VEIT
Vienne, sur le ruisseau deTriestlng ; 1 ,050 hab. Usines à cuivre ; importante fabrication de machines.
VEIT (SAINT-), bourg de l'empire d'Autriche, dans la Carinthie, cercle et à 19 kilom. N. de Klagenfurt,sur!a Glan; 2,000 hab. Fabrication de ferronnerie et de quincaillerie. Ce bourg fut la capitale de la Carinthie jusqu'en 1518.
VEIT (Philippe), peintre allemand, né à Berlin en 1793. Il eut pour professeur de philosophie son beau-père, le célèbre Frédéric Schlegel. Elève de l'Académie de Dresde, lors du soulèvement de l'Allemagne contre la France il n'hésita point à quitter ses études pour s'engager comme volontaire et fit toutes les campagnes de 1813 à 1816. De retour en Allemagne, il partit, après un court séjour, pour Rome, où il se joignit au groupe des partisans de Cornélius et d'Overbeck. Après avoir collaboré à une fresque, Vffistoire de Joseph, dans la villa 'Bartholdy, il peignit plusieurs grands tableaux, entre autres : les Sept années d'abondance et le Triomphe de la religion, dans les galeries du Vatican. En 1826, M. Veit revint en Allemagne, où ses tendances vers l'idéalisme artistique s'accusèrent de plus en plus. Enfin, nommédirecteur de l'Ecole des beaux-arts à Francfort, il produisit un assez grand nombre de toiles, qui ont mis le comble à sa réputation, et
fiarmi lesquels nous citerons : Saint Georges, es Deux Marie au tombeau r le Christianisme apportant à l'Allemagne l'art et la cii vilisation, une Assomption , la Parabole du bon Samaritain, les Ténèbres d'Egypte et enfin la Glorification de la foi chrétienne dans son alliance avec la maison régnante de Prusse, importante composition ,, exécutée pour la nouvelle cathédrale de Berlin.
VEIT (Venceslas- Henri), compositeur allemand, cousin du précéd-ent, né à Krepnitz (Bohême) en 1806, mort "en 1864. Il apprit, tout enfant, le piano, puis, tout en suivant les cours de l'université de Prague, il continua avec ardeur ses études musicales. La mort de ses parents l'ayant privé de toute ressource, il vécut en donnant des leçons de musique. Il trouva, en outre, les moyens de continuer ses cours de droit et, en 1831, entra dans la magistrature; mais la musique continua d'être sa distraction favorite, et il s'est fait connaître par plusieurs compositions, au nombre desquelles nous citerons : Quintettes pour deux violons, alto et deux violoncelles; Quatuors pour deux violons et deux violoncelles; Nocturne pour piano ; Polonaise ; Ave maris Stella, à trois voix et orchestre; plusieurs cahiers de chants avec accompagnement, etc.
VEIT (Maurice), libraire et homme politique allemand, cousin du précédent (Philippe), né de parents israélites à Berlin en 180S, mort en 1864. Il étudia a l'université de sa ville natale, fut reçu docteur en philosophie en 1832 et, l'année suivante, ouvrit à Berlin, avec son ancien condisciple Lehfeldt, une librairie, qui prit un rapide essor et se plaça bientôt au premier rang parmi les établissements de ce genre en Allemagne. Parmi les ouvrages qu elle publia, il faut citer ceux de Léopold Schefer, de Fichte, de Bœckh, de Ranke, de Droysen, d'A, Schmidt, de Savigny, de Werder, de Dove, des hébraïsants Zunz, Sachs, etc.; la Correspondance de Schiller et de Kœrner; le célèbre Journal d'anatomie et de physiologie, de Jean Muller; le Journal de la science historique, d'Adolphe Schmidt, et le Magasin de littérature étrangère, qui paraît depuis 1832. A la mort de Lehfeldt (1858), Veit céda Sa librairie à Ch. Einhorn, de Leipzig. Membre du Bœrsenverein (société financière) des libraires allemands, dont il fut président de 1855 à 1861, Veit a déployé en cette qualité une grande activité et exercé une grande influence dans les débats sur les questions de la propriété littéraire, du droit d'impression et de la police de la presse. Il eut beaucoup de part à la rédaction du projet d'une loi sur la reproduction des œuvres littéraires en Allemagne, loi qui fut élaborée, de 1855 à 1857, par le Bœrsenverein. Membre depuis de longues années du collège municipal de sa ville natale, dont il fut président en 1863, il s'occupa surtout d'organiser de la manière la plus philanthropique l'enseignement populaire. Berlin l'avait envoyé en 1848 à l'Assemblée nationale allemande, où il vota.aveo l'ancien parti libéral, dit parti de Gotha. Cette attitude politique, qu'il conserva aussi de 1851 à 1852, comme député de Trêves à la première Chambre prussienne, puis de 1858 à. 1861, comme représentant de Berlin à la Chambre des députés, empêcha sa réélection en 1861. Veit, qui appartenait au judaïsme, était devenu l'un des anciens de la commune israélite de Berlin et, jusqu'à sa mort, il prit la part la plus importante à l'administration de cette commune. Outre un grand nombre de brochures sur des questions politiques, sur le droit de reproduction, etc., il faut encore mentionner de lui : une étude sur Saint- Simon et le sainl-simonisme (Leipzig, 1834) ; Projet d'une organisation de la situation des juifs en Prusse (Leipzig, 1847) et une foule d'articles dans le Magasin de littérature étrangère. En mai 1868, son portrait, exécuté par Philippe Veit, son cousin, a été placé dans la Bourse des libraires do Leipzig.
VELA
VE1TH (Laurent-Frauçois-Xavier), théologien allemand, né k Augsbourg en 1725, mort dans la même ville en 1796. Entré chez les jésuites de Dillingen, il professa successivement la rhétorique, la philosophie, l'Ecriture sainte et la controverse à Iugolstadt, Îiuis il occupa une chaire de philosophie au ycée catholique de sa ville natale. Ses principaux écrits sont : le Système de Richer réfuté (1783, in-80); Dissertation sur la double délectation (1785, in-8°); Scriptura sacra' contra incredutos propugnata (Augsbourg, 1789-1795, 5 vol. in-12).
