‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 641 sur 1042 · DE Màistre · texte numérisé non relu

DE Màistre

« Le coq de bruyère est probablement, de tous les oiseaux, celui dans l'existence duquel l'amour tient le plus de place. Et cette folie amoureuse est caractérisée par une succession d'extases, dont les accès se renouvellent périodiquement chaque matin et chaque soir. Pendant tout ce temps-lii, la pauvre bête est si fort en proie à Vénus, qu'elle en perd le manger et le boire , et jusqu'à la faculté de voir et d'entendre le péril. L'expression poétique que je viens d'emprunter à Racine me fournit l'occasion de m'étonner que la reine de Cythère n'ait pas eu la fantaisie de se donner un attelage de coqs de bruyère. »

Toussenel.

« Le beau Clinias s'est lancé , d'une si furieuse ardeur, dans les plaisirs, quM est vieux avant quarante ans. Ses dents branlent, ses cheveux sont tombés; quand il parle, un souffle de mort s'échappe de ses lèvres livides. Il marche chancelant et courbé ; l'art est impuissant; la maladie est sans espoir : C'est Vénus tout entière d sa proie attachée. ■ Louis Veuillot.

«Hermione, Roxane, Phèdre sont trois

personnifications de l'amour sensuel. Toutes

les trois sacrifient leur amant à leur passion ;

deux s'y sacrifient elles-mêmes. Quoi de plus

■ semblable au premier aspect 7 Le poôte les

! fait passer par les mêmes alternatives. Elles

, ont une scène d'espérance, une de désespoir,

I une do fureur ; c'est le même amour, furieux,

exulté :

I Cest Vénus tout entière d sa proie attachée. Et cependant que de variété dans cette ressemblance 1 Qui diffère plus d'IIermione que Phèdre, de Phèdre que Roxane ? ■

Nisaud.

Vénus et Adonis, tragédie lyrique en cinq actes, avec un prologue, paroles de J.-B. Rousseau, musique de Desinarets; représentée par l'Académie royale de musique le 17 mars 1697. Cet ouvrage a eu un certain succès , puisqu'il a été repris vingt ans après la première représentation. Les quatre rôles d'Adonis, de Mars, de Cydippeet de Vénus ont été chantés d'abord par Du Mesny, Hardoin, Mlles Desniatins et Rochois, et ensuite, en 1717, par Coehereau, Thévenard, M"" Antier et Journet,

Vénus (HYMNE À). V. HYMNES GRECS (t. IX, p. DOS).

Venu» d'iiie (la), nouvelle fantastique, par Prosper Mérimée. L'auteur a cherché dans ce récit à rajeunir une vieille et étrange légende du moyen âge, et il ne fallait rien moins que la merveilleuse souplesse da son talent pour y parvenir. C'est en visitant le Midi, pour y chercher les monuments antiques du moyen âge, que l'auteur dit avoir Jait la connaissance de M. de Peyrehorade, un antiquaire comme lui et qui venait de découvrir, dans une fouille, une admirable Vénus de bronze noir. Cette Vénus était placée en pied dans le jardin de la maison, et les gens du village se gardaient bien de passer devant elle, car, disaient-ils, ses grands yeux fixes faisaient baisser la tête. Tout le inonde avait une peur instinctive de ce blocinerte ; seuls M. de Peyrehorade et son hôte osaient s'en approcher pour déchiffrer les inscriptions qu elle portait. M. de Peyrehorade avait un fils, Alphonse, qui devait se marier le lendemain avec M"o Puygarrig, et qui lui destinait une riche bague en diamants. Quelques heures avant la noce, il fit une partie de paume, et comme cette bague le gênait à son doigt, il la relira pour la passer à celui de la Vénus, comptant la reprendre après la partie ; mais cela lui fut impossible. « La Vénus, disait-il, semble me considérer comme son fiancé ; elle ne veut pas ma rendre ma bague I» Cependant il ne parla de)

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rien à personne, si ce n'est le soir, avant de se retirer dans sa chambre avec sa jeune femme. Il prie l'hôte de son père a part et lui raconta son aventure encore tout tremblant, puis il alla se couche' . Pendant la nuit, un grand bruit se fit ente.idre et on courut précipitamment à la chambre des deux époux. Alphonse gisait étendu sur le lit, déjà glacé par la mort, et l'on vit sur sa poitrine une empreinte livide qui se prolongeait sur les côtes et le dos. Par terre, sur le tapis, brillait la bague de diamants. La jeune femme raconta qu'étant couchée elle avait entendu ouvrir la porte de sa chambre. Elle n'avait ?as bougé ni ouvert les yeux, croyant que c'était son mari qui rentrait. Mais bientôt on rentra de nouveau en poussant la porte, et cette fois elle entenditlavoix d'Alphonse qui lui souhaitait le bonsoir; puis elle sentit quelque chose de froid comme la glace, et, se retournant, elle aperçut son mari se débattant contre une espèce de géant qui l'étreignait avec force. Enfin, elle prétendit avoir reconnu la Vénus de bronze qui, au chant du coq, laissa retomber le cadavre d'Alphonse et sortit. Ce récit, comme on pense, parut invraisemblable ; on attribua la mort d'Alphonse à l'Aragonais qu'il avait battu le matin au jeu do paume ; mais il ne se trouva aucune preuve, et, au contraire, l'Aragonais put faire constater son alibi. Quelques mois après, M. de Peyrehorade mourut, et sa veuve fit fondre en cloche la Vénus qui, sous cette nouvelle forme, sert à. l'église d'Ule. Mais depuis que cette cloche sonne à Ille, les vignes ont gelé deux fois. Voilà le récit fantastique, rendu lisible à force d'art, que l'auteur a encadré délicieusement dans son stylo magique, mettant ainsi doublement à profit son érudition d'antiquaire et son merveilleux U>knt d'écrivain.

Venus de Gardes (la), par MM. Ernest Daudut et Adolphe Belot (1SG7). Ce volume, qui parut d'abord en feuilleton dans le Fi' garo, fit beaucoup de bruit lors de son apparition; on l'accusa d'immoralité, tandis que, d'un autre côté, on le prônait comme un des chefs-d'œuvre de l'école réaliste. Or, c'est tout simplement un souvenir judiciaire, découpé en scènes dramatiques et présenté avec des incidents tragiques habilement ménagés par les auteurs. La Vénus de Gordes, Margaï, est la fille d'un riche fermier, belle ù rendre fou, perverse à tromper le serpent lui-même ; c'est d'instinct qu'elle fait le mal ; elle a la manie du vice ; elle est pervertie jusqu'à la moelle des os. Elle débute dans la vie par un scandale en se faisant enlever par un jeune et beau Félibre, Pascoul, qu'elle épouse et qu'au bout de deux aus de mariage «lie a épuisé complètement par ses fureurs utérines. Un jour elle aperçoit une connaissance de son mari, le maquignon Kurbice, homme d'une vigueur athlétique. Elle suit du regard Puscoul et Furbice, qui marchaient lentement. Le premier, s'appuyant sur un bâton, semblait traîner avec peine son corps amaigri; le second, au contraire, bien pris, carré des épaules, marchait d'un pas ferme et sur. Jamais la force et la faiblesse personnifiées dans deux hommes n'étaient mieux apparues avec tous leurs contrustes. Margaï ne put s'empêcher d'en faire la remarque à part, tandis qu'un étrange sourire passait sur ses lèvres et dans ses yeux. Puis, debout devant sa glace, qui lui renvoyait son image, elle se dit froidement : «Décidément ce Kurbice me plaît 1» Avec un tempérament comme celui de Margaï et une beauté comme la sienne, un homme qui vous pluit n'a qu'à se présenter pour en avoir la preuve ; Furbice fut bientôt l'amant de Margaï. Deux hommes s'en aperçurent, un voisin jaloux, Frédéric Bore!, et un serviteur de la ferme, Moulinet ; celui-ci adore Margaï connue un chien qui caresse la main qui le frappe. Etre obligée de se cacher n'était pas vivre pour une femme comme Margaï, dominée par la passion, et l'adultère lui fit bientôt rêver le meurtre. Plusieurs fois elle tenta vainement d'empoisonner son mari ; elle voulut le faire étouffer par son amant, et un soir Pascoul tomba frappé mortellement d'un coup de fusil. Furbice et Margaï furent condamnés aux travaux forcés. Après quelques mois de détention, elle demanda à partir pour Cayenne. Le dévoué Moulinet l'y suivit, et, comme lu loi oblige les condamnées à se mûrier, elle lui promit sa main. Mais un jour Furbice arriva au pénitencier, pâle, maigre, voûté, la barbe grise, les lèvres décolorées, les yeux éteints : « Et c'est lui que j'ai aimé! s'écria Margaï, je suis bien guérie 1 Mon cœur n'a peut-être jamais aimé Furbice... Après tout, c'est possible.» Etcette femme, que n'avait pu détacher de son amant la conduite lâcfe et ignoble du meurtrier qui, durant le procès, avait essayé de faire retomber sur elle tout le poids de son crime, l'oublie en un instant parce que sa beauté physique a disparu! Le lendemain de cette

scène, elle est atteinte de la fièvre jaune et meurt. Moulinet, ne voulant pas survivre à Margaï, imagine de mourir comme il a vécu, enchaîné à ses côtés. A la place du pavé ou du boulet qu'on attache à un cadavre pour

qu'il descende au fonîl de l'eau et qu'il y reste, Moulinet s'était mis aux pieds un cercueil en plomb, le cercueil de Margaï, qu'il n'allait plus quitter. Furbice termina ses jours au pénitencier, après s'en être échappé

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et avoir été repris sur la dénonciation de Frédéric Borel.

Ce sombre drame, qui se passe dans W Midi, semble une scène de la vie de province oubliée par Balzac. Il est bien écrit, bien composé et vigoureusement pensé. Les deux auteurs ont imité la manière de M. Emile Zola, et Margaï pourrait donner la main à Thérèse Raquin et à Madeleine Ferrât; c'est une création puissante que cette femme qui ne vit que par les sens, que cette Messaline de village. Elle est exagérée, dira-t-on, soit; le romancier a le droit de charger ses couleurs, mais le fond du tableau est vrai. Le tort de la Vénus de Gordes, c'est de ne pré- * senterquedes peintures sensuelles, sans morale pour en corriger l'effet; en ce sens, on peut l'accuser d'immoralité. Dans le Figura, cela peut passer ; mais dans un livre le lecteur en est choqué, et il a raison.

Venu» de Mîto (la), comédie en trois actes, en vers, du comte Louis d'Assas; représentée à Paris, sur le théâtre de l'Odéon, le 15 octobre 1S58. La fable qui fait le sujet de cette pièce, œuvre unique d'un poète d'avenir, est une explication de l'énigme que propose, depuis 1821, la Vénus aux bras mutilés ; explication inadmissible, sans doute, mais que l'on peut passer à un poète qui la revêt avec beaucoup de grâce de vers pleins de fraîcheur. L'auteur suppose qu'un pâtre de Milo, nommé Praxitèle, a été enlevé .par des pirates d'Athènes et vendu au riche Agathon, propriétaire de mines par état, sculpteur réaliste par manière de passe-temps. Quand ce pâtre était libre, il avait une compagne de son enfance nommée Chloé, auprès de laquelle il gardait son troupeau ; à cette époque fortunée, il sculptait déjà de petites figures de bois ; mais depuis qu'il a été séparé de celle qu'il aimait et qu'il a été transporté dans une maison où le maître exerce l'art de Phidias, où Phidias soupe quelquefois assis en face d'Aspasie, son instinct d'artiste s'est développé. Il s'est procuré un bloc de marbre, il l'a caché dans un pavillon et s'est appliqué a reproduire parle ciseaul'imugedesa bien-aimée. Aspasie encourage cette œuvre mystérieuse. Elle seule en a connaissance; elle a joué vis-à-vis du jeune sculpteur le rôle de Vénus inspiratrice. Puis Praxitèle sacrifie son orgueil et sa gloire à une femme.. 11 donne sa statue à celui qui le rend libre et qui le renvoie auprès de sa Chloê. Il revoit celle-ci, et il a le délire du bonheur. Il la revoit, mais esclave et destinée à servir de modèle sous les yeux insolents d'Agathon, et il a le délire de la jalousie. Il mutile sa statue dans ses fureurs. Sa statue qu'on lui achète, sa Chloé qu'on lui vole lui déchirent le cœur , en deux parts; il souffre, il lutte, il se sent «mourir; mais son supplice se change en triomphe. Aspasie, debout aux pieds de sa Vénus, l'appelle à recevoir la palme. La grand Phidias la lui décerne de sa main et le pousse doucement dans les bras de Chloé. Cette pièce touchante est écrite en vers doux et brillants qui révèlent un don de poésie, sinon un poëte dramatique. Jouée avec soin, relevée par un élégant appareil de costumes, de décors et de mise en. scène, elle eut, le premier soir, un beau succès, et le jeune auteur put croire à un heureux début dans la carrière du théâtre. Mais la critique ne confirma pas cet éphémère Succès et se montra sévère, peut-être injuste, euvers lui et envers son œuvre. La pièce disparut de l'affiche après quelques représentations. Un procès intervint entre d'Assas et M. de LaRounat, alors directeur de l'Odéon, qui réclamait les frais de mise en scène, choso inexplicable de la part d'un théâtre subventionné; d'Assas préféra donner quelques milliers de francs et ne pas voir son nom traîné, avec commentaires, devant les tribunaux. La pièce fut jouée de nouveau, car il en avait payé les déboursés; mais le pauvre poste, blessé à mort, maltraité par les petits journaux, succombait bientôt, donnant un nom de plus au long martyrologe des gens de lettres. V. d'Assas- (Louis).

Vénus. Iconogr. I. Eeprésentations antiques. A Paphos, la ville grecque qui paraît avoir la première adoré l'Astarté des Phéniciens sous le nom d'Aphrodite, cette déesse était figurée par une simple pierre .conique; ce symbole se voit sur quelques médailles de cette ville et sur une médaille d'Adrien, frappée avec ces mots : lIA4>lli SAPMANUN. «Spus l'inspiration du génie hellénique, dit M. de Clarac, Aphrodite trouva des formes, des traits, un caractère qui bientôt la distinguèrent profondément de son type asiatique. Toute la grâce, toute la suavité du pinceau et du ciseau grecs furent mises en œuvre pour donner naissance au type nouveau, lequel finit par détrôner l'ancien jusque dans les lieux ou il était. né. L'art varia à l'infini les images de cette déesse, tout en y conservant un certain caractère commun qui nous offre l'idéal du type féminin... Dans 'les monuments, Aphrodite se montre tour à tour à nous avec les symboles qu'elle avait apportés de l'Orient : la colombe, le taureau, la tortue, le dauphin, le bouc; tantôt avec ceux dont l'avait dotée la pensée hellénique, avec la flèche dont elle perce le cœur de ceux que sa beauté frappe d'admiration, la ceinture brodée où sont cachés ses charmes mystérieux, les désirs, les douces paroles. Près d'elle est Cupidon, personnifi-

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cation de l'Amour, dont les Grecs avaient 1 fait le fils de la déesse... L'art italique reçut des Hellènes le type de cette divinité, et ce type suivit toutes les modifications, toutes les vicissitudes du mythe. La figure de la déesse, à la fois belle et noble, sa fécondité, qui n'excluait pas la chasteté, firent graduellement place h cette beauté, à cette grâce voluptueuse, où respire bien plus le sentiment de l'amour sensuel que celui de la maternité. Vénus ne fut plus dès lors qu'une courtisane déifiée, et c est sous ces traits que Praxitèle a immortalisé son image. C'est à dater de cette époque que le ciseau dédaigna de voiler sa nudité, qu'il prit à tâche, au contraire, de découvrir tous ses charmes. Son vêtement, en tombant, entraîna en quelque sorte cet air de pudeur et de retenue qui se lit encore sur le front de la Vénus Génitrix... Lorsque le syncrétisme de l'époque impériale fondit les religions de l'Asie et de la Grèce, Vénus fut identifiée avec Astarté, sa mère, et avec l'Egyptienne Athir ou Hathor, apportée sans doute de Phénicie sur les bords du Nil. Les trois déesses se confondirent en une seule, et de cette fusion naquirent et cette Vénus Orientale, et cette Vénus Uranie, dans lesquelles une pensée asiatique se traduit sous des formes toutes grecques. Les types nouveaux eurent peu de durée; ils ne prévalurent jamais. sur celui que l'art hellénique avait créé et où se refléta si bien l'enthousiasme de l'humanité pour'sa propre image, qu'elle adore sous le nom do beau idéal.»

