‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 704 sur 1042 · V-IER · texte numérisé non relu

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DEUXIÈME COUPLET

Viens! au loin le bruit s'efface!

De l'oiseau du printemps voici le chant joyeux! Il nous dit : Soyez heureux!

Du bonheur qui passa Où trouver la trace?

TROISIEME COUPLET

Vien- ! j'espète en Dieu lui-m^mel Mais c'est toi... Chaque pas in'appro> he «lu bonheur! Et vers toi bondit mon cœur.

Oui 09 cœur qui t'aime, Comme un bien suprême!

VIENTRAGE s. m. (vi-an-tra-je — du lut. via, voie, et de entrer). Ane. coût. Droit que le seigneur percevait Sur l'entrée des vins et autres boissons. V. droit.

VIÉNUSE s. f. (vié-nu-ze). Bot. Nom de l'aubergine ou mélongène, en Languedoc.

V1EIU V CLAVIJO (don Joseph de), physicien et historien espagnol, né aux Canaries vers 1738, mort en 1199. Il fit ses études à Madrid, embrassa l'état ecclésiastique, suivit k Paris un jeune seigneur dont il faisait l'éducation et perfectionna dans cette ville ses connaissances en physique. De retour k Madrid, où il fut nomo é archidiacre de Fuente-Venttira, il ouvrit des cours particuliers de sciences mathématiques. On a de lui, entre autres écrits : Histoire générale des Canaries (Madrid, 1772, 4 vol. iu-S»;; Eléments de physique et de chimie (Madrid, J784); Eléments de géométrie et de mathématiques (Madrid, 1788, in-40); Histoire des Ues Majorque et Minorque (Madrid, 1789, in-8<>).

VIÉRÉE s. f. (vié-ré). Bol. Genre d'arbrisseaux, famille des composées, tribu des astérées, dont l'espèce type croit aux Canaries.

VIERG s. m. (vièrgh — du bit. virga, verge, signe d'autorité). Jlist. Nom que portail le premier magistrat de la ville d'Autun.

VIERGE s. f. (vièr-je — lut. virgo, mot que plusieurs croient allié à oir , homme, mai; qui appartient plutôt 11 !» même famille que le grec orgas, jeune lille nubile. Curtius croit qu'on a nommé ainsi les jeunes tilles nubiles, k cause de leurs formes pleines et arrondies, et il rapproche ce nom ne la racine sanscrite urg, gonfl r, être gonflé, d'où aussi le sanscrit urgns, plénitude de forces, sève, éueigin, urgitas, pl.dii de forces, wrgnsvat, gotifiè, et le grec orge, colère, passion, orgnô, avoir le sang eu fermentation, être goutté, etc.). Fille qui a vécu dans une coiituiKiice parfaite : La femme, rumme mère et comme viekgk. est pleine de secrets. (Chateaub.) La jeune viiaRou n'est vraiment belle que pour l'œil chaste. iDe Géramlo.)

La vienje la plus pure a cet instinct sauvage

Qui lui fait deviner une iulluëlité.

M»» E. i>e Girardin.

Fig. Objet pur et délicat : La science est

Une mmau jalouse qui ne veut point 'l'autre culte. lA. Botinei.) La véritable dimlrur est une viliRGB timide qui fuit les indifférents et se nourrit de la solitude. (Lemontey.)

— Pain. Vierges folles, Nom ironique que l'on donne à des lilies perdues île mœurs, par allusion à la parabole évaiigéliipie îles vierges folles et des vierges sages :Un vit alors une princesse du santj menant par goût ta vie d'une VIERGB FOLLE. (A. lioussaye.)

Pop. Vierge des remparts, Prostituée,

coureuse de remparts. Il Vierge de comptoir, Daine de comptoir dans un établissement suspect.

— Chanter V Evangile des vierges, Avouer que l'on a été dupé.

— Relig. Marie, qui, d'après la tradition catholique, devint mère de Jésus sans cesser d'être vierge : Le culte de lu Vikrgb. L'autel de la Vierge. Le progrès du culte de dulie et d'hyperdulie rendu, à la Vibkqb mère est arrivé à son apogée. ( L. Jourdan. ) (I Peinture ou image quelconque représentant la mère de Jésus : Les Vjkbgks de Raphaël gâtent terriblement celles des autres peintres. (Griinm.)

— Hist. relig. Onze mille vierges, Vierges, au nombre de onze mille, qui, d'après la tradition, furent martyrisées à Cologne. Il Kam. Homme amoureux des onze mille vierges, homme qui aime facilement et qui change très-fréquemment d'objet. Il Monastère des vierges, Couvent fondé à Venise en 1117, et où l'on ne recevait que des filles nobles.

t Filles de ia Sainte- Vierge, Congrégation

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établie à Crémone en 1612. Il Société des vierges de Halle, Communauté religieuse que trois princesses de la maison d'Autriche fondèrent en 1569. Il Société de ta purification de la Vierge, Communauté religieuse fondée à Arona en 1590. Il Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie, Communauté de religieuses de Suinte-Jeanne communément appelées

ANNUNCIADES.

— Dr. pénal. Baiser de la vierge, Instrument de supplice qui était usité en Allemagne, et qui consistait en une figure de femme en fer, qui embrassait et étouffait les condamnés.

— Astron. Nom de l'une des constellation zodiacales, qui est la sixième à partir du Bélier. Il Sijjne qui Correspondait autrefois à cette constellation.

— Jeux. Ancien nom de la reine du jeu d'échecs.

— Alchim. Vierge épouse, Nom du mercure.

— adj. Qui a vécu dans une continence parfaite : Un jeune homme vierge. Une fille vitjRGE. llester vierge toute sa vie.

Une femme regrette, en sa douleur arnère, L'époux qui la prit vierge et qui la rendit mère.

PONSAR0. .

Le cœur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque la première eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure.

A. de Mussbt.

— Par ext. Qui n'a pas servi , qui n'a pas été touché, qui est encore iniact : Que chaque famille prépare des vases vierges. (Chateaub.)

Voyez dans vos bosquets la rose, vierge encore, S'échapper du bouton qu'une nuit fit éclore.

Baour-Lormian.

Il Inexploré, dont on n'a pas encore usé : L'Orient, avant 1830, était une terre vierge pour l'art, et les représentations qu'on en essayait étaient à peu près chimériques; an ignorait sa poésie, sa couleur et sa musique. (Th. Guut,) Il Qui n'a pas encore été cultivé, exploité : Un nul vierge. Une nature vibrgk. Des forêts vierges.

La terre, vierge encor, fertile sans culture, Du soc qui la déchire ignorait la blessure. De Sàint-Anoe.

— Qui n'est point mêlé, qui est pur de toute substance étrangère : Des métaux vierges. On trouve l'or et l'argent vierge en petits filets dans ta roche quartzeuse. (Buif.J II Se dit aussi des métaux qui n'ont point pusse par le feu.

— Qui n'est point sali, qui est complètement blanc : La page vierge étalée devant moi ne doit pas être souillée par mon véritable nom. (Baudelaire.)

La nappe encore vierge est mise pour l'orgie.

Tu. de Banville.

Il Qui n'est point souillé; qui est intact de toute honte, de tout outrage, de toute corruption : Une réputation vierge. Une âme vierge. Un cœur vierge.

— Ironiq. Epée vierge, Epée dont on ne s'est jamais servi ; homme qui ne s'est jamais battu.

— Comm. Cire vierge, Celle qu'on a extraite des rayons et mise en pains, mais qui u'a encore été employée à aucun ouvrage. U Huile vierge, Celle qui sort des olives écrasées, avant qu'elles soient soumises à, la pression et qu'on ait recours à l'emploi de l'eau chaude. || Parchemin vierge, Parchemin fait avec la peau des agneaux ou des chevreaux mort-nes.

— Hist, relig. Mont - Vierge, Ordre religieux fondé en 1U9.

— Peint. Couleur, teinte vierge, Couleur pure, employée sans mélange avec d'autres.

— Bot. Vigne vierge, Nom vulgaire de la bryone,

— Hortic. Se dit du blanc de champignon qui n'a pas encore servi a garnir ou à larder les couches.

— Encycl. Mœurs. V. virginité.

— Hist. relig. Le christianisme s'est attribué, comme propre à lui seul, le dogme de la lUiiteriiite virginale de celle qui mit au monde son Dieu incarné Jesi.s-Christ. La science historique des religions a démontré le peu de fondement de cette prétention, et les catholiques modernes se sont vus forcés, devant la multitude des preuves, de torturer leur ancienne thèse pour la ramener à des conclusions qui fussent à la fois conciliâmes avec l'histoire et aiec leur orthodoxie. M. Drach est, après le coraie de Maistra, du nombre de ces catholiques, et, sans nous occuper des explications et des déductions qu il a exposées à ce sujet dans les Annales de philosophie chrétienne, nous résumerons seulement quelques-unes des curie., ses légendes qu'il * recueil. ies chez les divers peuples et qui se i approchent singulièrement du dogme de ta Vierge mère.

« Les Indiens, dit l'estimable savant, n'ignoraient pas le miracle de l'enfantement d'une vierge. C'était, du Williams Joues, une ancienne croyance assez générale dans l'antiquité, que la divinité s'incarnait de temps en temps et veuait sous uue forme humaine instruire ou consoler lea hommes. Ces sortes d'apparitions s'appelaient les théuphanies

chez les Grecs, et dans les livres sacrés des brahmes elles se nomment de3 avataras.

Or, ces mêmes livres déclarent que, lorsqu'un dieu daigne ainsi visiter le monde , il s'incarne dans le sein d'une vierge sans union de sexe. » Les brahmes enseignaient et enseignent encore que Bouddha naquit de la vierge Maïa, sans coopération d'aucun homme. Cette Maïa, déesse de l'imagination, devint mère par son intelligence et sa volonté virginales. Cette croyance indienne est également répandue dans le Tibet, dans la Chine et dans le Japon. Les peuples de ce pays se laissent persuader que le dieu qu'ils adorent, les uns sous le nom de Che-kia ou Cha-ka, les autres sous celui de Fo, Foé ou Fohi (différents noms de Bouddha), est né miraculeusement d'une vierge. Ce dieu, après s'être incarné successivement dans un grand nombre de corps et voulant naître de nouveau pour retirer le genre humain de la corruption où il était tombé, se rendit dans le sein de Lhamoghinprul, la plus belle des nymphes et la plus sainte des femmes, nouvellement mariée au roi Sézan. Rien ne ressen ble plus à nos tableaux représentant la sainte Vierge et l'Enfant Jésus au sein, qu'une ancienne peinture indienne, dans laquelle on voit Krishna au sein de Jachada, sa mère nourricière, L'un et l'autre portent une auréole autour de la tête.

Les Chinois multiplient, pour ainsi dire, la tradition d'une vierge mère de Dieu. La déesse que l'on rencontre le plus communément en Chine est Ching-mou. Ce nom signifie la sainte mère, ou mieux la mère de la parfaite intelligence. Rien ne frappa autant les missionnaires lors de leur première arrivée en Chine que la représentation de cette femme, dans laquelle ils remarquèrent la plus parfaite ressemblance avec la Vierge chrétienne. La légende chinoise dit que Ching-mou conçut et devint mère en demeurant toujours dans un état de virginité. Un jour elle mangea la fleur de la plante lienhoa, qu'elle avait trouvée sur ses habits au bord de l'eau ; aussitôt sa fécondité se développa. Le terme de sa grossesse étant arrivé, elle se rendit à l'endroit où elle avait ramassé la fleur, et là. elle devint mère d'un enfant mâle, qui fut trouvé et élevé par un pêcheur pauvre. Cet enfant devint un grand homme et opéra des miracles. La même légende est rapportée à propos d'autres personnages fabuleux des traditions chinoises. C'est ainsi qu'on lit dans le Chi-king l'ode suivante sur la naissance miraculeuse de Heou-tsi, dont la mère fut Kiong-yuen,"restée vierge, d'après tous les commentateurs, avant, pendant et après l'enfantement :

« Lorsque l'homme naquit, Kiong-yuen fut sa mère. Comment s'opéra ce prodige? Elle offrait ses vœux et son sacrifice, le cœur affligé de ce que te fils ne venait pas encore. Tandis qu'elle était occupée de ces grandes pensées, le Chang-ti l'exauça..., et à l'instant, dans l'endroit même, elle sentit ses entrailles émues, fut pénétrée d'une religieuse frayeur et conçut Heou-tsi. Le terme étant arrivé , elle enfanta son premier-né comme un tendre agneau, sans déchirement, sans effort, sans douleur, sans souillure. Prodige éclatant! Miracle divin! Mais le Chang-ti n'a qu'à vouloir, et il avait exaucé sa prière en lui donnant Heou-tsi. Cette tendre mère le coucha dans un petit réduit à côté du chemin ; des bœufs et des agneaux réchauffaient de leur haleine ; les habitants des bois accoururent malgré la rigueur du froid; les oiseaux volèrent vers l'enfant pour le couvrir de leurs ailes; lui, cependant, poussait des cris puissants qui étaient entendus au loin. » Ce qui est plus curieux encore, c'est que le saint par excellence dont les Chinois attendent la venue annoncée .par leurs anciens livres, absolument comme les juifs attendent toujours leur Messie, doit naître d'une vierge qui conservera sa virginité tout en devenant mère.

Le Sommonakhodom des Siamois, Dieu, Vattente et le désir de l'univers, a été conçu par uue vierge, des rayons du soleil, et mis au monde sans douleur.

Il paraît qu'on a constaté l'existence de traditions semblables chez différentes tribus du nouveau monde. Les Maoéniques, peuple du Paraguay établi sur les bords du lac Zaruyas, racontaient aux missionnaires qu'à une époque tres-reculée une femme d'une grande beauté devint mère sans le secours d'aucun homme. Son lils opéra des miracles et s'envola au ciel. La virginité des femmes était en grand honneur, non-seulement dans le monde ancien, et particulièrement dans les Indes, mais aussi parmi les Péruviens, les Mexicains et les autres nations qui peuplaient l'Amérique avant la découverte de cette partie du inonde ; et la plupart, du temps à cette idée de respect était attaché un sentiment religieux, fondé sur l'idée de la naissance miraculeuse de quelque génie ou de quelque dieu sauveur par l'action pure de l'esprit ou du souille divin sur une vierge.

Quant à la Vierge mère de Jésus, nous avons raconté son histoire au mot Marie, et nous avons fait connaître les développements toujours croissants qu'a pris son culte chez les chrétiens dans notre article sur l'immaculée conception. Nous ne pourrions donc revenir ici sur ce double sujet sans nous répéter inutilement; nous renvoyons à ces deux mots.

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— Institutions et congrégations de vierges. Il en est des institutions et corporations de filles vouées à la virginité comme du dogme légendaire qui vient de nous occuper; le christianisme n'en a point le monopole, ainsi qu'on l'a si longtemps prétendu. ■ Les vierges consacrées à Dieu, dit le comte de Maistre, se trouvent partout et à toutes les époques du genre humain. Qu'y a-t-il, au monde, de

I plus célèbre que les vestales? Avec le culte de "Vesta brilla l'empire romain, avec lui il tomba. Dans les Gaules, les druidesses étaient saintes par une perpétuelle virginité. A Athènes, comme à Rome, le feu sacré du temple de Minerve était gardé par des vierges. On a trouvé également des vestales chez d'autres nations, notamment dans les Indes et au Pérou, où il est bien remarquable que la violation du vœu de chasteté était punie du même supplice qu'à Rome... Si la pensée se transporte à la Chine, elle y trouve des religieuses assujetties à la même virginité. Leurs maisons sont ornées d'inscriptions qu'elles tiennent de l'empereur lui-même, lequel n'accorde cette distinction qu'à celles qui sont restées vierges quarante ans. >

Dans le christianisme, les institutions et les congrégations de vierges se sont multipliées à 1'iufloi. L'institution de ce genre qui parait être la plus ancienne est celle des diaconesses, qui remonte aux apôtres et qui, depuis des siècles, a disparu. Ces femmes, destinées surtout à aider les évêques dans l'assistance des pauvres et des malades de leur sexe, ainsi que les diacres dans l'administration du baptême et dans l'instruction des catéchumènes, étaient consacrées par une ordination particulière et choisies soit parmi les vierges, soit parmi les veuves. Plus tard se fondèrent successivement des associations de vierges de toute espèce, soit cloîtrées, soit non cloîtrées, soit pour la contemplation et la prière, soit pour l'éducation des enfants, soit pour l'assistance des malades et des pauvres. V. couvent, congrégation, religieux (ordres.)

— Légende des onze mille vierges. V. Ursule (sainte).

— Dr. pénal. Une tradition généralement répandue veut qu'aux termes de lu loi romaine il ait été défendu de faire mourir une fille, à moins qu'auparavant on ne lui ôtàt sa virginité. -On cite pour exemple la tille de Séjan, que le bourreau viola dans sa prison avant de l'étrangler, autant pour n'avoir pas à se reprocher d'avoir mis à mort une pucelle que pour satisfaire à la loi. Montesquieu, dans VEsprit des lois, 1. XII, cb. xiv, rapporte « qu'un ancien usage des Romains défendait de faire mourir les tilles qui n'étaient pas nubiles, » et que Tibère trouva l'expédient de les faire violer par le bourreau avant de les envoyer au supplice; il ajoute : • Tyran subtil et cruel, il détruisait les mœurs pour conserver les coutumes. • Montesquieu renvoie à Suétone, In Tiberio, p. 61, et de l'avis des annotateurs et commentateurs le mot virgo, dont se sert à ce propos Suétone, désignait toute fille qui n'avait point été mariée, ou qui n'était point connue pour courtisane. Mais Voltaire nie qu'une telle loi ait jamais existé. Tacite, ainsi qu'il le fait observer, ne dit point que la loi ordonnât qu'on ne fît jamais mourir les pucelies ; « et si une fille de vingt ans, vierge ou non, avait commis un crime capital, ajoute-t-il, elle aurait été punie comme une vieille mariée; mais la loi portail qu'on ne punirait pas de mort les enfants, parce qu'on les croyait incapables de crimes. La tille de Séjan était enfant aussi bien que son frère; et si la barbarie de Tibère et la lâcheté du sénat les abandonnèrent au bourreau, ce fut contre toutes les lois. De telles horreurs no se seraieDt pus commises du temps des Scipions et de Caton le censeur. Cicéron n'aurait pas fait mourir une fille de Catilina, âgée de sept à huit ans. Il n'y avait que Tibère et le sénat de Tibère qui pussent outrager ainsi la nature. Le bourreau qui commit les deux crimes abominables de déflorer une tille de huit ans et de* l'étrangler en- Suite méritait d'être un des favoris de Tibère. » Ainsi parle, avec une véhémence qui s'explique aisément, l'auteur du Dictionnaire philosophique; et il se plaît, en terminant, à douter que cette exécrable exécution soit vraie; Tacite dit seulement qu'on l'a rapportée, tradunt ; et, ce qu'il faut bien observer, c'est qu'il ne dit point que la loi défendit d'infliger le dernier supplice à une vierge; il dit seulement que la chose était inouïe, inauditum. « On résolut ensuite de sévir contre les derniers enfants de Séjan, dit Tacite, Annal., V, ix, quoique la colère du peuple commençât à s amortir, et que les premiers supplices eussent calmé les esprits. On les porte à la prison : le fils prévoyait sa destinée; la liile la soupçonnait si peu que souvent elle demanda quelle était sa fauie, en quel lieu on la traînait, ajoutant qu'elle ne le ferait plus, qu'on pouvait la châtier comme on châtie les enfants. Les auteurs de ce temps rapportent que, l'usage semblant défendre qu'une vierge subît la peine des criminels, le bourreau la viola auprès du lacet fatal. Puis il les étrangla l'un et l'autre, et les corps des deux enfants fureut jetés aux gémonies, • Ou voit par cet extrait que Tacite n'affirme rien. Pour l'honneur de l'hu-

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manité, rangeons-nous à l'avis de Voltaire et mettons au rang des fables la défloration légale des filles vierges vouées au dernier supplice. Si cela s'est fait, cela n'a pu entrer dans aucun code, parmi les nations civilisées du moins.

— Baiser de la vierge. Cet instrument de torture et de supplice, en allemand jutigfer kuss, était encore employé au xvio siècle. Les spécimens en sont extrêmement rares, surtout à l'état complet. La construction en 'était assez variable quant aux détails, mais le principe de la machine était toujours le même. Un des exemplaires les plus curieux qui existent faisait partie, il y a quelques années, du cabinet de curiosités du baron Diedrich, au château de Feistriz. Il provient de Nuremberg, d'où il fut extrait à l'époque des guerres de la Révolution française, pour être vendu avec une foule d'autres objets sans usage. C'est une espèce de boîte ou de caisse de ter, ayant la forme d'une femme et présentant, à la partie inf-rieure, un empâtement assez large pour lui permettre de se tenir debout. En pressant un ressort, la paroi antérieure se divise en deux vantaux, munis l'un et l'autre, intérieurement, de plusieurs pointes de fer. La section qui représente le visage a deux de ces pointes à la hauteur des yeux. D'autres pointes correspondent à la région du cœur. On ne sait pas au juste comment l'exécuteur opéraitj mais on suppose qu'on invitait le patient à s adosser au fond de l'appareil et qu'ensuite, en agissant sur un mécanisme approprié, on fermait plus ou moins les vantaux, suivant l'effet qu'on désirait produire. Voulait-on faire périr la victime, la fermeture était complète. Se proposait-on seulement de lui arracher des aveux , on s'y prenait de manière que les pointes pénétrassent dans son corps juste assez pour lui occasionner de vives souffrances. On croit que le jungfer kuss était ordinairement placé sur une trappe, ce qui permettait de faire disparaître les cadavres daus un caveau situé au-dessous.

Plusieurs écrivains allemands pensent que le baiser de la vierge était une invention espagnole. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait une grande ressemblance avec une machine appelée mater dolorosa, qui, lors de l'occupation française, fut trouvée dans les cachots de l'inquisition de Madrid. Du reste, les instruments de ce genre n'étaient pas inconnus des anciens, du moins des Grecs, si l'on en juge par le témoignage de Polyhe. En effet, parlant de Nabis, tyran de Sparte, mort cent quatre-vingt-douze ans avant Jésus-Christ, cet historien s'exprime ainsi : • Le tyran avait aussi inventé uue machine ressemblant à une femme bien habitée et représentant parfaitement sa femme Apéga. Quand il voulait extorquer de l'argent aux citoyens, il les invitait à venir en son palais et, d'abord avec beaucoup de courtoisie, leur parlait du péril où les Achéens mettaient le pays; le nombre des mercenaires, le culte des dieux coûtaient beaucoup au trésor royal. Si ces arguments produisaient l'effet qu'il voulait obtenir, il était satisfait. Dans le cas contraire, il avait coutume de dire : « Je manque, paraît-il, de persuasion; mais « Apéga, je pense, sera plus habile à vous con- » vaincre, i A peine avait-il parle que l'image d'Apéga paraissait. Nabis faisait approcher d'elle le citoyen auquel il s'était vainement adressé. L'image saisissait tout à coup le rebelle et, l'embrassant, faisait pénétrer jusqu'au cceur les pointes dont elle était garnie. Le citoyen, pour conserver la vie, accordait tout ce qu'on lui demandait. ■

— Hist. Vierges de Verdun. V. Verdun.

— Astron. Le sixième signe du zodiaque, dans lequel le soleil, sortant du Lion, entre vers le 22 août, et d'où il sort au bout d'un mois, pour passer dans la Balance, est appelé signe de la Vierge. On le désigne par Je symbole OJg-

Le moment où la soleil entrait jadis dans le signe de la Vierge ouvrait l'époque des moissons. C'est pourquoi les anciens avaient consacré cette constellation k Cérès. Elle était représentée sous la figure d'une jeune femme tenant d'une main une faucille et de l'autre des épis de blé. Elle portait au3si des ailes.

La constellation de la Vierge compte dans le catalogue britannique 110 étoiles, dont nous signalons les plus remarquables : la plus brillante, a ou l'Epi, qui se trouve sur le prolongement de la plus longue des diagonales du carré de la Grande Ourse; une étoile double assez curieuse, -j, dont les deux composantes sont d'intensité peu différente, toutes deux blanches; la plus petite tourne autour de la plus grande, en obéissant aux lois de Kepler, et fan sa révolution eu six cent vingtneuf ans ; une étoile variable, qu'on désigne par la lettre R, dont la période dure cent quarante-six jours, et qui passe de la septième grandeur à la disparition complète. L'aile droite de la Vierge présente une fort belle nébuleuse. Sur le bras droit on distingue une étoile, que les astronomes ont marquée de la lettre «, et qu'on appelle communément la Vendangeuse. Le moment où le soleil passe dans son voisinage n'est pas éloigné de l'époque où se fait la vendange.

