‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 618 sur 1042 · NAVA · texte numérisé non relu

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VEIDAM s. m. (vè-damm). Nom qu'on a donné autrefois aux Védas : La loi des braltmanes nommée le Yeidah- signifie la parole de Dieu. (Volt.)

VÉIEN, IENNE s. et adj. (vé-iain, iè-ne). Géogr. anc. Habitant de Véies ; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : La défaite des Véiens. L'armée véienne.

VÉIENTIN, INE adj. (vé-ian-tain , i-ne).

Antiq. Qui a rapport aux habitants de Véies.

— Myth. rom. Surnom de Junon.

VÉIES, en latin Veii, ville de l'Italie ancienne, dans l'Etrurie, à 20 kilom. N.-O. de Rome, non loin du Tibre. C'était une des douze lucumonies étrusques, la plus rapprochée de la ville de Romulus ; de lit les guerres continuelles entre Véies et Rome, ceile-ci ne voulant point d'égale, et celle-là ne pouvant se résoudre à plier sous le joug d'une ville dont elle avait vu les faibles commencements. Les Romains résolurent d'abattre cette fière rivale et entreprirent le siège de Véies, siège que l'histoire a. comparé, pour la longueur et pour les difficultés, au siège de Troie et qui finit, comme celui-ci, grâce à un stratagème des assiégeants. Camille, chargé du siège, fit creuser, aux flancs de la colline sur laquelle Véies était bâtie, des chemins souterrains qu'il conduisit jusqu'à la haute ville et à la citadelle, où était le temple de Junon. Les Romains, sortant tout à coup de cette mine, au moment même où Camille donnait un assaut général à la place, mirent le feu aux magasins et ouvrirent les portes de la ville. Elle ne fut pas néanmoins ruinée, puisque après l'embrasement de Rome pur les Gaulois les tribuns proposèrent de transporter à Véies le siège du gouvernement. La population étrusque de Véies, toutefois, fut asservie ou exilée, et Véies reçut une colonie romaine. On en voit aujourd'hui les ruines sur une colline escarpée, en forme •fi'ilot, qu'où appelle Isola.

VEIGA (Eusèbe de), astronome portugais, né dans le diocèse de Co'ïmbre en 1718, mort en 1798. Il entra, dès 1733, dans l'ordre des jésuites, devint professeur de mathématiques au collège de Lisbonne et, après l'expulsion des jésuites du Portugal, se rendit a Rome, où il fut nommé directeur de l'observatoire du duc de Sulmone et où il fut appelé , •dans la suite, k la direction de l'hôpital royal des Portugais. On a de lui : l'riyonometria sphserica (Rome, 1745); le Planétaire portugais expliqué avec des problèmes, en portugais (Lisbonne, 1758, in-8°); le Planétaire romain ou Ephémérides astronomiques , en italien (Rome, 1786-1794, 8 voi. in-S") ; des ' Cartes pour divers ouvrages, entre autres celle des quatre parties du monde, etc.

VEIGNÉ, village et commune de France (Indre-et-Loire), canton de Montbazon, arrond. et à 13 kilom. S. de Tours, sur l'Indre ; 1,200 hab. Oh y voit le joli château de Couzières, construction du xive siècle, et l'ancienne résidence des seigneurs de Montbazon; ce fut dans ce château que s'accomplit, en 1619, la réconciliation de Louis XIII avec sa mère.

VEIKONTA s. m. (vèikon-ta). Paradis de

Vichnou.

— Encycl. Le veikonta est le troisième des quatre séjours de béatitude admis et reconnus par les livres indous. C'est dans ce riant séjour que sont admis à résider après leur mort les dévots qui se sont spécialement consacrés au culte de ce dieu. Sur le mont Maha- Mérou, représentation figurée par les livres indous pour donner une idée des quatre paradis d'Indra, de Siva, de Vichnou et de Brahma, \&veikonta occupe le troisième étage, entre le keilassa, paradis de Siva, et le sattia-loca, paradis de Brahma. Le veikonta est dans un site charmant qui lui a fait donner son nom, lequel signifie agréable. L'or et les

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objets précieux en tout genre y brillent de tous cotés. Au milieu de ce séjour enchanteur s'élève un superbe palais habité par Vichnou et sa femme Lakchimy. Près d'eux, on voit Radouména, leur fils aîné, et une multitude d'autres enfants; leur petit -fils Anirondou, fils de Radouména, Oncha, son épouse, et Bana, leur fille. On trouve dans ce lieu, ainsi que dans les autres, des fleurs, des arbres, des quadrupèdes, des oiseaux, et surtout des paons en quantité. An pied de la résidence royale coule le fleuve Karona, Beaucoup de pénitents habitent sur ses bords et y coulent des jours paisibles et heureux ; des fruits et quelques légumes qui croissent spontanément font toute leur nourriture.

Leur loisir est partagé entre la lecture des Védas ou Védams et la contemplation.

VEIL ou VIEL (Charles-Marie de), théologien français, qui vivait au xvne siècle. Il était juif et habitait Metz, lorsqu'il se laissa convertir au catholicisme par Bossuet. Venu à Paris, il entra chez les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, qui l'envoyèrent à Angers pour étudier la théologie. En 1674, il prit le bonnet de docteur, professa pendant quelque temps la théologie dans les écoles publiques, puis passa brusquement en Angleterre. Veil entra alors dans l'Eglise réformée, où il demeura jusqu'à sa mort. On a de lui : Commentarius in S. J.-Ch. Evangelium secundum Matlhxum et Marcum (Angers, 1674, in-40) ; Commentarius in Joël prophetam (Paris, 1676, in-12) ; Commentarius in Canticum canticorum (Paris, 1676, in-12); Lettre à M. Boyle contre l'auteur (Richard Simon) d'un livre intitulé : Critique du Vieux Testament (Londres, 1678, in-8°) ; Explicatio litter. duodecim prophetarum minorum (Londres, 1680); A cta sanctorum apostotorum ad litteram explicata (Londres, 16S4, in-4»).

VEIL (Louis-Compiègne), théologien français, frère du précédent, vivait au xviie siècle. Il passa comme lui du judaïsme au catholicisme et du catholicisme à la Réforme, professa pendant quelque temps l'hébreu k Heidelberg, puis se rendit à Londres, où il mourut bibliothécaire du roi. On lui doit les ouvrages suivants : Hebrxorum de connubiis, jus civile et pontificium (Paris, 1673, in-8°) ; De cullu divino (Paris, 1678, iu-4») ; l'abulx templi Hierosolymilani (Paris, 1678) ; Catechismus Judxorum in disputalione et dialogo magistriet rfi4Cî'pu/i(Londres, 1679, in-S°),etc.

VEILE, ville du Danemark, dans le Jutland, sur la côte orientale, au fond du golfe de son nom ou Veile-Fiord, à 75 kilom. N.-E. de Ribe; 2,000 hab. Fabrication de savons, draps, cuirs, amidon; exportation de bois, grains et suif. Petit port de commerce.

VE1LLANE, bourg du royaume d'Italie. V.

Aviglina.

VEILLAQUE adj. (vè-lla-ke; «mil.). San3 honneur, sans foi. || Vieux mot.

— Substantiv. : Un veillaque.

Je veux t'assassiner d'un seul de mes regarda, Veillaque!..

Corneille.

VEILLAQUERIE s. f. (vè-Ua-ke-rt; Il mil. — rad. veillaque). Lâcheté ; faiblesse. U Trahison. Il Vieux mot.

VEILLE s. f. (vè-lle; Il mil. — lat. vigilia, mot qui vient de vigil, qui veille, et qui est aussi le type du français vigile. Il semblerait d'abord que le mot le plus voisin du latin, vigile, devrait toucher de plus près a l'origine de notre langue, devrait être le plus ancien; c'est précisément le contraire. Le mot le plus altéré, veille, remonte aux premiers temps de notre idiome; c'est en passant par la bouche du peuple et en traversant les siècles qu'il s'est usé de la sorte, tandis que le mot dont la forme s'écarte le moins de celle du latin a été créé par les savants depuis la renaissance des lettres). Privation de sommeil pendant le temps que l'on emploie d'ordinaire à dormir : Quel progrès ne fait- on pas dans l'étude, quand on soutient de longues veilles par la santé et par la constance ! (Fléch.) Les veilles prolongées fatiguent vite et épuisent bientôt l'existence. (Cruveilhier.) Ne prolonges pas trop avant dans la nuit vos veilles et vos soirées. (Raspaîl.) |i Travail persévérant prolongé pendant la nuit : De doctes veilles. Publier le fruit de ses veilles. Il Insomnie causée par l'inquiétude :

J'ai su lui préparer des craintes et des veilles. , • Kacih*.

