‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 667 sur 1042 · V. VjESTERAS · texte numérisé non relu

V. VjESTERAS

VESTIAIRE adj. (vê-sti-è-re — lat. vesliarius; de vestis, habit). Qui a rapport au vêtement : Arts VESTIAIRES.

— s. m. Lieu où l'on serre les habits dans une communauté : Le vestiaire d'un couvent.

Il Pièce où les membres d'une assemblée politique, d'un tribunal, revêtent et déposent leur costume : Le vestiaire du Sénat, Le vestiaire de ta chambre de cassation. Il Endroit ou l'on dépose certains vêtements et quelques • accessoires que l'on ne porte que lorsqu'on est dehors : Déposer son manteau, son parapluie, sa canne au vestiaire.

— Dépense que l'on fait pour les habits des religieux, des religieuses; argent qu'on leur donne pour s'habiller.

— Hist. Officier du palais des empereurs de Constantinople , chargé du soin des vêtements,

— Ornith. Syn. de drépanis.

* VESTIBULAIRE adj. ( vè-sti-bu-lè-re — rad. vestibule). Anst. Qui appartient, qui a rapport au vestibule de l'oreille : Cavité VES- TIBULAIRE. Rampe vkstibulairb du limaçon.

— Chir. Taille vestibuluire, Opération de la taille de la femme, faite par le vestibule.

VESTIBULE s. m. (vè-sti-bu-le — lat. vestibulum, mot que plusieurs étymologistes font venir de Vesta, la déesse du feu et le feu luimême, parce que les Romains entretenaient du feu près de la porte de leur maison. Curtius croit que vestibulum est composé de ne, préfixe négatif, et de stabulum, proprement lieu). Pièce par laquelle on entre dans un édifice, et qui sert de passage pour aller aux autres pièces :

Un petit escalier, un petit vestibule Une petite chambre, un salon minuscule.

Un boudoir tout petit, petit. Tenez, ce soir, J'apporterai son plan pour vous le faire voir! Rolland et Du Bots.

— Fig. Introduction, ce qui prépare, ce qui conduit : La viaison de prêt sur gage, le prêt fût-il gratuit, est le vestibule de l'hôpital. (Proudh.)

— Anat. Première partie du labyrinthe de l'oreille. Il Ensemble des parties de la vulve jusqu'à la membrane hymen exclusivement.

Il Espace triangulaire limité par les ailerons des nymphes et l'orifice de l'urètre.

— Encycl. Arcbit. Les Grecs donnaient au vestibule le nom de prodromos ou protkyrou ; c'était une sorte de cour, située entre la porte d'entrée et la voie publique. On y recevait ceux qui venaient saluer le maître de la maison , de manière que, sans entrer dans l'intérieur, ils ne restassent pas dans la rue. Vitruve nous apprend, dans la description de la maison romaine, que le vestibule était un local de simple nécessité et sans' aucune décoration. C'était un de ces endroits, comme la cour et les galeries, où tout le monde entrait librement; c'était donc, en quelque sorte, une partie extérieure, et tous ceux qui ont essayé de dessiner, d'après les indications de Vitruve, une maison romaine ont fait du vestibulum un espace ouvert par devant et sans aucune clôture.

Tels étaient tes vestibules dans l'antiquité.

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De nos jours, le vestibule communique ordinairement k la cour ou au jardin. Il donne accès au rez-de-chaussée, et l'escalier principal vient y aboutir. Le vestibule est le premier endroit où l'on entre. C'est là aussi que se tiennent les gens de service. On distingue, dans l'architecture, deux sortes de vestibules. Les uns sont formés du côté de l'entrée par des arcades, ils sont quelquefois clos de chassis vitrés ; d'autres sont ouverts et se composent de colonnes ou de pilastres, qui servent de décoration aux murs de face de la maison.

La première espèce de ces vestibules appartient aux palais ; ils sont quelquefois ornés d'ordres de colonnes, de niches avec des statues. Mais comme nos édifices nesont point construits sur un plan uniforme, ainsi que l'étaient ceux de l'antiquité, il est impossible de décrire exactement nos modernes vestibules. Il y a sur la nature de cette pièce, sur sa situation, sur son ordonnance, autant de diversité que de monuments. L'usage affecte même le mot vestibule à beaucoup d'édifices qui né sont ni des maisons ni des palais. Ainsi, l'on dit dans le style noble le vestibule du temple, pour désigner le porche d'une église. Les Grecs avaient le mot pronaon (avant le temple). On donne, non moins improprement, le nom de vestibule à une espèce de petite antichambre qui sert d'entrée k un médiocre appartement.

Un vestibule ne comporte, en aucun cas, ni meubles, ni glaces, ni tableaux, ni riches ornements; il est décoré avec des pilastres, des colonnes simples, quelquefois, mais rarement, des statues.

Les architectes distinguent plusieurs sortes de vestibules :

l» Le vestibule à ailes, qui, outre le grand passage du milieu couvert en berceau, est séparé par des colonnes de ce que l'on nomme des ailes nu bas-côtés plafonnés. Tel est le beau vestibule du palais Farnèse à Rome. Quelquefois les bas- côtés sont voûtés, comme ceux du grand pavillon au Louvre. 2° Le vestibule en péristyle, divisé en trois parties; tel est celui qui se trouve au milieu du palais de Versailles- 3° Le vestibule figuré, formant des avant-corps ou des arrière-corps revêtus de pilastres et de colonnes ; tel est le vestibule du château de Maisons. 4° Le vestibule octostyle rond, à huit colonnes, adossées comme au Luxembourg (côté du jardin), ou isolées, comme k l'ancien hôtel de Beauvais. 5° 1« vestibule simple ayant ses faces opposées également décorées; tels sont les vestibules du palais des Tuileries et de l'hôtel de ville de Lyon, eu Le vestibule tétrastyle, à quatre colonnes isolées et en rapport avec des pilasires ou d'autres colonnes engagées; tel est le vestibule dus Invalides.

— Anat. Le vestibule est situé dans l'oreille interne, en dedans du promontoire, entre- les Canaux demi-circulaires et le limaçon. Cette cavité, un peu aplatie de dehors en dedans, présente, d'après M. Sappey, 0m,004 dans son diamètre transversal, 0œ,005 dans son diamètre vertical et on1, 006 d'avant en arrière. Sur les parois du vestibule, on trouve sept grands orifices, trois dépressions, une crête et de* nombreux pertuis osseux. L'un des sept orifices est la fenêtre ovale fermée par la base da l'étrier et située sur la paroi externe, un autre orifice est situé à la partie antérieure et inférieure du vestibule ; c'est l'embouchure de la cavité du limaçon appelée orifice de la rampe vestibulaire du limaçon. Les cinq derniers orifices sont tous situés sur la paroi postérieure du vestibule; ils constituent les embouchures des trois canaux demi-circulaires. Il n'y a que cinq embouchures au lieu de six, parce que deux des trois canaux demicirculaires se réunissent par l'une de leurs extrémités avant d'arriver au vestibule. Il semble que la fenêtre ronde devrait aussi être apparente dans le vestibule. Elle en est séparée par uue cloison osseuse, qui prend naissance au - dessus d'elle et qui se porte dans l'intérieur du limaçon, de sorte que cette cloison limite par sa face supérieure le veslibule, et par sa face inférieure un conduit spécial ou rampe tyinpanique du limaçon. C'est à l'extrémité postérieure de cette rampe qu'est piacèe la fenêtre ronde. En d'autres termes, le vestibule forme une cavité au-dessous de laquelle est un aqueduc; la cavité et l'aqueduc se continuent vers le limaçon. Les dépressions sont situées, toutes les trois, sur la paroi interne; l'une est supérieure, une autre inférieure, la troisième postérieure. La supérieure est appelée fossette semi-ovoïde ; l'inférieure est connue sous le nom de fossette hémisphérique, et la postérieure a reçu celui de fossette sulciforme. La première est en rapport avec l'utricule du labyrinthe membraneux, la deuxième avec le saccule. La crête est une saillie osseuse, dirigée d'arrière en avant entre les fossettes hémisphérique et semi- ovoïde et terminée k sa partie antérieure par un petit renflement ; c'est la pyramide du vestibule. De nombreux pertuis peuvent être observés sur la paroi du vestibule. L'un d'eux, isolé, est situé au fond de la fossette sulciforme ; c'est l'oririce vestibulaire de l'aqueduc du vestibule, qu'on étudie en ostéologie aur la face postérieure au rocher. L'artère au vestibule la traverse. Les autres permis sont extrêmement nombreux et forment trois groupes ou portions criblées. Un groupe se trouve placé en partie sur la pyramide, on partie

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dans la fossette semi-ovoïde ; on l'appelle tache criblée antérieure. Un groupe moyen est situé au fond de la fossette hémisphérique et constitue la tache criblée moyenne. Enfin, en arrière de la fossette sulciforme et au niveau de l'orifice ampullîve du canal demi-circulaire postérieur, on voit un troisième groupe qui constitue la tache criblée postérieure. Ces taches criblées sont percées de trous qui donnent passage aux branches terminales du nerf auditif. V. oreille.

On appelle encore vestibule de la vulve une surface triangulaire d'une étendue de O^jOB environ, limitée en haut par le clitoris, en bas par le méat urinaire, et de chaque côté par les petites lèvres, qu'il faut écarter- pour l'apercevoir; cette surface est plane et pourvue de petites papilles.

VESTIE s. f. (vè-stî). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des solanées, type de la tribu des vestiées, dont l'espèce type croît au Chili.

VESTIÉ, ÉB adj. (vè-sti-é — rad. vestie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre vestie.

— s. f. pi. Tribu de la famille des solanées, ayant pour type le genre vestie.

VESTIER (Antoine), peintre français, né à Avallon (Yonne) en 1740, mort k Paris en 1824. Il visita la Hollande, l'Angleterre, puis se fixa à Paris, où il se fit connaître par des portraits k l'huile et par des miniatures.Vestier fut agréé en 1785 à l'Académie de peinture et reçu académicien en tirre en 1766. Beaucoup de ses portraits figurèrent aux expositions du Louvre. On cite notamment ceux de Pierre, de Mmo Dumont et de la lille de Vestier. Cet artiste excellait dans les accessoires et les draperies; mais le modelé de ses ligures et le coloris laissent k désirer.

VESTIGE s. m. (vè-sti-je— lat, vestigium, trace, mot dont l'origine est controversée. Curtius croit que vestigium est formé de ye, prérixe marquant séparation, et d'un primitif stigium, se rattachant k la racine sanscrite stiy/i, monter. Ainsi le latin vestigium signifierait proprement absence de montée. Corssen repousse l'explication de Curtius- et fait venir vestigium de la racine sanscrite vas, dans l'acception de laisser, rester). Empreinte que laisse le pied de l'homme ou de l'animal : Son pied n'a laissé aucun vestige. Certains animaux antédiluviens ont laissé des vestiges qu'on a étudiés avec beaucoup de sagacité.

— Par ext. Traces, inarques subsistantes de ce qui a péri : De cette tour il ne reste que des vestiges. Cette ville a péri sans laisser

de VESTIGES.

— Fig. Mémoire, preuve subsistante d'une chose qui n'existe plus : Il est probable que les feux de la Saint-Jean su7tt un vhstiGb de l'adoration des éléments. (B. Coust.)

~ Suivre les vestiges lie giteigu'uii, Imiter sa conduite : Il a suivi les vestiges de ses aïeux. (Acad.)

— Philos. Dans le système cosmologique de saint Thomas d'Aquin, Effet qui représente la cause sans en reproduire la forme.

— Chir. Fracture du crâne sans séparation, sans écartement des parties.

— Syn. Ye«»ige, «racc.V. TRACE.

VEST1MENTAL, ALE adj. (vè-sti-man-tal, a-le — du lat. vesttmentum, vêtement). Qui concerne les vêlements : Il doit se montrer élégamment tenu, suivant les lois vestimentaires qui régissent les différentes heures de la journée. (Balz.) 11 Inus.

— Gomm.» Essence vestimentale, Essence propre à nettoyer, dégraisser les vêtements.

VEST1NS, en latin Vestini, peuple sabellien de l'ancienne Italie centrale, k l'E., entre les Prétutiens au N. et les Maruecins au S. Ils avaient pour ville principale Amiternum. Ils prirent part aux guerres des Samnites contre les Romains, qui no les soumirent définitivement qu'en 295 av. J.-C.

VESTIPOLINEs.f. (vè-sti-po-li-ne). Comm.

Sorte d'étoffe de laine, qui se fabrique à Beauvais.

VESTIR v. a. ou tr. (vè-stir). Forme ancienne du mot vêtir.

— Féod. Investir , mettre en possession d'un fief ou d'un héritage.

VESTITURE s. f. (vè-sti-tu-re — du vieux français vestir, vêtir). Hist. nat. Ensemble des caractères qu'offre la surface d'un corps vivant. Il Peu usité.

VESTON s. m. (vè-ston — rad. veste).

Petite veste ronde.

VESTB1 (Louis), acteur italien, né k Florence en 17S1, mort k Bologne en 1841. Fils d'un conseiller du grand-duc, il étudiait la médecine lorsque, s'étant lié avec Altieri, il joua chez lui avec succès un rôle dans la tragédie de Philippe. Il se prit alors de goût pour le théâtre, entra dans une compagnie de comédiens et parut avec un remarquable talent dans les rôles comiques. Vestri joua successivement sur les théâtres de Florence, de Livourne, de Milan, de Trieste et fut partout applaudi. Ses compatriotes le surnommèrent le Ko.ciu. de l'Italie. Il réussissait dans ies rôles les plus variés et provoquait avec la même facilité le rire el les pleurs.