— Ph'ilosMtopiepositiviste de la Viergemère. C'est une conception que le fondateur de la philosophie poH'ive a proposée à ses disciples

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comme le type des utopies. C'est le dernier mot du progrès humain, entendu k la façon d'Auguste Corme. C'est le résumé synthétique et le postulatum final de la religion de 1 humanité. Comte déclare que l'utopie de la Vierge mère « est destinée à résumer l'ensemble de notre perfectionnement physique, intellectuel et moral en le concentrant sur un progrès décisif. > En quoi consiste ce progrès? Il consiste «àsysiématiser la procréation humaine en la rendant exclusivement féminine. » Ce progrès, eomme la transmutation -des métaux au moyen âge, fournit un objet et un point de « ralliement admirable » aux vœux et aux efforts théoriques et pratiques. 11 procure à l'essor utopique « une destination sociale > en l'étendant à l'ordre humain. Il vient éliminer et remplacer i les utopies perturbatrices • de la théologie et de la métaphysique. Il représente, ce qu'on ne pourrait attendre d'aucune autre utopie, « l'universelle prépondérance de la morale. »

Voici comment Auguste Comt<: explique et légitime son utopie ou, comme il dit, son institution de la Vierge mère:

i En surmontant les préjugés scientifiques, on doit d'abord reconnaître l'harmonie continue d'une telle institution avec l'ensemble des lois réelles. Restreinte à l'espèce la plus modifiable et propre au sexe le mieux perfectible, elle y conserve la plus éminente des fonctions végétatives, celle où le cerveau peut davantage modifier le corps. La rationalité du problème est fondée sur la détermination du véritable office de l'appareil masculin, destiné surtout k fournir au sang un fluide excitateur, capable de fortifier toutes les opérations vitales, tant animales qu'organiques. Comparativement à ce service général, la stimulation fécondante devient un cas particulier, de plus en plus secondaire à mesure que l'organisme s'élève. On conçoit ainsi que, chez la plus noble espèce, ce liquide cesse d'être indispensable à l'éveil du germe, qui pourrait artificiellement résulter de plusieurs autres sources, mémo matérielles, et surtout d'une réaction du système nerveux sur le système vasculaire. Un tel perfectionnement se irouve annoncé par l'essor croissant de la chasteté, qui, propre k la race humaine, du moins parmi les mâles, y montre l'efficacité physique, intellectuelle et morale d'un bon emploi du fluide vivifiant. Mais cette indication se développe surtout chez la femme, vu le cours continu de trois symptômes spéciaux : la minime participation de ce liquide à la fécondation , l'établissement du flux mensuel et l'influence de la mère sur le fœtus.

» Cette induction objective peut être subjectivement foriitiée d'après le cours général des opinions relatives a la procréation humaine. En effet, ce résultat se trouve rapporté de plus en plus à l'ascendant féminin. Or, une telle progression ne tend pas seulement à faciliter et à manifester l'avènement dS l'utopie qui la compléterait. Pour quiconque a bien apprécié 1 harmonie générale entre le' subjectif et l'objectif, cette marche des conceptions peut aussi représenter le cours des phénomènes, dans un ordre trèsmodifiable, dont les pas antérieurs nous sont inconnus, faute d'une théorie de l'hérédité. Dès lois on conçoit que la civilisation, nonseulement dispose l'homme à mieux apprécier lu femme, mais augmente ia participation de ce sexe à la reproduction humaine, qui doit, à la limite, émaner uniquement de lui. >

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que le positivisme comtiste, avec son utopie de la Vierge mère, se met en contradiction flagrante avec l'esprit expérimental et positif de la science moderne; qu'il reprend, à la suite des vieux mysiicismes, le chemin des croyances arbitraires et des folles imaginations; que cette chimère de la procréation exclusivement féminine ne peut se fonder sur aucune donnée, ni même sur aucune induction biologique un peu sérieuse; qu'aucun physiologiste sérieux ne saurait admettre « la minime' participation du fluide séminal à la fécondation dans l'espèce humaine; • ni assigner pour « véritable office k l'appareil masculin de fournir au sang un fluide excitateur qui fortifié toutes les opérations vitales tant animales qu'organiques; » ni soutenir « que la civilisation a augmenté la participation du sexe féminin à la repro- . duction humaine. •

Après avoir essayé de légitimer scientifiquement son utopie de la Vierge mère, Auguste Comte en expose les avantages et la uortée sous le rapport moral et social.

i Personnellement envisagée, une telle modification doit améliorer ia constitution cérébrale et corporelle des deux sexes, en y développant la chasteté continue, dont l'importance fut de plus en plus pressentie par l'instinct universel, même pendant les dérèglements. Cette conséquence résultera, chez ia femme, de la faible énergie des appétits charnels, dont l'excitation repose ordinairement sur le besoin de devenir mère. Quant k l'homme, où les dispositions sont inverses, tout prétexte d'abus sexuel ayant ainsi disparu, l'éducation et l'opinion feront aisément prévaloir le besoin de conserver le fluide vivifiant pour sa destination normale, alors plus développée et mieux appréciée.

■ Domestiqueraent considérée, cette transformation rendrait la constitution de la fa-

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mille humaine plus conforme à l'esprit général de la sociocratie, en ctmplétant la juste émancipation de la femme, ainsi devenue indépendante de l'homme, même physiquement. L'ascendant normal du sexe effectif ne serait plus contestable envers des enfants exclusivement émanés de lui. Mais le principal résultat consisterait à perfectionner l'institution fondamentale du mariage, dont la théorie positive deviendrait alors irrécusable. Ainsi purifié, le lien conjugal éprouverait une amélioration aussi prononcée que quand la monogamie y remplaça la polygamie, car on y réaliserait l'utopie du moyen âge où la maternité se concilie avec la virginité. Ce plein essor du principal mérite de la femme resterait d'ailleurs eonciliable avec la réaction sympathique de l'instinct sexuel, d'autant mieux assurée que la satisfaction est plus restreinte, sans interdire une volupté dont la dignité cesse après la concession initiale.

» Appréciée civiquement, cette institution permet seule de régler la plus importante des productions, qui ne saurait devenir assez systématisable tant qu'elle s'accomplira dans le délire et sans responsabilité. Réservée à ses meilleurs organes, cette fonction perfectionnerait ia race humaine en déterminant mieux la transmission héréditaire des améliorations dues à l'ensemble des influences continues, tant sociales que personnelles. Les principales lois de ce grand phénomène resteront probablement inconnues jusqu'à ce que son accomplissement se trouve ainsi simplifié. Mais la procréation systématique devant toujours demeurer plu3 ou moins concentrée chez les meilleurs types, la comparaison des deux cas susciterait, outre de précieuses lumières, une importante institution, qui procurerait à la sociocratie le principal avantage de la théocratie. Car le développement du nouveau mode ferait bientôt surgir une caste sans hérédité, mieux adaptée que la population vulgaire au recrutement des chefs spirituels et même temporels, dont l'autorité reposerait alors sur une origine vraiment supérieure, qui ne fuirait pas l'examen »

Ainsi, le grand avantage social de l'utopie réalisée de la Vierge mèi'e serait de fournir une caste sans hérédité, une noblesse où se recruteraient les chefs spirituels et temporels, c'est-à-dire de rétablir l'autorité , le droit de la naissance sur des bases nouvelles, cette fois réelles et scientifiques! En ce trait curieux se montre le caractère rétrograde, autoritaire, antijuridique, antiégali taire du positivisme consiste. Ajoutons que l'émancipation physiologique de la femme que rêve A.Comte,si elle devenait possible.ee qu'il est absurde d'admettre un seul instant, au lieu de constituer un progrès pour le mariage, tendrait plutôt k le détruire, en lui étant le fondement solide de la responsabilité paternelle. Mais à quoi bon insister sur les points faibles d'une utopie que beaucoup de nos lecteurs trouveront ridicule, et que nous n'avons exposée ici que pour signaler un curieux exemple des erreurs où peut se laisser entraîner un grand esprit qui s'isole et qui veut se poser en réformateur universel?

Vierge et martyre, roman, par Michel Masson (1835). Cette histoire, produit de l'imagination plutôt que de l'observation, semble une longue énigme, dont le mot ne se trouve qu'à la tin. Ht-nri de Montlieu a été l'amant de M"* Dargèle, dont il a eu une fille, Clémentine. Le mari s'est aperçu de leurs relations coupables, mais il a feint de l'ignorer et sa vengeance n'en sera que plus terrible. Il fait mourir sa femme de chagrin et traite Clémentine avec une cruauté inouïe, et finalement la place dans un village, a Vaujours, comme fille de ferme, Henri apprend sa retraite ; il loue une maison près d'elle et là, chaque jour, il goûte le plaisir de protéger sa fille. Un matin Dargèle la lui enlève pour la marier au baron de Gavardin, un espion politique, sur l'influence duquel il base sa fortune. Henri arrive, démasque le rôle honteux de Gavardin et se voit accuser par lui d'être l'amant de Cléroenline. 11 ne peut prononcer le mot qui prouverait leur innocence et, forcé par les circonstances, il est obligé d'épouser sa fille. Une vie de désespoir commence pour lui; l'innocente Clémentine comprend bien qu'il n'est son mari que de nom, et, comme elle l'aime, elle met tout en oeuvre pour être traitée en femme. Au milieu de celte lutte qui déchire le cœur de Henri survient un jeune homme, Gustave Chatenay, qui s'éprend de Clémentine et fait naître l'amour dans son cœur. Le plan de Henri est vite conçu ; il favorisera leur passion, et, pour leur éviter un crime, il se tuera eu léguant sa veuve à Gustave. Le jour même où ii doit accomplir ce sublime sacrifice, Clémentine, brisée par toutes les luttes qu'elle a soutenues, expire entre leurs bras, et Henri et Gustave ne peuvent que confondre leurs larmes sur sa tombe. Tous deux s'engagent; Gustave, le inoins malheureux, a le bonheur de tomber au champ d'honneur; la mort nu veut pas de Henri, qui souffrira de longs jours encore, en pleurant sa fille devenue sa femme et morte de douleur vierge et martyre.

11 y a, dan3 ce livre, plus d'imagination que de vérité. Le caractère de Dargele, spéculant d'abord sur sa femme, dont ii se fait un piédestal, et voulant spéeuler ensuite

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sur celle qui passe pour sa fille, dépasse la mesure de la bassesse et de la méchanceté probables. Le baron de Gavardin rentre dans la même catégorie. Nous préférons de beaucoup Henri de Montlieu et Clémentine, qui, malgré les excentricités de leurs rôles respectifs, se colorent de teintes aussi naturelles que touchantes et gracieuses. M. Michel Masson, l'un de nos meilleurs romanciers moralisateurs, a toujours dans ses ouvrages un but philosophique. Ici, c'est l'adultère qu'il poursuit, en montrant ses funestes conséquences. La morale est d'autant plus frappante que, tout le long du roman, on plaint Henri de Montlieu, et que ce n'est qu'à la dernière page, lorsqu'il a raconté ses malheurs à un de ses frères d'armes, bonne et simple nature, que le gros bon sens de celui-ci lui jette l'anathèine, pour ainsi dire sans s'en apercevoir : « Il y a là-dedans, dit le confident de Henri, un grand malheur et une bien mauvaise action! — Oui, de la part de Dargèle , n'est-ce pas ? — Non I de la vôtre 1 Mes principes ne sont pas sévères, vous le savez, mais je commence à croire que l'adultère est un grand crime. Non à cause du mari, il peut l'ignorer; non à cause de la femme, on l'entraîne au mal, elle s'y laisse aller, et puis elle a les remords qui vengent le contrat méconnu... Mais l'enfant I l'enfant I » Vierge et martyre, bien que peu vraisemblable, n'étant pas impossible, montré ce qui peut lui advenir. Quelle terrible leçon pour les coupables!

Vierge il» Lilinu (la), par M. Louis Enault (1858). Ce roman, soua la forme de l'histoire d'un moine racontée par lui-même, est une étude de femme. L'héroïne, Mirune, la vierge^ du Liban, au moment de l'invasion du Gulistan par Ibrahim Pacha, a conçu le projet de soulever les Druses et les Maronites et, réunissant leurs efforts, de délivrer le Liban du joug des Turcs. Elle parcourt le pays, admirée de tous, aimée d'amour par quelques-uns, mais inutilement, car elle ne songe qu'à rassembler des combattants pour sa cause. Un jeûna Français, Fabien d'Herville, enthousiaste de sa gloire et de sa beauté, se range sous ses drapeaux. Partout il l'accompagne, partout il veille sur elle, excitant les jalousies de ses frères d'armes. Il combat côte k côte avec l'héroïne ; il voit tomber ses rivaux sous le fer des ennemis, tandis que Mirune et lui échappent à tous les dangers. Un jour, dans leurs excursions aventureuses, ils sont pris par Djébel-Aga, un pirate du désert, qui nourrit pour Mirune une passion brutale. Fabien d'échappé, délivre sa biera-aimée, tue l'aga, et, au moment où, récompensant enfin son dévouement et son amour, la vierge du Liban vient de lui promettre d'être son épouse , il la voit tomber à ses côtés, frappée par la main fanatique d'un derviche. Elle expire entre ses bras, et Fabien se retire dans un couveut pour y pleurer celle qu'il aimait.

Rien de plus simple que ce récit ; mais avec quel art l'auteur sait graduer l'intérêt qui Va toujours en croissant jusqu'au dénoûment 1 La vierge du Liban, cet être charmant, mélange incompréhensible de naïveté, de pudeur et de fermeté virile, est une des plus heureuses créations de M. L. Enault. Le caractère fataliste des Orientaux est peint avec une exactitude merveilleuse. L'ouvrage est plein de descriptions poétiques, trop poétiques peutêtre, parmi lesquelles on remarque : le palais des émirs maronites, le dîner chez l'émir, la chasse aux faucons, la réception d'un Ruffick, un mariage dans le Liban, l'assemblée du grand conseil des Druses, etc. Ces tableaux sont peints avec les riches couleurs de l'Orient et sont d'un effet saisissant. Ils n'ont pas peu contribué au succès de l'ouvrage.

Vierge du sanctuaire (ORIGINE, PERTE ET restauration de la). Tel est le titre d'une des pièces les plus singulières et les plus réellement espagnoles de Calderon. Il fallait la foi vive et superstitieuse du peuple espagnol pour se plaire à ce genre de spectacle. L'héroïne de la pièce est une statue de la Vierge, et c'est l'histoire de cette statue miraculeuse qui remplit trois actes. Le premier acte se passe au vu» siècle, sous le règne de Rieesuinde, roi des Wisigotbs ; le second acte au vme siècle, k l'époque de la conquête de la péninsule par les Maures sous la conduite de Tarick ou Tariffa ; le troisième acte au xie siècle, quand Alphonse Vide Castille reconquiert Tolède sur les Arabes. Le lieu de la scène est toujours Tolède. Nous assistons d'abord à une fête, fondée par l'évêque de Tolède, Ildefonse, en l'honneur de la précieuse image de la Vierge, dont il fait remonter fort loin l'origine. On voit paraître l'hérésiarque Pelage, qui nie l'immaculée conception de la Vierge et soulève ainsi l'indignation des assistants ; il ose même essayer de dérober la statue sainte ; mais la Vierge vient en personne au secours de son effigie, confond le sacrilège et, se tournant vers sa propre statue, lui annonce qu'elle va passer plusieurs siècles dans les ténèbres et l'oubli. Le second acte réalise cette singulière prédiction faite à l'image par l'original. Un assiste d'abord au siège de Tolède, que poussent vigoureusement les Maures; Tnritf», leur chef, fait devant les murs de la ville un discours de quatre-vingt-huit vers au gouverneur Godman pour l'engager à se rendre.

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Godman répond en quatre-vingts vers qu'il ne se rendra pas. Mais doBa Sancha le décide en cent vers au moins à accepter les conditions de l'ennemi. Une partie des chrétiens se retire dans les Asturies; ils veulent emporter la Vierge du sanctuaire; mais elle leur résiste et déclare qu'elle veut rester à Tolède pour consoler ceux qui ne partent point. Les chrétiens, avant de se retirer, cachent l'image au fond d'un puits pour la dérober aux insultes des Arabes. Trois siècles se passent derrière le rideau. La toile se lève : nous sommes à Tolède au moment où Alphonse VI reçoit la capitulation des Maures d'Espagne, qu'il a vaincus ; ii leur laisse pour leur culte la grande mosquée de la ville,

Îuis il part pour poursuivre sa conquête et aisse le gouvernement de la villeàsa femme Constance. Celle-ci profite de l'absence de son mari pourenleveraux Maures la grande mosquée et y réinstaller triomphalement la statue, que l'on a retirée de son puits. Alphonse, auprès duquel les Maures vont porter plainte, s'irrite contre sa femme et jure de la punir. Mais au moment où Constance veut se jeter à ses pieds pour implorer son pardon, la Vierge fait rayonner autour d'elle une lumière divine qui éblouit et fascine le roi; Alphonse pardonne et comprend qu'il faut persécuter. La pièce, on le voit, finit par l'apothéose de l'intolérance, après avoir commencé par une véritable glorification de l'idolâtrie. On y peut relever chemin faisant des anachronisraes, coinino celui de l'évêque de Tolède parlant au vue siècle de l'Amérique. Somme toute, ce drame n'est curieux que parce qu'il donne une idée des mœurs du peuple pour lequel il fut fait.

Vierge martyre (la), tragédie de Philip Massinger. Cette oeuvre, la première en date des tragédies de Massinger, tranche, par sa piété ardente et son allure de mystère, au milieu des drames fatalistes et purement humains du théâtre anglais de la Renaissance. Massinger était catholique ; sa foi éclate dans cette tragédie, inspirée par les légendes du martyrologe et dont le sujet fait penser a celui de folyeucte. Toutefois, le personnage anglais est une femme, une jeune fille qui habite Césarée, pendant la persécution que Diocletien exerce contre les chrétiens. Comme le martyr de Corneille, elle résiste à la double tentation de l'amour et de la peur. Elle est aimée par le fils du gouverneur de Césarée, par le jeune Antoninus, qui vient do se couvrir de gloire dans la dernière guerre et qui refuse, pour elle, la main de la fille de Diocletien; mais «lia répond à l'aveu qu'il lui fait de sa passion qu'elle a donné son cœur à un époux céleste et qu'en présence de celui qu'elle aime les plus puissants souverains ne sont que poussière. Un Romain, Théophile, qui se fait gloire de persécuter les chrétiens et dont les deux filles, après avoir été chrétiennes, sont retournées au paganisme et devenues des prêtresses de la religion païenne, fait comparaître Doroihée, la jeune chrétienne, devant elles, pour leur procurer l'honneur de la convaincre d'erreur et de l'arracher au culte quelle professe. Elles essayent, en effet, d'exposer à la vierge martyre la supériorité de leur croyance Sur la sienu.:; mais en vain ; il arrive au contraire que Dorothée, au lieu d'être séduite par les filles de Théophile, les convertit et les ramène dans le giron de l'Eglise chrétienne. Après cet exploit, elle est condamnée à mourir. Mais Théophile, avant de la punir, veut faire sur elle un dernier effort, en essayant de l'effrayer par la vue des instruments de supplice et par la perspective d'une mort iuévitable. « J'ai invente, dit-il, pour déchirer les chrétiens, de telles tortures que les damnes, s'il leur était permis de revenir au monda, reculeraient d'horieur et, comme des fous furieux, redescendraient dans l'enfer, dont tes plus horribles châtiments, comparés aux miens, leur sembleraient un divertissement. • La vierge confond ses persécutet, rs par son courage. Aucune menace lie l'ébranlé, et elle marche a la mort avec joie. Au milieu de ces hurieurs se détache une scène u'uue sublimité pathétique. Antoninus se in url d'avoir vu son amour dédaigné par Dorothée; sou père, furieux de douleur, lui amené la vierge par les cheveux comme on jetterait une proie à un aff.mé, pour qu'il assouvisse sa passion ; m.iis le jeune homme se révolte contre cette brutalité. Alors le père l'injurie et fait venir un esclave condamné aux bèies; i) lui promet la liberté s'il viole la jeune fille, t La violer, répond l'esclave, c'est l'ouvrage d'un scélérat ou d'une bête féroce, ce n'est pas celui d'un homme. Tel que je suis, je ne suis encore qu'un demi-esclave; si je faisais cela, je serais un esclave tout entier, de corps et d'âme, un esclave damné, le plus vil des esclaves. Fais-le toi-même, Romain, c'est un travail digne de toi. « « Il n'y a rieu de plus grand, même chez Corneille, dit M. Paul de Saint-Viotor, que cet esclave barbare triomphant avec un mépris stoïque de la corruption de son maître. L'image qu'il évoque est ceile du gladiateur mourant, couché sur l'arène, versant son sang par une large plaie et dédaignant encore de ses yeux Ue nutr- I bre le monde romain rassemble dans le cirque pour le voir mourir. > Le poète entoura ! les derniers instants de la vierge martyre ! d'un merveilleux visible qui répond au goût

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qu'avaient les écrivains du temps pour les images matérielles de la pensée. Il s empare de Ta légende religieuse et poétique qui place un ange à côté des martyrs, et il donne un cor. 'S à cet être céleste que, sur une scène plus savante, l'imagination seule concevrait. Dorothée a toujours eu pour compagnon, dans le cours de la pièce, un jeune page qu'elle croit garder auprès d'elle par chaiité; au moment où elle va mourir, son page se transfigure et lui apparaît sous les traits d'un aiif;e, « Demandez-moi ce que vous voudrez, lui dit-il, et soyez certaine que vous l'obtiendrez. • Dorothée répond avec une générosité toute chrétienne : • Si vous pouvez m 'accorder tout ce que je vous denmnderai, changez en amour de Dieu l'amour profane qu'éprouve Atiioninus pour moi, et convertissez mon persécuteur. » i;ette prière est exaucée. Antouinus meurt de douleur en voyant tomber la tète de la vierge martyre, mais il meurt avec la foi. Théophile avait auprès de lui un secrétaire, espèce de démon déguisé en homme qui le poussailau mal. Le b<m auge met en fuite cet odieux Conseiller. La grâce louche à son tour Théophile, qui souffre aussi la toiture et s'écrie devant ses juges : « Je suis chrétien 1 • comme Polyeuote devant Félix.

Vierge. Iconogr. L'iconographie chrétienne ne nous offre pas de figure qui soit plus attrayante que celle de la Vierge .Marie, qui ait été plus souvent peinte , sculptée, gravée, qui ait inspiré un plus grand nombre de chefs-d'œuvre. On conçoit aisément que l'ambition d'un artiste soit tentée par un type aussi idéal, alliant a l'expression la plus pure de la beauté physique le sentiment le plus profond de l'honnêteté morale. A toutes les époques, dans tous les pays, les maîtres qui ont cherché à réaliser ce type se sont aussi attachés à revêtir des plus belles formes les plus chastes pensées, et les interprétations qu'ils ont faites de ce thème unique ne sont pas moins étonnantes par leur diversité que par leur multitude, t La peinture, en présence de la Vierge, a des ressources infinies, dit M. Grnyer ( les Vierges de Raphaël et l iconographie de la Vierge, 1869, 3 vol. in-8°); elle peut redire toujours la même chose sans jamais se répéter. Des nuances, presque intraduisibles p^r la parole, suffisent pour divetsifier mille tableaux. La Madone est le miroir où se reflète l'àine de chaque époque, de chaque peuple, de chaque école, de chaque famille et de chaque individu ; le même peintre, à tous les âges de sa vie, y met son intelligence et son cœur. Aucune de ces Vierges ne ressemble à l'autre... Chaque Madone porte avec elle, à côté de sa valeur pittoresque, son enseignement moral; elle est comme un psaume vivant et palpable... La Vierge est le foyer des mystères chrétiens; grâce à elle, le monde spirituel est devenu visible; sans elle, il n'y u pas de christianisme. Donc, rien d'étonnant que l'art ait été attiré par une force irrésistible vers la mère du Sauveur, et que le plus grand des maîtres lui ait voue la meilleure partie de sa vie. Devant les madones du xiv« et du xve siècle, et surtout devant les Vierges de Raphaël, nous sommes subjugues, notre orgueil est vaincu. . La Vierge n'est pas seulement un type de candeur et de grâce, elle est encore le type par excellence de la maternité, et, à ce litre, elle devait inspirer non moins heureusement, le génie des maîtres. « Il n'y a rien, dit Th. Thore, qui ailie mieux aux branches du pommier que les pommes. Les plus belles oranges n'y feraientpassi bien. Il n'y a rien qui aille mieux à la femme que l'enfant. Sou fruit naturel la pare plus richement que les pierreries arrachées au sein de la terre. Femme et enfant, mère et lits, Vierge et Jesi.s, la Charité, la Fécondité, la Maternité, quels chefs-d'œuvre on a faits avec ce symbole et celle image I Tout le moyen âge s'en inspira. A la Renaissance, c'est encore la femme mère et pure qu'auna, le génie de Raphaël. Chacun des nobles artistes du moyeu â^e et de la Renaissance a fait sa Madone a l'Enfant, et ce fut toujours, jusqu'au xvuie siècle, le sujet affectionné des maîtres dans toutes les écoles. •

Plusieurs centaines de pages ne suffiraient pas pour éuuméier les œuvres d'an que la Vierge a inspirées; nous uevuns nous burner à mentionner les plus intéressantes au point de vue archéologique et les plus célèbres Sous le rapport de 1 exécution.

