V. Huao
Il Désir passionné de se venger : Alouvemcnt de vengeance. Sentiment de vengeance. Esprit de vengeance. -
— Par ext. Action louable que l'on opposa k une injure reçue: La plus noble vengeance, c'est le pardon. (Acad.) La plus noble vengeance qu'on puisse tirer de ses rivaux est de les surpasser en talent et en vertu. (Mm« de Sév.)
— Par vengeance, Dans le dessein de se venger : Ne faites rien par vengeance.
— Vengeance céleste, vengeance du ciel, vengeance divine, Malheurs qui arrivent k un coupable, et que l'on considère comme uno punition de Dieu : Attirer sur sa tête ta vengeance du CIEL.
— Crier, demander vengeance, Demander avec instance qu'un crime soit vengé. Il Être Un témoignage frappant d'une criante injustice, d'un crime qui d*emande à être vengé ; Le sang des innocents demande vengeance, crie vengeance. (Acad.) L'umour est le revenu de la beauté, et qui voit la beauté sans amour lui retient son revenu d'une manière qui crik vengeance. (Konteii.) Le christianisme a rangé le péché de Sodome parmi ceux qui crient vengeance contre le ci'ef.(Pruudh.)
— lnterjectiv. Vengeance! Cri par lequel on demande vengeance, on excita à la vengeance : Un cri d'horreur s'éleva parmi les truands : Vengeance I cria Clopin. — A sac! répondit la multitude. — Assaut/ assaut! (V. Hugo.)
— Encycl. L'amour de la vengeance est une passion funeste en ce sens que son effet le plus direct est de porter l'homme à faire du mal à autrui; cependant ses effets ultérieurs
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ont eu souvent une influence salutaire dont la raison est facile k comprendre. Dans l'humanité, la vengeance & été la première forme de la répression , parce qu'elle était la seule possible avant l'institution des sociétés politiques. .Et même, depuis qu'il y a des Etats régis par des lois, comme l'autorité politique ne peut pas punir tous les torts, la crainte des vengeances personnelles a encore une influence répressive qui n'est pas sans utilité. C'est ce qui explique pourquoi la loi du talion a été considérée pendant longtemps comme une règle légitime. Le penchant à la vengeance est une des manifestations de l'instinct de conservation.*Quand les hommes ont une*certaine prévoyance, la crainte de la vengeance les retient souvent au moment où ils sont tentés de faire du mal k autrui. Par conséquent, cette crainte est souvent un frein salutaire, et ce frein se fait sentir, non-seulement aux individus, mais encore aux groupes formant des corporations ou des communautés plus ou moins nombreuses, entre les membres desquelles il y a une certaine solidarité.
Cependant il ne faut rien outrer. Silauerigeance est parfois nécessaire aux individus, c'est surtout lorsque la protection sociale leur fait défaut. Elle peut l'être aussi aux nations, tant qu'elles sont livrées h l'état de nature. Mais les personnes les plus éclairées et les gouvernements des nations ies plus civilisées reconnaissent aujourd'hui que l'application rigoureuse et absolue de la loi du talion serait funeste k l'humanité, En effet, lorsqu'on cède au désir de la vengeance, la malveillance se répercute de celui qui hait à celui qui est haf. Celui qui satisfait son ressentiment contre une personne, en lui faisant du mal, fait naître ou augmente la haine chez la personne qu'il atteint, de telle sorte que la haine engendre la haine. Pour'les individus, chacun peut s'en assurer facilement dans le milieu social où il vit. Pour les familles, on peut citer des exemples empruntés, non-seulement k l'histoire de la Corse, mais encore à celle de plusieurs villes de l'Italie, notamment de celle qui vit naître et mourir Juliette et Roméo. Pour les nations, on pourrait citer beaucoup d'exemples de vengeances et de revanches sanglantes prises sur des champs de bataille; 1 amour de la vengeance tend donc k éterniser la haine entre les différentes parties de l'humanité et, par conséquent, cette passion est la source de maux incalculables.
La conclusion k tirer de lk, c'est qu'on ne doit pas se venger de toutes les offenses qu'on a reçues. Dans certains cas, la prudence ou 1 humanité nous conseillent de ne réagir d'aucune fuçon. Lorsqu'il est mieux d'agir, il y a souvent d'autres moyens que la vengeance. Par exemple, quand on est citoyen d'un Etat constitué, on peut, dans un grand nombre de cas, uvoir recours à l'autorité et obtenir d'elle une juste satisfaction. Pour les nations, ce moyen n'est point praticable, parce qu'il n'y a pas d'autorité universelle qui ait la mission de juger les nations et d'exécuter les jugements rendus. Mais, avant d'avoir recours à la vengeance, c'est-à-dire k la guerre, on peut essayer plusieurs moyens qui ont souvent réussi. En général, le gouvernement de chaque Etat qui est sorti de la barbarie a un moyen de communiquer avec ceux de. tous les autres Etats qui sont dans le même cas; ce moyen, c'est la diplomatie. L'erwoi accidentel d'ambassadeurs pour des causes particulières est un usage très-ancien; mais il y en a un autre qui est propre aux nations modernes les plus civilisées; c'est l'emploi constant de la diplomatie et l'habitude prise par chacune d'avoir des représentanui en permanence chez outes les autres. D'après Michelet, le roi de France Louis XI n été sous ce rupport un puissant initiateur, et on doit lui en savoir gré, k cause de la bonté de l'institution. Mais il y a un autre roi français qui mérite encore mieux d'être glorifié k cet égard, parce qu'il employa la diplomatie d'une manière plus large et plus fréquente, et surtout parce qu'il s'en servit pour des fins plus justes et plus humaines; c'est Henri IV, c'est le hero3 populaire qui, au déclin du xvie siècle, sauva lu France de l'anarchie et de l'ingérence de l'étranger et qui, après avoir prouvé sa valeur guerrière au moment où elle était nécessaire, joua au suprême degré le rôle de pacificateur et de conciliateur. Cet exemple est très-bon k suivre; chaque fois qu'un gouvernement voit un nuage s'élever entre lui et un autre gouvernement, il doit tenter d'abord les voies de conciliation et, selon les cas, donner ou demander des explications. Par là on évite les malentendus, on prévient la défiance et on étouffe les différends dans leur germe.
Lorsque les pourparlers ne peuvent pas faire obtenir k l'offensé la réparation qu'il croit juste, il y a un autre moyen qu'il peut et qu'il doit employer avant le recours aux armes; c'est de proposer à l'offenseur de soumettre le cas k un arbitre et de s'engager k accepter sa décision. C'est ce que font souvent les particuliers pour éviter les procès; c'est ce qu'iis devraient faire aussi pour éviter les duels; c'est ce que les nations commencent k faire pour éviter la guerre.
Nous le répétons, l'application de la loi du talion a souvent des effets funestes. Quand la vengeance n'a pas d'autre résultat que de
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satisfaire le ressentiment de celui qui s'est vengé, elle constitue une cruauté inutile et une injustice commise à l'égard de l'humanité. D'ailleurs, il y a souvent de la sottise à se battre. En effet, cette vengeance, cette satisfaction que vous poursuivez, êtes-vpus toujours certain de l'obtenir? Non assurément, et, ce qui est & la fois d'un méchant et d'un sot, vous vous exposez vous-même, pour commettre un crime, à subir le mal qu<3 vous vouliez infliger à celui de qui vient l'offense.
A mesure que la civilisation avance, la nécessité d'employer la, vengeance comme moyen de répression devient'chaque jour plus rare. C'est une raison pour qu'on s habitue à ne pas céder de prime saut au penchant qui,nous porte à nous venger et à réfléchir avant de réagir.
Atin de réprimer en soi-même l'amour excessif de la vengeance, il faut songer aux suites que cette passion peut avoir. De plus, il faut combattre, il faut réprimer et affaiblir certains sentiments qui y prédisposent. Tel est, par exemple, l'orgueil. Au contraire, nous devons exciter et fortifier en nous les qualités et les vertus qui en sont les antagonistes. Telles sont, par exemple, la prévoyance, la circonspection, la prudence, la bienveillance et la moralité.
