CAUX
THÉRIAQUE s. f. (té-ri-a-ke — du gr." i/têriafcê, féminin de thèrialcos, bon contre la morsure des bêtes sauvages ou venimeuses ; de thèr, bête sauvage, bete féroce ou venimeuse). Pharm. Ancien éiectuaire qui passait pour être souverain contre tous les venins et poisons.
— Thériaque du pauvre. Nom donné a l'ail, à cause des propriétés médicales qu'on lui suppose, et aussi k l'éleetuaire diatessaron.
— Thériaque allemande, Extrait de genièvre.
— Encycl. Pharm. Cet éiectuaire polyphaimaque, très- ancien, ne doit pas tant ses propriétés aux substances qu'il renferme qu'à l'opium qui s'y trouve en quantité notable. 4 grammes de thériaque renferment un peu moins de 0gr,05 d'opium brut, qui équivalent à 0&r,025 d'extrait d'opium. On en attribue la composition à Mithridate, roi de Pont, et l'on ajoute que la formule en ayant été revue par Andromaque, médecin de Néron, la thériaque reçutlenom de thériaque d'Andromaque ; c est ainsi que la nomme Galien, qui nous a laissé de longues dissertations sur ce médicament. • Pompée, dit Soubeyran, après avoir vaincu Mithridate, donna au médecin Damocrates la fameuse formule de l'électuaire-antidote du roi de Pont. Damocrates la publia en vers. Cent cinquante ans plus tard, Néron chargea sou médecin Andromaque de la perfectionner. Celui-ci en publia la recette en vers elégiaques. Nicandre, médecin et poëte, lui appliqua le nom de thériaque (bête féroce), soit à cause des vipères qui entraient dans sa composition, soit k cause des bons ettVts qu'on lui attribuait pour guérir la morsure des animaux venimeux. >
Venise, pendant longtemps, eut le monopole de la préparation de cette composition, la plus célèbre, sans contredit, de la polypharmacie. On l'y préparait chaque année en grande pompe, i A Paris, dit Dorvault, le collège de pharmacie la préparait aussi à une certaine époque de l'année avec un cérémonial particulier, et c'était presque uno obligation aux pharmaciens d'acheter cette thériaque. »
La thériaque est, sans contredit, le produit pharmaceutique le plus composé que nous ait légué l'antiquité, fort riche en produits de ce genre. Elle a beaucoup varié dans sa composition. La formule originale est celle qu'on trouve dans Galien. Elle n'a été reproduite fidèlement par aucune pharmacopée, celle du Piémont exceptée. Elle a subi des réformes plus ou moins heureuses, qui ont porté sur des substances inertes ou de peu de valeur, de telle sorte que ce ■ vieux débris de la médecine orientale » n'est plus que l'ombre de la formule .primitive. On a classé les médicaments qui entrent dans la composition de la thériaque, d'après leur analogie de nature et de propriétés, en treize séries : 1° substances acres : pulpe de scille, racine d'asaret, agaric blanc, semences de bunias ou navet sauvage et de thlaspi; 2° substances a m ères : myrrhe, sommités de petite centaurée, racines de gentiane et de rhubarbe, herbes de scordium, declmnisedrys et de chamœpithj's, sommités de millepertuis; 3° substances astringentes : pétales de roses rouges, racine de potentille rampants, suc d'hypociste, suc d'acacia colcothur; 4° aromates exotiques : écorce de cannelle et de cassia liguea, racine de gingembre, poivre long, poivre noir, ainome , cardamomes , feuilles de inalaha-
THER
thrium, herbe île schénante, racine et tige de nard des Indes, racine de nard celtique, de costus d'Arabie et d'acore vrai, bois d'algès; 60 aromates indigènes : safran, écorce de citron sèche, calament des montagnes, dictame de Crète, fleurs de stéchas d'Arabie, verticilles de marrube, sommités de pouliot, da narcisse et de marjolaine, racine d'iris de Florence ; 6° aromates tirés des orobellifères : semences de persil de Macédoine, d'ammi, de fenouil, d'anis, de seseli, de daucus de Crète, racine de méum ; 70 résines et baumes : xylobalsame, carpobalsame, opobalsamum , oliban, térébenthine de Chio, mastic, baume de Judée, storax calamité ; 8° substances fébriles : racines de grande valériane et d'aristoloche menue, galbanum, opoponax, sagapénum castoréum ; 9° substance vireuse ; opium; 10° terre inerte : terre de Lemnos; 11° gommes, fécules, etc. : gomme du Sénégal, mie de pain , farine d'orobe , chair de vipère ; 12° substances douces : suc de réglisse, miel de Narbonne; 13» vin d'Espagne.
Récemment préparée, la tliériaque est rie couleur marron; mais, avec le temps, elle noircit et, change d'odeur, k cause d'une fermentation qui s'y établit. Son emploi est aujourd'hui à peu près abandonné, et les médecins qui s'en servent encore l'ordonnent dans un petit nombre de cas ; ainsi dans les Jangueurs et les faiblesses d estomac", chez les chlorotiques , chez les vieillards, dans les convalescences des affections de longue durée qui ont réduit les malades à un état presque anémique et dans le marasme qui accompagne les grandes suppurations, dans les gastralgies, principalement sous forme d'épithème, arrosé de laudanum et appliqué sur la région épigastrique. Trousseau lu conseillait dans les fièvres de mauvais caractère, dans les varioles confiuento.s, dans la rougeole, lorsque l'éruption s'affaisse et que de graves désordres surviennent, soit du côté de la tête, soit du côté de la poitrine, ou bien encore lorsque, au début de l'éruption, une violente diarrhée jette le malade dans l'affaiblissement et ne lui laisse plus assez de force pour suffire k l'élimination du principe morbide.
Sydenham appréciait beaucoup ce singulier électuaire, et Bordeu a écrit les lignes suivantes : « Il me semble que la tkériaque, qui tient essentiellement des liqueurs spiiitueuses et qui ne peut être suppléée en partie que par le vin et ses préparations, contient éminemment toutes les vertus nécessaires dans les incommodités et dans beaucoup d'accidents des maladies; elle console la nature, elle la remet, dans tous les cas de langueur, de faiblesse, de tristesse ; elle réveille les fonctions de l'estomac, toujours en faute dans les maladies; elle excite dans le corps un tumulte d'ivresse nécessaire pour vaincre les dérangements de ce viscère important, qui est, à tant d'égards, un des centres de la vie, de la santé et de l'exercice de toutes les fonctions. Elle réussit dans mille cas qui semblent opposés, parce qu'elle a mille côtés favorables à la santé; elle réunit, pour ainsi dire, tous les goûts possibles de tous les estomacs. » Peut-on en être mieux engoué ?
— Tkériaque allemande ou des Allemands- C'est l'extrait ou rob de genièvre.
— Tkériaque céleste ou d'Hoffmann. Elle diffère de la tkériaque ordinaire par le cinabre, qui y remplace le colcotar, et par l'absence de substances fermentescibles.
— Tkériaque diatessaron. Electuaire renfermant de la myrrhe, de la gentiane, de l'aristoloche, des baies de laurier et du miel de Bretagne; c'est la tkériaque vétérinaire.
— Tkériaque des paysans. Ce n'est qu'un autre nom du diatessaron et de la tkériaque allemande.
Pour la manière de fabriquer la tkériaque et certaines autres particularités qui concernent cette préparation pharmaceutique , v.
ÉLECTUAIRH.
THÉR1CLÉEN adj. m. (té-ri-klé-ain). Antiq. rom. Su disait de vases sculptés dans le genre de ceux qui avaient été faits par un artiste grec nommé Thérielès.
THÉR1DIDE adj. (té-ri-di-de — de théridion, et du gr. eidos, aspect). Arachn. Qui ressemble ou qui se rapporte au théridion.
— s. m. pi. Famille d'aranéides, ayant pour type le genreihéridion.
THÉRIDION s. m. (té-ri-di-on — du gr.
thêridion, petite bête). Arachn. Genre d'aranéides, du groupe des araignées, comprenant f)lus de soixante espèces, répandues sur tous es points du globe.
— Eocycl. Les théridions présentent comme caractères principaux : huit yeux, presque égaux entre eux, occupant le devant du céphalothorax ; la lèvre courte, plus large à sa buse; les mâchoires étroites, cylindriques, allongées, inclinées; les pattes allongées, fines, celles de la première paire les plus longues. Ces aranéidos sont sédentaires; elles tissent une toile k réseaux irréguliers, composés de fils qui se croisent en tous sens sur plusieurs plans différents. Les nombreuses espères de ce genre sont répandues dans toutes les régions du globe. La plus connue est le thêridion bienfaisant; sa longueur est* de 0™, 005; ses couleurs sont variées de brun, de fauve et de gris. Ce tkéridion est très-
THER
commun, surtout dans les jardins et les potagers; il se platt à tendre des fils, formant Une toile irrégulière très -fine, sur la surface des feuilles, entre les corymbes de Heurs, au sommet des bruyères, des graminées et d'autres plantes. La femelle fait trois pontes dans le cours de l'été ; elle enveloppe ses œufs d'un tissu serré, d'un blanc très-éclatant, formant un cocon aplati et lenticulaire. Le maie et la femelle habitent ensemble sur la même feuille. La toile de cette aranéide, malgré sa finesse, Suffit pour préserver les raisins des attaques des insectes. 11 est rare qu'on serve de ces fruits en automne sans qu'il y ait plusieurs théridions, et les personnes les plus dégoûtées en ont avalé bien des fois avec leur cocon sans s'en*aperce voir. On peut citer aussi le tkéridion malmignatte, auquel on a attribué, peut-être à tort, des propriétés venimeuses.
