RESPECT
VÉNÉRER v. a. on tr. (vé-né-ré — lat. venerari, dénominatif d'un ancien thème vener, qui représente le védique vânas, adoration, respect, de la racine sanscrite van, ban, vén, honorer, servir, aimer, d'où-uana, adoration, vanin, qui adore, vanas, attrait, amabilité, vénti, prêtre, sacrifice. Comparez aussi le zend van, protéger, garder, et le la;in oeuus dans venustus, gracieux," et Venus, Veneris, la déesse de l'amour. Change é en è devant une syllabe muette : Je vénère, qu'ils vénèrent ; excepté au fut. de i'ind. et au prés, du cond. : Je vénérerai, tu vénérerais). Avoir un respect religieux pour : Vénérer les choses saintes. Vénérer des reliques. Vénérer ses parents.
VÉNÉRICARDE s. f. (vé-né-ri-kar-de —
de venus, et du lat. cardium, bucarde). Mol!. Génie de mollusques acéphales, réuni par plusieurs auteurs aux cardites : La forme des vénéricardes est presque ronde. (E. de Baudement.) Les vénéricardes sont des coquilles arrondies ou ovales. (A. Rousseau.)
— Encycl. Les vénéricardes sont des mollusques acéphales, a coquille arrondie ou ovale, écjuivalve, inèquilatérale, le plus souvent à cotes rayonnant du sommet à la base, a crochet assez grand et incliné, à charnière formée de deux dents cardinales obliques, dirigées du même côté. Ces mollusques vivent dans les mers. La vénéricarde sillonnée
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a une coquille blanche, marquée de roux et de brun sous un épiderme verdâtre; on la trouve dans la Méditerranée, sur les côtes de France et d'Italie. La vënéricarde australe a une forme ovalaiie, une couleur jaunâtre en dehors et violacée à l'intérieur; elle vit sur les côtes de la Nouvelle-Zélande. On connaît aussi plusieurs vénéricardes fossiles des terrains crétacés et tertiaires.
VÉNÉRIDE adj. (vé-né-ri-de — de venus).
Moll. Qui ressemble à une venus.
— f. pi. Famille de mollusques ayant pour type le genre venus.
VÉNERIE s. f. (vé-ne-rl — du lat. venari, chasser. V. venaison). Art de chasser la bête fauve avec des chiens courants : La vénerik est un art qui se perd de jour en jour. I! Chasseurs, chiens et matériel de chasse : Mouler sa vénerie. Le maître valet qui menait toute la vénerie était à quelques pas de Picopin, lui tournant le dos. (V. Hugo.)
— .Administration des chasses d'un souverain : Officiers de la vénerie. Gentilhomme de la vénerie. Pages de la vénerie. Il Lieu où on loge les officiers et tout l'équipage rie chasse d'un souverain : Etre logé à la vénerie.
— Encycl. Lés bêtes de vénerie sont le cerf, le daim, le chevreuil, le sanglier, le loup et le renard ; cependant on court aussi quelquefois le lièvre, par amusement. La vénerie a moins pour objet de capturer le gibier que de le poursuivre et'de le forcer à se rendre, suivant des règles données. Elle exige un personnel nombreux et exercé d'hommes, de chevaux et de chiens; des veneurs habiles pour faire le bois, c'est-à-dire reconnaître à l'avance la bête de chasse, la juger par son pied et ses allures, ses fumées, ses foulées et ses portées ; une bonne meute, appuyée de plusieurs relais, pour l'attaquer, la lancer et suivre sa voie; des relais de chevaux disposés sur le terrain probable de la chasse. C'est un passe-temps vraiment royal ; aussi les forêts de l'Etat, vrai terrain de vénerie, étaient-elles appelées jadis Plaisirs du Roy.
Un équipage de vénerie se compose ordinairement d un bon veneur, qui en a la direction, de piqueurs, de valets de limiers et de valets de chiens; on met un piqueur par vingt chiens, et, pour chaque piqueur, deux valets de chiens, dont l'un est monté et l'autre à pied. Les petits équipages se contentent d un piqueur et d'un valet de chiens, qui suffisent à une meute de trente. Les valets de limiers, aidés de leurs chiens, ont pour mission spéciale de faire le bois ; le commandant de l'équipage leur partage les quêtes ; c'est à eux de juger et de détourner 1 animal.
L'institution des véneries royales, sorte de ministère chargé de diriger tout ce qui sa rattachait aux chasses du roi, doit remonter aux premières années de la conquête franque dont les chefs étaient de « hardis chasseurs de bestes et d'hommes-. »
En effet , à une époque où co droit de chasse était un monopole princier, qui à lui seul traçait comme une large ligue de démarcation entre les conquérants et les vaincus, il est probable que les chefs francs, tout à coup en possession d'un pays couvert de riches forêts, où abondait un gibier de toute sorte que le. Gaulois n'avait point gaspillé, il est probable, disons-nous, que ces chefs, en même temps qu'ils édictaient des peines rigoureuses contre quiconque viendrait les troubler dans l'exercice de ce monopole, ont dû s'entourer d'individus spécialement voués au service de leurs chasses fastueuses, mais sauvages encore. On peut donc reporter ii ces époques reculées l'établissement près les cours royales d'une espèce de service qui devait composer la maison de chasse du roi. Depuis la loi salique, les ordonnances de tous les rois sont remplies de paragraphes qui prononcent les pénalités les plus barbares contre les empiétements à ce droit princier. Cbarle magne, dans un do ses capitulâmes, interdit la chasse sur ses vastes domaines, et Charles le Chauve; plus jaloux encore de sauvegarder le monopole royal, va jusqu'à interdire à ses fils l'entrée de ses forêts, et quiconque, serf ou seigneur, était pris chassant sur ses terres était impitoyablement condamné, le seigneur à une amende exagérée et le serf à être fouetté de verges.
■ Quiconque, serf ou seigneur., pénétrera » dans nos plaisirs sera puni, le seigneur par
■ l'amende et le serf par les verges «(ordonnance du ix« siècle).
Mais la véritable organisation de la vénerie royale ne date guère que du xmo siècle : on connaît le nom du maître veneur de saint Louis, Geoffroy (1231), et celui du premier louvetier de France, créé par Philippe le Bel, Gilles de Rougeau (1308). Tout grand seigneur avait alors un ^équip^ge de vénerie, souvent fort considérable; ejelui de Gaston Phébus, comte de Foix, rivalisait avec les équipages royaux, et l'on, comptait alors dans le royaume 20,000 veneurs ayant des chiens courants. Sous Philippe III, la vénerie royale se composait : d'un grand veneur ayant un traitement de 32 sols par jour, somme alors assez considérable, de six fauconniers, trois veneurs, quatre valets do chiens, deux archers <ët six braconniers; sous Charles VI, elle comptait six veneurs,
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(feux aides, un clerc, des valets ou pages, quatre-vingts chiens courants, des limiers, des lévriers et des mâtins pour le vautrait (équipage pour la chasse du sanglier).
LouisXI, Louis XII, François I",Charles IX, Henri IV, tous grands chasseurs, perfectionnèrent leur vénerie, devenue le plus grand luxe royal, en même temps que, comme art, la chasse à courre parvenait à sa perfection. Louis XII composa ainsi s&jénerie : 1 grand veneur, 4 lieutenants, 4 sous-lieutenants, 40 gentilshommes servant partrimestre, 2 pages, 4 aumôniers, 4 médecins, 4 chirurgiens, 4 maréchaux, 12 valets de limiers, 4 forestiers, 4 valets de chiens à cheval, 12 valets de chiens à pied, 4 valets de chiens ordinaires, tenant les chiens jour et nuit,les grands chiens du roi ne devant jamais coucher seuls. 11 y avait, en outre, un vautrait et un équipage pour le renard.
Sous Louis XIV, la vénerie royale esta son apogée. Le personnel des équipages compte 491 titulaires, y compris la fauconnerie. Il y avait : l° grand équipage du cerf, 2 lieutenants ordinaires servant par semestre et 12 lieutenants de vénerie servant par quartier, 4 sous-lieutenants, "47 gentilshommes servant par quartier, l valet de chiens chef : 4 maîtres valets de chiens, 2 pages, 4 fourriers, 18 valets de limiers, 28 valets de chiens, 4 ordinaires , 2 maréchaux, l chirurgien, l ehâtreur de chiens, 1 aumônier, 3 trésoriers, 3 contrôleurs (200 chiens, 60 limiers); 2» équipage du chevreuil : 1 lieutenant, 3 piqueurs, 3 valets de chiens, 2 ordinaires,
1 page; 3° équipage du lièvre (chiens d'Ecosse) : 2 lieutenants, 1 piqueur, 1 valet de chiens, 1 page; 4° équipage du renard, l capitaine, 4 valets de chiens; 5« équipage du sanglier, 95 piqueurs et valets de chiens, 40 chiens courants, 12 lévriers et dogues; G» grande louveterie, 1 grand louvetier (le marquis d'Hendicourt), 2 lieutenants, l souslieutenant, 2 veneurs, 2 valets de limiers,
2 valets de chiens, 3 maîtres garçons élevant et dressant les chiens, 8 gardes des chiens, 4 sergents louvetiers et un boulanger. Tout ce personnel était sous les ordres du grand veneur François , duc de la Rochefoucauld. Il y avait en outre la vénerie du grand dauphin, montée aussi sur un pied princier, et celle du prince de Condé, à Chantilly.
L'organisation de la vénerie royale resta la même sous Louis XV. D'Yauville, le plus savant écrivain en ces matières et veneur consommé, en commandait les équipages. On comptait alor3 en France un grand nombre de beaux équipages de chasse à courre : ceux du prince de Toulouse, de M. d'CEillançon, d'Enneval, de Courcy, de Fiers, de Saint- Denis, de Faudoas, de La Fresnays, de Cromans. Louis XVI, réformant par esprit d'é-. conomie tout le train de la maison royale, diminua de beaucoup. sa vénerie; il ne garda que l'équipage du cerf, avec un personnel de 22 veneurs ou employés, 140 chiens et 120 chevaux, et l'équipage du chevreuil (12 employés, 80 chiens, 30 chevaux).
Disparue entièrement pendant la Révolution, la vénerie ne se montra que bien timidement sous le Directoire; Barras eut quelques équipages de chasse a courre ; elle fut remise en honneur sous l'Empire. Napoléon reconstitua comme il put sa maison; la plupart des bons veneurs étaient morts, et l'art de la chasse à courre était tombé en désuétude. 11 institua son grand veneur le prince de Wagram, Berthier. Mais Napoléon n'avait point la passion de la chasse, et ce fut seulement par esprit d'imitation des rois ses prédécesseurs qu'il voulut avoir une vénerie. Il la maintint cependant sur un bon pied.
Louis XVIII, comme tous les Bourbons, donna ses soins à la vénerie royale; il ne fit cependant organiser qu'un seul équipage, celui du cerf, sous la direction du comte de Girardin, premier veneur. Le grand veneur était le maréchal de Lauriston. Cet équipage comprenait : 1 commandant de vénerie (le baron d'Hanneucourt), 2 lieutenants, 2 pages, 5 piqueurs, 2 valets de limiers à cheval et 4 à pied, 3 valets de chiens à cheval et 9 a pied, 1 valet de chiens surnuméraire, 1 bou- ( langer (140 chiens courants, 40 limiers et 90 chevaux). La vénerie royale était alors éclipsée par celle du duc de Bourbon, à Chantilly ; le duc de Berry, le comte d'Artois possédaient aussi leurs équipages séparés. Avec Charles X et le duc de Bourbon, la vieille vénerie française, les grands laisser-couire de Rambouillet, de Saint-Germain, de Compiègne, de Chantilly jetèrent leur dernier éclat.
Louis-Philippe, plus roi bourgeois que roi gentilhomme, supprima la vénerie. A peine, en 1838, les princes d'Orléans tentèrent-ils un timide essai de réorganisation ; quelques chasses à courre eurent lieu à Chantilly.
Napoléon III a réorganisé la vénerie à peu près sur le même pied que Napoléon 1er; sans avoir pour la chasse à courre la même ardente passion que François 1er, Louis XIV, Charles X, il en a fait une des grandes distractions des résidences impériales de Fontainebleau et de Compiègne. Ses équipages étaient nombreux et bien tenus, mais il n'y avait d'important que les équipages de cerf. Ils étaient placés sous la direction d'un grand veneur (M. le prince de La Moskowa), d'un premier veneur (marquis de Toulongeon), de deux lieutenants de vénerie (baron Lambert, I marquis de Latour-Muubourg); le baron de
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Loge était lieutenant des chasses à tir. Quant àl'administration, elle fut confiée à un secrétaire général. La vénerie impériale sera probablement la dernière à posséder ces grands équipages qui exigent une administration aussi compliquée que celle d'un département, une armée de piqueurs et de gardes, des meutes de 800 chiens, des écuries de 150 chevaux. La grande chasse est morte en France depuis 1830, et c'est inutilement que quelques gros propriétaires fonciers (le plus célèbre, est un Anglais, ie duc de Beaufort, dans le Poitou), essayent d'en conserver les traditions et entretiennent à grands frais quelques équipages.