Vengeance de l'Amour (la), tragédie de Beaumont et Fletcher. Cette pièce passe aux yeux de la plupart des critiques pour une des meilleures du théâtre de Beaumont et Fletcher, L'action commence d'une manière bizarre. Le duc de Syrie aime si aveuglément sa fille Hydaspe qu'il lui promet de réaliser le premier vœu qu'elle formera. Cette promesse entraîne les plus grands malheurs. La princesse demande à son père d'abolir dans ses Etats le culte de l'Amour. Le duc, fidèle à sa promesse, fait briser les autels du dieu et disperser ses adorateurs. L'Amour ouvragé descend alors du ciel pour se venger et commence par inspirer à la princesse Hydaspe une ridicule passion pour un nain attaché à la personne du prince royal. On emploie pour guérir la princesse un remède héroïque en faisant mourir le monstre objet de sa passion, mais elle meurt du chagrin qu'elle éprouve de sa perte. Cependant l'Amour n'est point désarmé par une si cruelle vengeance. Après avoir frappé la fille, il tourne ses coups contre le père et le tils. 11 amène le duc de Syrie dans la maison où le prince Leucippe, son fils, cache In belle Bâcha, sa maltresse. Surpris avec celle qu'il aime, Leucippe, pour sauver l'honneur de la jeune femme, déclare qu'elle est innocente et qu'aucune relation coupable n'existe entre elle et lui. Le vieux duc, la croyant pure, en devient amoureux et l'épouse en l'absence de son fils, qui trouve ù. son retour sa maîtresse devenue sa bellemère. Mais Bâcha, qui veut satisfaire à la ibis ses plaisirs et son ambition, déclare à son amant qu'elle n'a épousé le vieillard gu'avec l'espoir de conserver l'amour du jeune homme. Leucippe la repousse avec horreur; il ne peut aimer la femme de Son père. Cette situation rappelle celle de Phèdre, avec cette différence que Phèdre est tremblante, inquiète, indécise entre la passion et le de voir,~ tandis que Bâcha est cyniquement résolue. Dès que son amour a été repoussé, elle conçoit son plan de vengeance et en poursuit avec patience l'accomplissement ; elle sait bien que si etie accusait brusquement le fils devant le père, elle ne provoquerait que l'incrédulité. Il faut qu elle écarte d'abord tout soupçon de la haine qu'elle porte à Leucippe et qu'elle dispose le vieux duc à se défier du prince. Pour y réussir, au lieu d'accuser sa future victime, elle parle de Leucippe avec enthousiasme et vante sa popularité; elle éveille ainsi dans 'âme de son mari une double jalousie; elle iui fait craindre d'être supplante par le prince dans son amour et dans son pouvoir. Elle loue l'héritier du trône comme s'il avait à ses yeux toutes les qualités aimables et comme si le peuple l'avait choisi pour favori. Une fois le premier coup porté, il lui devient plus facile d'inspirer de graves soupçons à un esprit déjà prévenu. Après les pal-oies, viennent les actes. Baoha persuade hypocritement aux amis du prince de faire une demande pour que celui-ci soit associé au gouvernement. Un comprend toute la colère qu'une telle proposition inspire au duc. Mais le prince, en désavouant la conduite de ses amis, écarte pour cette fois le péril qui le menace. La noblesse des sentiments de Leucippe, que son père ne peut méconnaître, et l'ascendant que son mérite exerce encore obligent la reine à recourir, pour le perdre, à un dernier et infaillible artifice. Comme Phèdre, elle accuse celui qui pourrait l'accuser. Elle triomphe cette fois et fait condamner le prince à mort. Mais Leucippe est sauvé par le peuple, au moment où on le croit perdu. Puis il échappe à un nouveau péril par le dévouement de la tille de Bâcha, jeune enfant aussi honnête que sa mère est criminelle. Grâce au secours de cette alliée imprévue, il reste maître du champ de bataille et même de la vie de la duchesse, qu'on amène en sa présence pour qu'il la livre au dernier supplice. On croit toucher .au dénoûment, et la mort de Bâcha paraît la fin naturelle de l'action. Cependant Leucippe refuse de souiller ses mains du sang de
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Bâcha et commande qu'on l'éloigné; celle-ci alors profite de l'émotion du jeune prince pour s'approcher de lui et le frapper d'un poignard, avec lequel elle, se donne ensuite la mort.
Vengeance (une) [Una Venganza], opéra espagnol en quatre actes, livret de don Mariano Capdepon , musique des frères don Manuel et don Tomas Fernaridez ; représenté au théâtre de l'Alhambra, à Madrid, le 31 mai 1871. Cet ouvrage ne manque pas de mérite; mais la médiocrité des chanteurs en a compromis le succès.
VENGEMENT s. m. {van-je-rcan — rad.
venger). Ane. coût. Droit qui autorise à réclamer une chose aliénée, revendication.
VENGER v. a. ou tr. (van -je — lat. vindicure, qui signifie proprement obtenir quelque chose en compensation, prendre ou demander une compensation. Il se rattache sans doute à la racine sanscrite vid, vind, obtenir, acquérir. Le latin vindicare est aussi le type du français revendiquer. Prend un e après le g devant a et o .* Je vengeai; nous vengeons). Punir, tirer vengeance de : Venger une injure, un outrage. Venger la mort d'un parent. J'ai trouvé indigne de ma tête de venger les injures faites à mon derrière. (Piron.) Il ne faut pas détruire une liberté publique pour vknger l'injure d'un particulier. (Chateaub.) Il Punir l'outrage fait à : Venger un innocent. It est aussi habile que difficile de venger une femme sans la défendre. (Balz.) Ce sont les roués qui nous vengent des coquettes. (P. Limayrac.)
A qui venge son pire, il n'est rien d'impossible. Corneille.
Se venger v. pr. Etre vengé : Les torts, les affronts faits à la patrie sont les seuls qui doivent se venger. (Boiste.)
— Combattre pour, embrasser la défense de,:
Venge nos libertés qui respirent encore.
Voltaire.
— Tirer vengeance ; Se venger d'un ennemi. Se venger d'une injure. Se venger cruellement. Le seul moyen de se venger de l'indifférence, c'est de ne pas s'en apercevoir. (Mme de Puisieux.)
Périsse l'univers, pourvu que je me venue. ', Cyrano de Bergerac.
Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge.
Corneille.
» — Par ext. Opposer à un outrage une action louable ou indifférente : Se venger par des bienfaits. Il n'y a d'autre moyen de se venger du public que de le forcer à nous applaudir. (Goldoni.) La gloire d'un rival «"obstine h t'outrager ; C'est en le surpassant que tu dois te venger*
Voltairb.
— Allas, hist. Ce tk'est pas au roi de France à venger le* injures du duc d'Orléans, Mut célèbre de Louis XII. V. Louis XII.
VENGERON ou VANGERON s. m. (van-jeron). Ichthyol. Nom vulgaire d'un poisson du genre able.
VENGEUR, ERESSE s. (van-jeur, e-rè-se — rad. venger). Personne qui venge, qui punit : Vengeur des crimes, Jeanne Dure fut la vengeresse de la France. (Acad.) La liberté est la grande vengeresse, la Némésis des temps modernes. (E. de Gir.)
— Adjectiv. Qui exerce une vengeance :
Dieu vengeur. Divinité vengeresse. Quel flot de populations vengeresses vomirent les forêts delà Gaule et de la Germanie! (Ancelot.) il Qui sert à la vengeance, qui frappe et punit : Bras vengeur. Foudre vengeresse. /lemords vengeurs. Il est des réactions inévitables, enseignantes, magistrales, vengeresses. (Chateaub.)
Vengeur (le), opéra-bouffe en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beaumont, musique de M. Isidore Legouix; représenté au théâtre de l'Athénée le 20 novembre 1868. On a remarqué l'air d'EIvire : Je suis Espagnol, et les couplets : Voilà l'vengeur, mesdames, voilà l'vengeur, et un nocturne à deux voix. On voit que ce vengeur n'est pas bien redoutable. Joué par Léonce, Luce et Lorentz, et MUe Van Gheel.
Vengeur (le). Dans ces dernières années, l'épisode héroïque du vaisseau républicain le Vengeur, consacré par la tradition nationale, par la peinture et par la poésie, a été fort discuté et même contesté, au moins en ses parties les plus émouvantes et les plus dramatiques.
Déjà, en 1S39, à propos d'un article du JVationat, l'historien anglais Carlyle, très-fantaisiste d'ailleurs, comme on le sait, avait écrit en propres termes que cette affaire était i une farce, une blague imaginée par Barère. » Carlyle disait tenir ses renseignements d'un M. Griffits, contre-amiral, qui avait été témoin du naufrage du Vengeur, -en qualité de lieutenant sur le vaisseau anglais le Culloden.
M. Amédée Pichot, directeur de la Revue britannique, releva vivement les assertions de Carlyle et en publia une réfutation dans son estimable recueil.
Dans ces derniers temps, M. Jal, historiographe de la marine, a traité de nouveau la question dans son Dictionnaire' critique de biographie et d'histoire. Très-peu syinpathi-
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que aux hommes et aux choses de la Révo • lution, M. Jal a cependant rectifié quelquesunes des allégations du lieutenant Gi'ifrtts, mais sans rendre une justice assez complote aux marins du Vendeur.
M. Louis Blanc, vivant à Londres et se trouvant à la source pour contrôler les rapports français par ceux de la marine anglaise, a raconté aussi ce grand combat naval en historien consciencieux.
De tous ces documents et de quelques autres, nous tâcherons d'extraire une notice que nous nous efforcerons de rendre aussi fidèle que possible.
Le vaisseau le Vengeur avait été construit à Brest vers 1680. Suivant la chronique du port, il aurait été équipé par une riche châtelaine qui avait à venger la mort de son fiancé, tué par les Anglais (ce qui expliquerait le nom dont il fut baptisé). 11 semblait donc voué, par les traditions maritimes, à combattre cet ennemi redoutable de la • France,
En effet, après avoir fait partie de l'escadre commandée par Tourville, le nouveau navire fut employé dans toutes les guerres de la France contre l'Angleterre. Il avait donc plus d'un siècle d'existence à l'époque de la Révolution. Il était alors commandé par le capitaine Renaudin, qui avait sous ses ordres 725 hommes, tant officiers que soldats.
Il existe, au ministère de la marine, un procès-verbal rédigé par cet officier et qui est une des sources d'information sur l'affaire du Vengeur, qui, en réalité, se nommait alors le Vengeur du peuple.
On sait dans quelles circonstances eut lieu ce mémorable combat.
En mai 1794, un grand convoi de grains, venant des Etats-Unis, était en route pour la France. La famine, qui sévissait chez nous, le rendait doublement précieux, et il faut lire les écrits du temps pour voir ce qu'un tel convoi portait avec lui d'espérances; c'était le salut et la vie même de plusieurs milliers de citoyens. Le convoi était escorté par le contre-amiral Vanstabel, trop faible pour lutter contre les croisières anglaises, qui bloquaient pour ainsi dire la mer, attendant l'arrivée du convoi qu'elles voulaient capturer ou couler. Sur l'ordre du comité de Salut public, une flotte de 26 navires, commandée par Villaret-Joyeuse, sortit do Brest pour protéger l'arrivée du convoi. Le représentant Jean-Bon Saint-André montait le vaisseau-amiral la Montagne. Lord Howe croisait sur nos côtes avec une flotte de 26 vaisseaux et 12 frégates. « C'était une tâche pénible, dit l'écrivain militaire Jomini, d'aller à la rencontre de ces vétérans de l'Europe avec une escadre novice et à laquelle il fallait apprendre en voguant les manoeuvres nautiques. » La flotte française, en effet, contenait une foule de marins improvisés, volontaires, paysans, enfants de Paris, etc., qui suppléaient à leur ignorance maritime par le patriotisme, l'enthousiasme et le dévouement.