VESTR1CIUS SPURINNA, général et poète romain. V, SpURINNA.

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YESTRIS, célèbre famille de danseurs, originaire de Florence, dont le véritable nom était Vcatri, et qui a illustré pendant près d'un siècle l'art chorégraphique français.

YESTR1S (Gaetano - Apollino-Balthazar), surnommé Vectri* 1«, ou bien encore le beau VeairU, pour le distinguer de ses quatre frères et de son tils, qui suivirent la même carrière, né à Florence en 1729, mort à Paris en 1808. Venu en France vers 1740 avec sa famille, il reçut les leçons de Dupré et débuta en 1748 sur la scène de l'Opéra, Sa danse parut un chef-d'œuvre de grâce et de noblesse. Reçu l'année suivante, il devint, dès l'année 1753, membre de l'Académie de danse que Louis XIV avait fondée. De fréquentes excursions k Stuttgard, où le grandduc de Wurtemberg avait un théâtre des mieux organisés, procurèrent au jeune Vestris les moyens de s'exercer dans son art avec une liberté qu'on ne lui laissait pas toujours k Paris. Le chorégraphe Noverre, chef de l'école de Stuttgard, et qui s'attribuait l'invention du ballet-pantomime, avait jeté les yeux sur lui pour opérer les réformes qu'il se proposait d'apporter dans la danse dramatique. Vestris, luttant contre les préjugés et l'ignorance , parvint à faire abandonner les pas de convention, les accoutrements ridicules. C'est lui qui éleva véritablement la danse au rang des beaux-arts. Le premier il osa danser sans masque ; c'était dans le ballet de Médée et Juson, de Noverre, exécuté le 10 décembre 1770. Jouer la pantomime avec un visage de carton, c'eût été par trop ridicule. Le novateur étonna tout le inonde par l'énergie de son exécution ; on le trouva parfuit de vérité, d'expression, de variété dramatique. A compter de ce jour, il ne prit plus le masque que dans les ballets d'opéra et parut k visage découvert dans tous les ballets de pantomime. Bientôt même il se lassa de danser l'entrée d'Apollon, dans Castor et Potlux, avec le masque, la perruque immense et un grand soieil de cuivre sur la poitrine ; il osa rompre tout à fait avec la tradition, et cette heureuse innovation fut accueillie avec faveur. Castor et Potlux était un des grands succès de Vestris, dont les progrès avaient été tels qu'à la retraite de Dupré on l'avait jugé digne de remplacer ce fameux danseur. Il ne tarda pas k le surpasser, en dépit de ce passage de la Déclama' tion du potite Dorât :

Lorsque le grand Dupré, d'une marche hautaine, Orné de son panache avançait sur la scène, On croyait voir un dieu demander des autels Et venir se mêler aux danses des mortels. Dans tous ses déplolrnents, sa danse simple et pure N'était qu'un doux accord des dons de la nature. Vestris, par le brillant, le fini de ses pas, Nous rappelle son maître et ne l'éclipsé pas.

La réputation de Gaetano Vestris était européenne, et il eu tirait une. insupportable vanité. Toutefois, il n'est pas vrai qu'il se soit jamais fait surnommer le dieu de la danse, ou, pour prononcer avec un accent italien dont on s'est plus d'une fois diverti, le diou de la danse. Tout en s'admirant luimême avec un enthousiasme et une ingénuité des plus rares, c'est k son lils Auguste, dont il était plus fier encore que de luimême , qu'il réservait cette appellation : « Auguste est plus habile que moi, disait-il. C'est tout simple : Gaétan Vestris est son père, avantage que la nature m'a refusé. • Bien qu'il ne sût ni lire ni écrire, il ne manquait jamais de se mettre au nombre des trois grands hommes du siècle, s'adjugeant dans cet illustre triumvirat le première place : « On ne compte aujourd'hui, disait-il, que trois grands hommes vivants : moi, Voltaire et le roi de Prusse. « Après les incroyables triomphes d'Auguste Vestris à Londres, où le Parlement avait suspendu ses séances pour aller le voir danser et l'applaudir, il modifia légèrement sa phrase. > Depuis que la mort de Voltaire, lui dit Gardel, a réduit k deux membres un sublime trio, le compléterez-vous avec un second Vestris? — Corpo di Baccol repondit Gaétan, moi et Sa Majesté prussienne sommes tout juste à la hauteur de la jambe de mon tils Auguste, »

Gaétan Vestris porta la danse noble et majestueuse à son apogée, mais ses compositions chorégraphiques n'eurent jamais beaucoup d'importance. On a de lui le balletmime d'J£ndymiou, représenté à l'Opéra le 17 mars 1773, et dans lequel il figurait Endymion, et la Guimard, Diane. Eu possession depuis longtemps du titre et des émoluments de maître de ballets et de premier danseur, il prit sa retraite en 1781, l'année même où ii avait partagé k Londres les éclatants succès de son fils Augusce. Il reparut k l'Opéra en 1795, en 1799, où il lit fureur dans Annelte et Lubin, ballet de Noverre, en dansant le menuet avec une grâce parfaite. Eu 1800, c'est-k-dire cinquante-deux ans après son début k l'Opéra, il vint recueillir pour la dernière fois les applaudissements du public. C'était au mois ae mars; on avait avancé d'un jour une séance de l'Institut, que le premier consul devait présider, alin que Bonaparte pût venir assister k ce dernier rayonnement du roi de la danse.

Gaétan Vestris a été mis à la scène dans un vaudeville de Mélesville et Gustave Lemoine, représenté au Palais-Royal, alors théâtre Montansier, en avril 1848, sous ce titre : Vestris /<*r ou le Diou de ta danse. On

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sait, d'après ce que nous avons dit plus haut, que cette qualification de dieu de la danse n'appartient pas à Vestris 1er ; mais on ne peut pas demander k un vaudeville de rectifier les erreurs des biographes. Les prétentions incroyables et les fatuités burlesques de Gaétan Vestris, trop imitées d'ailleurs par so i illustre rejeton, font le sujet de cette pièce légère, où Levassor faisait de cette bizarre individualité une très-réjouissante caricature. — Sa femme, Anne-Fredérique Heinel, née k Baireuth le 28 décembre 1752, morte à Paris le 17 mars 1808. avait brillé à Stuttgard avant de venir débuter k Paris, sur lé théâtre de l'Opéra, le 26 février 1768. Elle était élève de L Epi, élève lui-même de Vestris. « Sa manière noble, majestueuse et accompagnée des grâces sévères de la hnuto danse, attire tout Paris, lit- on dans les Mémoires secrets du 9 mars 1768. On croit voir Vestris danser en femme. La structure un peu colossale de cette Allemande et les grands traits de sa figure ne plaisent pas également k tout le monde. » Son mariage ne l'empecha point, paralt-il , d'obtenir de galants triomphes. Les Mémoires secrets disent encore, k la date du 29 avril de la même année : « MU» Heinel, célèbre danseuse de Stuttgard, dont on a prôné les succès prodigieux k l'Opéra, où elle a débuté depuis peu, vient d'opérer une merveille plus grande encore. Ses charmes ont séduit M. le comte de Lauraguais , au point "de lui faire oublier ceux de Mlle Arnould. Il a donné 30,000 livres pour présent de noces k l'Allemande, 20,000 k un frère qu'elle aime beaucoup, un ameublement exprès, un carrosse, etc. On compte que la première coûte 100,000 livres k ce magnifique seigneur. Mlle Heinel ne s'était jugée modestementqu'k 14,000 livres. » Cetfe danseuse se signala surtout dans Ernelinde, de Philidor. Le pas de trois qu'elle exécutait dans Orphée était considéré comme le prodige du genre. C'était surtout dans le genre grave qu'elle éclipsait la plupart de ses rivales. Son talent avait en cela beaucoup de rapport avec celui du célèbre danseur dont elle était la femme et l'élève. La grâce et l'élégance de ses pas et de ses gestes ne furent pas moins appréciées des Anglais que des Français. A Londres, où elle alla en 1772, elle obtint des triomphes qui se traduisirent en 24,000 livres de fixe et deux bénéfices évalués chacun k 8,000; total, 40,000 livres. Des remords de conscience la décidèrent k se jeter, trois ans plus tard, dans un couvent (1775) ; mais elle en sortait le soir, une fois par semaine, pour paraître sur le théâtre de la cour. Retirée depuis longtemps de la scène, M"e Heinel-Vestris devança de quelques mois seulement dans la tombe le beau Vestris , son mari. — Une sœur de Gaétan Vestris, Marie-Thérèse- Françoise Vestris, née en 1726, figura en même temps que son frère comme première danseuse à 1 Opéra. Une affaire qu'elle eut avec M. de Luxembourg, en 1752, faillit entraîner l'expatriation de toute la famille Vestris. Elle vivait encore en 1808.

VESTRIS (Marie-Auguste), surnommé Vc«iri* II, ou bien encore, ainsi que l'appelait son père, le Dieu de In donse, né k Paris en 1760, mort en 1842, Il était fils du précédent et de la brillante et coquette M"« Allard, avec qui JVestris avait vécu dix ans avant de se marier. C'est cette fameuse ballerine qui dut, en 1767, implorer la protection du lieutenant de police k l'encontre d'un très-riche seigueur allemand, qui menaçait de lui brûler la cervelle si elle refusait de devenir sa femme. Auguste Vestris fut longtemps appelé, du nom des auteurs de ses jours, VesirU-Aiiard. Né en quelque sorte dans les coulisses de l'Opéra, il fut dès ses premiers pas initié à tous les mystères d'un art auquel son père et sa mère devaient, en même temps qu une renommée européenne, des revenus princiers. La nature l'avait doué, d'ailleurs, da la vocation la plus arrêtée et des avantages extérieurs les plus séduisants. Belle figure, taille élégante, vigueur , jégèreté, il avait tous les avantages physiques du beau Vestris. A l'âge de douze ans, le 18 septembre 1772, il débuta daus la chaconne du divertissement de la Cinquantaine et surpassa tout ce qu'on avait fait jusqu'à lui. On n'avait pas encore battu d'entrechat avec une aussi rare perfection. Le père et la mère redoublèrent de soins k l'envi pour compléter son éducation chorégraphique ; ils le firent reparaître k diverses reprises sur la scène, et toujours avec succès, notamment dans le rôle de l'Amour du ballet d'jEndymion, le 17 mars 1773. Vestris-Allard était déjà un maître lorsqu'il fut admis comme élevé k l'école de danse en 1775. C'était une sorte de noviciat qui lui était imposé pour la forme. Dès l'année suivante, il entrait k l'Opéra. Bien qu'il eût conscience de sa supériorité sur la plupart de ses camarades, il dut pendant quatre années, de 1776 k 1779, se résoudre k ne figuier que parmi les doublures. Il n'en jouissait pas moins, dans cette situation modeste, de l'autorité que donne un mérite incontesté. Marcnant, pour la vanité comme pour tout le reste, sur les traces de son père, il avait de lui-même la meilleure opinion et ne se gênait pas pour le montrer. Il était quelque peu insolent, comme il convient k un danseur élevé sur les genoux des déesses d'opéra et des grands seigneurs, et le

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favori du beau monde. Aussi traitait-il de haut le directeur de Vismes, qui, froissé de son impertinence, s'avisa de lui dire : ■ Mais, monsieur Vestris , savez -vous bien à qui vous parlez? — A qui je parle? an fermier de mon talent, » riposta Vestris II. Enfin, le titre de premier danseur lui fut donné.; c'était la récompense méritée des services qu'il rendait au théâtre, services qui ne doivent pas être considérés comme un des moindres éléments de l'étonnante prospérité de l'Opéra, sous Louis XVI, la République et l'Empire, Il conserva ce titre pendant trente-six ans, toujours goûté du public et son favori jusqu'à la fin. Il était, en effet, supérieur même à son père, non pas peut-être pour l'invention, mais pour 1 exécution. Si Vestris 1er avait porté à son apogée la danse noble et majestueuse, Vestris II donna à son style plus d'animation, plus de vivacité; c'était la même correction, la même grâce, avec plus de souplesse et d'élasticité. Sa légèreté était telle que, du fond de l'immense scène de l'Opéra, il arrivait en deux enjambées à la rampe. La pantomime était son triomphe ; il s'éleva à un degré de perfection que Vestris père lui-même n'avait pas atteint et que depuis lui on n'a pas dépassé. Aussi restat-il le maître du genre, même quand il eut trouvé dans la danse des rivaux de la force de Deshays, de Lahorie, de Didelot, de Dufort.

