Talma, remplit un jour un rôle d'utilité. C'était dans une représentation au bénéfice d'un de ses camarades. On donnait une comédie, et naturellement tous les rôles étaient pris par leurs interprètes ordinaires. Cependant Talma voulait coopérer par sa présence à une bonne oeuvre qui était en même temps un hommage rendu à un artiste de talent dont la carrière dramatique se terminait ce soir-là. Restait le personnage d'un domestique, dont tout le jeu consistait à présenter une lettre sur un plateau et à dire trois ou- quatre mots. Talma endossa la livrée et ne crut pas se diminuer en devenant pour une fois une utilité effacée. Que ce trait serve de leçon à nos modernes acteurs, toujours prêts à trouver leurs rôles au-dessous d'eux. Talma, avec sa lettre à porter et sa petite phrase à répéter, sut obtenir des applaudissements qu'il n'oublia jamais.

Sous ie nom de grande utilité, on désigne, dans les théâtres de province particulièrement, les acteurs qui abordent successivement tous les rôles. La. femme d'un directeur de troupe nomade est d'ordinaire une grande utilité; elle joue, par exemple, les Dugazon dans l'opéra-eomique, les Uéjazet dans le ■vaudeville, les caractères dans la comédie, les premiers rôles dans le drame, et figure au besoin dans les ballets; elle tient ainsi tour à tour les emplois les plus divers et remplace par ce moyen plusieurs sujets à qui l'on ne pouvait pas donner .une occupation constante. Les grandes utilités sont, pour les troupes qui desservent les petites villes, de la plus grande utilité. Qu'on nous passe le mot, il est vrai. Mais qu'on n'aille pas croire que ce soit un doux métier que d'aborder ainsi • tous les rôles selon les besoins du répertoire !

UT1NA, CT1NUM, noms latins d'UniNB. ' UTINET s. m..(u-ti-nè). Techn. Maillet de tonnelier. Il Escabeau de dentellière.

UTI POSSIDETIS, Expression qui appartient au langage diplomatique, et qui sert à désigner l'état actuel des possessions que l'on veut régler, pris pour base des arrangements à intervenir : L'Angleterre proposait une base d arrangement fort simple, c'était I'vti possidetis, c'est-à-dire que chacune des puissances gardât ce que les événements de la guerre avaient mis en ses mains. (Thiers.)

— Encycl. Cette formule a été employée pour la première fois, en diplomatie, parjes plénipotentiaires du traité de Bréda (31 juillet 1667); elle était usitée bien antérieurement dans la pratique du notariat relative à l'action possessoire et remontait à une formule du droit romain : Uti nunc possidetis quominus itapossideatis, vim fieri veto (Gaius iv, Instit., g 160). Lors du traité de Bréda, là France, la Hollamte, l'Angleterre et le Danemark ayant accepté, pour bases du traité, que chacune des puissances belligérantes' conserverait ses possessions dans leur état actuel, cette clause fut stipulée dans l'instrument par un article qui commençait pur ces mots : Uti possidetis, etc. Depuis, dans la diplomatie, toutes les fois que de pareilles bases ont été proposées, on a employé, pour abréger, cette même formule, h'uti possidetis, dans cette acception, est devenu une locution française, comme le statu quo, etc. La langue diplomatique affecte d'ailleurs d'employer un assez grand nombre de mots latins; elle a francisé, ou pour mieux dire européanisé mémorandum, cortclusum référendum, ultimatum, etc. '

UTIQUË, en latin Ulica, ville de l'Afrique ancienne, sur la Méditerranée, au N.-O. de Cannage. Après la ruine de cette dernière ville, Utique devint la capi;ale de la province romaine d'Afrique. Caton, dit d'Utique, s'y tua. Auguste accorda aux habitants de cette ville le droit de citoyen romain. Sous Adrien, ce immicipe était tombé au rang de colonie. De nos jours, on voit les ruines de cette antique cité près de Porto-Farina, dans la régence de Tunis.

UTLATÈQUE s. m. (ntt-Ia-tè-ke). Linguist. Langue parlée dans le Guatemala.

U-TONG-CHU s. m. (u-ton-gchu). Bot. Arbre de la Chine, de la famille des rhamnées qui aie port d'un sycomore. '

UTOPIE s. f. (u-to-pl — du gr. ou, non ; topos, lieu. Thomas Morus avait nommé ainsi le pays imaginaire où il place son gouvernement fictif. Le nom du pays s'est transporté à ce gouvernement, et le mot est devenu synonyme de rêverie, idéal qui semble irréalisable. Rabelais s'en est également servi pour désigner le royaume de Orandgousier). Système ou plan d'une réalisation qui parait impossible ; Les UTOPIES ne sont souvent que des vérités prématurées. (Lamurt.) Chez les parvenus satisfaits, le dénouement aux intérêts du

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peuple s'appelle utopie séditieuse. (Mme E. de Gir.)

— Encycl. L'utopie est une des formes de l'idéal et, par conséquent, elle en a tous les caractères. Le mot idéal, pris dans le sens le plus général, est synonyme de fictif ou d'imaginaire, et il s'applique à tous les objets qui n'ont pas d'existence hors de l'esprit qui les conçoit.

L'idéal s'identifie pour une part avec le possible. En effet, tout ce que nous concevons simplement comme possible, mais qui n'est pas encore réalisé, est purement idéal. Seulement la réciproque n'a pas lieu et on ne peut pas dire que tout ce qui est idéal soit possible. Cette identité partielle est cause que l'idéal joue un rôlo considérable dans la vie pratique de l'humanité. Par exemple, il prend une part considérable dans l'exercice de la conscience morale. C'est un fait très-fréquent et que l'on peut constater en se rendant compte de ce qui se passe dans l'esprit lorsque avant d'agir nous consultons la conscience. Elle est, comme on l'a dit, le pouvoir de connaître le bien et le mal et de les distinguer l'un de l'autre. Lorsque nous jugeons qu'il dépend de nous de faire ou un plus grand bien ou un plus petit ou ce qui est mal, et qu'il est nécessaire d'opter entre les trois, si nous optons pour le plus grand bien, nous faisons bien moralement; si, au contraire, nous optons pour le mal ou même pour le plus petit bien, nous faisons mal.

Mais ce qu'il importe surtout de remar*quer, c'est la nature des choses que nous comparons avant de prendre un parti. En effet, ces choses, au moment où nous les comparons, n'ont pas une existence réelle hors de notre esprit qui les conçoit; elles sont seulement considérées comme possibles et, par conséquent, elles sont purement idéales. Ainsi, quand on consulte sa conscience avant d'agir, on compare des idéalités qui appartiennent à la catégorie du possible. Lorsque, après avoir agi, on se repent, parce que l'on juge que l'on aurait pu faire mieux, ceia vient de ce qu'on a comparé l'action faite, qui est une réalité, avec une action idéule qui était possible au moment où l'on s'est déterminé. Dans ces différents cas, l'idéal, considéré comme possible, a servi de base aux appréciations de la conscience morale. En "Résumé, la conscience morale ne peut être pour nous un guide éclairé qu'à une condition : c'est que nous ayons la conception du bien possible, pour pouvoir le faire, et celle du mal possible, pour pouvoir l'éviter.

Ainsi l'idéal est souvent un mobile que nous cherchons à réaliser, et cela peut arriver, non-seulement dans les cas où la conscience morale a lieu d'intervenir, mais encore toutes les fois que nous avons un p:\rti à prendre. En effet, avant d'agir volontairement, il faut avoir l'idée de ce qu'on' veut faire. C'est une nécessité qui s'impose etuux personnes n'ayant à s'occuper que d'affaires privées et aux hommes d'Etat qui doivent prendre une décision dans l'exercice de la fonction souveraine. Ces derniers exercent un art, qu'on appelle la politique et qui est susceptible de faire des progrès, comme tous les arts.

