V. SCIENCB
THÉORIE s. f. (té-o-rt — gr. theâria, pompe , procession-, de theôros , qni signifie proprement spectateur, et qui s'est dit ensuite des députés qu'une ville envoyait à ces fêtes). Antiq. gr. Pompe religieuse, procession en général, il Députation solennelle que les différentes villes de la Grèce envoyaient à certains sanctuaires, pour y offrir des sacrifices aux divinités auxquelles ces sanctuaires étaient consacrés :
Regardez sur les mers tette poupe fleurie;
C'est le vaisseau sacré, l'heureuse théorie.
Lamautinb.
— Encycl, Les théories avaient pour mission d'accomplir quelque devoir religieux , de consulter un oracle, ou d'offrir un sacrifice pour le salut de l'Etat. En général, elles se composaient de deux chœurs, jeunes garçons et jeunes filles, sous la conduite de guides plus âgés. Ces guides, qui étaient les ambassadeurs de la théorie, portaient le noin de théores dans quelques Etats doriens, chez les Eginètes, les Trézéniens, les Messéniens et les Mautinéens; c'étaient des prêtres réputés habiles à interpréter les réponses des oracles. A Sparte, ils se nommaient prêtres uytliiens et allaient, sur l'ordre des rois, à Delphes, consulter l'oracle de la Pythie. A Athènes, il n'y avait pas de tbéores en titre ; ce nom était donné pour la circonstance aux citoyens que l'on chargeait de conduire les ambassades religieuses. Les plus importantes de ces ambassades athéniennes étaient celles des jeux Olympiques, Pythiques, Néméens et Isthmiques, celle qui allait consulter le dieu à Delphes, celle qui allait à Délos tous les cinq ans célébrer dans de solennelles processions la mémoire do Thésée et de ses compagnons, revenus heureusement de Crète après la mort du Minotaure. La dépense de ces ambassades était faite en partie par l'Etat, en partie par des citoyens riches, qui s'en faisaient déclarer les chefs suprêmes et qu'on appelait archithéores. Comme le chef suprême de la théorie représentait l'Etat, il déployait souvent une grande magnificence, et se présentait sur un splendide chariot, une couronne d'or au front. Nicias, qui était fort riche, fit d'incroyables dépenses lorsqu'il conduisit la théorie à Délos ; Alcibiade étonna tous les spectateurs à Olympie par la magnificence de ses chariots et de ses chevaux.
De toutes les théories athéniennes, la plus balle et la plus renommée était celle de Délos. Il y avait un navire consacré à cette mission et qui portait le nom de Théoris. Avant le départ, le prêtre d'Apollon le décorait de branches de laurier, et un sacrifice solennel était célébré à Marathon, afin d'obtenir un heureux voyage. Pendant l'absence du navire, qui pouvait durer trente jours, la ville d'Athènes était purifiée, et la loi défendait de mettre à mort aucun criminel jusqu'à son retour. Cet usage est rappelé au début du dialogue de Platon intitulé Crilou. Sourate est dans sa prisofl, et Criton vient lui dire qu'il apporte une mauvaise nouvelle, sinon pour lui, du moins pour ses amis, ■ Quelle nouvelle? dit Soerate; Est-ce que le navire après le retour duquel il faut que je meure est revenu de Delos ? — Il n'est pas pas encore revenu, répond Criton ; mais je crois qu'il viendra aujourd'hui, d'après ce que rapportent quelques personnes venant da Sunium et l'ayant laissé Jà. Il est évident, d'après eux, qu il arrivera aujourd'hui, et qu'il faudra demain, ô Socratel que tu termines ta vie. | — Eh bien! Criton, réplique Socrate, à la bonne fortune I S'il plaît ainsi aux dieux, qu'il en soit ainsi... »
Le3 Athéniens rattachaient communément la théorie de Délos au souvenir de Thésée; cependant des traditions faisaient remonter l'établissement de cette fête à une époque antérieure même à ce héros fabuleux. Piuturque rapporte que le navire employé par le fondateur de la théorie fut conservé avec soin, et que, souvent réparé, il servit aux Athéniens jusqu'à l'époque de Démétrius de Phalère. D'un autre côté, d'après d'autres écrivains grecs, le navire Théoris, qu'on appelait aussi Délien et Salaminien, quoique principalement destiné à la théorie de Délos, fut aussi employé dans d'autres occasions. Il est donc peu probable que ces navigations fréquentes aient permis de le conserver aussi longtemps que Piutarque le donne à entendre.
THÉORIQUE adj. (té-o-ri -ke ; rad. théorie
— gr. theorikos; de theâria, théorie). Qui appartient, qui a rapport à la théorie ; Cours tukoriqub et pratique. Les lois théoriques ne valent que par leur usage pratique. (11. Taine.)
— Aïitiq. gr. Impôt théorique, Impôt dont le produit était consacré aux représentations théâtrales.
THÉORIQUEMENT adv. (té-o-ri-ke-man
— rad. ihtiurique). D'une manière théorique: Traiter un sujet théoriquement.
THÉORISER v. n. ou intr. (té-o-ri-sé ~rad. théorie). Créer une théorie, des théories : Au besoin, il théorisait sur te hasard. (H. Castille.)
THÉORISTE s. (té-o-ri-ste —rad. théorie). Personne qui fait des théories, qui sa livre u
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des conceptions purement théoriques : Que dirions - nous d'une poignée de tukori.stks échauffés, qvi proposeraient une constitution à un souverain légitime comme on propose une capitulation à un générai assiégé? (J. de Maistre.) Les tbkoristbs oublient le calcul des améliorations possibles et négligées en civilisation. (Fourier.)
THÉOSOPHE s. m. (té-o-so-fe — du gr.
theos, dieu ; sophos, sage). Philos. Illuminé qui pratiqua l;i théosophie : Poète, métaphysicien, THÉosopuji, historien et publiciste, il a tout abordé, il a tout tenté. (Saint-Priest.)
— Encycl, On a donné le nom de théosophes à Certains mystiques, tels que Jacques Bœhme, Valentin, Weigel, Swedenborg, Saint-Martin, etc. La théosophie n'est pas du tout la théologie, bien qu'elles semblent très-proches parentes, à en croire l'étymologie. L'une est la connaissance de Dieu par le moyen de l'Ancien et du Nouveau Testament tels que l'Eglise les éclaircit et les développe; la théosophie est la connaissance immédiate de Dieu et de ses attributs, par une illumination venant de Dieu même. Entre le théosophe et Dieu il y a communication directe, au dire du théosophe, bien entendu. D'autres mystiques en Occident, et surtout en Orient, ont prétendu à la même familiarité avec Dieu ; mais ce qui distingue les théosophes, ce qui les marque d'un cachet particulier, c'est que, non contents d'avoir reçu des lumières surnaturelles touchant la divinité, ils ont eu tous l'ambition d'éclairer de ces lumières les sciences naturelles, la science de l'homme et du monde physique. Ils ont été conduits par là à. mêler l'enthousiasme et l'observation, l'alchimie et la théologie, l'érudition et la rêverie la plus désordonnée. Ils ont compté parmi eux des savants du caractère le plus singulier, comme Paracelse, par exemple. Celui-ci est au reste le fondateur de la théosophie; c'est lui qui a ouvert cette route obscure et ambiguë. La communication avec Dieu, comme doctrine, et le goût de la curiosité des sciences naturelles, comme tendance, voilà ce qu'il y a de commun à tous les théosophes, qui, d'ailleurs, diffèrent grandement entre eux, dans la suite et le développement de leurs systèmes. Exposer ces systèmes sommairement nous conduirait trop loin ; disons quelques mots seulement de celui qui fut le plus populaire, celui de Saint-Martin : L'homme religieux et fervent peut s'élever jusqu'à Dieu, l'atteindre ut entrer en liaison avec lui. Alors il interrogera, il entendra l'esprit suprême dans le silence de l'extase; il en recevra des inspirations et des conseils, et, l'union devenant parfaite à la fin, il ne se servira plus de sa laison, il n'aura plus besoin de s en servir, otant guidé en tout par l'intelligence divine. A ces opinions, Saint-Martin en mêlait «l'autres qui relèvent du spiritisme. Il avait adopté et conservé cette idée de son premier maître, Mcrtinez de Pasqualis, que l'espace ciroumterrestre, ce qu'il appelle la région ;istrale , est peuplé d'êtres supérieurs à l'homme, inégaux entre eux, formant de l'homme à Dieu une échelle aux degrés infinis. Saint-Martin commença donc par invoquer les esprits de la région astrale j mais on conçoit que lorsqu'il fui. entré en liaison avec Dieu, il dut négliger singulièrement la familiarité des esprits subalternes. D'ailleurs, il déclare quelque part avec beaucoup de sérieux qu'il n'a pas toute confiance dans les esprits, qu'ils ne sont pas d'un commerce sûr. Saint-Martin, qui passa s'a vie à aller de Tours à Bordeaux, de Bordeaux à Paris, de Paris à Strasbourg, finit par se former dans chacune de ces villes un petit groupe d'amis, d'adeptes, une petite Église enfin, qui comptait plus de femmes que d'hommes, cela va de soi. Quelques-unes étaient de fort grandes dames; Saint- Martin jouait auprès <i 'elles un rôle qui rappelle tout à fait celui du directeur catholique. ^
THÉOSOPHIE s. f.(té-o-so-fi— dugr. theos, dieu; sop/iia, sagesse). Philos. Science qui • nseigne la théorie des sacrifices, la divination, les moyens de.se mettre en rapport avec la divinité.
— Encycl, V. THÉOSOPHE.
THÉOSOPHIQUE adj. (té-o-so-fi-ke — rad.
théosophie). Philos. Qui a rapport à la,. théosophie ou aux théosophes : Confiez-moi les œuvres tbéosophiques de Swedenborg. (Balz.)
THÉOSOPHISME s. ra. (té-o-so-n-sme — rad. théosophie). Doctrine théosophique.
— Philos. Nom donné par liant au système des philosophes qui croient voir tout en Dieu.
THÉOT (Catherine), fameuse visionnaire française, née à Barenton (Manche) en 1725, morte à Paris en 1794. Elle commença de bonne heure à donner des signes d'aliénation mentale, à se dire inspirée de Dieu et destinée à devenir la mère d'un nouveau Messie. Le curé de son village l'adressa, à Paris, à l'abbé Grisel, qui la fit admettre par charité au couvent des Miramiones, d'où elle sortit en 1779, sans avoir recouvré la plénitude de sa raison. Comme elte débitait publiquement toutes sortes d'extravagances, on l'enferma à la Bastille, puisa la Salpêtriëre. Sortie de cet hospice à l'époque de la Révolution, elle se lia avec d'autres illuminés qui .-j réunissaient chez la duchesse de Bourbon, et finit par faire cercle elle-même. Ses prin-
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cipaux adeptes étaient le chartreux dom Gerle, ex-constituant, et Quesvremont-Larnotte, ancien médecin du duc d'Orléans, zélé partisan de Mesmer et de Swedenborg. Les réunions avaient lieu chez Catherine, rue Contrescarpe (actuellement rue Mazel), dans un grenier. Elle se faisait appeler la t Mère de Dieu, » disait qu'elle allait prochainement enfanter le Verbe divin, réparer les malheurs causés au genre humain par nos premiers parents et réaliser la Rédemption, qui n'avait été opérée qu'en figure. Les habitants du globe devaient être réduits à 140,000, tous ses élus. Elle leur, promettait non-seulement l'immortalité de l'ame, mais celle du corps. Pour eux, elle allait rétablir le Paradis terrestre, où ils pourraient jouir sans fin de l'éclat radieux de son antique virginité. Son trône devait être érigé près du Panthéon, dans le local occupé maintenant par l'Ecole de droit. C'est de là Qu'elle devait régir l'univers, commander aux soldats du Dieu des armées, et lancer la foudre qui devait pulvériser les trônes, anéantir les mécréants, aplanir les montagnes, dessécher les mers. Pour être initié à ces mystères, il fallait être en état de grâce et faire abstinence de tous les plaisirs charnels. Le récipiendaire était obligé d'appliquer sept baisers sur la vénérable face de la « Mère de Dieu : » deux au front, deux aux tempes, deux aux joues, le septième au menton. Le nombre sept était le symbole des sept dons du Saint-Esprit, des sept sceaux de l'Apocalypse, des sept sacrements de la Loi nouvelle, des sept allégresses et des sept douleurs de la Vierge.
