PENDANT L'OCTAVE DES X JORS
A LA NOVKLI-B
DES VESPKES SICILIENNES.
On consultera avec fruit sur ce sanglant épisode de l'histoire -italienne le remarquable -ouvrage de Michel Amaii : la Guerra delVesprc-siciliano.
Le terrible massacre connu sous le nom de Vêpres siliciennes a laissé dans l'histoire un souvenir auquel il a été fait de fréquentes allusions.
Un ambassadeur espagnol vantait à Henri IV la puissance du roi son maître, qui commandait dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Italie. Le roi, pour rabattre le faste espagnol, dit avec beaucoup de vivacité que, s'il lui prenait envie de monter à cheval, il irait déjt-uner à Mihm, entendre la messe à Rome et dîner k Naples. « Sire, répondit l'ambassadeur, si Votre Majesté va si vite, elle pourrait ausM dans le même jour entendre les vêpres en Sicile. »
• L'animosité allait croissant; les groupes devenaient plus nombreux, plus tumultueux. Des orateurs de café prenaient des tabourets pour trépieds, et de là. haranguaient la multitude. Les parasites du commissaire dirigeaient le mouvement; leur plan de campagne était simple et court. Ils voulaient délivrer leur ami de cette nuée d'intrus, et n'excepter que lui seul de ces vêpres administratives. »
LOUIS ItEYBAUD.
Vêpre» siciliennes (les), tragédie en cinq actes, en vers, par Casimir Delavigne; reprôseniéasur le théâtre del'Odéon, le 23 octobre 1819. L'histoire offre peu de catastrophes plus dignes de In scène tragique que le massacre des Vêpres siciliennes. On sait du reste à quel fait se rapporte celte date fatale ; Charles d'Anjou déshonora par des cruautés de tout genre la victoire qu'il avait remportée à Tagliaebzzo sur l'infortuné Conradin, dont les droits au trône de Naples et de Sicile étaient incontestables. Les premiers officiers civils et militaires ne fuient que trop dociles à imiter, à seconder et souvent même à outrer l'excessive rigueur dont le prince donnait l'exemple. Les provinces du royaume de Naples, et surtout la Sicile, étaient traitées en pays conquis. Les Siciliens n'attendaient que l'occasion de se délivrer et de se venger d'une si cruelle oppression ; elle s/offrit, et l'on sait si la vengeance fut affreuse. Ce fut le lundi de Pâques de l'année 1282, qu'eut lieu, à l'heure des vêpres, cet épouvantable carnage si connu <lans l'histoire sous le nom de Vêpres siciliennes, et qui fait le sujet de la tragédie de Casimir Delavigne. Jean de Proeida, l'un des premiers seigneurs de Sicile, banni par Charles d'Anjou, est revenu secrètement dans ses foyers, après avoir semé sur le continent napolitain et dans la Sicile les germes -de la conspiration dont il est le chef. Le moment est bien choisi : Charles est absent, et il a confié le gouvernement de -la Sicile à Roger de Moutfort. Mais quel est le chagrin de Proeida quand il apprend que son lils Lorédan, sur le concours duquel il a compté, est devenu Vami de Montfort 1 11 a reçu de lui l'accolade chevaleresque, et maintenant, initié par son père aux secrets de la conspiration, Lorédan se trouve, comme Scrvilius, placé entre ses affections domestiques et ses devoirs de fils et de conjuré. Comment
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conciliera-t-il ce qu'il doit à son père et ce qu'il doit à son ami ? D'autre part, l'auteur a introduit un autre personnage qui vient nouer et compliquer l'action. C'est la princesse Amélie, sœur de Conradin, et dont la main a été promise à Lorédan. Mais Amélie est aimée de Montfort; elle-même n'a pas été insensible aux- séduisantes qualités du jeune Français, et elle se trouve ainsi placée entre son devoir qui lui ordonne de ne pas divulguer la conjuration et sa passion qui la pousse à prévenir Montfort du danger qui le menace, lui et tousies Français. L'amour l'emporte, et elle fait partàson amantdusecretquiiui a été révélé. La conspiration est découverte; Proeida et Lorédan sont arrêtés; mais, en considération de l'amitié qui les a autrefois unis, Montfort traite généreusement Lorédan ainsi que son père. Il veut favoriser leur fuite pour les soustraire à la vengeance de Charles, et en attendant qu'ils puissent s'embarquer, il leur donne son château pour prison. Mais, k l'heure de la sieste, Proeida réunit tous les conjurés dans le palais même, et les harangue pour la dernière fois ; le son de la cloche fatale se fait entendre, et tous marchent vers l'église pour l'exécution du complot. Lorédan reste seul ; il a accepté la mission de tuer Montfort; mais quand celui-ci se présente désarmé, le courroux du conspirateur expire à. la vue de son ami. Il veut, il doit le frapper, mais une puissance invisible l'arrête ; ses anciennes affections triomphent, et, au lieu de tourner son épée contre Montfort, il la lui remet entre les mains, pour qu'il puisse se défendre, en cas de besoin,
< Tiens, prends, prends../; défends - toi ; meurs du moins en guerrier! » Puis au moment de se séparer, les deux amis tombent dans les bras l'un de l'autre :« Et maintenant, dit Lorédan dans un mouvement magnifique, Va mourir pour ton maître, et moi pour mon pays I •
Au commencement du cinquième acte se place le récit du massacre. La scène est occupée par Amélie. Sa confidente, qui était à vêpres, survient pâle, échevelée, eu désordre, et dans un récit bien mouvementé raconte à sa maltresse le spectacle épouvantable dont elle a été témoin :
J'ai vu les citoyens, troublés par la furie. Se déchirer l'un l'autre au nom de la patrie ; Sur les débris épars, le prêtre chancelant, '
Une croix a la main, maudire en immolant. Du vainqueur, du vaineu, les clameurs se confonde» t. Des tombeaux souterrains les échos leur répondent. Le destin des combats flottait encor douteux ; La nuit répand sur nous ses voiles ténébreux. Parmi lçs assassins je m'égare; incertaine, Je cherche la palais, je marche, j& me traîne, [veau Que de morts I de mourants ! Faut-il qu'un jour nou- Eclaire de ses feux cet horrible tableau? Puisse le soleil fuir, et cette nuit sanglante Cacher au monde entier les forraits,qu'elle enfante!
