AVANTAGEUX
— En vain, Inutilement, vainement. V. INU- TILEMENT.
— Encycl. Agric. Vaine pâture. V. pâture.
VAINCRE v. a. ou tr. (vain-kre — iatvincere, mot que Curtius-rapporte a la même famille que le grec eikà, pour Feikô, céder, ichnos, trace; ancien Scandinave m'Ai, ancien haut allemand wichu, allemand weichen, céder, et peut-être aussi le grec nikaô, pour uiFikaâ , vaincre. La racine commune de tous ces termes est, selon Curtius, dans le sanscrit vite, vinakmi, séparer, éloigner. Le radical du latin vincere s» retrouve sûrement dans les mots latins Viea Pota, la déesse de la victoire, pervicus, pervicax, opiniâtre, etc. Corssen croit que ce radical est vi pour gvi, avec un suffixe, et il le rtttache a une racine sanscrite gi, être fort. Je naines, tu vaincs, il vainc, nous vainquons, vous vainquez, .ils vainquent ; je vainquais, vous vainquions; je vainquis, nous vainquîmes ; je vaincrai, nous vaincrons ; je vaincrais, nous vaincrions ; vaincs; vainquons, vainquez; que je vainque, que nous vainguions; que je vainquisse, que nous vainquissions ; vainquant; vaincu). Avoir l'avantage sur, dans un combat quelconque: Vaincre l'ennemi en bataille rangée. Jl a vaincu ceux gui l'attaquaient.
— L'emporter sur, triompher de : Vaincre son rival. Je /'ai vaincu à la course. Nous avons vaincu f ancien régime, nous le vaincrons toujours, mais longtemps encore nous aurons à le combative. (Guizot.) Jl en coûte, pour amener tes partis à transiger, presque autant que pour les vaincre. (Thiers.) tl Surpasser : Vaincre quelqu'un en politesse, en générosité, en constance, en fermeté.
— Fig. Surmonter, se rendre maître de : Vaincre les difficultés. Vaincre ses passions. Vaincre des scrupules. Il est difficile de vaincre ses passions, mais il est impossible de tes satisfaire. (Mme de La Sablière.) C'est à diriger les passions, et non à tes vaincre, qu'il faut consacrer ses efforts. (Mme de Staël.) De l'amour aisément on ne vainc pas les charmes.
Corneille.
Il Fléchir, ébranler, faire changer : Hien ne peut vaincre son obstination.
Rien ne vous a pu vaincre, et votre dureté Aurait dû dans son cours arrêter ma bonté.
Racine.
— Absol. Un soldat romain devait vaincre ou mourir. (Boss.) La coquetterie, c'est te grand art de vaincre et de garder ses conquêtes. (A. Toussenel.) On peut vaincre avec honte, on peut être vaincu avec gloire. (B. Const.)
Qui veut vaincre est déjà bien près de la victoire.
Rotrou.
Qui veut mourir ou vaincre est rarement vaincu.
Corneille.
La femme qui combat ne veut pas toujours vaincre.
Sallentin.
— Se laisser vaincre, Céder : Se laisser vaincre à la tentation. Se laisser vaincre à la pitié. Ce qui nous est défendu par l'a conscience n'est pas d'être tentés, mais de Nous laisser vaincre aux tentations. (J.-J. Rouss.)
Se vaincre v. pr. Surmonter ses propres penchants : On est né pour les grandes ch'o ses, quand on a la force de SB vaincre soimême. (Mass.) Se vaincre est l'écueil de la faiblesse des nommes. (Michon.)
Se vaincre soi-même,
Est le plus noble effort de la vertu suprême.
Poihcihet.
VAIN
— Syn. Vnincre, battre, défaire. V. BATTUE,
— Vaincre, dompter, réduire, ^urmonler, etc. V. DOMPTER.
— Allus, hist. Tu finis- vaincre, Annibal, mai» tu ne Haia pa* profiter de la victoire ', reproche fait à Annibal, par un de ses ofticiers, après la bataille de Cannes.