THÉRIDOMYS s. m. (té-ri-do-miss — du gr. thêriédés, sauvage ; mus, rat). Mamin. Genre de mammifères rongeurs fossiles.
THÉR1E s. f. (té-rt — du gr. tkér, bête sauvage). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des phalénides. U Genre d'insectes diptères, de ta famille des athéricères, tribu des rauscides, dont l'espèce type vit aux environs d'Angers.
THÉRINE s. f. (té-ri-ne — dimin. du gr. thér, bête fauve). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des mtiscides, dont l'espèce type habite l'Allemagne.
THÉRIN1E s. f. (té-ri-nt — dimin. du gr. thér, bête fauve). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des phalénides.
THERIOPHONE s. m. (té-ri-o-fo-ne — du gr. thêrion, animal; pkoneuâ, je fais périr, par allusion aux propriétés vénéneuses de la plante). Bot. Genre de plantes, de la famille des aroldes, tribu des cryptocorinées, dont l'espèce type croit dans l'Inde.
THÉRISTIQUE s. m. (té-ri-sti-ke — du gr. thêristés, moissonneur). Ornith. Genre d'oiseaux échassiers, formé aux dépens des tantales ou des ibis.
THÉRISTRE s. m. (té-ri-sire — gr. tkiristrion; de therizô, je passe l'été). Antiq. gr. Vêtement léger, vêtement d'été kl'usage des femmes.
THÉRITE s. m. (té-ri-te — du gr. tkerizâ, je passe l'été). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes.
THERMA, premier nom de Thkssaloniq.uk.
THERMO H IMMENSES, ville d'Italie. V,
TSRMINI.
THERMAL, ALE adj. (tèr-mal, a-le — rad.
thermes). Se dit des eaux minérales chaudes : Eaux thermales. Leseaux des terrains primordiaux sont presque toutes thermales.
(Chevreul.)
— Se dit des établissements placés près d'une source d'eau thermale, et où se rendent les malades a qui on en a prescrit l'usage : Le département possède un grand nombre d' 'établissements thermaux. (Abel Hugo.)
— Hist. nat. Se dit des animaux et des végétaux qui vivent dans les eaux thermales.
THERMALITÉ s. f. (tèr-ma-li- té — rad.
thermal). Nature, qualité des eaux thermales.
THERMANOMÈTRE s. m. (tôr-ma-no-mètre
— du gr. thermê, chaleur, et de manomètre). Physiq. Manomètre indiquant le rapport de la tension de la vapeur avec sa température.
THERMANBMIQUE s. f. (tèr-ma-né-mi-ke
— du gr. tkermê, chaleur ; anemos, vent). Appareil qu'on avait imaginé pour utiliser la chaleur perdue dans les tuyaux de cheminée.
THERMANIQUE adj. (tèr-ma-ni-ke — du g r. thermainô, j'échauffe). Méd. Qui »gi( par l'élévation ou rabaissement de la température: flans les maladies, il faut tenir compte des causes thermaniques. Il Peu usité.
THERMANTIQUE adj. (tèr-mnn-ti-ke — du gr. tkermantikos ; de thermainô, j'échauffe). Méd. Se dit des remèdes excitants, des substances échauffantes.
THERMASTRIS s, f. (tèr-ma-striss — mot gr. qui signif. proprem. chaudière). Antiq, gr. aorte de danse dans laquelle on se livrait à des mouvements violents.
THERMES s. m. pi. (tèr-me — latin thermes, sous-entendu aqux, eaux, eaux chaudes. Thermx représente le grec therma, sous-entendu udata , eaux chaudes, bain chaud; de thermos, chaud, mot de la même famille que therô, chauffer, theros, été, thermê, chaleur, thermainô, échauffer). Antiq. rom. Etablissement de bains publics : Thermes de Titus, de Dioclétien, de Julien.
— Etablissement thermal, il Peu usité.
— Encycl. Ce nom fut donné sous l'empire, chez les Romains, aux bains d'eau chaude, soit que la chaleur en fût naturelle , soit qu'elle fût produite par des moyens artificiels. Plus tard, on appliqua le même nom au bâtiment qui contenait tout ce dont se composait un établissement de bains complet. Tels étaient, par exemple, les thermes qu'Agrippa légua au peuple romain et dont le bel édifice que nous appelons maintenant le Panthéon formait une partie. Ils furent proba-
THER
blement construits Van 723, pendant l'édilité d'Agrippa, époque a laquelle il amena l'eau de la Virgo k Rome au moyen d'un aqueduc qui aboutissait dans le champ de Mars. Dion Cassius dit qu'Agrippa établit un bain de vapeur, sudatorium laconicum, en 729; il faut prendre cette assertion strictement à la lettre , c'est-à-dire qu'il ne faut pas croire que Dion entende parler de la construction des bains en général, mais d'une éuive ajoutée aux bains déjà existants. En effet, du temps > d'Agrippa, l'usage des bains de vapeur était peu répandu et on n'avait pas encore commencé à appeler les bains des thermes. Le vaste édifice des bains d'Agrippa renfermait des salles pour les lotions à toutes les températures : bain froid, bain tiède, bain chaud, bain de vapeur. Il y avnit, en outre, des cours entourées de portiques où, suivant l'usage, les baigneurs pouvaient prendre le plaisir de la promenade ou jouer a la paume après s'être lavés. L'an 74Î, Agrippa légua ces bains au peuple.
Ceux qui existaient primitivement à Rome portaient simplement le nom de baline<e ou Daines, C'étaient des établissements publics où l'on pouvait prendre des bains d'eau chaude et d'eau froide, aussi bien que des bains de vapeur, et qui, selon Varron, avaient deux corps de pièces , l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes.
On comprendra facilement le système d'après lequel les établissements des Romains étaient disposés et la méthode ingénieuse de .leur construction, en suivant avec une grande attention l'explication que nous allons donner ci-après.
Ces bains avaient sur la rue six entrées distinctes, les trois premières étaient pour les clients; les deux suivantes, pour les esclaves et pour les différents besoins du service de l'établissement; la dernière donnait accès dans les bains des femmes, qui n'avaient aucune communication avec l'autre corps de bâtiment, beaucoup plus v»3te.
Commençons notre visite par la première entrée. On rencontrait d'abord, a main gauche, la latrina, dont le nom indique suffisamment la destination ; puis une cour découverte , entourée de trois côtés par une colonnade; elle formait une sorte iï atrium pour le reste de l'édifice. Sur un des côtés de cette cour se trouvaient des sièges de pierre pour les esclaves qui attendaient que leurs maîtres revinssent du bain ou pour la commodité des gens qui attendaient le retour de leurs amis. Sur un autre côté de*la même cour s'ouvrait une chambre qui servait de salle d'attente pour les baigneurs, ou qui probablement était destinée au surveillant des bains.
Il y avait une autre latrina près de la seconde entrée principale, d'où un corridor, qui tournait brusquement vers la droite, donnait dans Vapodyterium, chambre où l'on se déshabillait et qui communiquait avec chacune des entrées principales et avec chacune des pièces ou l'on prenait des bains chauds ou froids; de chaque côté de la salle étaient- des sièges en maçonnerie où les baigneurs pouvaient s'asseoir pour s'habiller ou se déshabiller. Cette pièce s'ouvrait sur le frigidarium ou salle contenant le bain d'eau froide ; le bain lui-même (baptislerium) était un bassin de marbre circulaire de 3 mètres & 4 mètres de diamètre ; deux gradins y élaient pratiqués et il y avait au fond un siège bas sur lequel le baigneur pouvait s'asseoir et se laver.
Tout auprès était la chambre où se tenait lacapsarius, esclave chargé de la garde des vêtements des baigneurs ; il parait que cet emploi demandait beaucoup de vigilance ; car nous voyons dans Ovide et dans Plaute que le vol des habits était très-fréquent dans les bains publics à Rome. Sur Vapodyterium donnait le tepidarium ou chambre tiède; on on maintenait l'atmosphère à une température agréable au moyen d'un brasier. Le tepidarium de la parue réservée aux femmes éluit ordinairement chauffé par des tuyaux de calorifère courant sous le plancher.