VEJER, bourg d'Espagne, province et à 45 kilom. S.-E. de Cadix, sur la rivière de Nadamidina, qui se jette dans l'Atlantique à l'E. du cap Trafalgar; 3,705 hab. Fabrication de tissus de laine.
VEKIL-KHARDJI s. m. ( vé-kil-kar-dji).
Hist ottom. Officier des janissaires.
VÊLA s. f. (vé-la — mot ital. formé du lat. vélum, voile). Archit. Décoration d'un plafond de salle de spectacle imitant un vélarium.
VELA (Blasco-NuHez), vice-roi du Pérou, né vers la fin du xve siècte, mort près de Quito en 1546. Il était gouverneur de Malaga, quand Charles-Quint lui donna mission do pacifier le Pérou. Vêla se montra si cupide et si sévère, que les colons se révoltèrent et déférèrent l'autorité à Gonzalo Pizarre. La lutte éclata entre les deux chefs, dont les troupes se heurtèrent dans les gorges d'Ini-Qu.ito, et Vêla trouva la mort sur le champ de bataille.
VELA (Vincent), sculpteur italien, né à Ligurnetto, dans le canton du Tessiu (Suisse italienne), en 1822. Issu d'une famille de pauvres paysans, il apprit dès l'âge de douze ans ù tailler la pierre et révéla immédiatement ses dispositions artistiques. Vêla se rendit à Milan a quatorze ans et fut employé aux travaux de restauration du Dôme, puis il fut placé dans, l'atelier du sculpteur Cacciatori par son frère aîné, qui, lui aussi, de simple tailleur de pierre, était devenu artiste à force da volonté. Pressé par la misère, Vêla dut souvent se résigner à travailler, la nuit, pour les orfèvres. En 1838, au concours de sculpture ouvert k Venise, il remporta le prix avec son bas-relief représentant le Christ ressuscitant la fille de Zaïre. Des bustes importants lui avaient déjà été confiés, quand sa statue de la Prière acheva sa réputation. Il se rendit à Rome en 1847 et y fit le modèle de son Spartacus; mais il fut rappelé tout à coup dans le Tessin comme milicien suisse, pour prendre part à la guerre du Sunderbund. En 1848, il fît, comme volontaire, la guerre de l'indépendance italienne et se distingua au siège de Peschiera. La campagne finie, il reprit sou ciseau, et exécuta en marbre son Spartacus, grande statue qui diffère, par" l'idée et la forme, du Spartacus de M-. Foyatier. Cette œuvre, honorée d'une mention à l'Exposition universelle de 1855, a été acquise par un riche Milanais, le duc Antoine l.itta. Vêla refusa.de faire partie de l'Académie des beaux-arts de Milan et passa à Turin, où il enseigna son art à l'Académie Albertine (1857), et ou il exécuta plusieurs statues, entre autres : l'Espérance et lu Désignation, destinées à des tombeaux ; une Harmonie en pleurs, pour le monument de Donizetti ; sa statue de la Désolation, symbole de l'Italie opprimée, et surtout ses statues des grands Italiens înoderne.s>qu'il a eu le bon goût de représenter en costume moderne. Citons le Prince Eugène de Savoie et le Duc de Gênes, pour l'hôtel de ville de Turin ; Rosmini; Balbo; lo Général Pepe et le Général Bava, au jardin public de Turin-, le Soldat sarde de 1858, sur la place du Château, produit d'une souscription des Milanais; Gioberli, sur la place Ûariguan, etc. En 1863, il mit au jour la France et l'Italie, beau groupe en marbre, que les daines de Milan otfrirentà la femme de Napoléon III, et qui fit donner à l'auteur la croix da la Légion d'honneur. A l'Exposition universelle de 1867, M. Vêla envoya à Paris trois œuvres très-remarquées : Christophe Colomb et l'Amérique, groupe colossal; les Derniers jours de Napoléon Yar, statue en marbre, où l'empereur déchu est représenté assis, et le Printemps , statue également en marbre- M. Vêla, aujourd'hui la premier des sculpteurs vivants de l'Italie, reçut pour cette dernière Exposition une ire médaille et la croix d'officier de la Légion d'honneur.
VELABKE (le), vaste marais qui s'étendait entre le Palatin et le Tibre, à Rome. Il était formé, à celle de ses extrémités qui touchait au fleuve, par les flaques d'eau stagnante que laissaient les débordements et alimenté par des sources nombreuses et par des sources pluviales, qui se précipitaient des collines encore couvertes de forêts de chênes verts et de cornouillers. Ovide, dans ses Fastes, comparant le passé au présent, dit : « Là où des processions solennelles traversent le Vélabre pour se rendre au cirque, il n'y avait que des roseaux, des saules et un marais que 1 on ne pouvait affronter que pieds nus. » Dans un autre passage ce poète parle d'une fête où l'on marchait pieds nus en mémoire de l'état marécageux de ce quartier. Properce dit qu'on avait autrefois navigué dans ce quartier magnifique.» Le cautouier, dit-il, faisait voila à travers les eaux dans la ville;»
spectacle semblable à celui que Rome donne encore aujourd'hui quand le Tibre est débordé. Nous savons ce qu'on payait pour passer leVélabre; c'était un quadrans, environ trois sous, trois fois plus cher que le prix actuel de la barque de Ripetta. Ce lieu s'appela toujours le Vélabre quoiqu'il n'y eût plus de Vélabre, comme la Chaussée-d'Antin a gardé son nom, quoiqu'il n'y ait plus de chaussée. Le souvenir du Vélabre subsiste dans la dénomination de Saint-Georges-en- Vélabre, qui est celle d'une église k peu près abandonnée. Le Vélabre se continuait jusqu'au Forum, dont se3 eaux marécageuses occupaient presque entièrement la place.
