DEUXIEME STROPHE
Tu m'aimes! A bonheur | mot divin qui m'enivre Et rassure mon cœur de douleurs consumé! . Les cieuxse sont ouverts, mon amour veut t'y suivre. Loin du sombre horizon dont j'étais alarmé.
Ah oui! [bis) Hélène, mon Hélène, à toi mon cœur se livre, Et je ne crains plus rien, non rien, je suis aimé !
VÉPRIS s. m. (vé-priss — lat. vepris, buisson épineux). Bot. Genre d'arbres, de la fa* raille des zanthoxylées, dont l'espèce type croit à l'île de la Réunion.
VERS. m. (vèr — lat. vermis, pour quermis ; du sanscrit kermis, krami, ver ou insecte). Zool. Nom vulgaire des helminthes, des larves d'rnsectes, de tous les animaux de petite taille, k corps mou, nu et dépourvu d ailes, de forme plus ou moins allongée : Les vers du fromage. Les vers de la otande. Les vers du corps. Le fruit greffé sur la tige choisie avec le plus de soin h est pas à l'abri du ver. (K. de Oir.) Le ver est un tube digestif gui marche. (J. Mucé.)
Quand U mort met le comble aux maux que j'ai
(soufferts,) Le beau soulagement d'être mangé des vers!
Voltaire.
g Ver aphidivore, Nom donné aux larves des ichneumons. Il Ver ascaride, Ancien nom des ascarides et des oxyures, il Ver assassin, Larve d'une espèce d'hydrophile. Il Ver blanc, Larve dn hanneton : Les larves dit hanneton, trop connues sous le nom de vers blancs, ravagent les jardins et font périr jusqu'aux plus grands arbres, en dévorant leurs radicelles. (Quatrefages.) Il Ver caret, Nom donné à diverses larves dont se servent les pêcheurs pour amorcer. Il Ver du cœur du chou, Chenille de la péride du chou, il Ver-coquin. V. ce mot à son rang alphabétique, il Ver de uin, Nom vulgaire du dragonneau. Il Ver cucurbitain, Ancien nom des fragments de ténia. Il Ver cylindrique, Nom vulgaire de l'ascaride lombrical. n Ver des digues ou Ver rongeur, Nom vulgaire du taret. Il Ver des enfants ou simplement Ver, Ascaride lombricoïde. Il Ver de la farine, Larve du ténébrion meunier, il Vers du fromage, Larves de diversesespèces de mouches, il Vers des galles, Larves des diplolèpes et autres insectes. Il Ver gris, Nom vulgaire des chenilles des noctuelles. U Ver de Guinée ou de Médine, Filaire. Il Ver holtentot, Nom vulgaire des larves des criocères et des cassides. Il Ver lion, Larve du rhagion, espèce de diptère. Il Ver luisant, Femelle du lampyre, qui brille dans l'obscurité : C'est principalement en été qu'on voit des vers luisants. (Acad.) Il Ver macaque, Ver maringouin. V. macaque. Il Ver de mai, Larve du méloé proscaiabée. Il Ver méduse, Holothurie.
Il Ver de mer, Nom vulgaire des vermiculaires et desserpules. il Ver merdivore, l.arve de la mouche merdivore. Il Ver mineur des feuilles, Nom vulgaire des chenilles de diverses teignes quirongentleparenchymedes feuilles. Il Ver du nez des moutons, Espèce d'oestre. 11 Ver noir, Larve d'une espèce de thrips, qui attaque les rameaux de l'olivier.
Il Ver dès noisettes, Larve du charançon do la noisette. Il Ver des olives, Larve de la mérulade l'olive. Il Ver dupalmiste. Larve d'une espèce de lucane. Il Ver rouge, Nom vulgaire de la larve du clairon. Il Ver à soie, Nom vulgaire da la chenille du bombyx du mûrier, et de celles de quelques autres insectes du même groupe, qui produisent de la soie : Les vers X sois sont sujets à plusieurs maladies quieit détruisent un grand nombre. (E. Desmarest.)
Il Ver solitaire, Ver isolé, Ténia, u Ver spermatique, Spermalozoaire : Leuwenhoeck con~ sidère les vers spermatiques comme auteurs de ta génération. (V. de Bouiare.) Il Ver de terre, Nom vulgaire du lombric : Le ver par excellence, c'est le ver de terre. (J. Mucé.) Les vers de terre se tiennent cachés dans la terre pendant l'hiver. (V. de Boiiiurc.) S'emploie au fig. pour désigner un être infime : Baisses tes yeux vers ta terre, chétif ver que vous êtes. (Pasc.) Il Ver des truffes, Larve d'une espèce do tipule. il Ver du trèfle, Larve de l'eutnolpe obscur. Il Ver des tumeurs, Nom vulgaire de J'cestre du bceuf. Il Ver turc, Nom vulgaire de la larve du hanneton. H* Ver à tuyau ou Ver tubicole, Noms vulgaires des serpules et des amphitrites. Il s. m. pi. Classe d'animaux articulés, comprenant les anuélides et les helminthes : Les vers sont les derniers des animaux articulés. (P. Gerv»is.) Les vkrs ne subissent point de métamorphose, comme presque tous les insectes, (V. de Bouiare.)
— Ver rongeur, Ver dévorant ou simplement Ver, Cause intérieure et incessante de douleur, de chagrin :
. Pourquoi dans ma poitrine
Ai-je un ver travailleur qui toujours ronge et mine7
A. ne Musset.
Il Cause progressive de ruine, de destruction ; ennemi caché: L'envie est le verrokobur du mérite et de ta gloire. (Bacon,)
— JVu comme un ver, Entièrement nu :
Mettre quelqu'un ku comme un ver.
— Tirer les vers du nés à quelqu'un. L'amener, par des détours adroits, à avouer une chose qu'il aurait intérêt à garder secrète. V. NEZ.
— Jet écraserai comme un ver, Se dit, par menace, en parlant d'un homme qu'on croit " pouvoir battre, confondre, punir aisément.
— Pop. Tuer te uei>Boire à jeun de l'oaude-vie ou du vin blauc.
— Encycl. Lo mot ver n'a pas de signification précise dans le langage de la science moderne; on l'appliquait autrefois, et dans la simple conversation on l'applique encore, à des êtres d'espèces diverses qui n'ont ouseinblent n'avoir ni pattes, ni ailes, di écailles, qui vivent dans la terre, dans les substances corrompues, dans les intestins de beaucoup d'animaux et qui souvent ne sont que des larves d'insectes.
Hippocraie ne rangeait guère parmi les vers que les helminthes vivunt dans les intestins d'autres animaux, et son exemple avait été suivi par beaucoup de naturalistes jusqu'à Linné, qui forma sa sixième et dernière classe du règne animal en y faisant 'entrer tous les êtres vivants qui n'étaient ni vertébrés ni articulés. Cuvier distingua les oers k sang rouge, qui sont maintenant les annélides. On forma tes céphalopodes avec les sèches, les poulpes, les calmars, qui avaient été quelquefois confondus parmi les tiers. Les vers intestinaux reçurent le nom d'entozoaires , et on les désigne encore quelquefois sous le nom d'helminthes. Les tiers da terre, auxquels le nom de eer&est resté d'un)
VER
manière toute spéciale dans le langage ordinaire, sont rangés parmi les lombrics, et l'on désigne aussi sous ce nom l'espèce de vers intestinaux qui rendent si souvent malades les enfants et quelquefois même les jeunes gens des deux sexes. Ces maladies sont traitées k l'article lombric, et il ne nous reste k décrire ici que les maladies causées par les vers chez les animaux. V.an-
NBLIDB, ARTICULÉ, CESTOÏDE, CYSTICIiRQUK, DOUVE, ENTOZOÀIRE, LOMBRIC, NÉMATOÏDE, SCOLKX, TÉNIA, TKICUINIi, etc.
— Art vétér. Les helminthes qui déterminent les maladies vermineuses du canal intestinal appartiennent aux hématoïdes, quelques-uns aux trématoïdes et aux acanthothèques, d'autres aux cestoïdes.
Chez le cheval, on rencontre dans l'estomac le spiroptère mégastome ; dans l'intestin grêle, l'ascaride lombricoïde, l'oxyure courbé et le stérostome.
1» Spiroptère mégastûme, encore appelé crinon <le Ohabert, parce qu'il ressemble à un crin. Il constitue un très-petit ver, mince comme un iil, blanc, habitant de petites tumeurs de l'estomac qu'il s'est formées aux dépens des glandes gastriques, et y pullule; la tumeur devient de plus en plus considérable et peut même acquérir le volume de la tête d'un enfant; elle ne se trouve que dans la partie pyloiique. Lorsqu'on coupe ces tumeurs, on en voit sortir les petits vers par pelotons ; une fois sortis, ils nagent dans le liquide stomacal. Ils ont tous les caractères du genre spiroptère. Les tumeurs qu'ils forment ont été quelquefois prises pour des tumeurs cancéreuses.
2° Ascaride lombricoïde, ver beaucoup plus grand que le précédent, vivant toujours dans l'intestin grêle ; si on- le trouve quelquefois dans l'estomac et le côlon, ce n'est qu'accidentellement. Vers volumineux ; les plus petits sont longs de 0m,07 k 0n>,08,grosde 0o>,015à 0nJ,020, du volume d'une très-grosse plume à écrire, quelquefois même du petit doigt. Le mite, plus petit que lu femelle, porte à l'extrémité de la queue un pénis double qui est logé dans une bourse. La tête porte trois tubercules au milieu desquels existe la bouche, constituant une ouverture triangulaire. La femelle présente à Ja partie antérieure du corps une ouverture qui constitue la vulve; puis viennent les oviductes petits et repliés. La femelle est toujours deux tiers plus volumineuse que le mâle.
Les vers du gros intestin sont l'oxyure courbé et le sclérostonie.
îo Oxyure courbé. On lertrouve toujours dans le caecum et plus particulièrement dans le côlon. Il a les caractères généraux des oxyures, c'est-k-dire qu'il est formé d'une partie renilée à laquelle est attachée la tète, qui. est simple. Cette partie renflée se termine pur 'une pointe aiguë comme une alêne, surtout chez la femelle. La vulve s'ouvre au tiers antérieur du corps. L'intestin s'ouvre, à l'extérieur au niveau de la queue. Chez le mâle existent des bourses membraneuses et un pénis simple.
20 Sclérostonie. Ce ver, auquel on a encore donné le nom impropre de strongle majeur, a 0111,007 k 0m,008 de longueur et 0,004 k 011,005 de largeur; dune couleur grise, mais le plus souvent rougeâtre, rappelant un peu la couleur du sang. Tète et queue obtuses ; le mâle présente la même organisation que la femelle pour la tête et l'intestin ; mais sa queue est terminée par une bourse caudale d'où sort un long pénis unique, contenu dans une gaîne plissée. La vulve esc située au tiers postérieur de la longueur du corps ; la tête présente une double couronne de crochets aigus, confectionnés comme des lancettes, et a sa base une autre couronne de dents, avec lesquelles il s'accroche à la tunique intestinale. L'accouplement se fait par la jonction des deux individus, qui, réunis, représentent à peu près la forme d'un T.
Chez le bœuf, il y a l'amphistome, qui s'attache à la panse et ne détermine pas de maladie; l'ascaride lombricoïde, qui vit dans l'intestin grêle. Dans le gros intestin se trouve le triehoeéphale voisin, qui a tous les caractères des triohocéphules.
Chez le mouton, il y a également l'amphiostome, qui ne détermine pus do maladie et qui vit dans le rumen ; l'ascaride lombricoïde, qui vit dans l'intestin grêle. Il y a aussi le strongle contourné, qui vit dans le même intestin et le gros ; il ne détermine pas de maladie. Knliu on trouve le tricocéphale voisin dans le ctecuni.
Chez la chèvre, il n'existe qu'un petit strongle radié, qui vit dans l'intestin grêle et le caecum ; il n'occasionne pas de maladie.
