‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 703 sur 1042 · V. IIuûo · texte numérisé non relu

V. IIuûo

Il Passer une grande partie do sa v,e, arriver jusqu'à la vieillesse : Vieillir dans les bureaux de i administration. ViiiiLLlU dons la misère. Jamais ceux qui ont vieilli dans les emplois laborieux et subalternes ne parviennent aux dignités. (Volt.)

— Devenir semblable aux vieillards, tom-

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ber dans les infirmités ou prendre [apparence de la vieillesse : Les femmes vieillissent plus vite que les hommes. Vivre bemicoup, c'est vieillir vite, pour les organes comme pour lesindividus. (Raspail.) On vieillit moins pour tes personnes gui ne vous ont jamais quitté. (Th. Leelercq.)

— Continuer à exister : Le vulgaire croit que le monde empire à mesure qu'il vieillit. (J.-J. Rouss.) Il litre conservé un temps de plus en plus long : Laisser vieillir du vin. Le bois d'acajou devient plus beau à mesure qu'il vieillit.

— Fig. S'invétérer, persister,- continuer d'être : Les habitudes vieillissent avec nous. (Fén.) |l S'affaiblir par la durée j être oublié, négligé après un certain temps : // ne faut pas que la reconnaissance laisse vieillir le bienfait. (Charron.) Les amitiés des princes vieillissent avec leurs ans. (Et. Pasq.) La chose qui vieillit le plus tôt, c'est un bienfait ou une nouvelle. (De Ségur.)

Les rois, les dieux ont connu la vieillesse, Les talents seuls ne vieillissent jamais.

Dëmoustiek.

li Devenir suranné, cesser d'être en usage, changer : Ces mots ont vieilli. Cette mode commence à vieillir. La musique est de tous les arts celui çu; vieillit le plus vile. (Th. Gaul.) Sans la forme, les comédies vieillissent aussi vite que les vaudevilles. (P. de St- Victor.) Il Perdre de sa réputation par le simple effet du temps, par le changement du goût publie : Pascal n'A point vieilli et il ne vieillira, jamais. (Martnontel.)

— Prov. Il faut vieillir ou mourir jeune, La vieillesse est un mal inévitable.

— v. a. ou tr. Rendre vieux, donner les infirmités de la vieillesse à : Les malheurs nous vieillissent plus que les années.

(Mme c. Fée.) n l'aire paraître vieux : Cette barbe vous vieillit.

Se vieillir v. pr. Se faire paraître vieux: Cette dame porte des toilettes si anciennes que l'on dirait qu'elle veut se vieillir. Il Se dire plus vieux qu'on ne l'est en réalité : Las jeunes femmes cherchent à se rajeunir, les vieilles aiment à se vieillir par le même principe .- la coquetterie. Il est dans la nature des religions de ne pas dédaigner leurs commencements eL de se vieillir le plus quelles peuvent. (St-Maie Girard.)

— Gramm. On a dit quelquefois que le verbe neutre vieillir prend dans ses temps composés l'auxiliaire avoir ou l'auxiliaire être, lorsqu'on a en vue d'exprimer l'action seule ou l'action avec l'état qui en est la conséquence ; mais comme vieillir est aussi un verbe actif, il serait [jeut-être plus exact de dire qu'il devient passif quand onle conjugue avec être.

VIEILLISSANT, ANTE adj. (viè-lli-ssan, an-te; Il mil. — rad. vieillir). Qui vieillit, qui devient vieux, qui commence à être vieux : L'histoire est la science de l'homme vieillissant. (Lacordaire.) Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant. De peur que, tout & coup, efflanqué, sans haleine. Il ne laisse, en tombant, son maître sur l'arène.

Boileau.

— Qui devient ancien, qui a déjà duré longtemps :

A ces restes sacrés, a ces murs vieillissants Quel pouvoir inconnu malgré moi m'intéresse?

Soumet.

— Fig. Qui est en décadence, qui perd de sa force ou de sa vogue : Des systèmes vieillissants. Un art vieillissant.

VIEILLISSEMENT s. in. (viè-lli-se-man ; Il mil. — rnd. vieillir). Action de vieillir : Peu d'hommes s'aperçoivent du vieillissement de leur corps, encore moins de celui de leur raison, tfcioiste.)

— Action de -sortir de l'usage, de devenir suranné : Le vieillissement des termes est ordinairement très-lent. Le prompt vieillissement des modes est de l'essence de ta mode.

