‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 7 sur 1042 · TEST · texte numérisé non relu

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Qui pour moy eut douleur amers, Dieu Le scait, et mainte tristesse.

Autre chastel où forteresse N'ay où retraire corps et âme.

Quand sur moy court mult détresse, Ni ma mère, la povre femme 1

Ma bonne mère, la povre femme!... Il y a dans ces mots une tendresse et un amour filial qui marquent tout ce 'que le cœur de Villon avait conservé d'excellent, malgré les ignominies de sa vie. Ce qu'il légua à sa mère, c'est une ballade à la Vierge, où il lui fait dire, avec une naïveté qui n*a jamais été surpassée ni même égalée :

Femme je suis, povrette et ancienne, Ne riens ne scay, oncque.i lettre ne leuz; Au monstier voy, dont suis paroissienne, Paradis poinct où sont harpes et lui,.

Et ung enfer où damnés sont boulluz; L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. La joye avoir fais-moi, haulte déesse, A qui pécheurs doivent tous recourir.

Comblez de foi, sans faincte ni paresse, En ciiste foy je veuil vivre et mourir.

« Cette dernière stance, dit Th. Gautier, est délicieuse ; on dirait une de ces vieilles peintures sur fond d'or de Giotto ou Cimabué. Le linéament est simple et naïf, un peu sec comme toutes les choses primitives; les tons sont éclatants, sans crudité, quoique les demi teintes manquent en quelques endroits; c'est de la vraie poésie catholique, croyante et pénétrée, comme un plus grand poëte ne saurait la faire maintenant. »

Alors commence une longue suite de legs, la plupart satiriques, ou Villon donne pleine carrière à son humeur bouffonne. Malheureusement tout le sel de leurs allusions contemporaines est à peu près perdu pour nous, qui ■jouvons seulement noter un malicieux niéange d'honnêtes gens, de vauriens et de religieux, auxquels il lance en passant plus d un trait :

Item, aux frères mendiants,

Aux dévotes et aux béguines.

Tant de Paris que d'Orléans,

Tant turlupins que turlupines,

De grasses soupes jacobines

Et flans leur fais oblation :

Et puis après, soubs les courtines.

Parler de contemplation.

Aux Quinze-Vingts, c'est-à-dire aux aveugles, il lègue ses lunettes, mais avec un sousentendu malicieux qui montre tout son esprit :

Item je donne aux Quinze-Vingts, Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cena De Paris, non pas de Provins, Car à eulx tenu ne me sens, Hz auront, et je m'y consens, Sans les estuis, mes grans lunettes.

Pour mettre à part, aux Innocents, Les gens de bien des déshonnestes.

Toutes ces donations sont entrecoupées de ballades, sortes de hors-d'œuvre composés sans doute à part et que le poëte a intercalés, dans le texte avec beaucoup d'art, de manière à lui servir de commentaires. Ces morceaux sont de petits chefs-d'œuvre; l'un est dédié aux envieux et témoigne d'une imagination singulière; l'auteur y recherche toutes les mixtures vénéneuses dans lesquelles on pourrait faire frire les langues des envieux ; l'autre dépeint un gras chanoine se prélassant près d'un bon feu avec sa gouvernante- dans un autre, qui a pour refrain ; Il n'est bon beo que de Paris,

le poëte s'amuse à comparer les caquets de toutes les femmes florentines, vénitiennes, lombardes, romaines, genevoises, piémontaises, etc., et il donne la palme à la Pari- • sienne. La Ballade de Villon à la grosse Margot est trop leste pour que nous en parlions; mais, un peu plus loin, celle qu'il intitule : Belle leçon de Villon aux enfants perdus :

Beaux enfans, vous perdez la plu Belle rose de vo chapeau,

*st excellente ; il y conseille h ses amis d'éviter la potence, autant que possible. Nous citerons en entier la Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie :

Car, ou soyes porteur de bulles, Pipeur ou hazardeur de dez, Tailleur de faulx coings, tu te brusles Comme ceux qui sont eschaudez; Traistres pervers, de foy vuidez, Soyes larron, ravis ou pilles :

Où s'en va l'acquest, que cuidezï Tout aux tavernes et aux filles I

Ryme, raille, cymballe, luttes.

Comme fols, faintis, éhontez;

Farce, brollle, joue des flustes;

Fais, es villes et es cités

Fainctes, jeux et moralitez;

Gaigna au brelan, au glic, aux quilles ;

Où s'en va tout? Or, cscoutez :

Tout aux tavernes et aux filles!

De telz ordures te reculles, Laboure, fauche champs et prez, Serz et panse chevaulx et mulles S'aucunement tu n'es lettrez; ■ Assez auras, se prens en grez.

Mais se chanvre broyés ou tilles Où tend ton labour qu'as ouvrez?

Tout aux tavernes et aux filles !

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Envoi.

Chausses, pourpoiocts esguilletex Robes et toutes vos drapilles Ains que cessez, vous porterez Tout aux tavernes et aux filles.

Ce petit morceau est assez réussi. La pensée de la mort, qui est comme la note dominante de tout le poëme, revient à- Villon en terminant. Le charnier des Innocents, où il veut que les Quinze -Vingts, armés de ses lunettes, démêlent les honnêtes gens des coquins, l'amène une fois de plus sur ce sujet et lui inspire quelques strophes vraiment belles :

Quand je considère ces testes

Entassées en ces charniers.

Tous furent matstres des requestes, *

Ou tous de la Chambre-aux-Deniers,

Ou tous furent porte-paniers,

Autant puis l'ung que l'autre dire

Car d'évesques ou lanlerniers

Je n'y congnois rien à redire,

Et icelles qui s'inclinaient

Unes contre autres, en leurs vies,

Desquelles les unes régnoient,

Des autres craintes et servies,

Li les voy toutes assouvies,

Ensemble en ung tas, pesle-mesle;

Seigneuries leur sont ravies,

Clerc ne maistre ne s'y appelle I

Enfin le poëte, après avoir fuit quelques dernières dispositions, recommandé de sonner à sa mort le grand befFroy, a son enterrement légué aux sonneurs quatre miches de pain, pris soin même du luminaire et chargé ses exécuteurs testamentaires des autres menus -détails, prend congé du lecteur en criiint merci: à chacun, c'est-à-dire en demandant pardon à tous : ■

A chartreux, aussi célestins, A mendians et aux dévotes, A musars et cliquepatins.

Servantes et filles mignottes Portant purcolz et justes cottes; A cuyderaulx, d'amour transis, Chaussans sans meshaing fauves bottes, Je crye à toutes gens merciz !

A Ailettes montrant tetins Pour avoir plus largement hostes; A ribleurs, meneurs de butin, A bastelcurs traînant marmottes, A folz et folles, sotz et sottes Qui s'en vont sifflant cinq et six, A veufves et ù mariottes.

Je crye à .toutes gens merciz ]

Sinon aux traistres chiens mastins

Qui m'ont fait ronger dures crostes (croûtes)

Et boire eau maints soirs et matins"

Qu'ores je ne crains pas trois crottes,

Je feisse pour eux-petz et rottes;

Je ne puis, car je suis assis.

Bien fort, pour éviter riottes,

Je crye à toutes gens merciz !

Bnvot.

Qu'on leur froisse les quinze costes De gros maillets, fortz et massis.

De plombée et de telz pelottes., Je crye a toutes gens merciz I

Tout cet ensemble est d'une originalité rare dont ces citations, si nombreuses que nous les ayons faites, peuvent à peine donner une idée.

Toiloment et eea critique» (l'ANCŒN), par

M. Kuenen , professeur à l'université de Leyde (1860); traduit par M. A. Pierson, également docteur en théologie et en philosophie, et précédé d'une préface par M. Ernest Renan (1866). Dans la préface, M. Renan expose avec précision et simplicité l'origine et la marche de la science exégétique en France, et ce n'est pas la partie la moins curieuse du livre. De nos jours, nous allons demander à l'étranger des lumières sur les grandes questions d'origine , d'authenticité et d'interprétation des livr.es de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'exégèse moderne passe pour avoir en Allemagne sa vraie patrie. C'est là qu'elle a pris, entre les mains des de Wette, Gésénius, Strauss, Baur et autres, les plus vastes développements scientifiques. Les Hollandais, qui ne se croient pas inférieurs aujourd'hui sous le rapport-de l'interprétation critique des livres saints, ont quelque raison de réclamer l'honneur de l'avoir abordée avant les Allemands. Spinoza n'était-il pas un de leurs compatriotes, et n'est-ce pas a Amsterdam que fut publié le Traité thêologico-politique, où la lettre et le sens de la Bible sont traités avec une hardiesse inconnue jusque-là? M. Renan fait remarquer que la France peut disputer, même à la Hollande, la priorité de ces savantes études. Au temps même de Spinoza, elles étaient' nées chez nous, mais elles avaient été violemment rejetées dans l'ombre. Un très-modeste savant français^qui n'avait probablement pas lu Spinoza et qui ne partage en rien sa philosophie, Richard Simon, met en. œuvre la .méthode que Spinoza n'a fait qu'entrevoir et écrit, en 1678, l'-ffistoire critique du Vieux Testament. • C'était, dit M. Re- : nan, le Galilée d'une science nouvelle. Spinoza ne fut que le Bacon de l'exégèse. ■ M. Renan raconte la destinée du livre extraordinaire de Richard Simon. Il allait paraître, quand Arnaud fit parvenir à Bossuet un exemplaire de la préface et de la table

