TOUT VENANT
Elle ouvre à tout venant et son lit et son cœur.
A. Dakbibr.
Celui qui, sans discernement.
Adresse <i tout venant les louanges qu'il donna
Fait grand tort h son jugement,
Et ne fait honneur a personne.
Pavillon.
11 A tout propos, continuellement :
Nuit et jour, d fout venant, Je chantais, ne vous déplaise.
La Fontaine.
— Fam. A tout venant beau jeu, Etre prêt k tenir tète au premier venu,
VENANT (SAINT-), bourg et commune de France (Pas-de-Calais), canton de Lillers, arrond. et à 13 kilom. O. de Béthune, sur la Lys; pop. aggl. , 867 hab. — pop. tôt., 2,607 hab. Brasseries; commerce de bestiaux et de'volailles. Saint- Venant est une petite place de guerre do 4e classe. Elle possède un hospice d'aliénés. Ou remarque dans son église de curieux fonts baptismaux, en marbre noir de Tournai, et ornés de quatre basreliefs sculptés, représentant la passion du Christ. Ces bas-reliefs, fort mutiles, paraissent remonter au xie siècle, et l'on croit qu'ils proviennent de la destruction de Thérouanne. Saint -Venant porta d'abord le nom de Pepinghen (habitation de Pépin). 11 doit son nom actuel k un ermite qui vivait au Viae siècle et y fut assassiné par un seigneur anglo-saxon. Des forts y furent construits lors de la première invasion des Normands. Pris en 918 par lléribert, comte de Vermandois, il tomba peu après au pouvoir du comte de Flandre. En 1383, les Anglais l'assiégèreut et le prirent. Eu 1537, François Ier essaya vainement de s'en emparer. Saint-Venant subit dès lors une longue succession d'attaques. Gassion s'en reudit maître eu 1645; la ville fut reprise le 10 mai 1649 par Carlo Campi, gouverneur d'Anuentières pour le roi d'Espagne. Turenne l'investit en 1657, et la paix des Pyrénées en maintint la possession k la France. Eu 1709, •le maréchal de Villars y établit un camp dont il reste encore de nombreux vestiges. Enfin, en 1710, Marlborough et le prince Eugène eu firent le siège. Après treize jours de tranchée ouverte, la place se rendit et la garnison obtint d'eu sortir mèche allumée, avec armes et bagages. Saint-Venant resta définitivement k la France en vertu" du traité d'Utrecht (1713).
VENANTIUS FORTUNATUS, poète et évoque de Poitiers. V. FoRTUNAT.
VENAHIABEAL*E,ville du royaume d'Italie, province et district de Turin, ch.-l. da mandement; 6,000 hab.
VENASCA, bourg du royaume d'Italie, province de Coni, district ae Saluées, ch.-l. da mandement; 2,700 hab.
VENASQUE, village et commune de France (Vaucluse), canton de Pernes, arrond, et à
12 kilom. S.-K. de Carpentras, sur la oime d'un rocher escarpé; 1,007 hab. On y voit un petit monument ancien, regardé a tort
VENC
par quelques archéologues comme un ancien temple de Vénus ; c'est une ancienne chapelle chrétienne du xe siècle. L'église paroissiale, du style romano-ogival, est ornée de belles rosaces.
VENASQOE, ville forte d'Espagne, province de Huesca, à 102 kilom. N. de Barbastro, sur l'Essera, près de la frontière française ; 5,000 hab. Eaux minérales et thermales. Mines d'argent, de cuivre et de plomb.
VÉNATION s. f. (ve-na-si-on — lat. venaiio. V. venaison). Chasse, il Vieux mot.
— Antiq. rom. Combat d'animaux entro eux ou d'animaux contre des hommes, dans le cirque.
VEJÎCE, le Vineium des Romains, ville de France (Alpes-Maritimes), cb.-l. de canton, arrond, et a 22 kil^m. N.-E. de Grasse, sur un rocher qui domine la vallée de la Lubiane; pop. aggl., 2,443 hab. — pop. tôt., 2,828 hab. Chapellerie, clouterie, savonnerie, parfumerie, tannerie, papeterie, moulins. Commerce d'huile d'olive et de fruits secs, Vence se divise en deux quartiers distincts : la vieille ville, encore entourée de son enceinte elliptique, flanquée de tours et percée de portes, avec créneaux et chemin de ronde ; ce quartier se compose d'un fouillis de maisons percé de rues étroites, mais pittoresques et d'une grande propreté; la nouvelle ville, construite en dehors des remparts, est bien bâtie et bien aérée. Indépendamment de ses remparts du moyen âge, qu'elle a conservés jusqu'à nous, Vence possède plusieurs monuments historiques d'une réelle importance. Nous citerons d'abord un grand nombre d'inscriptions romaines, deux colonnes dp granit, enfin et surtout l'ancienne cathédrale, aujourd'hui classée au nombre des monuments historiques. L'édifice, reconstruit vraisemblablementaprès l'invasion des Sarrasins, sur ies fondations d'un temple de Mars et de Cybèle, se compose de cinq nefs sans transsepts. Le sanctuaire contient les caveaux des anciens évoques' entre antres ceux de Du Vair, de G-odeau et de Surian. Au pied du sanctuaire se trouvent les tombeaux des Villeneuve-Vence. On remarque dans la basilique le sarcophage de saint Véran, le baptistère, qui est de la plus haute antiquité, et plusieurs magnifiques retables. Le chœur renferme cinquante et une stalles. Les orgues remontent à la tin du xve siècle. On remarque aux environs de Vence: la terrasse de Saint-Martin, où l'on rencontre les ruines d'une ancienne commanderie de templiers; plusieurs grottes, cavernes et rochers pittoresques, et notamment la gorge ou clus de la Cagne et Je rocher de Suint -Jeannet. Vence occupe l'emplacement de l'antique Vineium, capitale des Nerusii sous la domination romaine. Auguste lui accorda le titre de cité. Plus tard, les Lombards, puis les Sarrasins la ravagèrent. Au moyen âge, Vence était le siège d'un évéché- important, dont la fondation datait de 374; cet évèclié , fut plus tard réuni k celui de Fréjus. Eu 1592, une tentative du connétable de Lesdiguières pour s'emparer de la place échoua complètement; mais ses murailles furent im- puissantes à la défendre contre les impériaux, qui s'en emparèrent pendant la guerre de Succession (1704) et y semèrent la dévastation. Vence fut cependant épargnée en 1746.
VENCE (Henri-François de), hébraïsant français, un des meilleurs commentateurs de la Bible, né dans le Barrois vers 1676, mort en 1749. Il lit d'excellentes études, prit ses degrés en Sorbonne, devint précepteur des princes de Lorraine, obtint la prévôté de l'église primatiale de'Naney et surveilla l'édition de la Bible du Père de Carrières (imprimée à Nancy de 17S8 à 1743). Il y ajouta six volumes d'Analyses et de Dissertations sur tes Hures de l'Ancien Testament et deux volumes d'Analyses ou explications des Psaumes. Don Calmel, dont il a souvent combattu les opinions, lui reconnaît une vaste érudition et une critique sage et lumineuse. Cette édition, connue sous le nom de Bible de Vence, a été réimprimée à Avignon (1767- 1773, 17 vol. iu-40).
VENCESLAS 1er (saint), due de Bohême, né en 907, mort en 936. Il succéda en 920 à son père, Vratislas. A sa majorité (925), il rétablit le christianisme, exila sa mère, qui s'était mise à la tête de la réaction païenne, «t soutint une guerre contre l'empereur Henri I", an sujet du tribut que ce prince avait imposé aux ducs de Bohème. Plus tard', Venceslas secourut ce prince dans sa guerre contre les Saxons, les Hongrois et les peuples slaves. 11 en reçut en 935 le titre de roi, avec la permission de mettre un aigle dans ses armes. Il périt l'année suivante, assassiné par son frère Boleslas, que sa mère Drahoinire avait armé contre lui.
VENCESLAS II, duc de Bohème, mort en 1194. lin 1191, il succéda à ses oncles Frédéric et Conrad, après avoir passé dix-huit ans dans l'exil, puis fut chassé trois mois après son couronnement par son compétiteur Przéniislas et implora l'assistance de l'empereur Henri VI. Mais au moment de rentrer en Bohême avec l'appui de ce monarque, il fut arrêté par le margrave de Lusace et jeté en prison, où il termina ses jours.
VENCESLAS III comme duc ou l" comme roi de Bohème, né en 1205, mort en 1253.
VENC
Sou père, Przémislas, l'associa à son pouvoir. A peine monté sur le trône (1230), il ravagea le duché d'Autriche, s/empara de la Moravie, écrasa les prélats de la Saxe ligués contre lui et réprima une révolte de son fils Ottocar. La Moravie avant été- envahie par les Tartares, il triompha des barbares, sans cependant oser poursuivre sa victoire ; puis il eut encore à lutter contre Frédéric d'Autriche, dont la mort, le débarrassa. Venceslas écrasa ses sujets d'impôts et commit de nombreuses exactions qui servirent de prétexte aux mécontents pour fomenter la rébellion de son fils.
VENCESLAS IV ou II, le Vieux, roi de
Bohême et de Hongrie, né en 1270, mort en 1305. 11 monta sur le trône à l'âge de huit ans, après la mort de son père Ottocar, qui avait été vaincu et tué à la bataille de Laa, gagnée par l'empereur Rodolphe de Habsbourg (1272). Celui-ci marcha immédiatement contre la Bohême, mais il fut arrêté par Othon, marquis de Brandebourg, qui sauva ainsi le jeune prince, s'empara de la régence et gouverna de la manière la plus despotique. Il fit même emprisonner Venceslas dans la citadelle de Prague, l'emmena à sa cornet l'y retint jusqu'à l'époque de sa majorité (128S). Elu roi de Pologne (1300) par le parti opposé à Vladislas, Venceslas accepta l'année suivante la couronne de Hongrie , que lui offraient les nobles, mais la fit passer sur la tète de son tils, qui gouverna de manière a exciter des révoltes difficilement réprimées par son père. Venceslas est le héros de la tragédie de Venceslas, de Rotcou.
VENCESLAS V OU III, le Jeune, roi de
Bohème et de Hongrie, (ils du précédent, né vers 12S9, mort en 1306. Il avait douze à treize ans quand son père lui céda la couronne de Hungrie, que lui offraient les seigneurs. Attaqué par un compétiteur puissant, Charobert, fils de Charles-Martel et de' Clémence de Habsbourg, il vit son parti diminuer de jour en jour, par suite de son incapacité, de sa jeunesse et de son ardeur pour les plaisirs. Bientôt même des soulèvements éclatèrent, et il fut contraint de se réfugier dans la citadelle de Bude, où son père vint le délivrer. La mort de celui-ci (1305) l'ayant appelé au trône de Bohême, il se désista, à prix d'or, de ses droits sur la Hongrie en faveur d'Othon IV de Bavière, puis il jeta ses vues sur la Pologne et mourut assassiné à Olrautz (1306), au moment où il se préparait a conquérir ce royaume. La maison de Habsbourg fut soupçonnée de ce crime.
VENCESLAS VI, l'Ivrogne, le Fainéant,
empereur d'Allemagne et roi de Bohême, né en 1359, mort en 1417. Fils et successeur de Charles IV (1378), il apporta d'abord aux affaires publiques beaucoup d'attention et de capacité, diminua les impôts, débarrassa le commerce d'une partie de ses.entraves et lit espérer un instant de voir renaître les beau* jours du règne de Henri VII. Mais bientôt il lit évanouir toutes les illusions de ses partisans par mille actes de faiblesse, de versatilité, de cruauté et de débauche. Lors de la dispute du saint-siége, il vint conférer à Reims avec les princes du Saint-Empire et les princes français pour l'exclusion de l'antipape Boniface. • Les mœurs bassement crapuleuses de Venceslas, dit M. Henri Martin, choquèrent fort la cour de France, qui mettait au moins de l'élégance dans le libertinage. L'empereur était ivre dès le matin, quand on allait le chercher pour les conférences. Abandonné aux passions les plus honteuses, il laissa l'Allemagne en proie aux dévastations de hordes de brigands et de Seigneurs, qui se rendaient indépendants dans leurs terres ; il ne lit rien pour s'opposer aux ravages des Polonais et laissa son empire ou proie à tous les maux de l'anarchie. La Paix publique, qu'il publia en 1389, n'eut aucun effet, tant son autorité était méprisée. En même temps, il se livrait k des actes de la plus révoltante cruauté, envoyait à la mort le confesseur de la reine, parce qu'il refusait de lui révéler le secret de la confession, et encourageait le massacre de milliers d'Israélites (1390). Tour à tour spoliateur des biens de son clergé et persécuteur des hérétiques, accusé par les orthodoxes d'avoir laissé couver et éclore l'hérésie hussite, par les réformateurs d'avoir abandonné Jean Hus aux fureurs du concile et persécuté ses disciples, il ne trouva de sympathie ni d'appui nulle parc. Son frère Sigismond aida les mécontents à lui faire un mauvais parti, et un beau matin, en 1393, l'empereur Venceslas lue mis aux arrêts dans la maison de ville de Prague. Il s'en échappa dans un bateau et fut recueilli par une femme du peuple, qu'il épousa, dit-on. Cependant Sigismond, levant le masque, fondait sur la Bohême. Les Bohémiens relevèrent leur fantôme de roi pour tenir l'usurpateur en respect et le repousser. Veueelas ne revint pas à de meilleurs sentiments et se mit en besogne de vendre son royaume pour continuer sa vie crapuleuse.il commença par la Lombardie, qui était un fief de l'empire et qu'il donna à Jean Galéas Viscouti pour 150,000 écus d'or. 11 avait déjà perdu les villes, forts et châteaux de la Bavière,que Rupert, l'électeur palatin, lui avait enlevés; si bien que, traduit au ban de l'empire, déclaré relaps, haï des siens, méprisé de tous, déposé le lendemain de son nouveau
VEND
mariage avec Sophie de Bavière, il se trouva en 1400 réduit à la Bohême. En 1401, il fut pris par les grands et enfermé dans la tour Noire du palais de Prague. Transféré dans diverses forteresses, il alla passer un an en captivité à Vienne, d'où il s'échappa encore. La Bohême l'accueillit encore, parce que Sigismond désolait le pays avec une armée de Hongrois.
Lorsque Jean Ziska leva l'étendard de la révolte, Venceslas parut faire cause commune avec les hussites; mais, en apprenant leurs premiers exploits, il entra en fureur et maltraita ses gens. Pendant qu'il écoutait les offres d'accommodement de ses conseillers, lesquels étaient, comme tous les digni- . taires du royaume, divisés d'opinion sur la doctrine, son grand échanson s'avisa de dire « qu'il avait bien prévu tout cela. » Cette parole irrita tellement le roi, qu'il le prit par les cheveux, le jeta par terre et allait le poignarder lorsque ses gens réussirent à le désarmer. 11 tomba dans leurs bras, frappé de congestion cérébrale. Dix-huit jours après, il mourut « en jetant de grands cris et rugissant comrne un lion. >
Tous les historiens du temps représentent cet empereur comme un Sardanapale , un Thersite et un Copronyme. On prétend qu'un de ses cuisiniers lui ayant refusé à manger, sans doute par ordre du médecin, il le lit embrocher et rôtir. On ajoute encore qu'il aimait passionnément son chien, parce qu'il mordait tout le monde ; qu'il avait toujours un bourreau à ses côtés et qu'il l'appelait son compère, ayant tenu son enfant sur les fonts de baptême. 11 fit jeter dans la rivière un docteur en théologie, pour avoir dit qu'il n'y a de vrai roi que celui qui règne bien.
Venceslas mourut sans enfants. Inhumé dans la basilique de la cour royale, où était la sépulture du roi de Bohème, il fut déterré , peu de temps après et jeté dans la Moldaw par les Tuborites, puis repêché et reconnu par un marchand de poisson qui lui avait été attaché comme fournisseur. Le cadavre du roi fut caché dans la maison du pêcljeur et revendu pur la suite à sa f;imile pour 20 ducats d'or. La mort de Venceslas l'Ivrogne fut suivie d'un long interrègne, durant lequel Jean Ziska fut de fait l'unique souverain de Ja Bohême.
VENCESLAS BUDOWEZ, controversiste allemand. V. Buuowkz.
Venccslai, tragi-comédie de Rotrou (1647). Le sujet est tire d'un drame espagnol de Francisco de Rojas, No hay padre sieiida re. La pièce de Rotrou contient de beaux vers, des tirades entières métne imitées ou plutôt traduites de l'espagnol. Le fond en est vraiment tragique, quoique les ressorts en soient très-défectueux. Dans Rojas, le prince Roger ne paraît pas avoir l'intention d'épouser Cassandre; mais amoureux d'elle et jaloux du duc, qu'il croit son rival , il se montre fort peu délicat sur les moyens de lui enlever sa maîtresse ; une première tentative échoue, mais une deuxième fois il pénètre chez Cassandre et tue son frère, sans le reconnaître, dans les bras de sa maîtresse. Rotrou a un peu changé l'intrigue. L'infant Alexandre , frère puîné de Ladislas , est amoureux de Cassandre, fille adoptive de Venceslas; la crainte qu'il a que cet amour n'offense son père le détermine à employer un stratagème assez extraordinaire ; il engage le duc de Courlande Frédéric, ministre et favori du roi, à faire croira qu'il est l'amant de Cassandre. Ladislas , éperdument épris de cette princesse et détestant déjà le duc, lui ferme deux fois la bouche au moment où il va apprendre de lui toute la vérité. Il surprend ensuite Cassandre avec son amant, et, pensant que ce ne pouvait être que le duc de Courlande, il tue son frère à la place de son rival supposé. Ladislas est arrêté sur la demande de Cassandre et condamné à mort par son père. C'est alors que le duc demande à Venceslas une grâce depuis longtemps promise ; c'est celle du prince. Venceslas, a la nouvelle que le peuple se soulève en faveur de son lils, lui cède le trône :
Le peuple m'enseigne
Voulant que vous viviez, qu'il est las que je règne. La justice est aux rois la reine des vertus, Et me vouloir injuste est ne me vouloir plus..,. Soyez roi, Ladislas, et moi je serai père.