Les représentations antiques de Vénus Aphrodite qui nous sont parvenues sont très-nombreuses. Il n'est guère de musées et de collections particulières de quelque importance qui n'en possèdent quelques-unes. Nous devons nous borner à donner ici quelques indications générales sur les types qu'on rencontre le plus fréquemment. Nous croyons devoir rappeler, d'ailleurs, que beaucoup de torses antiques, ayant appartenu soit à des nymphes, soit à des statues iconiques, ont été très-arbitrairement transformés en Vénus par tes restaurateurs modernes. La plus célèbre des Vénus qu'ait créées la peinture grecque est la Vénus Anadyomène d'Apelle. Vénus Anadyomène, d'Apelle. L'idée do cette composition fut, dit-on, suggérée à l'éminent artiste par la vue de la courtisane Phryné sortant du bain, sur la plage d'Eleusis. Il nous paraît plus probable qirApelle fut inspiré par la description qu'Hésiode a faite de la naissance de Vénus : «On vit flotter sur la surface des eaux (après la mutilation d'Uranus) une écume blanche au sein de laquelle se formait une jeune fille. Cette écume s'approcha d'abord de l'île de Cythère; de là, poussée par les flots, elle fut portée sur la côte de lîle de Cypre, où elle s'entr'ouvrit' tout à coup ; on en vit alors sortir une jeûna déesse, dont l'éclat, la beauté et la majesté étonnaient les regards. Dès le premier moment de sa naissance, l'aimable déilé se présenta à l'assemblée des dieux, qui l'accueillit; l'Amour l'accompagnait et les Plaisirs suivaient ses pas.» Une épigrammede l'anthologie nous apprend que la Vénus Anadyomène d'Apelle tenait des deux mains et tordait sa chevelure toute- trempée d'écume. Tous les écrivains de l'antiquité qui ont parlé de ce chef-d'œuvre l'ont loué avec enthousiasme. Auguste l'achetai des habitants de Cos, moyennant 100 talents, qui répondent à 500,000 francs de notre monnaie, et la plaça dans le temple de César, dont la famille prétendait descendre d'Iule ou Ascagne, petitfils de Vénus et d'Anchise. Le panneau sur lequel cette admirable peinture était exé- -cutée s'étant pourri et les couleurs perdant de jour en jour de leur éclat, Néron chargea le peintre Dorothée de faire une copie de l'œuvre d'Apell,e. Il est probable qu'il s'en fit, tant en Grèce qu'en Italie, à diverses époques, d'innombrables reproductions ou imitations, peintes ou sculptées. Le musée des Studj possède un tableau do Vénus Anadyomène qui a. été trouvé k llerculanum. Au musée du Vatican, dans la galerie du Braccio Nuovo, il y a une statue de Vénus Anadyomène, en marbre grec, qui est du style Je plus élégant : la déesse ajuste avec les deuxmains sa longue chevelure ; sa pose est pleine de naïveté et de grâce. .Une autre statue non moins remarquable, qui se voit au palais Colonna, à Rome, nous montre Vénus tenant de chaque main une longue mèche de cheveux retombant surl'épaule; deux autres mèches s'échappent du derrière de la tête et flottent sur le dos. Le musée du Louvre possède plusieurs statuettes de bronze qui représentent Vénus debout, entièrement nue et tenant sa chevelure tantôt d'une seule main, tantôt des deux mains. Un groupe antique, qui a fait partie de la célèbre galerie Giustiniani, et qui a été {<ravé par (Jornelis Bloemaert, représente Vénus sortant des ondes, accompagnée de l'Amour. Le Louvre a deux bas-reliefs où est figurée la Naissance de Vénus : dans l'un, la déesse, entourée de petits génies, est debout sur une conque poussée pur des tritons et des néréides; dans l'autre, elle est accompagnée également par des divinités marines, et auprès d'elle l'Amour, armé de son arc, et divers petits génies, dont deux jouent de la flûte. Au Louvre encore est une statue de Vénus, entièrement nue, la main droite sur la tête, la gauche sur le bas- ventre, le regard dirigé au loin ; à sa gauche, un

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Amour chevauche sur un dauphin. Sur une pâte antique de la collection Stosch, on voit Vénus avec deux chevaux marins, sur l'un desquels elle est assise; un Amour la précède.

Vénus 'de Cnide, statue de Praxitèle. C'est encore la courtisane Phryné qui aurait inspiré ce chef-d'œuvre, que Praxitèle exécuta pour la ville de Cnide. L'artiste représenta la déesse entièrement nue, tenant son vêtement suspendu au-dessus d'un vase. Plusieurs /médailles antiques nous ont fait connaître cette image, dont l'origine s'est perdue, mais dont il existe un grand nombre de répétitions. La Vén-us de Cnide a joui dans l'antiquité d'une immense renommée ; sa beauté attirait un grand concours d'adorateurs.

Pline rapporta qu'un enthousiaste la demanda en mariage aux Cnidiens,- promettant de lui faire les plus riches présents. Les Cnidiens ne crurent pas devoir accepter, mais ils ne s'offensèrent pas de cet amour insensé, le trouvant sans doute tout naturel. Ils surent résister aussi aux propositions du roi Nicoclème, qui voulait racheter à tout prix.

Une des meilleures répétitions ou copies que l'on ait de la Vénus de Cnide se voit au musée Pio-Clémentin; une heureuse conservation se joint au mérite de l'exécution ; la tête, qui n'a pas été réparée, est tournée k gauche ; le bras est un peu plus élevé et éloigné du corps que dans les représentations figurées sur les médailles. Cette belle statua a appartenu à Jules IL Une autre copie remarquable appartient à la glyptolhèque do Munich : la déesse, tenant par un bout un linge dont l'autre extrémité, plus large, retombe sur un vase, et appuyant son autre main contre son sein virginal, incline légèrement la tête vers l'épaule gauche et sourit doucement. C'est une figure modeste et chaste dans sa nudité. Quelques auteurs ont cru voir dans la Vénus de Médicis une ro-, production de la Vénus de Cnide. V. ci-après l'article spécial que nous consacrons à cette statue célèbre. Praxitèle avait sculpté pour la ville de Cos une Vénus habillée.

Vénus Callipyye. Nous avons consacré un article spécial à la représentation la plus célèbro que l'on connaisse de cette Vénus. Ou voyait autrefois, dans la galerie Giustiniani, une répétition de cette figure; Cornélis Bloemaert l'a gravée d'après un dessin de Guidi. Sur une pâte antique, qui a fait partie, croyons-nous de la collection de Stosch, la Vénus Callipyge est appuyée contre une colonne et vue par derrière.

Vénus Pudique. On a donné le nom de Venus Pudique à une statue de la villa Borghèse, dont il y a une belle copie par Coysevox dans les jardins de Versailles. La déesse a près d'elle une tortue, » pour marquer, disent les iconographes, que les femmes vertueuses doivent être aussi retirées dans leur maison que cet animal l'est dans son écaille. > De cet accessoire est venu le nom de Venu* à la tortue, sous lequel on désigne quelquefois cette figure.

Vénus Armée (Venus Armata). Lactanco rapporte que, tandis que les Lacédémoniens assiégeaient Messène, les Messéniens sortirent secrètement de leur ville pour aller piller Laeédémone, où les femmes étaient restées seules. Celles-ci coururent aux armes et mirent en déroute les agresseurs; puis, apprenant que leurs époux accouraient pour les défendre, elles allèrent au-devant d'eux sans prendre le temps de déposer les armures dont elles .s'étaient revêtues. Croyant avoir affaire à une troupe ennemie, les Lacédémoniens se disposaient à la repousser; pour faire cesser cette erreur, les daines de Laeédémone ne trouvèrent rien de mieux que de se dépouiller complètement. Ce spectacle ouvrit les yeux aux Lacédémoniens, mais leur causa en même temps un tel enthousiasme qu'ils se mêlèrent confusément aux héroïnes, et ■ chacun donna les preuves de son amour à celle qui la première se rencontra dans ses bras. » Pour conserver la mémoire d'un tel exploit, ils dédièrent une statue à Venus Armata. Nous n'avons aucune notion certaine sur la manière dont cette Vénus était représentée; mais il existe plusieurs pierres antiques qui nous montrent ' cette déesse revêtue d'une cuirasse et tenant une pique et un bouclier.

Vénus Victorieuse [Venus Victrix). Sur diverses médailles antiques cette déesse est représentée légèrement vêtue, la main droite tenant' une pique et la gauche posée sur un casque; à ses pieds est un bouclier. Jules César. se servait, dit-on, d'un cachet où était gravée une semblable figure ; à la batailla du Fharsale, il avait donné à ses soldats pour mot de ralliement: Venus Victrix; Dion, qui rapporte cette particularité, ajoute que le mot choisi par Pompée était : Jïercutes Jnvictus (Hercule invincible). La Venus Vïetrix se retrouve sur les médailles de plusieurs impératrices et do' plusieurs empereurs de Rome, notamment sur des médailles de Faustiue, de Crispine, de Vespasien, de Commode. Une belle statue de cette déesse, découverte à Otricoli,se voit au musée Pio-Clémentin. Une autre, qui parait être lo portrait d'une impératrice, appartient au musée de Dresde ; elle est d une conservation rare et se fait remarquer surtout par la beauté des draperies. « La tuai-

que, fine, transparente, très-soupie, s'applique si bien sur la poitrine, dit M. de Claiac, qu'on ne reconnaît sa présence qu'à quelques plis très-déliés; la main gauche et une partie des bras, repliés vers le do3, sont enveloppés dans les plis du manteau, que Canova croit être une crocote. ■ La chaussure de cette statue est fermée et ne laisse pas voir les doigts. Quelques antiquaires pensent que la Vénus d'Arles et la Vénus de Milo sont des Vénus victorieuses. Sur une pierre gravée du musée de Florence, une Vénus, debout, appuyée contre une colonne, tient sur sa main droite un pigeon et, de la gauche, une pique renversée ; à ses pieds est un bouclier: on aurait ici, suivant quelques archéologues, une allégorie exprimant que la beauté triomphe même de la vertu guerrière et que tout doit céder à l'amour. Les figures de ce genre ne sont pas rares. Souvent, au lieu d'une pique, la déesse tient à la main un long sceptre : telle est la Vénus à la colombe Sa British Muséum. Au Louvre est une statuette en bronze de Venus Victrix (n° 166), ramenant sa main droite vers sa poitrine et posant la gauche sur un bouclier ovale, que soutient une colonnette ; les reins sont ceints d'une draperie, dont une extrémité tombe jusqu'aux pieds; des bracelets ornent le haut des bras, et deux rangs de perles Se croisent sur le buste, A. ce propos, nous rappellerons que César décora une statue de Vénus d'une cuirasse qu'il fit faire avec des perles achetées dans l'île lie Bretagne. Une autre statuette, de travail étrusque, appartenant au Louvre (n° 125), est désignée comme une Venus Victrix; elle est debout, tenant une pomme dans la main droite et vêtue d'une tunique parsemée de points et ornée de rangées de petites spirales; la tête est ceinte d'une Stéphane; les pieds sont chaussés de bottines pointues et recourbées; la poitrine est décorée d'un collier formé de pendants. La pomme que tient ici Vénus est la marque, le trophée de sa victoire sur Junon et Minerve. Plusieurs pierres gravées antiques nous, montrent la déesso de la beauté tenant a. la fois la pomme et une pique renversée ou un sceptre. Sur un médaillon antique, qui est au Louvre (n° 167), Venus victrix est debout, la partie inférieure du corps enveloppée d'une draperie, la tête ceinte d'une couronne, le bras gauche accoudé sur une colonne et soutenant une haste, la main droite étendue et portant un grand casque; un bouclier ovale est appuyé contre la colonne; un Amour agenouillé noce la chaussure de la déesse; deux autres volent en soutenant au-dessus de sa tête une couronne de fleurs; un quatrième, debout sur une base, lui présente aussi une couronne. La Vénus de Capoue, à laquelle nous consacrons ci-après un article, est une Vénus Victorieuse.

Venus Genilrix. César, qui prétendait descendre de Vénus, lui fit élever un temple à Rome, sous l'invocation de Venus Genilrix (Vénus mère) ; il fut assassiné au moment où il s'apprêtait à faire célébrer'des jeux pour la dédicace de cet édifice. On possède plusieurs médailles sur lesquelles est représentée Venus Genilrix :e\\ay parait habillée d'une tunique talaire et sans manches, qui dessine les contours élégants et gracieux de ses membres et qui laisse à découvert l'épaule et le sein- gauches; de la main droite, elle relève un pan de son péplum au-dessus de son épaule. Il existe plusieurs statues antiques conformes a cette description : elles se font remarquer par l'élégance des formes et surtout par la légèreté et la transparence des draperies. Une de3 plus belles appartient au Louvre, après avoir longtemps orné !e jardin de Versailles; Clarac croit que, par son style, par le caractère de sa tête, elle remonte à un temps assez ancien et qui se rapprocherait de celui de la Niobé. Comme certaines Vénus Victorieuses, elle tient une pomme. Une autre Venus Genilrix, en marbre pentélique, venue de la villa Borghèse au Louvre, fait de la main droite le geste caractéristique qu'on voit sur les médailles et appuie la gauche sur un vase à parfums, placé sur une colonne; son pied repose sur un scabellum. Le musée des Offices possède une Venus Genilrix dont l'élégante nudité transparaît complètement sous la tunique ;< la main gauche est moderne. Winckelmann a pensé que les statues qu'on prend ainsi pourdes images de Venus Geaitrix pourraient bien avoir été simplement des statues de danseuses.

Vénus Chauve (Vénus Calva). Sous ce nom, Vénus avait un temple au Capitule. Au dire de Laclance, ce temple aurait été fondé en commémoration d'un sacrifice héroïque fait par les femmes romaines lors du siège du Capitole par les Gaulois; les cordes employées à faire mouvoir les machines de guerre s'étant usées, elles coupèrent leurs cheveux et en rirent des tresses pour les remplacer. Codinus et Suidas attribuent au culte de Venus Calva une origine moins poétique; ils disent que les Romaines, ayant été attaquées d'une maladie qui les obligea à couper leur chevelure, firent un vœu à Vénus pour la voir repousser promptement, et qu'ensuite, se croyant exaucées, elles lui élevèrent, sous le nom de Venus Calva, une statue qui tenait un peigne à la main.

Vénus Marine. Un petit bas-relief antique

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en argent, qui est au Louvre (n° 164), la représente assise dans une coquille bivalve que soutiennent deux centaures marins. Une statuette de terre cuite, qui a fait partie des collections Durand et Fourtalès, nous montre Vénus nue et agenouillée, sortant d'une coquille bivalve et tenant de la main gauche une phiale. Au musée Chiaramonti (Vatican), un bas-relief de marbre antique représente Vénus Marine dans un édicule. Sur une pâte antique, la déesse est debout sur le tillac d'un vaisseau et tient des deux mains un voile; près d'elle, un Amour joue d'un instrument et un second grimpe au mât; deux autres, dont l'un joue de la lyre, se tiennent sur des rochers, l'un devant et l'autre derrière le navire.

Vénus à la coquille. On a donné ce nom à une gracieuse figure de jeune fille assise sur un rocher, les jambes allongées, dans une attitude qui rappelle celle de la Joueuse aux osselets et tenant à la main une coquille avec laquelle elle semble vouloir puiser de l'eau. Cette statue vient de la villa Borghèse et est maintenant au Louvre. Elle représente plutôt une nymphe que Vénus. Sa tunique, agrafée sur l'épaula droite, laisse à découvert l'épaule et le sein gauches, les bras et la cuisse droite.

Vénus sortant du bain. On trouvera ciaprès un article spécial, consacré k la plus belle des statues de ce genre, dite la Vénus accroupie. La villa Borghèse possède une Vénus sortant du bain, qui s'essuie avec une éponge. De cette même villa est venue au Louvre une petite statue qui lève'la main droite derrière sa tête, comme pour relever ot renouer sa chevelure, et qui, de la main gauche, retient une ample draperie, ne couvrant guère que le haut des cuisses et le derrière des jambes. Cette Vénus a été gravée par Allais. Au palais Chigi, k Rome, il y a une belle Vénus sortant du bain, qui a quelque ressemblance avec la Vénus du Capitole; près d'elle est un rocher sur lequel posée est une partie de son vêtement ; elle en ramène l'autre extrémité sur ses cuisses et place une de ses mains devant sa gorge. Sur la plinthe de cette statue, on lit cette inscription : AIIO THE EN TPQAAI A4>POMTIIS MIINO<t>ANTO£ EilOIEI (Ménopkanle la faisait d'après ta Vénus de Troas). Eroeric David pense que ce fut sous le règne d'Auguste que cette copie fut exécutée d'après un original célèbre : «La ville d'Alexandrie Troas, appelée d'abord Antigonie, devint colonie romaine sous Auguste et commença, sous ce prince, à jouir des mêmes droits que les villes d'Italie. Par un effet de ces droits, la statue originale ne put pas lui être enlevée^ Ce fut vraisemblablement cette difficulté qui détermina Auguste ou quelque grand de Rome à en faire faire une copie. » La Vénus de Troas aété gravée dans le IVa volume du Aluseum Capitolinurn et par J,-J. Avril fils, dans le Musée royal (2» série). Il existe des répétitions de celte statue.

