BIBLIQUE
Toilamcnl politique d'Aitguate. Antiq.
rom. On appelle ainsi une grande inscription dans laquelle Auguste a résumé luimême l'histoire de sa vie. Cette inscription, fort répandue pendant le i" siècle de l'empire, a été retrouvée par fragments parmi les ruines d'Apollonie, puis tout entière sur les murs d'un ancien temple de la ville d'Ancyre (aujourd'hui Angora). Un Anglais, M. Hamilton, en découvrit d'abord quelques passages; puis des Français, parmi lesquels un élève de l'école d'Athènes" M. Georges Perrot, complétèrent le texte en copiant douze colonnes entièrement inconnues. Ce ne fut point chose facile que cette découverte, qui a fait du bruit dans le monde savant. L'inscription était gravée sur des plaques de marbre fixées sur les murs k l'extérieur du temple ; or, le temple était devenu une église, puis une mosquée, puis une école, puis il était tombé en ruine, et les habitants d'Angora avaient bâti contre les murs leurs cabanes de brique et de boue; il fallut obtenir à jiand prix l'entrée de ces masures malpropres, s/établir dans d'infects greniers, travailler k la lumière, passer des semaines entières k gratter le marbre pour en tirer un mot, quelquefois faire abattre une muraille pour lire une lettre, travailler enfin longtemps avec courage et persévérance. V. l'Exploration archéologique de la Galicie , par MM. Perrot, Guillaume et Delbel (Paris, 1863).
Le monument ainsi restauré mérite bien ce travail opiniâtre: ce sont, k proprement parler, les mémoires d'Auguste (lies gesta diui Augusti), écrits dans ce style lapidaire dont les Romains ont eu et ont gardé le secret. Dans cette œuvre, on voit, au ton dominateur de l'écrivain, qu'il a longtemps gouverné le monde en maître absolu. Bien que l'inscription que nou3 étudions ait pour titre : Tableau des actions d'Auguste, ce n'est pas véritablement toute sa vie qu'Auguste a voulu raconter. Il y a "de grandes lacunes, très- volontaires; il ne tenait pas à tout dire. Lorsque, k soixante-seize ans, le vieux despote jetait les yeux sur le passé pour en trader ce résumé rapide, il y avait bien des souvenirs qui devaient le gêner. Il n'est pas douteux, par exemple, qu'il n'éprouvât une grande répugnance à rappeler les premières années de sa vie politique; cependant il fallait bien qu'il en dît quelque chose et il était
plus prudent encore de chercher à les dénaturer que de les taire. Voici en quels termes obscurs et par trop brefs il raconte ses débuts dans la vie politique. • A l'âge de dixneuf ans, j'ai levé une armée par ma seule initiative et k mes frais. Avec elle, j'ai rendu la liberté k la république dominée par une faction qui l'opprimait. En récompense, le sénat, par des décrets honorables, m'admit dans ses rangs, parmi les consulaires, me conféra le droit de commander les troupes et me chargea, avec les consuls C. Pansa et A. Hirtius de veiller au salut de l'Etat en qualité de propréteur. Les consuls étant tous deux morts, le sénat me mit k leur place et me nomma triumvir pour constituer la république. J'ai exilé ceux qui avaient tué mon père, punissant leur crime par des jugements réguliers. Ensuite, comme ils faisaient la guerre k la république^ je les ai vaincus dans deux batailles. • Dans ces quelques lignes, qui sont le début du testament, il y a déjà de bien singulières réticences. Ne dirait-on pas, à l'entendre, qu'il a obtenu toutes les dignités qu'il énumère en servant la même cause, et qu'il ne s'est rien passé entre les premiers honneurs qu'il a reçus et le triumvirat? Ces décrets honorables du sénat qui sont rappelés ici avec impudence, nous les connaissons grâce aux Pkilippiques. Dans ces décrets, le sénat félicite le jeune César « d'avoir défendu la liberté du peuple romain ■ et d'avoir combattu Antoine. Or, c'est après s'être entendu avec Antoine pour asservir le peuple romain dans la lugubre entrevue de Bologne, qu'Auguste reçut, ou plutôt qu'il prit le titre de triumvir. Sur toutes ces choses, le testament imite de Conrart le silence prudent. Ce qui suivit cette entrevue était plus difficile encore à raconter. C'est ici surtout qu'Auguste voulait qu'on oubliât. « J'ai exilé ceux qui avaient tué mon père, punissant leur crime par des jugements réguliers. Ensuite, connue ils faisaient la guerre k la république, je les ai vaincus. » On remarquera qu'il n'est pas question des proscriptions. Qu'en pouvait-ii dire, en effet ? Et y avait-il des artifices de langage assez habiles pour en diminuer l'horreur? A tout prendre, il était plus honnête de n'en pas parler ; mais comme, suivant la belle expression de Tacite, il est plus facile de se taire que d'oublier, nous pouvons être assurés qu'Auguste, qui n'en dit rien sur le testament dont nous parlons, y a plus d'une fois pensé durant sa vie.