En Angleterre, la passion des gentlemen pour la chasse au renard perpétuera longtemps encore les habitudes de vénerie. On évalue à une centaine le nombre de meutes entretenues dans le seul pays de Galles ; chacune d'elles, y compris les hommes d'équipage et les frais d'écurie, coûte k peu près annuellement 40,000 francs. Quelques-unes seulement sont entretenues par des particuliers ; la plupart le sont à frais commun», par un système de souscriptions, h&fox-hunting est plus qu'un divertissement, c'est une institution. « Cet exercice périlleux développe la science de l'équitation et forme ie noyau d'une excellente cavalerie. Wellington regardait le fox-hunting comme la pépinière de la cavalerie anglaise et préférait toujours des chasseurs de renard pour ses aides de camp. On lui parlait un jour d'une meute qu'on se proposait d'organiser par souscription et des difficultés matérielles que rencontrait cette entreprise. « Eh bien, » répondit-il laconiquement, recueillez ce que » vous pourrez et inscrivez mon nom pour la ■ différence. » Cette différence fut de 600 livres Sterling par an. » (Alph. Esquiros.) l
— Livres de vénerie. La vénerie a été l'objet d'études considérables et de traités spéciaux d'une grande valeur; ce sont des gentilshommes, des princes et même des souverains qui le plus souvent ont traité ces matières, dans lesquelles ils étaient profondément versés. On doit au roi de Castille, Alphonse le Sage, un des plus anciens Traités déchusse, après leslivresd'Oppien; àLouisXI les Dits du bon Saitlard ; à Charles IX, la Chasse royale (la chasse du cerf), publiée seulement sous Louis XIII, en 1625, et qui témoigne de ses profondes connaissances en vénerie. Ce livre curieux a été réédité, en 1859, par M. Henri Chevreul. Avec les progrès faits dans l'art de la vénerie croissent les excellents ouvrages composés sur la matière. Le Traité de vénerie dédié à Charles IX par Du Fouilloux (1570, in-4°) est irès-estimé encore aujourd'hui ; c'est un livre à la fois historique et théorique, plein de faits et de renseignements. Salnove fait imprimer sous Louis XIII une Vénerie royale (1665, in-4°), riche de précieux détails sur la situation de la vénerie à cette époque, les plus beaux terrains de chasse a courre en France, les forêts de l'Etat. Verrier de La Conlerie, dans sa Vénerie normande et son Ecole de la chasse au chien courant (1763, in-4»), montre à quel point de perfection la vénerie était arrivée sous Louis XV ; la finesse des observations qu'il y consigne n'a pas été dépassée ; les procédés qu il indique pour reconnaître le gibier par le pied, pour garder le change, sont encore usités aujourd'hui. Toute la science acquise dans les siècles précédents et dans sa longue pratique personnelle est, pour ainsi dire, résumée par d'Yanville, le premier veneur de Louis XVI ; son Traité de vénerie fait nutorité (1788, in-4o). Comme pratique de vénerie, on lui doit un mode d'attaque du gibier par de vieux chiens sages, faciles à retenir, méthode qui a prévalu. Depuis, peu d'excellents livres ont été composés, a l'exception du Parfait chasseur, de ûesgraviers (1810), qui, sous l'Empire, ossaye de continuer les vieilles traditions oubliées de l'ancienne cour, et de la Vénerie française, du baron Lecouteux de Camaïeu, traité'complet, auquel nous avons fait de larges emprunts pour reconstituer l'historique de la vénerie, et qui est surtout remarquable par des études spéciales sur les différentes races de chiens courants.
— Termes devâierie. La vénerieasa. langue spéciale, une langue très-riche et remarquable par sa précision ; les vieux mots y abondent et lui donnent une saveur toute particulière. Elle est restée immuable au milieu des altérations profondes qui ont comme rénové depuis trois siècles la langue française, et un vieux piqueur de Louis XII ou 'de François Ier qui serait ressuscité pour assister aux chasses à courre de Compiègne n'eût pas trouvé un mot de changé dans la langue des veneurs. C'est h la connaissance plus ou moins parfaite de cet idiome spécial que l'on juge tout d'abord les prétentions au noble art de vénerie, et devant des veneurs émérites le mol usuel, le mot français employé aux lieu et place du mot technique ferait l'effet d'un solécisme prononcé devant un aréopage de grammairiens. Dire le bois d'un cerf au lieu de son massacre et sa peau au lieu de sa nappe est un crime de lèse-«ienerte.
Ce qui fait la richesse et la précision de cette langue, c'est qu'elle a des mots pour expliquer les moindres particularités, les plus petites nuances. Le vocabulaire de la chasse au cerf compte à lui seul trois cents termes
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spéciaux; les fientes ou fumées de cette noble bête de vénerie sont dénommées de sept manières différentes, suivant leur état. Il y a huit manières de désigner le sanglier suivant son âge et, en dehors des termes communs de vénerie qui lui sont appliqués lorsqu'on le chasse, il a un vocabulaire propre d'une soixantaine de noms. Le daim, le chevreuil, le lièvre, le loup ont aussi leur vocabulaire spécial. La langue de vénerie n'emprunte même pas à la langue savante las noms des diverses parties anatomiques de la bête ; elle en a créé de nouveaux, qui lui appartiennent en propre. Enfin, loin de rien devoir à la langue usuelle, elle l'a enrichie de bon nombre d'expressions imagées, pittoresques, qui de la bouche des veneurs sont passées dans celle de tout le monde. Ce phénomène n'a rien de surprenant, puisque l'époque où la vénerie a été le plus en faveur est précisément celle (sous Louis XIV) où la cour faisait les lois de la langue. Telles sont les expressions : Aller sur les brisées, prendre le change, prendre les devants, prendre le contre-pied, franchir l'enceinte, faire buisson creux, démêler la voie, rentrer dans son fort, sonner ie hallali, faire la curée, chercher des faux-fuyants, etc.; toutes ces locutions, prises très-souvent dans le sens figuré, appartiennent à la langue de vénerie et spécialement à la chasse du cerf. Cette langue, la '• nôtre, n'est pas usitée qu'en France ; la plupart des termes en ont été transportés dans les langues étrangères, quelques-uns sans changement autre que celui de la prononciation ; l'Angleterre nous doit presque tous ses termes de chasse k courre, ce qui se comprend, puisque ce furent deux piqueurs d'Henri IV qui introduisirent en Angleterre, sous Jacques II et à la prière de ce prince, ce que l'on appelait la grande chasse ou la chasse française. La langue y fut importée avec les procédés et les traditions de la vénerie.
Vénerie (la), de J. Du Fouilloux (Poitiers, 1561, petit in-fol., avec fig. sur bois). Le titre complet du livre est : Vénerie de facqws du Fouilloux, escuyer seigneur dudit lieu pays de Gasline en Poictou, dédiée au roy treschrestien Charles neufiesme de ce nom. Plusieurs receptes et remèdes pour guérir les chiens de diverses maladies. Plus l'Adolescence de l'Autheur. Tel est le titra de l'édition princeps du livre le plus recherché des anciens traités de vénerie. Cette édition est extrêmement rare. Il y a quelques années, dans une vente publique aux enchères, un exemplaire atteignit le chiffre de 3,000 francs.
La Vénerie a eu de nombreuses éditions françaises et étrangères. En 1841, l'éditeur Lebossé, à Angers, la réimprima. Le livre, quoique imprimé à un grand nombre d'exemplaires, fut bientôt épuisé. MM. Robin et L. Favre, imprimeurs-libraires a Niort, le réimprimèrent de nouveau en 18G4 (1 vol. in-4», avec 59 grav. sur bois). Cette édition, enrichie d'une biographie de Du Fouilloux, par M. Pressac, est une des meilleures que l'on connaisse. « La Vénerie de J. Du Fouilloux, dit M. E. Chevalier, écrite avec beaucoup de gaieté, de verve, d'originalité et remplie d'observations curieuses dont les naturalistes modernes ont démontré l'exactitude, en général, est le plus connu, le plus fameux et, sans contredit, le plus recherché I des livres sur la chasse. Je comprends peu ' que certains écrivains aient trouvé Du Fouili loux inférieur aux uuieurs qui l'ont, précédé et inférieur à ceux qui l'ont suivi. Quant aux 1 gravelures, qu'on lui reproche, elles n'é- ; taient que trop de mode alors. » On critique un peu sévère, mais néanmoins très-f.ivora- I ble, Lalleuiant, dans la Bibliothèque, historique et critique des tkéreuticographes, dit : « Les préceptes de l'auteur ont un caractère de vérité qui doit satisfaire tout lecteur attentif. Il s'écarte cependant quelquefois de son but principal et donne des digressions hors d'oeuvre, que l'érudition ne peut remplacer ; il retourne encore trop souvent sur ses pas Mais on ne peut assez
le louer d'avoir préparé de riches matériaux à ceux qui ont écrit depuis lui sur la chasse. Ses observations sur les différentes espèces de chiens de chasse, sur la manière de les élever, de les nourrir et de les dresser; la cure de leurs maladies, les devoirs des va-" lets de chiens et du piqueur, méritent particulièrement d'être lus. La chasse au cerf occupe une très-grande partie de l'ouvrage ; l'auteur en dit trop et n en dit pas encore assez. Les chasses au sanglier, au lièvre, au renard ou ou blaireau supposent beaucoup d'expérience dans celui qui les décrit et font regretter qu'il ne se soit pas étendu davantage: »
i Quand on a lu ce livre, dit M. Pressac, il me semble qu'on peut louer hardiment lo naturel et la simplicité du style. Les idées de l'auteur s'échappent de sa plume avec facilité et viennent se ranger sang emphase sur le papier. Il expose, à notre sens, avec plus d'ordre et de précision que ne parait lui en accorder Lallemant, et l'on sent , quand il décrit une chasse, qu'il vous entraine à sa suite. 11 vous donne presque l'envie da courir sur ses brisées. » Pour terminer, citons les lignes suivantes de René de Maricourt qui, en quelques mots, a jugé, avec autant de bon sens que de vérité, l'œuvre do Du Fouillûux :
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» Je suis d'advis, dit-il, que le chasseur et le veneur ne soient jamais sans le livre du sieur DuFouilloux, lequel est très-bien faict, et est le grammairien des veneurs et chasseurs, et en a escrit curieusement et avec éloquence ; joinct aussy qu'il est facétieux et recréatif; hormis qu'il ne le faut imiter en ses trop grandes desbauches. »
VÉNÉRIEN , IENNE adj ( vé-né-ri-ain , i-è-ne — de Vénus, déesse de l'amour). Qui a rapport -à la copulation, à l'union des sexes : Acte vénérien. Plaisirs vénériens. L homme parait doué d'une impulsion vénénuitixuptusimpérieuseque la femme. (Thoré.) Il Se dit des maladies contagieuses qui se communiquent par les rapports des sexes : Maladie vénérienne. Mal vénérien. Le virus vénérikn attaque tes parties les plus solides des os. (Bulf.)
— Substantiv. Personne atteinte d'une maladie vénérienne : Les vénériens. L'hôpital des VÉNÉRIENS.
— Encycl. Jacques de Béthencourt, en 1527, employa le terme vénérien pour désigner l'ensemble des affections ayant pour origine commune les rapports sexuels et se propageant par contagion directe. Mais à cette époque on ne croyait pas à une véritable contagiosité; on pensait que les éruptions vénériennes étaient des manifestations critiques, destinées à ouvrir une porte au . sang vicié, échauffé ou corrompu. Jusqu'en ces derniers temps, le mot vénérien n'eut pas une acception beaucoup mieux déterminée, et aujourd'hui encore, par un abus de langage, on emploie souvent cette expression sans lui attribuer un sens plus précis. Mais dans la langue actuelle des syphilîgraphes, le qualificatif vénérien ne sert qu'a désigner les affections contagieuses, non virulentes, non spécifiques et non inoculables. Il est, dans ce sens, opposé aux mots spécifique et syphilitique. La blennorrhagie est, dans cette acception, une affection vénérienne, tandis que le chancre inoculable, quoique de même origine, est un accident spécifique. V, syphilis.