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des matières. Bossuet entrevit les dangers de ce nouvel esprit de recherches. M. Renan dit à ce propos, avec une sévérité à laquelle nous ne pouvons qu'applaudir : « La rage du rhéteuroontre l'investigateur qui vient déranger ses belles phrases "éclata comme un tonnerre. Esprit étroit, ennemi de l'instruction qui gênait ses partis pris, rempli de cette sotte prétention qu'a l'esprit français de suppléer à la science par le talent, indifférent aux recherches positives et aux progrès de la critique, Bossuet en était toujours resté, en fait d'érudition biblique, à ses cahiers de Sorbonne. Le savant incommode qui venait troubler son repos lui causa une vive impatience. » Bossuet courut chez le chancelier Le Tellier, et, quelques heures après, le lieutenant de police, M. de La Reynie, saisissait chez l'imprimeur tous les exemplaires de l'ouvrage. Il fut réimprimé à Rotterdam en 1685, où il eut plusieurs éditions. Ainsi l'exégèse, néo spontanément en France, trouvait dans la libre Hollande l'hospitalité. Il n'est pas étonnant qu'elle nous revienne de ce pays avec l'Histoire critique de l'Ancien. Testament de M, Kuenen, qui nous rend après deux siècles, et avec usure, il faut en convenir, ce que Richard Simon avait prêté à son pays. L'ouvrage de M. Kuenen, profondément remanié par le traducteur, M. Pierson, comprend trois volumes et traite successivement : îo des livres historiques, le Pentaieuque, Josuë, les Juges, etc. ; 2» des livres prophétiques, Esaïe , Jérémie, etc.; 3" des livres poétiques (gnomiques ou lyriques), Proverbes, Job,\'Ecclésiaste, etc. Sur chacun de ces livres, l'auteur se pose ces questions : « Si leur date est aussi ancienne que le prétend la tradition juive et chrétienne, si les noms des auteurs sont authentiques, si nous les possédons dans leur forme primitive, enfin s'ils ont subi des rainaniements plus ou moins considérables? » Tels sont, en effet, les points sur" lesquels doit porter la critique, ii quelque livre qu'elle s'attache, pour en discuter la valeur historique. Les savarits comme M. Kuenen, ou comme M. Renan , croient ou se donnent volontiers l'air de croire au caractère divin des livres qu'ils soumettent à leurs discussions. On serait presque tenté de leur appliquer les vers de Voltaire sur. dom Calmet :

Des oracles sacrés que Dieu daigna nouB rendre

Son travail assidu perça l'obscurité.

Il fit plus; ils les crut avec simplicité.

Mais leur raison prend bientôt sa revanche, en traitant comme des produits de formation humuine des livres dont iis se plaisent à confesser l'origine divine. M. Kuenen ne semble-t-il pas avoir emprunté à M. Renan luimême cette phrase : • Œuvre de Dieu, en tant qu'elle porte l'empreinte de son esprit, la littérature sacrée n'est pas moins une œuvre humaine soumise aux lois, aux conditions générales qui président à la vie générale et religieuse d'un peuple. » En somme, te livre de M. Kuenen est rempli d'érudition et fort curieux.

Testament» des doope patriarche». V. PA- TRIARCHES (testaments des douze).

Testament do Jean Mealier. V. MESLIER

(Jean).

TeMament de la pauvre femme (lr), drame en cinq actes, en proae, par Victor Dueange; représenté sur le théâtre de la Gaîté le 1er septembre 1832. Depuis dix ans, Charles Morin n'a plus de mère. Resté seul avec une sœur qu'il aime tendrement, il la soutient 'du travail de ses mains, car il est ouvrier armurier. Jusqu'alors rien n'est venu troubler la vie calme et paisible de Charles et de Pauline; mais tout dernièrement la jeune fille a rencontré un jeune homme, le vicomte de Préval, qui, pour approcher plus facilement de la simple ouvrière, se fait passer pour un modeste employé. Pauline n'a pu résister aux séductions du gentilhomme, elle l'aime, et elle se dispose même à en faire l'aveu à son frère, quand l'arrivée d'un tiers dans leur petite chambrette interrompt brusquement la confidence. C'est le curé Deschamps, qui vient demander à Charles un entretien secret dans lequel il lui révèle que Pauline n'est pas sa sœur. En même temps, il lui apporte un testament, un billet, un acte de décès, un acte de naissance qui renferment la preuve de ce qu'il affirme. Charles, tout joyeux, songe déjà au bonheur de devenir le mari de Pauline, et il s'empresse de vouloir lui apprendre le secret de sa naissance; Pauline est encore plus pressée d'achever sa confidence interrompue, et c'est à qui parlera !e premier.- Mais Pauline est femme; c'est assez dire que dans une pareille lutte c'est à elle que reste l'avantage, et Charles.s'évanouit en apprenant qu'il a un rival. Au' second acte, nous sommes chez la baronne Delaunay, dont la fille doit épouser le jour même... le vicomte de Préval. Au milieu des apprêts de la noce parait, rursus atque iterum, le curé Deschamps, qui raconte ce qui suit à lu baronne : ■ Il y a vingt ans, dit-il, j'ai entendu en confession une jeune fille qui, la veille de son mariage, vint s'accuser d'être mère. — C'est moi ! s écrie la baronne, • et au moment où elie va apprendre ce qu'est devenue sa fille, les invités arrivent, le vicomte s'approche de la jeune fiancée, et Pauline qui se trouve être la couturière des dames Detaunay s'approche aussi pour placer le bouquet de fleurs i

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d'oranger sur le sein de la mariée...; mais elle reconnaît son amoureux dans la personne du vicomte, et elle s'évanouit. Les autres actes préparent un dônoûment facile à prévoir : Pauline renonce au noble Préval et accepte la main de Charles. Ce draine a eu le plus éclatant succès, non pas à cause de Son intrigue qui, on l'a vu, ne sort guère du cadre ordinaire, mais grâce aux idées nobles et généreuses dont H est rempli. Le Testament, surtout à l'époque des premières représentations, était une sorte de manifeste en faveur de l'égalité sociale et une satire contre les mœurs relâchées, dont l'aristocratie donnait le déplorable exemple.

Testament de Cé«nr (le), tragédie en cinq actes et en vers, avec un épilogue, par Jules Lacroix (Théâtre- Français, 10 novembre 1S49). Shakspeare et Voltaire avaient déjà traité ce sujet; le poète anglais, contrairement à ses habitudes, l'avait considéré en annaliste beaucoup plus qu'en auteur tragique ; Voltaire, libre imitateur de Shakspeare; s était emparé du Julius César comme d'un thème d'éloquence théâtrale ; il en avait fait une tragédie régulière, classique. Il pouvait emprunter davantage à ce génie qu'il admirait, tout en l'appelant barbare; mais il sentait que le suivre de plus près, ce serait aller trop loin ; en effet, les critiques de son temps, même Lnharpe, lui reprochèrent l'exposition du corps sanglant de César sur le théâtre, et la harangue d'Antoine comme un horsd'œuvre. M. J. Lacroix a découpé sa tragédie dans les deux anciennes; il a choisi sans scrupule entre les éléments divers que ses' prédécesseurs avaient élaborés, adoptant la marche de l'un et employant les ressorts de l'autre. Il ^'arrête, comme Voltaire, à la lecture du testament de César, en rejetant dans un épilogue la substance de la moitié de la pièce anglaise : Ut chute de Brutus, puis celle d'Antoine et l'avènement d'Octave à la souveraineté du monde. Aux personnages de Shakspeare il a ajouté une certaine Cithéris, courtisane inconnue des historiens, et Cleopâtre, quoique la reine d'Egypte fût tout à fait étrangère à 1 événement. Il a imaginé un double escamotage de testament, successivement pratiqué par Cléopâtre d'Egypte et par le neveu du dictateur, au moyen d'une soustraction de clef et d'une scène de paravent, où César, assistant invisible à ce vol, se félicite, eu fin de compte, de la mauvaise action qui lui épargne le choix d'un héritier. Ces incidents, qui matérialisent la donnée du* sujet, ne sont pas tout à fait neufs. Telle est, en gros, la contexture de cette troisièmo pièce sur la mort et le" testament de Jules César, c'est-à-dire sur la transmission d'un pouvoir illégal et indéfini, mais immense, à un successeur imprévu, obligé de maintenir les formes républicaines, même après avoir vaincu la république. Cet héritage comprenait bien autre chose que le legs d'une dictature militaire; il renfermait, ce que l'auteur a oublié, une double révolution politique et sociale : le droit de cité étendu à tous les hommes libres de l'empire, la représentation du patriciat du monde civilisé, la création d'une classe moyenne de citoyens par les affranchissements rendus plus faciles et d'une bourgeoisie vivant de son travail, l'élargissement de la patrie, un code uniforme, le droit municipal se transformant en droit des gens, l'oligarchie ou la démocratie quiritaire3 remplacées par des institutions générales qui auraient eu pour base l'égalité, sinon la liberté. Tel était le programme politique de César, si mal exécuté par ses successeurs. M. Jules Lacroix ne s'est occupé que du testament proprement dit; il s'est par là condamné à ne voir que des anecdotes et des tours de passe-passe dans un événement si imposant, et de plus il s'est mis dans l'impossibilité de faire une œuvre vraiment dramatique. Au théâtre, l'intérêt doit se concentrer sur tel ou tel personnage; diviser la sympathie du spectateur, c'est combattre son émotion. La partialité, indigne de l'historien, s'impose au poète. Il fallait donc sacrifier César ou tirutus. M. Jules Lacroix tient le spectateur indécis. Shakspeare, qui n'avait pas les lumières de la critique moderne, a merveilleusement pressenti la difficulté inhérente au sujet; ne pouvant se prononcer en connaissance de cause, il a simplement , raconté les faits historiques. L'auteur du Testament de César s'est sagement abstenu de ces allusions aux choses contemporaines, dont le succès est si divers; il a eu d'autant plus raison, que les analogies superficielles sont presque toujours trompeuses. Sa tragédie est écrite en un style pompeux et sur un ton sentimental déplacés a la scène, où l'aocent vrai et la diction la plus sobre, comme la plus ferme, plaisent plus que tous les efforts déclamatoires. L'emphase et la sentimentalité gâtent donc son drame, d'ailleurs assez mal bâti, quoique certaines scènes soient dignes d'éloge.