Chez le cochon, il existe un spiroptère, qui vit dans l'estomac et n'occasionne pas de maladie; l'ascaride lombricoïde, qui vit dans l'intestin grêle ; le tricocéphale voisin, qui vit dans le gros intestin, et entio 1 eehinorhynque géant. Co dernier vif dans l'intestin grêle et y 4e termine de grands ravages. C'est un ver d'une longueur de 0tn,l5 h o™,20 et du diamètre de om,o02 ou 0^,003 àom,ni au plus. Femelle de deux tiers plus grosse que le mâle ; tête pourvue d'une trompe protractile et rétractile, qu'il peut allonger et enfoncer dans l'épaisseur des tuniques intestinales. A son extrémité existent des crochets très-acérés, au milieu desquels se montre une petite ouverture qui paraît être la bouche. Le mile porte sous la queue une petite fente, d'où sort
VER
le pénis sous forme'de cloche renversée. La femelle porte également une fente. L'accouplement se fait en s'apposant par la queue. Ce tier peut donc, en raison de sa disposition, s'enfoncer dans la tunique intestinale et quelquefois même si profondément, que la tète perce le canal et détermine des péritonites mortelles. On les rencontje libres ou attachés parla tête dans l'intestin du porc.
Chez le lapin, on ne trouve que l'oxyure, connu sous le nom de passalure. Ses caractèiessontles mêmes que ceux de l'oxyure du cheval.
Chez le chat, il existe deux vers, dont l'un est appelé ascaride moustache et l'autre doeinien en tube. • »
1° Ascaride moustache, ver ayant toutes les formes des ascarides, corps aminci en avant et en arrière; tête large portant de chaque côté une partie saillante, retroussée en forme de moustaches. Les papilles portent des ailes. Le mâle a une longueur de 0'",03 k om,06 ; il porte à la partie postérieure de son corps deux ailes membraneuses, soutenues par deux rangées de papilles. Spicules recourbés au nombre de deux, ha femelle est longue de O^OSaO^lO; queue conique, très-aigue. Les œufs ont un caractère particulier, ils sont réticulés k l'extérieur et semblables à un dé à coudre. Ils vivent dans l'intestin grêle.
2° Le doemien en tube est très-rare et vit dans le rectum. Il a tous les caractères du genre, et il est muni d'un pénis en forme de trompette.
Chez le chien, il y a trois sortes de vers. Uïins l'estomac et l'intestin se trouvent le spiroptère, un ascaride et un olostoine.
1° Spiroptère ensanglanté, ainsi nommé à cause de sa couleur ; corps rougeâtre, long de ou», 04 k oai,08 ; tète nue, bouche grande, entourée de papilles k bords roulés. Le mâle a une queue décrivant un à deux contours, munie de deux ailes vésiculaires, et deux pénis, dont l'un est courbé en arc et l'autre porte une espèce de bouton. La femelle, plus longue que le mâle, a une queue déprimée et un peu aplatie. Ce ver vit dans des tubercules qui peuvent acquérir le développement d'une lentille, d'une noisette et même d'une noix. Il es» loge dans des compartiments communiquant les uns avec les autres. Le tubercule porte une ouverture pour la sertie du ver.
2" Ascaride bordé. Un peu plus commun que le précédent, il ressemble à tous les ascarides; il aune longueur de 0m,10 à 0at,l2 et un diamètre de 0>",002 à 0"i,003. Tête à lobes convexes, pourvus chacun d'une papille et d'une mince bordure à leur contour. En arrière de ces papilles et de chaque côté de la tête existent deux ailes membraneuses. Le mâle a de 0™, 05 à on^iode longueur ; la queue n'est enroulée qu'une seule fois et porte une rangée de papilles et deux spicules recourbés comme des lames de sabre. La femelle, plus longue et plus grosse que le mâle, a la queue aiguë et les œufs réticulés. Ce ver vit dans l'intestin grêle du chien, du loup et du renard et y détermine des maladies terribles. 30 Oloslome ailé. Il a les caractères du genre et vit dans le rectum du chien.
Chez les volailles, il existe aussi des. tiers, mais qui ne déterminent que rarement des maladies. Dans les gallinacés (poulet, faisan, pigeon), on trouve l'ascaride de la poule et l'hetérokis.
1° Ascaride de la poule, ver cylindrique, à corps jaunâtre, comme tous les ascarides, présentant dans toute la longueur du corps une aile membraneuse. En avant de l'anus existe une ventouse, bordée par un cercle corné. Deux spicules infléchis et boutonnés. La femelle a la queue relevée et infléchie, terminée par une pointe grêle.
2» L'hetérokis est k peu près semblable au précédent ; les naturalistes ne lui ont trouvé de caractères distinetifs que dans l'œsophage ; mais la ventouse située près et audessus de l'anus est vésieulaire. Les autres caractères sont k peu près les mêmes. Dans les palmipèdes on trouve rarement des tiers. 11 y a l'ascaride du canard, qu'on trouve dans lo caecum de cet animal, et l'hetérokis, selnblable à calui des gallinacés. Enfin, dausl'cesuphuge et le gésier des oies, on trouve le strongle noduluire, et dans le canard exclusivement un trichocéphale.
— Conditions nécessaires à la génération des vers. Toutes les fois qu'un animal est assez énergique pour résister à la multiplication des' tiers, ils sont obligés de périr ou d'abandonner l'organisme, ou bien ils n'y peuvent exister qu'en très-petit nombre. Au contraire, sur un animal faible, débilité par la maladie, l'excès du travail, une mauvaise alimentation, ou la respiration d'un air impur, les helminthes se développent avec une extrême rapidité ; ils se multiplient k l'infini et finissent pur .le faire périr dans le marasme. Co mode d'action des helminthes- sur l'organisme se retrouve comme loi dans toutes les maladies parasitaires, aussi bien pour les parasites internes que pour ceux qui vivent à l'extérieur du corps.
La quantité de ces vers qui peuvent vivre sur un même individu est quelquefois considérable. Straus a trouvé sur un cheval de de deux ans 509 ascarides, 190 oxyures, 214 strongles armés, 2,000 strongles, 69 ténias perfoliés et 297 rilaires. Les maladies occasionnées par ces tiers, s'ils sont peu nom-
VER
breux et isolés, sont sans aucune gravité, et les animaux n'en sont nullement incommodés ; en un mot, la manifestation d'une maladie n'est pas la conséquence inévitable de leur présence dans l'organisme. Les maladies ne se montrent dans toute leur malignité que lorsque ces vers existent en quantité assez considérable pour troubler les fonctions de l'organisme, ou bien pour absorber les liquides qui doivent servir à la nutrition. Les vers donnent encore lieu à des maladies graves lorsqu'ils existent dans des organes importants, comme les organes cérébraux.
Quelques espèces, pourvues de crochets, les implantent dans la substance des nerfs et donnent lieu k des maladies vertigineuses, ou bien les enfoncent dans les muqueuses et font souffrir considérablement les animaux.
Quoique les symptômes au moyen desquels on peut reconnaître la présence des tiers intestinaux soient très- nombreux, ils sont néanmoins très-équivoques dans beaucoup de cas, surtout quand les vers existent en petite quantité ; ces phénomènes sont en général d'autant moins certains qu'ils sont plus variés, et que, pour la plupart, ils n'ont pas toujours, en apparence du moins, des rapports très-directs avec les maladies danslesquelles on les observe. Quoi qu'il en soit, il est des symptômes généraux à tous les vers, et il en est sûrement d'autres qui sont propres à tel ou tel genre, à telle ou telle espèce, les uns ou les autres aussi variables que les effets produits dans les parties affectées de l'organisme ; mais les derniers do ces phénomènes sont toujours les plus difficiles k distinguer. Dans une telle obscurité de symptômes, il n'y a que leur réunion en grand nombre, sur le même individu, qui puisse faire conjecturer avec quelque certitude la présence des tiers. Parmi ceux-ci, il est encure nécessaire de faire remarquer qu'il n'y a que les intestinaux proprement dits dont ou puisse parfois reconnaître la présence ; les autres sont trop cachés pour que les accidents qu'ils provoqueut ne soient pas trèssouvent confondus avec les symptômes de la lésion organique k laquelle ils appartiennent; il est cependant quelques espèces, l'hydatide cérébrale par exemple, dont on peut presque toujours, aux phénomènes qu elle suscite, reconnaître l'existence au cerveau. Enfin le seul signe bien certain de la présence des tiers dans l'animal, c'est la sortie de quelques-uns de ces entozoaires, qui s'échappent par l'anus avec les matières fécales, soit entiers, soit en débris.
Mais si l'on examine en particulier les phû-1 nomènes dus à la présence dos tiers intestinaux, on voit que le cheval en proie aux tiers éprouve surtout des coliques, qui ne le tourmentent que de temps k autre, et que souvent les douleurs qu'il ressent disparaissent sans autre signe. A mesure qu'elles se renouvellent, les coliques deviennent plus vives, les paroxysmes sont plus longs et plus violents ; la peau devient de plus en plus sèche, adhérente et le poil mauvais ; la mue ne se fait pas en temps utile ou ne se fuit qu'incompléteineut; l'animal lèche lesmurs.cherche k manger la terre, l'argile, la craie, etc.; il recherche avec avidité les substances salées, et aime k se frotter fréquemment la lèvre supérieure ; quelquefois c est au rectum que le prurit a lieu, et cela indique presque toujours la présence des vers dans le voisinage de l'orifice de cet intestin. Mais un symptôme encore plus sûr est la démangeaison de l'origine de la queue, partie que l'animal remue sans cesse et cherche k frotter contre les corps environnants ; il faut toutefois admettre que ce prurit de la queue n'est pas dû.k la malpropreté, k une affection psorique ou k des poux. Au reste, le j?hétiomene lo plus certain consiste dans les débris de tiers ou les, tiers entiers rejetas avec les matières fécales. Ou observe également des flatulences, des borborygmes et une diarrhée, infecte surtout chez les poulains. S'il y a longtemps que les vers existent chez l'animal, les membres, surtout les membres postérieurs s'engorgent, et même se couvrent d'éruptions qui peuvent s'étendre jusque sous le ventre.
Chez le bœuf, la présence des tiers intestinaux est indiquée par les mêmes phénomènes, k très-peu de chose près que dans le cheval; ce sont toujours des coliques, des douleurs d'entrailles, l'anorexie ou des uppétits voruees, le dégoût ou des goûts dépravés, la cessation de Uirumiiiation,des niétéorisations passagères et répétées, la diminution de la sécrétion du iaitdans les vaches ; la tristesse, le dépérissement, l'émission des vers, etc., et plusieurs des phénomènes cidessus indiqués.
Chez le mouton, il estextrêmement difficile de constater la présence des tiers dans l'intestin. Un remarque un ralentissement delà rumination, de mauvaises digestions, des météorisations et des vacillations de la queue, de la faiblesse, de la lenteur dans la marche, de l'amaigrissement, un mucus plus ou moins épais autour des orifices du nez, et des enrouements fréquemment répétés.
Chez le porc, la présence des tiers intestinaux entretient cet animal dans un grand état de maigreur malgré sa voracité j il tousse fortement, rend des excréments tantôt liquides, tantôt épais, et, dans l'un et l'autre cas, mal digérés; les tiers déterminent aussi des accès de coliques, qui s'annoncent pur de
VER
l'inquiétude, des cris, des allées et des venues indéterminées, et parfois des convulsions.
