V. Huoo
Vénale (la), tragédie lyrique en trois actes, paroles de Jouy, musique de Spontini; représentée pour la première fois k I Académie impériale de musique le l ■ décembre 1807. Ce chef-d'œuvre faillit ne pas voir le jour. Le jury de l'Opéra, auquel le compositeur romain dut soumettre sa partition, déclara que le style en était bizarre, l'harmonie défectueuse , l'orchestration bruyante , que certains passages étaient complètement inintelligibles, en accordant toutefois qu'on y remarquait ça et là quelques belles choses ; enfin U fut d'avis que l'ouvrage ne devait pas être exécuté. Non - seulement un tel jugement était peu courtois à l'égard d'un musicien qui avait fait jouer déjà quatorze opéras environ à Naples, à Venise, à Parme, à Florence, mais il témoignait des innovations hardies, alors incomprises, dont Spontini de* vail enrichir l'art musical. L'impératrice Joséphine décida que la Vestale serait mise à la scène. Persuis et Rey, musiciens médiocres, furent chargés delà révision de cette œuvre de génie, et Spontini dut refaire plusieurs morceaux. Les répétitions durèrent un an, et les frais de copie s'élevèrent à la somme de 10,000 francs. Enlin l'opéra fut joué et eut un succès immense qui dura trente ans.
Au premier acte, le théâtre représente le
VEST
Forum et le temple de Vesta. Licinius revient i vainqueur des Gaulois et va recevoir les honneurs du triomphe ; mais Julia, sa fiancée, es,t entrée pendant son absence dans le collège des Vestales, et c'est elle-même qui doit déposer la couronne du triomphe sur le front du héros, son amant. Licinius, plus épris que jamais, déclare à Julia qu'il ira pendant la nuit la ravir dans le temple pour lui faire partager sa destinée. L'acte se termine par des jeux publics.
Au second acte, la grande vestale remet à Julia la verge d'or qui doit servir à attiser le ' feu sacré. A peine s'est-elle retirée que les devoirs de la prêtresse et la passion de l'amante viennent tour à tour bouleverser le cœur de Julia. Cédant à l'empire d'un premier amour, elle ouvre à Licinius la porte du temple. Au moment le plus pathétique de leur entretien, le feu s'étaint sur l'autel. Ils comprennent aussitôt toute l'horreur de leur situation. Cinna accourt pour arracher son ami Licinius à la fureur du peuple ameuté aux portes du temple; il l'entraîne. Les vestales arrivent et trouvent Julia évanouie sur les marches de l'autel On la dépouille de ses ornements sacrés, et le grand pontife prononce la sentence de mort en couvrant la jeune fille d'un voile noir. Elle sort escortée par les licteurs.
Au troisième acte, les spectateurs voient la fosse où la prêtresse parjure à ses serments doit être ensevelie vivante. Licinius se livre à toute sa fureur; il apprend que l'armée reste insensible à sa cause et qu^il ne peut compter que sur un petit nombre d'amis prêts à périr avec lui. Le funèbre cortège s'avance. Julia se prépare au sacrifice de sa vie et adresse une prière aux dieux, quand Licinius, à la tête de quelques soldats, se présente et se déclare» coupable du sacrilège dont on punit son amante. Les prêtres demandent sa mort; le tumulte est à son comble. Tout à coup la foudre éclate et vient rallumer le feu de l'autel. Licinius et Cinna retirent de la tombe Julia évanouie. Le pontife cède à la volonté divine, manifestée par un tel prodige, et un dernier tableau montreles deux époux dans le cirque de Flore, présidant aux jeux et aux danses en l'honneur de Vénus Erycine.
Presque tous les morceaux de la partition sont remarquables à différents titres. Le second acte renferme les beautés les plus saillantes ; le charme de l'expression et l'ampleur du style , la tendresse et la vigueur y dominent tour à tour. Nous rappellerons seulement aux amateurs le duo entre Licinius et Cinna : Unis par l'amitié, qui offre une des phrases les mieux inspirées qui aient été écrites; la prière de Julia :.
O des infortunés, déesse tulélairel
Latone, écoute ma prière !
Blon dernier vœu doit te fléchir;
Daigne, avant que j'y tombe,
Ecarter de ma tombe Le mortel adoré pour qui je vais mourir.