— Etat de celui qui est éveillé, qui a conscience de l'action de ses sens : L'animal a deux manières d'être, le mouvement et l'état de repos, ta veille et le sommeil. (BulF.) La veille procure des jouissances plus réelles que le sommeil. (Virey.)

— Jour précédent : La veille de la Saint- Jean. Il était arrivé dès la veille. La via n'est qu'un regret de la veille. (Méry.) Les paradoxes de la veille sont tes vérités du lendemain. (E. Laboulaye.)

Sans soin du lendemain, sans souci de la veille, L'enfant joue et s'endort, pour jouer se réveille.

Deulle.

Le bien que l'on a fait la veille Fait le bonheur du lendemain.

Le Eaillt.

— A la veille de, Sur le point de : Jl est A la veille de" «on départ. A la veille de

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se marier, il entreprit un long voyage. Toute aristocratie oisive est k LA. veille d'uji 93. (L. Faucher.)

■ — Lit de veille, Lit qu'on dresse dans la chambre d'un malade pour la personne qui doit la garder pendant la nuit.

— Chandelle , bougie, mortier de veille, Chandelle, bougie, masse de cire disposés, pour brûler lentement, et pouvant généralement durer toute une nuit. Il Vieilles loc.

— Fam. Se faire poissonnier la veille de Paquet, Prendre une détermination intempestive, comme une personne qui commencerait à vendre du poisson au moment même où l'Eglise autorise l'usage des aliments gras.

— Antiq. rom. Chacune des quatre parties de ia nuit, chez les Romains : Les Romains divisaient la nuit en quatre veilles de longueur variable suivant tes saisons.

— Hist. Iie'publicains de la veille, Nom donné depuis 1848 à ceux qui ont professé des opinions républicaines avant la fondation de la république, par opposition aux républicains du lendemain, que cet événement a convertis au nouveau régime.

— Cheval. Veille des armes, Action du guerrier qui, devant être fait chevalier le lendemain, passait la nuit à veiller dans une chapelle auprès des armes dont il devait être revêtu.

— Mar. Ancre de veille, Ancre qu'on tient toujours prête à être lancée en cas de besoin.

Il Câble de veille, Câble de l'ancre de veille. Il Etre en veille, Etre à ta veille, Se dit d'un objet qui surnage.

VEILLÉE s. f. (vè-llé; Il mil. — rad. veiller). Temps qui s'écoule depuis le repas du soir jusqu'au coucher : Passer sa veillée chez un voisin, il Action de plusieurs personnes qui passent ce temps ensemble ; causeries «a ces personnes : Une veillée agréable. Les contes qui ont passé par la VEILLÉE en valent mieux. (J. Joubert.)

— Action de veiller un malade : Elle a ruiné sa santé dans des veillées de charité.

— Ane. coût. Pâté de veillée, Pâté que les maîtres offraient autrefois a leurs compagnons le jour de la Saint-Remi, date à partir de laquelle commençait le travail du soir.

Veillées du chdlcau (les), par M"10 de Genlis (1784, 3 vol. in-12). Le baron de Montyon venait de fonder un prix pour l'ouvrage en prose qui serait jugé le plus utile. Les Conversations d'Emilie de iim d'Epinay furent préférées à un ouvrage de M™u de Genlis intitulé : Adèle et Théodore, Vexée de ce qu'elle considérait comme une injustice, Maie de Geniis publia les Veillées du château ou Cours de morale à l'usage des enfants, dont le troisième volume, plein de fiel, offre une satire amère de l'Académie française etdequelques-uns de ses membres les plus illustres. Cet ouvrage, destiné k l'éducation des enfants, contient trop de choses qui ne s'adressent qu'à l'âge mûr. Il manque de plan et de suite dans les idées; cependant il est d'une lecture assez amusante pour qu'on l'ait réimprimé nombre de fois. L action est interrompue par plusieurscontes moraux : les Solitaires de Normandie sont le récit d'une bonne action de la duchesse de Chartres; le conte intitulé Alphonse présente, dans un cadre heureux, toutes les singularités de lu nature ; il était destiné, comme l'a dit l'auteur dans ses Mémoires, ù détrôner lts contes de fées, et cependant Perrault vit encore. Enfin, dans \esl)eux réputations, Mme de Genlis a déposé tout le fiel qu'elle avait amassé contre l'Académie en général, et en particulier contre Voltaire, d'Alembert, Fontanelle, Marmontel et surtout Laharpe. C'est ce qui fit dire à Grimm dans ta Correspondance : « Après avoir cherché à inspirer à ses pupilles l'amour de la bienfaisance, de la justice et de l'humanité. Mme de Genlis n'a pas craint de leur donner encore une petite leçon sur la manière de se venger de ceux dont on croit avoir à se plaindre. »

Veillée <lo Stkiufo-Agnoa (la), poëme anglais de Keata (1820, in-S^J. Il existe une vieille légende anglaise d'après laquelle il est constant que, durant la veillée de Sainte- Agnès, iesjeunes filles voient apparaître leurs amaim à minuit si elles ont jeûné et si, couchées dans leur lit, elles adressent au ciel, les yeux levés en l'air, une fervente prière. Madeline, l'amante de Porphyro, parti pour les aventures errantes, éloignée de lui par la haine de son père plus encore que par l'absence, accomplit avec un virginal trouble de cœur les rites pieux. C'est fête, cette nuit-là, au château paternel. L'ondoyante foule des dames et des cavaliers déborde parmi les salles illuminées dans un tourbillon do danses et de fanfares. Au milieu de.ee tumulte, Porphyro, revenu le jour même de ses longs voyages, s'est glissé dans le château, et il se cache à l'ombre des piliers. Tandis que Madeline, impatiente d'entendre sonner minuit, soupire au milieu des jeunes seigneurs qui l'entourent, dans l'attente du miracle de sainte Agnès, Porphyro a touché le ccour d une duègne qui l'introduit dans la chambre de Madeline. Avant minuit, la jeune fille quitte la fête et s'envole comme une colombe effarée. « Sa bougie s'éteignit à mesure qu'elle entrait, et la petite fumée mourut dans un pâle rayon de la lune. Elle ferma la porte, luspirant les esprits de l'air et les visions;

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elle ne prononça pas une parole; mais son cœur parlait et perçait avec éloquence son sein embaumé, comme un rossignol sans voix ouvrirait en vain son gosier et mourrait le cœur étouffé. — 11 y avait une fenêtre haute et à triple arceau, tout enguirlandée de fleurs et de fruits sculptés, diamantée de panneaux d'un charmant dessin, tachetés eux-mêmes de couleurs splendides, comme sont les ailes damassées du papillon-tigre, et au milieu, parmi des milliers d'emblèmes héraldiques, de saints crépusculaires et de blasons sombres, un écusson en bosse rougissait sur son champ de gueules du sang des lignées royales. — La lune d'hiver éclatait en plein sur cette fenêtre et versait les chaudes couleurs des vitraux sur le beau sein de Madeline, comme elle s'agenouillait pour implorer la grâce du ciel. Une rose épanouie tombait i sur ses mains jointes, et sur sa croix d'argent une douce améthyste, et sur ses che- , veux un nimbe de sainte. Elle semblait un ! ange- splendidement vêtu, sauf les ailes, pour , le ciel. — Porphyro se sentait évanouir; elle était k genoux, elle, cet être si pur des souil- . lures terrestres. — Ses prières dites, elle «ta toutes les perles qui serpentaient dans ses cheveux, elle détacha l'un après l'autre ses i joyaux enflammés; elle dénoua son corset embaumé; peu à peu, ses riches vêtements coulèrent sur ses genoux. A demi "couverte, comme une sirène dans l'algue marine, pensive, elle rêvait éveillée et voyait en imagination la belle sainte Agnès couchée dans son lit; mais elle n'osait regarder derrière

elle, ou tout le charme se fût évanoui.