Dans la pièce espagnole, Ladislas ne reparle plus de son amour, et Cassandre se retire dans ses terres. Rotrou, trompé par le désir d'imiter le dénoûment du Cid, a représenté son Ladislas comme essayant d'obtenir la femme qui le hait. Ce dénoûment ne vaut rien. Marniontel a fait quelques corrections à l'œuvre de Rotrou pour qu'elle pût être reprise au xvuie siècle; il a 'modifié la dernière scène : Cassandre se poignarde pour échapper à Ladislas.
VENCUs. m. (vènn-ku). Bot. V, ven-ku.
VENDABLE adj. (van-da-ble — rad. vendre). Qui peut être vendu : Ce terrain n'est pas vendable. Une terre substituée n'est pas vendable. (Acad.)
VENDANGE s. f. (van-dan-je — lat. vindemiu, mut qui se rattache probablement à la racine sanscrite tiid, vind, obtenir, acquérir. Le mot latin désignerait ainsi proprement le produit, la récolte). Agric. Récolte du raisin
VEND
destiné à la confection du vin : Faire la vendange.
Messire Jean, c'était certain ami Qui prêchait peu, sinon sur la vendange. La Fontaisb.
Il Raisin récolté -.Porter la vendange au pressoir. Fouler la vendange.
.... On va répandre la vendange Dans le sein odorant des énormes enviera.
A. Barbier.
La tragédie, informe et grossière en naissant. N'était qu'un simple chœur, où chacun, en dansant Et du dieu des raisins entonnant les louanges, S'efforçait d'attirer de fertiles vendanges.
Boileao.
R Temps de la récolte du raisin : // ne rentrera qu'après les vbndanges. Ne s'emploie guère qu'au pluriel.
— Fig. Gain considérable et le plus souvent illicite : Il faisait la vendange dans celle maison de jeu.
— Etre pâle comme une écuelle de vendange, Avoir le teint excessivement coloré. H Adieu, paniers, vendanges sont faites, PropromentLes paniers sont inutiles, car il n'y aura pas de raisin cette année, et, au figuré, C'est une affaire perdue sans ressource.
— Encycl. L'opération de la vendange est lo couronnement des travaux du vigneron ; il serait donc superflu d'insister sur son importance. Avant tout, il faut choisir le moment convenable , qui est ordinairement l'époque de la complète maturité du raisin. Nous disons ordinairement, car il arrive assez souvent que les circonstances ou les coutumes locales forcent à devancerou à retarder cette opération. Certains vins se fabriquent avec des raisins qui ne sont pas encore parfaitement mûrs, tandis que d'autres exigent quo les grains aient déjà subi un commencement de décomposition. D'un autre côté, l'automne est souvent une saison pluvieuse, et dans bien des pays les froids urrivent de bonuo heure, tandis que l'été n'a pas été assez chaud pour mûrir le raisin. Enfin, les vignobles sont fréquemment composés de divers cépages mûrissant à des époques très-différentes. La fixation du commencement et de la lin de la vendange est donc une question très-délicate, mais dont la masse des cultivateurs ne se préoccupe guère dans les localités nombreuses où règne encore l'usage du ban de vendange.
Dans tous les cas, comme dans les opérations de la vendange ou dans celles qui la suivent, le moindre retard peut occasionner des pertes considérables, un propriétaire prévoyant doit s'y prendre à l'avance afin de n'être pas surpris. Dans le courant de l'été, il fait ses dispositions et ses préparatifs, se pourvoit des futailles nouvelles nécessaires et fait réparer les anciennes, visite le pressoir, les cuves, les bannes et en général tout le matériel ; puiSj quand le moment approche, il s'occupe d'arrêter un nombre suffisant de vendangeurs ou de vendangeuses , de charretiers, d'attelages et de véhicules, pour pouvoir rentrer sa récolte dans le moindre temps possible.
On reconnaît que le raisin est mûr ou bon à vendanger, quand son pédoncule prend une teinte brun rougeàtre, que la peau des grains s'attendrit, que le liquide qu'ils contiennent devient sucré, puis visqueux. Mais souvent on devance cette époque; on préfère perdre un peu sur la qualité du vin, que de s exposer à une perte bien plus grande, en quantité comme en qualité, par suite des pluies abondantes ou des gelées hâtives. Si le vignoble est composé de différents cépages, il peut arriver que certains raisins sont trop mùr» et commencent à pourrir, tandis que d'autres sont encore verts. Alors, on peut choisir eûtre trois partis : ou bien adopter un terme moyen approximatif, mais plutôt en avant qu'en arrière; ou bien faire la vendange au moment de la maturité du cépage qui prédomine par le nombre ou la qualité; ou bien, enfin, la pratiquer en plusieurs fois, à mesure que chacun des cépages arrive à sa maturité.
La première méthode est celle qu'on emploie dans les pays où l'on vise plutôt à la quantité qu'à la qualité ; on obtient ainsi un vin âpre, peu généreux et d'une couleur peu flatteuse, comme on peut l'observer notamment aux environs de Paris. La dernière est bien préférable, et le léger surcroît de dépense qu'elle occasionne est largement compensé par la valeur supérieure du vin ; c'est celle qu'on pratique dans plusieurs parties de la Bourgogne et de la Champagne, ainsi qu'à Malaga et dans d'autres localités. Le meilleur moyen de remédier aux inconvénients que présente le mélange des cépages, serait de supprimer peu à peu les plus hâtifs et les plus tardifs, de manière à arriver k n'en avoir qu'un petit nombre mûrissant à la même époque. Dans les palus des environs de Bordeaux, on plante les variétés hâtives dans les sols humides et les variétés tardives dans les terrains secs; alors on peut vendanger le tout ensemble. Dans d'autres localités du Midi, on vendange le plus tard possible, et souvent on ne termine qu'en novembre ; mais alors on a à craindre le ravage des grives et autres oiseaux.
Autant que possible, il faut choisir pour la vendange un beau temps et un soleil brillant. On ne doit pas la faire par un temps froid,
VEND
-6 cause du retard qu'une température trop basse apporterait k ia fermentation. On doit éviter aussi de la faire par un temps pluvieux, parce que l'eau qui reste attachée aux grappes affaiblit d'autant le vin j la rosée trop abondante produit les mêmes effets que la pluie et influe défavorablement sur la qualité. Mais l'observation de ces préceptes ne dépend pas toujours de la volonté du cultivateur; elle est souvent influencée par les circonstances atmosphériques ou par les conditions économiques dans lesquelles il est placé.
Dans le midi de la France, on emploie pour vendanger des paniers en osier qu'on place au-dessous du cep, de manière que les grappes y tombent d'elles-mêmes. Il en résulte, surtout quand les paniers sont neufs et bien remplis, qu'une partie du suc, et la meilleure, s'écoule à travers les interstices. Aussi commence-t-on a remplacer le panier primitif par des seaux en toile imperméable. En général, on coupe le pédoncule des raisins avec la serpette; il en résulte un ébranlement qui ferait perdre une partie des grains, avec des vendangeurs" maladroits et des raisins très-murs. Les ciseaux sont bien préférables sous ce rapport, et leur emploi devient même indispensable dans certains cas, par exemple tlans les vignobles où, pour faire des vins de premier choix, on coupe, non pas les grappes entières, mais seulement les grains bien murs.
Au fur et k mesure que les paniers sont remplis, on les vide dans des hottes ou dans des comportes ambulantes; les hommes char-
fés de ce travail passent entre les rangées e ceps; puis ils vont verser leur cueillette dans d'autres comportes ou dans des cuviers placés sur le bord de la vigne, k l'endroit où on doit les charger sur les voitures de transport. Dès que l'une de celles-ci a son chargement complet , on la conduit au vendangeoir, où elle est déchargée. ■ Pour ne pas faire chômer les vendangeurs, dit M. J.-A. Darral, il faut calculer le nombre des attelages d'après la distance qui sépare la vigne de la ferme, en sorte qu'il y ait toujours une voiture en charge sur le point le plus accessible du vignoble.
Le propriétaire qui ne possède qu'une médiocre étendue de vignes et pour qui la production du vin ne constitue en quelque sorte qu'un accessoire, se contente de consacrer à cette branche de l'exploitation une partie de ses bâtiments, souvent même une seule pièce, où se font toutes les manipulations; cette pièce, qu'on appelle en général vinée, sert en même temps de cellier et communique avec une cave où l'on descend les vins après le premier soutirage. Dans tous les cas, ce local, situé dans un endroit commode , doit être vaste, élevé, bien aéré; il faut qu'on puisse le fermer facilement, pour y maintenir une température égiile pendant les nuits d'octobre et l'aérer de manière à éviter l'accumulation de l'acide carbonique.
Mais, dans les grandes exploitations vinicoles qui constituent l'occupation principale ou à peu près exclusive du propriétaire, il doit y avoir un ensemble de bâtiments spécialement affectés k ce» service ; c'est ce qu'on nomme, suivant les localités, cuvage, vinoterie, et mieux vendangeoir. On y trouve, en général : l<> un logement pour le propriétaire et un autre pour 1 économe chargé de la surveillance journalière des caves, des tonneliers etdes vignerons; 2» une vinée assez vaste pour recevoir les cuves nécessaires , les fouloirs , les égrappoirs et autres appareils analogues ; 3° une pièce dans laquelle est placé le pressoir et qui en porte aussi le nom ; 4° un cellier'suffisant pour recevoir tous le3 vins nouveaux jusqu'à leur premier soutirage ; 5° des caves susceptibles de contenir au moins la récolte do deux années; 6° enfin, des emplacements commodes pour resserrer dans les meilleures conditions les cercles , échalas, perches, tonneaux et tout le matériel nécessaire k l'exploitation;
Il faut donc qu'un vendangeoir renferme des bâtiments assez nombreux et assez étendus pour satisfaire à tous les besoins de la •culture; il ne suffit pas même que leur dimension soit proportionnée aux produits présumés de l'exploitation ; elle doit être augmentée en raison du temps pendant jequel on devra conserver ces produits afin d'attendre le bon moment pour la vente. Il faut encore que ces bâtiments soient disposés et distribues de manière à rendre le service plus commode et la surveillance plus facile ; car on ne doit pas oublier que la récolte du vin est une des plus coûteuses , Celle qui donne le plus de prise aux tentations des employés et qu'enfin sa fabrication ne souffre aucune négligence.
— Iconogr. La vendange était, chez les Romains, l'occasion de réjouissances et de fêtes que les poëtes et les artistes ont célébrées k 1 envi. Anacréon lui a consacré une ode qui débute ainsi : « De jeunes vendungeurs, d'aimables vendangeuses portent sur leurs épaules des corbeilles de raisins qu'ils jettent dans le pressoir... • Le poëte parle ensuite d'un vieillard qui danse en agitant sa chevelure blanche et d'un jeune homme , échauffé par le vin , qui caresse une jeune vierge appesantie par le sommeil... Il termine par ces mots: « Bacchus est un dieu libertin. » 'Les nombreuses représentations de Bacchanales
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(v. ce mot) que nous a léguées l'antiquité, ne contirment que trop cette assertion poétique. La vendange est figurée d'une façon qui n'a rien d'obscène dans un bas-relief antique du musée du Vatican : de charmants petits génies sont occupés à pousser un char rustique chargé de corbeilles de raisins, en présence du dieu Terme, protecteur des champs. La fête des vendanges, que les Grecs appelaient Neoinia et les Romains Vinatia, est représentée sur un vase (otla) de Nocera, qui appartient au musée des Etudes et qui est justement admiré pour l'excellence du dessin, l'harmonie de la composition , le grand caractère des figures, la variété des poses et l'élégance des draperies; on y voit, fixé au sommet d'un pieu, un hermès de Bacchus indien, la tête coiffée d'un modius radié, avec un petit tympanum k chaque oreille, le corps orné de tiges de lierre et de branches de laurier ; devant cette idole, de forme primitive, des vases, des fruits sont placés sur une table; à gauche, paraît la prêtresse «Dioné, couronnée de lierre, les cheveux flottant sur les épaules que recouvrent une nébride, occupée k puiser avec un sympule le vin d'un grand vase pour le verser dans une urne qu'elle tient à la main ; derrière cette ligure est une Bacchante, portant d'une main une torche allumée, et de l'autre un thyrse et levant les yeux au ciel; à droite, une Ménade s'approche en agitant son tympanum; elle est suivie d'une Bacchante qui tient deux torches allumées, l'une baissée et l'autre élevée au-dessus de la tête ; le thiasos bachique se continue sur l'autre côté du vase et offre, entre autre figures, celle de Thalie et celle de Choréias,une des Ménades.
Dans une composition qui a été admirablement gravée par Marc-Antoine, Raphaël a représenté la Vendange antique comme une sorte de pastorale et non comme une orgie : Bacchus (ou Silène), tenant une coupe pleine du jus de la vigne, s'appuie sur un tonneau et domine une cuve dans laquelle un homme, agenouillé sur le premier plan, verse des raisins. Derrière lui , une jeune, femme, à la taille élancée, porte sur sa tête une corbeille pleine de fruits ; des pampres ombragent son front et des grappes mûres descendent le long de ses joues. A ses pieds sont deux beaux enfants qui soulèvent un panier de raisins. Une gracieuse composition do Prudhon, intitulée la Vendange, a été lithographiée par Aubry-Lecomie et gravée sur bois par L. Dujardin dans l'Histoire des peintres de toutes les écoles. D'autres compositions ont été peintes par Oudry (au grand Trianon), Jean Gigoux (Salon de 1853), Henri Lehmann, F. Winterhalter (gravé par Girard), etc. Un. artiste contemporain, M. Aliua- Tudenia, a exposé au Salon de 1873 un trèsremarquable tableau représentant lu Fêle des vendanges à Borne : devant un autel de marbre, surmonté d'un trépied de bronze, est un grand vase de terre cuite (alla) enguirlandé de lierre ; une femme blonde, couronnée de pampres, s'avance en tenant une torche allumée; derrière elle viennent trois autres femmes qui jouent de la double flûte, puis deux autres encore qui jouent du tympanum ; une de celles-ci se renverse légèrement en arrière; deux hommes, vêtus de blanc et couronnés de feuilles de vigne, ferment la marche et portent de longues jarres pleines de vin. Diverses personnes assistent à cette procession bachique. Cette peinture, exécutée avec autant de délicatesse de pinceau que d'érudition, a été gravée par M. Auguste Blanchard.
Des scènes de vendanges modernes ont été représentées par Jacopo Bassano (musée du Louvre), Francesco Bassano (musée de Madrid), Hermann Saftleven (musée de Dresde). M. Huffner a peint les Vendanges en Alsace (Salon de 1850); AL Boichard, les Vendanges eu Uerry (Salon de 1841); M. Baudouin, les Vendanges dans le bas Languedoc (Salon de 1875); Jules Breton, les Vendanges à Château-Lagrange (Salon de 1864); M. Clément Boulanger, les Vendanges dans le Médoc (musée de Bordeaux); G. Courbet, la Vendange à Ornans (Salon de 1849) ; ïurner, la Vendange à Mâcon; Henri Baron, les Vendanges en liomagne (Salon de 1855) ; Naigeon, les Vendanges à Àmalfi (Salon de 1841}; E. Reynaud, la Vendange dans les Àbruzzes (Salon de 1873); A. de Cuzzon , la Vendange à Procida (Salon de 1864); Winterhalter, les Vendanges à Naples (gravé par Girard), etc. Ch. Daubigny a exposé, en 1S5C et 1863, des tableaux représentant des Vendanges ; il a reproduit k l'eau-forte celui de 1863.
Vendangea de Xérès (LES), opéra-séria en
deux actes, avec un ballet, musique du chevalier deBeruraendi; représenté sur le théâtre de Tivoli, à Paris. Garcia père, Consul, Angrisani , Domange , M"es Gebauer et Edwige ont interprété cet opéra italien, écrit dans le style de Guglielmi et de Paisiello. Garcia père a joui d'un de ses derniers succès dans le rôle de basse comique de la pièce, comme chanteur et comme comédien. Cette fantaisie n'a coûté que 11,000 francs à l'amateur espagnol. Les artistes n'étaient pas alors si exigeants que de nos jours.
VENDANGEOIR s. m. (van-dan-joir — rad. vendanger). Agric. Hotte de vendangeur. Il Ensemble des bâtiments exclusivement destinés à la fabrication du vin ; Un
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vendangeoir est une construction ruraleparticulière aux grands vignobles, (De Perthuis.) VENDANGER v. a. ou tr. (van-dan-jé — rad. vendange. Prend un e après le g devant a et o : Nous vendangeons; il vendangea). Récolter le raisin dé : Vendanger une vigne. Vendanger un clos.