Dans cette scène pathétique, le musicien s'est surpassé. L'air : Impitoyables dieux, porte l'empreinte de la violence, nomme la cavatine : Les dieux prendront pitié, celle de la douceur. Le finale du second acte est un des plus émouvants qui soient au théâtre. Ici Spontini a été créateur d'une nouvelle forme lyrique. Il s'est pénétré de la situation.
Cet ouvrage fut repris à l'Opéra le 16 mars 1854, avec Roger, Obin, Bonnehée, Mlles Poinsot et Sophie Cruvelli. Cette reprise n'eut pas tant de succès qu'on eût pu espérer; le chef-d'œuvre de Spontini fut faiblement interprété et peu compris du public.
Nous citons la prière de la vestale.
Mon
i car
der - nier
doit - - - - te ûé - chir; -
te fie
Daigne, a . vant que j'y tom - be,
E - car - ter de ma
ztzr=^zlt.
tom - be
Le mor - tel
do
ré, Le
mor - tel
do-
i^mm$^swmmmm
ré
pour qui
rir; Ah! daigne en é - car - ter
Je mor-
tel
EEE^&E
mi
a - do - ré pour qui je ■
mou - rir I
VEST
Vestale (la), opéra-séria en trois actes, musique de Mercadante ; représenté sur le Théâtre-Royal italien !e 23 décembre 1841. Le sujet de la pièce est le même que celui de l'opéra de Spontini ; mais, quelques incidents diffèrent et le dénoûment est conforme à la coutume barbare de la religion des Romains. La vestale est enterrée vivante. Son amant, Decio, veut tuer le grand prêtre et se tue lui-même. Quoique la tragédie se déroule jusqu'au bout dans toute son horreur, la musi-. que a un caractère moins dramatique que celle de l'opéra français. La scène s'ouvre par un chœur de vestales: Salve, salve, d'un effet gracieux. La vestale Einilia et sa confidente Giunia chantent ensuite un duetto : Di conforlounraggio, parfaitement écrit pour les- voix. Le chœur triomphal et la marche manquent de grandeur. C'est pendant le couronnement du triomphateur que Decio apprend que celle qu'il aime est vestale. Cette scène amène le finale du premier acte, qui débute par un andante admirable : Quanto mi cinge. La mélodie, d'un style noble et pathétique, est traitée en septuor avec une ampleur et une richesse d'effets qui en font un chef-d'œuvre. L'introduction du second acte offre un quatuor instrumental d'une sonorité très-dramatique, et telle qu'on en entend rarement d'aussi expressive. Le basson, le hautbois, la flûte, auxquels viennent se joindre les notes les plus graves de la clarinette, ont été choisis par le compositeur pour rendre sa pensée, La prière de la vestale : Giunia se fine al cielo ascendere, est distinguée et touchante. Le feu s'est éteint; le grand prêtre, accompagné des vestales, entre en scène et chante un air avec chœurs d'un effet saisissant : Versate amare lagrime. Le finale a paru un peu monotone. Au troisième acte, le morceau le plus saillant est l'air chanté par Tamburini : 5e non polra ta vittima. Les chœurs sont généralement bien traités, et l'orchestration témoigne du goût et de la science du respectable directeur du Conservatoire de Naples. iUme Grisi et Albeitazzi ont interprété avec talent les rôles de la vestale et de Giunia; Mario, Morelli et Tamburini, ceux de Decio, du grand prêtre et de Publie.
VESTALIESs. f. pl.(vè-sta-ll).Antiq.rom.
Fêtes en l'honneur de Vesta. Il On dit aussi
VESTALIlîKNKS.
— Encycl. La principale de ces fêtes était célébrée le 5 juin de chaque année. Ce jourlà, le temple de Vesta était ouvert ; on y faisait des prières publiques et de grands sacrifices en présence de la foule pour la prospérité du peuple romain. Les prêtresses prenaientleurs habillements les plus magnifiques. Il éiait permis à tout le monde de pénétrer dans l'intérieur du temple, où les objets sacrés exposés aux yeux du public étaient confiés à la garde des vestales, couverts d'un voile et entourés d'épis de blé. C'était là une allusion aux usages des premières vestales, qui avaient coutume d'aller dans les champs ramasser les épis échappés aux moissonneurs, pour en faire ensuite de la farine qui servait dans leurs sacrifices.
