‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 658 sur 1042 · C. D'HiULEVlLLE · texte numérisé non relu

C. D'HiULEVlLLE

Combien de fois, plein du démon des vers, Dés le malin m'échappant de la ville, J'ullai rêver sous vos ombrages verts!

Campehon.

Il Dieu des vers, Apollon ; Dieu des vers et du jour, Phébus, inspire-moi.

La Fontaine.

— Enoycl. Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire des diverses nations, les premiers monuments que l'on trouve de leurs langues et de leurs littératures montrent des assemblages de mots mesurés et cadences de façon k furmer des tiers, tiers d'abord très-grossiers et bsirbaies, mais ensuite façonnés et polis par le talent des puStes et le génie méxne de la langue. Partout le vers precèue la prose, et souvent il subsiste seul pendant plusieurs sieclus. C'est que le tiers fut d'à boni un moyen mnémonique et qu'il servit, antérieurement à l'invention de l'écriture, k fixer profondément dans l'esprit soit des récits, suif des préceptes. Le chaut et la musique paraissent tout aussi anciens. L'humanité, en effet, dans ses siècles d'enfance et de jeunesse, éprouve le besoin d'exprimer des impressions, des sentiments et se satisfait k l'aide de phrases cadencées, mesurées, unies aux sons d'un in-

VERS

strumentde musique qui*en accompagne l'harmonie. C'est par une récitation rhythmée que les poètes primitifs, chez tous les peuples, ont captivé l'oreille des auditeurs pour lesquels ils faisaient leurs compositions. Souvent ils se bornaient k improviser; souvent aussi leurs chants, longuement élaborés à l'avance, ne périssaient pas avec l'instant de la récitation. Le poëte reproduisait vingt fois un sujet favori, ou devant des auditeurs divers, ou devant le même auditoire, qui le redemandait. Ce chant était bientôt dans toutes les mémoires, et rien' n'empêchait qu'il ne se* conservât, sans être écrit, pendant des siècles, et qu'il ne se transmit, plus ou moins intact, jusqu'à la postérité. La collection des chants enfantés par le génie des poëtes primitifs a été ainsi comme un trésor, grossissant de génération en génération.

La forme des vers devint si nationale chez certains peuples, chez les Grecs par exemple, que, durant les périodes les plus florissantes de leur poésie, ils n'écrivaient en prose que ce qui n'eût pas souffert aisément les lois du rhythme et de la prosodie. Les oracles s'exprimaient en vers; les législateurs essayaient de la forme poétique pour leurs constitutions' et leurs codes. Les secrets des arts et de la science, les préceptes moraux et surtout les traditions de la gloire nationale se conservaient dans la forme du vers. Cette forme était, pour ainsi dire, sacrée. Chez d'autres nations, le vers est loin d'atteindre k une pareille destinée. Partout cependant il a eu pendant des siècles une importance capitale.

Dans l'histoire littéraire des peuples modernes, le vers a gardé, sous la main des vrais poètes, sa beauté, sa grandeur ou sa grâce; mais aussi trop souvent il n'a été qu'un instrument de vaine rhétorique, et en conséquence un instrument faux. Des versificateurs français, au x,ve siècle et au xvie siècle, ne l'employèrent qu'à des tours de force poétiques, à des équilibres de rimes, dont la puérilité déliassait la difficulté. Les acrostiches, les vers brisés, couronnés,* enchaînés, rapportés, rétrogrades, etc., firent les délices de ces esprits futiles. On n'y revint pas après Boileau; niais les versificateurs formés k l'école de ce régent poétique réduisirent la poésie k n'être plus qu'un agencement fixe de syllabes cadencées, et remplacèrent la passion, l'enthousiasme par la césure et la rime,, par l'emploi méthodique des tropes. On vit alors s'élever une querelle littéraire qui, mêlée à la querelle des anciens et des modernes, ne lit pas autant de bruit que le sujet en comportait, mais qui cependant a laissé sa trace. Des hommes d'esprit, amis du paradoxe et de la nouveauté, attaquèrent la forme du tiers. A leur tête se trouvaient Kontenelle e.t Lamotte-Houdart. Ils demandaient que le poète cessât enfin d'être l'esclave de règles inutiles, absurdes et nuisibles. Pourquoi, disaient-ils, enchaîner la pensée dans des liens qui la gênent, lorsqu'elle peut s'exprimer librement en prose? N'est-ce pas une difficulté créée k plaisir, un jeu puéril ? La césure et la rime valent-elles qu'on leur sacrifie la netteté de l'expression, la fermeté de la langue? N'est-il pas temps de' quitter les molles périphrases et les inutiles remplissages? N'est-il pas temps d'en venir k la vérité? Pourquoi faire parler en vers sur la scène des personnages qui dans la réalité parlent en prose? Pourquoi toujours imposer aux modernes l'exemple des anciens? Voilk par quelles raisons des écrivains d'une intelligence incomestabie menaient au premier rang la poésie en prose et condamnaient, au nom de la logique, la langue logique de la poésie, le vers! C'est Lamotle qui engagea la lutte. 11 mit en prose les vers d'une scène de Alithridate, et parce que les débris des vers de Racine avaient pu, même en perdant leur rhythme et leur couleur, produire une prose ferme et vigoureuse, il crut prouver d'une manière invincible l'excellence de son système. Fénelon, que Lamotte avait mis souvent au rang des premiers poètes et dont il avait p'réseuté le l'élémaque comme un exemple victorieux de la poésie en prose, fut choisi comme juge dans la querelle particulière de la prose .et du vers, en même temps que dans la querelle des anciens et des modernes, Il répondit finement : « Ma conclusion est qu'on ne peut trop louer les modernes, qui l'ont de grands efforts pour surpasser les anciens. Une si noble émulation promet beaucoup; elle me paraîtrait dangereuse si elle allait jusqu'à mépriser et a cesser d'étudier ces grands originaux. »

Sans doute, Fonteuelle et Lamotte avaient tort; mais il faut convenir qu'ils pouvaient se croire dans leur droit en face de certaines œuvres prétendues poétiques et en face des préjugés du public. Parmi ces préjugés, le plus singulier était qu'une comédie en prose ne pouvait avoir du mérite. Quand Molière donna le Festiti de Pierre, il y avait déjà eu ciifq pièces sur le même sujet.en peu d'années; la sienne fut la seule qui ne réussit pas, malgré l'incontestable supériorité qu'elle avait sur les autres; elle tomba parce qu'elle n'était pas écrite en vers. Quand Thomas Corneille l'eut versifiée, après la mort de l'auteur, elle, fut accueillie avec applaudissements. h'Avare de Molière n'eut, dans les commencements, qu'un faible succès, parce qu'il était en prose. Laharpe dit à ce propos : « On a souvent demandé de nos jours s'il va-

VERS

lait mieux écrire les comédies en prose qu'en vers. Celui qui le premier a mis dans le dialogue en vers autant de naturel qu'il pourrait y en avoir en prose a résolu la question, puisque, sans rien ôter à la vérité, il a donné un plaisir de plus, et cet homrae-lk, c'est Molière. ■ '

— Vers chez les A ryas et les Indiens. Nul doute que les anciens Aryas, n'aient eu des chants populaires où la poésie se développait en intime union avec la mélodie vocale et l'accompagnement musical, car on trouve de ces chants chez toutes les races d'hommes et même chez celles qui sont placées au degré le plus bas de l'échelle sociale. Ce qu'il importerait de savoir, c'est si la poésie avait ■franchi chez eux les premiers débuts de l'art purement instinctif. A cet égard, nous n'avons que les indications trop rares et incomplètes qui sont restées dans les diverses lan Çues de la fumille , mais leur ensemble peut fournir encore des présomptions assez sûres.

L'existence d'un art poétique plus ou moins développé chez les anciens Aryas peut, en effet, s inférer de certaines locutions figurées pour ^caractériser l'œuvre du podte et dont l'accord dans les diverses langues aryennes serait difficilement explicable sans admettre une origine commune. Le travail de la composition y est comparé soit k l'art de tisser, soit a celui de façonner ou de charpenter, et cela plus d'une fois en faisant usage des mêmes racines. Ainsi, en premier lieu, on trouve dans les hymnes védiques la racine va ou vé, tisser, appliquée k la composition poétique. « Les femmes qui ont les dieux pour époux ont tissé un hymne k Indra lorsqu'il mit à mort le démon Ahi. « (Itig- Véda, I, vr, 1, 8.) ■ Tissez sans noeuds (c'est-à-dire sans défauts) l'œuvre des poètes. » (Rig-Véda, X, lui, 6). Or, cette racine se retrouve avec la même acception dans plusieurs autres langues de la famille indo-européenne. La racine taksh, fabriquer, s'emploie de même dans le liïg- Véda pour exprimer la composition poétique. C'est tout à fait l'expression latine texere carmina. Pictet y rapporte aussi l'irlandais teis, chant, chanson, et l'ancien allemand dihlân, allemand moderne dichten, composer poétiquement.

Un autre indice d'un art poétique assez avancé au temps de l'unité aryenne peut se tirer des analogies remarquables que Westphal a signalées entre la versification métrique des Indiens védiques, des Iraniens et des Grecs. Il résulte de ses recherches que l'identité des mètres des hymnes védiques avec . ceux de quelques portions de VAvesta est telle qu'elle implique nécessairement une origine commune. Ceci, toutefois, ne prouverait rien pour l'époque plus reculée encore de l'unité aryenne; mais la démonstration se complète par la comparaison de l'ancienne métrique grecque, dans les ïambes d'Archtloque, avec celle des Tiymnes védiques. De part et d'autre, en effet, on ne trouve exactement que trois séries d'ïambes, savoir : le dimètre et le trimètre catàlectique et acatalectique.

Ches les Indiens, les livres sacrés et ceux de leurs plus grands et de leurs plus anciens écrivains sont écrits dans cet idiome particulier qui est le patrimoine de la poésie. Leur versification repose à la fois sur le nombre des syllabes et sur la quantité, c'est-k-dire sur la distinction des longues et des brèves. Le principal tiers de leur prosodie blassique est le vers héroïque, qu'une ingénieuse légende attribue au chant plaintif de deux cygnes, d'où s'inspira, leur grand poëte Valmiki. Il participe k la fois'' de l'hexamètre grec et de l'alexandrin français. Comme le premier, dont il égale la mesure moyenne, car il est toujours de seize syllabes, il fait ressortir .soigneusement, aussi bien dans la prononciation que dans l'écriture, la distinction des voyelles longues et des voyelles brèves; il est soumis k la règle d'allongement pour les brèves suivies de deux consonnes, y compris l'aspiration finale. Toutefois, il ne pèse point les syllabes comme le vers grec ou latin ; il les mesure, et le nombre en est constamment le même, comme dans l'alexandrin français, auquel il ressemble également par sa coupure en deux hémisÙLhes. Quant au rôle des longues et des brèves, beaucoup moins obligatoire qu'en latin, il n'a guère de positif que la règle qui exige dans chaque vers une brève à la cinquième et k la treizième syllabe, une longue à la sixième et k la quatorzième. Mais cette apparente monotonie est relevée par l'allure libre et variée des autres pieÛs, par les rejets et les enjambements, par les combinaisons phonétiques et surtout par l'accent; dont les subtiles nuances échappent maintenant k notre oreille.

Un autre mètre très-usité chez les Indiens et le plus ancien de tous est le tiers sacré ou gâyatri, qui se compose de trois hémistiches de huit syllabes chacun. C'est le mètre employé dans les Védas; il est devenu pour les Indiens l'objet d'une telle vénération, qu'ils en ont. fait une divinité.

Un autre mètre que l'on trouve fréquemment dans te poète Kalidâsa, le mètre mandâcrartâ, e'est-à-dire k la marche lente, présente dix longues sur sept brèves; la cinquième, Ja sixième, la septième, la huitième, la neuvième, la douzième et la quinzième syllabe sont brèves; les autres sont Ion-

VERS

gués, sauf la dernière, qui peut être longue ou brève k volonté.

— Vers chez les Chinois. Les Chinois ont connu, dès la plus haute antiquité, des lois particulières pour le langage poétique. Les formes extérieures de leur poésie sont maintenant assez connues. Chaque vers chinois doit enfermer un sens complet, et les enjambements n'y sont jamais tolérés, de sorte que le mot qui signifie phrase signifie également vers. Du reste, les règles ont varié suivant les époques, et elles sont devenues par les progrès de l'art plus rigoureuses et plus compliquées. Les tiers chinois n'étaient d'abord que des lignes rimées et généralement égales en syllabes. Leur rhythme consistait uniquement dans le retour périodique de certains sons, qu'on reproduisait, en cas de besoin, par un moyen très-simple, la répétition des mêmes mots.

Les vers ont continué d'être soumis à la rime. Us ont même quelque chose de plus que la rime, à savoir le parallélisme, que nous trouverons aussi tout k l'heure dans la poésie des Hébreux. Le parallélisme est le rapport de symétrie qui s'observe entre les expressions et les idées d'un vers k l'autre, et quelquefois de la strophe qui précède k celle qui suit; ce qui est obscur ou incertain dans une pensée est souvent éclairci ou complété par la pensée qui vient après, et, comme les mots qui établissent ces rapports occupent toujours des places correspondantes dans le tiers, on lève ainsi des équivoques grammaticales qui pourraient causer un grand embarras. Dans les vers chinois comme chez les Hébreux, on peut compter trois sortes de combinaisons régulières d'expressions et de pensées : le parallélisme littéral, ou le rapport d'un mot à un autre dans l'ordre deVénonciation ; l'antithétique, ou l'opposition de termes et d'idées inverses, comme la montagne et la vallée, l'éclat du soleil et l'obscuritéde la nuit, et le synthétique, dans lequel les mots ou les lignes ne se répondent pas exactement pour le sens, mais ou l'on a soin de placer en regard les uns des autres les noms, las verbes, les membres de phrase, les noms de nombre, les particules négatives, interrogatives, etc. Chez les Chinois, il est vrai, toutes ces distinctions grammaticales sont inconnues , mais on imagina de classer tous les mots de la langue en mots pleins et en mots vides. On appela mots ploins tous ceux qui représentaient des objets solides ou du moins appréciables par les organes «de nos sens , la terre, l'eau, les nuages, le ciel lui-inèmo pris dans l'acception du firmament. Parmi les mots vides entrèrent d'abord tous les termes que nous appelons abstraits, puis les adverbes, les conjonctions, etc., enfin toutes les expressions qui se rapportaient à des choses immatérielles ; et, comme application de cette théorie, on est convenu que les quatrains appelés tsué-keou, qui sont les plus communs, devraient présenter une si exacto correspondance k chacun de leurs pieds, que .jamais un mot plein n'y fût en parallèle avec un mot vide.

Le quatrain tsué-keou fut la première forme prosodique régulière en usage chez les Chinois. Son1 nom, qui signifie littéralement tiers coupés, lui vient de la manière "brusque dont l'écrivain doit nécessairement entrer en matière, obligé qu'il est de renfermer en quatre tiers quatre parties essentielles dont voici l'énumération :

1<> Le /;t ou exorde,qui devait littéralement fendre le titre, c'est-k-dire l'ouvrir pour savoir ce qu'il contenait. Il fallait que le titre de la pièce y fût réfléchi comme dans un miroir, que ses principaux caractères s'y retrouvassent, qu'il y fût clairement paraphrasé.

2» Le tchun ou réponse, qui était en quelque sorte le développement.

30 L.e ichouen ou tournant, c'est-k-dire le passage du sujet k la conclusion.

40 La conclusion, qu'on appelle le nœud, ho, et qui doit toujours découler de l'exorde, directement ou indirectement.

Ce cadre de quatre vers était bien étroit, et on ne tarda point k composer sur une mesure prosodique plus étendue. Le nouveau cadre fut de nuit tiers, que l'on appela lu-chi, vers, assujettis k des règles fixes ; dès lors, chacune des quatre parties essentielles put se développer en un distique au lieu de se condenser en un seul tiers. Bientôt vinrent le paï-lu-chi, douze vers divisés en»trois strophes, puis des arrangements de dix vers où deux strophes régulières sont reliées .ou couronnées par un distique isolé. Tous ces tiers étaient soumis aux lois que nous avons indiquées plus haut, le nombre égal de syllabes, la rime et le parallélisme. Les poêles plus modernes se sont assujettis k un joug plus pesant lorsqu'ils ont introduit dans l'intérieur il u tiers le système prosodique qui, dans l'origine, ne s'a,.pliquait quaux finales. Le nombre des finales a été communément fixé ■ à cinq ou sept pour chaque vers; à l'origine, ils étaient plus communément de trois ou de quatre. La première et la troisième syllabe dans les vers de cinq, la première, la troisième et la cinquième dans les vers de sept sont restées libres; mais il a été convenu quo les syllabes paires reproduiraient, dans un ordre alternatif et inverSB de vers eu vers et de stance en stance, les deux principaux accents dont les mots chinois sont susceptibles,

VERS

le ton ping ou égal et le ton tse ou modulé. On se tire de cette nouvelle entrave aux dépens de ta grammaire, c'est-à-dire que le style poétique admet des ellipses, des redoublements de termes, des intercalations explétives- ou euphoniques et surtout des inversions et des tours qui ne seraient pus admis dans la prose, où la première loi est toujours d'être clair et intelligible.

— Vers chez les Hébreux. Dans les poëmes - hébreux, il est impossible de signaler une loi rixe qui en ait réglementé la versification ; la prononciation de l'idiome hébraïque, muet et sans voix depuis plus de vinst siècles, telle qu'elle a été fixée depuis 1 invention des points-voyelles et dès accents, ne représentant qu'imparfaitement l'ancienne prononciation usitée lorsque la langue était vivante, il est presque impossible de déterminer d'une manière prceise le nombre de syllabes dont chacun de ses mots est composé et encore plus de s'assurer de leur durée ou quantité; aussi la question de savoir si les anciens Hébreux avaient une poésie proprement dite, c'est-à-dire des vers d'une mesure ou d'un rhythme déterminé soit par le nombre des syllabes, soit par leur valeur prosodique et par la rime,a-t-elle été discutée par un grand nombre de savants et résolue affirmativement par les uns, négativement par les autres. Nous pouvons affirmer cependant qu'on découvre dans les poëmes hébreux un caractère général exclusivement réservé à la poésie de cette nation et qui la distingue de toutes les autres. Dans les chants et les imprécations des prophètes, ainsi que dans les magnifiques psaumes de David et les gémissements lamentables de Jérémie, l'inspiration éclate en accents qui, au premier abord , en font une langue supérieure à l'expression vulgaire par ses harmonies et sa réelle grandeur. La phrase a une conformation particulière; elle se divise toujours en un certain nombre de parties à peu près égales, et chacune de ces divisions peut être considérée comme formant un tiers entier. Ceux même qui refusent d'y reconnaître aucun rhythme y voient des vers courts et cadencés, composés de pieds musicaux et poétiques, susceptibles de s'allier facilement avec le son de la flûte et avec la danse, de manière que ce^ vers, chantés dans les danses, pouvaient être pris pour de véritables vers. Ils comparent ces périodes aux strophes à quatre vers que nous trouvons dans les odes d'Horace, où des pieds différents semblent mêlés et confondus.

La disposition poétique des phrases ne consiste pas seulement dans l'égalité des membres de chaque période, mais elle repose aussi dans une sorte de similitude ou de parallélisme qui existe entre eux et qui est aussi, comme nous l'avons vu plus haut, un des caractères distinctifs de la poésie chinoise ; ce parallélisme est de telle nature que le plus souvent, dans deux de ces membres, les objets répondent aux objets et les expressions aux expressions avec la plus exacte symétrie ; cette correspondance admet divers degrés et une grande variété ; elle est tantôt plus vigoureuse et plus marquée, tantôt plus libre et moins frappante. On peut la réduire aux trois espèces déjà indiquées pour la poésie chinoise : la première embrasse les parallèles synonymes lorsque, une pensée étant énoncée, elle est exprimée de nouveau eu d'autres termes ayant à peu près !a même signification ; ce sont les plus fréquemment employés; ils offrent une grande variété de formes et très-souvent on y remarque la disposition la plus soignée et ht plus élégante : Lorsqu'Israel sortit de l'Egypte Et de la maison de Jacob, du milieu d'un peuple barbare, Juda était le domaine du Seigneur, Et Israël son empire.

La seconde espèce comprend les parallèles antithétiques, qui consistent en ce "que la pensée est éelaireia par l'opposition d'un contraire, ce qui a lieu de plusieurs façons. On peut, en effet, opposer les phrases aux phrases, les mots aux mots, soit deux à deux, soit un a un :

Les blessures de l'ami sont fidèles ,

Mais les baisers d'un ennemi sont trompeurs.

L'âme rassasiée foulera aux piedB !e rayon de miel;

Mais, pour l'Ame pressée de la faim, l'aliment amer aura de la douceur.

Tel feint d'être riche, tandis que tout lui manque;

Tel autre d'être pauvre, pendant qu'il a de grandes richesses.

Je suis noire, mais cependant je suis belle, 6 ÛUea de Jérusalem,

(Noire) Comme les tentes de ceux de Cédar, (belle) comme les pavillons de Salomon.

Cette sorte de parallélisme convient principalement aux maximes et aux sentences.

La troisième espèce de parallèles, que l'on appelle généralement parallèles synthétiques, se reconnaît à ce que les membres de la phrase se correspondent mutuellement, par l'elfet de la seule forme de la période, sans aucune répétition dé la même idée et suns aucune opposition d'idées contraires :

La loi du Seigneur est parfaite ; elle convertit les âmes.

Le témoignage du Seigneur est véritable; il donne l'intelligence à l'ignorant.

Les préceptes du Seigneur sout droits ; ils portent la joie dans les cœurs.

VERS

La règle du Seigneur est pure ; elle éclaire les yeux.

La crainte du Seigneur est chaste; elle subsiste éternellement.

Les jugements du Seigneur sont la vérité môme; ils sont remplis d'équité;

Ils sont plus désirables que l'or, que des amas de l'or le plus pur,

Et plus doux que le miel et que les rayons liquides.

Lorsque tu traverseras les eaux, je serai a tes cotés.

Lorsque tu passeras les fleuves, ils ne te submergeront point.

Lorsque tu marcheras a travers les feux, tu ne seras point brûlé,

Et la flamme ne te consumera point.

Dans ces parallèles synthétiques, on remarque une grande variété de formes et un nombre presque infini de degrés de similitude, de telle sorte que souvent le parallélisme devient très-difficile à reconnaître et dépend plutôt d'un certain art, d'une certaine habileté à diviser les membres de la phrase, à les couper, a emprunter à l'un ce qui manque à l'autre, que du tour apparent de la période.