En politique, comme dans tout autre art, la théorie est un assemblage de règles. Mais, parmi les écrivains qui s'en sont occupés, il y en a un certain nombre qui, au lieu de proposer leurs conseils sous la forme de préceptes abstraits, ont décrit un Etat modèle, c'est-à-dire une société politique idéale ou imaginaire, qui, si elle était réalisée,. serait un type de perfection. C'est ainsi que Platon a procédé dans les deux dialogues intitulés la République et les Lois. Thomas Morus a fait de même et il a donné à son Etat imaginaire le nom d'Utopie, qui, selon l'étymologie, signifie une chose n'existant nulle part. Ce mot, après avoir été un nom propre, est devenu un nom commun ; on l'a appliqué d'abord aux sociétés imaginaires comme celle de Thomas Morus, dont la réalisation paraissait ou impossible ou très-difficile, et ensuite à tous les idéaux dont le caractère est le même. Dans tous les cas, le mot utopie est généralement pris en mauvaise part, et cependant l'illustre chancelier qui l'a employé le premier ne l'entendait pas ainsi ; il espérait bien que sa conception pourrait se réaliser un jour quelque part, au moins en partie. Mais il y a beaucoup de gens routiniers dont l'esprit est rebelle à la conception de l'idéal et auxquels il est difficile de faire admettre la possibilité d'aucune chose meilleure que ce qui est. Lorsqu'on leur présente un idéal quelconque et qu'on leur parle de le réaliser, ils crient tout de suite à l'utopie. Sans doute l'excès contraire est possible aussi, et ce qui le prouve, c'est qu'on voit des hommes dont l'esprit est constamment occupé de projets irréalisables et qui se rendent ridicules à force d'en parler. Mais cela montre seulement qu'il faut garder un juste milieu, et ce n'est point une raison pour persifler et pour paralyser les inventeurs. La conception de l'idéal est nécessaire au progrès. Souvent ce qui avait été qualifié d'utopie à une époque devient une réalité sensible dans un autre temps. Par exemple, la conception utopique de Thomas Morus a été réalisée en certaine partie par la nation anglaise.

Parmi les autres utopies dignes d'être rappelées, nous nous contenterons de citer VArge-

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nis de Barclay, YOceana d'Harrington, laSalente du Télémaque, les Entretiens de Pkocion de l'abbé Mably, l'Ârcadie de Bernardin de Saint-Pierre, VIcarie de M. Cabet, etc.

Une utopie que beaucoup d'esprits distingués se plaisent à caresser, c'est celle de la paix universelle et perpétuelle dans l'humanité. C'était le rêve favori de Bernardin de Saint-Pierre. Voilà un de ces idéaux que les hommes dépourvus de cœur et d'esprit appellent une utopie, et dont cependant des personnes très-distinguées espèrent la réalisation. On nous dira peut-être : ce n'est qu'une espérance. Oui, sans doute ; mais si nous voulions fouiller dans l'histoire eten exhumer desexemples de choses qui ont été effectuées après avoir été jugéesSmpossibles, nous en trouverions des milliers. C'est au .moins une raison pour ne pas être trop prompt à prononcer ce mot d'utopie dont on a tant abusé.

Utopie (De optimo reipubtiae statu, deque nova insula Utopia), roman politique de Thumas Morus (Londres, 1518, in-4<>). Lorsqu'il composa ce livre, Thomas Morus, depuis longtemps employé dans diverses ambassades et missions diplomatiques, avait vu le bien et le mal de tous les gouvernements. Il y avait sans doute trouvé bien plus de l'un que de l'autre; car ne pouvant présenter au-s cun d'eux pour modèle à son pays , il imagina V Utopie, terre inconnue, à l'existence de laquelle on pouvait facilement croire, vingt ans après la découverte de l'Amérique par Colomb. Quoi qu'aient prétendu quelques biographes de Thomas Morus, et M. Cauipbeil en particulier, l'Utopie ne fut pas pour son auteur un simple jeu d'esprit; de tous ses ouvrages littéraires, elle lut certainement celui qu'il considéra comme son œuvre capitale, le seul peut-être auquel il attacha quelque importance. Nous allons donner une analyse succincte de cet écrit, dans lequel semblent avoir largement puisé tous nos socialistes modernes. La première partie de l'Utopie est toute critique. C'est le tableau de la société anglaise. L'auteur suppose avoir rencontré à Anvers un savant voyageur nommé Raphaël, avec lequel il s'est lié d'amitié ; leurs entretiens roulent d'ordinaire sur la philosophie et le .gouvernement. Raphaël attaque avec forée les abus des monarchies européennes, s'élève contre leur despotisme et les maux qui en sont la conséquence, contre le servilisme des gens de cour, la vénalité des charges, la manie des conquêtes, etc.; mais son indignation éclate surtout contre les gentilshommes, les couvents et les moines. 11 les accuse de tous les malheurs publics; leur luxe envahit et détruit tout; les richesses, les propriétés concentrées dans leurs mains constituent un monopole qui engendre la cherté des grains, prive le pauvre de la subsistance et le for-ce de recourir au vol ; car le grand nombre des vols provient, d'après lui, de la misère des petits et de ia cupidité des grands, qui possèdent les terres et en chassent les petits propriétaires à force de vexations. Il déplore les rigueurs des lois répressives et prouve que cette rigueur les rend inefficaces. Si l'on frappe du même châtiment le voleur et l'assassin, il arrive nécessairement qu'il y a plus d'assassins que do. voleurs, nul individu pervers ne s'arrêtant à un délit que la loi punit comme un crime. Il s'élève contre ia peine de mort, eu arguant de la loi de Moïse. 11 conclut, en un mot, qu'il n'y a pas de bonheur possible dans les Etats où existent de pareils abus, surtout le droit de propriété personnelle, qu'il regarde comme la source des maux qui aftligent les peuples, et il prononce en faveur de l'égalité ces remarquables paroles : « Or l'égalité est, je crois, impossible dans un Etat où la possession est solitaire et absolue... Voilà ce qui me persuade invinciblement que l'unique moyen de distribuer les biens avec équité, avec justice, et de constituer le bonheur du genre humain, c'est l'abolition de la propriété. Tant que le droit de propriété sera le fondement de l'édifice social, la classe la plus nombreuse et la plus estimable n'aura en partage que disette, tourments et désespoir.»