A peine la flotte sortait-elle du port de Brest, qu'elle rencontra l'escadre anglaise. A la vue de l'ennemi, tout le monde, excepté l'amiral, demande le combat, et le représentant Jean-Bon Saint-André, qui avait reçu des ordres du comité de Salut public, donna le signal du branle-bas général. Le premier combat eut lieu dans la soirée du £8 mai 1794 (9 prairial an II). Une autre attaque du lendemain matin fut entièrement à l'avantage des Français; mais, dans la soirée, un épais brouillard qui survint tout à coup nous arracha la victoire. Dans cette journée , le Vengeur, pour empêcher la flotte anglaise do couper la ligne française, eut un instant à supporter le feu de 10 navires ennemis, puis combattit 2 vaisseaux à trois ponts qui comptaient chacun plus de canons que lui.
Le 1er juin (13 prairial), dès la pointe du jour, les Français se mirent de nouveau en bataille. Cette journée nous fut fatale. L'amiral anglais, par une manoeuvre aussi hardie que peu usitée, nous attaqua obliquement et dirigea tous ses efforts contre notre gauche, qui ne tarda pas à être accablée. Le Vengeur avait déjà essuyé le feu de deux vaisseaux enqemis, dont un lui était fort supérieur, lorsqu'il s'attaqua au Brunswick et commença cote à côte un furieux combat dans lequel l'Anglais eut le dessous. On ne voyait plus personne debout sur le pont du Brunswick, où le feu s'était déclaré en deux endroits. Les Français, sautant à l'abordage, allaient se rendre maîtres du vaincu, lorsque l'adversaire du Vengeur fut secouru par deux vaisseaux anglais qui parvinrent à le délivrer.
Pendant ce combat, le Vengeur avait perdu tous ses mâts, sauf celui d'artimon, qui ne tomba qu'une demi -heure après. Un trou considérable fait dans sa muraille livrait un facile passage à l'eau, qui s'y engouffrait en grande quantité. Bientôt, lesoras et les pompes ne suffirent plus; le capitaine Renaudin, voyant avec douleur que l'eau gagnant l'entre-pont allait bientôt emplir le navire, frémit à l'aspect du malheur dont son équipage était menacé... Le vaisseau lâcha encore au dernier moment une bordée, salve glorieuse dont l'immortel équipage semblait honorer lui-même ses funérailles héroïques...
Pendant ce combat du Vengeur, les autres navires républicains avaient lutté avec non moins d'héroïsme; un d'eux, le Terrible, fut
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coulé bas ; d'autres désemparés ; la flotte anglaise avait beaucoup souffert, mais elle était supérieure en nombre et en force et avait en outre l'avantage du vent ; Jean-Bon Saint- André et Villaret durent ordonner la retraite pour sauver le reste de la flotte. En résumé, le but avait été atteint par ce combat sanglant et glorieux ; car, pendant ce temps, le convoi de grains et de subsistances (116 navires) avait pu passer, et il parvint heureusement à Brest.
Dans une lettre à sa femme, qui a été publiée, Jean-Bon Saint-André disait : • Nous nous sommes battus pour sauver le convoi chargé de subsistances pour la République, et nous l'avons sauvé... Ainsi, notre combat est une victoire, et la plus belle que nous puissions remporter , puisqu'elle assure la subsistance du peuple... •
Ce n'était une victoire que dans ce sens-là ; autrement, la défaite était réelle, mais elle avait été si héroïquement disputée, que ce fuit d'armes fit le plus grand honneur à la marine républicaine et fut admiré même des Anglais.
Cependantle Vendeur, comme nous l'avons dit, démâté et l'eau pénétrant par les soutes, s'enfonçait progressivement dans le goull're. Mais laissons ici la parole au capitaine Renaudin : * Le Vengeur, dit-il dans son procèsverbal, approchait sensiblement du moment où la mer allait l'engloutir. La partie de notre équipage qui connaissait le danger répandait l'alarme. Ces mêmes hommes, que tous les efforts de l'ennemi n'avaient pas effrayés, frémirent à l'aspect du malheur dont ils étaient menacés. Plusieurs vaisseaux anglais ayant mis leurs canots à la mer, les pompes -et les rames furent bientôt abandonnées. Cej embarcations, arrivées le long du bord, reçurent tous ceux qui, les premiers, purent s'y jeter. ■
C'est sur ce passage du capitaine Renaudin, qui lui-même abandonna son vaisseau perdu et se jeta dans un de ces canots, c'est sur ce passage et sur certaines relations anglaises que se sont fondés ceux qui ont voulu amoindrir l'héroïsme de nos marins, en diminuant avec exagération le nombre des engloutis. Nous verrons tout a l'heure les chiffres exacts.
Nous allons reproduire d'abord les parties essentielles du rapport de Barère 9 la Con vention (séance du SI messidor an H) [9 juillet 179*]. Malgré l'emphase oratoire qui était dans les habitudes littéraires du temps, cette pièce est intéressante et remarquable. Nous en élaguerons seulement ce qui serait inutile à l'étude de notre sujet :
■ Depuis que la mer est un champ de carnage et que les flots ont été ensanglantés par la guerre," les annales de l'Europe n'avaient pas fait mention d'un combat aussi opiniâtre, d'une valeur aussi soutenue et d'une action aussi terrible, aussi meurtrière que celle du 13 prairial, lorsque notre escadre sauva le convoi américain. Vanstabel, en conduisant la flotte américaine dans nos ports, a passé à travers des flots teints de sang, des cadavres et des débris de vaisseaux. L'acharnement du combat, qui avait précédé l'arrivée du convoi, a prouvé combien nos escadres sont républicaines, puisque la haine du nom anglais a dirigé les coups; et plus les forces étaient inégales de la part des Français, plus la résistance a été grande et courageuse. Les matelots anglais revenus dans leur lie n'ont pu dérober à l'histoire cet événement remarquable.Voici ce que leurs papiers rapportent des matelots de l'escadre : ■ Ces Fiançais, • disaient-ils à leurs camarades restés dans
> les ports, ces Français sont comme les cail-
> loux : plus on les trappe, plus ils rendent „ » de feu. •
» Les armées navales de la République française et de la monarchie anglicane étaient en présence depuis longtemps, et le combat le plus terrible venait d'être livré le 13 prairial. Le feu le plus vif, la fureur la plus légitime de la part des Français augmentaient tes horreurs elle péril de cette jouinée.Trois vaisseaux anglais étaient coules bas; quelques vaisseaux français étaient désemparés; la canonnade ennemie avait entr'ouvert un de ces vaisseaux et réunissait la double horreur d'un naufrage certain et d'un combat k mort. Mais ce vaisseau était monté par des hommes qui avaient reçu cette intrépidité d'âme qui fait braver le danger et cet amour de la patrie qui fait mépriser la mort.
» Une sorte de philosophie guerrière avait saisi tout l'équipage ; les vaisseaux du tyran anglais cernaient le vaisseau de ta République et voulaient que l'équipage se rendit ; une foule de pièces d'artillerie tonnent suite Vengeur; des mâts rompus, des voiles déchirées, les membrures du vaisseau couvrent la mer. Tant de courage, tant d'efforts surnaturels vont-ils donc devenir inutiles?
1 Misérables esclaves de Pitt et de George, est-ce que vous pensez que des Français républicains se remettront en des mains perfides et transigeront avec des ennemis aussi vils que vous? Non, né l'espérez pas ; la République les contemple : ils sauront vaincre ou mourir pour elle. Plusieurs heures de combat n'ont pa3 épuisé leur courage ; ils combattent encore; les ennemis reçoivent leurs derniers boulets, et leur vaisseau fait eau de toutes parts.
» Que deviendront nos frèresî Ils doivent,
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eu tomber dans les mains de la tyrannie, ou s'engloutir au fond des mers...,. Une résolution ferme a succédé à la chaleur du combat. Imaginez le vaisseau le Vengeur percé de coups de canon, s'entr'ouvrunt de toutes parts, et cerné de Tigres et de léopards anglais; un équipage composé de blessés et de mourants luttant contre les flots et les canons. La troisième batterie va toucher aux ondes, mais elle vomit encore le trépas sur les insulaires perfides avant de s'engloutir. Tout à. coup, le tumulte du combat, l'effroi du danger, les cris de douleur des blessés cessent; tous montent ou sont portés sur le pont; tous les pavillons, toutes les flammes sont arborés; le pavillon principal est cloué; les cris de : Vive la liberté ! Vive la France ! Vive la République! se font entendre de tous côtés; c'est le spectacle touchant et animé d'une fête civique plutôt que le moment terrible d'un naufrage.
' Un instant ils ont dû délibérer sur leur soit; mais non, nos frères ne délibèrent pas... Us voient l'Anglais et la patrie, ils aiment mieux s'engloutir que de la déshonorer par une capitulation ; ils ne balancent •point; leurs derniers vœux sont pour la République et pour la liberté. Ils disparaissent!...
» Qui nous a donc révélé oe secret de notre gramleurîQuel ami de ta liberté nous a transmis ce trait héroïque qui semble appartenir aux temps fabuleux?
» Qui a tout découvert? Nos ennemis les Anglais, leurs journaux, leur manie de contester notre gloire.