Sur son gouvernement impérial, il s'étend avec plus de complaisance ; lk, il peut faire étalage de sa clémence tardive. « J'ai porté mes armes sur mer et sur terre, soutenant des guerres contre les citoyens et les étrangers. Victorieux, j'ai pardonné aux citoyens qui avaient survécu au combat, et quant aux nations étrangères qu'on pouvait épargner sans danger, j'ai mieux aimé les conserver que de les détruire.» Il rappelle avec orgueil les souvenirs glorieux que chantait Horace, son poëte officiel : « J'ai repris, après des victoires remportées en Espagne et sur les Dalmates, les étendards qu'avaient perdus plusieurs généraux. J'ai forcé les Parthes k rendre les dépouilles et les drapeaux de trois armées romaines et à venir humblement demander notre amitié. J'ai fait placer ces drapeaux dans le sanctuaire de Mars Vengeur. ■ Mais il oublie de parler de ce désastre de Varus et des légions germaniques, qui avait si durement humilié sa vieillesse. U insiste aussi longuement sur son administration intérieure, rappelant les distributions de terres qu'il a faites à ses légionnaires, et ce fuit, honorable pour lui, qui! remboursa aux habitants dépossédés le prix de leurs terres. Il énumère fort en détail les largesses qu'il a faites au peuple romain et les jeux qu'il lui a donnés. « j'ai compté au peuple romain - 300 sesterces par tête (60 francs), d'après le testament de mon père, et 400 sesterces (80 francs) en mon nom, sur le butin faitk la guerre pendant mon cinquième consulat. Une autre fois, dans mon dixième consulat j'ai encore donné 400 sesterces de gratification k chaque citoyen, sur ma fortune privée. Pendant mon onzième consulat, j'ai fait douze distributions de blé k mes frais... Toutes ces distributions n'ont pas été fuites & moins do 250,000 personnes. Etant revêtu pour la dixhuitièine fois de la puissance tribunitienne, j'ui donné k 320,000 habitants de Rome 60 deniers par tète (48 francs), » etc. Puis ce sont les jeux : • J'ui donné des spectacles de gladiateurs plusieurs fois en mon nom, et cinq fois au nom de mes enfants ou petitseni'auts. Dans ces différentes fêtes, environ 10,000 hommes ont combattu. Deux fois en mon nom et trois fois au nom de mon petitlils,j'ai fuit combattre des athlètes venus de tous les pays... J'ai fait voir vingt-six fois en mon nom ou au nom de mes fils et petits-fils des chasses de bêtes d'Afrique; dans le cirque, au Forum ou dans les amphithéâtres, et 1 ou y a tué environ 3,500 de ces bêtes. J'ai donné au peuple le spectacle d'un combat naval, au delà du Tibre, dans le lieu où se trouve aujourd'hui le bois des Césars. J'y ai fait creuser un canal de 1,800 pieds de longueur sur 1,200 de largeur. Lk, trente navires armés d'éperons, des tmèaies, des birèmes et un grand nombre de vaisseaux moins importants combattirent ensemble. Ces vaisseaux contenaient , outre leurs rameurs, 3,000 hommes d'équipage. ■ Cette fastueuse