Les chiens affectés de 11ers sont tristes, abattus ; leur poil est sec, hérissé, terne, sale, principalement sur les reins et Je haut des épaules. Quand ces phénomènes augmentent, le eorps exhale une mauvaise odeur; la démarche devient gênée, les membres postérieurs sont roides, les cuisses et les hanches paraissent plus maigres que le reste du corps; le ventre est soulevé, levroté ; la pupille est plus ou moins dilatée ; les membranes muqueuses, notamment celles de la gueule et des yeux, sont plus pâles que dans l'état da santé, l'œil est larmoyant et quelquefois chassieux, les paupières sont rouges, les narines humides; l'éternuement est fréquent; l'animal se frotte et traîne l'anus par terre, et, soit par l'effet de ce frottement, soit par l'âcreté des excréments, le périnée se dépile. Les animaux se tourmentent, s'agitent, deviennent moroses, taciturnes, irascibles ; ils crient, aboient, hurlent sans motifs ; ils motdent les autres animaux de leur espèce, et même les corps qu'ils rencontrent; ils mangent, quelquefois avec colère, de la terre, de ht paille, du bois et-antres substances étrangères k leur goût ordinaire. Dans ces mêmes animaux les coliques sont quelquefois plus intenses que dans les autres espèces ; des envies fréquentes de mordre surviennent quelquefois plus ou moins violemment, de manière k simuler la rage. Enfin le chien tombe dans une très-grande maigreur, souffre une longue agonie et meurt dans les convulsions.
Les éléments principaux du traitementpréservalif dans les différents animaux sont : un bon régime et des soins hygiéniques bien entendus. Pour les animaux affaiblisses aliments de la meilleure qualité et les plus faciles à digérer, des fourrages où il se trouve quelques plantes aromatiques, un exercice suivi ou un travail modéré et réglé ; un air pur à respirer, le changement de lieu si les localités sont basses et aquatiques, l'usage du sel de cuisine, sont de très-bons moyens prophylactiques. Ce régime éloigne les conditions favorables au développement des tiers intestinaux, surtout si on le suit avec quelque persévérance. Quant au traitement curatif, les trois règnes de la nature ont été mis k contribution, et cependant le traitement des vers n'est rien moins que facile et sûr ; les substances qui passent même pour des spécifiques ne sont pas d'une application plus heureuse, car, si elles agissent quelquefois efficacement, on ne peut se dissimuler que la disposition organique de l'individu entre pour beaucoup dans leur action. Parmi le grand nombre de moyens proposés contre les tiers, les principaux sont : 1° l'huile empyreumatique, dont la dose peut être portés k 64 grammes chez le cheval, répétée tous les jours, pendant quelques jours, et modifiée selon la taille et 1 âge du sujet. La dose est la même pour les bétes k cornes. On donna cette huile soit dans du luit associée d'un juuue d'œuf, ou dans une infusion aromatique. L'essentiel, c'est de l'administrer avec précaution, utin d'éviter qu'il s'en introduise dans les voies respiratoires ; 2° l'essence de térébenthine, qui s'administre dans un jauno d'œuf étendu d eau on dans l'eau-de-vie faible, k la dose de 16 k 64 grammes dans les grunds animaux et à celle de 2 k 4 grammes pour les petits, également en deux breuvages ; 3° 1 éther sulfurique à la dose de 32 k 64 grammes pour les grands animaux, et de 2 k 4 pour les petits, dans un verre d'infusion aromatique froide; 4" l'huile de cade, qu'on administrait k la même dose que l'huile empyreuiuatique, n'est plus employée ; 5° lo protochlorure de mercure à la dose de S k 10 grammes pour les grands animaux, et do 4 k 8 pour le porc, le veau, le mouton et le chien. Ces animaux prennent très-bien ce médicament dans du luit ; 6U 1 ecorce de la racine du grenadier en décoction k la dose de 32 k 120 grammes pour les grands animaux ; et de 32 k 48 pour les petits; 7" la poudre de fougère mâle k la dose de 250 grammes pourle cheval, et de38 k 64 pour le mouton, le veau et te chien; 8U le semen-contra k la dose de 32 k 96 grammes pour les grands animaux, et de sa 16 grammes pour les chiens ; 9° enfin la mousse de Corse k la dose de 32 k 64 grammes.
— Econ. rur. Ver à soie. On appelle ainsi les espèces de chenilles qui tissent ces fils précieux employés chez tous les peuples du inonde k la confection des étoffes de soie.
On attribue au 11er k soie des origines et des patries fort diverses. Les Persans prétendent que le premier couple de tier k soie sortit de la vermine qui pullulait sur la peau du saint homme Job. Aussi, en Perse, les éleveurs font quelquefois éclore des vers k soie sous leurs aisselles.
Les Chinois passent pour être les premiers qui aient su élever le tier à soie et tirer parti de sou travail. « L'empereur Hoang-ti, qui vivait 2,600 ans avant notre ère, voulut que Si-ling-chi, sa légitime épouse, contribuât au bonheur de son peuple. Il la chargea d'examiner les tiers k soie et d'essayer d'utiliser leurs tits. Si-ling-chi fit ramasser une grande quantité de ces insectes qu'elle voulut nourrir elle-même dans le lieu qu'elle destina uniquement k cet uîuge. Elle trouva, 110)1
VER
seulement la façon de les élever, mais encore la manière de dévider leur soie, et de l'employer à faire des vêtements. ■> (Le P. Mailla, ffist. gvnér. de la Chine.) II parait qu'aujourd'hui encore on voit dans l'enceinte du palais de l'empereur un grand quartier rempli de maisons, dont l'avenue porte le nom de Chemin qui conduit au lieu destiné à élever les vers à soie, pour le divertissement des impératrices et des reines. » M. Stanislas Julien nous a fait connaître plusieurs des règlements portés par les empereurs de la Chine relativemeqt à l'industrie de la soie, et ceux qui furent promulgués pour empêcher les secrets de ladite industrie de sortir du pays. Ces derniers étaient d'ailleurs résumés en un seul décret, dont la simplicité a toujours été fort goûtée des princes : « Interdiction, sous peine de mort, d'exporter de la Chine des œufs de vers à soie:.. » Le produit seul pouvait passer la grande muraille. Malgré ces précautions, la Chine n'avait pas le monopole exclusif de la culture des vers à soie. A une époque très-reculée, l'Inde envoyait, par ses caravanes, aux villes de l'Asie Mineure, des quantités considérables de soie, dont la matière première était l'œuvre d'un bombyx probablement différent de celui de la Chine, Jusqu'au règne de Justinien 1er, les Grecs et les Romains achetaient bien de la soie, mais ils n'eu fabriquaient pas. Dans le vie siècle, deux moines persans, voulant se rendre utiles en quelque chose, vinrent trouver l'empereur Justinien , à Constantinople, lui apprirent qu'ils avaient longtemps séjourné en Chine, et lui indiquèrent comment ils y avaient vu fabriquer la soie. L'empereur les engagea, par de brillantes promesses, à retourner en Chine, et à lui rapporter de ce pays des ceufs de vers à soie. Ils tentèrent l'entreprise et réussirent. Dans l'année 555, ils remirent entre les mains de Justinien un bâton creux dont l'intérieur était rempli des précieux œufs. Ils les firent éclore dans du fumier, et enseignèrent les procédés usités en Chine pour les nourrir, les propager et dévider les cocons. Bientôt, on éleva des vers à soie dans les différentes parties de l'empire grec, notamment dans le Péloponèse, qui, du nom du mûrier (monts), dont les feuilles servent à nourrir l'insecte, s'appela Morée. De là, et a la suite des armées du comte Roger, la sériciculture passa en Sicile, puis en Italie. Vers la fin du xine siècle, les papes l'introduisirent dans le comtat d'Avignon.
Toutefois, ce n'est qu'à partir du règne de Henri IV et grâce à 1 énergique impulsion d'Olivier de Serres et de Barthélémy Laffomas, dit Beausemblant, que la sériciculture prit, en France, un essor sérieux. On fit venir d'Italie vingt/mille mûriers, et une immense quantité de graines de vers k soie, qui furent réparties flans foutes les contrées favorables. On planta des mûriers, et on éleva des vers k Fontainebleau, dans le parc des Tournelles, et jusque dans le jardin desTuileiies. En 1C66, Colbert, pour encourager l'éducation des vers à soie, fit accorder aux agriculteurs une prime de 20 sols par chaque mûrier qu'ils planteraient dans leurs possessions; mais la révocation de l'édit de Nantes « en rassurant les bous et faisant trembler les méchants, » chassa du même coup les familles protestantes des Cévennes, qui em- • portèrent avec elle3 la prospérité de l'industrie naissante, Cette industrie éprouva ensuite des fortunes diverses. Depuis le ministère de Chaptul (1808), elle s'était développée d'une façon assez importante lorsque, vers 1853, elle commença à Être compromise par une maladie qui, sévissant chaque année, sur les chenilles lileuses, a dépeuplé nos établissements et ruiné les éleveurs. Nous parlerons plus loin de celte maladie et des tentatives plus ou moins heureuses faites pour la combattre.
Considérons d'abord le ver à soie dan" l'état de santé. » Lo corps du ver à soie, dit M. Figuier, auquel nous empruntons une partie de la description de l'anima!, se compose de dix anneaux distincts, demies séparations forment neuf plis. En avant, sont trois paires de pattes articulées, qui deviendront plus tard celles du papillon. Au milieu et en arrière sont cinq paires de pattes membraneuses, armées d'un cercle d'épines trèsfines, au moyen desquelles l'animal peut s'accrocher aux. feuilles et aux tiges. Sur les deux côtés du corps sont dix-huit stigmates ou bouches respiratoires. La tète présente à sa partie antérieure un museau écaiileux, corné, formé d'une seule pièce. La bouche est, pourvue de six petites pièces articulées. En dessous est une lame simple , la lèvre supérieure, présentant une échanciure dans son milieu. L'animal fait entrer dans l'éehancrure de cette pièce le bord de la feuille qu'il ronge et le maintient ainsi sans efforts. Au-dessous de la lèvre sont insérées deux grosses mâchoires qui taillent la feuille comme ferait une paire de ciseaux. Au-dessous, des mâchoires plus faibles achèvent la division des fragments, et une petite tige, articulée à chaque mâchoire, repousse vers la bouche et empêche de tomber les plus petites parcelles de feuilles. Enfin, dans l'espace compris entre les deux mâchoires, est une lèvre inférieure, qui complète en dessous la clôture de la bouebe. A l'extrémité de cotte lèvre, on remarque un petit prolongement, une sorte de papille, percée d'un
VER
trou. Ce trou est l'orifice qui donne issue au fil soyeux.
» L'appareil sécréteur de la soie, ou organe séricipare, consiste en deux glandes situées des deux côtés du canal intestinal, et qui se rejoignent au-dessous de ce canal. Chacune de ces glandes se compose d'un tube formé de trois parties distinctes. La partie qui se trouve la plus rapprochée de la queue du ver est une sorte de tube flexueux,de o™,00t de diamètre, et de om,270 de longueur contourné en un grand nombre de zigzags arrondis et sans ordre, qui se termine par un renflement, réservoir de la matière soyeuse, lequel se termine lui-même par un tube capillaire. Ces deux derniers tubes capillaires se réunissent, comme deux troncs veineux, en un canal unique très-court, qui s'ouvre dans la bouche du ver, à sa lèvre inférieure. C'est dans ces longs tubes grêles et flexueux que se forme la matière soyeuse. Elle se rend et se rassemble dans la partie renflée ou réservoir, et y reste à l'état gélatineux. Parvenue dans les tubes capillaires, elle commence à prendre de la consistance; elle forme deux fils qui se soudent au point de jonction des tubes et sortent par leur orifice commun, pour être conduits et dirigés par l'animal sur les points qu'il a choisis. Si l'antique Egypte eût connu le ver à soie, elle lui eut certainement élevé des autels. Nous sommes devenus plus forts; nos savants n'ont pas craint d'aller chercher dans le corps de l'inimitable fileur, impitoyablement disséqué, la matière visqueuse contenue dans les glandes, pour essayer d'en fabriquer de la soie. Mais ils n'ont pas réussi. La matière soyeuse a besoin d'être travaillée par l'insecte lui-même. Lorsqu'elle arrive dons le conduit commun des deux tubes capillaires, sous la forme de fils, ces fils sont imprégnés, en ce point, d'une sorte de vernis qui est versé par deux petites glandes voisines. Le vernis soude les deux fils en un seul, auquel il donne le brillant de la soie et la propriété de résister à l'action de l'eau. C'est pendant les dernières phases du développement du ver que la matière soyeuse devient abondante dans les glandes. A cette époque, l'animal mange beaucoup, et il est certain que la substance qui sera convertie en lils est fournie par la feuille de mûrier dont l'animal se nourrit. Comme conséquence de cette remarque, il s'est trouvé des industrielsqui ont voulu retirer directement la soie de la feuille du mûrier; ils u'out obtenu qu'une détestable filasse.
t Nous aurons terminé ce qui est relatif aux organes essentiels des vers à soie, quand nous aurons dit que leurs yeux, très-compliqués comme ceux d'un grand nombre d'insectes, présentent 6,236 facettes distinctes au microscope. ■
L'éducation des vers k soie diffère nécessairement suivant les climats. En Chine, lorsque les mûriers commeneent-à se revêtir de feuilles, on attache aux branches, de distance en distance, des boites entr'ouvertes renfermant des ceufs de vers à soie. A mesure que la chaleur les fait éclore, les vers se répandent sur le feuillage de l'arbre, sans autre guide que leur instinct naturel; ils y subissent leurs diverses transformations, et y suspendent leurs cocons, comme. la chenille tileuse du pin,, ou la processionnaire du chêne, dans nos forêts. Toute la peine de l'éleveur se borne à ifearter les oiseaux; puis, à mesure que les cocons se forment, on les récolte.