— Fig. Ravager, dévaster : Les maraudeurs et le mauvais temps avaient tout vendangé. Il Détruire, supprimer.
— Absol. Faire la vendange : Calon enseigne comment on sème, comment on moissonne, comment on vkkdange. (St-Marc Girard.)
H Faire de grands profits, et particulièrement des profits illicites : Il est riche ; c'est qu'il a vendangé pendant son administration.
VENDANGERON s. m. (van-dan-je-ron — rad. vendanger). Entom. Nom vulgaire du lepte automnal,
VENDANGETTE s. f. (van-dan-jè-te — rad. vendange). Ornith. Nom vulgaire de la petite grive.
VENDANGEUR, EUSE s. (van-dan -jeur, eu-ze — rad. vendanger). Agric. Personno qui fait la vendange : Au lieu des paysannes goitreuses du Valais, on rencontre à chaque pas, dans le Piémont, de belles vendangeuses au teint pâle, aux yeux veloutés, au parler rapide et doux. (Alex. Dura.)
— Art culin. Soupe de vendangeur, Soupe de pain bis aux choux blancs.
— s. f. Bot. Nom vulgaire des asters vivaces, de l'amaryllis jaune et du colchique d'automne.
— Adjectiv , Saints vendangeurs, Titre donné par les habitants des campagnes aux saints dont la fête tombe kla fin d'août ou au commencement de mai, époque où les vignes sont exposées à geler.
— Grive vendangeuse, Syn. de venpangette : La grive proprement dite, la vraie
•grive vendangeuse est laplus délicate de l'espèce. (A. d'Houdetot.)
Vendangeur napolitain improvisant itir
un >ujct comique (le), statue debronze, par Francis Duret. Un jeune paysan des environs de Naples, excité par le divin jus de la vigne, se livre à une improvisation qui, à en juger par son sourire malicieux, son regard pétillant, son attitude penchée en avant, n'a pas une portée des plus morales. Cette statue est le digne pendant du Pêcheur napolitain dansant la tarentelle, qui est regardé comme le chef-d'œuvre de Duret. « C'est la même verve enjouée, a dit Th. Gautier, la même façon vive et légère, la même pureté classique, assouplie par l'étude delà nature.' Le Vendangeur a été exposé pour la première fois au Salon de 1833 et a reparu à l'Exposition universelle de 1855. Il a été acquis par le marquis d'Hertford, à la vente de la collection du roi Louis-Philippe, en 1851.
Plusieurs sculpteurs ont exécuté des figures de vendangeurs; nous citerons, entre autres : le Vendangeur foulant le raisin, statua de bronze, par N.-J, Girard (Salon de 1852); la Vendange, groupe en bronze, par Buhoi (Salon de 1853) ; une Vendangeuse italienne, statue en bronze, par Daman aîné (Exp. univ. de 1855); le Jeune vigneron alsacien, statue de bronze, par Bartholdi (Salon de 1869); la Petite vendangeuse, statue de marbre, par E. Cha trousse (Salon de 1863), etc. Cette dernière figure, dont il existe une ré-, pétition en marbre et plusieurs répétitions en terre cuite, appartient au musée de Grenoble ; c'est une naïve fillette de cinq a six ans, relevant sa chemise pour contenir des raisins qu'elle a cueillis ; rien de plus gracieux et de plus ingénu.
VENDAPOLAM s. m. (van-da-po-lamm).
Comm. Mouchoir de l'Inde.
VENDÉE, rivière de France. Elle se forme dans la partie occidentale du dépurtemçnt des Deux-Sèvres, canton de Moîicoutant,par la réunion de trois ruisseaux, coule d'abord au S.-O., entre dans le département auquel elle donne son nom, sedirigeauS.,puis auS.-O,, baigne Fontenay et se jette dans la Sèvre Niortaise, k 5 kilom. au-dessus de Mimuis, après un cours de 75 kilom., dont 25 sont navigables (de Fontenay au confluent de la Sèvre Niortaise).
VENDÉE (département de la), division administrative de la région occidentale de la France, formée en 1790 de l'ancien bas Poitou et tirant son nom de larivière de la Vendée qui l'arrose dans sa partie méridionale du N.-E.-au S,-0. Ce département, baigné k l'O. par l'Atlantique, qui y forme plusieurs lies, confine au N. au département de la Loire-Inférieure, au N.-E. k celui deMaineet-Loire, k l'E. à celui des Deux-Sèvres, au S. à celui de la Charente-Inférieure. Sa plus grande longueur, du N.-O. au S.-E., est de 190 kilom., etsa plus grande largeur, de l'O. k l'E., d'environ 75 kilom ; superficie, 670,153 hectares, dont 454,153 en terres labourables, 119,941 en prairies naturelles, 15,495 en vignes, 1,588 en autres cultures arborescentes, 47,440 en pâtis, landes, bruyères; 61,733 en bois, forêts, étangs, chemins, cours d'eau, etc. Cette superficie est divisée administrutivenient en trois arrondissements: La Roolie-sur-Yon, chef-lieu; Fontenay-le- Comte, les Sables- d'Olonne; on y compte 30 cuntons, 298 communes et 401,446 hab. Le département forme ,1e diocèse de Luçon,suf-
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fragant de Bordeaux; la i° subdivision de la 15e division militaire ; il ressortit k la / cour d'appel de Poitiers, k l'académie de Poitiers, k la 24« conservation des forêts. La côte, baignée par l'Atlantique, a un développement de 140 kilom. du N.-O, auS.-E.; elle est généralement basse,envasée et sur quelques points hérissée de rochers; une ligne de dunes peu élevées lui sert de digue. On y trouve les ports des Sables-d'Olonne et de Saint- Gilles, le î<olfe de l'Aiguillon, qui offre un bon mouillage. Près des côtes, on rencontre plusieurs îles, qui font partie du département ; les plus importantes sont Bouin, Noirmoutier et l'Ile Dieu. L'aspect du territoire de la Vendée est très-varié, et peut-être ne trouverait-on pas dans toute la France un seul département dont le sol présente autant de diversité dans sa nature et dans ses produits. Il se divise naturellement en quatre régions bien distinctes : le Bocage, la Plaine, le Marais et les lies. Le Bocage, ainsi appelé des bois qui couvrent sasurface et des haies qui entourent les champs, occupe toute la partie septentrionale du département, depuis la rive gauche de la Sçvre Nantaise jusqu'au Marais occidental et k l'Océan. La partie la plus orientale de cette région est hérissée de collines qui donnent naissance k«des vallées étroites et peu profondes, où de petits ruisseaux coulent dans des directions variées. Lk, les chemins sont creusés entre deux haies, étroits, et quelquefois les arbres joignant leurs branches les couvrent d'une espèce de berceau j ils sont bourbeux et presque impraticables en hiver et raboteux en été. Dans quelques parties du Bocage se trouvent des landes de grands genêts et d'ajoncs épineux; mais les vallées et les pentes de plusieurs coteaux sont couvertes de prairies. Le Bocage fait partie du grand massif armoricain formé de roches primitives, granit, gneiss, schiste. Le sous-sol est souvent formé d'une couche d'argile imperméable qui cause un excès d'humidité en hiver et de sécheresse en été. Les cours d'eau, peu importants, y sont interrompus pendant une partie de l'été.
La Plaine est la langue de terre comprise entre le Bocage et la limite méridionale du département. Le banc de pierre calcaire qui en forme le noyau, les coquillages entiers que l'on rencontre disséminés sur la surface ou incrustés à de grandes profondeurs annoncent qu'elle est le produit des atterrissemeuts successifsqui remplirent ce vaste golfe où l'Océan avait séjourné ; sa surface n'est pas aussi unie que semble l'indiquer spn nom, son aspect est triste et monotone et son sol, insuffisamment arrosé, n'est pasd'une grande fertilité. On appelle Marais toute la côte occidentale et méridionale du département qui fut autrefois couverte par la mer. L'ulluvion marine du Marais repose, au nord, sur au sous-sol de sable et de gravier, au midi sur une couche d'argile compacte. Plusieurs du ses parties sont d'une fertilité prodigieuse ; il en est sur les rives de la baie de Bourgneuf qui produisent alternativement le froment et les fèves sans engrais pendant plus d'un siècle, avant de donner des signes d'épuisement. Cette région se subdivise en trois parties: le marais desséché, le marais mouillé et le marais salant. Les marais desséchés, au S.-E., l'ont été au moyeu d'un canal de ceinture et d'une digue nommée digue des Hollandais, qui a permis de retenir les eaux supérieures et de leur assigner un cours. Ce pays est riche en bestiaux et en grains. On désigna sous le nom de marais mouillé la partie du Marais qui reste submergée pendant certains mois de l'hiver. Quant aux marais salants, qui s'étendent sur la côte, ils 1 sont divisés de kilomètre en kilomètre par des canaux parallèles, qui reçoivent k la marée montante les eaux de ia mer et les conduisent dans les aires où le sol se dépose. Quant à la région des lies, dont nous avons nommé les principales, elle est généralement composée île terre ingrate, en grande partie couverte de bruyères et ne produisant pas la moitié du blé nécessaire à la consommation de ses habitants, qui n'y trouvent également ni bois, ni lin, ni chanvre, ni autres denrées utiles. Le département de la Vendée est arrosé par un grand nombre de rivières, dont cinq seulement sont navigables: l'Autise, la Vendée, le Lay, la Vie et la Sèvre Niortaise ; les autres rivières importantes sont la Sèvre Nantaise, la Boulogne, le Maine et le Jaunay. De tous les canaux qui sillonnent le département, le seul particulièrement destiné k la navigation est le canal de Luçon ; les principaux canaux de dessèchement sont le canal dit de ceinture des Hollandais et le canal dit étier. On trouve des sources minérales k La Ramée, au Pouet, k Réaumur, à Beaulieu, k La Gilardière, etc. Les richesses minérales du département consistent en quelques mines de fer peu abondantes, mines de plomb argentifère aux environs des Sables; mines de houille près de Vouvant, Chuntonnay et près de La Châtaigneraie; pierres de Chamberteaud, dites diamants de la Vendée, servant à faire des bijoux; pierres meulières, ardoises, sable, argile k tuile, k brique et k poterie- pierre de taille, grès, cristal de roche et kaolin aux environs de La , Chaise.
Le climat de ce département présente & peu près les mêmes variétés que son sol. «En passant du Marais k la Plaine et de la
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Plaine surtout au Bocage, dit M. de LaFon- » tenelle de Vaudoré, on croirait véritablement f oyager d'un degré de latitude à un autre, etla différence est encore plusgrande quand on arrive à la côte.» Les hivers y*ont très-humides et plus rigoureux dans les cantons montueux que dans la Plaine et dans le Marais. Dans ces dernières régions, les chaleurs de l'été sont assez vives; mais dans le Bocage elles sont tempérées; aussi la maturité des arbres et des fruits y est-elle plus tardive. Sur la côte, on passe fréquemment et brusquement par des alternatives de chaud et de froid. L'air, pur et sain sur la côte et dans le Bocage, es"t humide et chargé de vapeurs malsaines 'dans le Marais. Les vents dominants dans le département sont ceux du N. et du S.; ce dernier est le pins fréquent. Les principales productions agricoles de la Vendée sont la culture des céréales et celle des plantes sarclées. L'assolement biennal, froment et jachère, autrefois universellement adopté, se modifie chaque jour par l'introduction des cultures fourragères, telles que choux, turneps, rutabagas, chouxnavets, betteraves, trèfle. On exporte chaque année de la Vendée de grandes quantités de froment, fèves, lentilles, haricots, ail,-oignons. Le mil, la pomme de terre, le sarrasin, introduit depuis une vingtaine d'années dans les assolements du Bocage, sont consommés entièrement dans le département, soit pour la nourriture des habitants, soit pour l'alimentation du bétail. Le colza est cultivé dans le Boenge et la Plaine, le chanvre et le lin dans la partie méridionale du Marais. Les marais actuellement desséchés renferment 75,000 hectares de prairies, donnant des produits de qualité supérieure en foin et en herbage. Malheureusement, les circonstances climatériques influent défavorablement sur cette immense étendue de prairie; on ne fait généralement qu'une coupe au printemps ; encore est-file peu abondante dans les années sèches. L'absence d'eau courante ne permet pas l'irrigation. Nous devons une mention spéciale à l'une des plantes fourragères les plus estimées de la Vendée, le chou. On en cultive plusieurs variétés. Toutes sont l'objet de soins intelligents et nourrissent un nombreux bétail.
Voici le nombre à peu près exact des divers animaux domestiques du département : espèce chevaline, 25,000; bêtes bovines, 160,000 ; bêtes ovines, 335,600 ; espèce naine, 4,000; mules et mulets, 5,000; chèvres, 11,500; porcs, 43,000. La culture et le transport se font par les bœufs; la Plaine cependant cm-
Floie le mulet. Ce bétail si nombreux est objet de transactions incessantes et aussi desoins assidus. En général, on peut dire qu'il est peu de départements où l'homme ait autant fait depuis quelques années pour utiliser toutes les ressources du sol. L'étendue des fermes est généralement de 28 à 40 hectares, et elle tend aujourd'hui à diminuer. La .forme générale des baux est le métayage, mais le métayage établi dans les meilleures conditions, constituanten quelque sorte une association honnête et par conséquent accompagné de rapports cordiaux entre le tenancier et son propriétaire. Les métayers ne sont généralement pas riches, mais cela ne doit pas étonner ; car, si nous avons signalé des progrès réels et très-sensibles dans l'agriculture de cette partie delà France, il faut aussi songer que leur 'date est fort récente. Les principales branches de l'industrie sont la minoterie, les fabriques de petite draperie, les toiles, les corderies, tanneries, verreries ; l'exploitation des marais salants, qui produisent annuellement 220,000 quintaux métriques de sel; l'exploitation de cinq concessions de mines de houille ; la pêche delà morue, de la sardine, des coquillages, des crustacés, etc. Les principaux articles du commerce vendéen sontles céréales, les vins, les denréesdu Midi,lo sel, le charbon, le bois à brûler, lesmerrains, les cerceaux, les chevaux, les mules et les bestiaux.
Vendée (gubrres delà). Dans la seconde moitié de 1792, au début des grandes guerres de la Hberié, après Valmy, après la proclamation de la Republique, au moment où les peuples se donnaient a la France, où la Savoie réclamait avec enthousiasme son annexion, oil Nice et les villes du Rhin ouvraient leurs portes, où nos soldats apparaissaient aux opprimés comme des libérateurs, un seul pays fit exception ; un peuple aveugle et égaré se leva contre la France, sa patrie, contre la Révolution, sa bienfaitrice et sa mère ; cette race étrange, dont le nom allait devenir si fameux, avait manifesté déjà sa fureur insensée par des soulèvements partiels ; elle éclata d'une manière formidable et avec plus d'ensemble au moment où les émigrés ouvraient à l'ennemi nos frontières de l'Fst, le 24 et le 25 août 1792, précisément le jour où la Révolution, dans sa partialité généreuse envers le paysan, abolissait définitivement les droits léodaux et censuels sans indemnité.
Cette révolte fut plus encore une guerre de prêtres qu'une guerre de nobles. La constitution civile du clergé, le serment civique imposé aux prêtres, les mesures de répression nécessaire prises contre eux par suite de leur attitude factieuse provoquèrent les
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premières résistances. Mais la vraie cause, c'est que le clergé n'avait pu se résigner à la perte de ses injustes privilèges et à la sécularisation de ses biens. On lui avait donné cependant un budget énorme ("7,000,000, qui feraient le double aujourd'hui). Le clergé inférieur lui-même, que la Révolution avait affranchi de la servitude épiscopale et auquel elle donnait un traitement fixe et assuré, suivit ses chefs et devint l'instrument le plus actif de la contre-révolution, le plus efficace pour surexciter les passions basses, rallumer le fanatisme et armer contre la cause populaire le peuple même, les classes rurales, c'est-à-dire la démocratie contre la démocratie.
Pendant que les princes et les chefs des émigrés agissaient auprès des souverains étrangers pour les déterminer aune invasion et que la reine et sa faction intriguaient duns le même sens, le clergé travaillait sur place, essayait de tirer la contre-révolution des entrailles mêmes du pays, exploitait l'ignorance, répandait partout le mensonge et la calomnieét préparait la guerre civile pardes prédications et des pamphlets. Sa tactique enfin était de soulever contre la Révolution ceux-là mêmes qui étaient affranchis patelle ;' calcul profond, et plus perfide encore que ceux de l'aristocratie, qui d'abord ne songeait guère qu'à l'étranger. Il est vrai qu'on devait naturellement et presque aussitôt songer à fondre les deux systèmes, à les associer par une action commune, enfin à attaquer la France nouvelle par la guerre étrangère et par la guerre civile.
11 y eut des troubles nombreux dans diverses parties de la France ; m;iis nous n'avons à. nous occuper ici que des contrées de l'Ouest. Nous présenterons un résumé succinct de cette longue et terrible insurrection, en tenant compte naturellement des détails que nous avons donnés dans une foule d'articles spéciaux, biographies, batailles, combats, etc., et auxquels le lecteur peut se reporter pour les développements.