Testament de Célar Glrodot (le), comédie eu trois actes et eu prose, de MM. Beîot et Villetard (théâtre de l'Odéon, 30 septembre 1859). Le sujet de cette pièce n'est pas nouveau, il s'en faut. Molière, Picard, Collin d'Harleville, Alexandre ûuval, sans parler des auteurs vivants, ont représenté vingt fois la cupidité des héritiers et légataires trompée par les fantaisies d'un testateur. Les deux jeunes auteurs ont repris le même

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thème uno vingt et unième fois, et ils ont réussi, grilce à des combinaisons nouvelles et ingénieuses.

Les héritiers présomptifs de César Girodot sont nombreux et très-différents de caractère, d'éducation, de position sociale; ils ont tous une physionomie marquée. Il y a d'abord un savant chimiste, Félix Girodot, esprit distingué, bon, obligeant, mais incapable de prendre une résolution. Veuf et père d'une jeune fille, la jolie et gracieuse Pauline, il est plus embarrassé du parti qu'il Jui faudra prendre pour son mariage que préoccupé du testament. Son frère, Isidore Girodot, est le type de l'homme jaloux de toute supériorité, toujours irrité de ce qu'on ne fait pas ou humilié de ce qu'on fait pour lui; sa femme et lui font la paire. Asse^ pauvres, mais plus avares encore, ils ont un tils, Célestin, lancé dans tous les travers de la jeunesse du jour et dévorant k l'avance toutes les économies paternelles. Outre les deux neveux de César, il y a des petits-neveux qui ont des droits égaux à la succession ; une belle et élégante dame, Hortense, femme d'un grand spéculateur, M. Lehuchoir, qui ne dédaigne pas de spéculer sur le million du grand-oncle, d'autant plus qu'Hortense ne lui a guère apporté que cette espérance en dot ; puis un jeune garçon de cœur, Lucien, qui prétend k la main de sa cousine Pauline, après avoir été détourné de cet innocent amour par une passion moins légitime pour Mme Lehuchoir ; enfin un riche paysan des environs de Pontivy, Langlumeuu, plus rusé qu'il ne veut le laisser paraître et qui, tout en goguenardant, est trèsattentif à ses intérêts. Ajoutez k la famille ^exécuteur testamentaire, un vieil ami de l'oncle défunt, honnête et malin, et qui a l'air de se douter du mauvais tour que les dernières et mystérieuses volontés de César Girodot réservent k cette troupe avide de collatéraux. L'énigme que renferme le testament ne laisse pas que d'être comique. Tous les héritiers réunis, lecture en est faite solennellement par le notaire, au milieu des marques d'assentiment, d'impatience ou de dépit que donne chacun des assistants k mesure que l'on prend connaissance d'un paragraphe qui, tour à tour, les évince tous. Au lieu de disposer de son bien, César Girodot, après avoir déclaré sa volonté de ne pas morceler son héritage, exclut un k un tous les héritiers, pour des motifs plus ou moins piquants, mais en général peu flatteurs, sauf pour Pauline et Son père; puis il déclare qu'il laisse à ses neuf parents eux-mêmes le choix de l'héritier unique de toute sa fortune. Ils l'éliront dans quinze jours, au scrutin secret; si l'élection est viciée par l'intrigue, la cabale, par des transactions simulant un partage, son exécuteur testamentaire remettra aussitôt toute sa fortune, montant à 1,380,000 francs, aux hospices. Tout le second acte se passe en cabales électorales kla maison de campagne de Lehuchoir, qui met tout en œuvre, même la passion que sa femme inspirait k son jeune cousin, pour recueillir des voix. Isidore, qui avec sa femme et son (ils compte trois voix, travaille aussi à se faire une majorité. Kéiix se trouve entre ces mendiants, plus indécis que jamais; Pauline et Lucien songent moins à l'héritage qu'à leur amour, dans lequel les tentations de Mm Lehuchoir viennent jeter un ferment de jalousie; le madré paysan breton, ne voyant pas chance pour lui d'obtenir les voix des autres, se met en devoir de vendre la sienne le plus cher possible. Le scrutin se dépouille au troisième acte. Les Lehuchoir ont réussi k merveille • Hortense a six voix ; Isidore n'en a que deux et il y a un bulletin blanc. Ces divers votes sont une révélation nouvelle du caractère de chacun. Les deux jeunes amoureux ont voté pour Hortense, alin de lui prouver qu'ils tienpent inoins l'un et l'autre à la fortune qu'à leur mutuel amour; Langlumeau a vendu sa voix pour une ferme k sa convenance, et le iils d'Isidore a mieux aimé voter pour Lehuchoir, qui lui comptera une somme fort ronde, que pour son avare de père qui, devenu millionnaire, ne lui aurait pas donné un sou de plus. Cette infidélité amène une scène comique de colère paternelle. Mais les manœuvres électorales de Lehuchoir sont flagrantes; le vote est annulé d'avance par le testament et la fortune de l'oncle doit passer aux hospices. Il n'en est rien ; le défunt a laissé un second testament postérieur au premier, qui institue Pauline sa légataire universelle. Le premier testament n'avait pour but que d'éclairer la jeune lille sur les véritables sentiments de ceux qui, comme Célestin l'a fait, ne prétendraient k sa main que pour avoir sa fortune. Accusée par les héritiers évincés d'avoir capté hypocritement les bontés de son oncle, elle uéchire le testament ; mais l'exécuteur en rainasse les morceaux et les déclare bons ; comme elle est mineure, son père et tuteur accepte le legs pour elle, en faisant don de 200,000 francs k l'oncle Isidore, qui révèle par un dernier trait son avarice et sa jalousie : « Dix mille francs de rente I Et mon chef de bureau n'en a que cinq mille. Je veux l'écraser par mon faste... Je prendrai un coupé au mois..., pendant quinze jours 1 »

Toutes les scènes sont vivement menées.

L opposition de tous les caractères est parfaitement entendue et féconde eu effets comiques. Une foule de mots très-gais, de sail-

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lies amusantes bu pittoresques tiennent le public en haleine. Il ne fallait rien moins pour rajeunir avec succès un sujet si vieux.

Testament (LE) OU les Billet* doux, opéru-

comique en un acte, paroles de Planurd, musique d'Auber ; représenté h Feydeau le 18 septembre 1819. Cet ouvrage, le second que le compositeur fit représenter, ne réussit pas à rixer sur lui l'attention publique. Ce ne tut que l'année suivante qu'il prit possession de la scène, avec la Bergère châtelaine.

Teatnmcul d'Eitdntuldns (LK), chef-d'0SU-

vre de N. Poussin. V. Eudamidas (testament d').

TeXamem (LA LECTURE D'UN), chef-d'oSU-

vre de D. Wilkie. V. lectur».

TESTAMENTAIRE adj. (tè-sta-man-tè-re — rad. testameut). Qui a rapport aux testaments j En France, la femme a les mêmes droits testamentaires quel' homme. (Mme R0rnieu.)

— Disposition testamentaire, Disposition prise par testament.

— Héritier testamentaire ou, substantiv., Testamentaire , Héritier institué par testament.

— Exécuteur testamentaire, Personne désignée pour exécuter les dispositions d'un testament.

TESTAMENTER v. n. ou intr. (tè-staraan-té — rad. testament). Faire son testament :

11 a testamenlé tout d'une autre manière.

. Reohasd.

11 Peu usité ; on dit tester.

TESTÀRD (Paul), sieur de La Fontaine, pasteur protestant français, qui vivait au xvne siècle. Il exerça les fonctions du ministère évangélique à Blois vers 1626 et fut engagé dans des luttes violentes k cause de ses opinions sur l'universalisme hypothétique, disputes où Amiraiit joua le principal rôle et qui furent portées devant le synode national d'Alençon. On a de Tastard : Elp^vixo» seu synopsis doctrines de- natura et yratia (Blœsis, 1G33); Apologie pour le sentiment des éaanyéiiques, touchant la jugtificatwn+S-dumur, 163$) ; Explication du liore de ^'Apocalypse (Genève, 1644, in-8o); Sentiments de P. Testurd sur la nature et la yrdee (1649, in-8°) ; Païaphmse des thèses de M. Testard touchant la doctrine de ta nature et de la grâce, manuscrit de -la collection Courait, t. XVII.