C'est dans ce parallélisme qu'a dû consister en grande partie la versification des Hébreux. • La concision de leur langue, dit Herder, fait presque toujours du parallélisme un ordre suprême. Ils ignoraient complètement les nombres oratoires de la période grecque ou latine; le souffle de leur âme n'exhalait qu'un petit nombre de mots qui se rapportaient les uns aux autres, et comme ils avaient naturellement peu d'inflexions, ces mots ne pouvaient manquer de se ressembler. La place qu'ils occupaient, leurs sons et l'uniformité du sentiment de l'ensemble les convertissaient naturellement en rhythmes. C'est ainsi que les deux hémistiches sont devenus parole et action, cœur et main, ou, comme disent les Hébreux, l'entrée et la sortie ; c'est ainsi que s'est achevé ce léger édifice des sons. »

Les poètes hébreux faisaient , en outré, usage d'une sorte de mécanisme particulier qui semble avoir été principalement inventé pour le soulagement de la mémoire. Avaientils à retracer des choses, à exprimer des pensées détachées et qui, par la nature et la disposition du sujet, n'avaient aucune liaison entre elles, ils avaient soin alors de suivre l'ordre de l'alphabet dans la lettre initiale de chaque verset ou strophe. Nous trouvons là d'une manière bien évidente et bien sensible des phrases marquées de certains signes déterminés et renfermées dans des limites fixes. Or, il est impossible de penser qu'un semblable procédé ait été observé à l'égard des différents membres d'un discours en prose, surtout si , comparant ces phrases entre elles, on fait attention qu'elles ont presque toujours une longueur symétrique et qu'elles sont circonscrites dans des espaces si réguliers, que souvent le nombre des mots et quelquefois même le nombre présumubla des syllabes de l'une est égal au nombre des mots ou des syllabes de l'autre. Ainsi donc , quoiqu'il soit impossible d'avoir recours au jugement de l'oreille, la simple vue suffit pour reconnaître que le soin le plus exact a été mis en usage pour en compasser l'étendue.

De plus, le choix de certaines formes grammaticales qui servent à allonger ou à raccourcir les mots, l'affectation d'employer des termes interdits à la prose, l'addition d'épithètes ou l'usage de périphrases, d'ellipses ou de pléonasmes, fait dans le* but évident de ramener l'expression de diverses idées, ou analogues ou opposées, à un même nombre de mots ou de syllabes, toutes ces licences, dont nous voyons sans cesse user les poètes hébreux, suggèrent nécessairement l'idée d'un langage assujetti à une certaine mesure et formé de parties qui sont entre elles dans des rapports déterminés. II n'est pas difficile de reconnaître souvent dans la poésie hébraïque une division par strophes, division marquée tantôt par des refrains, tantôt par le mot sêtah, tantôt par le changement des personnes qui parlent ou des chœurs. La rime même parait quelquefois avoir été recherchée par les poètes hébreux, et les diverses sortes de jeux de mots, si communs chez toutes les nations de l'Orient, font aussi partie des ornements de la poésie hébraïque.

Tout ceci, au surplus, peut être accordé sans qu'il en résulte l'existence d'une métrique proprement dite chez les anciens Hébreux; on peut affirmer qu'ils avaient des vers; mais, outre les conditions que nous venons d'indiquer, ces vers étaient-ils assujettis à une certaine mesure et à un certain rhythme? Nous avons dit plus haut comment il était possible de résoudre cette question d'une façon certaine. Cependant plusieurs savants répondent d'une manière affirmative et essayent de reconstruire la métrique et la prosodie des anciens Hébreux. Ils découvrent en hébreu des syllabes longues, des .syllabes brèves et des syllabes douteuses, tantôt longues et tantôt brèves; ils croient aussi voir dans les vers hébreux quatre pieds différents : le trochée, le spondée, le dactyle et le premier pœon , que nous retrouvons dans la métrique grecque. D'après eux, toutes les ancieunes poésies hébraïques, quelques différences qu'il y ait entre elles, soit relativement à la longueur des vers, soit à tout autre point de vue, n'auraient qu'un seul et même

VERS

rhythme, consistant dans la succession alternative des pieds précédemment indiqués.

Quant k la longueur des vers dans l'ancienne poésie hébraïque, c'est le sens et le parallélisme qui la déterminent, la fin d'un vers concourant toujours avec la fin d'une pensée. Par cette division toute naturelle, il arrive souvent qu'on obtient dans tout un morceau de poésie des vers d'une même longueur. Ce sont, communément, en admettant la division par pieds que nous venons d'indiquer, des vers de trois" ou de six pieds. Quelquefois, dans un même poëme, -la longueur des vers change, mais ce changement est presque toujours joint à un changement dans le sujet qui y est traité. Quelquefois, enfin, un même poème renferme des vers de toutes sortes de longueurs, et il n'y a alors de parité qu'entre les membres du discours qui sont liés entre eux par le parallélisme.

— Vers chez les Arabes. Pour se faire une idée juste de la versification arabe, il faut d'abord se rappeler : 1» que toutes les lettres arabes sont consonnes et ne représentent que des articulations; 2» que les voyelles sont représentées par des signes spéciaux, qu'on appelle motions, et qui se placent audessus ou au-dessous des lettres; 3° que, parmi les lettres, il y en a trois qui perdent souvent leur valeur de consonne et ne servent qu'à prolonger la voyelle qui les précède. Il faut encore ne pas perdre de vue qu'il n'y a point de syllabe en arabe qui ne soit formée d'une consonne articulée avec une voyelle ou, comme disent les Arabes, mue par une voyelle, et que, outre cette nature de syllabe que l'on peut appeler naturelle, il y a des syllabes artificielles dans lesquelles il entre deux consonnes, dont la première est mue par une voyelle et la seconde est dépourvue de voyelle et se nomme quiescente. Ba, bo, par exemple, sont des voyelles naturelles; bar, bor sont des voyelles artificielles. Quelquefois, mais seulement dans le cas de pause, et par conséquent en poésie à la tin des vers, la syllabe artificielle peut se terminer par deux lettres quiescentes, comme nasr, sabr, akt, etc.

La versification arabe consiste dans la rime et, en outre, dans une succession déterminée de syllabes naturelles et de syllabes artificielles. Ce dernier caractère la distingue essentiellement d'un genre particulier de prose qui, à tonte l'élévation du style poétique, ajoute la rime. "

Dans les poésies arabes, tantôt la rime, comme dans nos vers alexandrins, est binaire, c'est-à-dire qu'elle change de deux vers en deux vers; tantôt elle est continue, c'est-àdire qu'elle se prolonge dans toute l'étendue d'un poëme ; muis il faut remarquer que chaque vert est composé de deux parties ou hémistiches, et qu'à l'exception du premier vers, dont les deux hémistiches sont assujettis à la rime, cet ornement est réservé d ordinaire pour le second hémistiche. La rime aussi est plus ou moins riche, et, à cet égard, la poésie arabe se divise en plusieurs classes. La rime binaire est consacrée aux ouvrages d'une grande étendue et qui, le plus souvent, sont plutôt'de la prose cadencée et rimée que de la vraie poésie; la rime continue est exigée dans tous les autres poëmes, quel qu'en soit l'objet; cespoBniesse prolongent rarement au delà de deux cents ver*, et l'on doit sentir efiecti veinent que, quoique les formes étymologiques de la langue arabe soient très-favorables k la rime, il serait fiifficile de composer sur une même rime des poésies de longue haleine. Quant à la succession des syllabes naturelles et artificielles, on pourrait changer l'expression de cette règle en disant la succession des syllabes longues et brèves, car les syllabes naturelles sont toujours brèves et les syllabes artificielles toujours longues; mais ce serait transporter dans la métrique des Arabes des idées qui leur sont étrangères. Il est évident, toutefois, que ce sont les règles de la prosodie qui servent de fondement à cette métrique. Pour les grammairiens arabes, e'ejt le nombre des lettres mues et des lettres quiescentes et leur position respective qui déterminent un mètre quelconque. Un vers se divise en pieds, et chaque pied se résout lui-même en un certain nombre d'éléments prosodiques dont un seul est monosyllabique, les cinq autres sont polysyllabiques.

Khalil n'a admis que huit pieds primitifs, d'autres en ont compté dix. Les huit pieds primitifs se composent de trois, quatre ou cinq syllabes; chacun d'eux a une dénomination technique qui représente exactement sa valeur prosodique. Chacune des altérations nombreuses dont les pieds primitifs sont susceptibles a aussi une semblable dénomination technique et est désignée, en outre, par un mot emprunté du langage usuel et qui indique plus ou moins exactement l'espèce d'altération qu'a éprouvée le jiied primitif.

La combinaison de ces pieds donne naissauce à diverses espèces de vers ou mètres, que l'on divise également en mètres primitifs ou générateurs et en mètres secondaires ou du second ordre. Les mètres primitifs sont au nombre de seize. Ces types ou paradigmes sont comme des formules générales suus lesquelles viennent se ranger avec une facilité admirable les diverses formules spéciales que réunit une certaine analogie..

Outre cette répartition et cette classifica-

VERS

tion de tous les mètres usuels en seiïe mètres primitifs, les grammairiens arabes ont encore divisé les mètres primitifs eux-mêmes en cinq catégories, qu'ils ont appelées cercles, parce qu'ils ont employé la forme du cercle pour rendre sensible aux yeux la nature du rapport qui unit entre eux les divers mètres placés dans une même catégorie.

Chaque mètre secondaire, en même temps qu'il se rattache à un mètre primitif, a un caractère spécial qui le distingue, tant du mètre primitif sous lequel il est classe que des autres mètres secondaires de la même catégorie. Ce caractère spécial est attaché ou au dernier pied du premier hémistiche, ou nu dernier pied du second hémistiche, ou à ces deux pieds en même temps. Ce carac- . 1ère, généralement parlant, doit être commun à tous les .cer; d'un poëme. Quant aux" uutres pieds, il y a plus de liberté, sans toutefois qu'on puisse arbitra renient substituer à un pied primitif toutes les formes de pieds secondaires qui en sont dérivées.

Les poëtes arabes sont autorisés à prendre certaines licences, dont plusieurs ne Sont pus étrangères au style du Coran et de la . prose rimée. De ces licences, quelques-unes n'affectent que la prononciation ou l'orthographe ; d'autres introduisent des altérations dans les formes grammaticales par voie de soustraction ou d'addition et affectent souvent la synt:ixe. Enfin, il en est d'autres, telles que des ellipses, des pléonasmes, des inversions, des réticences insolites.

— Vers chez les peuples des races germaniques et Scandinaves. La poésie des anciennes races germaniques, particulièrement pour les Scandinaves, a quatre éléments ne versification, qui sont 1 accent, l'allitération, la consonnauce et la rime. Ces éléments sont anciens; cependant, il ne faut pas croire que tous aient existé ensemble des le commencement de cette poésie et que les poètes se soient toujours servis de tous les quatre à la fois. Les plus anciens poëtes ne connaissaient ni la consonnauce ni lu rime ; le mètre primitif que l'on retrouve dans les plus vieux poèmes Scandinaves est appelé dans la langue de ces peuples foruyrdatag, air ancien, nom qui indique clairement que cette vérification était celle des poëmes les plus anciens, c'eit-n-dire celle des poBiues épiques, et qu'elle n'était plus guère en usage dans les poésies des temps postérieurs.

Les deux moyens de versification employés dans le fornyrdalag sont l'accentuation et l'allitération.

Par l'accentuation, le fomyrdalag appartient à la versification cadencée; les syllabes ne sont pas comptées, le rhythme ne repose ni sur la quantité numérique ni sur la quantité prosodique des syllabes , mais l'accentuation seule produit la cadence et une espèce de mesure en appuyant sur certiiines syllabes et en glissant légèrement sur d'autres. Cette accentuation est l'origine et la base de l'ancienne versification des Scandinaves, des Anglo-Saxons, des Allemands et même des Russes, et comme elle tient à l'enfance de l'ait, elle se trouve dans les premiers essais poétiques de toutes les nations. Elle joue un rôl3 considérable dans la versification chinoise, aussi bien que dans la versification grecque et latine. Chez les Scandinaves comme chez les Russes, la quantité des syllabes est aussi prise en considération ; l'accent et la quantité se soutiennent réciproquement et se font valoir fun l'autre; la quantité s'y identifie même avec l'accent, de sorte que-les syllabes longues et brèves coïncident avec des syllabes accentuées et non accentuées.

Le vers du fornyrdalag doit renfermer au motns quatre syllabes accentuées. Ces quatre élévations de voix se trouvent toujours placées dans quatre syllabes longues. Le nombre des abaissements de voix ou syllabes non accentuées n'est pas fixé dans la versification-, il varie selon le plus ou moins grand nombre de mots qui entre"! dans le vers. Naturellement, il faut au moins trois abaissements de voix places entre les quatre élévations de voix pour les marquer et les faire ressortir; mais ce nombre de voix, strictement nécessaire, est presque toujours dépasse. Les abaissements de wix ou syllabes non accentuées pouvant être en plus ou moins grand nombre, il s'ensuit que les vers n'ont pas tous la même longueur. Cette différence de longueur nuirait nécessairement au rhythme si les élévations de voix, revenant toujours au nombre de quatre, ne mettaient dans les vers une certaine mesura régulière et uniforme. Aussi, ce sout ces élévations de voix qui constituent la charpente ou les parties principales et saillantes du vers; les abaissements de voix ou syllabes non accentuées n'en sont pour ainsi dire que le remplissage. Pour cette raison, l'attention du poète se dirige principalement sur les syllabes accentuées, et c'est à elles qu'il distribue tous les ornements de la versification, comme la consonnauce et l'allitération.

Quant ait nombre total des syllabes qui entrent dans les vers du fornyrdalag, il varie suivant le nombre des abaissements de ia voix et l'étendue du malfyliing, nom que l'on donne à une ou plusieurs syllabes à accent sourd, c'est-à-dire sans accent marqué, qui se placent assez souvent à la tête du vers ou au commencement de chaque hémistiche

et qui jouent là le rôle de la base ou do l'anacrouse des Grecs. Le mm se compose ordinairement, toutefois, de huit jusqu'à douze syllabes ; malgré son peu d'étendue, il est partagé pur la césure en deux hémistiches ; mais ces hémistiches sont intimement liés entre eux par îe sens, l'accent et l'allitération.

L'allitération consiste en ce que chaque vers renferme au moins deux mots commençant par la même lettre. C'est une sorte de rime renversée, reposant sur la répétition d'une même consonne au coiiimenceinent-dt'. vers ou de l'hémisiiche. La consonnanee et la rime se comprennent aisément, sans qu'on ait besoin de les définir ici. .

— Vers chez tes Grecs et les Latins. Chez les Grecs et les Lutins, comme chez la plupart des anciens peuples, les vers n'eurent d'abord d'autre mesure que celle du chaut et d'uutre durée que celle des sons auxquels On les associait. Ils avaient du rhyihmu et non du mètre; celui-ci ne fut connu que lorsque l'on eut appris à calculer la quantité des syllabes. La poésie rhythmique précéda donc partout la poésie métrique. Ce sont ces anciens vers qu'Entiius appelait le mètre saturnien, parce qu'il suppuse qu'ils étaient en w-age sous le règne de Saturne. Virgile et Tiie-Live leur donnent le nom il'incoiuliti et A'încomposili. On les nommait plus généralement, vers fescenniens,. parce que les habitants de Eescennia s'en servaient dans des Sujets gais et satiriques. Ils ne disparurent même pas entièrement après l'invention de la poésie méLrique. Les vers rhythmiques survécurent même à l'empire romain; ils furent fort en vogue dans le moyen âge ; on en trouve des traces bien visibles dans ces proses que l'on chante encore dans nos églises.

Il est certa'in que la métrique a ses racines dans les commencements mêmes de la poésie régulière. La trace de l'ïambe aifecté aux vers satiriques se voit jusque dans les mythes éleusiniens sur Cérès déplorant la pci te de sa lille et égayée par les railleries ou sarcasmes de la servante de Céléos, Iambé. Les hymnes qui dès la plus haute antiquité se chaînaient en l'honneur de Jupiter dans l'île de Crète avaient le rhythme crétique avant que Thalélas, contemporain de Lyeurgue, composât ses péans. Les Durieus marchaient nu combat en chantant des embatéria (chants de marche), bien antérieurs à toute poésie littéraire. Dans l'hexamètre dactylique d'Homère, on aperçoit une variété et une souplesse de mouvement qui exclut l'idée d'une invention récente; aussi est-il attribué à la première Pythie ou prêtresse d'Apollon Delphique, et l'invention du dactyle aux antiques Dactyles de l'Ida. Nous avons déjà vu plus haut qu'il était fort probable que les Grecs, en quittant le reste de la famille aryenne, au moment de la première émigration, avaient emporté avec eux un art régulier de poésie et par conséquent une métrique.

Chez les Grecs, à qui les Latins ont emprunté leur métrique, c'est le rhythmè ou la succession harmonieuse des temps ou intervalles qui est la base de la métrique et donne à la poésie sa couleur particulière. Leur prosodie, en effet, est basée tchit enuère sur la mesure et la mélodie, et leur vers est une phrase musicale résultant de ces diverses combinaisons de syllabes longues et de syllabes brèves qui portent le nom de pieds. Dans la mesure, la brève (») représente un temps ou intervalle, et la longue (-) en vaut deux. C'est l'intervalle seul qui constitue le rhythme a proprement parler, tandis que l'ordre et l'intervalle réunis donnent naissance au pied métrique, et pur lit même produisent le vers, qui n'est autre chose qu'une combinaison de pieds.

Indépendamment du rhythme général et du pieu sur lequel reposent les versifications grecque et latine, nous devons signaler itussi comme caractères particuliers l'élision, la césure surtout, la syllabe douteuse et l'accent.

Toutes les syllabes ne comptent pas dans la mesure. Quand un mot terminé par' une voyelle ou une diphtbongue, ou en latin seulement par un m, est suivi d'un autre mot commençant par une voyelle ou en latin par un A, sa finale se brise eu quelque1 sorte contre la première syllabe du mot suivant et ne compte plus dans la mesure.- Ainsi, cura ingeiiSjCœlestemanimumsusiïundemcur-iiKjeiis, cœlem-unimum. C'est là ce qu'on appelle l'élision. Toutefois, l'élision ne s'étend jamais de la lin d'un tiers au commencement de l'autre. En grec, on élide quelquefois ladiphthongue ai, rarement la UJphthongue oi et"trèsrarement une voyelle longue eu la diphtliongue ou; souvent même les postés grecs ne se l'ont pas scrupule de supprimer les autres élisions.

La césure est une syllabe longue qui finit un mot et commence un pied ; elle forme une sorte de repos ou. coupure dans le courant du vert/ :

Arma vi — rûmq'ùe ca \ no.

On ne doit pas considérer comme césure une syllabe qui s'élide. La césure a sa place déterminée dans les différentes espèces de vers. Lu césure est avec le pied le principal élément du vers.

La syllabe douteuse est celle qu'on peut fairo longue ou brève à volonté. Dans le meui bre de vers cité précédemment, arma virum-

que cano, Virgile a fait longue la syllabe no, parce que la mesure exigeait une longue; il l'aurait rendue brève s'il avait eu besoin d'une brève.

La dernière syllabe des vers grecs et lutins est indifférente, c'est-à-dire qu'elle peut être longue ou brève sans intéresser la mesure.

L'accent jouait aussi un iôle considérable dans les vers grecs ou latins. Dans ces vers, l'accent tonique ne coïncide pas toujours avec le temps fort des pieds ou I l'ictus métrique, tandis que les langues modernes accentuées et peu où point prosodiques exigt- nt une coïncidence fa peu près générale. En étudiant avec soin dans les poètes grecs et latins des beaux siècles ce phénomène du désaccord entre l'accent tonique des mots et les .accents métriques dit tiers, on y reconnaît un élément d'harmonie savante et délicate, dont l'expression est difficile, sinon impossible, pour notre organe, niais qui n'en existait pas moins. Ce fait, que les auciens accentuaient des brèves sans les rendre longues, prouve évidemment que leur organe avait plus de souplesse et d'élasticité que le nôtre.

Les rejets et tes enjainhements jouent aussi un grand rôle pour l'harmonie des vers; les Grecs et les Latins savaient en tirer une des principales beautés de leur poésie.

— Vers dans les différents âges de la littérature française. Le plua ancien document poétique, en langue française, qui soit connu aujourd'hui est la Cantitène en l'honneur de sainte Eulalie. Cette pièce appartient au Xe siècle. Elle n'a pas de valeur littéraire ; mais elle offre le plus grand intérêt, parce qu'on y voit pour la première fois la langue française sortir du latin où elle est encore bien embarrassée. Par la rime, qui toutefois est souvent à peine indiquée, cette-cantUéne rappelle les proses latines d'église. La mesure paraît reposer exclusivement sur le nombre des syllabes, qu'il serait plus d'une fois impossible de déterminer avec certitudo dans cette langue naissante et inculte. La pièce a vingt-neuf vers; en voici le commencement :

liuora.pulcclla fut Eulalia;

Bel avret corps, bellezour anima.

Volurent la veîntre li Deo initiii.

Voldrent la faire diavle servir.

Elle ifout cskoltet les mais conselliers,

Qu'elïu Deo raneîet chi rnat-pt sus en ciel,

Ne por or ned argent ne paramenz,

Po.r manalce regiel ne preiemen;

Ne ule oose non la pouret omque pleier,

La polie seropre non amast lo Deo menestier.

« Eulalie fut une bonne jeune fille; elle avait beau corps et plus belle âme. Voulurent Ta vaincre les ennemis de Dieu, voulurent lui faire servir le -diable. Elle n'eût écouté les mauvais conseillers, qu'elle reniât Dieu qui habite là-haut dans le ciel, ni pour or, ni pour argent, ni pour parures, ni par menace de roi, ni par prière; nulle chose ne la put jamais faire plier, l'enfant, qu'elle n'aimât toujours le service- de Dieu. >

Au commencement du xii" siècle, nous trouvons une œuvre capitale, un monument littéraire qui ouvre dignement l'histoire de la poésie française et qui montre combien l'iiiiome populaire agrandi dans le cours du xie siècle : c'est la Chanson de geste de Roland. La langue, beaucoup plus avancée que dans la cautilèue précédente, est encore rude ; la marche en est empesée, monotone. Le mode de versification, quoique le rhythme ■ se fasse très-bien sentir, n est nullement conforme aux règles qu'adopta plus tard la prosodie française. Le oers est de dix syllabes, mais il y règne une très-grande liberté quant à l'élision des syllabes muettes; à la césure, cette élision a lieu aussi constamment qu'à la tin. La rime n'est qu'une simple assonance ; le son de la dernière voyelle, ou de l'avantderuière voyelle dans les vers qui se terminent par une syllabe muette, est seul important, quels que soient le nombre et l'espèce des consonnes qui la suivent ..justes, cure, vaincues riment ensemble ; France rime avec demande, et périt avec chérubin. Les tiers riment ainsi, non pas deux à deux, mais par laisses ou tirades d'une longueur indéterminée : ■Ço sent Rollans que la mort le tresprent, De vers la teste sur le quer li descent. Desuz un pin i est a!et curant, Sur l'erbe verte si est culchet adenz.

Desuz lui met s'espée et l'olifan; Turnat-sa teste "vers la paiene gent :

Pur ço l'ai fait que il voet veirement Que Caries diet e trestute sa gent.

Si geiuilz quens, qu*U fut mort cunquerantl Cleimet sa cuipe e menut e auvent, Por ses pecchez en pur offrit le guanf^ Ço sent ftollans de sun tens n'i ad plus! Devers Espatgiie est en un pui agut, A l'une main si ad sun piz batud :

« Deus ! meie oulpe vers les tues vertuz. De mes pecchez, des granz et des menuz, Que jô ai fait dès l'ure que nez fui Tresqu'à cest jur que si sui eoneoùt! • Sun destre guant en ad vers Deu tendut; Angles del ciel i descendent à lui.