Auguste Vestris utilisait les congés que lui accordait l'administration de l'Opéra en allant se montrer à l'étranger. 11 était à Londres avec son père en 1781. Le 22 février, l'affiche annonçait une représentation a son bèntice, où il devait danser les pas que le public affectionnait le plus. Le célèbre orateur Edmond Burke devait faire ce jour même au Parlement lecture de son fameux bill économique. Lord Nuyent, fou de musique et de danse, proposa de remettre cette lecture, et, pour ne pas donner à ce retard un motif aussi frivole que celui qu'il avait en tête, il représenta que c'était un jour de jeune pour le 'royaume. Burke ne fut pas dupe de cette raison et, croyant la faire rejeter, dévoila la vérité. Sa révélation eut un résultat différent de celui qu'il en attendait. Beaucoup de lords, admirateurs du talent de Vestris, se rangèrent sur-le-champ du côté du lord dilettante, et la remise fut adoptée a la majorité de trente-trois voix. Ainsi les séances du Parlement anglais se trouvèrent suspendues parce que Vestris dansait, et cela pendant la crise la plus douloureuse où te peuple britannique se fût trouvé depuis deux siècles. Cette représentation valut 1,800 guinées au bénéficiaire. Malgré les sommes énormes qu'il gagnait, Auguste Vestris était souvent à court d'argent et forcé d'en venir aux expédients. Dans les premières années surtout de son élévation à l'emploi de premier danseur , il croyait sa caisse inépuisable et dépensait, en grand seigneur, son argent et celui de son père, au grand désespoir de celui-ci, qui était fort rigide et dont la maison était admirablement tenue. Fatigué de combler sans cesse les engagements du jeune homme, il le menaça un jour de la prison s'il ne changeait pas de conduite et termina son discours par ces mots : a Sachez, monsieur, que je ne veux pas de Guéménée dans ma famille. • C'était le moment où le prince de Rohan-Guéménée venait de ruiner des centaines de familles par une banqueroute de plusieurs millions. Vestris 1er ne refusait d'ailleurs rien à son fils dès qu'il s'agissait de faire bonne figure dans le monde et de tenir son rang. Lors des couches de la reine, le 19 décembre 1778, cent tilles pauvres furent dotées par lu ville à cette occasion. L'Académie de musique voulut suivre l'exemple de la ville, en mariant une jeune personne. Les 1,200 livres destinées à la dot lurent déposées entre les mains de MU* Guimard, et les artistes convinrent que le banquet nuptial aurait lieu au Wauxhall d'hiver. Tout Paris fut en émoi pour assister à cette réunion brillante; mais l'autorité, regardant cette bonne action comme une parodie de ce que la ville avait fait, interdit la fête. On so réfugiaalors chez MU» Guimard, dont le jardin d'hiver, la salle de spectacle, les salons offraient un délicieux asile. Furieuse devoir ses défenses éludées, l'autorité obtint une lettre de cachet contre les organisateurs de la fêle, Auguste Vestris et Dauberval. Gaétan Vestris, présent à cette exécution brutale, fit ses adieux à son fils, et ces adieux, bien que touchants, excitèrent l'hilarité de la bande joyeuse. Après l'avoir embrassé tendrement, il lui dit : • Allez, Auguste, allez en prison ; voilà le plus beau jour de votre vie. Prenez mon carrosse et demandez la chambre de mon ami le roi de Pologne. Faites grande chère , je payerai tout 1 » Auguste Vestris fut encore envoyé au For-1'Ëvêque dans une autre circonstance. Le roi et la reine de Suède étant venus à Paris en 1789, il refusa péremptoirement de danier en leur présence ; . instances, supplications, rien ne put ébranler sa résolution, En vain son père lui répétait : « Voyons, Auguste, la reine a fait son devoir; elle t'a prié... Fais le tien; danse. » L'opiniâtre artiste tint bon, prétextant un mal de pied subit. Le scandale fut grand. Le baron de Breteuil le fit appréhender au corps et conduire en prison. 11 fallut que le père remuât ciel et terre, usât de tout son crédit, suppliât, importunât le baron de Breteuil et

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lui déclarât qu'il mourrait si Auguste ne lui était rendu, pour que le captif vît réduire la durée de sa peine.

Comme- son père, Auguste Vestris vénérait l'art de la danse ; il le vénérait avec la même emphase. De la les plus grotesques accès d'orgueil. Après quarante-quatre années , presque jour pour jour, d'exercices et de succès, il prit sa retraite et fit ses adieux au public dans le ballet de \' Enfant prodigue, le 27 septembre 1816. Ses rivaux avaient successivement disparu, soit par mort, soit par expatriation volontaire; ainsi put-il descendre volontairement du trône chorégraphique et n'être pas renversé par de jeunes talents. Un nouveau venu avait cependant failli l'éclipser. La lutte entre Vestris et Duport fut des plus vives. Le public se partagea un instant entre les deux danseurs. Berchoux, l'auteur de la Gastronomie, écrivit un poème en six chants sur les prouesses des deux rivaux et les querelles de leurs partisans; la Danse ou les Dieux de l'Opéra, qui parut en 1806, ressemble trop à la Polymnie de Marmontel pour la partialité. L'auteur de la Danse immole Vestris à Duport, comme l'auteur de Polymnie sacrifie Gluck à Piccinni. Le public ne lui donna pas raison. Duport mit lui-même fin aux débats en prenant la route de Saint-Pétersbourg, où il n'avait pas à redouter un voisinage aussi dangereux que celui du dieu de la danse. Dans ses dernières années, Vestris II jouait encore le rôle de l'Amour dans le ballet de Psyché ; on l'avait surnommé, à cause de son âge respectable, lo Pèro l'Amour, ce qui ne Tempéchait pas d'être applaudi.

Auguste Vestris fut professeur de perfectionnement au Conservatoire de 1819 à 1820. En juillet de cette dernière année, le directeur Viotti lui ôta cette fonction. En 1S26, il reparut dans une représentation à son bénéfice sur la scène de l'Opéra par le rôle du nègre Domingo, de Paul et Virginie. Ce fut son dernier succès, son adieu définitif au théâtre. Il avait alors soixante-six ans. Plus d'un demi-siècle le séparait de son premier succès dans la chaconne de la Cinquantaine ; il avait eu les applaudissements de la cour de Louis XVI et de Marie-Antoinette; il avait sous la République, de par et pour le peuple, dansé en costume dé sans-culotte un pas de deux dans la Rosière républicaine ; il s'était fait acclamer sous l'Empire; il s'en allait sous la Restauration, et les bravos des petits-fils faisaient écho, pour ainsi dire, aux bravos des aïeuls. Il survécut seize ans à cette curiosité et mourut âgé de cent deux ans, conservant jusqu'à latin l'orgueil de son nom et de ses talents. Dantan, le spirituel sculpteur, avait eu l'audace de faire la caricature de Vestris IL Le dieu de la danse, à défaut de foudre, saisit une plume indignée et, s'adressant par lettre à l'artiste irrespectueux,-voici de quelle orthographe chorégraphique il lui écrivit :

« Monsieur, j'apprends que votre intention est d'exposser ma quaricaturre che M. Susse, ce qui me surprend beaucoup depui les refus réitéré que je vous ait fait à ce sujet; j'ai bien voulu consentir que M. ... le fit paraître à son bal, mais pas autrement. J'espère, monsieur, que vous ne persisterez pas davantage ; je compte donc sur votre honnêteté et ce que l'on ce doit entre les artistes.

• Recevez lassurance de ma plus parfaite estime.

» Vestris. • Ce S fév. 1834. • ..

Oser faire la caricature d'un Vestris t Comme on voit bien que deux révolutions avaient passé sur la danse I De plus cruelles désillusions empoisonnèrent la vieillesse de Vestris. Chaque jour les Albert, les Paul, les Ferdinand, ses successeurs, perdaient du terrain ; le public préférait maintenant les danseuses aux danseurs, dont les manières et les sourires lui paraissaient un tant soit peu ridicules. — Sa femme, Anne-Catherine Augibk, née en 1777, morte en 1809, débuta comme danseuse en 1793 à l'Opéra, sous le nom 0.' Aimée. Le 6 mars de la même année, elle se signala dans le ballet du Jugement de Paris, dans lequel Auguste Vestris tenait le rôle principal. Elle avait épousé le dieu de la danse par inclination, mais le dieu de la danse ne se piquait pas de fidélité ; la pauvre ballerine, s exaltant jusqu'à la folie en se voyant délaissée et trahie, se porta deux coups de poignard. On put arrêter l'hémorragie et lui sauver momentanément l'existence, mais elle ne recouvra pas la santé et mourut de langueur à trente-deux ans. — Deux autres Vestris, appartenant à la même famille d'artistes, figurent encore dans les annales de l'Opéra. 1/un, Auguste- Armand, était le fils; 1 autre, Charles, était le neveu d'Auguste Vestris. Tous les deux avaient reçu ses leçons; ils promettaient, le second surtout, des successeurs remarquables à leurs père et aïeul, Auguste-Armand parut le 1er mars 1820 dans le troisième acte de la Caravane; Charles avait débuté , à peine âgé de seize ans, le 3 octobre 1809. L'un et l'autre, après avoir mis le public parisien à même de constater leurs mérites chorégraphiques, allèrent, de l'avis même de leurs parents, porter leurs talents à l'étranger. Us n'y ont pas continue le grand éclat que le nom des Vestris avait eu en

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VESTRIS (Marie-Rose GourGMJD-Doga.- : zon, dame), tragédienne française, née en 1746, morte a Paris en 1804. Elle était fille d'un chevalier de Saint-Louis, né à Lille, amené par des revers de fortune à diriger une troupe de comédiens en province et qui avait débuté en 1739 au Théâtre-Français, sans pouvoir se faire admettre. Elle avait pour frère le fameux acteur Dugazon, et pour sœur une actrice du même nom, sociétaire dès l'année 1768, qui joua quelque temps les soubrettes à la Comédie-Française. Douée d'esprit et de beauté, elle fut recherchée en mariage par un acteur médiocre de la Comédie-Italienne, Paco Vestris, frère de Gaétan Vestris. Elle était déjà sa femme, lorsqu'elle vint à Paris et fixa les regards du duc de Duras, qui la fit jouer, pour coup d'essai, sur le théâtre des Menus- Plaisirs. Elle réussit et demanda à débuter à la Comédie-Française dans les rôles de M'ie Clairon. Elle parut le 19 décembre 1768 dans Tancrède, un des triomphes de cette célèbre tragédienne.. La nouvelle Aménaïde enchanta tous les spectateurs, à en croire les Mémoires secrets, « par sa figure, par la noblesse de sa position, de ses gestes, par la pureté de sa déclamation, par son intelligence; en un mot, par toutes les qualités qui constituent la grande actrice. Sociétaire dès l'année suivante, elle continua d'interpréter avec succès les premiers rôles tragiques du répertoire, Ariane, Idamé, Zaïre, et obtint une réussite non moins complète dans plusieurs créations de la haute comédie. Le duc de Choiseul, alors ministre, lui fit k cette occasion présent d'une robe magnifique, qui donna lieu à plus d'une supposition maligne. Les longs et scandaleux débats qui s'élevèrent bientôt entre elle et Mlle Sainval aînée contribuèrent plus encore que ses talents à lui créer une certaine célébrité. Ce fut une des querelles les plus compliquées du xvin8 siècle. Elle est tout entière dans la Correspondance secrète et dans les Mémoires secrets. M™" Vestris finit par l'emporter; mais elle paya cher sa victoire, et il ne lui fallut rien moins que toutes les ressources de son talent pour lui faire recouvrer à la longue la faveur du public. Forcément mêlée aux dissensions de la Comédie-Française dans les premières années de la Révolution, elle suivit dans ces circonstances l'exemple de son frère Dugazon et passa avec lui au théâtre de la République (d'abord théâtre du Palais- Royal, puis Théâtre-Français de la rue de Richelieu). L'abus du privilège, en comprimant le plus possible, malgré le succès de ses débuts, l'essor de son talent, avait fait accueillir avec joie par Dugazon l'aurore d'un régime qui tendait à supprimer les privilèges de toute sorte. M™6 Vestris, qui avait vu de près ces abus pour leur avoir dû jusqu'à l'éloignement de ses rivales, s'était faite comme lui une adepte chaleureuse des idées nouvelles. Chénier avait eu en elle une puissante interprète de la Catherine de Médicis de Charles IX, pièce qui fut l'origine de la scission des comédiens français ; il lui confia le rôle d'Anne de Boulen de Eenri VIII. M"1" Vestris fut comprise dans la réunion des membres épars de la grande famille dramatique opérée dans la salle actuelle de la rue Richelieu, alors rue de la Loi, le 31 mai 1799. Mais, le 23 septembre 1802, elle prit congé de ses camarades et du théâtre. L affaiblissement de ses moyens l'obligeait à cette mesure. Le 2 juin 1803, la Comédie- Française donna à l'Opéra, au bénéfice et pour la retraite de son ex-sociétaire, une représentation d'Esther, qui produisit 20,000 fr. L'année suivante, elle était morte.