Les auteurs se sont expliqués d'une manière différente sur les objets qui étaient ainsi offerts à la vue du peuple. Quelquesuns prétendent que c'étaient les images de Castor et de Pollux; d'autres, celles d'Apollon et de Neptune. Pline parle d'une divinité particulière, révérée par les vestales, et qui était considérée comme la protectrice des enfants et des généraux d'armée; on avançait encore, selon Plutarque , que les vestales conservaient deux petits tonneaux, l'un vide et ouvert, l'autre plein et fermé, qu'elles seules pouvaient voir; or, cet usage aurait eu quelque rapport avec ce que dit Homère sur les tonneaux placés dans le temple de J upiter, l'un rempli de maux et l'autre de biens. Mais, quoi qu'il y uit de vrai dans Ces hypothèses, il ne parait pas qu'on ait pu exposer aux yeux du peuple des objets qui ne devaient être vus que des seules vestales. 11 est probable que l'on montrait ainsi des objets se rattachant aux origines de Rome, de même que dans les églises on expose des objets se rattachant aux origines chrétiennes. Dans leur nombre, faut-il comprendre le palladium sacré auquel étaient attachés les destins de la ville éternelle et qui était conservé par les vestales ? Cela est douteux ; car si le peuple entier avait. pu voir le palladium, nous aurions sur ce célèbre monument des renseignements qui manquent k l'histoire.
Le jour de la grande fête de la déesse, il était aussi d'usage de danser publiquement dans les rues. On apportait en don aux vestales des viandes exquises pour être offertes à Vesta. Les dames romaines venaient pieds nus au temple et au Capitole. L'usage d'ôtec sa chaussure ne s'appliquait pas seulement, du reste, au culte de Vesta; on l'observait pour la plupart des actes du culte divin eu général, en signe de vénération et d'humilité, et cela dans tous les rangs de la société.
VESTE s. f. (vè-ste — du latin vestis, vêtement, qui correspond au sanscrit vasna, vasana, vasman, vastra, vâsa, vâsas, etc., vêtement en général, de la racine vas, se vêtir, couvrir. A la rifème famille appartiennent : le zend vastra et vanhana, vêtement; le grec esthes, esthos, même sens, estheô, -vêtir, avec perte du digamma, et aussi ennumi, \>oav Fennumi, vêtir, eanos, eianos, pour Fesanos, exactement le sanscrit vasana et eima , emma ,
VEST
pour Fesma, exactement le sanscrit vasman; l'irlandais fassradt, erse fasair, fasrach, avec le sens spécial de harnais, fasair pour fassair, fastair, exactement le sanscrit vastra, et aussi l'irlandais earradh, vêtement, pour easradh et feasradh ; le kyinrique gtoisg, armoricain gwisk, comique ^ueî&.vêtement ; le gothique vasli, vêtement, tunique, ga-vaseins, vêtement, vas-jan , ga-vasjan , vêtir; le Scandinave vesii, vêtement de dessous, vesl, tunique; l'ancien allemand wasti, westi, wester; en composition seulement; l'allemand moderne weste, gilet. La branche lithuanoslave fait ici défaut, mais il faut ajouter encore l'albanais vesh, vêtir, et veshura, vêtement). Vêtement de dessus, à basques trèscourtes, ou même sans basques, qui couvre la partie supérieure du corps : Veste; de drap. Vkste de velours. S'il est en veste, l'homme d'énergie obtient à peine un regard. (Balz.) 11 Autrefois, Vêtement sans manches , qui se portait sous l'habit, et qui a été remplacé par le gilet : Veste de salin. Veste brodée en or, en argent, en soie. Il Sorte de vêtement long, que portent les Orientaux : Une veste de drap a or.
— Pop. Insuccès, échec, fiasco : Remporter une veste. Jlamasser une veste.
— Loc. fam. Assieds-toi sur ma veste, et prends garde de casser ma pipe, Invitation ironique de se taire, que l'on fait à quelqu'un par qui l'on est importuné.
— Comm. Toile à vestes. Sorte de toile de lin, tantôt de la couleur naturelle du lin, tantôt teinte en gris plus foncé, qui se fabriquait anciennement dans plusieurs localités de la Normandie, surtout à Toequeville, et que l'on employait le plus souvent pour faire des gilets, alors appelés vestes, et des doublures.
VESTEL s. m. (vè-stèl — r&à.Vesta). Philos, soc. Dans le système de Fourier, Nom donné aux jeunes gens qui conservent leur chasteté pendant quelques années.
VESTENA-NOVA, bourg du royaume d'Italie, province de Vérone, mandement et district deTregnago; 2,600 hab.
VESTERAS, ville et préfecture de Suède.