Les résistances, avons-nous dit, commencèrent de bonne heure. Il fallut néanmoins du temps et de la persévérance pour réveiller le fanatisme, mettre la France en feu, diviser les familles, allumer la grandeguerre, les épouvantables tragédies de la Vendée et du Midi. Mais on sait, par l'expérience de l'histoire, avec quelle science consommée, avec quelle ténacité implacable les hommes voués par état à la paix savent préparer, attiser la guerre, dont personnellement ils ont en général peu à souffrir. Cette campugue antinationals fut conduite avec une entente admirable. Les femmes y jouèrent un rôle singulièrement actif. Outre la propagande ■continuelle du foyer, les lamentations sur le sort des bons prêtres, les anathèmes contre ceux qui prêtaient le serment constitutionnel, elles agirent de leur personne dans beaucoup de localités et chassèrent avec violence de leurs églises les curés constitutionnels. Quelques-uns même furent tués. La garde nationale des villes réprima quantité de ces troubles, qui éclatèrent soit en Bretagne, soit en foitou et en Vendée ; mais ils renaissaient fréquemment sur tous -les points.
Dès la fin de 1791, un aventurier royaliste, agent des princes émigrés, le marquis de La Rouarie, avait organisé une vaato conspiralion pour soulever la Bretagne et la Vendée. Son plan était fortement conçu; il avait enrôlé quantité de nobles, étendu (les ramifications partout; le 2'mars 1792, il obtint des princes une commission qui lui donnait plein pouvoir et le nommait chef des royalistes de l'Ouest. U contribua à divers soulèvements, mais mourut en janvier 1793, avant d'avoir pu assurer le succès de Sou œuvre détestable.
Le 24 août 1792, comme nous l'avons dit plus haut, le mouvement éclata, non plus daus la Bretagne, mais en Vendée. 40 paroisses à la fois, 8,000 hommes des campagnes, autour de Châtillon, s'armèrent le même jour, sous la direction de Delouche, muire de Bressuire, et d'un gentilhomme, Baudry d'Asson. Ils dévastèrent et pillèrent Châtillon, attaquèrent Bressuire, qui se défendit vaillamment et fut sauvée par les gardes nationales accourues de Nantes, de Parthenay,de Niort, etc. Les révukés furent dispersés; mais l'esprit de résistance n'eu continua pas moins à couver avec une intensité qui taisait prévoir de nouvelle? et prochaines explosions. Les villes, petites et peu peuplées, ne pouvaient arrêter longtemps le débordement des campagties.
La configuration du pays était essentiellement favorable à une guerre de résistance. Le Marais, partie du bas Poitou qui touche à la mer, coupé de canauxou marais salants, était à peu près impraticable; le Bocage, avec son inextricable enchevêtrement de ravins, de clos environnés de fossés et de haies énormes, de landes, de torrents, de palissades d'arbres, avec ses profondes ornières en guise de chemins, présentait autant de difficultés pour l'attaque que de ressources pour la défense. ,
Après le jugement de Louis XVI, les prêtres et les nobles redoublèrent d'activité pour exciter le fanatisme et réveiller l'esprit de révolte ; mais ce fut surtout le décret de la Convention pour la levée extraordinaire de 300,000 hommes qui détermina une nouvelle et terrible explosion. Le premier soulevé-
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ment de la Vendée avait eu lieu au moment de l'entrée des Prussiens en France. La Vendée de 1793 commença le 10 mars, quelques jours après que les Autrichiens eurent forcé nos lignes. La France en péril appelait tous ses enfants à sa défense; la Vendée répondit en s'armant contre la France.
Le Vendéen, soit du Bocage, soit du Marais, quoique très- énergique et très-brave, avait toujours répugné au service militaire; il semblait enraciné dans ses enclos et ses marais ; il avait au plus haut point l'esprit local et personnel. Le clergé et les royalistes exploitèrent cette disposition, .et n eussent peut-être pas réussi sans elle. «Si la Vendée est une révolution, dit Michelet, c'est celle de l'insociabilité, celle de l'esprit d'isolement. Les Vendées haïssent le centre, mais se haïssent elles-mêmes. Quelque fanatiques qu'elles soient, ce n'est pas le fanatisme qui a décidé le combat : c'est une pensée d'intérêt, c'est le refus du sacrifice. Le trône et l'autel, d'accord ; le bon Dieu et nos bons prêtres, oui, mais pour se dispenser de marcher à la frontière. »
Tel fut, en effet, le caractère de cette révolte; le fanatisme, la sauvage ignorance, des excitations coupables firent beaucoup, mais moins encore que le brutal égoïsme et l'absence d'esprit national. C'est ce qui donne à cette insurrection une couleur si particulièrement odieuse.
Le 10 mars, jour de la levée, la révolte éclata sur plusieurs points à la fois, et le tocsin sonna le même jour dans plus de 600 villages.
Le centre des prêtres dans ces contrées était Angers ; de là ils travaillaient au nord le Maine, et au midi la Vendée.
Dans l'Anjou, 3,000 insurgés enlèvent et pillent Saint-Florent. Un homme de Pin-en- Mauge, Cathelineau, sacristain, colporteur, emporte à la tête d'autres bandes le château de Jallais, Chemillé, Cholet. Le garde-chasse Stofflet s'était joint à lui avec une autre troupe.
Pour éviter les redites, nous renvoyons une fois pour toutes le lecteur à 'tous les noms importants que nous citons dans ce récit.
Pâques approchait, et les insurgés de l'Anjou retournèrent pour un moment chez eux.
Déjà le Marais, la basse Vendée et le Bocage étaient en feu. Le 10, les paysans avaient envahi Machecoul, proclamé commandant Charette et célébré leur triomphe par regorgement des patriotes; ils instituèrent là un tribunal de sang qui continua de massacrer pendant plus de six semaines, sous la direction d'un monstre nommé Souchu, créature de la famille Charette, qui faisait périr les prisonniers dans les plus horribles tourments. On alla jusqu'à enterrer des hommes tout vivants. Les mêmes excès eurent lieu à Cholet, à Montaigu, partout. A La Roche-Bernard, entre Nantes et Vannes, l'officier municipal Sauveur fut martyrisé, sans que ses bourreaux pussent lui arracher d'autres cris que ceux de « Vive lanation I Vive laRéuublique !» La Convention h vait donné à sa ville le nom de La Roche -Sauveur, dont Napoléon 1" l'a dépouillée.
A Pontivy, au 12 ou 13 mars, les paysans, conduits par un curé réfractaire, martyrisèrent sur la place 17 gardes nationaux.
Toutes les troupes étant aux frontières, le pays n'était guère défendu que par quelques compagnies de gardes nationaux, et les Vendéens pouvaient faire des conquêtes faciles. Les premières forces organisées n'arrivèrent qu'à la fin de mai. Les villes firent défaillants efforts pour se défendre' elles-mêmes, et surtout Nantes, devenue comme une île au milieu de plusieurs départements soulevés.
Les principaux chefs de l'insurrection, alors presque inconnus et tous indépendant* les uns des autres, étaient Cathelineau, Stofflet, Sapinaud, un certain Gaston Bourdie, perruquier ; Charette, de Royrand, d'Elbée, Bonchainp, Lescure, Bernard de Marigny et quelques autres officiers nobles, nommés un peu malgré eux commandants par les paysans. Un des plus brillants fut La Rochejaquelein. Un comité supérieur fut formé pour diriger l'insurrection, mais il n'eut qu'une influence restreinte sur.les chefs de bandes. Il comprenait quelques militaires et plusieurs prêtres, parmi lesquels un intrigant fort habile et sans scrupule, le fameux abbé Bernier.
Dans les premiers temps, quoi qu'en aient dit tes roipans royalistes, les mémoires mensongers, les rebelles furent traités miséricoruieusement, en hommes égarés par l'ignorance et le fanatisme. On en trouve la preuve dans les documents, et particulièrement dans les rapports des commissaires Gensonné et Gallois, Xavier-Audouin et Loiseafr Grandmaison. Ce ne fut qu'après les massacres de Machecoul et autres lieux que le gouvernement songea à opérer militairement, et encore ne s avUa-t-il d'avoir un plan d'ensemble et de faire une. campagne en règle que lorsqu'il Vit le soulèvement prendre véritablement corps, organiser une armée catholique et royale, rechercher les secours de l'Angleterre et tenter de s'emparer de Nantes et de s'étendre sur tous les départements de l'Ouest.
A la fin de juin, les trois Vendées (Anjou, Bocage, Marais) s'unirent un moment, malgré leurs rivalités, pour former une grande ar-
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I mée barbare destinée à conquérir les villes, généralement patriotes et républicaines.
A ce moment, les forces destinées à combattre la rébellion étaient partagées en armée des côtes de La Rochelle, commandée par Biron, et en armée des côtes de Brest, commandée par Canclaux. Ce partage ne pouvait être favorable aux opérations. En outre, les représentants en mission s'accordaient peu entre eux, d'autant plus que les uns siégeaient à Nantes, d'autres àSaumur, à Niort, aux Sables, etc.
Le nouveau ministre de la guerre, Bouchotte, avait envoyé sur les lieux un de ses propres adjoints, Ronsin, qui, de concert avec Berthier, te futur chef d'état-major de Napoléon, proposa le plan de campagne suivant : une seule armée, un seul commandant en chef; pousser les rebelles devantsoi du nord au sud, en les isolant de la Loire et en !es acculant à la mer. Mais Biron, brave et infatué de dédain aristocratique, et plus ami des nobles que des révolutionnaires, montra peu d'empressement et, à la nouvelle des suites de 1 insurrection parisienne du 31 mai, persista plus que jamais dans son inaction.
Cependant les Vendéens poursuivaient leurs succès. Les républicains furent battus par d'Elbée àBeaupréauetà Vihiers, aux Aubiers par La Rochejaquelein, et les rebelles, poussant jusqu'à Doué, menaçaient Saumur. On leur avait fabriqué un faux évêque, un soldat républicain fait prisonnier, aventurier poussé par Lescure (le saint du Poitou), qui se fit passer pour vicaire apostolique et évêque d Agra. La fourberie était grossière, mais elle réussit auprès de ces pauvres fanatiques et était bien de nature à soulever leur exaltation. Des lors l'influence du clergé débordait celle des nobles. Cathelineau, l'homme des prêtres, d'ailleurs intrépide et capable, fut nommé général en chet de la grande armée catholique et royale. Cette armée, on le sait, était composée de paysans en sabots, souvent mal armés, très-pieux, mais féroces et pillards ; de lestes contrebandiers des marais salauts, qui ontbien mérité le nom de brigands donné officiellement aux Vendéens ; enfin d'un flot de gentilshommes, d'aventuriers et de prêtres. A l'avant-garde marchait le plus souvent un , jeune homme de vingt et un ans, La Rochejaquelein, figure un peu surfaite par les royalistes, mais qui par sa bravoure exerçait un grand prestige. Successivement d'autres chefs se joignirent à l'armée, Beaumont, d'Autichamp, le prince de Talmont, etc.
Après la prise de Fontenay par Cathelineau, les Vendéens avaient manqué Niort, ?ui eut le temps de se mettre en état de déense ; mais ils se jetèrent sur Saumur, qu'ils emportèrent malgré ta défense énergique de Coustard, de Santerre et de Menou (10 juin). Dans cette affaire, où les républicains avaient tous les désavantages, le représentant Bourbotte se battit comme un lion. Son cheval fut tué sous lui; un jeune lieutenant lui donna le sien : c'était l'héroïque Marceau, qui, six mois plus tard, devait gagner la bataille décisive du Mans.
Pendant ce temps, la chouannerie avait commencé dans la Bretagne, ou plutôt elle avait recommencé, car il y avait eu depuis longtemps une série de petits mouvements sans cesse renaissants. Ce fut, comme on l'a dit, une petite Vendée. V. chouannerie.
Avec la prise de Saumur, la roule de Paris semblait ouverte. Mais il n'y avait pas à songer à entraîner plus loin le paysan vendéen ; d'Elbée fit prévaloir le plan d'aller à la mer pur Nantes, pour gagner l'appui de3 Anglais en leur offrant un port.
La prise facile d'Angers, évacué par les républicains, ne fit que confirmer les révoltés dans leur projet. Mais il fallait a la grande armée d'Anjou l'appui de la Vendée maritime, des hommes du Marais, que les autres Vendéens nouuuuient par ironie les grenouilles, et dont le principal chef était Charette, bandit commandant à d'autres bandits. Celui-ci, qui se buttait surtout pour le butin et qui venait de reprendre Machecoul, eût volontiers mis la main sur cette riche proie, s'il en eût eu la force, mais pour la piller à lui seul. Il vint au siège, mais pour la forme, et n'agit guère que par une canonnade peu efficace.
Nantes, remplie des fugitifs de l'Ouest, échappés à la férocité des révoltés, dépourvue de forces militaires, attendait dans la terreur ce déluge de barbares. Canclaux, qui commandait, n'avait que cinq bataillons, des cniionniers de Paris, de3 gardes nationales, en tout une douzaine de mille hommes. 11 y avait d'ailleurs des patriotes énergiques, le maire Baco, le ferblantier Meuris, qui commandait un bataillon, Beysser et d'autres encore. Meuris, posté à Nort, se battit héroïquement huit heures durant contre uue armée avec son bataillon, qui se fil luer presque en entier, et sauva ainsi Nantes, qui eut le temps de se préparer.
La noble ville se défendit vigoureusement contre cette grande année. Cathelineau, en voulant pénétrer dans l'intérieur par des ruelles, fut blessé à mort d'un coup de feu (29 juin). Cette catastrophe démoralisa les Vendéens, qui battirent en retraite dans le plus grand ûésordre. D'Elbée fut nommé pour remplacer Cathelineau dans la commandement.
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Malgré leur échec , les Vendéens se reforment a Cholet et marchent sur Châtillon , où ils font essuyer une sanglante défaite à Westermann (5 juillet) et déshonorent, comme toujours, leur victoire par des exterminations de prisonniers. On a parlé à satiété des représailles républicaines, mais jamais elles -n'ont égalé les horreurs commises par ces barbares.
Le 15, Labarolière et Mehou, avec des forces bien inférieures, écrasent Bonchamp, La Rochejaquelein et Lescure & Martigné- Briant. Le 18, nouveau succès des républicains à Vihiers.
Biron, dont la conduite était fort suspecte, avait été rappelé et remplacé par Rossignol, ancien ouvrier de Paris, qui était alors à la tête d'une division de gendarmerie. C'était un homme intrépide et dévoué, mais qui n'avait peut-être pas les qualités pour commander un corps d'armée. Pendant le mois de juillet, le représentant Philipeaux , envoyé sur le théâtre de l'insurrection, avait montré beaucoup d'activité , levé quelques forces dans les départements voisins et contribué à sauver Angers par la reprise des Ponts-de- Cé. Mais il arrivait avec des préventions contre Ronsin , Rossignol et autres sans-culottes. Au reste, nous l'avons dit, il y avait souvent désaccord entre les représentants, les commissaires nationaux, aussi bien qu'entre les généraux, et sous ce rapport les républicains n'étaient pas beaucoup plus unis que les chtfs vendéens; ils étaient tiraillés entre deux influences, la commission de Suumur et celle de Nantes.
Dans un conseil de guerre tenu à Saumur, le plan de Ronsin et Berthier avait été de nouveau écarté. On décida qu'il y aurait deux commandants en chef, Canelaux et Rossignol, à qui l'on donna l'armée la moins bien organisée. Canelaux avait notamment Kléber et le formidable noyau de l'armée de Mayence, qui, en vertu de la capitulation de cette viiie, ne pouvait servir durant un an contre l'ennemi.
La Convention et le comité de Salut public avaient donné des ordres terribles, brûler les bois, les enclos, couper les récoltes, etc. C'était comme l'explosion de la colère nationale, et malheureusement ces mesures furent trop souvent appliquées.
Cependant la guerre continuait, mêlée de succès et de revers. Rien de décisif, et c'était là un mal immense, car les forces de la République risquaient de s'épuiser, et cette plaie ouverte au sein de la France allait s'éiargissant et s'envenimant.
Le 13 août, 25,000 Vendéens avaient été battus à Luçon par 2,500 républicains commandés par ïuneq.
Mais le manque d'entente entre les deux armées, peut-être des fautes d'exécution dans le plan concerté, amenèrent la défaite des républicains à Torfou et à Coron (19 septembre). Comme il arrive en pareil cas, les deux partis qui divisaient l'armée s'accusèrent mutuellement. Le comité de Salut public sentit enfin la nécessité d'introduire l'unité dans le commandement. Il n'y eut plus qu'une saule armée, sous le nom d'armée de l'Ouest, placée sous le commandement de Léohelle, général médiocre, qui heureusement eut le bon esprit de ne pas contrarier les opérations de Kléber. Quelques succès, mêlés de revers, suivirent ces événements. C'est le temps de la terrible mission de Carrier à Nantes ; ou en trouvera les détails k l'article qui lui est consacré.
Après divers mouvements dans le détail desquels nous ne pouvons entrer, les Vendéens, vaincus à Cholet, où d'Elbée et Bonchamp furent blessés mortellement (17 octobre), se traînèrent en désordre jusqu'à Saint- Florent et traversèrent la Loire. (Jette vaste émigration, mêlée d'url grand nombre de femmes et d'enfants, commandée par des chefs presque tous blessés, offrait le spectacle le plus lamentable.
A ce moment (Jharette , qui s'isolait toujours, s'était emparé de l'Ile de Noirmoutier, attendant sans doute les Anglais et se tenant prêt à continuer l'insurrection dans le Murais et le Bocage.