La vieille sibylle n'aurait probablement pas attiré grand monde chez elle ; aussi lui avait-on donné pour acolytes deux jeunes filles ; l'une, très-jolie, et qu'on appelait l'Eclaireuse, avait pour mission de paraître en robe blanche, le front ceint d'un bandeau, lors de la célébration des mystères, aux cérémonies d'initiation, et de psalmodier des lambeaux de la Bible ; les adeptes se réservaient de la substituer adroitement à Catherine Théot, lorsqu'elle mourrait, en faisant croire sans doute à une transmigration d'âme, car la « Mère de Dieu » devait être immortelle, tout au plus pouvait-elle changer de corps. Une seconde jeune fille, également fort jolie, qu'on appelait la Colombe, était tenue en réserve pour suppléer l'Eclaireuse et figurait également dans les, initiations. Toutes ces farces mystiques cachaient, selon toute apparence, d'obscures intrigues cléricales et réactionnaires, La sottise humaine a des bornes, et combien, parmi les adeptes, pouvaient prendre au sérieux Catherine Théot ? Cette vieille folle et deux ou trois illuminés étaient peut-être les seuls qui fussent de bonne foi. Au moment où Robespierre se préparait à faire décréter la fête de l'Etre suprême, Catherine Théot et ses familiers reconnurent ou firent semblant de reconnaître en lui le Messie prédit par les oracles. Une lettre lui fut écrite par la visionnaire et tout fut préparé dans le cénacle pour son initiation. Il n'est pas supposable que Robespierre, cet homme d'un esprit si froid, ce métaphysicien congelé dans l'abstraction , ait pu le moins du monde donner dans les folies de l'iliuminisine; mais aux esprits défiants et soupçonneux comme le sien, tout moyen de police et d'espionnage est bon. Il s'était même déjà créé dans Paris plusieurs centres de ce genre. « Nul homme de l'Europe , dit Michelet, n'excitait si vivement l'intérêt de ces mystiques que l'étonnant Maximilien. Sa vie, son élévation à la suprême puissance par le fait seul de la parole n'étaitelle pas un miracle, et le plus étonnant de tous î Plusieurs lettres lui venaient qui le déclaraient un Messie. Tels voyaient distinctement au ciel la constellation Robespierre. Le 2 août 1793, le président des jacobins désignait, sans le nommer, « le Sauveur qui » allait venir. • Une infinité de personnes avaient ses portraits chez elles, comme image sainte. Des femmes , des généraux même portaient un petit Robespierre sur leur sein, baisaient, priaient la miniature sacrée. Ce qui est plus étonnant, c'est que celles qui le voyaient sans cesse et l'approchaient de plus près, « ses saintes femmes, » mie baronne, une Mme de Chalabre qui l'aidait dans sa police, ne le regardaient pas moins comme un être d'une autre nature. Elles joignaient les mains, disant : « Oui, Robespierre, tu es Dieu. »
Le long du petit hôtel où se tenait le comité de Salut public régnait un corridor obscur. Là les hommes de la police venaient remettre les paquets cachetés. De là de petites filles portaient les lettres ou les paquets chez la grande dévote du Sauveur futur, chez cette Mma de Chalabre, femme de l'entrepreneur des jeux.
« L'amer Cévenol, Rabaut-Saint-Etienne, avait très-bien indiqué que ces momeries ridicules, cet entourage de dévotes, cette patience de Robespierre à les supporter, c'était le point vulnérable, le talon d'Achille, où l'on percerait le héros. Girey-Dupré, dans un noël piquiint et facétieux y frappa, mais en passant. N était-ce pas lesujetdeeetieoomédie de Fabre d'Eglantine qu'on lit disparaître et pour laquelle peut-être Fabre disparut? Dans ses instincts de police, insatiablement curieux de faits contre ses ennemis, contre le comité de Sûreté qu'il voulait briser, il furetait volontiers dans les cartons de ce Comité.
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Il y trouva, prit, emporta des papiers relatifs à la duchesse de. Bourbon, et refusa de les rendie. Cela rendit curieux. Le Comité s'en procura des doubles et vit que cette affaire, si chère à Robespierre, était une affaire d'illuminisme. • Le dossier de la duchesse de Bourbon mit le comité sur la voie et lui fit découvrir le petit cénacle de Catherine Théot, avec qui la duchesse avait été en relation ; des perquisitions furent ordonnées, et on arrêta les illuminés au milieu même d'une de leurs remuons. On trouva dans la paillasse de Catherine le brouillon d'une lettre adressée à Robespierre, dans laquelle on appelait celui-ci « le Fils de l'Etre suprême, le Verbe éternel, le Rédempteur du genre humain, le Messie désigné par les prophètes. » Au nombre des prisonniers était dom Gerle, à qui Robespierre avait fait récemment délivrer un certificat de civisme. Les membres des comités, que Robespierre avait indisposés par sa fête de l'Etre suprême, virent dans cette affaire Un moyen de prendre leur revanche. Vadier présenta à la Convention un rapport rédigé par Barère, et obtint le renvoi des visionnaires conspirateurs par devant le tribunal révolutionnaire (14 juin 1794). Au trjbunal, il aurait fallu lire les pièces, et conséqueinment la fameuse lettre saisie, dont il n'avait pas été question dans le rapport. C'est à partir de ce moment que Robespierre cessa de paraître au comité do Salut publie. Il fit tout ce qu'il put pour que l'affaire ne fût pas appelée et il y réussit par l'influence qu'il avait sur l'accusateur public et le président. Mais le coup n'en était pas moins porté; on avait réussi à rendre Robespierre ridicule, le reste importait peu. La plupart des' adeptes de la « Mère de Dieu » furent mis en liberté après le 9' thermidor; Catherine Théot, que Vadier appela plaisamment Théos (Dieu) dans son rapport, était morte en prison quelques jours auparavant.
THÉOTISME s. m. (té-o-ti-sme.) Philos.
Doctrine de Catherine Théot.
THÉOT1SQUE adj. (té-o-ti-ske — germanique : vieux allemand théodisc, diutisc, national , allemand moderne deutsch, italien tedesco, bas latin theodiscus, vieux français diois). Linguist. Se dit du tudesque ou ancien allemand, et particulièrement du dialecte de la tribu franque : Vers le même temps l'usage de la rime s'établit également dans la poésie thÉotisQue et germanique. (Tissot.)
THÉOTOKY (Nicéphore), théologien et mathématicien grec, originaire de Corfou, mort dans les premières années de ce siècle. Après avoir fait ses études dans les écoles grecques, il alla se perfectionner en Italie, et, à son retour dans sa patrie, embrassa l'état ecclésiastique. Il joi.'ssait déjà d'une telle réputation de savoir « ►, d'éloquence, qu'à peine ordonné prêtre ii fut admis à prêcher dans l'église patriareb. e rie Constantinople. Ami de la famille Ghika, il y prononça l'oraison funèbre de la mère de Grégoire Ghika, hospodar de la Valachie, et, entraîné par sa douleur, lit de cette princesse un éloge tellement exagéré, que le patriarche de Constantinople, Samuel, en fut choqué. Lorsque Théotoky, en descendant de la chaire, s'approcha du patriarche pour lui baiser la main et lui demander sa bénédiction, selon l'usage, « l'Eglise, lui dit Samuel, veut des prédicateurs et non des flagorneurs. »■ Théotoky, blessé d'un affront que rendait encore plus douloureux la présence d'un nombreux public, donna sa démission et quitta Constantinople. Plus tard, il se retira en Russie, où Catherine lui fit un accueil bienveillant et le promut, peu après, à l'archevêché d'Astrakan. Ce fut là qu'il passa le reste de ses jours, s'occupant avec un zèle infatigable de la conversion des peuplades encore à demi païennes de son diocèse. On a de lui, entre autres ouvrages : Cours complet de mathématiques ; Eléments dephilosophie nalurelleon Physique expérimentale (Leipzig, 1766); Défense du Nouveau Testament contre Voltaire (Vienne, 1794); Commentaires sur le Pentatevque, le Livre des rois et le Livre de Job; Kyriacodrome ou Dominicale, recueil de sermons (Moscou, 1796), etc.
THEOTON1CUS ou THÉOTONIC (Jacob), alchimiste grec qui vivait au xns siècle. M. Hœfer est un des rares écrivains qui aient parlé de cet alchimiste ; il a, eu effet, découvert dans les manuscrits latins de la Bibliothèque nationale de Paris un écrit commençant par ces mots : Incipit practica alchymw Jacobi Theotonici. Ce manuscrit, qui renferme la Pratique de l'alchimie, est du xrv» siècle et a été traduit du grec en latin. • Il est écrit avec clarté, dit M. F. Hœfer, sans emphase, et présente beaucoup d'analogie avec les écrits de Geber. » On y trouve des notions assez exactes sur la calcination, la distillation, la cristallisation et la purification des sels ; la préparation de l'arsenic blanc (acide arsénieux) y est indiquée; elle consiste à traiter l'arsenic jaune (sulfure d'arsenic) par le sel commun et le vinaigre, puis à soumettre le mélange à la distillation et à la eaicmatioD. Au point de vue des origines de la science chimique, cet ouvrage est intéressant et mérite d'être consulté.
THÉOXÉNIES s. f. pi. (té-o-ksé-nî — gr. theoxenia; de theos, dieu, sixenos, étranger). Antiq. gr. Fêtes qu'on eéléh l'ait spécialement
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à Delphes et à Pallène, en l'honneur d'Apollon et des dieux étrangers.
THÈQUE s. f. (tè-ke — du gr. thêkê, boite). Bot. Urne des mousses. Il Conceptacle qui contient les spores des végétaux cryptogames.
TUERA, une des Cyelades.
THÉRAD ou THÉRAUD, ville de l'Indoustan (Guzarate), à 24 kilom. N.-O. de Radamptour; par 23« 4â' de latit. N. et 69° 37' de longit. E. ; 16,000 hab. La contrée environnante est privée d'eau et on ne peut s'en procurer qu'en creusant la terre à 40 mètres.
TI1ÉRA1N, rivière de France. Elle prend sa source à VE. de Forges (Seine-Inférieure), entre dans le département de l'Oise, arroso Songeons, Beauvais, et se jette dans l'Oise, près de Creil, après un cours d'environ so kilom.
THÉRAMÈNE, général, homme d'Etat et orateur athénien, né dans l'Ile de Céos, vers le ve siècle av. J.-C, mort en 404. Adopté par un citoyen distingué d'Athènes, au temps de Périclès, il fut instruit dans l'éloquence par Prodicus de Céos, reçut des leçons de Socrate et devint un des orateurs les plus influents dans le gouvernement de la république. Mais il fut en même temps l'un des hommes les plus versatiles de son époque, passant, au gré des circonstances et de son intérêt, du parti de l'oligarchie dans celui do la démocratie et vice versa, ce qui lui avait l'ait donner le surnom de Cotburue, d'une espèce de brodequin qui servait indifféremment pour chacun des deux pieds. En 411, it réunit ses efforts à ceux de Pisandre et d'Antiphon pour abolir la démocratie et y substituer la tyrannie éphémère des Quatre- Cents, qu'il abandonna après la manifestation de l'armée de Samos, pour se mettre à la tête d'une sorte de tiers-parti. Quand les Quatre- Cents furent renversés, il fut un des principaux du gouvernement mixte qui leur succéda. Dans l'affaire des généraux vainqueurs aux Arginuses, il se fît le dénonciateur de ses collègues et échappa ainsi à la condamnation qui les frappa. Après le désastre dVEgos- Potamos, il fut le premier a se mettre d'intelligence avec l'ennemi et intrigua pour que la ville se rendît aux Lacédémoniens, qui le mirent au nombre des trente tyrans qu'ils tirent nommer pour gouverner Athènes. Il s'associa d'abord aux violences de ses collègues, mais essaya ensuite de les traverser, fut accusé de trahison par Critias, l'un des plus violents de cette faction oligar-eh que, vainement défendu par Socrate et condamné à boire la ciguô (403). Les anciens le citent comme un des grands orateurs de son temps. Aristophane, dans sa comédie des Grenouilles, a bien apprécié le caractère peu honorable de ce personnage.
THÈRAMÈNE, nom du gouverneur d'Hippolyle dans la Phèdre de Racine. C'est lui qui, au cinquième acte, fait à Thésée le récit de la mort du jeune prince. Quand ce nom revient sous la plume des écrivains, c'est presque toujours par allusion k ce récit, qui est un chef-d'œuvre de poésie, mais un chef-d'œuvre peut-être déplacé.
THÉRAPEUTE s. m. (té-ra-peu-te — gr.
thérapeutes ; de therapeuà, je sers). Hist. relig. Sorte de moine juif.
— Encycl. Les thérapeutes formaient vraisemblablement une des branches de la secte des esseniens. Ils étaient répandus en Egypte et surtout aux environs d'Alexandrie, vivaient s'adonnant à la prière, aux austérités et à la contemplation, dans des semnées ou habitations assez semblables aux monastères et qui étaient dispersées dans les solitudes. L'historien Philon est le premier qui ait parlé de ces précurseurs du monachisme chrétien. Les thérapeutes avaient les doctrines , les mœurs, la manière de vivre des esséniens, dont ils ne différaient qu'en ce qu'ils renonçaient à tout pour s'adonner à la contemplation. V. Esséniens.
THÉRAPEUTIQUE adj. (té-ra-peu-ti-ke
— rad. thérapeute). Hist. relig. Qui appartient aux thérapeutes : Vie thérapeutique.
THÉHAPEUTIQUE adj. {té-ra-peu-ti-ke
— gr. therapeutikos ; de therapeuà, je soigne). Méd. Qui a rapport au traitement des maladies.
— s. f. Partie de la médecine qui concerne le traitement des maladies : Cours de thérapeutique.
— Encycl. Méd. La thérapeutique s'occupe de la guérison des maladies, ou plutôt de leur traitement, car la guérison est souvent impossible, et, dans l'état actuel de nos connaissances , beaucoup de maladies sont réputées incurables. Ainsi, l'objet de la thérapeutique est de guérir les maladies ou au moins de les pallier quand il est impossible de les guérir ; mais cette partie importante de la médecine suppose d'abord la connaissance de l'homme malade, et celle-ci ne peut être établie d'une manière solide qu'après l'étude préliminaire de l'homme sain. La thérapeutique est donc le complément nécessaire de toutes les connaissances médicales et le but vers lequel doivent tendre tous les efforts des médecins. La pathologie, considérée isolément, ne serait qu'une partie de l'histoire naturelle de l'homme et un simple objet de pure curiosité
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ou de statistique, si on la séparait de la thérapeutique.
Malheureusement, cette dernière partie, la plus essentielle de la médecine, est encore la moins avancée. Plusieurs causes s'opposent ù ses progrès ; le champ de cette partie ne la médecine est très-étendu et beaucoup plus vaste que celui de la pathologie. On conçoit, en effet, que le nombre des maladies, malgré leurs modifications, leurs complications et leurs combinaisons diverses, est néanmoins circonscrit dans de certaines limites et borné , comme l'organisation l'est elle-même, tandis que les moyens qui peuvent agir sur l'homme sain ou malade sont presque innombrables, puisqu'ils comprennent nonseulement la connaissance de l'action de tous les corps de la nature d'une part, mais encore, de l'autre, toutes les modifications que l'art et l'esprit inventif de l'homme peuvent imprimer à ces mêmes corps, et cette classe de produits n'a d'autres limites que celles de l'intelligence humaine, qui sont incalculables.