L'espèce de vers h soie qu'on élève à Brousse, dans l'Asie Mineure, est de quatre mues. Ce sont les femmes qui prennent soin dos œufs, qu'elles portent dans leur sein jusqu'à leur complète éclosion. La méthode employée dans ce pays est bien supérieure à celles employées en Europe ; le ver à soie passe la durée entière de sa vie sur le plancher des maisons, et on le nourrit en lui donnant, trois fois par jour, au lieu de feuilles détachées de 1 arbre et plus ou moins bien conservées, des branches entières et des rameaux de mûriers garnis de leurs feuilles toutes fraîches, qu'il mange Avec appétit, en grimpant et se promenant sur la branche. Bien qu'on ne prenne, en Asie Mineure, aucune des précautions minutieuses en usage ailleurs, et que les vers n'y soient jamais délités , les résidus des feuilles sur lesquelles ils vivent pendant quatre-vingts jours ne répandent aucune mauvaise odeur et ils ne sont sujets à aucune maladie. L'entrée des chambres habitées par eux est sévèrement interdite à toute personne étrangère, et, s'il y en entre quelqu'une par faveur insigne, on ne manque jamais de faire brûler de l'encens dès qu elle est sortie. Ces méthodes excellentes pourraient encore emprunter quelque "chose aux pratiques chinoises.
En Etrrope, toutes les fois que le procédé chinois a été expérimenté, et il l'a été plusieurs fois au Jardin des plantes de Paris, les pluies et les oiseaux n'ont pas permis de conduire l'expérience jusqu'au bout. Il faut aux vers à soie un local spécial, une maguar nerie (v. ce mot). Moyennant cette condition, le nord de l'Italie est encore une terre classique du ver à soie. L'enthousiasme des habitants de ce pays a surnommé le mûrier l'arbre à feuilles d'or, et la meilleure méthode de sériciculture, la méthode Dandolo, du nom de son inventeur, est l'œuvre d'un Lombard.
A l'époque où commencent à pousser les
* VER
feuilles du mûrier qui doivent servir de nourriture aux vers à soie, c'est-à-dire vers la commencement du printemps, on procède à l'incubation des œufs. Pour cela, on les étend en couches très-minces sur des feuilles de papier, et on les expose h une température soitnaturelle, soit artificielle, qui doit être élevée lentement et graduellement depuis 120 jusqu'à 25° ou 30°. Il importe que les vers naissent ensemble et acquièrent en même temps des développements égaux. Au bout de trois ou quatre jours environ, il sort de chaque œuf comme un mince et court til noir, très-actif, qui témoigne d'un vif appétit. Ce petit fil noir n'est autre chose qu'un ver à soie. Sa première nourriture est la feuille d'une espèce particulière de mûrier nain, non greffé, qui se nomme pourretta. Au reste, la vie tout entière de l'insecte, dont la durée est d'environ cinquante jours, et qui est d'autant plus courte que le climat est plus chaud, est, sauf les intervalles de maladie, employée à manger, et avec une voracité croissante jusqu'à la (in. Outre les maladies accidentelles, qui sont couvent fatales, le ver à soie en éprouve nécessairement quatre autres qui se terminent chacune par une mue. La mue est une crise qui a pour effet d'opérer le renouvellement de la peau de l'animal. Un ou deux jours avant la mue, l'animal cessé de prendre de la nourriture ; il cherche une retraite, s'y fixe, puis se met à exécuter une suite de mouvements pénibles; il gonfle et contracte, alternativement ses anneaux, jusqu'à ce que sa peau se fende dans toute la longueur du dos. Après de nouveaux efforts, il se dégage de sa prison; il reste encore extrêmement faible, et ne peut se remettre qu'après un ou deux jours. Muis alors, il se dédommage largement de sa longue abstinence. Les âges du ver à soie sont les périodes de temps comprises d'une mue à 1 autre. Comme l'animal survit à sa quatrième mue, sa vie est ainsi partagée en cinq âges, dont le dernier va de la quatrième mue à la mort. Après chaque mue, le ver est pjus grand et plus gros; sa nouvelle peau s'approche de plus en plus du blanc. Après la quatrième et dernière crise, il a environ 2 pouces de longueur. La couleur de sa peau est alors d'un blanc légèrement grisâtre. C'est le moment où s'élabore en lui le suc destiné à fournir les fils de soie ; c'est aussi le moment de sa plus grande voracité ; il faut à tout prix la satisfaire. A peu près vers le milieu de chaque âge, le ver est pris d'une sorte de fringale, k laquelle on donne le nom de frèze. La frèze du dernier âge- est la grande frèze ; elle arrive vers le septième jour du cinquième âge. Ce jour-là, les vers issus de 30 grammes de graines consomment en poids autant que quatre chevaux. Lorsqu'on entre dans une chambre où se trouvent réunis plusieurs milliers de ces insec- •tes, on entend un bruit qui rappelle celui que fait la chute d'une pluie battante sur le feuillage d'un arbre touffu : c'est le bruissement qui résulte du travail des petites mandibules des vers h. soie appliqué à la mastication des feuilles de mûrier.
Lorsque le ver est prêt à donner sa soie, son corps devient un' peu jaune, luisant, et comme transparent, comparable, quant à la couleur, à un grain de chasselas mûr. Aussi dit-on qu'il a alors atteint sa maturité. A ce moment, son appétit s'arrête; il ne mangera plus. C'est bientôt l'instant de la montée. L'éleveur doit alors s'occuper sans retard de cabaner, opération qui consiste à disposer en forme de berceaux ou cabanes, dans les intervalles compris entre les claies, des branches de genêt et de bruyères, dans lesquelles les insectes montent et choisissent leur place. Quand l'animal a échappé aux nombreuses maladies auxquelles son espèce est sujette ; lorsqu'il est sorti sain et sauf des ^jtiatre'mues qui ont emporté tant de ses pareils, il lui reste" à triompher d'une dernière crise, celle qui coïncide avec la montée, Souvent, par des causes qu'il a été impossible de prévoir, à la suite d'un brouillard, d'une pluie, d'une tsuffe (coup de chaleur), etc., les vers, qui commençaient à monter, s'arrêtent, retombent; ils meurent sans avoir travaillé, et, avec eux, l'éleveur perd l'espoir d'une récolte péniblement préparée. Quand la montée a été heureuse, le reste va tout seul. L'insecte commence par sa vider, c'est-à-dira par expulser de son corps ses derniers excréments ; après quoi, on le voit attacher et étendre en tous sens des fil3 gommeux, très-déliés, qui sortent de sa bouche. Ces premiers fils, qui forment la bourre de soie, sont destinés à maintenir le cocon. Lorsqu'ils sont établis, le ver commence à dérouler son fil de vraie soie, fil dont la longueur sera d'environ 1 kilomètre ! Durant les deux premiers jours, on peut apercevoir le laborieux ouvrier à travers le tissu qu'il forme : replié sur lui-même, à peu près comme un fer h cheval, le dos en dedans, les pattes en dehors, il dispose son fil tout autour de sou corps, en décrivant avec sa tête des tours ovales. Il rapproche de plus en plus les points d'attache. Bientôt il devient invisible par les accroissements multipliés du fil ; sa construction devient une cellule hermétiquement fermée qui a la forme d'une coquille d'œuf : c'est le cocon. Les cocons sont généralement blancs ou jaunes, avec des nuances diverses.
Lorsque l'ouvrage est entièrement termi-
VER
né, ce qui a Heu au bout de sept à huit jours, le ver subit une métamorphose: il devient chrysalide. C'est l'intermédiaire entre l'état de ver et celui de papillon. Avant d'arriver à cet état, l'insecte, ayant déposé toute sa soie, est devenu d'un blanc cireux ; il est tuméfié dans sa partie moyenne. Les pattes abdominales se flétrissent; les six pattes antérieures se rapprochent et noircissent; le3 parties de la bouche se portent en dessous; la peau se ride ; bientôt elle se détache, et sa trouve refoulée vers la partie postérieure. La chrysalide paraît sous les déchirures do cette peau. Elle est d'abord blanche; elle vire bientôt au rouge brun; elle ressemble à une fève grisâtre. Si elle ne meurt pas dans cet état, on voit, au bout de quinze à dixsept jours, le cocon se percer, et, par le trou, livrer passage à un papillon assez laid, lourdaud, auxailes blanches, incapables de voler, et encore toutes mouillées. Comme,' dans les magnaneries, on a prévu l'arrivée de ce personnage qui a encore une fonction à remfilir, quelques dispositions ont été prises pour e recevoir. D'après M. Guérin-Méneville, pour percer sa prison de soie, le papillon luit usage d'une liqueur particulière, contenue dans une vésicule dont sa tète est munie. Il imbibe abondamment les parois du cocon avec cette liqueur; les fils de soie se ramollissent, se décollent et ils se séparent sous l'effort du papillon. Le premier soin do l'insecte en liberté est de chercher une place convenable où il puisse se sécher ; -on l'aide en le posant sur une toile tendue exposée à une douce chaleur.
Si les mâles et les femelles étaient confondus, une foule, d'unions ne tarderaient pas à avoir lieu ; mais on a soin d'avoir séparément des papillons mâles et des papillons femelles, en nombre égal. On les distingue d'abord avant leur sortie, par le poids des cocons : les cocons femelles sont plus lourds que les cocons mâles. On les distingue ensuite, après leur sortie des cocons, par leur aspect. Le mâle est plus petit; il a les ailes nuancées de gris elles antennes noires; il est vif et pétulant; il s'agite et bat des ailes. La femelle est plus grosse; elle a les ailes blanches, lés antennes peu développées et pâles, le ventre volumineux, cylindrique et bien rempli ; elle est calme, lourde et stationnaire. Dès que les papillons ont évacué une liqueur rousse, on rapproche les mâles des femelles. Après l'accouplement, on les sépare de nouveau. Les mâles n'ont plus alors de mission k remplir ici-bas.
On attache des feuilles de papier sur des claies légèrement inclinées; on met vingtcinq à trente femelles sur chaque feuille. Quand chacune a trouvé une place à sa convenance, elle expulse un œuf enduit d'un liquida visqueux, qui le fait adhérer au papier. A côté de ce premier œuf elle en dépose un second; puis à côté de celui-ci un troisième, et ainsi de suite. La ponte dure ordinairement trois jours. Le nombre des œufs est en moyenne de cinq cents par femelle. Us sont d'abord d'un blanc nacré, après quelques heures, d'une couleur jaune (taie, et, enfin, après quelques jours, ils tournent au gris brun. On suspend les feuilles de papier, sur lesquelles ils sont collés, le long des fils de fer, à peu de distance du plafond d'une pièce exposée au nord, qu'on ne chauffe jamais. Il faut bien se garder de laisser du chanvre, brut ou travaillé, dans le voisinage des œufs, ni des vers. Dans le milieu de l'hiver quelques éducateurs trempent les œufs dans de l'eau froide légèrement salée, et les font ensuite sécher. Dans les magnaneries, on ne laisse arriver à l'état de papillons que le nombre d'individus jugé nécessaire à la reproduction de l'espèce. On étouffe les chrysalides en exposant les cocons à une chaleur suffisante, puis on dévide la soie dont ils sont formés.