La seconde partie, au lieu d'afficher des prétentions dogmatiques, n'est que le rapport, par un témoin oculaire, de la vie que, mènent les habitants de i'ile d'Utopie, et elle est divisée par chapitres. Après la description de l'île vient le chapitre De l'organisation matérielle des villes; celui qui traite des magistrats les montre tous, sans exception, soumis à l'élection populaire. Parmi les arts et métiers, le plus noble, celui dont ■ personne n'a le droit de s'exempter, » c'est l'agriculture. Les enfants l'apprennent en théorie dans les écoles, en pratique dans les campagnes voisines de là ville, où ils sont conduits en promenades récréatives. Mais les travaux matériels ne doivent pas prendre plus de six heures de. la journée. « Le but des institutions sociales, en Utopie, est de fournir d'abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s'affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l'étude des sciences et des lettres. C'est dans ce développement complet que les Utopiens font consister le vrai bonheur. Le chapitre intitulé Des rapports mutuels entre Us citoyens règle les relations de famille d'une façon qui rappelle un peu trop les iustitutions des Spar-

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tiates. Au chapitre Voyages, oh trouve beaucoup de considérations sur le mépris des richesses et le but de la vie humaine. Morus aurait-il voulu faire une épigramme en plaçant au chapitre des Esclaves tout ce qui concerne les lois et les usages des Utopiens sur le mariage? Quoi qu'il en soit, c'est là que se trouvent aussi les lois sur la chasteté, celles sur l'adultère et celles sur le divorce. Le chapitre de la Guerre conclut à l'anéantissement de cette coutume barbare. Celui des Religions de l'Utopie mérite une mention toute particulière. Au moment où l'Europe entière était en feu, où des chrétiens s'entr'égorgeaient au nom d'une religion qu'ils disaient être de paix et d'amour, Morus professe largement la tolérance religieuse. « Les Utopiens mettent au nombre de leurs institutions les plus anciennes celle qui prescrit de ne faire tort à personne pour sa religion, i Et, s'ils ne proscrivent pas le prosélytisme, l'intolérance et le fanatisme sont punis par l'exil ou l'esclavage. Morus termine son livre par quelques mots qui indiquent le degré d importance qu'il attachait à son œuvre. Il ne la considérait pas comme une chose pratique, non plus sans doute que Platon ne fit des» République, mais bien comme un idéal bon à montrer aux politiques de soii temps. Voici, du reste, ses propres paroles : ' Je confesse aisément qu'il y a chez les Utopiens une foule -de choses que je souhaita voir établies chez nous. Je le souhaite plus que je ne l'espère. » L'Utopie n'a qu'un défaut, mais il est capital ; c'est de trop songer aux intérêts matériels du peuple, et point assez à sa liberté. Tout appartient à tous, sauf les femmes, fort bien ; mais pourquoi la vie en commun, pourquoi des esclaves dans un pays qui ne reconnaît pas la propriété, pourquoi la peine.de mort contre l'adultère dans un pays où cette peine est abolie comme immorale? A l'or pur il s'est mêlé beaucoup d'argile. On a reproché à Morus d'avoir traité plusieurs sujets d'une façon quasi plaisante, mais on pourrait en dire autant de Rabelais. Une grande hardiesse se cache sous l'aiguillon de la plaisanterie, et Th. Morus vivait sous des tyrans cruels et absolus.

L'Utopie a été traduite dans toutes les langues. Il en existe quatre traductions en français : celle de Jehan Le Blond, publiée à Paris en 1550; celle de Gueudeville, publiée à Leyde en 1715 et à Amsterdam en 1730 ; celle de Th. Rousseau, publiée à Paris en 1789; enfin la plus récente et la meilleure, celle de M. V. Stouvenel, avec une introduction et des notes (Paris, 18-12, in-8<>).

UTOEIQOE adj. (u-to-pi-ke— rad. utopie).

Qui a le caractère d'une utopie : En fait d impôt, toute prétention à la justice est fatalement utopique. (Proudh.)

UTOPISTE adj. (u-to-pi-ste — rad. utopie). Qui a rapport à une utopie, qui a le caractère d'une utopie : Le xixe siècle a réalisé les rêves utopistes du xvme. (E. Scherer.)

— s. m. Individu qui fait des utopies, qui forme des projets imaginaires : Le plus grand des utopistes est le moraliste qui se flatte de corriger les hommes. (A. Fée.)

— Encycl. On est assez généralement porté à regarder les utopistes comme se trouvant dans un état d'esprit voisin de la folie. Cette idée, l'une des plus fausses qui puissent exister, vient de ce que l'homme qui crée une utopie, embrassant quelquefois d'un coup d'œil de génie le temps présent et le temps a venir, substituant aux faiblesses actuelles de l'individu les facultés et les vertus contenues en germe dans l'être collectif humanité, devançant par là même ce qui peut exister, et offrant ainsi à ses contemporains des singularités dont leur esprit ne peut quo s'étonner sans les comprendre, doit en conséquence paraître un homme singulier. Il est singulier en effet, non toutefois comme un fou, mais comme un poëte et un devin. Si, dans ses rêves de bonheur et de perfectionnement, il va jusqu'à des limites auxquelles parait ne devoir jamais atteindre le progrès de l'humanité, on ne peut nier du moins qu'il est entraîné par un amour profond de cette humanité, et qu'il y joint une intelligence supérieure.

Platon fut un utopiste, dans sa République, et personne n'ignore qu'il y eut en Planton le génie d'un poëte autant que celui d'un philosophe. Fénelon fut un utopiste dans cette partie du Télémaque où il expose le gouvernement de Salente, et tout le monde suit aussi combien il y eut du poète chez Fénelon. Ce qui frappe surtout dans le carac- . tère des utopistes, en général, c'est une bonté, une candeur, une honnêteté, que l'on rencontrerait difficilement ailleurs au même degré. On a dit sur Thomas Morus: «Il n'est pas dans l'histoire de caractère qui ait plus approché de la perfection. Ne disons pas de lui : Il était simple, naturel; c'est un éloge qu'on peut décerner àtous ceux qui ont mérité le nom de grand. Il semble que toutes ces qualités aient été le produit spontané de sa nature. Il est enjoué sans ostentation; il monte à l'échafaud, n'ayant pour auréole que sa bonté sans faste. » Erasme ajoute : « Beaucoup d'hommes d'Etat de nos jours n'ont de faveurs et de grâces à accorder qu'à leurs amis ou à leurs créatures. Les Français ne protègent que des Français, les Allemands que des Allemands, les Ecossais que des

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Ecossais; Morus dans sa bienveillance Embrassait tout le monde... En lé perdant, chacun pleurait un ami, un frère. ■ 11 faut lire, dans l'Eloge de l'abbé de Saint-Pierre, par M. Prévost- Paradol, et dans les Eludes sur la vie et les écrits de l'abbé de Saint-Pierre, par M. Goumy (1861), quelles furent les excellentes-qualités de cceur et d'esprit dont se montra doué cet homme de bien, qui rêvait la paix perpétuelle, la proportion dans les impôts et la suppression de Ja misère. On a peine à comprendre comment, même avec les préjugés de l'époque, l'Académie française exclut de son sein, a la presque unanimité, l'auteur de ces rêves bienfaisants; mais le vénérable abbé trouva une compensation dans le Club de l'Entre-sol, qui fut, dans la première partie du xviuû siècle, une véritable Académie des sciences morales et politiques. Si maintenant nous jetons un regard sur Pourier, nous verrons chez lui une semblable honnêteté unie aussi k- une vive imagination. Commis-marchand et courtier de commerce, il touche du doigt toutes les plaies qui font k cette époque la honte du monde commerçant : l'accaparement, l'agiotage, la falsification, la contrebande, la banqueroute. Il se voit chargé de jeter secrètement a la mer une cargaison de riz que ses patrons avaient laissé gâter, afin de maintenir le haut prix des denrées. Exalté par cette horrible spéculation, il prend la plume, et il écrit, sous l'influence de cette conviction; que le commerce est « l'art d'acheter trois francs ce qui en vaut six, et de vendre six francs ce qui en vaut trois, » Ce n'est pas seulement le commerce qu'il veut réformer ; ses idées se développent ; ses rêves s'agrandissent; c'est la société entière dont il formule la réforme radicale et complète. On pourrait multiplier les exemptes, et faire ressortir plus longuement le caractère général des utopistes; mais il suffit d'avoir indiqué ces trois physionomies, prises dans des classes diverses et k des époques différentes. Ajoutons, pour justifier par une observation pratique le respect dont nous fuisons profession pour ces hommes, que plusieurs de leurs idées, qualifiées autrefois rêveries, sont rangées aujourd'hui parmi les idées réalisables, et que bien des utopies des temps passés sont devenues pour notre siècle des faits accomplis.