» Entendez le récit d'un journal anglais, en date du 16 juin (vieux style) :
o Les partisans de la guerre actuelle, par » suite de leur respect de la vérité et avec
• leur bonne foi ordinaire, continuent d'as-
• surer que la crainte seule produit dans
• l'âme du Français l'étonnant enthousiasme » et cette puissante énergie dont nous som-
• mes tous les jours les témoins. Voici une » preuve de ce qu'ils avancent : ii est certain
■ que dans la brillante uction navale qui vient
• d'avoir lieu, l'équipage d'un de ces vais-
• seaux, au moment où il coulait bas, fit en-
> tendre unanimement les cris de : « Vive la
> République ! Vive la liberté! • Cette ex- » pression d'attachement à la République ,
■ cette passion dominante pour la liberté, qui » l'emporte sur l'horreur même de la mort,
• est-elle ici l'effet de la force ou de la crainte? » » La crainte pour des républicains t.. . Oui,
ceux qui montaient le vaisseau le Vengeur ont craint que le pavillon tricolore ne lotnbâtau pouvoir des ennemis et qu'il ne fût flétri, déshonoré en passant dans les mains des Anglais. Ils ont voulu s'engloutir avec le signe de la liberté et l'emporter au fond des mers, comme ils en avaient le sentiment au fond des cœurs.
• Les émigrés eux-mêmes, ces vils parricides, ne peuvent refuser leur admiration au courage des républicains. Il est tombé entre nos uiuins une lettre de l'émigré G. Chiche, datée de Crown-Point le 20 juin 1794, écrite à Eriiet-Money, lieutenant de dragons de l'armée anglaise en Flandre :
• Vous savez sans doute que la flotte fran-
> çaise en est venue aux mains avec celle
> de lord Howe. L'action a été des plus ehau- » des qu'on ait vues jusqu'ici sur la mer. Les « sans-culottes se sont battus en désespérés ;
> ils n'ont point manqué de courage, iiiilro
> autres traits de bravoure, un vaisseau fraui çais, se voyant sur le point de couler bas,
• déchargea su bordée dans le moment que i ses derniers canons étaient à fleur d'eau ;
• ensuite les matelots clouèrent leur pavillon
> au vaisseau, de peur qu'il ne surnageât et » ne tombât entre les mains des ennemis, et
• se laissèrent ensuite engloutir sous les on- » des, plutôt que de se rendre. L'histoire ne » nous fournit point de trait de bravoure
• semblable. »
» Un autre papier du H juin rapporte ce trait et dit que c'est l'équipage du Terrible qui adonné cette preuve mémorable de grandeur d'àine et de constance... Dans une lettre particulière d'un officier de l'escadre Howe, ce trait sublime est attribué au vaisseau le Vengeur.
» Et selon le représentant du peuple Jean- Bon Saint-André, cette dernière version est lu plus assurée. C'est le Vengeur à qui appartient cette belle gloire, et si elle a été l'admiration de nos lâches ennemis, quel Français pourrait la lui contester?
■ Ne plaignons pas les Français composant l'équipage du Vengeur; ne les plaignons pas ; ils sont morts pour la patrie 1 Honorons leur destinée et célébrons leurs vertus.
» Un Panthéon s'élève au milieu de la commune centrale de la République ; ce monument de la reconnaissance nationale est aperçu de toutes les frontières : qu'on l'aperçoive donc aussi du milieu de l'Océan 1...
> Nous n'avons jusqu'à présent décerné aucun honneur aux héros de ia mer ; pourquoi ne vous proposerait-on pas de suspendre à la voûte du Panthéon français un vaisseau qui serait l'image du Vengeur, et d'inscrire sur la colonne du Panthéon les noms des braves républicains qui composaient l'équipage de ce vaisseau, avec l'action courageuse qu'ils ont faite?
• C'est par de tels honneurs qu'on perpétué le souvenir des grands hommes et qu'on jette sur les terres de la République des semences de grandeur et de vertu...
VENG
i Ce n'est pas assez de former des héros par l'influence des récompenses nationales; il faut encore rendre à la marine française les vaisseaux que la mer a engloutis. Non, il ne périra pas parmi nous, le souvenir du Veiigeur, et ce nom glorieux va être donné par vos ordres au vaisseau à trois ponts qui, dans ce moment, est en construction dans le bassin couvert de Brest... ■
Barère proposait en outre d'ouvrir un concours de poésie, de sculpture et de peinture pour célébrer dignement ce grand fait.
« David, s'écriait-il, ressaisis tes pinceaux et que ton génie arrache au sein des mers le vaisseau célèbre dont les marins ont arraché l'admiration des Anglais mêmes! »
Enfin, il ajoutait en terminant :
« Que ne puis-je faire entendre ma voix a tous ceux qui défendent la patrie "sur !es mersl Je leur dirais : • Marins de la Répu- » blique, quand vous irez confier vos desti-
• nées à cet élément terrible, tournez un in- » stant vos regards vers le Panthéon, et » vo3'ez-y la patrie reconnaissante ; souve-,
> nez-vous surtout du V.ettgcur, alors que vous
• rencontrerez les tyrans de la nier. La ma- » rine des rois n'était qu'un luxe dispendieux ;
> la marine de la République est une arme » sûre pour parvenir à l'affranchissement des » mers. La liberté a une autre ambition que
■ le commerce. Celui-ci veut des esclaves et
• qu'un seul peuple y domine; la liberté ne » veut pas plus de tyrans sur la terre que sur
• les mers. Ce n'est pas pour être esclaves » maritimes que la nature nous a donné tout » ce qui est nécessaire à la construction do » ports nombreux recevant des vaisseaux et » des mers baignant nos côtes. Ce n'est pas » pour être tyrannisés par des banquiers et » des marchands de Londres quu la Révolu- » tion a remis dans nos mains une fortune » énorme, des bois immenses, une population « guerrière et des marins habiles. Français,
■ soyez braves et grands comme tes républi-
• cains qui montaient le Vengeur, et bientôt » l'Angleterre sera détruite. Rendez libres les » mers de ces pirates et de ces marchands » d'hommes, et les ombres de ces marins qui
• se sont immortalisés sur le Vengeur se ré- » jouiront encore dans leilr tombeau creusé
■ dans l'abîme des mers ! ■
Ce discours fut accueilli par les acclamations enthousiastes do la Convention et dos tribunes ; puis l'Assemblée vota le décret suivant, proposé par Barère au nom du comité :
Art. 1er, Une forme du vaisseau de ligne le Vengeur sera suspendue à la voûte du Panthéon, et les noms des braves républicains composant l'équipage de ce vuisseau-seront inscrits sur la colonne du Panthéon.
Art. 2. A cet effet, les agents maritimes des ports de Brest et de Rochefort enverront sans délai, à la Convention nationale, le rôle d'équipage du vaisseau le Vengeur.
Art. 3. Le vaisseau à trois ponts qui est en construction dans le bassin couvert de Brest portera le nom du Vengeur. Le coin- . missairo de la marine donnera les ordres les plus prompts pour accélérer la construction de ca vaisseau.
Art. i. La Convention nationale appelle les artistes, peintres, sculpteurs et poètes, a concourir pour transmettre à la postérité le trait sublime du dévouement républicain des citoyens formant l'équipage du Vengeur. Il sera décerné, dans une fête nationale, des récompenses aux peintres et aux postes qui auront le plus dignement célébré la gloire de ces marins.
■ Je demande, ajouta Jean-Bon Saint-André, je demande, par un article additionnel au décret que vous venez de rendre, que le commissaire de la marine et des colonies soit tenu de faire les informations nécessaires pour savoir si, en exécution de la loi, des secours ont été accordés aux veuves et aux orphelins des braves marins qui montaient le Vengeur. »
Cette motion fut votée. On croyait alors que tout l'équipago avait péri.
Le Panthéon conserva sur des tables d'airain les noms des marins, et le vaisseau baptisé à Brest du titre glorieux amena plus tard, par un singulier retour, Sidney Smith prisonnier.
Nou's avons rapporté plus haut que le capitaine Rennudin avait pu s'échapper au der- . nier moment sur des embarcations anglaises, avec un certain nombre d'hommes. Après l'engloutissement du navire, plusieurs des naufragés revinrent sur l'eau, s'accrochèrent à deslnâts et autres débris et furent également recueillis par les Anglais. Tous furent conduits comme prisonniers de guerre en Angleterre. L'Océan dévora les autres.
C'est au cantonnement de Tavistock que, le 1" messidor suivant (19 juin 1794), Renaudin, quatre de ses officiers et quelques commis du bord rédigèrent le procès-verbal dont nous avons parlé et dont l'original est aux Archives de la marine.
Nous en donnons le dernier paragraphe, dont les chiffres s'accordent avec les documents anglais :
« Nous nous sommes occupés depuis cette malheureuse journée à connaître le nombre des hommes échappés au péril, et d'après nos différentes demandes verbales et par écrit, nous avons connu qu'il s'était sauvé la quantité de 267 personnes. En sorte que, de 723 hommes qui composaient notre équipage
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avant le premier combat, il s'en est perdu 456, desquels il y a eu, suivant que nous en pouvons juger, a peu près 250 tués ou blessés dans le combat ou malades. En foi de quoi, etc. >
D'après ce calcul, et en tenant pour à peu près exact le chiffre des tués, blessés, etc., il y aurait donc eu 206 hommes d'engloutis; il faudrait encore ajouter à ce nombre, en les défalquant des 267 conduits en Angleterre, ceux qui ont sombré avec le navire et qui ont été recueillis après l'engloutissement; mais on n'en connaît pas le chiffre. En l'évaluant à une quarantaine, ce qui n'est pas exagéré, il y aurait donc eu sur le pont du Vengeur environ 250 hommes, et dans tous les cas plus de 200.
C'est assez pour la gloire de la France et de la marine républicaine, et nous pouvons laisser quelques écrivains anglais et quelques sceptiques chicaner sur des détails sans importance réelle.
D'ailleurs, ceux qui, dans ce moment d'horreur où la mer allait les engloutir, se sont rattachés à ia vie en sautant dans les canots ne s'en étaient pas moins battus héroïquement contre des forces supérieures, et dans un des plus longs et des plus meurtriers combats de mer des temps modernes.