Ces chrysalides, que nous jetons après le dévidement des cocons, les Chinois s'en régalent. Nous allons donner, d'après un missionnaire, le Père Favand, une des recettes qui servent à les accommoder. « Pendant le long séjour que j'ai fait en Chine, dit l'auteur, j'ai souvent vu manger et j'ai mangé moi-même des chrysalides de vers à soie. Je puis affirmer que c'est un excellent stomachique, à la fois fortifiant et rafraîchissant, et dont les personnes faibles font usage avec succès. Après avoir filé les cocons, on prend une certaine quantité de chrysalides; on les fait bien griller à la poêle, pour que la partie aqueuse s'écoule entièrement. On les dépouille de leur enveloppe, qui s'enlève d'elle-même, et elles se présentent alors sous forme de petites masses jaunes, assez semblables aux œufs de carpe agglomérés. On les fait frire au beurre, à la graisse ou à l'huile , et on les arrose de bouillon (celui de poulet est le meilleur). Lorsqu'elles ont bouilli pendant cinq ou six minutes, on les écrase avec une cuiller de bois, en ayant soin de remuer le tout, de manière qu'il ne reste rien au fond du vase. On bat quelques jaunes d'œufs, dans la proportion de 3 pour loo chrysalides; on les verse dessus, et l'on obtient par là une belle crèma d'un jaune d'or et d'un goût exquis. C'est ainsi qu'on prépare oe mets pour les mandarins et les gens riches. Quant aux pauvres, après avoir bien fait griller les chrysalides, et les avoir dépouillées de leur enveloppe, ils les font frire au beurre ou à
VER
la graisse, et les assaisonnent avec un peu de sel, de poivre ou de vinaigre; ou, enfin, ils les mangent telles qu'elles sont, avec du riz, après s'èire contenté de les dépouiller.»
En France, on a calculé qu'il faut, en moyenne, 27 kilogrammes de feuilles de mûrier pour arriver à produire 1 gramme d'œufs de vers à soie; et qu'il faut 100 grammes d'œufs pour rendre 100 kilogrammes de cocons.
Lorsque, au moment de l'éclosion, on regarde de près un œuf de papillon, on y distingue un point noir et un croissant brunâtre qui s'étend à son pourtour. Le point noir est la tête du ver, le croissant en est le corps déjà couvert de petits poils. Lorsqu'il veut sortir de l'œuf, le ver a soie ronge la coquille sur le côté. Quand ii est venu à bout de pratiquer une ouveiture assez grande, il y passe la tête, et fixe immédiatement un fil de soie au premier corps qu'il peut atteindre. Quelquefois, quand l'ouverture est trop étroite, il sort parla queue. Quelquefois enfin, il ne peut sortir d'aucune manière, et il meurt épuisé par les efforts qu'il a faits pour se dégager.
— De quelques autres espèces de vers àsoie. Nous venons de faire ample connaissance avec le ver à soie classique, le bombyx du mûrier. Il existe d'autres espèces sétifères que l'on a tenté, depuis quelques années, d'acclimater en Europe. Elles appartiennent toutes au genre attacus, lequel se divise en plusieurs espèces, que l'on distingue par le nom de l'arbre qui fournit la nourriture à leurs individus. Il y a 1° le ver h soie du chêne, qui comprend trois espèces d'attacus, savoir, l'yama-maï, le pernyi, le mylitta; 2* le ver à soie de l'ailante, qui comprend l'espèce d'attacus appelée bombyx cynlhia; 3» te ver à soie du ricin, que les savants ont essayé d'appeler saturnin ricini.
L'yama-maï, dont les œufs, pris au Japon en 1862, arrivèrent à Paris en 1863, donne une soie moins fine et moins forte que celle du mûrier, mais tout aussi brillante. Il vit quatre-vingt-deux jours, s'élève facilement, donne des chenilles vertes-, de grande taille; et de grands papillons très- Beaux, d'un jaune vil, tirant sur l'orangé. Le pernyi, qui fut envoyé par des missionnaires, de Mandchourie en France, en 1855, donne une soie de tous points remarquable, dont les tissus participent à la fois de la soie ordinaire, de la laine et du coton. Le mylitta, qu'on rencontre surtout dans le Bengale, aux environs de Calcutta, et dans le Lahore, donne une soie très-estimée. Malheureusement il est rebelle à l'acclimatation. Le ver à soie de l'ailante {bombyx cynlhia), dont l'acclimatation est un fait accompli, grâce aux efforts de M. Guériii-Aléueville, fut apporté du nord de la Chine, en 1858, par le Père Annibale Fantoni. C est peutêtre le moins coûteux et le plus facile a élever de tous les vers à soie. Il vit en plein air, sur l'ailante, ou vernis du Japon, et donne deux récoltes par an. La matière textile extraite de son cocon porte le nom d'aiiantine; c'est une espèce de bourre de soie qui tient le milieu entre la soie du mûrier et' la laine ordinaire. L'animal porte sur chacun de ses anneaux des points noirs. Quand il approche de son entier développement, il est vert émeraude, avec la tête, les pattes' et le dernier anneau d'un beau jaune d'or. Le ver à soie du ricin ressemble beaucoup à spn parent de l'ailante et donne une soie analogue à l'ailantine ; toutefois, son éducation ne saurait prendre une grande importance en France, en raison de la nécessité de renouveler chaque année les plantations de ricin.
— Des maladies des vers à soie. Les vers à soie sont sujets à de nombreuses maladies, qui d'ordinaire se déclarent après les mues, surtout après la quatrième, et auxquelles on ne connaît pas de remèdes. On enlève les malades, pour qu'ils n'infectent pas l'atelier. Il y a les luisettes, vers qui n'ont pas eu la force de muer ; ils deviennent de plus en plus luisants jusqu'à leur mort. Il y a les arpians ou vers qui ont dépensé touie leur énergie dans le travail de la dernière mue et qui n'ont plus la force de manger; les jaunes ou gras, qui sont jaunâtres, gonflés et crèvent; les morls-flats ou mous, qui, après avoir bien mangé et bien grossi, meurent sans qu'on en Sache la cause. Il y a la muscardine, qui enlève, dans le quatrième âge, le sixième des individus et qui laisse sur leur corps une eftlorescence blanche, farineuse, qui n'est autre chose qu'un champignon, auquel on a donné le nom de bolrytis Bassiana. Enfin n'oublions pas la pèbrine ou gattine, vulgairement connue sous le nom de maladie des vers à soie, sans doute parce qu'elle résume a elle seule la gravité de toutes les autres réunies. Ce n'est guère qu'en 1853 qu'elle a fait sou apparition en France, et elle n'a pas tardé à jeter la ruine dans nos contrées séricicoles, notamment dans les Cévennes. M. de Quatrefages l'a comparée au choléra humain. C'est une véritable épizootie, qui, née dans les plaines formées par les alluvions du Rhône, s'est promptemenl répandue dans toute l'Europe et jusque sur les bords de la mer Caspienne. Chaque année elle renaît. Les remèdes recommandés, d'ailleurs avec fort peu d'espoir, par le savant naturaliste, ayant été infructueux, nous nous dispenserons de les
VER
rapporter, sauf un seul, qui consiste à éviter dans le même local les grandes agglomérations d'individus. La production en soie, qui, en 1853, était, dans notre pays, de 26 millions de kilogrammes, était descendue en 1865 à 4 millions de kilogrammes, lorsque le ministre de l'agriculture et du commerce chargea M. Pasteur d'étudier le fléau. Le savant chimiste commença par examiner au microscope ces petits corps que M. Fhilippi a découverts dans le sang des vers k soie et qu'on désigne sous le nom de corpuscules' de Cornnlia, du nom de l'observateur qui les a le mieux décrits, et il ne tarda pas à formuler ainsi le résultat de ses observations : « Si les papillons renferment des corpuscules, la graine sera mauvaise et les vers seront malades; si, au contraire, les papillons ne renferment pas de corpuscules, il y a de trèsgrandes probabilités que leur graine sera bonne et qu'il en sortira des tiers sains et capables de .filer. • Il y a des papillons corpusculeux, c'est le terme reçu, qui peuvent engendrer des œufs sains et, par suite, des sujets bien portants. M. Pasteur conseille néanmoins de ne pas s'y fier; un Seul ver malade, sorti de cette graine, peut répan1dre l'épidémie dans toute une chambrée.
C'est donc de l'habile emploi du microscope que dépend le salut de la sériciculture. Or, un enfant bien exercé y suffit. Dans ses expériences,- M. Pasteur se faisait aider par un jeune garçon de huit ans. Quand le papillon a pondu, on prend quelques-uns de ses œufs, on les écrase, on les délaye dans un peu d'eau et on examine' au microscope la bouillie qui en résulte; si elle contient des corpuscules, on rejette tous les œufs de l'animal; si elle n'en contient pas, les œufs sont bons. Les corpuscules sont faciles à reconnaître pour qui en a vu une fois.
Aux yeux de M. Pasteur, les corpuscules de Cornalia seraient une production qui n'est ni végétale ni animale, incapable de reproduction et de même nature que ces corps de forme régulière qu'on appelle organites, tels que les globules du sang, les globules du pus, eto. Ils conservent fort longtemps lo .principe toxique de la maladie ; en saupou- ■ drant la feuille de mûrier que l'on donne k manger aux vers avec de la poussière contenant de ces corpuscules desséchés et conservés pendant un an, on provoque une grande mortalité. L'expérience a de tous points sanctionné les procédés de M. Pasteur, et ce savant a pu dire en 1868 : < Je suis maître de la maladie des corpuscules, que l'on considérait, avant moi, comme la maladie unique dont souffre aujourd'hui la sériciculture. Je puis la donner et la prévenir k volonté. Le problème sera donc résolu le jour où je n'aurai plus k appréhender pour mes graines la maladie des niorts-fiats, car il me sera alors démontré qu'il est possible de faire de la gruine irréprochable par un moyen pratique-' ment industriel. *
La direction d'une magnanerie ne demande pas une grande intelligence ni des capacités hors ligne, mais seulement des soins minutieux et une observance rigoureuse de la consigne imposée par le directeur ou le propriétaire de l'établissement. Lorsque les travaux seront bien dirigés et la ventilation bien réglée, l'assainissement sera tel, que l'on n'aura très-probablement pas besoin d'avoir recours aux fumigations de chlore gazeux ou autre désinfectant. Néanmoins, si cette opération était reconnue nécessaire, on l'effectuerait en plaçant dans la chambre il air des vases contenant les matières fumigatoires.
Le mobilier dont une magnanerie doit être garnie se compose de tablettes propres à supporter les vers, de sacs et de paniers pour recueillir les feuilles, d'instruments pour les couper, de tamis pour les distribuer et de filets pour le délitement. Il faut, en outre, des thermomètres ordinaires, des thermomètres k index et des hygromètres.
Comme rendement, 31 grammes de graine produisent de 25 à 68 kilogrammes de cocons en consommant 800 à 1,000 kilogrammes de feuilles de mûrier.
La moitié au moins de la graine reste improductive.
On peut résumer comme il suit les conditions d'une bonne magnanerie : la première. est qu'elle soit percée de vastes ouvertures; la seconde, qu'elle possède un rez-de-chaussée où se trouvent une. étuve pour l'éclosion des œufs et divers appareils, renfermés dans une chambre à air, au moyen desquels ou peut, à volonté, humidifier, refroidir ou réchauffer l'atmosphère ambiante; la troisième, qu'elle ait un premier étage, appelé atelier, où s'élèvent les vers, lequel soit surmonté d'un ventilateur puissant; la quatrième, qu'elle soit située sur un lieu convenable, tel qu'un plateau exposé au grand air; la cinquième, qu'elle soit entretenue dans une propreté irréprochable.