Bientôt tremblant dans son nid doux et froid, elle s'assoupit en une sorte de défaillance jusqu'à ce qu'un chaud sommeil couvrît ses membres et que son âme fatiguée s'envolât comme une pensée pour revenir au matin, abritée maintenant contre la souffrance et la joie, close comme un missel où prient les prêtres, repliée comme une rose épanouie qui pourrait fermer ses feuilles et redevenir un bouton. — Debout dans ce paradis et en extase, Porphyro regardait les vêtements affaissés et écoutait les soupirs de la jeune tille, 3i, par hasard, elle semblait s'éveiller à demi avec une somnolente tendresse. En l'entendant, il soupirait lui-même. Puis il sortit de sa retraite sans bruit, comme la crainte se levant dans un désert immense ; il effleura le tapis et entr'ouvrit les rideaux où elle s'était sitôt endormie Et maintenant, mon '

amour, mon beau séraphin, éveille-toi I Tu es mon ciel et je suis ton solitaire. Ouvre les yeux pour l'amour de la tendre sainte Agnès ou je m'évanouis à ton côté, tant mon âme est dolente. — Murmurant ainsi, il posa sa main brûlante , énervée, sur l'oreiller de Madeline. Elle rêvait, comme si d'épais rideaux lui eussent caché son rêve ; c'était un chaiine nocturne impossible à fondre, comme un ruisseau glacé. Les coupes enlustrées brillaient cependant au clair de lune ; de larges franges d'argent couraient sur le tapis.° Il lui semblait qu'il ne pourrait jamais vaincre le charme. Il cherchait en vain un moyen perdu en une forêt de fantaisies. — Se levant enfin, il prit brusquement le luth de Madeline, et, sur les cordes les plus suaves, il joua une ancienne romance, depuis longtemps oubliée, qu'on appelle en Provence Ja Belle dame sans merci. Il murmurait k son oreille la touchante mélodie, troublée, elle poussa un faible gémissement; il cessa; ello respira d'un souffle haletant, et tout à coup ses yeux bleus effarés brillèrent grand ouverts. Lui tomba à genoux, pâle comme une luisante statue. Les yeux de Madeline étaient ouverts; éveillée, elle continuait à voir ]o songe de son sommeil; mais un changement pénible dissipait tristement les joies de son rêve si pures et si profondes. La belle enfant se mit U pleurer et à murmurer des mots sans suite, entrecoupés de sanglots. Cependant son regard était attaché sur Porphyro; agenouillé, les mains jointes, les yeux suppliants, il n'osait faire un mouvement ni lui parler tant son regard était fantastique. « Ah! Porphyro, » dit-elle. Lorsque l'aube arrive, Porphyro enlève Madeline k la prison féodale. La veillée de Sainte-Agnès a son lendemain de bonheur, et le couple disparaît dans ia brume matinale. Ce poème, d'une grande pureté de style, malgré ses hardiesses, est en vers blancs, comme toutes les grandes œuvres poétiques de l'Angleterre. Il joint à la fougue de bhelley la perfection de Tennvson, et l'intérêt, très-habilement ménagé, ïie se ralentit pas un seul instant. Il serait à désirer qu'il fût traduit en français, malgré les difficultés qu'offrirait une pareille tâche.

Veillées Oamaudei (les), par Henri Conscience (1855, in-12). Ce recueil de nouvelles est bien nommé, car la lecture de chacun des récits qu'il renferme peut faire passer agréablement une soirée. Elles sont au nombre de sept, intitulées : Comment on devient peintre, la Malemain, Ange et démon, Une erreur judiciaire, la Grand'mére, la Grâce de Dieu et le Fits du bourreau. Toutes étant intéressantes, nous prenons au hasard la dernière pour en donner une idée. La scène se passe a Anvers. Gérard, fils du bourreau de cette ville, est âgé do vingt ans et doit remplacer le lendemain dans ses lugubres fonctions son père vieux et malade, d'après la I loi qui veut que la hache se perpétue en héritage dans la même fiimille. La victime dé- [

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vouée à l'éehafaud est un pêcheur du nom •! d'Hermanu. La nuit qui précède l'exécution, Gérard erre comme une âme en peine et, harassé de fatigue, torturé par la soif, so glisse furtivement le long des maisons, cherchant une petite auberge solitaire où il puisse prendre un pot de bière sans être connu. Il entre dans une taverne et tombe au milieu d'une réunion qui le reconnaît et le jette ignominieusement k la porte tout meurtri et roué de coups. Gérard repasse alors dans sa mémoire les humiliations, les insultes, les mauvais traitements dont il n'a cessé d'être abreuvé depuis sa naissance à cause de sa triste origine. Se voyant un objet de haine et de mépris pour tous, il veut se tuer ; mais il est détourné du suicide par les prières de son vieux père et par celles de Lina, une jeune fille dont le cœur s'élève jusqu'à l'héroïsme, puisqu'il s'élève au-dessus de l'animadverston populaire en descendant jusqu'à l'amour du fils du bourreau.

Le moment de l'exécution est arrivé. Il est sept heures du soir. Gérard s'est décidé ; mais, au moment d'opérer, le cœur lui manque, et le glaive redoutable échappe à ses mains tremblantes. Le condamné implore la clémence du peuple, qui le délivre et veut mettre à mort le bourreau. Gérard va être écharpé, lorsque Lina, à la faveur de ia nuit tombante, l'entraîne loin de l'éehafaud. Il va s'échapper, quand il est reconnu par un homme du peuple qui le blesse très-grièvement par derrière. Frans, le frère de Lina, témoin de cet acte de lâcheté, se précipite sur l'assassin et le livre au peuple, eu s'écriant : voilà le bourreau. L'inconnu est aussitôt mis en pièces. Gérard ne succédera pas à son père dans son terrible ministère, puisqu'on le croit mort. H va faire ses adieux au vieux bourreau, puis il quitte Anvers avec Lina, l'épouse et vit avec elle loin de la ville où il avait été si malheureux.

L'effroi et la haine qu'inspire le bourreau sont fidèlement reproduits par Henri Conscience. Lina est un beau type de dévouement par amour, et le récit, plein de mouvement, est des plus intéressants. La manière du romancier flamand est des plus simples, naturelle, et obtient d'autant mieux les effets qu'elle les cherche moins.

Veillée (la), opéra-comique en un acte, paroles de Paul Duprat et Saint-Hiiaire, musique de Paris; représenté à l'Opéra-Comique le U février 1831. C'était un livret de pensionnaire de Rome, sans invention, dépourvu de situations musicales, parfaitement capable de décourager un jeune artiste de la carrière lyrique. Le héros de la pièce a quitté la maison paternelle et sa liancée pour se faire corsaire. Il revient au logis après quatre années d'absence , pendant lesquelles , frâce à son honnête négoce, il a amassé une elle fortune. Il apprend en arrivant que MU» Nancy, sa liancée, vu épouser un rival odieux. Il manifeste son indignation en annonçant son départ et en léguant par testament toute sa fortune à son infidèle. Ce trait de délicatesse touche tous les cœurs et amène une réconciliation Paris a été l'élève de Lesueur, et ses premières compositions avaient lixé sur lui l'attention publique; mais la partition de son opéra-comique ne doit être considérée que comme une de ces nombreuses épaves, de ces /rutti di marc des concours de l'Institut. Cet ouvrage a eu pour interprètes Moreau-Sainti, Henri et M"i« Pradher.

VEILLER v. n. ou intr. (vè-llé; Il mil. — rad. veille). Passer sans dormir une partie du temps ordinairement réservé au sommeil : Veiller toute une nuit. Veiller auprès d'un malade. Le tigre déchire sa proie et dort, l'homme devient homicide et veille. (Chateaub.)

Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paria !

Boilcad.

Qu'une nuit paraît longue à la douleur qui veille!

SàUftlN.

— Travailler pendant la nuit : Il faut suer, veiller, dépendre pour avoir un peu de fortune. (La Bruy.)

Andante.

VEIL

— Exercer une surveillance, être sur ses gardes : En Angleterre, lorsque Thabeas corpus dort, la liberté de la presse veille. (Chateaub.) L'industrie veille et ne délibère pas; la politique délibère et ne veille pas. (E. de Gir.)

— Etre allumé pendant la nuit, en parlant d'une lampe, d'un flambeau : Une lampe veillait prés de lui. (F, Soulié.)

— Veiller à, Prendre garde à; surveiller l'exécution de : Veiller au salut de l'Etat. Le meilleur secret est de veiller soi-même X son domaine. (Volt.) Les hommes de lettres doivent veiller à leurs propos, À leurs pensées publiques, car ils ne peuvent donner au inonde que cela. (Ste-Beuve.)

— Veiller sur, Surveiller, prendre garde à : Veiller sur la conduite de quelqu'un. Veiller sur soi-même. Il faut veiller sur ses pensées pour être maitre de ses actions. (La Rochef.-Doud.)

— Veillé-je? Ne fais-je point un songe? Ce que je vois est-il bien réel?

Elle me fuit? Veillé-jt fou n'e8t-ce point un songe*

Racikb.

— Prov. Jemtesse qui veille, vieillesse qui dort sont près de ta mort, L'insomnie chez les jeunes malades, le sommeil chez les vieillards sont des symptômes également fâcheux.