Cette pièce servait surtout k tempérer le passage soudain du chaud au froid quand le baigneur retournait de la pièce chaude à l'air libre. Tout autour de l'appartement , sous la corniche que supportaient des figures d'hommes (telamones),se trouvaient des espèces de compartiments où l'on déposait des parfums et tous les objets qui servaient aux baigneurs. C'est aussi dans cet appartement qu'on se faisait frotter avec le strigile et oindre après le bain. De cette salle, une poi te conduisait le baigneur dans le calidarium, ou étuve.
Dans les bains 'qu'on a découverts, tant publics que particuliers, cette pièce est constamment disposée sur un plan uniforme et se compose de trois parties principales : une alcôve circulaire {laconicum) k l'une des extrémités, avec un 'labrum sur un pied élevé au centre; un espace vide au milieu de la pièce (sudatio, sudatorium) et un bain d'eau chaude (alveus) k l'autre extrémité. Dans la partie centrale, le baigneur s'appliquait à lever des poids et à faire des exercices de gymnastique pour provoquer la transpiralion ; il s'asseyait ensuite dans le laconicum et éprouvait une transpiration abondante, provoquée d'ailleurs par les tuyaux qui étaient sous le plancher de la chambre , ou bien il entrait dans le bain d'eau chaude s'il le pré-
THER
ferait. Tl est probable que, dans des constructions magnifiques et considérables telles que les thermes de Rome, il y avait pour chacune de ces choses des appartements séparés; mais, dans les établissements inférieurs, tels que les bains de Pompéi, et dans les maisons particulières, l'étuve (du moins toutes celles qu'on a découvertes jusqu'ici, et elles sont nombreuses) est uniformément disposée comme nous venons de la décrire.
Telle était la disposition générale des bains publics à Rome avant Auguste; mais après ce prince, quand les Romains eurent tourné leur attention vers res arts de la paix et qu'ils employèrent k l'embellissement de la ville une partie des trésors qu'accumulaient entre leurs mains les tributs payés par leurs immenses provinces, le nom de thermes fut plus particulièrement réservé k ces magnifiques établissements, disposés sur le plan d'un gymnase grec, mais construits avec plus de luxe eDcore et dans de plus' grandes proportions, qui, outre des bassins et des pièces pour toute espèce de bains chauds, froids ou de vapeur, contenaient des salons de conversation et de discussion, des bibliothèques, des galeries de tableaux, des appartements pour toute espèce de jeux et d'exercices, des promenades k ciel ouvert et ombragées, des corridors couverts, des portiques pour courir, sauter, faire toute sorte d'exercices gymnastiques, enfin toutes les dépendances qui pouvaient contribuer à procurer des jouissances intellectuelles ou matérielles k une population riche et adonnée au luxe. On peut encore voir dans Rome les ruines très-considérables de trois anciens édifices publics de ce genre : les thermes de Titus , sur l'Bsquilin, où fut trouvé le fameux groupe du Laocoon ; les thermes de Carac&lla ou Antonianx, sur l'Aventin , où l'on découvrit les statues de l'Hercule Farnèse, de la Flora Farnèse et le groupe de Diroê attachée pur Zéthus et Amphion à un taureau sauvage, chefs-d'œuvre conservés dans l'ancien musée Bourbon, k Naples; enfin les thermes de Dioctétien , qui couvrent une partie k la fois du Viininal et du Quirinal, et d'une seule salle desquels Michel-Ange fit une église, Santa-Maria-degli-Angeli , la plus grande qui soit k Rome après Saint-Pierre. Nous allons essayer de restituer, d'après Anthony Rich (trad. Chéruel), les thermes de Caraculla, qui, autant que nous pouvons en juger aujourd'hui, ont été les plus magnifiques. .
Ils s'ouvraient par une colonnade sur la rue; cette colonnade n'existait pas primitivement; Hêliogabale lacommençaet Alexandre Sévère la Ht terminer. Derrière cette colonnade était une rangée de petites pièces qui, à ce que pense Pardini , étaient des chambres de bam séparées , accompagnées chacune d'un apodylerium, ou cabinet pour se déshabiller, pour les personnes qui n'aimaient pas k se baigner en public."Derrière ces salles réservées couraient trois corridors simples, régnant autour de la masse centrale des bâtiments et l'entourant. Dans ces corridors se trouvaient des sièges, ou exedras, où s'asseyaient et causaient les philosophes et les littérateurs, avec une abside semi-circulaire. Immédiatement après, en s'eufoneant sur tes lianes du monument , étaient des galeries semblables aux xysti grecs, en avant des bâtiments consacrés aux exercices gymnastiques et ayant h chaque bout un appartement séparé, qui servait probablement à dîs exercices ou k des jeux empruntés aux Grecs. Au fond, tenant toute la largeur du monument, se trouvaient des promenades découvertes (hypsethrm ambulaliones), plantées d'arbres et a'aibrisseaux, avec des rondspoints qui servaient aussi k toute espèce d'exercices du corps. Derrière était établi le stade, avec des sièges tout alentour, qui permettaient aux spectateurs de suivre la course et les autres exercices auxquels on s'y livrait; de 1k le nom qu'il portait aussi de theatridium. Les massifs derrière le stade contenaient les cuves , avec des fourneaux au-dessous, qui élevaient l'eau servant aux bains jusqu'à une certaine température, avant que des tuyaux la transportassent dans des chaudières toutàfaitcontiguBs aux chambres de bain.
Le bâtiment qui bordait les massifs derrière contenait la réservoir général (ca&tellum) et l'aqueduc qui le remplissait; il y avait également sur la même ligne d'autres appartements dont il est difficile de déterminer l'usage et le nom; tout ce que l'on peut faire, c'est d'inférer de leur place auprès des terrains consacrés k la gymnastique qu'ils se rattachaient en quelque manière au même ordre d'exercices. Le massif central contenait les chambres de bain, dont quelquesunes gardent des traces suffisantes de leur premier usage pour qu'on puisse leur donner aveu confiance une destination et un nom précis. On remarquait parmi elles la natatio, grand bassin où l'on pouvait nager, flanqué de chaque côté d'une suite de cabinets où l'on se déshabillait (apodyleria) et de chambres pour les esclaves (capsarii) qui veillaient sur les habits de ceux qui se baignaient, la simplicité de ces chambres et 1 absence de toute ornementation indiquant assez qu'elles étaient faites pour les domestiques. Au centre du bâtiment central se trouvait le caldarium, avec quatre bains à eau chaude {aluei) et un labrum, ou bassin, sur chacun des deux grands côtés du purnllélo-
THER
gramme. Les marches qui conduisaient dans chacun des bassins subsistent encore, ainsi qu'une partie du tuyau par lequel arrivait 1 eau dans l'un d'eux ; le toit au-dessus de la partie centrale de cette pièce était, comme celui de la natatio , supporté par huit colonnes immenses. En continuant à s'avancer dans le même sens, on rencontre des appartements trop ruinés pour qu'on puisse les restaurer avec quelque certitude, mais qui contenaient, sans aucun doute, le laeonicum, ou bain de vapeur, auquel servait probablement la pièce circulaire qui forme le fond de l'édifice. Des deux côtés étaient des citernes à eau placées près des chambres de bain et alimentées par les cuves situées k l'autre bout de l'édifice. Deux pièces spacieuses , placées symétriquement sur les flancs dubâtiment central, étaient des chambres couvertes servant à faire de l'exercice dans les mauvais temps, et elles semblent bien appropriées aux jeux de balle (sphxristeria) auxquels se livraient les Romains. Celles qui se trouvent plus loin, k côté de la double galerie, étaient des bassins d'eau froide (baptisteria), avec une chambre où ''on se frottait le corps d'huile (elzothesium) , et, de chaque côté, une chambre fraîche (frigidarium).
L'ensemble des bâtiments a, en tout, un mille de tour, et le massif du milieu avait un étage supérieur, dont il existe encore des traces et où étaient probablement placées des bibliothèques et des galeries de tableaux. Ampère dit, en parlant des thermes de Dioctétien : « Les thermes qui portent son nom , mais qui, en réalité, turent l'œuvre collective des quatre Augustes et des deux Césars qui se partageaient le monde romain et dont aucun ne vécut dans Rome, que ses maîtres commençaient à abandonner , ces thermes attestent par leur étendue et par le grand aspect de ce qui en subsiste, surtout de la salle dont Michel-Ange a fait une des plus belles églises de Rome, ce que l'architecture était encore au temps de Dioclétien. »
THERMES, c'est-à-dire bains chauds, nom de plusieurs villes anciennes et d'un grand nombre de monuments, qui portent pour la
Ïdupart les noms des empereurs romains qui es ont fait construire.
Thermos (palais dks), à Paris. Paris possède les restes d'un établissement du genre de ceux que nous venons de décrire, et qui est le seul vestige considérable de la résidence des Romains dans cette capitale.