Un thermomètre et un hygromètre, fréquemment consultés, indiqueront les degrés de chaleur et d'humidité de l'air de l'atelier : le premierdoit marquer 32« centigrades pendant les cinq premiers jours de l'éducation et 25° pendant les trois semaines suivantes ; le second, qui doit régler la marche du ventilateur, marquera toujours 80° environ. L'atelier, dont la grandeur doit naturellement se piopoilionner au nombre de vers que l'on veut élever, sera muni d'un nombre suffisant de claies (sept étages pour une hauteur de 4 raè-
VER
très) oit seront étalés les vers et les feuilles dont on les nourrit; ces feuilles seront renouvelées fréquemment. Le service, facilité par un appareil qui monte les feuilles fraîches et descend les litières, sera fait sans bruit, sans poussière, sans précipitation ; car les vers à soie sont d'une extrême'délicatesse et souffrent autant des conditions défavorables qui les entourent dans le local où ils vivent que des variations météorologiques que l'homme est également impuissant a diriger et à conjurer.
Ver rongeur (l*E) OU Bu paganisme dam
l'éducntion , par l'abbé Gaume (1851, l vol. in-8»). Le titre prétentieux et déclamatoire de ce livre en fait assez connaître le contenu. C'est un réquisitoire en règle contre ces pauvres auteurs païens, qu'on avait pourtant bien soin d'expurger avant de les meure aux mains de la jeunesse. Aux Virgile, aux Cicéron, aux Démosthène, l'auteur voulait qu'on substituât Albert le Grand et saint Thomas. Après avoir cité ces deux noms, il disait : « Courbez la tête, j'ai nommé les ro s immortels de la science, de la littérature et des arts. ■ Seize ans auparavant, M. Gaume avait déjà émis les mêmes idées en publiant le Catholicisme dans l'éducation; mais alors la société, enivrée de sensualisme, ne prêtait l'oreille qu'aux sirènes dont les chants perfides l'attiraient vers l'abîme. Sa voix eut donc peu d'écho et, moins heureux que l'ermite \lu moyen âge, il trouva à peine quelques chevaliers disposés au combat. Isolé sous les feux croisés des ennemis et même des amis, force lui fut de quitter le cnânip de bataille. En 1851, M. Gaume sort une seconde fois de sa tente et se met de nouveau à prêcher la croisade. Cette fois, sa voix fut entendue; le bataillon des croisés ne fut pas très-nombreux, mais tous ses soldats étaient animés du même esprit et pleins de la même haine. La lutte s'engagea et elle fut vive. Le Grand Dictionnaire, qui est avant tout le Dictionnaire du xixe siècle, en doit l'histoire à ses lecteurs. Le seul moyen que signalait M. Gaume de détruire le • ver rongeur des sociétés modernes, > c'était la substitution du clrristianisme nu paganisme dans l'éducation, la déchéance des auteurs profanes et l'avènement des livres saints et des Pères de l'Eglise. Plusieurs prélats adhérèrent au réquisitoire et signèrent cette sentence de déchéance prononcée contre le paganisme, et MM. Donoso-Cortès et de Montalembert applaudirent.
Condamner le paganisme dans l'éducation, c'était condamner lu Renaissance entière; aussi, le 6 février 1852, en plein xixe siècle, au milieu de l'Académie française, M. de Montalembert, qu'aucune audace n'effrayait, déclara, avec ce sans façon et cette hauteur d'affirmation qu'on lui connaît, que la Renaissance fut, avec la Réforme, « le fléau du monde moderne. »
Mais le paganisme trouva des défenseurs. Nous nommerons d'abord le regretté H. Rigault, qui, dans la Revue de l'instruction publique, défendit ses chers anciens avec un esprit tout moderne. « Une observation préjudicielle, disait-il, s'adresse à l'auteur du Ver rongeur. Si le mal qu'il dénonce est réel, si le paganisme conduit le monde moderne à l'abîme, il est étrange que tant d'hommes de génie, qui ont eu à cœur le salut du monde et la grandeur de Irréligion, n'aient pas été plus vigilants, et que, après tant d'années d'insouciance, ce cri d'alarme parte des bords de la Nièvre, au moment où le navire va succomber; car enfin les pilotes n'ont pas manqué à l'Eglise, et le monde chrétien a compté jusqu'ici bon nombre d'esprits aussi clairvoyants que M. Gaume et de serviteurs aussi dévoués que M. de Montalembert. Par quel miracle se fait-il que M. Gaume n'ait d'aulre devancier, dans sa croisade contre le paganisme, que le P. Possevin au xvie siècle, et que, depuis le xvic siècle, personne, pas même les plus grands éerivainsN chrétiens du xvne siècle, n'ait ouvert la bouche pour signaler la tradition chrétienne brisée et "la monde courant à l'abîme? Comment concevoir cette conspiration involontaire d'aveuglement non-seulement en Angleterre, en Allemagne , dans tous les pays chrétiens, mais en France, en Espagne, en Italie, dans tous les pays catholiques? N'y a-t-il pas lit un mystère qui doit faire réfléchir M. Gaume, et, en s'émerveillant de la nouveauté de sa cause, n'a-t-il pas à s'effrayer de se trouver plus zélé que Fénelon et plus clairvoyant que Bossuet? »
Une partie, du clergé lui-même vint au se' cours du paganisme classique. M. Dupanloup, évêque d Orléans, écrivit, avec l'exagération qui lui est habituelle, que l'enseignement des lettres anciennes est pour Te clergé un droit sacré, que le clergé • défendrait, s'il le fallait, de sa vie et de son sang. » Pour prouver que la tradition chrétienne, loin de condamner l'étude des auteurs païens, la prescrit, l'abbé Landriot, depuis évêque de La Rochelle, écrivit ses Recherches historiques, livre plein d'une érudition solide, et établit victorieusement, contre l'abbé Gaume, que les grands hommes dont s'honore l'Eglise s'étaient formés dans le commerce des auteurs païens. Que faisaient à Athènes Grégoire de Nazianze et Basile? Ils étudiaient Homère, Hésiode, Démosthène, Hérodote, Thucydide, Platon etLysias. Voici ce que dit de ces païens saint Basile, dans son livre sur
VERA
la lecture des auteurs profanes : « Nous devons nous rappeler que la plus grande des luttes nous est proposée, et, pour nous y préparer, n'épargnons ni peine ni travaux. Mettons-nous en rapport avec les poètes, les historiens, les rhéteurs et tous les hommes qui peuvent nous être utiles, » Ecoutez saint Grégoire : « Tout homme sensé conviendra, je pense, que la science est le premier des biens que nous pouvons posséder; je parle de cette science d'origine étrangère, dont le commua des chrétiens fait peu de cas dans son ignorance. Il la croit pleine de pièges et de dangers et s'imagine qu'elle éloigna de Dieu. Mais, quoil nous savons que le feu, les aliments et les métaux ne sont en euxmêmes ni bons ni mauvais, que tout dépend de l'usage qu'on en fait. C'est de la même fa? çon que nous accepterons de la science profane ce qui sert à la recherche et à la contemplation de la vérité, tout en repoussant la pompe de Satan et ce qui conduit à l'erreur et à la perdition. Il ne faut donc pas mépriser cette science, comme le voudraient quelques-uns, gens à courte vue et sans aucune culture, qui désirent que tout le monde leur ressemble, pour mieux se cacher dans la foule et échapper ainsi au reproche d'ignorance... » M. Gaume dut trouver saint Grégoire bien sévère. On trouverait aisément d'autres témoignages non moins importants dans saint Grégoire de Nysse, saint Augustin et saint Jérôme.
Cette croisade entreprise contre le bon sens finit moins bruyamment qu'elle n'avait commencé. L'abbé Gaume ne put entonner un chant de victoire et rentra sous sa tente, d'où il ne sortit plus. L'Univers poussa encore quelques sourds grognements; mais que deviendrions-nous si nous étions privés des boutades de Y Univers? La cause, portée au tribunal du bon sens public, fut jugée, et jugée sans appel, en faveur du paganisme. Le paganisme littéraire continuera d'être la source vive où les jeunes intelligences viendront puiser le goût, l'éloquence, la poésie et, plus encore, l'amour de la liberté. On ne privera pas nos enfants de la lecture de Démosthène, de Juvénal et dô Lucien pour leur faire traduire le mauvais latin de saint Augustin ou de saint Thomas.
VERA, ancienne ville de Médie.V. Phraata.
VERA, ville d'Espagne, province et il 60 kilom. N.-E. d'Almeria, chef-lieu de la juridiction de son nom, près de la Slé iiterranèe, où elle a un petit port de commerce; 10,000 hab. Corderies, poteries ; fabrication de salpêtre ; important commerce de blé ; pêche active. Aux environs, mines de fer, plomb et ocre. On croit que Vera est bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Barfa.
VERA (don Pedro rus), capitaine espagnol, conquérant des Canaries, né k Jerez-de-la- Foiuera vers 1440, mort vers 1500. D'abord alcade de Ximena, il prit part aux querelles féodales de l'Andalousie, puis fut nommé par Ferdinand et Isabelle gouverneur et capitaine général de la grande Canarie. Il acheva la conquête de toutes les Canaries (1480-1485), ■ organisa' le pays, déporta une partie des Guanches et" les remplaça par des colons venus d'Europe. Vera montra de grands talents comme capitaine et comme administrateur ; mais il se rendit tellement odieux par ses rigueurs, qu'il fut rappelé par le gouvernement espagnol; toutefois, il figura dans la guerre contre Grenade et fut récompensé de ses talents militaires par de hautes distinctions.
VEBA (Ceverio de), prêtre espagnol, petitfils du précédent, mort en 1606. Il servit longtemps dans l'année espagnole en Amérique, embrassa l'élut ecclésiastique k l'âge de quarante ans, revint en Europe, alla k Rome et de là se rendit en Palestine, d'où il revint à Lisbonne. On a de lui : Voyage de la terre sainte (Madrid, 1597, in-8°) et Dialogue Contre les pièces de théâtre usitées en Espagne (1605).