— Action de vieillir les vins, de leur donner les qualités des vins vieux.

VIEILLOT, OTTE adj. (viè-llo, O-te ; Il mil. — dimiii.deta'ei'O. Petit et vieux ou paraissant vieux : // a épousé une femme laide et vieillotte. H Qui appartient à la vieillesse; qui est ilétri, dégrade comme dans la vieillesse: Un petit air vieillot. Une mine ridée et vieillotte. Des manières vieillottes.

VIE1BA (Sébastien et Antoine), missionnaires portugais. V. Vibyra.

VIEL (Etienne-Bernard-Alexandre), poBte latin îuouerne, né à la Nouvelle-Orléans en 1736, mort à Juillv le 16 décembre 1821. Fils d'un chirurgien estime, depuis longues années établi a la Nouvelle-Orléans etvcorrespondaiil de l'Académie des sciences de Paris, Viel fut envoyé au collège de Juilly pour y faire ses études; il y conçut une passion singulière pour les lettres et la poésie latines, et hon succès lui value une chaire dans le collège où il avait été élevé. H entra dw.ua ia congrégation de l'Oratoire qui dirigeait la collège de Juihy, et y exerça pendant douze ans les fonctions de grand préfet des études. En 1791, la congrégation ayant été dissoute, Viel retourna k la Louisiane, d'où il revint en France en 1812, pour tigurer parmi les professeurs de son ancien collège, devenu le pensionnat de Juilly, En Amérique connue

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en Europe, il n'avait pas cessé de cultiver la poésie latine, et c'est sur les bords du Mississipi qu'il mit la dernière main à sa traduction en vers latins du Télémaque. Il en avait envoyé une copie en France avant son retour, et, en l'absence de l'auteur, six de ses anciens et de ses meilleurs élèves, Creuzé- Delessert, J.-B.-B. Eyriès, J.-A.-J. Durant, M.-E. Salverte, A.-V. Arnault et Eusèbe Salverte, en avaient publié la première édition, qui lui est dédiée. Le volume a pour titre : Telemackiados libres XXIV, e gallico sermone in latinum earmen transtulit S. (sacerdos) Alex. Viel. (Paris, Didot aîné, 1S08, in-12). La préface, très-élégainment écrite, est d'Eusèbe Salverte. La seconde édition, donnée par l'auteur, emendatd et accurata, est de 1814 (Paris, Delalain, in-12).

Le Père Viel a aussi traduit en vers latins le huitième chant de la Henriade, qu'il a publié sous ce titre : Menriados liber octavus (in-8<> de il et 49 pages). Le texte français est en regard des vers latins. En tête de cet opuscule est une Epistola ad amicum. L'ami à qui elle est adressée était Eusèbe Salverte.

On a encore d'Alex. Viel un volume intitulé : Miscetlanea latino-gallica (Paris, Delalain, 1816, in-12). On> y trouve, outre le Benriados liber octavus reproduit sans changements, une traduction en vers latins du Voyageàla Grande-Chartreuse du Père Mandai-, déjà imprimée avec l'original en 1782, et une traduction française de deux Epitres et de Y Art poétique d'Horace. Ce dernier • morceau est remarquable par l'indication de plusieurs sens nouveaux, qui semblent plus conformes au génie du poëte latin.

VIEL (Charles-François), architecte, né k Paris en 1745, mort en 1819. Il fut un des meilleurs élèves de Chalgrin, et la capitale lui doit un certain nombre d'édifices qui réunissent à l'aspect monumental une parfaite entente de la distribution des parties : le Mon t-da- Piété, l'hospice Cochin, la Pharmacie centrale des Miramiones, la Pitié, le grand amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu, enfin le grand égoût de Bicêtre, qui rappelle les plus admirables travaux des Romains en ce genre. Viel a laissé des ouvrages écrits avec autant de goût que de science; il s'y élève contre la tendance de son temps à sacrifier le beau idéal de l'art à une application trop rigoureuse des mathématiques. Voici les titres des principaux : Projet d'un monument consacré à l'histoire naturelle (1778, in-4°), qui valut à l'auteur les suffrages de Buffon; Lettres sur l'architecture des anciens et sur celle des modernes (1780-1787, in-8°); Décadence de l'architecture à la fin , du xvnic siècle (1800, in-4°) ; De la construction (Es édifices publics sans l'emploi du fer (1803, in-4») ; Impuissance des mathématiques pour assurer lasolidité des bâtiments (1805,in-4a); Principe de l'ordonnance et de la construction des bâtiments (1812, 5 vol. in-i») ; De la chute imminente de la construction des bâtiments en France (1818-1819, 2 part, in-4»),