Sans arriver à la réputation des Clairon et des Dumesnil, Mme Vestris fut une tragédienne du plus grand mérite. Elle possédait au suprême degré l'art de la scène; on lui a reproché de manquer de sensibilité. Cette passion vive et pénétrante que son maître Lekain apportait dans son jeu lui manquait en effet quelquefois; mais elle avait su mettre à profit les leçons du célèbre tragédien dans les savantes combinaisons de son débit théâtral et de son geste. Peut-être, d'ailleurs, l'a-t-on trop jugée d'après ses dernières années. Au début de sa carrière, elle avait joué avec une rare énergie ce qu'on nomme les rôles cornéliens; mais, à la fin, il ne restait plus guère de son talent qu'une correction froide et monotone. Parmi les actrices modernes, il en est peu qui aient créé un aussi grand nombre de rôles tragiques. Elle en compte plusieurs dans les pièces de Voltaire, entre autres celui d'Irène (i77S). Gabriel de Vergy, de de Belloy, fut son triomphe (1777). Nous citerons encore, parmi ses créations : la Veuve du Malabar; Euphémie, de Gaston et iteyartf ;Roxelane, de Mustapha et Zéangir; Aleeste,Helmonde,Frédégonde, des pièces de Dueis ; Melpomène, dans les Muses rivales, de Laharpe; Jeanne de Naples; Jocaste, à'Etéocle et Polynice, de Legouvé. Elle contribua beaucoup au succès de Macbeth, tragédie de Ducis,

• VESTRIS (mistress Mathkws, dame), actrice anglaise, née en 1797, morte le 8 août 1854, Elle épousa Armand Vestris, maître de ballet au King's Théâtre, à Londres. Son mari l'ayant engagée à embrasser la carrière dramatique, elle débuta dans un opéra ayant pour titre l'Enlèvement de Proserpine, mais sans aucun succès. Quittant alors la capi-

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taie de l'Angleterre, elle vint à Paris tivcc Armand Vestris et y parut dans plusieurs pièces françaises. En 1819, elle revint à Londres, signa un engagement au théâtre de Drury-Lane, et se fit applaudir dans une parodie de Don Juan, de Mozart. Des lors, adoptée par le public, elle marcha de succès en succès, et créa, avec un talent hors ligne, un assez grand nombre de rôles, parmi lesquels il faut distinguer ceux de Lydie Languish dans les Rivaux , de Ltetitia Hardy dans le Stratagème de Bell. Elle passa ensuite au Théâtre-Olympique, ouvert depuis peu, et devint l'interprète vivement applaudie des Revues burlesques, genre récemment imaginé par Planché et Charles Dance, et qui depuis fut souvent imité. Son mari était mort en 1825. Treize ans plus tard, en 1838, elle contracta un nouveau m'image avec Charles-James Mathews, fils de Charles Mathews, l'un des plus fameux comédiens anglais. Elle passa, ainsi que son mari, en Amérique, où elle ne réussit pas aussi bien que dans sa patrie. De retour à Londres, l'année suivante, elle parut à Covent-Garden, où son mari était aussi engagé. Tous deux interprétèrent avec un égal bonheur les principaux rôles du répertoire anglais. Elle revint ensuite à Drury-Lane, où elle brilla à côté de Macready, Vers 1847, M. et M"16 Mathews, en compagnie de plusieurs de leurs camarades de théâtre, ouvrirent l'opéra de Wellington-street, qui prit la dénomination de Lycée. Mistress Mathewa créa divers rôles dans un certain nombre de pièces. Nous citerons, notamment : la Femme merveilleuse; la Chance des événements, de Lawrence, et la Joie fait peur, de M™o Emile de Girardiu, traduite en anglais sous ce titre bizarre :. le Soleil reparaît parmi les nuages. Celte pièce fut sa dernière création. Jolie, spirituelle, fort séduisante encore, même dans ses dernières années, elle se distinguait surtout par le naturel et la vérité fie son jeu.

VÉSUBIE, petite rivière de France (Alpes- Maritimes). Elle prend sa source en Piémont, au S.-E. du mont Clapier, coule au S.O., entre en France, baigne Saint-Martin-de-Lentosque et se jette dans le Var, après un cours de 52 kilom.

VÉSUtE (mont), nom ancien du montViso- VESULU'M ou VESOLCM, nom latin de Vesoul.

VESUNNA, ville de la Gaule romaine, dans la province de l'Aquitaine Ir«, capitale des Petrocoriî. C'est aujourd'hui Pbkiqueux.

VÉSUVE, volcan du royaume d'Italie, province de Nuples, district de Castel-u-Mare, h. 18 kilom. S.-E. de Naples, par 40" 48' 40" de latit. N. et 12" 7' 10" de longit. E. Son altitude est de 1,198 mètres. Il se détache de la chaîne des Apennins, qui courent dans toute lalongueurde l'Italie et poussent une de leurs ramifications à travers l'ancien royaume de Naples. Avant sa fameuse éruption de 79 après J.-C, il était considéré comme une simple montagne, quoique Diodore do Sicile, Strabon et M. V. Pollion lui reconnaissent tous les caractères d'un volcan éteint. 11 présentait dès cette époque la configuration générale qu'il a encore aujourd'hui, malgré les changements partiels que les éruptions et les tremblements de terre , dont celles-ci sont presque toujours accompagnées, lui ont fait éprouver dans les temps modernes. Sa forme est celle d'une montagne massive, à large base, et divisée vers le haut en trois sommets : la Somma au N., le Vésuve proprement dit ail S. et, entre les deux, l'Ottajano, composé d'une agglomération da chaînons peu élevés. Entre la Somma et l'Ottajano, d'un côté, le Vésuve de l'autre, s'étend un vallon demi-circulaire, le vallon ou Atrio del Cavallo. En prolongement de ce vallon, existe une plate-forme a^sez vaste, appelée la Piane. L'Atrio del Cavallo et la Piane ont un développement circulaire d'environ 11 kilom. La circonférence du Vésuve proprement dit', à sa base, est de 45 kilom.

Strabon, qui vivait sous les règnes d'Auguste et de Tibère, plus de cinquante ans avant la grande éruption, parle du Vésuve comme d'une montagne très- fertile, à son sommet près, qui alors formait un plateau inégal et stérile, le terrain étant semblable à des cendres arides. On y voyait des cavités remplies de pierres couleur de suie, comme si elles eussent été rongées par lo feu, de sorte que l'on pouvait conjecturer, comme le fait notre géographe, que cet endroit avait souffert quelque incendie considérable ou que ces cavernes avaient renfermé un feu qui s'était éteint faute de matières qui pussent l'entretenir. (Strabon, liv. I.)

La vigne, surtout, était et est encore cultivée avec succès dans ces cendres volcaniques. Les vins du Vésuve étaient U'ès-estimés des Romains, et Martial donne à la montagne l'épithète de « chère à Bacchus. • Martial avait vu la terrible éruption, et il regrettait le vieux Vésuve, qu'il avait connu avant sa transformation en volcan. Il était venu le voir, et s'écriait : « Voilà ce Vésuve, couronné jadis de pampres verts dont le fruit généreux inondait de son jus nos pressoirs! Les voilà, ces coteaux que Bacchus préférait aux collines de Nyse! Naguère encore les satyres dansaient sur ce mont; il fut le séjour de Vénus, plus cher à la déesse que Lacédémone. Hercule aussi l'illustra de son

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nom. Les flammes ont tout détruit, tout enseveli sous des morceaux de cendres I Les dieux mêmes voudraient que cela ne leur eût pas été permis. • Mais Martial voyait les choses trop en noir et sans doute trop près de l'événement. Le mont redevint fertile en bons vins, et Naples ne cessa pas, pour être voisine du nouveau volcan , de rester ce qu'elle avait été naguère pour les Romains, un lieu de joie et de délices.

Aucun souvenir n'avait été conservé des éruptions antérieures du Vésuve, éruptions peut-être antébistoriques. L'an 63, un tremblement de terre, qui renversa en partie Herculanum et Pompéi, et dont Sénèque parle dans une de ses lettres, fut sans douce le présage avant-coureur de la catastrophe de l'an 79. Le tableau des principales phases de cette éruption, qui ensevelit sous une pluie de cendres brûlantes Herculanum et Pompéi et coûta la vie à Pline le Naturaliste, nous a été conservé dans deux lettres de Pline le Jeune à Tacite, dont voici les principaux passages : « Mon oncle, dit-il, était à Misène, où il commandait la flotte. Le 9« jour des calendes de septembre, vers la septième heure (c'est-à-dire le 24 août, vers une heure de l'après-midi), ma mère l'avertit qu'il paraissait un nuage d'une grandeur et d'une forme extraordinaires. Après sa station au soleil et son bain d'eau froide, il s'était jeté sur un lit, où il avait pris son repos, et il travaillait. Aussitôt il se lève et monte en un endroit d'où il pouvait observer aisément ce prodige. La nuée s'élevait dans l'air, sans qu'on pût distinguer de quelle montagne elle sortait; l'événement a fait connaître ensuite que c'était du mont Vésuve ; elle paraissait tantôt blanche, tantôt noirâtre et de diverses couleurs, selon qulelle était plus chargée de cendres ou de terre. Ce prodige surprit mon oncle, qui, très-savant et très-zélé pour la science, voulut l'examiner de plus près. Il commanda que l'on appareillât un bâtiment léger, et il sortait de chez lui, quand il reçut un billet de Rectine, femme de C. Bussus; effrayée par l'imminence du danger, car sa maison était située au pied du Vésuve, elle ne pouvait s'échapper que parla nier, et elle le priait de lui porter secours. Alors il changea de but et poursuivit par dévouement ce qu'il n'avait entrepris que par le désir de s'instruire. Il fil préparer des quadrirèmes et monta sur l'une d'elles pour aller secourir Rectine, ainsi que beaucoup d'autres personnes qui avaient fixé, leur habitation sur cette côte, à cause de sa beauté. Il se presse d'arriver au lieu d'où tout le monde fait ot où le péril paraissait le plus grand, avec une telle liberté d'esprit, qu à mesure qu'il apercevait quelque mouvement ou quelque ligure extraordinaire dans ce prodige, il faisait des observations et les dictait. Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude à mesure qu'ils approchaient; déjà tombaient autour d eux des pierres calcinées et des cailloux noirs, brûlés, brisés par l'action du feu. La mer, abaissée tout à coup, n'avait plus de profondeur et le rivage était devenu inaccessible par l'amas des fragments de la montagne dont il était couvert, lorsque , après s'être arrêté quelques moments, incertain s'il s'en retournerait, s'adressant k son pilote, qui lui conseillait de gagner la pleine mer : ■ La fortune, dit-il, » favorise le courage; tournez du côté de > Pomponianus. » Pomponianus était à Stable, de l'autre côté d'un petit golfe que forme la courbure insensible du rivage. Là, à la vue du péril, qui était encore éloigné, mais qui semblait s'approcher incessamment, Pomponianus avait lait porter tous ses meubles sur ses vaisseaux et n'attendait, pour s'éloigner, qu'un vent muins contraire. Mon oncle, a qui ce même vent avait été très- favorable, aborde chez lui, l'embrasse, calme son agitation, le rassure, l'encoun'ige, et, pour dissiper, par la sécurité qu'il montre, la crainte de son ami, il se fait porter au bain ; après le bain, il se met à table et mange avec gaieté ou, ce qui n'indique pas moins de force d âme, avec toutes les apparences de la gaieté; ensuite, il se coucha et dormit d'un profond sommeil. Mais enfin, la cour par où l'on entrait dans la maison commençait à se remplir si fort de cendres, que, pour peu qu'il fût resté plus longtemps, il ne lui eût plus été possible de sortir. On l'éveille. Il sort et va rejoindre Pomponianus et les autres, qui avaient veillé. Ils tiennent conseil et délibèrent s'ils se renfermeront dans la maison ou s'ils tiendront la campagne; car les maisons étaient tellement ébranlées par les fréquents tremblements de terre, que l'on aurait dit qu'elles étaient arrachées de leurs fondements et jetées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre et puis remises à leur place. Hors de la ville, la chute des pierres, quoique légères et desséchées par le feu, était à craindre. De ces deux périls, ou choisit le dernier.. Dans l'esprit de ceux qui l'entouraient, une crainte l'emporta sur l'autre; chez lui, la raison la plus forte l'emporta sur la plus faible. Us sortent donc et se couvrent la télé d'oreillers attachés avec des linges; ce fut toute la précaution qu'ils prirent contre ce qui tombait d'en haut. Le jour recommençait ailleurs; mais autour d'eux régnait une nuit, la plus sombre et la plus épaisse des nuits ; elle n'était un peu dissipée, par moments, que par la lueur des flammes et des feux qui accompagnaient le phénomène, ûu trouva bon de

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s'approcher du rivage et d'examiner de près ce que la mer permettait de tenter; mais on la trouva toujours grosse et fort agitée d'un vent contraire. Là, mon oncle, qui avait demandé de l'eau et bu deux fois, se coucha sur un drap, qu'il fit étendre. Des flammes qui parurent et une odeur de soufre, qui annonçait leur approehn. mirent tout le monde en fuite. 11 se lève, appuyé sur deux domestiques, et sur le moment tombe mort. Je crois qu'une fumée épaisse le suffoqua, d'autant plus aisément qu'il avait la poitrine faible et souvent la respiration embarrassée. Lorsque la lumière reparut (trois jours après le dernier qui avait lui pour mon oncle), on retrouva son corps entier, sans blessure ; rien n'était changé dans l'état de son vêtement, et son attitude était plutôt celle d'un homme qui repose que celle d'un homme qui est mort. ■

Pendant ce temps-la, Pline le Jeune était resté à Misène avec sa mère. Tacite lui ayant demandé de nouvelles Informations et sur la catastrophe et sur la mort de son oncle, il lui adressa une seconde lettre à ce sujet (la xx« du VI« livre), qui appartient encore a l'histoire du Vésuve : « La lettre que je vous ai adressée sur la mort de mon oncle, dont vous aviez voulu être instruit, écrit Pline à Tacite, vous a donné un grand désir de savoir quelles alarmes et quels dangers j'ai courus à