Vénus Céleste ou Uranie. Primitivement, cette déesse était adorée sous la forme d'une pierre quadrangulaire. Plus tard, Ca'nachus exécuta, pour le temple qu'elle avait à Sicyone, une statue colossale en ivoire et en or. La figure était assise; elle tenait une pomme dans une main, une fleur de pavot dans l'autre, et elle portait sur sa tête le signe du pôle. On ne 1 apercevait que du vestibule du temple, l'entrée du sanctuaire n'étant permise qu'aux deux prêtresses. Phidias fut chargé, à son tour, de faire une statue de marbre de Vénus Uranie pour le temple que les Athéniens avaient élevé à cette déesse, dans le voisinage du Céramique; il supprimait Pausanias, tous les attributs anciens et se borna à, produire un chef-d'œuvre d'expression et de beauté. 11 rit de même pour une statue 'd'ivoire et d'or de cette divinité, dont l'exécution lui avait été confiée par les habitants d'Elis. Alcamène et Agoracrite paraissent avoir suivi l'exemple de Phidias, leur maître, lorsqu'ils exécutèrent en concurrence, sur la demando des magistrats d'Athènes, leurs célèbres statues de Vénus Uranie; ils négligèrent les' anciens attributs du pôle, de la pomme et de la tète de pavot. « La Vénus d'Alcamène, a laquelle les juges donnèrent la préférence, dit Kmeric David, a été vantée pour l'excellence de ses formes, notamment pour la beauté de son sein, de ses bras, de ses mains. Les auteurs anciens ne parlent pas des attributs. ■ Ce silence, toutefois, ne saurait être considéré comme une preuve. Les monuments antiques sur lesquels- est figurée Vénus Uranie nou3 offrent des attributs trèscaractéristiques. Un camée antique nous la montre assise sur un trône, tenant d'une main la pomme et de l'autre un long sceptre. Le Louvre a fait, en 1850, l'acquisition d'une curieuse statuette en bronze de Vénus Céleste,qai a été trouvée dans le lac du Ciliegieto-alla-Falterona, en Italie. Debout et vêtue d'une longue tunique parsemée d'étoiles cruciformes, la déesse a la tête ceinte d'une couronne ornée de perles. Au musée de'Naples, une peinture, provenant de Pompéi, représente Vénus Astarté, la tête ornée d'une couronne, appuyée sur un gouvernail et tenant une haste qui se termine par un mât de navire, avec une très-petite antenne, en un mot avec tous les attributs qui caractérisent la déesse phénicienne sur les mon-

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naies de Tyr, d'Ascalon, d'Orihosia, de Sidon, de Tripolis. La Vénus Céleste a été représentée aussi avec des ailes, assise et jouant de la lyre. Le Louvre possède une statuette de Vénus, en bronze, munie de quatre ailes et tenant des fleurs ; ce morceau est d'un travail étrusque très-ancien.

Vénus Populaire ou Vulgaire (Vénus Pandémos, Vénus Libitiné). Les femmes honnêtes ou qui voulaient paraître telles adoraient Vénus Uranie ou Vénus Céleste; les courtisanes et les femmes qui en avaient les goûts adoraient Vénus Pandémos, Celle-ci avait des temples à Athènes et à Elis. Le fameux Scopas fit pour le temple d'Elis une statue en bronze représentant la déesse assise sur un bouc. Des images de ce genre nous ont été transmises par des pierres gravées. Quelquefois la Vénus Populaire est debout et tient te bouc par les cornes. Sur une pierre du cabinet des Antiques, à Paris, elle traverse la mer, assise sur un bouc. Le Louvre possède une très-curieuse statue de marbre grec, qui représente la déesse du libertinage foulant aux pieds un foetus. Cette figure, qui provient de la villa Borghèse, a été publiée par- Clarac (Musée de sculpture antique, pi. 3.41).

Venus et l'Amour. Il existe un grand nombre de monuments antiques représentant Vénus en compagnie d'un ou de plusieurs Amours. Sur une pâte antique, on la voit debout, entre deux Amours, dont l'un tient un flambeau et l'autre une palme ; sous le premières! dessinée la tête rayonnante du Soleil, et sous le second deux têtes qui se regardent et dont l'une est armée d'un croissant. Sur un camée antique du musée de Naples, Vénus est assise sur un lion que conduitun Amour. Sur une autre pierre, Vénus soutient l'Amour monté sur une roue. Ailleurs, Vénus, assise, supporte avec le bras gauche une corne d'abondance et donne, de la main droite, la pomme à un Amour qui est devant elle. Une peinture, trouvée à Pompéi, représente Venus punissant un Amour. Une pierre gravée nous montre la déesse tenant un miroir dans lequel elle se regarde, tandis qu'un Amour lui présente un coffret et qu'un autre vole autour d'elle. Au musée des Offices est un groupe de marbre, formé par Vénus et un Amour qui tient un flambeau renversé. Le Louvre possède un beau groupe de marbre de Paros, représentant Vénus qui tient en ses mains l'épée qu'elle a dérobée à Mars, tandis que l'Amour, debout devant elle, essaye, en se jouant, le casque du dieu désarmé.

Venus et Mars. Au musée de Florence, il y a un groupe de Vénus et Mars, qui est fort intéressant, malgré les mutilations nombreuses qu'il a subies; la déesse, drapée et posée à peu près comme la Vénus de Milo, appuie son bras gauche sur les épaules de Mars et approche la main droite du baudrier auquel est suspendue l'épée du dieu; elle semblé vouloir le désarmer. Le musée de Naples a plusieurs peintures antiques où Vénus et Mars sont groupés dans diverses attitudes.

• — IL Représentations modernes de Vénus. Les artistes modernes n'ont pas été moins dévots que les anciens k l'égard de la déesse de la beauté ; il n'est guère de peintre d'histo\re, et nous pourrions dire de sculpteur, qui n'ait pour le moins esquissé une figure de cette divinité. A l'époque de la Renaissance surtout, le culte artistique rendu à Vénus a été universel. Nous décrirons ci-après, dans des articles spéciaux, les chefs-d'œuvre que Raphaël, le Titien et autres grands maîtres lui ont consacrés, et .nous allons grouper ici les principaux ouvrages dus aux artistes des différentes écoles, en commençant par les sculpteurs.

Des statues isolées de Vénus ontété sculptées par Aliegrain (musée du Louvre), C.-A. Arnaud (la Vénus aux cheveux d'or, Salon de 18G3), Canova ( Vénus surprise au bain, à la glyptothèque de Munich, Venus sortant du bain, au palais Pitti), Vénus Victorieuse (v. ci-après), G. Clère (Vénus Agreste, Salon de 1859J, A. Colombo (Vénus ou le Premier rêve d'amour, Exp. univ. de 1855), A. Courtet (la JVai'ssance de Venus, Salon de 1863), P. d Epinay (Vénus Astarté, 1874), Fogelberg (gravé par Darodes et par D.-A. Miîlin), Forceville-Duvette (Vénus Céleste, Salon de 1845), Fraikin (Cypris, 1848), Gois (Vénus endormie dans une coquille. Salon de 1824), E. Hering (statuette d'ivoire, Salon de 1861), Mathieu Kessels (Vénus sortant du bain, musée de Bruxelles), Louis Kley (Vénus à la coquille, terre cuite, 1866), Aug. Lechesne (Vénus à l'oiseau, Salon de isfil), P. Loison (statue de pierre, façade des Tuileries, 1865), Molchknecht (Vénus surprise au bain, statue de marbre, Salon de 1831), J. Nollekens (Vénus nouant sa sandale, Expos, de Londres, 1862), Sehadow (Vénus couchée), Sonnenschein (Vénus au repos, musée de Berne), Emile Thomas (Vénus au jugement de Paris, Salon de 1869), Thorwaldsen (gravé parFerd. Gaillard), etc. Des groupes de Vénus et l'Amour ont été sculptés par R. Begas (Salon de 1865), F. Anguier (autrefois dans le jardin de l'hôtel d'Aumont, à Paris), Jean Bulio (Vénus jouant avec l'Amour, Salon de 1865), Jean Cousin (musée de Cluny), de Marsy (dans le paie de Versailles, gravé par J. Edelinck),

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Molchknecht (Vénus désarmant l'Amour, bronze, salon de 1834), Pradi»r (v.ei-simès), E. Ragonneau (l'Amour désarmé par Vénus, Salon (le 1861), Fr. Truphème (Venus grondant f'AHioi<r,petitmarbre,Salon de 1869j,etc. On doit encore à Canova deux groupes représentant, l'un Mars em&rnssnnt Vernis, l'autre Venus et Adonis.

Nous classerons les peintures modernes par catégories comprenant tin même ordre de sujets, comme nous avons fait pour les représentations antiques.

Naissance de Vénus ou Vénus Anadyomène.

Outre la fresque de la chambre de bain du cardinal Sibbiena.dont il est reparlé ci-après, Raphaël a consacré à Vénus Anadyomène un dessin exquis, que renferme Ift collection royale d'Angleterre; il a représenté la déesse plongée dans la mer jusqu'au-dessous des seins; tout le reste du corps n'apparaît encore qu'à travers le voile transparent des ondes ; une de ses mains tord ses cheveux humides; l'autre appartient encore à la mer. • La déesse, en qui va se résumer la plus haute expression de la beauté, se considère elle-même avec étonnement. Elle abaisse légèrement la tête vers le miroir des eaux et se regarde, surprise de se trouver si belle. C'est l'image charmante et naïve d'une jeune fille qui s'épanouit dans le sourire de sa première jeunesse et qui n'a point encore conscience de sa propre beauté. » M. Gruyer, à qui nous empruntons cette description, ajoute: « Ce n'est là qu'un simple dessin, mais quia tout le fini, toute la perfection du tableau le plus délicat, • Avant Raphaël, Botlicelli a représenté Vénus debout sur une coquille au milieu des flots et voilant de son mieux sa nudité en ramenant de la main gauche sa chevelure d'or et en plaçant la main droite devant sa poitrine; deux Vents planant andessus de la mer poussent doucement la déesse vers le rivage où l'attend le Printemps, belle jeune femme en robe blanche parsemée de bluets. Ce curieux tableau est au musée des Offices. Au palais Spada, à Rome, est une Vénus Anadyomène, de Jules Romain, voguant sur une coquille que traînent deux dauphins; elle est à demi levée et, comme la Venus de Botticelii, elle cherche à dérober ses appas aux regards indiscrets des dieux accourus sur la plage pour assister à son débarquement. Nous décrivons cici-après les Vénus Anadyomène, d'Ingres, de Cabanel, d'Amaury Duvai. Citons encore les compositions de F. Boucher (gravé par Duflos et par Réveil), Emile Bin (Salon de 1874), L. de Boullongne, P. Caldara (gravé par Ch. Alberti), Ch. Chaplin (1867), P. de Cortone, Claude Dubufe (Salon de 1859), J. Félon (1849), Séb. Le Clerc (estampe), H. Lehmann (Exp. univ. de 1855), J.-J. Meynier (Salon de 1863), Rubens (gravé par P. de Jode le jeune), J.-B.-F. de Troy (gravé par Et. Fessard), Nie. Vleughels (gravé par N. de Larmessin), Cornélis de Vos (musée de Madrid), J. Barry (gravé par V. Green et par A. Macduff, 1776), etc.

Triomphe de Vénus, Vénus sur les eaux, Vénus Marine. Le triomphe de Vénus sur les eaux a beaucoup d'analogie avec la naissance de l'Anadyoraène; les deux scènes ont été souvent confondues par les iconographes; il est à remarquer toutefois que le triomphe comporte plus de pompe et par conséquent plus de figures que la naissance. L'Albano est un des peintres qui ont le plus fréquemment et le plus gracieusement traité la scène de Vénus sur les eaux; le musée de l'Ermitage a de lui une grande et belle composition sur ce sujet; il y en a une autre au musée du Belvédère. Un Triomphe de Vénus sur la mer, par l'Albane, a figuré à la vente du roi Guillaume de Hollande en 1850. Réveil a publié deux Venus sur les eaux, d'après l'Albane, dans sa Galerie des arts et de l'histoire (II, pi. lio et 111); une de ces compositions nous montre la déesse assise sur un char traîné par deux chevaux marins et ayant près d'elle Cupidon armé de son arc; un Amour soutient une écharpequi s'enlle, en guise de voile, au-dessus du char; trois autres planent dans- les airs; un cinquième chevauche un dauphin ; le char va aborder à une plage où se tiennent d'autres Amours, des nymphes et une belle jeune femme qui tend les bras à Vénus et que l'on croit être Pitho, déesse de la persuasion. Parmi les autres artistes qui ont représenté des scènes analogues, nommons : F. Bartolozzi (gravé par John Clarke), A. Bellucci (gravé par V. Green), Bergeret (gravé par Alix), Boucher (gravé parLe Vasseur, Emile Boilvin, Gille Demartena, etc.), Luca Cambiaso (galerie Borghèse), Annibal Carrache ( tableau payé 6,000 francs à la vente Le Brun en 1810), J. Casanova (gravé par F. Gregori), Cipriani (gravé par Bartolozzi), Ant. Coypel (gravé par Desplaces), H. Fragonard (musée de Besançon), Girodet (vente Pourtalès), Gérard de Lairesse (estampe), A. Monchablon ( Vénus se rendant à Cylhère, Salon de 1870), Natoire (1743), Rubens (gravé par Soutman), D. von Stern (estampe), Watteau (gravé par P. Mariette), etc. U a Triomphe de Vénus, dessin de Prudhon , appartenant au Louvre, a été lithographie par Aubry-Lecomte.

Vénus au bain, Vénus sortant du bain. Marc- Antoine a gravé d'après Raphaël une Vénus essuyant son pied mouillé en présence de

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Cupidon qui est debout près d'elle son arc à la main. Une autre composition du même maître, analogue à la précédente, a été gravée par Enea Vieo. Une Vénus au bain, figure de grandeur naturelle, vue jusqu'aux genoux, peinte par Jules Romain, se voit dans la galerie Borghèse. J.-M. Michel a gravé, d après Bou<;her, deux compositions intitulons : Vénus entrant au bain et Vénus sortant du bain. Ce dernier sujet a été représenté encore par Fr.Lemoine (tableau pavé 1,601 livres à la vente Gaillard de Gugny en 1762, gravé par L. Cars), P. Parrocel (eau-forte), N. Poussin (gravé par Et. Baudet, 1669), etc. Toilette de Venus, Le musée d'Aix possède un tableau qui a été attribué à Raphaël, mais qui paraît être plutôt d'un peintre de l'école florentine : Vénus est représentée au milieu des Grâces, qui président à sa toilette. Une estampe de Bonasone sur le même sujet a été considérée par quelques auteurs comme reproduisant une composition de Raphaël, et par d'autres comme exécutée d'après le Parmesan. Il existe plusieurs tableaux de l'Albane représentant la Toilette de Vénus : la Louvre en a un où l'on voit la déesse nue jusqu'à la ceinture, assise sur-la terrasse d'un magnifique palais et se regardant dans un miroir qu'un Amour lui présente; deux des Grâces, debout derrière elle, arrangent sa clievelure; la troisième prépare un collier; d'autres Amours vaquent ça et la h diverses occupations ou à leurs plaisirs; sur les nué,es est le char de la déesse, attelé de deux cygnes que des Amours fout boire. Ce tableau a été gravé par Baudet, par B. Audran, par Landon, par R4veil. Une Toilette de Vénus par Boucher a figuré à la vente de la galerie de San-Donato en 1870. Des compositions sur le même sujet ont été peintes par Baudry (musée de Bordeaux), Boullongne l'aîné . Annibal Carrache , le Guide (tableau de la National Gallery, gravé par R. Strange, par Réveil), Jordaens (musée des Offices), Angelica Kauffmann (gravé par Bartolozzi), le Padouan (galerie Borghèse), Van Thulden (Maison du Bois, près de La Haye), le Titien (Ve'?ius te mirant, tableaux divers au palais Corsini, & Florence, au palais Barbarigo à Venise, au musée de 1 Ermitage), Ant. ïriva (galerie de Dresde), de Troy (autrefois dans le château de La Grange, près de Paris), Simon Vouet (gravé par Michel Dorigny), etc.