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énumération est une page de l'histoire de la société romaine, et, comme dit M. Boissier, t un commentaire officiel du fameux Panent et circenses de Juvénnl. « Ce qui n'est pas moins curieux, c'est le passage dans lequel Auguste définit son indéfinissable pouvoir, i Dans mon sixième et mon septième consulat, après avoir étouffé les guerres civiles, quand l'accord de tous les citoyens me livrait le pouvoir suprême, j'ai remis le gouvernement de la république aux mains du sénat et du peuple... A partir de ce moment, quoique je fusse au-dessus des autres en dignité; dans les magistratures dont j'étais revêtu, je ne me suis jamais attribué plus de pouvoir que je n'en laissais à mes collègues. » A entendre ces paroles, on se croirait revenu aux beaux jours de ûincinnatus. Toutefois, il faut le reconniittre.ee pouvoir absolu qui se dissimulait avec tant de précaution, cherchait aussi par tous les moyens à se faire pardonner. Toutes les compensations qu'on peut offrir à un peuple pour lui faire oublier sa liberté, Auguste les a libéralement données aux Romains. Nous ne parlons pas do cette prospérité matérielle q"ui fit que, sous Son règne, le nombre des citoyens s'accrut de près de 1 million, ni même du repos et de la sécurité qui, au sortir des guerres civiles, étaient le besoin le plus impérieux de tout le monde, mais aussi de cet éclat incomparable que ses embellissements de toutes sortes donnèrent à Rome. On était sûr de plaire au pe'uple par ce moyen. César, qui le savait, avait dépensé en une fois 20 millions rien que pour 'acheter le terrain où devait être . son forum. Auguste fit mieux encore. Le testament contient la liste des monuments qu'il a fait construire, et cette liste est si longue qu'il n'est pas possible de la citer tout entière. On y compte quinze temples, plusieurs portiques, un théâtre, un palais pour le sénat, un forum, etc. Rome entière fut renouvelée par lui. On peut dire qu'aucun monument ne lui échappa et qu'il fit restaurer tous ceux qu'il n'avait pas l'ait reconstruire. Il acheva le théâtre de Pompée et le forum de César, il rebâtit le Capitole. En une seule année, il fit réparer quatre-vingt-deux tein- . pies qui tombaient en ruine. Tant de millions n'étaient pas dépensés vainement, et toutes ces profusions, chez un prince aussi rangé, cachaient une profonde pensée politique : , cette Rome de marbre devait distraire le peuple des souvenirs importuns du passé et lui r faire oublier la Borne de brique. La dernière partie de son testament est pleine du récit complaisant des hommages que les pays les plus reculés du monde ont rendus a Rome sous son règne. Par cette gloire factice, il
Eensait faire oublier le bien réel de cette lierté qu'il avait détruite. Montrant un grand souci de la gloire de Rome, • il honorait presque autant que des dieux, dit Suétone, tous ceux qui, dans tous les temps, avaient travaillé pour elle. » Et, pour montrer que personne n'était exclu de ce culte, il fit relever la statue de Pompée, au pied de laquelle César était tombé, et la plaça dans un lieu public. Cette conduite était, du reste, fort habile. En adoptant les gloires du passé , il désarmait par avance les partis qui pouvaient être tentés de s'en servir contre lui, et en même temps il donnait une sorte de conséi cration à son pouvoir en le rattachant à de vieux souvenirs.