Indépendamment de la multitude des moyens thérapeutiques que l'on peut mettre en usage, les résultats de l'expérience sont extrêmement difficiles à constater, parce que la vie se compose d'une série de phénomènes qui se succèdent rapidement, so modifient d'une manière presque insensible, et qu'elle n'est jamais semblable à elle-même, nonseulement sur des individus différents, mais aussi sur le même individu considéré à des instants très-rapprochés les uns des autres. Ajoutez qu'une foule de causes agissent à chaque instant sur elle et lui impriment sans cesse de nouvelles modifications. Il est donc fort difficile de faire la part de l'agent extérieur que l'on met en jeu sur 1 économie vivante, soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie, qui complique enoors le problème. Un élément qui vient encore rendre le problème plus insoluble résulte de la tendance de l'homme k rechercher sans cesse des remèdes nouveaux dont l'action soit plus active que celle des remèdes connus et déjà employés. De toutes ces causes réunies ont dû naître une foule d'erreurs, de déceptions, de théories, de préjugés, que le charlatanisme et l'ignorance exploitent à loisir, et qui ont encore contribué à retarder et à entraver les progrès de l'art de guérir.
On divise la thérapeutique en deux parties distinctes : on donne le nom de thérapeutique générale à l'ensemble des considérations qui doivent diriger l'emploi des moyens thérapeutiques- dans les maladies vues en musse , et le nom de thérapeutique particulière ou spéciale aux règles de traitement propres à chaque maladie en particulier. La thérapeutique générale comprend trois objets principaux : 1" la connaissance des moyens thérapeutiques en eux-mêmes; 2° celle de leur manière d'agir sur l'homme sain ou malade; 30 l'emploi de ces moyens thérapeutiques généraux dans le traitement des maladies.
— Art vétér. La constitution et le tempérament des animaux domestiques, l'organisation diverse , l'étendue variable de leur appareil digestif, la vascularité plus ou moins grande de leur peau et l'épaisseur différente de squ épiderme apportent dans l'action des médicaments et dans les effets qui en résultent des modifications sensibles. Il est donc indispensable de connaître ces différences importantes, envisagées sous le point de vue de la thérapeutique. C'est que, en eifet, si on veut obtenir dans les animaux une action médicamenteuse prompte, énergique, durable et suivie d'un effet curatif certain, il n'est point indifférent de choisir, selon 1 espèce d'animal, certaines surfaces de l'organisme. Ainsi, dans tel animal, c'est ta muqueuse gastrique qui doit être préférée à la peau, taudis que dans tel autre c'est à cette dernière ou au tissu cellulaire que l'on doit confier l'action et les etl'ets locaux ou généraux des médicaments. Il est aussi trèsimportant de savoir, dans les animaux herbivores monogastriques, polygastriques ou carnivores, comment et sous quelle forme les médicaments doivent être administrés pour eu obtenir des effets constants et efficaces. C'est ainsi que les expériences de Daubenton, de Gilbert et de Girard ont démontré, par exemple, que les médicaments dont l'action doit se passer sur la caillette et dans l'intestin ^ des ruminants doivent être donnes en breuvages, versés peu à peu dans la bouche et déglutis k peti'es gorgées; c'est ainsi que dans Je chien, qui vomit avec la plus grande facilité les remèdes qu'on lui1 administre par la bouche, il est souvent préférable de confier k la peau l'absorption de certains médicaments dont on désire obtenir des effets généraux; c'est ainsi enfin que chez le mouton, dont la peau est £ne, sensible et tres-vasculaire, l'action médicamenteuse peut être obtenue avec plus de certitudeparune friction pénétrante qu'en faisant déglutir le médicament, dont une partie peut tomber dans le rumen ou s'arrêter dans le feuillet. Or, si telle surface doit être préférée à telle autre surface pour faire produire de bons et salutaires etfets aux médicaments, il est également utile de connaître la forme ■sous laquelle on administre les substances médicamenteuses, Car cette forme contribue beaucoup k favoriser leur action locale et générale. C'est pourquoi on les donne sous l'orme de breuvage, d'éleetuaire, de pilules,
de friction simple ou pénétrante, de fumigation, d'injection.
Les moyens mis à la disposition du thérapeutiste vétérinaire pour modifier les organes malades sont de trois ordres : les moyens hygiéniques, les moyens chirurgicaux et les moyens médicamenteux.
— Moyens hygiéniques. Les causes de presque toutes les maladies des animaux domestiques se rencontrent dans, le travail auquel ils sont soumis, les aliments dont ils sont nourris, les boissons dont ils s'abreuvent, les lieux qu'ils sont forcés d'habiter. La connaissance des moyens d'hygiène permet de prévenir les maladies, d'en arrêter les funestes effets lorsqu'elles sévissent, et de concourir puissamment à leur guérison. En effet, c'est en évitant les erreurs de régime que l'on prévient le développement de maladies graves qui déciment parfois les troupeaux de bêtes ovines et bovines, alors que déjà quelques animaux en ont été vie- 1 times. C'est en transportant les troupeaux J d'une localité dans une autre, quelquefois , même d'un pâturage dans un autre pâturage j où la nature du sol, la disposition topographique, l'exposition, l'espèce, la quantité, la qualité des plantes qui 3' croissent sont différentes, que l'on prévient et que souvent on fait cesser l'existence de quelques maladies graves, comme le sang de rate, la cachexie aqueuse, les météorisations, l'hématurie, tes maladies charbonneuses, etc. C'est également en assainissant les écuries, les étables, les bergeries, que l'on parvient à faire disparaître ces fâcheuses maladies connues sous les noms de fièvres putrides, de fièvres charbonneuses, de phthisie pulmonaire, de morve et de farcin, dues à l'insalubrité des étables, causes si bien signalées par un grand nombre de vétérinaires. C'est surtout en diminuant les travaux pénibles auxquels on soumet les chevaux de poste, de diligence, de trait, que l'on prévient tes altérations septiques du sang. Dans toutes ces circonstances, les ressources thérapeutiques tirées de l'hygiène ont une puissance que ne sauraient posséder les médicaments ni lesmoyens chirurgicaux, parce qu'elles mettent d'abord les animaux dans des conditions opposées à celles qui ont fait nattre le mal, et qu'ensuite elles modifient la prédisposition de l'économie en exerçant une utile influence sur plusieurs grandes et importantes fonctions, comme la respiration, la digestion, les sécrétions cutanées et urinaires, la locomotion, enfin sur les actes de chimie vivante qui constituent la nutrition. Les moyens hygiéniques n'ont point une action prompte, perturbatrice, comme les médicaments, mais ils modifient lentement, par des mutations intestines et occultes, les éléments qui constituent les matériaux réparateurs de l'économie, soit en diminuant, soit en augmentant, soit en changeant la nature de ces matériaux, soit enfin en régularisant le jeu des organes pour ramener l'organisme à l'état normal. C'est, notamment dans les maladies chroniques, dans celles qui sont dites organiques, et surtout dans celles qui ont leur siège au sein des liquides circulatoires, que l'hygiène développe toute sa puissance et l'incontestable utilité de ses moyens. — Moyens chirurgicaux. Jusqu'à ce jour, les moyens chirurgicaux ont donné des preuves incontestables de leur pouvoir thérapeutique pour la guérison des maladies, soit externes , soit internes. Ces moyens consistent à brûler, k exciser, à extirper, à amputer, etc., tout ce qui est capable d'occasionner la mort ou de déterminer des accidents graves et sérieux que la main armée de l'instrument a seule la prérogative de pouvoir guérir; ils consistent encore dans les saignées, les sétons, les cautérisations, les déuridements, soit seuls, soit associés à d'autres moyens curatifs qui ont une efficacité incontestable dans beaucoup de maladies internes. En médecine vétérinaire, ces moyens chirurgicaux sont d'un grand secours; car non-seulement ils ont 1 immense avantage d'être expéditifs et quelquefois d'un succès incontestable, mais ils ont encore celui d'être mis en pratique à peu de frais, motif trèsimportant à considérer dans la médecine des animaux, qui doit généralement être faite à bon marché.
— Moyens médicamenteux. Les effets provoqués parles agentsmédicamenteux ne sauraient être comparés à ceux des précédents. Choisis généralement parmi les substances minérales et végétales et fort peu dans le lègue animal, les médicaments mis en rapport avec les parties vivantes ne déterminent que des effets passagers, dont le résultat peut amener la guérison. Là se borne leur action; ils rétablissent les dérangements de l'organisme , mais ils ne contribuent point à le consolider, inhabiles qu'ils sont, pour la plu* part, à servir d'éléments convenables k la nutrition et à faire partie intégrante de la composition des organes. Ces propriétés distinguent le médicament de l'aliment, qui est digéré et assimilé à l'économie pour en faire partie, et le différencient du poison, qui porte en lui des éléments destructeurs capables d'amener la mort, quoique cependant les poisons, à une dose plus ou moins faible, puissent devenir des médicaments doués de vertus curatives fort énergiques. Les avantages que le vétérinaire peut retirer de l'application des médicaments sont placés sous
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la dépendance de connaissances positives sur . la nature, le siège, les phases, le type, les terminaisons, les complications des maladies, l'âge, le tempérament, la constitution et l'espèce d'animal domestique. Leur vertu curative dépend encore de leur choix, de leur confection, de leur administration, de l'art d'en augmenter, d'en diminuer, d'en régulariser la puissance, conditions si nombreuses, si variées et parfois si difficiles k remplir.
THÉRAPEUTISTE S. m. (té-ra-peu-ti-ste — rad. thérapeutique). Celui qui se livre spécialement à la thérapeutique : Les médicaments irritants sont d'un grand secours pour te thÉrapeutistis. (J. Cloquet.)
THÉRAPHE s. m. (té-ra-fe). Entom. Syn.
de corize, genre d'insectes hémiptères, do la famille des coréides.
THÊRAPHOSE s. m. pi. (té-ra-fô-ze).
Arachn. Tribu d'aranéides, ayant pour type le genre mygale.
TH£RAPIA, village de la Turquie d'Europe, situé k 6 kitom. N.-E. de Constantinople, sur le golfe de Buyuk-Dérô, formé par le Bosphore, avec un bon port, appelé anciennement Pharmacea. Résidence d'un métropolitain grec ; maison tVè\è de l'ambassadeur français ; 3,000 hab., presque tous grecs. Le nom de Therapia, qui veut dire guérison, est justifié parla salubrité du lieu, sans cesse rafraîchi par la brise de la mer Noire. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre y ont leur palais d'été, et le sultan y possède un kiosque. Le port, formé par une crique naturelle, a été témoin de plusieurs combats entre les Vénitiens et les Génois; ses quais offrent un agréable aspect. « Le palais de France, dit M. Théophile Gautier, est un grand bâtiment à la turque, tout en bois et en pisé, sans aucun mérite architectural, mais -vaste, aéré, commode, d'une fraîcheur k l'abri des plus violentes ardeurs de l'été et dans la plus admirable situation du inonde. Derrière le palais se développent des jardins en terrasse, plantés d'arbres centenaires d'une hauteur prodigieuse, incessamment agités par les brises de la mer Noire. Arrivé au remblai supérieur, on jouit d'une perspective merveilleuse. La rive d'Asie étale devant vous les frais ombrages des eaux de la Sultane; plus loin bleuit le mont du Géant. Sur la rive d'Europe, Buyuk-Dérô arrondit sa courbe gracieuse, et le Bosphore, au delà de Roumili-Iiavak et d'Anadouli-K.avak, s'évase jusqu'aux lies Cyanées et se perd dans la mer Noire. Des voiles blanches vont et viennent comme des oiseaux marins, et la pensée s'égare dans un rêve infini. » Le palais d'Angleterre n'offre rien de remarquable. THÉRAPIS s. m. (té-ra-piss — du gr. therapis , esclave). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des phalénides.
TUERAPNE ou THERAMNJ2, aujourd'hui Calamata, vilie de Laconie, à l'O. de l'Eurotas, près de Sparte. Patrie d'Hélène, de Castor et de Pollux.
THÉRAPON s. m. (té-ra-pon). Ichthyol.
Genre de poissons acanthoptérygiens, de la famille des percoïdes, type de la tribu des théraponins, comprenant une dizaine d'espèces.
THÉRAPONIN, INE adj. (té-ra-po-nain, i-ne — rad, thérapon). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte au thérapon.
— s. ut. pi. Tribu de poissons acanthoptérygiens, de la famille des percoïdes, ayant pour type le genre thérapon.
THÉRARQUE s. m. (té-rar-ke — du gr, thêr, bête sauvage; archos, commandant).
Antiq. gr. Celui qui commandait les soldats portés sur des éléphants,
THLRASSB (Victor), sculpteur, né à Paris en 1807, mort en 1865. Elève de Lemot,et de Bridan, il débuta au Salon de 1831 par la Mort d'Ajax. Cette figure, consciencieusement exécutée, d'une conception sage et bien entendue, ne fut certes pas admirée par les romantiques de l'époque, enthousiastes de Pradier et de David d'Angers. Mais l'autre partie du publie trouva des qualités et du charme peut-être dans la sculpture de M. Thérasse. Cet artiste obtint une 2® médaille en 1834, avec ses bustes de Ùuquesne, Cl. Perrault, Latouche-TréuiLU, du Générât Slenyel, que l'on voit à Versailles. Il exposa ensuite la statue de Cydippe en 1837 ; celle de la Itéyente liaihilie (184S), que l'on voit au jardin du Luxembourg; en 1857, un Napoléon ier et la Statue de M. Rigaud pour le nouveau Louvre, en 1859.