— Vierges des premiers siècles. « Nous ne possédons pas d image authentique de la mère ue Dieu ; Neque novimus f'uciem Virginis Mûris, • écrivait saint Augustin. Les prétendus portraiLs que l'on a attribués à Saint L ,o ne remontent pas au delà de l'époque des iconoclastes, et même, selon d'Agmcourt, de celle des cruisades; nous leur consacrons ci-apres un paragraphe spécial. L'opiuioti dus piotestauts, qui voulaient qu on n'eut commence a peindre la Vierge qu'après le décret soicnuel rendu en 431 par ik concile d'Epliese, u est pas plus fotiUée que la tradition d.-s madones de saint Luc. Des monuments nombreux, remontant aux quatre premiers siècles Ue l'ère chrétienne, réfutent cette opinion ; ils renversent également celle de quelques antiquaires cuthodques , tels qu'Emenc David et Raoul Kochetta , qui, tout en rejetant l'appiooiat.iou erronée du protestantisme, font dater de 431 les pro-

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mières images de Marie tenant l'Enfant Jésus dans ses bras. M. l'abbé Martigny a fait k ce sujet les observations suivantes : ■ Si l'on se bornait à dire que, depuis la condamnation de l'hérésie de Nestorius, affirmant qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ et refusant à Marie le titre glorieux de Mère de Dieu, l'Eglise donna la préférence aux images de la Vierge Mère sur celles qui la représentaient seule, il n'y aurait dans une telle assertion rien que de parfaitement exact; l'enseignement parles images fut de tout temps dans la pratique de l'Eglise ; plus d'une fois on rencontre de ces réfutations matérielles des hérésies, exposées aux yeux du peuple chrétien sur les murailles des basiliques et même dans les cryptes des catacombes et jusque sur les monuments funéraires... Mais de ce que, depuis la condamnation du nestoriaiiisme, les exigences de l'enseignement dogmatique multiplièrent les représeutatioi s de la sainte Vierge avec l'attribut essentiel de sa maternité divine , il ne s'ensuit nullement que les images de celte nature ne fussent pas usitées auparavant; l'Eglise, après 431, adopta ce type de préférence, elle ne le créa pas. » La plus ancienne image que l'on connaisse de la Vierge est une fresque du cimetière de Priscille, découverte, en 1851, par M. de Rossi, et que ce savant croit appartenir à la période écoulée entre les Flaviens et les premiers Antonins, c'est-àdire k!a tin du l*r siècle ou au commencement du ne. Cette Vierge, tenant dans ses bras son (ils, est assise sur la retombée de la voûte d'un iocutus; au-dessus de sa tête brille l'étoile qui guida les bergers et les mages; devant elle, le prophète Isaïe, vêtu seulement du pallium, tient d'une main un volumen et désigne de l'autre main la Vierge mère qui s'éiait révélée à lui, suivant la légende, huit siècles auparavant, en union avec son lils. « Cette peinture , dit M. Gruyer, est d'un style éminemment classique. La beauté du type, la dignité du maintien et du geste, 1 ampleur et la majesté des formes, la franchise du pinceau, la nature même des draperies et jusqu'à la forme du pallium et de la tunique à manches courtes, tout démontre la belle époque du style gréco-romain. Les traits ont la fermeté, la régularité, le calme des beaux antiques ; et en inêine temps l'âme chrétienne, avec le pressentiment de ses destinées immortelles , rayonne à travers les beaux yeux grands ouverts. On mélange de candeur et de chasteté est en train de transfigurer la matrone en madone. Le front, naguère un peu bus, déjà plus haut et plus large, est le siège des plus nobles pensées ; deux bandeaux blonds, surmontes d un voile, le couronnent. L'ait chrétien, dès sa naissance, fait franchement appel à la nature et traduit le mystère sans rien cacher de la réalité vivante*. Cette Vierge est semblable à toutes les femmes; aucune femme cependant n'attirerait à ce point le respect. C'est que, pour la première fois peut-être, la peinture a visé au plus haut degré de la beauté morale, sans rien négliger pour cela de la beauté sensible. Aussi, tout antique qu'elle demeure, cette tigure est-elle surtout et avant tout chrétienne. L'Enfant Jésus, de son côté, s'anime d'une souplesse de mouvement et d'une spontanéité d'intention qui inarquent l'aurore d'un monde jusqu'alors ignoré. Dans ce même cimetière de Priscille, la Vierge reparaît du côté opposé de la même crypte, la tête encore voilée, le corps toujours vêtu de la tunique et du pallium, mais debout cette fois et dans l'attitude d'une personne en prière (oranle), les mains étendues, ayant à sa droite l'Enfant Jésus, âgé de huit à dix ans, et à sa gauche saint Joseph, qui élève aussi ses bras pour prier. D'autres fresques de la même catacombe nous montrent encore la Vierge, ici dans la scène de l'Annonciation, là dans la scène de Y Adoration des mages; quoique toujours belles de lignes et empreintes d'un sentiment bien chrétien, ces peintures sont inférieures à celles que nous venons de décrire et ne remontent pas au delà du ne siècle. >

Dans le cimetière de Domitille, entre deux ioculi, est peinte une Mudone qui a été publiée par M. de Rossi (Imagines selectse deiparas Virginis, pi. Il) et que ce savant croit appartenir aux premières années du me siècle. Elle tient sur ses genoux son divin fils, qui est assis et répète, de la main droite, te geste de bienvenue qu'elle fait elle-même; deux personnages placés devant elle et deux autres derrière ont paru être les mages, mais le nombre inusité de ces personnages et l'âge de 1 Enfant Jésus ne justifient pas, selon nous, cette supposition. Le style de cette peinture n'a ni l'ampleur ni la pureté de celui des fresques de la catacombe de Priscille : « Au lieu de la noblesse et de l'élégance que l'on admirait à ta lin du 1er siècle et même encore au ii«, au lieu <ies draperies harmonieuses et légères qui enveloppaient le corps sans le déformer, voici la nature qui se rapetisse, s'alourdit, se ramasse, et le vêtement aussi qui perd tout son agrément, les beaux plis souples et complaisants qui disparaissent. L'Eufaut Jésus, de son côté, devient immobile, et la nudité de ses formes se cache complètement. Les calliculs des deux robes sont ici à la fois un signe de noblesse et une marque de décadence. Le christianisme s'écarte de plus en plus du style primitif, de l'amour avec lequel il avait considéré la na-

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tare. La vérité fait place a la'convention , l'archaïsme tend à se substituer à l'art; ce qui avait charmé l'âme et les yeux des premiers chrétiens s'évanouit sous quelque chose de glacé; il semble que la mort veuille rem-

fdacer la vie et que 1 idole tente de détrôner a divinité. Avec l'ignorance et l'abaissement des formes est venue la crainte de montrer au vrai l'enfant divin dans les bras de sa mère. Ce n'est plus l'humanité que l'on adore en lui, c'est déjà presque un mythe,. ■ Après avoir ainsi constaté la prompte déviation de l'idée chrétienne, déviation que nous verrons s'accentuer de plus en plus dans les siècles Suivants, M. Gruyer reconnaît cependant que la Vierge du cimetière de Domitille conserve encore un touchant caractère ; i Si la figure est massive, si le voile blanc est jeté sur la tête d'une manière lourde et sans grâce, si la dalmatique à bandes bleues ne forme plus aucune des ondulaiions savantes que nous admirions naguère, les traits ont gardé, du moins, leur régularité, leur noblesse ; ils sont majestueux, imposants, doux et sympathiques, avec cet accent de grande tristesse qui est le sceau de la beauté chrétienne. Le regard surtout a une étonnante intensité d'expression. Les yeux prennent alors dans la figure humaine une importance considérable et sont, ainsi compris par la peinture, une véritable conquête; ils deviennent souverains, s'emparent de tout, dominent tout, sont le foyer d'où rayonnent l'intelligence et la vie. La bouche porte l'empreinte d'une émotion vraie. Le geste a de la grandeur... » Une Vierge peinte dans le cimetière Ad duas lauros d.lfere beaucoup de la précédente, à laquelle elle parait postérieure de près d'un siècle. Elle a moins d'ampleur dans les formes, plus de jeunesse et plus de grâce; sa tête est nue, suivant la coutume des jeunes tilles de l'antiquité avant leur mariage, et elle est vêtue seulement d'une tunique blanche ; les yeux, au lieu de regarder en face avec autorité, s'abaissent modestement vers la terre. Il est évident que l'auteur de cette peinture a voulu exprimer avant tout la virginité de Marie. Cette manière de concevoir la Vieige ne prévalut pas; l'art chrétien, depuis ses origines jusqu'à la flu du moyeu âge, s'est surtout proposé de glorifier la divine maternité de Marie.

Au commencement du ive siècle, la Vierge du cimetière de Sainte-Agnes (Rossi, Imagines deipar& Virginis, pi, vi) ramené sur ses cheveux blonds le voile qu'elle porlait écarté à la tin du siècle précédent. Ce voile, d'un blanc bleuâtre, tombe du sommet de la tète jusque sur les épaules; le cou est orné d'un collier de perles alternant avec des pierres précieuses ; le pallium (ou la stola) de la matrone est jeté par-dessus la tunique' et enveloppe symétriquement les bras , qui sont levés dans 1 attitude de la prière. L'Enfant Jésus est posé devant sa mère, de face, comme elle, et vu à mi-corps; il ne prie pas, parce que c'est lui qu'il faut prier. Cette image célèbre, qui passa longtemps pour la principale représentation de la Vierge Marie dans les catacombes, a certainement perdu de son intérêt depuis la découverte de peintures analogues remontant à une antiquité plus haute, mais n'en demeure pas moins un des monuments principaux de l'iconographie chrétienne. Elle doit avoir été peinte au moment de la paix de l'Eglise, alors que le double monogramme du Christ qui l'accompagne fut devenu dans Rome le sijjue du christianisme triomphant.

Il semble qu'au sortir des catacombes l'art chrétien, libre enfin de s'affirmer au grand jour, dans des basiliques splenuides, dut se proposer aussitôt ue donner à ses créations tous les développements, toute ia vérité et toute la vie propres à charmer les regards et à émouvoir les âmes... L'Eglise vint bien vite comprimer cet essor en traçant des règles, des formules pour les représentations religieuses. En ce qui concerne l'image de la Vierge, les docteurs et les Pères n'éiaient pas d'accord. Tandis que le plus graud nombre d'entre eux cherchaient dans Marie l'idéal de toutes les beautés, religieuse, murale, physique, queiques-uns voulaient envelopper ne laideurs apparentes les perfections divines. Au commencement du ve siècle, les doutes parurent être levés. Parmi les reliques que l'impératrice Eudoxie envoya de Jérusalem à Fulclieiie. sa belle-sœur, qui gouvernait k Constat! tinople, se trouvait une image de la Vierge que les théologiens, par un coup d'autorité et d'audace, attribuèrent à saint Luc. Une église fut aussitôt construite pour recevoir ce tableau, qui devint, comme ou pense, un modèle dont il ne fut plus permis de s'écarter.

— Vierges dites de saint Luc. Vierges byzantines. Un auteur dont ou ne saurait contester l'autorité, saint Paul, nous apprend que saint Luc était médecin. Les premiers Pères de l'Eglise n'ont jamais parle du prétendu talent de cet évangeliste pour la peinture. En admettant, d'ailleurs, qu'il eût été capable de faire le portrait ue la Vierge, il n'aurait pu la peindre que fort âgée, puisque ce fut saint Paul qui le convertit au christianisme ; or, les images qu'on lui attribue représentent Marie dans toute la fleur de sa maternité divine. Le style même de ces peintures, qui est byzantin, suffit d'ailleurs pour prouver que Benoit, XIV n'était pas l'iufail-

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libilitô le jour où il a écrit : • Il n'est pas permis à un écrivain pieux de douter de l'authenticité des portraits de la Vierge attribués à saint Luc. t Aujourd'hui, les écrivains pieux font plus que douter de cette authenticité, ils la nient bravement; mais ils cherchent à expliquer que l'on aura confondu un peintre byzantin nommé Luc avec son saint patron. Les Madones dites de saint Luc n'en ont pas moins opéré quantité de miracles et n'en sont pas moins demeurées l'objet d'une vénération excessive, Rome en possède plusieurs exemplaires; l'un des plus anciens et des plus célèbres est celui qu'on voit dans la chapelle Borghèse, à Sainte-Marie-Majeure. La Vierge, vue presque de face et légèrement tournée ' vers la droite, est enveloppée dans an grand manteau ramené sur la tête et qui cache non-seulement les cheveux, mais le front tout entier. Les traits sont réguliers, fermes, impassibles. Les yeux, fendus en amande et grands ouverts, ont une expression contemplative. Le nez, dont le méplat est trop large. 8-t tout à fait grec. La bouche, aux plis fortement arqués, est grave, sévère même, mais sans dureté. Les deux mains sont ramenées l'une sur l'autre, la gauche tenant un livre et le bras du même côié soutenant le petit Jésus. Celui-ci se retourne vers sa mère et la bénit de la main droite. Il y a dans cette figure quelque chose de sculptural, de robuste, de solennel; on peut lui appliquer ces paroles écrites par Lamennais- au sujet des Vierges du moyen âge : « Elle attire bien moins qu'elle n'impose. La ré\érence qu'inspirent cette face auguste, cette pensée mystérieuse réfléchie sur ellemême, celle austère sainteté, va presque jusqu'à la crainte. ■ On pense que cette Madone est celle que saint Grégoire le Grand promena de la basilique Libérienne à lu basilique Vaticane pour obtenir la cessation de la peste en 590, D'auires Vierges dites de saint Luc se voient dans les églises Santa- Maria-del-fopolo , Santa-Maria-iu-Ara-Cœli, San-Agostino, etc.

Nous n'entreprendrons pas de décrire tes diverses images de la Vierge, fresques, miniatures, mosaïques, sculptures, que le moyen âge nous a transmises ; il nous suffira de dire qu'elles se rapprochent tomes plus ou moins des types hyzant.ns et de citer, parmi les plus intéressantes : la Madone de Santa-Mana-in- Cosinediu, à Rome, ouvrage du vue siècle; uneVierge debout, dans l'attitude de la prière, entre sainte Cyriaque et sainte Catherine d'Alexandrie, dans les catacombes (vme siècle); ■ la mosaïque de la voûte de l'abside de Santa- Maria-della-Navicella (ix« siècle), représentant la Vierge assise sur une riche cathedra et portant sursesgenoux l'enfant Jésus, qu'adorent des anges et le pape Pascal Ier, fondateur de l'église; une autre mosaïque, exécutée, sous le règne du même pontife, sur la voûte de l'église de Sainte Cécile- in-Trastevere ; une autre exécutée au xne siècle sur la façade de Saintc-Marie-in-Trastevere et représentant la Vierge assise sur un trône et allaitant son divin Fils au milieu des vierges sages et des vierges folies, etc. Par le caractère comme par l'exécution, les madones de cette longue période accusent un manque absolu d'inspiration, une monotonie désespérante, une égale ignorance des principes du beau et des règles du dessin. Si nous voulions trouver des exceptions, il faudrait les chercher dans les miniatures dont les moines d'Italie, d'Allemagne et de Fiance ont orné les monuments, et dans les « iniaiges • que les maîtres de pierre ont sculptées sur les façades de nos cathédrales gothiques. Mais nous avons hâte d'arriver à l'époque où la peinture s'affranchit des formules byzantines et renouvela les types sacrés en s'inspirant tout à la fois de la poésie chrétienne et de la beauté des statues antiques. Cette révolution, k laquelle on a donné ie nom de Renaissance, s'opéra lentement ; l'apparition des chefsd'œuvre resplendissants du xv» et du xvi«s siècle tut précédée de bien des essais qu'il serait injuste de laisser dans l'ombre.

Au xm« siècle se produisent les premiers symptômes de cette rénovation artistique. Parmi les Vierges exécutées à cette époque en dehors des traditions byzantines, il faut citer celle de Fra Jacopo ua Turrita (mosaïque, k bainte-Marie-Majeure, Rome) et celle de Guido (la Vierge et l'enfant Jésus au milieu des hiérarchies célestes, grand tableau, k San-Domenico, Sienne). Dans l'impossibilité où nous sommes de décrire ici toutes les œuvres de mérite que la Vierge a inspirées depuis cette période jusqu'à nos jours, nous nous bornerons à signaler, dans l'ordre chronologique, celles qui sont dues aux plus grands maîtres; nous commencerons par les peiutures et les estampes, et nous finirons par les sculptures. Beaucoup d'ouvrages où la Vierge joue un rôle plus ou moins important ont, d'ailleurs, été analysés ou simplement mentionnés dans les articles que nous avons consacrés aux mots ADORATION DUS BERGERS, AN- NONCIATION, Assomption, Cana (noces de), Calvaire, CHRIST, CIRCONCISION, COURONNE- MENT DE LA \ 1KRGE, CRUCIFIEMENT, ÉDUCA- TION dïï la Vierge, Enfant Jésus, madone, mages, Mater dolorosa, nativité de Jésus, Notre-Dame, pietà, présentation de la Vierge au temple, présentation de l'enfant Jésus au temple, purification, etc.

— Vierges de Cimabue (xme siècle). On serait

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en droit de s'étonner de la réputation acquise par le Florentin Cimabue, s'il n'avait jumais exécuté que des peintures lourdes et incorrectes, telles que la Vierge aux anges qui est au Louvre; mais c'est la évidemment un des premiers ouvrages de ce malire. Pour juger de son talent, il faut voir la Madone qu'il peignit pour les eamaldules de la Sanlti-Triuiik et qui est aujourd'hui dans la galerie de l'Académie des beai.x-arts de Florence, et surtout la célèbre Madone de Santa-Maria-Novella, qui tut portée en triomphe à travers la ville par les Florentins enthousiasmés. De proportions colossales, assise et enveloppée d'un long manteau bleu, cette Vierge tient dans ses oras l'enfant Jésus, qui est revêtu d'une étolfe d'or et qui étend la main droite pour bénir; six anges, habillés les uns de rose, les aunes de bleu, se tiennent de chaque calé du trône, dans l'attitude de l'adoration. Sur le cadre doré qui entoure cette composition, l'artiste a peint une trentaine de petites figures de saints, à mi-corps. Maigre les altérations que cinq siècles lui ont fait subir, cette grande œuvre impressionne vivement. « La Mère du Verbe a quelque Chose encore du type grec, dit M. Gruyer; niais ses truies n'ont plus rien de rébarbatif; ils s'huîminisent, prennent même une certaine mobilité, et le regard émane, comme le rayonnement d'une belle âme, à travers les yeux largement fendus eu amande. Ce que cette Vierge a de remarquable surtout, c'est sa douceur, je n'ose dire sa bonté; car la bonté, cette terre promise de l'art, Cimabue l'a peutêtre entrevue, mais il ne l'a pas touchée. L'Enfant Jésus est encore plus voisin de lu nature ; il conline presque à la beauté et s'efforce d'attirer à lui tous les cœurs. Les anges enfin sont éloquents sans violence, fervents avec naïveté ; leurs mouvements sont justes, leurs gestes mesurés, et dans leurs visages, tout rayonnants d'un spiritualisme exalté, on reconnaît l'image d'une époque chevaleresque, ignorante encore et même grossière, mais auoucie, attendrie, transformée par la flamme régénératrice des plus hautes vertus. »

— Vieryes de Giollo et de Taddeo Gaddi (xive sië. le). Il était réservé à Giotto de rompre complètement avec les formules byzantines et les traditions hiératiques, de puiser dans l'étude ne la nature le sentiment de la vie qui avait fait défaut, u Cimabue, son maître, du joiudre à l'elcgance des formes la grâce de l'expression et la chaleur du sentiment, 11 peignit un grand nombre demadories,ioutesohaimantes de candeur et de beauté, de pureté et de noblesse. Elles faisaient l'admiration de Dante. Pétrarque en possédait une qui ne le quittait pas, qu'il emportait avec lui comme un palladium dans ses nombreuses pérégrinations, •et qu'il laissa en mourant a sou ami Francisco de Carrare, seigneur de Fadoue, comme ce qui lui avait appartenu de plus intime et de plus précieux. Malheureusement, beaucoup de Vierges de Uiouo ont péri. A Naples, dans l'église de Santa-Chiara, l'illustre maître peignit à fresque divers sujets de la vie de Marie ; ce grand ouvrage fut détruit, au xviue siècle, par les religieuses auxquelles appartenait l'église ; il n'y eut d'épargné qu'une figure (te madone à laquelle les dévots attribuaient des vertus miraculeuses et qu'ils avaient baptisée la Vierge des Grâces. Plus heureuse que Santa-Cbrara, la petite église de Saina-Maria-dell' Arena, a Paduue, a conservé, à peu près intactes, les fresques dans lesquelles (iioito a représenté quatorze sujets de l 'ilistutre de lu Vierge, depuis l'épisode de Jùac/iim chussë du temple jusqu'à la Visitation, et vingt-deux Scènes de la vie de Jésus, depuis lu Nativité jusqu'à l'Ascension. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous disons au mot JÉSUS lt. IX, p. 9S8) de ces fresques célèbres, une des reljques les plus précieuses do l'art italien. Apres la mort de Uiouo, Taddeo Gaddi, son filleul et le plus cl.er de ses élèves, peignit dans le chœur de Santa-Mariadell Arena six autressujeta relatifs aux dernières années de la vie de ia Vierge. Des connaisseurs prétendent, toutefois, qu'il est étranger à ce travail ; mais on s'accorde généralement à le croire l'auteur de fresques remarquables consacrées a la Vierge dans une chapelle deSanta-Croce,à Florence. Le dessin original d'une de ces dernières peintures (la Présentation au temple) est au Louvre.

— Vierges de Simone Alemmi, de Pietro Lanrati et de Taddeo di ûartolo (xiV siècle). A Rome, où il fit la connaissance de Giotto, le Siennois Simone di Martino, plus connu sous le nom de Simone Memmi, s'appropria le style du maître florentin et peignit une madone suus le portique de l'ancienne basilique de Saint-Pierre. Cette œuvre n'existe plus, niais on peut juger du talent de bimone d'après les V lerges entourées de saints que conservent le palais public de Sienne et la cathédrale d'On ieto. A la grâce naïve de l'expression, ces peintures joignent une limpidité de couleur, une perfection de détails et une sévérité d'effet qui charment les regards. Un autre peintre siennois de la même époque, Pietro Laurati, est l'auteur d'une délicieuse Madone, pressant dans ses bras l'enfant Jésus et entourée d'anges adorateurs, qui est au musée des Offices. Taddeo di Bartolo, qui appartient U la même école, a peint dans 1 église de Santa-Maria-dell'Areaa une Vierge

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allaitant l'enfant Jésus , d'une beauté idéale et d'une mélancolie touchante. Le Louvre a de ce dernier maître un retable (n° 63), dont le compartiment central représente la Vierge entourée de chéruhins et tenant sur ses genoux le divin bambino qui joue avec un oiseau.

— Vierges de Fra Angelico et de Benozzo Gozzoli (xve siècle). Le saint moine de Fiesole, dont l'orthodoxie ne sera mise en doute par personne, ne croyait assurément pas à l'authenticité des madones de saint Luc, car il n'en a tenu aucun compte dans les nombreuses peintures qu'il a faites sur le même sujet ; il n'en a pas moins su revêtir la Vierge Marie d'un caractère profondémentreligieux, d'une grâce suave et d'une exquise tendresse. Son Couronnement de la Vierge, auquel nous avons consacré un article spécial, est un des trésors tes plus précieux dn Louvre. Mais Florence possède des oeuvres d'une plus grande valeur encore. Nous ne dirons rien des scènes de la vie de Marie peintes par Fra Angelico dans le couvent de Satt-Mareo, ni des Vierges entourées de saints, que l'on voit au palais Pitti et dans la galerie de l'Académie des beaux-arts ; mais nous nous arrêterons un instant devant le magnifique tabernacle que l'artiste exécuta en 1433 pour la corporation des marchands de lin et qui est aujourd'hui au musée des Offices. Plus grande que nature, vêtue d'une robe rose et d'un manteau bleu relevé sur la tête, la madone est assise nu fond du tabernacle, sur un trône recouvert d'une draperie d'or; elle tient sur ses genoux l'enfant Jésus, délicat bambino à tète blonde, habillé d'une tunique brune, écartant les bias et souriant au spectateur. Le Saint- Esprit, sous la forme d une colombe, plane au-dessus de ce groupe charmant qui semblo appeler les fidèles et les convier aux jouissances célestes. La Vierge n'a plus rien ici de la sévérité imposante des images antérieures ; son visage est plus arrondi, sa physionomie plus aimable; ses yeux grands ouverts ont une limpidité qui attire et fascine. Sur les côtés du cadre, amour de ia reine des cieux, douze anges, pleins de gentillesse et d'une beauté vraiment idéale, jouent de divers instruments; quatre saints, graves, majestueux, sont peints sur les deux, faces des volets destinés a former le tabernacle. D'autres madones de Fra Angelico se voient dans les églises de San-Domeuico et de San-Girolamo, près de Fiesole; dans celle de San-Dômenieo, a Cortone; au musée de Berlin, etc.

Benozzo Gozzoli, l'élève et l'ami de Fra Angelico, a consacré k la Vierge quelquesunes de ses meilleures productions. Dans une fresque de l'église de Saint-Fortunat, à Montefalco, il l'a représentée adorant l'enfant Jésus couché sur ses genoux ; dans une fresque de l'église paroissiale de San-Gemignano, il nous la montre assise entre saint Augustin, sainte Marthe, sainte Madeleineet saint Jean- Baptiste, couronnée par les anges et entourée par eux de guirlandes de fleurs. Parmi les compositions du même genre que possèdent les musées, nous citerons celle qui est à la National Gallery. Les Vierges de Benozzo, tout en gardant un reflet de la ferveur et de la grâce de celles de Fra Angelico, se distinguent par des formes plus réelles et plus vivantes.