TESTATEUR, TR1CE s. (tè-sta-teur, tri-se — lat. testator; de testari, attester). Personne qui fait ou a fait sou testament : La volonté du 'i'estateur. De quelque défiance qu un testateur soit armé contre son héritier, si l'héritier sait bien se masquer, le testateur en est toujours la dupe, (Le Sage.) Critique le testament, mais non le testateur ; il purtage son bien comme il partageait son cœur. (A. d'Houdotot.)

— Celui qui fait un testament politique : Le testateur politique emploie une section entière à prouoer qu'il faut être gouverné par la raison. (Volt.) il Peu usité.

TBSTE-ÛB-BUCH (la), ville de France (Gironde), ch.-l. de caïu., arrond. et k 54 kiloin. de bordeaux, sur la rive S. du bassin d'Arcacbon; pop. aggl,, 3,766 hab. — pop. toi., 4,421 hau. Etablissement de bains de mer ; hospice ; usines pour la fabrication des matières résineuses; commerce de poissons, huîtres '.ait, iniel, cire, térébenthine, bois de chauffage et de construction. Le port est fréquenté par un certain nombre de navires de cabotage. Il ne reste aucun débris de I ancien château des captaux de Buch. « Si l'on doit en croire certains historiens, dit M.Adolphe Jeanne, La Teste serait bâtie sur l'emplacement qu'occupèrent tour k tour la station romaine de liaïos et la Testa lioïorum, la capitale des Boïens, mais rien n'est moins prouve. 11 parait plus probable, au contraire, que ces trois villes se succédèrent sur trois; points différents. Quoi qu'il eu soit, La Teste fut, au moyen âge, la résideuce et la capitale des captaux de Buch, qui ont joué un rôle important dans l'histoire du Bordelais et même dans l'histoire de France. Le plus célèbre de ces captaux fut Jean de Grailly, l'un des principaux seigneurs [capitatis) de 1 Aquitaine; il se distingua surtout au service de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Froissart a publié un intéressant récit de la bataille qu'il livra en 1364 k Du Guesciin et qui est connue sous le nom de Cocherel. Plus qu'aucune autre bourgade de la baie de Gascogne, La Teste se trouvait menacée par la marche progressive des dunes qui ta dominaient, un regardait déjà comme très-prochaine l'époque où elle disparaîtrait sous les sables, lorsque, vers la tin du siècle dernier, uu homme de géuie, M. Brémontier, inspecteur général des ponts et chaussées, conçut le projet de iixer ces duues mobiles et menaçantes en les couvrant de forêts. Il lui fallut douze années de travaux et de démarches pour obtenir la permission de faire des essais eu grand. Hiihu , il réussit au delà de toute espérance, et, dans les premières années de ce siècle, La Teste s'est montrée reconnaissante envers son libérateur. Un cippe a été, en 1818, érigé à la gloire de Brémontier sur la dune la plus voisine de la ville. >

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TESTE (Antoine), homme politique français, né à Bagnols (Gard) en 174-4, mort dans le même lieu en 1804. Il alla étudier le droit à Toulouse, où il se fit recevoir avocat, puis devint notaire k Bagnols. Frappé des criants abus qui pullulaient sous l'ancien régime, il adressa à ce sujet a l'intendant du Languedoc des représentations énergiques, auxquelles on répondit en lançant contre lui deux lettres de cachet. Pour se soustraire à la prison, Teste se réfugia d'abord k Montpellier, puis dans le comtat d'Avignon. Au début de la Révolution, il revint à Bagnols, prit une part active à la rédaction des cahiers pour les états généraux et se lança avec ardeur dans le mouvement qui devait régénérer la France. Il avait refusé des fonctions dans la magistrature et avait décliné une candidature k la Convention, lorsqu'il consentit k accepter le poste de procureur général syndic, auquel l'appelèrent ses concitoyens (1793). Après la journée du 31 mai, il résista nu parti fédéraliste, qui dominait dans le Midi, et perdit ses fonctions ; mais il les reprit peu après, lorsque la Convention eut triomphé dans les départements. Toutefois, opposé aux excès, il fit tons ses efforts pour empêcher l'établissement du tribunal révolutionnaire dans le département du Gard, provoqua l'arrestation du maire de Nîmes, fat dénoncé au comité de Sûreté générale et se vit destitué de nouveau. Teste alla se réfugier au quartier général de l'armée des Alpes. Après le 9 thermidor, il revint k Bagnols et, toujours partisan de la modération, il combattit la réaction violente qui se produisit contre les vaincus de thermidor. Cette conduite lui valut d'être proscrit de nouveau. De retour en France après la journée du 13 vendémiaire an IV, Teste devint commissaire du directoire exécutif près les tribunaux du département de Vaucluse. Peu après il était destitué et poursuivi comme détenant des papiers qui intéressaient la sûreté publique. Teste se disculpa facilement en prouvant qu'il n'avait gardé que des copies de ses propres lettres. En l'an VI, il devint membre de l'administration départementale. Le Directoire, pour faire échouer sa candidature au conseil des Cinq-Cents, imagina de l'envelopper dans une prétendue conspiration dont l'inanité fut constatée. Pour le gagner, on lui offrit, mais inutilement, les fonctions de commissaire k Malte et de chef de division dans un ministère. Après le coup d'Etat du 18 brumaire, ce ferme républicain se prononça hautement contre le nouveau pouvoir et vécut, dès lors, complètement dans la retraite.

TESTE (François-Antoine, baron), général français, iils du précédent, né k Bagnols (Gard) en 1775, mort k Angoulême en 1S62. Il entra à dix-sept ans dans l'armée comme engagé volontaire, fut nommé chef de bataillon à la suite d'un brillant fait d'armes et devint aide de camp du général Chabran. Etant passé en Italie, il prit une grande part à la prise du fort de Bard et fut promu chef de la 5« demi-brigade de ligne en 1800. Teste continua à se distinguer au passage de l'Adige, k l'attaque des lignes de Caldiero, au coufbat de San-Pietro , où il jeta dans la Brenta l'arrière-garde de l'archiduc Charles, et reçut de Masséna, sur le champ de bataille, les épaulettes de général de brigade (1805). Teste prit part ensuite k l'expédition de Dahnatie , défendit Raguse contre les Russes et les Monténégrins, puis passa en Italie. Il fit la campagne de 1809, fut nommé aette même année baron, reçut une blessure au combat de Sacile, rejoignit ensuite l'armée en Hongrie et décida le gain de la bataille de Raab en enlevant le plateau de Sabadhégy. Nommé gouverneur de Custrin en 1811, il quitta cette place pour faire la campagne de Russie, se distingua a la Moskowa, reçut une nouvelle blessure, prit le gouvernement de Viazma et devint général de division (1813), après avoir coopéré k la retraite. Peu après, il commanda une des divisions du corps d'observation sur le Rhin, remplaça le général Haxo comme gouverneur de Magdebourg, enleva le faubourg de Plauen lors de la bataille de Dresde, fut fait prisonnier lors de la violation de la capitulation de cette ville et ne recouvra la liberté qu'après la chute de Napoléon (1814). Pendant lesCent-Jours.il fut chargé d'organiser une division du 6* corps. Envoyé avec Grouchy k la poursuite des Prussiens, il enleva les hauteurs de Bierge et, après la bataille de Waterloo, il soutint dans Namur, avec 2,300 hommes, un combat acharné contre 15,000 Prussiens. Grâce k cette belle résistance, il arrêta court l'élan de l'ennemi et favorisa la retraite de Grouchy, qui put ren- ■' trer en France sans être entamé. Licencié au second retour des Bourbons, il fut chargé en 1828 d'une inspection d'infanterie dans l'Ouest. Après la révolution de juillet 1830, il reçut le commandement de la 14e division militaire, qu'il garda jusqu'en 1843, et siégea k la Chambre des pairs de 1839 à 1848. A partir' de cette époque, il vécut dans la retraite.