L'épisode épique de la retraite de Mettus Curtius pendant le combat des Romains et des Sabins, au temps de Romulus, montre qu'elles baignaient le pied du Capitole; le nom de Velia donné à la colline qui barrait le Forum à son autre extrémité, nom qui veut dire marais, fait voir que le marais s étendait jusqu'à cette colline, car une élévation de terrain n'a pu recevoir une telle dénomination que si le marécage y touchait. Tous ces témoignages se rapportent.évidemment à un état antérieur au graud système d'égouts créé par les Tarquins pour dessécher le Forum et les lieux environnants. Après cet étonnant ouvrage, l'état primitif des lieux changea, mais il en resta fort longtemps le souvenir et quelques traces. Les observations des géologues ont confirmé le témoignage des historiens et des poëtes; on a trouvé près du Forum des coquillages appartenant aux espèces actuelles qui vivent dans les eaux dormantes. Enfin le Vélabre allait au nord jusque vers le pied du Quirinal; c'est ce qu'on appelait le Petit-Vélabre. Le Grand-Vélabre séparait le Palatin d'une autre colline située entre le Palatin et le Tibre. Cette colline, de toutes la moins considérable, devait avoir la destinée la plus grande , car elle devait être le Capitole. M. Ampère, dans sa remarquable Histoire romaine, a restitué, sous le nom de Chant du Vélabre, un lambeau de cette antique poésie populaire qu'on sent palpiter sous les récits de Tite-Live et de Uenys d'Halicarnasse, lorsqu'ils racontent les combats de Romulus et do Tatius.
VÉLAGA s. m. (vé-la-ga). Bot. Syn. de rrÉisosPERME, genre' de byttnériacées.
VÊLAGE s. m. (vè-la-je — rad. vêler). Action de vêler, de mettre bas, en parlant des vaches.
— Encycl. Les vaches ne manifestent pas, aux approches de la parturition, leurs douleurs aussi sensiblement que les solipèdes. Il est donc plus difficile de savoir bien exactement le jour du vêlage, si l'on n'a pas noté soigneusement l'époque de la saillie. Il faut toujours laisser deux mois de repos k l'animal avant la parturition et lui faire grâce de tout travail. L'étable doit être tenue propre; il y a danger de placer l'une à côté de l'autre deux vaches pleines; l'une des deux peut avorter par un mouvement physiologique d'imitation.
Voici les phénomènes d'un vêlage qui s'opère bien : gonflementde la vulve, d'»ù sortent des mucosités glaireuses, mêlées de sang; rupture de la poche des eaux; apparition du fœtus les membres antérieurs en avant, et sur eux, un peu en arrière, la tête et l'encolure appliquées de manière à former un cône; le bout des pattes de devant passe le premier, puis apparaît le bout du nez.
Dans un vêlage naturel, il ne se présente d'autre difficulté que le passage des épaules et de la poitrine; mais, cet obstacle franchi, le petit sort brusquement et comme s'il était poussé. Le délivre sort ordinairement quelques heures après l'expulsion du petit. Cependant il arrive quelquefois que les efforts de la mère ne parviennent pas à la débarrasser du délivre; il serait bon alors d'envoyer, le troisième jour, chercher un vétérinaire, parce que l'animal peut courir quelques dangers et que l'homme de l'art peut seul les prévenir sûrement.
Lorsque les vaches portent deux jumeaux, il est facile de s'en apercevoir après le premier vêlage, parce que la mère, inquiète, néglige complètement le nouveau-né. Il peut s'écouler plusieurs jours entre la naissance des deux petits. • Le premier soin , dit M. Groguier, professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon, est de laisser les femelles dans lu plus grande tranquillité, se conformant ainsi à leur instinct qui les porte à chercher, quand elles sont libres, la solitude et les ténèbres. L'agitation, le bruit suffisent pour troubler la parturition la plus naturelle. Sans être vétérinaire, on peut, au besoin, faciliter le vêlage par les soins suivants : on vide le rectum avec le bras bien huilé , si on a des raisons de croire que des excréments durcis, dilatant l'intestin, diminuent le diamètre du vagin.
On fait des injections adoucissantes dans le vagin quand à son orifice il y a beaucoup de chaleur, ce qui arrive souvent chez les jeunes bêcesqui vêlent pour la première fois. Lorsque la parturition, quoique normale, se prolonge et languit, on administre un cordial.
Quand la poche fœtale se présente en dehors de la vulve, il faut bien se garder de l'ouvrir; les eaux couleraient avant le temps, et l'on aurait provoqué une parturition se-
ehe, toujours plus longue. Cette poche doit être percée par le fœtus lui-même.
Si, après l'écoulement de ces eaux, le petit se présentant bien restait néanmoins plus de 8 minutes au passage, on l'aiderait à sortir en le tirant peu à peu, doucement, en bas si la femelle est debout (elle l'est presque toujours)^!, si elle est couchée, on tirerait dans la direction des jarrets. Cette manœuvre doit coïncider avec les efforts expulsifs de la mère.
On peut faciliter un vêlage languissant en soulevant la queue et avec elle l'os sacrum, et en faisant en même temps avancer, autant que possible, les extrémités postérieures vers le centre de gravité.
Si le cordon ombilical, qui a retenu le petit dans: sa chute, ne se rompait pas de luimême et que la vache négligeât de le mâcher, on le couperait à environ 3 pouces du nombril.
Lorsque le délivre ne suit pas le fœtus, ce qui arrive souvent dans la vache, il ne faut pas s'en inquiéter dans les deux premiers jours; mais, passé ce temps, il faut recourir à la chirurgie vétérinaire.
• Après la parturition, la mère sera bouchonnée, enveloppée d'une couverture; on mettra devant elle de l'eau blanche tiède ; elle est alors ordinairement fort altérée. Si elle est faible et fatiguée, on lui donnera, pour relever ses forces, une soupe au vin tiède.
Les cultivateurs lyonnais composent la rôtie au vin de leurs vaches de 4 à 5 litres de liquide avec une livre de pain grillé ; à moins que le vin ne soit faible, ils retendent d'un tiers d'eau. Ils donnent jusqu'à trois de ces soupes dans l'espace de vingt-quatre heures ; je me suis assuré qu'une vache, relevant du vêlage, pouvait sans inconvénient ingérer dans un jour 12 à 15 litres de vin.
Douze ou quinze heures après la parturition normale, on donne une bonne nourriture, ot c'est alors que conviennent bien les végétaux cuits. La mère et le petit seront tenus chaudement; ils sont l'un et l'autre frileux.
11 est des pays où, le bétail pâturant toute
1 année, on laisse les vaches mettre bas au
dehors; on les rentre quelques heures après
, I opération. Déjà les veaux peuvent marcher.