La grande armée catholique, refoulée sur la rive droite de la Loire, commandée dès lors par La Rochejaquelein, erra comme au hasard, livrant encore quelques furieux combats, puis gagna Laval, Fougères, Granville, enfin se rabattit sur Le Mans, où elle fut écrasée par l'héroïque Marceau, chargé du commandement par intérim (13 décembre). Dans ses longues courses à travers la Mayenne, Maine-et-Loire, la Sarthe, la Bretagne, la Normandie , elle ne rencontra pas la sympathie et l'appui que lui avaient promis ses prêtres et ses chefs, sauf parmi quelques bandes de chouans. La sanglante déroute du Mans était un coup .mortel. La Rochejaquelein parvint à ramener les débris de l'année vers la Loire; un dernier combat fut livré à Savenay, où presque tout ce qui restait de ces malheureux périt (22 décembre).
La Vendée était vaincue par la France et par la Révolution.
Toutefois , si ces malheureuses contrées cessèrent d'être le théâtre de grandes opérations militaires, elles n'en continuèrent pas moins à être déswlées par des brigandages sans résultat. Charette, Stofflet, Bernard de Marigny, après la mort des grands chefs, se partagèrent l'Anjou et le Poitou, qu'ils dévastèrent périodiquement sans qu aucun d'eux
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vojilût reconnaître un supérieur. Us se réunirent un moment pour une action commune ; mais l'affaire manqua, et Charette et Stofflet en profitèrent pour faire fusiller-Marigny.
Pendant ce temps, la chouannerie se développait en Bretagne avec des caractères peut-être encore plus hideux.
Après le 9 thermidor, les dispositions étaient à la paix; Canelaux fut appelé au commandementde l'armée de l'Ouest, et il arriva avec les dispositions les plus conciliantes. Le 17 février 1795, il signa avec Charette et quelques autres chefs le traité de La Jaunaye, qui contenait d'ailleurs des conditions honteuses pour la République. Ainsi Charette reçut 2 millions, et on lui abandonna le droit de conserver une garde territoriale soldée par l'Etat, c'est-à-dire les moyens de recommencer la guerre.
11 n'y manqua pas. Le 26 juin, il reprit les armes, proclama Louis XVIII, surprit et massacra la garnison du camp républicain des Essarts, mais attendit vainement et les Anglais et le comte d'Artois , qui devaient débarquer sur la côte. Son mouvement avait été combiné avec le fameux débarquement de Quiberon. V. ce nom.
Stofflet avait fini par signer aussi la paix, le 2 mai, aux mêmes conditions royales que Charette. Enfin Hoche avait conclu en Bretagne un traité analogue avec les chefs de chouans Cormatin et Bourmont. Cette pacification ne fut pas plus sincère, comme le prouva bientôt l'affaire de Quiberon.
Charette continuait en désespéré sa guerre de brigandages; traqué dans les bois, pris enfin par le général Travot, il fut, comme on le sait, fusillé à Nantes le 24 mars 1796. Stofflet, qui avait repris les armes, avait subi le même sort à Angers un mois auparavant.
Hoche, qui commandait dans l'Ouest, parvint par sa vigilance, sa douceur et sa fermeté à achever la pacification de la Vendée et de la Bretagne. Toutefois , sous le Consulat, il y eut de nouveaux troubles, suscités en Vendée par d'Autichamp, en Bretagne par Bourmont et Cadoudal, en Normandie par de Frotté. Mais les chefs, successivement battus, finirent par signer un traité de pacification en février 1800.
Pendant les Cent-Jours , nouveaux soulèvements, réprimés cette fois par le général Lamarque.
Enfin, en 1832, la duchesse de Berry, plus résolue que le triste comte d'Artois, se jeta en Vendée pour y rallumer la guerre civile en faveur de son fils. La capture de cette princesse et d'énergiques mesures ne permirent pas à l'insurrection de se développer.
Depuis, la paix n'a plus été troublée dans ces contrées , si longtemps et si souvent ensanglantées par des guerres fratricides. Les routes, les chemins de fer, le développement de l'industrie et du commerce, la diffusion de l'instruction , le progrès des lumières les ont heureusement transformées, et ii paraît hors de doute que la Vendée et la Bretagne sont définitivement conquises à la causé de la démocratie et de la liberté.
Vendée militaire (la), par M. Crétineau- Joly (1841, A vol. in-8<>). Dans ce livre, sous prétexte de rétablir la vérité historique d'un des épisodes les plus importants de nos annales révolutionnaires et de faire justice des apologies aussi bien que des incriminations systématiques, l'auteur, malgré ses protestations d'impartialité et de véracité, a pour but manifeste de formuler un réquisitoire contre les actes et l'esprit de la Révolution française, et, par contre, de glorifier l'ancien régime. Il a choisi l'épisode de l'insurrection vendéenne comme le thème le plus propre au développement de ses doctrines rétrogrades ; même lorsqu'il respecte la vérité historique, il a toujours Soin de la présenter sous un jour favorable à son parti. Du reste, de son aveu même, la plus grande partie de ses informations a été puisée à des sources royalistes. Ses guides ordinaires sont les manuscrits rédigés à Londres en 1796 par M. de Beauvau, YËistoire de la Vendée par Alphonse de Beauchamp, les notes du comte et de la comtesse de Bouère, les mémoires de la marquise de Donnissan, de la comtesse de La Rochejaquelein, les pamphlets de G ibert, l'ancien chef d'état-major de Stofflet; les lettres des Vendéens (Jharette, Joly, Savin; les confidences des frères de Georges Cadoudal, du marquis de La Boessière, du comte de Robier, de M. de Guernissac et ducommandantGuillemot, tous anciens chefs ou partisans de la chouannerie. Quant aux documents républicains, il les récuse comme indignes de foi lorsqu'ils ne concordent pas avec les souvenirs royalistes. Les seuls qu'il admette sont ceux qu'a fournis l'ancien conventionnel Boursault; quant aux récits du Moniteur, ils lui paraissent tronqués ou défigurés : « Les républicains, dit-il, racontent l'histoire militaire de la Vendée avec une partialité tout à fait digne des haines des guerres civiles. Ils arrangent les faits, pallient leurs défaites, grossissent leurs victoires. » Mais M. Crétineau-Joly eh fait tout autant dans le sens opposé. Dès les premières lignes, il trahit sa partialité : « La France, écrit-il, vient d'entrer en l'année 1793, et la Révolution triomphe de la monarchie qu'elle a si habilement, si audacieusement attaquée et qui s'est si mal défendue. » Ainsi, l'auteur fait un reproche à la royauté de n'avoir pas
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organisé la terreur blanche pour se défendre. Il justifie l'émigration de la noblesse française et trouve tout naturel que des Français aient pris les armes et attisé les haines de l'Europe contre la France.
Une fois entré en plein sujet, M. Crétineau-Joly considère l'insurrection vendéenne non-seulement comme légitime, mais encore comme glorieuse, admirable, sans tache. C'est, à ses yeux, une sublime protestation du droit contre l'iniquité triomphante, représentée par la Révolution. Pour lui, la Révolution n est
?u'une saturnale ridicule et sanglante, une olie prodigieuse, burlesque et lugubre, un épouvantable épanouissement du mal : « Avec de grandes phrases vertueuses, la Révolution, dit-il, divinisait le vice; avec des paroles de conciliation, avec des promesses de félicité universelle, elle introduisait !e désordre dans les familles, l'anarchie dans l'Etat, l'incendie dans la société. Elle brûlait les châteaux pour acquérir plus tard le droit de faire descendre le ieu jusque sur les chaumières. Elle déclarait la guerre à la propriété. » M. Ûrétineau- Joly prétend que les excitations de la noblesse et du clergé n'ont été pour rien dans le soulèvement de la Vendée contre la volonté nationale : « La Vendée est devenue militaire sans eux, elle les a entraînés sur ses glorieuses traces. Ils l'ont suivie. Voilà toute la participation qui leur revient dans cette idée d'insurrection provinciale contre un pouvoir qui centralisait tout et qui, afin de protéger les plus monstrueuses tyrannies, se faisait un rempart d'une impossible liberté, d'une égalité plus impossible encore. » Est-il bien nécessaire d'ajouter que les armées et les chefs républicains sont représentés par l'écrivain fantaisiste comme souillés de tous les vices, capables de tous les crimes, tandis que les insurgés sont des modèles accomplis de toutes les vertus privées et civiques? L'aveuglement et la mauvaise foi dépassent ici toute mesure.
VENDÉEN, ÉENNE s. et adj. (van-dé-ain, é-è-ne). Habitant de la Vendée; qui appartient à ce pays ou à ses habitants : Les Vendéens. La population vendéenne.
— Hist. S'est dit des royalistes insurgés, pendant la Révolution , dans les départements de l'Ouest : Les chefs vendéens se jalousaient entre eux comme les chefs républicains, (Thiers.)
VENDEL-HEVL (Louis-Antoine), par abréviation Vandèie, helléniste français, né à Paris en 1791, mort vers 1856. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude du grec, devint en 1812 répétiteur à l'école Sainte-Barbe et fut nommé, quatre ans pl\is tard, professeur au collège royal d'Orléans, d'où il passa,- vers 1820, à une chaire du collège Saint- Louis, où il fit successivement les classes de quatrième, de troisième et de seconde. Mais, après 1830", il crut pouvoir mêler à son enseignement les doctrines du saiht-simonisme, dont il était l'un des plus fervents adeptes; il fut alors obligé de donner sa démission et devint professeur particulier d'histoire à bord du bâtiment l'Oriental, qui partait de Nantes pour aller faire le tour du monde. Arrivé au Chili, il obtint à Valparaiso une chaire qu'il occupa jusqu'à sa mort. On a de Vendel-Heyl plusieurs ouvrages classiques estimés, entre autres : Cours de thèmes grecs, en deux parties, souvent réédité; Narrations choisies des meilleurs auteurs latins (1833, 2 vol.), avec la traduction française. 11 a, en outre, revu, avec Pillon, le Dictionnaire grec- français de Planche (Paris, 1836) et publié dans'la Bibliothèque grecque-latine- française dePoilleux des éditions , avec traduction française et traduction interlinéaire, de Cornélius Nepos, de Philoctète, à' Electre, û'iphigénie en Autide et des œuvres complètes d'Eschyle.
VENDELIN s. m., (van-de-lain), Petite nacelle dont se servent les pontonniers.
VENDÉMIAIRE a. m. (van-dé-mi-è-re — du lat. vindemia, vendange). Chronol. Premier mois du calendrier républicain, commençant à l'équinoxe d'automne, c'est-à-dire au £2 ou au 23 septembre.
Vendémiaire (JOURNÉE DU 13). V. BONA- PARTE (t. II, p. 937 et 938).
VENDEN, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 90 kilom. N.-E. de Riga, chef-lieu du district de son nom; 1,737 hab. Siège d'évêché. Elle fut fondée en 1205 et . fut pendant quelque temps une résidence des chevaliers porte-glaive; elle fut incendiée en 1748.
VENDERESSE s. f. (van-de-rè-se). V. vendeur.
VENDETTA s. f. (vènn-détt-ta — mot. ital. qui signifie vengeance, et se rattache au latin vindicare, venger, proprement revendiquer). Etat d'inimitié provenant d'un meurtre ou d'une offense, et se transmettant dans la famille de la victime : Là où ta vendetta régne, comme en Corse, la loi de police ne peut, laisser des armes en toutes les mains, comme en Angleterre. (De Rémusat.) Un Corse qui a une injure à venger est en vendetta ; il prévient son ennemi qu à compter d'un tel jour il cherchera l'occasion de le tuer. (A. Hugo.) Ii PI. vendettb, peu usité. Quelques-uns disent au singulier vendette; le pluriel serait
alors VENDETTES.
— Encycl. Le mot vendetta est surtout em-
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ployé pour désigner l'état de guerre privée dans lequel vivent des individus et des familles entières, particulièrement en Corse. On dit être en vendetta, vivre en vendetta. La vendetta a le banditisme pour conséquence. On nomme bandit l'homme qui, après avoir vengé par le sang l'honneur de sa famille, mène dans les bois une vie errante, en luttant à la fois contre ses ennemis et contre la force armée qui le poursuivent. La vendetta et le banditisme ont de temps immémorial ensanglanté la Corse, et c'estseulement depuis une quinzaine d'années, depuis la loi de 1853, qui a prohibé le port d'armes sur tout le territoire, corse, que l'on commence a constater la décroissance de cet usage barbare.
La vendetta a, du reste, la même théorie que le duel; c'est l'homme exerçant directement son droit de justice. Lorsqu'un homme a été outragé, il peut s'adresser à la société, qui jugera quelle doit être l'expiation et se chargera de châtier le coupable ; il peut aussi, repoussant l'arbitrage de la société, se faire justice lui-même. De là le dueletlauendsifn. Dans les pays où règne l'individualisme, il est naturel que la justice personnelle prenne la forme du duel; on ne s'est attaqué qu'à un individu, cet individu venge seul son offense. Mais dans un pays comme la Corse, où le groupe familial est fortement constitué, où les membres de la même famille se tiennent aussi étroitement unis que possible, l'injuro faite à un membre atteint la famille entière, et cette solidarité fait qu'au lieu du duel c'est une véritable guerre qui éclate, guerre ayant d'ailleurs ses règles et ses lois, comme nous le verrons tout à l'heure.
Le développement de la vendetta en Corse est dû à plusieurs causes. L'île de Corse, station commerciale et colonie agricole de grande importance, n'a cessé, depuis les temps anciens, d'être l'objet des compétitions de tous les peuples maritimes. Carthaginois, Romains, barbaros du v« siècle, empereurs d'O- ' rient, Arabes, Pisans, Espagnols, Génois, Français, Anglais s'en sont successivement disputé la possession. Avant la conquête d'Alger, les pirates des Etats barbaresques
Îr faisaient des descentes continuelles, pilant, tuant, incendiant et forçant les indigènes à fuir dans les hautes terres. De là, pour les Corses, la nécessité de vivre armés, l'habitude de veiller eux-mêmes à leur sûreté personnelle et de se faire justice par leurs propres mains ; de la, enfin, ces mœurs belliqueuses que favorise singulièrement' d'ailleurs la configuration d'un pays aussi accidenté, hérissé de montagnes abruptes, couvert de forêts et de maquis.
Ce fut sous la domination génoise que la vendetta fut en Corse de l'usage le plus général. La république avait cédé le gouvernement et 1 exploitation de cette lie à une compagnie de marchands, la compagnie do Saint-Georges, qui la pressurait d'une façon indigne, multipliant les impôts et les vexations de tout genre. La politique de cette odieuse compagnie était de semer la division parmi les Corses, de les armer les uns contre les autres, comblant d'honneurs et de privilèges ceux qui prenaient son parti, persécutant à outrance et dépouillant, contre toute justice, ceux qui étaient hostiles ou même neutres. Sous un tel régime, les vendette se multiplièrent d'une façon effrayante ; il suffit de dire que, de 1683 k 1715, en trentedeux ans, d'après les documents officiels puisés dans- les archives de Gênes, le nombre des meurtres atteignit l'énorme chiffre de 28,715, c'est-à-dire 900 par an en moyenne pour une population de 150,000 âmes!
Les gens pacifiques, très-atarmés, s'adressèrent à la république de Gênes et demandèrent : 1° que le port des armes fût prohibé d'une manière absolue; 2° que la peine de mort fût appliquée à tous les meurtriers, sans faire aucune exception. La république hésita longtemps; enfin, elle se décida à interdire lu port d'armes, mais ce fut pour dissimuler sous cette prohibition un infâme trafic : les armes qu'elle confisquait aux uns, elle les revendait aux autres, et elle se procurait ainsi le double avantage de perpétuer les discordes civiles et d'encaisser de gros profits. Quant au point relatif à la peine de mort, elle se refusa à l'accorder, « parce que le trésor public perdrait le revenu annuel que lui procuraient les lettres de grâce et d'abolition qu'achetaient les assassins pour se mettre à l'abri de toute poursuite. • (Textuel.) C'est à cet exécrable gouvernement que la Corse doit la pratique de la délation et du faux témoignage, la défiance des tribunaux et de la justice, les inimitiés et les guerres de familles, la vendetta et le banditisme.
Examinons maintenant lauendetta en ellemême et les règles qui la régissent.
La «endetta est autrement sévère que le duel; elle n'admet point de motifs futiles ; elle ne prend les armes que pour punir Iq séducteur d'une femme trompée et délaissée,' l'assassin d'un proche parent, ou encore Je dénonciateur et le faux témoin dont les mensonges ont envoyé un innocent au bagne pu à l'écbafaud. « Il est certain, dit M, Or. Faure (Histoire du banditisme), que le témoin sincère, quelle que soit la gravité de sa déposition,ne court aucun risque d'être inquiété à cause d'elle. Nous n'avons entendu citer qu'un seul exemple du contraire, lequel s'est produit récemment dans la province de Fiumorbo, et encore était-il universellement cou-
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sidéré comme le renversement des vieilles mœurs, comme une monstruosité, comme l'abomination de la désolation. »
Arrivons aux préliminaires de la lutte.
Dans le duel, l'offensé envoie à l'offenseur deux témoins ou seconds, chargés d'obtenir de lui une réparation catégorique ou de lui proposer un cartel. En cas de refus, les conditions doivent être réglées sur l'heure et le combat suivre presque immédiatement.