THÉRATE s. m. (té-ra-te — du gr. tkêraiês, chasseur). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des cicindêlides, tribu des collyrides, comprenant douze espèces, toutes exotiques.
THÉRATICHTHYS s. in. (té-ra-ti-ktiss).
Ichthyol. V. TÉRATICHTHYS.
THERBOUHSCH ou THERBOUSCH (Anne- Dorothée LisciiWSKA, dame), femme artiste polonaise, née à Berlin en 1728, morte en 1782. Elle était fille d'un peintre de portrait, qui enseigna son art à tous ses enfants; mais parmi ceux-ci nul n'eut un talent égal k celui de Dorothée. Elleavaitdéjk acquis une certaine réputation dans sa ville natale, lorsqu'elle vint à Paris, où ses œuvres attirèrent l'atten-
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tion dea connaisseurs et obtinrent les éloges de la critique. L'Académie de peinture l'admit, en 1707, au nombre de se? membres pour son tableau à'Un homme éclairé par une bougie et tenant un verre de vin, qui est conservé au musée du Louvre. Après un séjour de quelques mois à Paris, où, si nous en croyons certains passages des Salons de Diderot, la vie intime de cette artiste prêta prise à la médisance, Mn>« Therboursch revint à Berlin, où elle fut nommée peintre du roi. On a d'elle plusieurs tableaux d'histoire^ ainsi que des portraits, entre autres celui de Frédéric II, qu'elle peignit en 1772 et que l'on voit aujourd'hui dans l'une des galeries de Versailles.
THÉRÉBINTE S. m. Bot. V. TÉRÉBINTHE.
THÉRÉE s. m. (té-ré — du gr. ihereuà, chasser). Eutoin. Genre d'insectes lépidoptères diurnes. '
THÉRBM1N (Etienne), pasteur protestant français, né au Grand-Gallargues, près de Ntmes, en 1630, mort en 1706. Il sortit de France à la révocation de l'édit de Nantes et arriva à Genève le i<" novembre 1685. De là, il passa k Lausanne, d'où il fut appelé comme pasteur k Brème. Ayant donné sa démission, par suite de disputes avec son collègue, Théreinin partit pour Berlin et fut placé comme ministre à Gross-Ziethen en 1698. Il avait publié une relation de ses disputes avec Icard, son collègue, et un autre ouvrage intitulé : Réflexions sur les droits que les magistrats fidèles ont dans l'Eglise.
THÉREM1N (Louis-Frédéric), premier prédicateur du roi de Prusse et l'un des plus éloquents orateurs de lachaire en Allemagne, descendant du précédent, né à Gramzow en 17S0, mort en 1846. Il fit ses études a Berlin, puis k Halle, où il eut Wolf pour professeur. Il fut consacré à Genève en 1805 et, oinq ans plus tard, appelé à desservir k Berlin l'église du Werder. En 1815, le roi de Prusse la nomma prédicateur de la cour, distinction que Théreinin dut à l'immense succès de son livre sur l'éloquence. Quoique distingué comme écrivain et comme penseur, Théreinin doit surtout sa réputation k ses talents oratoires. 1 Comme orateur de la chaire, dit M. Haag, il s'adressait plutôt au cœur de ses auditeurs qu'à leur raison. Croyant sincère, dévoué jusqu'à l'enthousiasme à la cause de son maître, enclin au mysticisme, il ne cessait d'insister sur la nécessité d'entrer en communion avec Dieu par la soumission k sa volonté et le renoncement à soi-même; mais comme il était né orateur et poste, il savait tirer de ce thème monotone des enseignements variés, qui frappaient d'autant plus vivement son auditoire qu'il les présentait sous une forme toujours nouvelle, n'obéissant, lorsqu'il était en chaire, qu'à ses inspirations et dédaignant de se souinetfre aux règles prescrites par l'homilétique allemande. • Les publications de Théreinin, presque toutes en allemand, sont assez nombreuses. Elles se composent surtout de Sermons.
THÉBÉSA (Emma Valadon, dite), chanteuse française, née à La Bazoche-Gouet (Eure-et-Loir) le 25 avril 1837. Son père, modeste musicien, l'amena de bonne heure à Paris et la présenta tout enfanta Théodore Cogniard, qui la fit chanter et la renvoya à son maître de ballet pour lui apprendre la danse (1841). Orpheline a l'âge de douze ans, elle fut recueillie par un oncle qui exerçait, dit-on, la profession de dentiste. Cette particularité a fourni l'occasion a l'auteur apocryphe desMémoires de Thérésu (Dentu, 1 vol, iu-12, rare) de montrer la fillette faisant la parade en plein vent, en compagnie d'un queuerouge. Ce qu'il y ade certain, c'est que, mise en apprentissage chez une modiste, elle courut souvent la ville un carton k la main. Elle se lassa bien vite de ce métier, se faufila un jour dans les coulisses de la Porte- Sain t-Martin et demanda cette fois ellemême une audition. On se contenta de lui -faite jouer un rôle de bohémienne dans le Fils de la nuit (1856). Elle ne s'empressa pas de renouveler son engagement et entra comme caissière au café Froutin , du boulevard Poissonnière. Il n'y avait plus qu'un pas k franchir pour aller débuter à l'Alcazar. Après avoir chanté d'abord sans succès dans ce café-concert, elle punit pour Lyon, y fit un court séjour et revint a Paris, où elle ne tarda pas, en 1863, k primer les premières chanteuses- du petit café Aloka. Engagée immédiatement k l'Eldorado, aux appointements de 200 francs par mois, elle y chanta la romance de préférence k la chausoutielte. C'est là que, dit un biographe, s'iuspirant de Darcier, dont elle admirait le talent, elle se façonna k ses côtés, acquit plusieurs de ses inflexions de voix et puisa auprès de lui cette qualité rare de bien dire, de prononcer clairement, que ce chanteur lui-même avait acquise à l'école de Delsarte. Elle apporta dans la charge et dans la parodie, où elle se lança tout d'un coup et où elle devait définitivement trouver sa manière, cette même diction claire et limpide, ces mêmes intonations justes et puissantes. Le succès de Thérésa fut immense, et les cafés-concerts se disputèrent k l'envi sa possession. L'Alcazar enfin l'emporta, et la réputation de l'artiste grandit encore quand on l'entendit chanter les Canards tyroliens, jiossignotei, le Chemin du moulin , les Hommes au cabaret, la Femme à burbek surtout la
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Gardeuse d'ours et ces refrains devenus populaires ; Bien n'est sacré pour un sapeur; C'est dans le nez que ça m'ckatouille. Bonne musicienne, elle composa quelquefois ellemême les paroles et la musique de quelquesunes de ses chansons. On la surnomma trèsinjustement In Pntli do la canaille et la Dwa du ruiuenu. On emprunta cette dernière expression à M. Louis Veuillot, qui a écrit dans les Odeurs de Paris : ■ Quant à son chant, il est indescriptible comme tout ce qu'elle chante. Il faut être Parisien pour en saisir l'attrait, Français raffiné pour en savourer la profonde et parfaite ineptie. Cela n'est d'aucune langue, d'aucun art, d'aucune vérité. Cela se ramasse dans le ruisseau. » Un autre écrivain a été beaucoup plus vrai lorsqu'il a dit : «Thérésa possède, toute originalité à part, les qualités les plus précieuses : la vo<x est franche, rustique et d'une omission parfaite ; la prononciation est une merveille de netteté et la bonne humeur communicntive de l'artiste est incomparable. Ce qui a fait pousser les hauts cris à ses détracteurs est moins imputable k.ïhérésa qu'à d'autres causes dont il faut tenir compte. Thérésa, à quelques exceptions près, a exploité un répertoire navrant, déplorable. A qui la faute ? au goût public, qui était ce qu'il pouvait être k une époque malsaine où, tout étant pourri en haut, rien ne fiouvait vibrer en bas. » Ce fut vers ce tempsk que Thérésa, invitée d'abord en cachette aux Tuileries, y chanta ouvertement son répertoire. L'Alcazar était devenu d'ailleurs le rendez-vous des gens du monde. On voyait stationner devant les portes de cet établissement une longue file d'équipages appartenant à la haute aristocratie. L'engouement de Paris se communiqua à la province et Thérésa fit son tour de France, recueillant partout les applaudissements les plus frénétiques. L'année de l'Exposition universelle approchait; Thérésa, revenue à Paris, fut engagée sur une de nos grandes scènes.
Malheureusement elle tomba malade et ne put faire légitimer sa réputation. L'année suivante, elle interpréta au théâtre du square des Arts-et-Métiers Pierrette, de la Chatte blanche, puis elle joua au Châtelet. Elle ciéa ou reprit aux Menus-Plaisirs, en 1871, le Puits qui chante ; en 1872, la Heine Carotte; à la Galté, en 1873, Fanfreluche, de la Poule aux œufs d'or; à la Renaissance , en 1874, Pervenche, de la Famille Trouillat; à la Galté, en 1875, Briscotte, de Geneuiéve de Brabant. Ces pièces n'ont rien ajouté à sa réputation; elles auraient pu la compromettre si l'actrice ne disparaissait complètement devant la grande chanteuse populaire, unique dans son genre, comme Rachel l'a été dans le sien.
Tliéré*n, roman par M«" Charles Reybaud (1840, in-8°). C'est l'histoire' mouvementée d'une noble fille espagnole, où se montrent l'honneur dans son fanatisme et la vengeance dans ses excès. Thérésa, qui n'a commis d'autre crime que celui d'abandonner, le jour de ses noces, le riche seigneur à qui elle va s'unir, laissant sur le seuil de son palais le bandeau de pierreries et la couronne de mariée, pour s'enfuir avec don Alonzo, qu'elle épouse la nuit, dans une église déserte, Thérésa est condamnée par sa famille et par la religion impitoyable & mourir dans un couvent. Mais, implacable a son tour, elle sort de son tombeau pour se venger de don Alonzo qui, après l'avoir enlevée, l'a abandonnée au moment du danger. Elle découvre une conspiration dans laquelle il a trempé et le fait condamner au dernier supplice. Ce livre touche à l'histoire par l'apparition dé Philippe IV et de sa cour, tout en restant dans la sphère du roman. Le btyle en est facile et rapide. Le romancier conte pour conter, amuser et plaire ; au milieu des plus belles occasions pour raisonner ou déraisonner, il détourne la tête et passe son chemin. Le succès de Thérésa tient a la nature même du talent de l'auteur; il n'y a là nulle prétention ambitieuse: t La plume de Mnje Charles Reybaud, dit Léon Gozlan, n'est pas une arme, mais une séduction, et le monde est toujours indulgent pour les femmes qui ne.veulent que plaire, il ne les gronde qu'en souriant. Mme Reybaud ne cherche à soutenir l'intérêt de ses récits par aucune opinion nouvelle et hardie. 11 est même remarquable que ses livres puissent saisir un public froid et blasé sans le moyen du scandale, cette eau- forte qui mord sur le fer. » Rien, en effet, de tel dans Thérésa ; une jeune femme aimante et malheureuse, victime de son cœur, tel est l'élément qui soutient l'intérêt d'un bout à l'autre. Aussi les éditeurs qui eurent l'idée, en 1842, de former une bibliothèque intitulée : Romans du. cœur, commencèrent-ils cette entreprise par la publication de Thérésa.
THÉRÈSE s. f. (té-rè-ze — Thérèse, n. pr. de femme). Sorte d'ancienne coiffure de femme : Sous ce capuchon noir, csseï semblable aux THÉRÉSKs de nos grand'mères, on porte ordinairement une robe rose ou lilas, à grands volants. (Th. Gaut.)
— s. f. Ornith. Passereau du genre bruant, qui vit à la Martinique.
THÉRÈSE DE ikSVS (sainte), religieuse espagnole, célèbre comme écrivain mystique et comme réformatrice de l'ordre des Car-
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mélites, née à Avila (Castille) le 28 mars 1515, morte au couvent des carmélites d'Albe , en 15S2. Les jugements les plus divers peuvent être portés sur cette femme étrange. Au point de vue catholique, c'est une sainte; la sninteté s'exhale des moindres actes do sa vie, de ses écrits, de ses visions, de ses fondations pieuses, à plus forte raison de ses miracles. Au point de vue d'une critique plus sévère, ce n'est qu'une âme ardente, une hallucinée douée de l'imagination la plus vive et de la foi la plus sincère; un physiologiste ne serait pas loin d'attribtierson exaltation religieuse, son mystique amour, à un simple déplacement des facultés. Dans ses écrits, qui restent des modèles inimitables, il suffirait de changer le nom de Jésus pour avoir des hymnes d'amour plus brûlants que les strophes de Sapho.