Misène, où j'étais resté avec ma mère

Pendant un assez long temps (après le départ de son oncle), un tremblement de terre s'était fait sentir; il redoubla pendant la nuit avec tant de violence, qu'on eût dit que tout était non pas agité, mais renversé. Ma mère entra brusquement dans ma chambre et trouva que je me levais, dans le dessein de l'éveiller si elle eût été endormie. Nous nous asseyons dans la cour, qui ne sépare le bâtiment d'avec la mer que par un petit espace. Il était déjà sept heures du matin et il ne paraissait encore qu'une lumière faible, comme une espèce de crépuscule. Alors les bâtiments furent ébranlés par de si fortes secousses, qu'il n'y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu, à la vérité, découvert, mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter la ville. Le peuple, épouvanté, nous suit en foule, nous presse, nous pousse et, ce qui dans la frayeur tient lieu de prudence, chacun ne croit rien de plus sûr que ce qu'il voit faire aux autres. Après que nous fûmes sortis de la ville, nous nous arrêtons, et là, nouveaux prodiges, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions amenées avec nous étaient k tout moment si agitées, quoique en pleine campagne, qu'on ne pouvait, même en les appuyant avec de grosses pierres, les arrêter à la même place. La mer semblait se renverser sur elle-même et être comme chassée du rivage par l'ébranlement de la terre. Le rivage, en effet, était devenu plus spacieux et se trouvait rempli de différents poissons demeurés à sec sur le sable. A l'opposite, une nue noire et horrible, crevée par des feux qui s'élançaient en serpentant, s'ouvrait et laissait échapper de longues fusées semblables à des éclairs, mais qui étaient beaucoup plus grandes... Presque aussitôt, la nue tombe à terre et couvre la mer; elle dérobait à nos yeux l'Ile de Caprée, qu'elle enveloppait, et nous faisait perdre de vue le promontoire de Misène. Ma mère me conjure, me presse, m'ordonne de me sauver de quelque manière que ce soit; elle me représente que cela est facile, à mon âge, et que, pour elle, chargée d'années et d'embonpoint, elle ne le pourrait faire; qu'elle mourrait contente si elle n'était point cause de ma mort. Je lui déclare qu'il n'y avait de salut pour moi qu'avec elle ; je lui prends la main et je la force de m'accompagner; elle le fait avec peine et se reproche de me retarder. La cendre commençait à tomber sur nous, quoique en petite quantité. Je tourne la tête et j aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait en se répandant sur la terre comme un torrent. « Pendant que nous voyons encore, » quittons le grand chemin, dis-je à ma mère, ■ de peur qu'en le suivant la foule de ceux * qui marchent sur nos pas ne nous étouffe » dans les ténèbres. • A peine nous étionsnous écartés qu'elles augmentèrent de telle sorte qu'on eût cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans une chambre où toutes les lumières auraient été éteintes. Vous n'eussiez entendu que plaintes de femmes, que gémissements d'enfants, que cris d'hommes. Il parut une lueur qui nous annonçait, non pas le retour du jour, mais l'approche du feu qui nous menaçait; il s'arrêta pourtant loin de nous. L'obscurité revint, et la pluie de cendres recommença et plus forte et plus épaisse; nous étions réduits k nous lever de temps en temps pour secouer nos habits; sans cela, elle nous aurait accablés et engloutis. Je pourrais me vanter qu'au milieu de si affreux dangers il ne m'échappa ni plainte ni faiblesse ; mais j'étais soutenu par cette consolation peu raisonnable, quoique naturelle à l'homme, de croire que tout l'univers périssait aveu moi. Enfin, cette épaisse et noire vapeur se dissipa peu k peu et se perdit tout à fait comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après parut le jour et le soleil même, jiiunâtre pourtant et tel qu'il a coutume de luire dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore et nous ne trouvions rien qui ne fût caché sous des monceaux de cendres

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comme sous de la neige. On retourna à Misène ; chacun s'y rétablit de son mieux, et nous y passons une nuit partagée entre la crainte et l'espérance, mais où la crainte eut la meilleure part, car le tremblement de terre continuait. On ne voyait que gens effrayés entretenir leur crainte et celle des autres par de sinistres prédictions. Il ne nous vint pourtant aucune pensée de nous retirer, jusqu'à ce que nous eussions eu des nouvelles de mon oncle, quoique nous fussions encore dans l'attente d'un péril si effroyable et que nous avions vu de si près... •

Cette première et formidable éruption du Vésuve renaissant de ses cendres, pour ainsi dire, après un sommeil probable de plusieurs siècles, qui commença le 24 août de l'an 79 de notre ère et dura trois jours, couvrit entièrement de cendres et de matières volcaniques Herculanum et Pompéi. V. ces deux noms.

Depuis cette époque, le Vésuve a été le théâtre de phénomènes irrégulièrement périodiques. En 110, il y eut une petite éruption, une plus considérable en 203, après laquelle il ne se remit en activité qu'en 472, sans causer de grands désastres. En 903, ' 1036, 1049, 1138 et 1139, il y eut soit des éruptions, soit des tremblements de terre, qui montraient que le volcan n'était toujours qu'assoupi; il se réveilla tout à fait en 1631, date d'une de ses plus violentes éruptions, puis en 1737. Cette dernière éruption dura douze jours et fut étudiée par Montealegro, Fr. Ferrao et Ferelli délia Torre, qui communiquèrent sur elle d'intéressants documents & l'Académie des sciences de Paris. Les dernières éruptions, considérables du Vésuve eurent lieu en 1861 et en 1872. Lors de celle de 1861, il y eut pendant plusieurs jours de violentes secousses ressenties jusqu'à Naples, accompagnées d'un mugissement sourd et résonnant. Après ces quelques jours d'anxiété terrible , le flanc du mont s'ouvrit audessous du Piane, entre ce vallon et la ville de Torre-del-Greco , bâtie sur les assises mêmes du Vésuve ; des nuages de fumée épaisse, da cendres et de sables incandescents, projetés à une grande hauteur, s'échappèrent de l'immense crevasse et retombèrent en pluie brûlante sur tout le pays environnant ; à Naples même, les rues en furent inondées. A la suite de ce phénomène, le gouffre se mit à vomir un torrent de lave, qui se dirigea vers Torre-del-Greco et força tous les habitants k s'expatrier. D'abord très-développé en hauteur, ce torrent de matières en fusion gagnait en largeur à mesure qu'il s'avançait et finit par atteindre une largeur d'environ 300 mètres; heureusement, sa inarche était lente, la lave se refroidissant progressivement et les premières couches obstruant le passage à celles qui les suivaient. En vingt-quatre heures, le torrent ne parcourut guère que l kilomètre; il s'arrêta à environ la moitié du chemin de la crevasse du Piane à Torre-del-Greco. La malheureuse ville n'en fut pas moins détruite, mais par une autre cause : soit que le refroidissement des laves eût bouché les canaux par lesquels elles s'échappaient, soit pour toute autre raison, des soulèvements s'opérèrent en tous sens dans les flancs et les assises de la montagne; les édifices, ébranlés, s'écroulèrent; des maisons, des rues entières s'engloutirent dans d'énormes crevasses. L'éruption de 1878 a offert la même succession de phénomènes, avec presque autant de violence, sans que pourtant il en résultât autant de dommages pour la ville de Torre-del-Greco, qui, dans l'intervalle, avait été en grande partie reconstruite.

Malgré l'insécurité que présentent les parages d'un volcan qui est, pour ainsi dire, presque toujours en activité, les populations des villages environnants se sont remises à l'œuvre, les cultures ont repris! comme si rien ne les menaçait, et les touristes continuent à aller visiter les cratères en partie de plaisir. Un observatoire a été établi près du cône, d'où s'échappent continuellement des jets de fumée, et même il est question d'établir un chemin de fer de Naples jusqu'au cône, en passant par San-Sebastiano, Pollena, Trocchia, Santa-Anastasia, la Somma, l'Ottajano et le San-Giuseppe. Le directeur de l'observatoire du Vésuve est le professeur Palmieri, qui a communiqué d'intéressantes observations sur les dernières éruptions du volcan. Un fil télégraphique relie rétablissement avec Naples et permet de signaler immédiatement tous les phénomènes menaçants ou rassurants qui se manifestent.

VÉSUV1EN, IENNE adj. (vé-zu-vi-ain, i-ène). Qui appartient, qui a rapport au Vésuve : Eruption vésuvienne.

— s. f. Nom donné en 1848 k des femmes de mœurs équivoques, qui formèrent une sorte d'association politique :

Je euis vésuvienne; A moi le pompon!

Que chacun me vienne Friper le jupon t

A. MONTÉMONT.

— Miner. Un des noms de l'idocrase.

VESVAIGE s. m. (vè-svè-je). Ane. coût.

Droit qu'on avait de jouir des biens de sa femme, lorsqu'on avait eu d'elle un enfant né vif.

VÉSYA s. m. (vé-zi-a). V. vaysia.

VETE

VESZPRIM ou VESPYRIM, ville de l'empire d'Autriche (Hongrie), oh.-l. du comitat de son nom, à 97 kilom. S.-O. de Bude, sur la Sed; 10,750 hab. Evêché catholique, séminaire, collège et gymnase de piaristes. Récolte et commerce de vins, de grains et de fruits. On y remarque le palais de l'évêchê, une belle cathédrale, la synagogue et un couvent de franciscains. Cette ville est dans une position charmante, près du lac Balaton et au pied de coteaux couverts de vignobles. Elle a été plusieurs fois prise et reprise par les Autrichiens. Ses fortifications ont été rasées en 1702.

VESZPR1M (comitat de), division administrative de la Hongrie, entre ceux de Stuhl- Weissenburg et de Gran & l'E., de Raab au N., d'Eisenburg à l'O., de Szalad et de Schimegh au S., situé dans le cercle au delà du Danube, et, de 1853 à 1860, dans le cerclo d'Eisenburg; 416,840 hectares de superficie, 110kilom.de longueur sur 80 de largeur; 190,000 hab. Sa surface est montagneuse au centre, où s'élèvent les monts Bakony, qui le traversent dans sa plus grande largeur ; le reste est plat et arrosé par la Sarwitz ou Sed, la Czuha; la Gerenèze, la Ritwa, l'Hajogos, la Topolcza et la Marczal. Il renferme la partie N.-E. du lac Balaton. Le sol y est "en général fertile at-on y récolte du blé, des fruits, du tabac, des vins. On y élève beaucoup de gros bétail et des porcs. Il y exUto des mines de houille, d'alun et quelques autres métaux. Ce comitat est divisé en quatre marches.

VÉTADE s. f. (vé-ta-de). Moll. Espèce de coquille du genre venus.

VÉTAL1KA s. m. (vé-ta-li-ka). Sorte de poëte musicien attaché à la cour d'un roi indien, pour annoncer les diverses heures de la journée où le souverain doit se livrera certaines occupations réglées par l'étiquette.

VÉTAN s. m. (vé-tan). Moll. Nom vulgaire d'une coquille du genre huître.

VETA-NEGRÀ-DE-SOMBRERETB, village du Mexique, dans l'Etat de Zacatecas, k 95 kilom. N.-O. de la ville de ce nom. Riches mines u'argent.

VÊTEMENT s, m. (vê-te-man. — V. veste). Ce qui sert à habiller, à couvrir le corps : Combien peu d'hommes sont capables de séparer la personne de son vêtement '. (Buff.)Z.'Arabe porte les vêtements et les sandales qu'il portait du temps d'Abraham. (B. Const.) Peut-être celui qui inventa le premier vêtement a inventé l'amour. (De Sègur). Les danseuses de l'Opéra n'ont de vêtements que bien juste de quoi rendre ta nudité plus indécente. A. Karr.)

— Poétiq. Ce qui couvre ou enveloppe : La terre commence à reprendre son vêtement de verdure.

— Fig. Ce qui voile, ce qui cache, ce qui déguise ; ce qui donne l'apparence, la forme extérieure : La parole est te vêtement de la pensée; l'expression en est l'armure. (Rivaroi.) La nationalité n'est que le vêtement de l'humanité. (Portalis.)

— Syn. Vêlement, accoutrement, babilleil, etc. V. accoutrement.

— Encycl. Hygiène. Comme le vêlement, au point de vue général, se confond avec le costume et que l'historique est le même, nous renvoyons le lecteur à ce second mot, fort longuement traité, pour tous les détails relatifs au véiemem chez les différents peuples et aux différentes époques de l'histoire ; nous ne nous occuperons ici que de la partie hygiénique. On peut, avec Becquerel, définir ainsi les vêtements : substances diverses que l'homme emploie pour se couvrir, dans le but de modifier l'influence des agents extérieurs. Les substances qui constituent la matière de nos vêtements sont animales ou végétales; les substances animales sont la laine, la soie, le poil et même la peau entière de quelques animaux j les matières végétales sont le chanvre, le lin, le coton et même la paille. Quelquefois, dans la matière des vêtements, on réunit des substances animales et végétales.