DT PICTURA POËS1S {La poésie est comme une peinture), Commencement d'un vers d'Horace (Art poétique, v. a6l). Tandis que la prose dit simplement les choses, la poésie les dépeint, différence essentielle entre l'une et l'autre, laquelle a fait regarder la poésie comme sœur de la peinture : Ut pictura poesis.

«J'ai lu des vers de M. Sinetti. Je savais bien qu'il était tout aimable, mais je ne savais pas qtl'il fût poète. Il y a en vérité de très-belles choses dans ce petit poème. J'y ai trouvé ce que j'aime, beaucoup d'images, ut pictura poesis. »

Vot-TAIKE.

«Je sais qu'un grand peintre, qui aurait à traiter la mort de Tancrède, tirerait de ce contraste de la religion et de l'amour le principal effet de son tableau. Ûr, utpCctura poesis, c'est la règle générale. »

Grimm. -

« Le principal mérite des tableaux des anciens, sans parler de la partie du dessin dans laquelle ils étaient admirables, consistait, ce me semble, dans le sublime de l'expression. C'est là qu'ils mettaient tout leur génie. Quand Horace a dit : Ut pictura poesis, le peintre a dit : Ut poesis pictura. i

Grimm.

OTRAQU1STE s. m. (u-tra-kui-ste — du lat. utraque, l'une et l'autre). Hist. relig. Nom donné aux hussites de la Bohême, qui communiaient sous les deux espèces, il On dit plus souvent camxtins.

OTBECHT, le Trajectum ad Menum ou Trajectum Vêtus des Romains, ville du royaume de Hollande, ch.-l. de la province de son nom, sur le "Vieux-Rhin, k 45 kilom. S.-E. d'Amsterdam, à 50 kilom. E. de La Haye, • par 520 5' de latit. N.,et à 2047' delongit. E.; 60,000 hab. Archevêché catholique, qui a remplacé, en 1559, l'évêché jadis souverain. Résidence du gouverneur et des autorités civiles et militaires de la province. Université fondée en 1636, et restée célèbre par l'enseignement du droit; grand hôpital militaire destiné surtout à l'instruction des médecins et chirurgiens militaires; école vétérinaire; Académie des sciences; institut royal de météorologie; observatoire astronomique. Fabrique de machines à vapeur; manufacture de tabac ; fabrique de céruse, acide sulfurique, briques, tuiles, chapeaux; raffineries de sucre et de sel ; fabriques de draps, soieries, velours. Commerce actif, favorisé par la situation de cette ville au milieu d'un réseau de canaux et de bons chemins qui couvrent- tout le pays, en communication directe par des chemins de fer avec Amster^ dam, Rotterdam et Açnheim. Utrecht, ville de forme presque carrée, est entourée de remparts convertis en promenades ; elle est, comme toutes les villes hollandaises, pro-

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pre et bien bâtie; ses rues sont larges et coupées.de canaux. La construction des maisons offre à Utrecht cette particularité assez singulière et contribuant à lui donner une physionomie spéciale parmi les autres villes hollandaises: les maisons y sont élevées au-dessus du niveau de l'eau, et les quais voûtés offrent" à la vue des caves, des ateliers, et jusqu'à des habitations.

Le principal monumentd'Utrechtestla cathédrale (Domkerk), fondée en 720 par saint Willebrod et reconstruite à diverses reprises. Le 1er août 1674, à la suite d'une tempête violente, lanef entière située entrelechceuret la tour s'écroula avec fracas. Elle ne fut jamais rebâtie. Ce qui reste debout de la cathédrale d'Utrecht, précieux échantillon de l'époque gothique hollandaise, est en voie de restauration. «L'intérieur de l'église, dit M. Maxime Du Camp, a maintenant la forme d'un T, car il n'y a plus que le chœur et le transsept. Le premier est embarrassé d'une construction en bois, propre au culte évangélique, et qui ressemble k une salle provisoire pour des députés. Le chœur proprement dit se compose de huit arcades supportées par des faisceaux de colonnettes très - élégantes. Au transsept, l'église s'arrête tout k coup par un mur moderne en briques emplâtrées contre lequel s'appuie un jeu d'orgues. » On remarque dans la cathédrale d Utrecht plusieurs tombeaux, notamment celui de l'amiral Van Gent, tué en 1672. Le cloître, dépendant de la cathédrale, est aujourd'hui dans un état de ruine à peu près complet. Par suite de l'ouragan du 1er août 1674, l'ancienne tour de la cathédrale, aujourd'hui séparée de la basilique actuelle par une place publique, forme un monument isolé et spécial, désigné par les habitants sous le nom de Dom. La hauteur de cette totjr est de 121 mètres. Un escalier de 453 marehes conduit k sa plate-forme, d'où l'on jouit d'un panorama magnifique. Cette tour, qui a trois étages en retrait, date du xive siècle; les deux premiers sont carrés, en briques; le troisième est coupé k six pans ; ses énormes fenêtres, séparées par des meneaux tétragonaux, sont soutenues à l'aide de tenons en fer, qui empêchent l'agrandissement des lézardes qui sillonnent cette partie.

Les autres églises d'Utrecht dignes d'une mention sont : l'église Saint-Jean, de style gothique, restaurée en 1837 ; l'église Saint-Pierre, construite dans la manière wallonne, avec crypte souterraine j l'église Saint-Augustin, toute moderne (1842) ; enfin, l'église des Jansénistes ou Sainte-Gertrude, Utrecht' est aujourd'hui, en quelque sorte, le dernier retranchement de cette secte tant persécutée par Louis XIV. Les jansénistes habitent, dans la ville d'Utrecht, une ville à part, pour ainsi dire, calme et silencieuse.

L'hôtel de ville d'Utrecht, sans caractère architectural, n'offre d'intéressant qu'une collection de tableaux qui y est rassemblée. Parmi ces tableaux, on cite une Vierge, au milieu d'un paysage, par Jan Schoorel, où l'auteur, Flamand d'origine et de style, s'est efforcé de se rapprocher de la manière de Raphaël : il en résulte un compromis étrange et fort curieux à étudier; des portraits, des médailles diverses complètent le musée d'Utrecht. Les bâtiments de l'iwiversité sont attenants à la cathédrale. On y remarque la longue série des portraits des professeurs depuis sa fondation. L'université d'Utrecht, qui compte encore aujourd'hui environ cinq cents élèves, comprend une bibliothèque, un musée d'anatomie, un jardin botanique, un observatoire et plusieurs collections diverses. Enfin, nous citerons: l'hôtel de la Monnaie, siège unique de la fabrication des monnaies de la Hollande ; la bibliothèque de la ville, riche d'environ 50,000 volumes, et établie dans les salles de l'ancien palais royal ; l'école vétérinaire, le cabinet d'agriculture, le jardin botanique, le jardin zoologique et le théâtre. La promenade d'Utrecht consiste dans le mail, avenue longue d'environ 2 kilom., plantée de tilleuls, et qui passe p'our une des plus anciennes plantations de l'Europe. Louis XIV donna, dit-on, l'ordre de l'épargner.

— Célébrités. Utrecht a vu naître, en 1405, le pape Adrien VI; mort en 1523, dont la maison est encore debout aujourd'hui et forme une des curiosités de la ville; et les peintres Poelenburg,Honthorst, dit Gherardo délia Notte, Both d'Italie, Breemberg et Hondekoeter.