Sainte Thérèse appartenait à use trèsnoble famille; son père, Alonzo de Cepeda, et sa mère, Béatriz de Ahumeda, possédaient en Castille un rang considérable. Dès son jeune âge, d'après ses biographes religieux, elle montraunespritexalté, impressionnable. Elle aimait qu'on lui lût les vies des saints et ces pieux récits enflammèrent tellement son imagination qu'avec son frère, à peine plus âgé qu'elle, elle résolut de quitter la maison et d'aller se faire couper la tête chez les Maures. Elle a elle-même raconté cet épisode enfantin avec une grâce naïve, < Comme je voyais les martyres que pour Dieu souffraient les saints, dit-elle, il me parut qu'ils achetaient à vil prix le bonheur de jouir de Dieu et je désirai de mourir ainsi. C'est pourquoi je me mis à me concerter avec mon frère sur le meilleur moyen d'y arriver, et nous décidâmes d'aller chez les Maures, en demandant l'aumône le long du chemin, afin qu'ils nous coupassent la tête. Il me semblait que Dieu nous en donnerait le courage, à un âge si tendre, pourvu que nous trouvions quelque moyen ; mais le plus grand embarras était notre famille... Dès que nous vîmes qu'il nous était' impossible d'aller nous faire tuer pour l'amour de Dieu, nous résolûmes de nous faire ermites. Dans un jardin qu'il y avait à la maison, nous construisions des grottes en entassant des pierres, qui aussitôt croulaient. Impossible de satisfaire nos désirs I • Ces singuliers préludes de sa vocation religieuse ne il urèrent pas; elle parait même avoir été prise, un peu plus tard, d'une fièvre mondaine, d'un goût tout naturel pour les parures, les ajustements, qu'elle se reprocha très-amèrement plus tard. Sa mère était morte, son père n'exerçait sur elle qu'une surveillance assez négligente. Au dire de ses contemporains, elle était d'une beauté accomplie, et, d'après ses propres aveux, sa vertu courut un certain péril. « La crainte seule de me déshonorer me retint, » dit-elle. {El temor de la honra tuvo fuerza para no lu perderl) Elle n'avait que quatorze ans. Son père, averti sans doute, se hâta de la confier aux sœurs du couvent de Notre-Dame-de-Grâoe, où étaient élevées bon nombre de jeunes filles nobles de la ville. Là elle prit goût à la vie monastique, et après quelques années d'irrésolution, qu'elle a très-bien dépeintes, elle se décida à prendre l'habit de religieuse au couvent de l'Incarnation d'Avila (1533, 8 novembre.)
Dans une maladie qu'elle fit quelque temps après sa prise d'habits et qui la mit k deux doigts de la mort, elle eut, au milieu des transports de la fièvre, ses premières visions. La vie de sainte Thérèse offre ceci de particulier qu'elle renferme autant de visions, si ce n'est plus, que de faits réels, et que le biographe est obligé d'en tenir compte. C'est une existence double : elle a toujours, comme dit-lo poète, les pieds ici, les yeux ailleurs (V. Hugo), et celui qui n'étudierait que les faits réels ne connaîtrait, que la moitié de sa vie. Revenue à la santé, ce fut sa vertu qui courut péril à son tour. Le couvent n'était pas soumis à la claustration et Thérèse recevait beaucoup de visiteurs, attirés par sa beauté et un commencement de réputation que lui avaient déjà acquis son esprit et son amabilité. Des attachements mondains, un amour fugitif peut-être, la préoccupèrent. Elle a raconté qu'elle fut plus d'un an sans prier. « Ma vie était alors fort pénible, ditelle; d'un côté Dieu m'appelait, de l'autre j'écoutais le monde. Les choses divines avaient de puissants attraits pour moi, mais les choses du inonde m'enchaînaient encore. Je sernblais vouloir unir deux choses absolument contraires, les consolations de la vie spirituelle et les jouissances sensibles. J'éprouvais mille angoisses en priant, car mon esprit, loin d'être le maître, était esclave, et je ne parvenais pas, quoique ce fût mon unique manière de prier, à me- recueillir et à m'enfermer en moi-même sans y enfermer en même temps toutes les idées vaines qui m'obsédaient. Je passai ainsi bien des années et je nem'étonne qued'une chose, quiestd'avoir pu supporter cette double vie sans interrompre jamais l'une ni l'autre. Tantôt je succombais, tantôt je me relevais, mais non comme il aurait fallu, puisque je retombais bientôt après. Je vivais d'une manière si imparfaite que je ne faisais presque pas attention aux. péchés véniels; je ne redoutais que le péché mortel, sans fuir les occasions qui pouvaient m'y faire tomber. »
Quelques biographes ont vu dans ces lignes et dans quelques autres passages semblables
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des confessions de sainte Thérèse l'aveu d'une faute commise. Peut-être ne faut-il y voir, avec ses panégyristes ecclésiastiques, que l'aveu de faiblesses bien innocentes au point de vue mondain, exagérées démesurément dans leur expression par la ferveur de la sainte. Quoi qu'il en soit, cette période de crise passée, elle fut tout à Dieu et à ses visions. La lutte qu'elle soutint pendant ces quelques années eut pour effet de l'exténuer davantage, d'accroître encore son mysticisme et sou exaltation: à partir do cette époque, le corps ne fut plus rien pour elle et elle apparaît comme presque dégagée des liens terrestres. Rentrée dans le couvent de l'Incarnation, elle y vécut vingt ans, obscure, livrée tout entière à ces visions intérieures auxquelles elle se complaisait singulièrement et qu'elle exaltait encore par le jeûne, les veilles, les macérations. Elle décrivit plus tard ces visions, avec une sûreté de mémoire et une lucidité étonnantes. C'est que chez elle le rêve avait l'intensité de la vie; elle ne croyait pas voir, elle voyait. Nul écrivain plus qu'elle ne s'est replié sur luimême, n'a analysé sa vie intérieure ; ses idées, ses transports, ses visions,e11e a tout dit, tout raconté, naïvement, crûment parfois, souvent en termes sublimes, enlevée qu'elle était par la foi. Ce ne fut, il est vrai, que sous l'inspiration de ses confesseurs qu'elle écrivit, beaucoup plus tard et pour que ces écrits servissent à l'édification de ses religieuses (Relacion de sa vida; Las Aforadas) ; mais si elle eût inventé, son style n'aurait pas cette netteté, cette vérité singulières. Elle voyait • avec les yeux de l'âme, plus puissants, dit-elle, que les yeux du corps. • C'est ainsi qu'elle vit; à plusieurs reprises, l'enfer, Jésus à la colonne, saint Pierre et saint Paul, la Vierge, Catherine de Sienne, Catherine de Cardone , sainte Claire, etc.; pendant un certain temps, deux ans et demi, elle marcha voyant toujours Jésus-Christ à sa droite [Morada Vil). Elle écrivit : « Dieu, versez-moi l'eau de la vie éternelle, » et, dans l'ardente invocation de sa prière, elle croyait se désaltérer à cette source. Quand elle communiait, il lui semblait que son corps perdait sa pesanteur, qu'elle se soulevait de terre, et il s'est trouvé des témoins, son confesseur et un évéque, pour affirmer la réalité du prodige. Mais ce n'est qu'en lisant ses mystiques écrits que l'on se rend un compte exact de cette exaltation permanente ; cela vaut mieux qu'un miracle, fût-il attesté par un confesseur. Quoi de plus poétique, et de plus saisissant en même temps, que sa vision du miroir 1 • Il me semblait voir mon âme, dit-elle, éblouissante de clarté comme un miroir, et au centre venait à moi le Christ, notre Seigneur, comme j'ai coutume de le voir. 11 mo semblait que dans toutes les parties de mon ■ âme je le voyais, comme dans ce miroir, et ce miroir, je ne sais dire comment, était absorbé en entier par le Seigneur, dans une sorte de confusion amoureuse, au point que je ne saurais le dire. Je compris qu'avoir l'âme en état de péché mortel, c'est couvrir le miroir d'un voile sombre. » Les jours qu'elle n'avait pas sa vision, elle appelait cela « être absente de Dieu. »
Les vingt premières années de sa vie monastique se passèrent ainsi au couvent d'Avila. Sa grande œuvre temporelle, celle qui remplit toute la dernière période de sa vie, fut la réformation des carmélites. Ca fut après vingt ans de visions, d'extases, de méditations, qu'elle entreprit cette réforme, excitée, comme toujours, par un rêve, Lo renom de la sainte s'était propagé dans toute l'Espagne ; le clergé, après quelques hésitations, y prêta la main. Cette réforme a son importance religieuse : c'est l'opposition catholique au luthéranisme, le contre-coup catholique des doctrines qui agitaient le centre de l'Europe. Après avoir vaincu bien des résistances, suinte Thérèse obtint de fonder à Avila un monastère suivant la règle qu'elle voulait établir, celle d'Albert le patriarche, conservée seulement en Palestine, dans le couvent du Mont-Carmel. Son point distinctif est la prière perpétuelle; jour et nuit, une des religieuses est prosternée devant l'autel; suivant cette règle, il ne peut y avoir pour l'homme d'autre occupation que 3e prier Dieu. Les commencements furent humbles ; dans une petite maison, achetée des deniers d'une des prosélytes de sainte Thérèse, Jeanne de Ahumeda, la sainte installa quatre jeunes filles, dont elle fut la prieure. Puis, comme cette réforme répondait à un besoin du temps et que le clergé s'aperçut de tout le parti qu'il pouvait tirer de l'exaltation mystique de la réformatrice et de son grand renom, chaque ville voulut avoir son couvent de carmélites. Appelée de toutes parts pour présider à ces pieuses fondations et animer de son esprit les néophytes, sainte Thérèse déploya une activité prodigieuse. Médina del Campo, Malagon, Valladolid, Tolède, Pastrana, Ségovie, Séville, Burgos, la virent tour à tour, et rapidement sa réforme s'étendit en France et en Italie. C'est en même temps dans cette période de sa vie qu'elle rédigea, pour l'instruction des religieuses désireuses de marcher sur ses traces, les œuvres qui l'ont placée au premier rang des éerivainsi mystiques. Ce sont : la Relacion de sa vida U5G2), mémoires précieux qui font pénétrer dans toute la
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vie intérieure de la sainte par le récit de ses visions ; El camino de perfeccion (1563) ; K l libro de los fundaciom.i, qui, comme son titre l'indique, énumère les fondations de monastères opérées sous sa direction ; El Castillo interior o las Moradas (1577) , écrit considéré ajuste titre comme son chef-d'œuvre ; des fragments de ses Conceplos de amor de Dios, qu'elle avait composés en entier, mais dont son confesseur lui fit brûler une partie, et enfin ses Lettres, son œuvre la plus originale peut-être et où elle se peint le mieux en entier. Une telle activité, k l'âge qu'elle atteignait, dépassait les forces de ce corps exténué par les veilles et les pénitences. Epuisée par les fatigues de ses continuels voyages, elle fut atteinte d'un flux- de sang, en se rendant de Burgos '& Albe, et mourut dans le couvent ries carmélites de cette ville, où ulle fut d'abord inhumée. Son corps fut ensuite transporté chez les religieuses d'Avila, sa ville natale, qui le réclamèrent.
Ses œuvres ont été traduites dans toutes les langues. En Espagne elles eurent de nombreuses éditions (Salamanque et Madrid, 1587). Les Lettres, recueillies ça et là et conservées comme des reliques, n'ont été imprimées qu'en 1618. M. de Ochoa, dans la collection espagnole Baudry,a donné un excellent choix des œuvres de sainte Thérèse, avec sa biographie, en deux livres, par Yépès.
A peine sainte Thérèse était-elle descendue au tombeau que la légende s'empara de cette existence, merveilleuse par certains côtés. Aussi, lors de la translation de ses dépoudles d'Albe à Avila, les témoins oculaires attestèrent que le corps de la sainte, au bout de plus d'un an, non-seulement n'avait pas été attaqué par la décomposition, mais exhalait une odeur de parfums. C'est ce que l'Eglise espagnole appelle le miracle du corps saint. Le jour même de sa mort, elle apparut en divers monastères, à ses prosélytes les plus zélées. Ces apparitions, à ne les prendre que par leur côté véritable, c'est-à-dire comme des songes, attestent k quel degré les vertus el le mysticisme de sainte Thérèse avaient frappé l'imagination de ses contemporains.
Thérèse (LETTRES DE SAINTE). ReCUeil VO-
iumineux, intéressant à bien des pointsde vue, de la correspondance de la sainte d'Avila. On possède assurément la plus grande partie de ces lettres qui, dans l'esprit de celle qui les écrivait, n étaient pas destinées à la publicité ; mais on ne peut s'empêcher de regretter la perte d'un bon nombre. Le Père Gratien, un de ses correspondants favoris, en avait fait relier un paquet de l'épaissear de trois doigts; on n'en a certainement pas le tiers. Saint Jean (le la Croix, le correspondant qu'elle aimait le plus et qui portait toujours sur lui les lettres de la sainte, avec la Bible, arrêté par l'inquisition, les brûla. Cette correspondance, au point de vue de lnf doctrine, devait être très-curieuse. Après la mort de sainte Thérèse, H y eut pour elle uns telle ferveur, en Espagne et en France, que les couvents s'en disputaient la moindre lettre comme une relique. Aujourd'hui encore un autographe de quelques lignes, insignifiant, vaut de 3,000 à 4,000 réaux. De son vivant même, on en fit des copies fort précieuses, qui ont servi à composer les diverses éditions qui parurent k partir de 1658, c'esl-k-dire plus de soixante-dix ans après sa mort. Cette dévotion exceptionnelle nous donne lieu de eroire tout au moins qu'à part les lettres adressées à saint Jean de la Croix, aucun morceau important n'a. échappé.
De tous les recueils oui ont été faits de ces lettres, le dernier et le meilleur est celui de la bibliothèque espagnole Ribadeneyra (1862, 1 vol. in-4°) ; il forme le tome second des Œuvres complètes de sainte Thérèse et sa trouve, malheureusement pour les lecteurs français, postérieur aux deux bonnes traductions que nous possédons , celle de l'abbé Migne (1840, 1 vol. in-4<>) et celle du Père Bouix (1861 , 3 vol. in-S°). Cette dernière traduction ne comprend que 354 lettres; le volume espagnol en contient 403. Il est précédé d'une très-bonne étude de don Vicente de La Fuente ; par contre, le Père Bouix a intercalé dans sa traduction des notes excellentes sur les personnages avec qui la sainte était en relation ; elles sont d'un très-grand secours pour l'intelligence des Lettres.