— Vierges de Fra Filippo Lippi et de Filippino Lippi {xve siècle). Bien qu'il ne se soit pas toujours conduit en parfait chrétien, Fra Filippo Lippi a su faire preuve d'ingénuité et de recueillement en peignant la madone, témoin le tableau que nous avons de lui au Louvre et dans iequel il nous la montre , debout sur les premières marches d'un trône, entourée d'une multitude d'anges et présentant le bambino à l'adoration de deux saints abbés agenouillés. Ce tableau n'est pas, comme l'a cru M. Villot, celui que Vasari dit avoir été exécuté par Fra Filippo pour l'église du Spirilo-Santo, à Florence. Ce dernier ouvrage, qui se voyait, il y a quelques années, dans la collection de MM. Lombardi et Baldi, à Florence, représente la Vierge assise avec l'enfant Jésus debout sur ses genoux, huit auges en adoration derrière le trône, deux autres an ■ ges jouant l'un du luth et l'autre du violon, au premier plan, et enfin, sur les côtés, suint Antoine, saint Barthélémy, un saint évéque et mie Sainte religieuse. « C est là, a dit Vasari, une œuvre rare, que nos maîtres ont toujours tenue en très-grande vénération. « D'autres Madones de Fra Filippo se voient dans lagalerie'des Offices, dans celle de l'Académie, au palais Doria, à Rome, au musée de Berlin, etc. Filippino Lippi, le tiisque Fra Filippo eut de lu nouue Luerezia, a peint lui aussi d'admirables madones; celle que possède l'égdse San-Spiriio mérite plus particulièrement l'attention ; assise sur un trône, vêtue d'une robe rouge, d'un manteau bleu et d'un voile transparent , elle tient des deux mains l'enfant Jésus qui se penche pour prendre la croix de roseau que lui présente le petit saint Jean agenouillé; les deux bambini sont pleins de grâce et de gentillesse. De chaque côté du trône, saint Martin et sainte Catherine, debout, présentent à la Madone et à son fils un donateur et une donatrice agenouillés, Tanai de' Nerli et sa femme. Au fond, à travers les arcades d'un portique, on aperçoit, dans une rue de Borgo-San-Frediauo, ce même Tanai

. qui est descendu de cheval à la forte de sa maison, au retour d'un long voyage, et qui

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embrasse sa petite fille que tient une servante. Cette scène familière, peinte avec beaucoup de finesse, explique la scène de dévotion du premier plan, La beauté du coloris rehausse ici la pureté et l'élégance du dessin -, toutes les qualités de Raphaël sont en germe dans cette superbe peinture. La National Gallery possède un tableau de Filippino représentant la Vierge et l'Enfant Jésus adorés par saint Jérôme et saint Dominique. Une af.tre Madone du même maître appartient au musée de Berlin. N'oublions pas 1 Apparition de la Vierge d saint Bernard ou Saint Bernard écrivant sous la dictée de la Vierge, chefd'œuvre placé dans l'église de la Badia, à Florence (v. l'article que nous avons consacré à cette peinture, t. H, p. 596). De Raffaellino del Garbo, élève de Filippino, le musée de Berlin a une très-belle Madone tenant dans ses, bras le bambino endormi, entre deux archanges, dont l'un joue de la lyre et l'autre du chalumeau,

— Vierge du Zingaro (xv« siècle). Antonio Solario, dit le ZÎHgaro, qu'on regarde généralement comme le fondateur de l'école napolitaine, est peu connu hors de son pays; il est digne cependant d'être comparé aux meilleurs artistes de son temps. Le musée des Studj a de lui une oeuvre des plus remarquables : Marie, vêtue d'une robe rose et d'un manteau bleu qui l'encapuchonné, est assise dans une niche sous un dais élégant; c'est une matrone grave et majestueuse, qui n'est plus jeune, mais qui est toujours belle; sur ses genoux, le bambino entièrement nu lève la main droite pour bénir ; dans son nimbe est tracée une inscription eu lettres d'or commençant par ces mots : Vera lux. A droite sa tiennent saint Pierre' et saint Sébastien ; à gauche, saint Paul, saint Asprenus-, évéque da Naples, et sainte Candide. Trois portraits complètent cette composition. Derrière saint Asprenus est Un beau jeune homme, à la physionomie ouverte et spirituelle, qui, suivant la tradition, ne serait autre que le Zingaro,-, et, à l'autre extrémité, derrière saint Sebastien, apparaît un homme au front chauve, à ia face énergique, qui serait le peintre Col' Antonio del Fiore, beau-père de Solario; quant. U la troisième figure, une jeune femme coiffée d'un voile blanc, elle représenterait l'épouse du Zingaro. Deux petits anges sont groupés sur le dais du tronc. « La composition tout entière, dit M. Chauineliu {Histoire des peintres de toutes les écoles), est traitée aveo une ampleur et une science magistrales ; au premier aspect, ou dirait uns œuvre de la, fin du xve siècle ou même du commencement du xvte. Le groupe delaVierge et de l'Enfant sa dessine dans la lumière, tandis que les autres figures, dont le seul tort est de tourner le dos a ce groupe céleste, s'enveloppent d'un clair-obscur savant, qui s'assombrit peu à peu à mesure que les plans^se reculent. «

— Vierges de Mantegna (xv« siècle). Le Louvre possède une des plus belles madones du célèbre maître deMantoue; elle esteonnue sous le nom de Vierge de la Victoire et fut exécutée, en 1495, pour lo maltre-autel de l'église Santa-Maria-della-Vittoria, que Jean- François de Gonzague avait fait construire après avoir vaincu les Français sur les bords du Taro. Cette madone, portant l'enfant Jésus, est assise sur un trône orné de marbres de diverses couleurs et de bas-reliefs d'or, dans une niche que décorent des guirlandes de verdure entremêlées de fleurs, de fruits, de coraux, de perles et de pierreries de toute espèce ; saint Michel et suint Maurice, tous deux revêtus de leur armure, sont placés da chaque côté de Marie et soutiennent son manteau ; un peu eu arrière se tiennent saint Longin et saint André, patrons Me Mantoue ; le petit saint Jean et une femme âgée, suinte Aune ou suinte Elisabeth, sont placés aux pieds du trône; à gauche enlin, te marquis Jean-François de Gonzague, armé de pied en cap, agenouillé et joignant les mains, rend grâce a la Vierge de la protection qu'elle lui u accordée. Ce tableau, tout rempli de détails charmants, exécuté avec une grande science de dessin et une grande force de coloris, n'a pas les qualités d'expression, la grâce, la tendresse, la beauté douce et la dévotion naïve qui distinguent les compositions analogues de l'école flamande, a Mantegna, quoiqu'il ait peint des madones en assez grand nombre, est, parmi les maîtres du premier ordre, dit M. Gruyer, un de ceux qui ont été le moins émus en présence de la Vierge. Est-ce a dire qu'il fut inseusible-à tout sentiment religieux? Loin de nous cette pensée ; mais sou génie, obsédé de la perfection des bas-reliefs et des sculptures antiques, était comme enchaîné k la lettre de ses modèles. Ses Vierges conservèrent quelque chose de l'inflexibilité du marbre, et, sous cette rigide enveloppe, le savoir le plus vaste qui fut jamais peut-être ne put faire jaillir la divine étincelle. » La Vierge do l'église de Saiul-Zénou, à Vérone, semble échapper à cet arrêt ; elle a. de la jeunesse et de ia beauté ; le bambino esta ia fois charmant et touchant; les anges chantent avec une telle vérité qu'on croit les entendre, et les saints, groupes de chaque côté sur des volets que l'ordonnance générale de l'architecture raccorde au sujet central, sont, dans leurs draperies magistrales, austères et convaincus. D'autres madones de Mantegna se voient dans la galerie des Offices, à la pinacothèque de Munich, au

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musée de Berlin, à la National Gallery, dans les palais Trivulzi et Sormanni-Andreani et au musée Brera, k Milan, etc. Le musée de Madrid possède un tableau représentant la Mort de la Vierge. Mantegna a gravé une Vierge au milieu d'une gloire d'anges.

— Vierges de Giovanni Bellini (xve siècle). Giovanni Bellini, tout en s'efforçant d'atteindre à la perfection d'exéruuon de son maître, Mantegna, resta lid< le à l'esprit de dévotion de son époque. Ses madones, qui sont très-nombreuses, ont de la gravité, de la dignité; mais il leur manque trop souvent ce que l'on se plaît surtout à trouver dans Marie, la grâce. Une des plus remarquables est celle que possède l'église Saint-Pierre, à Muratio : elle est assise sur un trône et tient sur ses genoux le bambino, qui bénit le donateur du tableau, le doge Agostino Barbarigo, accompagné par saint Augustin et saint Marc ; deux archanges jouent l'un du luth et l'autre du violon. Le dessin, l'ordonnance et la couleur de ce tableau sont admirables. Une peinture très-remarquable aussi sous le rapport du coloris est la AJudone aux six saints ue la pinacothèque de Venise ; elle était autrefois dans l'église San-Giobbe. Dans la même galerie est une Vierge à mi-corps, baissant modestement les yeux et tenant devant elle l'enfant Jésus entièrement nu et debout sur Un parapet; ce tableau est daté de US7. Les églUes de San-Zuccaria, de San-Francescoaila-Vigiia, des Frari, del Redentore, de Satita-Miitia-deirOno , des Saiiti-Ginvaunie-Paolo, a Venise ; les musées de Berlin, de Leipzig, de Francfort, de Madrid, de Milan, de Munich; la pinacothèque du Vatican, les galeiies Burghese et Barberini, kRomo; le palais Spinoia, à Gènes; les cullectiuns Stafford et Baring, en Angleterre, possèdent des Vierges peintes par Bellini.

— Vierges de Botlicelli (xv« siècle). Les Vierges de Botticelli se rencontrent assez fréquemment dans les galeries ; il y en a au Louvre, aux Offices, à l'Académie des beauxarts de Florence, à la National Gallery, dans les musées de Berlin et de Dresde, dans la galerie Borghèse, etc. Une des deux que possède le Louvre (n<> 195) vient d'écrire les premiers mots du Magnificat dans un livre que tiennent deux jeunes saints présentés par leur ange gardien | l'archange saint Michel lui pose sur la tête une couronne étoilée; l'enfant Jésus , assis sur les genoux de sa mère, appuie la main sur une grenade. L'autre Vierge (no 196), assise dans un jardin, avec l'enfant Jésus et le petit saint Jean, a une expression charmante de tendresse, de recueillement, do mé.ancolie. Dans la galerie des Offices, la madone a la main posée sur un livre où est écrit le Magnificat et est entourée par six anges. Celle de l'Académie des beaux-arts verse des larmes à la vue de la Couronne d'épines et des clous que lui présentent deux archanges; elle lient l'enfant Jésus dans ses bras et est assistée par saint Augustin, saint Ambroise, sainte Catherine, saint Jean-Baptiste, saint Michel et saint Jean l'Evangériste.

— Vierges de Domenico Ghirlandajo (xve siècle). Nous consacrons ci- après un article spécial aux magnifiques fresques dans lesquelles D. Ghirlandajo a retracé la Vie de la

Vierge sur le mur du chœur de Santa-Maria- Novella. Comme tes Lippi, Domenico joint à la douceur et à la grâce de l'expression un naturalisme très-accentué. Ses Vierges sont vivanies et réelles. On peut en juger par celle du musée des Offices, Qui est assise sur un trône, assistée par de beaux anges et quatre saints, t Le peintre, dit M. Gruyer, a certainement connu cette femme, peut-être il l'a aimée ; mais elle entre avec tant de conscience, de recueillement, de sincérité, dans l'esprit de l'Evangile, qu'on ne peut lui garder rancune de se faire ainsi reconnaître. Sans doute, 'elle n'a pas tout ce qu'on peut rêver ; mais elle est vraie selon la nature, vraie aussi selon la foi, et c'est assez déjà pour qu'on puisse l'aimer. L'enfant Jésus n'est pus plus divin que sa mère; mais ou lui a si bien appris son rôle et il le dit avec tant de gentillesse, qu'il est difficile de lui en vouloir beaucoup de n'être pas le fils de Dieu. Les archanges et les anges, de leur côté, font les plus louables efforts pour n'être que de puis esprits, et ils sont vraiment célestes par leur candeur et par leur naïveté. » Des Vierges de Domenico Ghirlandajo appartiennent a l'Académie des beaux-arts de Florence et au musée de Berlin,

— Vieiges de Francia (xve siècle). Fraocesco Fraucia, orfèvre bolonais, avait quarante uns lorsqu'il commença à peindre. Son coup d'essai fut un coup de maître; c'est une Vie:ge entourée de saints qu'il peignit pour l'église de la Miséricorde, près de Bologne, et qui est aujourd'hui dans la pinacothèque de celte ville. Vêtue d'une tunique jaune et d'un ample manteau bleu, Marie est assise sur un trône, la tête légèrement inclinée vers l'épaule droite et encadrée par une longue chevelure; elle tient sur ses genoux le bambino, et tous deux regardent le spectateur aveo une expression d'ineffable bonté. Saint Jean- Baptiste, saint Augustin, sainte Monique, suint Sébastien, saint Procule, saint François d'Assise, un petit ange jouant de la mandoline et le donateur complètent lu composition. F. Francia a produit beaucoup d'autres madones ; il nous suffira de citer celles que

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possèdent le palais public de Cesena, les galeries du Gapitole, Borghèse, Doria et Barberini, à Rome; les musées de Naples, de Parme, de Milan, de Berlin, de Londres, de Vienne, de Munich, de Saint-Pétersbourg, de Dresde, etc. Ces différentes Vierges se répètent quelquefois avec une fâcheuse monotonie. Le dis de Frunoesco Frauda, G'iaeomo, a continué le style de son père; il semble, loutefuis, avoir eu plus de souplesse dans ie dessin et plus de fécondité dans l'imagination ; la pinacothèque de Bologne a de lui trois Vieryes entourées d'enfants, dont la plus remarquable est datée de 1526. Une Madone de Franceseo Franeiu a été gravée par N. Lecomte sous ce titre : la Vierge à l oiseau.

— Vierges du Péruyin (xv« siècle). « Les Vierges du Pérugin, dit M. Gruyer, sont dans une perpétuelle vision des choses d'ouuemonde; mais elles manquent absolument de variété, et le sentiment vrai de la nature leur fait aussi défaut, Elles font, jusqu'à un certain poiut, pressentir les Vierges de Raphaël, et quand Raphaël commence à peindre, il se confond presque avec Pieu o Vaniiuooi. Mais Raphaël, après s'être essayé sur l'unique mélodie qu'ait chantée le Pérugin, met en lumière aussitôt les trésors d'hurmouie dont lui - seul a eu la révélation. • Le Louvre a deux madunes du Pérugin; la plus remarquable est celle qui a passé au palais Corsini et dans la galerie du toi des Pays-Bas et qui, à la vente de cette dernière collection eu 1850, aété payée 53,302 francs. Assise au milieu d un atrium dallé en marbre, la Vierge tient sur ses genoux l'enfant Jésus qui nous bénit; sainte Rose, sainte Catherine et deux anges adorent le groupe divin. « Pérugin est là dnns toute sa beauté, dans toute sa grâce, dit encore M. Gruyer. Les anges s'inspirent à la source des voluptés chastes et intellectuelles. Les saintes ne regardent point autour d'elles; leur demeure est au ciel, et eiles voient toutes les choses de la terre comme en passant. Quant a. la Vierge, extatique et langoureuse, elle exerce sur l'âme une singulière attraction; sa physionomie est limpide et comme transparente; le front est haut et large; les yeux sont perdus dans 1 immensité des mondes invisibles; le nez est finement dessiné; la bouche est petite et chaste ; l'ovale du visage est délicat et pur; les cheveux blonds s'arrangent en bandeaux au sommet de la tête et forment des boucles dorées qui tombent jusque sur le cou... L'esprit veut en vain pénétrer le secret de ces délicieuses figures; il s'arrête, rempli de respect, à l'entrée du sanctuaire et, sans comprendre, reste sous le charme d'une harmonie céleste, a La madone que le Pérugin peignit en 1493 pour l'église des dominicains de Fiesole est maintenant au musée des Offices ; elle est assise entre saint Jean-Baptiste et saint Sébastien; une douce mélancolie est répandue sur ses traits. D'autres Vierges du même maître se voient dans l'église de Santa-Agutha, à Florence; dans l'église de Sauta-Maria-Nuova, a Fano; dans les musées du Vatican, de Bologne, de Naples, de Vienne, de Francfort, de Bruxelles, de Londres (provenant de la chartreuse de Pavie), de Munich, de Bordeaux ; dans la galerie du due d'Auraale, etc.

— Vierges de Léonard de Vinci et de ses élèves (xve siècle). Sous le pinceau de Léonard de Vinci, la madone cesse d'être divine sans cesser d être adorable ; elle n'a pas la candeur et l'ingénuité, mais elle a le sourire mystérieux et la grâce fascinatrice. Le grand artiste milanais ne va pas chercher ses inspirations et ses modèles en dehors de l'humanité ; il n'aspire qu'à exprimer la beauté telle qu'il suit la voir, et il ne craint pas d'asseoir l'enfant Jésus sur les genoux d'une femme de mœurs faciles, lorsque cette femme lui paraît vraiment belle. C'est ainsi qu'il a transformé en madone la maltresse de Louis le More, Cecilia Gallerani, et il a osé mettre au bas du tableau ces deux vers :

Per Cecilia quai te orna, lauda e adora B tuo tmico figliolo, o beata Va-gins et ora. "La Vierge aux rochers, du musée du Louvre, à laquelle nous consacrons plus loin un article spécial, appartient à la première manière, à la manière florentine de Léonard; c'est dire qu'elle allie dans une heureuse proportion le sentiment de la réalité au sentiment religieux. La manière milanaise, la manière délicieusement profane apparaît dans un autre chef-d'œuvre du même musée, la Vierge , l'enfant Jésus et sainte Anne, dont nous donnons également la description oiapres. Dans un magnifique carton qu'il exécuta ensuite pour les >ervites de Florence et qui est maintenant à l'Académie des beauxarts de Londres, Léonard, remaniant la composition de ce dernier tableau, représenta la Vierge assise à côté de sainte Anne et tenant dans ses bras le bambino, qui se penche pour bénir le petit saint Jean, Parmi les autres Vierges de Vinci, il n'eu est guère dont l'authenticité soit indiscutable; nous citerons pourtant la Vierge à l'auculie (ainsi nommée à cause de la fleur que l'enfant Jésus présente à sa mère), qui a été payée 83,500 francs à la vente Pourtulès, en 1805, et qui est une œuvre vraiment capitale, et la Vierge dite du putais LiUa, qui est maintenant au musée de l'Eimitage. Ce dernier tableau, remarquable surtout par Ju beauté de l'enfant, est attribué par quelques connaisseurs a Bernardo

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Zenale ; il a été gravé par Jacopo Bernard!. La Vierge au bas-relief, de la galerie de lord Munsch, paraît être de la main de Luini; elle a été gravée par P. Forster. La Vierge au lis a été gravée par Joseph Jusler vers la lin du xvne siècle et.nar Joseph Franck vers 1863. D'autres madones ont été gravées sous le nom de Léonard par J.-G. Bartseh, G. Longhi (la Mndonna del Lnyo, 1825), Nicolas Huff (la Vierge, t'en f mu ji'sus et sainte Catherine, 1827), P.-C. l.ûizwikirchen, Giusejipe Beretta, F. Garnier (la Vierye^aux balances, Salon de 1831), Fr.-Aug. Bridoux (la Vierge au donataire, Salon de 1875), etc.

Léonard fut le chef d'une nombreuse phalange d'artistes, dont les œuvres lui ont été trop souvent attribuées. Le plus habile de ses disciples, Bernardino Luini, nous a laissé plusieurs belles madones : le musée Brera en a trois; la cathédrale de Côme en a une qui est tout à fait dans le style de Vinci; celles qui sont peintes à fresque à la chartreuse de Pavie (la Vierge à l'ceillet) et à la chartreuse de Chiaravalle méritent encore d'être citées, ainsi que les tableaux que possèdent les musées de Saint-Pétersbourg, de Berlin, du Louvre (le Sommeil- de Jésus). Le principal tableau de Beltraffio représente la Vierge et l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Sebastien qui patronnent deux donaieurs, Girolamo et Giacomo da Casio; nous en avons donné la description au mot Casio (t. III, p. 494). De Cesare da Sesto, la galerie du Vatican possède un tableau connu sous le nom de la Mndonna délia Cintura et qui représente la Vierge avec l'enfant Jésus, qui tient une ceinture et se retourne vers saint Augustin. Une autre martone du même maître appartient au inuséeBrera et a été gravée par Michèle Bisi. Il y en a. une aussi au musée de Berlin. Andréa Solario a peint à la chartreuse de Pavie une très-belle Assomption de la Vierge; sa Vierge à l'oreiller vert, à laquelle nous consacrons ci-après un article spécial, est un des bijoux du Louvre. Elle est inférieure cependant à la Vierge du comte Poldo Pezzoli, de Milan; celle-ci, signée et datée de 1515, possède un éclat et un charme extraordinaires.

— Vierges des Van Eyck et de leurs élèves (xve siècle). Les peintres des écoles du Nord ont de bonne heure réagi contre les traditions byzantines; mais,' au lieu de chercher leurs inspirations dans un spiritualisme mystique comme les maîtres italiens, ils se sont attachés à exprimer leurs conceptions par des formes empruntées à la vie réelle, par la vivacité du dessin, de la couleur, de la lumière, par l'exactitude minutieuse des moindres détails. Ils n'en ont pas moins su déployer parfois un sentiment très-délicat du beau. Le musée de Dijon possède un grand retable exécuté pour la chartreuse de cette ville par ordre-de Philippe le Hardi.de 1392 à 1400, et que l'on croit être l'œuvre de Melchior Brœderlain, connu comme peintre de ce prince; les sujets représentés sont ['Annonciation et la Visitation, la Présentation au temple et la Fuite en Egypte. Certaines ligures , celle de l'enfant Jésus par exemple, sont laides et vulgaires; mais celle de la Vierge, surtout-dans la Présentation et ¥ Annonciation, ne manque ni de grâce ni de beauté. Les frères Van Eyck ne se bornèrent pas à améliorer les procédés matériels de la peinture; ils donnèrent l'exemple du réalisme le plus raffiné joint à une grande force d'expression. La Vierge peinte par Hubert van Eyck sur un des volets du célèbre retable de V Agneau mystique est une reine pleine de gravité et de majesté, qui a le front ceint d'une riche couronne et dont le manteau, tout bordé de pierres précieuses, forme autour d'elle des plis abondants; ses longs cheveux onciés couvrent ses épaules, ses mains efhlées tiennent un livre d'heures qu'elle lit avec une pieuse attention. Les Vierges que nous avons de Jan van Eyck sont assez nombreuses; elles ne sont pas toutes jolies et gracieuses, mais toutes ont du recueillement et de la dignité. Nous décrivons ciaprès celle que possède le Louvre, Celte de la galerie Blundell, a Ince-Hall, près de Liverpooi; est signée et datée de 1532. Vêtue d'une robe bleue et d'un manteau rouge dont les plis retombent à terre, elle est assise sous un dais orné de capricieuses arabesques, dans un intérieur à demi éclairé par une fenêtre à petits carreaux; elle tient un livre ouvert devant l'enfant Jésus, assis sur ses genoux et qui s'amuse à lourner les feuillets. Ou vase de cristal rempli d'eau, des oranges, un chandelier, un pot de cuivre et divers autres accessoires attestent les préoccupations réalistes du peintre. Cette madone est toutefois une des plus élégantes de Jan van Eyck : la tête, d'un type allongé, a une rare noblesse ; l'expression des yeux est agréable et les mains sont très-delieates. D autres Vierges de Jan van Eyck se voient dans les musées d'Anvers, de Dresde, de Francfort, de Vienne ; dans la galerie de l'Académie de Bruges (la Vierge, l'enfant Jésus qui joue avec un perroquet, saint Georges, saint Donatien et le chanoine Georges de Pala, donateur), dans la collection du marquis d'Exeter, à Buiiteigh-Hoiise, etc.