TESTE (Jean -Baptiste), jurisconsulte et homme d'Etat français, frère du précédent, né k Bagnols (Gard) en 1780, mort à Paris en 1852. Il faisait ses études au collège des Joséphistea lorsque ces religieux furent expulsés en 1792. En ce moment, son père prenait

une grande part au mouvement qui régénérait la France. Jean-Baptiste Teste , malgré son extrême jeunesse, se mêla aux débats politiques des réunions publiques. Doué d'une grande facilité de parole, il se lit tellement remarquer qu'il fut un des délégués que le club de Bagnols envoya k Valence en 1793 pour assister à une grande assemblée populaire , convoquée pour aviser aux moyens d'assurer dans le Midi l'autorité de la Convention contre les fédéralistes. De là, il se rendit avec Dedelay d'Agier k Marseille, où il combattit également le fédéralisme. Après la journée du 9 thermidor, il dut se réfugier avec son père k l'armée des Alpes, où il obtint un emploi dans l'administration. A la suite des événements du 13 vendémiaire, il revint à Bagnols et devint secrétaire de la municipalité. En 1799, son père l'envoya à Paris pour y étudier le droit. Deux ans plus tard, il était reçu avocat, et ses professeurs avaient conçu de son talent une telle opinion que, quelques* mois plus tard, il était nommé professeur suppléant k l'Académie de législation, dont il devint membre en 1805. En même temps, il exerçait la profession d'avocat. Cambacérès , qui eut l'occasion de l'entendre plaider, fut vivement frappé de son talent oratoire. Après la mort de son père (1807), Teste alla se fixer à Nîmes, où il tint le premier rang au barreau. Il résidait encore dans cette ville lorsque, en mars 1815, Napoléon quitta l'Ile d'Elbe et marcha sur Paris. Peu après, le duc d'An- ' goulême traversait avec une petite armée le département du Gard. Les libéraux, redoutant le fanatisme des royalistes, chargèrent Teste de se rendra k Paris et de demandera Bonaparte d'envoyer des secours dans le Midi pour étouffer le mouvement royaliste, qui y était menaçant. A la suite d'une entrevue qu'il eut avec ce dernier, il fut chargé de 'porter des instructions aux généraux Grouchy et Pire, et « il mit k cette mission tant de zèle et d'activité, dit Michaud, qu'en peu de jours le duc d'Angoulèrae, accablé par le nombre, fut contraint de signer une capitulation dont la dispersion de son arméo et son embarquement pour l'Espagne furent la conséquence. » Envoyé comme commissaire générul de police k Lyon, où régnait une grande fermentation, Teste parvint k y maintenir l'ordre. Pendant ce temps (25 mai), il était nommé par les électeurs du Gard membre de la Chambra des députés, où il no put siéger. Après la seconde rentrée des Bourbons, Teste, compris sur les listes de proscription, alla s'établir k Liège, où il exerça la profession d'avocat. Appelé k défendre le Mercure surveillant, journal démocratique qui paraissait dans cette ville et était poursuivi comme ayant outragé les souverains signataires du traité de la Sainte- Alliance, non-seulement il ne put, malgré une éloquente plaidoirie, obtenir un acquittement, mais encore il reçut l'ordre de quitter Liège. Teste se rendit alors k Bruxelles. Après la publication de l'ordonnance du 15 septembre 1816, il revint k Paris, où il na put se faire inscrire uu barreau, et publia des articles dans un journal de l'opposition. Voyant les difficultés qu'il éprouverait à reprendre sa profession d'avocat, il résolut de retourner k Liège. Ce fut dans cette ville qu'il habita jusqu'en 1830, plaidant avec uu très-grand succès et possédant une belle clientèle. Le roi Guillaume le chargea de diriger ses affaires domaniales, et lors du procès qui eut lieu, au sujet du duché de Bouillon, entre les Rohan et les d'Orléans, il fut appelé k plaider pour ces derniers. A la nouvelle de ia révolution de 1830, Teste revint k Paris. S'étant fait inscrire au barreaa, il s'y plaça aussitôt au premier rang et fut nommé avocat du domaine et du trésor. Aux élections de 1831, le collège électoral d'Uzcs l'envoya siéger k la Chambre des députés, où il lit partie du tiers parti libéral. Teste prit part principalement aux discussions relatives k la législation, uu commerce et aux travaux publics. Le 10 novembre 1834, il reçut le portefeuille du commerce , qu'il ne garda que trois jours, puis il devint viceprésident de la Chambre et, le 8 mars 1839, ministre de la justice. Pendant son passage à ces fonctions, il nomma une commission chargée d'étudier les moyens de supprimer la vénalité des offices ministériels. Le 29 octobre 1840, il déposa les sceaux pour prendre le portefeuille des travaux publics et fit voter trois lois importantes, celle de l'expropriation pour cause d'utilité publique (1841), la loi des chemins de fer (1842) et celle des brevets d'invention (1843). Le 1G décembre 1843, il quitta le ministère, reçut uu siège à la Chambre des pairs et fut nommé, peu après, président de chambre à ia cour de cassation. Teste jouissait de la plus haute considération, lorsqu'il se -"vit tout k coup compromis dans un procès qui eut un retentissement énorme et qui contribua puissamment k mettre en pleine lumière la corruption et la vénalité qui s'étaient implantées dans les hautes régions gouvernementales. En 1847, le général Despans-Cubières, ancien ministre de la guerre, fut poursuivi par plusieurs de ses coassociés dans l'exploitation des mines de sel de Gouhenans, comme ayant reçu des sommes dont l'emploi ne paraissait pas suffisamment justifié. Le 1er mai 1847 le journal le Droit publia des extraits d'une correspondance du général Cubières, dans

laquelle on lisait ce passive d'une lettre adressée à l'un de ses associés en 1842 : • Il n'y a pas à hésiter sur les moyens de nous créer un appui intéressé dans le sein même du conseil. J'ai le moyen d'arriver jusqu'àcet appui; c'est à vous d'aviser aux moyens de l'intéresser... N'oubliez pas que le gouvernement, est dans des mains avides et corrompues, que la liberté de la presse court risque d'être étranglée sans bruit l'un de ces jours et que jamais le bon droit n'eut plus besoin de protection. » Cette lettre désignait clairement Teste, ministre des, travaux publics en 1842 et qui avait accordé, le 3 janvier 1843, la concession des mines de sel gemme de Gouhenans. L'opinion s'émut vivement de cette révélation , contre laquelle Teste protesta énergiquement devant la Chambre des pairs le 4 mai 1847. Le lendemain, une ordonnance royale traduisit devant la Chambre des pairs le général Despans-Cubières etses complices. Le procureur général Delangle fut chargé de l'instruction, qui aboutit, le 8 juin, à. un arrêt mettant en ac cusation Cubières, Parmentier, Pellapra, sous l'accusation de tentative de corruption et d'escroquerie, et Teste, Comme a ayant reçu des dons et présents pour faire un acte de ses fonctions non sujet à salaire. > Le 7 juillet suivant, Teste se démit de toutes ses fonctions et dignités et, le lendemain, il comparut avec ses coaccusés devant la Chambre des pairs. Teste nia énergiquement avoir reçu de Despans-Cubières, par l'intermédiaire de Pellapra, une somme de 94,000 fr. pour concéder les mines de Gouhenans ; mais, le 12, Pellapra, qui était en fuite, fit parvenir à la cour des pièces accablantes pour Teste. A cette nouvelle, l'ancien ministre, désespéré, tenta de se tuer en se tirant à la tempe et dans la région du cœur deux coups de pistolet qui ne produisirent qu'une blessure légère. 11 ne put comparaître à l'audience suivante, écrivit au chancelier qu'il considérait le débat comme clos et consommé définitivement à son égard et renonça à se défendre. Le 17 juillet, la cour condamna Teste à trois ans d'emprisonnement, à la restitution de 94,000 francs et à une amende de pareille somme devant être versée dans la caisse des hospices de Paris. Transféré à la Conciergerie, il y resta jusqu'au 13 août 1849. A cette époque, Louis Bonaparte, alors président de la République, l'autorisa à terminer sa peine dans une maison de santé à Chaillot et lui fit remise de 50,000 francs sur l'amende qu'il avait encourue. En juillet 1S50, Teste quitta la maison de santé et mourut moins de deux, ans plus tard.

TESTE (Alphonse), médecin fiançais, né à Gray en 1814. Il s'est fait recevoir docteur à Paris en 1837. M. Teste s'est beaucoup occupé de magnétisme et a publié sur ce thème, qui est devenu depuis, entra les mains de charlatans, le sujet des plus habiles mystifications, des ouvrages, dont le plus remarquable est intitulé : Manuel pratique du magnétisme animal (Paris, 1810, 1 vol. in-8°). Depuis plusieurs années, M. Teste a abandonné le magnétisme et s'est livré à la pratique de la médecine homœopathique. Outre le manuel précité, on lui doit les ouvrages suivants : De la goutte, de ses causes, de son traitement le plus rationnel (1840, in-8°) ; Transactions du magnétisme animal (1841, in-8u); Exposé sommaire de la médecine magnétique (1842, in-S°) ; Lettre à un médecin de province sur la médecine empirique (1843, in-8<>); le Magnétisme animal expliqué (1845, in-8°) ; les Confessions d'un magnétiseur, suivies d'une consultation médico-magnétique sur les cheveux de.Jf"" Lafarge (1849, 2 vol. in-S°); Traité homœopalhique des maladies aiguës et chroniques des enfants (1850, in*12) ; Systématisation pratique de la matière médicale homœopathique (1853, in-S°); Comment on devient homaopat/ie (1864, in-18), etc. On lui doit encore divers opuscules et mémoires et une brochure intitulée : Ou la république ou la guerre civile (1848, in-32J.