Les substances animales et végétales flue nous venons d'énumérer ne se comportent pas toutes de la même manière à l'égard du calorique. Les unes reçoivent et perdent la chaleur rapidement, les autres avec lenteur; les premières sont dites bons conducteurs, et les secondes mauvais conducteurs. Par cette expression, bon conducteur de la chaleur, on entend la propriété qu'a un corps de recevoir, d'admettre facilement le calorique, de s'en laisser pénétrer, puis de le céder avec la même facilité; et par l'expression de mauvais conducteur, au contraire, un corps qui se refuse à cette pénétration et à cette transmission. En appliquant maintenant cette définition k nos vêtements, on saura que la matière la moins conductrice du calorique, celle qui refuse le plus de s'en charger et de le transmettre, est dite la plus chaude, parce qu'elle laisse se concentrer à la surface du corps le calorique que dégagent nos organes. Les vêtements de laine sont dans ce cas; ils ne s'échauffent pas, ils n'enlèvent pas de calorique au corps, ils le lui conservent. Par la même raison, si la température extérieure était plus élevée que celle de notre corps, ces vêtements, mieux que les autres, préserveraient du caloriquo ; car s'ils so

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laissent si difficilement pénétrer du calorique de notre corps, ils se laisseraient tout aussi difficilement traverser par le calorique extérieur. Ainsi, un bonnet de laine garantirait mieux des rayons intenses du soleil qu'un bonnet de chanvre. Les corps bons conducteurs du calorique fournissent, au contraire, les vêtements dits les plus frais, puisqu'ils se laissent pénétrer facilement par le calorique de notre corps et le laissent échapper de même; mais aussi, comme ils se laissent également pénétrer par le calorique extérieur et le transmettent avee la même facilité h notre corps, ils sont les moins propres a nous mettre à l'abri des rayons solaires intenses. C'est peut-être pour ce motif que l'on voit l'Espagnol, exposé aux rayons solaires les plus pénétrants, draper sur ses épaules sa couverture de laine. Cependant, comme la température de notre corps est presque constamment supérieure à la température ambiante, il y a toujours avantage marqué à se servir, pendant les temps chauds, de vêtements bons conducteurs du calorique. Ainsi, dans nos climats, le chanvre et les tissus végétaux spnt-ils toujours, avec raison, pendant l'été préférés à la laine et aux tissus animaux.

Voici l'ordre de conductibilité, du plus au moins, des substances les plus généralement employées dans la confection des vêtements .* 1» le lin ; 2° le coton ; 3° la soie ; 4" la laine. Tout ce qui est de laine, comme le drap, le mérinos, tient donc plus chaudement que ce qui est de soie ; les vêtements de soie plus que les calicots, qui sont en indienne ou en coton ; ceux de coton, plus que les toiles et les batistes, qui sont de lin. La plume et, à fortiori, le duvet sont de mauvais conducteurs du calorique. Une courte-pointe de duvet est, par son extrême légèreté et sa très-faible conductilité, un objet précieux pour les malades. Les poils, lorsqu'ils entrent dans le tissage d'une étoffe, sont plutôt de bons conducteurs que lorsqu'ils sont à l'état de fourrure. Le bois, le liège sont des corps essentiellement mauvais conducteurs.

Depuis longtemps on savait que les corps en même temps très-légers et très-épais faisaient éprouver la sensation de chaleur, tandis que les corps a tissu très-serré, mais très-mince, transmettaient celle du froid. Les expériences de Rumford ont permis d'établir comme fait positif que le refroidissement avait lieu d autant moins vite que les tissus servant d'enveloppe offraient plus de de mollesse et d'épaisseur. Ainsi, la laine, largement tissée et disposée de manière à contenir une certaine quantité d'air dans les interstices de ses mailles, est peut-être l'étoffe qui conduit le moins bien la chaleur, isole le mieux l'homme et s'oppose le plus au refroidissement de la surface de son corps. Le lin, au contraire, tissé en fil et servant à former des toiles fines et serrées, est un excellent conducteur, qui tend a mettre l'homme en équilibre de température avec le milieu qui l'entoure.

La couleur des vêtements influe beaucoup aussi sur le plus ou moins de chaleur qu'ils procurent. Le vêtements blancs réfléchissent les rayons caloriques et lumineux, que les vêtements noirs absorbent. Voila pourquoi ies Arabes du désert, qui vivent dans un climat brûlant, se couvrent en été de burnous et de vêtements flottants en laine blanche, et pourquoi leurs vêtements d'hiver sont les mêmes que ceux d'été.

D'ailleurs, l'homme n'a fait que copier la nature. La neige, d'un blanc éclatant, préserve d'un froid trop vif les graines qu'on a semées avunt l'hiver et les racines des arbres endormis. En résumé, le vêtement ne nous donne pas de chaleur ; il nous protège, en hiver comme en été, contre la température du dehors. De' plus, pour agir efficacement, il doit être blanc en toute saison ; plus il sera mauvais conducteur, et mieux il remplira son rôle.

La forme des vêtements, considérée en général, influe sur l'économie de plusieurs manières ;

l° Elle contribue à ta conservation du calorique animal ou en facilite la déperdition ; ainsi, pendant les saisons et dans les climats chauds, des vêtements très-larges, qui permettent à l'air de se renouveler souvent, conviennent beaucoup mieux que des vêtements étroits, qui s'appliquent et se moulent pour ainsi dire à la surface du corps et retiennent un air chargé de calorique; ceux-ci doivent a leur tour être préférés aux premiers pendant les saisons et dans les climats froids. L'application de ce principe se rencontre, d'une part, chez les Turcs, les Persans, les Egyptiens, etc., qui nous offrent un modela des vêtements convenables aux pay3 chauds, et, d'autre part, chess la plus grande partie des Européens et des Américains, dont le costume est, malgré ses imperfections, mieux adapté aux climats, froids.

2° La forme des vêtements influe sur la santé par le plus ou moins de compression qu'ils exercent sur certaines parties ; ainsi, cette compression peut tantôt gêner le cours du sang et de la lymphe, comme le font des cols de chemise, des jarretières, des cravates, des manches d'habit ou de robe trop serrés, et causer des apoplexies, des varices, des œdèmes, des engorgements des glandes sous-maxillaires; tantôt nuire à la respiration, en s'opposant k la dilatation des cavi-

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tés thoraciques ou abdominales, comme le font les corsets et les pantalons trop hauts et trop étroits de ceinture, et prédisposer aux hémoptysies, aux palpitations, aux anévrismes, aux hernies des viscères abdominaux, nuire au développement des glandes mammaires et du foie, et causer des dé viations de l'épine.

3» La forme des vêtements influe encore sur la santé par le plus ou moins de parties qu'elle laisse à découvert ou qu'elle protège contre l'action des corps extérieurs; ainsi, tantôt on porte ie gilet fermé sur la poitrine jusqu'au-dessous de la cravate ; d'autres fois on Je porte ouvert jusqu'au niveau du sternum. Il résulte de ces changemeute que l'individu qui est habitué au gilet fermé contracte un mal de gorge ou une bronchite dès qu'il se sert d'un gilet ouvert.

Une dernière observation en terminant; dans ces derniers temps, des industriels ont cru faire merveille en s'appliquant a rendre imperméables à l'eau les diverses parties du vêtement; mais ils n'ont pas- réfléchi qu'ils les rendaient par là même également imperméables à. la matière de la transpiration. De là cette sensation de chaleur concentrée que causent les vêlements ainsi préparés et la sueur souvent incommode dont la peau ne tarde pas à se couvrir.'

Quant aux différentes parties du vêtement, telles que le pantalon, la chemise, le corset, etc., on trouvera à chacun de ces mots les explications réclamées par leur importance respective.

VETER A-CASTRA, ville de la Gaule romaine, dans la province de la Germanie Ile, au S.-E. de Castra Ulpia Trajana, à 2 kilom. de la rive gauche du Rhin. C'est aujourd'hui

Xantkn.

VÉTÉRAN s. m. (vé-té-ran — V. à la partie encycl,). Antiq, rom. Soldat qui, après avoir servi pendant un certain temps, obtenait son congé et certaines récompenses : La république , dans un si pressant besoin, fit reprendre les armes aux vétérans. (Rollin.)

— Nom donné chez nous aux militaires qui, en considération de leurs années de service, sont admis dans certaines compagnies sédentaires : Officiers, sous-officiers de vétérans. Entrer dans les vétérans, dans une compagnie de vétérans. Il Soldat aguerri par un long service.

— Par ext. Homme qui a vieilli dans une profession : Un vétéran du journalisme. Un vétéran de l'enseignement. Il Homme qui a vieilli dans quelque pratique ou dans quelque habitude : C est surtout dans les prisons de Paris que le déplorable mélange de l'adolescence et des vétérans du crime se produisait dans ce qu'il y a de plus hideux, (béranger.)

..... N'en voit-on pas sans cesse

Qui, jusqu'à quarante ans, gardent l'air éventé.

Et sont les vétérans de la fatuité?

Ghesset.

— Dans les collèges, Elève qui fait une seconde fois la même classe : Un vétéran de rhétorique, de seconde. Premier prix des vétérans.

—Autrefois, Magistrat qui.après avoir été en fonction pendant un certain temps, jouissait d'une partie des privilèges de sa charge, quoiqu il ne la possédât plus. Il Membre de certaines Académies , qui renonçait à sa place et en conservait les honneurs.

— Encycl. Linguist. Ce mot vient du latin vêtus, vieux, d'où veteranus, vieux soldat. Le mot latin appartient à la même famille que le sanscrit valsa et ses dérivés vaisara, sanvatsara. Valsa est un des noms de l'année; on en trouve le corrélatif dans !a grec etos pour Fêlas (âge). Vêtus signifie donc proprement annosus (qui est plein d'années). Le lithuanien wetussas, l'ancien slave vetuchu, l'albanais vjetsh sont des formes très-rapproehées de vatsa. Ainsi le mot vétéran se trouve avoir la même racine que le mot vétusté. La haute ancienneté du mot vatsa pour désigner l'année est hors de doute. Les érudits reconnaissent encore cette racine dans le sanscrit parut (l"an dernier) ; la désinence ut en est le dernier débris ; on ne la retrouve guère dans le grec perusi, qui a la même signification, cequi semble mon-, trer qu'à l'époque de la formation de ce mot, le composé était encore déclinable; elle est plus reconnaissable dans le mot allemand vert,

M. Pictet propose à la racine vatsa une étymologie ingénieuse. Les autres noms de l'année en sanscrit, abda et carada, signifient proprement celle qui donne l'eau et désignent ainsi l'année comme la saison pluvieuse. Vatsa aurait la même signification, dérivant de ud, und (mouiller) et de san (donner) qui perd ïn final dans les composés. La racine sanscrite und, devenue vund et vad, a fourni plusieurs dérivés aux langues indoeuropéennes (v. ondu et vase). Vatsa désignerait donc, comme abda et carada, la saison des pluies et, par extension, l'année ellemême. ■ 11 n'est pas sans intérêt, remarque M. Pictet, de savoir que les anciens Aryas, comme plus tard les Indiens, attachaient assez d'importance à la saison pluvieuse pour en donner le nom à l'année entière. Pour un peuple pasteur et agricole à la fois, la sécheresse devait être un fléau et la pluie un bienfait du ciel; c'est là ce qui explique la grande

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place que tiennent ces phénomènes atmosphériques dans les plus anciens mythes de la race aryenne. » "

— Hist. Médaille pour les vétérans. Cette médaille fut accordée par ordonnance du roi Louis XV, du 16 avril 1771, aux vélérans'de ses armées, c'est-à-dire aux soldats ayant vingt-quatre années de service. Cette distinction, qui se portait sur ie côté gauche de la poitrine, consistait en une plaque en or, de forme ovale, entourée d'une couronne da laurier d'or, couronne encadrée dans deux cercles d'or. Le médaillon qui se trouvait au centre était orné de deux épées d'or en croix, reliées entre elles par un nœud de rubau d'or.

Le soldat qui avait servi quarante-huit ans pouvait obtenir deux de ces médailles. Cette médaille s'éteignit à la Révolution de 1789. On vit pourtant, sous la Restauration, de vieux serviteurs de la royauté qui s'en paraient encore; quelques chevaliers de Saint-Louis, lorsque l'ordre de Saint-Louis fut aboli, remplacèrent leur croix par cette médaille.

— Art milit. Le corps des vétérans était une espèce de corps de réserve qui avait un uniforme particulier. L'origine de la vétérance remonte jusqu'à Servius Tullius, qui divisa le peuple romain en centuries de jeunes et centuries de vieux, de vétérans, centuriœjuniorum, centuria seniorum. Le mot vétéran ne fut introduit dans la langue latine que vers la fin de la république, pour désigner les soldats qui, après vingt-cinq ans de service, restaient encore sous les armes, par opposition aux apprentis militaires, novitii.

Ces vétérans ou volontaires, dit Bardin, étaient exempts de corvées militaires ; aucun impôt, aucune charge personnelle ne pesait sur eux. Les prérogatives de ce titre les accompagnaient même en prison, où le châtiment par les verges ne pouvait les atteindre; aussi aimaient-ils à faire valoir un nom à l'aide duquel ils pouvaient's'affranchir des règles communes.