A la nouvelle de la bataille de Cannes, l'épouvante règne dans Rome, qui croyait à chaque instant voir Annibal à ses portes. « Laisse -moi prendre les devants avec ma cavalerie, disait à Annibal. le soir de la bataille, Maharbnl, un de ses officiers, et dans cinq jours tu souperas au Capitule. > Et, sur le refus du héros carthaginois, il ajouta ces paroles restées célèbres : Tu suis vaincre, Annibal, mais tu ne sais pat profiter de la victoire.
Ce mot de Maharbal a été répété à satiété. Cependaût, il est à peu près démontré aujourd'hui qu' Annibal a pensé et agi sagement : affaibli par ses victoires mêmes, ne recrutant que difficilement son armée, ne recevant aucun secours de sa patrie, ne possédant dans l'Italie méridionale ni places fortes, ni magasins, ni ports, il ne pouvait espérer enlever par un coup d'audace Rome, dont il était d'ailleurs séparé par plus de quatre-vingts lieues, des fleuves, des montagnes, des villes fortifiées, des populations hostiles, et qui était en outre protégée par son prestige militaire, par de hautes murailles, des fossés profonds, et tout un peuple en armes prêt à défendre ses foyers avec le courage du désespoir.
Voici, sur cette opinion controversée, le sentiment de Montesquieu :
• Il y a des choses que tout le inonde dit, parce qu'elles ont été dites une fois. On croit qu'Annibul Ht une faute insigne de n'avoir point été assiéger Rome après la bataille de Cannes. 11 est vrui que d'abord la frayeur y fut extrême ; mais il n'en est pas de la consternation d'un peuple belliqueux, qui se tourne presque toujours en courage, comme de celle d'une vile populHce, qui ne sent que sa faiblesse. Une preuve qu Annibal n'aurait pas réussi, c'est que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyer partout des secours. •
. L'allusion que l'on tire des paroles de Maharbal, qu'elles soient ou non justifiées par l'histoire, s'adresse à celui qui ne sait point tirer parti d'un avantage et s'endort sur un premier succès.
« M. de La Fayette aimait l'orage, jl n'était pas son complice; il ne craignait pas la foudre, mais il n'eût jamais consenti à en faire un des ministres de son gouvernement; le désordre pouvait venir, il lui tenait tête, et à aucun prix, même au prix de sa vie, il n'eût accepté l'appui, les services et les bons offices du désordre. Au milieu des plus grandes révolutions, il était resté le capitaine qui sait vaincre et qui ne sait pas profiter de ia victoire. »
J. Janin.
« Napoléon à Vienne ne voulait pas s'y repaître de la vaine gloire d'occuper la capitale de l'empire germanique. U voulait terminer la guerre. On pourra lui reprocher dans sa carrière d'avoir abusé de la fortune, on ne lui reprochera jamais, comme à Annibal, de n'avoir pas su en profiter et de s'être endormi dans les délices de Capoue. .
Thiers.
« L'assiégée et l'assiégeant faisaient bonne
garde : Louison, pour ne rien perdre de ses
remparts, Hubert, pour ne rien abandonner
de ses sapes; un rien pouvait tout perdre,
un rien tout gagner. Mais nions Hubert na
se hâtait pas; il savait vaincre, et surtout il
savait profiter de ses victoires; il prenait ces
délais et ces hésitations en patience. ■
J. Janin.
— Tu a* vaincu, Galiléen 1 Mot apocryphe que l'on prête à l'erauereur Julien au moment où il venait d'être frappé d'un trait mortel, et qui, dans l'application, est le dernier cri, un cri de rage, d'une puissance jadis forte et aujourd'hui Vaincue par un adversaire, un successeur qui surgit tout à coup. Cette application n'a lieu généralement que dans le style élevé.
• On m'a dit que vous étiex Français, fils d'émigré, dit l'empereur a notre houzard; vous rachetez ce que votre famille a fait de mal, vous continuez ce qu'elle a pu faire de bien. Je veux me souvenir de vous; voici ce qui m'aidera à vous reconnaître. »
Et il attacha au dolman de Cadolles la croix de la Légion d'honneur.
Cadolles sentit que l'heure était venue pour lui où l'âme crie : • Tu as vaincu, Galiléen t • Il s'inclina sur le cou de son cheval par un mouvement où l'empereur reconnut en souriant la grâce délicate et fière d'une autre race que celle d'où sortaient d'habitude ses héros. »
De Molènes.