, — Mar. Se découvrir à la basse mer, en parlant d'un rocher, il Veiller au grain, Surveiller le temps, et lig. Montrer de la vigilance, se tenir prêt à parer k certaines éventualités.

— v. a. ou tr. Passer la nuit auprès de : Veiller un malade. Veiller un mort. Veiller un corps.

— Fig. Surveiller : La vertu qu'il faut veiller sans cesse ne vaut pas la peine qu'elle donne. (Goldsmith.)

— Fauconn. Veiller un oiseau, Le tenir éveillé, l'empêcher de dormir, pour le dresser plus aisément.

— Syn. Voilier, surveiller. V. SURVEILLER,

— AUus. littér. El la pitrdc qui veille oui barrières du Louvre N'en déTcnd pas uos

rois, Vers célèbres de Malherbe. V. GARDE.

Veillons sn aaltit do l'empire, paroles de

Ad. S. Roy, musique extraite de Renaud d'Ast , opéra de ljalayrac. Beaucoup de personnes, trompées par le titre de cette chanson patriotique, ont pensé qu'elle était une sorte de chant national k l'usage du premier Empire. De là un étonnement sans bornes. Ce chant porte pour sous-titre Chant de liberté. Etrange association d'idées, en effet, liberté et empire l En partant de ce faux point de vue, les couplets offrent dos contradictions inexplicables ; au nom de l'empire, on invite les peuples à une « guerre immortelle contre les rois de l'univers l • On pouvait croire que l'auteur de ces strophes avait la cervelle quelque peu détraquée, car, en admettant ce chant comme datant de l'époque impériale, jamais rapprochements plus incongrus ne se heurtèrent dans des vers plus boursoudés. Il y a là une erreur qu'il importe de rectifier. Ce chant patriotique fut en réalité composé par M. Boy en 1791. Il eut la gloire, loin d avoir rien de commun avec l'ère napoléonienne, d'être une des premières chansons de la Révolution française, inspirées par elle, et le mot empire est pris ici tout simplement comme signifiant l'Etat, Le succès de Veillons au salut de l'empire fut immense. M. Roy eut l'heureuse idée d'adapter les paroles à l'air alors très-populaire : Vous qui d'amoureuse aventure, de l'opéra de Renaud d'Ast de Dalayrac. L'effet l'ut magique sur les masses, et il ne fallut rien moins que la Marseillaise pour détrôner l'air : Veillons au salut de l'empire.

Les trois premiers couplets seuls sont de M. Roy; le quatrième a été ajouté en I8i0, lorsqu'on exhuma un instant de l'oubli la ' chanson.

1« couplet. Veil-loa» au sa -lut de l'em - pi - re, Veil-lons au mata-tien de nos

feif^

droits 1 Si le des - po - tis - me con - spi - re, Cons -pi-ronsla per - to des

I^^feiSiSil

tel Li - ber - tel que tout mor- tel te rendehom . ma - ga [ Trem«

î^ï^fRF^

fe=ppiëi

blez, Trem-blez, ty . rans, 11 faut ux - pi - er vos for - faits ! Piu-wt la

VËIL

VÈÎL

i^^^ii^^gy^gfe^i^gi^^=p

mort que Tes - cla - va - ge, C'est la de - vi - se des Fran-çais! Plu - tût la

mort que l'ea - cla - va -gel C'est la de « vi - se des Fran-çais]

DEUXIÈME COUPLET

Du salut de notre patrie .Dépend celui du l'univers; Si jamais elle est asservie.

Tous les peuples sont dans les fers.

Liberté, etc.

TROISIÈME COUPLET

Ennemis de la tyrannie, Paraissez donc, armez vos bras!

Du fond de l'Europe avilie, Marchez avec nous aux combats.

Liberté, etc..

Que ce nom sacré nous rallie I Poursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits! Nous servons la même patrie, Les hommes libres sont Français!

QUATRIÈME COUPLET

Jurons union éternelle Avec tous les peuples diverB, .

Jurons une guerre immortelle A tous leB rois de l'univers!

Liberté, etc..

Que ce nom sacré nous rallie!

I-oursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits! On ne voit plus qu'une patrie, Quand on a l'âme d'un Français!

VEILLEUR, EUSE s. (vè-lleur, eu-ze ; Il nill. — raj. veiller). Personne qui veille : Ce premier commis impérial, laborieux, infatigable, trouvait là des veilleurs encore plus infatigables et plus intrépides que lui, (Ste- Beuve.)

— Ecclésiastique ou religieux qui passe la nuit à prier auprès d'un mort.

— Employé qui passe la nuit en surveillance, dans certains établissements.

— Veilleurs de nuit, Gardiens qui parcourent, la nuit, les rues d'une ville, pour veiller à la sûreté publique.

— Encycl. Veilleurs de nuit. Da toute antiquité, il ii existé des fonctionnaires dont la mission était de faire des rondes dans les rues pour signaler les commencements d'incendie ou prêter main-forte aux habitants attaqués par des malfaiteurs. Avec les progrès de la civilisation et le développement des villes, cette institution a été naturellement modifiée et, d'une part, les sapeurs-pompier.», de l'autre les sergents de ville ou les gardiens de la paix ont hérité de cette doub'e mission. Toutefois, certaines villes ont conservé ce gardien populaire dont l'office commence dès le couvre- feu et s'achève k l'aube naissante. En France, ou en trouve dans les villages et même dans certaines grandes villes. A Marseille, par exemple, un veilleur pacifique, muni d'une lanterne et d'une lance, parcourt les rues rendant à haute voix compte de la marche des heures et de l'état de l'atmosphère. Dans le Nord et en Alsace, ces veilleurs fonctionnent dans les campagnes. En Alsace, chaque heure de la nuit e.it signalée par le couplet d'une chanson dite sur un ton mélancolique et invitant les bourgeois à dormir en paix ou à prier, si le sommeil fuit leurs paupières. L'Allemagne, qui a conservé tant de traditions du moyen âge, a toujours conservé ses gardes de nuit sous le nom de 7iachi-wxclUer ou de feuer-lwufer; ils parcourent les rues tantôt isolément, tantôt deux a deux, et ce n'est pas sans un certain charme que l'étranger est, au milieu de la nuit, éveillé par des voix harmonieuses qui se font entendre sous ses fenêtres et vont s'éteignunt graduellement au loin, en même temps que le sommeil reprend possession du dormeur doucement bercé par ces accords sympathiques. Ces voix sont celles de£ nachtwxchler, musiciens comme tous les Allemands, et redisant sous forme de ballades sentimentales les refrains de leur nation. Il est d'autres veilleurs de nuit qui, au lieu d'être ambulants, sont à poste fixe. Nous citerons pour exemple le gardien qui demeure sur la plateforme de la cathédrale de Strasbourg. Chargé, toutes les fois que l'horloge sonne les heures, de les reproduire avec une cloche spéciale, d'un timbre plus grave, il doit faire tout le tour de la galerie, examinant la ville et la banlieue, aux quatre points cardinaux, avant de se remettre à l'abri dans la chambre où les deux gardiens veillent k tour de rôle pour cet important service.

Vetllouse (LA) OU les Nuits de milady, Opérette en un acte, paroles de M. Gustave Lemoine, musique de Mme G. Lemoiue (Loï.sa Puget) j jouée au Gymnase eu 1868. La scène se passe kBagnères-de-Bigorre, entre milord, milady et le docteur fiérurd. Il s'agit d'une leçon de courtoisie conjugale, que se donnent mutuellement les époux en se mettant l'un l'autre à la porte de leur logis. Le canevas en est fort léger ; quant à la musique, l'auteur de tant de romances qui ont joui autrefois d'une si grande vogue aurait pu rester luimême sans déchoir. Sou genre d'inspiration gracieux, mélodique et sans prétention con-

venait mieux à une opérette de salon comme la Veilleuse que le rhythme un peu embarrassé, les altérations et les modulations qui compliquent sa partitionnette; le plus joli morceau est la mélodie dialoguée : Ce voile trop léger. Cet ouvrage a été chanté par Pradeau, Vois et Mme trma Marié.

VEILLEUSE s. f. (vè-lleu-ze ; Il mil. — rad. veiller). Petite lampe qu'on fait brûler la nuit dans une chambre à coucher. Il T.rès-petite bougie qu'on fait nager dans l'huile, et qu'on allume pendant la nuit.

— Bot. Nom vulgaire du colchique d'automne.