VENEltONI (Jean VIGNERON, dit), grammairien, né à Verdun en 1642, mort a Paris en 1708. Il acquit une grande connaissance de la langue italienne, vint à Paris, italianisa son nom et se donna comme Florentin. La pureté de son langage lui attira un grand nombre d'élèves et il est considéré comme un de ceux qui contribuèrent le plus à répandre en France le goût de la littérature et de la langue italiennes. Il fut secrétaireinterprète du roi. Outre des traductions, on a de lui : le Maître italien (1710), grammaire dont on a donné une multitude d'éditions et qui, malgré sa prolixité, était le meilleur travail de cette nature qu'on eût fait jusqu'alors ; Dictionnaire italien-français et français-italien (1708), dépassé depuis par le beau lexique d'Alberti.
VENERSBORG, ville de Suède, sur la baie de Vasbottu, à. l'extrémité S.-O. du lac Vener, par latit. N. 58°22'54" et longit. E. 9°59'3l"; 3,000 hab. Ch.-l. du 'gouvernement d'Elfsborg j maison d'aliénés ; commerce de fer. Fondé en 1642 , Venersborg a été plusieurs fois pris par les Danois et en partie détruit par un incendie en 1834.
VÉNÉRUPE s. f. (vé-né-ru-pe — devenus, et du lat. rupes, rocher). Moll. Genre de mollusques acéphales voisin des pétricoles, comprenant plusieurs espèces qui vivent dans les corps pierreux sous-marins : La vénérupe lamellaire vit dans la Méditerranée. (E. Baudement.) Les vénérupes sont des animaux qui-vivent le plus souvent dans des excavations. (H. Hupé.) Il Ou dit aussi vénéri- Rupe. Quelques-uns disent vénérope.
— Encycl. Les vénérupes sont des mollusques acéphales, keoquille.bivalve, solide, striée ou rayonnée, un peu allongée, irrégulière, tronquée et bâillante en arrière, à charnière composée de dents cardinales grêles, rapprochées et presque parallèles. L'animal est oblong, assez épais, avec le manteau à bords simples et un peu ouverts en avant, pour laisser passer le pied, qui est comprime et allongé. Ces mollusques sont marins et vivent le plus souvent dans des excavations ou des trousqu'ils se creusent dans les pierres. On a cru d'abord qu'ils employaient pour cela un acide sécrété par eux, et qui aurait la propriété d'attaquer les substances pierreuses. D'après Blain ville, cela peut être vrai dans les commencements ; mais il admet que les vénérupes achèvent l'œuvre de perforation par les mouvements imprimés à leur coquille. Plus tard, elles ne peuvent plus sortir de leur retraite, dont l'ouverture est trop petite. Ce séjour habituel des vénérupes fait qu'il est difficile de se les procurer; aussi n'en connaît-on qu'un petit nombre d'espèces. Elles sont généralement d'un blanc sale, ce qui tient sans doute à ce qu'elles sont toujours soustraites à l'action de la lumière. L'espèce la plus commune est la vénérupe irus; on la trouve dans la Méditerranée et quelquefois aussi dans l'Océan, tantôt dans la pierre ou dans la vase un peu durcie, tantôt vivant librement sur le sable.
VENET s. m. (ve-nè). Pêche. Enceinte de filets disposée pour retenir la poisson à la marée basse.
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VÉNÈTE s. m. (vé-nè-te). Antiq. rom. Membre de la faction des bleus, dans les courses du cirque.
VÉNÈTES, en latin Veneti, peuple de la Gaule romaine, dans la Ille Lyonnaise,"au N.-O. des Nannètes; leur capitale était Dariorigum ou Veneti, aujourd'hui Vannes. Ce peuple, dont la filiation avec les Vénètes de l'Adriatique paraît démontrée, a joué un assez grand rôle à l'époque des guerres de César dans les Gaules. Les Vénètes étaient surtout marins et ils entretenaient de nombreuses relations commerciales avec la Grande-Bretagne; ils avaient fini par accaparer tout le négoce entre les lies de l'Ouest et les côtes de l'Atlantique et étaient devenus le peuple le pius puissant de l'Armorique. Le principal entrepôt entre la marine vénète et l'intérieur de la Gaule était le port nannète de Corbilo (aujourd'hui Coiron, entre Nantes et Saint-Nazaire). Durant les guerres des Gaules, ils furent l'âme de la coalition qui, en 56 av; J.-C, essaya d'arracher à César toutes ses conquêtes des campagnes précédentes. Accablée par les désastres que venaient de subir les Nerviens et les Aduatuques,l'Armorique s'était soumise à un lieutenant de César, envoyé pour l'occuper avec une seule légion et qui ne trouva aucune résistance; elle fournit même des otages. Mais, durant l'hiver de 56, César étant en Illyrieetla plupart des légions hivernant entre la Loire et la Seine, les Vénètes se saisirent de quelques officiers romains envoyés pour faire chez eux des réquisitions de vivres et déclarèrent qu'ils ne les rendraient que contre leurs otages. Ils entraînèrent toute l'Armorique septentrionale (Normandie), les Unelles(Cotentin), les Lexoves (Lisieux), les Eburovices (Evreux), et César, revenu au printemps en Gaule, se trouva en présence d'une prise d'arrneS formidable. Il marcha lui-même contre les Vénètes avec trois légions en détachant Tilurius Sabinus avec trois autres contre les Lexoves et les Eburovices. « Ce fut, dit Henri Martin, une guerre toute nouvelle pour les Romains. Presque toutes les places des Vénètes offraient un site analogue à celui du Mont- Saint-Michel ; elles étaient bâties au milieu de- vastes lagunes d'eau salée ou sur des langues déterre inondées chaque jour par le flux et inabordables aux gens de pied durant la marée haute, aux navires durant la marée basse. Quand, après d'immeuses travaux, les Romains parvenaient à contenir la marée par des digues et à élever leurs terrasses île siège au niveau des remparts, les habitants s'embarquaient avec tout ce qu'ils possédaient et ne laissaient à l'ennemi que des murailles vides. Ce peuple de mate- . lots se jouait des efforts d'une armée de . terre. La plus grande partie de la campagne s'écoula sans événements décisifs. » César dut faire construire une flotte , et il y employa presque une année ; ce furent les Pictons et les Santons qui, par jalousie contre le monopole des Vénètes, fournirent eux-mêmes les vaisseaux destinés à vaincre leurs frères. Toute la marine vénète, environ 220 navires, vint offrir le combat à la flotte romaine, en vue de Dariorigum (Vannes) et des légions rangées sur la grève. Le combat fut d'abord à l'avantage des Vénètes ; leurs vaisseaux, énormes nefs auprès desquelles les trirèmes romaines n'étaient que de frêles barques, étaient trop solides pour se laisser entamer par les éperons, et du haut des poupes, qui dominaient les tours de bois des trirèmes ; ils faisaient pleuvoir une grêle de traits, de pierres, de balles de plomb qui incommodaient les soldats romains. César s'avisa d'un expédient : il fit armer des matelots de lames de faux emmanchées à de longues perches et leur donna pour mission de couper les agrès des navires vénètes. Ces lourds bâtiments se gouvernaient à la voile et non à la rame, comme les galères romaines, et une fois désemparés ne pouvaient plus éviter l'abordage ; deux ou trois trirèmes s'acharnaient alors sur un seul bâtiment eiineinietparvenaientà s'en rendre maîtresses. La plus grande partie de la flotte fut ainsi détruite, et Dariorigum tomba au pouvoir des Romains lancés à la poursuite des vaisseaux qui avaient pu s'échapper. L'élite de la nation avait péri dans le combat ; le reste de la population fut vendu aux enchères; tout le sénat fut livré au supplice. Les Vénètes furent ruinés pour longtemps ; cependant quatre ans après, en 52, ils purent encore envoyer un petit corps de troupes au secours de Vercingétorix enfermé dans Alésia et figurer dans les rangs des derniers défenseurs du territoire.
VÉNÈTES, VÉNÈDES et HÉNÈTES, ancien peuple de l'Orient, issu d'un des rameaux de la race indo-européenne et dont les migrations successives, du x'm» au xe siècle av. J.-C, ont pu être suivies en Thrace, dans le nord de l'Italie, dans le bassin de la Vistule, jusqu'à la mer Baltique, en Armorique et dans la Grande-Bretagne. Les Vénètes do l'Adriatique occupaient les basses terres au delà de Vicence et de Padoue et le fond du golfe. Ils étaient là depuis les temps les plus anciens, car ils s'y étaient maintenus contre les Etrusques quand ceux-ci dépossédèrent les Gaëls Ombriens. Ce nom de Vénètes semblerait celui d'un peuple primitif, probablement pélasgique , qui se serait brisé dans les
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âges antéhistoriques et dont les tribus se seraient dispersées parmi les principales races de l'Occident. Sans parler des Hénètes de la Paphlagonie, qui font grande figure dans le monde homérique, on trouve chez les Gaulois nos fameux Vénètes de Vannes et les Vénètes de la Grande-Bretagne {Gwened, Vénédotie ; la partie nord du pays de Galles et la partie sud de. l'Ecosse portent toutes deux ce nom) ; chez les Slaves, les Wendes ouVénèdes; chez les Germains, les Vandales ou Vindiles. Le lac de Constance s'est appelé lac Vénète. Homère donne à ces peuples le nom de Hénètes et les fait originaires de la Paphlagonie. Il en parle dans le dénombrement des nations qui vinrent au secours de Troie assiégée :
« Pylamène , au cœur intrépide , conduit les guerriers de Paphlagonie ; ils ont quitté • la contrée des Hénètes, fameuse par ses haras de mules, Citore, Sésame et les belles cités qui s'élèvent sur les rives du Parthénius. » {Iliade, 1. II, v. 851.) Il convient de remarquer que le nom de Hénètes ("Alvctoi, de itvTj, gloire, honneur, dont les Latins ont fahEeneti et Veneti), n'est que la traduction grecque du nom que se donnaient les Slaves dès la plus haute antiquité et signifie les Glorieux, les Honorables (du slave slava, gloire). Strabon, commentant Homère, dit que, Pylamène ayant été tué et Troie prise, les Hénètes passèrent en Thrace, d'où, après y aroir longtemps erré, ils s'établirent dans le pays qui depuis fut appelé la Vénétie, à l'extrémité de la mer Adriatique. Il aurait, dû dire qu'une partie seulement des Slaves ou Hénètes de Paphlagonie avait passé en Thrace et de là dans le nord de l'Italie après l'an 1300 avant notre ère, pendant qu une autre partie plus considérable du même peuple, poussant plus haut vers le nord de l'Europe, était allée s'établir sur le golfe Vénédique depuis l'embouchure de la Vistule jusqu à celle de la Dwina. Une autre partie resta en Paphlagonie, où les Orientaux les connaissaient, comme on le voit par Flavius Joséphe, sous le nom de Riphats, nom qui paraît avoir été le nom primitif et générique du peuple slave.
Un siècle après Strabon, Tacite trouve dans le Nord un peuple qu'il appelle Vénèdes et que Pline appelle Vénètes, peuple de même origine et de même langue, procédant de la souche paphlagonienne mentionnée plus haut, Pline appelle Vénètes les Vénèdes septentrionaux de Tacite et il appelle Génètes les Hénètes de Paphlagonie. Cette branche paphlagonienne de la grande nation des Slaves qui a peuplé, dès cette haute antiquité, deux pays séparés par de grandes distances, professait le polythéisme grec, au moins en partie, et paraît avoir été surfout fort attachée au culte d'Apollon ou d'Hélios (le soleil), comjne le témoignent; les offrandes que ceux-là même qui habitaient les bords de la mer Baltique envoyaient de si loin à Délos par l'entremise de leurs compatriotes de la Vénétie, au rapport d'Hérodote. L'historien grec appelle Hyperboréens les Vénètes établis sur les bords du Danube et de la Vistule, et, sans s'occuper de leur parenté de race avec les Vénètes de l'Adriatique, constate les singulières relations commerciales qu'ils avaient entre eux. « Les Déliens racontent, dit-il, qu'autrefois les Hyperboréens envoyaient à Délos des offrandes renfermées dans une corbeille, qu'ils remettaientà d'autres peuples leurs voisins, qui la faisaient passer à d'autres vers l'occident, sur le golfe Adriatique. Les peuples d'Occident la portaient ensuite vers le midi, et les Dodonéens étaient les premiers d'entre les Grecs qui reçussent la corbeille. Ceux-ci la portaient au golfe Mélien, d'où on la portait en Eubée, puis de bourg en bourg jusqu'à Carystis. La corbeille ne passait pas par Andros, mais les Carystiens, qui possédaient alors Ténos, la portaient jusqu'en cette île. Enfin ceux de Ténos portaient la corbeille à Délos, et c'est ainsi qu'elle y parvenait. »
La corbeille dont parle ici Hérodote contenait de l'ambre façonné de diverses façons •et était faite de paille artistement tissue. « J'ai vu pratiquer quelque chose de semblable en Thrace et en Pannonie, dit encore Hérodote à ce sujet. Lorsque les femmes sacrifient à Diane laReine,elles ne le font point sans une corbeille de paille de froment et je les ai vues faisant ces sacrifices. »
Encore aujourd'hui, les paysans slaves ont l'art de façonner la paille de froment d'une manière très-curieuse. Us en font des espèces de mitres artistement tissues, dont les filles se couronnent après la moisson et qui sont ensuite suspendues dans les temples. Ainsi, Riphats paraît avoir été en Asie le nom primitif et générique du peuple slave. Ce dernier mot n'était qu'un surnom honorifique, mais qui a prévalu et est devenu la dénomination générale d'un grand peuple qui compte aujourd'hui plusde 50 millions d'âmes. Les dénominations sous lesquelles il a été connu des anciens ne sont également que des épithetes. Paphlagoniens veut dire « nés dans un pays brûlé : • c'étaient les Slaves de 1 Asie Mineure; Hyperboréens veut dire «habitants
la mer Baltique ; Hénètes veut dire « illustres, louables, » et les Romains du Bas-Empire donnaient le nom de Honoriates aux Slaves de la Paphlagonie. Le géographe arménien,
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qui suit en cela Pappus d'Alexandrie, les appelle aussi Honoriates, qui est une traduction latine du grec Benetoi. Jornandès et Paul Warnefried traduisent ce nom de la même manière et ce dernier dit notamment : « Les Latins changent une lettre au nom de ce. peuple et disent Veneii;mais les Grecs écrivent Heneti, qui veut dire laudabiles.