C'est k une très-faible distance d'Utrecht que se trouve le château de Soestjik, ancienne résidence du prince d'Orange, Guillaume II (1816), plus tard habitée par sa veuve, et rétablissement de Zeist, dirigé par les frères moraves, et fondé en 1746.

— Histoire. L'éty mologie du nom d'Utrecht suffit à établir 1,'ancienneté de la ville : d'abord appelée Trajectum ad Rhenum, k cause de sa situation topographique, puis Trajectum Vêtus, elle a plus tard été désignée sous le nom ù'Ullrajectuni; d'où, peu à peu, par corruption, Utrecht. Avant que le Rhin eût changé de lit, la ville était en effet placée précisément à l'endroit le plus fréquenté pour le passage du fleuve. Utrecht dut être, à l'époque romaine, une colonie importante; mais, réduite plus tard à son château fort, elle échangea son nom primitif contre celui de Wilt/ietiburg, qui ne prévalut pas long-

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temps. Dagobert passe pour le fondateur de sa première église, dont saint Willebrod fut évêque. Les successeurs de saint Willebrod devinrent, sous Charlemagne, Othon III et Henri IV, souverains temporels, et bientôt Utrecht fut érigé en archevêché. Comprise d'abord dans la Lorraine, la ville passa plus tard sons l'obéissance impériale. En 1528, Charles-Quint y fit bâtir le château de Vreeburg ou de la Paix, détruit depuis par les Flamands révoltés. Sous Philippe II, le célèbre duc d'Albe, son lieutenant dans les Pays-Bas, fit d'Utrecht une sorte de quartier générai pour les exécutions sanglantes qu'il ne cessait de décréter. Le despotisme espagnol ayant exaspéré la population, des représentants des provinces de Gueîdre, de Zutphen,de Hollande, de Zélande et enfin d'Utrecht, se réunirent dans cette dernière ville, et là, le 29 juillet 1579, arrêtèrent et publièrent le célèbre traité d'union, origine de la république des Provinces-Unies et signal de la ruine de la domination étrangère. Dès ce jour, Utrecht fut choisi pour siège des états généraux, jusqu'au jour où ils furent transférés à La Haye. C'est k Utrecht que fut signé, en 1713, le traité qui mit fin à la guerre de la succession d'Espagne. Les Français s'en étaient rendus maîtres un instant, en 1672. En 1729, la ville devint le principal refuge des. jansénistes exilés de France par d'odieuses persécutions. Ils y fondèrent, du consentement du gouvernement des Provinces-Unies, une sorte de ville spéciale. Utrecht tomba au pouvoir des républicains français le 28 janvier 1795. Sous l'empire, la ville forma un des chefs-lieux d'arrondissement du département du Zuyderzée. Sa position centrale, au milieu de la Hollande, qui en fait une ville avant tout industrielle et commerçante, l'a empêchée de se ressentir trop vivement des nombreuses vicissitudes qu'elle a subies. Elle est aujourd'hui en pleine prospérité. . t

Plusieurs conciles ont été tenus k Utrecht. Dans le premier, qui eut lieu en 719, saint Willebrod fit décider l'envoi de prédicateurs dans les provinces. Le concile de 1080 fut réuni par l'empereur Henri IV, qui voulait faire excommunier le pape Grégoire VII.

Dans la nuit qui précéda la proclamation solennelle de la sentence d'excommunication, presque tous les évêques prirent la fuite. En 1392, un concile condamna un frère mineur qui s'était fait passer pour évêque. Le concile de 1505 fit des règlements de discipline, et accepta, ainsi que celui de 1568, le décret du concile de Trente. En 1763,' les jansénistes convoquèrent k Utrecht un concile que présidal'archevêqueMeindartz. On approuva d'abord et on adopta les cinq articles présentés, en 1663, à M. de Choiseul, par quelques théologiens jansénistes, et adressés à Alexandre VU ; les articles théologiques présentés h Innocent XIII par le cardinal de Nouilles, quoique ni les uns ni les autres n'eussent jamais été autorisés. On rendit ensuite douze décrets contre les erreurs de Leclerc, contre les jésuites Hardouin, Berruyer et Pichon, et contre la morale relâchée des casuistes modernes. Le concile déclara indignes de participer aux sacrements ceux qui soutiendraient la doctrine qu'il avait condamnée. Le reste des décrets regarde les matières de discipline et les sacrements. Les actes de cette assemblée sont signés de trois évêques et de seize prêtres.

Uircchi {traité t>'), qui mit enfin un terme aux longues et sanglantes guerres du règne de Louis XIV. La conclusion en fut hâtée par une révolution qui éclata dans le ministère et le parlement anglais. Les wighs, à la tête desquels se trouvait Marlborough, furent renversés du pouvoir et remplacés par les tories, partisans de la paix. Un double traité préliminaire fut signé à Londres entre la France et l'Angleterre, le 8 octobre 1711. Mais, pour ne point entraver le cour3 des négociations générales qui allaient s'ouvrir, on cacha soigneusement ces préliminaires aux états généraux, qui ne voulaient entendre parler que de ceux de 1709. L'empereur ne négligea rien pour engager l'Angleterre k continuer la guerre; il envoya même à Londres le prince Eugène , qui échoua devant la ferme volonté du nouveau ministère et devant l'attitude du peuple à son égard. Le congrès s'ouvrit donc à Utrecht le 29 janvier 1712. Là s'assemblèrent les plénipotentiaires de toutes les puissances intéressées : la France, l'Angleterre, la Hollande, la Savoie, l'empire, le Portugal , la Prusse, le saint- siège, les républiques de Gênes et de Venise, les électeurs de Mayence, de Cologne et de Trêves , l'électeur palatin, ceux de Saxe.de Bavière, de Hanovre; le duc de Lorraine, etc. La multiplicité des intérêts à régler rendit les négociations longues et orageuses; plusieurs fois mêjne elles turent interrompues, et ce furent les malheurs de famille de Louis XIV qui suscitèrent les plus graves difficultés. En voyant Philippe V séparé par un seul degré du trône de France, l'Angleterre chercha de nouvelles garanties contre la réunion, tant redoutée, des couronnes de France et d'Espagne sur la même tête. Elle demanda la nomination de Philippe k la première de ces couronnes. Mais on lui laissait le choix ou de renoncer au trône de France en conservant la monarchie d'Espagne et d'Amérique, ou d'ac-

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cepter le royaume des Dftiix-Sieiles, les Etats du duc de Savoie et les duchés de Montferrat et de Mantoue, qui, après lui, reviendraientk ■ la France.'Dans ce eus, le duc de Savoie eût été roi d'Espagne. Philippe rejeta ces propositions brillantes et s'entêta k conserver sa couronne espagnole en renonçant à celle de France. Dès que cet objet fut réglé, Anne fit connaître au Parlement l'état des négociations et la conclusion prochaine de la paix avec la France (17-juin 1712). Un grand événement militaire, la victoire de Villars k Denain, hâta encore cette conclusion , et le traité d'Utrecht fut signé le il avril 1713. Nous allons passer rapidement en revue les principales clauses qu'il renferme.