— Encycl. On donne également !e nom de veitleuses à de petites mèches préparées pour donner une faible clarté ou une faible chaleur pendant la nuit, et aux appareils dans lesquels on dispose ces mèches. La mèche nage presque toujours dans un petit réservoir plein d huile. Jusqu'en 1828 on ne se servait guère que de mèches enfilées dans de petits disques de liège,. de carte ou de bois léger; ces mèches ont l'inconvénient de colorer et d'épaissir l'huile, parce que les matières qui leur servent de flotteur entrent toujours plus ou moins en combustion. En 1S28 , Nicolas Deslandes inventa les petits godets en métal dont on se sert fréquemment aujourd'hui. Depuis quelques années on a remplacé le, métal par un disque d'urgilo moulé. Quant à l'appareil qui reçoit la veilleuse, il n'a pas moins varié que la veilleuse elle-même et a été employé à des fins trèsdiveisos. Nous citerons les plus remarquables de toutes ces combinaisons.

— Veilleuse-théière, inventée parM.Gosset, du Havre, en 1831. Elle se compose d'une cage dont la dimension varie suivant les besoins, et qui est de toile métallique, ou plus souvent en porcelaine. La veilleuse repose sur une grille qui monte ou qui descend à volonté afin de fixer la lumière plus ou moins haut, suivant le degré de chaleur que l'on veut obtenir. En dessusse trouve une théière, une bouilloire ou tout autre vase plein d'eau. A l'aide de cet appareil, on peut obtenir des bains-marie qui tiennent chauds les aliments et les boissons. Le système Gossct s'est prêté k toute sorte de perfectionnements. On a varié à l'infini la forme et la grandeur des veilleuses de ce genre; on en trouve qui servent à chauffer des assiettes, des plats, des vases de toute espèce.

— Veilleuse à réveil. Dans cette veilleuse, inventée en 1852, ou brûle une bougie eu stéarine, et cette bougie, posée sur un pied, est constamment poussée de bas en haut par un ressort contre une bague qui la retient et ne laisse passer que la mèche. Cette bague forme une espèce de cuvette où se réunit la matière liquéfiée. A la douille qui porte la bougie et qui monte à mesure que celle-ci se consume, on adapte une vis de longueur variable et qui, dès que la bougie est brûlée d'une certaine quantité, met en mouvement la sonnerie d'un réveil.

— Veilleuse-pendule. A mesure que l'huile se consume par la combustion de la mèche, le niveau baisse graduellement. Pour tirer parti de cette circonstance et la faire servir à marquer l'heure, il n'y a donc qu'à déterminer par l'expérience les divers degrés d'abaissement du niveau du réservoir d'huile avec une mèche ou une combustion données. C'est sur ce principe et sur ses applications que M. Gabry, fabricant de faïence à Liancourti a fait reposer la combinaison des pendules- veilleuses, pour lesquelles il a pris un brevet d'invention en 1819. L'huile, en baissant, fait marcher un cadran, à l'aide d'un flotteur et d'un contre- poids.

On a construit depuis ces dernières années une foule de modèles de veilleuse. L'énuinération en serait très-longue, inutile ou fastidieuse; aussi nous contenterons-nous de signaler simplement la veilleuse a. réflecteur, qui permet avec une dépense très-faible d'obtenir une clarté relativement assez forte. Cette veilleuse n'a de particulier que l'installation de la mèche au fond d'une calotte hémisphérique métallique, taillée k facettes et présentant comme autant de miroirs rectangulaires. La lumière de flamme, placée au centre de cette capsule, est renvoyée dans toutes les directions et éclaire la pièce plus que ne le feraient deux veilleuses ordinaires.

VEILLOIR s. m. (vè-lloir; II mil.). Techn. Table carrée de 0m,60 à obi, 70 de côté, entourée d'un rebord d'environ 0m,10 de hauteur, sur laquelle les buurreliers et quelques autres ouvriers placent leurs outils et leurs matériaux.

VEILLOTTE s. f. (vô-llo-te ; Il mil.) Bot. Nom vulgaire du colchique d'automne, appelé aussi VEILLEUSE.

VËIN

— Agric, Nom donné, dans certains pays, aux petits tas de foin qu'on laisse sur les prés après la fenaison, pour ne les renfermer qu'au bout d'un laps de temps plus ou inoins long.

VEIMAUS (François-Adolphe, baron Loevb), littérateur et romancier français. V. Loeve- Veimars.

VEINANT (Alexandre-Auguste), littérateur et bibliophile, né à Paris en 1799, mort en 1859. Employé au ministère des finances, il consacra ses loisirs k l'étude de l'ancienne littérature française, et fit paraître dans la collection de poésies et de romans publiée en caractères gothiques par la librairie Silvestre, entre autres ouvrages : le Bousier des dames de Desmarius de Masan, le Voyage du pwj Saint- Patrix et la Chasse du Heure d'Isaac Habert. Il fut aussi l'un des rédacteurs de la Bibliotheca scaloologica et publia, un an avant sa mort, dans la Bibliothèque elzévirienne, une édition des Facéties de Tabarin. Il laissa une bibliothèque composée de livres rares et précieux qui, pour la plupart, atteignirent des prix fort élevés à la vente aux enchères.

VEINARDs. m. (vè-nar — rad. vetne).Pop.

Celui qui a de la veine, de la chance, qui est habituellement favorisé par le sort.

VEINE s. f. (vè-ne — lat. vena, pour vesna, du sanscrit vasna, fibre, tendon). Anat. Nom donné aux vaisseaux qui rapportent au cœur le sang que les artères avaient distribué dans les diverses parties du corps : Le sang qui coule dans nos veines. Ouvrir les veines à quelqu'un pour le faire périr.

Voyez-vous les veines d'azur

Légères, fines et polies,

Courant sous les roses pâlies?

A. de Musset.

Il Veines portes, Veines qui transmettent le Sang des capillaires d'un organe aux capillaires d'un autre organe. Il Veines caves, Nom donné k deux grosses veines qui rapportent au cœur le sang de toutes les parties du corps.

— Partie longue et étroite qui, dans une roche, diffère des parties voisines : Une veine de marbre. On n'aperçoit point, sur toutes ces vwntagnes, une veine de terre un peu fertile qui ne soit cultivée. (Bertin.) Il Filon d'une mine qui contient le minéral exploité : Une

'veine d'or, d'argent. Une riche veine.

— Dessin plus ou moins bizarre que l'on voit, après le polissage, sur certaines pierres dures et sur la plupart des bois : La malachite a des veines d'une admirable richesse. Le lapis a des veines d'or. Le bois de noyer a de très-belles veines.

— Eilet d'eau souterrain : Il y a des veines d'eau qui coulent et de l'humidité qui se filtre à de grandes profondeurs dans l'intérieur de la terre. (Buff.)

— Partie intérieure d'un objet : Des sources d'eau vive sortent des veines d'un rucher aride. (Kléeh.)

Des veines d'un caillou qu'il frappe au même instant, U fait jaillir un feu qui pétilla en sortant.

Bon. eau.

— Sein, intérieur : Depuis quinze cents ans un levain de discorde religieuse circule dans les veines de l'Europe. (De Pradt.) Il Source, origine : Voyez quelle est cette inquiétude et de quelle veine elle vient. (Boss.)

— Chance heureuse ou malheureuse; série continue de succès ou d'échecs : Mauvaise veine. Il a la veine favorable. Il a trouvé la bonne veine. Il est en veine et va ruiner les autres joueurs. Les malheurs et les contrariétés se tiennent par la main pour nous assaillir sans relâche au milieu de nos mauvaises veines. (G. Sand.)

Enfin, la chance tourne; il est d'heureuses veines, C. d'IIaiileville.

— Matière à exploiter, à utiliser : Ce poêle a tmuvé une riche veine. La science sociale est comme une mine encore peu explorée et dans laquelle on trouve à chaque pas des veines de plus en plus riches. (Th. de Berneaud.) Il Inspiration, et particulièrement Inspiration poétique : Je me trouve incommodé de ta veine roÉTiQUE, par la quantité de saignées que j'y ai faites la semaine passée. (Mol.) Quand arrivait, comme dit André Chênier, le jour de la veine dorée, une sorte de fièvre le saisissait. (A. de Musset.)

Allons, partez, mes vers, dernier fruit de ma veine.

— Ouvrir une veine, Pratiquer une saignée: On lui A ouvert la veine pour le soulager.

— Sentir le sang bouillir dans ses veines, Etre pris d'une bouillante ardeur, d'une grande impatience.

— Avoir du feu dans les veines, Avoir une bouillante ardeur : Travaillons tandis que nous avons encore du feu bans les veines. (Volt.)