« Roland sent bien quo la mort le prend tout entier; de la tête elle lui descend sur le cœur. Sous un pin il s'en est allé courant, sur l'herbe verte il s'est couché la face contre terre ; il a placé sous lui son épée et son cor, et a tourné la tête du côté des païens ; il fait

VERS

ainsi parce qu'il veut vraiment que Charles et tous ses barons disent, le gentil comte, qu'il est mort conquérant. Il dit sa coulpe et menu et souvent, pour ses péchés, il tend au ciel son gant. Roland sent bien que son temps est fini! Couché sur un rocher aigu qui regarde l'Espagne, il bat d'une main sa poitrine : « Seigneur! Mea culpa à tes vertus » pour mes péchés, tes grands et les petits, > que j'ai commis depuis l'heure-où je naquis • jusqu'à ce jour ou me voici arrivé 1 « Il élève sou gant droit vers Dieu; les anges du ciel descendent à ses côtés. »

Toutes nos anciennes chansons de geste présentent ordinairement le même mode de versification que la Chanson de Roland; celui des romans d'avenlure, tel que nous le trouvons dès le XIIe siècle dans les poSmes relatifs aux amours de Tristan et A'Yseult, est bien différent. Le roman 'l'aventures emploie les vers de huit syllabes rimes seulement deux à deux :

Tristrans en est dolenz et las ;

Sovent se plaint, sovent snspiro

Pur Ysoltque tant il désire;

Plure des oilz, sun cors detuert,

A poi que del désir ne muert.

En cel anguise, en cel ennui,'

Vent sa femme Ysôlt devant lui, ■ Tristan est affligé et abattu. Souvent il se plaint, souvent il soupire pour Yseuli, que tant il désire. Il verse des larmes, il tord ses membres ; peu s'en faut que de désir il ne meure. Dans cette angoisse, dans cet ennui, sa femme Yseult vient devant lui. »

Les chroniques versifiées suivirent la même forme que les romans d'aventure, dont elles se rapprochèrent beaucoup trorj pour le fond. En voici un exemple tiré du plus célèbre parmi Ces poètes historiens au XIIe siècle, Wace, l'auteur des romans de Brut et de Mou. On sait que le mot roman n'avait pas au moyen âge l'acception moderne et signifiait seulement une oeuvre écrite en langue vulgaire, en ro.imn, quel que fût d'ailleurs le caractère de cette oeuvre :

I*inge est la geste des Normanz

Et à mettre est grieve en romanz.

Si l'en demande kl ço dist,

Ki ceste esloire en romant mist,

Jo di e dirai ke jo sui

Wace de l'isle de Gersui, »

Ki est en mer vers occident,

Al Heu de Normandie apent.

« Longue esfla chronique des Normands et difficile à mettre en roman. Si l'on demande qui parle ainsi et qui écrivit cette histoire en roman, je dis et dirai que je suis Wace, de l'Ile de Jersey, située en mer vers l'occident et relevant du fief de Normandie. ■

Voyons maintenant quel fut le vers français dans un genre où n'exista jamais l'uniformité de rhythme, comme dans les poèmes dont nous venons de parler, et où la variété des sentiments devait produire la variété des mètres, dans la chanson, qui ne manque à aucuu des siècles du moyen â,ge,etqui,en général, n'a. manqué à aucune époque, barbare ou civilisée. Prenons pour exemple trois des plus anciennes chansons du xh® siècle : la Chanson pour la croisade, celle de la Bette Erembor et celle de Y Enfant Gérard. Dans la première, les vers sont de dix syllabes, et les rimes entremêlées dans le même ordre :

Parti de mal e a bien aturné", Voil ma chançun à, la gent faire o!r, K'a sun besuing nus ad Deus apelé; Si. ne li deit nul prosdome faillir, Kar en la cruz daignât pur nus mûrir.

Mult li deit bien estre gueredong Kar par sa mort sûmes tuz rachate.

Cunte ne duc ne li roi caruné Ne se poent de la mort destolir, Kar quant il uni grant trésor amassé, Plus lur covient b. grant dolur guerpir. i Détaché du mal et tourné vers le bien, je veux faire entendre au peuple ma chanson. : Dieu dans son besoin nous a appelés ; aucun homme de cœur ne lui fera défaut, car sur la croix il a daigné mourir pour nous; il doit lui être donné beaucoup en retour, puisque par sa mort nous sommes tous rachetés. Los comtes, les ducs, ni les rois couronnés ne se peuvent dérober à la mort; plus ils ont amassé de. grands trésors, plus il leur faut à grand regret les quitter. *

Dans la chanson de la Belle Erembor, les tiers, qui comptent aussi dix syllabes, sont au nombre de cinq par couplet. Il y a un refrain formé d'un seul vers, qui ne rime pas avec le couplet :

Quant vient en mai que l'on dit as Ions jors, Que Franc de France repairent de roi cort, Regnnuz repaire devant el premier front; Si s'en passa lez lo meis Erembor, Ainz n'en dengna le chief drecier amont.

E! Reynaut amis!

Bêle lirenibors a la fenestre au jor Sor ses genolz tient palle de color.

Voit Frans de France qui repairent de cort Et voit Reynaut devant el premier front. En haut parole, si a dit sa raison :

■ E! Reynaut amisl .

« Quand arrive mai, que l'on appelle aux longs jours, et que les Krancs de France retournent de la cour du roi, Reinaut au premier rang. Il passa devant la maison d'Krenibor, mais il ne daigna lever la tête. Eh ! Reinaut ami l — Belle Erembor près de la

VERS

fenêtre, au jour, sur sas genoux tient une . étoffe de couleur. Elle voit les Francs de France qui reviennent de la cour, et Voit Reinaut au premier rang. Elle élève la voix et dit ces paroles : « Eh! Reinaut ami ! »

Au nombre des poèmes composés dans la xue siècle, il faut rappeler encore les Bestiaires, sorte de traités scientifiques et moraux qui renferment , relativement au règne animal , végétal et minéral, les fables les plus bizarres. Le plus ancien de ceux que nous possédons fut écrit pur Philippe de Thaiin- vers 1125; il est en vers de douze syllabes, dans lesquels la césure rime avec la tin du vers . ,

Serena en mer ante, cunlre tempeste cante, Et phire en bel tens, itels est sis talens ; E de femme ad faiture entresqtie la ceinture, E les pez de falcun e eue de peissun- Quant se volt dejuer, dnno chante ait e cler. Si dune l'ot notuiiers ki naiant vat par niera, La nef met en ubli, senes est endormi. Aiez en remembrance, ceo est signefiance.

' • La sirène hante la mer; "elle chante dans la tempête et pleure pendant le beau temps; tel est son instinct. Elle a la forme d'une femme jusqu'à la ceinture, et les pieds de faucon et la queue de poisson. Quand elle veut se réjouir, elle chante haut et clair. Si alors le nautonier qui navigue sur la mer l'entend, il met en oubli son vaisseau ; bientôt il est endormi. Gardez-en la mémoire, ceci est un enseignement. »

Le mode de versification employé par Philippe de Thaun était calqué sur le vers léonin de la basse latinité et ne fit pas fortune. Il n'en fut pas de même du vers de douze syllabes, avec lu rime uniquement à la fin et d'un tiers à l'antre. On sait qu'il devint le principal instrument de la poésie française, et par excellence notre mètre héroïque, celui de nos grands poèmes et de nos tragédies. Le nom de uers alexandrin qui lui fut donné vient, suivant un grand nombre d'érudits, de de ce qu'Alexandre de BernayJ ou de Paris, en fut l'inventeur. C'est l'opinion de Pasquier, de Ménage, de Goujet, des auteurs du Dictionnaire de Trévoux, de La Monnoye, etc. Alexandre de Paris vécut dans la seconde moitié du xne siècle. Il fut ou le collaborateur ou le continuateur de Lambert li Cors, pour le poSme intitulé Iloman d'Alexandre. Ou lit dans ce poème :

La ferté de l'estor {histoire), si comme li rois la ûst. Un elers de Casieldnn, Lamber li Cors, l'escrit. Qui de latin le traist (lira) et en roman le mist.

Ailleurs, Alexandre de Paris s'est nommé lui-même :

Alexandre nos dit qui de Bernay fu nez, [lez.

Et de Paris refu {fut de nouveau) ses eomoins ape- Qui ci a les siens vers o les {avec ceux do) Lambert

[jeMs.

Si Alexandre ne fut que le continuateur de Lambert, ce qui est le plus probable, il faut attribuer le nom de vers alexandrin à la réputation qu'obtint la Roman d'Alexandre.

Le xiii° siècle, la période la plus belle, lu plus féconde du moyen âge, reproduit les mêmes genres de poésie que la période pré-' cédente et conserve en général les mêmes rbythmes: Toutefois, dans la chanson, l'art devient bien plus raffiné. Thibaut, comte de Champagne, a une forme remarquable ; sa langue est pure, sa diction élégante, son rhythme savant et nombreux.Son compagnon et son émule en poésie, Gasse Brûlé, trouva ce rhythme charmant, pendant son exil en Bretagne :

Li oisellons de mon pals

Ai ois en Bretaigne.

A leur chant m'est-il bien avii

Qu'en la douce Champaigne Les oï jadis ; Se g'i ai mespris.

Il m'ont en si doux penser mis Qu'à chançon fere me suis pris,

Tant que je parataigne Ce qu'amours m'a lonc tems promis.

• Les oiseaux de mon pays, je les ai entendus en Bretagne ; à leur chant, il m'est bien avis qu'en la douce Champagne je les entendis jadis ; aussi m'y suis-je trompé. Ils m'ont en si doux penser mis, qu'à faire chanson je me suis pris, tant que j'obtienne ce qu'amour m'a longtemps promis. •

On inventa, au xme siècle, pour la chanson des formes nombreuses : saluts, sirventois, pastourelles, retroenges, motets, lais, vaduries. Dans le but de l'approprier à la musique qui l'accompagnait, on cherchait ■surtout le rhythme cadencé et rapide, les vives et joyeuses ritournelles ; ' E I aloeta t Joliette,

Petit t'est de mes mauz 1

Les Romans du Renard et les Fabliaux, qui n'existaient pas au xne siècle, suivent le rhythme des romans d'aventure. II en est de méine des satires. Le curieux Débat du croisé et du décroisé, de Rutebeuf, présente une particularité fort remarquable. Les strophes sont de h uit tiers sur deux rimes entrelacées ; et ces rimes, excepté dans quatre strophes, sont alternativement masculines et féminines. La règle du mélange des rimes, qui sera encore près de trois cents ans avant de s'établir dans la prosodie française, parait dès

VERS

lors avoir été pressentie. Voici la première strophe de la pièce de Rutebeuf :

L'autr'icr, entour la Saint-Remei, Chevauchoie por mon afaire, Pencix, car trop suntagrumi La gant dont Diex a plus à faire :

Cil d'Acre, qui n'ont nul ami, Ce puet on bien por voir retraire, Et Bont si près lor anemi Qu'à eux pueent lancier et traire.

«L'autre jour, aux environs de la Saint- Rémi, je chevauchais pour mes affaires, pensif, car ils sont en grande détresse les gens dont Dieu a le plus besoin : ceux d'Acre, qui n'ont nul ami, on peut bien l'affirmer, et qui sont si près de leurs ennemis qu'ils peuvent , échanger avec eux des traits et des coups de lance. >

Au xive siècle , le langage , dans son aspect général , est d'apparence plus moderne qu'aux siècles précédents, et la plupart des mots tendent à se rapprocher de la forme qu'ils doivent conserver ; mais, malgré ce progrès, d'ailleurs moins sensible dans la poésie que dans la prose, la décadence de la langue du moyen âge devient visible.

La ballade fut, pendant plus d'un siècle, la forme préférée, de tout hommage poétique, le mètre favori dans lequel on aimait à enchâsser toute pensée et tout sentiment, la petite pièce à la mode ^laquelle s'exerçaient tous les esprits élégants, et, en même temps, le triomphe des meilleurs poëtes. Elle est, du Xivc uu xvie siècle, ce que le sonnet devint ensuite. On trouve des recueils considérables de ces sortes de compositions; il en est plusieurs qui portent le titre de Livre des cent ballades. Philippe d'Artois, Jean Boucicaut, le duc de Berry,le duc d'Orléans, de La Trémouille, le bâtard de Coucy, etc., se placent au premier rang parmi ceux qui cultivèrent ce genre poétique, familier, comme on le voit, aux plus giands seigneurs de l'époque. Les chansons de geste, les romans d'aventure, les fabliaux, toute l'ancienne poésie narrative disparaît peu à peu pour faire place à la prose. Ce qui reste surtout à la poésie et ce qui forme son principal objet, c'est la pièce courte et artistement ciselée.

Nous arrivons au xve siècle. N'ayant plus de grands sujets à traiter, les poëtes se privent du majestueux vers de douze pieds, se réduisent à la strophe, se rabattent aux pièces courtes, aux formes strictes du chant royal, de lu ballade et du rondeau, et, pour se donner le mérite de la difficulté vaincue, se mettent tant qu'ils peuvent des entraves de tout genre, de façon que le soin des mots et la recherche des effets matériels chassent complètement l'idée. La franchise de sa verve a sauvé Villon, et Charles d'Orléans surprend par une élégance et une délicatesse incomparables ; mais ils n'ont pas de disciples, et après eux la poésie s^puise en combinaisons mathématiques de vers enchaînés de toutes les sortes et en recherches de rimes; ce n'est plus qu'un travail pénible, qui ne laisse guère de place à l'inspiration. Tout le groupe, uniquement pédant et scolastique, des poëtes qui couronnent la 'fin du xve siècle et qui restent officiels jusqu'au milieu du règne de François 1er a consumé ses forces dans cette gymnastique puérile; il est impossible de dépenser plus de talent, plus d'adresse, plus de labeur pour ne rien dire ou pour dire le plus ma! possible. C'est une école, mais qui n'offre pas un seul maître. Les jeux d'esprit bizarres, les puériles stérilités de ces versificateurs curieux et savants ne furent pas sans influence sur le vers français; ils le brisèrent et l'assouplirent.

Ce fut alors qu'on inventa, comme nous l'avons déjà dit, des formes de vers qui sont tombées depuis longtemps dans un juste oubli et dont nous allons dresser la liste.

— Vers batelés. On a donné ce nom à des vers dans lesquels le dernier mot d'un vers rime avec l'hémistiche du tiers suivant. Tels sont ces vers de Marot :

Quand Neptunus, grand dieu de la mer, Cessa d'armer caraques et gaiées, Les Gallicans bien le durent aimer Et réclamer ses grandes eaux salées.

Les tiers batelés se rapprochent, comme on le voit, des vers léonins (v. ce mot), où l'hémistiche rime avec la tin du même tiers. Au xvi<- siècle, on composa un assez grand nombre de vers batelés.

— Vers brisés. Ce sont des vers français qui se partagent à la césure, de telle façon aue la pièce tout entière peut se briser en deux. et former deux pièces séparées, l'une en lisant de suite les parties de vers qui sont avant la césure, l'autre en lisant de suite ce qui est après la césure, Il faut, pour ol^enir ce résultat, que les mots de la césure riment entre eux. Le xvie siècle, qui se plut à tous les jeux n'esprit en vers, n'a pas négligé les vers brisés. Tabourot cite plusieurs piei;esde ce genre dans ses Bigarrures. Il fait remarquer que le plus souvent la pièce brisée présente un sens contraire à celui qui est exprimé par les tiers entiers. C'est en effet ce qui se rencontre dans les pièces suivantes, deux des plus curieuses que donne ce poëte.

La première fut composée à l'occasion du procès de l'Université de Paris avec les jésuites ;

VERS

Soit du pape maudit— qui hait les jésuites Celui qui en eux croit — soit mis en paradis A tous les diables soit — qui brusle leurs écrits Qui leur science suit— acquiert de grands mérites En enfer soit conduit— qui les nomme hypocrites Qui pour saints les reçoit— ses péchés soient remis Soit chastié du fouet — qui ne suit leurs advis Qui sages nous les fait— sont âmes bien conduites Soit lié d'un licol— qui les nomme meurtriers Soit pendu par le col— qui dit qu'ils sont sorciers Qui adhère à leurs vœux — ce sont âmes divines. Qui les honore tous— oh ! qu'il est bien instruit! Qui veut faire leur coup — que c'est un bel esprit! Oh! qu'il est malheureux— qui ne suit leurs doctrines!

On voit que la pièce lue dans son entier, sans prendre garde à la coupure, est à la louange des jésuites; mais, si on lit séparément la pièce qui est avant la césure, puis celle qui vient après, on verra qu'elles offrent 1 une et l'autre un sens tout contraire.

L'autre pièce, que nous tirons aussi du recueil de Tabourot est relative à la grande querelle de l'époque, à la question du catholicisme et du protestantisme :

Je ne veux plus— la messe fréquenter Pour mon repos— c'est chose bien louable Des huguenots— les prêches écouter Suivre l'abus— c'est chose misérable.

Ores je vois — combien est détestable Cette finesse— en ce siècle mondain Par quoi je dois— voyant la sainte table Tenir la messe— en horreur et dédain.

Il faut lire aussi cette pièce en entier, puis par portions séparées; on y trouvera l'éloge de la foi protestante, puis celui de la foi catholique.

— Vers enchaînés. On donne ce nom à des vers qui se lient les uns aux autres, non-seulement par le sens, mais aussi par les mots

-qui les unissent comme les anneaux d'une chaîne. On peut citer, comme exemple, ce couplet d'une chanson de Marot :

Dieu des, amants, de mort me garde,

Me gardant, donne-moi bonheur,

En me le donnant, prens ta darde, .

En la prenant, navre son cueur,

En le navrant me tiendras seur,

En seureté suivray l'accointance,

En l'accointant, ton serviteur

En servant aura jouissance.

— Vers fratei'nisës. Ce sont des vers dont la dernière syllabe ou les dernières syllabes sont répétées au commencement du tiers suivant. Voici, comme exemple, un sonnet de Marc de Papillon, seigneur de Lasphrise :

Fallait que le ciel me rendit amoureux, Amoureux, jouissant d'une beauté craintive, Craintive à recevoir la douceur excessive, Excessive au plaisir qui rend l'amant heureux. Heureux si nous avions quelques paisibles lieux, Lieux où plus sûrement l'ami fidèle arrive, Arrive sans soupçon de quelque ame attentive. Attentive à vouloir nous surprendre tous deux, Deux beaux amants d'accord qui s'en meurent d'en- D envie leur amour sera tantôt finie: [vie Finie est la douceur que l'on ne peut plus voir, Voir, entendre, sentir, parler, toucher encore; " Encore crois-je bien que je ne suis plus ore,

Ore que ma moitié est loin de mon pouvoir.

On avouera qu'il, fallait avoir à un haut degré la manie des petits tours de force poétiques pour prendra plaisir à la monotone répétition de ces mots, qui devient on ne peut plus fatigante. La monotonie est moins grande, et en conséquence la pièce plus agréable, quand, au commencement des vers se trouvent répétés, non les derniers mots, mais les dernières syllabes des «ers précédents, comme dans cette chanson de Marot T

Plaisir n'ay plus, mais vy en éesaonfort, fortune m'a reniez en grant'douîeur :

L'heur que j'avois est tourné en malheur. ifai/ieureux est qui n'a aulcun confort, etc.

— Vers léonins. Cette forme de tiers appartient plutôt à la poésie latine qu'à la poésie française. V. léonin.

— Vers lettrisés, dont tous les mots commencent par la même lettre. Nous en parlons au mot TAUTOGRAMMË.

— Vers rapportés, où le" premier mot du premier vers se rapporte au premier mot du deuxième vers, le second au second, le troisième au troisième, etc. On a d'abord fait des vers de ce genre en latin ; ainsi dans le distique suivant, où. l'on fait parler Virgile, qui chanta les bergers, les laboureurs et les héros :

Pastor, arator, eques, pavi, colui, mperavi, Cayras, rus, hosles, fronde, lujone, manu.

Voici la traduction de ce distique, en rapprochant chaque mot du premier oers du mot auquel il se lie dans le second : ■ Pasteur les chèvres, laboureur les champs, guerrier les ennemis, J'ai nourri de feuilles, j'ai cultivé par le hoyau, j'ai vaincu par la force. » Les poètes français du xvie siècle, qui aimèrent tous ces jeux d'esprit, n'ont pas négligé de s'exercer aux uersrapportés. Jodelle surtout y a réussi. Voici le quatrain qu'il lit sur Clément Marot, dont il résume la vie agitée :

Quercy, la cour, le Piedmont, l'univers, Me fit, me tint, m'enterra, me cogneut; Quercy, mon los, la cour tout mon temps eut, Piedmont mes os, et l'univers mes vers. j

VERS

Tabourot, sieur des Accords, qui fut le conservateur soigneux et le professeur da tous ces petits tours de force poétiques, a composé, entre autres tiers rapportés, le quatrain suivant, dont les premiers mots du premier vers correspondent aux premiers mots de chacun des trois autres tiers, et ainsi de suite :

Ta beauté, ta vertu, ton esprit, ton maintien,. ■ Esblouit et deffait, assoupit et renflatnme, Par ses^ais, par penser, par crainte ou pour un rien, Mes deux yeux, mon amour, mes desseins et mon âme.

Il faut lire, pour le sens: «Ta beauté éblouit par ses rais (rayons) mes deux yeux, et (a vertu défait par penser mon amour ; t<jn esprit assoupit par crainte mes desseins, et ton maintien renflamme pour un rien mon âme.» Au mot rime, nous indiquons d'autres tours de force du même genre, que pendant plusieurs siècles nos poètes mettaient leur gloire à exécuter.

— Différentes sortes de vers jtsités dans notre poésie moderne. Nous avons déjà parlé de l'alexandrin, qui compte douze syllabes sonores, avec une treizième muette quand le vers est féminin; mais cette dernière expire en quelque sorte sur les lèvres et ne compte pas pour la mesure. Les tiers masculins se terminent par un son plein et ont rigoureusement douze syllabes. L'alexandrin porte aus.si le nom de vers hexamètre ou vers de six pieds. Dans ce cas, on considère comme un pied la réunion de deux syllabes.

Notre uers de douze syllabes est employé surtout diins l'épopée, la tragédie, le puërne didactique, la satire, l'épitie sérieuse. Le tiers de onze syllabes et le vers de neuf syllabes ne sont presque jamais admis dans la poésie française. On ne les trouve guère que dans quelques morceaux lyriques destinés à être mis en musique. La coupe de ces tiers est favorable aux effets recherchés par la composition musicale; elle ne satisfait pas l'oreille dans la récitation. Le vers de dix syllables est agréable et léger ; il se prête admirablement aux traits d'esprit; c'est le mètre des Epigrammes de J.-B. Rousseau, de la Pucelle et du Pauvre arable de Voltaire. Le vers de huit syllabes, d'une grande flexibilité, s'approprie bien à l'épître familière, aux sujets gracieux. La Chartreuse de Gresset, l'Epitre aux Grâces de Bernis sont de charmants exemples de l'emploi qu'on en peut faire. Le tiers de sept syllabes convient parfaitement aux pièces qui veulent du mouvement et de la légèreté. Bernard proposait de l'employer à peindre une marche guerrière, un combat, une mêlée. Rousseau s'en est servi dans plusieurs de ses odes. Les tiers de six syllabes employés seuls ressemblent à des alexandrins coupés par le milieu ; mélangés à d'autres tiers, ils sont d'un ieffet agréable. Les tiers de ciDq syllabes ont de la rapidité et de l'éclat :

Sa voix redoutable

Trouble les enfers;

Un bruit formidable

Gronde dans les airs.