VIEL (Jean-Marie-Victor), architecte, né k Paris en 1797, mort dans la même ville en 16S3. Le seul monument important qui ait été élevé sur ses plans est le palais de l'Industrie, construit, pour l'Exposition universelle de 1855. Il en fut chargé par la compagnie qui s'était constituée pour l'érection et l'exploitation de ce palais, racheté depuis par l'Etat. L'architecte y a montré certainement un grand savoir faire et il surmonta la principale difficulté, qui consistait dans le manque de temps. En moins de deux ans, il parvint à édifier ce bâtiment énorme; mais l'art a été trop sacrifié par lui pour que le mérite de la rapidité d'exécution le fasse complètement absoudre. On peut encore lui reprocher de n'avoir pas résolu complètement le problème qui lui était proposé, puisque plus d'un tiers de l'exposition- que le palais devait abri'er dut chercher un abri dans des constructions supplémentaires de -l'effet le plus disgracieux. Quoi qu'il eu soit, J.-M.-V. Viel a été un novateur, et un novateur hardi; l'un des premiers il eut l'idée de l'avenir réservé aux vastes constructions en fer et en fonte, réputées jusqu'alors impossibles. Il en a donné la théorie dans un ouvrage excellent k consulter : le Palais de l'Industrie et ses annexes; description raisonnée du système de construction en fer et en fonte employé dans ces bât imenls (1857, in-fol.). J.-M.-V. Viel a été décoré en 1855.

VIEL (Charles-Marie de), théologien français. V. Veil.

VIEL (Louis-Compiègne de), orientaliste français. V. Veil.

VIEL-CASTEL (Horace, comte de), littérateur français, né vers 1798, mort en 1864. Il appartenait k une très-ancienne famille et était, par sa mère, petit-neveu de Mirabeau, Possesseur d'une fortune qui lui assurait une existence indépendante, il s'adonna à son goût pour les lettres et commença à se faire connaître par un ouvrage intitule : Costumes, armes et meubles des Français depuis les époques tes plus reculées (Paris, 1826 et suiv., 3 vol. in-4°), avec planches. Charles X souscrivit à cet ouvrage, fruit de longues recherches, écrit surtout, dit-on, pour plaire à la duchesse de Berry, qui avait mis à la mode les fêtes pittoresques où les invités paraissaient en costumes moyeu âge.

M- de Viel-Castel collabora ensuite il divers

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recueils, la Mode, le Livre des cent et un, le Salmigondis, les Français peints par euxmêmes, Y Encyclopédie des gens du monde, la France, où il fut chargé, en 1863, du compte rendu des œuvres dramatiques. Bien qu'appartenant à l'opinion légitimiste, il entra en 1853 dans l'administration des beaux-arts et devint, peu de temps après, conservateur du musée des Souverains, poste qu'il occupa jusqu'en 1862. Il fonda en 1855 une revue hebdomadaire de l'Exposition universelle et entreprit un Catalogue raisonné du musée des Souverains, que sa révocation l'empêcha de terminer. On doit à M. de Viel-Castel un assez grand.nambre de romans et d'ouvrages dans lesquels il a fait avec talent des études de mœurs composées un peu dans la manière de Balzac. Nous citerons de lui : Gérard de Stolberg (Paris, 1836, 2 vol. in-8°) ; Madame la duchesse (1837, 2 vol. in-8°); le Faubourg Saint-Honoré , Cécile de Vareil (1839, 2 vol. in-8") ; la Noblesse de province, Arthur d'Aizac (1839, 2 vol. in-8») ; la Noblesse de province , Bertrand de Kergoëte (1841, 2 vol, in-8<>); Albert de Saint- Pouance (1842,2 vol. in-8°); les Bois de France, notices tirées des galeries historiques deVersailles (1843, in-S°), avec portraits et vignettes; Archambaud de Comborn (1845, in-S"); les Statuts du Saint- Esprit (1854, in-fol.); Poésies (1854, in-12); Souvenirs historiques sur la reine Marie- Antoinette (1858, in-8°) ; Marie-Antoinette et la Révolution française (1859, in-18); les Travailleurs de septembre 1792; Documentssur la Terreur (1S62, "tn-8°), avec gravures, etc.