— Avoir son sang glacé dans les veines, Etre frappé d'épouvante : J'étais trop occupé du péril dans lequel je croyais être, avec des spadassins dont la vue me glaçait le sang dans les veines. (Le Sage.)

Juste ciel! tout mon sang dans mes veines se glace!

Racine.

— N'avoir pas une goutte de sang dans les veines, Etre saisi d'horreur ou d'épouvante.

Il N'avoir pas de sang dans les veines, N'avoir

VEIN

pas la inoindre énergie ou la moindre susceptibilité.

— Tant que te sang, qu'une goutte de sano coulera dans mes veines, Tant que je vivrai.

— Prov. Qui voit ses veines voit ses peines, Les veines saillantes annoncent le déclin do l'âgé.

— Physiq. Veine fluide, Jet dé liquide ou da gaz qui s'échappe d'un récipient par une étroite ouverture.

— Art vétér. Barrer la veine d'un cheval, Lui lier et extirper la sapliène.

— Techn, Nom donné aux ondes colorées dont on décore la trunche des livres.Nl Syn. d'AVANT-cœuit, chez les bouchers. Il Ouvrier à ta veine, Ouvrier qui extrait la houille de la couche.

— Ilelminth. Veine de Afédine, Nom vulgaire des dragonneaux.

— Bot. Nom donné aux nervures secondaires des feuilles.

— Encycl. Anat. Les veines ont une origine double : elles naissent des capillaires généraux et se rendent dans l'oreillette droite, puis dans le ventricule du même côté; ce sont les veines qui contiennent le sang noir ou sang veineux. D'autres naissent des capillaires du poumon et aboutissent k l'oreillette gauche; ce sont les reines pulmonaires qui, à l'inverse des précédentes, contiennent du sang rouge et hématose. Ainsi, de même que les artères renferment du sang veineux dans une certaine section, les veines renferment du sang artériel dans une portion correspondante.

Les veines sont beaucoup plus nombreuses que les artères , car il y a deux veines par artère. 11 y a cependant deux exceptions : le pénis et le cordon ombilical eut, eux, deux artères pour une veine. La capacité des veines est supérieure à celle des artères; certains auteurs prétendent qu'elle est double.

Les veines ne sont pas régulières et cylindriques comme les artères. Elles offrent sur leur trajet des renflements qui leur donnent l'aspect noueux. Elles offrent k l'intérieur un aspect en rapport avec ce qui apparaît k l'extérieur; à chaque renflement correspond une dilatation intérieure : tandis que la surface interne des artères n offre pas de saillie, celle des veines présente des prolongements membraneux, des valvules, en un mot, dont la direction est en rapport avec le cours du sang des capillaires vers le cœur. Les valvules se remarquent principalement dans les veines des membres ; elles ont leur bord libre tourné vers le cœur, de sorte que le sang, arrivé au-dessus d'elles, ne peut que difficilement redescendre, et qu'après la section d'une veine il est généralement inutile d'en lier le bout supérieur, que les injections ne les pénètrent point du centre k la circonférence et que les matières qu'on tente d'y introduire pendant la vie doivent être poussées des branches vers le tronc. Le nombre des valvules est plus considérable dans les veines superficielles que dans les veines profondes ; c'est-à-dire que les veines se divisent en deux grandes catégories : 1» tes veines superficielles ou sous-cutanées ; 2» les veines profondes. Les premières diffèrent sous une foule de points de vue des secondes; elles ne sont côtoyées par aucune artère, en sorte qu'on n'a rien k craindre de ce côté dans les opérations. Elles sont situées dans la couche du tissu cellulaire qui sépare la peau de l'aponévrose; elles se dessinent sous la peau sous forme de lignes bleuâtres plus ou moins saillantes. A leur terminaison, elles traversent les aponévroses pour se jeter dans le système veineux profond. Dans leur trajet, elles envoient des branches de communication qui traversent les couches aponévrotiques pour s'anastomoser avec les veines profondes. Dans certaines régions, les veines traversent les tissus fibreux, avec lesquels elles contractent des adhérences, de telle sorte que, si l'on vientkles couper, elles restentbéantes comme des sinus. Les ueme\ssous-outunées représentent une circulation complémentaire de la circulation veineuse profonde. Les veines profondes s'observent partout où se voient des artères. A partir de la seconde section de chaque membre, on en rencontre deux pour chaque division artérielle. Dans ce cas, il est rare qu'elles ue communiquent pas entre elles, d'espace en espace, au moyen de petites branches transversales; ce qui fait que

... par artères qu'on cherche k découvrir.

Les radicules des veines se réunissent successivement de manière à former des troncs qui deviennent d'autant plus gros qu'ils approchent davantage du cœur. Mais commela somme de toutes ces radicules l'emporte de beaucoup sur celle des derniers troncs, il en résulte que le système veineux représeuto un cône dont le sommet est au cœur et la base k la périphérie du corps. Les veines présentent dans leur trajet, sous le rapport des branches, rameaux et ramuscules, une disposition analogue k celle des artères, avec cette seule différence qu'elle a lieu en sens inverse. Ce sont les ramuscules qui sont la plus près do l'origine ; bientôt ils se réunissent eu rameaux, ceux-ci en branches, et ces dernières en troncs. Les ramuscules et la plupart des rameaux se trouvent dans l'intô-

VEIN

rieur des organes ; les premiers font partie intégrante de ces mêmes organes, se trouvent entre leurs libres, etc.; les seconds sont logés dans leurs grands intervalles, entre les faisceaux charnus, etc. En sortant des organes, les rameaux veineux se jettent dans les branches, lesquelles affectent deux positions, l'une sous-cutauée, l'autre profonde, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Les branches se réunissent en deux troncs principaux, qui sont : la veine cave supérieure et la veine cave inférieure. ,

Les veines s'anastomosent entre elles plus souvent que les artères, même dans les plus gros troncs, comme on le voit par l'azygos, qui fait communiquer les deux veines caves. Les veines sous-cutanées s'anastomosent tellement qu'elles forment une sorte de réseau k la surlaco du corps.

Les veines, comme les artères, Sont formées de trois tuniques. Quelques anatomistes en admettent quatre, parce qu'ils dédoublent la tunique moyenne et qu'ils font de ses fibres longitudinales une couche spéciale. Ainsi, d'après Robin, les veines présentent dans leurs parois les quatre tuniques suivantes : i« la tunique interne, semblable à celle des artères, mais plus mince de nïoitié, difficile à isoler de la tunique sous-jacente et offrant la même structure et les mêmes propriétés que la tunique interne des artères; 2» la tunique k fibres longitudinales, très-mince, formée de fibres du tissu cellulaire et du tissu élastique , longitudinales, tlexueuses, accompagnées de nombreux capillaires ; elle concourt avec la précédente à former les valvules, qui contiennent en outre quelques libres transversales à leur base ; ce sont lit les deux seules tuniques propres des veines que l'on trouve dans les tissus de la duremère et dans les sinus utérins; 3° lu tunique k fibres circulaires, épaisse généralement, fibreuse et lamolleu.se, très-vasculnire, formée de libres du tissu cellulaire et élastique ; elle renferma aussi des libres- cellules en faisceaux serrés, plus ou moins nombreux suivant les régions; l'abondance du tissu cellulaire et des vaitseaux dans cette tunique et la précédente, qui, pour certains auteurs, n'en forment qu'une seule, explique suffisamment la facilité et la fréquence de l'iullammaliou dans les veines, plus grande que dans les artères ; 4° la tunique adventice ou celluleuse, constituée par des fibres du tissu cellulaire et élastique, lâchement unies ; elle est mince et Se confond avec les tissus ambiants. Dans quelques grosses veines, comme la veine cave et la veine sus-hépatique, elle est accompagnée pur des fibres musculaires longitudinales, qui peuvent former une couche épaisse et qui s'hypertrophient, même dans l'hypertrophie du cœur, le diabète et divers autres états pathologiques. Les parois des veines renferment beaucoup plus de vaisseaux artériels et veineux que les artères. Les artères et les veines y sont faciles à injecter, et on les voit pénétrer jusqu'à la tunique interne. Les vaisseaux lymphatiques des veines ne sont pas connus. Les filets nerveux que reçoivent les veines viennent k la fois du grand sympathique et des nerfs rachidiens. Ces derniers y sont plus nombreux surtout pour les veines superficielles, et c'est sans doute ce qui rend les veines plus sensibles que les artères.