VERA (Auguste), philosophe italien, né h Ainelia(Ombrie) le 4 mai 1817. Son père, avocat distingué et d'opinions avancées, avait été commissaire sous la République. Lorsqu'il eut fait ses études dans divers collèges, il alla étudier le droit à Rome, où il se lia avec l'archéologue Foyati, qui lui donna te goût de l'archéologie et l'engagea k se rendre à Paris. M. Vera suivit ce conseil. Il so rendit en Fiance, où il connut Hallanche, puis alla professer à l'institut Hofwyl, près de Berne, au collège de Champel, à Genève. De retour à Paris, il fut présenté k Cousin, qui le rit nommer professeur de philosophie ù Mont-de-Marsan. De là, il passa successivement aux collèges de Toulon, de Lille, au collège Charlemagne, où il suppléa M. Franck, aux collèges de Rouen et de Strasbourg. Dans l'intervalle, ii s'était fait recevoir bachelier, licencié es lettres , agrégé de philosophie (1844), et, l'année suivante, il prit le grade de docteur. A la même époque, il se lia avec MM. Thiers, Victor Leclerc, Vaeherot, Ozanain, Jules Simon et collabora à YEcho du Nord, h la Revue de Lyon, puis à la Liberté de penser et au Dictionnaire des sciences philosophiques. Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, M. Vera quitta la France et alla chercher en Angleterre la liberté de penser, d'écrire et d'euseigner; il y fit des cours privés et des cours publics qui eurent un vif
VERi
succès, collabora à YAthensum et écrivit plusieurs ouvrages remarquables. Vers 18(30, M. Vera retourna en Italie à l'appel de Mamiani, y professa la philosophie à l'Académie de Milan et alla occuper en 1862 une chaire à l'université de Naples, où il s'est acquis par son enseignement une grande popularité. Coi ii me philosophe, M. Vera appartient k l'école de Hegel, dont il a traduit plusieurs ouvrages et dont il s'est attaché k répandre les idées en écartant les parties nuageuses, les subtilités et les hypothèses trop téméraires du célèbre philosophe. Ecrivain habile, joignant à l'éclat italien et k la gravité allemande la clarté française, M. Vera joint à une vaste érudition un esprit trèsouvert à toutes les manifestations de la pensée. Nous citerons de lui : Problèmes de la certitude (Paris, 1845, in-8°); Plalonis, Aristotelis et Hegelii de medio termina doctrina (1845, in-go), ses deux thèses de doctorat; Introduction à la philosophie de Hegel (Paris, 1855 , in-8o) ; higuiry înto spéculative and expérimental science (Londres, 1856); la Logique de Hegel (Paris, 1859, 2 vol. in-8o), traduite en français, avec un commentaire; VHégélianisme et la philosophie (Naples, 1801, in-8°); Mélanges philosophiques (Paris, 1862, in-8°); Essais de,philosophie hégélienne (Paris, 1864, in-12), comprenant la Peine de mort, Amour et philosophie, Introduction à la philosophie de l'histoire; Philosophie- de la nature (1883-1865, 3 vol. iii-8°), traduit de-Hegel en français, avec commentaire ; Philosophie de l'esprit (1867 et suiv.), traduit de Hegel; Leçons sur ta philosophie de l'histoire (Florence)" recueillies et publiées en italien par M. Mariano; Philosophie de la religion, de Hegel (Paris, 1870, iu-S°), traduit en français, avec un commentaire, etc. On lui doit, en outre, des articles dans le Parlameuto, ï'Emporio italiano, le Giornale délie arti e délie industrie, etc.
VERA Y F1GUEROA Y ZUNIGA (don Juan- Antonio de), comte dk La Rocca, historien et diplomate espagnol, né dans la Catalogne en 1588, mort en 1058. Successivement gentilhomme de la maison de Philippe IV, membre du conseil suprême de la guerre et de celui des nnances. ambassadeur extraordinaire auprès de différentes cours d'Italie, il consacra ses loisirs kla culture des lettres et publia, entre autres ouvrages : V Ambassadeur (Séville, 1620, in-4°J, traduit en français par Laneelot, sous ce titre: WParfaii ambassadeur (Paris, 1635, in-4«); Vie de sainte lsubellt de Portugal (Home, 1625, in-8<>); El Fernundo ou Séoitle restaurée, poème héroïque, écrit dans le mètre de la Jérusalem délivrée du Tasse (Milan, 1632, in-4<>); Abrégé de la vie et des faits de l'empereur Chartes- Quint (Milan, 1645, souvent réédité), traduit en français par Duperron Le Hayer (Paris, 1662, in-40); Don Pedro défendu {Madrid. 1648, 111-40); Vie de Notre-Dame la sainte Vierge (Saragosse, 1652, iu-8°).
VE11AC, village et commune de France (Gironde), cant. de Fronsac, arrond, et à il kilom. N.-0; d9 Libourne ; 600 hab. Ruines d'un vieux château et restes d'une ancienne église au lieu dit de La Mongie. Au château du Pommier, restes de fondations romaines et découverte de médailles d'Antoiiin.
VEUAC (Charles-Olivier de Saint-Georges, marquis Bu), général et diplomate français, né à Vérac (Vienne) en 1743, mort en 1823. Il lisses pi-fniièies armes en 1761, pendant la guerre de Sept ans, comme aide de camp du duc d'Havre, dont il était devenu le gendre à l'âge de seize ans. Promu colonel (1767), puis mestre de camp (1770), il passa peu après dans la diplomatie el devint ministre plénipotentiaire successivement aux cours de Darmstadt (1772), de Copenhague (1774), de Saint-Pétersbourg (1779) et de La Haye (1784). L'indépendance dont il fit preuve, eu se déclarant, malgré les instructions de sou gouvernement, contre l'agrandissement de la maison d'Orange, amena son rappel en 1785. Il demeura quatre ans dans l'inaction et, en 1789, fut appelé k l'ambassade de Suisse. Il donna sa démission eu 1791 et résida à l'étranger jusqu'en 1801, époque à laquelle il l'entra en France. Il ne voulut accepter de Napoléon aucune fonction publique et, après la rentrés des Bourbons, fut élevé au grade de lieutenant général. — L'un de ses fils, Armand-Max imilien-Frunçois-Joseph-Olivier de Saint- Georges, marquis de Verac, né à Paris en 1768, mort en 1858, servit quelque temps dans l'armée des princes et rentra en France, d'où Napoléon 1 exila, huit ans plus tard, en Belgique. La Restauration le lit pair de France et gouverneur du château do Versailles. Il siégea à la Chambre des pairs jusqu'à la révolution de 1848.,
VÉRACITÉ s. f. (vé-ra-si-té — lat. veracitas; de verax , véridique). Attachement constant à la vérité, habitude de' dire vrai : Les institutions de l'Egypte imposaient aux éloges une véracité <i laquelle l'oraisou funèbre a dérogé plus d'une fois. (Villem.)
— Qualité de ce qui est vrai, conforme k la vérité ; La VÉRACITÉ d'un témoignage.
— Théol. Attribut en vertu duquel Dieu ne peut ni se tromper ni tromper.
— Syn. V«rncit<S, fl-nucUieo. V. FRANCHISE.
VEIIA-CIUJZ, ville du Mexique, eupitale de l'Etat de sou nom, par 19" 12' de latit. N. et
XV
VERA
96<> 9' de longit. O-, sur le golfe du Mexique et sur un chemin de fer qui la relie a Puebla, à 372 kilom. E. de Mexico ; 37.000 hab. (d'après Lavallée),dont un grand nombre do mulâtres, de métis et de zambos. Kveehé catholique. Cette ville est située sur une terre basse et sablonneuse , entourée de hautes dunes de Sablo qui menacent de l'envahir un jour et qui empêchent la circulation de l'air du côté de la terre. Les chaleurs y sont excessives de mai en septembre, et si, durant les autres mois de l'année, l'air est rafraîchi par les vents du nord, particuliers à cette contrée, ils sont quelquefois si violents, qu'ils mettent en danger les navires à l'ancre et enveloppent la ville d'une atmosphère de sable qui aveugle dans les rues et est très-incommode même dans les maisons. Le seul courant d'eau est un ruisseau bourbeux, appelé Tenoya, qui coule au S.-E, de la ville, à deux cents pas des murailles. Vera-Cruz est bien bâtie ; les rues sont larges, droites, propres et parfaitement entretenues. On remarque la place d'Armes, le marché, le palais du gouvernement, la caserne, la douane, l'hôpital de Loreto, les églises, les couvents, la gare du chemin de fer et quelques belles maisons La ville est entourée d'une muraille très-faible garnie de bastions; ceux de ia Conception l et-de Santiago, situés aux deux extrémités 1 N.-E. et S,-E. de la ville, sont les plus remar- ! quables. Les alentours sont tristes, dépouillés de tout ombrage et de toute végétation ; on n'aperçoit que des sables, on croirait à une ville dans un désert de l'Afrique. Le port de Vera-Cruz n'est qu'une rade foraine, trèspeu sûre lors des coups de vent du nord; les navires n'ont pour abri qu'un Ilot à fleur d'eau, où se trouve construit le fort ou citadelle de Saint-Jean-d'Uttoa, qui domine la ville, protège le port et est la première place de guerre «lu Mexique. Sur cet îlot se trouve également un phare à feu tournant, varié par des éclats de seconde en seconde. Les approches sont hérissées de nombreux écueils et l'on ne peut guère entrer sans pilote. Les bâtiments de guerre étrangers trouvent un bon mouillUge à l'Ile de Sacrilicios, à environ 2 milles et demi du port de Vera-Cruz, dont l'entrée leur est interdite. Le beau pic d'Orizava, constamment couvert de neige, et qui s'aperçoit à 160 kilom. en mer, sert de point de repère aux navigateurs. Comme sur toutes les côtes de l'Amérique baignées par l'océan Atlantique , le climat est malsain, principalement pour les étrangers non acclimatés, et l'on peut dire que les fièvres ont emporté à Vera-Cruz plus d'habitants que n'en ont fait périr plusieurs guerres et familles désastreuses. L'excessive chaleur, les hautes dunes qui entourent la ville et interceptent la circulation de l'air, les marécages existant dans les environs, les myriades de moustiques sont des obstacles continuels à la salubrité et une cause perpétuelle d'incommodité pour les habitants. Cependant les effets de cette position désavantageuse n'occasionnent pas une mortalité notable chez les indigènes ni parmi les étrangers acclimatés, qui n'ont plus à craindre la lièvre jaune, dont les ravages sont continuels.
Avant l'indépendance, Vera-Cruz occupait le premier rang dans le commerce du Mexique et était un des marchés les plus importants de l'Amérique. C'était alors le seul port ouvert dans le golfe à l'intercourse étrangère et un entrepôt où les. spéculateurs trouvaient d'immenses profits à acheter, k leur débarquement, des marchandises de toutes sortes, qu'ils introduisaient dans l'intérieur et vendaient avec de grands bénéfices. Bien qu'aujourd'hui ce port soit encore considéré comme le premier de la république, il est bien déchu sous le rapport commercial et n'est plus qu'une simple échelle où l'on dépose les riches chargements destinés à l'intérieur et principalement k Mexico, L'Angleterre, la France et l'Allemagne se partagent surtout lu fourniture des tissus et autres objets manufacturés; les Etats-Unis y contribuent aussi pour certains articles, comme les métaux. L'Angleterre envoie aussi beaucoup de produits à Vera-Cruz par l'intermédiaire des Antilles, et parfois une partie même de son commerce avec le littoral du Pacifique, jusque dans l'Amérique du Sud, a transité par le même port.
Vers la tin du xvi® siècle, le vice-roi Monterey jeta les fondements de Vera-Cruz k l'endroit même où Cortez aborda le 12 avril 1519. Elle reçut, eu 1615, de Philippe III le titre et les privilèges de ville. En 1823, les Mexicains, qui avaient proclamé leur indépendance, enlevèrent Vera-Cruz aux Espagnols ; mais ceux-ci, sous les ordres du général Coppinger, restèrent maîtres du fort de Saint- Jean- d'Ulloa, annoncèrent l'intention de se défendre jusqu'à la dernière extrémité et répondirent aux attaques des assiégés en bombardant la ville. Les Mexicains bloquèrent le fort, qu'ils ne pouvaient prendre de vive force. Abandonné à lui-même et à ses propres forces, composées d'une garnison peu nombreuse, fatiguée et décimée par la lutte, le général Coppinger se décida enfin k recevoir des commissaires mexicains dans le fort pour y traiter des conditions de la capitulation, qui fut conclue dans les termes les plus favorables. 11 fut stipulé que la garnison sortirait du fort de Saint-Jean-d'Ulloa avec tous les honneurs de la guerre et qu'elle serait transportée k la Havane. Avec le fort Saint-
VERÀ
Jean-d'.Ulloa fut perdu le seul point oui restât aux'Espugnols sur le territoire de la viceroyauté du Mexique.