VÉLAGUIDAs. f. (vé-la-ghi-da). Bot. Syn.
de vula.ni.
VÉLAIRE s. m. (vé-lè-re — lat. vetarius, aayetum, voile). Antiq. rom. Sorte d'huissier qui se tenait à la portière de l'appartement de 1 empereur.
VÉLAMINAIRE adj. (vé-la-mi-nè-re — du lat. velamen, voile). Hist. nat. Qui se roule ot se déplie comme un voile.
VÉLANÊDE s. f. (vé-la-nè-de — rad. vélani). Bot. Nom donné, dans le commerce, aux cupules du chêne vélani.
VÉLANI s, m. (vé-la-ni). Bot. Espèce, de chêne, il S'emploie aussi comme synonyme
de VÉLANÊDE.
— Encycl. Le vélani est une espèce de chêne de taille moyenne, à feuilles oblongues, fortement dentées et presque épineuses, velues en dessous ; le gland est très-gros et presque entièrement renfermé dans une énorme cupule hérissée d'écaillés larges, épaisses et très-nombreuses. Cet arbre, dont le nom scientifique est quercus sgylops, croît abondamment en Grèce et dans l'Asie Mineure. Son bois n'est pas estimé; mais ses cupules, appelées vélunèdes ou avehuièdes, sont fort recherchées pour la teinture, la corroierie et la tannerie, et forment l'objet <1 un commerce asstz important. On en distingue, suivant la qualité, trois sortes, dites camatté, dogatté et légué. Toutes celles qui ! sont employées en France nous viennent : d Orient, en sacs de grosse toile.
VÉLAR s. m. (vé-Ior). Bot. Nom vulgaire des erysimums, genre de crucifères : Les teinturiers recherchent dans tous les lieux secs etyierreux qui sont cultivés le vélar tortelle. (Th. de Berneaud.) La graine du vélar est diurétique. (V. de Bomare.) Il Vétar alliaire, Nom vulgaire de l'alliaire officinale.
— Encycl. Bot. V. sisïmbrk.
VÉLARET s. m. (vé-la-rè — dimin. de vélar). Bot. Nom vulgaire du aisymbre irio.
VELARIUM s. m. {vé-la-ri-omm — mot lat. dérive de vetum, voile). Antiq. Grande tente qu on étendait au-dessus des théâtres et des amphithéâtres, pour mettre les spectateurs à l'abri : En temps de pluie ou de soleil trop ardent, l'on abritait les spectateurs sous des vblariums, (E. Sue.)
— Par anal. Grande tente : On retira le velarium étalé sur l'avenue des cyprès (G Flaubert.) v
— Encycl. Cette tente se composait de plusieurs toiles (ou voiles) glissant, .comme des panneaux, sur des câbles tendus en rayons du centre à la circonférence. En général, ces toiles étaient de chanvre ou de lin ■ on se servit aussi de coton un peu avant ù temps de Jules César. Le velarium, souvent de trèsgrande dimension, était soutenu par des mâts flxes dans les murailles. On peut voir encore dans les restes du Grand-Théâtre, à Pompéi, la disposition des appareils où étaient adap-
VELA
tés les mâts ; ces appareils font corps avec la maçonnerie, en dehors de laquelle ils assortent; des distances régulières les séparent ; ils sont placés par couples, l'un audessous de l'autre, en sorte que chaque mât se trouvait fixé doublement. On observe un arrangement pareil a Rome, au Colisée, avec cette différence qu'à Pompéi ils s'appuyaient à l'intérieur des murailles, et au Colisée à l'extérieur; il existe ici deux cent quarante appareils pour soutenir les mâts. Le théâtre d Orange présente une disposition analogue. Si l'on examine le sommet de la muraille dans les amphithéâtres, on voit qu'il forme une sorte de terrasse, où se tenaient probablement les hommes chargés de manier le velarium. On ne plaçait qu'un petit nombre de spectateurs sur les gradins supérieurs de l'amphithéâtre, sans doute parce que le poids du velarium le faisait fléchir, malgré toutes les précautions prises, et qu'il obstruait pour ces places la vue de la scène.
11 faut se garder de confondre, dans l'antiquité romaine, le velarium avec ce qu'on appelait vélum. C'étaient les toiles servant à la décoration de la scène qui portaient le nom de .vélum, La principale séparait la scène du reste du théâtre; elle descendait sous l'avant-scène au commencement de la pièce et se relevait à la fin. Les autres tenaient lieu de nos décors et pouvaient être mobiles (»e>-saliles scenx). Virgile a fait allusion à ces différentes toiles dans les vers suivants des Gêorgigues (livre III) :
Vcl sema ut versis discedat frontibus, utjue Purpureainlexti tollant aulxa Britanni.
On voit ici que des Bretons, représentés en broderie sur la toile d'avant-scène (purpurea aitlxa), semblaient la relever en se développant avec elle.
VELASCO (Grégoire-Hemandès de), poète espagnol, né à Tolède, et vivant a-u xvio siècle. 11 entra dans les ordrres et se fit recevoir docteur en .théologie. On a de lui des traductions en vers, remarquables par l'élégance et la pureté du style, mais qui laissent souvent h désirer au point de vue de la fidélité. Velasco a publié une traduction libre du poëine latin de Sannuzar , De partu Virginis, sous le titre de El parto de la Virgen (Tolède, 1554); la traduction de la première et deMa quatrième églogue de Virgile, insérées dans le Parnaso espanol de Sedano, et une traduction de VEnéide (Alcala, 1585, in-?o); très-souvent rééditée. Les Espagnols ont une grande estime pour les traductions de Velasco.
VELASCO (le Père Nicolas de), cordelier espagnol, mort en 1641. Le marquis d'Ayamonte, ayant comploté avec le duc de Medina- Sidonia de faire déclarer l'Andalousie indépendante et voulant avoir l'appui du roi de Portugal, confia ses projets à Velasco, qui avait su gagner sa confiance, et le chargea de se rendre à Lisbonne. Velasco partit sous le prétexte d'aller négocier l'a rançon d'un Espagnol fait prisonnier, et, pour écarter tout soupçon, il se laissa arrêter comme s'il était un espion. Conduit à Lisbonne, il fut introduit auprès du roi, à qui il fit part de sa mission. (Je prince entra dans les vues du marquis .d'Ayamonte, promit do lui donner son concours et s'engagea à récompenser Velasco en lui donnant un évêché. Le cordelier chercha un agent sûr pour annoncer au marquis le résultat de ses négociations eterut lavoir trouvé dans un nommé Sunche, Espagnol qu'il fit sortir de prison. Muni des lettres de Velasco, Sanche partit pour l'Espagne ; mais au lieu de les porter à Ayamonte, il alla les remettre au ministre Olivarez, et la conspiration fut découverte. Ayamonte périt sur l'échafaud. Quant à Velasco, il alla terminer ses jours dans un couvent.