Avant de parler des rapports des anères et de la physiologie de la circulation veineuse, nous allons dire quelques mois des quatre principales propriétés des veines, qui sont la résistance, l'élasticité, la contractilitô ' et la sensibilité. Les veines se laissent dilater beaucoup plus que les artères. Qu'un obstacle vienne arrêter le sang veineux, immédiatement la veine se gonfle, comme cela se voit dans les jugulaires à la suite d'un effort. Il est des parties où cette dilatation manque; les sinus de la dure-mère sont dans ce cas. Bien que très-dilatables, les veines offrent cependant une grande résistance aux ruptures de cause mécanique. Sous ce rapport, elles résistent plus que les artères. Haïes a vu que la jugulaire soutenait sans sa rompre une colonne d'eau de 60 mètres de hauteur. Wintringhum a étudié la résistance des ue:nes à une pression excentrique qui tendait à les faire crever, et il a employé l'air pour faire dilater le vaisseau. La veine iliaque d'un bélier supporta, avant de se rompre, une pression de 4,18 atmosphères. Sa force était à celle de l'artère correspondante comme 1,034 esta 1,000. La veine cave inférieure d'un bélier, près de la veine rénale, surpasse eu ténacité l'aorte prise k la même hauteur, dans la proportion de 1,110 k 1,000. La veine porte d'une brebis supporte près de 5 atmosphères, et quelquefois près de 6. Les veines sont moins extensibles ou long qu'en travers. Elles sont en général peu élastiques; elles le sont certainement inoins que les artères, et c'est grâce au défaut do cette propriété qu'elles se prêtent à une grande distension. Cependant il est facile d établir d'une manière incontestable qu'elles possèdent cette propriété. En effet, une veine est gonllée ; qu'on la pique, immédiatement elle revient sur elle-même ; ce retrait si considérable, qu'on remarque dans l'amputation de certaines tumeurs où les veines sont très-coiiïidérables, doit être attrib..ô en grande partie k cette propriété, car nous allons voir que leur contrautilité ne peut pas se mettra en jeu d'une manière instantanée. C'est k ce même

VEIN

attribut qu'il faut rapporter le resserrement de la veine ombilicale ou d'un tronc veineux quelconque lié, et les variétés sans nombre de dilatation et de resserrement que les veines présentent sur les cadavres.

Depuis Walseus et Boerhaave, on sait que la veine cave inférieure se dilate au voisinnge du cœur; d'un autre côté, Marx avait fait un travail considérable pour prouver cette oontractilité. Mais, depuis Haller, on croyait volontiers avec lui que les parois veineuses n'étaient pas susceptibles de contraction. Une expérience de Gubler, faite en 1849 devant la Société de biologie, a démontré d'une manière incontestable que Haller s'était trompé. Une veine du dos de la main étant gonflée, on la percute vivement; on voit alors, non pas immédiatement, mais au bout d'un très-court intervalle, la veine se rétrécir au niveau du point touché, puis la. constriction s'étendre au-dessus et au-dessous de" ce point, jusqu'aux plus prochaines anastomoses, dans une longueur de 0^,04 k 0m,05, par exemple. Le sujet perçoit la sensation de cette contraction. La veine, devenue filiforme, se dilate ensuite au point percuté, de manière k y former une petite bosselure ; puis tout rentre dans l'ordre. Les veines voisines ne participent en rien au phénomène. L'expérience réussit bien chez les sujets jeunes et k peine développés; elle marque chez les vieillards. La réplétion de la veine est une condition indispensable au succès de l'expérience. En galvanisant le grand sympathique du cou, Al. Brown-Sequard a fait contracter les veines et les artères qui s'étaient dilatées après la section de ce nerf. Kolliker, en soumettant les veines saphènes d'une jambe qu'on venait d'amputer k l'action d'un appareil électro-magnétique, a mis en jeu également la contrautilité de ces vaisseaux. La. sensibilité existe dans les veines, et surtout .dans les veines sous-cutanées; la distribution des nerfs de la vie animale k leurs parois le prouve suffisamment.

Les veines sont généralement en rapport avec les artères, avec les nerfs, avec ies muscles, avec les aponévroses et enfin avec les os. Dans la moitié supérieure du corps, les veines recouvrent les artères, tandis que les artères recouvrent les veines dans la moitié inférieure. Dans la moitié supérieure du corps, les veines satellites sont en avant et en dehors des artères, tandis que dans la moitié inférieure elles sont en dedans et en arrière. Les nerfs qui accompagnent les artères contractent avec les veines qui les suivent des rapports semblables. Quant aux veines superficielles, elles sont souvent accompagnées par des filaments nerveux quelquefois assez volumineux, comme au cou et au pli du bras, pour que leur lésion dans la saignée puisse être suivie de quelques dangers. Les veines profondes ou sous-aponévrotiques sont, comme les artères, placées dans les interstices musculaires; de là des compressions résultant de lu contraction do ces muscles. C'est, en effet, à cette compression qu'est due l'activité de la circulation veineuse quand on fait contracter les muscles de l'avant-bras dans la saignée. Quelques veines superficielles ont des rapports avec les muscles; ainsi les jugulaires contractent desrapports avec le peaussier du cou. Les aponévroses offrent, comme les fascia, des rapports qui intéressent le chirurgien au plus haut degré. Toutes les veines sous-cutanees sont situées entre les deux feuillets du fascia superficialis et sont ainsi protégées contre les agents extérieurs, tout en recevant de ces feuillets une compression qui en empêche une distension peut-être trop forte, et alors ces lames s'ôearteni pour loger la veine variqueuse. Les veines profondes sont souvent, k leur embouchure dans une autre veine, entourées par une arcade fibreuse qui oppose nécessairement un obstacle au cours du sang ; ainsi, l'arcade fibreuse du soléaire est dans ce cas. hn veine saphène interne et la saphène externe, quoique sous-cutanées, rencontrent cette bride quand elles deviennent profondes. C'est même k cette bride qu'Hérapiat attribuait la production des varices, et il avait proposé de la couper pour remédier k cette infirmité. Mais nous n'avons pas connaissance que cette tentative ait été couronnée de succès. La plupart des veines du bassin, toutes les veines volumineuses qui avoisinent la poitrine, celles du cou surtout, présentent des rapports encore plus intimes avec les aponévroses. Celles-ci les entourent, leur envoient des expansions fibreuses qui se confondent intimement avec leurs parois, de sorte que, si on les coupe en travers, elles restent béantes comme la trachée , ce qui n'arrive point pour les veines des autres régions. Ce fait anatomique , qui a été mis en relief par P. Dérard, a été invoqué pour expliquer certains faits de physiologie et de pathologie. Ainsi, au point de vue physiologique, le sang est aspiré par la poitrine comme l'air extérieur. L'inspiration fuit affluer le sang de toutes les parties du corps vers l'oreillette droite. C'est là une dos grandes puissances de la circulation veineuse. Mais cette action ne peut s'accomplir qu'à la condition de l'intégrité du vaisseau. Supposez, au contraire, que ce vaisseau soit ouvert; l'air extérieur sera aspiré par la poitrine, et il s'introduira dans les voies circulatoires en produisant un bruit de sifflement particulier, que tous les chirurgiens témoins de cet accident ont bien

VEIN

signalé. On a cm que c'était 1k la cause de la mort subite arrivée k quelques malades soumis à des opérations chirurgicales prati-

?uées dans le voisinage de la poitrine et surtout au cou. C'était là, en effet, la cause occasionnelle, mais nous croyons qu'il s'y est ajouté une autre cause, la syncope. Ce qui nous démontre que c'est ainsi qu'il faut interpréter ce phénomène, c'est que des animaux auxquels on a introduit dans les veines une assez grande' quantité dlair n'ont pas succombé. Les os ont des connexions intimes avec les veines; pour en donner une idée, il suffit de rappeler que les trous nourriciers de second ordre des os sont principalement destinés aux veines. Il suffit aussi d'examiner le diploé des os du crâne, contenant des canaux veineux, et se laissant traverser par des veines dites veines émissaires de Santorint. Les vertèbres elles-mêmes présentent des canaux veineux nombreux. De là résulte la possibilité.des inflammations dans les uejnes des os, ou la phlébite osseuse, affection que l'on a souvent méconnue dans les cas d'infection purulente, ce qui a fait supposer, à fort selon nous, que cette terrible complication des plaies pouvait se manifester sans phlébite.