Quant aux acclamations patriotiques poussées par les manns restés sur le pont du Vengeur, elles ont été contestées par cqM. Grifrlts, l'autorité invoquée par Carlyle, mais formellement attestées par d'autres. L'historien anglais des Combats maritimes de la Grande-Bretagne, William James, en reconnaît la réalité, mais il les explique grossièrement, à l'anglaise, en supposant gratuitement que les matelots avaient peut-être fait de fréquentes visites aux spiritueux pour alimenter leur exaltation.
Nous ne nous arrêterons pas à discuter cette hypothèse; qu'on peut qualifier de stupide quand on songe à ces vaillants soldats de la République, nourris d'enthousiasme et de patriotisme, et qui combattaient pieds nus et sans puin pour nous conserver une patrie et sauver la liberté; quand on sait surtout que les matelots du Vengeur étaient engagés depuis le matin dans la lutte la plus meurtrière, et qu'à ce moment suprême, toutes les parties basses du navire et jusqu'à l'entrepont étaient déjà remplis d'eau... Mais il est, croyons-nous, inutile d'insister.
Le capitaine Renaud iu et les officiers qui ont rédigé avec lui le procès-verbal durent ressentir quelque confusion de n'être pas restés à bord, comme il semble que c'eût été leur devoir militaire; et certainement, en racontant les derniers moments de ceux qu'ils venaient d'abandonner, ils n'étaient pas, par situation, portés à exagérer le nombre des héros, ni l'admirable et douloureux spectacle de leur mort, qui pouvait paraître, aux yeux de la patrie et de la postérité, comme un reproche poignant du salut qu'eux-mêmes avaient cherché sur les chaloupes anglaises.
Kh bienl ils constatent cependant qu'en s'éloignanl et au moment où le Vengeur s'abîmait dans les flots, ils virent, ils entendirent leurs frères d'armes « former encore dos vœux pour leur patrie. Les derniers cris de ces infortunés, ajoutent-ils, furent ceux de Vive la République! Ils moururent en les prononçant. >
Que pourrait-on ajouter à ce témoignage de témoins oculaires?
Le 9 février 1850, le président de la République accorda la croix de la Légion d'honneur à sept matelots survivants qui montaient le Vengeur lors du combat du 13 prairial. Voici leurs noms: Laurent Ailhaud, Henri Buucard, Jacques David, Jean-Pierre Cerclé, Jacques Picoulet, Louis Billet et Jean Trpadec.
La poésie et la peinture célébrèrent dignement ce glorieux épisode de notre marine républicaine. Le poëte lyrique Lebrun composa sur ce grand sujet une ode que nous reproduisons ici.
Au sommet glacé du Bhodope, Qu'il soumit tant de fois a ses accord» touchants. Par de timides sons le ûls de Calliope
Ne préludait point à ses chants.
Plein d'une audace pindarique, 11 faut que, des hauteurs du sublime Hélicon, Le premier trait que lance un poète lyrique
Soit uue flèche d'Apollon.
L'Etna, géant incendiaire, Qui, d'un front embrasé, fend la voûle des airs, Dédaigne ces volcans, dont la froide colère
S'épuise en stériles éclairs.
A peine sa fureur commence.
C'est un vaste incendie et des fleuves brûlants; Qu'il est beau de courroux, lorsque sa bouche im-
Voroit leurs flots étincclants. [mense
Tel éclate un libre génie, Quand 11 lance aux tyrans les foudres de sa voix; ' Telle, 4 flots indomptés, sa brûlante harmonie
Entraîne les sceptres des rois.
Toi que je chante et que j'adore, Dirige, ô Liberté 1 mon vaisseau dans son cours. Moins de vents orageux tourmentent le Bosphore
Que la mer terrible où je cours,
Argo, la nef à voix humaine, Qui mérita l'Olympe et luit au front des-cieux, Quel que fût le succès de sa course lointaine,
Prit un vol moins audacieux.
VENG
Vainqueur d'Eole et des Pléiade», Je sens d'un souffle heureux mon navire emporté 11 échappe aux écueils des trompeuses Cyclndes
Et vogue a l'immortalité.
Mais des flots fût-il la victime.
Ainsi que le Vengeur il est beau de périr : Il est beau, quand ie sort vous plonge dans l'ablmc.
De paraître le conquérir.
Trahi par le sort infidèle.
Comme un lion pressé de nombreux léopards. Seul, au milieu de tous, sa fureur étincelle;
Il les combat de toutes parts.
L'airain lui déclare la guerre; Le fer, l'onde, la flamme entourent ses héros, Sans doute ils triomphaient, mais leur dernier ton-
Vient de s'éteindre dans les flot3. Inerre
Captifs!.,, la vie est un outrage.
Ils préfèrent le gouffre a ce bienfait honteux. L'Anglais, en frémissant, admire leur courage
Albion pâlit devant eux.
Plus Sers, d'une mort infaillible, Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs com- De ces républicains l'ame n'est plus sensible ^bats,
Qu'à l'ivresse d'un beau trépas.
Près de se voir réduits en poudre, Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants: Voyez-les délier et la vague et la foudre
Sous des mats rompus et brûlants.
Voyez ce drapeau tricolore Qu'agite en périssant leur courage indompté. Sous le flot qui les couvre entendez-vous encore
Ce cri : • Vive la liberté ! •
Ce cri, c'est en vain qu'il expire, Etouffé par la mort et par les flots jaloux. Sans cesse il revivra répété par ma lyre,
Siècles, il planera sur vous!
Et vous, héros de Salamine, Dont Téthys vante encor les exploits glorieux, Non, vous n'égalez point cette auguste ruine.
Ce naufrage victorieux.
L'illustre auteur du Chant du départ, Marie-Joseph Chénier, a consacré une strophe de son Chant des victoires à l'héroïsme du Vengeur :
Lève-toi, sors des mers profondes.
Cadavre fumant du Vengeur!
Toi qui vis le Français vainqueur
Des Anglais, des feux et des ondes.
D'où partent ces cris déchirants?
Quelles sont ces voix magnanimes?
Ce sont les braves expirants
Qui chantent du fond des abtmes:
Gloire au peuple français! il sait venger ses droits. Vive la République, et périssent les rois!
Parny lui-même, le doux et voluptueux élégiaque, a consacré une pièce à ce glorieux sujet :
Sur l'Océan, jamais la France
Ne déploya tant de grandeur;
Sou bras, de l'Anglais oppresseur.
Punissait la longue insolence ; Du joug de ces tyrans, et si vils et si fiers, Qui toujours sur le nombre ont fondé leur courage, Nos libres matelots affranchissaient les mers; Leurs chants républicains échauffaient le carnage,
Et quelque soit l'arrêt du sort, Ils tiendront leur serment, la victoire ou la mort I Mais bientôt a. leurs vœux les vents sont infidèles.
D'un souffle contraire emporté, Le Vengeur combat seul, de la ligne écarté;
Quatre flottantes citadelles De leurs canons sur lui dirigent tous leurs feux. Il y répond : longtemps le succès est douteuj. La voile déchirée aux vents laisse un passage; Le rapide boulet emporte le cordage; La vergue, sans appui, frappe les mats rompus;
Ils se brisent, et le navire
Au gouvernail n'obéit plus;
Et pos brnves marins de dire :
• Peu, tribord! Feu, bibord! Des voiles et des mâts
• Servent àquiveut fuir, mais nous ne fuirons pas.*
Ces mots augmentent leur audace.
Deux vaisseaux d'Albion, de débris tout couverts, S'éloignent du combat, d'autres ont pris leur place. Du Vendeur cependant les membre» entr'ouverts Laissent de toutes parts entrer l'onde fatale :
Plus d'espoir! la flotte rivale Criait à nos guerriers : • Imprudents, rendez-vous ;
• Baissez ce pavillon ou vous périrez tous. •
• Eh quoi I la superbe Angleterre Dans ses ports verrait le Vengeur Suivre lâchement un vainqueur?
Quel affront pour la France entière!
Nous libres, nous républicains.
Par un marché honteux achetant notre vie, Nous pourrions nous livrer a, votre perfidie'. Et des fera chargeraient nos mains?
A nous déshonorer osez- vous bien prétendre t Les Français aujourd'hui ne savent plus se rendre ! •
Ainsi parlant, nos matelots, Déjà poursuivis par les flots, OUontont sur le tillac; en signe de leur joie, De tous cotés leur main déploie Les pavillons aux trots couleurs.
Et la flottante flamme, et les pavois vainqueurs, Les chapeaux qui couvraient leur tête
Sont élevés dans l'air comme en un jour de fête. La mer s'ouvre; ces mota heureux Consolent leur âme héroïque :
» France, Liberté, République! •
Ils disent, et les flots se referment sur eux.
Troupe invincible et magnanime, De votre dévoûment sublime La France instruira l'univers.
De sa reconnaissance entendes tes concerts.
VENI
Du vaisseau que votre, courage Refusa de livrer à l'infime Albion
Elle suspend la noble image
Aux voûtes de son Panthéon.
Au pinceau (Idole elle ordonne
De vous reproduire à nos yeux,
Et sur l'immortelle colonne
Elle écrit vos noms glorieux.
Ces noms éclatants dans l'histoire, De nos jeunes marins orneront la mémoire, Et dans tous les combats, ces enfants de l'honneur
Se ressouviendront du Vengeur.
Il existe aussi une Ode au Vengeur, du chevalier de Cubières, dit Dorât- Cubières, devenu après 1789 un ardent révolutionnaire. Nous en citerons seulement quelques strophes :
Ouvre-toi, Panthéon, reçois dans ton enceinte Du vaisseau courageux l'image noble et sainte; Que le Vengeur renaisse, & ton dôme appendu; Que ce héros flottant survive a son naufrage,
Et qu'un si digne ouvrage Par A pelle ou Vernet à nos yeux soit rendu !
Est-ce un naufrage horrible, est-ce une aimable fête, Dont le douteux spectacle a mes regards s'apprête ? Quelle allégresse brille au front des matelots? Je les entends crier dans leurizèle civique :
Vive la République!