Ainsi les Hénètes de Paphlagonie, après le siège de Troie, dans des temps postérieurs à l'an 1300 av. J.-C, en se divisant par de3 causes qu'il ne nous est donné que de concevoir, sont allés de la Paphlagonie, les uns peupler le nord de l'Europe, les autres s'établir sur la mer Adriatique et sur les côtes orientales de cette mer, ou l'on retrouve en* core quelques-unes de leurs traces, tandis que l'autre partie était restée dans -l'Asie Mineure. C'est celle-ci sans doute qui s'est répandue par la suite dans ce qu'on a appelé depuis la Pologne et la Russie, et dont une branche, au vie siècle de notre ère, a paru assez subitement, pour la première fois, sur les bords du Danube, divisée en deux familles, les Slaves et les Ames de Jornandès.
Au sujet de l'ambre dont les Hénètes du Nord faisaient le commerce et qu'ils envoyaient, des bords de la Dwina, à leurs frères de Vénétie, les écrivains grecs et latins ont fuit souvent une confusion assez singulière. Hérodote, rejetant comme uno fable l'existence d'un Eridanus hyperboréen (la Dwina) sur les bords duquel les Vénètes recueillaient l'ambre, et connaissant mieux les Vénètes de l'Adriatique, crut que c'étaient ceux-ci qui recueillaient l'ambre sur les bords du Padus, appelé aussi poétiquement l'Eridanus. Pline, qui savait bien que le Pô ne roule point d'ambre, a essaye d'expliquer comment cette erreur avait pu naître et n'y est guère parvenu : « Ce sont les Vénètes, dit Pline, que les Grecs appellent Hénètes, qui ont commencé à donner de la réputation au succin. Ce peuple demeure sur le golfe Adriatique, près de la Pannonie. Or, je crois que voici le fondement de tant de fables que l'on a attachées au fleuve Padus. C'est que les paysannes transpadanes portent encore aujourd'hui à leur cou des filets de succin. C'est chez elles une parure, et elles lui attribuent une vertu médicinale contre les vices des glandes dans la gorge etlo cou. » Déjà pourtant, au temps de Pline, les Vénètes de l'Adriatique s'étaient presque entièrement métamorphosés en Romains et avaient cessé leurs relations avec les Vénètes du Nord.
Les Romains n'avaient de notions bien précises que sur les Vénètes de l'Adriatique et leur antique origine orientale ne fut jamais perdue de vue.
L'empereur Justinien dit, dans ses Novelles : Paphlagonum gens antiqua negue ignobilis olim extitit in tantum quidem ut et magnas colonias deduxerit et sedes in Venetiis Italorum fixerit. (Novelle 29). t Les Paphlagoniens, nation ancienne et qui n'était pas sans gloire, avaient envoyé de nombreuses colonies en Italie, dans la pays connu sous le nom de Vénétie. » C'est à un chef échappé de l'incendie de Troie, Anténor, que Virgile attribue la fondation de Padoue : « Anténor a pu, dit-il, échappé du milieu des Grecs, pénétrer en sûreté dans le golfe d'Illyrieet dans l'intérieur des Etats des Liburniens ; il a pu franchir la source du Timave, qui, par neuf bouches, avec un grand murmure, court du haut des monts vers la mer et, comme une mer impétueuse luimême, couvre les campagnes de ses flots bruyants. Là, il a pu fonder la ville de Putaviuin, demeure des Troyens, leur donner un nom et planter les armes de Troie. > D'après Virgile lui-même, cet établissement et cette fondation furent antérieurs à l'arrivée, plus problématique ou moins généralement attestée, d'Enee en Italie. La ville de Patavium était donc plus ancienne que Rome elle-même.Bàtie sur le Medoacus, aujourd'hui la Brenta, elle communiquait à la mer par ce fleuve et par cette suite de marais qu'il forme à son embouchure. Elle fut la patronne de Venise et la plus illustre des villes de la Vénétie dans les possessions des Hénètes en terre ferme.
Le souvertir et le nom des Vénètes ne se perdirent point ]sous la domination romaine. On les retrouve (toujours des frontières de l'Illyrie au deltii du Padus, nommé Delta Venetum. Ils habitaient principalement ces sortes d'îles quasi triangulaires que le Pô forme en se divisant vers l'extrémité de son cours pour se jetertpar diverses branches dans la mer Adriatique. Plus à l'est, à l'extrémité occidentale ûé l'IUyrie, l'antique Aglar, Aquileia, Aquilée, (était une de leurs villes. Ils durent aussi rquelque peu naviguer et certainement pécmer dans ces parages, et dans les îlots maritimes sur lesquels s'éleva depuis Venetia; i| est -certain du reste qu'ils avaient des ports.
Les Romains ihe passèrent le Pô que vers la fin du iii= siècle de Rome, et on trouve les Vénètes toujours alliés des Romains (folybe, 1. II, c. v.). • Au nord des Vénètes, dit Strabon (1. V), éttùent les Carniens, les Cénomanieus, les Aibduaces et les lnsubres. Quelques-uns de ces peuples furent les ennemis des Romains .; maïs les Cénomaniens et les Vénètes unire&t toujours leurs armes \
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b celles de Rome, et cela dès avant l'expédition d'Annibal. »
Ils fournirent aux Romains, soixante et quelques années après, un contingent de troupes contre Annibal,
Silius Italiens, dans le dénombrement de l'armée romaine avant la bataille de Cannes, les mentionne ainsi :
Tum Tfiana mania, tellure antiquitus orti Euganea, profugique sacris Antenoris oris Necnon cum Venetiit AquiUia super/luit arma*
Après la prise de Rome par Alarie (409), la crainte des barbares contraignit les Vénètes à chercher un asile dans les groupes d'îles formées à quelque distance de la côte. Il y en avait une qui servait de port et d'entrepôt au commerce de Padoue ; c était Rialte, Wpa Alta (bord élevé), par corruption Rialta, le moderne Riulto de la reine de l'Adriatique. Ils v élevèrent, en 4SI , une église dédiée à saint Jacques. Un décret du sénat de Padoue, de cette même année, ordonna la construction d'une ville à Rialte pour y rassembler en une seule communauté les habitants répandus dans les Iles environnantes, afin, dit le décret, qu'ils puissent y entretenir, une lîotte année, parcourir ta mer avec plus de sûreté et se défendre avec plus d'avantage dans leur asile. » Tels furent les commencements de Venisn.
VÉNÉT1E, en latin Venetia, contrée de l'Italie ancienne, au N.-E., entre la Norique au N.-E., l'istrie au S.-E,, l'Adriatique au S., la Gaule Cisalpine à l'O. et au N.-O. Le Padus (Pô) la séparait au S.-O. de la Gaule Cisalpine.Les villes principales étaient Aquilée,Vi- . .cence, Vérone, Adriu et Patavium. Comprise pendant quelques années dans le royaume des Lombards, cette contrée forma au moyen âge une grande partie du territoire de la république de Venise, fit ensuite partie de l'empire d'Autriche, puis, sous le premier Empire français, du royaume d'Italie , fit retour a l'Autriche après les événements de 1814 et, jusqu'en 1S66, resta attachée à cet empire; depuis cette dernière date, la Vénétie est comprise dans le nouveau royaume d'Italie, ou elle forme 9 provinces. Superficie totale, 25,054 kiiom. carrés; 2,500,000 hab.
VENETTE s. f. (ve-nè-te. — Ce mot signifie proprement, selon Roquefort, peur pareille à celle du gibier poursuivi par lés veneurs. Scheler croit qu'il vient de vener, expression, populaire pour vesser, et la locution avoir la venelle serait tout à fait analogue à cette autre expression populaire , avoir la foire). Pop. Peur, inquiétude, alarme : Avoir la venkttk. Donner la venette. J'ai une diable de venettb. (Alariv.)
VENETTE (Jean de), romancier et chroniqueur français, né à Venette, près de Compiègne, vers 1307, mort en 1369. Il embrassa la vie religieuse et devint prieur dans le couvent du Carmel à Paris. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages : le Iloman des trois Alarie (la sainte Vierge, Marie Cléophas, Marie Salomé), en rimes françaises, ouvrage curieux, mais sans mérite littéraire (manuscrits de la Bibliothèque nationale) ; seconde continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis;' elle s'étend de 1340 à 1368. Le style se ressent do la barbarie du siècle; mais, suivant Félibien, c'est un des meilleurs monuments de cette époque. D'Achéry l'a publiée dans le tome XI du Spicilegium; une Chronique des carmélites (en latin), insérée dans le Spéculum carmelitanum (Venise, 1507).
Jean de Venette parait avoir été un esprit original, plein de verve; c'était un de ces moines peu dévots et excellents buveurs que Rabelais a peints sur le vif. Certains passages du poème des Trois Marie donnent une idée peu avantageuse de su dévotion et surtout de sa sobriété. Il s'exprime, ainsi au sujet du vin des noces de Caria :
Pleust à Dieu, pour fnoï «sbattre,
Qu'en tenisse trois Los ou quatre,
Voire une isdrie toute plaine !
Si en buvroie à grant alaine.
Ailleurs, ou lit les cinq vers suivants:
Moult aise suit quant audio
Li prestre dire In principio.
Car la messe si est flnée.
Li prestres a fait sa journée.
Qui veult boire si puet aler.
Dans un autre endroit, il rappelle avec complaisance les bons repas qu'il avait faits a la table de Pierre de Nantes , évoque de Saint- Paul-de-Léon.