Les restes du palais des Thermes, convertis depuis quelques années en lieu d'asile Îiour tous les débris antiques retrouvés dans e sol parisien , présentent leur point de vue principal sur le boulevard Saint - Michel. L'ensemble général de ces ruines offre un aspect grandiose, où l'on retrouve les proportions imposantes et la hardiesse des constructions du peuple-roi.
L'origine de ce palais a donné lieu à bien des controverses; l'opinion la plus accréditée en attribue la fondation à l'empereur Constance Chlore, qui séjourna quatorze ans dans les Gaules, tandis que son collègue Dioclétien régnait à Rome. Pendant longtemps, l'empereur Julien a été regardé comme la fondateur du palais des Thermes, qui était sa résidence favorite quand il habitait • sa chère Lutèce ; » il y fut même proclamé empereur. Un examen approfondi des matériaux et du système de la décoration a fait reconnaître que, bien que l'édifice portât le nom de Thermes de Julien, sa construction était antérieure au règne de ce prince.
Le palais des Thermes était très vaste; au dire de quelques auteurs, ses dépendances et ses jardins s'étendaient depuis la Seine jusqu'au sommet de la montagne Sainte-Geneviève; rien n'avait été épargné pour faire de cette résidence impériale une habitation splendide; elle était protégée par un camp établi sur l'emplacement actuel d'une partie du jardin du Luxembourg; les empereurs Valens et Valentinien tirent dans ce palais un séjour de quelque durée.
Quelques-uns des rois francs habitèrent le palais des Thermes; le poëte Fortunat célèbre la magnificence et l'étendue de cet édifice ; d'après lui, le roi Childebert se rendait, sans quitter les jardins du logis impérial, à l'abbaye de Saint-Vincent, aujourd'hui Saint- Germain-des-Prés. Le palais occupait donc tout le terrain des quartiers de l'Ecole-de- Médecine et de Sain t-Andié-des-Arts. Abandonné par Charlemagne et par ses successeurs, dévasté par les Normands, il cessa d'être la résidence des souverains et devint, k ce que l'on croit, la possession des comtes de Paris. Quoi qu'il en soit, vers la lin du xne siècle, le palais des Thermes était dans un état parfait de conservation ; iean de Hauteville nous apprend dans ses poésies que cette antique demeure faisait encore à cette époque l'admiration des Parisiens.
Peu a peu, cependant, des quartiers populeux enveloppèrent le palais et ses jardins; ce domaine fut morcelé et envahi par les rues et les maisons , et il était probablement déjà bien amoindri quand, en 1218, Philippe- Auguste eu fit don à Henri, son chambellan.
Ce qui subsistait encore du palais fut, k la fin du Xive siècle, acquis par les abbés de Cluny, qui, sur une partie de l'emplacement des Thermes, élevèrent l'hôtel où se trouvent réunies aujourd'hui tant de collections
THER
précieuses pour l'art et pour les études archéologiques.
Il y a peu d'années encore, ce qui reste du palais des Thermes, enserré par des constructions modernes et enterré sous une couche profonde de terre végétale, servait de cave à un tonnelier et soutenait un jardin où croissaient des arbres dont les racines disjoignaient les pierres de la voûte romaine. La sollicitude de Louis XVIII sauva ces vestiges vénérables, menacés par tant de causes de destruction. Ce prince ordonna la démolition des maisons qui obstruaient le monument; les ruines furent achetées par le préfet de la Seine; les terres qui pesaient de tout leur poids sur la voûte furent promptement enlevées; dès 1820, des travaux de consolidation commencèrent; en même temps avaient lieu des fouilles qui amenèrent de nouvelles découvertes. Les restaurations accomplies depuis cette époque ont mis ces ruines intéressantes à l'abri des injures du temps et des dégradations plus funestes encore qu'y aurait pu causer la main des hommes.
La partie la mieux conservée du palais des Thermes est une immense salle dont la voûte s'élève fièrement k quarante pieds de hauteur et dont l'architecture, simple et noble à la fois, commande l'admiration par son caractère d'inébranlable solidité et par le grandiose de ses proportions. Des poupes de navires, servant de consoles aux retombées des voussures des voûtes, et trois niches, entourées de claveaux découpés dans la brique et la pierre, sont les seuls ornements de cette salle, qui mesure 21 mètres de longueur sur 12 mètres de largeur. On croit qu elle servait aux bains froids; c'était le frigidarium des bains romains. Au nord se trouve une autre pièce du même style, mais de moindre dimension, et qui formait la piscine. Au couchant de la salle des bains froids, c'est-àdire en venant vers le boulevard, on parvient, après avoir traversé un vestibule, dans le tepidarium ou salle des bains chauds, dont il ne reste plus que des murailles en ruine; cette salie était bordée de grandes niches; on y voyait des débris d'hypocauste, de réservoirs et d'escaliers.
Les Thermes s'étendaient vers le levant ; des murailles antiques, enclavées dans les bâtiments de l'hôtel de Cluny, ne laissent subsister aucun doute à cet égard. Ces constructions sont exécutées en petit appareil carré , formant des murs d'une solidité à toute épreuve, composés d'assises de moellons et d'assises de briques, disposées alternativement et unies par ce ciment indestructible dont le secret est perdu. Les murs des salles étaient intérieurement recouverts d'une couche de stuc de trois à quatre pouces d'épaisseur, dont on voit encore, çk et lk, quelques traces.
Au-dessous du sol de la grande salle existent des restes d'aqueducs, des traces de réservoirs et plusieurs salles curieuses, les unes voûtées, les autres couvertes en plafond, vestiges du double étage de souterrains dans lesquels se réfugia le philosophe Julien pour se soustraire aux ennuis de la pourpre dont ses légions voulaient le décorer. On n'a jamais su jusqu'où s'étendaient ces souterrains; mais des explorateurs dignes de foi ont assuré que, dans presque toutes les caves des maisons situées entre la rue des Mathurins-Saint-Jacques et la rivière, ils ont vu des piliers et des voûtes du même genre de maçonnerie que celle des Thermes.
Les sources de Rungis, situées k trois lieues de Paris, alimentaient les piscines du palais des Thermes ; les eaux pures et saines de ces sources étaient amenées dans les réservoirs des bains par un aqueduc qui traversait le vallon d'Arcueil sur une suite de hautes arcades d'un beau caractère architectural, et dont quelques-unes , respectées par le temps, présentent le même appareil de construction que les murailles du palais.
Parmi les monuments que les Romains ont laissés dans diverses parties des Gaules, il en est plusieurs qui, par leur importance artistique et par leur état de conservation , laissent loin derrière eux le palais des Thermes; Lillebonne, Narbonne, Orange, Nîmes surtout, où se trouvent réunis dans un étroit espace des chefs-d'œuvre tels que le temple et la fontaine de Diane, la Maison carrée, la porte de César, etc., sont, k cet égard, plus favorisés que la vieille Lutèce : mais, telles qu'elles nous ont été conservées, les ruines du palais des Césars, sur lesquelles quinze siècles ont passé, commandent l'admiration et par les souvenirs que leur présence évoque et par leur caractère de hardiesse architecturale et d'inébranlable solidité.
THERMES (Paul de La Barthe, seigneur de), maréchal de France, né k Couserans (Gascogne) en 1482, mort k Paris en 1562. Il appartenait à une famille noble, mais pauvre. Ayant tué dans un duel un homme fort bien en cour, il dut quitter la France. Eu 1528, il prit part, sous les ordres de Lautreo, au siège de Naples, tomba entre les mains de corsaires turcs en revenant en France avec les débris de l'expédition et subit deux années de dure captivité. Racheté en 1530, il reçut de François I" une compagnie de chevaulégers , se distingua en Piémont, dans le Roussillon et commanda 1,600 chevaux au siège de Perpignan (1542). Nommé, en ré-
THER
compense de son activité, de sa prudence et de sa valeur, gouverneur de Savillan, il défendit cette place avec succès contre les efforts réunis du duc de Savoie et du marquis de Vasto, reçut ensuite le commandement de Lans, château près de Turin, prit une part brillante k la bataille de Cérisoles, où il fut fait prisonnier (1544), et fut échangé peu après. Lorsque la guerre eut recommencé, en 1547, de Thermes s'empara du marquisat de Saluées et de Revel, place forte du Piémont, puis il passa en Ecosse en 1549, pour y défendre la reine Marie et enleva plusieurs .places aux Anglais. De retour en France (1550), il reçut la mission de se rendre auprès du pape Jules III, pour le détourner de faire la guerre k Octave Farnèse, protégé par la France. N'ayant pu y parvenir, il se jeta dans Parme, qu'il défendit contre Gonzague et Marignan (1551), excita k la révolte et défendit la petite république de Sienne, alla soumettre, en 1554, une partie de l'île de Corse k la France et fut appelé, l'année suivante, au commandement général du Piémont. Après avoir fait deux campagnes, en 1555 et 1557, et reçu de Henri II le comté de Comminges et le bâton de maréchal (1557), de Thermes contribua k la reprise de Calais (1558), qui était depuis deux cent dix ans au pouvoir des Anglais, fut nommé gouverneur de cette ville, prit peu après d'assaut Dunkerque et s'avança jusqu'à Nieuport en ravageant tout le pays; mais bientôt il se vit attaqué par les Espagnols et par le comte d'Egmont, dut battre en retraite, fut atteint et vaincu à Gravelines par l'ennemi, entre les mains duquel il tomba, et recouvra la liberté lors du traité de Cateau-Cambrésis (1559). Attaché aux Guises et chargé du gouvernement de Paris au commencement des troubles religieux, il fut destitué à cause de sa modération et mourut peu de temps après cette honorable disgrâce. De Thermes avait acquis la réputation d'un des plus braves capitaines de son temps.