VIEL-CASTEL (Louis, baron de), administrateur et littérateur français, frère du précédent, né à Paris en 1800. Successivement secrétaire des ambassades d'Espagne (1821) et d'Autriche (1829) et sous-directeur de la direction politique au ministère des affaires étrangères (1829), il occupa ce dernier poste jusqu en 1848, sauf une interruption de quelques mois après la révolution de Juillet. Nommé directeur en 1849, il donna sa démission lors du coup d'Etat de 1851. M. de .Viel-Castel a été nommé membre de l'Académie française le 2 mai 1873 en remplacement du comte de Ségur. Indépendamment d'un grand nombre d'articles, insérés dans la Bévue des Deux-Mondes, ou a de M. de Viel-Castel: Essai historique sur les deux Pitt (1845, 2 vol. in-8°) et une Histoire de la Bestauralion (1860 et années suiv.), dont le XVIie vol. in-8° a paru en 1876. Cet ouvrage auquel nous avons consacré un article spécial (v. Restauration), est un livre utile, plein de faits" et de détails bien classés, mais qui manque d'animation et de vie.

VIELLAUT (René-Louis -Marie), homme politique français, né à Reims en 1754, mort en 1809. 11 était, avant la Révolution, avocat et lieutenant du bailliage ducal de sa ville natale. Dans une émeute qui eut lieu à Reims les 11 et 12 mars 1789, et où le peuple, affamé, menaçait de piller un convoi de farines, il se présenta seul au milieu de la foule en s'écriant : « On n'enlèvera les farines qu'après m'avoir arraché la vie I » L'attroupement, que n'avait pu dissiper la force armée, se retira vaincu par l'énergie d'un simple magistrat. Nommé par ses concitoyens député aux^ états généraux, il y vota avec le parti constitutionnel. En 1791, les électeurs de la Marne l'élurent membre du tribunal de cassation, et, en 1796, il fut désigné comme accusateur public de la haute cour de Vendôme, dans l'affaire de Babeuf. Il mena avec autant de zèle que d'habileté cette longue et importante procédure ; mais le talent et l'indomptable énergie des accusés lui rendirent sa tâche très-difficile.Destitué après le 18 fructidor et réintégré k la cour de cassation à la suite du 18 brumaire, il prit part à la rédaction des codes civil et criminel et reçut l'inspection des écoles de droit.

VIELLE s. f. (viè-le — bas lat. vitella, mot qui vient du verbe latin vitulari, se réjouir, littéralement gambader comme un veau, de vitulus, veau. La. vielle était l'instrument de la joyeuse compagnie. Comparez viole, de tiiluia, même signification et même origine). Instrument k cordes, dont on joue au moyen de quelques touches et d'une roue que l'on tourna k l'aide d'une manivelle : Un joueur de vielle. La vielle est l'instrument ordinaire des petits Savoyards.

— Vielle organisée, Orgue de Barbarie.

— iLoc. fam. Etre long comme une vielle, Etre très-lent dans tout ce qu'on fait. Il Etre du bois dont on fait les vielles, Etre d'humeur très-facile, très-accommodante.

— Manège. Télé de vielle, Tête de cheval dont la forme rappelle celle d'une vielle.

— Techn. Loquet à vielle, Loquet à clef, dans lequel le battant est soulevé au moyen d'une pièce coudée en forme de manivelle.

— Ichtbyol. Espèce de baliste, qu'on appelle aussi vieille par corruption.

— Encycl. Mus. La vielle est un instrument à cordes où la roue est substituée à l'archet, avec des sillets mobiles remplaçant les doigts pour toucher les cordes et eu marquer les divisions sur le manche. Ce système mécauique est d'origine assez ancienne , puisque dans un manuscrit du ixe siècle, découvert par Gerbert, on trouve une espèce de guitare ainsi montée. Elle a trois cordes fixées k trois chevilles, huit sillets mobiles

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. rangés le long du manche, un chevalet sur | lequel passent les cordes, une petite roue I pour les faire vibrer, une manivelle pour faire tourner la roue et "enfin deux ouïes pratiquées près du manehe. Cet instrument s'appelait organistrum. Il fallait deux personnes pour tirer des sons de l'organistrum ; l'une tournait la manivelle et l'autre faisait mouvoir les sillets; plus tard l'instrument fut amené à des dimensions qui en permirent l'usage à un seul musicien. -