Bientôt survient Lorédan qui, dans le tumulte, a blessé mortellement Montfort au moment où il levait le bras sur Proeida. Puis enlin, Montfort lui-même, sanglant, se soutenant avec peine, arrive en se traînant sur les marches de son palais. Lorédan se punit du meurtre involontaire qu'il a commis en se poignardant sur le cadavre de Montfort, et Proeida, en digne chef des conjurés, prend courageusement son parti ; il demande pardon à la patrie de pleurer son fils, et,- s'adressant à ses compagnons :
Soyez prêts a combattre au retour de l'aurore, leur dit-il.
Si les avis ont été partagés sur le mérite de certaines des dispositions de la fable, tous les suffrages se sont accordés pour reconnaître les beautés d'un style pur, élégant, animé et constamment élevé. Ce qui paraît le plus digne d'éloge, c'est une propriété de langage exquise, c'est un choix d'expressions et de figures si bien assorti au sujet, aux mœurs du temps, au caractère des personnages, que le spectateur se trouve transporté au lieu et à l'époque où l'action se passe. Cette convenance de langage, que nos critiques modernes ont appelée couleur locale, est la seule vérité qu'il faille chercher dans les sujets de tragédie empruntés à l'histoire; l'exactitude du fait est le mérite du narrateur : la poêle ne raconte pas, il peint. Les Vêpres siciliennes n'ont pas cessé de figurer au répertoire du Théâtre-Français; mais elles n'y obtiennent plus que l'ombre du succès- qu'elles y obtinrent à l'époque de leur apparition.
V&pre* siciliennes (les), opéra en cinq actes, paroles de Scribe et Duveyrier, musique de M. Verdi ; représenté à, l'Académie impériale de musique le 13 juin 1855. Cet ouvrage a été composé expressément pour la scène française. M. Verdi a donné à son style plus d'ampleur, une déclamation plus soignée et à son instrumentation plus de fini et d'intérêt que dans d'autres ouvrages. Néanmoins, les topressici7«'euit«sn'ont pu prendre place dans la pléiade des opéras qui ne quittent pas le répertoire. Le rôle d'Hélène a été écrit pour les moyens exceptionnels de M"o Sophie Cruvelli, qui a obtenu un grand succès de cantatrice dans le boléro du cinquième acte. Gueymard a laissé de bons souvenirs dans !e rôle de Henri et surtout dans le duo du quatrième acte. 11 a été remplacé par Villaret lors de la reprise des Vêpi'es, le 20 juillet 1863. Nous rappellerons l'air de Proeida , chanté par Obin au second acte : Et loi, Pa-
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terme, 6 beauté qu'on outrage. La danse occupe une large place dans la partition de cet opéra. Indépendamment du ballet des Quatre saisons au troisième acte, il y a une jolie tarentelle au deuxième, La romance de Henri, au cinquième acte : La brise souffle au loin, est une mélodie pleine de fraîcheur et de poésie. Bonnehée a mérité de vifs applaudissements pour la manière pathétique et expressive dont il interprétait le rôle de Montfort dans l'air du troisième acte, et surtout dans le beau duo : Quand ma bonté, toujours nouvelle, l'empêchait d'être condamné.
L'opéra des Vêpres siciliennes, traduit en italien sousle titre de Giovanna di Gusman,& été aeprésenté à la Scalade Milan en -février 1S56.
Nous donnons ici la romance de Henri, du cinquième acte.
Allegretto dolcissimo.
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