Vénus au repos, Vénus couchée, Vénus endormie. Le Titien a fait sous ce dernier titre divers chefs-d'œuvre que nous décrivons plus loin. Plusieurs Repos de Vénus ont été peints par l'Albane (au musée des Offices, au palais Corsini, à Florence, dans la galerie Lichienstein), Un beau tableau d'Annibal Carrache, le Sommeil de Vénus, fait partie de lu riche collection du duc d'Auraale; il a été gravé par Réveil; Corot a peint sous le même titre un assez grand tableau qui a ligure à son exposition posthume (1875) et qui appartient à M. Breysse. Une Vénus endormie du Guide a été gravée par Bartolozzi; une autre, par L. Giordano, est au musée de Nuples; une autre, par J. Heinz, est au musée du Belvédère; une autre, par F. Le Moine, a été gravée par Aliamet(176l); une autre, par W. Miéris, est dans la galerie de Dresde.

r Vénus et l'Amour. Marc-Antoine a gravé, d'après Raphaël, une composition représentant Vénus qui embrasse l'Amour. La déesse entièrement nue, se penche vers Cupidon et s'apprête a l'embrasser : > Le mouvement général est d'une grâce si tendre, dit M. Gruyer, qu'on prendrait plus volontiers cette Aphrodite pour la scéur que pour la mère de l'Amour. Tous ses traits se fondent en une expression de modestie charmante : l'ovale du visage est délicat et un peu allongé, les yeux baissés soûl beaux et caressants, la .bouche sourit avec douceur.... Quant à l'Amour, c'est un magnifique enfant, qui se cambre avec élégance en se penchant vers sa mère, j Le sujet de Vénus embrassant ou caressant l'Amour a été peint par Appiani (gravé par Porporati et par Bisi, 1822), P. Battoni (gravé par Réveil), L. Carrache (musée de Berlin), Palina le jeune (galerie de Cassai), Paggi (gravé par C. Galle), Pontormo (musée des Offices), le Titien (gravé par Boldrini), Daniel de Volterre (autrefois dans la galerie Giustiniani), etc. Le comte de Caylus et Etienne Fessard ont gravé, d'après Bouchurdon, une Venus châtiant l'Amour. Des estampes sur le même sujet ont été gravées par Aug. Carrache, G.-L. Valesio, Marie-Anne Croisier (d'après Rubens). Une composition de ce dernier maître, Vénus allaitant les Amours, a été gravée par C. Galle le jeune, par Louis Surrugue et par H. Watelet. Nous avons décrit au mot éducation (VU, p. 215) un tableau du Titien représentant Vénus et Mercure faisant l'éducation de l'Amour. Le Corrége a traité le même sujet, comme composition, qu'Arnold de Jode a gravé en 1C67. Le Titien et le Corrége ont représenté également, l'un et l'autre, Vénus bandant tes yeux de l'Amour: leurs compositions ont été Kruvées par Réveil ; celle du Corrége montre Vénus nue, le dos tourné au spectateur, la visage de profil, aveu Cupidon sur les genoux se prêtant le plus gentiment du monde à lacté maternel; le Titien a peint une grande dame de son temps, revêtue d'une

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légère tunique, nouant le bandeau du bambine ailé, en présence d'un autre Amour et de deux suivantes dont l'une tient l'arc et l'autre le carquois. Ce dernier morceau est au palais Borghèse. Une eau-forte de Dietrich (1735) représente Vénus mettant un masque à l'Amour. Le Corrége, C. Vanloo, N. Diaz, Tremollière (1737), le Bronzino (gravé par Réveil), Gipriaiii (gravé par Clarke), P. Guérin (gravé par Boucher-Desnoyers), Fr. Boucher (gravé par Gille Demarteau), LaviniaKontana (musée de Berlin), Angelica KaufTmann (gravé par Clarke), Charlier (gravé par Janinet), ont représenté Vénus désarmant l'Amour. D'autres eompo-* sitions relatives à Vénus et l'Amour ont été peintes par A. Bellucci (musée de Dresde), Paris Bordone (gravé par Th. von Kessel et par P. von Lisebetten), Fr. Boucher (gravé par Janinet, par Gille Demarteau et autres), J. Breughel (musée de Madrid), Luca Cainbiaso (palais Pallavicini, à Gênes), G. Carpi (musée de Dresde), Annib. Carrache (gravé par J. Bouillard, par Geiger), L. Carrache (musée du Belvédère), C. Cignani (inusée de Turin, gravé par G. Asîoii et par Banse), L. Cranach (galerie Borghèse), Dietrich (musée de Dresde), Ad, Èlssheimer (gravé par W. Hollar), G. Fiinck (gravé par C. van Dalen et par Burtsch), Franceschini (gravé par Q. Marok, 1783), Giacomotti (Salon de 1873), le Guerchin (galerie de l'Académie do Suint-Luc, à Rome), le Guide (galerie de Dresde), llans Holbein (gravé par C. von Michel), J.-B. Huet (gravé par Bonnet), A. liautfmann (gravé par Marcuard), Ch. Le Brun (gravé par J. Johnson), Mme Vigée- Lobrun (^rrave par Schultze), Eustaehe Lesueur ( Vénus présentant l'Amour à Jupiter, au Louvre), P. Liberi (musée du Belvédère), H. van Limborn (musée de Dresde), Lucas de Leyde (tableau au palais Corsini et estampe datée de 1528), Mazerolles (Salon de 1861), Nattier (gravé par J. King), le Padouan (au Louvre, gravé par Folo et par Réveil), le Parmesan (gravé par P, Caronni), G. Penckz (pinacothèque de Munich), L.

Penni (gravé par Boyvin), Pierre (gravé par Lévesque, 1770), le Pordenone (gravé par O. Fiorietti), Poussin (gravé par Baudet et par Jeannot), Rembrandt (au Louvre), J. Reynolds (gravé par Bartolozzi), Riesener (Expos, univ. de 1855), J. Romain (gravé par Ag. Veneziano), Rubens (gravé par Krnfft), A. Schiavone (musée du Belvédère), le Titien (gravé par 1s. Beckott, par J.-K. Leybold, etc.), Toudouze (Eros et Aphrodite, 1873), P. Véronèse (musée de Bordeaux, galerie Borghèse et autres), A. Watteau (gravé par le comte de Caylus), A. van der Werff (inusée de Dresde), Zustris (au Louvre, etc.). Ces différents maîtres ont traité Vénus et son fils d'une façon généralement peu orthodoxe au point de vue du mythepaïen ; la plupart n'ont vu, dans ce mythe, qu'un prétexte à peindre une bello femme et un bel enfant, et ont adopté des types n'ayant absolument rien d'antique. La Vénus de Rubens est une Flamande aux appas plantureux, à la chevelure blondo, aux carnations roses et moelleuses; la Vénus de Rembrandt est costumée à la mode hollandaise, et l'Amour du même maître est un bébé en chemise qui pose la main sur la gorge de sa mère; la Vénus de Reynolds est une Anglaise aux carnations laiteuses, aux regards tendres et langoureux -, les Vénus da Bourher et de Watteau ont des poses bien risquées, bien xvme siècle; quant aux Vénus de ce temps-ei ou plutôt du temps du dernier Empire, elles sont fort peu pudiques et ■ elles ne rachètent pas leur immoralité par leur esprit. « C'est aux gynécées de l'Orient, écrivait en 1863 M. Du Camp , qu'il faut renvoyer les créatures qu'on nous montre aujourd'hui. A ces Vénus qu'on peint avec tant de soin, l'on peut crier l'amithènie de Henri Heine : • Tu n'es plus qu'uue déesse » de mort. Venus Libitinal» car ce sont encore moins que des courtisanes. 1

Vénus et Mars. Nous avons décrit au mot Mars (X, p. 250) les tableaux d'à Poussin, de Luca Giordano et de Lebrun représentant Vénus et son belliqueux amant. L'Albane a peint Mars épiant Vénus endormie au milieu d'un riant paysage (pinacothèque de Munich). Haus Collaert a gravé, d'après Ph. Galle, une suite de 4 planches représentant les Amours de Vénus et de Mars. Deux estampes sur le même sujet ont été gravées par Gio-B. Ghisi (1539), Enea Vieo, D. Matham (d'après H. Golt/.ius), A. Houbraken, P. van den Berge, Nie. Lanière (d'après le Parmesan), le Maître au Caducée, Domenico del Barbiere (d'après le Rosso), J.-B. Chapuy (d'après Rot:enhamer), J.-lsracl do Bry (d'après B. Sprauger), S. Cuutarim (eau- forte d'après P. Véronèse), Marco Angolo del Moro, etc. On possède plusieurs peintures de Véronèse représentant les Amours de Mars et de Vénus: il y en a une dans la galerie du duc d'Aumale. Un tableau du Tiiien sur le même sujet figure dans la galerie du duc de Marlborough, au château de Blenheim; il a été gravé par Réveil et représente un guerrier du xvi« siècle, à demi vêtu, assis sur le bord d'un lit et tenant dans ses bras une femme entièrement nue qui se regarde dans un miroir; l'Amour, couché à terre, joue avec son arc. Vénus et Mars ont été peints encore par Aug. Carrache (autrefois au palais ducal de

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Parme), Piez di Cosimi (musée de Borlin), la Garofaio (musée de Dresde), le Guerchin (gravé parOttaviani), Lanfranc (au Louvre), Rubens (musée de Tours), etc. B. Spranger à représenté Vénus et Mars surpris par Mercure (musée du Belvédère) ; Lagrenée, Vénus et Mars surpris par Vuleain (Salon de 1769) ; Annibal Carracne, Vénus à qui un satyre offre une coupe de vin (musée de Madrid) ; le Titien et le Corrége, Vénus endormie surprise par un satyre (v. Antiofb et ci-après Vends del.Pardo). Des estampes représentant ce même sujet ont été gravées par' J. Danckerts , G. Duchange (d'après H.

Coypel), C. von Pechwell, B. Picart, W. van Valkert (1672), Kaupertz (1774), etc.

Vénus et Vuleain (v. l'Ieonogr. de Vulcain). Un sujet fréquemment représenté est celui de Vénus demandant à Vuleain des armes pour Enée.

Vénus et Enée. Entre autres sujets relatifs à Vénus et Enée , Poussin a peint Vénus apparaissant à Enée et lui remettant les armes forgées par Vuleain (^ravé par Al. Loir et par Aquila). Le même sujet a été peint par Bon Boullogne, Ch. Natoire (gravé par Flipart), etc. V. Enée.

Venus et Psyclié. V. Psychô.

Vénus au jugement de Paris. V. PÂnis,

Vénus blessée par Diomède. Tableau de Vien (Salon de 1775).

Vénus et Adojiis. Les amours de Vénus et du beau chasseur ont fourni le sujet d'un grand nombre de tableaux et de gravures. Nous décrirons ci-après les compositions du Titien, de Véronèse, de Rubens, de l'Albane, de Poussin. Citons encore celles d'Ansiaux (Salon de 1831), P. Battoni (gravé par G, Michaut), Boisselier l'ulné (la Mort d'Adonis, au Louvre), A. Bonvicino {Vénus pleurant la mort d'Adonis, musée de Florence), P. Bordone (Vénus et Adonis couronnés par l'Amour, tableau du musée de Vienne, gravé par P. van Lisebetten). Bon Boullogne (au Grand Trianon), Briguiboul (inusée da Narboone), L. Cambiaso (galerie Borghèse), Ann. Carrache (gravé par A. Kauffmann et par Jos. Axmann), N. Diaz (Salon de 1848 et de 1859), Van Dyck (musée de l'Ermitage), le Guerchin (musée de Dresde), Cornélis de Harlem (musée de Caen), J. Heinz (musée du Belvédère), Ab. Jansens (musée du Belvédère), E. Jeaurat (gravé par R. Gaillard), L. de La Hyre (estampe), Victor Millier (Salon de 1865), Nattier (gravé par Lépicié), G. Netscher (au Louvre), Luca Penni (gravé par Et. de Laune), le Primatice (galerie de Fontainebleau), Prud'hon (lithogr. pur Sirony), J.-B. Regnault, Romanelli (au Louvre;, Rotlenhamer (au Louvre), Schiavone (gravé par C. Lauwers et par C. Boel), L. Sylvestre (gravé par Nie. Chasteau), Alessandro Turqui, dit l'Orbetto (musée de Dresde, gravé par Beauvarlet), de Vaccaro (au Louvre), de B. West (gravé par Hall), etc.

Venu* (la fable de), fresques de Raphaël, au palais du Vatican, dans la chambre de bain du cardinal Bibbiena, Bernaido Dovizio da Bibbiena, cardinal, secrétaire intime du pape Léon X, logeait au Vatican, dans un appartement situé au troisième étage et qui ouvrait sur les loges supérieures , au-dessus des loges peintes par Raphaël. Ce prélat, qui avait une grande érudition et une véritable passion pour l'antiquité païenne, pria Raphaël de lui décorer une chambre de bain où devait être placée, dans une niche, une statue antique de Vénus. Le Sanzio retraça sur les murs de. cette chambre les triomphes de la déesse des Amours en sept tableaux principaux, dont deux sur chaque mur, sauf celui où est percée la porte et qui n'a qu'une peinture. Les sujets sont les suivants : la Naissance de Vénus, Vénus et l'Amour sur les eaux, Vénus blessée se plaignant à l'Amour, Vénus retirant de son pied une épine, la Nymphe Syrinx surprise par Pan ou Jupiter et Antiope, Vénus et Adonis, Vuleain et Pallas ou la Naissance d' Erechthée. Les quatre premières compositions seulement sont de Raphaël. Deux des trois autres sont da Jules Romain. La dernière est très-faible. Voici la description des quatre peintures de Raphaël :

10 La Naissance de Vénus. Vue presque- de dos, le pied gauche posé dans une conque, Vénus tient de la main gauche sa longue chevelure et promène ses regards sur l'e.ôment immense d'où elle vient de naître. Elle a toute la grâce, toute la candeur, tout le charme d'une beauté naïve et virginale. Dans le haut, sur les nuages, Saturne, armé de la faucille de diamant qu'il a reçue de sa mère, mutile Uranus afin qu'il n'ait plus de rejetons et que la Terre ne soit plus menacée de tomber au pouvoir de nouveaux Titans. Cette composition a été gravée au burin.par Marco da Ravetina, au trait par Piroli et par Landon (no 177), en couleur par M.- A. Maestri.

2» Vénus et l'Amour sur les eaux. La déesse, à peine née de i'éeiune fécondée par le sang d'Uranus, est assise bur un monstre marin et emportée à travers les Ilots. EJ|e est vue de dos et retourne vers le speciateur sa tête rayonnante de beauté. Près d'elle est un Amour monté sur un dauphin dont il stimule l'ardeur avec une baguette. «Cette scèaeest d'un charme extraordinaire, » dit Passavant ;

elle a été gravée par les mêmes artistes qua la précédente.

30 Vénus blessée se plaignant à l'Amour. Blessée accidentellement par une des flèches de l'Amour, Vénus porte la main gauche à son sein d'où s'échappa une goutte de sang. C'est de cette blessure que naquit la passion de la déesse pour Adonis. Vénus regarda avec attendrissement la plaie de éon Cœur. « Il y a dans le mouvement de sa figure , dit M. Gruyer, dans son geste, dans ses traits, un mélange de confusion et d'urdeur, dont le sentiment est exquis. 1 Cupidon tenant son arc et ses flèches est assis, les jambes croisées, à côté de sa mère, aux plaintes de laquelle il semble prêter peu d'attention. Un arbre répand sur Vénus et l'Amour la fraîcheur de son ombre. Un dessin de cette délicieuse composition, exécuté à la sanguine, a passé dans les cabinets de Crozat et de Ploos van Amste!, et se voit aujourd'hui dans la collection Albertine, à Vienne. La fresque a été gravée par Agostino Veneziano (1516), A. Campanelia (1773), L. Pizzi (au pointillé), Piroli, Landon, Muestri.

40 Vénus retirant de son pied une épine. Assise sous un arbre, la déesse retire de son pied l'épine qui l'a blessée, lorsqu'elle courait à travers la forêt nu secours d'Adonis. Suivant la Fable, le sang divin que fit jaillir cette blessure tomba sur des roses blanches qui prirent aussitôt une couleur rouge d'une délicatesse extrême. Suivant une autre légende , Vénus répandit autant de larmes qu'Adonis répandit de sang; du sang naquirent les roses, et les larmes engendrèrent les anémones.

Ce quatrième tableau a été gravé par Marc- Antoine, par Marco da Ravenna (avec un fond de paysage d'Albert Durer), par Landon, par Piroli, etc. 11 y eu a une copie dans la villa Palatina. A en croire Passavant, l'original aurait été enlevé dé la chambre de bain, et ia place qu'il occupait aurait été recrépie. Ce qui est certain, c'est que l'accès de cette chambre est depuis longtemps rigoureusement interdit. M. Gruyer rapporte, dans son livre sur Raphaël et l'antiquité, qu'ayant été présenté et chaleureusement recommandé au cardinal Antonelli par le général en chef de l'armée française d'occupation, il sollicita la permission d'étudier les fresques de la chambre de bain du cardinal Bibbiena; il lui fut.répondu ique tout cela n'existait plus. ■ M. Gruyer ajoute : « Quand on songe que de si précieuses peintures sont mises à l'index, cachées, menacées de ruine, ou seraient même anéanties déjà, s'il fallait en croire une parole dont on ne devrait cependantjamais douter, les regrets, la crainte et l'indignation grandissent de toutee qu'on éprouve d'admiration pour Raphaël. »

Veau» couchée (i.a) OU la Vénus au petit chien, chef-d'œuvre du Titien ; au musée des Offices, à Florence. Une belle jeune femme, entièrement nue, est étendue sur une draperie blanche, la chevelure dénouée, la main gauche pincée comme oelie- de la Vénus de Médicis, le bras droit replié et la main de ce côté tenant des fleurs; elle nous regarde avec un air de langueur voluptueuse. Un petit chien blanc, tacheté de feu, dort aux pieds de sa maîtresse. Dans le fond, prés d'une fenêtre, se tiennent deux suivantes, dont l'une en jupe rouge, est debout, tandis que l'autre, vêtue de blanc, est accroupie. Cette composition n'a de mythologique que le titre; on prétend que la superbe créature qui se montre à nous sans voiles serait la maîtresse d'un des Médicis ou du duc d'Urbin. La chose est fort possible, fort probable même. C'est évidemment là un portrait, et il ne pouvait y avoir qu'un prince qui pût se payer le luxe d'une aussi belle maîtresse et d'un aussi beau portrait. Cette peinture est une merveille de couleur et de dessin : « Il y avait, dit M. Viardot, une immense difficulté à peindre ce corps de femme, dont Javie colore seule un peu la blancheur, étendu sur un drap blanc, en avant d'un fond éclairé, lumineux, n'ayant enlin autour de lui nul contraste, nul repoussoir. Titien s'est joué à plaisir d'une telle difliciiltè, et sa Vénus mérite de tous points qu'on la nomme, comme fait Algarotti, la rivale de la Vénus de Médicis. » La Vénus au petit chien, est placée, non loin de la statue antique, dans la tribune du musée des Offices. Ce chefd'œuvre a été souvent copié par les artistes en renom : une copie exécutée par Ingres en 1822 a figuré a la vente de la galerie de Khalil-Bey; une belle réduction, par Gustave Ricard, appartient à M. Jules Roux, de Marseille. Des gravures ont été faites par P. Soutman, Rob. Strange (1768), R. Gaywood, Adr. Nargeot, etc.