"TESTELIN (Louis), peintre et graveur français, né à Paris en 1615, mort dans la même ville en 1655. Il appartenait a une famille protestante et était rils d'un peintre des bitimenis du roi, nommé Gilles Testelin, dont ou prononçait le nom Tettelin. Placé par son père dans l'atelier de Simon Vouet, le jeune Louis fit des progrès rapides et fut chargé de bonne heure de travaux importants. Philippe de Champagne se l'adjoignit en 1644 pour l'aider à décorer les appartements d'Anne d'Autriche au Palais-Royal, et Le Brun fit de même pour les travaux qu'il était chargé d'exécuter dans la vieille église des religieuses du Val-de-Gràce et dans l'hôtel du commandeur de Jars, près de la porte de Richelieu. Testelin se lia intimement alors avec ce dernier peintre et épousa, en 1645, une des filles de l'orfèvre Picart. 11 exécuta, l'année suivante , un plafond représentant V Histoire de l'roserpine, dans la maison que le fermier général Bordier avait au Raiucy, puis embellit de ses peintures l'appartement de la reine mère au château de Fontainebleau , le palais du Luxembourg, le château de Conllans, l'hôtel de Guéménôe, l'hôtel d'Avaux, etc. Testelin aida Le Brun à fonder l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont il devint un des premiers membres (1648), puis un des professeurs (1650). « Cet artiste réussissait particulièrement à repré-

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senter les sujets Bimples et tranquilles, dit Mariette, les jeux et les amusements de l'enfance. Il manquait de feu et d'imagination, mais il avait du goût et dessinait bien. » Il a beaucoup peint en grisaille et en camaïeu. Parmi ses tableaux, nous citerons : la Résurrection de Tabitha (1652), qu'on voit aujourd'hui au musée de Rouen ; la Flagellation de saint Paul et de saint Silas (1655) ; le Temps, secondé par la Prudence et l'Amour de la vertu, dissipe les nuages de l'ignorance pour découvrir la vérité de la peinture, tableau allégorique, gravé par Audran, etc. On lui doit quatre estampes gravées avec élégance.

TESTELIN (Henri), dit le Jeune, peintre français, frère du précédent, né à Paris en 1616, mort à La Haye en 1695. Comme son frère, il fut élève de Vouet, devint un des fondateurs de l'Académie de peinture (1648), secrétaire de cette compagnie (1650), professeur (1658), et reçut le titre de premier peintre du roi, qui lui donna un logement aux Gobelins et le chargea de faire des modèles de tapisseries. En 1681, Testelin fut dépossédé de ses titres et de ses fonctions comme protestant, se réfugia en Hollande et y termina sa vie. Nous citerons de lui : la Prise de Dôle (1668) ; le Passage du Rhin (1672) ; la Reddition de la citadelle de Cambrai, au inusée de Versailles; les portraits de LouisXIV, de Pierre Carcavi, du Chancelier Sëguier, etc. On doit, en outre, à Testelin un ouvrage intitulé : Sentiments des plus habiles peintres sur ta pratique de la peinture et sculpture, mis en tables de préceptes, avec plusiews discours académiques et conférences tenues en présence de M. Colbert (Paris, 1680, in -fol.}.

TESTELIN (Achille-Arthur-Armand), chirurgien et homme politique français, né à Lille en 1814. Il vint étudier la médecine à Paris, où il se fit recevoir docteur, puis se "fixa dans sa ville natale et acquit bientôt, par son habileté et par son dévouement aux malheureux, une grande notoriété. M. Testelin était un des chefs du parti républicain dans le département du Nord lorsque éclata la révolution de 1848. Elu membre de l'Assemblée législative dans ce département (1849), il fit une vive opposition au président Louis Bonaparte, fut un des signataires de la demande de sa mise en accusation en juin suivant et fut arrêté puis exilé lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851. De retour à Lille après l'amnistie de 1859, il reprit l'exercice de sa profession, collabora sous le voile de l'anonyme aux journaux de l'opposition dans le Nord et devint, en 1867, membre du conseil général. Très-lié avec Deiescluze, il lui écrivit, en juin 1868, pour le dissuader de fonder un journal d'opposition extrême, convaincu, disait-il, que les gouvernements ont peu à craindre des partis extrêmes et qu'une révolution ne se prépare que par la formation d'un grand tiers parti d'opposition qui entraîne l'opinion. Le lendemain de la révolution du 4 septembre 1870, il fut nommé préfet de Lille, et il adressa à la population une proclamation dans laquelle il disait : i Mes opinions républicaines sont depuis longtemps connues ; mais ne voyez pas en moi le représentant d'un parti. Je ne suis et ne veux être que le centre autour duquel se rallieront dans le Nord tous les bous Français pour combattre et vaincre l'étranger. » Le 30 septembre, il fut remplacé à la préfecture par M. Pierre Legrand et nommé par le gouvernement de la Défense commissaire général dans les départements de l'Aisne, du Nord, du Pas-de- Calais et de la Somme, afin de s'entendre Avec les préfets de ces quatre départements pour les mesures à prendre dans l'intérêt de la défense nationale. M. Testelin déploya dans cette mission autant de zèle que de dévouement. Il fit voter par les départements un emprunt de 15 millions, fit d'importantes acquisitions d'armes et de munitions et désigna au gouvernement son concitoyen le général Faidherbe pour commander la petite armée improvisée par ses soins. A Villcrs- Bretonneux, il assista au premier engagement de cetje armée avec les troupes allemandes. Après la bataille acharnée perdue sous Saint-Quentin, malgré la grande habileté dont Faidherbe donna tant de preuves, M. Testelin écrivit, ,1e 20 janvier 1871, à M. Gambetta : > Nous no recevons que des nouvelles de désastres. L'heure de la force est passée; l'habileté maintenant doit prévaloir. La république , de l'aveu de tous, a sauvé l'honneur par sa résistance. Il faut traiter; la nation veut la paix. 11 faut absolument que vous, personnellement, vous fassiez une manifestation publique et solennelle pour la paix. » L'armistice signé, M. Testelin rentra dans la vie privée. Au début de l'insurrection communaliste de Paris (mars 1871), il se rendit dans cette ville et fit, à deux reprises, de vaines tentatives pour empêcher Deiescluze de prendre part au mouvement. Aux. élections complémentaires du 2 juillet 1871, M. Testelin fut nommé député du Nord par1 138,971 voix, et, le 8 septembre suivant, conseiller général pour le canton S.-O. de Lille. A l'occasion de son élection comme député, le parti réactionnaire aymt accusé M. Testelin d'avoir été partisan de la Commune, M. Barthélémy Saint-Hilaire écrivit à l'ancien préfet du Nord une lettre, rendue publique, et qui témoignait des efforts faits par ce dernier pour empêcher Deiescluze

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de se jeter dans l'insurrection. M. Testelin a fait partie à la fois des deux groupes de la gauche républicaine et de l'union républicaine. Il a soutenu le gouvernement de M. Thiers, après ses déclarations formelles en faveur de la république, a voté pour lui, notamment, le 24 mai 1873, puis a fait une opposition constante aux ministères réactionnaires qui ont dirigé les affaires depuis cette époque jusqu'à la dissolution de 1 Assemblée. Il a voté, notamment, contre le septennat, pour la constitution républicaine du 25 février 1875, contre la loi sur l'enseignement supérieur, etc., et a pris très-fréquemment part aux discussions de la Chambre, traitant les questions les plus ardues avec autant d'esprit que de bon sens. Il a prononcé des discours, notamment sur son élection , sur la loi des conseils généraux (1871) ; sur la loi contre l'ivresse, sur la compagnie des chemins de fer du Nord , sur le tarif des matières brutes, sur le recrutement de l'armée (1872); sur les allumettes chimiques, sur l'enseignement de la médecine, sur les budgets (1873); sur le travail des enfants dans les manufactures, sur la situation des enfants dans les professions ambulantes, sur l'assistance publique dans les campagnes, sur la création d'une Faculté de médecine à Lille (1874); sur les pensions accordées à d'anciens fonctionnaires de l'Empire atteints de prétendues infirmités (1875). Le 15 décembre 1875, M. Testelin a été nommé par l'Assemblée sénateur à vie. Membre de la Société des sciences de Lille depuis 1840, de l'Académie de médecine de Bruxelles, M. Testelin est un chirurgien oculiste des plus distingués. Il a collaboré au Bulletin médical du Nord, traduit le traité des Maladies des yeux de Mackensie, etc.

TESTER v. n. ou intr. (tè-sté — du lat. testari, attester-, formé de testis, témoin). Faire son testament ; disposer de ses biens par testament : Il a testé en faveur de son frère. La soif de dominer s'éteint la dernière dans l'homme : il commande après sa mort en testant. (Mme de Staël.) Ne testez pas; on dit que ça porte malheur et que ça fait mourir. (G. Sand.) On peut tester malade de corps, mais il faut tester sain d'esprit. (Alex. Dura.) *

TESTER v. a. ou tr. (tè-sté). Techn. Munir de nouvelles dents, en parlant d'un peigne de tisserand : Tester un peigne.

TESTÉRIN s. m. (tè-sté-rain). Sorcier qui jette des sorts : Le testérin, qu'on' appelait Péché et qui ressemblait à un dogue bourru, répondit avec un haussement d'épaules. (Ch. Monselet.)

— Adjectiv. : Etes-vous curieux de connaître un sorcier testérin, un jeteur de sorts, un paysan à maléfices? (Ch. Monselet.)