Cet instrument, dit Jean de Mûris, était peu estimé k cause de la condition infime da ceux qui l'avaient adopté. Les Allemands l'appelaient lyra mendicqrum. La vielle a cependant eu ses jours de gloire; elle figura dans les concerts royaux et fut célébrée par les troubadours. Dès la fin du xv« siècle, à l'époque où l'on commençait à désigner par le motvielle l'instrument appelé avant chifonie, le mot viole fut employé plus particulièrement pour les instruments à. archet, jusqu'alors désignés par le mot générique vielle.

Au xviiib siècle, la vielle redevint à la mode ; il fut un instant da bel air de jouer de !a vielle. Aussi s'en fabiiqua-t-il de fort richement décorées. Mais bientôt la raillerie s'attaqua aux vielleuses; on les plaisanta dans des brochures. L'une d'elles est même attribuée à Grimm : Lettre de M. l'abbé Carbassus à M. de "*, 'auteur du Temple du goût sur la mode des instruments de musique. Alors la vielle reperdit sa vogue et tomba exclusivement aux mains des petits Savoyards. Il y avait des vielles à corps de luth et des vielles a corps de guitare ; les premières avaient six cordes de* laiton ; les secondes quatre. Celles qui recevaient leurs vibrations à l'aide du clavier étaient tendues au milieu de l'instrument. Les autres cordes de l'accord passaient de chaque côté du coffre. On les appelait trompe, bourdon de ta trompe, et elles servaient à l'accompagnement. Le système de la roue unie au clavier a donné naissance k une série d'instruments, les épinettes à roue ou à jeu de violes. Vers 1717, un facteur de clavecins inventa le clavecin-vielle, et antérieurement, vers 1610, un musicien de Nuremberg, npmmé Hans Hayden l'aîné, construisit un instrument appelé clavicymbalum, dont le mécanisme de la vielle avait suggéré l'idée. L'usage de la vielle à roue s'est perpétué dans quelques contrées de la France, en Normandie et en Auvergne, par exemple, de même qu'en Bretagne nous retrouvons dans les mains des musiciens ambulants le rebec primitif des bardes gallo-bretons. V. ci-après

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— Ichthyol. La vielle est un poisson qui atteint la longueur de 0m,40 sur 0°»,i5 de largeur; son corps, de forme un peu aplatie, va en s'arrondissant et s'amincissant vers les deux extrémités ; il a la gueule petite, armée de grandes deut3. Sa couleur est brune, plus claire et teintée de jaune rougeâtre sur les parties inférieures ; les côtés sont marqués de lignes obliques d'un brun sombre; la tête présente plusieurs bandes bleues, et la nageoire abdominale est de cette dernière couleur. La queue est très-échancrée. Ce poisson se trouve autour des îles Maurice, de la Réunion, de l'Ascension, etc. D'après Catesby, il nage mal et devient la proie des espèces voraces et plus fones; mais cellesci, en l'attaquant, ont soin de ne couper ordinairement avec leurs dents que la partie postérieure de son corps et évitent de rencontrer les aiguillons des nageoires antérieures; sans cette précaution, ces aiguillons s'enfoncent" dans les mâchoires de l'agresseur, qui ne peut plus alors fermer la gueule et finit même par périr, à moins qu'il ne parvienne à se débarrasser.

On dit que la chair de la vielle est un bon mets, excepté toutefois depuis décembre jusqu'en avril, époque où les polypes travaillent à leur propagation. « Alors, dit Valmont de Bomare, l'extrémité des polypiers est colorée en violet, en rouge, bleu ou jaune; les habitants de ces parages disent que le corail est en fleur, et l'expérience leur a appris que les poissons vielles doivent être rejetés alors comme un aliment dangereux, parce qu'ils mangent ces polypes, qui rendent leur chair acre et caustique; cette causticité, aidée par la chaleur naturelle, se développe fortement dans l'estomac des personnes qui en ont mangé; ce viscère se contracte avec violence, la circulation du fluide vital esc troublée, interrompue. Ce trouble, par la sympathie des nerfs, se communique à. tout le système nerveux; l'ébranlement, l'agacement est général; bientôt les convulsions- succèdent aux contorsions des membres, à l'épaississement de la langue, à la siccité des yeux, aux mouvements convulsiis des muscles du visage, à la difficulté de la respiration, k des tranchées horribles; si quelques portions de ces aliments ont passé dans les secondes' voies, le malade éprouve des sueurs froides, et en peu de temps il périrait dans cet état cruel si par des remèdes prompts on ne s'opposait au danger de ces accidents effrayants. > Le premier soin à donner doit être d'expulser le poison des premières voies ; dans ce but, on administre l'émétique k haute dose. On emploie ensuite les corps g tas, ijs substances huileuses et les lavements, pour faire