VAIN
* A l'avènement du christianisme, tous ceux qui ont voulu contrarier sa marche ont été punis. Le plus grand de tous, Julien, qui était pourtant un sage selon le monde, n'a réussi qu'à flétrir son nom d'une épithète odieuse. La postérité traitera de même les hommes qui résistent à l'esprit de la Révolution ; lutter contre elle, c'est lutter contre Dieu. Le jour viendra où, blessés à leurs propres aimes, eus ennemis de l'avenir jetteront eux-mêmes leur sang vers le ciel, en s'écriant : « dévolution, tu as vaincu! •
Alphonse Esquiros.
— Je suis icoo, j'ai xa, j'ai vaincu, Mots célèbres par lesquels César annonça nu sénat sa victoire sur Pharnace. V. veni, vidi,
— Ta vaincra» par ce signe, Allusion aux
mots tracés sur le labarum de Constantin. V. Labarum et in hoc signo vincks.
— Allas, littér. A vaincre baiii péril on Iromphc ■un» glaire. Vers rtu Cid, tragédie de Corneille, qui, dans l'applicuiion, rmirque le dédain d'un succès trop facile k obtenir.
> Eh bien I j'aime mieux ça, reprit le vicomte; la lutte, voilà mon élément; d'ailleurs,
A «atitcrc ton» péril on triomphe tan» gloire. •
— Je suis de ton avis, dit le marquis avec un sourire un peu forcé ; quelque formidables que doivent paraître mes adversaires, je suis prêt à entrer en lice avec eux. »
Ch. ck Bernard.
> Frederick Lemaitrealla trouverai. Majtrier et lui dit : Vous souffrez.., — Qui vous l'a dit?... — Je le sais. — Encore? — Je le sais, vous dis-je !... et si vous voulez, je puis amener tout Paris à votre théâtre!... — Il fait bien chaud, répond le directeur, en hochant la tête.., — Bien chaud ?... bien chaud?... reprend Frederick :
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire» •
Brazier.
• Le petit nombre des heureux devrait décourager ; tout au contraire il encourage, et comme
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire, de nouveaux Argonautes descendent chaque jour de leur sixième étage pour aller tirer aux millions. »
(Le Figaro.)
VAINCU, DE (vain-ku; ù) part, passé du v. Vaincre. Battu dans un combat : Nos ennemis ont été vaincus.
— Reste inférieur dans une lutte : Il a été vaincu par ses rivaux. Ma maison est l'hôpital des partis vaincus. (M">e JB Staël.) Un parti qui t'emporte écrase le parti vaincu. (Dupiu.) La raison et la justice vaincues sont toujours ta raison et la justice ; mais la force vaincue n'est plus que la défuite. (E. de Ciir.)
Il Surpassé : Il se déclara vaincu en générosité,
■ — Fig. Surmonté : La difficulté vaincue est le grand mérite en poésie. (D'Alembert.) Le malheur n'est vaincu que par la résistance. M.-J. Chémer.
Il Fléchi, gngné : J'ai été vaincu par ses prières. Il a été vaincu par la tentation. L'homme qui doute est à demi vaincu et sa conduite est faible commeses opinions. (Frayssinous.) Etre tenté,c'est être à moitié vaincu. (Renan.)
— Substantiv. Personne vaincue : Malheur aux vaincus dont tes vainqueurs se font tes juges! (De Pradt.) La générosité commande de respecter les vaincus, (ë. de Gir.)
— Allua. hist. JHalbeur aux vaincus I V.
VjE VICT1S 1
VAINEMENT adv. (vène-man — rad.uaw).
En vain, inutilement : On chicane vainement
contre la mort. (Sarrazin.) Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vntncntenl une mer immobile.
Sacihs,
— Gramra. Quand une proposition commence par le mot vainement ou en vain, si le sujet est on ou un pronom personnel, il se met souvent après le verbe, et, si c'est un autre mot, on le répète souvent au moyen d'un pronom personnel placé après le verbe : Vainement essayerait-on de répondre. En vain les officiers voulurent-ils arrêter la panique,
— SyU. Vainement, inutilement, en vain.