VELASCO (Francisco de), général espagnol, né vers le milieu du Xvna siècle, mort en 1716. Vice-roi de Catalogne vers la fin du règne de Charles 11, il fut, en 1695, envoyé avec une armée contre le duc de Vendôme, qui assiégeait Barcelone; mais il ne réussit pas à forcer le général français Et lever le siège de cette ville. Après la mort de Charles II, il se déclara pour Philippe V et soutint, contre les Anglais et les impériaux, un siège de plus d'un an dans Barcelone, qu'il ne rendit que lorsque les habitants, complètement découragés et privés de tout, allaient en ouvrir eux-mêmes les portes à l'ennemi. Plus tard, Velasco devint successivement gouverneur de Ceuta et de Cadix.
VELASQUEZ (Diego), général espagnol, ne à Cuellar, province de Ségovie, vers 1465, mort vers 1523. 11 suivit (Jhristophe Colomb dans son second voyage (1493) et s'établit à Saint-Domingue {Jiispuniola). Chargé par le gouverneur de cette colonie de réduire plusieurs caciques révoltés, il entreprit en 1511 la conquête de Cuba, dont il fut nommé gouverneur et où il fit prospérer les établissements espagnols. C'est sous son administration que lurent fondées les villes de La Trinité, du Saint-Esprit, ae San-Salvador et de Carénas (La Havane). En 1518, il seconda de tout son pouvoir l'expédition qui, sous les ordres de Grijalva, découvrit 1 Yucatan et le Mexique. Après le retour de ce dernier, il prit le titre d'adelantado du Yucatan et d'Uïoa. Ce fut à la suite de celte expédition que Velasquez chargea le jeune Femand Cortez, qui l'avait aidé à conquérir La Havane, d'al-
VELA
1er soumettre le Mexique, et lui fournit les moyens d'entreprendre cette expédition.
Mais il se repentit bientôt de ce choix; car non-seulement Cortez lui refusa la part qui devait lui revenir dans la conquête, mais encore il battit Pamphile Narvaez, lieutenant de Velasquez. Dans une lettre qu'il adressa à Madrid, le gouverneur de Cuba se plaignit amèrement des procédés de Cortez; mais on ne tint pas compte de ses plaintes, et il perdit toute influence politique.
VELASQUEZ (Jacques-Rodriguez db Silva ■y), célèbre peintre espagnol. V. Velazquez.
VELASQUEZ (Antoine Goszai.es), peintre espagnol. V. GonzalÈs.
VELASQUEZ (Alexandre Gonzalès), peintre espagnol. V. GorfZALÈs.
VELASQUEZ (Louis Gonzalks), peintre espagnol. V. Goxzalës.
VELASQUEZ CARDENAS Y LEON (Joa-
chim), géomètre et astronome mexicain, né en 1732, mort en 1786. Il fit ses études au collège Tridentin, à Mexico. Le hasard ayant mis entre ses mains les œuvres de Newton et de Bacon, il les étudia avec ardeur et acquit une connaissance étendue de l'astronomie et des méthodes philosophiques. Pour ■ses études astronomiques, il fut obligé de construire lui-même des lunettes et des quarts de cerefe. Plus tard, ayant embrassé la profession d'avocat, il employa une partie du gain qu'elle lui rapportait à faire venir d'Angleterre des instruments. Nommé professeur .à l'université de Mexico et chargé, peu après, d'une mission en Californie, il constata que, sur toutes les cartes, la longitude de cette contrée avait été mal indiquée et qu'elle devait être reculée de plusieurs degrés vers l'est. Velasquez se trouvait encore en Californie lorsque l'abbé Chappe y arriva. Le géomètre fiançais fut émerveillé de la justesse des observations faites par l'astronome mexicain. En 1774, Velasquez fut chargé d'exécuter le relevé topographique et géologique de la Cordillère du Mexique, et les travaux qu'il exécuta dans ce but ont servi de base à tous ceux qui ont été entrepris depuis. De retour a Mexico, il provoqua la fondation du Tribunal de rnineria, dont il fut jusqu'à sa mort le directeur général.
VELASQUEZ DE VELASCO (Louis-Joseph), marquis de Valdeklorës, littérateur et antiquaire espagnol, néàMalaga en 1722, mort en 1772. Reçu en 1751 membre de l'Académie d'histoire, il fut chargé par Ferdinand VI de voyager dans la péninsule pour recueillir les anciens monuments. Emprisonné pendant six ans (1766-1772) comme auteur d'écritsséditieux, il mourut peu de temps après avoir recouvré sa liberté. On a de lui : Essai suites alphabets de caractères inconnus qu% l'on voit sur les plus anciennes médailles de l'Espagne (1752) ; Origine de la poésie castillane (Malaga, 1754) ; Annales de la nation espagnole (1759) ; Conjectures su* les médailles des rois golhs et suèves d'Espagne ( 1759 ) ; Collection de différents écrits relatifs à la galanterie (1763). Il a aussi laissé en manuscrits plusieurs ouvrages importants.
VÉLASQUÉZIE s. f. {vé-la-ské-zî — do Velasquez, savant espagn.). Bot. Syn. de triplaris, genre de polygonées.
VÉLATE s. f. (vé-la-te — du lat. velata, voilée). Moll. Genre de coquilles Vossiles, formé aux dépens des nérites.
VELAUNIEN, IENNE s. et adj. (ve-lô-niain, î-e-ne). Géogr. Habitant du Velay; qui appartient à ce pays ou à ses habitants : J.cs Vulauniens, La population velaunienne, t VELAUT interj. (ve-lô). Véner. Cri qi e l'on pousse pour annoncer que l'on a vu le sanglier, le loup, le renard ouïe lièvre. Il O.i dit aussi vla-au et vloo.