TËSTI (Fulvio, comte), homme d'Etat et poète italien, né à Ferrare en 1593, mort dans la même ville en 1646. Fils d'un ancien apothicaire qui était devenu intendant du duc Alphonse II, il fit ses études chez les jésuites de Modène avec un tel succès que, dès l'âge de treize ans, il put être envoyé à l'université de Bologne, où il devint peu de temps après membre de l'Académie des Ardenti. De retour dans sa patrie, il y obtint un emploi qui lui laissa assez de loisirs pour qu'il put s'adonner à la culture des lettres. Ses poésies de cette époque sont, sous tous les rapports, supérieures à celles de ses contemporains. Un petit poème, ïltalia {1617, iu-jo), qu'il avait dédié au duc de Savoie, Charles-Emmanuel, et dans lequel il faisait l'éloge de ce prince en termes peu flatteurs pour la cour d'Espagne, le fit condamner au bannissement et à une amende ; mais il s'efforça de se justifier dans une nouvelle pièce de vers et rentra en grâce auprès du duc de Ferrare, qui le prit pour bibliothécaire et le chargea de former une académie. Mais, d'un caractère inquiet et surtout ambitieux, Testi trouva bientôt que ces honneurs étaient au-dessous de ses mérites et se rendit à Rome, où il intrigua pour supplanter Augustin Mascardi sans pouvoir y réussir, se lia avec Tassoni, passa de là à Naples pour y nouer des relations avec Marini, puis se rendit à Modène et offrit inutilement ses services au duc de Savoie. Après l'avènement du duc de Modène, Alphonse III, Testi parvint cependant à se faire nommer secrétaire d'Etat. Il conserva cette charge sous le duc François et remplit plusieurs missions importantes à Rome, à Milan, à Venise et à Vienne. Le même prince lui accorda en outre le titre de comte. Nommé peu après ambassadeur à Madrid, il ne sut passe conduire dans ce poste de façon à conserver la confiance de son souverain, demanda lui-même son rappel, se vit l'objet delà haine des courtisans, qu'il avait irrités par son orgueil, et alla chercher un refuge dans la Garfagnana, dont il obtint le gouvernement (1640). Testi y trouva le moyen de s'aliéner l'esprit des habitants. Toutefois, il retourna deux ans plus tard à la cour et parvint à se faire rétablir dans ses charges. Mais il ne tarda pus à attirer de nouveau sur lui la colère du duc. Désireux de passer au service de la France, il enuetint dans ce but une correspondance secrète avec le cardinal Mazarin, qui lui promit les fonctions de secrétaire du protectorat de France à Rome. Cette correspondance ayant été découverte, Testi fut arrêté

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comme coupable de haute trahison en 1G46 et mourut peu après dans sa prison , sans qu'on ait jamais su avec certitude si cette mort était naturelle ou s'il périt victime de la vengeance de ses ennemis. Testi est incontestablement un des poètes lyriques italiens les plus remarquables du xviio siècle. Esprit primesautier, original, doué d'une vive imagination, il dédaigna de devenir un des imitateurs de Marini, si nombreux à celte époque, et ses poésies se distinguent en général par une grande vigueur de pensées et par nu style aussi sobre qu'énergique. On a de lui: Rime (Venise, 1613, in-12; 1653, 2" édit.), recueil qui contient, outre des poésies lyriques, genre dans lequel Testi excella, un drame intitulé : YArsinda ou la Lignée des princes d'Esté; une tragédie, l'Ile d'Àlcine ; . le premier chant d'un poëme épique, Constantin, etc. ; Mélanges de lettres (sans date, in-12), dont quelques-unes sont fort curieuses ; l'Italie (Kerrare, in-4°), poSme en quarante-trois stances, dans lequel l'auteur retrace en vers chaleureux la triste situation do l'Italie sous le joug espagnol. Ce fut ce poème qui fit prononcer contre Testi une sentence de bannissement. Ses pièces de théâtre ne sont pas à la hauteur de ses poésies lyriques. Un recueil des œuvres choisies de Testi a été publié au commencement de ce siècle, Opère scelle (Modène, 1817, 2 vol. in-8°), et sa Vie a été écrite par Tiruboschi (Modène, 1780).

TESTICULAIRE adj. (tè-sti-ku-lè-re — rad. testicule).' Anat. Qui appartient aux testicules.

TESTICULE s. m. (tè-sti-ku-le — lat. testiculus, dimin. de testis, témoin. Les testicules seraient ainsi nommés parce qu'ils témoignent de la virilité d'un homme et de sa puissance d'engendrer). Anat, Glande qui sécrète le sperme chez le mâle : Il se trouve des hommes qui n'ont réellement qu'un testicule. (Buff.) En Egypte, lorsqu'on faisait un serment, on mettait ta main à ses testicules. (Volt.)

— Moll. Nom vulgaire de diverses coquilles des genres natice et nérite.

— Bot. Testicule-de-chien, nom vulgaire de Torchis mâle.

— Encycl. Anat. Le mot testicule servait primitivement à désigner l'organe principal de la génération dans les deux sexes. C'est ainsi qu'on 'disait les testicules de l'hommo (testes viriles) et les testicules de la femme [testes muliebres). Sténon ayant créé pour ces derniers la dénomination bien plus exacte d 'ovaire, le nom de testicule est aujourd'hui exclusivement donné aux deux organes glandulaires contenus dans le scrotum et dans lesquels est sécrétée la liqueur sémimile ou sperme. La couche cutanée du scrotum sert d'enveloppe commune aux testicules, qvà sont séparés 1 un da l'autre par la cloison des dartos et entourés chacun par des enveloppes respectives. Ils ont la forme d'un ovoïde légèrement aplati dans le sens transversal, de 0IU,06 environ dans le plus grand diamètre, de om,03 dans le petit, de résistance assez grande et du poids de 24 grammes environ. Ils sont obliquement suspendus en avant et au-dessous du cordon spermatique, de façon qu'une des extrémités est en avant, en haut et au dehors, l'autre en arrière, en bas et au dedans; le testicule gauche, un peu plus volumineux que le testicule droit, descendant un peu plus bas dans le scrotum. Chacun d'eux est surmonté d'une sorte d'appendice qu'on nomme épididynie ou testicule accessoire; c'est un corps oblong, couché sur le bord supérieur du testicule et renflé à ses deux extrémités. Au-dessous de l'épididyme, à son union avec le testicule et antérieurement, est un petit corps flottant, formé de replis séreux analogues aux franges synoviales articulaires ; c est ce qu'on appelle l'appendice testiculaire.

Les testicules sont formés d'une! membrane fibreuse, forte et résistante, d'un blanc opaque, appliquée sur tout le parenchyme de Torgane, au sein duquel elle envoie des prolongements en forme de cloisons. Cette membrane, dite albuginée, offre sur le bord supérieur du testicule une saillie appelée corps d'Highmore: à travers laquelle passent les vaisseaux afférents. L'intérieur du testicule se compose de petits canalLcules de 0°>,000l de largeur environ, gris jaunâtres et formant un réseau à larges mailles, très-compliqué et très-flexueux , lequel se résout dans une trentaine de vaisseaux différents qui tous communiquent avec l'épididyme. La face interne des tubes testiculaires est garnie de cellules épithéliales, tantôt sphériques, plus souvent polyédriques, pourvues d'un noyau spherique à bords nets, généralement gros et à nucléole volumineux. Ce noyau est souvent masqué par des granulations graisseuses. Dès le point où les tubes traversent la tunique albuginée pour former l'épididyme, leur épithéliuin devient cylindrique. La paroi propre des tubes testiculaires a o^jOOOOl d'épuisseur.

C'est vers le deuxième mois de la vie embryonnaire que le testicule se forme chez le fœtus dans un amas de cellules épithéliales. Il naît à la face interne du corps de Wolf, tandis que le canal déférent et l'épididyme se développent en dehors de cet organe. Plus tard, ils se réunissent et se soudent. Le tes-

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ticule est alors placé au-dessous des reins. Vers le huitième mois de la vie fœtale et quelquefois même encore au moment de la naissance, les testicules sont situés dans le pli cruro-scrotal, au niveau de la racine de la verge. C'est quelques semaines en général avant la naissance que les testicules, sollicités par les contractions d'un organe particulier appelé gubernaculnm testis, commencent à descendre pour se rendre dans le scrotum.