La continuation de Guillaume de Nangis montre aussi à plusieurs reprises le tendre intérêt que le chroniqueur Jeun de Venette éprouve pour les vignes et le vin. On peut même dira que cette prédilection pour la bonne chère, que l'on rencontre dus deux côtés, a servi particulièrement aux critiques pour établir l'identité des deux écrivains. Peint-il les ravages de l'hiver de l'an 1S63, le continuateur de Guillaume de Nangis n'oublie pas de noter qu'en plusieurs endroits les vignes furent gelées jusque dans leurs racines. Trois uns auparavant, les fruits avaient été en France d'une extrême rareté ; le chroniqueur parle vaguement de la disette du blé, des cerises et des pommes; quant ou vin, il a soin de nous apprendre qu'une queue de vin passable se vendait à Paris plua de SB florins. Enfin son amour
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pour le vin se montre plus clairement encôro dans ce passage, où :1 déplore les ravages exercés par les Anglais dans son pays natal : « Les vignes, dit-il, source de cette liqueur excellente et tant désirée, qui porte la joie dans le cœur de l'homme, les vignes ne furent point cette année fécondées par les travaux des hommes. « Jean de Venette, en bon buveur qu'il était, confessait naïvement sa faiblesse, tantôt eu vers français, tantôt en prose latine. On pourrait diviser la deuxième continuation de Nangis en deux parties, dont l'une aurait été écrite au commencement de 1360 et l'autre peu après 13C3. Mais, quoiqu'elle ne soit pas, ainsi que Sainte- Palaye l'avait,avancé, une espèce de journal écrit jour par jour, elle n'en est pas moins digne de confiance; c'est l'œuvre d'un contemporain, d'un homme qui a vu la plupart des faits qu'il raconte, qui tient les autres de personnes dignes da foi. Il peint, à l'année 1358, les représailles terribles exercées par les nobles contre les Jacques du Beauvaisis, le meurtre des paysans, l'incendie des villages, etc. « Les flammes, ajoute-t-il, ont détruit Verberie, la Croix-Saint-Ouen et beaucoup d'autres villtiges que je ne mentionne pas, parce que je ne les ai pas vus. »
La manière de comprendre et d'écrire l'histoire est chez Jean de Venette bien supérieure à celle de ses prédécesseurs; jusqu'à lui, l'histoire n'est pour ainsi dire qu'un procès-verbal. Les faits y sont racontés dans toute leur simplicité, sans autre liaison que l'ordre chronologique. Pointde critique, point de commentaires ; au lecteur de démêler les effets et les causes, de juger les hommes, les choses, les institutions; l'historien semble mettre toute son ambition à se dérober aux regards, h se faire complètement oublier. Jeun de Venette suit une méthode bien différente; sa plume indépendante et hardie retrace non-seulement les faits qu'il a vus ou qu'on lui a rapportés, mais encore l'impression qu'il en a reçue. Il discute, censure, ap- .prouve avec une égale franchise les actes du pouvoir, les excès des nobles, les résistances populaires. Engagé de cœuretd'action, peutêtre, dans les luttes intestines qui, de son temps, ont ensanglanté la France, il porte dans le récit des laits "toute l'indépendance de ses idées , toute la chaleur de ses convictions-; la passion lui tient lieu de talent et de style; et, pour la première fois, sous la grossière enveloppe de la latinité du moyen âge, l'histoire s'anime, se colore, revêt enfin une allure dramatique jusqu'alors inconnue.
C'est surtout en sa qualité d'historien de parti que Jean de Venette s'oifre à nous comme un curieux sujet d'étude. Il appartient, sinon par sa naissance , au moins par ses affections, à la cla-.se la plus nombreuse de la société, à celle du petit peuple. Il accepte comme un défi le sobriquet de Jacques Bonhomme appliquerai- la noblesse à la population des campagnes, et Jacques Bonhomme devient aussitôt l'objet de toute sa sollicitude. Il n'a de larmes que pour les misères du peuple, d'éloges que pour ses vertus, de chants que pour ses triomphes. D'après les idées politiques de Jean de Venette, il est facile de romprendre quelle était, au xive siècle, la direction des esprits dans la classe nombreuse dont il est à la fois le défenseur et le représentant.
Sa haine contre les nobles français et contre les troupes anglaises n'est pa-s douteuse ; elle respire dans sa chronique tout entière. D'abord favorable au roi de Navarre, il changea de sentiments k son égard quand il vit la façon dont il tenait ses promesses ; aussi ne put-il dissimuler la joie que lui causa la défaite du captai de Buch et de l'armée navarraise à Cocherel (1364).
Jean de Venette était un vrai démocrate, mais il ne faut pas cependant se méprendre sur la portée de ses sentiments et de ses idées démocratiques. Les Français, au xivc siècle, étaient bien moins exigeants qu'ils ne le sont aujourd'hui. Ainsi, Jean de Venette, qui attachait aux états généraux une bien haute importance, puisqu'il considère la dissolution des états de 1356 comme la cause de tous les désordres et de tous les malheurs qui arrivèrent cette année , Jean de Venette ne soupçonnait même pas que le peuple pût jamais rien prétendre dans la souveraineté. Ses déclamations perpétuelles contre le régent et la noblesse ont pu faire croire qu'il en voulait au principe même du pouvoir ; mais, en examinant avec attention les motifs de ses emportements, on se convaincra aisément du contraire. Il ne rêvait pour le peuple, objet de ses prédilections, aucune autorité, aucun droit, aucune prérogative. Les corvées, les tailles, les impositions étaient, à ses yeux, autant d'obligations sacrées auxquelles il fallait se soumettre sans murmurer. Mais l'acquittement de ces obligations donnait droit au peuple de travailler avec sécurité, et de jouir en paix des fruits de son travail. Et c'est pour n'avoir pas entretenu la sécurité dans les campagues, pour n'avuir pas défendu les populations contre l'invàiion étrangère, pour avoir pillé les petits au lieu de tes secourir, que les nobles, défenseursnés du pays, aux yeux de Jean de Venette, ont encouru toute son indignation; c'est pour n'avoir .pas réprimé les abus de sa noblesse que le régent lui a paru digne d'être sévèrement blâmé, malgré l'autorité presque royale dont il était revêtu.
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Les idées qu'il professe sont celles qui donnèrent naissance à la jacquerie. Toutefois, Jean de Venette n'ose approuver cette insurrection de .paysans; il l'appelle une chose monstrueuse, monstruosum negotium. Malgré son aversion pour la noblesse, il refuse aux Jacques le droit de se révolter contre leurs oppresseurs ; il aurait voulu que la punition des nobles émanât de Dieu même ou de l'autorité royale. 11 éta;t révolutionnaire au fond du cœur, et sa joie aurait éclaté sans contrainte s'il eût vu les ennemis du peuple anéantis par un fléau surnaturel ou écrasés légitimement par la puissance royale; mais les principes qu'il avait puisés dans l'ordre monastique ne lui permettaient guère d'approuver la révolte, même la plus légitime. Il y avait en lui deux hommes parfaitement distincts, l'homme du peuple et le moine; l'un qui flétrissait énergiquement la cupide oppression de la noblesse, et l'autre qui condamnait en gémissant les sanglantes représailles des paysans exaspérés par la misère et la tyrannie des seigneurs.
VENETTE (Nicolas) , médecin français, né à La Rochelle en 1622, mort en 1698. Il fut professeur d'anatomie et de chirurgie dans sa ville natale et se fit connaître par les ouvrages suivants : De la génération de l'hommeou Tableau de l'amour conjugal , ouvrage rempli d'erreurs et indigne de. figurer dans la bibliothèque d'un médecin ; Dubuisson l'a entièrement refondu (Paris, 1810,2 vol. in-12); Traité du scorbut et de toutes les maladies qui an ivenl sur mer (La Rochelle, 1671, in-12); Traité des pierres qui s'engendrent dans les terres et dans les animaux (Amsterdam, 1701, in-12).
VENEUR s. m. (ve-neur — lat. venator.
V. venaison). Celui qui est chargé de faire chasser les chiens courants; chasseur de bêtes fauves : Le veneur doit juger l'âge et le sexe du cerf qu'on chasse. (Bulf.) Les veneurs et fauconniers palatins faisaient la partie de la cour ta plus nombreuse. (E. Blaze.) Les veneurs, pour ce coup, croyaient leurs chiens en
[faute.
La Fohtaihi.
— Prov. C'est le bon veneur qui fait la bonne meute, L'habileté des chiens dépend de celle des chasseurs.
— Hist. Grand veneur, Chef de la vénerie d'un souverain.
— Encycl. Chasse. Lo veneur est celui qui dirige la chasse et les chiens, qui quête, détourne, lance la bête, la suit, la remet dans les voies et la fait prendre. Il ressort clairement de cette définition qu'il ne s'agit ici que delà chasse au cerf, au daim, au chevreuil, au sanglier, au loup, et tout au plus au lièvre.
Un bon veneur doit être calme, maître de soi, persévérant, infatigable , sûr de son expérience unie a la science puisée dans le noble exercice de la chasse et dans les vieux traités. A l'exemple d'Eole qui, du haut d'un rocher, morigène les vents :
.... Moililque animas et tempérât iras, il doit savoir dompter l'ardeur et la fougue de ses chiens. Il les connaît tous et sait les enflammer ou les calmer à propos. L'expérience lui a appris qu'il ne faut jamais enlever les chiens; si ie change vient à bondir, il sait quels sont ceux qui demandent à être ralliés de temps en temps, et, tandis qu'il surveille et modère les jeunes, dont l'ardeur est excessive, il n'excite qu'avec réserve les vétérans et les chiens dont il est sûr.
Le bon veneur est passé maître dans la connaissance du pied des animaux, et dès qu'il a pu voir le vol-ce-1'est delà bête qu'il chasse, il distinguera ce vol-ce-1'cst entre mille. Aussi chaque fois que, dans un défaut, le revoir est facile, il met pied à terre, redressant la meute et relevant tout seul le défaut jusqu'à l'entrée des bois, où alors les chiens reprennent sentiment de la voie et continuent la chasse. Quelquefois , afin de rallier toute la meute et de rendre souples, dociles ceux qui sont trop emportés, de faire reprendre haleine h tous , il les arrête d'un seul mot, et, étendant son fouet, il suspend pour un moment la chasse.
Le veneur suit ses chiens partout et ne les perd jamais de vue; ni gaulis, ni fourrés, ni haies, ni clôtures ne peuvent l'arrêter ; il faut ou'il perce en avant avec la meute. S'il est'obligé, soit pour gagner un pont, soit pour toute autre raison, d'enlever les chiens, il ne presse pas sa marche; précédant la meute sagement au trot , le fouet à la main, il amène les chiens à la place où il présume qu'ils retrouveront la voie, les encourage, les fait quêter et leur donne tout le temps de travailler.
Enfin, le bon veneur ne fait qu'un usage, modéré de la trompe ; il sonne rarement et toujours derrière les chiens , qu'il dirige tout en paraissant les abandonner à leur initiative.
— Grand veneur. 11 est question d'offic.ers appelés veneurs sous la première et la ser eonde race ; mais ce fut seulement au xihb siècle que les officiers de la vénerie furent placés sous la direction d'un chef unique, qu'on appelait en 1231 maître veneur et plus tard maître de la vénerie. Il ne prit le titre do grand veneur qu'au xve siècle (1414); il avait alors la grande maîtrise des forêts et portait le titre de grand forestier. Dans la
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suite, la grande maîtrise des eaux et forêts lui fut enlevée. Parmi les principaux»ofrtciers de la vénerie, on remarquait le grand fauconnier, le grand louvetier et le capitaine du vautrait (équipage de chasse au sanglier). La dignité de grand veneur, abolie par la première République.rétablie par Napoléon I« et maintenue sous 1» Restauration, fut supprimée de nouveau par Louis-Philippe, et restaurée encore une fois par le second Empire. Espérons que nous ne verrons plus ressusciter cet emploi parfaitement inutile, s'il n'est pas ridicule.
Le Père Anselme nous a laissé une liste complète des grands veneurs de France ; nous en ferons grâce à nos lecteurs; nous devons cependant mentionner dans cette liste quelques noms connus.
En 1481, le capitaine et maître de la vénerie s'appelait Georges de Chasteanbriant; en 1518, Louis de Vendôme était grand veneur; en 1521, le duc de Guise le devint à son tour et légua la même charge à ses héritiers. En 1602, le duc de Rohan, ennemi des ligueurs, est pourvu de la charge de grand veneur et la lègue à ses héritiers. En 1679, le titre passe dans la famille des ducs de La Rochefoucauld. Enfin, en 1714, Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, prêle serment pour la. charge de grand veneur.
Les noms qui précèdent peuvent donner une idée de l'importance de cette dignité à laquelle aspiraient les plus puissants seigneurs de la cour.
Napoléon, de même que les anciens rois, voulut avoir ses équipages. Berthîer fut affublé du titre de grand. veneur. So.us la Restauration , le comte Alexandre de Girurdrn portait le même titre.
— Superst. Légende du grand veneur. Il existe sur le compte du grand veneur de Fontainebleau une légende assez curieuse, que les gardes forestiers et les bûoberons de la forêt se transmettent dans les longues veillées d'hiver. Ils se plaisent a raconter les apparitions de cet être mystérieux que les rois ou les princes n'ont jamais manqué d'apercevoir dans la forêt lorsque, contrairement à la règle religieuse, ils se sont avisés de chasser pendant les fêtes solennelles. Le veneur , ajoutent-ils, parcourt la forêt, au galop de son cheval, aux naseaux flamboyants; il est vêtu de noir, sa tête surmontée d'une plume rouge, une meute le suit, et le son retentis • sant d'une trompe éclatante le précède.