VELAY, ancien pays de France. Il faisait partie du Languedoc, entre le Forez au N., la haute Auvergne à l'O., le Gévaudan au S. et le Vivarais à l'E. Chef-lieu, Le puy ; villes principales, Yssengeaux , Le Monestier. Ce pays, qui tirait son nom des Vellaves, ses anciens habitants, est aujourd'hui compris dans le département de la Haute-Loire.
VELAZQUEZ (Diego-Rodriguez de Sylva y), le peintre le plus puissant ot le plus original qu'ait produit i'école espagnole, né à Sévilie en 1599, mort à Madrid le 6 août 1660. Son père, Juan Rodriguez de Silvu, qui exerçait dans cette ville le métier d'homme de loi, était issu d'une des meilleures familles du Portugal; sa mère, Geronima Velazquez, dont il prit le nom, suivant un usage fréquent en Andalousie, appartenait elle-même U une maison noble de Sévilie. Après avoir fait de bonnes études classiques, le jeune Diego, dont ta vocation pour la peinture s'était manifestée de bonne heure, entra dans l'atelier de Francisco Herrera le vieux; il travailla ensuite sous la direction de Francisco Pacheco ; mais, à vrai dire, ce fut surtout en étudiant la nature, en s attachant à imiter les différents jeux de la physionomie humaine, en peignant des types populaires, des paysages, des animaux, des fruits, des légumes, des ustensiles de ménage, des objets de toute sorte qu'il acquit la sûreté de coup d'oeil et de main à laquelle il dut par la suite ses succès. On conserve dans quelques collections, notamment au musée de Valladolid, quelques natures mortes remontant a cette
époque de la jeunesse de l'artiste; elles sont d une couleur superbe. Du même temps date le tableau intitulé : le Marchand d'eau de Sévilie, qui était autrefois au Buen-Retiro et qui orne aujourd'hui la collection "Wellington, à Aspley House : l'homme et les deux enfants qui lui achètent de l'eau sont peints avec une vérité et une yigueur extraordinaires. Velazquez préférait ces sujets vulgaires et réels aux nobles et idéales compositions vers lesquelles son maître Pacheco, grand admirateur de Raphaël, cherchait à l'entraîner : il fit néanmoins un assez long séjour dans l'atelier de ce peintre, mais il y fut sans douto retenu par un sentiment étranger à l'art, car, avant de quitter Pacheco, il épousa sa fille dona Juana. ■ On sait fort peu de chose da la femme qui unit son sort à celui du grand artiste, dit M. Stirling ( Velasquez et ses œu~ vt-£s, traduit de l'anglais par G. BriTnet, avec des notes et un catalogue par W. Bùrger) ; son portrait au musée royal de Madrid, peint par son mari, nous la montre comme ayant le teint brun, le profil assez régulier, mais nulle beauté dans les traits. Le tableau qui est à Vienne, et qui représente les deux époux entourés de leurs enfants, indique qu'elle fut mère de six enfants ait moins, quatre garçons ot deux filles... Pendant plus de quarante ans, elle fut la compagne de la brillante carrière de Velazquez; elle lui ferma les yeux et, quelques jours après, elle descendit à côté de lui au tombeau. » Si Velazquez tira peu de profit des instructions artistiques de Pacheco, il dut trouver, du moins, un avantage réel dans son séjour en une maison où se réunissaient les littérateurs et les savants les plus fameux de l'Andalousie et que fréquentaient les gentilshommes amateurs des choses de l'art et de l'esprit; il acquit.au milieu de cette société polie et instruite, cette élégance de manières, cet à-propos de langage qui devaient le faire remarquer pius tard a la cour du roi d'Espagne.
En 1622, le gendre de Pacheco se rendit à Madrid, ou le chanoine Juan Fonseca, son compatriote, huissier du cabinet de Philippe IV, lui procura l'accès des galeries royales du Pardo et de i'Escurial et la faculté d'y étudier tout à l'aise les chefs-d'œuvre qui y étaient rassemblés. L'année suivante, Velazquez, qui était rentré à Sévilie, fut rappelé â Madrid par le puissant duc d'Olivarès â qui Fonseca l'avait recommandé; à peine arrivé, il fit de ce dernier un portrait qui, ayant été porté à la cour, excita vivement l'admiration du roi et de son entourage. Philippe IV voulut aussitôt que l'artiste fût attaché à son service, aux appointements de 20 ducats par mois, et lui commanda son propre portrait. Velazquez représenta le roi d'Espagne couvert d'une armure et monté sur un cheval andalou. Le succès de cette peinture fut considérable; exposée publiquement dans la grande rue de Madrid, elle enthousiasma la foule; les poètes la célébrèrent dans des sonnets; Olivarès déclara que c'était la première fois qu'on voyait un portrait exact du roi, et celui-ci poussa la satisfaction jusqu'à déclarer que désormais Velazquez serait seul autorisé à reproduire ses traits ; il le nomma son peintre ordinaire, par lettre patente du 31 octobre 1623, et lui accorda une pension de 300 ducats et un logement dans les appartements de la trésorerie.