La Vénus au petit chien a été peinte, ainsi que le tableau suivant, pour le duc d'Urbin, Francesco délia Rovere ; les deux morceaux sont passés en héritage à la famille des Médicis, à la suite du mariage de Vittoria délia Rovere avec Ferdinand 11.

Venu*, dite la Femme du Titien, tableau du Titien ; au musée des Offices. Cette Vénus, comme la précédente, est couchée toute nue sur un lit. Un Amour, debout derrière elle se penche pour lui faire des caresses et un petit chien essaye de monter sur le lit. Sur le devant du tableau, un vase est posé sur une table. Dans le fond se déroule un paysage où l'on distingue une perdrix. Quoique moins

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, éclatante que la Vénus au petit chien, cette toile est une œuvre capitale. Elle est placée dans la tribune des Offices.

Le musée de Dresde possède une Vénus couchée, du Titien. Etendue sur un lit blanc surmonté d'un grand rideau cramoisi, la déesse n'a d'autre voile

Venus et Adonia, chef-d'œuvre du Titien; au musée royal de Madrid. Assise a gauche au pied d'un arbre, sur un rocher que recouvre une draperie, la déesse de la beauté, presque entièrement nue, se retourne brusquement en nous montrant son dos charmant, et enlace de ses deux bras Adonis qui s'est levé pour aller à la chasse; elle l'étreint avec passion et lève vers lui son visage empreint de la plus touchante sollicitude ; on croit l'entendre dire à Adonis : « Pourquoi attaquer des bêtes à qui la nature a donné des armes pour se défendre? N'expose pas témérairement des jours qui me sont chers. La gloire que tu pourrais acquérir me coûterait trop ; ni ton âge ni ta beauté n'inspireront aux lions, et aux sangliers les mêmes sentiments qu'ils ont fait naître dans le cœur de Vénus. » (Ovide.) Le jeune chasseur, la main droite levée et appuyée sur une javeline, la main gauche tenant en laisse ses chiens impatients, s'est arrêté et contemple avec tendresse son amante anxieuse. Au fond, à gauche, l'Amour dort au pied d'un arbre. Dans le ciel apparaît une divinité jalouse qui descend pour troubler la félicité des deux amants.

Cette composition, dans laquelle on a pré'

pour

vre du maître. » La charmante attitude de Vénus, si gracieuse dans un mouvement presque forcé, le groupe animé des chiens, l'ingénieux arrangement de la scène, le dessin correct, la fougue et la science du pinceau, tout se réunit, dit M. Viardot, pour montrer, dans cet ouvrage célèbre, jusqu'à quel degré de perfection put s'élever le Titien. • Le tableau a environ 2™, 50 de largeur. 11 en a été fait par le Titien plusieurs répétions et réductions, avec changements ; la National Qallery de Londres en a une qui provient du palais Colonna, où elle était considérée comme représentant Céphale et Procris; une autre a passé successivement dans les collections de Charles 1er d'Angleterre, de Jabach, du prince de Carignan (1742), de Mme LangUer (1788), du duc d'Orléans (1793), etc.

Des compositions du Titien relatives à Vénus et Adonis ont été gravées" par Giulio Sanuto, R. Sadeler le vieux, R. Strange, W. Holl, Zenoni, Rota, Cornelis Bos , etc.

Venus » l'orgue (la), tableau du Titien ; au musée de Madrid. Elle est entièrement nue et couchée sur un lit; un léger voile posé sur sa chevelure blonde et un collier de perles forment toute sa parure. Elle sa penche vers un petit épagneul qui voudrait monter près d'elle. Sur lé pied du lit est assis un jeune gentilhomme, l'amant ou la mari de la belle, qui se retourne vers elle pour la regarder et qui a les mains posées sur les touches d'un orgue. Au fond, on aperçoit une fontaine que décore un satyre en marbre, 'et plus loin une prairie, des ombrages, des édilices. « Si ce tableau, dit M. Lavice (Musées d'Espagne), était placé vis-à-vis d'une porte et de telle façon qu'on n'en aperçût pas le cadre; si, au même moment, une belle voix d'homme accompagnée par un orgue expressif se faisait entendre, quelles ne seraient pas l'illusion et l'émotion du spectateur! Car cette femme si belle est vivante ; on voit sa main s'avancer vers l'épagneul qu'elle regarde avec un sourire enchanteur. Je ne connais rien d'aussi ravissant que le visage, les formes du corps et la pose de la Vénus à l'orgue. Il y a des Titiens plus importants, il n'eu est pas de plus beaux pour la couleur et la lumière ; il n'en est pas de plus gracieux, de plus vrais, de plus émouvants. » Ce tableau n'est que depuis quelques années au musée de Madrid.

La galerie de Dresde possède une Vénus couchée, du Titien, qui a beaucoup d'analogie avec la précédente : étendue sur un lit blanc, surmonté d'un grand rideau cramoisi, avec fond de paysage, la déesse n'a d'autre voile qu'une légère gaze placée en guise de feuille de vigne. Au pied du lit, un gentilhomme, coiffé d'une étoffe noire et ayant i'épée au côté, joue du luth en contemplant sa maîtresse. Nous disons sa maîtresse, car ce tableau, comme les deux tableaux de Florence et le tableau de Madrid, est évidemment un portrait exécuté pour quelque prince libertin.

Venus del Pardo (la) OU Jupiter et Antiope',

tableau du Titien ; au Louvre. Ce tableau, qui fut vraisemblablement exécuté pour Philippe II, orna pendant longtemps la résidence royale' du Pardo; il fut donné en présent par Philippe IV à Charles I", roi d'Angleterre, et, après la mort tragique de celui-ci, fut acheté au prix de 600 livres sterling (15,000 francs) par le fameux banquier ■ Jabach, dont la collection, devenue en grande partie la propriété de Mazarin, fut ensuite acquise par Louis XIV. Le catalogue du Louvre le désigne sous le titre de Jupiter Çî Antiope et explique que le maître des

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dieux, ayant pris la forme d'un satyre, surprit Antiope endormie. Mais rien n'empêche, selon nous, d'y voir, avec les anciens iconographes, une Vénus épiée pendant son sommeil par un satyre. Ce sujet a été retracé par plusieurs autres artistes, comme nous l'avons dit dans l'iconographie. Ici, le satyre,, assis aux pieds de la déesse, écarte doucement le voile qui la «ouvre ; au-dessus d'elle, l'Amour, perché sur un arbre, décoche une flèche contre l'indiscret. Plus loin, dans la campagne, une nymphe, des fleurs ala main, est assise auprès d'un satyre, et un chasseur, tenant deux chiens en laisse, montre à son compagnon, qui souffle dans une corne, un cerf forcé par les chiens. Bien qu'elle ait subi plusieurs restaurations, cette peinture conserve une grande vigueur de coloris : la Vénus, nue jusqu'aux genoux, et couchée en travers de la toile, est posée gracieusement et modelée d'une façon aussi savante que puissante. Bernard Baron agravé cette composition dans le. Cabinet Crozat.

Vénus et Vulrain, tableau de Giulio Pippi, dit Jules Romain ; musée du Louvre, no 29G. Les diverses qualités propres à Jules Romain se trouvent réunies dans la composition pleine d'esprit où il a représenté Vénus et Vulcain. Modèle des maris complaisants trahi mille fois et toujours amoureux, ce dieu boiteux aforgé des arcs, des flèches, des carquois pour les Amours, si souvent complices des infidélités de Vénus. Assis à côté d'elle, le dieu les regarde, en souriant, essayer ces armes irrésistibles. L'un, chargé de son carquois, faisant ployer le bois de son arc, regarde la déesse et paraît attendre qu'elle applaudisse à sa vigueur. Un autre présente à Vénus un papillon, emblème de l'âme ; la déesse a déjà saisi le trait qui doit percer cet être délicat , mais elle saura lui faire chérir sa blessure ; de la main gauche elle saisit une touffe de roses pour en couvrir un trait qui sera peutêtre mortel. Un jeune Amour, qu'on aperçoit dans les forges, essaye de rougir lui-même un de ses traits. Cette idée a le double mérite d'expliquer toute l'allégorie et de donner de la profondeur au tableau. < Chacun de ces enfants, dit Emeric David, montre autant d'esprit et de grâce que de vigueur. Comme celui qui porte le carquois est animé, fier et robuste 1 Quelle élégance dans la pose de ce jeune Atlas qui supporte la corbeille de roses 1 » Ce tableau, qui semble inspiré par la quarante-cinquième ode d'Anacréon, appartint au banquier anglais Jabach, qui le vendit à Louis XIV pour sa collection. Il a été gravé par Morace et dans les recueils de Filhol et de Landon.

Vénus ei l'Amour, chef-d'œuvre du Pontormo; dans la galerie de Hampton -Court. La déesse nue est couchée sur une draperie bleue, la jambe droite repliée, la main droite montrant une sorte de piédestal sur lequel est une coupe pleine de Heurs et auquel est appendu l'arc de Cupidon , avec deux masques, dont un de satyre. L'Amour ailé et tenant ses flèches se penche sur sa divine mère et l'embrasse. Un fond de paysage très-simple et très-vigoureux fait valoir ce groupe, t Oh 1 la belle déesse 1 dit W. Biirger; oh I le magnifique torse! le bel élan des longues jambes et des bras irrésistibles! Cela rappelle la superbe femme qui représente la Nuit au tombeau de Jules IL Et, en effet, c'est Michel-Ange qui donna au Pontormo le carton de cette Vénus, pour les peintures décoratives du palais.de son ami Bartolommeo Bettini. » Vasari parle de ce carton. Le grand-duc Côme acquit la première peinture qu'en fit le Pontormo et la conserva à Florence. Transportée en Angleterre en 1834, elle allait être mise en loterie, quand la reine Caroline en donna 1,000 livres sterling. Ce beau tableau a été gravé dans le reeueil.de Landon (II, pi. 17).

La galerie do Hampton-Court renferme un autre tableau du Pontormo, représentant Cupidon qui cherche à saisir son arc que Vénus tient dans une main élevée. La déesse nue est étendue, les jambes allongées et croisées. '

Vénus ci Adonis, tableau de Paul Véronèse ; au musée de Madrid. Le jeune chasseur est endormi dans les bras de la déesse qui veille amoureusement sur lui et, d'un éventail de plumes, rafraîchit son sommeil. Vénus est nue jusqu'à la ceinture ; elle se tourne vers Cupidon, qui lutte de toutes ses forces contre un vigoureux chien disposé à réveiller son maître, afin qu'il se mette en chasse, « Ce groupe est charmant, dit M. Viardot; il est dessiné avec une parfaite élégance, et jamais Véronèse n'a trouvé un coloris plus naturel, plus gracieux, plus éelatanUQ.uelle difficulté et quel bonheur dans ce rayon de soleil levant qui perce l'épais feuillage de la forêt pour illuminer le corps et le visage de la belle déesse 1 et quelle vigueur, quelle transparence en même temps dans les parties ombrées ! quelle connaissance et quelle heureuse application du clairobscur I Malgré de légers défauts remarqués dans les draperies et dans le raccourci du corps d'Adonis, le tableau tout entier est une des œuvres les plus distinguées de Véronèse. i Cette composition a été lithographiée.

On connaît plusieurs autres tableaux de Paul Véronèse relatifs a Vénus et Adonis; il ' y en a un au musée du Belvédère, que Th. van Kessel a gravé. Un Départ d'Adonis

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pour la chasse a été payé 1,510 francs à la vente Le Brun en 1778 ; la Mort d'Adonis a atteint le prix de 3,750 francs à la vente du due d'Orléans en 1793. Ces prix seraient bien dépassés aujourd'hui. La Bridge water- Gallery et l'institution royale d'Edimbourg possèdent chacune un tableau dont le sujet est tiré de cette même fable. Ravenet ,en a gravé un dans le Cabinet de Crozat.

Vénus et Adonis, tableau de Poussin; au musée de Florence. Couronné de fleurs et ayant les hanches entourées d'une draperie bleue, Adonis serre dans ses bras Vénus, entièrement nue, qui lui sourit. Un Amour joue avec la javeline du chasseur, un autre caresse son chien, un troisième décoche une flèche à l'imprudent jeune homme. Dans l'ombre,, on entrevoit un autre Amour près d'un vieux Fleuve endormi.

Au musée de Caen est un tatleau de la Mort d'Adonis, qui était autrefois dans le cabinet du roi et qui a été gravé par Baquoy.

Des tableaux de Poussin relatifs à Vénus et Adonis ont été gravés par MM. Pool, P. Tangé, J. Smith, R. Earlom, Réveil, etc.

Vénus et Adonis, tableau de Rubens; au musée des Offices. La déesse, à demi couchée, s'efforce de retenir son amant que l'Envie, ou, pour mieux dire, que le démon de la chasse, représenté par une femme vêtue de noir et ayant des serpents en guise de cheveux, cherche à entraîner. Toute une bande de petits Amours aide la déesse à arrêter Adonis; l'un lui prend la jambe et lève Sur lui des yeux suppliants ; d'autres jouent avec les chiens et essayent de les distraire. Les trois Grâces viennent prêter* leur concours 'à la déesse de la beauté ; elles ne trouvent rien de mieux à faire pour persuader Adonis que d'écarter la draperie rouge qui recouvrait la déesse. Ce tableau est exécuté avec beaucoup de finesse. Une autre composition de Rubens sur le même sujet se voit au musée de l'Ermitage; elle a été gravée parTassaert. D'autres tableaux du même maître, relatifs à Vénus et Adonis, appartiennent aux musées de Dresde çt de Munich.

Vénus ciie» Vnicnin, tableau de Van Dyck ; dans la galerie du Belvédère, à Vienne. C'est certainement par erreur que quelques iconographes ont désigné ce tableau sous le titre de. Minerve dans l'atelier de Vulcain. La déesse de la sagesse ne saurait assurément se présenter toute nue devant le dieu du feu et souffrir qu'un cyclope lui essaye une cuirasse. On reconnaît assez, au contraire, qu'il s'agit de Vénus aux Amours quH'aecompagnent, de Vénus qui, déjà blessée par Diomède et voulant encore paraître dans le combat, vient essayer l'armure divine qui doit la garantir dans la mêlée des flèches et des javelots. « Ce tableau, dit M. Duchesne, est peint avec une grande légèreté ; Je coloris en est très-agréable, mais on peut s'étonner que Van Dyck, au lieu de peindre des armures grecques, ait imité celles du xvc siècle, et surtout qu'il ait placé deux boulets de canon près de Vulcain. » 11 existe plusieurs répétitions de cette composition ; le tableau qui est dans la galerie de Vienne est considéré comme l'original. Il a été gravé par J. Aseman et par Réveil dans le Musée de peinture.

Vénus couchée, chef-d'œuvre de Velazquez ; dans la collection de M. Moriitt, à Robeky (Angleterre). Velazquez, dit M. Stirling, fut presque le seul artiste espagnol qui entreprit de dessiner les charmes nus d'une Vénus. Fort de ,1'influenee qu'il possédait à la cour et près du saint office, il s'aventura* sur la demande du duc d'Albe, à marcher dans une voie interdite et à peindre une Vénus couchée, pour faire pendant à une figure dn Titien que possédait le duc. Il représenta la déesse étendue sur un lit, au pied duquel l'Amour agenouillé tient un miroir dans lequel se réfléchit le visage de Vénus. Près de celle-ci pend un voile vert, et derrière le groupe un rideau cramoisi enrichit et clôt la composition. Ce tableau est un chef-d'œuvre de couleur, d'harmonie et d'élcgance. On distingue à peine le profil perdu de la déesse; mais rien n'est plus séduisant que sa nuque surmontée d'une abondante chevelure brune dans laquelle les doigts sont noyés, que son dos cambré dont une raie ser-' pentine indique la souplesse, que ses hanches et ses jambes si finement modelées. « Il est impossible, dit "W. Burger [Trésors d'art dg l'Angleterre, p. 121), d'imaginer une ligne plus gracieuse que celle qui, partant du cou. s'arrondit à l'épaule, se creuse à une taille délicate"rebondit en montagne et glisse ensuite tout d'un jet le long d'une jambe effilée. Il y a quelque'chose de Watteau dans la forme élégante et introuvable de cette belle nonchalante. La draperie sur laquelle elle repose est d'un gris co,mme on n'en voit pas, si ce n'est dans Velazquez. Cette draperie grise a été inventée pour séparer du linge blanc, qui recouvre le lit, les tons de chair en pleine lumière. » La Vénus de Velazquez et la Vénus du Titien, à qui elle faisait pendant, furent apportées en Angleterre au xvme siècle. La première fut payée 500 livres sterling. Elle a été exposée à Manchester en 1857.