Les peintres sortis de l'école des Van Eyck sont restés liuèles pour la plupart au sentiment réaliste; quelques-uns même l'ont exa géré. Dans le tableau de Pierre Christoph-

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sen qui est au musée de Francfort et qui représente la Vierge et l'enfant Jésus avec saint Jérôme et saint François, la tête de la Vierge et surtout celle de l'Enfant sont des plus vulgaires. Le musée de Madrid a de cet artiste un tableau ii quatre compartiments représentant l'Annonciation, la Visitation, In Nativité et V Adoration des rois. Dans le Saint Luc peignant la Vierge, tableau attribué à Rogier van der Woyden, au musée de Munich, la Vierge est une sorte de portrait sans beauté et l'Enfant est d'une maigreur désagréable. Au contraire, la figure de la Vierge est pleine de noblesse dans une Présentation au temple du même musée, que le catalogue attribue à Jan van Eyck, mais que W»agen croit être l'œuvre de Rogier. Le musée des Offices possède un beau retable exécuté par Hugo van der Goes pour Tommaso Portinari, agent des Médicis à Bruges: le sujet principal est l'Adoration des bergers; la Vierge et les anges, qui sont au ciel, sont peints dans des tons clairs et brillants qui contrastent avec les tons bruns et les ombres foncées des visages de Joseph et des pâtres. Dans la même galerie est une autre œuvre de Van der Goes, qui représente la Vierge assise sous un dais splendide entre deux anges qui la couronnent, et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus, vêtu d'une longue chemise, à qui sainte Catherine, en costume de reine, offre une pomme; une autre sainte, habillée à la flamande, a un livre ouvert sur les genoux. Le musée du Belvédère et le palais Puccini, ix Pistoja, possèdent des Vierges attribuées à Van der Goes,

— Vierges de Memling (xvo siècle). L'illustre élève de Rogier van der Weyden, Hans Memling, est, de tous les maîtres de la primitive école flamande, celui qui a le mieux compris la grâce et la beauté. Ses Vierges ne seraient pas indignes de figurer à côte de celles de fécule florentine. Dans son Mariage de sainte Catherine, qui est à l'hôpital de Bruges, le groupe de la Vierge et de l'Enfant est ravissant. A Chiswiok, résidence du duc de Devonshire, un petit triptyque, désigné par Horace Walpoie comme l'œuvre de Jun van Eyck, mais que Waagen a restitué à Meinling, représente la Vierge et l'Eufaut, sainte Agnès et sainte Barbe, lord et lady Clitford, donateurs du tableau, et leurs enfants; sur les volets sont peints les deux saints Jean. D'autres Vierges de Memling appartiennent aux musées des Offices et du Belvédère, à l'hôpital de Bruges, à la National Gallery, à l'Académie de Saint-Luc, â Rome; à la bibliothèque Ambrosienne, à Milan ; au musée de Rouen, à la galerie Lichtenstein, à Vienne, etc. Un des médaillons de la célèbre châsse de Sainte-Ursule représente le Couronnement de la Vierge. Citons enfin deux tableaux des plus remarquables du même maître, intitulés : l'un, les Sept joies de la Vierge, l'autre les Sept douleurs de la Vierge, et comprenant l'un. et l'autre une multitude d'épisodes exécutés avec une grâce, une délicatesse et une précision merveilleuses. Le premier est au musée de Turin, le second à la pinacothèque de Munich.

— Vierges de Cima da Conegliano (xvo et xvie siècle). Les Vierges de dma da Conegliano tiennent de celles de Bellini par le charme et l'éclat de la couleur, et se rapprochent de celles de Filippiuo Lippi par la chaleur de l'expression et du mouvement. Les plus belles se voient duns les pinacothèques de Venise et de Bologne, dans tes musées de Vicence, de Berlin', de Parme, de Francfort, à la National Gallery et au Louvre. Bans le tableau du Louvre, la Vierge, assise sur un trône élevé sur une terrasse d'où l'on découvre la campagne de Conegliano, tient un chapelet à la main; sur ses genoux est assis l'enfant Jésus, qui reçoit les hommages de saint Jean-Baptiste et de la Madeleine. Le paysage du fond est fort beau. La galerie de Dresde a un tableau de Cima, dont le sujet est la Présentation de la Vierge au temple.

— Vierges de Fra Bartolommeo (xvexvie siècle). Les Vierges da Fra Bartolommeo se rattachent par certains côtés à celles de Raphaël ; ce sont du moins eelles qui, dans toute l'école italienne, approchent le plus de la pureté et de l'élévation des divines madones du Sanzio. La Vierge glorieuse du musée du Louvre, qu'on intitule quelquefois \&Mariage de sainle Catherine (v. la description t. III, p. 586), est une merveille de couleur et de sentiment : « Un attendrissement délicieux régna dans cette peinture, dit M. Gruyer, et, sans lui rien enLever de son recueillement, lui imprime l'apparence d'une fête religieuse. C'est coiinne un concert spirituel où enaque voix est sonore, bien timbrée et se fond néanmoins dans une harmonie générale. La couleur est éclatante comme une fanfare, douce comme un cantique. » La Madone de ta Miséricorde, dans l'église San-Romano, à Lucqùes, est également admirable. Bu haut de son piédestal, cette Vierge lève la tète et les bras vers le ciel, qu'elle implore pour te peuple lucquois; le Sauveur, répoudaut à cette invocation, bénit les protégés de sa mère et prononce ces paroles, écrites sur mi cartel porté par trois anges : Misereor super turbain. Deux autres auges soulèvent ie manteau de la madone, sous lequel viennent se réfugier tous les âges de la vie. Au milieu de cefte foule suppliante et agenouillée, on voit le donateur du tableau, Fra Se-

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bastiano Lombardi di Montecatini, assisté de saint Dominique. La Vierge, dansée tableau, semble monter h Dieu, tandis que les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards qui se pressent autour d'elle sont retenus à la terre par de», liens matériels. Un autre chef-d'œuvre, qui appartient au musée des Offices, nous montre Marie, avec l'enfant Jésus dans ses bras, assise sur un trône élevé de six marches; derrière eltw, sainte Anne, rayonnante de foi et d'amour, levé les yeux et les mains vers le ciel ; de chaque côte sont rangés les saints protecteurs de Florence; . deux anges sont assis sur le premier plan, tandis qu'au fond un chœuf de séraphins entoure la Trinité, qui domine le tableau. Des Madones 'de Fra Bartolommeo se voient encore dans les palais Pitti, Martelli, Burtolommei, Panciatieni et Mozzi et dans l'église de Sau-Marco, a Florence; dans le palais Vivaldi Pasqua, à Géues; au musée du Belvédère ; dans la cathédrale de Besançon, etc. Le musée de Naples possède une Assomption de la Vierge du même maître; il y en a une autre au musée de Berlin, à laquelle a collaboré Mariotto Alberlinelli.

— Vierges de Michel-Ange (xve-xvie siècle). Michel-Ange, génie gigantesque et fougueux, n'a abordé qu'assez rarement la délicate figure de la Vierge. Dans sa Sainte Famille du musée des Olrices, il l'a représentée assise à terre et prenant le bambino des mains de saint Joseph, qui se tient par derrière; c'est une ligure savante, mais absolument dépourvue de grâce, de beauté, de candeur virginale. Un collectionneur anglais, M. Labouchère, possède une peinture en détrempe, qui a figuré à l'Exposition de Manchester en 1857, et dans laquelle des connaisseurs émérites ont reconnu la ma.n de Raphaël; elle représente la Vierge, triste et penvjve, assise et tenant un livre vers lequel l'enfant Jésus, debout, étend la main; le petit saint Jean, debout aussi, regarde le spectateur et lui montre le fils- de Dieu. « Michel-Ange est là lui- même, sinon tout entier, du moins avec ses propres aspirations, dit M. Gruyer... Cette Vierge, dans son silence ombrageux et hautain, a la iierté d'âme, l'âprete de carac 1ère du maître lui-même. Il lui manque le trait essentiel et évangélique qui fait de Marie la plus belle et la meilleure des femmes, elle n'a pas l'humilité. On la regarde avec respect, on ne va pas ù elle avec amour, »

— Vierges du Titien (xvie siècle). Les Vierges du Titien sont au nombre des plus belles qui existent, si l'on n'a égard qu'à la magie de l'exécution; elles n'excitent au. un enthousiasme si on les contemple avec un esprit de dévotion. Elles sont répandues dans toutes les grandes galeries de l'Europe. Le musée des Offices en a plusieurs qui sont * superbes; on loue surtout celte qui est vêtue d'une robe rouge et qui tient sur ses genoux le bambino, à qui sainte Catherine offre une grenade. A Venise, outre la merveilleuse Assomption de l'Académie des beaux-arts, à laquelle nous avons consacré un article spécial, on admire, dans l'église de Frari, la Vierge de la famille Pesuro, ainsi nommée parce que lévéque Jacopo Pesaro, son frère, ses neveux et nièces sont agenouillés devant elle; un prisonnier turc est amené par saint Georges, qui déploie au - dessus de l'aident prélat une grande bannière surmontée a'une brauche de laurier; un air de triomphe et de fête règne dans ce tableau; mais la Vierge est absente : elle est remplacée par uue femme blonde et grasse, sans virginité, sans grandeur et, sans rayonnement. Des quatre tableaux du Louvre où Marie est représentée, le plus brillant est celui qu'on a coutume d'appeler la Vierge au lapin blanc (u° 4591, parce que la madone, assise par terre, pose la main sur un lapin que l'enfant Jésus, tenu par sainte Catherine, paraît lui demander; saint Joseph, acuruupi par terre, caresse une biebis noire ; un troupeau paît autour de lui et l'on aperçoit dans le fond une Vaste campagne. C est là une agréable pasiura.e; il est impossible d'y voir une inspiration chrétienne, li faut en dir« autant ae la Vierge qui tient l Eufaut sur ses genoux et qu'entourent saint Ambroise , saint Etienne et saint Maurice (u<> 458); de la Vierge avec l'eu faut Jésus, sainte Agnes et le petit saint Jean (n° 460j, et du tableau où deux anges portent lu cruix au-dessus de la Sainte famille (n» i&lj. Parmi les collections publiques qui possèdent des mauoues du Titien, nuus citerons encore : les musées de Madrid, de Munich, de Vienne; la galerie du Vatican, la bibliothèque Ainbrusieinie, etc. Des gravures, d'après des Vieryes du même maître, ont ete exécutées par P. de Jode (la Vierge allaitant l'enfant Jésus), F.-J. Oberthiir, L. Bertelli, Duk Mathatn, P. van Lisebetten, C. Bloemaert, Ch. Audran, Jean Bem (fac-sunile u'uu dessin du musée du Louvre), J.-V. Laugier (la Vierge au lapin blanc), J.-N. Lerougo et Langiois, Pascal, P. Belteiiui, F. Auuiiot, Achiuo Gilbert (la Vierge au lézard), Maihilde bozzuluui, etc. ■

— Vierges il' Andréa del Surfo (xvie siècle). Andréa est un des peintres qui ont peint ie plus souvent la Madone; nous devons ajouter que ce n'est pas la Madone elle-même, mais quelque belle créature vivante qui semble avoir inspiré l'artiste. D'ordinaire, c'est -

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Lucrezia del Fede, l'épouse dont il fut si éperdument et si follement nmoureux, qui •lut a servi de modèle. Avant son mariage avec cette femme, qui prit sur lui un empire 6i absolu (1513), il peignît divers tableaux de ta Vierge, duntVasari fuit mention; mais ces tableaux sont perdus. La M adonna de W Arpie, du musée des Offices, qui doit son nom à ee que des harpies décorent l'atuel antique devant lequel elle est représentée debout, a été peinte en 1517 : tenant d'une main son divin Fils, qui l'entoure de ses bras, et de l'autre un livre, elle abaisse ses yeux .sur deux petits auges qui embrassent ses jambes avec amour; saint François et saint Jean l'Evungèliste complètent le tableau. Bien qu'elle rappelle les traits de Lucrezia, cette madone a une expression bien religieuse de recueillement, de piété et de douce mélancolie; son ajustement est d'un goût parfait; le petit Jésus est un bel enfant, plein de force, d'élan, de spontanéité, mais il manque de... divinité. Les deux ligures de saints sont fort belles, les anges sont gracieux et modelés à ravir. C'est là, en somme, un chef-d'œuvre digne de la place qu'il occupe dans la tribune des Offices. Le Louvre a deux Saintes F<imiltes d'Andréa del Sario, que nous avons décrites dans le tome VIII, p. 78, en même temps que la célèbre Madonna del Saceo, qui est peinte à fresque dans le couvent de i'Annunziata, à Florence, et qui, d'après ce que nous apprend Vasari, est le portrait frappant de Lucrezia del Fede. Ce même cloître de I'Annunziata est décoré d'une autre fresque d'Andréa, représentant la Naissance de Mûrie. Le palais Pitli renferme deux des chefs-d'œuvre du maître, une Assomption et un grand tableau représentant lu Vierge et l'Enfant adorés par saint Jean Gualbert, sainte Catherine, ■ saint Fidèle et saint Bernard degli Uberti, évéquè ue Panne. D'autres madones d'Andréa del Sarto se voient dans l'église de la Miséricorde, à Florence; au palais Brignole- Sale, à Gènes; dans les galeries de Madrid, de Vienne, de Munich, de Berlin, de Dulwieh Collège du château de Windsor; dans les collections Hertfurd, Baring, Holford, Iarborough. Bute, etc. Parmi les gravures, nous Citerons celles de Lorenzini, Fr, Zuccherelli , J. Felsing (Madonna del Trono) , Séb. Barras, Jer. David, V. délia Bruna, etc.

— Vierges de Raphaël (xvio siècle). Nous avons donné, au mot madone, une longue étude sur les principales Vierges du maître, qui, résumant en quelque sorte tous les efforts de ses devanciers, a su créer des types d'une beame, d'une pureté, d'une grâce et eu même temps d'une vérité incomparable. Nous croyons devoir ajouter ici quelques lignes empruntées à l'écrivain distingué qui nous a si souvent servi de guide dans cette élude, à M. Gruyer, l'auteur d'un ouvrage en trois volumes sur les Vierges de Raphuël et l'iconographie de la Vierge (18G9) : ■ Raphaël nous a fourni, dans ses Vierges, un incomparable, enseignement. Il a linemlenieul accepté toutes les conditions du progrès, et il les a religieusement soumises à toutes les exigences de la tradition. Nul n'a si bien réussi dans cette conciliation difficile. Les Vierges de Léonard s éloignent trop complètement de la simplicité traditionnelle; a force de mystère et de fascination, elles sont impénétrables; les Vierges de Michel- Ange ont trop l'ostentation de la science, elles visent trop ouvertement à la grandeur pour y pouvoir atteindre au point de vue religieux; elles ont eutiu trop le sentiment de leur force puur être vraiment humbles; les Vierges du Titien se complaisent trop exclusivement dans la réalité pour arriver jusqu'à l'idéal ; les Vierges duCorrége ont trop de séductions luoiiduiues pour élever l'àme bien au-dessus de la terre. . Le difficile était d'oser assez, en se préservant de l'orgueil, et de conquérir, daus la soumission, une entière indépendance... Raphaël est le premier des peintres, parce que, plus que tout autre, il a joui de ce calme et de cette paix profonde,.. Sans perdre ne vue la nature, il est en adoration perpétuelle devant l'idéal ; il le considère connue la loi suprême, et, convaincu qu'il n'en pénétrera jamais l'essence, il tenu vers lui sans cesse avec hum. lire. C'est ce que nous montrent pur-dessus tout ses Vieiyes, si bonnes et si naturelles dans leur niate.iiue divine, qu'eu les respectant de tome sou âme on les aune eu même temps de toul son cœur. Jamais la poésie chrétienne ù'u rencontré d'expressions plus sublimes, jaiiuiis el.e n'a retrouvé le secret de pareils enchantements. Si Raphaël n'avait Vouiu peindre que de 'belles femmes, son œuvre aurait été d'autant plus vite oubliée qu'elle eût été suspecte de profanation. Mais H u \ Ue plus juste et plus Haut. Epris de la science, il l'a dépouillée de toute sécheresse et Ue toute aridité. A mesure que se perfectionnaient eu lui le sentiment de la nature et la connaissance de toutes les tradiiiuiis, se développait aussi le sentiment de la uivitiile... Ce qu'on éprouve surtout devant les Vierges do Rapiiael, c'est une sérénité, un calme, une paix' qui semblent venir de Dieu même. » Il s'est trouvé cependant des critiques qui ont reproché à Raphaël d'avoir peint la Madone avee une parfaite indifférence religieuse, en prenant pour modèle la Fornarina, sa maîtresse. Il se peut que telle

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ait été, en effet, son modèle préféré ; mais il est permis de dire que ce génie merveilleux voyait bien au delà de la imitière qui se plaçait devant ses regards. L'accusation de ■ paganisme » adressée aux conceptions religieuses de ce grand maître a été réfutée dans les termes suivants par un écrivain dont on ne contestera pas l'impartialité en de pareilles questions, par Proudhon : « Je me suis mis en présence des Vierges et des Saintes de Raphuel, et, malgré tout ce 'qu'on a dit, je n'ai pas trouvé qu'elles eussent rien de commun avec les Vénus. Ce ne sont pas des déesses jouant une comédie chrétienne, comme dans la Guerre des dieux de Parny; déesses, si Ton veut, par la beauté, mais plus encore par" la vertu et l'héroïsme; déesses transformées en vierges et martyres. Ces belles saintes , avec leur expression chrétienne, me ptii'iiiFseiit assurément plus belles, à moi, que les déesses impossibles des Grecs... Je suis amoureux des Saintes de Raphaël, toutes saintes, vierges, martyres et vêtuesqu'elles sont; je le suis même de la Vierge Marie jusqu'à son mariage. Oui, je suis amoureux de cette belle grande jeune tille, imitée de la Diane chasseresse et donnée à un vieillard prédestiné au rôle d'ange gardien ; je ne le suis pas des déesses antiques, bien que nues, ni de Diane, ni de Pullas, ni de Vénus même. La Madone n'échappe à mon amour que par l'enfant qu'elle porte dans ses bras; c'est le respect de la maternité qui la sauve... C'est un dogme chrétien que les corps des bienheureux reprennent dans le ciel la clarté, la beauté, l'agilité et la subtilité. Voilà l'idèai des artistes de la Renaissance... Le peuple, aujourd'hui encore, sent cela. Il dit de certains visages de jeunes tilles parfaitement purs : « C'est une » ligure de vierge; • il veut dire d'une vierge idéale, telles qu'elles doivent être au ciel et que les unt imaginées les artistes de la- Renaissance. ■

— Vierges du Corrige (xvio siècle). » Les madones du Corrége, dit M. Gruyer, appartiennent corps et'âme à l'art moderne et apparaissent pour la première fois alors que les Vierges de Raphaël brillent de tout leur éclat. Elles sont alors comme des rieurs spontanément écloses, exhalant des parfums jusqu'alors inconnus, et se rattachent cependant, par des liens enchantés, mais non rompus, aux fortes traditions des derniers peintres du xve siècle. » Nous avons décrit au mot madone (X, p, 899) les magnifiques inspirations de ce grand artiste: la Aladoneau saint François, la Madone au saint Sebastien, la Madone au. saint Georges, qui appartiennent au musée de Dresde, et la Mudone au lapin, du musée de Naples. On trouvera

" aussi au mot Jérôme (IX, p. S5l) et rkpos en Egypte (Xlli, p.- 995), la description de la Madone au saint Jérôme et de la Madone à ta Tusse, du musée de Parme, et aux mois Assomption et couronnement de la Vierge celle de deux fresques célèbres que possède encore cette dernière ville. Les Offices, ta National Gallery, la pinacothèque de Munich, le musée de Madrid possèdent aussi des madones du Corrége. Parmi les estampes nous signalerons celles de P. Bettelini, Simon Kavenet, Spierre, N. Bazin, R, Cooper (1763), P. Bonato, N.-D. de Beauvais, Schuier, Uiovaiinini, Toschi (la Vierge A la Tasse), J.-G. Huck, Et. Fessard (la Vierge au saint François), Daniel Berger, C. Gregori, Dom. Cuuego, Th. Watson,C. Bertelli, U. Chasteau, Richard Houston (1773), P.

Drevct, Nie. Evélinck, J.-M. Leroux (1837), Alph. Leroy (fac-similé d'un dessin du Louvre), Ch. Wakuer (Salon de 1872;, etc.

— Vierges de Jules Romain (xvie siècle). Le Louvre a un tableau de l'élève de Raphaël représentant la Vierge, l'enfant Jésus et le petit saint Jean; c'est, un ouvrage de médiocre importance. En revanche, la Vierge au Bassin ou à t'Ecuelte, du musée de Dresde, et la Vierge au Chat, du musée de Naples (v. SAiNTii Famille, VIII, p. 79), sont des œuvres ui'agisirales. La Madone de Monte- Luce, que possède la galerie du Vatican, est

' assise sur les nuages et couronnée par la Christ ; en bas, auiôur du tombeau de la Vierge, sont ranges les douze ap&tres. Un croit que le Faitore a collaoorè a ce dernier ouvrage. Des Vierge* de Jules Romain ont été gravées par Michèle Lucchese (1004), C. Bloeuiaert, A. Allieri (la Vierge au Lézard), etc.

— Vierges du Garofalo {xvie siècle). Au musée du Louvre est un charmant tableau du Garofalo qui représente la Vierge regardant l'enfant Jésus endormi dans son berceau; cette composition a été gravée dans le recueil de Laudun. La galerie de Dresde a trois Madones du Guruialo; l'une adore l'enfant Jésus endormi, en présence d'anges qui tiennent les instruments de la passion ; les deux autres sont accompagnées par divers saints. D'autres Vierges du même maître se voient dans les musées de Munich, de Naples, de Saint-Pétersbourg. R. Morgheii a gravé la Madonna dei Lutte.

— Vierges du Parmesan (XVIe siècle). Les Vierges du Parmesan oui hérité de la grâce de celles du Corrége. Nous avons consacré des articles spéciaux (X, p. 899) à la Madone au long cou, du palais Pitti. Le musée des Offices possède une Vierge allaitant l'enfant Jésus; la pinacothèque de Bologne, une

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Vierge entourée par sainte Marguerite, saint Augustin et saint Jérôme; la galerie rie Dresde, une Vierge avec l'enfant Jésus, saint Sébastien et saint François: le Louvre, une Vierge gui présente l'enfant Jésus à sainte Marguerite, en présence de saint Benoit et de saint Jérôme. Ce dernier ouvrage a été gravé par Bonasone, par Rosaspina (Musée français) , et dans le recueil de Landon. D'autres Vierges du Parmesan ont été gravées par A. Butnfoco, C.Bloemaert, H. von der Borcht, W. Baillie, W. Vaillant. J,-P. Bitthenser, Nie. Boldrini, Torbido del Moro, Lorenzini, Schelte van Bolswert, Séb. Barras, etc. On a du Parmesan lui-même des Madones gravées à l'eau-forte.

— Vierges d'Albert Durer (xvje siècle). Albert Durer a gravé, en vingt-huit planches, une Via de laVierge qui est regardée comme un de ses chefs-d'œuvre. On y distingue entre autres : la Rencontre de Joachim et d'Anne à la porte d'Or, la Naissance de Marie, tidèle représentation d'un intérieur bourgeois de Nuremberg ; la Visitation, la Circoncision, composition magistale peuplée d'un grand nombre de figurea ; la Fuite en Egypte et le Repos en Egypte et la Mort de la Vierge. La vie et la naïveté des figures, la beauté des paysages, la finesse des détails sont les principales qualités de ces compositions où if ne faudrait chercher ni la noble ordonnance ni le sentiment spirituàliste et mystique de l'école florentine. On a plusieurs autres ligures de la Vierge gravées sur bois ou sur cuivre par Durer, et qui sont connues sous les titrés de : la Vierge à la Poire (1511), la Vierge à la Couronne d'étoiles (!508), la Vierge au Songe, la Vierge aux Cheveux longs, la Vierge allaitant l'enfant Jésus (1503), la Vierge assise au pied d'une muraille (1514), la Vierge au Sceptre (1516), la Vierge couronnée par .un ange (1520), la Vierge à ta Porte (1520), l'Education de la Vierge, etc.- La Vierge au Songe a été copiée par Zoan Andréa, Sig. Holbein, Agostmo Veneziano, J. Wiericœ, etc. Des Vierges peintes par Durer appartiennent aux musées des Offices, du Belvédère ; à lu galerie royale de Windsor, etc.

, — Vierges d'ffolbein (xvie siècle) . La Vierge de la famille Meyer, que nous décrivons ciaprès, est assurément une des meilleures images de la Madone que l'on doive à L'école allemande; mais, dansée tableau, les portraits des donateurs sont peut-être plus remarquables encore que la Vierge.

— Vierges du Tintoret, de Paul Véronèse et des Palmu (xvie siècle). Pas plus que le Titien, leur compatriote, ces divers peintres n'ont éprouvé le besoin de donnera la Vierge une grâce mystique et une humilité dévote; ils l'ont représentée aVec toute la pompe du culte catholique. Le Tintoret, dans son Couronnement de la Vierge, à Saint-Georges- Majeur; dans sa Présentation au Jempte, à Sauta-Alaria-dell'Orto; dnns son Assomption au château de Blenheim ; dans ses plafinds du palais ducal, où il a représenté les doges Gritti et Loredano implorant la protection de Marie; Paul Véronèse, dans son Assomption et dans son superbe tableau de ta'Vierge assistée par saint Joseph, saint Jean-Baptiste, sainte Justine, saint François et saint Jérôme, à la pinacothèque de Venise ; dans son Couronnement de ta Vierge, à Sehleissheiin; dans ses lieux Madones entourées de saints, au Louvre (gravées par Brebiette et parBoutroi); Palnia le vieux, dans ses Vierges des musées de Venise, de Dresde, de Naples, de Florence, de Vienne, de Turin, etc., et Patina le jeune, dans ses Assomptions de Cortone et de Borgo-San-Sepolcio, ont déployé de brillantes qualités de couleur, mais ils s'adressent uniquement aux yeux et ne disent rien à l'àme.

— Vierges des différentes écoles italiennes an xvug siècle. L'école bolonaise , au xvue siècle, a peuplé do madones les moindres chapelles des églises d'Italie et a envoyé même aux autres pays des spécimens nombreux de son extrême facilité. On ne s'attend pas à ce que nous décrivions ici les Vierges peintes par les trois Ganache, le Guide, le Guerchiti, l'Albaue, le Doininiquin; cela nous entraînerait beaucoup trop loin, et if est temps de clore ce long article. L'école romaine a produit aussi des peintres de madones fort réputés en leur temps, le Sassoferrato, Carie Maratte, le Baroche. Nous pourrions en citer aussi daus les autres écoles, mais nous aurions de lu peine à en nommer un qui ait fait autre chose que copier des modèles vivants ou imiter p. us ou moins habilement les chefs-d'œuvre de Raphaël et du Corrége.