On ne pourrait, sans fatiguer 'le lecteur, écrire des pièces un peu longues dans ce mètre. Il en est de même des vers de quatre syllabes. Quant aux oers de trois syllabes, de deux syllabes, d'une syllabe, on ne peut les employer heureusement que comme chute d'un couplet ou d'une tirade. Quelques auteurs ont cependant écrit des pièces en tiers d'une, de deux ou de trois syllabes; mais ils n'ont pu avoir que le mérite de la difficulté vaincue.

Le vers de douze syllabes est divisé; par une légère suspension du sens, en deux moitiés ou en hémistiches. On applique aussi le mot hémistiche aux uers de dix syllabes, mais c'est improprement. Le repos, dans ces tiers, ne tombe pas a'u milieu ; il tombe après la quatrième syllabe :

Si j'étais roi | je voudrais être juste,

Et dans la paix j maintenir mes sujets. On a essayé de diviser le uers de dix syllabes en deux hémistiches véritables et de suspendre le sens après la cinquième syllabe. On a eu des tiers comme les suivants :

L'Amour est un dieu J que la terre adore;

Il fait nos tourments, | il sait les guérir.

Dans un doux repos | heureux qui l'ignore.

Cette coupe produit un effet désagréable a l'oreille, et la tentative a été abandonnée. 'Le repos de l'hémistiche est soumis à des règles, qu'on peut trouver au mot césure.

Quand le poète mêle ensemble, sans règle apparente, les diverses sortes de vers que nous venons d'énumérer, ou dit qu'il écrit en vers libres.

On a donné le nom de métriques à des vers français que des auteurs ont essayé de composer en suivant' les règles de la poésie latine, en appliquant à notre langue la quantité, la métrique des Latins. Presque tous ceux qui ont cherché à résoudre ce problème, resté insoluble, ont supprimé la rime; quelques-uns ont tenté d'unir la rime et la quantité. Le premier essai des vers métriques paraît remonter à un poëte peu connu, nommé Mousset, qui vécut dans la première moitié du xvie siècle ; il fit, suivant les contemporains, une traduction eu uers métriques de l'Iliade et de V Odyssée. Cette traduction ne nous est point parvenue. Pour nous, les véritables créateurs de ce nouvel

art de la versification française furent les membres de la Pléiade et leurs amis, ces poètes, ces savants qui cherchaient à retremper notre langue dans le génie des tangues classiques. Antoine Baïf, Rapin, Scévole de Sainte-Marthe, Etienne Pasquier, Jodelle, Passerat furent les plus célèbres de ■ceux qui voulurent mesurer te vers français sur le modèle de la prosodie latine. Vers la même époque, un élève de Pierre R;imus, Nicolas de Nancel, qui professa les langues grecque et latine au eollége de Presle, à Paris, publia un ouvrage intitulé : Stichologia grxca lalinuque informanda et rtfbrmanda (1579, in-8"). Le but de ce livre était d'assujettir la poésie française aux règles de la poésie grecque et latine, « afin de la rendre plus difficile et moins commune. » Quelques années auparavant, Baïf avait donné ses Eirênes de jtoizie fraiiçoëse en vers mesurés (1574, in-40). Il était regardé comme le chef de cette tentative, et les uers métriques s'appelaient alors, de son nom, vers baïfins. Cependant, Jodelle avait fait depuis longtemps le distique suivant, composé d'un hexamètre et d'un pentamètre, et fort admiré des savants de l'époque :

Phébus, Amour, Cypris,veul sauver, nourrir et orner Ton vers et ton chef d'ombre, de flammes, de fleurs,

La question des tiers métriques fut reprise au xviiic siècle, Marmon tel posa de nouveau le problème en affirmant que la réalisation n'en était point impossible; mais ce ne fut pas un poète, ce fut un économiste, le célèbre ministre Turgot, qui travailla à le résoudre. Il publia : Didon, poème en vers métriques hexamiires, traduit du quatrième livre de i'Enéide de Virgile, et les seconde, Atiitième et dixième éylugues du même auteur. On jugera de cet ouvrage par les vers suivants, qui commencent \ Enéide ;

Jadis sur la fougère une musette accompagna me»

[chants.

J'osai depuis, sortant des bois, disciple de Cérès, Forcer la terre à répondre aux vceux de l'avare

[agriculteur.

Mars aujourd'hui m'appelle. 0 Muse! embouche la

[trompette ; Dis les combats, Muse! et ce guerrier que l'ordre

[du destin, Loin des murs d'Ilion en cendre et du tombeau de

[ses pères, Aux champs ausoniens Ht aborder après mille dau-

[gers..

Evidemment, il n'y a rien dans ces lignes qui marque la cadence et le nombre, et ce ue Sont-pas là des vers.

On a aussi essayé de faire des vers blancs, qui, comme ceux dont nous venons de parler, ne sont point rimes, mais qui remplissunt toutes les conditions ordinaires de nombre et de mesure. Parmi ceux qui, dans notre langue, ont employé les vers blancs, nous citerons Jodelle et- Baïf, deux des membres de cette Pléiade fameuse dont fut illustré le siècle de François lor et de Charles IX. Dans la suite, Nicolas Rapin, qui vivait sous le règne de Henri IV, en fit autant et avec plus de succès, s'il faut en croire le cardinal Du Perron. Voltaire a fait usage des vers blancs quand il traduisait des poëtes. Il u ainsi traduit en vers blancs tout ce qui est en uers dans le Jules César de Shakspeare. Le prince de Canino, Lucien Bonaparte, u essayé avec succès de faire revivre le vers blanc dans l'épopée.

Les tiers blancs sont communs en anglais, en italien et dans d'autres langues.

Nous renvoyons au mot versificatios pour tout ce qui regarde les règles à suivro dans la composition des uers.

Vof» doré*, de Pythagore; recueil de maximes du célèbre philosophe, qu'on attribue quelquefois à Lysis. Toutes les tendances de Pythagore et de ses disciples s'appliquaient de préférence a la vie pratique, et elles se proposaient surtout de donner à la vie humaine et à la vie politique en particulier Une forme qui répondît à une idée élevée de l'ordre universel. Quand on se demande en quoi consista l'activité personnelle de Pythagore, il faut évidemment la chercher uans ses leçons publiques et surtout dans de simples sentences, de forme concise et symbolique, qu'il communiquait au cercle de ses amis et de ses confidents, et qui résument Sa doctrine. Ce sont les plus connues de ces sentences qu'on a réunies daus le petit poème intitulé : Vers dorés. Il est possible qu'il ne soit point l'œuvre de Pythagore luimême et qu'il ait été composé par quelqu'un de ces poètes théologiens du ve siècle avant J.-C. qui nous ont laissé les plus beaux hymnes orphiques; mais, a coup sûr, il a conservé dans toute sa pureté la tradition pythagoricienne. Quelle que soit son origine, cet abrégé de morale n'est. pas moins excellent par le style que par les idées. Toutes les qualités que cuniporte ce genre sévère, et même une sorte de vivacité gracieuse, distinguent éminemment les Vers dorés entre toutes les compositions analogues. C'est un vrai poète qui a lait ces vers, et, ce qui vaut mieux, c'est un homme de bien, sentant ce qu'il dit et dont les leçons ont un pénétrant parfum d'honnêteté naïve et sérieuse. « Ce n'est pas un faussaire des bas siècles, dit M. Pierron, qui eut écrit ce passage d'une simplicité et d'une beauté vraiment antiques : « N'ac- » cueille pas le sommeil sur tes yeux appe-

» santis, avant d'avoir examiné par trois fois

■ chacun des actes de ta journée. Par où « ai-je péché ? Qu'ai-je fait?Quel devoir ai-je • négligé d'accomplir? Reprends ainsi tous > tes actes l'un après l'autre ; puis, si tu as » fait quelque chose de honteux, gourmande- » toi toi-même; si c'est une bonne action, ré- » jouis-toi. Tels doivent être tes efforts, telle t doit êf,re ton étude ; voila ce qu'il te faut » aimer, voilà ce qui te mettra sur les traces

■ de la vertu divine ; oui, j'en jure par celui » qui a doué notre âme du principe de jus- » tice, j'en jure par la source de l'éternelle s nature 1 • — • Respecte ceux qui t'ont engendré et tes plus proches parents , « a dit Pythagore longtemps avant l'Evangile. Comme conclusion au poème se trouve affirmée l'immortalité de l'âme; c'est! le temple de l'espoir placé au terme de la route :

■ Lorsque, débarrassé de ton enveloppe mortelle, tu monteras au séjour éthéré, alors tu seras semblable aux dieux immortels et tu ne craindras plus de fin I ■

Vci-« ,doro. de Pythagore expliqué* (LES), par Fabre d'Olivet (1813, in-8°). L'auteur, avec sa singularité et son érudition ordinaires, cherche à expliquer dans ce livre l'enseignement ésotéiique des pythagoriciens. Il accomplit sur Pythagore l'œuvre qu'il u tentée également sur les livres de Moï%e dans sa Grammaire hébraïque restituée. Pour Fabre d'Olivet, toutes les traditions religieuses, qui étonnent le plus !e sens commun mo-; derne, étaient des allégories poétiques où se voilait l'éclat trop vif de la vérité. Il croyait que, soua tous les symboles divins des religions, ley mêmes traditions cosmogoniques et théogoniques étaient exprimées ; et il a mis à prouver cette opinion une trës-grundo érudition et une très-grande ingéniosité d'esprit. Malheureusement, les sciences qui l'auraient le plus aidé dans ses recherches philosophiques n'existaient point encore ou commençaient à peine de naître. Mais il faut reconnaître que, si Fabre d'Olivet n'a point eu le génie de les créer, il a eu ce qu'on pourrait appeler ce demi-génie de les deviner, de les préparer et d'apercevoir, quoique vaguement et à travers des brumes mystiques, les conséquences et les conclusions de la science philologique et de ta mythologie comparée.

Dans ce livre, on trouverait facilement, avancés avec une grande hardiesse d'esprit, les principes nouveaux sur lesquels repose maintenant l'étude des religions et même la philosophie nouvelle de l'histoire. La partie la plus importante et la plus intéressante des Vers dorés expliqués n'est peut-être pas l'explication mémo de ces vers qu'il a traduits en vers blancs, qu'il appelle eumolpiques, mais bien L'introduction, écrite en forme de discours, qui les précède. Ses opinions sur l'allégorie offrent une certaine analogie avec celles de Népomucène Lemerciur, qui, l'année précédente- (1S12), publiait son bizarre poème de VAtlantiade (ou théogonie newtonieune), cù il utiégorisait, par dos personnifications divines, toutes les puissances et tous les éléments do l'univers. Cette préface de Fabre d'Olivet est pleine d'idées justes, auxquelles il ne manque qu'une coordination raisonnable; car, bien souvent, sa science, au lieu de le servir, l'égaré, et il se perd fréquemment dans les subtilités des à peu prés. Il est un des premiers qui aient appelé au secours de l'histoire l'étude comparée des langues et qui, pour préciser le sons d'un mot, se soient efforcés du faire en quelque sorte l'histoire de ce mot; mais ses ôtymologies ne sont pas toujours acceptables. Ces malencontros qui lui arrivent en philologie ne lui sont épargnées ni en histoire ni en religion. Aussitôt qu'il a exprimé d'instinct une idée juste, il la compromet par une argumentalion insuffisante et les développements d'une science hasardeuse et chimérique. Il sent bien que la poésie est une chose d'essence plus que de forme ; mais il la restreint a n'être qu'allégorique , et il veut chercher dans toutes les 'œuvres dos grands poètes un système d'allégories métaphysiques et cosmogoniques. H se moque avec raison des historiens et des chrouologistes qui cherchent le lieu et la date cleTroic tombée, mais il écrit la vie d'Orphée, en qui il personnifie la poésie intellectuelle et rationnelle, qu'il appelle Veumotpée, Eu somme, les grandes qualités de ce livre, ainsi quo ses lacune-, et ses témérités, en font une lecture curieuse et intéressante, comme marquant un moment conlus de l'esprit français entre la tradition du xvitio siècle et la science nouvelle du xixe.

Ver» sibj'lUui. V. SIBYLLINS (livres).

VEBSABLE adj. (vèr-sa-ble — rad. verser). Se dit d'une voiture sujette à verser. Il Peu usité.

VERSADE s. f. (vèr-sa-de — rad. verser). -ChuLe d'une voiture qui verse. Il Mot de Mme de Sévigné,

VERSAGE s. m. (vèr-sa-je — rad. verser). Min. Opération consistant à vider les wagons, les bennes, les berlines, k mesure que la machine d'extraction les amène au jour : Vans les mines de Iwuilte, Le vkrsagiî, au sortir du puits d'extraction, n'est presque jamais un simple transbordement: on en profite pour faire une première classification par un criblage. (W. Maigne.)

Vers

^-»Agric. Premier labour donné aux jachères. •

VERSAILLAIS, AISE s. et adj. (vèr-sa-llè, è-Ze). Géogr. Habitant de Versailles ; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Vehsaillais, La population versaillaise,

VERSAILLES, ville de France (Seine-et- Oise), chef-lieu de département et d'arrondissement, à 19 kilom. S.-O. de Paris, avec lequel elle communique par deux chemins de fer, par4gs> 47' 56" de laiil. N.etoo 13' 44'' de longit. O.; pop. uggl., 35,999 hab. —pop. tôt., 61,680 hab. L'arrond. comprend : 10 cant., 114 comm. et £37,671 hab. Siège du Sénat et de la Chambre des députés ; préfecture, évèché suffraganl de Paris, église calviniste; tribunaux de ire instance et de commerce ; sémimure, lycée admis à. concourir chaque année avec les lycées de Paris, école normale, école d'horticulture, musée; bibliothèque, installée dans l'ancien hôtel des affaires étrangères et comprenant 60,000 volumes, dont un grand nombre proviennent de Louis XVI,' enrichie d'une collection de mim-ralogie et de zoologie; théâtre; ehainbre consultative d'agriculture, société d'agriculture et des arts ; société des sciences morales, des lettres et des arts, société des amis des arts, société d'horticulture, etc.

Cotte ville, située sur un plateau, est une des plus belles de France, et il en est peu en Europe qui puissent lui être comparées, tant par le nombre des édifices qui la décorent que par la régularité de ses constructions. Elle est construite sur un plan régulier, bien percée et bien bâtie; toutes les rues en sont droites et larges, et on y trouve de magnifiques avenues plantées de triples rangées d'arbres.

— Monuments divers. Eglise Noire-Dame.

Louis XIV posa la première pierre de ce monument en 1684, et il fut achevé en deux ans par J. Hardouin-Mansart. Le portail, trop massif, est formé de deux ordres, dorique et ionique, supportant un fronton. Le peu d'élévation des tours et de la coupole ajoute en-' core à la lourdeur de l'édifice. A l'intérieur, même reproche pour les voûtes. On remarque a Nuire Dame le tiibleaude l'Assomption, du Michel Corneille ; un autre de Restant, représentant Suint Vincent de Paule prêchant. La chaire, œuvre de Caffieri, est la même que sous Louis XIV. On remarque encore dans une chapelle de gauche le cénotaphe élevé au comte de Vergennes, ministre sous Louis XVI, et une plaque de marbre noir à la mémoire de l.a Quiutinie. C'est de Notre- Dame que partit, le 4 mai 1789, la procession des états généraux. On a ajouté, en 1867, au chevet de cette église , une chapello en rotonde dans le style général de 1 édifice.

— Eglise Saint-Louis. Cette église né fut bâtie que sous le règne de Louis XV, par Mansart et Sagonne. L'architecte orna heureusement le portail de deux ordres, le dorique et le corinthien, pour donner au monument l'élévation des anciennes basiliques. On" remarque dans cette église, d'une coupe d'ailleurs assez belle, les tableaux suivants: Saint Pierre marchant sur les eaux et Saint Jean prêchant dans le désert, par Boucher; l'Adoration du Sacré-Cœur et le Songe de Joseph, par Saurai; Saint Christophe, par Vieu ; une Descente de croix, par Pierre ; l'Adoration des bergers, paiRestout; la Présentation de la Vierge, par Colin de Vermont; un Portrait de saint Louis, par Le Moyne ; ta Résurrection du fils de la veuve de Naïm, par Jouvenet; enlin, l'Apparition à saint Pierre de Jésus-Christ portant sa croix, par Sarlag, unique élève de Mignard. Dans la troisième chapelle à droite, on remarque un monument en marbre blanc, oeuvre de Pradier, élevé par la ville en l'honneur du duc de Berry (1821). La chapelle de l'abside est ornée de vitraux dessinés par Deveria et exécutés à la manufacture de Sèvres. L'orgue de Saint-Louis est célèbre: construitpar Clicquot, il fut inauguré en 1761: La partie mécanique et instrumentale en a été depuis renouvelée et perfectionnée, il possède 46 jeux complets>t 3,131 tuyaux. L'église Saint-Louis est aujourd'hui cathédrale.

— Grand-Commun. On désigne sous ce nom un vaste bâtiment situé dans la rue de la Bibliothèque (autrefois rue de la Surintendance) et construit par ordre de Louis XIV en 1075 pour le logementde plus de 2,000 gentilshommes de sa cour. En 1793, la République transforma le Grand-Commun en une manufacture d'armes. Sous Louis XVIII, on y établit une école-modèle gratuite d'enseignement mutuel et une école primaire interne pour les classes pauvres.

. — Temple protestant. 11 est situé rue Hoche et porte sur sa façade un livre sculpté.

— Théâtre. Le théâtre, restauré en 1850 et situé rue des Réservoirs, l'ut inauguré en 1777 par la célèbre Mlle Montansier, qui en avait obtenu le privilège. A l'aide d'un corridor pratiqué du côte du parc, derrière le réservoir, Louis XVI et Marie-Antoinette pouvaient se rendre directement à leur loge saii3 être vus. Depuis cette epuque, un autre théâtre, dit Théâtre des Variétés, a été ouvert rue la Chancellerie. .

— Jeu. de paume. Le Jeu de paume est devenu célèbre par le serment Solennel qu'y prêtèrent les députés de la nation le" 20 juin

VERS

1789. Il a longtemps servi d'atelier à Horace Vernet, qui y a peint ses plus grandes toiles du Musée historique.

— Monument de Boche. La place voisine du temple protestant porte le nom du héros républicain. Au centre s'élève sa statue en bronze, œuvre de Lemaire. Le général est représenté debout, une main sur son sabre et l'autre repliée sur sa poitrine ; un manteau est négligemment jeté sur son épaule droite. Une première statue, depuis reléguée dans les galeries historiques et inaugurée le 5 août 1832, était en marbre, demi-nue, drapée dans une espèce de ehlamyde, en un mot, conçue dans le faux goût de l'antique.

L'inauguration de la statue actuelle a eu lieu le 7 août 1836.

Versailles possède encore un grand nombre de monuments historiques, notamment des hôtels. Dans la seule rue des Réservoirs nous citerons l'hôtel Turenne, occupé aujourd'hui par l'intendance militaire; l'ancien hôtel de la préfecture, construit en Ï7S0 sur les dessins de Heurtier; rue de la Pompe, l'ancien hôtel des gardes du corps du comte d'Artois, l'hôtel d'Orléans, etc. Versailles possède, avec son temple protestant, une chapelle anglicane (rue des Bons-Enfants) et une synagogue (avenue de Saint-Cloud).

Le Potager, Le potager ou potager du rot, s'étend entre la rue de Satory et là pièce d'eau.des Suisses. Il fut établi d'abord rue de la Surintendance, sur l'emplacement occupé .depuis par l'hôtel de la guerre et l'hôtel des affaires étrangères (aujourd'hui la bibliothèque). En 1675, Louis XIV chargea Munsart et La Quiutinie de créer un nouveau jardin potager au milieu du vallon, k la place d'un étang qui existait en ce lieu. La. dépense s'éleva environ à 1,800,000 livres". Le potager mesure une étendue de 28 arpents, formant autant de jardins séparés par des murs de refend. Il est aujourd'hui clos du côté de la rue de Satory d'un mur eu pierres de taille dalis lequel s'ouvrent de loin en loin des grilles.

— Palais de Versailles. Le châfeau primitif, construit sous Louis XIII, se composait de quatre pavillons unis par trois corps de bâtiments; une galerie suspendue sur un péristyle à colonnes unissait les deux pavillons de l'est, et un large fossé régnait tout autour du château. .Dès 1660, Louis XIV abandonna Saint-Germain et commença à prendre en affection le petit château de Louis XIII, situé, selon l'expression de Saint- Simon, "dans <le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux, sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, i>arce que" tout y est sable* mouvant ou marécageux, sans air et par éonséquent malsain. » Ce goût naissant du monarque coïncida bientôt avec son amour pour MU= de La Vallière. C'était à Versailles que se cachait la jeune fille. Louis XIV ve-

-nail l'y rejoindre. Eu 1664 eut lieu à Versaihes la première fête dont la blonde maltresse du jeune monarque fut l'âme. Mais déjà le premier soin de Louis XIV uvait été de faire arranger le petit édifice dont son père s'était contenté. Louis Levan fut chargé du travail : deux ailes parallèles, construites par lui à quelque distance du fossé, alignées en dedans avec le profil extérieur des quatre pavillons, formèrent une cour, dite la Cour Royale, plus vaste que la cour du fond. Cette cour fut fermée par une balustrade semicirculaire etpeuelovée. Deux pavillons carrés unissaient cette balustrade à deux" fossés profonds. En avant de ces pavillons, une cour en pente douce s'étendait jusqu'à l'entrée des bois, dans lesquels on avait percé trois larges allées. Des statues de bronze peuplèrent les jardins, qui étaient déjà magnifiques/ En 1070 Levau mourut, et le neveu du célèbre Munsart, Jules Hardouin, fut chargé de continuer les travaux ou plutôt de leur faire .prendre une face et une extension nouvelles.

Le premier projet de Hardouin-Mansart fut de renverser tout à fait le pavillon primitif construit par Louis XIII, mais le roi s'y opposa. Forcé de respecter le manoir primitif, il combla d'abord le fossé qui entourait le château par deux ailes nouvelles ; il joignit les deux pavillons de devant aux ailes construitespar Levau. Ensuite il enleva la toiture voûtée de ces deux ailes et la remplaça par une terrasse bordée d'une élégante balustrade, qu'il couronna de vases, de statues et de trophées. Enfin, il décora les pavillons de l'est d'un beau péristyle formé par six. colonnes d'ordre dorique. Ces premiers travaux achevés, Mansard abattit la galerie en terrasse qui fermait la petite eour du fond. Le cnâteau de Louis XIII parut assez mesquin à côte des deux nouvelles constructions qui le flanquaient. L'architecte ajouta alors quelques ornements aux simples trumeaux et éleva au milieu de la façade principale un avant-corps d'un magnifique balcon soutenu de huit colonnes oonques. Il substitua ensuite une grille droite a la balustrade semicirculaire qui fermait la cour royale. Du côté des jardins, rien ne venait contrarier les plans de l'architecte, dont l'imagination put librement se donner carrière. Au premier étuge de la façade, Mansart déploya toute la richesse de l'ordre ionique et il couronna l'attique d'une riche balustrade, ornée d'urnes et de trophées. Mais bientôt après il y substitua la toiture brisée, dite mansarde, du

VERS

nom de son oncle. II ajouta au-dessus des deux pavillons de l'est un petit dôme, où l'on plaça une horlogee

Malgré les vastes proportions que venait de lui donner Mansart, ce palais ne suffisait pas k loger le quart des officiers attachés a la cour. Alors le roi fit construire pour ses ministres, sur un nouveau ressaut, en avant des ailes de Levau, quatre pavillons, deux de chaque côté de la cour d'honneur, puis deux nouveax corps de bâtiments qui unirent les pavillons affectés aux bureaux des divers ministères. Les grandes et les petites écuries ajoutèrent encore à cette perspective; les pages y eurent des logements commodes. Le Grand-Commun s'éleva sur l'emplacement de l'église et du cimetière Saint- Julien. Enfin, l'aile du midi fut exécutée, simple du côté de la ville, en harmonie complète du côté des jardins avec la triple façade du château. La chapelle, primitivementde ce côté, fut transférée au nord; mais elle allait bientôt être remplacée pur Ta chapelle définitive, commencée en 1699, et qui ne fut achevée qu'en 1710. Ce ne fut qu'après la complète terminaison des ailes du midi et du nord que Mansard supprima la terrasse qu'il avait pratiquée du côté des jardins, au-dessus des neuf ouvertures du milieu du rez-de-chaussée ; il réunit alors les deux avant-corps des angles par une construction analogue et forma dans l'intérieur du palais cette fameuse galerie de Versailles, si vaste et si grandiose.