Adversaires et témoins ont k peine le temps de se reconnaître ; il faut marcher, il faut en finir. Dans les vendette corses, on procède avec moins de précipitation et d'une façon plus sérieuse. La famille outragée ne se jette pas ainsi sur ses ennemis avec une fureur aveugle; elle convoque d'habitude en une sorte d'assemblée générale tous ses membres importants. Là, on examine la question sous toutes ses faces, on pèse mûrement l'offense, et, quand la ehose est possible, on tente les voies de la conciliation- Les pourparlers durent quelquefois des années entières, et on ne s'arrête décidément à une résolution violente que lorsqu'on a perdu tout espoir d'une réparation volontaire. Les choses se passent donc froidement des deux parts, avec réflexion et calcul. Une fois la vengeance résolue, on en détermine la forme, on désigne celui qui en doit être l'instrument. C'est, sauf des circonstances exceptionnelles, un célibataire, qui, ne laissant après lui ni veuve ni orphelins, peut avec moins d'inconvénient exposer sa vie pour sa famille. Celui-là sa regarde dès lots comme chargé d'une mission sacrée.
Avant de commencer les hostilités, on dénonce la guerre k l'ennemi au moyen de cette formule, en quelque sorte sacramentelle:
« Garde-toil ■ Celui-ci, prévenu d'avance, a eu le temps de prendre ses précautions et de se préparer soit k la défense, soit k l'attaque, selon tju'il lui convient. M. G. Faure cite le trait d un bandit offrant deux de ses cartouches k un homme que ses représentations et ses prières ne peuvent empêcher de se déclarer son ennemi, acceptant deux des siennes, et lui disant les larmes aux yeux : » Puisque tu le veux, eh bienl que la destinée s'accomplisse 1 Nous sommes en guerre; à partir de demain, garde-toi I •
Théodore Poli, bandit célèbre, établit dans la forêt d'Aïtone une cour martiale, devant laquelle devait être cité contradictoirement ou par défaut tout individu accusé d'un crime quelconque envers un des bandits ou envers la bande entière. Si la cour condamnait et que l'accusé fût présent, on lui donnait le temps de mettre ordre a sa conscience, après quoi on le fusillait. S'il était contumace, on lui notifiait la sentence en ces termes :
« Par arrêt de tel jour, tu as été condamné à mort pour tel crime ; ainsi, garde-toi ! • Signé : Théodore. t
Ces arrêts étaient affichés pendant la nuit k la porte du condamné, k celles de la mairie, de la justice de paix, du parquet et de la caserne.
La guerre, quoique déclarée, n'est pas encore inévitable. Désireux d'empêcher l'effusion du sang, des hommes de bien, que l'on nomme parolanti, s'interposent souvent entre les partis et font signer des trêves plus ou moins longues. Ils y réussissent fréquemment. Dans tous les cas, la trêve signée est inviolable; y manquer volontairement, c'est se déshonorer sans retour, etca que le Corse redoute par-dessus tout, c'est le déshonneur.
La vendetta est une guerre qui admet l'embuscade, les surprises, le guet-apens, toutes les ruses possibles; mais elle exclut sévèrement le vol. La vengeance, non le pillage, est son but. Il faut lire, dans les récits spéciaux, Jes traits de courage, d'ingéniosué, d'héroïsme et aussi de férocité auxquels elle a donné lieu. La vendetta fit pendant des siècles de l'Ile de Corse une arène sanglante et la couvrit de ruines. ■ Tantôt, dit M. Faure, on perçait de meurtrières les murs latéraux de sa maison, dans le but d'en défendre de. tous côtés l'approche par un feu plongeant et croisé; tantôt on murait k hauteur d'homme ses fenêtres, pour que les balles venues du dehors ne pussent atteindre que les plafonds ou tout au plus le haut des murs intérieurs. Ici, on creusait des souterrains, afin de communiquer sans être vu d'une maison k l'autre; là, on construisait des tours crénelées, d'où on pouvait dominer les alentours; quelquefois on braquait devant sa porte de petites pièces de campagne, et, au moyen de cette artillerie, on tenait k distance ses adversaires. Si l'on se décidait à sortir dans la campagne, ce n'était qu'après le rapport des espions chargés de surveiller les mouvements de l'ennemi; des guides ou éclaireurs allaient en avant pour explorer la route'et se tenaient sur les flancs pour assurer la marche, et pendant ce temps-lk des chiens dressés à ce genre de service s'en allaient de tous côtés, battant les buissons et les makis, et, s'ils tombaient sur la trace d'un individu suspect, donnaient aussitôt l'alarme par leurs aboiements répétés. Ce que les uns faisaient pour la défense, les autres le faisaient pour J'attaque ; mais on Unissait toujours par se rencontrer, et c'est alors qu'on se livrait de sanglantes batailles... » Cea luttes ont amené le dépeuplement de l'Ile. « Dans un village de 500 âmes, dit
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M. Faure, un vieillard nous raconte avoir vu, dans l'espace d'un an, tuer jusqu'à quatrevingts personnes I » A quelques lieues de Bastia, sur la route orientale, on montre deux maisons de belle apparence, voisines l'une de l'autre et dont les murs sont percés de meurtrières, les portes closes et les fenêtres murées. Le silence et la désolation en sont aujourd'hui les seuls habitants. Si vous interrogez le moindre petit enfant, il vous racontera que ces maisons étaient, il y a quelque vingt ans, le séjour de deux familles riches et puissantes. Une inimitié les divisa, et, k la suite des combats qu'elles se sont livrés, l'une et l'autre ont été presque littéralement anéanties.
Le pardon est une lâcheté. Honte et malédiction sur l'enfant ingrat et dénaturé qui répudierait l'héritage de sangl Quand un homme est mort assassiné, son corps est placé sur une table, et des femmes, la fille, la veuve du mort, des amies, viennent chanter ou déclamer devant le cadavre des complaintes qu'elles improvisent et dont le thème est invariablement la vengeance. On appelle cette lamentation funèbre voceru, buceratu.
Nous donnons comme spécimen de cette poésie le chaut suivant, que nous empruntons aux Notes sur la Corse de M. P, Mérimée :
Lamentation funèbre du Niolo.
Je filais mon fuseau Quand j'entendis un grand bruit; C'était un coup de fusil Qui me tonna dans le cœur; Il me sembla que quelqu'un me dit :
■ Cours, ton frère meurt! •
Je courus dans la chambre, en haut, Et je poussai précipitamment la porte, • Je suis frappé au cœur! ■ 11 dit, et je tombai comme morte.
De n'être pas morte alors, moi aussi, C'est pour moi quelque consolation.
(Je puis me venger.)
Je veux mettre des chausses d'homme,
Je veux acheter un pistolet,
Pour montrer ta chemise (sanglante).
Aussi bien personne n'attend
Pour se faire couper la barbe
Que la vengeance soit accomplie.
Pour te venger,
Qui veux-tu que oesoitî
Notre vieille mère, près de mourir?
Ou ta sœur Marie?
Si Lorio n'était pas mort.
Sans carnage l'affaire ne finirait pas.
D'une race si grande,
Tu ne laisses qu'une sœur,
Sans cousins germains.
Pauvre, orpheline, sans mari...
Mais pour te venger,
Sois tranquille, elle suflit!
La chemise sanglante de l'homme assassiné est gardée dans sa famille comme un souvenir de vengeance ; on la montre de temps à autre aux parents et aux enfants pour les exciter k punir le meurtrier. Quand les enfants sont grands, on la leur remet comme une succession qui leur appartient et qu'ils ne peuvent repousser sans un déshonneur ineffaçable.
Jusqu'à ce que la vengeance soit accomplie, les parents se laissent croître la barbe et portent des vêtements de deuil.
. 11 n'y a, du reste, disons-le, point de différence de rang devant la vendetta; la vendetta ne distingue point entre le riche ou le pauvre, le noble ou le roturier. Le moindre berger, s'il est offensé, déclare fièrement la guerre aux plus importantes familles et quelquefois les oblige à capituler honteusement.
Il n'y a qu'une seule exception aux règles générales de la vendetta : c'est le cas où une femme séduite venge elle-même son honneur, ce qui s'est vu fréquemment, en frappant de la balle ou du stylet celui qui l'a trompée. Dans ce cas, l'offense est vengée, et il n'y a pas de vendetta.
M. Mérimée a cité un trait qui peint d'une façon bien caractéristique la passion de vengeance qui possède les Corses. Un homme étant mort de la fièvre, ses amis vinrent l'embrasser, et ils lui disaient: Oche tu fossi'morto délia mala morte, t'avremna vindicato! « O que n'es-tu mort de la maie mort (assassiné), nous t'aurions vengé I ■ Certes, un esprit aussi profondément vindicatif ne se modifie pas facilement; des moeurs pareilles, invétérées depuis tant de siècles, ne se transforment pas du jour au lendemain au gré des lois. Aussi, depuis l'annexion de la Corse k la France, les différents gouvernements ontils constamment travaillé k combattre la vendetta sans faire de grands progrès, si ce n'est pourtant depuis ces dernières années, où les statistiques constatent une diminution sensible du chiffre des meurtres.
D'ailleurs, il y eut des gouvernements qui s'y prirent mal. La Restauration, qui tenait la Corse en suspicion, déploya des rigueurs excessives ; le jury fut supprimé, et ce furent des cours martiales qui jugèrent les cas de vendette, lesquelles avaient presque toutes, il est vrai, un caractère politique; ces commissions très-partiales prononcèrent plusieurs condamnations k mort, qui tombèrent justement sur des innocents, paraît-il, et exaspérèrent la population. Les vendette contre les agents d'un pareil régime se multiplièrent, et les bandits, s affiliant aux sociétés secrètes
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du continent, aux carbonnri, devinrent un danger beaucoup plus redoutable. La gendarmerie, composée exclusivement de continentaux, ignorants du pays et de la langue corse, était impuissante contre des ennemis qui avaient tous les habitants pour complices. Un bandit fameux, Théodore Poli, auquel tous les autres obéissaient, soutint une guerre en règle contre la force publique qui, en presque toutes les rencontres, eut le dessous. Enfin, en 1821, le conseil général de la Corse, énergiquement secondé par le général de Montélégier et le vicomte de Suleau, préfet du département, proposa au gouvernement d'ordonner lu formation d'un bataillon de voltigeurs corses, composé de 400 volontaires armés k la légère et exclusivement destiné k coopérer avec la gendarmerie dans cette guerre difficile.
Ce bataillon, institué par une ordonnance de 1822, rendit de grands services jusqu'en 1845, époque k laquelle le général de Saint- Simon crut devoir retirer aux voltigeurs corses le droit de faire des prises eux-mêmes et voulut les réduire au rôle de pourvoyeurs de la gendarmerie. Il y eut une décadence immédiate, et, de 1S45 à 1850, la nombre des bandits contumaces s'éleva à 500 ou 600. En 1850, on réorganisa les voltigeurs corses sous le nom de gendarmerie mobile, et le conseil général demanda au gouvernement de prohiber temporairement toute espèce d'armes sur le territoire corse. En même temps qu'on engagea une guerre acharnée contre les bandits, l'article 248 du code pénal contre les receleurs fut appliqué dans toute sa rigueur, et on emprisonna impitoyablement tout individu convaincu d'avoir donné asile k des contumaces. La loi qui prohibait les armes sous ' des peines correctionnelles sur tout le territoire de l'île fut entin votée en 1853; prorogée en 1S57, elle paraît avoir eu d'excellents effets, si l'on s'en rapporte aux statistiques officielles : la moyenne des meurtres, qui, dans les trente-huit années précédentes, était de 102, qui depuis 1848 était de 125, serait descendue depuis l'application de cette loi k 22, puis k 16, et semble devoir diminuer encore.
Vendetta (la), opéra en trois actes, paroles de MM. Léon et Adolphe, musique de M. de Ruolz ; représenté à 1 Académie royale de musique le 11 septembre 1839. Le sujet de cet ouvrage a été tiré du célèbre roman de M. Mérimée, Columba. On a remarqué plusieurs chœurs d'une bonne facture, et particulièrement le chœur des chasseurs. Duprez, Massol, Levasseur et M'le Nathan ont concouru k cette représentation.
VENDEUR, EUSE s. (van-deur, eu-ze — rad. vendre). Personne dont la profession est de vendre : Une vendeuse de poisson. Entre le vendeur et l'acheteur, il existe un antagonisme radical. (F. Bastiat.) Le courtage pour le papier sur Paris n'est payable que par te vendeur. (Proudh.) Il Personne qui vend, qui fait un acte de vente; en ce sens le féminin
est VENDERESSE.
— Faux vendeur, Celui qui vend à faux poids ou k fausse mesure.
— Vendeur d'allumettes, Homme qui débite des niaiseries, des bagatelles.
— Vendeur de marée, Vendeur de volaille, Nom donné autrefois k certains ofticiers préposés k la vente de la marée, de la volaille.
— Vendeur d'orviétan, de mitkridate, Charlatan qui débite ses drogues sur les places publiques. Il Médecin qui se vante d'avoir des remèdes pour toutes sortes de maux. Il Hâbleur, en général.
— Vendeur de fumée, Homme qui fait parade d'un crédit qu'il n'a point et qui cherche k en tirer quelque avantage :
Tous ces beaux suffisants dont la cour est semée Ne sont que des tricheurs et vendeurs de fumée.
1ÎE3.NARI>.
— Vendeur de chrétiens, de chair humaine, Nom qu'on donnait aux officiers recruteurs.
Il Nom qu'on a donné ensuite aux agents de remplacement.
— Etre fait comme un vendeur de cochons, Etre mal bâti ou mal vêtu.
— Prov. Il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs, Les marchands calculent mieux leurs intérêts que les chalands.
— Allus. bist. Vendeurs clins»» du temple, Allusion k une action de Jésus-Christ, qui s'emploie pour stigmatiser les profanateurs, dans quelque ordre que ce soit, ceux qui font marché de choses respectables, de ce qui devrait être l'apanage exclusif de l'art, des lettres, des sciences et, en général, de l'intelligence et du talent.
• La pâque des Juifs étant prochaine, Jésus fit son entrée k Jérusalem.
■ Et il trouva dans le temple des marchands qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes, et les changeurs y étaient assis,
» Et ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous hors du temple, ainsi que les brebis et les bœufs, et il renversa l'argent des changeurs et les tables ;
» Et il dit aux marchands : ■ Il est écrit : • Ma maison est une maison de prière, et vous > en avez fait une caverne de voleurs. >
« Il est dans Paris plus d'un auteur qui se faufile dans la littérature au moyen d'un volume acheté au rabais ou d'un article écrit
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par une amie. Il est temps de chasser du temple de la littérature les vendeurs qui s'y installent effrontément. »
(Figaro.)
« Le tumulte des sens, les suggestions de la vanité, les conseils de l'ambition avaient fait taire dans leur âme les chastes voix de la muse. D'autres, après s'être posés en prédicateurs d'un art nouveau, avaient démenti dans la pratique leurs théories spécieuses. D'autres encore, patriciens de l'intelligence, déshonoraient dans l'orgie leurs titres de noblesse. Il y en avait qui, au lieu de chasser les vendeurs du temple, y proclamaient de leur propre voix et y installaient de leurs propres mains la vente et le marché, l'agiotage et les enchères. •
Armand de Pontmartin.
■ La foule qui encombrait la place Bourbon et ébranlait les grilles de l'Assemblés se dispersa devant nous. Un de nos bataillons entra au pas de charge dans la Chambre et chassa du temple de la loi, non point les veu~ deurs, mais, les larrons. Les autres bataillons se postèrent aux environs et dans les cours mêmes de l'Assemblée. ■
De Molenes.
Vendeur» chassés du temple (LES), tableau du Bassan; au musée de Madrid. On lit dans l'Evangile selon saint Matthieu : t Jésus entra dans le temple et il en chassa tous ceux qui y vendaient ou qui y achetaient. Il renversa même les tables des changeurs et les sièges des vendeurs de pigeons. » Ce n'était pas dans le temple proprement dit, mais dans l'atrium gentium, sorte de vestibule entouré de portiques élevés, que s'étaient installés les vendeurs. Toutefois, la plupart des peintres qui ont représenté cette scène lui ont donné pour théâtre l'intérieur même du sanctuaire. Jacques Bassan ne s'est pas borné à commettre cette erreur ; il a introduit toutes sortes d'animaux et de marchandises dans les représentations qu'il a faites de l'épisode dont il s'agit; il a peint ainsi de véritables foires qui lui ont fourni l'occasion de montrer son talent k reproduire les bêtes et les ustensiles les plus divers. Le musée de Madrid a deux tableaux de lui sur ce sujet; le plus important est placé dans la salle des chefs-d'œuvre, qui s'appelait naguère la salle d'Isabelle. Des compositions, conçues dans le même esprit et exécutées par François et par Léundre Bassan, se voient au musée de Dresde et au palais Doria, k Rome. Le tableau de François a été gravé par Ph.-And. Kilian. Un tableau de Jacques Bassan a été gravé par P. Chenu.
Parmi les maîtres italiens qui ont peint les Vendeurs chassés du temple, nous citerons : Giotto (église de Santa-Maria-dell' Arena, & Padoue), Bonifazio (au palais ducal de Venise), Benedetto Caatiglione (musée du Louvre), le Corrége (musée du Belvédère) , le Guerchin (au palais Brignole-Sale, k Gènes), Luca Giordaijo (gravé par Delaunay, dans la Galerie du Palais-Royal), B. Manfredi (gravé par Jean Haussart, dans le Cabinet Crozat), Pannini(au inusée de Madrid), Dom. Parodi (église de Santa-Maria-della-Vallicella, à Rome), Carlo Saraceno (autrefois dans la galerie Giustiniani), F. Soiimena (gravé par P. A. Martini), Paul Véronèse (collection Yarborough, en Angleterre), Federigo Zuccaro (gravé par C. Cort, 1568), etc.