Chez l'enfant, les testicules sont petits, presque k l'état rudimentaire, et leurs canalicules très-étroits ne renferment que des cellules êpithéliales transparentes. Quand vient l'âge adulte, c'est-à-dire de dix-sept à dix-huit ans, ces organes croissent sensiblement, les canalicules s'élargissent et renferment des éléments de plus grande dimension qui doivent former le sperme. A mesure que 1 homme avance en âge, des granulations graisseuses s'accumulent de plus en plus nombreuses dans les testicules et leur donnent un aspect jaunâtre. Enfin, quand arrive la vieillesse, les testicules diminuent de volume et s'atrophient. Les diverses phases que le testicule présente dans son développe ment et sa migration sont souvent la source d'anomalies variées. Quelquefois ils n'acquièrent pas, à l'époque de la puberté, leur volume normal. D'autres fois, mais c'est là une anomalie très-rare, l'un des deux testicules ou les deux peuvent manquer dans le scrotum , parce qu'il y a absence congénitale de ces organes. Dans le premier cas, il y a monorchidie , et, si le testicule subsistant est k l'état normal, les fonctions génitales et la constitution virile ne sont en rien altérées; dans le second, au contraire, que l'on appelle cryptorchidie, l'individu est stérile, la production des spermatozoïdes ne pouvant plus avoir lieu dans cet organe mal placé. Le plus souvent, quand les testicutes sont absents du scrotum, c'est qu'ils sont retenus dans l'abdomen. Cette absence peut avoir pour cause soit la réascension de l'organe par l'effet d'une contraction spasmodique et permanente du crémaster, soit un coup violent qui a fait rentrer le testicule dans l'aine. Dans~la cryptorchidie, les deux testicules sont le plus souvent dans les fosses iliaques, dans les canaux inguinaux ou au niveau du pli cruro-scrotal, où un examen attentif les fait découvrir; enlin et exceptionnellement on les trouve dans les canaux cruraux ou duns la région périnéale. On peut quelquefois réintégrer les testicules dans le scrotum et leur rendre leur puissance en combattant les causes qui les retiennent en dehors.

Indépendamment de ces anomalies, les testicules peuvent accidentellement devenir le siège de plusieurs maladies. V. enchondrome,

ÉPIDIDYM1TE, HERMATOCÉLE, HYDROCÉLE, OR- CHITE, SARCOCELE, SPERMATOCÈLE.

— Art vétér. Chaque testicule, chez les animaux, représente un ovoïde comprimé d'un côté à l'autre, logé dans le cul-de-sac do la gaîne vaginale et suspendu à l'extrémité du cordon testioulaire. On considère k ces organes deux faces, deux bords et deux extrémités. Les faces, l'une externe, l'autre interne, sont lisses et arrondies. Le bord inférieur est convexe et libre comme les faces Le supérieur, k peu près droit, se trouve en rapport avec l'épididyme, qui lui adhère par sa tète et par sa queue. Les extrémités sont obtuses et la postérieure descend toujours plus bas que l'antérieure.

Chez nos animaux domestiques, le testicule est libre au fond de la gaine vaginale et suspendu par son bord supérieur au cordon testiculaiie ou spermutique, gros funicule contenu dans la partie supérieure de la gaine vaginale et formé par l'accolement de vaisseaux spermatiques avec le canal déférent. Ce cordon est soutenu lui-même dans la gaine vaginale par le frein qui établit la continuité entre les deux feuillets séreux de cette cavité.

La structure est la même pour les testicules du cheval que pour ceux de l'homme; elle comprend, en effet, l'étude d'une membrane tibreuse, d'un tissu propre, de vaisseaux lymphatiques et de nerfs.

Chez les ruminants, les testicules sont trèsvolumineux, ovotdes et allongés verticalement. La masse qu'ils représentent à l'extérieur, avec leurs enveloppes, est pendante et occupe la région inguinale. Ceux du chien, du chat et du porc, placés dans la région périnéale, au-dessous de l'anus, se montrent plus ou moins arrondis et sont toujours trèspeu détachés. Dans les oiseaux, ces organes sont placés dans la cavité abdominale, à la région sous-lombaire, en arrière des poumons et sous l'extrémité antérieure des reins. Leur forme est généralement ovoïde. Le volume qu'ils présentent, variable d'une espèce à l'autre, diffère également selon ies saisons ; à l'époque des amours, ils sont toujours considérablement développés.

Chez le foetus très-jeune, le testicule flotte dans la cavité abdominale, suspendu à la région sous-lombaire, vers le liane, par un large repli péritonéal au bord antérieur duquel se trouvent les vaisseaux spermatiques. La gaine vaginale n'existe donc pas encore. Le mécanisme qui préside k sa formation est des plus simples, ainsi qu'on l'a vu chez l'homme. Le travail de la descente du testicule commence k s'opérer avant la naissance

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dans foutes les espèces. Dans l'espèce bovine, il est même achevé dès les premiers mois de la vie intra-utérine. Mais, chez les solipèdes, le testicule reste le plus souvent engagé dans le canal inguinal jusqu'à l'âge de six à dix mois.

Il importe, dans le choix des animaux et notamment du cheval, de s'assurer de l'intégrité des testicules. On doit également apporter le plus grand soin dans l'examen de ces organes chez les chevaux entiers qui ne sont pas destinés a la monte ; car le cheval n'est réellement entier et ne;jouit à ce titre de toute sa force que lorsque ses testicules ont leur développement normal et sont dans un état parfait de santé.

Les testicules bien développés annoncent la force; aussi les trouve-t-on volumineux dans les chevaux arabes, barbes. Ils ne doivent pas être trop pendants; cette disposition, dans les races ordinaires, indique la faiblesse. Leur rétraction constante vers l'anneau inguinal est un indice de douleurs abdominales; mais il ne faut pas confondre cette rétraction avec celle que produit le froid, qui ride en même temps les bourses. Dans tous les cas, les testicutes doivent être libres dans leurs enveloppes et fuir sous la pression de la main. Les bourses doivent aussi être souples, sans engorgement.

Dans le mulet et surtout dans l'âne, les testicules sont très-volumineux. Dans le taureau, ils sont oblongs, piriformes et pendants. La région des bourses, chez le bœuf, varie suivant l'époque de la castration et le mode opératoire mis en usage. Si l'animal a été bistourné, on retrouve les testicules atrophiés. En général, le bœuf s'engraisse d'autant plus facilement qu'il a été châtré plus jeune et par l'ablation complète des testicules. La région des bourses est un des point3 que les bouchers consultent pour s'assurer du degré de graisse de l'animal. On trouve en avant de cette région quatre petits mamelons qui correspondent à ceux de la vache.

Dans le bouc et le bélier, les testicules ressemblent beaucoup k ceux du taureau ; seulement ils sont séparés inférieurement, dans le boue surtout, par un sillon assez profond. Ceux du porc, de forme sphéroïde, sont situés presque immédiatemefit au-dessous de l'anus et peu pendants. Les testicules du chien, assez semblables à ceux du porc pour la forme et la situation, deviennent un peu pendants dans la vieillesse. Ils sont assez sujets au sarcocèle et k une dartre rongeante qui perfore quelquefois le scrotum.

Dans toutes les maladies des chevaux qui s'accompagnent de douleurs abdominales, et notamment lorsque ces doulelirs sont intermittentes, les testicules montent vers l'anneau inguinal et redescendent dans le basfond de la gaîne vaginale. Dans les douleurs continues, ils remontent vers l'anneau inguinal, y restent accolés, et leurs enveloppes, aussi bien que la peau du fond de l'aine, sont mouillées par de la sueur. L'existence d'une invagination, d'un volvulus, d'un pincement de l'intestin par l'anneau inguinal, d'une hernie inguinale étranglée donne lieu k ces symptômes remarquables, que l'on retrouve aussi dans l'orchite et l'épididymite aigufis. Ces symptômes sont rarement observés sur les autres animaux domestiques. Une poussière blanchâtre, granulée, d'une saveur salée et composée en grande partie d'hydrochlorate de soude, se montre très-fréquemment sur la peau des .bourses des solipèdes atteints d'anémie, d'altérations septiques du sang et, dans le plus grand nombre des maladies graves, avec adynamie.

L'infiltration des bourses par un liquide séro-albumineux, et parfois séro-sangninolent, constitue l'hydrocèle externe ou l'hydrocèle par infiltration, que l'on désigne plus généralement dans la pratique par ]e nom d'œdème du scrotum. L'existence d'un liquide séro-albumineux dans la gaine vaginale constitue la véritable hydrocèle, nommée hydrocèle interne par épanchement, et mieux nommée encore hydrocèle vaginale.

Dans d'autres cas, le testicule lui-même est dur, extrêmement douloureux, rétracté et tuméfié par une inflammation aiguë, désignée sous les deux noms d'orchite et de didymite.

Les enveloppes et le testicule peuvent aussi avoir contracté des adhérences anciennes et constituer une tumeur plus ou moins volumineuse, dure, peu douloureuse, qui peut être la conséquence soit d'une orchite simple et chronique, soit d'une orchite morvofarcineuse, soit d'un stéatome, soit d'une induration des enveloppes, soit enfin d'un cancer. Duns d'autres circonstances plus rares, les testicules peuvent se montrer très-petits, adhérents aux enveloppes et même atrophiés; enfin un seul ou les deux testicules peuvent manquer et être logés dans l'abdomen. Dans ces cas, assez rares, les animaux sont désignés par les noms de cheval, de taureau ou de chien monorchide.

TESTICULÉ.ÊE adj. (tè-sti-ku-lé — rad.

testicute). Muni de testicules.

TESTir s. m. (tè-sliff). Comm. Poil de chameau.

TESTIGOS, groupe d'îles des Antilles, dans l'archipel des îles Sous-le-Vent, k 80. kilom. N. de la Marguerite, par 11° 25'delatit. N.et > 65° 30' de longit O. Il appartient à l'Angleterre

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TESTIMONIAL, A LE adj. (tè-Sti-mo-ni-al, a-le — lat. testimonial ; de testimonium, témoignage; dérivé de fesfis.témoin). Donné par témoins, résultant d'un témoignage : Preuve

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