Tomber, et pour jamais s'engloutir dans les flots.
ils meurent ! Qu'ai-je dit ? ils vivront dans l'histoire ; I,e cri de leur défaite est un chant de victoire Qui déjà fend les airs avec agilité; Et l'abime des eaux, dépositaire avare.
Qui ressemble au Ténare, Est forcé de les rendre à l'immortalité.
Et toi qui sur les mers, victime obéissante, Cours défendre en héros la liberté naissante, Des guerriers du Venjeur apprends à tout souffrir ; Et si tu veux atteindre à leur gloire suprême,
Dis toujours en toi-même ; Pour revivre comme eux, comme eux je dois mourir!
Est-ce toi, peuple anglais, que poursuit notre haine? Non, du crime jamais le penchant ne t'entraîne. Le peuple aime partout à défendre ses droits ; Partout la liberté du peuple est tes deliceB;
J'en ai de sûrs indices :
Les vertus sont du peuple, et le crime est des rois.
A la fin du règne de Louis-Philippe, un chansonnier populaire, Charles Gilles, composa sur ee sujet, éternel connue la gloire nationale, une espèce de ballade qui eut un succès vraiment populaire, et qui se chante encore aujourd'ui. On en connaît assez le refrain :
Les marins de la République Montaient le vaisseau le Vengeur, Au commencement de mars 1S68, on a représenté au théâtre du Châtelet un drame à spectacle, le Vengeur. La censure en voulait d'abord bannir le cri de. Vive la République! mais finit cependant par le permettre. L'utteution était vivement excitée ; mais la pièce, plus que médiocre, ne répondit pas k l'attenta enthousiaste du public, et elle n'eut que peu de succès.
VENGOLINB s. f. (van-go-li-ne). Ornith.
Espèce de pinson, des côtes d'Afrique : La . vengolinb a les pieds et les ongles d'un brun clair. (Mauduyt.)
VENGUDE s. f. (van-gu-de — prov. venguda; de ve»gu, venu). Pêche. Grande entrée d'unt bourdigue, du côté de l'étang.
VENIAT s. m. (vé-ni-atl — mot lat. signif. qu'il vienne). Ordre donné par un juge supérieur k un juge inférieur de venir se présenter en personne, pour rendre compte de sa conduite. H PI. veniat.
Yeni Creator Suiritutt, une des plus anciennes hymnes de l'Eglise catholique. C'est une invocation solennelle nu Saint-Esprit; aussi cette hymne se chai.te-t-elle àlaféie-de la Pentecôte, à l'heure de tierce et aux vêpres, en commémoration du jour ou de l'heure auxquels le Saint-Esprit, d'après les Evangiles, descendit sur les apôtres, en forme de langues de feu.»Le mouvement de cette invocation est singulièrement, poétique, quoique la prosodie et le choix des mots se ressentent de la mauvaise latinité de l'époque où elle a été composée (lit» siècle). Les anciens chrétiens lui attribuaient une vertu particulière et disaient que, si elle était dite k la fois de la voix et du cœur, il était impossible que le Saint-Esprit n'octroyât pas ses sept grâces au fidèle; c'est de ces sept grâces qu'il est question dans le premier vers de la troisième strophe :
Tu septiformix munere...
Le Veni Creator se chante non-seulement k la Pentecôte, mais dans quelques autres occasions solennelles, telles que lors de l'élection d'un pape, de l'ordination d'un évêque, du sacre d'un roi, k l'ouverture d'un synode ou d'un concile, à la translation des reliques des saints ; il est aussi d'usage de le chanter dans quelques cérémonies plus civiles que religieuses, telles que la rentrée des «ours et des tribunaux ou la rentrée des écoles, k la ineste dite du Saint-Esprit. D'après le rituel ecclésiastique, le célébrant, pour chanter le l'en»' Creator, doit être revêtu de la chape, de l'aube, de l'étole et du pluvial ; tous les cier-
VENI
fes de l'autel sont allumés, et tout le clergé e l'église est présent.
L'auteur du Vent Creator est incertain ; le nom de Charlemagne, qui est inscrit en tête dans tous les rituels, ne signifie qu'une seule chose, c'est que telle est la tradition ecclésiastique. Quelques auteurs en rapportent la composition à Charles le Gros; d'après Ekkehart le Jeune, cité par Mabillon, ce souverain, qui se piquait de poésie, aurait envoyé cette hymne à Notker, moine de Saiiit-Gull, en retour du présent que celui-ci lui avait fait de son recueil de Séquences (proses ou prières rimées, qu'on chante aux messes des fètessolennelles après l'évangile). L'amour de ce prince pour les vaines cérémonies religieuses pourrait donner quelque fondement a cette croyance ; Charles le Gros aimait mieux, en effet, entrer dans les églises et prier Dieu d'éloigner les Normands que de monter à cheval et de leur courir sus. Mais cette opinion est partagée par très-peu d'écrivains. La première mention faite de cette composition lyrique date de 898; l'auteur de la translation des reliques de saint Marculfe, abbé de Corbeny, près de Laon, rapporte qu'à cette cérémonie on commença par le Vent Creator et on finit par le Te Deum (Mabillon, Acta santorum ordinis S. Benedicti, tome VI). Il est donc probable que cette hymne datait déjà d'assez longtemps, puisque nous lui voyons occuper, dans une fête solennelle de la fin du ix« siècle, le rang qu'elle occupe actuellement. La date de sa composition doit remonter au commencement du siècle; lorsque, dans" le concile d'Aix-la- Chapelle, convoqué seus les auspices de Charlemagne (809), la doctrine de l'Eglise d'Oecicident concernant le Saint-Eprit, c'est-à-dire son égale procession du Père et du Fils, eut été reconnue et confirmée, un poste se sera inspiré des décisions du concile et les aura consacrées dans une hymne. La tradition postérieure, confondant l'hymne elle-même avec la faveur dont Chartetitagne avait accueilli la doctrine et les Pères du concile d'Aix, lui en aura tout naturellement attribué la composition. C'était, du reste, une occupation familière à nos pieux monarques; il n'est pas certain que Charles le Gros nuit pas composé quelques hymnes; le rituel en contient un grand nombre qui sont authentiquement du roi Robert, ainsi que des répons, des séquences et des antiennes. Bien avant eux, un des premiers rois de la première dynastie , Chilpéric, composa toute une série d'hymnes ; mais il était si ignorant de la prosodie et même de la syntaxe, qu'on ne put faire aucun usage de ces élucubrations royales. VÉN1DIE s. f. (vé-ni-dl — du lat. vena, veine, et du gr. eidos, aspect). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des carduacées, comprenant une vingtaine d'espèces, qui croissent au Cap de Bonne- Espérance.
VÉNIEL, ELLE adj. (vé-nièl, è-le — de venia, pardon, grâce). Théol. cathol. Se dit d'un péché léger, qui ne fait point perdre la grâce et ue mérite pas l'enfer : Péché véniel. Faute vénielle. Le péché véniel ne détruit pas la grâce sanctifiunte, mais il l'affaiblit. (Gousset.)
— Fam. Se dit d'un manquement léger : Ne vous affligez pas ; votre oubli est une faute vénielle et réparable.
VÉNIELLEMENT adv. (vé-niè-le-man — rad. véniel). Théol. cathol. D'une manière vénielle : Pécher véniellement.
VENIERO (Antoine), doge de Venise, mort en 1400. Il succéda, en 1382, à Michel Morosini, lit refleurir le commerce et agrandit les possessions de Venise, qui acquit successivement Corfou, Durazzo, Alessio, Argos, Nauplie etScutari. Par son alliunce avec les puissants Visconti, il hâta la ruine des deux maisons de la Scala et de Carrare et acquit encore aux Vénitiens lavilledeïrévise. Mais, effrayé de l'accroissement de puissance de Jean Galéas Visconti , il favorisa en secret la restauration du jeune Carrare dans le Padouan. Veniero eut pour successeur Michel Teuo.
VENIERO (Francesco), doge de Venise, mort en 1556. Pendant son règne, qui dura deux ans, Venise jouit d'une tranquillité absolue au milieu des grands événements qui agitaient alors l'Europe, Le successeur de F. Veniero fut L. Priuli.
VENIERO (Sébastien), doge de Venise, né vers 1502, mort en 1578. Il commanda la flotte vénitienne à la bataille de Lépante (1571), au succès de laquelle il contribua efficacement; mais la jalousie des autres généraux l'empêcha de recueillir tous les fruits de sa victoire et de s'emparer de Sainte- Maure, comme il aurait pu le faire facilement. Il fut élu doge en 1577, en remplacement de Louis Mocenigo. Le seul fait qui signala son gouvernement de onze mois fut uu incendie qui consuma le palais ducal et détruisit un grand nombre de tableaux du Titien, de Gian Bellino et de Pordenone. Veniero fut remplacé par Niccolo da Ponte.
VENIERO (Dominique), poète italien de la famille des précédents, né a Venise en 1517, mort en 1582. Il débuta de bonne heure dans, la littérature et fut l'ami de Benibo et d'autres hommes éminents de son époque. -Atteint, à l'âge de trente-deux ans, d'une maladie nerveuse qui le rendit infirme pendant plusieurs
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années, il trouva un soulagement à ses souffrances dans la société des savants et des littérateurs de Venise, qui se réunissaient chez lui pour y causer science, belles-lettres, beaux-arts, etc. Ce furent ces réunions qui donnèrent lieu k la fondation de l'Academia Veneziana (1558), dont les premiers membres furent Veniero, Federico Badoaro et Paolo Manuzio. On a de Veniero plusieurs poèmes remarquables par la vivacité de la conception et par l'énergie du style; ils ont été publiés à différentes reprises, et notamment à Bergame, en 1751, sous ce titre : Poésies de Dominique Veniero, sénateur de Venise, etc. Veniero fut l'un des premiers à introduire l'acrostiche dans la poésie italienne. Il traduisit plusieurs odes d'Horace, que Narducci a insérées dans ses Odes diverses d'Horace, traduites par quelques génies éminents (Venise, 1605, in-4«).