Cette fois la façade du côté des jardins fut arrêtée définitivement. Mais du côté de la ville, l'architecte mécontent ne cessa jamais d'ajouter, de retrancher, de corriger. En 1680, il prolongea dans tout le pourtour la balustrade qui ne couronnait d'abord que les ailes. Il orna cette balustrade de vases et de statues. Il supprima ensuite deux tourelles hexagones engagées dans les encoignures du château de Louis XIII. La petite cour dû fond fut pavée de marbre noir et blanc (d'où son nom de cour de Marbre); le jet d'eau qui d'abord la décorait fut reporté dans la cour Royale, au milieu d'un bassin octogone. Kn 1684, ce jet d'eau fut supprimé; la grille de la cour des Ministres fut en même temps remplacée par une couu plus élégante, dont la porte est beaucoup plus belle. Sur les deux piédestaux on plaça les deux groupes que l'on udinire encore aujourd'ui : les Victoires de la France sur l'Empire, par Marsy ; les Victoires de la France sur l'Espagne, par Girardon.

En même temps que le palais, les jardins naissaient sous l'iufatigable direction dé Le ' Nôtre.

— Jardins et eaux de Versailles. Sur le revers de la butte opposé au château, des jardins magnifiques remplacèrent les bosquets de Louis Xlll. Mais Le Nôtre eut à lutter longtemps contre un entêtement de Louis XIV, qui s'opposait à ce que l'allée Royale (uite aujourd'hui le Tapis Vert) fût agrandie. Kutïu, à force de prières, Le Nôtre obtint le consentement du roi, fatigue de lutter. Aussitôt il se mit à l'œuvre et passa toute la nuit à faire exécuter son projet. Les autres allées reçurent aussi des dimensions proportionnées k la majestueuse- étendue de l'allée principale. Des pièces d eau nombreuses furent heureusemeiitdistribuées dans ce vaste espace, et l'orangerie, élevée de 1685 à 1686, compléta l'ensemble. Nous donnerons ci-après le détail dans notre description résumée du Versailles moderne. Le jardin de Louis XIII fut bientôfiiiècounais- Sabla. La plus grande partie des terres qui avaient appartenu au parc jusque-la, fut attribuée aux nouveaux jardins, et les limites de ceux-ci ayant été portées plus loin, celles du parc durent nécessairement aussi être reculées. Une nouvelle enceinte enclava les villages de Trianon et de Choisy-aux-Bœufs, qui furent alors détruits; c'est lu' portion qu'on désigne encore sous le nom de Petit- Parc. Les terres des villages supprimés furent départies aux trois fermes do Satory, de Galie et do la Ménagerie. Cette enceinte avait 16 myriamètres de tour ; une seconde, qui en avait 38, enclava les villages de Renucmoulin, Noisy, Bailly, Fontenay, Boisd'Arcy, Saint-Cyr, Guyaucourt et Bue. Leur emplacement est représenté par l'espace connu sous le nom de Grand-Parc. Ajoutons que la clôture de ce Grand-Parc est aujourd'hui presque entièrement détruite et que les terres en ont été en grande partie uliénêes, eu sorte que sa dénomination n'a plus de sens. D'ailleurs les deux enceintes ne furent jamais enfermées exactement l'une dans l'autre. La ville, le château et le jardin les coupent en un point où les deux lignes viendraient à peu près se confondre. Mentionnons enfin que, primitivement, un parc destiné k éiever des cerfs et autres uèles fauves, occupait tout l'espace compris entre le potager actuel et la butte îles iitaugs Gobeil. C'est de ce terrain qu'on lit, sur la fin du règue de Louis XIV, uu nouveau quartier de Versailles, qui conserva le nom de Parc-aux-Cerfs.

Le Petit-Parc se rattache au jardin proprement dit par deux belles pièces d'eau dites, l'une le graud canal, à cause de sa forme allongée, l'autre la pièce d'eau des Suisses, parce qu'un régiment suisse fut employé à la creuser. Ce détail nous fournit une transition pour nous occuper do Ja ques-

VERS

tion aes eaux de Versailles, un des plus sinistres épisodes du régne de Louis XIV.

L'eau manquai'. Pour ramener sur cette butte «ride, environnée de quelques marais insalubres, on dut construire la machine de Marly, destinée à apporter les eaux de la Seine. Mais avant d'en venir là on fit d'autres tentatives, dont nous emprunterons le récit à Suint-Simon. « L'eau manquait, quoi qu'on pût (aire, et ces merveilles de l'art en fontaines tarissaient, comme elles le l'ont encore à tout moment, malgré la prévoyance de ces mers de réservoirs qui avaient coûté tant de millions à établir et à conduire sur le sable mouvant et sur la fange. Qui l'auraitcru? Ce défaut devint la ruine de l'infanterie. Mm°do Mainienon régnait... M. de Louvois alors était bien avec elle; on jouissait de la paix; il imagina de détourner la rivière d'Eure entre Chartres et Maintenon, et de la fuira venir touç, entière à Versailles. Qui pourra dire l'or et les hommes que la tentative obstinée en coûta pendant plusieurs années, jusque-là qu'il fut défendu, sous les plus grandes peines, dans le camp qu'on y avait établi, | et qu'on y tint très-longtemps, d'y parler des malades et surtout des morts que le rude travail et plus encore l'exhalaison de tant de terres remuées tuaient 1 Combien d'autres furent des années à se rétablir de cette contagion! Combien n'en ont pu reprendre leur santé pendant le reste de leur vie! Et toutefois, non-seulement les officiers particuliers, mais les colonels, les brigadiers et ce qu'on y employa d'officiers généraux, n'avaient pas, quels qu'ils fussent, laliberté de s'en absenter un quart d'heure ni do manquer eux-mêmes un qutirt d'heure de service sur les travaux. » Il fallut la guerre en 1688 pour interrompre ce massacre de sang-froid. Pour satisfaire son royal caprice, Louis XIV, ce type de l'égoîsme monstrueux, fit périr des milliers d'hommes et dépensa des sommes énormes qui contribuèrent, avec ses guerres incessantes, à la ruine du pays ; le palais de Versailles, y compris Marly et Trianon, no coûta pas moins de 187,078,535 livres.

— Château de Versailles, de louis XIV jusgu'ànos jours. Avec LouisXlV finissent les véritables fastes de Versailles, de • cette mangerie effrénée,! suivant l'énergique expression de Michelet. Au lieu d'occuper les appartements de son aïeul, Louis XV se logea dans l'aile gauche du' château, divisée en petits appartements, d'où le nom que cette partie u conservé jusqu'à nos jours. Le cabinet des médailles du grand roi* fut transformé en salle de spectacle intime; l'enclos du Parc-aux-Cerfs, qui commençait à se peupler d'habitations, renferma, la plus fameuse des petites maisons du crapuleux monarque. Un événement bien connu acheva de faire prendre en aversion à Louis XV cet immense palais de Versailles, qu'il déserta pour Trianon : c'est dans la cour de Marbre, au moment où il allait monter en voiture, qu'il fut frappé, le 5 janvier 1757, par le canif de Datniens. Mme de Pouipadour no s'en était pas inoins fait construire à Versailles un hôtel somptueux, qui communiquait avec le château par un corridor, et avec le parc par une porte de derrière. Cet hôtel est main tenant le restaurant connu sous le nom d'hôtel des Réservoirs. C'est sous le règne de Louis XV, en 1772, que fut construit le pavillon parallèle à la chapelle, dont • l'architecture forme un contraste choquant avec le reste des bâtiments.

A Louis XV succéda un roi bourgeois, Louis XVI. Pendant que ce prince s occupait de géographie et<de .serrurerie à Versailles, Marie- Antoinette jouait à la fermière au Petit-Trianori (v. Trianon). C'est à Versailles qu éclata, peu de temps après, l'affaire du collier; le cardinal de Kohuu fut, comme on sait, arrêté dans la galerie du château. Avec ce scandale ia fin de lu monarchie u sonné et Versailles ne sera plus la résidence foyale que jusqu'à l'heure où Louis XVI, le front collé aux vitres de son palais, verra au loin s'avancer lentement, au milieu d'une sourde rumeur, celte masse sombre et mouvante, ce peuple de Paris qui l'emmènera prisonnier quelques instants plus tard. Pendant la Révolution, le château de Versailles subit quelques dégradations et fut abandonné. Plusieurs objets d'art furent vendus ou disparurent. Sous l'Empire, Napoléon, qui affectionnait. Trianon, laissa le palais de Versailles désert. Louis XVIII se contenta d'y créer le jardin du Roi sur le plan de celui qu'il avait dans son exil à Hartwell. Sous Charles X, les Chambres consacrèrent une somme de S millions à réparer les façades du château, à. restaurer les peintures et les dorures et à élever un pavillon. Ce fut Louis-Philippe qui donna au palais de Versailles sa destination définitive. En 1831, on émit l'avis d'installer à Versailles des invalides militaires. Le projet fut énergiqueineut combattu par le roi, qui, appuyé ne quelques ministres, finit par obtenir qu'on y créât un musée historique. Louis- Philippe dressa lui-même le plan des salles et des galeries actuelles, qui contiennent plus de 4,000 tableaux et plus de 1,000 statues ou bas-reliefs. Il pressa en outre l'exécution des commandes qu'il s'était empressé de faire aux principaux artistes contemporains. Ces œuvres, dont un grand nombre ont été en quelque sorte improvisées, sont loin d'offrir

VERS

une collection de chefs-d'œuvre. Il est regrettable qu'on ait procédé à la hâte et préféré la quantité à. la qualité. Les travaux de restauration furent dirigés par M. Nepveu, architecte du palais, et les sommes dépensées s'élevèrent en bloc au chiffre de 23,494,000 francs.

L'emplacement d'un nouveau musée, consacré exclusivement à la gloire politique et aux vertus civiles, était désigné dans la partie du palais parallèle à la grande aile du midi, sur l'un des côtés de la rue de la Bi' bliothèque, quand la révolution de Février coupa court a ce nouveau projet.

L'inauguration du musée de Versailles eut lieu le 10 juin 1837 avec une grande pompe. Le musée de Versailles est encore aujourd'hui à peu près tel que Louis- Philippe l'a laissé. On y a transporté toutefois, depuis lors, un assez grand nombre de tableaux de batailles, de portraits et de bustes.

— Château de Versailles actuel. Le château offre aux regards une étendue de 4l5i°, 27 de face, sans compter les façades on retour. Indépendamment de la cour de Marbre, il possède une cour centrale, dite cour Royale, et deux petites cours latérales, la cour des Princes à gauche et à droite la cour de la Chapelle, enfin la grande cour ou cour des Ministres. Il comprend trois corps de bâtiments principaux, une partie centrale et deux ailes. Nous rappelons ce dernier détail pour bien faire comprendre notre description du musée qui vient ci-après.

Cour du Palais ou Cour d'entrée. La grille qui fermait jadis cette cour immense était à 1 endroit où est placée aujourd'hui la statue équestre de Louis XIV. C'était un privilège de pénétrer dans le château par cette cour. Aujourd'hui une autre grille dorée la sépare de la place d1 Armes. Deux groupes de Marsy et de Girardon flanquent cette grille. Plus en arrière, aux deux extrémités de la balustrade, se trouvent deux autres groupes, h droite, la Paix, par Tuby, à gauche, l'Aôoiidance, pur Coysevox. La cour est en outre ornée de seize statues échelonnées, en marbre, dont la plupart ornaient le pont Louis XV (depuis pont de la Concorde), à son origine. Ces statues sont : à droite, celle de Richelieu, par Ramey ; puis celles de Bayard, de Colbert, Jourdan, Masséna, Tourville, Duguay- Trouin, Turenne; à gauche, celle de Suger par Stouf ; puis celles de Du Guesclin, Sully, Launes, Mortier, Suffren, DuquesneetCondé, par David d'Angers. Au centre de 'la cour s'élève la statue équestre de Louis XIV ; le cheval est dffau ciseau de Cartellier; il était .destiné à une statue de Louis XV : la statue est de Petitot. Des deux côtés s'élèvent deux pavillons modernes, formant avances et décorées de colonnes corinthiennes. Sur leur fronton triangulaire apparaît l'inscription de ce nouveau panthéon de l'art : A toutes les gloires de la France.

Cour de Marbre. Cette cour était jadis de lm,75 plus élevée que les appartements inférieurs. On y accède aujourd'hui par une seule marche qui la sépare de ia cour précédente. Elle fut quelquefois le théâtre de fêtes données par Louis XIV : l'opéra de Lulli et de Quinault, Alcesle, y fut notamment représenté en 1674. C'est au balcon du premier étage, donnant sur la cour de. Marbre, que Louis XVI et Marie-Antoinette furent contraints de se montrer au peuple, le 6 octobre 1789.

Chapelle. La chapelle actuelle est la troisième construite dans le château. Elle devait être tout de inarbre, mais la crainte de'la rendre glaciale fit renoncer à ce projet. Elle est d'une ordonnance extérieure assez grandiose, qui s'allie bien avec le reste des bâtiments qu'elle domine. A l'intérieur, elle est richement décorée et ornée de statues et de bas-reliefs. Le maltre-autel est en marbre et en bronze doré. Les chapelles des bas-côtés sont ornées de bas:ïeliefs de Bouchardon et de Slodtz. Parmi les tableaux, il faut citer la Cène, par Silvestre ; Saint Louis soignant les blesses, par Jouvenet. Les peintures à l'huile sur enduit de plâtre qui ornent les plafonds des travées et représentent les apôtres sont de Louis et de Bon Boullongne; la Sainte Thérèse (même emplacement) est de Santerre. Le plafond et le tableau de la chapelle de la Vierge sont de Louis Boullongne. Le grand plafond de la voûte, représentant la Résurrection du Christ, est l'œuvre de Coype). Le tableau placé au-dessus de. la grande tribune royale, en face du maltre-autel, est de Jouvenet et représente la Descente du Saint-Esprit.

Grande Galerie. La grande galerie est une des plus belles de l'Europe ; elle mesure 74 mètres de longueur, 15 de hauteur et 5 de largeur. Elle est éclairée par dix-sept grandes croisées en face desquelles sont autant d'arcades, dont le fond, rempli par des glaces, réfléchit les jardins et les pièces d'eau. Entre les arcades et les croisées sont quarante-huit pilastres de marbre, d'ordre composite, dont les bases et les chapiteaux sont de marbre doré. L'entablement est orné de sculptures représentant des chiffres et des devises de Louis XIV ; sur la corniche sont rangés des trophées auxquels des enfants attachent des guirlandes de fleurs. La plupart de ces ornements ont été sculptés par Coysevox, sur les dessins de Lebrun. Ce derniers neint le plafond, œuvre admirable

VERS

représentant sous des figurés symboliques et allégoriques l'histoire de Louis XIV, depuis 1661 jusqu'à la paix de Nimégue (167S). Cette histoire se divise en vingt grands tableaux et en dix-huit petits; les sujets en sont indiqués par de courtes inscriptions.

Appartements royaux. L appartement de la reine, composé dé plusieurs pièces, est dégarni des anciens tableaux qui l'ornaient primitivement. Les plafonds, œuvre de Gilbert de Sève, sont seuls demeurés intacts. Cet appartement est mal éclairé et mal distribué. L'appartement du roi est contigu au précé- •dent. U se compose d'un grand nombre de pièces, entre autres d'une seconde antichambre appelée Y Œil-de-bœuf.

Salle de l'Opéra. 11 n'existait pas dé théâtre dans le château, sous Louis XIV. Les représentations y avaient lieu alors sur des scènes improvisées. On en commença un en 1753, sous la direction de Gabriel ; il ne fut terminé qu'en 1770. Il fut inauguré cette dernière année à l'occasion du mariage de Marie-Antoinette et du dauphin, depuis Louis XVI. C'est là que fut donné, le 2 octobre 1789, le trop fameux banquet aux gardés du corps, pendant lequel la cocarde tricolore fut foulée aux pieds et remplacée par des cocardes blanches et même des cocardes noires, la couleur de la maison' d'Autriche ! En mars 1871, cette salle de spectacle fut transformée, et ce fut !à quo vint siéger, jusqu'en décembre 1875, l'Assemblée nationale. Depuis le mois de mars 1876, le Sénat de la République s'y est installé. Près de là, dans la cour Verte, l'architecte de l'Assemblée nationale, M. de Joly, a construit en 1875-1876 une nouvelle salle, dans laquelle siège la Chambre des députés depuis le mois de mars 1876.

Musée. Le musée de Versailles, dont nous résumons ici la description d'après une excellente notice de M. Belin, comprend trois corps de bâtiments prinoipaux : le corps central, l'aile du nord et l'aile dû sud.

Corps central, ko Rez-de-chaussée. Le rezde-chaussée du corps central se compose de : un vestibule de bustes et de statues, placé au pied de l'escalier de marbre; quatre salles consacrées aux résidences royales ; la salle des portraits des rois de France ; deux salles contenant les tableaux-plans de plusieurs villes prises sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV; deux salles où sont placées les batailles navales ; les portraits des grands amiraux, dans l'ordre d.e leur promotion; les portraits des connétables de France, rangés dans le même ordre ; les portraits des maréchaux de France (ils occupent deux salles séparées par une galerie, dite galerie Louis XIII); deux salles où sont placés les guerriers célèbres.

20 Premier étage. En partant du .-salon d'Hercule, qui touche au vestibule de la chapelle, sept salons se succèdent, ayant -vue sur la pièce d'eau du Dragon et portant les noms de l'Abondance, ije Vénus, de Diane, de Mars, de Mercure, d'Apollon, de la Guerre. Dans cette longue enfilade, qui formait autrefois les grands appartements de Louis XIV, est distribuée une partie des tableaux représentant les événements de son règne; la suite en est interrompue par la galerie qui porte le nom de ce prince et qui donne Sur la terrasse du grand parterre ; cinq autres salons, donnant sur la pièce d'eau des Suisses et qui portaient autrefois les noms de salon de la Paix, chambre et salon de la Reine, salon du Grand couvert, salle des gardes de la Reine, complètent l'ensemble des événements du règne de Louis XIV, en y ajoutant cependant encore quelques tableaux répartis dans les deux salles des gardes du corps et des" valets de pied, ou placés dans d'autres séries. En haut de l'escalier de 'marbre s'ouvre la grande salle des Gardes, plus tard salle Napoléon; puis la salle de 1792, qui touche à l'aile du sud ; quatre salles consacrées aux tableaux des campagnes de 1793, 1794 et 179C ; une suite de pièces, où sont placées les gouaches et aquarelles représentant les campagnes des armées françaises depuis 1793 jusqu'en 1813; les petits appartements de la reine; l'Œil-debœuf, la chambre du lit de Louis XIV, son cabinet et tout le reste de l'appartement royal ; en outre, la bibliothèque, le salon des porcelaines, la salle de billard, etc. ; le cabinet des gouaches du règne de Louis XV ; la salle des Croisades ; la salle des Etats généraux.

Aile du sud. 1« Rez-de-chaussée. Douze salles consacrées au souvenir de Napoléon et renfermant les tableaux qui représentent tes batailles et les principaux événements politiques de 1796 à 1810 ; une salle de statues et de "bustes de Napoléon et de sa famille; la salle de Marengo; une galerie des statues et bustes, de 1789 à 1814.

20 Premier étage. La grande galerie des batailles, depuis Tolbiac jusqu'à Wagram ; la salle de 1830 ; une galerie de sculptures, du xvie siècle à 1789.

3» Deuxième étage. Collection de portraits historiques, depuis 1789 jusqu'à no3 jours.

Aile du nord. 1<> Rez-de-chaussée. Une série de tableaux représentant les événements les plus remarquables de notre histoire, depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne de Louis XVI inclusivement; une galerie de statues, bustes et tombeaux.

VERS

20 Premier étage. Suite des tableaux historiques du rez-de-chaussée, depuis le commencement de la Révolution; une galerie de statues, bustes et tombeaux.

3° Deuxième étage. Une galerie de portraits historiques antérieurs à 1790.

Tel est le musée de Versailles; son catalogue, presque aussi considérable que' celui du Louvre, forme un volume entier.. Les toiles les plus remarquables sont dues à Horace Vernet, qui a représenté notamment la Prise de la Smala ; à Paul Delaroche, Delacroix, Steuben, Abelde Pujol, Schnetz, Couder, etc. Parmi les sculpteurs dont le musée posr sède des statues et des bustes, nous citerons Pradier, Dumbnt, Beuchot, etc.

— Jardins. Les jardins de Versailles, sur lesquels ouvre une façade du château percée de 375 fenêtres, chiffre énorme, mais trèsexact, comprennent :

îo La terrasse au pied du château. Au bâtiment central s'adossent quatre statues de bronze d'après l'antique, Silène, Antinous, Apollon, Bacchus. Aux angles sont deux vases en inarbre blanc; celui du côté du nord est l'œuvre de Coysevox; ses bas-reliefs figurent la victoire des impériaux su/ les Turcs et l'Espagne reconnaissant la pré éminence de la France ; celui du côté sud, œuvre de Tuby, figure allégoriquenient, par ses bas-reliefs, la paix d'Aix-la-Chupelle et le traité de Nimégue.

' 2° Le parterre d'eau, ainsi nommé parce qu'il présente, au lieu de gazon, deux bassins bordés de marbre blanc, formant tablette et supportant les beaux groupes en bronze fondus vers ,1688 par les frères Keller.

3o Le bassin du Nord. A ses quatre angles'sont des figures de fleuves : la Garonne et la Dordogne, œuvre de Coysevox ; la Seine et la Marne, œuvre de Le Hongre.

4° Le bassin du Midi, également orné de figures de fleuves : la Loire et le Loiret, par Régnaudin ; le Rhône et la Saône, par Tuby. Sur les longs côtés, on admire de magnifiques groupes de nymphes, naïades, zéphyr^s et Amours, en bronze comme les fleuves et dus à Legros, Le Hongre, Van Clève, Magnier, Poultier, Raon, Lespingola. Du centre de chacun de ces deux bassins jaillit, à une hauteur de 10 mètres, une gerbe d'eau qu'entourent seize autres jets d^au inclinés, formant corbeille,

50 Les dtiux parterres du Midi et du Nord, placés devant les deux ailes du palais. On descend au premier par un escalier de marbre blanc orné de sphinx de marbre montés par des enfants de bronze, œuvre de Lerambertjles perrons supportent des vases de inarbre et de bronze sculptés par Bertin et par Butlin. Ce premier parterre est orné de deux petits bassins, d'où s'élance une gerbe et autour desquels des plates-laudes de gazon et de buis brodent de capricieux dessins.