De nombreuses exactions commises au Mexique au préjudice de nos nationaux contraignirent, en 1837, le gouvernement franr çais à élever des réclamations qui n'aboutirent à aucun résultat; le ministère français se décida alors à appuyer ses prétentions par la force. Une flotte partit aussitôt de Brest et alla croiser devant les ports du Mexique, afin d'appuyer les négociations du baron d'Effaudis, chargé de signifier au cabinet mexicain l'ultimatum de la France. Cet ultimatum ayant été repoussé (14 avril), l'escadre française, commandée par le capitaine Bazoche, se rallia devant Vera-Cruz, dans l'intention de bombarder cette ville et de tenter la prise du fort de Saint-Jean-d'Ulloa. L'énergie de la défense de ce fort, confiée au général mexicain Rincan , obligea les assiégeants à convertir le siège en olocus. Ce blocus durait depuis plusieurs mois, quand le gouvernement français donna au contreamiral Bauclin l'ordre exprès de s'emparer de vive force du fort après une dernière sommation. Le 27 novembre 1838, l'attaque commença; elle fut si vive et si habile, que, épuisée par quatre heures de combat, voyant d ailleurs s'écrouler autour d'elle murs et bastions, la garnison cessa le feu et arbora le drapeau parlementaire. Le même jour, le général mexicain Rincan signa une capitulation aux termes de laquelle il livra immédiatement la forteresse k l'amiral Buudin, avec tout son matériel de guêtre et d'approvisionnements. Le gouvernement mexicain, forcé de plier, signa avec les agents de la France un traité de paix k Vera-Cruz le 9 murs 1839. Lors de la guerre qui éclata en 1847 entre le Mexique et les Etats-Unis, au sujet de l'annexion du Texas par cette dernière puissance, le général américain Scott reçut l'ordre de s'emparer -de Vera-Cruz et de ia citadelle de Saint-Jean-d'Ulioa. Le 9 mars, les Américains débarquaient k Vera-Cruz et coupaient toutes les communications extérieures, ainsi que les aqueducs chargés do fournir l'eau k la consommation des habitants; le 18 mars, la tranchée était ouverte et, le 26, le général mexicain Landero demandait à capituler. Les 4,000 défenseurs sortirent de la ville et évacuèrent le fort de Saint-Jean-d'Ulloa, dont les Américains prirent immédiatement possession. Enfin , les Fiançais occupèrent Vera-Cruz pendant l'expédition du Mexique, de 1862 à janvier 1867. Cette ville fut une des dernières qui restèrent au pouvoir de Maximilien avant qu'il se retirât k Queretaro, où il fut fusillé.
VERA-CRUZ (Etat de), Etat de la république mexicaine, entre ceux de Mexico et de Pueblaàl'O., d'Oaxaca au S., de Chiapas, de Tabascoet le golfe du Mexique à l'E., ceux de Tamaulipas et de San-Luisau N.; G6.754 kilom. carrés; 338,859 hab. Cette population n'est pas également répartie sur tout le pays; les districts d'Orizaba et de Jalapa, qui jouissent d'un climat doux et sain, sont relativement
f)lus peuplés que les districts moins hospitaiers de Vera-Cruz et d'Acayuccan. Le terrain, k l'exception des côtes, est très-montagneux, surtout dans le district d'Orizaba, coupé par la sierra Madré, qui y pénétre par l'Etat d'Oaxaca et se prolonge dans celui de Puebla. Cette Cordillère est remarquable par les deux pics élevés qu'on y rencontre et qui lui donnent un aspect imposant et majestueux. Le premier et le plus considérable, le volcan de Citlaltepelt ou mont de l'Etoile, est situé au N.-E. d'Orizaba. La forme en est conique, la cime couronnée d'une neige éternelle, et l'altitude, d'après de Humboldt, est de 5,295 mètres. Le second pic est le fameux Coffre-de-Perote, connu des anciens Mexicains sous le nom de Nauchampatepelt ou montagne carrée. La cime de ce pic figure un coffre immense. Son élévation est de 4,088 mètres au-dessus du niveau de la mer. Quoique le climat de cet Etat soit en général trèschaud, la température présente sur certains points d'assez grandes variations, comme dans les districts d'Orizaba, de Cordotie (t'ordoba) et de Jalapa, dont le fertile sol offre toutes les productions des climats chaud, tempéré et froid. Dans les autres districts, notamment le long des côtes, la chaleur est parfois excessive, et elle y occasionne différentes maladies, dont la plus grave est ce redoutable vomito prieto, que nous appelpns la fièvre jaune. En hiver, néanmoins, 'les vents du nord y rafraîchissent d'une manière très-sensible la température, et cette saison est la meilleure de l'année. Quantaux productions naturelles de l'Etat de Vera-Cruz, elles sont très-variées, mais peu exploitées, faute de capitaux et de sécurité. Uugraud nombre de tnines ont été tout k fait abandonnées, entre autres celles de Dolores, de Suint-Pierreet-Saiut-Paul, du Carmen, de la Marîeuema, du Dorado, de Chorrea-dura-Verde, des Animas, de Saragosse , de San-Autonio-el-Ato, de l'Arenal, etc. Néanmoins, au N. de Jalapa et-k 30 kilom. du Coffre-de-Perote, on trouve quelques mines qui continuent d'être exploitées ; ce sont celles de Talatila, de Zoinelahnacan et de Tenepanoya. Le minerai qu'on y trouve est un mélange de plomb et de euivre, de cuivre et de fer, ou du cuivre seul. Les rivages du golfe sont sablonneux et stériles, notamment dans le district de
VERA
Vera-Cruz; mais le reste. de l'Eiat est fertile. Dans les épaisses forêts de Papantla, d'Acayuccan et de Plan-del-Rio, la végétation des tropiques déploie tout le luxe de ses riches produits. Les palmiers et les bananiers y protègent de leur ombre les pauvres cabanes des Indiens. 4,000 pieds plus haut, dans les environs de Jalapa et de Cordoue, le climat est plus tempéré, le ciel fréquemment parcouru par des nuages, l'air imprégné de pius d'humidité et chargé de parfums. Les orangers et les citronniers, la canne k sucre, le caféier y donnent d'abondantes récoltes; le bananier s'y rencontre toujours/ mais le froment ne s'y monstre pas encore. Des forêts de chênes, de storax, de mélastomes et de cèdres couvrent le flanc des montagnes, et les maladies des côtes n'atteignent point jusqu'à ces heureuses régions. Quelques lieues plus loin, k 1,500 pieds plus haut, toutes les plantes tropicales disparaissent; les pins commencent a se mêler parmi les chênes. Après une demi-journée de chemin, 2,000 pieds plus haut, on approche du grand plateau mexicain, au climat froid et rigoureux, où le froment, le maïs et le mnguey sont seuls cultivés avec espoir de riches moissons. La côte de Vera-Cruz a, par suite de ses nombreux replis, plus de 160 lîeues espagnoles d'étendue. Les ports de Vera-Cruz, Boca-del-Rio, Antigua, Juan-Angel, Tuxpan, Chuchalacas, Tampico et Guasacualco sont plus cfu moins barrés par des bas-fonds. Les rivières, les fleuves et les lacs ou lagunes sont nombreux dans l'Etat de Vera-Cruz. Les rivières sont constantes, comme disent les habitants du pays, ou seulement entretenues parles pluies; ce sont ces dernières que l'on rencontre en plus grand nombre. Elles n'ont d'eau que lorsqu'il pleut, et ce sont alors des torrents impétueux que les ravins ont peine k contenir; mais k peine les pluies ont-elles cessé, que les lits sont de nouveau ksec. Parmi les rivières constantes, il en est quelques-unes qui se perdent dans de profonds abîmes on dans les sables du rivage. On trouve de ces abîmes dans les environs des villages de Mixtla et de Tehuacan, non loin d'Orizaba. Des rivières qui arrivent jusqu'à la mer et se jettent dans le golfe du Mexique, les plus importantes sont : le Tonto, le rio Blanco, le Cezetillo, le San-Juan-de-Dios, le Palatlac, le Tequesolapa, le Chieoraapa, te San-Antonio, le rio Seco, le Chiquihuite, l'Alejo, le Mitlac, le Zapote, le rio de Araatos, le Jamapa ou Medellin, le rio de la Antigua, les rivières de Nautla, de Tecolutla et de Cazones, le rio de Tuxpan, le Panuco, les rivières de San-Juan, de los Tuxtlas, de Tezechoacan, du Zapotal, de Paso-de-la-Cor- ( rienti, le rio Aquivilco, etc. Les lagunes les plus importantes sont celles de Taimahua, de Tampico, de Mandingo, d'Avarado, etc. L'Etat de Vera-Cruz est divisé en 7 districts et 16 partidos ou cantons, et on y compte 4 villes, 11 bourgs, 186 villages et 126 hameaux.
VERAflRES, en latin Veragri, peuple de la' Gaule romaine, dans la province des Alpes Grées et Femiines, au S. des Nantuatea; leur capitale était Octodurus, et leur territoire forme de nos jours la partie centrale du canton suisse du Valais. « César place les Veragres entre les Nantuates et les Seduniens. Dion Cassius, en disant que les Veragri s'étendent depuis les Allobroges et le lac Léman jusqu'aux Alpes, n'a point pris ses renseignements dans César, qui, au commencement du troisième livre des Commentaires, décrit l'expédition de Sergius Galba, son lieutenant, dont il est question dans cet eudroit de Dion. Ainsi, ce qu'on Ht dans cet historien ne saurait nuire k ce que l'on connaît d'ailleurs, que les Nantuates séparent les Veragri des Allobroges. L'inscription du trophée des Alpes nomme les Veragri entre les Seduni ou le territoire de Sion et les Salassi, qui habitaient la vallée d'Aoste, ce qui est trcs-convenable. Pline les désigne par l'ethnique de leur capitale, en les appelant Octodurenses. » (D'Anville, Notice de l'ancienne Gaule.) '
VERAGUA, ancien département de la ci- : devant république américaine de Colombie, borné au N. par la mer des Antilles, a l'E. par la province de l'Isthme, au S. par le Pacifique et à l'O. par le Guatemala; ch.-l., Santiago-de-Veragua. Le département de Veragua est un de ceux de l'ancienne Colombie qui ont formé la république de la Nouvelle-Grenade; on l'a divisé en deux provinces, Panama et Veragua.
VERAGUA (province db), division administrative de la Nouvelle-Urenade, Elle est bornée au N. par la mer des Antilles, à l'E. par l'Etat et le golfe de Panama, au S. par l'océan Pacifique et à l'O. par la république de Guatemala. Elle mesure 260 kilom. de 1 E. à l'O. sur 130 kilom. de largeur moyenne. Son territoire est couvert de montagnes élevées et boisées, entre lesquelles s étendent des vallées fertiles; on y trouve d'excellents pâturages, des mines d'or et d'argent; 45,000 hab. Ch.-l., Santiago-de-Veragua (v. Santiago). Le nom de cette province lui vient de la couleur verte [verdes aguas) que l'on remarque dans l'une de ses rivières.
VERA 1KCESSU PATU1T DEA (Sa démarche réoèle une déesse), Première partie d'un
VERA
vers de Virgile (Enéide, 1. I«, y. 405). Vénus vient d'apparaître a son fils Enée; « elle détourne la tête, et son cou brille de l'incarnat des roses; ses cheveux exhalent l'odeur céleste de l'ambroisie; sa robe en plis mouvants ondoie jusqu'à ses pieds, sa démarche révèle une déesse. »
Fénelon compare la poésie à ces divinités fabuleuses qui semblent glisser dans l'air plutôt que marcher sur la terre. Saint-Simon dit de lu duchesse de Bourgogne : « Elle avait la démarche d'une déesse sur la nue, »
« Voltaire paraissait ignorer qu'il y a beaucoup de grâce duns la force, et que ce qu'il y a de plus sublime dans l'esprit humain est peut-être aussi ce qu'il y a de plus naïf; car l'imagination sait révéler sa céleste origine sans recourir à des artifices étrangers. Elle n'a qu'à marcher pour se montrer déesse : Et vera incessu patuit dea. »
Victor Hugo.
J'ai appris à danser en même temps qu'elle, et je me rappelle toutes les gaucheries, toutes les maladresses qu'il lui a fallu perdre avant d'acquérir cette démarche noble et aisée qui lui donne aujourd'hui cet air imposant de déesse : Vera incessu patuit dea. »
A. Karr.
■ Voyez à la ville M'te Rachel, ou milieu de jeunes femmes, même distinguées; elle, s'en détache par la noblesse et la dignité naturelle de ses allures : Incessu patuit dea. 1