Ces compensations, qu'Auguste offrait aux Romains en échange de leur liberté semblent leur avoir suffi. Le monde s'habitua vite au gouvernement nouveau et l'on peut dire qu'Auguste régna sans opposition. Les complots qui plus d'une fois menacèrent sa vie étaient l'œuvre de mécontents isolés; ce n'était pas l'œuvre des partis. Et même peut-on dire qu'il y eût encore des partis en ce moment? Auguste a pris soin de rappeler dans son testament tous les hommages que lui ont rendus pendant cinquante ans le sénat, les chevaliers et le peuple. Ce qui explique cette longue énumération, c'est moins un accès de vanité puérile que le désir d'essayer de légitimer son autorité. Cette pensée se révèle surtout dans ces dernières lignes du testament, où il rappelle une des circonstances de sa vie dont le souvenir lui était le plus précieux : ■ Pendant que j'étais consul pour la treizième fois, dit-il, le sénat, l'ordre des chevaliers et tout le peuple m'ont donné le nom de Père de la, patrie, et ont voulu que ce fait fût inscrit dans le vestibule de ma maison, dans la curie et dans mon forum... Quand j'écrivais ces choses, j'étais dans ma soixante-seizième année, i Ce n'est pas sans motif qu'il a réservé ce détail pour la fin. Ce titre de Père de la patrie dont il fut salué au nom de tous les citoyens par l'ancien ami de Brutus, Messala, semblait être la consécration légale d'un pouvoir acquis par l'illégalité et une sorte d'amnistie que Rome accordait au passé." On comprend»qu' Auguste mourant se soit arrêté avec complaisance sur ce souvenir, qui semblait l'absoudre et qu'il ait tenu ii terminer par là cette revue de sa vie politique. Tel est, rapidement analysé, le monument curieux qu'on appelle le Testament politique d'Auguste.
Testament (lk petit), de François Villon (H56). Le Petit testament et le Grand testament, qui lui fait suite, sont deux des plus curieux monuments de notre poésie française. C'est pour un poète une idée stngu-
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lièrement touchante et originale que celle de se transporter en pensée à sa dernière heure, et là, de son lit de mort, d'exhaler sa vie en confessions, en adieux et en legs à tons ceux qu'il a aimés et connus. C'est pour l'inspiration un cadre large et coinmode.qui lui permet d'accorder avec l'unité la variété de tons et le laisse le plus libre de ses allures. Cette idée, Villon l'a eue et en a tiré l'œuvre à laquelle il a dû de passer à la postérité. D'autres l'avaient mise à exécution avant lui, comme le prouvent ces titres : les Adieux d'Umbritîus ;. le Testament d'Alexandre, de Lambert li Cors; le Conqié ou les Adieux, d'Adam de La Halle; le Testament et le Codicille, de Jean de Meung; le Testament de l'âne, de Rutebeuf; le Testament de Charles d'Orléans; le Testament de Jehan Hégnier de Guerehy. Plusieurs l'ont imité, et, après lui, ont paru successivement :1e Codicille et testament de monseigneur Des Barres ; le Testament d'ung amoureux qui mourut par amour; le Testament du chevalier oultré à gui sa dame est trespassce ;\o Testament de la mule Barbeau; lé Testament de P. Blanchet ; les Testaments de Carmenlrant, de Pathelin, de Lucifer, de la Guerre, de la Ligue, etc. Aucun de ces ouvrages n'est comparable aux deux Testaments de Villon.
Lorsqu'il écrivit son Petit testament , une femme, qu'il -appelle Catherine deVaucelles et qu'il parait avoir aimée, avait obtenu contre lui, on ne sait pourquoi, une sentence du Châtelet, et Villon avait été condamné à être fouetté sur le pilori :
J'en fus batu, comme a ru telles.
Tout nud !
dit-il. Sa condamnation subie, couvert do ridicule aux yeux mêmes de ses compagnons, le poète songeait à quitter Paris; il composa ce petit poème moitié grotesque et moitié mélancolique en guise d'adieux.
Le Petit testament se compose de quarantecinq octaves ou huitains, qui se balancent chacun sur trois rimes croisées, deux simples et une quadruple, rhythme savant et compliqué, dont le poète se joue avec une aisance extraordinaire. Vingt -cinq huitains seulement renferment des legs, la plupart fort plaisants, et sont encadrés entre un préambule plein d'émotion et une sorte d'épilogue qui, de religieux qu'il promettait d'être, tourne brusquement au comique, par un de ces soubresauts fréquents chez Villon. Il commence avec une gravité plaisante : Mil quatre cens cinquante et six Je, François Villon, escollier, Considérant, de sens rassis, Le fruin aux dents, franc au collier, Qu'on doit ses œuvres conseiller, Comme Végcce le racompte, Saige Romain, grand conseiller, Ou autrement on se mécompte ; En ce temps que j'fty dît devant.