VENIERO (Lorenzo),*poete italien, frère du précédent, vivait au xvr= siècle. 11 fut le contemporain et l'ami de l'Arétin, à l'exemple duquel il composa deux poèmes obscènes, la Putana errante et la Zaffetla ou le Trentuno, dirigés contre Angiola Zaffetta, maltresse de l'Arétin. t
VENIERO (Muffeo), poste italien, fils du précédout, né en 1550, mort en 1586. Il écrivit des poésies élégantes en italien et dans le dialecte de Venise. Celles qu'il composa dans ce dialecte appartiennent au genre erotique et ne se distinguent ni par la réserve des expressions ni par la chasteté des images, bien que l'auteur fût archevêque de Corfou, dignité qu'il avait obtenue, à, un âge peu avancé, par le crédit de sa famille; il est vrai qu il ne résida jamais au chef-lieu de son diocèse. Parmi ses poèmes, celui qui obtint le plus de succès a pour titre : la Straszota ou la Beauté en haillons; c'est une parodie très-spirituelle d'une des pièces de vers écrites par Pétrarque en l'honneur de Laure. Les poésies italiennes de Maffeo et de son frère Luigi ont été insérées dans le recueil des œuvres de leur oncle.
VÉNILIE s. f. (vé-ni-!î). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des géoinétrides.
— Moll. Syn. de zéphyrink, genre de mollusques.
VENI-MECUM s. m. (vé-ni-mé-komm — du lat. veni, viens; mecum, avec moi. Il Syn. de
VADE-MIiCUM.
VENIMEUX, EUSË adj. (ve-ni-meu, eu-ze — du vieux français venim, qui est l'ancienne forme de venin , et qui a produit aussi le verbe envenimer). Qui a du venin, qui est infecté de venin : Animai venimeux. Morsure venimeuse. H est des espèces malsaines , vénéneuses et venimeuses dans tous les ordres de la nature. (A. Karr.) Les vipères sont , dans l'ancien monde, les représentants abâtardis des terribles espèces venimeuses gui désolent les contrées tropicales. (A. Maury.)
— Fig, Méchant, envenimé, en parlant des discours ou des personnes qui les tiennent : Les traits venimeux de la médisance. Certains critiques sont les pins venimeux des écrivains. (Batz.) Uae bigote qui jase d'une dévole est plus venimeuse que l'aspic. (V. Hugo.)
— Langue venimeuse, Personne médisante, inaligne, qui cherche a nuire par ses discours.
— s. m. pi. Erpét. Groupe de reptiles ophidiens, comprenant les genres qui sécrètent un venin.
— s. f. Ichthyol. Poisson du genre sparo, qui vit sur les côtes d'Afrique.
— Syn. Veuitueux, venéotm. V. VÉNÉ- NEUX.
VENIN s. m. (ve-nain — lat. venenum, poison, venin. Il n'est guère probable que ce mot appartienne k la même famille que le sanscrit vishan,vishas, poison, latin virus pour visus. On ne peut pasdavaniage le rattacher au verbe latin venire, venir, pénétrer. Il vient peut-être de la racine sanscrite gitan, tuer, frapper, d'où aussi l'irlandais gonaim, guinim, blesser, gen, gain, guin, erse, gonag, blessure, etc.). Liquide malfaisant sécrété par les organes de certains animaux et de quelques plantes, et se communiquant par une piqûre ou une morsure : Le venin d un serpent, d'un scorpion, d'une abeille. Le venin de l'ortie. La vieille opinion que le venin de la vipère n'était jamais mortel pour l homme, tombe devant les faits. (Toussenel.) il Se dit quelquefois pour poison :
J'ai su, par une longue et pénible industrie, - Des plus mortels venins prévenir la furie.
Racine.
— Principe contagieux de certaines maladies, appelé virus par les médecins : Venin de la peste, de la petite vérole. Venin de la rage.
— Fig. Elément de contagion morale : Vos crimes se multiplieront avec le venin dangereux qu'ils portent avec eux, et qui se communiquera d'âge en âge. (Mass.) Il Ce qui envenime, irrite, exaspère : C'est l'orgueil en toutes choses qui met le venin dans la blessure. (Mme de Staël.) [I Haine cachée, malignité, méchanceté : Le venin de la calomnie. L'envie mêle souvent son venin au fiel de la critique. (Boiste.) L'envie est une passion lâche et
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timide qui se nourrit d'amertume et de VENIN' (Thibault.)
— Pop, Personne venimeuse , pleine da méchanceté : C'est un venin que cette femme.
— Etre sans venin, n'avoir point de venin, N'avoir point de rancune, point de malignité.
— Jeter tout son venin, Laisser échapper, dans la colère, tout ce qu'on avait sur le cœur.
— Prov. Morte la bêle, mort le venin, On n'a plus rien à craindre d'un ennemi mort. Signifie quelquefois qu'après la mort d'un ennemi on ne doit plus lui en vouloir.
— Théol. Caractère dangereux pour la foi de ce qui est opposé à la doctrine de l'Eglise : Le venin de l'hérésie.
— Syn. Venin, poison. V. POISON.
— Encycl. Méd. Les venins se rapprochent des matières virulentes (v. virus), en ce que leur action est générale et s'étend k tout l'organisme ; mais ils ont cela de commun avec les poisons qu'ils ne transmettent pas leurs propres propriétés aux parties qu'ils touchent. Tandis que la quantité des virus est indifférente à l'énergie '4e leur action, celle dos venins détermine des troubles d'autant plus graves qu'elle est elle-même plus considérable. Les venins ne sont pas des sécrétions morbides; ce sont des sécrétions normales douées de propriétés morbides, sécrétions fabriquées par des glandes spéciales, mais d'après un mécanisme semblable à celui des autres sécrétions.
Les venins sont, en général, des liquides plus ou moins visqueux et très-riches en matières albuminoïdes. Celui de la vipère est oléagineux, jaunâtre, neutre, d'une saveur d'abord fraîche, puis acre et désagréable. Un fait commun aux venins et aux virus est leur grande instabilité et la facilité avec laquelle ils se transforment sous l'influence des liquides digestifs. Presque tous les venins, comme presque tous les virus, sont innocents dans l'estomac. Si l'on veut les faire entrer dans le sang par cette voie-là, ils s'altèrent avant d'y arriver et leur effet devient nul. On a soutenu longtemps que les animaux venimeux demeuraient rebelles à l'influence du poison qu'ils sécrètent eux-mêmes. Cela est absolument faux. Les éléments anatomiques sont identiques dans toute la série animale, et ce qui tue l'un d'eux dans un animal le tuera aussi dans un autre animal. Tout venin qui arrive dans le sang y est nuisible, que ce soit qhez l'homme ou chez un animal venimeux. Les expériences de Cl. Bernard sont lk-dessus décisives.
L'action des divers venins est très-variable dans son intensité comme dans ses effets. Fontana admet qu'il faut en moyenne 06r,15 de venin de vipère pour tuerunhomme. Or, comme une vipère n'offre dans ses vésicules que 0Sr, 10 de venin environ, qu'elle n'épuise même qu'après plusieurs morsures , il en résulte que l'homme peut être mordu à plusieurs reprises sans que pour cela la mort s'ensuive. Néanmoins, An a vu des cas de mort k la suite de morsures de vipère. Le veninduserpeulk sonnettes est le plus actif de tous et détermine presque toujours la mort. Celui du scorpion, rarement mortel dans nos climats, est plus dangereux dans les pays chauds. Viennent ensuite dans l'ordre d'énergie décroissante les venais de la tarentule [lycosa tarentula), de l'araignée des cuves (seyestria cetlaria), de l'abeille (apis mellifica), du bourdon (bombus lapidarius), de la guêpe (vespa crabbo), e te. Les accidents déterminés par ces insectes sont en général peu graves, et ils n'amènent la mort que dans des cas exceptionnels, lorsque, par exemple, introduits dans les voies respiratoires, ils y occasionnent, une inflammation suivie d'asphyxie ou lorsque la tuméfaction érysipélateuse à laquelle ils donnent lieu s'étend.
Toute la masse des venins n'est pas nuisible, ce qui les distingue des poisons et des virus. Les venins renferment uu principe venimeux caractéristique, qui a été isolé pour certains d'entre eux. Ainsi, on a extrait de celui de la vipère une matière particulière qu'on a appelée échidnine, substance gomnieuse, incolore, inodore, insipide, azotée, soluble dans l'eau et "en qui réside tout le pouvoir actif du eeittri. On a extrait aussi le principe actif du oenin de l'abeille xylocope, de la salamandre, etc.
Le mécanisme de l'action des venins est encore tres-obscur. Il est probable qu'ils agissent d'abord et surtout sur le sang, et ensuite sur certains éléments anatomiques déterminés. D'après Paul Bert, le venin du scorpion est un poison des nerfs et tue spécialement les nerfs moteurs en portant son action sur leur extrémité périphérique, comme fait le curare. Le venin de l'abuille xylocope altère Seulement le sang.
La thérapeutique des affections et morsures venimeuses varie selon les cas. Ou l'on intervient assez tôt pour n'avoir qu'à prévenir l'étendue et le progrès des accidents; dans I ce cas, elle est topique ; ou bien le mal a déjà fait des progrès ; alors elle est générale. Dans ; le premier cas, la succion, les caustiques de , toute sorte (fer rouge, nitrate d'argent, beurre ' d'antimoine, etc.), les ventouses , certaines 1 plantes telles que le guaco, très-usité chez les nègres, etc., sont misa profit soit pour anéantir le venin, soit pour en, provoquer la sortie, ou, du moins, pour ea empêcher la
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propagation. Dans le cas de piqûres d'insecte peu graves, l'ammoniaque liquide, tes topiques doux et émollicnts sont suffisants pour atténuer l'infiummation locale.