THERMÉSIE s. f. (tèr-mé-zl — du gr.
thermê, chaleur). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuides.
THERM1A , ancienne Cythnos , île du royaume de Grèce, dans les Cyclades septentrionales, au S.-S.-E. de Zea, par 37<> 24' de latit. N. et 23° 5' de longit. E.; 20 kilom. sur 8 ; 6,f>00 hab. Elle est montagneuse, mais trèsfertile lk où le sol peut être cultivé. On y recueille particulièrement de l'orge, du coton et du vin, et on y élève des moutons, des vers k soie et des abeilles. Elle produit de l'orge, du vin, du miel, de la cire et de la laine. Elle renferme deux bourgs, Silackea et Thermia. Ce dernier, qui en est le chef-lieu et la résidence d'un évêque grec, compte 4,000 habitants.
THERMIÂTR1E s. f. ( tèr-mi-a-trî — de thermes, et du gr. iatreia, médecine, guérison). Méd. Partie de la thérapeutique qui a pour objet les eaux thermales.
THERMIDOR s. m. ( tèr-mi-dor — du gr.
thermê, chaleur). Onzième mois du calendrier républicain, commençant le 19 ou le 20 juillet et finissant le 17 ou le 18 août.
— Adj. Style thermidor, Genre de décoration lourd et de mauvais goût qui caractérise les édifices construits dans les dernières années de la Révolution française.
Thermidor (jOTJRNÉE DU 9) [27 juillet 1794].
Depuis le rapport de Vadier sur Catherine Théot, Robespierre avait cessé de prendre part aux délibérations du comité de Salut public, où il ne comptait plus que des adversaires, de même que dans le comité de Sûreté générale. Le seul membre influent qui fût son ami, Saint-Just, remplissait une mission aux armées. Celui-ci étant de retour, Robespierre songea k frapper un grand coup pour ressaisir la direction des affaires, qui échappait de ses mains. Envoyer k l'échataud les députés qui lui étaient le plus hostiles dans les deux partis extrêmes, en les représentant comme les continuateurs d'Hébert et de Danton, tel était son moyen. Déjà, il les avait renfermés dans un cercle étroit d'espionnage, mais non sans leur donner l'éveil. Le 8 thermidor, il lut k la tribune un long discours dans lequel il attaquait les comités de gouvernement, désignait, sans les nommer, ceux qu'il voulait sacrifier et faisait sa propre apologie. Dans le premier moment, la Convention vota l'impression du discours et son envoi à toutes les communes; mais les représentants sur la tête desquels était suspendu le glaive éclatèrent tout k coup contre le dictateur, et le décret fut rapporté. Le soir, Robespierre lut son discours aux Jacobins; on 1 applaudit beaucoup; on chassa de la salle ceux des députés qui s'étaient opposés à l'impression ; Biilaud-Varennes et Collot d'Herbois, deux membres du comité de Salut public, étaient du nombre. Ils se rendirent au comité pour lui faire part du traitement dont ils venaient d'être l'objet. L'indignation fut grande parmi leurs collègues. Saint-Just était là, silencieux, écrivant sur une table. On l'interpelle vivement, on s'approche, on saisit son manuscrit : c'était un projet de discours, où, plus explicite que Robespierre, il dénonçait nominativement les membres des comités.
On lui fit promettre de ne pas faire usage de ce qu'il avait écrit; mais le lendemain, dès
THER
l'ouverture de la séance de la Convention, il monta k la tribune pour y lire sa harangue. Il ne put pas aller au delà du quatrième alinéa. Tallien (v. ce nom) l'interrompit. Ce fut alors un torrent de dénonciations, d'imprécations et d'injures contre Robespierre. La Plaine, sur laquelle il comptait, l'abandonna. Chaque fois qu'il voulait prendre la parole, Sa voix était étouffée par le cri : « A bas le tyran t > poussé de tous les côtés de la salle. Enfin on le décréta d'arrestation, lui, son frère, Saint-Just, Couthon et Lebas. La même mesure fut prise contre Hauriot, commandant de la garde nationale, Dumas, président du tribunal révolutionnaire, et autres. Ils restèrent k peine en prison quelques heures ; on les délivra par ordre du conseil de la Commune, alors en pleine insurrection contre la Convention nationale. Lorsque la Convention apprit qu'ils étaient à l'Hôtel de ville, elle les mit hors la loi , ainsi que tous les municipaux. Ceux-ci prenaient des mesures énergiques pour assurer le succès de l'insurrection. Ils avaient déjà réuni la plupart des sections autour d'eux ; mais Hanriot, investi du commandement, était ivre depuis le matin. Robespierre, hésitant devant cette levée de boucliers contre la représentation nationale, paralysait le mouvement par son inertie. La Convention, au contraire, agissait avec vigueur. Elle avait chargé Barras et d'autres représentants de diriger la force armée contre la Commune. Ils se répandirent dans tous les quartiers de Paris pour y haranguer le peuple et ils obtinrent un plein succès. A sept heures du soir, la Convention n'avait pas un seul homme pour elle ; mais, vers trois heures du matin, elle avait réuni assez de forces pour envahir l'hôtel communal et se saisir de tous ceux qui s'y trouvaient. Parmi les prisonniers , cent quatre furent exécutés les 10, Il et 12 thermidor, après la seule constatation de leur identité devant le tribunal révolutionnaire; c'étaient Robespierre et son frère, Saint-Just, Couthon et Lebas, le commandant de la force armée, le président du tribunal révolutionnaire, le der> nier président des Jacobins, le maire de Paris, l'agent national de la Commune, tous les membres de la municipalité ou du conseil général. V. Robespierre, Tallien, Merda, etc.
THERMIDOR (Notre-Dame DE), surnom donné k Mme Tallien, k cause de l'influence réelle qu'elle avait eue sur les événements en excitant Tallien, qui n'était pas encore son époux, à préparer la chute de Robespierre au 9 thermidor. Elle était alors à la Force et menacée du tribunal révolutionnaire. D'autres la nommèrent Noire -Dama de Septembre, mais rien de plus absurde et de plus injuste ; car, lors des massacres de septembre, elle était à Bordeaux et ne connut Tallien qu'à l'époque de sa mission en cette ville, en octobre 1793. Elle ne pouvait donc avoir eu aucune influence sur sa conduite en septembre 1792 (on sait qu'il était accusé, à tort ou k raison, d'avoir trempé dans les massacres).
Thermidor (Notre-Dame de), roman d'Arsène Houssaye. V. Tallien (Mme).
THERMIDORIEN, IENNE adj. (lèr-mi-dori-ain, i-è-ne — rad. thermidor). Hist. Qui a rapport aux événements du 9 thermidor an II : La réaction thermidorienne est une des plus lâches que la France ait produites. (G. Sand.)
— s. m. Nom donné aux instigateurs et aux auteurs des événements du 9 thermidor an II : Mobespierre n'était pas tout à fait si nul qu'on l'a fait au gré des TaERMiDORiENS. (Ch. Nod.)
— Encycl. On donna ce nom k ceux qui prirent une part active à la journée du 9 thermidor, bien qu'ils ne fussent pas tous unis de vues. D'un côté, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Vadier, Amar, Léonard Bourdon avaient renversé Robespierre pour écarter un homme intraitable, impérieux, qui voulait imposer ses idées, souvent fort étroites, aux autres membres du gouvernement ; mais ils n'avaient point entendu arrêter l'essor du mouvement révolutionnaire.
Tallien, Legendre, Fréron,Thuriot, Bourdon (de l'Oise), Rovère, Merlin (de Thionville), Barras, au contraire, voul:tie"nt que la chute de Robespierre lût le signnl de la réaction, et ils l'emportèrent facilement, appuyés qu'ils étaient par la majorité modérée de la Convention. Les premiers ne tardèrent pas k être proscrits: c'étaient les dupes; les autres eurent k lutter pour n'être pas emportés euxmêmes avec la République, tant la marche rétrograde fut rapide : les révolutionnaires devenaient-ils menaçants, ils s'appuyaient sur les royalistes; si ceux-ci remuaient, ils appelaient les autres k leur aide. C'est par ce système de bascule que Tallien et ses amis arrivèrent à se maintenir jusqu'à la tin de la session conventionnelle (13 brumaire an IV ou 4 novembre 1795). Alors cessa la dénomination de thermidoriens. La plupart de ces hommes étaient d'une immoralité profonde; ils léguèrent cet héritage au Directoire. Une fête commémorative du 9 thermidor, qu'ils avaient instituée en l'an III, sur la proposition du député Olivier Gérente, fut célébrée jusqu'en l'an VII.