Du reste, le plus ou moins grand nombre des fragments de cette correspondance n'est qu'une affaire d'exactitude pour les éditeurs d'ouvrages de piété, l'on pourrait dire pour les admirateurs de la sainte; ne possédât-on que le tiers des lettres qui ont été sauvées, on n'en serait pas inoins fixé sur le caractère plein de giâce et de charme de cette correspondance. Il n'y a peut-être pas un autre livre de piété, car ce n'est qu'un ensemble d'exhortations religieuses, qui se fasse lire avec autant de plaisir, avec moins de fatigue. Le ton de ses lettres est aussi varié que la condition, le rang, le caractère des personnes k qui elle les adresse. Dans toutes, on retrouve cette onction qu'elle a mise dans ses moindres œuvres et qu'elle devait k sa foi ardente, kson état perpétuel d'extase ; mais, grave et dogmatique avec ses confesseurs, avec Pierre d'Alcantara, à qui elle raconte ses visions, elle devient affectueuse et touchante avec son frère, Laurent de Cepeda, à qui elle écrit au delà des mers, k Quito ; elle trouva une bonne parole pour tous ceux
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qui la consultent et veulent s'entourer de ses lumières. Et tout cela sans sortir jamais du ton simple, naturel, familier. « Tous ses écrits sont pleins de la doctrine céleste, dit avec • lyrisme l'évêque d'Osma, Palafox ; mais dans ses lettres familières s'épanche davantage l'âme, la vie de l'auteur ; elle peint de couleurs plus vives et plus vraies sa situation intérieure et extérieure que dans tous ses traités spéciaux. C'est dans ses Lettres qu'elle manifeste surtout son zèle ardent, son esprit admirable, sa prudence et sa charité merveilleuses. Véritablement, de tant de choses qu'elle a faites, de tant de lettres qu'elle a écrites, rien rie doit rester ignoré des fidèles. >
Ces Lettres, écrites dans les vingt-deux, dernières années de sa vie, de 1580 à 1582, à l'époque où, ayant reçu l'autorisation de réformer l'ordre des carmélites , elle déploya pour la fondation de ses monastères une si prodigieuse activité, se rapportent presque toutes, naturellement, à ce qui était alors sa grande pensée et son œuvre principale. On suit pas a pas, dans ses exhortations aux nouvelles fondatrices, dans les conseils qu'elle leur donne, les progrès de l'ordre religieux qui lui était cher. C'est Louise de La Cercla, sœur du duc de Medina-Cceli et fondatrice des Carmélites de Malagon; Marie de Mendoza, sœur de l'évêque d'Avila et fondatrice du monastère de Vallndolid, et avec elles bien d'autres femmes de haut rang qui, séduites par ses ardentes prédications, embrassèrent la règle sévère des carmélites. Ses lettres à ses confesseurs sont fort nombreuses, et l'on peut y suivre les phases diverses de l'extase perpétuelle dans laquelle elle semble avoir vécu. Dans celles qu'elle écrit aux gens du monde, l'onction n'exclut pas un certain enjouement, qui, sous sa plume, a un grand charme. Il y a aussi comme une douce gaieté dans les sobriquets sous lesquels elle masque certains personnages, à l'époque où, persécutée par l'inquisition, elle craignait que ses lettres ne tombassent entre des mains ennemies. Elle appelle les inquisiteurs des anges et le grand inquisiteur l'ange-major ; son ami, Jean de la Croix, k cause de son ton sentencieux et de sa petite taille, devient Sénèque, le petit Sénèque (Senequita); ses carmélites sdnt des aigles (aguitas), parce qu'elles peuvent fixer Dieu ; en revanche, les religieuses des autres ordres, à cause de leur babil intarissable, sont appelées des cigales (cigarras) ■ les cannes chaussés sont des chats; les jésuites, des oiseaux de nuit, des corbeaux (corvos, aves nocturnas).
Nous avons parlé plus haut des traductions françaises de l'abbé Migne et du Père Bouix ; il y en eut de bien antérieures qui attestent le retentissement des œuvres de sainte Thérèse, même à l'étranger. Dès 1660, deux ans après l'apparition du premier reeueil espagnol, le docteur Pellicot en fit une traduction; beaucoup de lettres y sont mutilées; les bollandistes, sans traduire ni donner le texte, essayèrent, dans les Acta sanclx Theresse, une classification des lettres, qui est très-judicieuse. Chappe de Ligny et la Mère Maupeau, abbesse des carmélites de Saint-Denis, traduisirent le recueil espagnol de 5 vol. in-8° qui était alors en réputation, quoiqu'il* fût incomplet et peu méthodique. La traduction faite sous la direction de l'abbé Migne est bien supérieure ; le traducteur y ajouta, sans dire où il les prenait, les trois lettres originales qui sont à. l'église des Carmélites de la rue d'Enfer, et qu'ignoraient les éditeurs espagnols. Le texte qu'il en publia, mal copié, offrait quelques fautes; don Vieente de La Fnente demanda à en voir les originaux, et l'abbé Migne lui répondit que ces lettres lui étant inutiles, la traduction faite, il les avait déchirées. De la, profonde indignation du pieux éditeur espagnol. ■ Déchirer des lettres de sainte Thérèse 1 s'écrie-t-il; et l'abbé Migne est un prêtre 1 Un juif les eût conservées I • C'était un malentendu; l'abbé Migne n'avait déchiré que des copies, puisque les trois originaux sont encore aux Carmélites. La traduction du Père Bouix (1861,3 vol. in-8°) est plus complète, enrichie de notes nombreuses et très-opportunes; maison s'est plus attaché k l'esprit qu'à la contcxture de la phrase, de sorte que les Espagnols ne reconnaissent plus le style de leur sainte Thérèse. C'est du moins l'opinion de M. de La Fuente.
Thérèse (sainte). Iconogr. On lit dans la vingt-deuxième livraison des Analecta juiis pontificii, revue dogmatique publiée a Rome : « Quoique les images de sainte Thérèse soient très-communes et se trouvent dans les mains de tout le monde, on en rencontre très-peu qui ressemblent au vrai portrait. La sainte ne voulut jamais se laisser peindre pendant sa vie, si ce n'est une seule fois, sur l'ordre formel que lui en donna son supérieur. Ce serait le type exécuté alors qu'il faudrait reproduire, si l'artiste eût été habile ; mais ce travail, malheureusement, fut confié k un religieux, qui s'appelait le frère Jean de la Misère et qui était loin d'avoir un talent de premier ordre. Après la mort de la sainte, ou s'empressa de peindre divers portraits qui existent encore aujourd'hui ; mais ce ne sont pas les traits vivants et expressifs. » Le couvent des carmélites d'Avila possède un portrait authentique de la sainte; nous ignorons si c'est celui qui aurait été exécuté par le
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frère Jean de la Misère. On voit dans le même monastère un buste de sainte Thérèse.
Parmi les figures de cette sainte que l'on doit à la statuaire, la plus célèbre est celle que le Bernin exécuta pour l'église de Santa- Maria-della- Vittoria, à Rome; nous lui consacrons ci-après un article spécial. Une statue de proportions colossales, sculptée par Filippo Valle, se voit dans la grande nef de Saint-Pierre de Rome; une autre, sculptée par Caresana, décore la façade de l'église de Sainte-Christine, k Turin ; une autre, sculptée par J. Feuchère et qui a été exposée au Salon de 1840, appartient à l'église de la Madeleine de Paris. Les peintures et les gravures relatives à sainte Thérèse sont innombrables. Les principaux épisodes de sa vie avaient été retracés par de Sève dans le petit oratoire de la reine, au château de Vincennes : des guirlandes de fleurs encadraient chaque sujet. La Vie de sainte Thérèse a été gravée au xvire siècle pur Guillaume Chasteau. Le trait suivant de Y Enfance de sainte Thérèse a été représenté plusieurs fois, notamment par M. A.-R. Roberts (Salon de 1866) : la jeune sainte est ramenée par un de ses oncles à la maison paternelle, d'où elle s'était enfuie pour aller chercher le martyre dans le pays des Maures. Mais la scène qui a été le plus souvent retracée est VExtase de sainte Thérèse ; beaucoup de peintres, k l'exemple du Bernin, ont montré l'ange perçant du trait de l'amour divin le cœur de la mystique Espagnole ; le sujet est ainsi traité dans un tableau de Parodi, dans l'église de Saint-Bernardin, à Bergame, et dans une gravure de Schelte A Bolswert; un tableau du Monealvo, qui décore le tnaltre-autel de l'église Sainte-Thérèse, à Turin, représente cette sainte soutenue dans son extase par deux anges, tandis que l'Enfant Jésus lui perce le cœur d'une flèche, au grand étonnement de la Vierge et de saint Joseph. D'autres Extases de sainte Thérèse ont été figurées par B. Guidobono (à l'Académie de Gènes), Cl. Jacquand (tableau exposé au Salon de 1839 et gravé par J.-A. Allais), Gérard de Lairesse (estampe dont il y a une copie par P. van den Berghe), Auguste Glaize (Salon de 1841), J. Ravel (Salon de 1863), Brustoloni (le Ravissement de sainte Thérèse, gravure), Ercole Lolli (Sainte Thérèse en prière, gravure), François Langot (Sainte Thérèse aux pieds du Sauveur, gravure), etc.
L'église des Missions, à Aix-en-Provence, possède un très-beau tableau du Guerchin : le Christ, debout, retenant son manteau, tte la main gauche montre le ciel k sainte Thérèse agenouillée à ses pieds; un ange est placé derrière celle-ci, prêt à la soutenir dans ses défaillances mystiques ; d'autres anges entourent le Père Eternel dans les cieux. • Cette toile nous parait supérieure à toutes celles que le Louvre a du Guerchin, a dit M. Marius Chaumelin (les 2'résors d'art de la Provence, p. 5fl). Le Christ a une fierté d'attitude, une grandeur et une noblesse d'expression qui imposent. Les anges sont dessinés avec une rare distinction. La couleur a un éclat et une puissance extraordinaires ; la robe rouge et la manteau bleu du Christ, si élégamment drapés, Sont peints dans des tons superbes. » Une autre église d'Aix, celle de la Madeleine, renferme un remarquable tableau de Jean Daret, Sainte Thérèse recevant les insignes de son ordre des mains de la Vierge et de saint Joseph. Au musée du Belvédère , h Vienne , est une grande composition de Gaspard de Crayer qui représente Sainte Thérèse recevant un collier des mains de la Vierge : la Madone apparaît sur les nuages, au milieu des anges ; plus haut , la sainte Trinité est entourée d une gloire. Le même sujet a été traité par Giovanni-Andrea Carlone (église Saint-Philippe, à Gênes ) , par Castellino Castillo { église Sainte-Agnès, à Gênes), etc.
À la vente de la galerie Salamanca(l875), on a adjugé au prix de 4,700 francs une belle et savante peinture d'Alonzo Coello représentant la Communion de sainte Thérèse .-la sainte, revêtue d'une robe brune et d'un manteau blanc surmonté d'une cape noire, est agenouillée devant saint Pierre, évêque d'Alcantara, qui lui administre la communion;, derrière celui-ci est un moine; un saint diacre est agenouillé au premier plan et un autre, placé au fond, offre une' fleur de lis à la sainte. Un tableau sur le même sujet, que l'on croit exécuté par quelque élève des Carrache, appartient au musée de Madrid.
Rubens a peint pour l'église des Carmélites d'Anvers une Sainte 7'hérèse intercédant en faveur des âmes du purgatoire; cette composition, qui a été gravée par Bols- ■wert, appartient aujourd'hui k l'Académie d'Anvers. Un petit tableau de Rubens sur le même sujet a fait partie des collections Rubemprê, Biaamcamp, Van Saceghem, Patureau (1857). Une antre peinture de Rubens, le Christ apparaissant à sainte Thérèse, fut exécutée par le maître pour l'église des Carmélites de Bruxelles,
Citons, pour finir, divers tableaux de Gio.- B. Discepoli (église Saint- Thérèse, à Corne), N.-N. Coypel (gravé par J.-Ph. Le Bas), D. Pugliani (église de Sainte-Maiie-Majeure, à Florence), Ch. Le Brun (gravé par Bazin, Fillœul, etc.), J. Stella (gravé par Abr. Bosse), Carlo Dolci (palais Gherardesca, à Florence), Michel Corneille (gravé par Benoit Audran), Fr. Gérard (gravé par D. Bcr-
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nard, par J.-M. Leroux), Taillasson (gravé par G. Demarteau), Barrias (gravé par Lemoine), E. Cibot (Exposition universelle de 1855), Caminade (Salon de 1841), X. Dupré (Salon de 1842), Eugène Thirion (Salon de 1875), etc.
Thérèse en extnso { SAINTE ) , groupe de marbre, chef-d'œuvre du Bernin ; dans l'église Santa-Mtnia-Della-Vittoria , à Rome.
Un ange, armé d'une flèche qui est censée figurer le trait de l'amour divin, s'apprête à percer le cœur de sainte Thérèse ; celle-ci se pâme dans une attitude de voluptueuse extase et ferme à demi ses yeux remplis de langueur. Deux autres anges se tiennent là, comme pour applaudir à l'exploit de leur frère.
Le Bernin considérait ce groupe comme le meilleur ouvrage qui fût sorti de sa main. Les Romains de ce temps-lk étaient absolument de son avis. Aujourd'hui, la composition nous paraît d'un goût déplorable au point de vue religieux; mais, si nous faisons abstraction de l'idéal chrétien, nous sommes bien obligés de reconnaître que l'exécution est pleine de charme et que les figures sont du galbe le plus gracieux ; suivant le motde^M. Taine, i on n'a jamais fait un roman si séduisant et si tendre. »
Ce groupe a été gravé par Claude Mellan.