60 L'Orangerie. Construite en 1685 par Mansart , elle est célèbre par sa double rampe d'escaliers et se compose d'une galerie du milieu, mesurant 155 mètres de lon- ^ueuisur 12111,90 de largeur, éclairée de douze fenêtres cintrées et de deux galeries latérales d'une longueur de 143'>',43. Ces galeries offrent trois avant-corps ; celui de la galerie centrale est d'ordre toscan ; quatre colonnes ornent chacun des deux autres. Sous le bâtiment central se trouve une statue de Louis XIV, en marbre, taillée en 1686 et destinée primitivement à orner la place des Victoires. Devant l'Orangeries'aligtient, dans la belle saison, 1,200 caisses d'orangers et 300 caisses d'espèces variées. Parmi les orangers, il s'en trouve un qui provient, diton, ue la confiscation opérée en 1530 par François Ier des biens du connétable de Bourbon. Cet arbre aurait par conséquent plus de quatre cents ans !

7U La pièce d'eau des Suisses. Elle mesure 400 mètres de longueur sur 140 mètres de largeur; a l'extrémité se trouve une statue équestre, œuvre du Bernin et qui représentait Louis XIV; mais le monarque en fut si mécontent, que Girardon imagina delà retoucher et en fit un Marcus Curnus.

8° Le panerre du Nord. Il est parallèle au parterre du Midi et entouré de vases en bronze par Builin, Anguier, etc. A droite et à gauche du perron qui y conduit, on remarque deux statues de inarbre d'après l'antique, le Rémouleur de Foggini et la Vénus accroupie de Coysevox. Dans la partie basse du parterre sont les deux bassins <les Couronnes, décorés de tritons et de sirènes de plomb, œuvre de Tuby et de Le Hongre.

Plus bas se trouve la fontaine de la Pyramide, dont les sculptures, également en plomb, sont de Girardon. Enfin, plus bas encore est un bassin carré, avec cascade, orné de bas-reliefs de Legros et de Le Hongre; Girardon est l'auteur du principal: iesAtympkes au bain. Adossées aux bosquets du parterre du Nord, on remarque les statues suivantes : le Poënie héroïque, par Drouillyj le Flegmatique, par Lespagnandelle; l'Asie, par Roger; le Poème satirique, par Buyster; de chaque côté du bassin carié : le Sunyuin, par Jouvenet, et le Colérique, par Houzeau; enfin, en continuant au delà de l'allée ciaprès : YKiver, par Girardon ; l'Eté, par Hutinot; Y Amérique, par Guérin ; l'Auiom-ii» par Régnaudin.

VERS

9« L'Allée d'eau. On désigne ainsi une allée en pente, dessinée par Clnude Perrault et partagée de bandes de gazon sur lesquelles sont vingt-trois groupes, placés chuoun au centre d un bassin de marbre blanc et soutenant une cuvette, de laquelle s'élance un petit jet d'eau qui va retomber dans le bassin inférieur. Ces groupes, enfants, Amours et Satyres, sont dus k Lerambert, k Legros et k Masson. A l'extrémité de l'Allée d'eau apparaît l'Arc de triomphe. La France, l'Espagne et l'Allemagne y sont figurées assises , la première dans un char, la seconde sur un lion, la troisième sur un aigle; au-dessous expire un dragon, complèiant l'allégorie de la triple alliance; ces statues sont de Tuby et de Coysevox. Entre l'Allée d'eau et le bassin de Neptune se trouve l'ancien bassin du Dragon ; il devait son nom k des ligures bizarres qui ont disparu. Il est aujourd'hui muni de neuf jets d'eau.

10° Le bassin de Neptune. C'est la merveille hydraulique de Versailles. Le long do sa façade méridionale règne une tablette ornée de vingt-deux vases de plomb bronzé, garnie d'un jet d'eau entre chaque vase; ces jets d'eau et ceux qui s'élancent des vast-s, au nombre de soixante-trois, tombent ensuite dans un chenal d'où l'eau, fuyant par des coquilles et des mascamns, est.reçue dans lu grande pièce. La tablette centrale inférieure du bassin supporte trois grroupes de bronze. C'est d'abord, au milieu, Neptune, ayant Ainphiuite à sa gauche, puis Protéeijardant les troupeaux du dieu de la mer, enfin l'Océan ; ces groupas, tous trois du xvtuo siècle (1740 environ), sont dus à Adam aîné, à Bouchaidon et à Le Muyne. Non loin du bassin de 1 Neptune, on remarque deux statues d'après l'untique : Bérénice , par Lespingola , et Faustine, par Kiémery,

11» Le parte ire de Latone. Il communique avec le Parterre d'eau par un escalier central. Les rampes de cet escalier sont ornées des siatues suivantes: le Poème lyrique, par Tuby ; le Feu, par Dossier ; Prisonnier bitrbure, d'après l'antique, par Lespagnandelle ; Venus Catnpyye, d'après l'antique, par Clairion; SHitte portant liitechus, par Mazicre; Antinous, par Legros; Mercure, par Mêla; Apollon du lielvédèie, par Mazeline; le Méluiiculigue, par La Perdrix; Antinous et le Prisonnier barbare, par Lacroix et André; Faune, par Hunlrelle ; ilsiccltus, par Granier; Fàustiu, p»r Regnaudin ; Commode, en Hercule, par N. Coustou ; ifranie, par Frémery. Eitri", vis à-vis de la statue de Gunymède, la Nymphe à la coguitle, , pur Coysevox. Nous n'avons pas bt- soin d'ajouter que toutes ces œuvres sont faites d'après l'antique ; plusieurs des originaux existent même au Louvre.

12° Le bassin de- Latone. Il est situé au milieu du parterre du même nom. Un groupe île Marsy, Latone et ses enfants, est ligure sur le plus haut degré d'une pyramide de gradins de înaibre rouge. Tout autour, des grenouilles l'appellent la lable de Latone et la niélaïuurphose des paysans de la Lycie. A droite et k gauche se trouvent huit vases d'après l'antique, par Cornu, Hardy et Prou. - Non loin «le lu, un aperçoit les siatues, d'après l'antique, de JMocoun et ses fils, par Tuby, et de Castor et Pultux, par Coysevox.

13° Le Tapis veri. Nous av^ns raconté plus haut la création par Le Nôtre de cette immense nappe île gaZ1.11, eu dépit de l'opposition de I. oins XIV. Le Tapis vert est bordé des statues suivantes : Vénus, pur Legros; Faune, par Elaiiien ; Amazone, par Bavietie (ces dernières d'après l'antique); Ùidoii, par Poultier; Achille, eu Pyrrtia, pur Vigier; la Fourberie, par Lecoute, sur on dessin de JVligiiuid ; Junon (antique), Hercule et Tëlèplie, par Jouvenet; Venus de Atédicis (d'après l'antique), Cyparisse, par Klameri, et Arliiémise, par Lefeuvre et Desjardins.

H» Le jardin du Roi. 11 fut créé par Louis XV 111 en 1816, sur le plan de M. Dufour, architecte. Au centre d'un tapis de • verdure s'élève une statue de Plore. À l'extérieur se trouvent deux statues d'après l'untique, Hercule Farnêse et Flore Farnèse, œuvres de Cornu et, de Raon.

150 Le bassin d'Apollon. 11 est situé dans l'axe du palais, à l'extrémité du Tapis vert. Le sujet principal de ce bassin est la statue d'Apollon dans son char a quatre chevaux, entouré de tritons et de monstres marins. Ce groupe forme de loin, par les grandes eaux, un ell'et prodigieux; à la suite du bassin s'é; tend le Grand canal, théâtre des promenades nocturnes de la capricieuse îluchesse de Bourgogne et des feux d'artilice tirés du temps de Louis XIV. Entre le bassin d'Apollon et le commencement du Grand cunat sont rangées les siatues suivantes : Consul romain, Empereur romain, la Foi, par Clodion ; Leucoikoë et Hacchus, hercule, Junon (antique, ainsi que les deux premières); la Clarté, par Baldi, et cinq autres antiques : une Ctéopdtre, un Apollon, un Hercule, un Bucchus et un Empereur romain,

Eiilin, k celte nomenclature il faut ajouter d'abord les bosquets : le bosquet de la Cascade, dit Salle de bal; le bosquet de la Reine, orné de deux belles siatues de bronze, la Vénus de Médieis et le Gladiateur combattant. C'est dans ce bosquet que se passa la scène de comédie dont le cardinal de Rohan fut dupe, premier nœud de cette inextri-

VERS

cable intrigue du collier de la reine ; le bosquet de la Colonnade, orné d'un charmant péristyle de marbre circulaire et comprenant 32 colonnettes de couleurs variées. Sous chacune des arcades séparant ces colonnettes s'élance un jet d'eau d'une vasque de marbre, et dans l'arène formée au centre de ,1a salle de Verdure se dresse un très-beau groupe exécuté par Girardon, d'après les dessins de Le Brun, Y Enlèvement deProserpine; enfin, le bosquet des Bains d'Apollon renferme un' gros rocher, dans lequel on a cueusé une grotte abritant le célèbre groupe en marbre û' Apollon et les Nymphes, parRégnaudin, A quelque distance de Ce groupe, On remarque encore les Chevaux d'Apollon, abreuvés par des Tritons, œuvre de Guérin, et les Triions maintenant des chevaux en lutte, œuvre de Marsy. Enfin, quand nous aurons cité pour mémoire le quinconce du Midi, le bassin du Miroir, le Rond vert, le quinconce du Nord, le bassin d'Encelade, le bassin de l'Obélisque, etc.,tous ornés de groupes ou de statues, oeuvres des mêmes maîtres si fréquemment cités par nous, nous aurons terminé notre examen des jardins de Versailles.

— Grandes eaux. Depuis longtemps on a dû, en présence de l'insuffisance de la machiné de Marly, organiser un vaste système de rigoles qui, contournant les hauts plateaux, ramassent , les eaux de pluie et de ' neige fondue et- vont les verser dans des étangs ou réservoirs creusés pour les recevoir. Les principaux réservoirs sont ceux de Trappes, Saint-Quentin, Saclay, Bois-d'Arcy, Saint-Hubert, Peiray, etc. ■ Le développement des rigoles, dit le savant praticien qui nous fournit ces détails, est de 157,652 mètres, sur une largeur moyenne de 20 mètres environ. Le système des étangs fournit des eaux hautes et des eaux basses. Les eaux hautes, qui sont celles de Trappes, viennent par un aqueduc souterrain de 10,772 mètres de longueur et se réunissent k l'est de Versailles, dans les bassins de Montboron. Les eaux basses viennent delà plaine de Saclay; elles sont d'abord réunies dans des étangs et traversent ensuite la vallée de Bue au moyen d'un aqueduc. Elles arrivent dans 'Versailles à un niveau de 13 mètres plus bas que celles du bassin de Montboron. Ces eaux, soit basses, soit hautes, se distribuent, une partie directement dans la ville ou dans ie parc; une autre, amenée par des conduits du bassin de Montboron au Château d'Eau, au grand réservoir, et de ces deux réser%-oirs elles vont alimenter les bassins du parc. » La quantité moyenne des eaux parvenues dans les étiings est estimée k 5,321,151 mètres cubes. Sur cette quantité, encore réduite par suite des infiltrations et de l'évaporation , la ville absorbe annuellement 2,182,460 mètres cubes. L'excédant forme donc la portion disponible pour les jeux hydrauliques du pare. Nous devons dire en terminant que des perfectionnements apportés k la machine de Marly permettent à Versailles de boire une eau apportée directement, sans transvasement ni stagnation préalables'dansdesétangs successifs, Le parc de Versailles a les petites eaux et les grandes eaux. Les premières jouent environ, l'été, tous les quinze jours; les secondes ne jouent qu'à 1 occasion de certaines fêtes. Celles-ci se composent des bassins réservés, comme la Salle de bal, la Colonnade, les Bains d'Apollon, le bassin de Neptune. Les- petites eaux commencent d'ordinaire à jouer vers 3 heures; les grandes eaux à 4. En dépit des trésors artistiques et historiques qu'il recèle, ie plus grand attrait de Versailles, aux yeux de la majeure partie des Parisiens, ce sont ses grandes eaux.

— Histoire. L'histoire de la ville de Versailles est pour ainsi dire inséparable de celle de' son palais. La v.Ue ne fut, en effet, dans le principe qu'une dépendance du palais, Son • grand commun, • comme on disait jadis. Versailles, auquel cependant se rattachent un si grand nombre de souvenirs, est une ville née d'hier ; elle a surgi, comme le palais, tout k coup, par la volonté de Louis XIV. Ses rues ont été ouvertes et calculées de manière k les mettre en harmonie avec les façades du palais, et des ordonnances de police ont réglé le mode des constructions k élever. De là ce caractère de grandeur un peu monotone qui la distingue. Mais, avant d'en venir à ce Versailles tout moderne, nous essayerons d'en découvrir les origines et l'étymologie. Une charte de 1037, donnée par Odon, comte de Chartres, au monastère de Saint- Pierre de la même ville, est le titre le plus ancien où soit mentionné le nom de Versailles; un certain Hugo de Versaliis figure k cet acte comme témoin. Environ trente ans plus tard (1065 ou 1068), Geoffroy de G omet concède par une autre chatte k l'abbaye de Marmoutiers, en Touraine, trois prébendes k Versailles. Enfin, à dix-huit ans de la (1084), l'évêque de Paris, Geoffroy, comprend l'autel de Saint-Julieu de Versailles [altare sancli Jutiani de Versaliis) dans la concession par lui faite de quelques chapelles dans son diocèse aux mêmes moines de Marmoutiers. A la même époque, on trouve qu'une collégiale existait k Versailles. Vers 1100, le propriétaire du territoire, Philippe de Vér-

. saliis, lassé du monde, alla se retirer k Marmoutiers, après avoir fait diverses concessions k la collégiale. L'abbaye de Marmoutiers eut en sa possession les prébendes, le

VERS

prieuré et la cure de Versailles pendant environ un siècle. En 118O, la collégiale ou prieuré de Saint-Julien avec ses dépendances passa sous l'autorité de l'abbé de Saint-Magloire de Paris. Voilà pour les origines. Quant aux étymologieg, selon les uns le nom de Versailles vient d'un seigneur italien, 'Hugo de Bersnglio, réfugié en France au temps des premières querelles de la papauté. Suivant d antres, ce nom signifierait blés versés et viendrait de l'élévation du sol, qui faisait renverser les moissons. Au xm0 siècle, Versailles était devenu un centre de population faible encore, mais ass'ez considérable néanmoins pour qu'une église paroissiale y fût fondée. Quant k l'ancien prieuré, la dernière trace qu'on en rencontre remonte aux années 166-4 et 1671, époque k laquelle . il fut rédni, sous l'épiscopat de Péréfixe, au diocèse de Paris. En 1561, MartiaJ de Loinénie, conseiller de Charles IX et secrétaire des finances, était-propriétaire delà seigneurie de Versailles. En 1573, il vendit sa seigneurie à Albert de Gondi, maréchal de Retz. Au début, presque tout le territoire de Versailles était boisé. Les défrichements n'eurent lieu que lentement; rien en effet ne pouvait attirer en ce lieu sauvage et où aucun cours d'eau ne venait féconder la terre. Henri IV et le fils de Loménie allèrent fréquemment courre le cerf k Versailles, A cette époque, un moulin, situé sur le point le plus élevé du monticule qui forme Satory, et uns mauvaise auberge -offraient seuls un assez triste gîte aux chasseurs. Henri IV s'en contenta; mais Louis XIII, également passionné pour la chasse, était moins accommodant. Jean de Soisy, propriétaire d'un fief k Versailles, lui ayant proposé de lui vendre son château et sa terre, la vente eut lieu vers 1625, moyennant 50,000 êcus. En 1626, le château royal était terminé.

Saint-Simon, dans ses Mémoires, qualifie cette construction primitive de château de cartes. Elle se composait de quatre pavillons reliés par des corps de logis, avec une cour au milieu. Des arcades, surmontées d'une galerie en terrasse, étaient protégées par un chemin couvert, au-dessus d'un fossé que traversait un ponl-levis. Le tout était construit en brique, dans le goût du temps. Le hameau de Versailles s'élevait alors sur l'emplacement qui s'étend aujourd'hui de la place d'Armes k la porte de l'Orangerie. Derrière le château s'étendait le jardin, formant tout au plus la moitié du jardin actuel. Au dehors, le parc s'étendait jusqu'à Choisy-aux-Bœufs et Trianon. Louis XIII avait placé à la ferme de la ■ Mesnngerie • son cheval et ses équipages de chasse.

Dès le xrve siècle, une léproserie existait k Versailles; Louis XIII la transforma en hôpital de la Charité. Des sentiers descendaient du château bâti ,sur la colline. Bientôt quelques seigneurs de la cour, pour être près du roi, tirent élever quelques maisons le long de ces sentiers qui devinrent des rues. Richelieu eut lk un pied à terre. C'est à Versailles qu'eut lieu l'acte dernier et décisif de la lutte engagée entre le grand ministre et la reine mère; Versailles vit ce jour mémorable du U novembre 1680, devenu célèbre dans l'histoire sous le nom de journée des Dupes, et où Louis XIU donna, au dernier moment, raison k Richelieu. L'Emioeiice rouge, comme on disait ajors, donna son nom k une des plus anciennes rues de Versailles, la rue^du Plessis. Louis XIII mort, Versailles et le petit château de brique, œuvre de l'architecte Lemercier, furent abandonnés par la cour. Moins de vingt ans après, le Versailles actuel devait naître. A la.rigueur, on peutdire que Versailles date du règne de Louis XIII,. mais ce fut Louis XIV qui en fit ce qu'il est. ■ Le roi, dit un historien, éleva d'abord un château pour lui; il éleva ensuite une ville pour son château. ■ La pierre de taille, réservée par lui au château, fut interdite k la ville ; les hôtels, comme les plus simples maisons, ne pouvaient être construits qu'en brique , ou tout au moins devaient-ils avoir l'apparence de la brique, par une couleur rouge coupée de quelques lignes blanches. Le toit de chaque maison devait être recouvert en ardoise, et cette uniformité de constructions perdues dans la verdure des vieux arbres composait un point de vue unique. Des terrains furent donnés aux seigneurs de la cour pour y bâtir des hôtels. Les nouvelles constructions s'élevèrent principalement au nord, dans le quartier dit la Vide-Neuve; ce quartier comprend les rues des Réservoirs, de la Pompe, de la Paroisse, la rue et la place Hoche. L'autre quartier, dit Je vieux Versailles, sa composa des rues de la Surintendance, de l'Orangerie, du vieux Versailles proprement dit et de Satory. La ville s'éleva donc bientôt, comme par enchantement, sur les plans soumis au roi et adoptés par lui. L'emplacement ^ d'une seconde église (Saint- Louis) fut plus tard "marqué du côté du village primitif, au vieux Versailles; elle ne fut achevée qu'en 1734. A la mort de Louis XIV, le Régent conduisit le jeune Louis XV k Vincennes. Mais celuici, devenu majeur, revint habiter le château de Versailles, et la ville prit dès lors de nouveaux accroissements. Un grand étang qui s'avançait jusqu'au bas de la rue des Réservoirs, source de fièvres épidémiques, fut desséché ; un nouveau quartier fut ouvert, percé de dix-huit rues nouvelles et des boulevards de la Reine et du Roi. Ce quartier prit le

VERS

nom de quartier des Prés; il s'éleva sur l'emplacement des prés et du château de Clagny, construit a grands frais, en 1674, par Mansart, pour M'"" de Montespan. Enfin, en 1787, sous Louis XVI, le grand et le petit Montreuil devinrent les faubourgs d'une ville où l'on compta plus de 100,000 habitants! C'est l'époque de l'apogée de la grandeur de Versailles. Le 6 novembre 1788, l'assemblée des notables se réunit a Versailles. Le 5 mai 1789, la salle des Menus reçut les députés de la nation. Versailles fut encore témoin de la fameuse nuit du 4 août, dans laquelle périrent les derniers débris de la féodalité; ce furent les échos de la cité de Louis XIV qui, les premiers, répondirent k la proclamation des droits de l'homme. Le 2 octobre eut lieu dans la salle du théâtre le repas offert par les gardes du corps aux officiers de la garnison. Cette scène, qui souleva l'irritation populaire, se renouvela le lendemain dans la salle du manège. Paris, que l'on trahit, se met en marche. Le peuple à Versaillesl La royauté, ce jour-lk (5 octobre), achève de perdre son dernier prestige et rentre k Paris prisonnière. De ce jour aussi commence pour Versailles cette vie muette quï le fait ressembler, en dépit de son animation militaire, à un tombeau , le tombeau de la monarchie. Versailles resta paisible pendant le cours do la Révolution. Le massacre des prisonniers (9 septembre 1792), qui ensanglanta sa solitude, fut l'œuvre d'une bande venue de Paris; c'est le seul fait révolutionnaire qui s'y soit passé durant la période terroriste. Nous rappellerons qu'à cette occasion la municipalité sut agir avec énergie et parvint à sauver un grand nombre de victimes. Il faut arriver k la fin de l'Empire, k 18U, pour voir la ville proprement dite jouer un nouveau rôle historique; à cette époque Versailles se rendit aux Prussiens, mais en 1815 la ville fut une des premières a arborer le drapeau tricolore. Ses habitants prirent une grande part au terrible combat de Rocquencourt,* où furent complètement battus deux régiments prussiens. Cette victoire fut fatale k Versailles ; Blùuher, furieux de l'échec de ses troupes, y entra le 2 juillet k la tête d'un fort détachement et ordonna k tous les habitants,' sous peine de mort, de lui apporter leurs armes dans un délai de deux heures. «Quand par cette menace, dit un historien contemporain, il eut ôté aux habitants tout rnoj'en de résistance, il permit k ses soldats de mettre la ville au pillage; la plupart des maisons, surtout celles des rues écartées', furent ravagées de fond en comble. • Le gouvernement consulaire fit de Versailles le siège d'un évéohê, dont le premier titulaire reçut ie 3 janvier 1804 le pape Pie VII, qui se rendait k Paris pour y sacrer Napoléon l«r. La création du musée historique donna plus tard (1837) k la ville morte un regain de gloire. Après la chute de Louis-Philippe, le gouvernement de la république n'eut de rapports avec Versailles que pour y placer la haute cour, .qui s'assembla le 7 mars 1849 sous la présidence de M. Bérengsr, afin de juger les accusés du 15 mai. Un an plus tard (25 septembre-1850J, le plateau de Satory fut le théâtre de la revue, désormais historique, passée par le président Louis-Napoléon Bonaparte, et k laquelle assistèrent l'ambassadeur du Népaul et l'ambassadeur d'Angleterre, lord Normanby. Sous le second Empire, Versailles resta la grande ville silencieuse et majestueuse par excellence. Bonaparte lui préféra, comme résidence d'été, Suint- Cloud et Coinpiègne et lui légua l'invasion. Le 20 septembre' 1870, les Allemands se rendirent maîtres de Versailles qui était dans l'impossibilité d'opposer aucune résistance. Peu après, Versuilles reçut te grand étatmajor de l'armée ennemie ; le roi de Prusse, M. de Bismarck, le général de Moltke vinrent s'y installer, et au préfet français on substitua un préfet allemand, M. de Brauchitsch, qui fut chargé de rançonner la population. La municipalité, k la tête de laquelle se trouvait M. Rameau, fit preuve dans ces circonstances d'un grand dévouement. Aux prises pendant cinq mois avec les exigences du vainqueur,- elle disputa le terrain pied & pied et sortit de cette lutte incessante en conservant l'honneur intact. Le 3 octobre, le préfet allemand demanda au conseil municipal de déléguer des agents chargés d'aller acheter des vivres daus les départements non occupés. M. Rameau s'y refusa énergiquement, fit prévaloir son avis et, k partir de ce moment, fut en conflit permanent avec l'autorité prussienne. Le 31 décembre, il fut arrêté par l'ordre de M. de Brauchitsch et emprisonné avec trois membres du conseil municipal, MM. Barué-Perrault, Mainguet et Lefebvre, pour avoir refusé d'approvisionner de vivres l'armée allemande et refusé également de payer une amende de 50,000 francs dont la ville avait été frappée pour ce motif. Les membres du syndicat, en présence de l'attitude menaçante de l'autorité prussienne, payèrent l'amende, et le 6 janvier les prisonniers recouvrèrent la liberté. Le 18 janvier 1871, dans le Salon des glaces du château de Versailles, le roi de Prusse, Guillaume !«*, fut solennellement proclamé empereur d'Allemagne en présence de presque tous les princes de l'Allemagne du Nord. C'est k Versailles que furent signés, le 28 janvier suivant, 1 armistice et la capitulation de Paris, et le 26 février suivant les préliminaires du traité

VERS

de paix entre la France et l'Allemagne. Les Allemands venaient à peine d'évacuer Versailles, lorsque l'Assemblée nationale s'y installa. L'Assemblée, ayant refusé d'aller siéger à Paris, avait choisi cette ville. L'architecte de Joly appropria rapidement la salle du théâtre du palais, et les députés vinrent y siéger au moment même où éclatait à Paris l'insurrection du 18 mars. Le gouvernement tout entier quitta alors Paris. M. Thiers, chef du pouvoir exécutif, s'installa à l'hôtel de la préfecture de Versailles et y forma l'armée chargée de comprimer l'insurrection de Paris. Ce fut à Versailles qu'on amena les premiers prisonniers de la Commune et qu'après la lin de l'insurrection siégèrent les conseils de guerre chargés de juger les vaincus. Depuis cette époque, le palais de Louis XIV a retenti des débats passionnés d'une assemblée que l'histoire jugera avec sévérité , car elle inquiéta lé pays par de folles tentatives de restauration monarchique et se livra à tous les excès de la réaction. Forcée d'accepter enfin la république, elle vota la constitution du 25 février 1875; mais elle eut soin d'y stipuler que les doux Chambres législatives, le Sénat et la Chambre des députés, •siégeraient à Versailles, et elles y siègent, en effet, l'une et l'autre depuis le mois de mars 1876. Depuis 1871, grâce à l'installation du gouvernement et du pouvoir législatif dans cette ville , la physionomie de la cité s'est animée.