Sur le Noël, morte saison; Lorsque les loups vivent de vent Et qu'on se tient en sa maison, Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint de vouloir briser La très amoureuse prison Qui souloit mon cueur desbriser.
C'est tout un tableau que ces deux ou trois détails d'hiver d'une précision si pittoresque. Villon sait peindre d'un mot comme les grands poètes. Il exhale ensuite sa douleur en termes francs, naïfs et attendrissants, et annonce son départ, puis il commence à défiler le chapelet de ses legs. Le premier héritier auquel il songe, par reconnaissance, c'est son maître Guillaume Villon, puis il pusse à sa maîtresse :
A celle doneques que j'ay dict, Qui si durement m'a chasse*.
Que j'en suys de joie interdit Et de tout plaisir déchassé, Je laisse mon cceur enchâssé Palle, piteux, mort et Iransy ï Elle m'a ce mal pourchassé, Mais Dieu luy en face mercy.
Ce legs est touchant, surtout avec le pardon qui l'accompagne. lJuis, comme s'il était honteux de s'être laissé attendrir, Villon passe brusquement à ses legs satiriques, et tout d'une haleine fait défiler sous nos yeux la plus bouffonne énumération que puisse inventer la fantaisie, donnant ce qu'il a, et surtout ce qu'il n'a pas. Il laisse à son ami Jacques Cardon
, , . . En beau pur don
Ses gands et sa hucque de soie (capuchon),
qu'il mettait probablement lorsqu'il se ris-quait dans le inonde, et de plus, attention charitable,
Deux procès que. trop n'engrese, A René de Montigny, réservé pour Montfaucon, trois chiens ; à Jehan Raguyer la somme
De cent frans prins sur tous mes biens,
Mais quoi? Je n'y comprens en rien
Ce qui; je pourray acquérir.
Une belle créance pour Jean Raguyer et qui ne l'enrichira guère ! A Jacques, son frère,
. . . L'abreuvoir Popin, .
Le Trou de la Pomme de pin, deux cabarets que fréquentait, sans doute, ce bon compagnon, et il lui souhaite d'y avoir souvent
Le dos aux rains, au feu la plante.
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A quatre pauvres orphelins, qu'il a recueillis, dit-il, tout dépourvus et nus comme vers, il lègue la totalité de ses biensou quatre blancs, s'ils l'aiment mieux; c'est tout ce qu'il déclare pouvoir faire. A Guillaume Cotin et maître Thibault de Vitry, sa « nomination de l'Université, » c'est-ii-dire le droit au bénéfice qu'il sîétait vu refuser, et, en attendant, une rente
Sur la maison Guillot Gueuldry, ou, en termes plus clairs, sur le pilori. Aux pigons ou prisonniers, il lègue
Son mirouer bel et idoine, autrement dit ses bons exemples, et, ce qui prouve qu'il ne rencontra pas que des , cruelles,
La grâce de la geollière.
Il donne aux hôpitaux, car en bon chrétien 11 se garde de les oublier,
Ses châssis tissus d'araignées;
détail expressif et plein de couleur qui nous fait pénétrer dans le galetas du bohème.
Comme Villon a passé brusquement en commençant du pathétique au bouffon, il passe avec aussi peu de cérémonie en terminant du burlesque au grave.
Finalement, en escrivant Ce soir, seultet, estant en bonne, Dictant ces laiz et descripvant, Je ouys la cloche de Sorbonne, Qui tousjoursà neuf heures sonne Le sàlut que l'ange prédit, Cy suspendis et cy mis bonne, Pour pryer, comme le cueur dit.