THÉRÈSE ou TAREJA , comtesse souveraine du Portugal, née vers 1070, morte en 1130. Elle était fille d'AlphonseVI, roi de Léon et de Castille, et de Ximena-Nufies^e Guzman. Sa légitimité a été mise en doute. «Certains auteurs castillans et même des portugais dit M. F. Denis, ont affirmé que donaTheresa ou Tareja était fille illégitime d'Alphonse VI, et il faut convenir qu'ils établissaient leur opinion sur des documents d'une valeur réelle, puisque la Chronique de Fioirac ellemême allègue ce fait en termes positifs. Cependant, des hommes d'une prodigieuse érudition, notamment Joseph Barbosa, ont présenté la question sous un antre aspect : ils ont puisé dans la contexture de la lettre pontificale, établissant la légitimité de l'union d'Alphonse avec Chimène, leur principal argument, et il faut convenir qu'ils l'ont fait avec une supériorité assez grande pour qu'on incline vers leur opinion. » En 1093, en récompense de ses services contre les Maures, Henri de Bourgogne obtint la main de Thérèse. Belle, intelligente, instruite, la fille d'Alphonse VI gâta toutes ses qualités par sa fierté hautaine, son ambition démesurée, la légèreté, le dévergondage de ses mœurs. Le 1" novembre 1112, son mari étant mort, elle fut nommée régente de son filsAlphonse-Henriquez, né en 1109. Ambitieuse, elle dédaigna le titre que lui avait laissé son mari et prit le nom de reine; galante, autant que le fut .sa sœur Urraca, reine de Castille et de Léon, elle eut des amants nombreux , parmi lesquels on Compte Fernando Paes, comte de Transtamaie, que plus tard, dit-on, un mariage secret lit son époux ; hardie, impétueuse, violente, en 1119 elle déclara la guerre à sa sœur, prétendant avoir des droits sur la couronne de Cas-, tille, et entra en Galice à la tête d'une armée. Elle s'empara de Thuy ; mais dans une bataille qui eut lieu sur les bords du Minho, Thérèse fut complètement défaite, réduite k chercher son salut dans la fuite, et son vainqueur, par représailles, porta le ravage dans les Etats du Portugal. Quelques auteurs cependant assurent que Thérèse sut arrêter les progrès de l'ennemi en gagnant par ses charmes ou par son argent l'évêque de Compostelle, qui affaiblit l'armée castillane. En 1127, l'implacable et turbulente Thérèse fit une nouvelle et soudaine invasion en Galice; cette fois encore elle fut vaincue par Alphonse VIII, fils et successeur d'Urraca, et obligée d'accepter de son vainqueur une paix dont les conditions étaient' pour elle humiliantes. Elle s'apprêtait à tenter une fois encore le sort des armes, à venger sa défaite, lorsqu'elle fut dépouillée de la régence et de tout pouvoir par son fils, Alphotise-Henriquez. • Lorsque le jeune prince, dit M. Denis, eut atteint l'âge de dix-huit ans, il réclama l'exercice de ses droits. Thérèse refusa d'abandonner la régence ; Alphonse- Henriquez la demanda impérieusement; et l'on vit commencer alors une des guerres les plus funestes qui aient ensanglanté le pays. Le fils se vit contraint d'employer la force des armes pour obliger sa mère à lui céder le pouvoir, et la bataille de Saint-Mainede, qui eut lieu non loin de Gumiaraens le 24 juin 1128, est marquée dans les annales du Portugal comme une des journées les"plus déplorables que l'histoire ait à signaler. Alpbonse-Henriqu'Z y demeura vainqueur des partisans de Thérèse et il put dès lorî se regarder comme maître absolu du territoire anciennement concédé à son père. Ce ne fut pas toutefois sans contestation qu'il saisit le pouvoir; la reine, renfermée dans le château de Lanhoso, envoj'a implorer le secours du roi de Léon, et ce prince accourut à son aide. La bataille de Valdovez , gagnée par Alphonse, lit de nouveau justice des prétentions d'une mère ambitieuse. » Thérèse survécut peu de temps k la perte de son pouvoir; elle mourut aux environs de Bragale 1er novembre 1130. On lui attribue plusieurs fondations religieuses , entre autres la cathédrale de Viseu et l'église de Gedofeita, qui communi-
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quait par «n chemin, appelé encore chemin an la reine, à la résidence habituelle dedooa. Thérèse.
THÉRÈSE, infante de Portugal et reine de Léon, née vers 1170, morte en 1250. Elle était fille de Sanche 1er, roi de Portugal, et do Dulce d'Aragon ; Sanche avait une sœur naturelle, Urraca, qui fut mère d'Alphonse IX, roi d'Aragon. Or, Alphonse IX et Thérèse s'aimèrent et s'unirent. Mais ils étaient cousins germains, et, pour une telle union, il fallait des dispenses du pape. On se dispensa des dispenses. Rome se plaignit. « Le pape Clément III, que les deux rois avaient, la chose accomplie, fait instruire des raisons qui devaient faire regarder ce mariage comme légitimement contracté, dit un écrivain, fit choix, en 1191, d'Hyacinthe, cardinal du titre de Sainte-Marie-in-Cosmedin, pour aller en Espagne, en qualité de légat, prendre connaissance de cette affaire, Mais, avant le départ de ce légat, Clément mourut et le mémo cardinal Hyacinthe lui succéda le 27 mars, sous le nom de Célestin III. Le nouveau pape choisit, pour la légation qu'il avait dû remplir, Grégoire, cardinal diacre du titre de Saint-Ange, qui vint en Espagne la même année. Le mariage fut déclaré nul, comme fait dans le second degré de consanguinité. Les évêques de Léon, d'Astorga, de Salamanque et de Zamora soutinrent la validité du mariage. Leur raison était que l'empêchement de consanguinité n'est ni de droit divin ni de droit ecclésiastique, et qu'il est purement de droit civil et politique, établi par les princes, qui, par conséquent, peuvent s'en dispenser. Les deux rois s'en tinrent à l'opinion de ces quatre évêques, qui furent excommuniés par le légat. Tous les autres prélats exhortèrent les deux rois à consentir k la dissolution du mariage; mais leurs instances furent inutiles. Eu 1193, le roi de Léon et la reine Thérèse continuant de vivre ensemble, le légat Grégoire jeta l'interdit sur les deux royaumes de Léon et de Portugal. Cette mesure fit murmurer hautement les peuples. Cependant le roi de Léon envoya Guillaume, évêque de Zamora, à Rome, supplier le pape de lever, par une dispense subséquente, l'empêchement qui rendait son mariage nul. Célestin III tint ferme pour l'observance des canons , et tout ce que Guillaume en obtint fut d'être absous lui-même de l'excommunication lancée contre lui par le légat. Le pape, sur les plaintes que la plupart des évêques des deux royaumes lui firent au sujet de l'interdit, qui ne servait qu'à chagriner des innocents et qui ne faisait point changer la- résolution du roi Alphonse, leva l'interdit et défendit seulement de célébrer quelque part que ce fût aucun office divin en présence de ce prince et de la reine, sa femme. Cette affaire ne fut terminée qu'en 1195; h cette époque, les rois de Léon et de Portugal, cédant aux prières de leurs sujets, consentirent enfin à la cassation du mariage. La reine Thérèse, après avoir eu trois enfants, l'infant Ferdinand, qui mourut jeune, et les infantes Sanche et Dulce, fut renvoyée en Portugal, et le légat acheva de lever solennellement l'interdit et les autres censures. » Cette princesse résolut alors de consacrer le reste de sa vie à des œuvres de pieté. Informée que la discipline monastique était absolument relâchée dans le monastère de Lorban et que les moines ne voulaient point entendre parler de réforme, elle pria sou père de lui donner ce monastère pour y mettre des religieuses. Sanch.e fit consentir l'abbâ Julien k lui céder son monastère. La reine en prit aussitôt possession et le peupla de religieuses de Cileaux. Dégoûtée du monde, elle prit, l'an 1228, le voile dans ce monastère, après avoir recommandé au roi de Léon les infantes leurs tilles. Le prince lui donna •pour dot la ville de Vatbuena.
Tbérèae Aubert, roman, par Charles Nodier (1819, in-12). De tous les romans du célèbre écrivain, celui de Thérèse Aubert est un de ceux qui ont eu le plus de succès, bien qu'il présente au lecteur des tableaux trop sombres et qu'il éveille des sentiments trop pénibles. Mais ce qui rend ce récit si intéressant et si vivant, c'est que le fond en est exact et que l'on sent que l'auteur en a connu les personnages. Certains détails même ont été évidemment imposés par la réalité à l'auteur, car son goût exquis ne les lui aurait jamais fait inventer de lui-même. Ce roman est le journal d'un jeune Vendéen de dix-sept ans et demi qui s'est fait arrêter- à dessein pour être envoyé k la mort et ne pas survivre à celle qu'il aimait. Adolphe, après une expédition malheureuse , est obligé de se déguiser eu fille pour échapper au supplice. Un juge charitable, M. Aubert, l'adresse à sa fille comme une compagne digne de son amitié. Mais, en changeant de vêtements, Adolphe n'a pas changé de sexe et il devient amoureux fou de Thérèse. Après avoir longtemps lutté, emporté-par la violence de sa passion, il lui révèle son secret. Thérèse l'aime aussi, mais elle est vertueuse et elle exige son départ. Bientôt une lettre le rappelle; Thérèse, frappée de la petite vérole, est devenue aveugle et va mourir. Adolphe revient éperdu et sent son amour redoubler en face dos souffrances de la pauvre enfant qu'il no peut arracher au trépas. Elle expire entre seu bras, et c'est alors qu'il va se livrer k ses
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bourreaux. C'est dans sa prison qu'il écrit pour lui-même le récit de ses douleurs, pour soulager son cœur ou pour achever de le briser.
Que de douceur et de charme dans cette histoire si simple et si touchante 1 Que de passion aussi! Rien de gracieux comme la scène de la séparation de Thérèse et d'Adolphe. Au dénnûment, quelle situation déchirante et passionnée, lorsque Adolphe retrouve sa pauvre Thérèse aveugle et défigurée par la maladie et la presse avec amour tonte mourante enlre ses bras I Comment le dégoût ne l*emporte-t-il point sur l'intérêt et ne nous contraint-il pas à fermer le livre? C'est qu'au milieu de son agonie cette jeune tille est plus belle encore; c'est qu'il semble que son âme se montre à nous plus pure et plus céleste au travers des plaies et sous les flétrissures imprimées à son corps par le fléau dévastateur. On comprend le sombre désespoir d'Adolphe, en dépit de sa jeunesse , et on applaudit à son suicide déguisé, comprenant, commelui, qu'on ne saurait survivre k Thérèse. On pleure et les larmes ne raisonnent pas ; aussi passe-ton,sans s'en douter, sur de légères fautes de goût et même sur quelques incorrections, défaut qu'on'ne saurait relever dans les autres productions de Charles Nodier. C'est qu'il écrivait ces dernières avec son esprit, et qu'il a écrit Thérèse Aubert avec son cœur.
Thérèse Dunoyer, roman, par Eugène Sue (1832, S vol. in-8°). Cet ouvrage est regardé avec raison comme un des meilleurs de l'auteur. Il offre d'ailleurs un double attrait : la peinture de deux nobles caractères et une certaine saveur acre que le surnaturel, obligatoire dans les histoires bretonnes, ne manque cependant jamais de leur prêter. Ewen de Ker - Ellis , un jeune seigneur breton , après avoir pris une part glorieuse aux guerres de la Vendée, vit retiré dans ses terres, ne connaissant d'autres plaisirs que la chasse, àe3 promenades en mer avec le pilote Mor- Nader, un véritable type de sorcier breton, et de douces causeries avec sa nourrice Ann-Jann, son mari Lès-en-Goch, ou avec l'abbé de Kérouëllan. Mn jour, sa gaieté disparaît; il a trouvé dans sa chambre un portrait qui répond si exactement à l'idéal d'une compagne qu'il s'est formé dans l'esprit, qu'il tombe amoureux de cette image inanimée.
L'abbé de Kérouëllan lui conseille d'aller à Paris pour se distraire et veiller h ses intérêts qu'il croit compromis par son banquier, M. Dunoyer. Ewen part et, coïncidence singulière, mais qu'expliquent le voyage d'un de ses oncles à Paris et ses relations avec la femme du banquier, il trouve dans Thérèse Dunoyer l'original du portrait qui l'a tant frappé dans son manoir et qui représentait une de ses parentes. Il devient amoureux fou d'elle et obtient sa main. Mais il a compté sans son cousin, M. de Montai, un homme sans cœur ni honneur, qui convoite Thérèse à cause de sa dot, feint de prendre les intérêts d'Ëwen et parvient à déshonorer la jeune fille pour forcer M. Dunoyer à la lui donner. Les calculs de Montai sont déjoués ; le banquier révèle sa honte en prouvant que Thérèse n'est pas sa fille et la chasse de chez lui. C'est alors que Montai se révèle dans toute sa bassesse ; il ne vise qu'à un but, se débarrasser de Thérèse pour tenter une autre aventure matrimoniale qui tourne mieux. Thérèse va devenir mère ; c'est le moment qu'il choisit pour l'abandonner, après avoir emprunté, soi-disant pour les frais de couché, de l'argent à une actrice, son ancienne maîtresse qu'il a voulu épouser et qui a refusé net son nom en lui montrant qu'elle avait deviné sa cupidité. Thérèse tombe dans une affreuse misère ; elle travaille pour nourrir son enfant, mais les forces lui manquent; elle va* mourir lorsque survient Ewen. Il supplie Thérèse d'assurer le sort de son e;i-~" fant qu'il reconnaîtra, si elle veut l'accepter pour époux de nom seulement. Ils partent pour Ker-Ellis et là commence pour eux la vie la plus affreuse; Ewen espère toujours que Thérèse oubliera Montai et sera véritablement sa femme; Thérèse, désespérée, ne peut chasser de son cœur l'image du lâche qui l'a abandonnée. L'original du portrait ressemblant k Thérèse a été cause de la mort du grand-père d'Ewen ; Thérèse ne sera pas moins funeste au petit-fils. Nous voici au dénoûinent. On est dans le mois de novembre, que te vieux sorcier Mor-Nader prétend fatal aux Rer-EUis. L'enfant de Thérèse a succombé ; rien ne la rattache plus à la vie, Ewen, désespéré, a renoncé à se faire aimer de Thérèse; il n'aspire plus qu'à la mort, comme terme de ses douleurs. Les deux époux préparent froidement leur suicide. La scène est grandiose et terrible; le vent siffle, la tempête mugit, les arbres se brisent, Mor- Nader arrive avec une barque noire et chantant son chant de mort. Tous trois montent dans la nacelle funèbre. Le lendemain on repêcha les cadavres d'Ewen et de Thérèse dans la baie des Trépassés, tandis que l'abbé de Kérouëllan, Ann-Jann et Lès-en-Goch priaient à genoux pour le salut d'Ewen. Pendant ce temps, le lâche auteur de la mort de ces deux nobles cœurs, Montai, couronnait ses turpitudes par une dernière infamie; il épousait Mire de Beauregard, une veuve immensément riche, mais à laquelle sa conduite scandaleuse avait fait fermer toutes les portes.