— Vierges de l'école flamande (xvne siècle). Rubeus a mis en paradis ses vigoureuses compatriotes aux cheveux blonds, auxohnirs abondantes et palpitantes. Ses Vierges... flamandes sont pleines de sauté; on n'a qu'à voir celles qui sont au Louvre : l'une, tenant l'enfaui Jésus dans ses brus, est portée sur des nuages et soutenue par des groupes de eharmau ts petits culs-nus (n° 428, gravé par Visscher); l'autre, vue à mi-corps, nu milieu d'une guirlande de fleurs peuplée d'insectes et d oiseaux, tient dans ses bras le bambino et est couronnée par un ange (n« 429), Une peinture bien supérieure à celles-là est la Vierge donnant une chapelle

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à saint lldefonse, qui est au musée du Belvédère. Les Vierges de Van Dyek, comme ses portraits, ont toujours de la dignité, de la tenue; sa Vierge aux donateurs (n» 137) et sa Vierge présentant le bambino à l'adoration de la Madeleine, de saint Jean- Baptiste et du roi David sont au nombre des bons tableaux du Louvre; la première a été gravée par Bertinot, la seconde par Krnhlow.

•— Vierges de l'école espagnole (x vue siècle). Il est arrivé une fois a Veluzquez de peindre la Vierge couronnée par la Trinité; ee tableau est au musée de Madrid et prouve que le peintre de Philippe IV n'entendait rien aux sujets religieux. Murillo est le peintre espagnol qui a peint le plus souvent la Vierge ; nous avons décrit quelques-unes de ses nombreuses Conceptions (IV, p". 831) dispersées dans les divers musées d'Europe, sa Sainte Famille (VIII, p. 78) et .sa fameuse Assomption, qui appartiennent nu Louvre.

Ajoutons que, s'il a mieux réussi que'Velazquez u donner une idée des régions célestes, il se rattache néanmoins à l'école naturaliste par le choix de ses têtes.

— Vierges de l'école française (xvlio au Xixe siècle). Nicolas Poussin a peint un assez grand nombre de Saintes Familles; nous avons signalé les plus importantes au mot famille (VIII, p. 77). Ses ligures de la Vierge ont un caractère noble , élégant , plus imposant en général que gracieux. Mignard est le Sassoferrato de l'école française ; ses Vierges, aimables, jolies, sont 'laites pour le plaisir des yeux, la joie des dévots et l'ornement des boudoirs. Sa Vierge à la Grappe, du musée du Louvre, a été gravée par Roullet et dans les recueils de Landon et de Filhol. Les Vierges de Laurent de La Hyre, de Simon Vouet, de Sébastien Bourdon comptent au nombre des meilleures de l'ancienne école française. Nous ne dirons rien des madones coquettes, prétentieuses et fades des peintres du nvilio siècle. Notre siècle, comme les précédents, a fourni d'innombrables Vierges. Des efforts ont été faits pour remonter k la source des pures inspirations. Les Litanies delà Vierge, peintes par Orsel, dans l'église de Notre- Dame-de-Lorotte, peuvent être louées sous ce rapport. La Vierge à t Hostie, d'Ingres,' est une œuvre plus ambitieuse que réussie; elle a été gravée par Cliabert et par Calam.uta.' On a remarqué aux dernières exploitions une Vierge avec l'enfant Jésus et saint Jean, 'de M. Ferdinand llunibert (Salon de 1874), et un tableau sur le même sujet par M. Bouguereau (Saion de 1875).

Vierge» «expiée». La sculpture, comme la peinture, cumpte un certain nombre do Vierges, dues acliéiropoïèles, parce qu'elles sont réputées n'avoir pas été /Vîtes par la main des hommes. Une des plus fameuses est la statue de Notre-Dame del Pilar, en l'honneur de laquelle a été bâti près de Saragosse un sanctuaire où affluent les dévots. Elle est taillée dans un bois devenu noir à force de vétusté et est revêtue d'une riche dalmaliquë qui ne laisse paraître que la tête de '.a Vierge et ceile de l'eiif.nil Jésus; elle est placée sous un dais d'urgent, sur une colonne de jaspe qui a environ a mètres de hauteur. La tradition veut que la Vierge ait apparu sur cette colonne (pilar) à l'apôtre saint Jacques lorsqu'il prêchait près de Sarugosse, et lui ait ordonné de bâtir une chapelte en cet endroit. L'église de la Madeleine, à Aix-eu-Proveuce, po-sèda une statue de" Notre-Uame de Grâce , qui |iasse pour avoir été donnée aux cordeliers de celte ville par saint Boiiaveuture ; cette iinuge jouit d'une grande vôuéraiion. 11 en est de même de la Vierge noire, qu'on conserve daus l'église Saint-Victor, à Marseille, et de beaucoup d'autres madones éparpillées en France, en Italie, en Allemagne, idoles dont l'origine s'enveloppe de nuages miraculeux et qui n'ont au reste aucune valeur artistique. Le moyen âge u produit d'ailleurs d'autres statues de iu Vierge qui, pour ne pas être l'objet d'un culte superstitieux, 11 eu sont pas moins dignes d'attention ; nous voulons parler des naïvuu images sculptées par les maîtres de pierre sur Les façades de nos églises ogivales; celles des cathédrales de Chartres, de Strasbourg, de Reims ont une grâce, une candeur, une beauté simple et forte qu'on ae saurait assez admirer. En Italie, au ïiii» siècle, Nicolas de Pise et son fils Giovanni ont exécuté plusieurs statues de lu Madone. Au xvie siècle, Andréa Contucci da Monte-San- Savino, Rurfaello da Moiitelupo , Girolamo Loinb.irdo, Tribolo, Franoesco da San-Gallo ont rempli le célèbre sanctuaire de lu Madoue-de-Lorette de bas-raliet\ et de statues relatifs à Mûrie. Ou a de Michel-Ange deux madones eu bas- relief, l'une au musée des Uflices, l'autre à l'Acadôm.e royale de Londres, et un groupe de marbre représentant la Vierge avec l'Ent'unt, dans la célèbre chapelle des Mêdlcis , à Sun-Lorenzo. Ce gioiipe, qui est simplement ébauche, est un peu puis grand que nature. La Vierge, assise et prise encore dans le bloc Je marbre d'où le génie du maître vient de la tirer, soutient de la main gaucho l'enfant Jésus, qui est à cheval sur son geaou, et ramené la main droite en arrière, comme pour relevai- su robe. Ses jambes sont croisées l'une sur l'autre; sa tète, recouverte d'une draperie qui

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enveloppe tout le corps, s'incline vers l'épaule gauche et a une expression grave et - triste. Le bambino se retourne vers sa mère, comme pour s'abriter dans son sein. Une impression forte se dégage de cette oeuvre; mais elle tient plus à la puissance de l'exécution, à la fougue de l'ébauche qu'au caractère religieux des figures; car, ainsi que le fait remarquer M. Gruyer, « dans Jésus, la bonté divine et la bénédiction sont absentes, et dans Marie rien ne paraît non plus de ce quiestprofondément touchant dans la Vierge, rien de la jeunesse idéale, de la simplicité, de l'humilité, de la virginité, de la bouté, de la grâce, mais quelque chose de grandiose et de presque athlétique, qui exprime la désolation et ne ressent rien de l'amour. > Dans l'église de Sant' Agostino, à Rome, il y a un très-beau groupe en marbre de la Madone et de l'Enfant, sculpté par Jacopo Sansovino : le type de la Vierge est des plus élégants, des plus gracieux; on dirait une ligure du Corrége transformée en marbre. Malheureusement, ce chef-d'œuvre est en grande partie caché sous les ex-voto apportés par les gens qui lui attribuent des vertus miraculeuses. La chapelle du palais ducal , à Venise, possède aussi une madone sculptée par Sansovino. Luca délia Robbia a exécuté en terre cuite vernissée une grande quantité de figures de la Vierge et de l'enfant Jésus; il y en a au musée des Offices, à l'Académie des beaux-arts et dans plusieurs églises de Florence; un bas-relief représentant le Couronnement de la Vierge est placé au-dessus de la porte de l'église d'Ognissanti. Parmi les. nombreuses madones sculptées par des artistes italiens, nous mentionnerons encore celles de F. Toti, dans la cathédrale d'Orvieto; de Girolamo Ticciati, dans le Baptistère de Florence ; de Montorsoli , dans l'église de San-Matteo, à Gênes; de Tommaso Orsolino, dans l'église Notre- Dame-des.-Vignes, à Gènes ; de lJarodi, dans l'église Sati-Oar!o, à Gênes ; de Serpoletta, dans la cathédrale de Païenne; de Benedetto da Majano, dans l'église de la Miséricorde, à Florence; de Bernardo Schiaflino, dans l'église de Santa-Ma- ' ria-della-C'onsolazione, à Gênes, etc. Cette dernière ville possède encore dans la cathédrale uu vaste groupe en bronze de Giovanni-B. Biunchi, représentant la Vierge sur les nuages, soutenue par les anges et portant sur ses genoux l'enfant Jésus. C'est à- Gênes, enîin, que se trouvent deux des meilleures sculptures de notre grand artiste P. Puget, deux Madones d'un grand caractère et d'une flère tournure; l'une est placée dans l'oratoire de Saint-Philippe-de-Neri, l'autre décore le maïtre-autf 1 de la chapelle de l'hospice des pauvres. Des statues de la Vierge par J.-B. Pigalle se voient dans l'église des Invalides et dans celle de Saint-Sulpiee, à Paris. On trouvera au mot Notre - Dame (XI, p. 1113) la description des statues de Notre- Dame-du-Puy, par Bonnassieux.et de Notre- Dame -de -la -Garde , par Lequesne. Parmi les autres statues dues à des artistes français, nous mentionnerons celles de Pradier (à la cathédrale d'Avignon), Molchnecht (a Notre-Dame de Metz), P.-C. Simart (oa-" tltédrale de Troyes), De Bry père (à Saint- Nicolas-du-Chardonnet, a Paris), Eugène Farochon (chapelle des religieuses de Sainte- Marthe, à Suitit-Fronl), Gayrard (église de Saint-Louis-d'Antin , à Paris) , Leharivel- Durocher ( chapelle du petit séminaire de Seeî) , Oudiné (église de Saint-Gervais et église de Saint- Eustaohe, à Paris), Montagny (grande église de Saint-Etienne, Loire), Jean Duseigneur (cathédrale de Bordeaux), Bonnassieux (église de Feurs), J. Lescorné (Salon de 1S42J, Fauginet (Salon de 1845), L. Jéhotte (Salon de 1852), Fabiscb (Salon de 1846), Paul Gayrard (Salon de 1848), Ferrey (Salon de 1863), Félix Roubaud (Salon de 1864), Emile Thomas (Salon de 1SG6), Aug. Dumont (église Notre-Dame-de-Lorette , à Paris), D. Molchnecht (cathédrale de Versailles), A. Etex. (Salon de 1864), etc.

Vierge au donateur (la), tableau de Van Eyck ; au Louvre (ifff i6sj. Sous un riche portique terminé dans le tond par trois arcades et pavé de carreaux de marbre de diverses couleurs, la Vierge est assise, la tête nue, les cheveux dénoués et retenus seulement sur le front par un mince ruban noir. Elle est enveloppée d'un ample manteau rouge bordé d'un galon d'or enrichi de perles et de pierreries. Au-dessus de ce galon , une ' deuxième bordure renferme des passages de l'Ecriture brodes en or et interrompus par les plis; sur la partie du manteau qui touche les dalles, on peut lire cependant ces mots : Exultuta sum in Liban... Un petit ange, vêtu d^une longue robe bleue , les ailes semées d'yeux, vole derrière la Vierge et va poser sur sa tête une riche couronne d'or couverte de perles et de pierreries ; celle-ci lient assis sur ses genoux l'enfant Jésus, qui delà main droite bénit tin donateur agenouillé en face de lui. Ce donateur, qui n'est autre que Rollin, chancelier de Philippe le Bon, est vêtu d'une robe de brocart brun et or, garnie de fourrures ; il a les inuius jointes et s'appuie sur un prie-Dieu où sont posés un coussin et un livre d'heures ouvert. Les chapiteaux des pilastres du fond de la salle représentent des sujets de l'histoire sainte. A travers les trois arcades, on aperçoit un jardin avec des touffes de lis, du roses, de glaïeuls et terminé

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par une terrasse garnie de créneaux. Des paons, des oiseaux se promènent dans le jardin, et un homme appuyé sur sa canne se tient debout près d'un autre personnage qui se penche pour regarder par un des créneaux. Au delà du jardin, la vue s'étend sur un immense paysage, où coule une rivière, avec un pont défendu par une tour et des lies. A droite, on voit une ville avec des églises; à gauche des faubourgs, et dans le lointain des montagnes aux sommets couverts de neige. Les tours et les flèches des églises ressemblent assez à celles de Bruges ; mais la rivière, le pont qui a sept arches et les montagnes ont fait supposer que le peintre avait voulu représenter Lyon. Courtepie (Description historique et topographique du duché de Bourgogne) nous apprend que ce tableau se voyait, de son temps, dans la sacristie de la cathédrale d'Autun ; il ajoute que la salle du fond est Bruges et qu'au moyen d'une loupe on peut y discerner plus de deux mille ligures. Ce chiffre de deux mille est assurément très-exagéré; mais il est certain que le nombre des figurines microscopiques qui se meuvent sur le pont, sur les quais, dans les rues, dans des bateaux, est eon^dérable et que l'exécution en est merveilleuse. Le fond du tableau, tout entier, est admirable de finesse et de vérité; le ciel, doré par le soleil couchant , se mire dans l'eau du fleuve; les édifices, les coteaux et les diverses cultures sont indiqués avec une précision surprenante. Les ligures placées au premier plan méritent aussi d'être louées : € Les traits de la Vierge sont jolis, mais d'une expression peu religieuse , dit Waagen; l'Enfant est d'une élégance inusitée chez Jan van Eyck, l'ange très-beau et te portrait du donateur d'une étonnante énergie. »

La Vierge au donateur a été gravée par Chatnigner et Dambrun dans le Musée Filial.

Vierge (la vie de la), célèbres fresques de Domenico Ghirlandajo; dans l'église Santa- Maria-Novella, à Florence. Ces fresques couvrent la muraille de gauche du chœur et font vis-à-vis à VHistoire de saint Jean-Baptiste (t. IX, p-. 9?S et s.) que le mémo maître a peinte sur la paroi de droite. Elles forment trois rangées superposées, comprenant deux scènes chacune et couronnées par une septième composition. Voici la description de ces sept sujets :

1 » Joacltim chassé du temple. La Vierge n'est pas encore née. Joachim, repoussé du temple parce que son mariage est resté jusqu'alors stérile, emporte l'agneau qu'il avait apporté au sacrifice. Un vieillard, le sacrificateur sans doute, semble courir derrière lui. La scène se passe dans un édifice divisé en trois nefs par d'élégants pilastres. Au fond de la nef de gauche, dans une espèce de chaire, se tient le grand prêtre qui bénit un agneau que lui présente un bel adolescent. Dans fa nef de gauche, on voit un autre jeune homme avec un sac sur. le dos, et dans celle de droite deux femmes, dont une apporte aussi un agneau. Sur le devant de la composition se tiennent huit personnages en costume florentin, qui sont des portraits; Vasari nous nomme quatre de ces figures : Alesso Baldo- Jvinetti, le vieux maître de Domenico, ayant un capuchon rouge; Domenico lui-même, en manteau rouge et pourpoint bleu, la main sur la hanche et la tête retournée vers le spectateur ; Davicle Ghirlandajo, frère de Domenico, et Bastiano da San-Gemignano, son beau-frère et son élève. Quelques auteurs prétendent que le vieillard au capuchon rouge n'est pas Baldovinetti, mais Tommaso Bigordi, père de Domenico et de Davide. Ces portraits sont fort beaux.

2° Naissance de la Vierge. La scène n'a absolument rien de biblique et pourrait plus justement être intitulée : « Visite à une accouchée, à Florence, au xve siècle. » L'artiste nous introduit dans un délicieux appartement d'architecture Renaissance, avec des lambris très-ornés, des arabesques et une frise en bas-relief représentant des jeux d'enfants. Sainte Anne, assise Sur son lit, à droite, reçoit les soins de ses parentes et les félicitations de ses voisines. Une femme tient sur ses genoux la Vierge qui vient de naître et lui fait des agaceries ; une autre, vêtue d'une coquette robe jaune et ayant un genou en terre, approche la main de l'enfant, tandis qu'une jeune servante, dont la robe légère est retenue sous les seins et sur les flancs par une double ceinture, verse de l'eau dans un bassin pour servir aux ablutions. Du côté gauche arrive une belle et jeune patricienne en robe de gala, à grands ramages, qui se dirige vers l'accouchée et que suivent quatre duègnes encapuchonnées. Dans le fond, au haut d'un escalier, deux femmes s'embrassent. Toute cette composition est charmante. 3° Présentation au temple. Marie, pleine de grâce et de noblesse à la fois, monte avec légèreté l'escalier du temple ; le grand prêtre l'attend au sommet et lui tend les bras. Sur les degrés est assis un mendiant demi-nu, figure d'une invention tout à fait nouvelle pour l'époque et dont le dessin a été justement vanté par les contemporains. Au bas de ljescalier, deux vieillards coiffés de turbans causent entre eux de ce qui se passe. Près d'eux sont deux petits garçons florentins. D'autres personnes assistent à la céré-

, monie. On remarque, parmi elles, un groupe I de trois jeunes femmes aux draperies vo- ( lantes, aux formes sveltes, aux élégantes j attitudes, figures pleines de style, où l'artiste I semble s'essayer aux grâces onduleuse"s de '■ la Renaisssance.

j 4* Mariage de la Vierge. Le vieux pontife, coiffé de sa mitre et vêtu de blanc, se tient ! de face, au milieu de la scène, et unit les mains des deux époux, qui sont vus de profil. Il y a une grâce et une candeur exquises dans l'attitude de Marie qui, de la main droite, relève sa robe bleue. Joseph, vêtu de jaune, tient à la main une verge fleurie à laquelle un homme, placé derrière lui, donne une chiquenaude. La plupart des peintures anciennes qui représentent ce mariage mystique sont pleines d'ironies analogues. D'autres hommes, placés à droite, font cortège à l'époux de Marie. Derrière celle-ci, à gauche, se tiennent des femmes et deux petites filles. Deux de ces femmes forment un groupe d'une exquise beauté : l'une, présentée de profil, retient d'une main la draperie jetée sur ses épaules et étend l'autre main vers la Vierge ; elle est (1ère et droite, les yeux baissés, un type de pureté et de chasteté, une jeune sainte a laquelle il ne manque qu'une auréole-; l'autre, vue de face, est une robuste jeune fille, au visage plein, à la hanche cambrée, qui a l'air d'une canéphore antique. « Il semble, dit M. Jean Rousseau {Bévue de Paris), que ces belles figures sont là pour personnifier, l'une le christianisme qui approche, l'autre. le paganisme qui s'en va. On ne saurait assez admirer le contraste délicat des deux types et l'harmonie linéaire de ce noble groupe, égal aux plus beaux de Raphaël. » Au deuxième plan, des jeunes gens irrités brisent leurs verges qui n'ont pas fleuri comme celle de Joseph ; d'autres jouent de la flûte et battent du tambour. Le décor architectural est des plus riches.

5° Adoration des' Mages. Cette fresque est très-altérée. C'est à grand'peine qu'on y distingue deux des mages agenouillés, dont l'un porte la main à sa couronne, et, dans le fond, des pages, des écuyers gardant les chevaux et les dromadaires.

60 Massacre des innocents. Suivant Vasari, cette composition serait la meilleure de la série, au double point de vue de l'exécution pittoresque et de l'expression dramatique. Le biographe Arétin a signalé, entre autres groupes pathétiques: un enfant qu'on immole, sur le sein de sa mère déjà égorgée et qui tette autant de sang que de lait, et une autre mère, furieuse, suspendue à la chevelure d'un soldat qui cherche à étouffer son enfant. L'état de dégradation de la peinture ne permet guère aujourd'hui de juger de ces beautés.

7° Mort et Assomption de la Vierge. Cette fresque, qui occupe la partie supérieure de la muraille, sous l'arc tiers- point de la voûte, n'est pas moins altérée que les deux précédentes. Elle offrait, au dire de Vasari, une multitude d'anges et de figures diverses, des ornements délicats et un beau paysage.

Ces peintures décoratives, dont le caractère est à la fois si grand et si gracieux, si grave et si tendre, si varié et si harmonieux, ont été exécutées par Domenico Ghirlandajo vers 1490, sur la commande de Giovanni Tôrnabuoni, riche marchand florentin, dont l'artiste a peint le portrait, ainsi que celui de sa femme, Francesca Pitti, au-dessous de la fenêtre du chœur.

Vierge o la CitnUe (la), célébré tableau de Raphaël; au palais Pitti, à Florence. Le lecteur nous saura gré de mettre.sous ses yeux l'article suivant que George Sund a consacré à ce chef-d'œuvre dans la lie vue des Deux- Mondes, à l'occasion de la -gravure qui en a été faite par Calamatta :

«La Vierge à la Chaise est une de ces grandes pensées qui viennent d'un seul jet aux grands maîtres, parce qu'elles sont simples et nettes. Une belle femme et deux beaux enfants, voilà ce que Raphaël a voulu faire, sans s'inquiéter k l'avance de la majesté du sujet et du prestige du symboie. Il savait que la divinité rayonnerait dans l'expression, et il pensait qu'il n'y avait pus lieu d'idéaliser la forme dans le sens ascétique. On n'était plus au temps du mysticisme austère, on nageait en pleine poésie et en pleine civilisation. On cherchait la vérité, ou réhabilitait la nature. Il .chercha et trouva tout simplement le type de ta vierge de Judée dans une de ces belles créatures qu'on voit encore à Albano, à Laricia, à Gensartb. Il fut frappé ou il rêva d'un superbe eiifaïlt déjà en possession d'une de ces physionomies hardiment accentuées qui promettent une beauté mâle, et il se dit qu'ils seruient parfaitement divins, s'ils étaient parfaitement beaux.

» Sont-ils divins en effet? Au point de vue du christianisme primitif, non. Ils sont trop splendides de jeunesse et de force. Au point de vue moderne, ils manquent a. la couleur historique religieuse. Ils n'appartiennent pas à ta race sémitique. Ils sont Romains putsang. Ni le costume ni le type de la Vierge ne donnent l'idée de la foi austère des premiers chrétiens. Cette madone italienne n'est pas la Vierge extatique du mythe ; ce robuste bambino n'est pas le futur missionnaire du renoncement, le prophète de l'idéal, le crucifié volontaire, pas plus que le terrible mau-

1 disseur du Jugement dernier de Michel-Angé . n'est la victime expiatoire de l'Evangile. Ce qui caractérise les maîtres de la Renaissance,c'est la puissance et la liberté de leur interprétation; c'est leur volonté de réhabiliter le | culte de la forme. Sans aucun souci de la ! tradition, des détails légendaires et des atj tributs symboliques consacrés par les siècles, ils suppriment les nimbes d'or et ne craignent pas d attenter à la majesté du sujet en indiquant à peine un léger rayonnement autour des têtes sacrées. Ils sont artistes avant tout, artistes plus libres que ceux d'aujourd'hui vis-à-vis de leur sujet, tantôt plus recherchés, tantôt plus naïfs, selon leur disposition du moment, et variant leur idée au gré de leur inspiration. Rien dans l'œuvre de Michel-Ange ne ressemble moins au Christ du Jugement dernier que celui de luPietà; rien, dans l'œuvre de Raphaël, ne diffère plus de la Vierge au Voile de notre musée que la Vierge à la Chaise. La première, agenouillée devant l'enfant endormi, le préserve du soleil avec une grâce un peu maniérée et un air de sollicitude plutôt religieux que maternel. L'autre, complètement femme et mère, le tient assis sur ses genoux, et de ses mains enlacées le serre doucement contre sa poitrine. Marie n'est point là l'inspirée qui adore le futur Sauveur ; c'est la mère qui possède son fils sans aucune terreur religieuse, sans aucun pressentiment de l'avenir. La tète expressive- de l'autre enfant, le futur précurseur Jean-Baptiste, est d'une naïveté souriante. Le seul reproche à faire à cette composition si simple et si heureuse, c'est l'attitude de prière donnée aux mains jointes du petit saint; encore est-ce une critique de l'idée et non de l'arrange ment, qui est excellent et nécessaire à l'harmonie parfaite, du groupe; mais cette supplication des mains nuit à la grande sérénité de la scène et divise l'intérêt entre un groupe parfaitement impassible et un enfant qui supplie sans émouvoir les objets de son adoration. Eu outre, Rupliael a fait une toute petite concession aux mesquineries de l'usage, en passant au bras de cet enfant une petite croix de bois, joujou prophétique d'un effet fort puéril. Je n'aime pas ces fioritures apocryphes dans les sujets proposés à la piété du chrétien-ou au respect du penseur philosophique. Elles prêtent à la plaisanterie ou elles égarent l'imagination dans le caprice des légendes. Lu peau de mouton et la petite croix de Jean-Baptiste enfant sont devenues des attributs classiques, à ce poiut que certaines bonnes femmes s'imaginent qu'il est venu au monde avec cette peau cousue à l'épaule et cette croix passée au bras. Dans les mauvaises reproductions de la Vierge à la Chaise, l'exagération puérile de l'exprt-ssiondes leies donne lieu à une explication du suj>'t que j'ai entendu donner par une petite lille de bonne foi parlant h son frère. • Vois-tu, lui » disait-elle, la inaman est tri-te purée que le » petit Baptiste a montré à l'Enfant Jésus une » croix qu'il ne voulait pas regarder. L'enfant i Jésus est en colère et il boude; le petit Bupi tiste pleure et demande parnon. •

a Cette naïve criùque disparaît entièrement devant la peinture originale et devant la reproduction fidèle et siucerè due au burin de Calamatta. Ici le traducteur n'a point cherché à exagérer la puissante personnalité de l'enfant Jésus par une expression de fierté sauvage. Raphaël et les grands maîtres du son temps ne connaissaient pas ces recherches de la pensée, et ils arrivaient au but pur les simples moyens delà vérité. L'enfant Jésus île RaphuSi n'est pas tourmenté de l'esprit prophétique sur le sein chaste et paisible de sa mère. C'est un véritable enfant <lu peuple, dont le regard clair et pur reflète l'innocence céleste du premier âge, et, uial- ■ gré cette réalite complète, l'idéal divin émane ue lui, gràre à ce je ne sais quoi d'iusaisis- ■ s ible et d'inexprimable qui est le cachet du génie. L'enfant Baptiste n'est ni pleureur ni extatique ; il est enfant aussi, il sou* it à son bien-auné avec une naïveté charmante, et sans ses mains jointes il ne détruirait en rien la placidité rêveuse de l'ensemble. Quant à la mère, elle n'a aucune melaucolie, aucun pressentiment, aucune extase. Elle est la candeur personnifiée ; elle ue réclame aucune vénération, elle est bien plus forte que cela, elle l'inspire.