L'Angelus venant doucement interrompre le travail du poète et le solliciter à la rêverie, à la prière, c'est là une belle fin pour les legs et un beau pendant aux plaintes touchantes du début. Mais Villon ne saurait s'arrêter sur une lidée mélancolique. Après une parodie, hardie pour l'époque, de la langue pédantesque de la Sorbonne, il veut continuer :
Je cuide Dner mon propos, Mais mon encre estnit gelé.
Et mon cierge estoit soufflé.
De feu je n'eusse pu ftner (obtenir).
Si m'endormy, tout enmoufté Et ne peuz autrement finer. A. de Musset s'est peut-être souvenu de ces vers lorsqu'il terminait ainsi le premier chant de Namouna :
Il fallait me lever pour prendre.un dictionnaire, Et j'avais fait mon vers avant d'avoir cherché. Je me suis retourné, ma plume était par terre, J'avais marché dessus. J'ai soufflé de colère Ma bougie et ma verve, et je me suis couché.
Testament (le grand), de François Villon (U62). Dans l'intervalle de cinq ou six ans qui sépare la composition de ses deux poèmes, Villon avait trouvé. moyen de se faire condamner à mort, d'échapper à la potence et de tomber entre les mains de 1 évêque d'Orléans, qui la jeta dans un cul de bassefosse, au pain et à l'eau, en punition d'on ne sait quel méfait. L'avènement de Louis XI venait de lui ouvrir les portes de sa prison; mais il en sortait acculé à une impasse de misère et de honte. C'est dans cette situation que, croyant avoir fini avec la vie, il composa son Grand testament, qui renferme, comme le précédent, une longue suite de legs satiriques ; mais ces legs, au lieu de constituer le fond même du poème, n'en sont en réalité que le prétexte et la partie accessoire. Le /ond du Grand testament, ce sont les plaintes, les regrets, les remords et les confessions qui remplissent le préambule, la plupart des ballades et le codicille. Villon y répand toute l'amertume dont sa vie errante avait été remplie. Ce sont, avec les sages conseils qu'il donne à ses compagnons de débauche, ses véritables legs à la postérité, ceux qu'elle a acceptés et qu'elle n'oubliera pas, tant qu'il y aura une langue frunçaise. A travers les bouffonneries par lesquelles cet enfant de Paris nargue la fortune résonne toujours quelque regret mélancolique.
Au début, le poète résume toute sa vie en 'quatre vers :
En l'an trentiesme de mon eage, Que toutes mes hontes j'eu bues, Ne du tout fou, ne du tout sage, Nonobstant maintes peines eues....
Puis, après avoir maudit l'évèque Thibault d'Ausigny. son "persécuteur, et rendu gra.ee il Louis XI, son libérateur, « ici commence Villon, dit Clément Marot, à entrer en matière pleine d'érudition et de bon savoir. » Il fait son mea culpa, puis, enivré d'une brusque bouffée de souvenirs, il se met à soupirer Vêlégie des heures envolées sans retour, à pleurer sa jeunesse, la rapidité dont elle a fui et l'emploi qu'il en a fait :
Bien scay, se j'eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle.
Et a bonnes mœurs dédié, J'eusse maison et couche moile.
Mais quoi 1 je fuyoye l'escolle Comme faict le mauvays enfant; En escrivant ceste parolle A peu que le cueur ne me fend!
Mes jours s'en sont allés errant Comme, dit Job, d'une touaille Sont les filets quand .tisscrant Tient en son poing ardente paille....
TEST 7
Il se remémore ses amis d'enfance :
Où sont les gratieux gallans
Que je Buyvoye au temps jadis
Si bien chantans, si bien parlans,
Si plaisans en faict: et en dietz?
Les aucuns sont morts et roidiz;
D'eux n'est-il plus rien maintenant?
Eespit ils ayent en paradiz
Et Dieu saulve le remenant ï (le reste'.}
Et les aucuns sont devenus.
Dieu mercy! grans seigneurs et maistres;
Les aultres mendient tous nuds
Et pain ne voyent qu'aux fenestres....