Ce chasseur fantastique apparut encore, disent les gardes forestiers , pendunt une chasse de Henri IV, Voici le récit de Pierre de l'Etoile dans son Journal de Henri IV: «Le mercredi 12 août 1598, un bruit courut à Paris et dans ses environs que le roi chassant dernièrement dans la forêt de Fontainebleau, aurait entendu le jappement des chiens, les cris et les cors des chasseurs, autres que ceux qui étaient avec lui. Sur quoi ayant cru que d'autres chassaient aussi et qu'ils avaient la hardiesse d'interrompre la chasse , il commanda au comte de Soissons de pousser avant pour voir quels étaient ces téméraires. Le comte de Soissons s'étant avancé a entendu le même bruit de chasse; mais il n'a vu qu'un grand homme noir qui, dans l'épaisseur des broussailles lui cria : « M'entendez-vous, » ou «m'attendez-vous?» Et soudain disparut. Cet événement, faux ou véritable, interrompit la chasse du roi, qui s'en retourna à son cliâtel et donna lieu à maints propos et histoires. •
Des romanciers modernes, s'em parant delà légende, ont fait prédire au roi, par le grand veneur, la mort de la belle Gabrielle d'Estrées. Cette même tradition a également inspiré à Bêranger sa chanson du Petit homme rouge. VENEZlà, nom italien de Venise.
VENEZIANO (Antonio), peintre italien, né à Venise selon Vasari, ou à Florence, selon Baldinueci, vers 1309, mort à Florence en 1384, ou à Pise vers 1389. Il fut a Florence l'élève d'Angelo Guddi, dont il adopta la manière, et, après avoir passé plusieurs années dans cette ville, se rendit a Venise, où les Dix le chargèuent de peindre k fresque l'un des murs de la salle de leur conseil. N'ayant pas été rémunéré de ce travail aussi avantageusement qu'il l'espérait, il quitta Venise et revint à Florence, où il exécuta plusieurs travaux remarquables dans le couvent du Saint-Esprit et dans d'autres édifices ; mais aucune de ces œuvres n'a été conservée jusqu'à nous. Il fut ensuite appelé à Pise pour compléter la série de scènes da la vio do saint Rénier, qui avaient été commencées dans le Campo-Santo par Simon Meimni, et, au rapport de Vasari, les fresques qu'il y exécuta sont les plus remarquables qui s'y trouvent, celles de Benozzo Gozzoli n ayant été peintes que beaucoup plus tard. Les siennes représentent : le Départ de saint fiénicr de Joppé , le Saint montrant à son hâte le démon sous la forme d'un chat; sa Réception à table par les chanoines de la cathédrale de Pise, la Mort et les funéruilles du saint. Veneziano revint encore une fois à Florence, et y peignit dans la tour Degli Agli une Adoration des mages, un Christ mort et un Dernier jugement; mais ces peintures n'existent plus aujourd'hui. Vasari vante la pureté du coloris de Veneziano et l'attribue en partie à ce qu'il ne retouchait jamais ses tableaux lorsqu'ils étaient secs ; le même historien fait aussi l'éloge du flair-obscur do cet artiste)
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ainsi que de la correction et de la grâce de son dessin, du naturel des attitudes de ses personnages et de la variété de leurs expressions. Veneziano était parvenu il l'âge mûr, lorsqu'il renonça à la peinture pour s'adonner à l'étude de la chimie et de la botanique ; il exerça longtemps la médecine avec succès, et, suivant Vasari, il jurait succombé^ victime de son dévouement, pendant la peste qui ravagea Florence en 13S3. D'après d'autres documents, cités par les historiens florentins, il étuit encore vivant à Pise en 1388.
VENEZIANO (Doinenico), peintre italien, né à Venise vers 1410, assassiné en 1464. Il étudia la peinture k l'huile avec Antonello de Messine, acquit une grande réputation dans différentes villes de l'Italie, notamment à Pérouse, et, en dernier lien, se rendit à Florence, où, après avoir exécuté différents travaux, il fut chargé de décorer, avec Andréa del Castagno, une chapelle à Santa-Maria- Nuovh. Castagno, qui ignorait le secret de la -peinture à l'huile, était, jaloux du talent et de la réputation de Veneziano , et résolut sa perte. 11 feignit cependant d'avoir pour lui une grande estime, et rechercha son amitié qu'il n'eut pas beaucoup de peine à gagner, car Veneziano était un homme très-simple. Il s'attacha à Castagno et lui enseigna sa méthode pour peindre à l'huile; Castagno, meilleur dessinateur que son émule, lui était inférieur au point de vue du coloris, et les œuvres de Veneziano écrasaient les siennes au premier aspect. Veneziano quitta son travail à Santa-Maria-Nuova. Castagno le suivit dans la rue, le frappa par derrière à la tête avec une masse de plomb, puis revint précipitamment à Santa-Maria-Nuova, où le trouvèrent ceux qui vinrent l'informer du crime commis sur son ami. Veneziano n'était pas encore mort, et la victime expira dims les bras du meurtrier, qui semblait plongé dans la plus profonde affliction. Vasari , qui rapporte ces faits, ajoute que le crime de Castagno ne fut connu que par l'aveu qu'il en fit à son lit de mort. Les travaux que Veneziano avait commencés dans l'église de Santa-Maria-Nuova ne furent jamais terminés; ils n'existent plus aujourd'hui, niais on voit encore un tableau de lui à Santa-Luciadci-Magnoli. Il excellait dans le coloris et dans la perspective et était très-habile dans les raccourcis.
VENEZIANO (Agostino), célèbre graveur italien, né vers la fin du xv<s siècle, mort après 1536. Comme plusieurs de ses gravures SOtlt signées Auguatinua Vendu* de Muai*, on a supposé que son nom de famille était Muai ou Muil. Il fut l'élève de Marc- Antoine Raimondi, pour lequel il exécuta à Rome, avec Marco de Ravenne, plusieurs gravures, d'après Raphaël principalement.
Veneziano se sépara de Raimondi après la mort de Raphaël (1520) et travailla seul. On ne sait pas si c'est antérieurement ou postérieurement à cette époque qu'il offrit ses services à Andréa del Sarto, pour lequel il exécuta une planche, qui déplut tellement à ce maître qu'il ne voulut plus dans la suite faire graver aucun de ses tableaux.' Le style de cet artiste tient beaucoup de celui de Raimondi, mais il est très-inférieur à ce dernier au point de vue du dessin et du clair-obscur; son dessin est généralement lourd et son clair-obscur maiivuis. Suivant Strutt, il fut le premier à employer le pointillé dans la gravure. Ses œuvres sont assez nombreuses ; mais comme elles ont été souvent copiées, et que les planches ont été plusieurs fois retouchées, il est très-difficile de se procurer les épreuves originales. Ses portraits sont supérieurs à ses autres gravures. On cite parmi les compositions les plus remarquables de Veneziano : les portraits du Pape Paul III, de François lot, de Charles-Quint et de tiarberousse, les Israélites recueillant ta manne, d'après Raphaël ; les Quatre évangélistes et une Nativité, d'après Julio Roinano; les Squelettes ou le Lieu de sépulture, d'après Bandiuelli, l'œuvre capitale de Veneziano; CtéojiÛtre et le Massacre des innocents, d'après le même peintre; la Dernière cène, d'après la gravure sur bois d'Albert Durer, etc.
VENEZUELA (république de), Etat de l' Amérique du Sud, baigné au N. par la mer des Antilles, au N.-K. par l'océan Atlantique ; limité à l'E. par la Guyane anglaise, au S. par la province brésilienne d'Alto- Amazonas, à l'O. par la république de l'Equateur; compris entre 0°15'-12<>lû' de latit. N. et entre 62^-75° 38' de longit. 0.; superficie, 1,114,000 kilom. carrés; pop., environ 1,600,000 hab. Capitale, Caracas. Les côtes du Venezuela, qui ont un développement d'environ 1,200 kilom., présentent plusieurs accidents qui sont, en allant de l'O. à VE., le golfe de Venezuela, le golfe de Coro, la presqu'île de Paraguana, le golfe Treste, le cap Cadera, les lies de Tortugo et de Margarita, la presqu'île de Cumana et la baie de Paria; enfin, tout à fait à l'E. et ■près de la frontière de la Guyane anglaise, l'embouchure et le vaste delta de l'Orénoque.
Une chaîne de montagnes parcourt de l'E. à l'O. la partie septentrionale du Veuezuela ; au N. de cette chaîne coulent quelques rivières qui vont se jeter immédiatement dans la mer ; tels sont le Tapayo, le Toenzo, qui coule en partie sur la limite occidentale du pays, l'Unure, qui forme une partie de celle de l'E. Dans le sud de la contrée s'étendent I
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de vastes plaines, baignées par l'Apure et l'Orénoque, et traversées par le Jacome, le Guarico et la Portuguesa. Le plus grand lac du Venezuela est celui de Valenciaau N. Le climat est très-chaud sur la côle et dans les plaines. Ces dernières sont inondées par des pluies périodiques qui commencent en avril et finissent en novembre. Un air pur et tempéré règne dans les montagnes. Topographiquement on peut diviser le territoire de Venezuela en trois grandes zones : la zone agricole, comprise entre les côtes et les plaines ou savanes, embrasse une étendue de 8,737 lieues carrées, sur lesquelles 500 seulement ont été défrichées et en partie cultivées depuis la conquête; celte zone compte cinquante baies et trente-deux ports, au nombre desquels sont ceux de Puerto-Cabello,. Maracaîbo, Caracas, Cumana, La Guayra.
Cette portion pourrait facilement alimenter 7,000,000 d'habitants. La zone des Itanos ou savanes comprend 9,000 lieues carrées, et ne renferme pas plus de 40,000 habitants. Il y a enfin la zone des bois, des montagnes sans culture, des forêts vierges, qui absorbe dans son ensemble près de 18,000 lieues carrées. La zone boisée pourrait donner asile à une population de 16,000,000 d'habitants; elle en coinpieau plus 60,000 : 40,000 Indiens indépendants habitent cette partie du Venezuela; le reste de la population se compose de tribus soumises ou d'Indiens mêlés et de quelques familles créoles espagnoles. Les lu-. diens, bien que sauvages, cultivent le sol pour leur nourriture ; ils sont réunis en groupes de quarante à cinquante familles. Leur caractère est doux et leurs coutumes indolentes, à l'exception des Guaibes, des Guayaraibos (Caraïbes) et des Guagirus; d'autres Indiens, les Guaranos, habitent le delta de l'Orénoque. La population de ce pays, composée des blancs hispano-américains, comprenant à peine un quart du chiffre total, des Indiens soumis et insoumis, des métis, des nègres, île s'élève pas au-dessus de 1,600,000 âmes.
Le Venezuela est une des contrées de l'Amérique du S. qui offrent le plus de variété de produits naturels. La fertilité de son sol fst extraordinaire : plantes utiles à la vie ordinaire ou à l'industrie, plantes médicinales, céréales, bots de tout genre, fruits, cannes à sucre, café estimé, cacao excellent, tabac indigo, cochenille, etc., tout s'y réunit et y croît en abondance. Cette contrée nourrit de nombreux troupeaux de bétail, et les cerfs y abondent. Bien que le Venezuela appartienne a la région équinoxiale, généralement considérée comme le pays de l'or et de l'argent, on n'y connaissait pas encore de riches mines de métaux précieux jusqu'en 1850, époque où l'on a découvert que le Yuriario, dans la province de Guyana, roulait des sables aurifères assez abondants, ce qui donnerait lieu do supposer l'existence de mines d'or non loin de ce cours d'eau. Généralement, du reste, l'or et l'argent ne se trouvent pas à l'état de filons réguliers dans les terrains rocheux du Venezuela, mais ils sont disséminés en parcelles presque imperceptibles. Sur d'autres points, on avait découvert autrefois, près de Barquisimeto, des mines d'étuin qui ont été abandonnées après avoir été exploitées. Les mines de cuivre de Aroa, dans la sierra de San-Felipe, ont donné longtemps d'assez grands bénéfices. Elles produisaient un cuivre rouge préférable, assuret-on, à ceux de la Suède. En 1S00, elles donnaient environ 1,500 quintaux par an. Elles ont été exploitées depuis par une compagnie anglaise qui exportait, dès 1838, 70,550 quintaux et qui en relire aujourd'hui plus de 100,000. Les provinces de Coro, Carabobo, Merida, Caracas, renferment également des mines de cuivre qui n'ont pas été exploitées. Dans ces mêmes provinces, on a reconnu des veines de charbon minéral qui restent à explorer. La riche saline de Aiaya, qui fut reconnue vers 1499 par Alonso Nifio, qui excita autrefois l'envie des Anglais, des Hollandais et d'autres nations maritimes, est inépuisable et ne nécessite presque aucun travail. La province de Caracas possède d'autres salines ou récifs dits los roques, à quelques lieues de ses côtes. Cellesqui existaient sur l'île de la Tortue furent détruites par le gouvernement espagnol, qui craignait qu'elles u'auirassent l'attention des étrangers. Le Venezuela possède encore des granits, des marbres en abondance dans toute la Cordillère, ainsi que des eaux minérales de tout genre.