Vénus (la toilette de), tableau de Paul Baudry; au musée de Bordeaux. Vénus, debout et entièrement nue, se coiffe dans un bosquet, devant un buste du dieu des jardins.

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L'Amour lui a volé son miroir et relient la main qui veut le reprendre. Ce groupe est gracieux, élégant, un peu mièvre peut-être ; il rappelle beaucoup plus les maîtres français du xvme siècle que lés grands maîtres italiens dont M. Baudry s'est, depuis, inspiré avec tant de succès. L exécution, d'ailleurs, manque de fermeté et de précision. « De loin, a dit M. de Pesquidoux, cette toile est d'un tel effet; elle révèle un coloriste, un peintre habile. Mais gardez-voùs d'approcher: la peinture n'est encore qu'une ébauche ; le paysage, bien qu'inachevé aussi, est remarquable. Les arbres se groupent et s'enlacent avec autant de vérité que de noblesse ; ,'et quant au ciel bleu, semé de nuages blancs, il fait penser à Corot et ne serait probablement pas désavoué par lui. i La Toilette de Vénus a été exposée au Salon de 1859. La Société des amis des arts de Bordeaux en a fait l'acquisition en 1S62 et l'a donnée au musée.

Venu* (la naissance de), tableau de Cabanel. Bercée mollement dans le pli d'une vague azurée, la déesse abandonne l'un de ses bras au mouvement de l'eau et ramène l'autre au-dessus de son visage. Sa hanche droite s'arrondit voluptueusement ; ses yeux à demi ouverts ont une expression de lan-

1 gueur voluptueuse. Cinq Amours voltigent

| au-dessus de la blanche déité ; trois d'entre eux se penchent vers elle pour l'admirer ;

i les deux autres sonnent de la conque marine.

] Ce tableau a fait grand -bruit au Salon de 1863, où il alété exposé pour la première fois ; il a été acheté par Napoléon III et a reparu à l'Exposition universelle de 1867. La critique s'est montrée assez sévère pour le caractère aphrodisiaque de cette peinture. « Ce n'est pas là, a dit M. Marius Chaumelin, la Vénus Anadyomène, telle qu'elle apparût aux regards charmés des Grecs dans le tableau d'Apelle ; c'est la Vénus Meretrix des boudoirs galants de Pompéi. Au point de vue de l'exécution, cette figure laisse àdésirer : la poitrine et les bras sont caressés d'un pinceau assez délicat; mais les flancs sont déparés par des tons plâtreux, et les jambes s'entrelacent .sans élégance. En revanche, les petits Amours sont gentiment contournés. » Suivant M. Du Camp, « la Naissance de Vénus est une harmonie blanche efrbleue, à laquelle une femme nue sert de prétexte. Cette Vénus ne naît pas, elle se réveille. Couchée sur une vague dont le soulèvement blanchi d'écume lui sert d'oreiller, elle est étendue de façon à faire ressortir lo contour des hanches et de la poitrine ; de ses yeux à peine entr'ouverts, elle semble solliciter l'admiration du spectateur. Elle, est fort bien peinte, trop laiteuse de ton, mais ferme dans le modelé, et d'un ensemble qui serait heureux s'il n'avait certaines exagérations intentionnelles qu'il ne convient point d'indiquer. » La Naissance de Vénus a été gravée à l'eau-forte par Flameng.

Vénus (la naissance de), tableau d'Amaury Duval; au musée de Lille. Ce tableau a paru, comme le précédent, au Salon de 1863 et a été inscrit au catalogue avec cette épigraphe empruntée à Musset :

Et Vénus Astarté, fille de Tonde amère. Secouait, vierge encor, les l.irmes de sa mère Et fécondait le monde en tordant ses cheveux.

Le peintre s'est inspiré de cette poésie; s'il n'a pas réussi à en traduire la fière el- gance, il a su du moins donner à la figure un caractère qui ne manque ni de noblesse ni d'idéalité.

Vénus Anadj'omcne, titre de divers tableaux. V. Anadyomène.

Vénus de Slëdicis (la), célèbre statue antique ; au musée de Florence. Debout, entièrement nue, la tête tournée vers l'épaule gauche et les regards légèrement levés, la déesse approche ses deux mains de son corps et semble vouloir cacher Son Sein avec la droite et son sexe aveu la gauche. Elle se penche doucement et avance un peu le genou droit, comme pour mieux dérober ses charmes. Ce mouvement de pudeur naïf, instinctif, ces mains qui veulent servir do voile et qui en réalité ne cachent rien, sont d'une invention heureuse. La figure n'éveille, du reste, aucune idée impudique; les formes ont une finesse, une suavité toutes virginales. Près des jambes de la jeune déité est un dauphin, sur lequel sont juchés deux enfants ailés ; l'un joue avec les nageoires du monstre marin et l'autre avec sa queue; ces bambini représentent l'Amour et le Désir, Eros et Himeros, qui tous deux se trouvèrent à la naissance de Vénus et ne la quittèrent jamais. De ce que les cheveux de la déesse sont nattés et arrangés avec soin, Lessing a conclu que ce ne pouvait être là une Vénus Anadyomène. La pose n'est pas non plus la même que celle de la Vénus de Cnide, telle qu'elle est figurée sur les médailles. Quelques auteurs ont soutenu néanmoins que la Vénus de Médiats ressemblait à la" statue sculptée par Praxitèle, et il se sont autorisés à. cet égard de la description suivante, qui a été faite de celle-ci par Lucien : « Nous entrâmes dans le temple, au milieu duquel on voit la déesse. Sa statue est de marbre de Paros, d'un travail admirable. La déesse semble sourire. Elle n'a point de vêtement ni rien qui la couvre. Elle tient seulement une main sur un endroit que la pudeur ordonne de ca-

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cher. Elle a été sculptée avec tant d'art que, malgré la dureté de la matière, tout est d'une délicatesse merveilleuse, •

Cette statue est regardée par plusieurs auteurs comme la sculpture la plus parfaite que nous ail léguée l'antiquité. « L'artiste qui a donné à la Vénus de Médieis sa pose naïve et pudique, dit Einerio David, avait le goût le plus délicat et le plus voluptueux dont aucun mortel ait jamais été doué. » Dans son Dictionnaire iconologique, de Prézel s'exprime ainsi : « La pudeur et la modestie sont exprimées sur le visage de la Vénus de Médieis avec une douceur, un air de jeunesse, un 'air de beauté et une délicatesse qui enchantent. Son bras rond et tendre s'unit insensiblement à sa belle main. Sa gorge semble avoir été formée par les Grâces. » Suivant les auteurs du catalogue du musée des Offices, « la Venu* de Médieis mériterait que pour elle seule' on vint à Florence, comme jadis on n'allait au temple de Cnide que pour y admirer la statue de Praxitèle... On dirait qu'elle est parmi les Vénus ce que Vénus elle-inénie fut parmi les déesses... Plus on l'examine, plus on y. reconnaît le chef-d'œuvre d'art de l'ancienne Grèce. » Ce n'est pas un éloge, c'est un cri d'enthousiasme qu'a poussé le savant Winckehnuim en parlant de cette statue: « La Vénus de Médieis, dit-il, est semblable à une rose qui parait à la suite d'une belle aurore et qui s'épanouit au lever du soleil. Elle entre dans cet âge où les membres commencent à prendre une forme et où le sein se développe. Quand je la contemple dons son attitude, je me représente cette Laïs qu'A pelle instruisit dans les mystères de l'amour; je me figure la voir telle qu'elle parut lorsqu'elle se vit obligée pour la première fois d otur ses vêtements et de se présenter nue aux yeux de l'artiste extasié. •

La Vénus de Médieis fut trouvée à Tivoli, dans la villa Adriana, vers l'année 1G80, avec d'autres belles statues ; elle fut transportée à Florence sous le pontificat d'Innocent X et doit son nom aux Médieis, qui en firent l'acquisition. ■ Petite et mignonne, comme on sait, car elle n'a pas tout à fait 4 pieds 8 pouces de l'ancienne mesure française, la Vénus de Médieis, dit M. Viardot, passe pour le modèle des proportions de la femme, comme l'Apollon du Belvédère pour le modèle des proportions de l'homme. Le travail est d'ailleurs si parfait, la tête si belle, le corps si gracieux, tous les détails si fins et l'ensemble si plein de charme, que l'on n'aurait point manqué d'attribuer cetto statue aux plus célèbres sculpteurs antiques, à Phidias, Praxitèle, Polvclète ou Scopas, par exemple, si une inscription, gravée sur sa base et fidèlement copiée,-dans le xve siècle, de l'inscription primitive, n'apprenait qu'elle est due au ciseau de Cléomène, fils d'Apollodore, Athénien. » L'authenticité de cette inscription a été contestée. Le nom de Cléotnèae, liU d'Apollodore, se retrouve sur plusieurs autres monuments antiques, où il pourrait bien avoir été mis, comme ici, après coup. Toutefois, dans un mémoire intitulé: JVole sur les sculpteurs grecs gui ont porté le nom de Cléomène (Paris, 1802, journal de la Décade tittéruire), le savant Visconti, àl'uide de rapprochements heureux, a essayé de prouver que l'auteur de la Vénus de Médiçis ne serait autre que le Cléomène qui sculpta les statues des Muses pour la ville de Thespies.

La Vénus de Médieis, dont il existe plusieurs variantes antiques, a été souvent copiée par des artistes modernes ; il y en avait une copie par Coysevox, à Marly, et une copie par Frémery, à Versailles; le château de Blenheim en possède une copie en bronze, exécutée en 17 U par Max. Soldant Benzi,et le palais Martelli, k Florence, en a une copie en marbre, par Lorenzo Bartolini, Une médaille frappée en 1808 constate que ce chefd'œuvre à été transporté au Louvre sous le premier Empire. Il a été gravé par Pierre Langlois, Omseppe Gregori (1781), Claude Niquet, A. -H. Lefèvre, P. Fontana (1S19), etc.

Vénus du CapUoio (la), célèbre statue antique ; au musée du Capitole, à Rome. La pose de cette Vénus est à peu près la mémo que celle de la Vénus de Médieis; aussi eston porté à penser que l'auteur a pris également pour type la célèbre Vénus de Cnide. La tète a un caractère diffère» t en ce qu'au lieu d'être légèrement relevée comme celle de la statue des Offices, elle se tourne et se penche gracieusement vers l'épaule gauche ; la chevelure est d'un arrangement plus coquet : elle se noue sur le sommet de la tète et retombe en tresses derrière le cou; les seins sont plus proéminents, et les formes en général ont plus d'ampleur. Au lieu du dauphin et des deux petits Amours, la déesse a ici près d'elle un vase allongé, recouvert en partie d'une draperie. « Il est impossible, a djt Duchône, de ue pas reconnaître dans la Vénus du Capitole l'imitation d'un modèle vivant, choisi parmi ce que la nature peut offrir de plus accompli. Si l'artiste n'a pas donné à 6a figure le caractère élevé qui .étonne dans les formes de la Vénus de Médieis, il a peutêtre surpassé tous les statuaires anciens et modernes par l'imitation non affectée de la chair, imitation rendue plus sensible par le ton doux et transparent du marbre de Paros, par l'intégrité de toutes les parties de lu sta-

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tue et par la parfaite conservation de sa surface. Tant de qualités réunies ont fait donner la préférence à cette statue par ceux que leur imagination ne porte pas vers une beauté surnaturelle. • Gustave Planche reconnaît que « la Vénus du Capitole est modelée avec une vérité qui frappe d'étonnement; > que • toutes les parties du corps sont d'une souplesse qui ne laisse rien à désirer; » qu'en un mot, « c'est la vie même prise sur le fait; » il ajoute : « Cette figure néanmoins n'appartient pas plus que .la Vénus de Médieis aux meilleurs temps de l'art antique. C'est une femme jeune et belle qui charme les yeux, ce n'est pas une déesse. Le statuaire qui a conçu cet ouvrage ne possédait qu'une intelligence prosaïque; il n'a pu s'élever jusqu'au type de la volupté divine. Pour le maniement du ciseau, il va de pair avec les plus habiles; pour l'expression poétique, il est nul. La beauté de la Vénus du Capitale est purement humaine, et parmi les modèles vivants il n'est pas difficile de rencontrer une beauté d'un caractère plus vivant. » Emeric David a signalé comme un accessoire du meilleur choix le vase placé au pied de la statue. « La forme fine de ce vase, ses légères cannelures, l'abandon naturel de la draperie, l'ampleur et la fermeté des plis principaux, dont les uns reposent en travers sur le vase, tandis que les autres tombent sur la longueur par masses habilement subdivisées, tout est également heureux. Une grande partie lisse mise en opposition avec la jambe, en y rejetant la lumière, en augmente la vie. La frange qui borde le voile, en couvrant au contraire la partie inférieure du vase, attire le regard sur le pied de Vénus. •

Cette statue a été trouvée sur le mont Viminal. Avant d'être placée dans le musée dont elle fait le principal ornement et d'où lui vient son nom, elle se voyait dans la maison des Stazzi. Elle a été achetée par Benoît XIV. Cédée à la France par le traité de Tolentuio, elle a figuré pendant quelques années au Louvre. Elle a été gravée par J.-J, Frey en 1745, dans les recueils de Clurac et de Réveil, etc.

Venus de Cnpous (la), statue de marbre antique; au musée des Etudes, à Naples. Cette statue est ainsi nommée parce qu'elle a été trouvée dans l'amphithéâtre de Capoue; c'est une Vénus Victrix. A demi drapée, comme la Vénus de Milo, et la tête ornée d'un diadème, elle foule aux pieds le casque de Minerve et tient de la main gauche sa lance, tandis que, de la main droite étendue, elle semble donner un ordre à son fils qui est auprès d'elle et qui lui offre son arc. Cotte dernière figure, dont il ne restait que les pieds sur la plinthe, est l'œuvre d'un restaurateur moderne. Par son style et son exécution, la Vénus de Capoue est, suivant M. de Chirac, une des plus belles statues qui existent. Un antiquaire hollandais, M. Millingen, a prétendu y voir une œuvre originale de la belle époque grecque et dont notre Venus de Milo ne serait qu'une copie mutilée. Ce qui est certuip, c'est que les deux figures ont beaucoup de rapport quant à l'attitude et même quant à l'expression ; toutes deux sont du plus beau style, mais on ne saurait hésiter à donner la palme à la Vénus de Milo.

Vénua «'Arles (la), célèbre statue antique; au musée du Louvre. Nue jusqu'à mi-corps, la déesse de la beauté est debout et semble regarder quelque chose qu'elle tenait dans sa main gauche. Girardon, en restaurant les bras, a mis dans cette main un miroir, pensant qu'une femme ne pouvait regarder qu'elle-même avec tant d attention, et dans l'autre qui est levée il a placé une pomme. Visconti et de Clarac ont supposé, avec plus de raison, que l'objet considéré par Vénus devait être un casque, probablement celui que Vulcain avait forgé pour Enée, et que 1 autre main s'appuyait sur une lance, ainsi qu'on le voit sur une médaille. On avait alors une Vénus Viclrix. Quoi qu'il en soit, cette statue a infiniment de grâce et de beauté. Un bracelet entoure sou bras gauche ; une bandelette serre la chevelure et tombo élégamment sur les épaules ; la draperie, dont un pan est relevé autour du bras gauche, s'enroule autour des hanches et des cuisses avec beaucoup de souplesse et de grâce.

Découverte en 1651 dans la ville d'Arles, sur l'emplacement du théâtre, cette Vénus a fait longtemps le principal ornement de la galerie de Versailles. Elle a été gravée par Mellan en 1660: par Jean Audrau en 1720, dans le Versailles immortalisé de Moncornet ; par Réveil, dans la Galerie de l'histoire et des arts l\, pi. 28), etc. Lorsque ce chefd'œuvre fut découvert, les antiquaires disputèrent sur le point de savoir quelle divinité il représentait.

Le jésuite Laugiêres y voyait une Diane; ,un savant publia les Entretiens de Callisthène, plaidant pour Vénus. Un autre répondit enfin, à l'honneur des Arlésienues ;

Silence, Callisthene, et ae dispute plusl Tes sentiments sont trop profanes ;

Dans Arles c'est il tort que tu cherches Vénus ; On n'y trouve que des Dianes.

Vdnus Cullipygo , célèbre Statue antique dont nous avons rendu compte au mot Cal-

LIPYOE.