Villon était de ces derniers; mais ce qui le console de sa misère, c'est l'égalité dans la mort, idée qui revient plusieurs fois, sous toutes les formes, dans le Grand testament, et qui lui souffle ses plus puissantes inspirations.'Telles sont d'abord les trois ballades célèbres dont il fait suivre ce préambule, La Ballade des dames du temps jadis, que nous avons donnée ailleurs, mais que nous allons donner encore d'après une édition trèsexacte :
Dictes-moi où, n'en quel pays,r
Est Flora, la belle Romaine,
Archipiada, ne Thaïs
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruit on raaine
Dessus rivière ou sus étan.
Qui beauté eut trop plus qu'humaine?...
Mais où sont les neiges d'antan !
Où est la très-sage Hélols,
Pour qui fut chostré et puis moyno
Pierre Esbaillard à Saint- Denys?
Pour son amour eut cett&essoyne.
Semblablement où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jette en un sac en Seyne?
Mais où sont les neiges d'autan?
La royne Blanche comme un lys,
Qui chantoit a voix de sereine,
Berthe au grand pied, Biétris, Allys,
Harembourges qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorruine,
Que Anglois bruslèrent à Rouen,
Où sont-ils, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan?
Comme pendant, il donne la ballade moins connue des Seigneurs du temps jadis, ou plutôt des princes morts de son temps, dont le refrain est :
Mais où est le preux Charlemagne?
La troisième, dédiée aux saints Apôtres, avec ce refrain :
Autant en emporte ly vens,
n'est guère qu'une redite des deux autres, et le poète cependant y fait preuve de son inépuisable fécondité. Dans cet ordre d'idées, il est intarissable, et le voici maintenant qui nous chante les regrets d'une fille do joie, la belle heaulmière, autrefois l'idole de tous et maintenant vieille édentée, paquet de guenilles ambulant. Elle se rappelle sa beauté, son joli visage, ses lèvres vermeilles, ses pe tits tetins, ses hanches charnues et compare tout cela, en termes cyniques, à sa décrépitude actuelle. Comme elle regrette do n'avoir pas su au moins se gagner des rentes 1
Ainsi le bon tems regretons
Entre nous, pauvres vieilles sottes.
Assises bas, a croppetons.
Tout en ung tas, comme pelottes,
A petit feu de chenevottes
Tost allumées, tost éteintes;
Et jadis fusmes si mignottes!.,.
Ainsi en prend à maintz et maintes.
Du moins, elle se vengeradu mépris qu'elle inspire maintenant aux hommes en donnant aux jeunes tilles le conseil de mieux profiter de leurs charmes. C'est le sujet d'une autre ballade : Conseils de la belle heaulmière aux filles de joie ;
Or y" pensez, belle gantière Qui m'escolière soûliez estre; Et vous, Blanche la savatierc, Ores est teins de vous congnoistre; Prenez a dextre et a seneslre, N'espargnez homme, je vous prie:
Car vieilles n'onfne cours ne estre Ne que monnoye qu'on décrie!
Pour lui, Villon, il se réjouit d'être en dehors des lacs d'amour et s'en félicite dans une double ballade fort plaisante :
Samson en perdit ses lunettes ;
Bien heureux est qui rien n'y a!
Tout ce préambule ne sert que d'entrée en matière et le poète commence enfin à distribuer en souvenir de lui des legs tour à tour bouffons ou sérieux, suivant le caractère des personnes auxquelles il les adresse. C'est à son corps défendant, il ne faut pas l'oublier, que Villon est sérieux ; par goût, il préférerait rire. Le malheur seul l'a rendu mélancolique, et cette lutte du rire et de la tristesse -dans son âme est un des plus grands charmes de sa poésie. Il commence par léguer son âme à Dieu et son corps à la terre :
Item mon corps j'ordonne et laissa
A nostre grand'mère la terre;
Les vers n'y trouveront grand gresse,
Trop lui a faict faim dure guerre 1 Suit le legs le plus touchant du Grand Testament .•
Item donne à ma bonne mère,
Pour saluer notre maistresse,
la