A partir de cette époque, Velazquez ne cessa de jouir, à la cour d'Espagne, d'une situation vraiment privilégiée. Dans l'iconographie que nous consacrons il Philippe JV (tome XII, p. 812 et suiv.), nous avons donné u»e liste des principaux portraits qu'il fit de ce monarque ; le plus remarquable, conservé actuellement au musée de Madrid, représente Philippe galopant a travers la campagne. Les princes et princesses de la famille royale furent souvent- représentés par l'artiste ; les portraits de l'infant don Bnlthazar-Carlos sont particulièrement beaux, surtout celui qui nous montre ce jeune prince monté sur un cheval bai lancé au galop. Velazquez fit aussi un admirable portrait équestre du comte-duc Olivarès, son protecteur, à l'égard duquel il n'hésita pas a se montrer reconnaissant et respectueux, même après la disgrâce encourue par ce ministre. Il le peignit plusieurs autres fois en diverses uttitudes. En 1628, Rubens étant venu à Madrid, comme envoyé de l'infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, Velazquez, qui avait échangé précédemment plusieurs lettres avec lui, l'accompagna dans les visites qu'il fit à I'Escurial et aux autres résidences royales,. Le grand maître flamand témoigna la plus vive estime au jeune peintre de Sévilie et lui conseilla, dit-on, d'aller visiter l'Italie. Velazquez s'embarqua à Barcelone , au mois d'août 1629, en compagnie du grand capitaine Ambrogio Spinola, qui allaitprendre le gouvernement du duché de Milan. Il visita successivement Venise, Ferrare, Bologne, Rome, Naples; dans la première de ces villes, il fil des copies de quelques œuvres magistrales, notamment du Crucifiement et de là Cène du Tititoret; à Ferrare, il fut accueilli avec honneur parle cardinal GiulioSachetti; à Rome, il fut reçu avec non moins de bienveillance par le pape Urbain VIII et par son neveu le cardinal Kranoesco Barberini. Un logement au Vatican lui fut offert, mais il se contenta de la permission de travailler dans ce palais et d'y faire des études d'après les chofs-d'œu-
vre de Raphaël et de Michel-Ange. Pendant son séjour dans la ville éternelle, il produisit trois compositions originales : son portrait, destiné h Pacheeo,. et deux œuvres du premier ordre, les Forges de Vulcainet la Robe de Joseph. « Ces deux tableaux, dit M. Stirling, montrent à quel point Velazquez demeura, pendant son séjour à- Rome, fidèle & son style primitif; effrayé peut-être par la supériorité de Raphaël et de Michel-Ange, il préféra déployer son habileté en peignant des formes vulgaires, plutôt que de risquer sa réputation en s'attaehant à représenter la beauté, à poursuivre l'idéal. Ses patriarches hébreux sont des pâtres de l'Estramadure ou des bergers de lu sierra Morena; ses cyclopes sont des forgerons en tout semblables à ceux qui, dans quelque village écarté, ferrèrent le cheval de l'artiste lorsqu'il traversa la Manche en se rendant à Madrid. « Vers la fin de 1630, Velazquez se rendit à Naples, où il ne fit qu'un séjour de quelques mois. 11 rentra à AÎadrid au printemps de 1631. Philippe IV se montra charmé de son retour et lui fit donner un atelier dans la galerie du nord de l'Alcazar, d'où l'on avait la vue de l'Escurial, et qui était probablement plus rapproché des appartements royaux que celui qui avait été antérieurement donné à l'artiste dans les bâtiments de la trésorerie. Le roi garda pour lui-même une clef de ce nouvel atelier, se réservant d'entrer quand il lui plairait de venir voir travailler son peintre favori, de suivre les progrés de ses peintures et de s'entretenir avec lui. Il lui arriva parfois, si nous en croyons Paoheco, de poser trois heures consécutives devant l'artiste qui retraçait ses traits. La première œuvre de Velazquez, après son retour d'Italie, fut le portrait de l'infant don Balthazar-Carlos. Il paraît, du reste, s'être surtout occupé de portraits pendant quelques années. En 1C38, il fit celui du duc François 1er de Modène, qui était venu pour servir de parrain a. l'infante Marie-Thérèse. En 1639, il peignit pour les religieuses de Sau-Placido, à Madrid, un Crucifiement, qui est au musée royal. Dans le courant de la même année, il peignit un superbe portrait de l'amiral Pareja.
Velazquez ne se borna pas à peindre la famille royale et les grands personnages de la cour d'Espagne; il fit les portraits des nains que, suivant une mode étrange et un goût déplorable, le roi avait rassemblés dans son palais. C'est ainsi qu'il peignit Maria Barbola, petite dame de 3 pieds et 1/2 de hauteur, douée d'une mâchoire monstrueuse ; Nicolasito Pertusano, houspillant un gros chien qui le dédaigne; le Nifio de Vallecas, venu au monde avec la bouche garnie de dents; le Bobo de Coria, etc. Ces petits êtres monstrueux se voient aujourd'hui, avec plusieurs autres, au musée royal de Madrid. En 1642, Velazquez accompagna le roi a Aranjuez et y exécuta plusieurs vues de cette résidence. En 1644, il accompagna encore lu cour "dans un voyage en Aragon. En 1644 et 1648, il peignit pour le palais de Buen-Retiro la lieddition de Breda, chef-d'œuvre connu sous le nom de tableau des Lances [Las Lanzas). En 1648, il entreprit, par ordre du roi, un second voyage en Italie, dans le but d'y l'aire des acquisitions d'oeuvres d'art; il visita successivement Gènes, Milan, Padoue, Venise, Bologne, Modène, Parme, Florence, Rome et Naples. A Rome, où il séjourna plus d'un an, il fit, un superbe portraitd'InnocentX et peignit plusieurs autres grands personnages de la cour, pontificale. L'admiration que son talent inspira lui valut d'être nommé membre de l'Académie de Saint-Luc. A Venise, il lit l'acquisition de plusieurs toiles du Titien, de Paul Véronèse et du Tintoret, l'école vénitienne étant de toutes les écoles d'Italie celle vers laquelle il se sentuit le plus attiré. A son retour à Madrid en 1651, il reçut l'emploi de grand maréchal des logis du roi (uposentador mayor); cette charge, qui donnait droit à des émoluments tres-considérables, mais dont les devoirs étaient trèsmultiples et très-lourds, ne lui laissa que peu de temps à consacrer à la peinture. En 1656, il exécuta son dernier grand ouvrage, celui que l'on désigne en Espagne sous lo nom de Las Meninas (les Filles d'honneur): il s'y représenta lui-même peignant la famille royale, au milieu des dames, des nains et des chiens favoris de la cour; c'est de ce tableau que Luca Giordano, dans un transport d'enthousiasme, dit que c'était la Théologie ou l'Evangile de la peinture: On dit que Philippe IV, qui était venu chaque jour avec la reine pour voir travailler Velazquez à cetie composition, observa, lorsqu'elle l'ut terminée, qu'il y manquait quelque chose, et, prenant la brosse, figura sur la poitrine de l'artiste les insignes de l'ordre de Saint- Jacques.