1° Traité entre la France et la Grande- Bretagne. En vertu de l'article 4 , la France reconnaît l'ordre de succession établi en Angleterre par les actes du Parlement, en faveur des descendants de la reine Anne et de la ligne protestante de Hanovre. Le roi s'engage, pour lui et ses- descendants, k ne jamais reconnaître personne comme, roi ou reine de la Grande-Bretagne, si ce n'est conformément k cet ordre, et à porter tous ses soins pour empêcher que le fils de Jacques II, sorti volontairement du royaume de France, ne puisse y rentrer, en quelque temps et sous quelque prétexte que ce puisse être. L'article 6 reproduit les actes concernant la renonciation de Philippe V au trône de France et des ducs de Borry et d'Orléans au trône d'Espagne. Ces diverses renonciations réciproques devaient constituer une loi éternellement inviolable, de sorte que les couronnes de France et d'Espagne ne pussent jamais être réunies. L'article 9 concernait Dunkerque, dont le roi promettait de faire raser les fortifications et de combler le port à ses dépens, sans pouvoir jamais le réparer. C'était l'anéantissement de cette ville redoutable qui, depuis 1702,avait lancé 791 corsaires sur la marine anglo-batave. Par l'article 10, le roi restituait à la reine de la Grande-Bretagne la baie et le détroit d'IIudson avec toutes les terres, mers, rivages , fleuves et lieux qui en dépendaient. L'article 12 abandonnait également à l'Angleterre l'île da Saint- Christophe et la Nouvelle-Ecosse, autrement dite Acaâie, avec ses anciennes limites. L'article 13 cédait k cette même couronne la grande île de Terre-Neuve avec les îles adjacentes. La Fiance conservait seulement, avec l'île du Cap; Breton et les autres lies du Saint-Laurent, le droit de pêche et de sécherie sur la côte de Terre-Neuve. En un mot, nous renoncions k de vastes possessions dans l'Amérique du Nord, que nous avions longtemps disputées avec avantage à l'Angleterre.

Ces conditions étaient dures , assurément, mais infiniment moins encore que celles que les alliés avaient voulu nous imposer en 1709 ; le temps avait marché, et ils étaient autant que nous fatigués de cette interminable succession de guerres.

Le jour de la signature de la paix, un traité de navigation et de commerce fut également conclu entre la France et l'Angleterre. Les stipulations particulières de cette convention portaient, entre autres, que le3 sujets des deux couronnes seraient traités réciproquement comme ceux des mitions lès plus amies et les plus favorisées (art. 8); qu'ils jouiraient des mêmes libertés, privilèges et franchises dans le commerce, et que particulièrement le droit d'aubaine n'aurait pas lieu k leur égard (art. 12). Le droit de 50 sous par tonneau établi en France sur les navires anglais et le droit de 5 shillings par tonneuu, établi en Angleterre sur les navires français, furent abrogés.

Les articles 17 et 18 font époque dans l'histoire du droit maritime de 1 Europe , parce qu'ils annulèrent , k l'égard de lu Grande-Bretagne, une disposition qui était alors de droit commun et que Louis XIV avait primée littéralement dans son ordonnance sur la marine en 1081. Elle déclarait de bonne prise tout navire qui se trouvait chargé d'effets appartenant aux ennemis de la France. Le traité d'Utrecht eut la gloire de proclamer le principe que « le vaisseau libre rend les marchandises libres, a e'est-kdire que le pavillon couvre la marchandise, k l'exception de la contrebande de guerre; il fut interdit de visiter les vaisseaux marchands neutres, sinon pour prendre connaissance des lettres de mer et certificats constatant la nature du chargement. De part et d'autre, la visite et la confiscation des marchandises importées, sous prétexte de fraude ou de défectuosité dans la fabrique, furent interdites, toute liberté devant être laissée aux vendeurs et aux acheteurs dans leurs transactions. Enfin, le monopole du tabac était aboli en France et le commerce eu était permis aux Anglais.

• 20 Traité entre la France et la Hollande. Par l'article 7, la France s'engageait k remettre aux états généraux , en faveur de lu maison d'Autriche, tout ce qu'elle possédait encore dans les Pays-Bas communément appelés espagnols. On exceptait de cette cession une partie de la Gueldre, cédée au roi de Prusse par son traité avec la France du même jour, et une terre dans te Luxembourg ou le Limbourg, qui devait être érigée eu principauté en faveur de la princesse des Ursins et de ses héritiers. Mais cette stipulation n'obtint aucune suite. L'article 9

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révoquait l'acte par lequel' Philippe V avait cédé et transporté les Pays-Bas, en toute souveraineté, à l'électeur de Bavière et à ses héritiers et successeurs mâles; Par les articles 11 et 12, le roi cédait aux états généraux, en faveur de la maison d'Autriche, une partie des Pays-Bas français, savoir: les villes de Menin et de Tournay, avec tout le Tournaisis, excepté Saint-Amand et Morlagne, Pûmes, Purner-Ambaeht, le fort de Knoque, les villes de Loo et de Dixmude avec leurs dépendances; Ypres avec sa châtellenie et avec Poperingue, Warneton.Commines, Warwick. L'article 14 portait qu'aucune province, ville, fort ou place des Pays- Bas espagnols et fiançais, cédés paï le roi, ne pourrait jamais passer à la couronne de France ni à aucun prince ou princesse de la maison et ligne de France, k quelque titre que ce pût être.

Par l'article 15, les états généraux restituaient au roi la ville et la citadelle de Lille avec toute sa châtellenie, Orchies, le pays de Laleu et le bourg de La Gonrgue, les villes et les places d'Aire, Béthune et Saint-Venant, avec le Fort-Français, leurs bailliages et leurs dépendances. Un traité de commerce fut également conclu entre la France et la Hollande pour une durée de vingt-cinq ans. Ce traité rétablissait à peu près intégralement les clauses de celui de Ryswick; il mettait les Hollandais sur le même pied que les Anglais avec la France.

Quelque avantageuses que fussent ces conditions pourjes Hollandais, ils ne s'étaient pas résignés facilement k les accepter, et il fallut que l'Angleterre menaçât de les abandonner pour qu'ils se décidassent enfin à signer le traité. Ils se croyaient toujours en 1709; mais la situution était bien changée. « Nous prenons, écrivait l'abbé de PolignaC, un des plénipotentiaires -français, la figure qu'ils avaient à Gertruydenberg, et ils prennent la nôtre j' c'est une revanche complète. ■

3° Traité entre la France et le Portugal. Par l'article 8, la France se désistait, en faveur du rot de Portugal, de tous les droits et prétentions qu'elle pouvait avoir sur les terres appelées le <Jap-Nord e^ situées entre Ja rivière des Amazones et celle de Japoc ou de Vincent -Pinson, en Guyane. Elle reconnaissait, en vertu de l'article 10, que les deux bords de la rivière des Amazones appartenaient en toute propriété et souveraineté au roi de Portugal, et, par l'article suivant, elle renonçait k la navigation et à l'usage de ce grand fleuve. L'article 12 défendait aux habitants de Cayenne, sujets de la France, d'exercer aucun commerce dans le Waragnon et dans l'embouchure de la rivière dès Amazones; il ne leur serait pas permis de passer le Vincent-Pinson pour y trafiquer et pour acheter des esclaves dans les terres du Cap-Nord, Pareillement, les Portugais ne pouvaient commercer k Cayenne.

Ces concessions étaient arrachées par les Anglais, à leur profit encore plus qu à celui de leurs alliés. Le* Portugal s'enfonçait de plus en plus dans sa dépendance k l'égard de l'Angleterre, et un de ses plénipotentiaires, plus clairvoyant que le reste de la nation, apercevant avec effroi les conséquences de cette suzeraineté occulte que s'arrogeait l'Angleterre sur le Portugal, alla jusqu'à faire aux ministres français, dans le cours des conférences d'Utreclit, des ouvertures d'alliance entre les deux pays. Ces projets n'eurent pas de suite ; le gouvernement français craignit probablement de se brouiller avec l'Angleterre.