Vendeurs chassés du temple (LES), tableau de Jouvenet; au musée de Lyon. Le Christ, suivi de ses disciples, descendues marches du temple et chasse les marchands qui encombrent les abords du lieu sacré ; des changeurs, assis devant une table, ramassent en toute hâte leur argent; des vendeurs de colombes et de voluilles emportent leurs paniers; deux hommes cherchent k retenir des taureaux effrayés; un troupeau de moutons se débande; une femme s'enfuit avec son enfant qui crie. Cette composition, peinte sur une toile de près de 7 mètres de longueur, était autrefois placée dans l'église de iaint- Martin-des-Champs, k Parts. Elle a été gravée par Gaspard Duchange. Il y en a au musée du Louvre une répétition avec quelques changements, qui a été exécutée pour servir de modèle de tapisserie aux Gobelins.
Des tableaux sur le même sujet ont été peints par Nicolas Colombel (gravé par Michel Dossier), Claude Halle (autrefois dans la cathédrale de Paris), Valentin (musée de l'Ermitage), Adolphe Yvon (Salon de 1845), Jordaens (musée du Louvre), etc.
Vendeurs ebnssés du temple (LES), célèbre eau-forte de Rembrandt. Le Christ, armé d'une poignée de verges, met en fuite la troupe mercantile; debout sur le devant de la composition, il lève son fouet sur un changeur dont la table culbute et qui, saisi d'efl'roi, rainasse une partie de ses éeus ; un gentilhomme (la scène n'a rien d'hébraïque), qui traitait sans doute d'une affaire avec ce vendeur d'argent, se penche vivement en arrière, le dos tourné au spectateur. Tout près de ce groupe, k gauche, deux négociants, assis dans la pénombre et dont l'uu est coiffe d'un bonnet persan, paraissent absorbés dans un entretien; mais un Oriental qui se sauve se tourne vers eux comme pour les prévenir de ce qui se passe. A côté de cet Oriental, un
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paysan, portant sur sa tête une corbeille de pigeons, détale au plus vite. Sur la droite, un hommô tombe a plat ventre, un chien jappe, un paysan, renversé sur le dos, est traîné par un bœuf au moyen d'une corde qu'il tient des deux mains et qui est attachée aux cornes de la bête. Un peu plus loin, deux jeunes gars cherchent à calmer et à retenir un autre bœuf. Toujours du même côté, mais sur une espèce d'estrade, le grand prêtre, assis sous un baldaquin et entodré de lévites, interrompt une cérémonie religieuse pour contempler la déroute des marchands. Au fond, à gauche, s'ouvre une nef voûtée à plein cintre et bordée de hautes colonnes ; un lustre est suspendu à la voûte,
Cette composition , signée : Rembrandt f. 1635, est pleine de mouvement et offre de beaux effets de lumière.
On connaît deux états de cette eau-forte ; c'est la figure de l'homme traîné par ,1e boeuf qui sert k les distinguer; dans les épreuves du premier état, le haut du visage est plus clair, 'la bouche plus petite et moins travaillée, la semelle du soulier traversée vers le milieu par deux lignes très-fines et très-rapprochées; ces épreuves sont, en outre, d'un ton brillant et velouté très-agréable. Dans le second état, l'homme renversé a le visage beaucoup plus ombré ; on ne distingue plus la lèvre inférieure, la bouche a l'apparence d'une tache, la semelle du soulier est traversée par un gros trait noir, non ébarbé ; les épreuves de cet état sont lourdes et d'un aspect terne ; on les nomma dans le commerce « épreuves à la grande bouche. » Une copie de cette eauforte a été gravée sur bois par Gauchard, sur un dessin de Marvy, dans Y Histoire des peintres de toutes les écoles. Salomon Savry a gravé une autre composition de Rembrandt sur le même sujet.
VENDEUVRE, bourg de France (Aube), ch.-l. de cant., arrond. et k 21 kilom. O. de Bar-sur-Aube, aux sources de laBarse; pop. aggl., 1,876 hab. —pop. lot., 2,112 hab. Fonderie, faïencerie, poteries , tuilerie. Eaux minérales ferrugineuses. On y voit un beau château qui s'élève à l'E. du bourg, sur une des sources de la Barse. Fondé au xne siècle, lia été presque entièrement reconstruit au xvp et remanié au xvne ; mais il conserve néanmoins encore plusieurs parties intéressantes des constructions primitives. Le corps de logis qui, au xne siècle, servait de bâtiment d'habitation subsiste encore et forme la partie orientale de l'édifice actuel. On voit également une porte en plein cintre, avec la coulisse de la herse et un corridor voûté, divisé en deux travées inégales parunarc-donbleau. Au-dessus de cette porte et du couloir se dresse une tour haute de 20 mètres dont les murailles ont une épaisseur de près de 2. A l'intérieur du château se trouve une vaste salle voûtée en berceau, avec piliers cylindriques, et divisée en deux nefs; elle appartient, ainsi que l'escalier (bien que ce dernier soit situé dans la partie refaite au xvie siècle), à l'époque de la construction originaire. Le château était autrefois environné de fossés et ceint de murs; ces derniers n'offrent plus que quelques vestiges sans intérêt, et, quant aux fossés, ils ont été comblés depuis longtemps.
Après le château de Vendeuvre, il faut citer son église paroissiale, construite en 1510 et dédiée à saint Pierre. C'est un monument complet et homogène de l'architecture du xvie siècle. Son portail, suivant le style de la Renaissance, est orné de sculptures peintes. A l'intérieur, on remarque un autel de 1539, une chaire du xvnc siècle provenant de l'abbaye de Clairvaux, un très-beau retable du xvio siècle au dossier du banc d'œuvre, un tableau sur bois dans le genre du Pérugin, ayant pour sujet l'Arrivée des onze mille vierges à Cologne, et trois belles verrières. L'ancienne église prieurale de Saint-Jean possède un chœur et un sanctuaire du xne siècle et une nef du xvnc. Aux environs de Vendeuvre et sur la droite de la route conduisant à Brienne, on rencontre les ruines de la chapelle de Valsuzenay, construction ruinée du xiie siècle, qui conserve un sanctuaire carré et une portion de nef.
Le territoire de Vendeuvre présente aux environs de Jessains (l kilom. de Vendeuvre) une faille avec gouffres nombreux perforant le calcaire jurassique et absorbant les eaux. On trouve près de ce curieux accident géologique des lignites, du fer sulfuré blanc remplissant les interstices des végétaux passés à l'état de lignites et des sulfates de chaux cristallisés.
VENDICATION s. f. (van-di-ka-si-on — rad. vendiquer). S'est dit autrefois pour revendication.
— Cour des vendications. Tribunal anglais qui, k l'occasion du couronnement du souverain, écoute et juge les réclamations des citoyens et des communautés à l'égard de la couronne.
— Ëncycl. Cour des indications. On donne ce nom, en Angleterre, à un tribunal particulier qui ne siège qu'une fois par règne, à l'occasion du couronnement. Ce tribunal avait autrefois beaucoup de besogne; il statuait sur les prétentions des municipalités ou des individus réclamant d'anciens droits, d'anciennes charges.
Le but primitif de ce tribunal avait été
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juste ; on l'avait créé pour rendre, à la mort d'un prince, raison des injustices qui avaient pu être commises pendant son règne. Là, en face de son successeur, les gens de toute condition venaient porter leurs griefs et en réclamer la réparation ; puis le tribunal statuait.
Mais les meilleures institutions finissent par se corrompre tôt ou tard. Les vraies plaintes ne furent bientôt plus entendues, et l'on ne voulut écouter que celles des grands et des courtisans qui venaient avec force génuflexions, non pas réclamer, mais mendier les faveurs du nouveau souverain.
Ainsi nous voyons, au couronnement de Jacques II, le lord grand chambellan vendiquer le droit de porter la chemise du roi et de s'approprier tous les meubles et ustensiles ayant servi à Sa Majesté le jour de son couronnement, et il gagna son procès j un autre courtisan réclama le cheval du roi avec ses harnais, ce qui lui fut accordé.
Le même jour, la municipalité de Londres osa demander quelque chose ; mais on remit ces bourgeois à leur place et on leur fit bien comprendre que le tribunal des vendications n'était point un tribunal révolutionnaire.
Aujourd'hui, la cour des vendications n'a plus de besogne; au dernier couronnement, c'est à peine si 1 on a prononcé son nom.
Yondidad, livre sacré des Parsis. V. Zend- Avesta.
VENDIQOER v. a. ou tr. (van-di-ké). S'est dit autrefois pour revendiquer.
VENDÔME, en latin Vindocinum, ville de France (Loir-et-Cher), ch.-l. d'arrond. et de cant., à 34 kilom. N.-O. de Blois, sur la rive droite du Loir; pop. aggl., 6,838 hab. — pop. . tot.; 9,259 hab. L'arrondissement comprend S cant., 109 comm. et 76,206 hab. Tribunal de lro instance, justice de paix, lycée national; bibliothèque publique. Tanneries, mégisserie, papeterie; fabrication de gants de peau, bonneterie, cotonnades. Commerce de bestiaux, grains, vins et fourrages. La ville s'élève agréablement au pied d'un coteau couvert de vignes et dont le Loir baigne la base; elle est bien bâtie, bien percée et dominée par les ruines pittoresques du château des anciens ducs de Vendôme. On y trouve quelques monuments remarquables au point de vue de l'histoire et de l'archéologie. En "première ligne, il faut placer le château. Grâce à l'avarice du cardinal de Fleury, qui refusa sous Louis XV une somme de 100 fr. , montant d'une toiture qui l'aurait préservé des injures de l'air, le château de Vendôme (monument historique) n'est plus aujourd'hui qu'une pittoresque ruine. 11 s'élève sur une hauteur dominant la ville, dont il était encore séparé au xviie siècle par une rampe coupée de trois grandes portes en arcades qui n'existent plus. Les débris des murs d'enceinte, des bâtiments d'habitation et des tours de défense, importants par leur masse gigantesque, n'offrent guère an point de vue architectural qu'un intérêt secondaire. Tout ce qui reste de l'enceinte et des tours du côté du sud remonte à Geoffroy-Martel ; il en est de même du donjon, dit aussi tour de Poitiers, morceau capital du château, car c'est le seul qui se soit 'conservé à peu près intact jusqu'à nous; c'est un des monuments les plus curieux que nous ait légués le moyen âge, « Ce n'est point, dit M. de Pétigny dans son Histoire arcliéologigue du Vendômois, une tour de défense comme on en voit tant dans les châteaux ruinés. C'est une geôle construite avec un art infernal pour être la plus affreuse comme la plus sure des prisons. La tour a trois étages ; adossée au mur d'enceinte du château, elle forme un demi-cercle en saillie sur la ligne des remparts, et cette espèce de cylindre est coupée intérieurement par un carré d'épaisses murailles qui s'arrête au-dessous de l'étage supérieur; dans les vides qui existent entre les côtés du carré et l'enceinte arrondie du mur extérieur, on avait pratiqué les cachots destinés à loger les prisonniers. Ces loges sont parfaitement conservées ; il y en a trois à chaque étage ; elles ont lm,50 de hauteur, et leur longueur est de lm,80 sur une largeur de 0m,50; ce sont, comme on voit, les dimensions d'un tombeau. Pratiquées dans l'épaisseur des murailles, elle n'avaient d'autre ouverture qu'une porte étroite et basse, communiquant avec une salle qui occupait le milieu du carré. Cette salle elle-même, au premier étage, ne recevait l'air ni le jour d'aucun côté; on y entrait par un couloir percé dans le mur d'enceinte de la forteresse et fermé de deux portes dont la dernière s'ouvrait sur les bâtiments intérieurs du château aujourd'hui démoli. La distribution du second étage était la même; seulement la salle intérieure recevait un peu de jour par un soupirail ouvert sur un étroit couloir communiquant avec le chemin de ronde qui couronnait les remparts. A son extrémité opposée, ce couloir aboutissait à un escalier de pierre par lequel on descendait jusqu'à l'entrée de la salle ; le même escalier conduisait à l'étage supérieur, qui n'était plus une prison; là, on entrait dans une grande salle voûtée, éclairée par deux fenêtres étroites au dehors, mais très-évasées au dedans, avec une vaste cheminée à manteaux sculptés et des bancs de pierre dans les larges embrasures des fenêtres, d'eu le seigneur pouvait contempler à son aise le magnifique paysage qu'on découvre de ce point élevé, tandis que ses captifs
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gémissaient sous ses pieds dans leurs ténébreux sépulcres. Le donjon se termine par une plate-forme ornée de mâchicoulis sculptés avec une sorte d'élégance. De là on aperçoit d'un côté la tour de Fréteval, de l'autre les châteaux de Lavardin et de Môntoire et la torabelle de Troô ; c'est un horizon de 10 lieues qui embrasse la riante vallée du Loir, les plaines de la Beauce et les collines boisées du Perche. La hauteur totale de la tour est d'environ 20 mètres. On n'y peut pénétrer aujourd'hui qu'à l'aide d'une échelle par une ouverture percée dans la muraille, au niveau de l'étage inférieur, et fermée d'une double porte. » L'enceinte du château contenait jadis l'église collégiale de Saint-Georges; on y voyait les tombeaux des ducs et comtes de Vendôme-, détruits à la Révolution; il n'en reste plus que des ruines aujourd'hui. En 1792 , le château de Vendôme fut vendu comme bien national, et il allait être démoli en 1819 lorsque le comte de Beaumont, souspréfet de Vendôme, l'acheta de ses deniers et en fit don à la ville. Une promenade publique a été dessinée depuis dans l'enceinte des ruines, dont une partie est occupée par un jardin particulier.
L'église de la Trinité, ancienne abbatiale, reconstruite du xve auxvie siècle, offre dans sa façade un remarquable spécimen du style ogival fleuri. La première pierre en fut posée par Marie de Luxembourg, et les travaux en furent exécutés sous la direction du Père de'Jarnay, religieux de la Trinité. Un fronton aigu, entièrement découpé, surmonte le portail; des clochetons à jour, reliés par une élégante balustrade qui fait le tour de l'édifice à la naissance du toit, flanquent le pignon à droite et à gauche. Deux étages d'arcs-boutants, découpés en dentelle, soutiennent de toutes parts les murs de la nef en s'appuyant eux-mêmes sur d'élégants contre- forts, ornés d'arcatures et de clochetons. L'église est surmontée, au point de rencontre de la nef et du chœur, d'une tourelle carrée supportant une petite flèche élancée. La tour véritable, haute de 80 mètres, s'élève à- quelques mètres en avant et à droite de la façade. C'est, d'après M. Viollet-le-Duc, ■ une des plus belles constructions du xne siècle. Elle n'est surpassée que par celle du clocher vieux de la cathédrale de Chartres. Elle se compose de trois étages carrés et d'un étage octogonal flanqué aux angles de quatre clochetons ajourés, à toits coniques. De ce dernier étage s élance une flèche en pierre, qui avait pri- ' mitivement 30 mètres de hauteur. » Des arêtes fleuronnées, très-saillantes , séparent les diverses faces de la pyramide, et cette décoration se reproduit au milieu de chaque face sur les deux tiers environ de sa hauteur. En 1848, la foudre frappa le clocher et en abattit environ 10 mètres; ce couronnement a depuis été rétabli. L'intérieur de l'église se compose de trois nefs (style du xve au xvie siècle), d'un transsept, d'un chœur aussi élevé que le vaisseau principal et de cinq chapelles absidiales. La nef principale se fait remarquer par sa légèreté, la hardiesse de sa voûte et son triforium. Le chœur et les chapelles absidiales ont conservé d'admirables vitraux du xve siècle. Enfin , mentionnons qu'en 1839 les belles stalles du chœur, enlevées pendant la Révolution, ont été restituées à la Trinité.
Quant aux bâtiments de l'abbaye, ils sont aujourd'hui transformés en caserne de cavalerie. La salle du chapitre, ornée de gracieuses colonnettes et de quelques restes de peintures à fresque, en est 4£ partie la mieux conservée.
— Hâtel de ville. Il occupe l'emplacement de l'ancien hôpital Saint-Jacques , dont il a conservé la chapelle, reconstruite en 1452 dans le style fleuri. C'est un imposant édifice de la fin du moyen âge. Sa façade se compose de deux grosses demi-tours rondes, réunies par un pavillon central. « A la naissance du toit, dit M. Joanne, règne une belle couronne de mâchicoulis et de créneaux, décorée au xvio siècle de médaillons et d'éeussons fleurdelisés. A la baso du pavillon central s'ouvre une voûte en plein cintre, pour lu passage de la route de Blois. Le premier étage n'était autrefois percé que de trois ou quatre baies en croix ; d'autres fenêtres y ont été ouvertes récemment, lors d'une restauration intérieure et extérieure de l'hôtel de ville. » L'édifice souffrit beaucoup pendant le siège dirigé par Henri IV, et on y voyait récemment encore les traces des balles et des boulets.
L'hôtel du gouverneur est une maison de la Renaissance avec tourelle carrée. Elle doit son nom au gouverneur Maillé-Benchart, exécuté à la suite du siège, et dont elle était l'habitation.