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Le sujet est dramatique, les incidents bien amenés, une fois le côté fantastique admis ; le style vif, imagé. Malheureusement c'est le mal qui triomphe : Montai s'enrichit; Ewen et Thérèse se tuent, victimes de leur destinée implacable. Une scène originale et pleine de talent, niais plus invraisemblable que la science fatidique de Mor-Nader, frappe le lecteur. Le marquis de Beauregard, après avoir acquis la preuve que sa femme, qu'il adore, le trompe avec deux de ses intimes, réunit dans un souper de garçon quelques amis et quelques lorettes en vogue, et là, pour prévenir le ridicule, dévoile lui-même sa honte, excite l'un contre l'autre les deux amants de sa femme, déclarant d'un air tout à fait régence que, pour sa part, il n'a rien à voir dans les relations de Mme de Beauregard avec ses amants. C'est une vraie scène de roman et par cela même elle manque son effet, puisque dans la réalité elle est évidemment impossible. Or, qu'est-ce qu'une peinture de mœurs qui ne peint que des mœurs qui n'existent pas? Heureusement pour la réputation de l'auteur qu'Ewen et Thérèse sont plus que possibles; ils sont vivants et animés.
Thérèse Rnquin , roman par Emile Zola (1S67, in-18°). La donnée de ce roman est simple et vulgaire. « C'est, dit M, Vapereau, un fait divers de la Gazette des Tribunaux; c'est l'histoire de l'adultère cherchant la sécurité dans l'assassinat du mari et n'y trouvant qu'une horrible source d'inquiétudes, de tourments et de crimes. > Thérèse Raquin, née sous le brûlant climat de l'Afrique, dont l'ardeur est passée dans son sang, a été élevée par sa tante, Mmo Raquin , avec son cousin Camille, être chétif et malingre. La vieille dame, croyant faire un trait de génie, les marie à vingt ans; le lendemain du mariage, rien ne paraissait changé à la monotonie de cette vie à trois. M'ne Raquin s'établit avec Thérèse dans une boutique de mercerie et Camille entre comme employé à 1 ,200 francs au chemin de fer d'Orléans. Thérèse renferme dans un mutisme absolu l'écœurement que lui cause son insipide existence, dont l'ennui n'était rompu que le jeudi soir par une réunion de vieux amis, véritable cercle de momies. Un soir, Camille introduisit un nouveau personnage, un de ses collègues, Laurent, grand gaiilard carré d'épaules, au, cou de taureau, k large poitrine, un Hercule en comparaison de Camille. Cette robuste nature fit une profonde impression sur les sens de Thérèse, à tel point qu'un jour qu'ils se trouvaient seuls, « d'un mouvement violent il la prit contre sa poitrine et lui renversa la tête, lui écrasant les lèvres sous les siennes; elle eut un mouvement de révolte, sauvage, emporté, et tout d'un coup elle s'abandonna, glissant par terre sur le carreau ; ils n'échangèrent pas une parole, s A partir de ce moment, ils assouvirent s>»ns crainte, sans retenue, la fureur de leurs désirs. Mais, un jour, on refuse à Laurent la pe. mission de sortir de son bureau ; comment se voir? Thérèse vint dans la mansarde de Laurent. Camille les gênait; il fallait se débarrasser de cet obstacle; un crime fut arrêté à mots couverts dans cette entrevue. Quelques semaines après, Thérèse, Camille et Laurent faisaient une partie de canot à Saint-Ouen. Le soleil baissait, la campagne devenait sombre; Laurent saisit tout d'un coup Camille et après une lutte courte, mais effrayante, il le précipite dans la Seine. Le malheureux revint deux fois à la surface, puis disparut. Thérèse n'a pas fait un mouvement pour secourir son mari ; elle a consenti tacitement au crime.
Quinze mois plus tard, Laurent épousa Thérèse. Ils attendaient ce jour avec d'autant plus d'impatience que les inquiétudes, les remords, les secousses nerveuses les troublaient jusqu'à l'hallucination. La nuit, Camille les visitait ; son cadavre sortait de l'eau, venait les torturer; les traits altérés de la victime donnaient à sa bouche contractée un sourire sardonique. Le jour désiré vint enfin. La nuit des noces fut affreuse. Ils n'osèrent pas se coucher. Camille était là entre eux deux. Ils passèrent ainsi huit nuits. La neuvième, • ils se serrèrent dans un embrassement horrible. La douleur et l'épouvante leur tint lieu de désirs. Quand leurs membres se touchèrent, ils crurent qu'ils étaient tombés tous deux sur un brasier. Ils poussèrent un cri et se pressèrent davantage, afin de ne pas laisser entre leur chair de place pour le noyé. Et ils sentirent toujours des lambeaux de Camille qui s'écrasaient ignoblement entre eux, glaçant leur peau par endroits, tandis que le reste de leur corps brûlait. • Alors ils se prirent l'un contre l'autre de défiance et de haine, s'accusant mutuellement de l'horrible situation où ils s'étaient jetés et finirent par s'injurier et se battre chaque cuit. Sur ces entrefuites, Mme Raquin fut attaquée d'une paralysie qui la métamorphosa en une sorte de cadavre vivant. Dès lors, la vie des deux époux devint intolérable. Ils ne conservèrent aucune retenue et s'accusèrent mutuellement devant la malade. Ce l'ut pour celle-ci un coup terrible; son regard, de doux qu'il était, devint d'une fixité terrible et menaçante. Laurent l'aurait tuée, s'il n'avait pas dû rester de traces de ce crime, surtout un soir où, par un suprême effort, elle essaya de les dénoncer, nuis n'en eut
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pas la force. A partir de ce moment, ils se débattirent contre les angoisses de leur union, plus lourde à supporter que le boulet du forçat. Laurent essaya de peindre; mais; sous les traits les plus divers, il ébaucha toujours la même tête, celle de la victime, avec l'expression grimaçante que la mort lui avait donnée. De son <ôté, Thérèse essaya du vice pour s'étourdir; elle ne réussit qu'à fatiguer ses sens. Tous deux craignent d'être dénoncés l'un par l'autre, et tous deux sentent en même temps qu'il faut que l'un d'eux disparaisse pour rendre à l'autre, non la tranquillité, mais la sécurité. Un soir, Laurent verse un flacon d'acide prussique dans l'eau sucrée de Thérèse et, en se retournant, l'aperçoit un couteau à la main. Ils se regardent un instant, muets et froids, puis, se comprenant, ils se font horreur et pitié. Thérèse saisit alors le verre, en vide la moitié et, sans mot dire, le tend à Laurent, qui l'achève. Ils tombent foudroyés « devant Mme Raquin, roide et muette, qui les contemplait à ses pieds, ne pouvant se rassasier les yeux, les écrasant de regards lourds. »
Thérèse Raquin n'est que l'histoire d'une passion brutale, dont la répercussion intérieure, par l'effet de l'inquiétude et de la peur, présente les divers symptômes des crises morales. « On serait tenté, dit M. Vapereau, d'y voir une monographie du remords et de ses effets psychologiques, mais ce serait une erreur; c'est l'étude psychologique du trouble jeté dans l'organisation par une impression violente qui détruit tout d un coup l'équilibre des facultés. » C'est du réalisme savamment hideux, peint avec un talent remarquable et une vigueur de touche puissante. Outre les scènes principales, ce qui témoigne en faveur du mérite de l'œuvre, c'est 1 intérêt que l'auteur a su nous inspirer pour un spectacle qui nous dégoûte et des personnes qui nous font horreur. Les lecteurs de Thérèse Raquin éprouvent la même sensation que l'oiseau qui, fasciné par le serpent, ne peut néanmoins s'empêcher de le regarder. Il y a encore dans ce roman des peintures qui mériteraient d'être détachées comme échantillons de ce que le réalisme peut produire de plus énergique et de plus repoussant. Tel est ce tableau de la Morgue, si cornplaisamment traité et si intimement rattaché au roman par l'intérêt qui conduit Laurent à la recherche du cadavre de Camille, trois semaines de suite, dans ce lieu sinistre, et par les acres sensations qui l'accompagnent. « Il est un mot dont M. É. Zola. abuse beaucoup, dit M. Vapereau, c'est le mot chair; il n'abuse pa3 moins de la chose ; c'est la chair qu'il met en scène tour à tour dans ses jouissances et dans les douloureuses réactions exercées sur elle par l'esprit. Il s'acharne à analyser des instincts de brutes et à montrer l'intelligence entière asservie à leurs aveuglements. L'instinct déréglé ne peut otfrir que d'horribles spectacles ; M. E. Zola s'y complaît, s'y arrête, s'y attarde ; c'est là qu'il trouve la plus belle matière à exercer son talent d'anatomiste et de peintre. ■ Ce qui relève encore la vigueur de ce talent, c'est la ferme simplicité du style, auquel on ne peut reprocher qu'un peu de tension et un excès d énergie, qui parfois rend la lecture fatigante. En somme, Thérèse Raquin est une œuvre de mérite ; on peut se demander toutefois si tout le talent dépensé dans cette œuvre assez malsaine n'aurait pas pu être mieux employé.
Thérèse, opéra-comique en deux actes, paroles de Planard et de Leuven, musique de Carafa; représenté le 26 septembre 1838. Le livret a de l'analogie avec celui de la Dame blanche, et la partition n'a pas semblé tenir les promesses que l'auteur du Solitaire et de Masaniello avait fait concevoir.
THÉRES1ÀNOPOL, ville des Etats" autrichiens (Hongrie), dans le comitat de Bacs, à 42 kilom. S.-O. de Szegedin, dans une grande plaine, près de la rive O. du lac Paltisch, par 460 5' de latit. N. et 17" 20' de longit. E.; 54,000 hab. Les seuls édifices publics sont de grandes casernes, une église catholique, une grecque et trois couvents. Gymnase royal; école supérieure catholique ; fabrique de draps, de toiles, de tapis, de savon, etc. Commerce en gros bétail, chevaux, moutons, laines, peaux et vins.
THÉRÉSIE s. 1. (té-ré-zî). Entom.Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, dont l'espèce type habite la Caroline.
THERESIENSTADT, ville forte des Etats autrichiens (Bohême), à 4 kilom. S.-S.-E. de Leitmeritz, près du confluent de l'Elbe et de l'Eger ; 2,000 hab. Haras. Cette ville fut bâtie de 1780 à 1787, sous le règne de l'empereur Joseph II, au milieu de vastes marais, La tour de l'église de la Garnison, haute de 60 mètres, domine ses murailles.
TbcrcuiiiA ou l'Enfant de In Providence,
nouvelle, par M"'e de Genlis (1S26). Une jeune fille de douze ans, Thérésina Trapani, après avoir été miraculeusemeut sauvée dans uu naufrage, perdit sa mère et son père, et se trouva seule, sans parents, sans ressources. Mm" de Genlis se chargea de son éducation, écrivit à son profit le récit de ses aventures et la mit en état de gagner honorablement sa vie comme institutrice. Théré-
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sina n'offre donc pas le même genre d'intérêt qu'une œuvre d'imagination. lia seconde partie, intitulée Education de Thérésina, renferme en quelques pages le résumé des idées • et des principes de l'auteur sur l'éducation des filles (c est le côté important du livre), ainsi que l'énumération des qualités qu'elle exige d'une institutrice parfaite sous le double rapport de la ménagère et de la femme du monde. Nulle personne n'était, par sa position, plus à même que MM de Genlis de traiter la matière a bon escient; aussi ce petit manuel d'éducation est-il excellent; mais nous préférons ne voir dans Thérésina que le côté humain, la bonne nction. Il n'est pas étonnant que celle qui prêchait si bien d'exemple parlât si éloquemment de la vertu.
THÉRÈTRE s. m. (té-rè-tre — du gr. thérétér, chasseur). Entpm. Genre d'insectes lépidoptères crépusculaires, de la tribu des
sphingides.
THÉREUTICOGRAPHE s. m. (té-reu-ti-kogra-fe — du gr. thêreittikos, qui a rapport à la chasse ; graphe, j'écris). Auteur d'un ouvrage sur la chasse, il Peu usité.
THÉRÈVE s. m. (té-rè-ve — du gr. thêreuâ, chasser). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des tipulaires, tribu des xylostomes, comprenant une quinzaine d'espèces, qui presque toutes habitent l'Europe.
TERHAA s. m. (tê-ra-a). Epais tapis de laine qui couvre la charpente du corps de la selle des cavaliers algériens.
THÉRIACAL, ALE adj. (té-ri-a-kal, aie — rad. thériaque). Pharm. Qui contient de la thériaque ; qui a les propriétés de !a thériaque : Eau, essence tiikriacalb. |] PI. thbria-