Le Venezuela étant un pays entièrement agricole, ses exportations consistent en café, indigo, sucre, cacao, coton, cuirs de bœufs et de cerfs, etc. La culture du coton a pris une grande extension depuis 1862. Les exportations ne sont frappées d'aucun droit; l'importation des produits similaires à ceux qu'on obtient dans le pays est prohibée. Le commerce extérieur est évalué pour les importations et les exportations a 80 millions. On estime le chiffre des importations à 34 millions, dont 5 à 9 millions reviennent à la France. Les portsde Guayia, Puerto-Cabello et Maracaîbo exportent beaucoup de café. L'industrie du pays est sans importance. Les soieries, les vins, la parfumerie, la chapellerie, et, en général, tous les articles de mode française, sont en faveur sur les principaux marchés.
Depuis 1829, le Venezuela a adopté le
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gouvernement républicain. La constitution du 21 décembre 1858 modifia particulièrement le droit électoral. La constitution du 28 avril 1864, qui est depuis cette époque en vigueur, a établi le système fédératif. La république prit alors le nom d'Etats-Unis du Venezuela et forme une confédération composée de dixneuf Etats : Apure, Aragua, Barcelona, Barquisimeto, Bolivar, Carabobtfî Cojedès, Coro, Guarico, Guyane, Merida, Nueva-Andalucia, Nueva-Ésparta, Portuguesa, Tachita, Trujillo, "ïaraèuy, Zamora et Zulia. Ces Etats sont libres et, dans une certaine mesure, souverains. Us ne peuvent avoir d'autre forme de gouvernement que le gouvernement démocratique, électif, représentatif et responsable. Ils s'administrent eux-mêmes, mais doivent être tous soumis à une législation civile et criminelle uniforme ; ils fournissent en cas de guerre un contingent fixe. Enfin ils ont certains devoirs à observer les uns envers les autres, notamment en ce qui concerne la canalisation des cours d'eau et le transit des marchandises par leurs frontières réciproques. La législature de chaque Etai doit comprendre au moins sept membres. A la tête de chaque Etat est un gouverneur nommé par le président de la republique sur une liste de trois membres présentée par la législature provinciale; le pouvoir législatif de la confédération appartient à deux Chambres : le Sénat et la Chambre des représentants. Cette dernière est renouvelée en totalité tous les deux ans; le Sénat ne se renouvelle tous les deux ans que par moitié. Chaque Etat élit deux sénateurs et un député par groupe de 25,000 habitants. Les Chambres s'assemblent à Caracas, le 20 février de chaque année, de plein droit et sans convocation. La réunion des deux Chambres, qui a lieu dans certains cas spécifiés, forme le Congrès. Le pouvoir législatif fait les lois, fixe le chiffre de l'armée, déclare la guerre, requiert le pouvoir exécutif de conclure la paix, approuve ou rejette les conventions diplomatiques, est chargé de rédiger un code de lois uniformes et applicables à toute la confédération, etc. Les territoires dépeuplés ou habités par des Indiens non civilisés sont régis par des lois spéciales, et dépendent immédiatement du pouvoir exécutif. Le pouvoir exécutif est confié à un président élu pour quatre ans, au scrutin direct et secret parles dix-neuf Etats fédéraux, et il est rééligible. Les deux vice-présidents sont également élus. Le président administre le pays, choisit les ministres au nombre dé six, nomme aux fonctions diplomatiques et à quelques autres emplois réservés. En cas de guerre étrangère, il peut exiger l'avance des impôts et suspendre les garanties que la constitution accorde aux personnes, excepté celle de la vie. 11 est, ainsi que les vice-présidents et les ministres, responsable devant les Chambres. Une haute cour de justice composée de cinq membres nommés à l'élection juge les délits liplomatiques, les questions de compétence contre les pouvoirs, les conflits qui surgiraient entre les Etats fédérés.
L'esclavage est supprimé ; au Venezuela, les nègres et les hommes de couleur jouissent de tous les droits et arrivent à tous les emplois. La constitution admet la liberté absolue de la presse, le droit de réunion, d'association, etc., la liberté d'enseignement. Aucun sujet vénézuélien ne peut être saisi pour dette, sauf le cas où il y aurait fraude ou délit. Aucun accusé ne peut eue mis en arrestation avant une information sommaire établissant sa culpabilité.' La constitution regarde comme sujets vénézuéliens tous les citoyens nés sur le territoire de la république, même les fils d'étrangers.
La religion catholique est encore regardée au Venezuela comme la religion de l'Etat. Seule elle peut être exercée publiquement dans les temples. Toutefois, les Américains, les Anglais et les Français peuvent exercer tout autre culte, soit à l'intérieur des maisons, soit dans des chapelles particulières ; un archevêché a été établi à Caracas et des évêchès à Mérida et Augustina.
L'instruction supérieure est donnée par l'université de Caracas, qui a dix-neuf professeurs, et par une université moins importante établie à Merida; l'instruction secondaire par treize collèges et l'instruction primaire par un millier d'écoles entretenues par les communes et presque toutes entre les mains du clergé. Aussi, bien que l'instruction primaire soit gratuite et obligatoire, le peuple vit dans la plus profonde ignorance et est complètement à la mejei d'un clergé fanatique, et qui n'en sait guère plus que lui. D'après une loi votée en février 1873, le service militaire est obligatoire, la durée du service est de quatre ans. L'armée doit se composer des contingents de chaque Etat et se renouveler d'année en année pour un quart. L'effectif est d'environ 3,000 hommes. Quant aux officiers, ils sont extraurdinairemeut nombreux ; on compte au Venezuela 19 généraux, 23 colonels et 60 officiers supérieurs. La marine de l'Etat se compose de 6 vapeurs portant 60 canons. '
Le budget de 1873 - 1874 s'élevait à 17,745,000 francs pour les recettes, et à 18,211,720 francs pour les dépenses. La principale source des revenus publics consiste dans le produit des douanes, évalué à 16 millions; mais 55 pour 100 de ce produit
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sont affectés au service des intérêts de la dette et de l'amortissement des emprunts. La dette publique est de 120,804,560 piastres, dont 83,656,902 pour la dette intérieure, 25,017,311 pour la dette extérieure et 10 millions environ de dette différée. La dette intérieure a été convertie en 1872 en dette consolidée amortissable moyennant une diminution considérable du capital. Les créanciers de la dette extérieure sont les Etats- Unis, la France, la Hollande, l'Angleterre, l'Italie et le Danemark.
Le Venezuela ne possède pas encore de chemins de fer ; une ligne télégraphique a été établie entre La Guayra, Caracas, Puerto- Cabello, etc., e'est-à-dire dans la partie la plus riche du pays. Sous l'administration du président Guzman Blanco, les routes ont été améliorées et on a construit plus de 400 kilom. de chaussées nouvelles. La poste est convenablement organisée. La malle d'Europe arrive six fois par mois à Caracas, la capitale.
— Histoire', Alphonse Ojeda reconnut la lagune de Maracaîbo en 1499. Les Espagnols, à leur débarquement, voyant quelques huiles que les Indiens avaient établies sur des pieux pour les élever au-dessus des eaux stagnantes qui couvraient la plaine, donnèrent au. pays le nom de Venezuela ou petite Venise. Ils firent quelques tentatives pour s'y' établir, mais sans succès. En 1527, Charles- Quint, par un décret, ordonna de mettre en esclavage tous les Indiens qui résistaient à la conquête, et céda à titre de fief aux Velsères, riches banquiers d'Augsbourg, auxquels il avait fait des emprunts considérables, toute la province de Venezuela. Ces banquiers envoyèrent, en 1528, Ambroise' Alttnger gouverner la colonie, avec le titre d'adehmtado. A la tête de 400 fantassins espagnols et de 80 cavaliers, Alfinger établit le siège de son gouvernement a Curo, pénétra dans l'intérieur, et mit tout à feu et à sang. Blessé à mort par les Indiens, il fut remplacé par Georges Spira, que vint seconder bientôt Nicolas de Federmann dans une aventureuse expédition aux montagnes de la Nouvelle-Grenade. La colonisation fit peu de progrès sous l'administration des délégués des Velsères, uniquement occupés de l'appât du gain. Beaucoup d'Indiens furent réduits à l'esclavage, un plus grand nombre fut impitoyablement massacre, et, pendant l'espace de dix-huit années que dura le privilège de ces conquérants usuriers, dos valeurs considérables eu oreten perles fines passèrent en Allemagne. Don Juan Perez de Tolosa fut le premier gouverneur espagnol nommé par Charles- Quint en 1547, après que les banquiers d'Augsbourg eurent fini leur bail dans le Venezuela. Valencia fut fondée en 1554, Trujillo en 1556, Caracas en 1567. Les conquérants se montrèrent impitoyables envers les indigènes. Apres la tentative do résistance de Guaicaipuro, vingt-trois caciques furent livrés aux tortures, dans la crainte d'une recrudescence belliqueuse parmi les tribus. En 1571, Pacheco fonda Maracaîbo ; en 1576, Garci-Gouzalès dispersa les tribus de Cumana et les hordes des Chicapates et des Chaj mes; enfin, en 1580, une épidémie de petite vérole, apportée par une caravelle portugaise, décima la malheureuse population indigène. Cinq uns après, la ville de Sun-Cristobal prenait naissance. Le gouvernement du Venezuela, qui, à son origine, ne comprenait que le pays situé entre Muracapana et le cap de la Vêla, étendit peu à peu ses frontières et prit le titre de capitainerie générale. Sa juridiction s'étendit alors sur les provinces de Caracas, de Cumana, de la Guyane, de Maracaîbo et de Bariuas. La Marguerite, qui lut était annexée, avait soo gouvernement particulier, de même que la Trinité. Le pays fut longtemps plongé dans la plus profonde servitude. Toutefois, vers la fin du xvme siècle, en dépit de toutes les mesures prises par le gouvernement espagnol contre la presse, on apprit dans les colonies d'Amérique les grands événements qui se passaient en France et les idées de justice et de liberté proclamées par la Révolution. Des journaux, des livres, des brochures, trompant l'ombrageuse vigilance de la douane et de l'inquisition, circulèrent rapidement et soulevèrent dans la classe élevée de la société de nobles sympathies. En 1797, trois condamnés politiques, ayant été déportés d'Espagne dans la citadelle de La Guayra, parvinrent à nouer quelques relations avec les citoyens de cette ville. La puissance de leurs idées, leur éloquence ne tardèrent pas à leur faire un parti considérable; un complot se forma pour délivrer le pays et proclamer la république.' Mais un des conjurés dénonça les patriotes; sept d'entre eux furent condamnés à mort, trente-trois aux galères et une. soixantaine à la déportation. Le corrégidor de Macuco, Joseph de Espana, qui avait été un des principaux instigateurs de la conspiration, fut éeaitelê à. Caracas. En 1806, Miranda de Caracas résolut d'afl'ranchir sou pays de la domination espagnole. Accompagné de 500 volontaires , il débarqua sur la côte du Venezuela, près de Coro; mais, après quelques légers succès, il fut poursuivi par un corps de troupes considérable et dut remettre à des temps meilleurs l'exécution de ses projets. Le 19 avril 1810, une insurrection dirigée par les amis de l'indépendance éclata