L'introduction des vétérans dans les troupes de Rome changea l'ordre des combats. A l'imitation des Grecs, et par eette excellente raison que les armées non permanentes, comme celles de Rome, ne pouvaient avoir de vétérans, la maltresse du monde, comme on l'a appelée, ne reconnaissait que des hastaires, des vélites, troupes légères, et les princes, le corps de bataille. Dès le siège de Véies, dont la longue durée donnait réellement des droits de vétérance aux légionnaires qui avaient vécu dix ans durant sous la tente , sub pellibus, l'organisation militaire de Rome fut changée, et l'on vit se former la légion romaine perfectionnée, la fameuse légion. Les hastaires, autrefois troupes voltigeantes, espèce de tirailleurs, deviennent troupes solides et forment la première ligne de bataille. Les vélites sont les troupes légères, les tirailleurs. Les princes, jusque-là en première ligne, passent en deuxième ligne ou composent la première réserve. Les vétérans, les triaires, sont en troisième ligne et composent la réserve d'élite ; ils sont choisis parmi les plus anciens des princes. La récompense des vétérans romains était la concession de quelques arpents de terre. C'est aux vétérans que Tiberius Gracchus partagea les trésors d'Attale; les vétérans devinrent les instruments des vengeances de Sylla, de Marius, des triumvirs, qui les achetaient. Auguste réduisit leur temps de service à vingt ans pour L'infanterie et à dix ans pour la cavalerie ; au bout de ce temps, les prétoriens avaient droit à 5,000 drachmes, et les autres soldats à 3,000 drachmes. Maîtres de l'empire, de Tibère à Constantin, ils firent souvent trembler le sénat et mirent l'Etat à l'encan, le vendant au plus offrant,

• Au ivo siècle, Constantin fit graver sur des tablettes d'honneur les privilèges qu'il accordait aux vétérans ; il les exemptait des charges civiles, des travaux et contributions pour les travaux publics, de toute espèce de tribut. Les fils des vétérans jouissaient de ces exemptions, pourvu qu'ils servissent, à l'exemple de leurs pères ; s ils étaient incapables de supporter les fatigues de la guerre, on leur accordait les places de la cité. L'empereur examinait lui-même ies enfants des vieux soldats pour s'assurer de leur aptitude. •

Avant d'arriver aux vétérans français, nous dirons quelques mots d'une curieuse institution, presque mort-née, qui rappelle les vétérans romains et les colonies romaines ; nous voulons parler des vétérans des camps, créés par la loi du 1er floréal an XI. Cette loi accordait, à titre de récompense, un certain nombre d'hectares de terre, d'un produit égal a leur solde, à tous les soldats qui consentaient à s'établir dans la 26e et dans la 27° division militaire. Ces vétérans concessionnaires devaient courir, au premier appel, à la défense des frontières, et durant la paix ils étaient tenus de résider sur leurs terres, de les cultiver et d'en payer les contributions. Leurs propriétés demeuraient inaliénables pendant vingt-cinq ans. «Elles n'étaient transmissibles aux enfants des vétérans qu'autant que ceux-ci seraient nés de mariages contractés sur le territoire de la Republique, avant la formation des camps, ou de mariages contractés depuis cette époque avec des filles du pays. » (Bardin, Dictionnaire de l'armée de terre.) La veuve d'un vétéran con-

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servait l'usufruit de la concession jusqu'à sa mort et apportait cette concession ellemême en dot à son nouveau mari, si elle épousait un militaire.

L'arrêté du 26 prairial an XI régla la formation des camps de vétérans ; cet arrêté en établit deux, l'un à Juliers, près de Mayence, et l'autre à Alexandrie. Chacun de ces camps, composé de 405 vélérans, était entouré de grands murs crénelés. Chaque vieux soldat avait sa maison, et au milieu de toutes ces maisons, formant une petite ville, était construite une halle. Au premier janvier 1814, le personnel des camps comprenait :

Camp de Juliers.

Camp d'Alexandrie .

375 vétérans, 345 femmes.

946 enfants.

253 vétérans.

204 femmes.

350 enfants.

Au commencement de la guerre de 1814, les vétérans abandonnèrent leurs camps, où ils avaient transporté toute leur fortune, et coururent à la défense des places fortes. A la fin de la guerre, Mayence et Alexandrie n'appartenaient plus à ta France, les vétérans furent ruinés. Le 2 décembre 1814, le roi Louis XVIII leur donna une marque de sa sollicitude en leur accordant un secours provisoire de 76,000 francs et en leur donnant en argent une pension de retraite, équivalente à leurs revenus en terres. C'est ainsi que finirent les vétérans des camps.

Disons maintenant quelques mots des vétérans français, de l'arme des vétérans, du corps des vétérans français. Le maréchal de Saxe a parlé le premier, dans ses Iiêveries, des vétérans, qu'il voulait substituer aux grenadiers, et depuis l'ordonnance de 1771 il y avait, dans les corps, des militaires isolés, décorés d'un médaillon et appelés vétérans. Le corps des vétérans, néanmoins, ue date réellement que de la Révolution.

On avait réuni sous le ministère de Saint- Germain, en 1776, pour en former des compagnies détachées, un assez grand nombra d'officiers et de soldats, auxquels leur âge et leurs blessures permettaientencore un service peu futigant à l'iniérieur du royaume. Ces compagnies disséminées, -en résidence dans certaines villes de France, formaient un effectif de 16 compagnies de sous-officiers, 8 do canonniers et 65 de fusiliers. La loi du 16 mai 1792 (litre III) transforma les compagnies détachées, les organisa et créa un corps de 5,000 vétérans comprenant 100 compagnies de 50 hpmtnes chacune ; 12 compagnies de canonniers et 88 de soldats de toutes armes. Les numéros qui désignaient les compagnies étaient tirés au sort. Pour être vétéran, il fallait avoir vingt-quatre ans de service. Ces militaires, considérés comme étant en activité, touchaient solde entière. Leur uniforme se composait d'un habit bleu, veste et culolto bleues ; les boutons étaient blancs et portaient la devise : Vétéran national.

En 1795, les vétérans de service avaient 8 compagnies de service à la Convention nationale et dans les principaux édifices de- Paris.

La loi du 19 frimaire an V créa 200 nouvelles compagnies, ce qui porta à 300 le nombre total'des compagnies.

L'uniforme, dit le général Bardin, reçut aussi des modifications : les officiers portaient le col blanc en grande tenue et les soldats le col noir; les uns et les autres pouvaient revêtir la veste et la culotte de basin blanc hors du temps de service ; l'habit était agrafé sur la poitrine, les retroussis levés et attachés avec des agrafes; les cheveux liés en queue, à l'exception de ceux des faces, descendant au bas de l'oreille. En grande tenue, les officiers portaient les bas blancs et les souliers attachés avec des boucles de cuivre ; dans les autres circonstances, Us pouvaient porter des bottes, et la troupe avait des guêtres noires. L'épée ou le sabre en bandoulière, avec la dragonne blanche, le chapeau à trois cornes et le plumet aux trois couleurs, étaient communs aux officiers et aux soldats.

En 1799, nous avions 14,000 vélérans, 294 compagnies de fusiliers et 13 compagnies de canonniers (ordonnance du 9 septembre 1799).

L'arrêté du 4 germinal an VIII organisa les vétérans en 10 demi- brigades de 3 bataillons; chaque bataillon était formé de 6 compagnies. La 40 et la 100 demi-brigade étaient de service à Paris , occupant l'hôtel des Invalides, le Luxembourg, ie Jardin des plantes, le Corps législatif, la Monnaie, le ministère de la guerre, la maison Valentinois, les Petits-Peres et la Madeleine, Le décret du 27 floréal an XIII supprima les demi-brigades et rétablit les compagnies.

En 1808, il y avait 13,950 vétéruus impériaux. Le 8 mars 1810, les vétérans romains forment un nouveau bataillon de vétérans. A la paix de 1814 , le nombro de vétérans était de 12,000 ; ils étaient divisés en 100 compagnies de 120 hommes chacune. Le 21 octobre de la même année, la compagnie de la garde impériale prit le nom de vétérans royaux de France ; l'aigle des boutons fut remplacée par les trois fleurs de lis.

Le ministère de Gouvion Saint-Cyr amena de grands changements dans le cox'ps des vétérans. La loi du 10 mars 1818 établit le

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service de vélérance; tout soldat, à sa libération, fut encore tenu à six ans de service intérieur. La création de ces nouveaux vétérans , de cette landwher d'élite, rendit nécessaire un autre nom que celui de vétérans pour les compagnies déjà existantes : on les appela compagnies de fusiliers et de canonniers sédentaires. La loi du 9 juin 1824 abolit cette innovation et porta le temps de service à huit ans ; mais les compagnies sédentaires conservèrent leur nom. En 1825, les compagnies étaient au nombre de quarante-sept; à Ja révolution de 1830, l'armée des sédentaires comprenait: 10 compagnies de sous-officiers, 30 de fusiliers et 13 de .canonniers. Le nom de sédentaire fut abandonné.

"VÉTÉRANCB s. f. ( vê-té-ran-se — rad.

vétéran). Qualité de vétéran : La qualité de vÉTÈBANCii s'acquiert par un certain nombre d'années de service. (Acad.J

VETERAK1 (Frédéric, comte), général italien, né dans le duché d'Urbin vers 1650, mort en 1695. Entré comme colonel de cavalerie au service de l'empereur Léopold, il conquit, par sa bravoure pendant la guerre contre les Turcs en Hongrie, le grade defeld-maréchal et, en 1688, fut nommé commandant en second de l'armée autrichienne. Le 20 octobre de la même année, il battit le grand vizir qui allait ravitailler Szegedin, et cette victoire décida de la soumission de la ville. Il fut tué dans une escarmouche en 1695. Il avait laissé des Mémoires sur la guerre de Hongrie de .1683 à 1694; ils n'ont été publiés qu'en 1771 à Leipzig.

VÉTÉRINAIRE adj. (vé-té-ri-nè-re — lat.

Belertïiarius : de veterina, sous-entendu bestia, bête de trait, bête de somme, proprement vieille bête. Veterina est un dérivé de velus, vieux. Le nom de veterina appliqué aux bétes de somme leur venait sans doute de l'habitude où l'on était d'appliquer aux travaux de force les chevaux de luxe, devenus vieux). Qui a rapport à la médecine des animaux domestiques : Art vétérinaire. Ecole vétérinaire. Médecin vétérinaire.

— s. m. Celui qui pratique la médecine vétérinaire, qui soigne les animaux domestiques.

— Encycl. On nç donne aujourd'hui le nom de vétérinaires qu'aux médecins des animaux qui sont munis d'un diplôme. LesLatinsdonnaient au vétérinaire le nom de veterinarius medictts. Pendant plusieurs siècles après la chute de l'empire romain, les médecins vétérinaires furent à peu près inconnus en Occident; mais chez les Orientaux il n'en fut point ainsi. Les écrits sur l'art vétérinaire prouvent qu'à partir du vue siècle il existait des hippiatres en titre, chargés de veiller klasanté des chevaux pendant les expéditions militaires. Ces hommes de l'art rédigèrent leurs observations et en formèrent ensuite d'immenses collections. D'après Sprengel (Histoire de la médecine), le plus ancien de ces hippiatres serait un certain Eudème de Thèmes ; viendraient ensuite Stratonicus, Hiéronyme de Libye et enfin le plus célèbre, Aspyrte de Pruse, qui lit, sous Constantin Pogonat, en 671, la campagne contre les Bulgares. En Occident, les panseurs d'animaux étaient, vers cette époque, les plus anciens bergers. Uniquement guidés par de grossières'analogies, ils mettaient leur confiance dans la vertu de certains secrets, de quelques amulettes. François I«* fut le premier qui s'occupa de relover un peu l'art vétérinaire ; il lit traduire les compilations orientales. La ferrure des chevaux devint alors générale, et les maréchaux ferrants furent les vétérinaires ; c'était un progros. Au xvm° siècle (1762), la création, si modeste d'abord, de l'Ecole vétérinaire de Lyon, par le célèbre Bourgelnt (v. ce mol), vint poser le germe d'un second progrès qui devait aboutir à l'organisation des écoles vétérinaires d'aujourd'hui, en enlevant le traitement des animaux domestiques aux maréchaux ferrants. On vit bientôt accourir à cette école, soutenue à l'origine par les seules foTces du savant, malgré l'excessive modicité de sa fortune, un grand nombre d'élèves français et étrangers, qui prirent ensuite le titre de médecins vétérinaires, et dès 1764 les services rendus par le professeur furent si évidents et si considérables, qu'ils déterminèrent Louis XV à. donner a son école le titre d'Ecole royale vétérinaire, avec de nombreux privilèges. Le gouvernement décida qu'il en serait fondé plusieurs autres, dont l'une aux environs de la capitale ; cette dernière est devenue la fameuse Ecole ue'te'n'naire d'Alfort. Un arrêt du 11 août 1765 porte que les élèves de ces écoles pourront, après quatre ans d'études, exercer leur art dans les villes où ils fixeront leur domicile et partout où lisseront appelés, en vertu d'un brevet de ('privilégié du roi en l'art vétérinaire. »

Les troupes ne tardèrent pas à profiter des avantages des nouvelles écoles. Eu 1769, chaque régiment de cavalerie envoyait un nombre de sujets, dont le chitfre total fut fixé à vingt pour toute l'armée, et qui sortaient de l'ecule, après quatre années d'études, avec le titre de maréchaux experts. Pour y être admis, il fallait cou tracter deux engagements , un de quatre ans et l'autre de huit. En rentrant au régiment, les élevés avaient rang de maréchaux des logis. Leur uniforme se composaitd'un fracàla polonaise, de drap bleu, avec revers, collet, parement et doublure chamois ;

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veste et culotte de tricot bleu; chapeau borde de blanc ; boutons blancs marqués des lettres E. B. V. (Ecole royale vétérinaire).

Tous les autres Etats de l'Europe imitèrent notre exemple et fondèrent des écoles. Bientôt on ne voulut plus dans les régiments d'autres maréchaux experts que ceux qui sortaient des écoles. Chez nous, le titre de maréchal expert fut officiellement changé en 1793 en celui de vétérinaire, qui a été maintenu jusqu'en 1813.

Sous le premier Empire, beaucoup de régiments ne pouvaient se procurer de vétérinaires, parce que le nombre des élèves n'avait pas augmenté, tandis que celui des corps de cavalerie avait été poussé à un chiffre extraordinaire. Aussi fallut-il créer en 1807 des vétérinaires en second, au traitement de 600 francs par an , qui prenaient rang audessous des adjudants sous-officiers.