» Voila te grand mérite de cette nouvelle production de Calamatta; c'est de mettre devant nos yeux et de faire entrer dans notre esprit la véritable pensée de Raphaël, si indignement travestie par la foule des imitateurs de ce chef-cLœuvre.

i Presque toutes les reproductions qui ont été faites d'après le tableau de la Vierge à la Chaise sont déplorables, et elles expliquent parfaitement l'indignation de M. Viatdot demainiant, avec une sainte douleur d'artiste (Musées d'Italie), qu'il soit fait défense absolue de reproduire cette inimitable peinture. Au fond et en théorie, M. Viardot a bien raison: la popularisation imparfaite des chefsd'œuvre est un outrage à la mémoire des maîtres, et, à la vue de ces reproductions de pacotille, tous ces grands génies, s'ils revenaient au monde, briseraient leurs pinceaux ■ avec désespoir, sans compter que la foule des saints personnages représentés par eux prêcherait de nouveau, contre le culte des images.

» Mais il faudrait pourtant faire quelques

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exceptions et laisser certaines copies a l'étude des Hrtistes. Ainsi, et pour ne parler que de la Vierge à la Chaise, la gravure de Mor-

fhen a un grand mérite de facture; il en est e même île celle de M- Desnoyers ; celle de Garavaglia (1828) se rapproche du caractère de l'original; une autre gravure de plus grande dimension a eu en 1851 du succès en Allemagne. Néanmoins, rien dans tout cela n'a donné le véritable sentiment et le véritable effet du tableau, et quiconque se le rappelle verra avec une satisfaction sérieuse la gravure de Calnmatta. Comme caractère, en etfet, elle est sans pareille. Elle rend avec une conscience sans détour la manière large et même jusqu'aux libertés de pinceau du modèle, libertés qui vont très-loin, puisqu'on a remarqué que l'aspect du tableau était celui d'une peinture à fresque, et que le pied de l'enfant et la main de la mère étaient a. peine faits. Calamatta n'a point cherché à dissimuler cette liberté, et il a fort bien l'ait, selon nous ; qui donc se permettrait de terminer les marbres inachevés de Michel- Ange ? •

Cette Madone célèbre a été gravée encore par S. Raeven, Sadeler, Piechianti, Lorenzini, Ferd. Gregori (1768), F. Barlolozzi (1778), V. Vanni, Preisler (1784), M. -S. Carmooa(1795), Lasinio, J.-G. Millier, Dnponchel, R.-U. Mussard, J. Calendi, Webeç, A. Karscher, Zancon,Vedovato(1812), J. Eissen, Carationi, Lizzi (l803),Ceeehi, Gtiidotti, A. Suhleich, C. Sohuler, A. Perfetti, E Sehaffer, H. l'etersen, A. Conturdi, etc.

Vierge (LE MARIAGE DE LA), tableau de

Raphaël ; musée Brera, h Milan. Ce tableau, appelé en Italie Lo Sposalizio, fut peint sur bois par Raphaël lorsqu'il n'avait que vingt, et un ans, pour la chapelle Albarizzini, àCittàdi-Castello, près d'Urbin, sa patrie. Sur le premier plan, saint Joseph et la Vierge se donnent la main et derrière eux le prêtre bériU leur union. On remarque, suivant la tradition, que la baguelte que porte saint Joseph vient de se charger de fleurs. C'est la première œuvre importante de Raphaël. «On Y trouve, dit Duchesne, quelque rapport avec a matiière de composer du Perugin ; mais on ne peut se dissiinulerque toutes les tètes sont d'une beauté remarquable, que les attitudes et les ajustements de chaque personnage sont aussi variés que gracieux. On peut aussi admirer la noblesse de l'architecture du temple qui fait le fond du tableau, mais on devra penser à l'âge du peintre pour l'excuser d'avoir plaeé une cérémonie si auguste sur la place publique, et non p:is dans le temple lui-même, p M. Viardot constate aussi l'imitation des fresques du Pérugin par Raphaël. ■ Mais, s'écrie-i-il, quel style déjà, même dans l'imitation ! quelle grâce , jusqu'alors incuiinue, donnée aux altitudes, aux physionomies, aux ajustements 1 quelle variété et quel bonheur d'expression dans la rjudeur, dans la joie ou le dépitl quelle perfection de contours 1 quelle tinesse de pinceau I. . Raphaël indique son avenir jusque dans ce temple circulaire qui termine le dernier plan. A la science de la perspective, à la savante combinaison des lignes de cette architecture inventée, on reconnaît l'homme qui se serait montré aussi grand architecte que grand peintre. • Cette composition naïve et charmante a été gravée par Joseph Longhi en 1820 et par les graveurs français les plus estimés.

Vierge à l'Enfant Jénii» (la) OU la Vierge à l Oreiller »en, tableau d'Andréa de Solario; uu Louvre (n" 403). La Vierge, vue presque de profil, la tête couverte d'un voile blanc, se penche pour donner le sein à l'enfant Jésus couché sur un oreiller d'étoffe verte et posé sur une table de marbre. Derrière la madone, on voit des arbres, et, de chaque côté, la campagne. Ce tableau, qui est signé en caractères gothiques : Andréas de Solario fa, est d'une exécution fine et charmante et' rappelle la grâce de Léonard de Vinci. « La Vierge à l'oreiller vert, dit M. Pelloquet, est aussi remarquable par le charme aimable de l'expression que par la grâce et l'élégance de lu composition et du dessin. • On lit dans Félibieu : « Marie de Médicis étant à Biois en 1C19, et ayant su qu'il y avait dans lo couvent des cordeliers un tableau de la main d'André Solario, qu'on appelle la Vierge à l'oreiller vert, pour avoir ce tableau fit quelques libéralités à la maison et leur donna une copie qu'elle lit faire par Mosnier. » Le tableau passa ensuite dans la collection du cardinal de Mazarin et fut entln acquis par le prince de Carignan. Il n'a tiguié dans la collection du roi qu'à partir de l'année 1784. Il a été gravé par Demenletiieester, C. Ulmer (Musée royal), Narcisse Lecotnte (Salon de 1827JJ L. tSiuavand (Salon de 1850) et dans les recueils de Eilhol et de Landou.

Vierge oui Itucher* (la), tableau de Léonard de Vinci; au musée du Louvre. Dans une grotte formée de rochers et de stalactites, tapissée de feuillages et de fleurs, lVnfam Jésus, assis à terre et soutenu par un ange, bénit le petit saint Jean, qui est à genoux devant lui. La Vierge, agenouillée elle-même au milieu du tableau, attire doucement le Précurseur et penche vers lui son visage encadré de longs cheveux blonds ondes et dénoués. Dans lo fond, a travers les rochers de la grotte, la vue s'étend sur des horizons lointains, lumineux, où les eaux, les glaciers,

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les montagnes s'accordent en un fantastique concert. « Le sourire énigmatique qui est la marque générale des femmes peintes par Léonard à partir de son arrivée à Milan (148a), dit M. Gruyer, ne se retrouve pas sur le visage de la Vierge aux rochers. Les traits, moins cherchés, moins profondément fouillés, moins beaux de relief, sont plus simples, plus émus, plus religieux que ceux des Vierges habituellement peintes par le Vinci. Les plis de la robe sont aussi plus minutieux, plus carrés, plus classiques au point de vue de l'école. Le petit saint Jean surtout demeure dans la tradition du Verrocchio et accuse un naturalisme qui n'a point encore été entièrement transformé par un génie nouveau. Quant à J'ange et a l'Enfant Jésus, en gardantainsiune franchise d'expression toute florentine, ils prennent en même temps un caractère singulier de noblesse et de beauté. »

Ce tableau, peint originairement sur bois, a été remis sur toile il y a une cinquantaine d'années; il a beaucoup souffert. On a longuement discuté pour ou contre son authenticité. Le docteur Waagen, s'autorisant de ce que l'exécution est un peu tendue en certaines parties, n'a vu lit que la copie d'une œuvre que Léonard exécuta , suivant Lomazzo, pour l'église des Franciscains de Milan et qui se voit aujourd'hui dans la galerie du duc de Suflblk. Mais cette opinion n'est pas fondée; le tableau du Louvre est une œuvre bien originale, d'époque florentine et nullement milanaise; il a appartenu à François 1er, et l'on ne saurait, admettre que, du vivant ou très-peu de temps après la mort do Léonard, on se fût permis de vendre sous son nom , à un roi qui l'avait connu et protégé, l'œuvre d'un copiste. En ce qui concerne le tableau qui appartient au due de Suffolk, il se pourrait que ce fût une' répétition exécutée par Léonard lui-même; deux Anges, d'une grande beauté, qui lui servaient de volets, sont restés à Milan et font partie de la collection du duc Melzi. On connaît d'ailleurs d'autres répétitions ou copies anciennes de la Vierge aux rochers; il y en a une notamment au musée de Nantes, qui est fort belle, et une autre au musée de Naples, que l'on croit avoir été exécutée par Nie. dell'Abate.

Le> tableau du Louvre a été gravé par Boucher-Desnoyers et dans le recueil de Landon.

Vierge (LA), l'Enfoui Josut er sainte Aune,

tableau de Léonard de Vinci ; au Louvre. Dans une vaste campagne, au fond de laquelle on aperçoit une rivière et des rochers, Marie est assise sur les genoux de suinte Anne, sa mère, et se penche vers l'Enfant Jésus qui «st par terre et caresse un agneau. Suivant Emeric David, Léonard a voulu faire sentir dans ce tableau que la Vierge est de- . venue mère du Sauveur sans perdre l'innocence et la naïveté de son enfance; fille simple et timide, la jeune Marie semble n'avoir jamais quitté le giron maternel ; elle joue avec l'Enfant Jésus et elle est, en quelque sorte, un enfant elle-même. Cette explication est ingénieuse et il se pourrait qu'elle fût exacte; mais nous reconnaîtrons, avee M. Gruyer, que cette madone aux yeux mystérieux et doux, au vague sourire, aux cheveux bruns ondes le long des joues et tombant en boucles derrière le cou, au bras dont la délicate rondeur transparaît sous une manche de gaze, manque d'humilité et d'austérité : ■ Non, ce n'est point là" la Vierge. Ce corps ondoyant et souple, cette épaule nue, ce sein palpitant, ces traits charmants et individuels, toute cette séduction féminine, ne répondent pas a ce que nous rêvons en un pareil sujet. Devant cette délicieuse peinture, devant cette impénétrable profondeur, on se sent ébloui, fasciné ; on n'est pas , ému. Ces traits, modelés à ravir et mobiles comme l'onde, la pensée s'y prend avec passion et ne peut parvenir à s'y arrêter. On est en présence du sphinx; plus on approche, plus on veut approfondir, plus l'obscurité grandit, plus l'énigme devient impénétrable. Les premiers plans, sur lesquels se détachent les trois figures, sont solides, palpables pour ainsi dire, et tous les éléments eu sont réels. Le fond, au contraire, est tout idéal et comme intangible; les idées éternelles s'y ineuvent en liberté, et, c'est la partie vraiment mystique du tableau. »

Cette peinture fut rapportée d'Italie par le cardinal de Richelieu, lorsqu'on décembre 1029 il commanda en personne le siège de Casai, sur les ouiifins du Milanais et du Navarrais. Elle orna la galerie du Palais-Cardinal ec ne passa dans la collection du roi que plusieurs années après la mort de Kichelieu. Son authenticité, comme celle de lu Vierge aux rochers, a été contestée par plusieurs critique», et il faudrait plusieurs pages puur résumer la volumineuse polémique à laquelle elle a donne lieu; mais, en présence d'un pareil chef-d'œuvre, l'érudition doit se taire pour faire place à l'admiration. Il suffit d'examiner cette superbe peinture pour acquérir la certitude qu'aucun élève ou imitateur de Léonard n'a pu arriver à cette puissance, à celte finesse de modelé et surtout à ce charme dans le sourire, que le peintre de la Mena Lisa a seul exprimé avec autant de bonheur. •

Il existe plusieurs copies anciennes de cette composition ; le musée de Madrid en a

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une que l'on attribue à Cpsare da Sesto ; une autre, que l'on croit avoir été exécutée par Salaino pour l'église Saint-Celse, de Mi'an, fut acquise par le prince Eugène et passa depuis dans la galerie du duc de Leuchtenberg; deux autre, qui appartiennent au musée Brera et aux Offices, passent pour avoir été peintes, la première par Bernardino Lanino, la seconde par Aurelio Lui ni. Le tableau du Louvre a été gravé par J.-N. Laugier, par Giovanni Cantini et dans le recueil de Landon.

Vierge de la famille Mejer (LA), tnblenU

d'ilolbein le jeune ; au musée de Bile. Debout dans' une niche, la Vierge soutient des deux mains le divin bambino, qui est tout nu et qui s'appuie sur son épaule, en tendant la main pour bénir la famille du bourgmestre Jacques Meyer, agenouillée sur un tapis. Cette famille se compose de six personnes, le père, la mère, l'aïeule, une grande fille qui tient un chapelet, et un petit garçon d'une douzaine d'années qui soutient son jeune frère; celui-ci, bambin de deux ou trois ans, est debout et nu, comme l'Enfant Jésus. « Cette Vierge aux longs cheveux d'or, dont la tête réanit la plus grande vérité à une simplicité extrême, à une pureté et à une .humilité dégagée rie toute prétention, est le plus beau triomphe du réalisme allemand, dit Waagen; c'est la perfection de l'individualisation du type. Grâce à ce cachet si original, si personnel, Marie paraît bien plus digne encore de porter, comme la reine des cieux, le riche diadème qui orne son front. La pos,e simple et naturelle de ses belles mains est en harmonie avec cette expression. Malheureusement le peintre ne s'est guère élevé au-dessus de son modèle quand il s'est agi de figurer le Christ; c'est un enfant vulgaire, qui n'a rien d'attrayant et d'un aspect malingre. Quant aux membres de la famille Meyer, l'artiste s'est fait une loi de les représenter avec la plus'serupuleuso exactitude; il sacrifie impitoyablement la beauté à la fidélité, par exemple dans la jeune fille au rosaire, dont le torse se projette en avant. La tête du bourgmestre et celle des trois femmes respirent une expression de placidité et de sereine dévotion fort heureusement rendue. La peinture est fraîche et moelleuse; les tons des chairs sont d'un brun chaud. » Ce chef-d'œuvre de l'école allemande a été gravé par Ste'mla. Il y en a une répétition au musée de Dresde, qui a été gravée par Boetius.

Vierge (LE MARIAGE DE la), tableau de Stella; au Louvre. En présence du grand prêtre qui fait une exhortation aux deux époux, saint Joseph remet l'anneau d'alliance à la Vierge, dont les regards baissés indiquent la modestie. Un acolyte du grand prêtre tient le livre de la Loi ; deux jeunes lévites portent des flambeaux, et, du coté de la Vierge, sont rangées plusieurs jeunes filles dont l'une relient un enfant qui joue avec un chien. De l'autre côté du tableau, un des prétendants à la main de Marie, furieux d'avoir éprouvé ses refus, brise la verge que, selon la loi juive, l'amant doit présenter à celle qu'il recherche en mariage et que l'artiste n'a pas oublié de placer dans la main de saint Joseph. On voit, dans le fond, d'autres prétendants qui se retirent du temple. «Celte composition offre un caractère de naïveté qui rappelle les ouvrages de Poussin, mais ^ans égaler pourtant le goût élégant et pur de ce maître. En etfet, à côté d« beautés du premier ordre, on remarque quelques tachas légères, relevées par Landon ; l'accessoire de l'enfant et du chien est un remplissage inutile et même ridicule. La tète du jeune homme qui porte un flambeau derrière saint Joseph se confond avec celle de ce saint. A part ces défauts, l'effet de ce tableau, qui ne manque pas de vigueur, est plein de charme , 1 architecture de bon goût et la perspective bien entendue', et l'on peut voir dans ce tableau, l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, de Srella, combien, a défaut d'élévation, son pinceau a de grâce et de moelleux.

Vierge à la Grappe (La), tableau de Mî-

gnard ; au Louvre (n<> 349). Ceue charmante mignardise, comme l'appelle M. Viardoi, fut composée par Mignanl en Italie, alors qu'il imitait Annibal Carrac'he en exagérant la grâce étudiée et le fini minutieux d'Albane. La Vierge, assise près d'une table sur laquelle est placée une corbeille de fruits, tient sur ses genoux l'Enfant Jésus posé sur un coussin ; il soulève le voile qui couvre la" tête de sa mère et prend une grappe de raisin qu'elle lui présente. Le peintre de l'école jésuite, comme l'appelle Michelet, par npposi1 lion à la manière janséniste de Philippe de Champaigne, a duuné la son dernier mot en maib re île tableau de chevalet, et l'on y trouve Ses qualités reel.es d'exécution, mais aussi la fadeur et la inolle.sse de son dessinet le faux éclat de sa couleur. Cette peinture, qui faisait partie de la collection de Louis XIV, était placée a Versailles du vivant de ce prince. Elle avait appartenu au comte de Matignon et au duc de Valentinois, son fils, et fut gravée par Landon et Filhol.

Vierge (L'ÉVANOUISSEMENT DE LA), tableau

de Puui Delarochè. Ce tableau, que la mort a empêché Delarochè d'achever, devait faire partie de la série de compositions dans laquelle ce grand maître s'éiait propose de re-

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tracer la légende de la semaine sainte, en l'absence du h'Tos principal. Dans un premier tableau, il avait représenté la Vierge, la Madeleine, les apôtres se pressant aux fenêtres d'une maison pour regarder passer Jésus montant au Golgotha. La scène que nous allons décrire est, pour ainsi dire, le second acte du drame. Le cortège qui accompagne le Christ s'est éloigné; le uruitdespas, les clameurs de la foule ont cessé de retentir ; le sacrifice s'accomplit sur le sommet du Calvaire; les parents, les amis de Jésus, demeurés dans la maison où nous les avons vus tout à l'heure, s'abandonnent au désespoir. Marie, anéantie par* la douleur, s'est affaissée sur un siège; saint Jean soutient sa tête ; les saintes femmes s'empressent autour d'elle; la Madeleine est agenouillée à ses pied*; d'autres femmes et d'autres disciples se tiennent dans le fond de la salle.-

Ce taiileau a été gravé en manière noire par M. Edouard Girardet. Un dessin au fusain qu'en avait fait Paul Delarochè, en 1853 a été payé 2,100 francs par M. Scbickler en 1S57.

L' Evanouissement de la Vierge a été représenté par beaucoup d'artistes ; mais aucun n'a envisagé la scène de la même manière que Delarochè. Le plus souvent Marie est représentée s'évanouissant entre les bras des saintes femmes au moment où le Christ est descendu de la croix (v. dksceni'E du choix, Matbrdolorosa,pieta, DÉPOSITION dis croix), ou bien lorsqu'il e-it mis au tombeuu. Ce second cas est celui qu'a choisi Auguste Hesse dans son Evanouissement de ta Vierge qui a figuré au Saion de 1845 et a été acheté pour le musée du Luxembourg.

VIERGES (lies), groupe d'île3 de l'Amérique centrale, dans l'Atlantique, au N.-E. de Porto-Rico et nu N.-O. des Petites-Antilles, entre 17» 40'-l&<> 45' de latit. N. et entre GG° 20r-G7° 40' de tongit. O. Ce groupe comprend quarante îles ou Ilots, dont les plus importantes sont : Anegada, Gorda, Tortola, aux Anglais; Saint- Jean, Saint-Thomas, Sainte-Croix, aux Danois; Bique ou Vique , Borequin, aux Espagnols. Elles sont généralement fertiles, mais exposées à de violents ouragans; en 1868, à la suite d'une tempête affreuse, Tortola et Saini-Thoinas fuient presque entièrement submergées et subirent de si grands désastres, que te bruit courut en Europe qu'elles avaient été englouties. La population totale des lies Vierges s'élève à 50,000 hab., Indiens, créoles ou Européens. Le petit archipel des lies Vierges fut découvert en 1493 par Christophe Colomb, qui les nommaainsi en l'honneur des onze nulle vierges. Drake visita ces Iles en 1580, et les Hollandais au xvite siècle y fondèrent quelques établissements, notamment à Tortola, dont les Anglais s'emparèrent en 1666.

VIERKANTE S. m. (vièr-kan-te). Métroi.

Mesure de superficie des Pays-Bus, qui équivaut au mètre carré ou centiare. Il Vierkante roede. Are. Il Vierkante blinder, Ileetare.

■ VIEHLANDB, c'est-à-dire quatre terres, nom d« quatre petites lies de l'Elbe, appartenant aux républiques de Hambourg et de Lubeck. Ce sont : Allen -Gnmm, Neuen- Gainm, Curslaeh et Kirchwarden ; elles sont parfaitement protégées par de bonnes digues, bien arrosées et très-fertiles eu céréales, fruits et légumes ; 10.000 hab.

VIERLING s. m. (vièr-lingh — mot allemand qui signifie proprement quart, et qui vient de l'allemand vier, quatre). Métroi. Mesure agraire du Hanovre, valant 13ares,096. Il Mesure .de capacité du Wurtemberg, valant 5 ares, 0525. || Mesure de capacité du canton d'Arau et de Zurich, en Suisse, valant 5Llt>83.

VIERNSEL S. m. (vièrn-sèl). Mëttol. Mesure de capacité de Manheim, valant Zl^H^n.

VIEHRADEN, ville de Prusse, province de Brandebourg, régence de Potsdam, à 6 kilom. N. de Schwedt, sur la Welse; 2,000 hab. Récolte et commerce de tabac estimé.

VtERSCHAERE s. f. (vlr-schâ-re). Ane.

coût. Tribunal, justice seigneuriale laissée entre les mains du toi, dans les anciennes provinces flamandes.

VIEUSEN, ville de Prusse, province du Rhin, régence de Dusseldorf, cercle et à 6 kilom. N.-O. de Gladbach.prèsde la Niers; 4,708 hab. Fabrication de soieries, velours, colonnades, toiles damassées, fils, dentelles ; filatures de coton et de lin.

VIERTELs. in. (vièr-tèl — motallRinand,de l'adj. numéral vier, quatre.Métrol. Mesure de capacité usitée en Allemagne, eu Danemark, en Hollande et en Soissi-, et valant : à Francfort - sur - Mein , 7l",373; à liesse -Cassel, 42l>t,722; a Lubeck, ~Ht,241; à Cologne, 5"',y8; en Danemark. 7»t,7ï6; à Broda, S5lU,826; à Aran, 22l'l,518; à Bàle, 5lH,CSS; k Saiut-Gall, 19l«t,439; àSoletlre, 10âlit,932 ; à Sehuffhouse, 22i*t,603; à Zurich, ïOi't.ss, pour le blé, et SO'HjSS pour l'avoine.

VIERWALDST4ÏBTER-SEE, nom allemand, du lac suisse des Quatre-Cantons.

VIERZEL s. m. (vièr-zèl). Métroi. Me* sure de' capacité usitée en Suisse, et V&laat 273'it,312,

YIËRZON ou V1ER20N- VILLE, ville de

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France (Cher), chef-lieu de cant.,. arrond. et à 35 kilom. N.;0. de Bourges, sur la rive droite de l'Yèvrè, sur le chemin de fer du Centre et le canal de Berry; pop. aggl., 8,276 hab. — pop. tôt., 8,296 hab. Purehemineries, vinaigrerie, scierie mécanique de bois de charpente, verreries: fabriques de porcelaines, de serges, de bonneteries et d'habillements confectionnés. La ville, située au coufluent de l'Yevre et du Cher et k la bifurcation des lignes ferrées de Paris à Bordeaux par Limoges, et de Paris à Nevers par B.ourges, doit à cette double circonstance fortuite de voir son industrie San3 cesse prospérer et sa population grandir.