— Physiol. La circulation du sang dans les, veines se fait d'une manière sensiblement uniforme et presque indépendante de l'action du cœur. Elle ne présente pas cependant dans Joutes les veines une harmonie aussi parfaito que dans les artères. L'impulsion du cœur ne se faisant plus sentir dans ces vaisseaux, et le sang ayant rencontré des obstacles multipliés dans les artères et dans les capillaires, il est évident que la tension du sang sera beaucoup moindre que dans les artères, Du reste, les parois des veines sont beaucoup moins élastiques et ne reviennent pas rapidement sur elles-mêmes quand elles sont distendues. Mesurée à l'hémodynamomèire, la tension veineuse varie et fait équilibre à une colonne de mercure qui mesure ordinairement 0m,02. La tension du sang veineux est donc huit fois moins forte que celle du sang artériel. Les causes qui font varier la tension artérielle exercent aussi une influence sur la tension veineuse; mais la plus active de toutes ces causes est certainement la respiration. La cause première do la circulation veineuse réside dans les contractions du cœur, qui chassent le liquide sanguin de proche en proche à travers les artères et les capillaires. Nous savons déjà qu'on n'observe plus dans le système veineux les intermittences de la circulation artérielle, et que le sang s'écoule d'une veine coupée sous forme de jet continu. Ce jef ne s'élève pas ordinairement à plus de 0<n,20, tandis que celui des artères monte jusqu'à 2 mètres. La tension veineuse étant peu considérable, les causes qui accélèrent la circulation dans les veines doivent posséder une certaine énergie. Nous voyons, par exemple, la contraction musculaire contribuer puissamment à la marche du sang veineux; pendant cette contraction, les valvules se redressent pourempêcher le sang de rétrograder dans les capillaires, et ce liquide comprimé par les muscles active sa marche. A cause de l'absence de contraction, on voit l'accumulation du sang veineux et des infiltrations se produire au membre inférieur par suite d'un repos prolongé. Dans les veines dépourvues de valvules et qui descendent de la tête, le poids du sang et Je ois a teryo, représenté par la force d impulsion que le sang des capillaires communique, déterminent la circulation avec le secours des mouvements respiratoires. Dans la veine porte, dépourvue aussi de valvules, la circulation reconnaît pour causes le visa tergo, la réplétion des capillaires par une partie du chyle et la contraction des nombreuses libres musculaires qu'on trouve dans cette veine. La circulation des veines pulmonaires est prodigieusement activée par l'élasticité du poumon qui revient sur lui-môme au moment de l'expiration et qui chasse, pour ainsi dire, le sang contenu dans les veines. La circulation dans les veine; est encore activée par la contraction des parois de ces canaux, contraction lente à se produire et lente à s'éteindre, comme dans tous les muscles de la vie organique. Déjà plusieurs fois il a été question de l'influence des mouvements respiratoires sur la circulation veineuse. A chaque inspiration, la dilatation du thorax tend k faire-un vide qui est immédiatement cou blé, d'un côté, par l'air qui se précipite dans les poumons, et, d'un autre côté, par le sang veineux qui afflue de toutes parts vers la cœur. A la base du cou et au niveau du diaphragme, cette accélération du cours du sang veineux est favorisée par l'adhérence qui existe entre les parois des- veines et le tissu fibreux environnant. Nous avons la preuve de cette aspiration du sang, au moment de l'inspiration, dans la pénétration de l'air dans les veines, lorsqu'une blessure profonde est faite au cou. Ce qui prouve encore l'accumulation du sang dans ces canaux pendant l'expiration, c'est la dilatation des veines de la tête et du cou, très-apparente chez les personnes qui retiennent leur respiration. On peut observer en même temps une augmentation de volume du foie, très-sensible k la percussion, et que les respirations accélérées font ensuite disparaître. L'accélération du cours du sang trouve encore une

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cause dans la position du système veineux, qui se rétrécit à mesure qu on se rapprocha du cœur. Enfin, les femmes coquettes savent fort bien que les saillies veineuses de lamaiu et de l'avant-bras disparaissent par l'élévation de la main, de sorte que l'élévation de l'extrémité du membre favorise le cours du sang veineux. Le sang veineux lutte contre des obstacles nombreux avant d'arriver au cœur; dans beaucoup de veines, la pesanteur apporte une difficulté sérieuse à la circulation. Les constrictiotis de toute sorte, jarretières, cordons de jupa, inanches, cravatas et cols trop serrés, sont autant d'obstacles au cours du sang veineux. A chaque contraction du cœur, il s'opère un reflux du sang vers les veines qui s'abouchent dans cet or gane, et l'on peut constater sur l'animal vivant que ce reflux se produit jusqu'au tronc brachiocéphalique en haut et jusqu[aux veines rénales en bas. Dans certaines lésions du cœur, le sang veineux traverse difficilement cet organe, dont la contraction auriculaire se fait sentir jusqu'aux veines jugulaires; les pulsations que présentent ces veines h. ce niveau constituent le pouls veineux.

— Pnthol. Les veines sont sujettes à plusieurs maladies, telles que : les plaies, les ruptures, l'inflammation, l'oblitération, l'ossification, les varices, l'introduction de corps étrangers, tels que l'air, les calculs, etc.

Les plaies des veines produites par des instruments piquants ou tranchants sont en général peu dangereuses; elles se cicatrisent par le même mécanisme que les autres solutions de continuité. La veine ouverte dans la saignée s'oblitère quelquefois dans une certaine étendue au-dessus et au-dessous de la piqûre. Lorsque la veine est volumineuse, l'hémorragie n'est souvenf pas facile à arrêter. Les auteurs conseillent dans ce cas la compression ou la ligature. Ce dernier moyen, qui intercepte complètement le cours du sang dans le vaisseau, est sans danger pour la circulation, k causa des nombreuses anastomoses qui font eommuniqjier entre elles toutes lesueifies d'un membre. .

Les ruptures des veines se rencontrent assez souvent. Haller en cite plusieurs observations dans sou grand ouvrage de physiologie. On a vu ces ruptures survenir pendant la grossesse dans les veines des extrémités inférieures; il y en a des exemples pour les veines de l'extérieur de la tête, dans de violentes céphalalgies; on a vu les veines caves, les jugulaires, les sous-clavières sa rompre subitement et produire la.mort. La rupture des veines peut être la suite d'un exercice musculaire forcé ou de quelque violence accidentelle ; elle a paru dépendre quelquefois d'une accumulation soudaine et excessive du sang. Hodgson a vu deux fois une usine du gras de la jambe se rompre pendant des crampes violentes des muscles jumeaux; une accumulation da sang au-dessous de la peau en fut la suite. Une altération morbide, telle qu'une ulcération, peut amener la rupture d'une veine. Les valvules veineuses peuvent se rompre et alors la pression do la colonne du sang force le vaisseau k devenir variqueux.

L'inflammation des veines est fréquente.

Elle a reçu le nom de phlébite. V. ce mot.

L'oblitération des veines a lieu toutes les fois que le sang cesse d'y couler, parce qu'alors les parois se l'approchent, adhérent entre elles et se convertissent en un cordon ligamenteux. Cette affection peut être la suite do l'inflammation de la membrane interne des veines ou d'une concrétion polypiforme. Lorsque le sphacèle a lieu dans la voisinage des veines, leurs cavités se remplissent de caillots étendus qui empêchent l'hémorragie lors de la chute de la partio gangrenée. Quand une veine principale est oblitérée, la circulation se continue par le moyen des anastomoses, qui sont très-nombreuses. L'ossification des veines est rare; cependant le docteur Macartney a rencontré plusieurs dépôts de matière calcaire dans la veine saphèno externe d'un homme qui était mort d'une maladie du foie. Béolard a trouvé, sur un sujet très-avancé en âge, toutes les artères da la cuisse ossifiées et L'une des vaines fémorales transformée de la mémo manière, et dans l'étendue de plusieurs pouces, sur le côté seulement qui touchait à l'artère.

Les varices sont très- fréquentes. V. ce mot.

L'introduction spontanée de l'air dans les veines pendant les opérations est un accident très-grave- qui détermine une mort rapide. Plusieurs théories ont été laites pour expliquer cet effet terrible de l'introduction de 1 air dans les veines. Bichat a pensé que, les bulles d'air abordant le cerveau, au lieu de sang pur, les fonctions des centres nerveux étaient enrayées. Magendie a dit que l'air en certaine quantité, introduit brusquement dans les veines, cause presque immédiatement la mort, parce qu'il s'accumule' et se raréfia dans les cavités du cœur, s'oppose k leur resserrement et fait ainsi cesser la circulation. Nysten a aussi prétendu que les cavités droites du cœur étaient distendues par l'air raréfié, d'où paralysie du cœur, impossibilité de ses contractions, comme il arrive k la vessie de no pouvoir se contracter quand elle est trop distendue. Selon Gerdy, 1 obstacle que l'air rencontre pour sortir du cœur l'oblige k

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