En 1813, tout fut changé; le maréchal vétérinaire en premier fut créé avec le maréchal vétérinaire en second, en remplacement des anciens vétérinaires, et on imagina des inspecteurs vétérinaires. En même temps, on fixa l'organisation des écoles vétérinaires, qui furent élevées à cinq et divisées en deux classes, savoir : Ecole d'Alfort, seule de ice classe; Ecoles de Lyon, Turin, Aix-la- Chapelle et Zutphen, de 2<s classe.

Les deux premières furent les seules qui entrèrent en exercice, les trois autres n ayant jamais été organisées. On devait réserver dans chaque école vingt places gratuites d'élève aux tils des vétérinaires et des maréchaux ferrants.

Les motifs d'économie déterminèrent le gouvernement de la Restauration à cesser d'entretenir à Lyon des élèves militaires. Vingt étaient reçus à Alfort; on y était admis de seize à vingt-oinq ans. L enseignement se divisait en deux cours : celui de maréchal vétérinaire, qui durait trois ans, et celui de médecin vétérinaire, auquel deux autres années étaient consacrées. On n'affectait plus qu'un' seul vétérinaire à chaque régiment de cavalerie ; mais en 1817 reparurent les vétérinaires en second, et l'année suivante les régiments à six escadrons purent avoir un vétérinaire surnuméraire.

En 1826, le titre de maréchal cessa d'être ajouté à celui de vétérinaire, et le nombre des élèves militaires de l'Ecole d'Alfort fut porté à quarante. Presque aussitôt l'Ecole de Toulouse fut fondée. On reconnut dans l'armée deux classes de vétérinaires : les vétérinaires eu premier, marchant à la suite des adjudants sous-officiers et touchant un traitement de 1,400 francs, et les vétérinaires en second, ayant rang après les maréchaux des logis chefs et jouissant d'un traitement de 1,000 francs.

En 1843, le maréchal Soult créa quatre classes de vétérinaires. Les ordonnances des 18 mars et 2 septembre 1845 et 13 décembre 1846 fixèrent ainsi qu'il suit le cadre constitutif du corps des vétérinaires militaires : Vétérinaires principaux, 10; vétérinaires en premier, 102 ; aides-vétérinaires, 124 ; Sousuiûes-vétérinaires, 38.

Ces vétérinaires étaient répartis dans les corps de troupes à cheval et dans les établissements militaires. Les vétérinaires principaux étaient attachés aux états -majors d'année et aux principaux établissements de remonte. Le ministre de la guerre pouvait, lorsqu'il le jugeait convenable, les réunir en commission consultative et temporaire

four l'examen des questions se rattachant à hygiène des chevaux. Ils remplaçaient les vétérinaires inspecteurs du premier Empire. On leur accordait 2,500 francs de traitement et ils prirent rung à la suite du sous-lieutenant.

En Angleterre, tout vétérinaire en arrivant au corps touche la solde de cornette (souslieutenant) ; après deux ans de service, il a celle de lieutenant; après vingt ans, celle de capitaine, qui est la plus élevée qu'il puisse atteindre. En Belgique, le vétérinaire inspecteur est assimilé au major pour la solde; le vétérinaire de lro classe est payé comme un capitaine ; celui de 2° classe, comme le lieutenant; celui de 3e classe, comme le souslieutenant. En Hollande, le vétérinaire a solde de lieutenant; en Autriche, il n'est que maréchal des logis chef, ainsi qu'en Prusse. En Bavière, on avait créé un vétérinaire en chef pour toute l'armée; il avait le grade et les appointements de lieutenant-colonel; ^.vétérinaire en premier était capitaine. En Russie, on compte trois écoles: celle de Wilna, celle de Moscou et celle de Saint-Pétersbourg. Les études ne durent que trois ans, et les vétérinaires des régiments ont le titre d'officiers civils. En -Egypte, les vétérinaires sont divisés en trois classes qui ont le grade d'officiers subalternes.

11 suit de ces renseignements que le grade et la situation des vétérinaires varient de pays à pays; les études qu'ils ont faites et les services qu'ils peuvent rendre les placent naturellement au-dessus des maréchaux des logis, qu'il est toujours facile de remplacer.

Le vétérinaire civil reçoit dans presque toutes nos campagnes le titre d'artiste vétérinaire, et quelquefois même simplement celui d'artiste. Nous ne savons quelle est l'origine de cette qualification.

Quoi qu'il en soit, les vétérinaires ou artistes jouissent partout d'une grande considération, et ils la méritent. Ils rendent les plus

VÉTI

grands services à l'agricuture en sauvant, dans les moments d'épidémie, de nombreuses têtes de bétail. La loi, moins sévère pour la médecine vétérinaire que pour la médecine humaine, n'édicte point de peines graves contre les guérisseurs d'animaux non diplômés.

Nos écoles deueïe'WiiaîVessontadministréeS par un directeur qui surveille toutes les parties de l'enseignement. Les places de professeur et de chef de service devraient toujours être données au concours devant un jury spécial ; mais elles sont quelquefois arbitrairement accordées par les ministres ; aussi ne sont-elles guère recherchées que par -les vétérinaires qui n'ont pu se faire une clientèle ou par ceux qui, après avoir obtenu leur diplôme, ne savent où fixer leur résidence. Dès qu'un professeur est un peu connu, il s'empresse d'abandonner la chaire pour ne plus s'occuper que' de sa clientèle. Les jeunes gens qui veulent suivre les cours d'une école doivent être âgés de dix-sept ans au moins, de v-ingt-cinq ans au plus, être en état de forger un fer en deux chaudes et avoir une certaine connaissance de la langue française, de l'arithmétique, de la géométrie et de la géographie. Après quatre années d'études, on donne à ceux qui sont capables un diplôme de vétérinaire, dont le prix est de 100 francs. La pension dans les écoles est fixée à 400 francs par an, payables par trimestre et d'avance.

Le cadre des vétérinaires militaires" a été fixé, en France, par décret du 31 janvier 1855, de la manière suivantes : Vétérinaires principaux, 4; vétérinaires de ire classe, 60; de 2e classe, 52; aides -vétérinaires de ire classe, 80; de 2« classe, 148.

VÉTHEUIL, village et comm. de France (Seine-et-Oise), arrond. et à il kilom. de Mantes ; 620 hab. Moulins à farine. Vétheuiî, situé agréablement sur la rive droite de la Seine, entre des coteaux accidentés, était défendu jadis par un château fort. Le château, aujourd'hui ruiné, était protégé par trois tours, larges de 5 mètres, et soutint au, xi* siècle des sièges nombreux. Ses ruines sont pittoresquement situées au bord de la Seine, en face de l'Ile de Lavacourt. Vôtlieuil possède une remarquable église, ancienne collégiale, classée au nombre des monuments historiques. Le style de l'édifice procède de diverses époques (gothique et Renaissance), ayant été successivement complété par Henri II d'Angleterre , Jeanne d'Evreux, femme de Charles le Bel; François Ier, Henri II et Catherine de Médicîs. Le chœur remonte à Henri II d'Angleterre, une partie de la nef a François 1er ; l'autre partie, la sacristie et le portail sont dus à Henri II de France. Une élégante galerie crénelée, en pierre sculptée, de légers clochetons et deux portails décorés de sculptures nombreuses sont surtout d'abord dignes d'attention. Le portail méridional se compose de deux entrées séparées par une colonne sculptée, à laquelle est accolée une statue delà Vierge. Des sculptures nombreuses, représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, ornent les panneaux des portes. Le portail occidental est également très-remarquable, « Il est surmonté, dit M. l'abbé Amaury dans sa Notice sur Vétheuiî, d'une triple galerie et de deux tours en tonne de petits clochers. D'abord on aperçoit des chapiteaux sculptés, surmontés de leurs riches diadèmes, qui supportaient les statues de rois et de reines. > Ce portail est séparé par une colonne à laquelle s'appuie une statue allégorique de la Charité. Le clocher, commencé en 1350, est resté inachevé. L'intérieur de l'église de Vétheuiî se compose de trois nefs et de neuf chapelles latérales. Dans la nef principale, on remarque plusieurs statues de grandeur naturelle. Des peintures murales, récemment découvertes, remontent à une époque très-ancienne. Il faut encore mentionner : des boiseries sculptées représentant des scènes de la Passion, les fonts baptismaux (XIIe siècle), de nombreuses statues de diverses époques, etc. « A l'extrémité d'une cour, dite cour de l'Eglise, ajoute M. Amaury, on descend, par un escalier de trente-deux marches, en pierre, dans une cave imitant une crypte d'église de 10 à 11 mètres de longueur sur 4 à 5 mètres de largeur. Là était construite une église. Une colonne de Style dorique, reste de l'ancienne église, est encore debout. Cette église fut la première qui exista à Vétheuiî. » Le hameau de Vienueen-Arthies, dépendant de Vétheuiî, possède aussi une élégante chapelle gothique, récemment restaurée.

VÉTILLARD, ARDE adj. (vé-ti-llar, ar-de; Il mil. — rad. véiiller). Qui vétille, qui s'amuse, qui s'arrête à des vétilles : Il est VÉ- TILLARD, mais il faut qu'il y ait de ces yens-là dans la république des lettres. (Volt.)

— Subsiantiv. Personne qui vétille, qui a l'habitude de vétiller : Le mufti de son pays, grand vétillaRD et fort ignorant , trouva dansson lime des propositions suspectes. (Volt.)

— Syn. Vêtiilard, vélilleur, vétilleux. Le

vétilleur vétille; il s'amuse k des minuties ; on le voit agir ainsi, ou tout au plus il en a -contracté l'habitude. Le vétilleux est tel par Caractère, par sa nature. Il en est de même du vêtiilard, et de plus celui-ci nous fatigue par sa manière continuelle de vétiller. Ajou-

VETI

tons à ces distinctions que vétilleux peut seul se dire des choses lorsqu'elles exigent des soins minutieux.

VÉT1LLART DU RIBERT (Michel-François), industriel et agronome français, né au Mans en 1763, mort en 1835. Il dirigea pendant plus de quarante ans une usine pour le blanchiment des toiles et introduisit une foule d'améliorations dans cette industrie. Il s'occupa aussi des moyens de perfectionner la culture du lin et y réussit en substituant aux graines indigènes des graines tirées de la Belgique et de la Russie, On a de lui ; Extrait d'un mémoire sur la culture du lin de Riga dans le déparlement de la Sarthe (Le Mans, 1818); Mémoire contre l'augmentation des droits sur les toiles étrangères (1824) ; Notice sur la vie de M. le duc Matthieu de Montmorency (1826).

VÉTILLE s. f. (vé-ti-lle; Il mil. — L'origine de ce mot est controversée. Scheler le regarde comme un diminutif de vêtus, vieux. Il aurait ainsi marqué d'abord une vieillerie, une chose usée, sans valeur. Raymond le rattache ou provençal-espagnol veta, cordon, bande, du latin vitta, même sens, et il allègue à l'appui le passage suivant ; i Paubre lairon pent hom per unauefa, » qu'il traduit : « Pauvre larron on pend pour une vétille. » D'autres ont fait venir vétille du latin vitilitigare, chicaner, proprement plaider pour une vigne, de vitis, vigne, et de litigare, plaider. Diez fait venir vétille du latin vitilia, marchandises en osier, treillis, etc., d'où l'acception de choses de peu de valeur). Futilité, chose de peu d'importance : S'amuser, s'attacher à des vétilles. Se fâcher pour une vétille. Est -il possible d'aimer un homme bilieux et cerbère, qu'une vétiixe met en fureur? (Destouches.) De la moindre vétille il fait une merveille. Et jusques à bonjour il dit tout a l'oreille.

Moi.IÈRB.

— Sorte de jouet consistant en des anneaux entrelacés, que l'on ne sépare que malaisément.

— Techn. Appentis sous lequel travaillent certains ouvriers, dans les ardoisières. Il Petit anneau qui reçoit le fil, dans un rouet.

— Pyroteuhn. Nom donné à de petits serpenteaux que l'on emploie, comme les serpenteaux ordinaires, pour former la garniture des fusées volantes.

— Syn. Vétille, babiole, bagatelle, etc. V. BABIOLB.

VÉTILLER v. n. ou intr. (vé-ti-Ué; Il mil. — rad. vétille). S'amuser à des vétilles, à des bagatelles; s'arrêter, s'attacher à des choses sans importance : Perdre son temps à vétiller. Ne faire que vétiller. Il vétille sur tout.

— v. a. ou tr. Chicaner, critiquer sur des riens : Plus d'un éplucheur intraitable ct'a vétille, m'a critiqué. (Voit.)

VÉTILLERIE s. f. (vé-ti-lle-rl; Il m. — rad. vétiller). Habitude de vétiller, caractère de vêtiilard : Il est d'une vétillerib insupportable. Il Chicane, difficultés sur des riens : Je suis las de toutes ces vétilleries.

VÉTILLEUR, EUSE s. (vé-ti-lleur, eu-ze; H mil. — rad. vétiller). Personne qui vétille, qui a l'habitude de vétiller, de chercher de misérables chicanes.

— Syn. Vétillour, vêtiilard, vétilleux. V.

VÉTILLARD.

VÉTILLEUX, EUSE adj. (vé-ti-lleu, eu-ze ; Il mil. — rad. vétille). Qui s'attache à des vétilles, à des minuties : Femme vétilleuse. Mazarin était naturellement vétillkux et grondeur. (Cal de Retz.) Il Qui consiste en des minuties : Dévotion vétilleuse. Politesse

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