Enfin, citons encore : l'église de la Madeleine, surmontée d'une tour carrée et d'une flèche pyramidale, construite en 1474 grâce aux souscriptions volontaires des habitants et .aux libéralités du duc; la tour Saint- Martin, dernier reste de l'église du même nom, terminée par un étage octogonal et un campanile; les ruines (xie siècle) de l'église de Saint-Bienheuri et l'hôtel du Saillant.
A l'époque de la conquête de César, Vendôme ( Vindocinum) n'était qu'une forteresse qui protégeait la frontière du territoire des Carnutes du côté des cités limitrophes du Mans et de Tours.Un bourg devait néanmoins
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s'abriter k l'ombre du fort. Saint Martin fut le premier qui y apporta l'Evangile, auquel, comme on sait, l'ouest de la France, siège principal des druides, fut longtemps rebelle (ive siècle). Un siècle plus tard, le christianisme y était définitivement établi, et la première église de Vendôme, dédiée à son apôtre, l'illustre évêque de Tours, commençait à s'élever. En 507, Clovis traversa Vendôme en allant conquérir le royaume des Wisigoths. Le domaine, qui dépendait alors de la cité de Chartres, échut plus tard à Childebert, puis passa a Sigebert à la suite d'un nouveau partage. Vendôme n'a cessé de dépendre de Chartres, du moins dans l'ordre ecclésiastique, qu'en 1G97, date de la création de l'évêché de Blois, Vendôme fut de bonne heure le siège d'un comté, dont on trouve mention pour la première fois dans une charte de Louis le Débonnaire. Le premier comte connu fut Bouchard, dit Itata-Pilata (chauve-souris), puis vint son fils, surnommé le Vénérable, ami et compagnon do Hugues Capet, qui lui fit épouser Elisabeth, veuve d'Aimon, comte de Corbeil. Bouchard II fut plus tard nommé comte de Paris, et son fils Renaud chancelier de Krance et évêque de la même ville. Tous deux moururent à peu de distance l'un de l'autre, et la famille s'éteignit avec le second. Le comté passa alors à une héritière indirecte, Adèle de Vendôme, fille du comte d'Anjou, Foulques Néra, et de la sœur de Renaud de Vendôme. Dépossédée de son domaine par un de ses enfants, elle appela Geoffroy Martel, son frère, à son aide ; Geoffroy accourut, mit l'armée du rebelle en déroute et entra dans Vendôme (1033). Le vainqueur, maître du Vendômois, s'en fit alors donner l'investiture par Henri Ior et signala son gouvernement par d'importantes fondations religieuses. En 1050, il rendit à son neveu Foulques le comté de Vendôme, Tjui resta depuis dans la famille des Bouchard sous la suzeraineté des comtes d'Anjou. Ce comté, à la suite de l'extinction de diverses races, se trouvait, au xue siècle, dans la maison de Preuilly, et, au xine, dans celle des seigneurs de Môntoire. En 1129, par le mariage de Geoffroy Plantagenetavec Mathilde, fille de Henri le, il devint pays anglais, comme toutes nos provinces de l'ouest. En 1161, Thibaut, comte de Blois, vint mettre le siège devant Vendôme ; mais la courageuse défense du comte Jean 1er l'obligea à se retirer. Peu de temps après, le Vendômois, province frontière des rois anglais, dut à cette position exceptionnelle le triste honneur n'être fréquemment le théâtre de sanglants démêlés entre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion. Le premier s'empara de la ville en U8S, mais elle retourna deux ans après sous l'obéissance de l'Angleterre. En 1194, une nouvelle attaque de Philippe-Auguste échoua, grâce à la prompte arr.vée de Richard au secours des assiégés. Lo roi do France perdit dans sa retraite un grand nombre d hommes et presque tous ses bagages. La confiscation des domaines de Jean sans Peur, en faisant passer le comté d'Anjou dans les mains de Philippe-Auguste, rattacha enfin le Vendômois à la monarchie française, dont il ne fut plus séparé. En 1227, Blanche de Castille, régente du royaume, y conduisit Louis IX comme dans un asile sûr, et Vendôme lui ouvrit ses portes. Le parlement y fut convoqué, et c'est là que fuient définitivement dissoutes les ligues, menaçantes au début, des grands vassaux. La guerre de Cent ans ne tarda pas à avoir k Vendôme un contre-coup funeste. En 1357, Louis, fils du roi Jean, comte d'Anjou, et, en cette qualité, suzerain du comté de Vendôme, lit élever autour de la ville, pour la protéger contre les bandes anglaises, les remparts dont on voit encore les débris. Les Anglais ne s'emparèrent pas moins de la place cinq tas plus tard (1562) et y restèrent jusqu'à l'Ascension, vexatit les habitants et ruinant la ville. Ces événements n'empêchaient point les comtes de Vendôme de s'élever à un grand degré de puissance ; ils avaient pris part k la croisade des albigeois, en avaient rapporté, comme "dépouille, la possession du comté de Castre3 et s'étaient alliés aux plus grandes familles de l'époque(d'Epernon,de Ponthieu, de Quillebœuf), agrandissant ainsi sans cesse leurs domaines quand, en 1364, le maritige de BouchardVH avec Isabelle de Bourbon, comtesse de La Marche, rattacha pour toujours les Bourbons au Vendômois. Le dernier des Bouchard mourut en 1372, et Jean de Bourbon prit dès lors le titre de comte de Vendôme, du chef de sa femme, Catherine, sœur de Bouchard VII. Plus tard, la branche de Bourbon-Vendôme survécut seule k tous les autres rameaux de cette illustre famille, et le château de Vendôme devint le berceau de la race royale qui monta sur le trône avec Henri IV. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, pendant les troubles du règne de Charles VI, suivit constamment le parti des ducs d'Orléans. En 1416, Isabeau de Bavière, chassée de Paris, vint se réfugier à Vendôme, alors privé de son comte, prisonnier des Anglais depuis la bataille d'Azincourt (1415). Louis de Bourbon ne revit la France qu'en 1429, après être parvenu k s'échapper de la Tour de Londres, où il était demeuré prisonnier près de quatorze ans. Son fils continua la tradition de fidélité de sa famille k la couronne de France, et ce fut sans doute cette certitude qui détermina,
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en 1458, Charles VII à tenir sa cour de parlement au château de Vendôme, pour le jugement du duc d'Alençon accusé de haute trahison. On connaît l'issue de ce procès (v. Alençon). Le règne du comte François de Bourbon inaugura pour Vendôme une ère de prospérité ; sans parler dès maintenant de l'impulsion artistique qu'y imprima bientôt la Renaissance, à aucune époque le commerce et l'industrie n'y furent plus florissants. ■ C'est merveille, dit l'ancien historien André Duchesne, du grand trafic de gants que cette ville fait, non-seulement par tout le royaume, mais encore es contrées voisines.» On le voit, cette industrie vendômoise ne iate pas d'hier. Marie de Luxembourg, femme Se François, établit, en outre, à Vendôme »ne fabrique d'aiguilles et fit venir de Flandre d'habiles brodeuses pour former à ce métier les jeunes tilles de la ville, qu'elle se plaisait à réunir iiutour d'elle, dirigeant et partageant leurs travaux. A la mort de François de Bourbon, k Verceil (1495), survenue pendant la campagne d'Italie où il avait suivi Charles VIII, sa veuve dirigea seule le gouvernement du comté pendant la minorité de son fils Charles et ne le laissa point péricliter. François 1er érigea le Comté de Vendôme en duché-pairie (1515), en faveur de Charles de Bourbon. Ce premier duc de Vendôme mourut en 1536, gouverneur de la Picardie, d'où- il dirigea presque constamment l'administration de son domaine, sans qu'il eût jamais à souffrir de cet éloignement. Antoine de Vendôme, époux de Jeanne d'Albret et, depuis, roi de Navarre, embrassa, comme on sait, avec ardeur la religion réformée; il établit un prêche à Vendôme ; mais la ville, foncièrement catholique, ne fournit que peu de prosélytes au protestantisme. En 1560, François II, accompagné de Marie Stuart, traversa Vendôme en se rendant de Blois à Paris. Ce fut k Vendôme que se trama en partie, peu de temps après, la célèbre conjuration d'Ambroise (v. ce mot), dans le château même d'Antoine de Bourbon, et c'est en se rendant de Vendôme k Amboise que le plus actif des chefs du complot, La Renaudie, arrêté par les troupes royales, tomba percé de coups après une résistance désespérée. Le rôle que joua Antoine de Bourbon après cette conspiration avortée ne se rattache pas assez à la ville dont nous écrivons l'histoire pour que nous y insistions. Nous dirons seulement qu'aux plus mauvais.jours des guerres de religion Vendôme ne cessa, malgré le mauvais vouloir de ses habitants catholiques, mais grâce à l'énergie de Jeanne d'Albret, d'être un des plus importants quartiers généraux de la religion réformée. Un des heureux résultats de cette ferme administration fut d'empêcher la Saint-Barthélémy d'avoir son contre-coup à Vendôme. La mort de Jeanne d'Albret fit enfin respirer les catholiques vendômois qui, devenant intolérants suivant la coutume, firent fermer le prêche ouvert par Antoine de Bourbon. Les plaintes de Henri de Navarre (depuis Henri IV), héritier du duché, demeurèrent sans effet, et la Ligue acheva bientôt d'allumer dans Vendôme , comme dans la plupart des autres villes de France, une véritable guerre civile. La mort de Henri III y mit heureusement fin ; mais la ville ne se ressouvint de ses anciens engagements que contrainte par un siège long et opiniâtre ; Vendôme pris d'assaut par le roi de Navarre, irrité d'une résistance qu'il considérait avec justesse comme une trahison, fut, pelldant trois jours, en proie & des scènes de dévastation et de carnage que Henri IV eut le tort de ne pas arrêter dès le début. Il souilla, en outre, son triomphe en faisant mettre à mort le gouverneur de la ville, • Maillé-Benchart. Il s'en repentit, dit-on, eusuite, mais le mal était irréparable ; Vendôme ne se releva jamais du coup que lui porta cette funeste catastrophe ; son industrie s'éteignit pour ne plus revivre ; une-partie de la population avait péri dans le siège ; une autre quitta ces lieux désolés, et de nombreux documents officiels des règnes de Louis XIII et de Louis XIV attestent que la misère y alla toujours croissant. On sait qu'en 1598 Henri IV fit à son fils naturel, César, né de la célèbre Gabrielle d'Estrées, donation solennelle du duché de Vendôme. Vingt ans plus tard, le nouveau duc, animé d'un zèle catholique que sa naissance rend assez bizarre à expliquer, fit fermer définitivement le prêche protestant de la ville, qu'il enrichit, en outre, de diverses fondations. En 1725, le duché de Vendôme, par la mort du grand prieur de l'ordre de Malte, frère du célèbre duc do Vendôme, le vainqueur de Villaviciosa (v. ci-après), fut réuni à la couronne. Vendôme prit une part peu active à la Révolution de 1789. Son nom aurait passé presque inaperçu dans les annales de cette grande époque, si le Directoire n'y avait installé, en 1796, la haute cour chargée de juger la prétendue conspiration qui aboutit à la condamnation a mort de Babeuf et de Darthé. Quarante-sept accusés étaient présents. Les deux condamnés, qui se frappèrent, comme on sait, chacun d'un coup de poignard à l'audience, furent traînés tout sanglants à l'échafaud, dressé sur U place d'Armes, en face de l'abbaye de la Trinité, où la haute cour tenait ses séances, et moururent courageusement en criant, au moment suprême : « Vive la République! ■ Le 15 décembre 1870, le général Chanzy fut
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battu à Vendôme par le prince Frédéric- Charles et dut se replier sur Le Mans, pendant que la ville tombait au pouvoir des Prussiens;
VENDÛMB (César, duc de), appelé César Monsieur, fils aîné de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né au château de Coucy (Picardie) en 1594, mort en 1655. Légitimé en 1595 et créé duc de Vendôme en 1598, il reçut en même temps te gouvernement de Bretagne et fut fiancé à la fille du duc de Mercœur, En 1610, Henri IV lui donna rang immédiatement après les princes du sang. Pendant la minorité de Louis XIII, il se posa comme un des chefs des mécontents, tenta de soulever sa province, puis se soumit. Il fit ensuite la guerre aux réformés", leur prit Clérac en 1622, contint la garnison de Montauban et contribua à la soumission de Montpellier. Engagé avec le grand prieur, son frère, dans la conspiration de Chalais, il fut emprisonné pendant quatre ans (1626-1630) à Vincennes et n'en sortit qu'en se démettant de son gouvernement de Bretagne et en partant pour l'exil. Rentré en France, il fut accusé (1641) d'avoir tenté de faire empoisonner Richelieu, dut s'exiler de nouveau et ne revint qu'après la mort du cardinal. Regardé comme l'une des têtes du parti des importants, il fut enveloppé dans la disgrâce du duc de Beaufort, son fils. En 1650, il fit sa paix avec Mazarin, reçut le gouvernement de Bourgogne, la suriniendance de la navigation , contribua à la pacification de la Guyenne, prit Bordeaux (1653) et mit en fuite la flotte espagnole devant Barcelone (1655). ■ C'était,ditLeVassor(i/M<oiredeZoi«'.sX//./), un mince capitaine, qui ne sut jamais se faire craindre ni se faire estimer. » Selon Mnw de Motteville, il avait beaucoup d'esprit, mais aucune intelligence militaire ni politique.
VENDÔME (Louis, duc de), fils aîné du précédent, connu sous le nom de <ino do Mercœur jusqu'à la mort de son père, né en 1612, mort a Aix en 1669. Il servit' sous Louis XIII en Piémont, puis en Hollande, où il se distin-
fua sous les yeux de son père, pendant l'exil uquel il s'éloigna de la cour. En 1649, il leva un régiment de cavalerie, fut nommé viceroi de Catalogne et commandant des troupes françaises, épousa (1651) Laure Mancini, nièce de Mazarin, devint commandant de la Provence, où il apaisa des troubles, commanda l'armée de Lombardie (1656) conjointement avec le duc de Modène et résista aux attaques du cardinal Trivulce. C'était, au reste, un général médiocre et de peu de valeur. Après la mort de son épouse, il entra dans les ordres et fut créé cardinal en 1667.
VENDÔME (Louis-Joseph, duc de), général français, fils aîné du précédent, connu d'abord sous le nom de due de Penihièvre, qu'il porta jusqu'à la mort de son père, né en 1654, mort en 1712. Il suivit Louis XIV dans l'invasion de la Hollande, combattit sous Turenne et fut blessé à Altenheim. Nommé brigadier du roi en 1677, il fit en cette qualité la campagne de Flandre, se distingua aux sièges de Condé et de Cambrai, reçut le brevet de maréchal de camp (1678) et le gouvernement de la Provence en 1681. Promu lieutenant général et chevalier des ordres en 1688, il se couvrit de gloire dans quatre campagnes successives, aux sièges de Mons, de Namur, au combat de Leuse et surtout à celui de Steinkerque, fut envoyé en Italie en 1693, sous les ordres de Catinat, contribua à la victoire de Marsaille, reçut en 1695 le commandement de l'armée de Catalogne et prit Barcelone dans la même année. Envoyé en Italie pour, réparer les fautes de Vitleroy, il se laissa surprendre à Luzzara (1702) par le prince Eugène et ne rendit la victoire indécise qu'à force de courage et de présence d'esprit. Il n'avait pas, au reste, les qualités nécessaires pour combattre un tel adversaire. Vaillant et hardi, il manquait de prévoyance et était incapable de méditer et de préparer de grandes opérations militaires. Toutefois, il obtint quelques succès brillants dans le Tyrol et en Piémont, commit beaucoup de fautes à la sanglante bataille de Cassano, fut envoyé en Flandre en 1708, ne sut pas s'opposer à la jonction du prince Eugène et de Marlborough et perdit la bataille d'Oudenarde. Après cette déplorable campagne, il fut chargé d'aller secourir Philippe V, effaça l'impression des revers qu'il avait essuyés et remporta la victoire décisive de Villaviciosa (1710). Il mourut deux ans après, dans une expédition en Catalogne, d'une indigestion de poisson, dit Saint-Simon. Le duc de Vendôme est aussi connu par son cynisme, sa malpro- . prêté, sa (goinfrerie et ses vices que par ses victoires. On sait à quelle étrange admiration, manifestée publiquement pour certaine partie du corps de Vendôme, Alberoni dut son élévation.
VENDÔME (Philippe, dit le Prieur de), général français, frère du précédent, né en 1655, mort en 1727. Il entra' encore enfant dans l'ordre de Malte, fit ses premières armes au siège de Candie (1669), où il donna des preuves d'un grand courage, prit part à la campagne de Hollande sous Louis XIV, servit sousTurenne en Allemagne, fut nommé maréchal de camp en 1691 et se distingua au siège de Namur et aux combats de Leuse et de Steinkerque. Devenu grand prieur de France et lieutenant général (1693), il con-
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courut aux victoires de Catinat en Italie et à celles de son propre frère en Catalogne. Disgracié en 1706, pour s'être tenu éloigné du combat à l'affaire de Cassano, il se retira à Rome, où il séjourna cinq ans, rentra en faveur et recouvra ses bénéfices. Rétabli au palais du Temple, il y mena la vie la plus fastueuse et se fit remarquer par la licence de ses mœurs. Au reste, il aimait les lettres et les arts. La Fare, Chaulieu, Palaprat vécurent dans son intimité.
VENDÔME (François), duc de Beaufort.