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Il existe plusieurs répétitions antiquesde la Vénus Callipyge, et il en a été fait de nombreuses copies. Une de ces copies, exécutée par Clairion, est placée dans le parc de Versailles; une autre, par Barrois, était autrefois dans les jardins de Marly; une troisième, de petite proportion , avait été placée primitivement dans ces mêmes jardins; mais l'auteur, J.-B. Goy, ayant ensuite embrassé l'état ecclésiastique et étant devenu curé de Sainte-Marguerite , à Paris, obtint, par l'entremise de la reine, femme de Louis XV, la permission de placer une légère draperie sur la nudité de la statue ; ainsi déformée, sa copie fut installée dans une des niches du pavillon central des Tuileries. La statue de Naples a été plusieurs fois gravée, notamment dans le Musée de sculpture antique de Clarac et dans la Galerie des arts de Réveil.

Vénus accroupie (la), célèbre statue antique; au musée Pio-Clémentin (Vatican). La déesse vient de sortir du bain : elle se baisse comme p,our faire essuyer son beau corps par les Grâces ou pour recevoir un vêtement, et appuie ses bras sur son genou gauche, tandis que le genou droit est près de toucher le sol. Sa tête se retourne vers l'épaule droite et se penche doucement comme pour se mirer dans le miroir liquido du bassin qu'elle vient de quitter. La main droite qui est relevée fait un geste gracieux. Cette main et le reste de l'uvant-bras sont modernes. « La Vénus accroupie, ditDuchêne, mériterait d'être citée aussi souvent que la Vénus de Médieis ou du Capitole. Elle offre la plus grande pureté dans les contours; le travail du ciseau disparaît pour laisser voir la souplesse de la chair, et la tête présente toute la noblesse, toute la grâce convenable à la déesse de la beauté. » Cette figure, plus petite que nature, a été trouvée sur la droite de la voie Prsnestine. Elle a été transportée au Louvre sous le premier Empire. U existe plusieurs répétitions antiques de cette-figuro, notamment au palais Farnèse, au jardin Ludovisi, dans la galerie de Florence, et il en a été fait plusieurs copies modernes, dont une, en bronze, est placée actuellement sur une des terrasses du château de Versailles, nprès avoir longtemps orné le jardin des Tuileries. La Vénus accroupie a été gravée par Ch. Audran, dans les recueils de Clarac et de Réveil, etc.

Vénus do MHo (la), célèbre statue antique ; au musée du Louvre. Debout, la tête légèrement tournée vers l'épaule gauche et regardant au loin, cette Vénus esc nue jusqu'aux hauches; sa chevelure ondulée est serrée par une bandelette; des mèches s'échappent par derrière et couvrent la nuque. Le pied gauche est posé sur un objet dont on ne peut connaître la nature, cette partie de la statue • ayant été brisée. Les bras sont tronqués aussi et se réduisent à des moignons fort courts; d'après ce qui en reste, on voit que le bras droit était baissé et que le bras gauche était étendu. On a beaucoup discuté et on discute encore sur le point de savoir quelle était exactement l'action de ces bras. Suivant quelques antiquaires;, la Vénus de Milo faisait partie d'un groupa analogue à celui de Venus et Mars, dont nous avons parlé dans l'iconographie ; selon d'autres, elle adressait sou regard à un interlocuteur supposé ou placé plus loin dans le même temps ; une troisième opinion, enfin, veut qu'elle ait été absolument isolée. En ce dernier cas, il resterait encore k déterminer quels objets tenait la déesse : on a parlé d'une pomme, prix de la beauté, reçu des mains de Paris ; d'un miroir, d'un bouclier, d'une lance. Les archéologues qui ont soutenu que la Vénus de Milo a dû originairement être groupée avec une figure de Mars font remarquer qu'elle est beaucoup moins lime et d'un travail-plus pénible sur le côté où le tronçon de bras se relève que sur l'autre face. Ce profil devant être moins en vue et le sculpteur ayant dû éire gêné d'ailleurs par le voisinage d'une seconde ligure, on s'expliquerait cette différence d'exécution. Quant à la position des bras, elle se justifierait le plus naturellement du monde : le brus gauche passait sur l'épaule et le cou du dieu Mars, un peu plus grand que la déesse, et le droit s'appuyait sur la mâle poitrine de l'amoureux guerrier, avec un geste amical et caressant. Ce mouvement aurait ainsi produit, en inclinant les plans de gauche à droite, cette belle ligne serpentine du torse et ce grand contour qui enveloppe la figure comme un baiser ; le corps, un peu tourné, ne se présente pas précisément de face au spectateur, et la tête s'incline et s'écarte un peu, comme lorsqu'on veut regarder quelqu'un placé trop près de soi. «Mais qu'importe tout cela? dit Th. Gautier, après avoir développé l'opinion dont ou vient de lire l'exposé; ce qui reste de la statue est de la plus radieuse beauté. La grandeur des plans, la noblesse sans roideur, le mélange de l'idéal et du réel dans les proportions les plus heureuses, la souplesse des lignes qui ne nuit en rien à leur fierté, les intimes détails de la nature qui révèlent la femme dans la déesse, le grain d'épiderme que le marbre garde encore, la fleur de vie que tant de siècles n'ont pas fanée, le style et le jet de la draperio, si large et si noble, dénotent un ouvrageylu meilleur temps do Phidias ou de Phidias lui-même, car la Vénus

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de Milo, ce qui est rare dans les statues an< tiques, eopies ou répétitions d'originaux qui ne nous sont pas parvenus, a un faire particulier, une touche, pour ainsi dire, où l'on sent l'empreinte immédiate de l'artiste. C'est le plus beau sujet d'étude que l'art moderne puisse se proposer; les plus forts et les plus illustres sculpteurs de notre temps s'arrêtent tout rêveurs devant ce marbre, qui leur apprend toujours quelque chose. • Suivant Gustave Planche, « la Vénus de Milo n'est pas une beauté purement humaine ; les femmes les plus dignes d'admiration demeurent au-dessous de cette figure créée par le ciseau grec ; toutes les richesses que nous offre le modèle vivant, nous les retrouvons dans ce marbre, et l'œuvre du statuaire est supérieure aux femmes les plus belles. A côté de la Vénus de Milo, la Vénus de Médieis et la Vénus de Capoue ne sont plus que des figures d'un mérite secondaire. Ici l'élégance na. rien k démêler avec la coquetterie, la vérité n'a rien de prosaïque. L'imagination la plus inventive ne rêve rien au delà ; toutes les parties de ce corps divin expriment la volupté et donnent l'idée d'une joie infinie. Le sourire de la déesse révèle tout à la fois la conscience et l'orgueil de la beauté, u

Cette œuvre splendide fut découverte au nu j de février 1820, dans l'Ile do Milo, par un paysan qui travaillait à sou champ, à cinq cents pas environ desruiues du théâtre. D'après un rapport de Dumodt-d'Urville , alors lieutenant de vaisseau, le marquis de Rivière, ambassadeur de France k Constantinople, chargea le vicomte de Marcellus, ecrétaire d'ambassade, de faire l'acquisition de la précieuse trouvaille. M. de Marcellus eut beaucoup de peine à surmonter les obstacles que les primats de l'île de Milo opposèrent à cette acquisition; au moment ou il arrivait à Milo, on embarquait la statue sur un bâtiment turc qui devait la porter au prince Morosini, drogman de la Porte. Les difficultés ayant été aplanies, l'œuvre put être apportée en France. M. de Rivière eu fit présent au Louvre.

Venu» sortant du iniin, statue de Canova; au palais Pitti. La Vénus de Médieis ayant été enlevée de la tribune des Offices pour être transportée au Louvre, Canova fut chargé de faire, d'après ce chef-d'œuvre, une oopie destinée k occuper la place qu'il laissait vide. Il commença ce travail, mais ne tarda pas à s'en dégoûter et obtint le périlleux honneur de faire une statue originale pour remplacer à la Tribune le chef-d'œuvre antique. Il exécuta la Vferas sortant dw'bain que

I on u transportée au palais Pitti lorsque la Vénus de Médieis eut été rendue k Florence. Ce n'est pas la fière et rayonnante déesse de la beauté, c'est une simple baigneuse, c'est tout au plus une nymphe quo Canova a représentée, appuyant de ses deux mains une draperie contre son sein, comme pour l'essuyer et le sécher. Quatreraère prétend qu'en évitant ainsi toute comparaison et tout parallèle avec la Vénus de Médieis, Canova fit preuve d'intelligence et de modestie; il avoue toutefois qu'il y a quelque disparate entre la noblesse idéale de traits donnée par l'artiste italien à sa baigneuse et la réalité vuiguire qui paraît dans son action. » A cela près de cette observation critique, ajoute-t-il, nous reconnaîtrons qu'il y a de fort grands mérites dans cette figure. Lu tète, selon le galbe de celle qu'on attribue ù Praxitèle, est une des plus bellesque Canova ait traitées. Le nu, surtout, dans toute la partie qui est libre de draperies, uous paraît offrir ce qu'il a produit de plus excellent, c'est-à-dire un dessin grand, pur à la fois et large de formes, uni k la mollesse de la chair, à un travail sous lequel on voit disparaître toute idée de travail, et qui semble ue pouvoir se définir que par 1 idée de création. »

II faut rabattre quelque peu de cet éloge enthousiaste ; sans aller aussi loin que Rude, qui ne voyait dans la Vénus sortant du bain qu'un médiocre pastiche de l'antique , ou peut dire que cette statue pèche par une certaine roideur dans les formes. Elle a été gravée par ûom. Marchetti. 11 y en a une répétition à la glyptothèque de Munich, exécutée par Çauovaen 1818 pour M. Hope, du Londres.

Vénus Victorieuse, portrait de la princesse Pauline Bonaparte-Borghèse, célèbre statue de Canova ; au palais Borghèse (Rome) [v. la description au mot Bonapautb, t. II, p. 352]. Cette statue a été gravéo par Murchetti et par Réveil.

Vénus et l'Amour, groupe en marbre, par Pradier. La déesse caresse et paraît consoler son divin fils. L'exécution fait tout le mérite de cette œuvre, dont le caractère est plus humain que divin. « Les deux figures sont très-bien disposées et se groupent naturellement, a dit Gustave Planche. Le dos de la Vénus offre une ligne admirable et des plans très-finis ; la gorge et le ventre, bien qu'étudiés avec une rare délicatesse, ce mo paraissent pas irréprochables ; les plis de la chair sont trop nombreux; non pas que ces plis en eux-mêmes soient plus multipliés quo dans le modèle, mais, comparés à la simplicité du dos, ils paraissent exagérés. La této est mauvaise, dans le sens le plus absolu du mot. Eu général, M. Pradier néglige beaucoup trop ijes têtes. Il semble considérer l'étude du visage comme un élément acoos-

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soire et penser que le masque est toujours assez bien, pourvu qu'il soit en proportion avec le reste de la figure. L'Amour donne lieu aux. mêmes remarques. La tête de l'enfant ne vaut pas mieux que celle de la Vénus, A la vérité, elle n'est pas escamotée, et pour un œil attentif il semble qu'il y ait dans cette tête de la grâce et du bonheur ; mais les cheveux ne s'accordent pas avec le style de la figure. Quant aux membres et au torse, ils sont comme les membres de ta Vénus, alternativement réels et idéalisés. La poitrine et les bras rappellent la statuaire antique ; les cuisses et les jambes sont détaillées comme le modèle. Toutefois, ce groupe pris en masse est une heureuse composition. > Un autre critique, M. A Barbier, a loué cet ouvrage sans restriction. • Le groupe de Venus et l'Amour, a-t-il dit, est un chefd œuvre de vérité noble et de grâce naturelle.Voilà de l'élégance sans afféterie, delà pureté sans sécheresse ; ce n'est pas l'antique copié, mais c'est la nature imitée avec le plus grand goût et le sentiment de l'antiquité. Le marbre respire ; les mains, le bras droit et tout le dos de la femme sont surtout merveilleux d'exécution. Il ne manque à ce bel ouvrage qu'un rayon du soleil de la Grèce et un public athénien du temps de Périclès. » C'est au Salon de 1836 que ce groupe a été exposé; il en a été fait depuis une reproduction en bronze. Le modèle en plâtre est au musée de Genève, à qui il a été donné par l'auteur.

Une statue de Vénus, en marbre des Pyrénées, a été exposée par Pradier au Salon de 1827 ; elle appartient au musée d'Orléans.

VENCSIA ou VÉNCSIE, ville de Tltalie ancienne, nommée aujourd'hui Venosa.

VÉNUS1E s. f. (vé-nu-zt — de Vénus, nom niythol.). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des géométrides.

VÉNUSIN.INE s. et adj.(vé-nu-zain, i-ne).

Géogr. anc. Habitant de Vénusie; qui appartient à cette ville ou à ses habitants -.Les Vénusins. La population vénusinb. Horace, le poêle vénusin.

VENUS1NUS (Jonas-Jacques), érudit danois, né dans l'île de Huéna , mort à Sora en 1608. Nommé, en 1600, pasteur d'une des églises réformées de Copenhague, il devint successivement professeur de physique dans cette ville, professeur d'éloquence et d'histoire, historiographe du roi et enfin président de l'Académie royale de Sora. Ses principaux écrits sont : Dissertatio de historia (Copenhague, 1601, in-4<>); De beatitate hotninis (1604, in-4°); De fabula quas pro historia venditatur (1605 , in-4») ; De comparunda eloquentia (1606, iii-40).

VÉNUSTÉs. f. (vé-nu-sté — lat. venustas; de Vénus, déesse de la beauté). Grâce, élégance : La Muse avait donné aux Grecs la bouche ronde, c'est-à-dire parfaite en toute élégance et vénusté de paroles. (J. du Bellay.) Tout objet aimable a sa vénusté, c'està-dire vue portion de celte beauté ineffable qui engendre les amours. (B. de St-P.)

VENUSTI (Marcel),surriomméll Manttmno, peintre italien, né à Mantoue en 1515, mort en 1576. Il fut un des meilleurs élèves de Pierino del Vaga, qui l'employa dans les grands travaux dont il fut chargé à Rome et à Florence. Quoiqu'il ne fût pas dépourvu du génie de la composition, il se rendit surtout célèbre par ses peintures exécutées d'après les dessins de Michel-Ange, qu'il avait particulièrement étudié et dont il avait mérité l'estime. On cite de lui : Y Annonciation, les Limbes, Jésus allant au Calvaire (à Rome) et surtout la copie du Jugement dernier, donné par le cardinal Furnèse au musée de Naples,

VENUT1 (Niccolo-Marcello), antiquaire italien néàCortoneen i~oo, mort dans la même ville eu 1755,11 étudia les sciences et le droit à Pise et sutse uuneilierlafaveurduroideNaples, qui lui confia la direction des fouilles opérées en 1763 pourdéeouvrir Herculamnn. On lui doit un livre important : Descrizione' délie prime scoperie deÙ anlica città di Ercolano (Rome, 1749, in-40, et Venise, iu-s°). Ce livre souleva un grand émoi dans le monde savant européen, et les découvertes de Veuuti furent d'abord qualifiées de fabuleuses. Toutefois, le roi de Naples conféra à l'auteur, comme récompenses de ses précieux travaux, le titre de marquis et les grades de colonel et de lieutenant de galère.

VF.NUTI (Ridolfino), savant antiquaire italien, frère du précèdent, né à Cortone en 1705, mort à Rome en 1763. Il entra dans les ordres, vint a Rome et se distingua tellement par ses travaux dans toutes les branches de l'archéologie, que sa réputation s'étendit dans l'Europe entière. Toutes les Académies se l'associèrent, et le pape Benoit XIV le nomma président de la commission des monuments antiques et garde du cabinet du Vatican. Ses ouvrages se font remarquer par la profondeur de l'érudition et l'exactitude des recherches. On cite surtout : Collectanea antiquitatuta romanaruin cenlu.ni tabulis incisarum et uotis illustraturum (Rome, 1736) ; Antiqua numismala maximi moduli ex museo Alex. card. Albani in Vaticana biblioth.

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translata {Rome, 1739-1744); Numismata romanorum ponlificum (1744); Osservazioni sopra il fitime C/ilunno, il suo cullo, etc. (1753); dissertation pleine de recherches curieuses; Spiegazione de bassirilievi che si osserouno nell' urna sepolcrale d'Aless. Seuero (1756) ; Accurata e succiucta descrizione topografica dette antichità di Borna (1763 et 1803). Cette dernière édition est augmentée des découvertes faites depuis. Cet ouvrage est un des meilleurs que puissent consulter les archéologues sur les monuments antiques de Rome. Il a pour suite : Accurata descrizione topografica ed istorica di Roma moderna (1766).

VENDTI (Philippe), antiquaire etlittérateur italien, frère des deux précédents, né à Cortone en 1709, mort dans la même ville en 1769. Nommé chanoine de Saint-Jean-de- Latran, il vint en France gérer les revenus de l'abbaye de Clérac, qui dépendait de ce chapitre, et séjourna onze ans dans cette abbaye, consacrant ses loisirs aux études littéraires et archéologiques. De retour en Italie, en 1750, il fut nommé prévôt de Livourne, puis, vers 1768 , rentra dans sa famille. Ses principaux écrits sont: Il irionfo letterario délia Franeia (Avignon, 1750, in-8°); Dissertation sur les anciens monuments de Bordeaux (Bordeaux, 1724, in-40); Expositio duodenorum numismatum antehac iiteditorum (Livourne, 1760, in-8«).