THERMIQUE adj. (tèr-mi-ke — du gr.
thermê, chaleur). Physiq. Qui a rapport k la chaleur, k la température : Indications tkebt
THEÎt
miqubs d'un appareil, il Carte thermique, Carte donnant la température moyenne ou les températures extrêmes des pays qui y sont ligures.
THERMO, préfixe qui indique la chaleur, et qui vient du grec thermê, chaleur,
THERMO-BAROMÈTRE s. m. (tèr-mo-baro-inè-tre — du préf. ihermo, et de baromètre). Physiq. Instrument qui donne à la fois des indications thermométriques et barométriques.
THERMO-BAROMÉTRIQUE adj. (tèr-moba-ro-mé-tri-ke — rad. thermo-baromètre).
Physiq. Qui concerne le thermo-baromètre : Appareil thermo-barométrique.
THERMOCH1MIE s. f. ( tèr-mo-chi-mî — du préf. thermo, et de. chimie). Chim. Branche de la science chimique qui s'occupe de la détermination de !a quantité de chaleur dégagée dans les combinaisons.
— Encycl. La thermochimie, science toute moderne encore, donnera certainement la loi de la stabilité des corps, loi qui, jointe à celle de l'atomicité des éléments, permettra de construire à priori toute la série possible des composés réalisables. La thermochimie est encore peu avancée. On n'a guère étudié jusqu'à ce jour que la chaleur absorbée ou dégagée dans des combinaisons rapides telles que celles qui résultent de la combustion complète d'un corps dans l'oxygène ou le chlore, et la chaleur absorbée ou dégagée dans certaines réactions par voie humide, qui sont ' également instantanées, comme l'hydratation des acides et des bases et la formation des sels. Toutefois, M. Berthelot est parvenu, comme nous le verrons bientôt, à déterminer par le calcul, en partant des chaleurs de combustion que l'on peut déterminer expérimentalement, les chaleurs de combinaison des corps pour lesquels cette détermination expérimentale est impossible.
MM. Favre et Silbermann ont déterminé, à l'aide d'un appareil que nous ne pouvons décrire ici, les chaleurs de combustion d'un grand nombre de substances organiques.
Mais pendant longtemps on n'a fait aucune tentative pour appliquer les résultats de leurs belles recherches à une théorie de thermochimie.
M. Berthelot a publié en 1866 des travaux de thermoehimie qui comblent cette lacune et qui ont grandement augmenté l'intérêt qui s'attachait jusque-là aux expériences de MM. Favre et Silbermann. Nous allons résumer son travail.
Partant de l'hypothèse que, dans le cas des combinaisons chimiques, les atomes des corps qui entrent en combinaison se précipitent les uns sur les autres avec une grande vitesse, et que, de leur choc, résulte la chaleur dégagée, M. Berthelot croit pouvoir appliquer à la thermochimie les principes de la théorie mécanique de la chaleur; car, dans cette supposition, les réactions chimiques se ramènent à des phénomènes mécaniques trèscompliqués. Par conséquent, il applique aux réactions chimiques les principes de la théo- . rie mécanique de la chaleur, admet que, de même que pour amener un système mécanique d'un état initial à un état final, il faut une certaine somme de travail qui est indépendante de la voie par laquelle la transformation s'est effectuée; de même, on peut poser comme principe général de thermochimie le théorème suivant : « Lorsqu'un système de corps simples ou composés éprouve des changements chimiques ou physiques qui le font passer à un autre état sans production d'effets mécaniques extérieurs au système, la quantité de chaleur dégagée ou absorbée dépend uniquement de l'état initial et de l'état final du système ; elle est la même, quelles que soient la nature et la suite des états intermédiaires. • C'est là le principe de l'équivalent calorifique des transformations chimiques.
Pour poser ce théorème, M. Berthelot a supposé à priori l'équivalence entre la quantité de chaleur dégagée ou absorbée dans une transformation chimique et la somme des travaux moléculaires nécessaire pour les produire. 11 en déduit que :
1" La chaleur absorbée dans la décomposition d'un corps est égale à la chaleur dégagée dans sa formation, pourvu que l'état initial et l'état final soient identiques.
2° La quantité de chaleur dégagée dans ,une suite de transformations égale la somme des quantités de chaleur dégagées dans chaque transformation, les corps étant ramenés à des états identiques.
3°«La différence entre la quantité de chaleur dégagée dans deux séries de transformations partant de deux états distincts pour arriver au même état final est égale à celle qui est dégagée ou absorbée en passant de l'un des états initiaux à l'autre.
4" Si un corps a dégage de la chaleur en s'unissant à b pour former ab, et si ai cède ensuite a à un troisième corps c pour former fic,la quantité de chaleur dégagée dans cette réaction est plus petite que celle qui se dégage dans la formation directe du composé uc, et cela de la quantité de chaleur dégagée dans la combinaison ab. Dans un cas, en effet, nous partons de l'état initial ab pour arriver à ac, et, dans l'autre, de l'état a et de l'état c pour aboutir à ac; par conséquent, conformément au principe posé, la quantité
THER
de chaleur doit être moindre de la quantité de chaleur nécessaire pour produire l'état initial ab.
M. Berthelot fait l'étude du phénomène. La chaleur de combinaison doit être en raison des effets mécaniques extérieurs produits dans la réaction ; par exemple elle doit être différente dans les quatre cas suivants qu'il cite : 1° Nous prenons deux gaz sous pression atmosphérique; nous les mélangeons dans un réservoir où ils se combinent sans explosion. < 2» La combinaison se fait dans le réservoir avec explosion.
3° La combinaison se fait dans un récipient dans lequel les gaz ont été comprimés, mais sans explosion.
4° On peut enfin mélanger et comprimer les gaz et les lancer dans l'atmosphère en enflammant le jet gazeux.
La première de ces conditions est la condition normale; il n'y a pas de travail extérieur produit, et la chaleur dégagée correspond entièrement à la force de combinaison chimique, des deux gaz; elle la représente. Dans le cas de l'explosion, il y a effet mécanique, par conséquent chaleur absorbée, et la chaleur totale dégagée est moindre que dans le premier cas. Le troisième cas doit donner, d'après des considérations théoriques, la même chaleur que le premier. Dans le quatrième cas, la force vive des jets de gaz comprimés et lancés dans l'atmosphère se trouve détruite, c'est-à-dire transformée en chaleur qui devra s'ajouter à la chaleur de combinaison proprement dite ; toutefois, cet effet peut être compensé, car les molécules des gaz communiquent leur force vive aux molécules de l'air, ce qui exige une dépense de force vive.
C'est dans ces dernières conditions que l'on a déterminé la chaleur de combustion des gaz ; mais l'erreur indiquée est négligeable, vu que la vitesse d'arrivée du gaz dans le calorimètre est très-petite. On peut donc dire que, dans toutes les données d'expériences citées plus bas pour les chaleurs de combinaison des gaz, il n'y a pas eu de travail appréciable qui ait accompagné cette combinaison.
Après avoir éliminé de cette manière le travail extérieur, M. Berthelot passe à l'étude de l'influence que la température exerce sur la chaleur de combinaison. La quantité de chaleur dégagée dans une combinaison varie avec la température à laquelle la combinaison s'est faite. Cette variation est exprimée par une formule que M. Berthelot développe comme-il suit :
Soit 2J la chaleur dégagée lorsque la combinaison s'est faite à la température t. Soit U la chaleur nécessaire pour porter le système initial sans combinaison chimique de t à T ; cette chaleur est absorbée par le système. Soit 2T la chaleur de combinaison du système ainsi chauffé préalablement à T'; enfin, soit V la quantité de chaleur qui se dégagerait si l'on ramenait les produits de la réaction sans changement chimique de T à t. Les états initiaux étant les mêmes dans les deux cas, c'est-k-dire quand la combinaison a été directement effectuée à t°, et quand le système a été préalablement chauffé à T", puis, après réaction, ramené par refroidissement à t, nous aurons :
Zt = 2T — U+V, d'où l'on tire : 2T = 2r-f-U — V.
U — V représente la variation de la chaleur de combinaison avec la température.
Mais
U = tii + u1 + ti, + ..., qui se rapportent à chacun des corps simples ou composés qui forment le système initial ; de même Y = v4 + "i + «a + ■••• Ces valeurs se décomposent en chaleur absorbée sans changement d'état par le simple changement de température et chaleur absorbée avec changement d'état. La première de ces valeurs s'obtient en multiplant la chaleur spécifique moyenne de chacun des corps par l'intervalle de température (T — t) et par le poids dudit corps mis en expérience. Le second terme se compose des chaleurs moléculaires de fusion ou de vaporisation (chaleurs de fusion et de vaporisation multipliées par le poids moléculaire de chaque corps). Dans le cas où les corps n'éprouvent pas de changement d'état, la formule pour la chaleur de combinaison est:
QT = Qt + [2C — IC4](T — t),
ïC étant la somme des chaleurs spécifiques moyennes du corps primitif pour l'intervalle (T — t) que l'on considère, et EC, la même somme pour le système final. Il est clair que, dans ce cas, la chaleur de combinaison croîtra avec la température, quand îC l'emportera sur 2C,.