— Célébrités. Versailles a donné le jour a Hoche, à l'abbé de l'Epée (dont la statue de bronze s'élève au centre du marché Saint- Louis) ; au statuaire Houdon, au poëte Ducis, au maréchal Berthier, prince de Wagrain, et à M. Tissot, académicien.

VERSAIRE s. f. (vèr-sè-re — rad. verser).

Agric. Nom de la jachère dans quelques

localités.

VERSANT, ANTE adj. (vèr-san, an-te — rad. verser). Sujet a verser, qui verse facilement, en parlant d'une voitufe : Ce cabriolet est frëî-VEBSANT. Les berlines sont

peu VERSANTES.

— Moll. Coquille versante, Coquille univalve, dont l'ouverture est quelque peu échancrée.

VERSANT s. m. (vèr-san — rad. verser).

Pente d'un des côtés d'une chaîne de montagnes : Les hêtres s'avancent haut sur les versants, jusqu'à plus de 3,000 pieds. (H. Taine.)

VERSATILE udj. (vèr-sa-ti-Ie — lat. versatilis, facile à tourner, mobile ; du verbe versare, fréquentatif de vertere, proprement retourner, renverser, de la racine sanscrite var. V. verser). Qui change facilement d'àvis, d'opinion, de volonté : Homme versatile. Sous le despotisme, les lois sont versatiles comme te caprice de celui qui gouverne. (Montesq.)

— Ornith. Se dit du doigt interne des oiseaux quand il peut se porter en avant et en arrière. ^

— Bot. Syn. d'osciLLANT, en parlant des anthères.

— Syn. Versatile, changeant, inconstant, léger, etc. V. CHANGEANT.

VERSATILITÉ s. f. (vèr-sa-ti-li-té — rad. versatile). Caractère de ce qui est versatile : Montrer de la versatilité dans ses sentiments, dans ses opinions. La versatilité dans les mesures d'administration est aussi fatigante pour le peuple que pour le prince. (De Lévis.)

VERSCIIAFFELT {Pierre de), connu en Italie sous le nom de Pieiro Fiamcngo (Pierre le Flamand), sculpteur belge, né à Gund en 1710, mort en 1793. Il lit ses premières études dans sa ville nat:ile, chez un sculpteur sur bois, se rendit ensuite à Paris et y travailla dans l'atelier de Bouehardon. En 1737 il partit pour Rome, où il fut bien accueilli du pape Benoît XIV, et exécuta le buste et la statue en marbre, de grandeur naturelle, de ce pontife. Versohaffeit laissa, en outre, à Bologne, à Naples et à Ancône un grand nombre d'autres œuvres et, d'Italie, se rendit d'abord en Angleterre, puis à Manheiin, où il devint directeur de l'Académie des beaux-arts et premier sculpteur de^ la cour. On voit dans cette ville, ainsi qu'à Sclrwetzingen, une foule de productions dues à son cissau; il a, en outre, dirigé la construction de plusieurs édifices publics.

VERSCIIETZ ou VERSECZ, ville des Etats autrichiens (Hongrie), à 79 kitom. S. de Temesvar, sur le canal du même nom ; 1 6,000 hab. Evêché grec; gymnase. Récolte de vin, de soie et de riz.

VERSCHORISTE s. m. (vèr-cho-ri-ste).

Hist. relig. Membre d'une secte fondée en Hollande, en 1600, par Jacob Verschoren.

VEBSCHDCR1NG (Henri), peintre hollandais, né a Gorcum dans la première moitié du xvue siècle, mort en 1690. Elève de Govertz et de Jean Both, il partit pour l'Italie et résida successivement à Rome, à Florence et à Venise, copiant les chefs-d'œuvre des maîtres. 11 jouissait déjà d'une certaine réputation comme peintre d histoire, lorsqu'il s'adonna à la peinture de batailles. Après un séjour de sept ans en Italie, il revint dans sa patrie, suivit, en 1672, l'armée hollandaise, dessinant les troupes en bataille,

VERS

les campements, les marches, les attaques,etc. Aussi la plupart de ses tableaux, et le nombre en est grand, sont-ils remarquables par leur vérité et leur exactitude. Verschuuring excelle surtout dans les Batailles, les Attaques de voleurs, le Pillage des villages par des soldats. Une de ses toiles les plus estimées représente un Parti bleu pillant un château; elle est pleine de vie et de mouvement, et d'un vigoureux coloris. Cet artiste excellait dans la gravure a l'eau-forte, mais ses productions en ce genre sont presque introuvables, et l'on ne connaît aujourd'hui que quatre de ses gravures, savoir : Déroute de cavalerie, Voyageur en manteau, Dogue couché, Lévrier debout. Verschuuring était bourgmestre de Gorcum et jouissait de l'estime de ses compatriotes, lorsqu'il périt dans une tempête à quelque distance de Dôrdrecht.

VERSE adj. (vèr-se — du lat. versus, tourné). Géom. Sinus verse, Partie du rayon d'un arc qui est comprise entre l'arc et le pied du sinus.

— s. m. Artill. Ancienne sorte de fauconneau.

— s. f. Métrol. Mesure géodésique qui était employée en Egypte et dans une partie de l'Asie.

— Agric. Accident par lequel les moissons sur pied sont couchées à terre, au lieu de garder la position verticale qui favorise la maturation.

— Comm. Grande corbeille contenant 25 livres de charbon.

— Loc. adv. A verse, Abondamment, comme si on versait l'eau, en parlant de la pluie qui tombe : Le ciel était en feu de toutes parts; la pluie tombait A verse. (Boss.) Il pleut présentement A verse. (Mjae de Sév.)

VERSÉ, ÉE (vèr-sé) part, passé du v. Verser. Répandu, qu'on a fait couler : Du vin versé dans les verres.

Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ?

Racine.

— Jeté à terre, renversé, en parlant d'une voiture : One calèche versée au milieu de la rue.

— 'Fig. Exercé,' instruit, expérimenté : Homme versé dans la politique, dans les sciences, dans les affaires, dans le commerce.

— Blas. Se dit pour Renversé, de certains meubles seulement : Cadole de Tasqucs, en Languedoc : de gueules, au croissant verse d'argent.

VERSÉ (Noël Aodert de), controversiste français, né au Mans vers le milieu du xvue siècle, mort à Paris en 17M. Il étudia la médecine dans cette dernière ville, abjura le catholicisme pour suivre la religion réformée, et se réfugia en Hollande. Nommé ■ pasteur aux environs d'Amsterdam, il fut suspendu de ses fonctions sous l'accusation de socinianisme; toutefois, il fut reçu bourgeois d'Amsterdam et obtint l'agrégation au ' Collège de médecine. L'exercice de son art ne lui procurant que des ressources -insuffisantes, il se mit à écrire dans les journaux. En 1690, il obtint l'autorisation de rentrer ' en France, et revint au catholicisme; aussi ! reçut-il une pension du clergé pour attaquer ! ses ex-coreligionnaires. Ses principaux écrits j sont : le Protestant pacifique (Amsterdam, 1684, in-l?); l'Avocat des Protestants (1686, in- 12); Traité de la liberté de conscience (Cologne, 1687, in-16): la Clef de l'Apocalypse de saint Jean ou Jïisloire de l'Eglise chrétienne sous la quatrième monarchie (Paris, 1703, 2 vol. in-12),

VERSEAU s. m. (vèr-sô — rad. verser).

Astron. Nom de l'une des douze constellations du zodiaque, la onzième en commençant par le Bélier, il Signe du zodiaque qui figurait autrefois cette constellation, mais qui s'en éloigne de plus en plus par le mouvement de précession des équinoxes.

— Constr. Pente du dessus d'un entablement non couvert.

— Encycl. Astron. Le Verseau, en latin Amphora, est représenté par le symbole ks qui a la prétention de signifier un cours d'eau. Le soleil, sortant du Capricorne, y entre vers le 19 ou le 20 janvier, et en sort, au bout d'un mois, pour entrer dans les Poissons.

Vers le 1" octobre de chaque année, à neuf heures du soir, cette constellation passe au méridien. Elle est indiquée, sous l'étoile i de Pégase (le Petit Cheval), par trois tertiaires formant un triangle aplati, dont la base se prolonge en une file d'étoiles entre le Capricorne et les Poissons. De cette base part, comme une pluie, une foule de très-petites étoiles, formant 1 eau qui sort de l'amphore et se rapprochant de^l horizon. C'était a juste titre que le Verseau annonçait aux Egyptiens l'inondation du Nil.

L'origine de cette constellation , comme* celle de toutes les autres, est diversement expliquée. Les dissertateurs les plus profonds inclinent à croire qu'elle représente Ganymède, le beau Ganyinède que Jupiter fit enlever par un aigle pour lui servir le necur, en remplacement d'Hébé. (V. Virgile, l'Enéide, liv. III et V, et Ovide, les Métam., Hv. X.)

VERSELET s. m. (vèr-se-lè — dimin. de vers). Petit vers. Il Verset. U Vieux mot.

VERSEMENT s. m. (vèr-se-man — rad.

VERS

verser). Action de verser de l'argent, des valeurs dans une caisse, entre les mains de, quelqu'un : Faire un versement. Opérer un versement. Echelonner une souscription en plusieurs versements.

VERSER v. a. ou tr. (vèr-sé — lat. versare, fréquentatif de vertere, tourner. L'acception de répandre, faire couler, est déduite de l'idée de renverser un vase ou de l'incli-. ner pour en faire sortir la liquide. La signification originaire, renverser, se trouve encore dans La Fontaine, qui disait : verser an champ, imitant en cela le versare glebas d'Horace; elle reparaît aussi dans le composé renverser. Quant au latin vertere, il se rattache à la racine sanscrite vart, tourner). Répandre, faire couler : Verser de l'eau dans une cruche. Verser du vin dans un verre. Verser du plomb fondu dans un moule.

Verser de l'orge dans un sac. Ceux qui ont besuin de la lumière d'une lampe ont soin d'y verser de l'huile. (Rollin.)

— Faire tomber, en parlant de la voiture que l'on conduit ou des personnes qu'elle renferme : Le cocher a versé sa voiture, nous A versés dans un bourbier,

— Fig, Infuser, faire pénétrer : La vie a tant d'amertumes, qu'il. ne faut pas que ceux qui peuvent l'adoucir y versent du poison, (Volt.)

J'adoucirai ta peine en écoutant fa plainte, Et mon cœur versera du baume dans ton cœur.

LAUARTINE.

Il Répandre, distribuer : Un peupla à qui l'on versb la liberté tout d'un coup ne résiste guère à cet enivrement subit. (E. Laboulaye.) Les astres, qui semblent verser sur nous la lumière et la vie, apparaissent comme les forces qui nous protègent et nous nourrissent, (A. Maury.)

— Verserdes larmes, des pleurs. Pleurer : Une émotion tendre ou pénible fait verser des larmes. (Flourens.)

Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive Nul ne viendra verser des pleurs.

Gilbert.

— Verser le sang, Tuer on faire tuer quelqu'un : On pardonne quelquefois à celui qui verse le Sang, jamais à celui qui en recuit le prix. (Chateaub.) Il Verser son sang, Donner, sacrifier sa vie : Verser son Sanû pour la patrie. Ceux gui versent leur sang pour l'Etat ont bien un peu le droit de savoir si c'est de l'Etat qu'il s'agit quand ils se battent. (Mme de Staël.)

— Verser l'or à pleines mains, Le prodiguer follement.

-~ Verser ses secrets, ses peines, ses chagrins dans le cœur, dans le sein de quelqu'un, Les lui confier : Versez dans mon sein toutes vos peines. (V. Hugo.)

— Verser le mépris, le ridicule sur quelqu'un, Le rendre méprisable, le couvrir de ridicule, il En ce sens, on dit mieux déverser.

— Fin. Déposer, fournir, en parlant des espèces, des valeurs : Verser une somme dans une caisse. Verser des fonds pour une entreprise, pour une affaire.

— Agric. Coucher à terre, en parlant des moissons sur pied : L'orage a versé nos blés.

— v. n. ou intr. Tomber sur le côté, en parlant d'une voiture et de ceux qui sont dedans : Son cabriolet est sujet à verser. Nous versâmes à Centrée du village. \

— Par ext. Tomber, rouler à terre :

Il vaut mieux, à mon aiûs.

Verser a table qu'en route.

DÉSAUaiEttS.

— Fig. Faire une chute morale; subir un échec : Les hommes ne connaissent guère que tes excès; on chancelle à gauche, on verse à droite. (Aignan.) Sur le chemin de la vie, nous versons tous à la même place. (A. d'Houdetot.) Qu'importe de quel côté on verse au fond de l'abime? Une seule chose importe, c'est de n'y pas verser. (E. de Gir.)

— Agric. Etre renversé, couché, en parlant des céréales sur pied : La pluie, le vent a fait verser les blés, tes avoines. Les blés

VERS

fins versent beaucoup plus facilement que les gros blés. (M. de Dombasle.) Lorsque l'on craint, à sa végétation luxuriante, que le blé ne vienne à verser, oh y fait passer les moutons pour brouter tes jeunes pousses. (Raspail.) Se verser v. pr. Etre versé: Ce vin doit se verser avec précaution, il Etre déposé, en parlant dé sommes, de valeurs* Les impôts se versent chez les percepteurs,

— Verser à soi : Sa verser un verra de vin, un verre de bière.

— Syn. Verser, répundre. V. REPANDRE.

VERSET s. m. (vèr-sè — dimin. de vers). Chacun des petits paragraphes qu'il est d'usage de distinguer et de numéroter dans la Bible; division analogue dans un antre ouvrage : Le huitième verset dn premier chapitre de la Genèse. Le verset correspond à ces repos que la respiration impose, tors même que le sens ne les exige pas, (Renan.)

— Liturg. Dans l'office du bréviaire, Paroles tirées de l'Ecriture, et suivies presque toujours d'un répons : Chanter le verset et le répons.

Le pasteur était a coté Et récitait, a l'ordinaire, Maintes dévotes oraisons, Et des vei-sets, et des répons.

— Typogr. Signe en forme de v barré (f)} que l'on emploie, dans les livres d'église, pour Indiquer les versets.

— Encycl. Bibliogr. Les versets furent imaginés, à l'origine, pour suppléer à la ponctuation. On distinguait ainsi, chez les Grecs et les Latins, les membres et les sousmembres de la proposition. Chaque verset formait une ligne, ce que les Grecs appelaient stichos. Le compte des versets donnait le nombre de lignes qu'il y avait dans un volume. Nous savons, par les commentaires, qu'Asconius Pedanius, grammairien latin du ier siècle après J.-C, écrivit, sur les discours de Cicéron, que les œuvres de l'orateur romain étaient divisées en versets, et que ces versets étaient numérotés. Asconius en cite

i plusieurs par leurs numéros. Les discours de Déinosthène étaient'de même divisés en ver- . sets. Saint Jérôme introduisit cette distinction par versets dans l'Ecriture sainte, pour en faciliter la lecture et l'intelligence aux simples fidèles. • Souvent, disent les bénédictins ■ dans le Nouveau traité de diplomatique, on mit, au commencement d'une nouvelle phrase ou d'un verset, une lettre un peu plus grande et qui avançait plus que les autres lignes. Les vides en blanc suppléaient encore aux interponctuations; et c est la plus ancienne manière de ponctuer, ou plutôt de marquer sans point la pause qui laisse au lecteur le temps de respirer, en même temps qu'elle met de la netteté dans le discours. >

Après l'invention de l'imprimerie, ce sont les psaumes que l'on divisa d'abord en versets dans le Quintirplex psalterium (1509, info].), qu'imprima à Paris le premier des Estienne. En 1528, Sauctes Pagniu, dans sa Bible la-tine, plaça des chiffres en marge des versets, imitant en cela les Bibles hébraïques", mais sans distinguer chaque verset par un alinéa. Robert Estienne divisa par versets le texte du Nouveau Testament (1551). Ce système fut adopté unanimement par le clergé de France, et Vitré suivit l'exemple de Robert Estienne dans sa belle édition de 1652. VERSEUR s. m. (vèr-seur — rad. verser). Min. Appareil établi à l'orifice d'un-puits de mine, pour faire basculer et vider les wagons, les bennes et les berlines, à mesure que la maehine d'extraction les amène : Verseur à chariot. Verseur fixe à étriers.

— Mathém. Ligne dont la longueur et la position indiquent la valeur d'un nombre imaginaire.

— Comm. Employé de la halle de Paris qui distribue le poisson par lots, avant la vente à la criée.

— Encycl. Mathém. Quelques savants ont proposé de figurer les nombres par des li-

gnes droites partant d'un même point fixe O et différemment inclinées sur un axe fixe Ox. Les nombres positifs seraient représentés par des longueurs proportionnelles comptées de O vers x; les nombres négatifs le seraient par des longueurs comptées de O vers x'; enfin, pour représenter un nombre imaginaire,

a + bV^l,

préalablement mis sous la forme

p (cos ô + tfZ^ï sin «),

on porterait la longueur ?, ou le module du nombre, sur une droite faisant avec Ox un

angle égal à l'argument 8, compté de droite à gauche comme en trigonométrie. Ainsi OA représenteniit le nombre ayant pour module OA et pour argument a:OA. OA, ainsi dirigé, prend le nom de verseur du nombre représenté.

Ce mode de représentation a été utilisé par M. Mourcy pour la démonstration de ce théorème de Cauchy, que toute équation algébrique a une racine de la forme

Les combinaisons arithmétiques entre les nombres y sont assez simplement remplacées par des combinaisons graphiques. Ainsi

VERS

pour ajouter la quantité représentée par OB a celle que représente OA., il suffirait d'achever le parallélogramme construit sur ces deux droites; la diagonale donnerait le verseur de la somme. En effet, le verseur d'un nombre* peut être défini : la droite dont la projection sur Qx est la partie réelle du nombre et dont la projection sur lu perpendiculaire Oy en est ïa partie imaginaire,

débarrassée du signe V — 1- Or, l'addition de

deux nombres imaginaires se fait en ajoutant séparément leurs parties réelles et leurs parties imaginaires; le verseur d'une Somme doit donc donner pour projection sur les deux axes les sommes des projections des verseurs des parties ; or, la résultante des deux verseurs est la seule droite qui remplisse les deux conditions. Pour multiplier les nomj bres dont OA et OB sont les verseurs, il faudrait ajouter les arguments et multiplier les modules. Or, la multiplication des modules, l'unité étant naturellement donnée, reviendrait à la construction d'une quatrième proportionnelle à cette unité, à OA et à OB^etc.

VERS1COLOBE adj. (vèr-si-ko-!ore — lat.

versicolor ; de versus, changé, etdeco/or, couleur). Qui a diverses couleurs, qui est mélangé de plusieurs couleurs.

— Hist. nat. Qui change ou varie de couleur suivant l'incidence des rayons lumineux : Feldspath visrsicoi.obe.

— s. m. Ornith. Espèce de corbeau, qui vit en Chine et au Jupon. **

VERSICOSTÉ, ÉE adj. (vèr-si-ko-sté — rlu lat. versus, divers; cosîa, côte). Hist. nat.- Qui offre des côtes inégalement saillantes,

VERSICDLET s. m. (vèr-sUku-lè — du lat. versicutus, dimin. de versus, vers). Petit vers : Je ne vous envoie point les vriïsicui.kts faits en l'honneur de il/1'0 Clairon. (Volt.)

VERSIFICATEUR, TRICE s. (vér-si-fi-kiiteur, tri -se — nul., versifier). Celui, celle qui fait des vers; celui, celle qui se fait remarquer plutôt par la facilité et l'élégance que par l'invention et le génie : Malheur au

VERSIFICATEUR qui n'eSt que VISBSIPICATIiUa !

(Volt.) // y a entre le poêle et le vkrsifica tkuu ta dislance qui se trouve entre l'orateur et le rhéteur. (NoSl.) On nait poète, on devient versificateur. (Vacquerie.)