VENVOLE (À LA), loc. adv. V. VANVOLE.

VENZEL (Augustin Zeylkr), moine et alchimiste allemand, qui vivait au xviie siècle. Exploitant la crédulité et l'ignorance de la foule, il exécutait publiquement des expériences de transmutation et, à l'aide de stratagèmes ingénieux, faisait apparaître de l'or à la fin de chaque projection. Le bruit de ces opérations se répandit à la cour de l'empereur Léopold 1er d'Allemagne. Ce prince attira Venzel auprès de lui, le combla de faveurs et le nomma marquis de Reinersberg, se réservant de mettre à profit, pour lui seul, la- science du moine alchimiste. Un jour que Venzel avait transformé quelques fragments d'étain en or sous les yeux de l'empereur, celui-ci conçut quelques doutes sur la réalité de la transmutation. 11 fit examiner les produits obtenus et on reconnut que l'opération n'avait été qu'une fraude de l'adepte. Venzel s'enfuit aussitôt et alla vivre à l'étranger.

VENZONE, bourg du royaume d'Italie, province d'Udine, district et mandement de Gemone; 3,190 hab.

VÊPREs. m. (vê-pre — lat. vespres, même sens). Soir ; Sur le vêpre. Je vous donne, je vous souhaite te bon vêpre. Je donne le bon vêpre à toute l'honorable compagnie. (Mol.) Bon vêpre, monsieur, et bonne nuit. (Brueys.) Il Vieux mot.

VÊPRES s. f. pi. (vê-pre — lat. vesperx; de vesper, soir.). Liturg. Partie desheures que l'on dit ordinairement vers deux à trois heures après midi, après noues et avant compiles : Dire vêpres. Chanter vêpres. Entendre vêpres. Etre à vêpres. Sonner les vêpres. Il Premières vêpres, Vêpres qui se disent la veille d'une fête, dont elles commencent l'office. Il Secondes vêpres, Vêpres qui se disent le jour même de la fête.

— Nlaller .ni à messe ni à vêpres, Etre mauvais catholique, ne point pratiquer sa religion,

— A lier de travers comme un chien qui va à vêpres. Se dit de quelqu'un qui ne marche pas droit.

— Comme si l'on chantait vêpres, Pour rien, inutilement, en vain : Restes là dix heures, parlez-moi dix heurts, reprit brusquement la mégère, ça sera comme si vous chantiez vêpres ; le patron a dit non, c'est non. (E. Sue.)

— Prov. Après vêpres, complies, Il faut faire chaque chose en son temps.

— Eéod. Vêpres de tournoi, Dernier épisode d'un tournoi.

— Encycl. Liturg. Les vêpres se disent entre noues et complies, vers trois heures du soir, mais il en était autrement dao3 les premiers siècles de l'Eglise ; l'heure des vêpres était beaucoup plus tardive et correspondait véritablement il la tombée de la nuit (Aora vespertinu). Saint Ambroise appelle les vêpres horam incensi luminis, l'office qui se dit aux (lambeaux. Dans les rites des premiers chrétiens, les vêpres correspondaient à l'heure où Jésus-Christ fut descendu de la croix et porté à la sépulture, à celle où il rencontra les disciples d Kmmaiis après sa résurrection, et c'est en sou venir de ces événements qu'elles avaient été instituées. On peut voir aussi dans cet office une tradition juive, conservée par les chrétiens; suivant le précepte de Moïse, les Juifs commençaient la fête du sabbat la veille au soir, à l'heure du vêpres, de vespera ad vesperam. De là, dans l'Eglise catholique, la coutume de commencer la célébration des fêtes solennelles par les vêpres de la veille, appelées daus ce cas \as premières vêpres, par opposition à celles dites le jour même de la fête, qui ne sont plus que les secondes vêpres.

L'office des vêpres se compose de cinq psaumes, d'une hymne ou d'une prose, du Magnificat, d'un capitule, d'antiennes et d'oraisons. D'après un écrivain ecclésiastique, Michael Timothéa ( Qusstioues in divinum officium , 1581), les psaumes chantés sont au nombre

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de cinq, en mémoire des cinq plaies de Jésus- Christ, ou, si l'on aime mieux, des cinq sens par lesquels l'homme peut pécher. Cette explication est bien subtile. Dans la primitive Eglise, on chantait douze" psaumes à vêpres ; Timothée eût dit que c'était en l'honneur des douze apôtres.

Pendant ie Magnificat, on encense- l'autel, le chœur, la nef et le peuple. Cette cérémonie, d'après dom Claude de Vert {Explications des cérémonies de l'Eglise), ne s appliquerait pas au Magnificat, mais au verset qui le précède : Dirigalur, Domine, oratio mea sicut incensum in conspectu tuo. Le cierge qu'un, enfant de chœur tient allumé pendant que le célébrant lit le capitule n'a plus aucun sens aujourd'hui que les vêpres se disent en plein jour; c'est une tradition conservée du temps ou elles se disaient à la nuit tombante et où le prêtre avait besoin qu'on l'éclairât. La coutume de faire précéder le prêtre d'un cierge lorsqu'il va à la sacristie revêtir la chape remonte aussi, pour les mêmes motifs, aux premières traditions de l'Eglise. Les hymnes qui se chantent aux vêpres témoignent de la même préoccupation ; il est sans cesse question des flambeaux qu'on allume, du soir qui descend, des étoiles qui commencent à se montrer , toutes paroles qui n'ont plus de sens dans les vêpres actuelles, La tradition a perpétué des coutumes dont la raison d'être a depuis longtemps disparu.

Enfin, c'est pendant les vêpres du jour de Pâques et de tous les jours de la semaine sainte qu'autrefois, et encore au siècle dernier, se faisait la procession des néophytes aux fonts baptismaux, pendant que se chantait le psaume Laudate,pueri, Dominum,

Vëpre* siciliennes. Sous ce nom, on désigne l'une des plus mémorables révolutions qu'ait fait éclater la tyrannie , révolution aussi singulière parla cause qui la détermina que par les incidents dont elle fut marquée. Charles d'Anjou, frère de saint Louis, opprimait depuis treize ans la Sicile, dont il était devenu roi par la volonté du peuple, qui l'avait appelé pour arracher ce pays à la domination de la maison de Souabe. Charles était devenu maître du royaume après avoir vaincu, à la bataille deTagliaeozzo, le jeune et malheureux Conradiu, qu'il fit décapiter sur la place du marché de Naples le 26 octobre 1269. Les choses en étaient là, lorsque commença l'année 1282. Charles avait formé le projet de conquérir l'Orient pour sou gendre Philippe, fils de Baudouin, et pour lui-même. Ces titres vains qu'il portait, de roi de Jérusalem, de prince d'Achaïeet de Moréc, il voulait les rendre effectifs, et il se disposait à partir, sans plus de retard, au printemps de cette année. Mais ces dispositions mêmes achevèrent de le perdre. Avec les derniers préparatifs de la guerre de Grèce s'accrurent en Sicile les extorsions et les outrages, et, par suite, le mécontentement du peuple. Les barons étaient forcés de fournir non-seulement leur contingent féodal ordinaire en soldats et munitions, mais encore les navires ; si l'un d'eux tardaità s'exécuter, on occupait ses biens. Nobles et vassaux, obligés ou non au service militaire, étaient traînés sous les drapeaux. Des cris désespérés s'élevaient de toutes parts. Une maigre solde de trois mois était seule comptée d'avance aux recrues do la classe du peuple, sur laquelle il leur était impossible de laisser de quoi vivre à leurs familles. Personne encore cependant ne songeait à résister , tant Charles inspirait de crainte. Les Siciliens se répandaient en malédictions, mais il leur fallait supporter quelque temps encore ces calamités. Les apprêts de la guerre n'étaient pas achevés en Catalogne, et rien, en Sicile, ne donnait lieu d'espérer une délivrance prochaine.

Sur ces entrefaites, d'après un chroniqueur, Jean de Procida et messire Accardo passèrent en Sicile pour y pousser les esprits à un soulèvement. En y arrivant, Procida réunit Alaymo de Lentini, Palmieri Abbate, Gualtiero de Calatagirone et quelques autres hommes énergiques qui connaissaient ses secrets desseins et avaient promis de le seconder; il leur montra les périls qu'ils courraient si les choses étaient plus longtemps différées, combien le moment était favorable, Charles étant occupé à Rome et Son fils eu Provence ; mais nul ne savait comment s'y prendre pour donner le signal de l'insurrection. L'occasion se présenta d'elle-même.

L'île était divisée comme aujourd'hui en trois grands districts, le val di Demone à l'orient, le val di Noto au sud et le val di Mazzara, plus grand que les autres, à l'occident et au nord. Païenne était la capitale de cette dernière juridiction, dont Jean de Saint-Remi était le justicier pour le roi Charles, tandis qu'Herbert d'Orléans, vicaire du même roi, siégeait à Messine, et Thomas de Busanti, justicier du val di Noto, dans le chef-lieu de ce comté. Saint-Reini faisait particulièrement peser sun joug sur Païenne. Aux approches des fêtes de Pâques, dans ces joursd'afiluenee extraordinaire, il avait cru Ue la prudence de défendre aux Siciliens de porter des armes ; l'usage eu fut interdit aux nobles mêmes, qui jusque-là avaient toujours marché ceints d'une épée et armés d'une lance de petite dimension. Cet excès de précaution devint fatal aux dominateurs et précipita la crise.

Le lendemain de Pâques, jour de fête," une

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grande affluence d'habitants de Palerme se trouvait réunie hors des murs de la ville, près de la petite église du Saint-Esprit. La plaine retentissait des cris de joie de la foule, lorsque parut près de l'église une jeune femme d'une rare beauté. C'était Ja fille d'un homme fort considéré de Païenne, nommé Maestr'- Angelo, que son mari et ses frères menaient à 1 église pour entendre vêpres. Comme la belle Palermitaine arrivait sur la place de l'égiise, elle attira les regards d'un groupe de soldats provençaux; 1 un d'eux, nommé Drouet, plus hardi que les autres, s'enflamme tout à coup à sa vue, s'approche de la jeune femme, prétend qu'elle cache des armes sous ses habits et porte la main sur elle. La fille de Maestr'-Angelo s'évanouit. On s'émeut de tant d'audace, on se précipite sur Drouet; un jeune Sicilien le frappe d un bourdon, lui arrache son épée, et lui eu donne un coup qui lui traverse le corps. Drouet tombe mort. De .toutes parts on court en tumulte; des pierres sont lancées, on se fait des armes de tout, au cri de : Meurent les Français! Les cloches cependant sonnaient le service des vêpres à l'église du Suint-Esprit. Plus de deux cents Français tombent d abord sous les coups des Siciliens à ce premier cri de vengeance j la foule se précipite vers Palerme. C'était a l'entrée de la nuit. On cerne les Français dans leurs maisons, on les tue et on leur prend leurs armes; d'autres se défendent, on l«s tue. Tous ceux qui étaient dans Palerme, hors le gouverneur et sa suite qui parvinrent à se sauvera Vicari, furent massacrés dans cette sanglante nuit du 31 mars au lor avril. Ce jour-là même, voulant régulariser le mouvement, les révoltés se donnèrent un gouvernement provisoire et choisirent pour chef Rug gier Maestr'-Angelo, Arrigo Barresi, Nicoli.si d'Ortoleva, Nicolas d'Ebdemonia et cinq conseillers lui furent adjoints. Les terribles vengeurs du massacre d'Augusta ne firent grâce ni aux femmes ni aux enfants : tout ce qui était français fut frappé. La fureur des insurgés, dit-on, s'étendit aux femmes siciliennes qui avaient eu commerce avec des Français. Les Palermitains allaient eu troupes par la cité et tuaient les Français tant qu'ils en trouvaient. Ensuite ils allèrent au château du capitaine, qui se rendit sous certaines conditions, mais quand il fut en l<?ur pouvoir, 011 le tua, lui et tous ses gens. L'exemple de Palerme entraîna l'Ile entière. La même fureur vengeresse arma toutes les mains, le l" avril, dans les villes les plus voisines : Morreale, Vicari, Corleone, Termini ; elle se commun'.qua, le S et le 3 avril, à Ccfalu, sur la côte septentrionale ; à Trapani, à Marsalla, à Mazzîira, sur la côte occidentale; gagna la côtu méridionale, Sciacca, Calabellota, Girgenti, Alicata, Terranuova, et éclata avec une incroyable violence, le 4 avril, àCatane, sur la côte orientale. Le massacre y fut plus impitoyable qu'ailleurs s'il est possible. La même frénésie meurtrière sévit dans l'intérieur des terres. En dix jours toute la Sicile, à l'exception de Messine, fut purgée d'étrangers. Tous ceux qui échappèrent au massacre ce réfugièrent à Messine, où le vicaire de Charles était en force, à la tête de fantassins et de cavaliers bien armés et d'une troupe de Calabrais sous les ordres de Pietro Ruifo, comte de Catanzaro. Deux Français furent seuls exceptés du massacra général; ce furent Philippe de Sealambre, tige des barons de Serravalle, et Guillaume de Porcellets; c« dernier fut sauvé par le seul mérite de ses vertus. Il fut pris par les Palermitains dans Calatarimi, dont il était gouverneur, et nonseulement épargné, mais renvoyé honorablement en Provence avec sa famille. Au milieu de ces fureurs, une ville s'abstint, Spirlinga, entre Nieosia et Gangi, dans l'intérieur des terres, épargna sa garnison française, qui y soutint un siège et put se sauver.

Cependant, les regards des Palermitains éiaieut tournés avec anxiété vers la ville du Phare, la seconde de l'Ile par l'importance de sa population, la première par l'importance de sa situation, dans les circonstances où l'on se trouvait. Le troisième jour d'avril, les membres de la commune de Palerme écrivaient en termes très-pressants à leurs compatriotes de Messine, et ceux-ci leur répondaient des- paroles mystérieuses et d'un sens ambigu. Deux jours après, 500 arbalétriers messinois étaient envoyés par leur commune sous les ordres de Gualtieri Chirtoli, leur concitoyen, pour empêcher, disait-ou, le pillage et le vol, vers Taormine, mais, en réalité, pour essayer d'y soulever les populations. Les esprits fermentaient. Herbert d'Orléans, vicaire de Charles, et qui résidait à Messine, essaya de les contenir; il y réunit le plus de troupes qu'il put; mais il ne fit que retarder l'explosion, qui ne fut pas moins terrible qu'à Païenne. Le 28 avril, le massacre commença; le peuple élut pour chef Baudouin Mussoue, et le lendemain il n'y avait plus un seul Français à Messine; plusieurs cependant parvinrent à se sauver en Calabre, et de ce nombre furent le gouverneur Herbert d'Orléans et le comte de Catanzaro.

Telle fut la mémorable révolution populaire connue sous le nom de Vêpres siciliennes. Que cette révolution lut arrêtée d'avance, à jour fixe, cela ne saurait se supposer. Elle fut, comme tant d'autres, imprévue quant à l'heure où elle advint et à la manière dont elle s'exècutu. L'oppression pesait sur les populations de la Sicile d'un m-

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supportable poids ; il fallait la secouer ou mourir. Une révolution était pressentis imminente'et inévitable; la façon dont cette ré- • volution s'accomplirait, nul ne la pouvait prévoir. Proeida, pas plus que tout autre, n'avaitdeterminéqu'elleconimenceraità 1» porte de la petite église du Saint-Esprit, dans la campagne de Païenne, et au bruit des cloches sonnant les vêpres à cette église. Il pressait d'une manière générale, par toutes les voies possibles, la révolte de la Sicile contre Charlesd'Anjou ; mais quantau mode selon lequel cette révolte éclaterait, ni lui ni personne ne l'avait préconçu. Bien plus, quoique tout le monde lui attribue l'honneur ou lui impute -l'opprobre des Vêpres, il n'est fait aucune mention de lui durant les premiers événements qui marquèrent cette soudaine et foudroyante explosion de Palerme ; ce qui prouve qu'elle dut le surprendre lui-même, loin qu'il fût en mesure de la faire naître ou de la diriger. S'il était dans l'Ile, tout démontre avec certitude qu'il n'était pas à Palerme le jour du grand massacre.

Cet élan sj spontané surprit et terrifia le monde, surtout après ce qu on avait entendu dire de la puissance du roi Charles. La révolution de Sicile parut, selon Villàni, comme une chose merveilleuse et impossible, quasi casa maravigliosa e impossibile ; et, selon un autre chroniqueur du commencement du xivc siècle, Paolino di Pietro, marchand florentin, qui d'ailleurs se montre mal instruit de plusieurs circonstances, comme une œuvre divine ou diabolique, opéra divina ovuero diabolica. La nouvelle s'en répandit rapidement et eut le plus grand retentissement par toute l'Europe ; mais on s'en montra eu Franco surtout consterné. Il y eut vacation et deuil au parlement et au Châtelet de Paris. Une médaille en consaura le souvenir. Cette médaille porte :

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