— Manuments.'Le principal monument de Vierzon est l'église qui s'élève à l'extrémité et presqu'en dehors de la ville haute, sur une terrasse où l'on n'a' accès des rues inférieures qui longent la rivière que par un escalier de trente-six marches, à double palier. • La porte romane, dit un écrivain, s'encadre dans un vastt- porche gothique, sur lequel repose un clocher carré, soutenu de contre-forts et perce dans sa partie supérieure seulement de doubles fenêtres en ogive. Le chœur est percé de fenêtres ogivales, à meneaux (belles verrieies). On remarque en outre, à l'entrée de l'église, adroite, un bénitier regardé comme antique, et, au dernier pilier de la nef, un tableau sur bois, de Boucher, représentant Saint Jean au désert. L'hôtel de ville de Vierzon occupe un ancien couvent de bénédictins bâti en 1628 au bord de l'Vevre. Knfiri il faut mentionner encore une porte ogivale qui, au nord de la ville, sert à la fois d'entrée et de prison. Cette port-, qu'on a, il y a quelques années, surmontée d'une espèce de beffroi moderne et d'une horloge, forme avec quelques paus d'un inur qui l'avuisiue tout ce qui reste de l'ancienne et redoutable enceinte , couronnée de vingt-deux tours , que la ville devait à fhilippe-Auguste. Le canal du Berry (3e branche} arrive a Vierzon eu suivant la rive gauche de l'Yevre pour y traverser cette ri\ lève et longer dès lors, Souvent à mi-côte, et sur un terrain en pente, la rive droite du Cher, dans lequel il débouche au dessus de Saiut-Aigiian.

— Histoire. L'origine de Vierzon ne peut pas être fixée avec précision ; on peut seulement affirmer qu'e.le est antérieure à la conquêtes de la Gaule par les Romains. Il faut se reporter au îxo siècle pour avoir sur cette localité des documents positifs. La seigneurie devint plus tard un nef de la maison de Blois (xo sïeclt). Vieizon dut à sa position géographique d'être fréquemment inquiétée par les incursions normandes. A la suite d une de ces incursions , les moines de la céiebre abbaye de Lèvre s'y réfugièrent et y fondèrent un. monastère (803;. Eu 1096, Guillaume 1er, seigneur de Vierzon, eu ayant appelé au jugement de Philippe- Auguste , k propos u'un démêlé avec Richard (Jœur de Liun , roi d'Angleterre, ce dernier s'en vengea par une" irruption subite et incendia une partie de la ville et le château, qui se relevèrent bientôt de ce uesastre. Lie Guillaume l<sr, la seigneurie passa à Hervé I<--*, Son frère, qu'on voit figurer à la croisade des albigeois. Un de ses successeurs, Hervé IV, périt k ki croisade de Tunis |1S 19- 1270;, après avoir accorde à ta ville d'importante» fianchises. Vierzon entra aloro dans la maison de Brabam, par le mariage de Jeanne, liile de Hervé IV, avec Uouefroy de Brubaut. Un autre mariage le lit passer dans la maison de Julieis. En l'absence de ses seigneurs étrangers , qui ii y lesiduieni qu'a de rares et courts iutertal.es, Vierzon eut à soutenir en 1356 un siège redoutable contre le prince Noir. Il fut emporté d'assaut après une résistance gêneuse, et le vainqueur ■ occit lu plupart de ceux que dedans il trouva.» Les Anglais restèrent maîtres pendant quatorze ans de leur conquête. Bu Guescliu reprit alors Vierzon, qui revint a la maison de Juliers. Sous Charles VI, le duc de Juliers ayuut omis de venir eu France pour prêter le serinent de vassal, le duc de berry s empara de Vierzon, et le duc de Juliers s'empressa de se soumettre ; mais le duc Ue Berry n'en continu* pus moins à jouir de la seigneurie. Eu 1447, Vleizuii servit de gage à Kenaud de Chartres, archevêque de Reunes, pour les lt>,ouo livres que ce prélat avait prêtées a Charles Vtl dans lu mauvuise fortune. La ville fut plus tard réunie ueliuiiiven.eiit à la couronne par Charles VIII, qui eu disposa en faveur dç sa sœur, Aune de beaujeu (1480). Elle retourna au domaine royal après la mort de la duchesse de Alontpeusier, fllie ue cette princesse, et n'en fut plus distraite depuis ce jour, bous la Ligue, Vierzon devint une des premières placer du parti. Elle possédait alors de larges fosses, et des murailles liautes de 1S couuees et flanquées de vui^t-deux tours en formaient la double enceinte et ia rendaient pour ainsi dire inexpugnable. Eu ISS9, le seigneur de (janiaclies ayant essaie de surprendre Vierzon fut repoussé et contraint de se retirer. Un incendie dévasta la ville en 16S5 et la ruina momentanément. Avant la Révolution, la ville possédait encore son abbaye, dont il ne reste plus aucun vestige. Pendant l'invasion des Allemands eu 1870, les Prussiens s'emparèrent de Vierzon après le combat de Salons, le 9 décembre.

VIET

VIBR7.0N-VILLAGE, bourg et commune da France (Cher), arrond. de Bourges, cunt. da Vierzou-Ville, dont il est séparé par le ruisseau de Grossou ; pop. aggl., 895 hab. — pop. tôt., 5,716 hab. « De cette commune, dit M. Jeanne, dépendent des établissements industriels qui étaient, il y a quelques années, les plus considérables du pays, à savoir, les hauts fourneaux et les forges créés en 1775 par les intendants du comte d'Artois pour l'exploitation des forêts de Vierzon, du Rein, du Bois et d'Allogny. ■ Ces éubli.-seiuents, tout en conservant leur immense outillage, sont actuellement fermés. Une partie des bâtiments vient d'être transformée en une fabrique de pointes et en une tretilerie.

V1ESELBURG. V. WlBSELBORG.

V1ESLY, bourg et commune de France (Nord), canton de Solesmes, arrond. et à 18 kilom. de Cambrai; pop. aggl., 3,075 hab. — pop. tôt., 3,117 hab. Belle église paroissiale, dont on remarque surtout les boiseries du chœur, un beau tabieau de Boucher et la flèche élégante qui surmonte le clocher. Bans le bourg, on trouve quelques débris celtiques et gallo-romains.

Y1ESTR1 ou VIETRI, la Meriniwn des Romains, ville du royaume d'Italie, province de la Capitanate, district de Foggio, a 45 kiiom. N.-E. de Maui'redonia, ch.-l. de mandement, sur l'Adriatique, au pied du mont Gargauo ; 5,5S4 hab. -

VIÈTE ou VIETTE s. f. (viè-te — du lat. vietus, fané). Agric. Nom donné, dans quelques départements, à la partie du sarment laissée dans la taille de l'année précédente.

— Entom. Genre d'insectes coléoptères hétéromeres, de la tribu des sèpidiites, dont l'espèce type vit au Sénégal.

VIETE (François), -mathématicien illustre, né à Fontenay-le-Cotute, dans le bus Poitou, en 1540, mort en 1603. Il était naturellement doué d'une pénétration et d'une sagacité fort nues, et l'application avec laquelle il se livra à l'étude des mathématiques était si grande, qu'ij passait, dit de Thon, quelquefois trois jours de suite dans son cabinet, no prenant de nourriture et de sommeil que ce qui lui était absolument nécessaire pour se soutenir, sans quitter, pour cela, ni son bureau, ni son fuuieuil. Aussi obtint-il des sucées assez grands pour se faire admirer de ses contemporains et pour se faire beaucoup d'envieux.

Adrien Romain avait proposé a tous les géomètres de l'Europe la résolution d'une équation numérique du 45» degré, dont il ne donnait pas l'origine. Viète reconnut tout de suite que la question, faite à plaisir, était celle de la division d'un angle en 45 parties égales ; il envoya la solution et proposa à Adrien Romain un autre problème que-celui-ci ne put résoudre. Romain partit aussitôt de Wurtzbourg, en Franconie, pour faire connaissance avec un si grand maître et l'alfa trouver à sa résidence. Ils passèrent un mois ensemble et ne se séparèrent qu'à la frontière, où Viète voulut accompagner son nouVe) ami.

J. Scaliger pensait avoir trouvé la quadrature du cercle ; Viète releva les erreurs et les paralogismes de cette prétendue découverte et amena son adversaire a composition.

Les Espagnols, pour établir entre les membres épars ue leur vaste monarchie une communication qui ne pût être interceptée, avaient imaginé des caractères de convention, qu'ils changeaient de temps eu temps, afin de déconcerter ceux qui seraient tentés de suivre les traces de leur correspondance. Ce chiffre, composé de plus de cinquante ligures, leur fut d'une grande utilité pendant nos guerres civiles. Viete, ayant été chargé par Henri IV d'en découvrir la clef, y parvint facilement et trouva même le moyen de le suivre uans touies Ses variations.

La Franeg profita pendant deux ans de cette découverte. La cour d'Espagne déconcertée accusa la France d'avoir le diable et des sorciers à ses gages; elle s'en plaignit à Home. Viète y fut traduit comme iiécroinan et magicien, ce qui ht beaucoup rire. Dans ses dernières années, il s'occupa du caîendrier grégorien et, croyant y voir plusieurs fautes, il en dressa un nouveau, le mit au jour eu 1600 et le présenta au cardinal Aldobruiidhii, qui était alors eu France. Il en résulta une querelle avec (Jlavius, dont Grégoire X1U avait pris les avis. Viète, au fond, avait tort.

Viète était simple, modeste, sobre, désintéressé; il lut l'ami du président de'Thou et participa aux affaires publiques comme maître des requêtes. Son ouvrage d'analyse est dédié à une femme illustre, «Catherine de Partlienay, princesse de Rolian, sa bienfaitrice et sou amie, qui d'ailleurs goûtait ellemême toutes les sciences.

. > Je vuus dois, lui écrivait-il, la vie et la liberté, et ce que j'ai de plus cher que la vie, je vous le dois encore : le fruit de mes veilles vous appartient. Vos conseils m'ont porte vers cet art sublime dont tous les secrets vous sont connus. •

Ses ouvrages étaient devenus très-rares, parce qu'il ne les livrait au public que par la distribution qu'il en fuisuit a ses amis et aux personnes qui entendaient les matières qu'il y traitait. François Schooteh, professeur de mathématiques à Leyde, aidé de J. Golius et du Pcre Mersenne, recueillit les principaux

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en un volume in-folio (Leyde, 1646). Ce volume est à la bibliothèque de la Sorbonne, à Paris.

Viète fit en géométrie une révolution extraordinaire par son importance et par l'étrange té de la forme sous laquelle les idées se présentèrent à lui. Sa méthode est trèspeu connue, Montucla et Bossut s'étant plutôt attachés à faire ressortir l'éclat de lies brillâmes découvertes qu'à rechercher dans ses ouvragées la trace du progrès des idées. On n'a d'ailleurs pas de traduction de ses ouvrages, et son laiin, moitié barbare, moitié grec, est fort difficile à entendre, ce qui fait que la plupart d^s personnes qui ont tenté de les lire s'y sont rebutées.

On lit dans une foule d'ouvrages que Viète, le premier, appliqua l'algèbre à la géométrie. Cette expression, pour des lecteurs modernes, n'a pas de sens ou présente une idée fausse. Si l'algèbre est la théorie ubstraite des lois ou relations de dépendance, si elle a pour objet l'étude des transformations que peut subir l'expression d'une loi constatée, si elle n'est que la logique universelle, personne, le premier, n'appliqua l'algèbre k aucune science, à moins qu'il n'en ait saisi, le premier, la première loi. Euclide, Archimède, Apollonius se servaient de ce qu'ils savaient de cette algèbre universelle qui fut de tous les temps. Renverser les rapports dans une proportion est déjà une opération d'algèbre.. Ce n'est pas sans notions algébriques qu'Archimède carra la parabole, cuba le paraboloïde de révolution, etc. Les mots» application de l'algèbre à la géométrie • avaient utl sens qu'ils n'ont plus; ils signifiaient : usage détourné des principes de l'algèbre, alors purement arithmétique, dans l'expression des relations entre grandeurs susceptibles de varier d'une manière continue.

Les géomètres grecs spéculaient exclusivement sur les grandeurs concrètes; jamais l'idée neleur viutdeles rapporter àdes unités pour leur substituer leurs mesures. D'un autre côté, les arithméticiens opéraient sur des nombres abstraiis, généralement entiers. La géométrie et l'arithmétique progressaient parallèlement, sans avoir aucun point de contact. Certaines locutions usitées eu arithmétique montrent bien qu'on saisissait déjà quelques vagues analogies; • mais le' cas des incommensurables formait -un obstacle infranchissable. Quelque singulier que cela puisse paraître aujourd'hui, il est certain que, d'une part, les arithméticiens n'aperçurent pas l'algèbre dans les ouvrages des géomètres leurs prédécesseurs, et que même les mathématiciens qui cultivaient les deux sciences étudiaient et enseignaient deux algebres sans s'apercevoir qu'au fond elles se confondaient.

Il n'est pas douteux que Viète, très-versé dans les études algébriques (arithmétiques), ne se soit posé bien nettement la question d'arriver à faire servir aux progrès de chacune des deux sciences les progrès de l'autre, à appliquer en un mot l'algèbre à la géométrie dans le sens que cette locution devait avoir pour lui.

11 pouvait y parvenir par deux voies bien tracées : la première, qui eût consiste à supprimer Diophaute et ses é.èves et à refaite l'algèbre des géomètres grecs, l'algèbre dçs grandeurs concrètes; là seconde, qui eût été de supposer les grandeurs géométriques rapportées à une unité, comme nous le faisons aujourd'hui, de manière k substituer des questions de nombres àdes questions de choses; il n'aperçut ni l'une ni l'autre.

Viète ayant remarqué que tout l'art de résoudre les équations consiste en quelques transformations qui se réduisent à ajouter ou retrancher une même chose aux deux membres, multiplier ou diviser ces deux membres par une même chose, les élever au carre^ ou en extraire des racines, etc.; sachant d'ailleurs que l'équation qui traduit les conditions d'un problème de géométrie, au moment où. on l'écrit sous sa première forme, est forcément telle que chacun des termes y exprime une ligne, Viète s'est dit sans doute : si on faisait des rectangles ayant ces lignes pour bases et une même hauteur , ils seraient comme leurs bases et, par conséquent, satisferaient à la même équation qui lie les lignes; puis, si sur ces rectangles ou construisait des parailélipipèdes uroits, ils satisferaient encore k la même équation.

Or, si l'on met à une ligne a -une hauteur

e pour en faire un rectangle, on obtiendra le rectangle [a, 4]; par ce moyen, on pourra donc chasser les dénominateurs dans une équation ; on en réintroduira quand on le voudra par l'opération inverse; on pourra do même élever au carré les deux membres ou en extraire les racines carrées, puisque si deux carrés sont égaux, leurs côtés le sont, et réciproquement.

11 eût pu éviter de dépasser le se degré dans ses équations, mais il ue s'en embarrasse pas; il transporte à son algèbre des grandeurs les mots carré de curré, carré de cube, cube de cube, etc., et alors même que les termes de ses équations ont perdu tout sens, il ne craint pus encore d'errer , parce que les transformations qui ont élevé le degré de ces termes vont être suivies de transformations en sens inverse qui le rabaisseront, lorsqu'il approchera de la solution.

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Telle est la métaphysique de la méthode de Viète.

» La manière d'entrer dans la nouvelle science est, dit-il, d'un art particulier qui consiste, non plus à exercer sa logique sur les nombres, mais par une logistique où les choses seront figurées par des signe? (les lettres de l'alphabet), logistique plus heureuse de beaucoup et plus puissante que celle qui opère sur des nombres, à comparer entre elles les grandeurs, après avoir établi d'abord la loi des homogènes et en avoir déduit la série des grandeurs, montant nu descendant de genre en genre proportionnellement par leur propre force, etc. » On voit qu'il ne s'explique pas très-ciaireinent.

Les opérations de l'addition et de la soustraction conservent les mêmes noms dans las deux logistiques, la numerosa et la speciosa, mais les deux autres prennent des noms différents; multiplication et division dans la première, elles sont dans la seconde : ducere m, mettre dessus, et adplicare, appliquer.

L'algèbre proprement dite doit à Viète l'invention des différentes transformations simples qu'on peut faire Subir aux équations, telles que : ajouter ou retrancher une même quantité aux membres d'une équation, multiplier ou diviser ces membres par un même nombre. C'est lui qui découvrit la décomposition du premier membre de l'équation en. facteurs du Ier degré et la composition des coefficients en fonction des racines. Il connaissait la loi de formation du binôme ; il s'en sert et l'indique sans démonstration:

Quant à la géométrie, Viète, après avoir su trouver par le euleul les expressions des inconnues, enseigna la manière de les con- ' struire ; il montra que les équations du 3e degré se ramènent à la duplication du cube ou k la trisection de l'angle. Enfin, il établit les formules des cordes de tous les arcs multiples d'un autre et sut expliquer la présence de toutes les racines étrangères dans les équations des cordes des sous-multiples, et il a donné aux deux trigonométries leur forme définitive.

■ Viète, dit Delàmbre, n'était pas astronome, mais il était le plus grand géomètre de son temps; il a complète, enfin, le système trigonométrique des Arabes; il est le premier auteur des formules analytiques qui servent k la résolution de tous les triangles; il a mis dans un ordre plus satisfaisant les méthodes que les astronomes ont suivies longtemps de préférence; il a donné des règles qui facilitent la construction des tables de sinus, de tangentes et de sécantes. Une place distinguée lui est donc due dans l'histoire de l'astronomie. »

VIETRI -DI-POTENZA, bourg du royaume d'Italie, province de la Basilicate, district de Potenza, a 22 kilom. N.-O. de Sala, ch.-l. de mandement;- 3,507 hab.

VlETRl-SUL-MARE, ville du royaume d'Italie, dans la Principauté Citérieure, district de Salerne, ch.-l. de mandement, près de la mer Tyrihenienne, où elle a un petit port de commerce ; 8,307 hab. Forges à fer, verrerie, papeterie. Pêche et cabotage.

VIEUSSENS (Raymond), anatomiste célèbre, né dans un village du Rouergue en 1641, mort a Montpellier dans un âge avance. Il fit ses études médicales à Montpellier, se fit recevoir docteur, s'établit dans cette ville, obiint en 1671 la pince de médecin de l'hôpital Saint-Eloi et profita de cette position pour se livrer aux travaux anaiomiques. Ce fut après dix ans d'upplication constante à ces îecherches qu'il mu au jour l'ouvrage auquel il doit sa gloire, Névroyraphie universelle. La réputation de Vieussens parvint à la cour. A la mort de Dubelloi, médecin do Mademoiselle de Montpensier, ce.le pnneesss le demanda pour le remplacer. Vieussens accepta'l'offre avec joie et conserva ce poste jusqu'à la mort de la princesse. Apres le décès de sa protectrice, Vieussens prit le parti de retourner à Montpellier et de reprendre ses fonctions médicales a l'hôpital Saint- Eloi. Le goût qu'il avait naturellement pour la chimie s était accru pendant sou séjour a Pans; ses doc rines physiologiques, empruntées au cartésianisme, avaient besoin de constater la présence d'un acide dans le sang; il se mil à le recheicher et crut l'avoir bientôt trouvé. Enthousiasme de sa belle découverte, il l'annonça k grand appareil et obtint de la faculte de Montpellier l'autorisation de venir la proclamer dans sou amphithéâtre. Au milie, i de l'expositiun qu'il en l'ait, il est interrompu par Chirac, qui vient publiquement lui disputer la priorité. La séance est levée au milieu d'une discussion qui prit, dès les premiers mots, le caractère de ia plus grande vivacité etqui le conserva dans les nombreux pamphlet» qu'elle ausei.a de part et d'autre. Enfin, Vieussens revint aux travaux pour lesquels la nature l'avait formé, o'est-k-dire à I anatomie, et ajout:» quelques litres nouveaux à la juste célébrité qu'il avait déjà acquise. Voici la liste de ses principaux ouvrages : Neorologia universutis (Lyon, 16S5, in-fol.) ; Consultations (Aix, 1691, in-12); Epistola, nuoa qitxdum in corpore humano inventa exhiber.s (Montpellier, 1703, in-4°); Traité sur la structure de l'oreille (Toulouse, 1714, in-4°); Sur les ligueurs du corps humain (Toulouse, 1715); De la structure et du mouvement naturel du cœur (Toulouse, i"15).

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VIEtfSSElHt (Jean-Pierr.e), littérateur et éditeur italien, nékOneille d'une famille genevoise, en septembre 1779, mort à Florence en 1863, Il est célèbre par l'élan qu'il imprima en Italie aux étuiles historiques et politiques. Grand voyageur dans sa jeunesse, il était allé quatorze fois à Paris, et il s'était joint à une tribu d.' Liédouins pour traverser le désert. Etant venu s'établir à Florence en 1820, il y f.mda le célèbre Cabinet littéraire et commença l'aimée suivante la publication de V Anthologie, qui fut comme une rontinuatiun du Conciliateur, journal de Milan, dont les rédacteurs, tels que Silvio Peilico, étaient alors au Spielberg. I,' Anthologie vécut douze ans ; e'e>t là que bon nombre d'Ituli"iis devenus uélèbrt'S, comme Tointnaseo et Muzziui, ont fait leurs premières armes. L'Anthologie, ayant été supprimée en 1833 par la police toscane, qui la trouvait trop hardie, Vieusseux entreprit d'autres publications d'histoire et de crilique. 11 éditait déjà depuis 1827 un Journal d ugricultnre; plus, avec l'abbé Lambruschini, La Guida deW educatore, recueil sérieux, bien pensé et bien écrit, où se discutaient les points les plusimpoitants de la pédagogie. Mais ces travaux périodiques ne suffisaient plus à l'infatigable activité de Vieusseux. Fidèle aux sciences historiques, dans lesquelles il voyait le salut de l'Italie, il fonda, en 1842, Y A rcltittio slorico, collection de documents inédits, qui a comblé une lacune immense. Vieusseux la transforma en revue en 1855, et il y joignit plus tard le Journal historique des archives toscanes, auquel collaboraient des écrivains tels que Ca|'poni,ToinmaS'jo, Vannucci, Giusti, Galvani, Reuinont, 6lc. lït c'est ainsi que le vénérable octogénaire poursuivit son œuvre à travers les orages qui avaient bouleversé son pays, aveu un courage et une ardeur toujours jeunes. Assez heureux pour voir réaliser le rêve de l'unité de l'Italie, il mourut le 29 avril 1863, entouré de quelques vieux amis de 1820 que la mort avait épargnés. « Si Florence, a écrit Moutanelli, aux funestes mémoires de la place Sainte- Trinité veut opposer de doux souvenirs, elle élèvera eu ce lieu, au nom de la philosophie Sociale, un monument au labeur infatigable, persévérant et modeste du fondateur de l'Antholoyia. >

VIEUSSEOXIE s. f. (vieu-seu-ksl — de Vieusseux, botan. fr.). Bot. Genre de plantes, de la famille des iridées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.

V1EUSTBAGE s. m. (vieu-stra-je). Ane.

coût. Droit perçu sur les marchandises que l'on transportait.

VIBOVILLB (Charles, duc DE La), surintendant des finances. V. La Vieuville.

VIEUX ou VIEIL, VIEILLE adj. (vieu ou vieil, viè-lle; Il mil. Vieil se dit devant une voyelle ou un h muet, uieax dans tous les autres cas. Toutefois, vieux se dit ordinairement, même devant une voyelle, lorsqu'on veut désigner simplement un âge avancé : Un vieux orme planté du temps de Henri l V, Un vieux amiral commandait la flotte. Mais ou dira, pour désigner la vetusié : Un vieil arbre- tout vermoulu. Un vieil extruvuyunt aussi prétentieux que cassé. — Lat. vetulus, contracté en veilus , mot venu de vêtus, vieux, corrélatif du grec etos pour Fetos, année, et du sanscrit valsa, même sens. Le latin velus, en effet, signifie qui a beaucoup d années, annosus). Fort avancé en âge , vivant depuis fort longtemps : Un vieux homme. Une vieillb femme. Un vieux âne. Un Vieux chêne. Je ne puis souffrir que les vieilles gens disent ; je suis trop vieux pour me corriger. (Mme de Sév.) Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes gui ont été jolies, c'est d'oublier qu'elles ne te sont plus. (La Rochef.) Les vieilles gens se plaisent aux cachoteries, n'ayant à montrer rien qui caille; je voudrais qu'on noyât quiconque n'est plus jeune, à commencer par moi et douze de mes amis. (Chateaub.) Une femme de vingt ans appelle vieilles les femmes de trente ans. (A. liurr.) Les mesures qu'on prend pour paraître moins vieux Font qu'on le parait davantage.

M"C DESIIOtILIÈEES.

Il Dont l'âge est relativement avancé : Jesuis plus vieux, moins ViKUX que vous. Si' j'étais plus vieux de deux ans, je serais austi vieux que vous.

— Ancien, qui existe depuis longtemps ; Un vieux château. De vieilles habitudes. De vieux amis. Uu vieux poêle, un vieil amant, un vieux chanteur et un vieux cheval ne valent rien. (Volt.) Aimez tout ce qui est vieux , les vieux umis, le vieux temps, les vieilles mœurs, les VIEUX livres, le vieux vin et même votre vieille femme. ((joldom.) 11 y a dans les révolutions des nageurs à contre-courants; ce sont les vieux punis. (V. Hugo.)

Le vieux temps n'est beau qu'en peinture.

Berms.

[monde.

Lart de flatter, mon cher, est vieux comme 1b

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