Dans le cas où les corps composants et le composé possèdent tous le même état, solide, liquide ou gazeux, par exemple Ha et O formant H20 au-dessus de 100°, amylène et eau formant de l'alcool amylique, ou bien S et Pb formant du sulfure de plomb, l'expérience prouve que la somme des chaleurs spécifiques des composants est souvent supérieure à celle du composé, et, par conséquent, la chaleur de combinaison ira en croissant pour l'intervalle de t, dans lequel cette condition est réalisée.
Si pendant un intervalle de temps, t, qui ne correspond à aucun changement d'état, ilâr-
THER
rive que ïC, diffère peu de ïC et que la chaleur de combinaison soit très-grande, la correction [ïC — ïC,](T — t) peut être négligeable.
Mais il en est autrement lorsqu'il y a changement d'état ; soient f„ f,,..., les chaleurs moléculaires 'de fusion des corps du système initial; flt /%••■! 'es valeurs correspondantes pour les corps du système final; ç4> ïj,..., les chaleurs de vaporisation des corps du
système initial; f',, f', , la même yaleur
pour les corps du système final ; soient *»i ht *n— '«,
les températures correspondant à ces fusions et à ces vaporisations rangées en ordre croissant de f à T.
Soient C et C, les chaleurs spécifiques moyennes dans l'intervalle de t à („ C et C^ les mêmes chaleurs spécifiques moyennes dans l'intervalle de tt à /,, CaetCaâles chaleurs spécifiques moyennes dans l'intervalle
de iHT.
En introduisant ces valeurs dans la formule primitive, on donne la forme suivante à U etàV:
v = zC(tl~t) + ïC{t,-el)+,.. + ïC*(T-ta)+y+z9. v = «y*,- 1) + ic'.(f , - h) + ... + ic\(T - y +ir+ V-
La formule générale devient alors
QT='Qt + (ïC-ïC,)(/1-0-r- + (ïCa-sC«l)(T-ra) + s/--r-sT-ïr-2ï'.
On peut, dans cette formule, négliger le terme (XC — SC,)^ — î) quand la chaleur de combinaison est très-grande et que 1 on sa contente d'une première approximation ; la formule simplifiée sera, dans ce cas :
QT = Qt + S/-+î9 — Ï/" — V-
Dans quelques cas, la chaleur moléculaire de fusion est beaucoup plus faible que celle de vaporisation et peut être négligée comparativement à cette dernière ; il ne sera nécessaire alors que de tenir compte de la chaleur de vaporisation.
Ici, nouvelle simplification. M. Berthelot, en se fondant sur les chiffres donnés par M. Regnault, dit que la chaleur nécessaire pour convertir en deux volumes de vapeur une molécule d'un grand nombre de corps oscille entre 6,000 et 11,000 calories, et que l'on peut adopter comme moyenne le nombre 8,000 calories. En se contentant de cette moyenne, on calcule la chaleur de combinaison à une température plus élevée que celle à laquelle elle a été trouvée par l'expérience, comme première approximation, par la formule suivante : soient n et n' les nombres des atomes des corps initial et final qui deviennent gazeux ; on a
QT = Q((n — n')S)000.
Quand n = n', QT = Qt, les chaleurs de combinaison sont égales entre elles aux différentes températures ; c'est ce qui arrive dans ta formation de l'alcool avec l'eau et le gaz oléfiant entre 0<> et 200" :
C2H* + H*0 = CSH60.
Dans le premier terme, deux volumes d'eau deviennent gazeux entre 0° et 200°, et, dans le second terme, deux volumes d'alcool deviennent également gazeux en passant de 0° à 200°; n est donc égal à n' et les quantités de chaleur dégagées dans cette réaction seront les mêmes aux différentes températures comprises dans les limites indiquées.
Nous voyons par là que les chaleurs dégagées dans les combinaisons chimiques ne sont pas généralement constantes; elles varient avec l'état physique des corps et la température; ces quantités ne sont comparables que quand les corps se trouvent dans les mêmes conditions. On ne peut comparer la chaleur de Cl et H gazeux pour former HC1 gazeux avec la chaleur de combinaison de 1 solide avec H gazeux pour former HI gazeux. Avant de faire la comparaison, il faut ramener à des conditions auxquelles cette comparaison soit possible. M. Berthelot croit y arriver par une élévation suffisante de température à laquelle les corps entrent en combinaison, et le produit de cette combinaison se rapproche de l'état gazeux parfait. La chaleur spécifique des gaz simples rapportée aux formules À2, Az*, Os et à deux volumes est la même et égale 6,85. Les gaz composés, se rapprochant de l'état de gaz parfaits, possèdent également des chaleurs > spécifiques égales à la somme de celles des gaz simples qui les composent. A partir de la température où un gaz est arrivé à l'état de gaz parfait, sa chaleur moléculaire doit devenir indépendante de la température et égale à la somme des chaleurs moléculaires des gaz composants,
ïC = ïC't, et la formule générale deviendra QT = Qt, parce que, dans la formule QT = Q( + U — V, U sera devenu égal à V. M. Berthelot appelle « chaleur atomique (moléculaire) de combinaison » la chaleur dégagée à la température à laquelle les composants et les composés peuvent être regardés comme des gaz parfaits, et à laquelle cette chaleur est indépendante d'un nouvel accroissement de température.
Il résulte de ce qui a été dit, que la chaleur de combinaison dégagée ou absorbée dans une réaction chimique se réduit à deux termes :
a. La chaleur moléculaire de combinaison provenant du seul effet des affinités chimiques mises en jeu dans des conditions comparables, c'est-à-dire lorsque les corp3 sont à l'état de gaz parfaits.
p. La chaleur provenant de changements d'état, de chaleur spécifique, ou de modifications physiques des corps. Cette seconde cause fait que les quantités de chaleur dégagées ou absorbées dans une seule et même réaction varient suivant les circonstances. Il faut évidemment ramener aux chaleurs
moléculaires de combinaison la chaleur que l'on peut comparer dans les réactions chimiques. Malheureusement, cette chaleur ne peut être que rarement déterminée et représente une définition idéale toutes les fois que les corps qui entrent en réaction ne peuvent sans décomposition exister à l'état de gaz parfaits. Un autre moyen de ramener les corps à un état comparable consiste à produire un abaissement de température tel que tous prennent l'état solide; l'équation reviendrait dans ce cas à
Qt = QT + (sCt — ïC){T — t),
et l'on peut admettre comme approximation, dans le cas de dégagement considérable de chaleur, que les chaleurs spécifiques varient peu et que, par conséquent, toutes les fois que les corps mis en réaction sont solides dans le système initial et dans le système fi,na! , les réactions chimiques peuvent être regardées comme comparables. Les comparaisons seraient tout à fait rigoureuses si le 0° absolu pouvait être réalisé ; c'est là un état limite tout aussi important que l'état gazeux parfait, mais impossible à réaliser, même d'une manière approximative dans nos expériences.
Mais en dehors de ces. cas, où les réactions sont comparables pour tous les corps, il y a des groupes de corps de fonctions chimiques analogues qui, dans le cas de réactions aua- ' logues exécutées dans les mêmes conditions, donnent des dégagements de chaleur comparables entre eux et pour les groupes en Question. La formation des sels solubles à 1 aide d'acides et de bases solubles en est un exemple. MM. Favre et Silbermann ont montré que ces quantités de chaleur diffèrent peu pour les différents acides et les différentes bases quand ils sont dissous dans assez d'eau pour qu'une nouvelle addition de ce liquide ne produise plus de dégagement de chaleur appréciable. Dans ces conditions de désagrégation moléculaire, les différences entre le gaz ammoniac, la baryte caustique et la potasse, par exemple , disparaissent, et les corps ainsi dissous se trouvent ramenés h des états presque comparables.
Mais les quantités de chaleur dégagées dans la formation des sels ainsi dissous sont très-différentes de la chaleur de combinaison moléculaire correspondant à leur formation dans les conditions ordinaires.
M. Berthelot applique ensuite les considérations théoriques que nous venons d'exposer d'une manière ' abrégée au calcul des quantités de chaleur dégagées dans la formation des composés organiques. Comme la formation des corps organiques sa fait généralement d'une manière trop lente pour qu'il soit possible de mesurer d'une manière directe la quantité de chaleur dégagée dans ces réactions, il a fallu prendre pour cela un moyen détourné. M. Berthelot explique par un exemple la méthode dont il s'est servi pour calculer ces quantités de chaleur, en utilisant pour cela les chaleurs de combustion trouvées par les expériences de Dulong, Andrews, Favre, Silbermann, restées jusqu à présent sans valeur théorique. Supposons que nous ayons à calculer la chaleur dégagée dans la formation du gardes marais C + H*=CH*.