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k Caracas; la capitaine général déposa ses pouvoirs entre les mains d'une junte; les autres villes du Venezuela , à l'exception de Coro et de Maracaïbo, imitèrent cet exemple. Miranda, récemment arrivé à Caracas, décida la junte a convoquer un congrès général des provinces. Le 5 juillet 1811, ce congrès proclamait l'indépendance des provinces Unies de Caracas, Cumana, Vannas, Margarita, Barcelona, Merida et Trujillo, formant la confédération américaine de Venezuela. Les individus contraires à ce mouvement se réunirent à Valencia et dans d'autres villes de l'intérieur, d'où ils se préparèrent à faire la guerre au parti républicain ; mais Miranda réunit environ 5,000 hommes , marcha contre Valencia et força les Espagnols à capituler. La plus grande union régnait entre les provinces qui avaient accédé à la confédération, elle nouveau gouvernement maintint la tranquillité partout. En 1812, les royalistes, qui avaient réuni leurs forces dans le Coro, le Maracaïbo et la Guyane, pénétrèrent dans l'intérieur du Venezuela et menacèrent Caracas. Le congrès se transporta à Carthagène, et, le 26 avril 1812, il nomma dictateur le général Miranda, en lui donnant les pouvoirs les plus étendus. Peu après, celui-ci demanda un armistice au général Monteverde, qui commandait l'armée royale, puis déposa les armes et se soumit aux ennemis; mais ceux-ci, violant leurs promesses, le mirent en jugement. L'armée royale se trouvait maîtresse de Caracas, de Varinus, de Cumana, de Barcelona et de Puerto- Cabello. Malgré l'échec qu'ils venaient d'éprouver, les indépendants ne perdirent pas courage. L'armée de Santa-Fé, forte de 12,000 hommes, profitant de l'ôloigiicment du générai Monteverde, s'empara de Coro après un combat sanglant; celle de Carthugëne, composée de 8,000 hommes, s'avança sur Cuentii. Bientôt les indépendants, ayant réuni les différents corps d'année, attaquèrent l'ennemi près de Valencia, lui firent éprouver un échec considérable et le forcèrent d'abandonner tomes les villes dont il s'était emparé, à l'exception de Puerto-Cabello, où le général Monteverde se retira avec les debr.sde ses troupes. Mais, en 1R15, les royalistes ayant reçu des renforts reprirent l'offensive. Les indépendants, mal armés etmanquantde munitions, éprouvèrent échec sur échec, perdirent Carlhagène, et le général Bolivar, impuissant à prolonger lu défense, qui manquait d'unité dans le commandement, quitta le Venezuela, où il combattait depuis 1811. En 1816, il revint dans le pays à l'appel des patriotes, rassembla des truupes, acheta une grande quantité de "fusils et d armes de toute espèce et arriva k l'Ile de la Marguerite vers la fin de décembre, sur l'escadre de l'amiral Brion"? De là, faisant voile pour le continent, il fut reçu à Barcelona avec le plus grand enthousiasme. Après plusieurs combats, dans lesquels les indépendants eurent presque toujours l'avantage, l'année espagnole, sous les ordres de Morille, se trouva réduite à la possession des places fortes de la côte ; le congrès, assein. blé dans l'Ile de la Marguerite, revint alors sur le continent (10 mai 1819), rétablit le gouvernement fédéral et nomma un pouvoir .exécutif, dont le général Bolivar et don Fernando Toro furent déclarés les chefs. Sur ces entrefaites, les habitants de la Nouvelle-Grenade, qui avaient également secoué le joug espagnol, envoyèrent des députés au congrès du Venezuela pour demander la réunion des deux pays, et le congrès d'Angustura approuva à l'unanimité la réunion des deux Etats. Quelque temps après • (1819), plusieurs députés de la Nouvelle- Grenade s'étant réunis au congrès de Venezuela, il fut décrété que la nouvelle république porterait le nom de Colombie et qu'elle serait divisée en trois granits départements, savoir : Venezuela, Quito et Condinamarca. L'année suivante, Bolivar chassait du territoire de la république les derniers débris des armées espagnoles. En 1830, le Venezuela, prenant l'initiative de la •dissolution de la Colombie, s'érigeait en Etat indépendant. Depuis cette époque, le Venezuela a traversé des alternatives de trouble et de calme. Il a marché pendant un certain nombre d'années dans une voie de notable amélioration , principalement sous l'autorité du général Paez, élu président en 1830. Paez, lui) des plus brillantssoldats do l'indépendance, avait fait ériger le Venezuela en Etat indépendant. Son influence était immense dans ce pays, qui lui doit ce qu'il a eu de prospérité. A l'expiration de ses pouvoirs, il fut remplacé par Vergas et réélu *en 1839. Sa seconde présidence expirait eu 1843. A cette époque, le général Carlos Soublette lui succéda. Les deux dernières unnéesde la présidence de ce dernier furent troublées par une guerre civile suscitée par un nommé LeocadioGuzman. Paez, mis à la tête des troupes, triomphadela révolte, puis fit élire par le congrès, pour la nouvelle période constitutionnelle, le général Jose-Tadeo Monagas (23 janvier 1847). Cette élection fut fort mal accueillie par la nation et fit tort à Pu&z, L'administration inhabile de ce nouveau président excita le mécontentement universel; il fit disperser le congrès, en 18-18, par la populace, au milieu de scènes de carnage, et arrêter, en août 1849, Paëz, i^ui essayait d'intervenir dans l'intérêt géré-
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rai. Monagas conserva le pouvoir jusqu'au 15 mars 1858, époque où il fut renversé. Tovar, un des chefs du parti fédéraliste, fut nommé peu après président de la république. Il dut abdiquer le 8 mai 1861 et laisser le pouvoir au vice-président Gual. Au mois d'août suivant, Paëz, à la suite d'un mouvement populaire', devenait pour la troisième fois président du Venezuela. Représentant le parti conservateur, il se trouva en butte à l'hostilité des libéraux ou fédéralistes, qui ne pouvaient lui pardonner de s'être emparé de force du pouvoir et de s'être fait dictateur. La guerre civile se prolongea jusqu'en 1863. Paez, réduit k l'impuissance par les succès des fédéralistes, k la tête desquels se trouvait le général Falcon, dut conclure, le 23 avril, une suspension d'armes et abdiquer le 15 juin 1863. La junte de la paix donna provisoirement le gouvernement au général Falcon (17 juin).
L'Assemblée constituante, qui s'ouvrit à Caracas le 24 décembre 1863, confirma la décision de la junte en nommant, par un décret daté de ce même jour, le général Falcon président des Etais-Unis de Venezuela. Le 9 janvier 1864, le général Falcon fit son entrée solennelle dans la capitale. Une fois le pouvoir exécutif installé, l'Assemblée se hâta de consacrer le rétablissement de la confédération vénézuélienne par le vote d'une nouvelle constitution (28 avril 1864), qui fut promulguée le l« mai 1864. Réélu président le 18 mars 1865, Falcon conserva le pouvoir jusqu'en 1868. A cette époque, une révolution l'ayant renversé du pouvoir, un gouvernement provisoire fut installé. Au mois d'octobre suivant, Jose-Tadeo Monagas, représentant le parti unitaire, devint encore une fois président. Il voulut reprendre ses anciens procédés de gouvernement, mais il provoqua une nouvelle guerre civile. Les fédéralistes se soulevèrent et, à la suite d'une lutte acharnée, s'emparèrent de Caracas (avril 1870). Le président Monagas dut se rendre, abdiquer l'autorité et fut relâché sur parole. Le général Guzman Blanco, chef des fédéralistes, devint alors président provisoire et fut peu après élu président en titre. Cet homme d'Etat, aux idées libérales, s'est attaché k rétablir le calme et à faire prospérer le pays en donnant une vive impulsion aux travaux d'utilité publique. Cependant, en 1874, les conservateurs tentèrent de renverser le gouvernement, prirent les armes et recommencèrent la guerre civile. Guzman Blanco parvint à en triompher, battit et fit prisonniers les principaux chefs de la révolte, força notamment le général Colin k déposer les armes (décembre 1S74) et revint à Caracas, où, en mai 1875, il adressa aux Chambres un message sur l'état satisfaisant dans lequel se trouvaient le pays et le trésor. A la suite d'un différend survenu, cette même année, entre la Hollande et le Venezuela, le gouvernement de ce dernier pays a fait saisir un navire hollandais, le Alidas, a fermé ses ports au commerce néerlandais et rompu ses relations diplomatiques avec la Hollande.
VÉNÉZUÉLIEN, IENNE S. et adj. (vé-nézué-li-ain , i-è-ne). Géogr. Habitant de la ville ou de la république de Venezuela; qui appartient à cette ville, k cette contrée ou à leurs habitants ; Les VÉNÉZUÉLIENS. La république VÉNÉZUÉLIENNE.
VENEZ-Y-VOIR s. m. Chose qui mérite d'attirer l'attention; ne se dit que par ironie : C'est un beau venez-y-voir.
D'un panache de cerf sur le front me pourvoir, Hélas ! voila vraiment un beau venez-y -voir.
Molière.
VEPiGATTÀ-SOUÀRÀ, divinité de l'Inde.
Cette divinité semble n'être autre chose que le dieu Vichliou sous un autre nom. Le culte du dieu Vengatta-Souara est émaillé d'obscénités de haut goût et d'absurdités vraiment incroyables. C'est une de ces aimables et facétieuses divinités qui s'arrogent le pouvoir de faire cesser la stérilité des femmes, prétention dont tous les bénéfices incombent aux pieux serviteurs de la divinité, aux brahtnes vénérés, qui, non-seulement, s'assurent, ainsi des occasions d'assouvir impunément leur lubricité, mais en font une branche d'industrie fructueuse. Les femmes stériles (on sait que dans l'Inde c'est là un des plus grands malheurs, une des plus grandes hontes qui puissent affliger une famille) se rendent en foule au temple pour demander des enfants au dieu Vengatia-Souara. Loin de s'opposer k cette démarche, les maris eux-mêmes sont les premiers k la conseiller, k l'imposer même par la violence à leurs femmes. Arrivées au temple, celles-ci s'empressent d'aller exposer ie sujet de leur pèlerinage aux brahmes, directeurs de la pagode, qui leur conseillent de passer la' nuit dans l'intérieur du temple, où le grand Vengatta-Souaru, touché de leur dévotion, daignera peut-être les visiter dans l'ombre et accomplir ce qui jusque-là a été au-dessus de la puissance humaine. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les suites de cette fallacieuse suggestion; le lecteur les a déjà devinées. Le lendemain matin, ces détestables cafards, feignant une ignorance complète de ce qui s'est passé, s'en" l'ont raconter les détails; et après les avoir félicitées sur l'accueil que le dieu leur a fait, ils reçoivent les offrandes dont elles s'étaient
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'munies et les congédient en les flattant de l'espoir qu'elles n'auront pas fait un voyage infructueux. Persuadées de la meilleure foi du monde qu'un dieu a daigné s'humaniser avec elles, ces pauvres femmes s'en retournent enchantées, se berçant de l'idée qu'elles pourront bientôt enfin procurer à leurs maris l'honneur de la paternité. Mais ce n'est pas tout, et nous allons voir jusqu'à quel point les brahmes desservants de Veugaita- Souara poussent l'ingéniosité dans la débauche. Tous les ans, à une époque Axe, il se fait une grande procession dans le temple, et l'appareil qu'on y déploie ne manque jamais d'y attirer un concours immense des deux sexes. Le dieu est promené dans les rues sur un superbe char; les brahmes qui dirigent la cérémonie se dispersent dans la foule, font choix des plus jolies femmes qu'ils y rencontrent et les demandent à leurs parents au nom de Vengatta-Souara, au service duquel ils affirment qu'elles sont destinées. Quelques personnes en qui le sens commun n'est pas tout à fait oblitéré, concevant ou au moins conjecturant qu'un dieu de pierre n'a pas besoin de femmes, refusent de livrer leurs épouses, se fâchent et disent crûment leur fait à ces fourbes hypocrites. Sans se déconcerter, ceux-ci vont s'adresser a d'autres de meilleure composition qui, enchantés de l'honneur qu'un si grand dieu veut bien faire en s'alliant k leur famille, s'empressent de remettre femmes et fiiles entre les mains de ses ministres. Lorsque ce dieu s'aperçoit que quelques-unes de ses épouses commencent à vieillir ou ne lui plaisent plus, il leur fait signifier le divorce par la bouche des interprètes de sa volonté. On leur imprime sur la cuisse ou sur la poitrine avec un fer rouge, la inarque symbolique de Vengatta-Souara ; on leur expédie une patente qu'elles ont loyalement servi plus ou moins d'années en qualité de femmes légitimes du dieu, et on les met k la porte.
VENGÉ, ÉE (van-jé) part, passé du v. Venger. Dont on tire vengeance : Offense vengée. Mort vengée, * Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.
Corheii.le.
11 Qui a reçu satisfaction, par la punition infligée à l'auteur de l'offense : L'innocence vengée. On assiste, avec l'histoire, à cette longue expiation de la conquête du monde, et .les nations vaincues paraissent frop. vengéiss. (Villem.) Il Dont on a réparé l'honneur, rétabli la réputation injustement attaquée : - L'Ane I ohl c'est pis encore; on sait trop que son
Est synonyme d'imbécile, [nom
Quoique l'âne, nerveux, patient, sobre, utile.
Ait été vengé par BuCfon.
Fa. DE NeUFCHaTEAU.
VENGÉ s. m. (van-jé). Bot. Nom vulgaire du ptérocarpe officinal.
VENGEANCE s. f. (van-jan-se — rad. venger). Action de se venger, mal que l'on fait pour punir une injure : Ne respirer que vengeance. Goûter le plaisir de fa vengeance. Tirer vengeance d'un outrage. L'espoir delà vengeance flatte plus que ta vengeance même. ( Momesq.) La vengeance exige un certain courage: combien de yens ne sont magnanimes que par lâcheté! (A. d'Houdetot.) La justice est la vengeance de F homme social, comme la vengeance est la justice de l'homme sauvage. (Massias.) Une femme a toujours une vengeance prête.
Molière.
Je sais que la vengeance est un morceau de roi.
La Fohtainb.
1* vengeance est boiteuse, elle vient a pas lents.