4« Traité entre la France et le roi de Prusse. Par l'article 7 de ce traité, le roi de France, en vertu du pouvoir qu'il en avait reçu du roi d'Espagne, cédait au roi de Prusse, ainsi qu'à ses héritiers et successeurs, la haute Gueldre ou Gueldre espagnole, avec la ville de Gueldre, pour en jouir en toute liberté et souveraineté, de même que les Esmgnols, avec cette condition toutefois que a religion catholique y serait conservée duns l'état où elle se trouvait sous la domination espagnole, sans que le roi de Prusse y pût rien changer. Louis XIV, par l'article 8, cédait de même au roi de Prusse et à ses descendants des deux sexes le pays de Kessel avec le bailliage de Krieckenberg, situés dans la partie supérieure de la Gueldre, pour les posséder en toute souveraineté et avec les mêmes droits que le roi d'Espagne, sauf aussi l'état actuel de la religion catholique. Les Hollandais n'apprirent ces stipulations qu'avec un profond déplaisir. Par l'article 9, lu France reconnaissait le roi de Prusse en qualité de souverain de la principauté de Neuchâtel et de Valengin.

Par l'article 10, le roi de Prusse renonçait à ses droits et prétentions sur la principauté d'Orange, ainsi qu'à toutes les terres et seigneuries qui en dépendaient, soit dans le' Dauphiné, soit en Franche-Comté. Toutefois, il était permis au roi de Prusse d'attacher le nom de principauté d'Orange à cette partie de la Gueldre qui venait du lui être cédée, et ce prince se chargeait d'indemniser les Nassau- Frise , ses cohéritiers, pour ce qui concernait les biens en question. En outre, il promettait de ne plus fournir à l'armée de l'empire, tant que durerait la guerre, que le contingent de 4,600 hommes auquel l'obligeait Je pacte fédéral , au lieu do 35,000 soldats qu'il avait actuellement sur pied.

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50 Traité entre la France et là Savoie. En vertu de l'article 3, la Fiance restituait à l'autre puissance le duché de Savoie et le comté de Nice, et généralement tous les Etats et lieux qu'elle avait enlevés au duc pendant la guerre. Elle lui cédait également la vallée de Prngélas, avec les forts d'Fjtilles et de Fenestrelle , ainsi que les vallées d'Oulx, de Sézanne,.de Bardenache et Château-Dauphin, et généralement tout ce qui est à Veau pendante des Alpes du côté du Piémont. Réciproquement, le duc de Savoie abandonnait à la France la vallée de Bnrcelonnette et ses dépendances, ce qui rectifiait la frontière dauphinoise. Les sommités des Alpes devaient servir dorénavant de limite entre la France et le Piémont; le plateau de ces montagnes serait partagé entre les deux puissances. Par l'article 5, Louis XIV reconnaissait le duc de Savoie comme roi légitime de Sicile et lui garantissait la possession de ce royaume. Par l'article 6, le roi reconnaissait le duo de Savoie et ses descendants mâles comme légitimes héritiers de la monarchie d'Espagne, au défaut de la postérité de Philippe V. Toutefois, au sujet de cette clause, il faut remarquer que ce droit de succession n'était reconnu qu'aux mûles^ de la maison de Savoie, et seulement au défaut de toute" la postérité de Philippe V, par conséquent aussi de la postérité féminine.

Les ministres d Espagne, qui n'avaient pu être admis aux conférences aussi longtemps que Philippe V n'était pas reconnu, arrivèrent k Ulrecht lorsque la paix entre les principales puissances fut signée. Ils ratifièrent les engagements pris au nom de leur souverain par son aïeul, et, le 13 juillet, la paix fut également signée entre I Espagne et l'Angleterre.

Quant aux intérêts des princes allemands, ils ne furent réglés que l'année suivante au congrès de Rastadt (v. ce mot), à cause de l'obstination de l'empereur, qui ne put se résigner a accepter les conditions formulées par la France à Utrecht. Dès le 15 avril, les ambassadeurs avaient quitté cette ville, et la guerre continua entre l'empire et la France. Quelques historiens prétendent que le refus d'accéder a la paix générale avait été inspiré k l'empereur par le prince Eugène, qui comptait sans doute effacer par quelque action d'éclat le souvenir de sa défaite à Denain j mais il était inutile de recourir à cette raison pour expliquer l'orgueilleux entêtement commun à Charles VI et à toute sa' maison. Ce prince ne voulait, sous aucun prétexte, reconnaître Philippe V et, par conséquent, renoncer à la succession d'Espagne. C'était s'aveugler singulièrement sur le sentiment de toute l'Europe que de s'imaginer qu'elle verrait sans répugnance un prince allemand réunir la double couronne sur sa tête, tandis qu'elle avait versé des flots de sang pour empêcher qu'un prince français ne réalisât cette réunion menaçante. Ce n'était pas une vaine guerre d'amour-propre et de vanité que l'Europe avait faite £1 Louis XIV et à son petit-fils, mais une guerre d'intérêt, une guerre inspirée pur le sentiment profond de sa sécurité. Que le danger vint de la France ou de l'empire, elle n était pas plus disposée à l'accepter d'un côté que^ de l'autre, et en cela il faut reconnaître qu'elle était pleinement dans son droit.

CTHECIIT (province D'),'division administrative du royaume de Hollande comprise entre les provinces de Hollande méridionale à l'O., de Brabant méridional au S., de Gueldre à l'E. et le Zuyderzée au N.; superficie, 138,820 hectares; 170,000 hab. Sol plat, plus élevé dans l'E., généralement sablonneux , mais fertile, surtout au S. Récoke de lin, chanvre, céréales , fruits, excellent tabac. Elève considérable de bétail ; exploitation de tourbe. Industrie active ; fabrication de draps, lainages, soieries, velours, tapis renommés. Commerce de beurre, fromage et autres produits de l'industrie agricole et manufacturière.

UTRERA, le Castra Venaria des anciens, ville d'Espagne, province et à 26 kilom. S. de Séville,au milieu d'une plaine fertile; 12,000 hab. Fabrication de chapeaux, poterie, savon, amidon ; tanneries. Riches salines aux environs ; élève de taureaux de combat très-estimés et de bons chevaux. Commerce de bestiaux et de grains. Cette ville, assez bien bâtie , conserve les restes de ses anciennes murailles et d'un vieux château fort; on y voit une belle église gothique et un hôtel de ville remarquable.

UTRICAIRE s. m. (u-tri-kè-re). Bot. Nom donné à la bandureou utricaire de Madagascar, dont les feuilles se terminent par une sorte de vase qui est souvent rempli d'eau.-

UTRICULAIRE adj. (u-tri-ku-lè-re — rad.

utricule). Hist. nat. Qui a la forme d'un utricule ou qui est composé d'utricules. Il On dit

aussi UTRICULE, ÉK et UTRICULKUX, EUSE,

— s. m. Antiq. rom. Batelier qui traversait les fleuves sur des outres. Il Joueur d'une sorte de cornemuse.

— s. f. Bot. Genre de plantes, type de la famille des utriculariées, comprenant environ cent cinquante espèces, répandues sur {out le globe , dans les eaux douces et les marais : X'utricclaire vulgaire croit dans les eaux stagnantes de presque toute la France. (P. Diiuhartre.) Les utriculaires peuvent

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vivre au moins un certain temps sans adhérer au sot. (F. Hœfer.)