— Encycl. On confond assez souvent le versificateur avec le poiHe. C'est une erreur grave. Quand on dit simplement d'un écrivain qu'il est un bon versificateur, on dit seulement qu'il entend bien l'art des vers; mais cela ne prouve pas qu'il soit poëte. On peut être tout à la fuis versificateur et poëte ; on peut n'être que l'un ou l'autre, toutefois, les grands poètes sont en généra! d'excellents versificateurs. C'est sur des règles convenues que repose la versification. C'est de l'âme que jaillit la poésie. Emportée ou tendre, voluptueuse ou chaste, étiueelante ou voilée, elle réfléchit les passions et les sentiments de celui qui chaule; création spontanée, elle a le charme, le mouvement et l'élan que ne sauraient donner les procédés artificiels, mais elle a aussi cette merveilleuse et secrète ordonnance sans laquelle il n'y a pas de véritable création. Son désordre n'est jamais qu'apparent; il s'explique par cette mystérieuse logique des passions à laquelle obéit le cœur humain. Telle est la puissance de la vraie poésie. La confondre avec l'art do faire des vers, de bien ordonner des strophes, d'imaginer des ihytbmes, est une erreur de rhéteur dont la critique moderne a depuis longemps fait justice. Sans doute, la poésie veut, pour s exprimer, une langue harmonieuse, cadencée, qui se plie aux mouvements de l'âme, où l'image se reflète avec ses plus délicates nuances; sans doute, le grand poBie, mieux que personne, parlera cette langue et sera un grand artiste ; mais sans la poésie, celte langue des vers n'a plus que le charme d'une vide et matérielle harmonie et le mérite puéril de la difficulté Vaincue. Le poète élève l'âme; le versificateur Hutte l'oreille.

Afin de l'aire mieux sentir la différence qui existe entre le versificateur et le poëte, prenons pour exemple un des hommes les plus illustres de notre littérature classique, Jean- Baptiste Rousseau , non dans ses Epigrammes, où il montra une incontestable supériorité, mais dans ses Odes. Disciple de Boileau, il travailla vingt ans sous les yeux de ce maître rigide. « J'en appris, dit-il, tout ce que je sais en poésie. » Or, quo pouvait lui apprendre l'auteur du Lutrin? La rime, la césure, les effets des rhythmes variés, l'harmonie des vers, la pureté et les délicatesses de la langue, en un mot la versification. Mais la poésie 1 Elle est ou elle n'est pas : ou ne saurait l'apprendre d'un maître ni l'enseigner à des disciples. C'est donc de la versification que veut parler Rousseau, par une confusion de mots généj-ale, du reste, à cette époque.

Les Odes de Rousseau, variées de rhytbme et remarquables par une coupe de strophe toujours conforme au sujet, sont cependant, presque toutes, d'une déplorable monotonie. C'est qu'elles ne viennent pas de l'âme et n'éveillent ni nos sentiments ni nos enthousiasmes. Tout y est de convention : pensées, images, passions ; et l'éternelle mythologie enveloppe la pensée d'un linceul glacé. Dans

VERS

les imitations de la Bible, ~le vers français laisse parfois passer quelques parfums de cette grande et intime poésie des psaumes; parfois il s'assouplit, il s'attendrit ; le tiersifipateur s'oublie, et il semble que le prophète lui-même tienne la lyre d'où s'échappent des notes graves et tristes. Mais quand le souvenir des chœurs à'Esther et lYAtlialie traverse cette lecture, on sent bien vite à quel degré Racine l'emporte en grâce et en sentiment, en délicatesse et en force, en douceur et en éclat.

Parmi nos postes contemporains, Alfred de Musset et surtout Victor Hugo peuvent être cités comme présentant toutes les qualités du vrai poëte mis en regard du simple versificateur, qui n'a que du talent tandis que le poète brille par le génie.,

VERSIFICATION s. f. (vèr-si-fi-ka-si-on — rad. versifier). Art, manière de faire, de tourner les vers : Versification savante, aisée. Versification incorrecte , lâche , pénible. Connaître les règles de la versification. La versification est un art singulier dont l'examen est inépuisable. (Mme de Staël.) La versification française, avec ses alexandrins qui vont deux à deux, a peu de majesté et de mouvement. (Michelet.) Il Emploi des vers : La versification est nécessaire à l'ode et à l'épopée. (Condillac.)

— Encycl. Les principales règles de la versification peuvent se réduire à huit. Elles concernent : la mesure, la césure, la rime, l'inversion, l'hiatus, l'enjambement, les licences poétiques et les mots poétiques.

— De la mesure des vers. Dans les vers français , chaque syllabe se nomme pied ; ainsi, au lieu de dire un vers de six, de dix, de douze syllabes, on dit plus généralement un vers de six, de dix, de douze pieds.

11 y a des vers de douze, de dix, de huit, de sept? de six, de cinq, de quatre, de trois, de deux et même d'un pied. Les vers de neuf et surtout ceux, de onze pieds sont inusités.

Quand un vers se termine par une syllabe muette, cette syllabe ne compte jamais dans pi mesure du vers :

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde.

La Fontaine.

Elle ne compte pas non plus dans le corps du vers quand elle est suivie d'un mot qui commence par une voyelle ou un à inuet : Ma filic, il faut céder : votre heure est arrivée.

Racine.

Ces syllabes comptentdavant une consonne ou un h aspiré ;

Le masjue tomie, l'homme reste, Et le héros s'évanouit,

J.-B. Rousseau.

Si l'e muet est suivi des lettres s, ni, il ne compte pas pour une syllabe à la lin du

Le sage est ménager du temps et des paroles.

La FONTAINE.

[dent.

Mais sur le front des camps déjà les bronzes gron-

Lamartire.

Mais il compte toujours pour une syllabe dans le corps du vers, mémo quand il est suivi, d'une voyelle ou d'un h muet :

Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces.

BOILKiU.

Ni l'or ni la grondeur ne nous rendent heureux.

La Fostaine.

Dans les troisièmes personnes des verbes en aient, l'e est considéré comme nul, et ces mots peuvent entrer dans le corps d'un vers, même devant une consonne :

Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants.

Voltaire.

Il n'en est pas ainsi pour les verbes en oient, qui, à l'exception de soient, ne peuvent précéder une consonne. Ainsi, ce vers est régulier :

Qu'ils soient de vos écrits les compagnons fidèles.

Celui-ci serait faux :

Les hommes croient toujours les choses qu'ils désirent-

Ces distinctions pourront paraître un peu subtiles ; néanmoins, nos meilleurs poètes les ont observées.

L'e muet venant a la suite d'une voyelle dans l'intérieur d'un mot ne compte pas pour une syllabe ; ce cas se présente le plus ordinairement dans les, mots en uemeiit et en iement , comme dévouement, reniement, et dans les futurs des verbes de la première conjugaison, comme tuerai, crierons, louerez. Exemples :

Je me dévouerai donc, s'il le faut; mais je pense Qu'il est boa que chacun s'accuse ainsi que moi.

La Fontaine.

Je vous sacrifirai cent moutons; c'est beaucoup Pour un habitant du Parnasse.

La Fontaine.

Quand ce cas se présente, il est préférable de supprimer l'e muet et de le remplacer par un accent circonflexe. > .

Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot, comme ia, iai, ian, iau, t'en, te, ièj iel, ière, ieu, io, ion, etc., il est essentiel de savoir si elles forment deux syllabes ou une seule, c'est-à-dire si elles se prononcent en deux ou en une seule émission de voix ; si l'on doit dire i-a ou ia, i-ai ou t'ai, i-au ou

VERS

iau, i-ctn ou ian, etc. Cette règle, qui n'a qu'une importance secondaire en grammaire, doit être rigoureusement observée dans la versification; caria régularité du vers en dépend.

la forme généralement deux syllabes, comme dans di-amant, di-adème, étudi-a, confi-a, vi-ager, etc. ; excepté dans diable, diacre, fiacre, liard.

Iai forme deux syllabes, comme dans je ni-ai, je dévi-ai} je mari-ai, ni-ais, etc. ; excepté ïtans bréviaire.

Biais est à volonté d'une ou de deux syllabes.

> Ian e£ ien (se prononçant ian) forment deux syllabes : étudi-anl, oubli-anl, li-ant , pati-ent, expéri-ence, expédi-ent. Il faut ex-cepter oiaritie.

Iau, forme deux syllabes : rni-auler, bestiaux, impéri-aux, etc.

Ien (se prononçant Un) ne forme généralement qu'une syllabe dans les petits mots, tels que bien, chien, rien, mien, tien, sien, je Dte«s, je riens; excepté li-en, qui en forme deux. Il cat de deux syllabes dans les mou plus longs, et, en général, dans les adjeetifâ d'état, de profession ou de pays, comme grammairi-en, comêdi-en, musici-en, historien, magici-en, et dans les noms propres, comme Phrygi-en, Quinlili-en, etc. Cependant il est d'une seule syllabe dans chrétien, maintien, obtienne, appartienne. Los poètes font ancien et gardien tantôt de deux, tantôt de trois syllabes.

lé n'est ordinairement que d'une syllabe, comme dans amitié, moitié, pitié, siège, liège, etc.; excepté dans pi-été, sali-été, et dans les participes des verbes en ier, comme humiti-é, mari-é, appréci-é.

le est toujours monosyllabique, comme diète, Heure, chaumière; excepté qualri-ème, inquiè-te.

Iel est d'une syllabe dans ciel, miel, fiel, et de deux dans ia plupart dos autres cas : essenti-el, artifici-el, matériel, véni-el, etc.

1er est do deux syllabes dans les verbes, comme humili-er,justifi-er, appréci-er, etc.

Dans les autres mots, substantifs ou adjectifs, tir est de deux syllabes s'il est précédé d'une consonne double, comme br, dr, tr, bl, et, etc. : marbri-er, madri-er, meurtri-er, tubli-er, boucli-er.

Il est d'une seule syllabe après une consonne simple, comme papier, mûrier, meunier, premier, dernier, etc.

Hier est, à volonté, de deux syllabes ou d'une seule :

Mais ki-er il m'aborde, et me prenant la main : ■ Ah! monsieur, m'a-t-il dit, je vous attends de-

[main.»

Boileau.

Le bruit court qu'avanl-Aier on vous assassina.

Boileau.

/erre est toujours monosyllabique, comme dans lierre, pierre, etc.

Ieu est 'monosyllabique dans les substantifs, comme épieu, milieu, Dieu.

11 est dissyllabique dans les adjectifs, tels que audaci-eux, amuiti-eux, séri-eux; excepté vieux, ot l'adverbe mieux.

10 est de deux syllabes, comme dans violence, vi-olon, dià-cèse; excepté dans babiole, fiole et pioche.

Ion est dé deux syllabes dans tous les substantifs, comme reiigi-on, nati-on, créali-on, et dans les verbos en ier ; nous étadi-ons, nous fortifi-ons, etc.

11 est monosyllabique dans les autres cas : nous étions, que nous aimassions.

Ui est monosyllabique : construire, fuir, déduire; excepté ru-ine , bruine, pitu-ite, flu-ide, suicide.

Oui esc de deux syllabes, comme jou-ir, éblou-tr, inou-i; excepté dons I'ufbrmatif oui.

Oc est dissyllabique, comme dans po-ëme, po-ête; excepté dans poêle et moelle.

Oin est monosyllubiquo : coin, soin, besoin.

leur est dissyllabique : antéri-eur, ingénieur, supéri-eur.

Oue est dissyllabique :jou-et, lou-cr, avouer; excepté fouet et fouetter.

Ue et ua sont dissyllabiques : attribu-er. du-el, su-er, tu-er, ruade; excepté écucllc.

— De la eèsure. Dans les vers de douza pieds, on doit observer un repos entre la sixième et la septième syllabe, c'est-à-dire au milieu du vers. Ce point de repos se nomme césure; chaque moitié de vers s'appelle hémistiche :

Aux petits des oiseaux — Dieu donne leur pâture.

Le plus souvent, la césure est faible et n est marquée par aucun signe de ponctuation; mais le repos n'en est pas moins sensible.

La césure s'observe aussi dans les vers do dix pieds; alors la repos a lieu entre la quatrième et la cinquième syllabe, ce qui donne quatre pieds pour le premier hémistiche et six pour le second :

Coulez, mes vers, — enfants de la nature.

La. césure est défectueuse :

1° Si elle coupe un mot en deux :

Que peuvent tous les fai — blés humains devant

[Dieu 1

20 Si elle tombe sur une syllabe muette qui ne s'élide pas :

La bonne fortune — rend le cœur orgueilleux.

VERS

Mais si l'élision est possible, c'est-à-dire si le second hémistiche commence par une royelle, la césure est bonne :

C'est en vain qu'au Parnasse — un téméraire au-

[teur...

Le repos étant la condition essentielle de la césure, celle-ci sera encore défectueuse quand elle tombera entre deux mots inséparables par le sens, comme :

1° Un déterminatif et un nom:

Ja fus témoin de la — fureur qui l'animait

20 Un qualificatif et un nom :

S'il pouvait de ce lieu — suprême s'approcher. C'est encore un plus grand — sujet de s'étonner.

Il j* a exception h cette règle quand le nom est accompagné de plusieurs adjectifs : Morbleu! c'est une chose — indigne, basse, infâme)

3° La préposition et ses compléments :

Moi, vous revoir après — ce traitement indigne!

4° Le pronom sujet et le verbe :

Je me flatte que vous — me rendrez votre estime,

50 Les deux parties d'une locution :

Quoi ! vous fuyez tandis — que vos soldats combattent !

6» Le verbe être et l'attribut :

On sait que la chair est — fragile quelquefois.

7° L'auxiliaire et le participe :

Le maltre-autel était — orué de fleurs nouvelles.

80 Les monosyllabes pins, très-fort, bien, mal, mieux, trop, et les adjectifs qui les suivent :

Ce jargon n'est pas 1res —nécessaire, il me sembla,

— De la rime. Comme nous consacrons, dans ce dictionnaire, un article très -développé à la rime, nous y renvoyons le lecteur.

— Inversion ou transposition des mots.

Quoique les règles da la langue poétique ne diffèrent pas des règles de la prose, il est cependant permis de faire, dans la construction de la phrase en vers, des transpositions que la prose n'admettrait pas, "et qui contribuent pour beaucoup à. l'harmonie et à la noblesse des vers. Mais il faut faire ces transpositions avec goût, de manière qu'elles ne produisent aucune dureté, aucune équivoque, et qu'elles conservent ce caractère de netteté, de clarté et de précision qui est propre à la langue française.

On peut transposer :

10 Le sujet du verbe :

Je fuis, ainsi le veut ia fortune ennemie.

2° Le complément du nom :

Dieu combla du chaos les abîmes funèbres. D'une jirison sur moi les murs posent on vain.

3° Le complément indirect du verbo :

Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture.

40 Les compléments circonstanciels : Yers la ville a l'instant ils trottent côte & côte. De sa tremblante main sont tombés les fuseaux.

50 Les adverbes :

[mes.

Quelques crimes toujours précèdent les grands cri-

L'insecte vainement cherche à leur échapper.

On ne doit pus trunsposer le eomidémeût direct du verbe; ainsi, il n'est pas permis de dire avec Rucine :

Et si quelque bonheur nos armes accompagne, ni avec la Fontaine :

Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite. L'aigle et le chat-huanWcurs querelles cessèrent.

Un certain loup dans la saison Que les tiedes zéphyrs ont l'herbe rajeunie... Iris, je vous loùrais; il n'est que trop aisé; Mais vous avez cent fois notre encens refusé.

Mais l'inversion est légitime et même nécessaire, aussi bien en prose qu'en vers, si le complément direct est un pronom personnel ou relatif:

Toutes les dignités que lu m'as demandées. Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées.

— De l'hiatus et de l'enjambement. Nous en parlons longuement dans des articles spéciaux auxquels nous renvoyons le lecteur.

— Des licences poétiques. Si la poésie a les entraves de la mesure et de ia rime, elle a aussi certains privilèges certaines licences, qui ne sont pas accordées à la prose. Ces licences portent principalement sur l'orthographe des mots.

11 est permis au poëte :

10 D'écrire encore avec ou sans e, suivant les besoins de la mesure où de la rime :

Bncor si vous naissiez a l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage.

20 D'écrire avec ou sans s les mois jus* ques, jusque; certes, certe ; naguères , naguère; guère, guères; grâces à', grâce à, et certains noms propres, comme Athènes, Athène; Thèbes, Thèbe; Londres, Londre; Chartes, Charle; Démoslhènes, Démosthène'; Versailles, Versaille, etc, :

Sion, jusques au ciel élevée autrefois,

Jusqu'aux enfers maintenant abaissée.

Racihb.

Thèbes a cet arrêt n'a point voulu se rendre.

rue in g.

Et l'on insulte au dieu que Tkèbe entière adore.

Dcsajntanoe.

30 De supprimer s de la première pet-

VERS

sonift de certains verbes, comme j'aperçois, j'aperçoi; je crois, je croi; je dois, je doi; j'avertis, j'averti; je ris, je ri :

Portez a votre pire un cœur où j'enfreuoi Moins de respect pour lui que de haine pour moi.

Racine.

Vous ne répondez pas? Perfide, je le uoi, Tu comptes les moments que tu perds avec moi.

— Des mots poétiques. Le style de La poésie doit être plus choisi, plus relevé, plus noble que celui de la prose. Aussi y a-t-il certains mots, certaines locutions surtout, qui, très-usitées en prose, rendraient la poésie vulgaire. Ce sont les suivantes : c'est pourquoi, afin que, pourvu que, parce que, de même que, après que, à moins que, nonseulement, en effet, d'ailleurs, pour ainsi dire, etc.

Quant aux mots qui sont par eux-mêmes bas et vulgaires, le véritable poste suit les relever et tes ennoblir, et trouver dans son génie l'artifice qui fuit disparaître la bassesse des choses que ces termes expriment. Racine en offre d'heureux exemples :

Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux.

Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

Racine.

Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?

Racine.

Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillait de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse.

Racine.

Tu le vois tous les jours, devant toi prosterné, Baiser avec respect le pavé de tes temples.

Racine.

Donnez ; peu me suffit. Je ne suis qu'un enfant; Un petit sou me rend la vie.

Alex. Guiraud.

Beaucoup d'expressions, qui seraient un peu emphatiques dans la prose ordinaire , sont employées surtout en poésie. En voici quelques-unes :

Achéron, Cocyte pour Enfer.

Acier — . poignard, épée,

couteau.

Airain, bronze. . — Canon, cloche.

Amphitrite. ... — La mer.

Antique — Ancien. ,

Aquilon — Vent violent.

Courroux — Colère.

Coursier — Cheval.

Epouse, époux. . — Femme, mari.

Flamme — Amour.

Forfait — Crime.

Glaive — Epée.

Hymen, hyménée. — Mariage.

Labeur — * Travail.

VERSIFIER v. a. ou tr. {vèr-si-ft-é — lat. versificare; de versus, vers, et de facere, faire. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous versifiions; que 'vous versifiiez). Mettre en vers : Versifier un compliment. Thomas Corneille a écrit très-mal la tragédie, et il a versifié assez heureusement le Festin de Pierre. (Laharpe.)

— v. n. ou intr. Faire des vers; tourner les vers : Aimer à versifier. Il ni suffit pas, pour être poète, de savoir vkrsifier. Je chasse peu, je versifie beaucoup. (Volt.)

VERSIFORME adj. (vèr-si-for-me — du lat. versus, changé, et de forme). Hist. nat. Dont la forme est sujette à changer, à varier.

VERS1GNY (Jean-Baptiste-Victor), avocat et homme politique frunçais, né à Gray (Haute- Saône) en 1819, mort en 1872. Il étudia le droit à Paris, se fit inscrire au barreau de cette ville en 1842 et devint secrétaire de M. Bonjean. Ses opinions républicaines lui valurent d'être nommé, en 1849, représentant du peuples l'Assemblée législative dans la Haute-Saône. Il siégea avec les républicains, lit une vive opposition au gouvernement réactionnaire de Louis Bonaparte et se signala par ses qualités oratoires. Son talent et la fermeté de ses convictions le tirent exiler de France après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. M. Versigny se rendit alors en Suisse et se fixa à Neuchàtel, où il s'occupa particulièrement de la création de chemins de fer. De retour en France en 1864, il reprit sa profession d'avocat à Paris. Après la révolution du 4 septembre 1870, le gouvernement de la Défense l'appela a faire partie de la commission provisoire qui remplaça le conseil d'Etat (19 septembre), et il en devint un des membres les plus actifs. Lors de la nomination des membres du nouveau conseil d'Etat par l'Assemblée nationale, la majorité réactionnaire l'ecarta de ce corps. Il mourut quelque temps après, à la suite d'une douloureuse maladie. Un lui doit un ouvruge intitulé : De l'influence du criminel sur le civil (Dijon, 1843, iu-80).

VERSION s. f. (vèr-si-on — lat. versio; de versum, supin du verbe vertere, proprement tourner, retourner). Traduction d une langue dans une autre; se dit surtout en parlant des textes anciens : Version littérale. Version chaldaïgue, arabe. La version des Septante. Lut/ter ne put souffrir qu'un autre que lui se mêlât de tourner ta Bible; il eh avait fait une version très-élégante en sa langue. (Boss.) Il Traduction que font les élèves d'une langue ancienne en leur propre langue : Version

VERS

grecque. Vkrsion latine. Faire une version, sa version. Etre le premier en version. Obtenir le premier prix de version.

— Manière de raconter un fait : Il y a sur ce fait différentes versions. (Acad.)

— Chir. Manœuvre qui a pour but de retourner l'enfant qui se présente mal dans l'accouchement : Version occipitale. Version pédale. [I Version spontanée, Mouvements qu'exécute le fœtus pendant la première période du travail.

— Syn. Version, 11-aduCtlon. V. TRADUC- TION.

— Encycl. Chir. Il arrive parfois que

dans un accouchement le fœtus, au lieu de se présenter par une' de ses extrémités, est placé transversalement au détroit supérieur (v. bassin). La longueur du fœtus étant plus grande que le plus grand diamètre du bassin, il est impossible que le phénomène de la parturition se termine dans de semblables circonstances. Si cependant le fœtus, très-petit, est mort et ramolli par son séjour dans les eaux de l'amnios (v. fœtus), il «pourra se plier de façon à pénétrer dans le petit bassin. D'autres fois, le fœtus vivant pourra changer lentement de position de façon a offrir au détroit supérieur une de ses extrémités. Ce changement de position à la période ultime de la grossesse a reçu de M. Velpeau le nom d'évolution spontanée. Mais ce ne sont là que des terminaisons exceptionnelles. Le plus souvent, malheureusement, le cas où le fœtus se présente transversalement entraîne fatalement la mort de la mère et de l'enfant, à moins que l'accoucheur ne vienne y remédier. Pour cela, il pratique une opération dans laquelle il ramène au détroit supérieur du bassin l'une des extrémités fœtales. C'est cette opération qui porte le nom de version. Les deux extrémités pouvant être ramenées au détroit supérieur, il en est résulté deux sortes de versions : la version céphalique et la version pelvienne.

Les anciens, pénétrés des précepte"! hippocratiques, considéraient toute présentation autre que le sommet comme une présentation non naturelle, et alors, quand le siège était au détroit supérieur (v. position), ils tentaient par des manœuvres externes, avant la rupture des membranes, de retourner la tête et de la ramener à la partie inférieure de la matrice. Cette opération était encore pratiquée chaque fois que la tète se trouvait dans une des fosses iliaques (présentatien du tronc), ou quand elle était inclinée vers l'une ou l'autre épaule, ou bien encore si on avait reconnu une présentation de la face^ qui n'est qu'une présentation du sommet défléchi

Page 1