Cette quantité de chaleur peut être calculée quand on connaît la chaleur de combustion du carbone, de l'hydrogène et enfin du gaz des marais, nombres que nous ont donnés les expériences de MM. Favre et Silbermann.
Prenons C, H4, O* à 0° et à l'état que nous connaissons à ces corps. On peut changer ce système en 2IW et CO2 de deux manières différentes, o. On combine directement C à 02 et H* à O^ pour former CO* et 2H20. Les chaleurs moléculaires de combustion (l'expérience directe nous donne les chaleurs de combustion rapportées à l'unité de poids; il faut les multiplier par les poids moléculaires des corps mis en expérience) sont faciles à calculer. Nous trouvons par ce calcul que, dans cette combustion exécutée à 0°, il se dégage 232,000 calories, b. Nous formons avec C et H* le gaz des marais, ce qui amène le dégagement d'une quantité de chaleur que' nous ne pouvons pas mesurer directement, vu les conditions de la réaction, et que nous nommons x.
Le gaz CH* ainsi formé, nous le combinons à O4 par la réaction
CH4-r-0* = C02 + 21120,
THER
et noas mesurons la chaleur dégagée dans cette combustion; elle est égale à 210,000 calories; diins les deux cas, nous sommes partis du même système initial C, H*. G* pour aboutir au même système final C02+2H20.
Les quantités de chaleur dégagées dans les deux réactions doivent être égales entre elles par conséquent. Dan3 la formation directe de 211*0 et COs, nous avons vu qu'il s'était dégagé 232,000 calories; dans le second cas, il a été dégagé x calories lors de la formation de CH*, et 210,000 calories dans la transformation de CM* en COS-j-2H'O.Nous avons donc
232,000 cal. = x + 210,000 cal.,
d'où
»= 232,000 — 210,000 cal. = 32,000 cal.
M. Berthelot formule la loi déduite de ces considérations, et dont il s'est servi dans tous ses calculs, en disant que la différence entre la chaleur de combustion de deux systèmes équivalents est égale à la quantité de chaleur dégagée ou absorbée lorsqu'un des systèmes se transforme dans l'autre. Nous résumons sommairement les résultats auxquels le chimiste a été amené par l'application de cette loi, sans entrer dans le détail des calculs.
Dans le cas de l'oxydation graduelle d'un même corps, avec formation de termes successifs renfermant le même nombre d'atomes de C, les quantités de chaleur dégagées sont sensiblement proportionnelles au nombre d'à tomes de O consommés. Pour l'oxydation de l'alcool C^H^Oetsatransformation successive en aldéhyde, acide acétique, acide oxalique, le nombre de calories correspondant à la consommation de chaque O est a peu prés égal à 54,000. Pour l'alcool méthylique, ce sera 50,000, nombre différent du précédent.
Dans les séries homologues, les quantités de chaleur dégagées par la fixation de O' vont en croissant à mesure que le poids moléculaire s'élève.
L'étude de l'isomérie peut gagner beaucoup k la considération des phénomènes thermochimiques. Toute transformation d'un corps dans un corps isomère est accompagnée d'une absorption ou d'un dégagement de chaleur. Nous en voyons un exemple dans le soufre.
On peut reconnaître à priori que la somme des travaux, tant positifs que négatifs, nécessaires pour transformer un corps dans ses isomères n'est égale à O que dans des cas exceptionnels, et que, comme règle générale, ces travaux nécessitent un dégagement ou une absorption de calorique. Quelques données que M. Berthelot a recueillies à ce sujet confirment ce qu'il avance. La chaleur de combustion des hydrocarbures C10H1S sera pour:
L'essence de citron. . . 1,400,000 calories.
— de térébenthine. 1,475,000 — Le térébène 1,450,000 —
Les deux premiers hydrocarbures sont doués du pouvoir rotatoire dont le dernier est privé. La perte de ce pouvoir amène un certain dégagement de chaleur correspondant à un travail moléculaire qui a amené celte perte. L'expérience confirme ce fait. Quand on traite de l'essence de térébenthine par de l'acide sulfurique, elle perd son pouvoir rotatoire et dégage une quantité considérable de chaleur. Du reste, cette réaction n'est pas très-nette, car elle est accompagnée de la formation de produits polymères.
Les polymères offrent également des phénomènes intéressants ; la transformation d'un corps dans son polymère est accompagnée d'un dégagement de chaleur. Ceci se retrouve, par exemple, lorsque le térébène est transformé eu ditérébéne. On remarque en même temps que le point d'èbullition s'élève et que la densité devient plus forte; seule, la chaleur spécifique demeure invariable. La comparaison des corps métamères de fonction différente est aussi d'un grand intérêt. L'acide formique peut, avec l'alcool méthylique, donner deux composés isomères différents : le foriniate de méthyle et l'acide acétique; le premier par réaction directe et le second par l'intermédiaire du cyanure de métliyle.
La chaleur de combustion du foriniate de méthyle est égale à 252,000, et celle d'acide acétique k 210,000 calories. M. Berthelot en conclut que la transformation du foriniate de méthyle en acide acétique serait accompagnée d'un dégagement de 42,000 calories.
Mais c'est un fait reconnu, qu'un dégagement de chaleur considérable, accompagné d'un changement de propriétés physiques, correspond ii une combinaison plus intime des éléments composants. En effet, dans le cas en question, l'èther mèthyl-formique peut être facilement transformé en alcool méthylique et en acide formique, tandis que l'acide acétique présente une stabilité bien plus grande. M. Berthelot en conclut que l'acide acétique est un principe unitaire et 1 éther formique un principe secondaire, en comprenant .sous la première dénomination les combinaisons plus stables et plus intimes que celles auxquelles il applique la seconde dénomination. Le même fait s'observe pour les éthers iuriniques de tous les alcools comparés aux acides qui leur sont isomères, ainsi que généralement pour les acides CnH2nOa comparés aux éthers isomères.
Par exemple, l'acide butyrique dégage en
TUER
brûlant 497,000 calories, l'éther acétique 553,000.
L'acide caproïque dégage 812,000 calories, l'éther méthyl-valérique, 856,000.
Généralement, plus une combinaison est stable, plus la chaleur dégagée dans la formation est grande. Le composé formé dans ces conditions a une densité et un point d'èbullition supérieurs à celui de son isomère.
M. Berthelot fait remarquer fort justement que ' les transformations réciproques des corps isomères se rattachent aux notions les plus générales de la mécanique chimique; il se dégiige de la chaleur : 1° lorsque plusieurs molécules se réunissent pour former un polymère ; î» lorsqu'un Composé secondaire se transforme en un composé unitaire. -En dernier lieu, M. Berthelot applique le principe que nous venons d'énoncer à l'étude de la formation des différentes séries de corps organiques, étude du plus haut intérêt, dans laquelle les limites de cet article ne nous permettent pas de le suivre.
— Corps explosibles. M. Berthelot n'a point abordé cette question ; mais on sait que les corps explosibles, tels que les composés oxygénés du chlore, dégagent de la chaleur en se décomposant et eonséquemment en absorbent pour se former. Ce fait, au premier abord, semble inexplicable. On comprend, d'après la loi posée plus haut, que, la stabilité d'un composé étant plus faible que celle d'un autre, la chaleur dégagée dans fa formation du premier soit inféiieure à celle dégagée dans la formation du second; mais on ne comprend pas qu'elle soit nulle, ce point ne paraissant pouvoir être atteint que lorsque, la stabilité elle-même devenant infiniment faible, les éléments ne se combinent plus. Encore moins, par conséquent, peut-on concevoir que la quantité de chaleur dégagée puisse devenir négative; cela semblerait indiquer une combinaison entre des éléments qui, au lieu de s'attirer, se repoussent , conditions dans lesquelles la combinaison serait impossible. Et cependant le fait existe. Il est des corps qui se forment avec absorption et qui se décomposent avec dégagement de chaleur. Comment l'expliquer?
Si les molécules des éléments se confondaient toujours avec leur atome, comme c'est le cas pour le mercure , cette explication serait absolument impossible à donner ; mais, très-souvent , la molécule d'un élément est composée de plusieurs atomes. Ainsi, la molécule d'oxygène renferme 2 atomes, celte du chlore 2, et celle du phosphore 4. Partant de ces données, nous pourrons expliquer un phénomène qui, sans cela, serait inexplicable ou tout au moins renverserait toutes nos idées sur la théorie dynamique de la chaleur.
Supposons, en effet, 1 molécule d'oxygène
L'union de
q I et l molécule de chlore Z,,
deux O et de deux Cl peut donner naissance à 2 molécules d'oxyde de chlore
Cl ) , O | Clj+ Oj