Quand surviennent les accidents généraux que nous avons déjà mentionnés, ou même quand ces accidents ne sont encore qu'imminents, il convient de favoriser la transpiration et le sommeil, au moj'en d'eau de fleura d'oranger ou de camomille, à laquelle on ajoute un peu d'ammoniaque. L'ipéca et l'émétique sont administrés en cas de vomisse'' menis bilieux ou de jaunisse.
— Art vétér. Introduit dans l'estomac des animaux, le venin ne détermine aucun accident; il est inolfensif sur certains animaux à sang froid , les escargots, les couleuvres et les autres reptiles; et, sur les animaux à sang chaud, il agit seulement quand il est en contact avec une plaie ou une surface dénudée; et même chez ces derniers, quand il est déposé sur les muscles, le cerveau, les nerfs, la pie-mère, il ne détermine que des symptômes inappréciables. Introduit, au contraire, par la peau dépouillée d'épiderme ou par le tissu cellulaire, il agit avec une extrême promptitude. Même après qu'il a été desséché, il conserve ses propriétés toxiques; on l'a vu, au bout de quelques années, produire les mêmes effets qu'a l'état frais.
Introduit par inoculation ou par morsure, le venin produit des effets locaux et généraux. Les effets locaux se succèdent trèsprompttment. Les bords de. la piqûre enflent, la douleur devient vive et s'accompagne d'un engourdissement marqué qui se propage au loin; les bonis de la piqûre s'entourent d'une auréole inflammatoire , quelquefois se couvrent de petites phlyetènes; l'engorgement s'étend sur les parties voisines et devient œdémateux. Quelquefois ces accidents s'arrêtent et le sujet guérit; d'autres fois, les syiuptômes s'aggravent, l'engorgement s'étend encore, la peau devient froide, violacée , se couvre de taches livides qui se transforment en eschares gangreneuses. C'est alors que la murt peut survenir; sinon les eschares se détachent, s'éliminent, et tout rentre dans l'état normal. Les symptômes généraux sont les suivants : inappétence, fièvre intense, gène extrême des mouvements; pouls dur, fréquent, irrégulier; œil hagard. Les petits animaux éprouvent des tremblements , des nausées , des vomissements, une soif ardente, des sueurs froides et des mouvements convulsifs. Si la mort ne survient pas, les muqueuses prennent une coloration jaune; la fièvre diminue, puis l'animal rentre dans son état normal au bout <le quelques jours ou de quelques semaines. Ces effets sont semblables, quelle que soit l'espèce de serpent venimeux qui a fait la piqûre; ils ne varient que par le degré d'intensiié. La piqûre de la vipère est celle qui produit les symptômes les moins graves; elle est très-rarement mortelle, soit sur l'homme, soit sur les animaux, et mut guérir spontanément lorsqu'elle est abandonnée à ellemême. La piqûre du trigonoeophale, celle du crotale surtout, offre beaucoup plus de gravité; les accidents sont violents et rapides, et la mort survient dans un espace de temps qui varie de quelques minutes a quelques heures. Tous les animaux succombent à cette morsure, et la plus petite quantité de venin suTtit pour amener la mort, qui est toujours suivie d'une prompte décomposition du cadavre.
Ou ire l'espèce de reptile , diverses causes peuvent diminuer ou augmenter la gravité de la blessure. La gravité est d'autant plus grande que le reptile est plus âgé, plus volumineux, plus irrité, qu'il introduit dans la plaie une plus grande quantité de venin, que la chaleur du climat est plus grande. C'est pourquoi les espèces méridionales sont plus à craindre, et, dans nos pays tempérés, la morsure delà vipère est surtout dangereuse au midi et dans la saison chaude. Au contraire, le danger diminue avec le nombre des morsures; en effet, on peut, immédiatement après, se laisser mordre impunément, car il faut toujours un certain temps pour la sécrétion d'un nouveau fluide venimeux. Le danger varie aussi suivant l'espèce du sujet attaqué. "Les carnivores, dit M. Gourdon, qui la redoutent beaucoup, sont ceux qui souffrent le plus de cette morsure; le porc, au contraire, n'en éprouve aucun effet, et il mange lui-même le reptile. Pour les grands quadrupèdes, elle est rarement mortelle; ainsi, pour le cheval notamment, d'après des expériences de Paulet, elle ne serait nullement dangereuse. Cependant M. Chanel a rapporté le cas d'une jument poulinière qui succomba le cinquième jour d'une semblable morsure à la mamelle. Plusieurs morsures consécutives, ou la morsure de plusieurs reptiles à la fois, pourraient rendre la mort plus certaine, et d'autant plus facilement que les sujets seraient plus jeunes, plus faibles, moins prompiemeiit secourus, que la morsure aurait lieu dans des points du corps où abonderait davantage le tissu cellulaire. M. Rainard a remarqué que, si l'animal est mordu à l'encolure, l'engorgement devient tellement considérable qu'il rend la respiration difficile. C'est là une complication qui peut offrir, dans certains cas, une extrême gravité.
Le traitement consiste, en premier lieu, à s'opposer, si on le peut, h l'introduction du
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venin dans la masse du sang, en plaçant une ligature près de la blessure, entre celle-ci et le cœur, au moyen d'un lien assez large pour ne pas provoquer l'inflammation et la gangrène des parties situées au-dessous. On augmente l'effet de cette compression eji ouvrant une veine entre la partie blessée et la ligature ; le vaisseau se vide, le venin est absorbé plus rapidement et versé ensuite au dehors avec le sang qui s'écoule. Si l'on ne peut employer la ligature, on presse fortement aux environs de la" plaie pour en expulser le plus possible le venin. Dans tous les cas, on
F eut aspirer le venin avec des sangsues, si on en a à sa disposition ; alors, on remarque que les premières qu'on applique meurent très-promptement. On peut encore aspirer le venin avec la ventouse à pompe, qui non-seulement aspire directement le venin, mais encore offre l'avantage de s'opposer en partie à sa propagation par la compression que les bords du verre exercent sur les tissus, tout autour de la blessure. La seconde indication est de détruire le venin déposé dans la plaie avec les caustiques et avec le cautère actuel. Parmi les caustiques, l'ammoniaque a été longtemps considérée comme possédant une efficacité absolue, ce qui tenait beaucoup au peu de gravité des blessures qui auraient pu guérir sans aucun soin; aujourd'hui, que l'on sait combien peu grave est la morsure de la vipère, la réputation de l'ammoniaque est un peu tombée, et avec raison; car cet alcali n'est pas assez actif pour la morsure des grosses vipères, c'est-à-dire quand il y a un danger réel. Il est plus sûr d'employer les acides concentrés, le beurre d'antimoine, et surtout le fer i*uge chauffé à blanc, que l'on pionge dans les tissus après avoir débridé la plaie pour permettre au cautère d'atteindre toutes les parties pénétrées par la morsure. On complète ce traitement par des frictions avec des liquides stimulants, tels que l'eau-de-vie et l'ammoniaque; s'il y a un fort engorgement inflammatoire, on emploie les cataplasmes, et, sur les parties œdémateuses, on pratique des scarifications qui laissent écouler une sérosité jaunâtre, ou bien on plonge des pointes de feu qui remplissent la même indication. Les frictions de Uniment ammoniacal, d'onguent vésicatoire, appelant la suppuration a la peau, conviennent encore dans ce cas, ainsi que pour résoudre l'engorgement, qui quelquefois persiste après que tous les autres accidents ont cessé. Quant aux phlegmons, abcès, gangrènes locales et autres désordres qui peuvent survenir, ils doivent être traités p;<r les inoyen's chirurgicaux ordinairement employés dans ces cas. Comme traitement général, on donne des boissons ammoniacales et autres breuvages pouvant agir comme sudorifiques , excitants et toniques. Ces divers moyens conviennent aussi pour la morsure des reptiles les plus venimeux des régions tropicales ; mais ils produisent des effets moins certains à cause de l'énergie du venin; en tous cas, ils doivent être employés proinptement et énergiquement.
VEN1SO (Ignace), prédicateur italien, né à Coino en 1711, mort en 1778. Il entra chez les jésuites et acquit un grand renom comme orateur religieux. Il fut, sur la fin de ses jours, nommé recteur du collège de Brenta. On a de lui : Prediche quaresimali (Milan, 1780, 1 vol. in-8°); Panégyriques (Milan, 1782).
VENIR v. n. ou intr. (ve-nir — lat. venire, mot qui est rattaché par Curtius et Corssen, à cause de la permutation fréquente du g et du b, à la racine sanscrite ga, aller, marcher, présent gigami, aoriste ffgam ; d'où aussi le sanscrit gatis, chemin, leurrée baind, aoriste ebén, aller, marcher, bados, chemin, bebaios, fixe ; le latin biiere dans adbitere, imbitere, rebitere, arbiter ; l'osque-oinbrien ben, venir, le gothique gaggan, ancien saxon gan , haut allemand gen, allemand moderne gehen, aller ; gothique gaygs, allemand gang, chemin ; gothique quiman, amie, allemand queman, Itoman, allemand kommen , venir ; gothique qvums, arrivée, venue, et le lithuanien zengiu, marcher, zengimas, pas, zigis, chemin, etc. Je viens, tu viens, il vient, nous venons, vous venez, ils viennent; je venais, nous venions ; je vins, nous vînmes ; je viendrai, nous viendrons; je viendrais, nous viendrions; viens, venons, venez ; que je vienne, que nous venions; que je vinsse , que nous vinssions ; venant ; venu, ne). Se transporter dans le lieu où se trouve la personne qui parle ou la personne auprès de qui l'on est mandé : Venir à pied, à cheval, en voiture, en poste, à grandes journées. Venir de la promenade. Venir à la rencontre de quelqu'un, au-devant de quelqu'un. Venez ici. Il refusa de venir auprès du roi. Sentiers où l'herbe se balance, Vallons, coteaux, bois chevelus.
Pourquoi ce deuil et ce silence?
— Celui qui venait ne vient plus.