' — Encycl. Bot. Les utriculaires sont des herbes aquatiques, dont les unes nagent librement et les autres végètentau fond de l'eau. La tige est simple, nue ou pourvue d'écaillés. Les espèces flottantes ont les feuilles divisées en nombreux segments filamenteux; les autres les ont dressées et entières. Des fleurs solitaires ou disposées en grappes, jaunes, rouges ou bleues, paraissent au bout des tiges. Le calice a deux pétales ; la corolle porte deux étamines. Ces plantes sont pourvues d'un appareil très-curieux qui permet à leurs rameaux de venir gagner l'air de façon que la floraison puisse avoir lieu ; les feuilles chez les espèces flottantes et les racines dans les espèces paludéennes sont garnies de petites vésicules, ordinairement remplies d'un liquide plus pesant que l'eau et qui se trouve remplacé par des gaz au moment de la floraison.

UTRICULARIÉ.ÉE (u-tri-kn-la-ri-é — rad.

utriculaire). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à l'utriculuire. Il On dit aussi utri-

CULARIACÉ et UTRICULARINÉ.

— s. f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre utriculaire. 11 On les appelle aussi lkntibulariéës.

UTRICULE s. m. (u-tri-ku-le — du lat.

utriculus, petite outre). Anat. Petit sac. Il Renflement du labyrinthe membraneux de l'oreille. Il Organe en forme de poche, piriforme, aplati ou oblong, situé sur la ligne médiane entre les deux canaux déférents, à la face urétrale de la prostate.

— Bot. Syn. de cellule. Il Cavité des grains de pollen qui eontieijt le fluide fécondant. Il Sorte de fruit sec , inonosperme, k péricarpe peu développé. Il On trouve quelquefois ce mot au féminin : Les utriculks sont unies entre elles par des fibrilles très-déliées. (T. de Bernéaud.)

— Eucycl. Anat. L'ulricule prostatique parait d'amant plus développé que la prostate et les vésicules séminales le sont moins. On lui distingue une partie rétrécie ou col et un fond plus ou moins renflé ou corps. Il a Je 0m,006.à om,015 de longueur et une largeur une ou deux fois moindre. Le liquide contenu dans Vutricule offre une grande analogie avec la sécrétion qui est propre aux vésicules séminales, ce qui a fait penser que Vutricule prostatique sécrète et verse l'une des nombreuses humeurs qui sont mêlées au sperme lors de l'éjaculation, et dont la présence est nécessaire pour que ce liquide soit apte à la fécondation. Toutefois, dans l'état actuel des connaissances sur ce sujet, on ne peut encore rien affirmer.

— Bot. V. CELLULE et PARENCHTME.

UTRICULEUX, EUSE adj. (u-tri-ku-leu , eu-ze — rad. utricule). Bot. Qui est garni d'utricules : Feuilles utiuculeuses.

UTRICULIFORME adj. (u-tri-ku-li-forme — de uiiricule, et de forme). Hist. nat. Qui est en forme de petiteoutre.

UTRIFORME adj. (u-tri-for-me — du lat.

uter, outre, et de forme). Hist. nat, Qui a la forme d'une outre.

OTRIGÈRE adj. (u-tri-jè-re — dulat.afer, outre ; gero, je porte). Qui porte une outre ou un objet qui a cette forme.

UTTMANN (Barbara), Allemande connue comme la première vulgarisatrice de l'art de faire de la dentelle dans l'Erzgebirge saxon, née en 1514, morte en 1575. Elle était fille de Henri d'Elterlein, d'une famille patricienne de Nuremberg, qui s'était établie dans l'Erzgebirge, où elle possédait des mines considérables. Elle fut mariée à Christophe Uttinann, qui était aussi propriétaire de mines étendues et qui jouissait d'une grande considération dans toute la contrée. Une antique tradition rapporte qu'elle apprit l'art de faire de la dentelle; d'une Brabançonne, que la tyrannie du duc d'Albe avait forcée k fuir de sa patrie, et l'on fixe a l'année 1561 l'époque à laquelle elle commença à enseigner aux femmes d'Anuaberg cet art, qui forme aujourd'hui l'une des branches les plus productives de l'industrie de l'Erzgebirge saxon. Barbara fut enterrée dans le cimetière d'Annaberg, où on lui a érigé un monument, il y a quelques années.

UTTOXËTER, bourg d'Angleterre , comté et à 23 kilom. N.-E. de Staiford, près de la Dove, qu'on y passe sur un beau pont de pierre ; 5,500 hab. Forges de fer. Commerce de grains et de fer.

OTURU s. m. (u-tu-ru). Gramm. Nom turc d'un signe voyelle .appelé dhamrna par les Arabes.

UTZSCHNEIDKR (Joseph d'), industriel et financier allemand, né k Rieden, sur le lac Staffcl (haute Bavière) en 1763, mort en 1810. Il fit ses études k Ingolstadt et, en 1778 et 1779, fut chargé quelque temps de la correspondance particulière de la duchesse Marié- Anne de Bavière, qui le fit nommer, eu 1784, conseiller de la chambre aulique. Les services qu'il rendit en cette qualité lui valurent l'emploi de chargé d'afl'aires et de premier administrateur des salines de la Bavière dans la principauté de Berchtesgaden. Nommé en 1799 référendaire intime au département des finances, il proposa des plans de réforme,

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qui furent repoussés, et il se vit obligé, en 1804, de quitter le service administratif. 11 établit alors une manufacture de cuirs à Munich , puis, en société avec Georges de Riçhenbach et Joseph Lilbhen, unins,titut mécanique, auquel la verrerie qu'il avait également établie h Benedictbeuern fournit le crown-glass et le flint-glass nécessaires. En 1809 , il s'associa avec Fraunhaffer, et " l'institut mécanique devint alo.rs l'institut optique, qui fournit bientôt à toute l'Europe des instruments d'astronomie- Utzschneider était "devenu dans l'intervalle (1807) administrateur général des salines et référendaire intime des finances. Ce fut lui qui fit construire la saline de Rosenheim,et, lorsque les salines de la Bavière furent menacées en 1809 de passer, comme celles de l'Autriche, en la possession de la France, il sut amener l'intendant général de l'armée française à lu conclusion d'un traité par lequel, outre la saline de Berchtesgailen, celle de Hallein passa aussi sous l'administration de la Bavière. Une autre institution, dont on lui fut redevable k la même époque, fut celle du cadastre des terres. En 1811. il devint directeur delà caisse d'amortissement de la dette publique; mais, après la paix de Paris en 1814, cet établissement n'ayant pas rendu les services qu'on en attendait, Utzschneider se dèmit.de ses fonctions publiques et fonda une grande brasserie et une manufacture de drap. Depuis la mise en vigueur de la nouvelle constitution bavaroise en 1818, il fut. élu premier bourgmestre de Munich et , peu après, député de la même ville au Landtag; mais il ne répondit pas aux vœux de ses commettants et il résigna, en 1821, ses fonctions de bourgmestre. En 1827, il devint directeur de l'Ecole polytechnique centrale de Munich et se retira, deux ans plus tard, dans une de ses propriétés où, jusqu'à sa mort, il s'occupa d'études et d'expériences agricoles.

CVA (Benoît del'), poète et bénédictin italien, né a Capoue vers 1530. Il appartenait a la congrégation du Mont-Cassin et il passa k Naples la plus grande partie de son existence. Tels sont les seuls renseignements biographiques qu'on possède Sur ce littérateur. On lui doit Le Vergini prudenli (Venise, 1737, in-]*).

UVAGE s. m. (u-va-je). Techn. Glacis en terre-cuite dont on forme l'encaissement d'une chaudière à sucre.

UVAIRE s. m. (u-vè-re — du lat. uva, raisin). Bot. Syn. d'uNONE ou canang. V. ce dernier mot.

UVAROF. Pour les personnages de ce nom, v. OuvaRop.

OVAROV1TE s. f. (u-va-ro-vi-te). Miner.

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