En sa qualité d' aposentador mayor, ^Velazquez présida aux travaux de construction' et de décoration qui furent exécutés pour lu fameuse entrevue de Philippe IV et de LouisXlV dans l'Ile des Faisans, en 1060. Charles Le Brun a fait de cette solennité le sujet d'un tableau qui est au musée de Versailles; on peut y voir la figure du premier peintre du roi d'Espagne. En rentrant à Madrid, après ce voyage si rempli pour lui de préoccupations et de fatigues, Velazquez tomba malade et mourut. On lui fît de magnifiques funérailles, et on l'enterra dans l'église paroissiale de Saint-Jean.
VELA
Ayant travaillé presque exclusivement pour le roi d'Espagne, Velazquez n'obtint pas hors de la péninsule, sauf à Rome, la réputation à laquelle lui donnait droit la supériorité de son talent. Ce n'est guère que depuis un demi-siècle que ses oeuvres ont commencé à se répandre en Europe, à être recherchées par les collectionneurs et exaltées par la critique. M. Viardot, à qui l'on doit de remarquables études sur l'école espagnole, a dit de ce grand artiste : ■ Velazquez s'est essayé et a réussi dans tous les genres. Il a peint avec un égal succès l'histoire, le paysage, le portrait, les animaux, les intérieurs et les fruits... Il n'aurait fait que des portraits, qu'il devrait partager au moins la gloire de Van Dyck, et peut-être que nul ne devrait partager sa gloire; car, dans ce genre, s'il a vaincu tous ses compatriotes, il n'est surpassé par aucun de ses rivaux des autres écoles. Rien n'égale le bonheur inouï qu'il porte dans l'imitation de la nature humaine, si ce n'est toutefois la franchise et l'audace avec lesquelles il en aborde les plus difficiles aspects... A la différence des Italiens et de tous ses compatriotes, il n'aimait pas à traiter les sujets sacrés. C'est un genre qui exige moins l'exacte imitation de la nature, où il excellait, que la profondeur de la pensée, la r.haleurdu sentiment, l'idéalité de l'expression, toutes choses qui échappaient à son esprit observateur et mathématique... S'il fallait caractériser en un mot le talent de Velazquez, je rappellerais, comme Jean-Jacques, l'homme de la nature et de la vérité. Dans les sujets qui ne demandent que les qualités en quelque sorte d'exécution, qui n'exigent ni élévation de style, ni grandeur de pensée, ni sublimité d'expression, pour lesquels enfin le vrai est le beau, Velazquez me paraît sans rival. Quoiqu'il peignît du premier jet, sans hésitation, sans retouche,- quoiqu'il se jouât des difficultés de la forma comme de celles de la lumière, son dessin est toujours d'une irréprochable pureté. Sa couleur est ferme, sûre et précisément naturelle; rien de brillant, rien d'affecté ; aucune recherche d'effet ou d'éclat; mais aussi, rien de terne, rien de pâle, aucune habitude d'un ton dominant et défectueux. Il colore comme il dessine ; tout en lui est également vrai. Quant à l'entente des plans divers, à la distribution de la lumière, à la d ffusion de l'air ambiant, en d'autres termes quant à la perspective linéaire et aérienne, c'est la surtout qu'excelle Velazquez,. c'est là qu'il trouve le secret" de la plus parfaite illusion. Certes, si l'art de peindre n'était que l'art d'imiter la nature, Velazquez serait le premier peintre du monde. » Un autre critique éminent, W. Bilrger, a dit : « Velazquez est, à mon sentiment, le plus peintre qui ait jamais existé, plus peintre que Titien, que Cortège, que Rubens, que Rembrandt, ces vrais peintres... Cet artiste est une fée qui évoque toutes les apparitions, instantanément en apparence, mais après de mystérieuses conjurations dont personne n'a le secret. • M. Charles Blanc a porté le jugement suivant : « Si la peinture n'était qu'un second enfantement de la création, Velazquez serait sans contredit le plus grand des peintres. Van Dyck, Rubens et Titien l'ont égalé pour le portrait; ils ne l'ont point surpassé. Dessinateur correct, coloriste vrai, mais vrai jusqu'au sublime, aucun des prestiges de la nature physique n'a échappé à la puissance de son imitation- Coloriste, Velazquez ne le fut point à la façon du Titien, de Véronèse, de Rubens, car il n'eut pas la richesse, l'abondance, l'intensité harmonieuse, la variété, l'éclat; il n'entend point et il n'ose pas l'orchestration des couleurs. Sa palette, peu chargée, se compose de deux ou trois tons avec lesquels il combine toutes les variantes du gris, qui est la base constante de son coloris. C'est un virtuoso qui exécute une excellente musique avec deux ou trois notes... Ne cherchez, d'ailleurs, parmi les œuvres de Velazquez, ni la penséo profonde du Poussin, ni le sentiment exquis de Lesueur, ni une aspiration à l'idéal. »
C'est au musée royal de Madrid que se trouvent la plupart des chefs-d'œuvre de Velazquez dont nous avons fait mention dans cette notice : on y voit sept portraits de Philippe IV, un portrait d'Isabelle de Bourbon, sa première femme, et deux portraits de Marie-Anne d'Autriche, Sa seconde femme; quatre portraits de l'infant don Balthazar- Carlos ; des portrails de-l'infante dona. Maria d'Autriche, de dofla Maria-Teresa, de don Fernando d'Autriche, de l'infant don Carlos ; les portraits équestres de Philippe III et do Marguerite d'Autriche, sa femme; celui du duc d'Olivarès; les portraits du poète Gongora et d'un sculpteur qu'on croit être Alouzo Cano; cinq portaits de nains; douze autres portraits, dont deux désignés sous les noms à' Esope et de Ménippe; les Buveurs (Los Borrachos) ; une Fabrique de tapis, célèbre composition connue sous le nom de Las Filanderas (les Pileuses); la Reddition de Breda, la Forge de Vulcain, Mercure et Argus, l'Atelier du peintre ou Las Meninas, le dieu Mars, le Couronnement de la Vierge,le Crucifiement, Saint Antoine abbé et saint Paul ermite, l'Adoration des mages, neuf paysages, etc.
L'Escurial n'a conservé qu'un tableau de Velazquez, la Robe de Joseph. Le musée du Louvre possède un délicieux portrait A'Infante, une Réunion de portrails d'artistes, le portrait de don Pedro Moscoso de Altamira et un portrait de Philippe IV, en costume da