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casser les accidents; oh administre en même temps des cordiaux, afin de provoquer des sueurs abondantes. Quand tous les accidents ont disparu on donne des limonades ou des boissons acidulées. On recommande d'écorcher ce poisson avant de le faire frire. Son nom vulgaire lui vient soit de sa forme qui rappelle celle d'une vielle, soit de l'espèce de grognement qu'il pousse quand on le prend.

VIELLE, ÉE adj. (viè-lé — rad. vielle, parce qu'on promenait ce -bœuf au son des vielles). Se disait autrefois du bœuf qu'on appelle aujourd'hui bœuf gras.

VIKLLE-AURE, bourg de France (Hautes- Pyrénées), ch.-l. de cant., nrrond. et à 35 kilom. S.-E. de Bagnères-de-Bigorre, sur la rive gauche de laNeste-Aure; pop. aggi., 384 hab. — pop» tôt., 426~hab. Commerce de bois de construction transporté en radeaux sur la Neste. L'église paroissiale est une belle construction romane.

VIELLER v. n. ou intr. (viè-lé). Jouer de la vielle : Aller vieller par les rues.

— Fig. Lanterner, mettre beaucoup de lenteur dans ce qu'on fait : Ne vim.lons pas tant. Il Vieux mot.

VIELLEUR, EUSE s. (viè-Ieur, eu-ze — rad. vieller). Personne qui joue de la vielle : Une petite vielleusk. || On dit vielluux dans certaines localités : Il amenait à sa suite de pauvres vielleux, de plus pauvres Savoyards, une foule de mendiants de grand chemin. (Cl. Rob.)

— Métrol. Pistote de vielleur, Nom donné autrefois aux liards, pièces de monnaie que l'on donnait ordinairement aux joueurs de vielle.

> — Entom. Nom donné au cucujo et à d'autres insectes qui produisent, en volant, un bruit analogue au son d'une vielle.

— Encycl. Il n'y a pas longtemps encore, Paris était infesté d'une multitude de musiciens ambulants, artistes d'occasion, virtuoses vulgaires, qui remplissaient nos rues, nos places, nos carrefours, et semblaient se donner le mot pour écorcher à qui mieux mieux l'oreille des passants. Ces musiciens prétendus étaient de toutes sortes, avaient chacun leur spécialité, et, chose assez singulière, chacune de ces spécialités semblait attachée à un pays particulier, car il va sans dire que Paris lui-même ne fournissait qu'un contingent très-faible à cette masse de pauvres diables. Les uns jouaient de la clarinette ou du trombone, et nous arrivaient en grande partie de l'Alsace ou de l'Allemagne ; les autres s'escrimaient sur une pauvre et maigre musette, et nous venaient du fond de la- Bretagne bretonnante. Quelques petits harpistes nous étaient envoyés d'Italie et surtout de la campagne de Rome ou des provinces napolitaines. D'autres, et ce n'étaient pas les moins nombreux, nous arrachaient le tympan a l'aide de l'instrument si bien nommé « orgue de Barbarie;» presque tous étaient originaires de l'Auvergne. Enfin, un grand nombre jouaient de cet instrument singulier, original et mélancolique qui s'appelle la vielle; c'étaient pour la plupart des enfants qui chaque année partaient des montagnes de la Savoie pour venir chercher fortune à Paris. Pauvres petits vielleurs, petites vielleuses fraîches et souriantes, à la physionomie ingénue et intéressante, qu'êtes-vous devenus depuis que Paris n'est plus votre rendez-vous habituel?

Il y a bien longtemps quo la vielle était l'instrument des pauvres diables et des mendiants, et les vielleurs ou joueurs de vielle exerçaient leur modeste industrie depuis des siècles. Au vo siècle,, la symp/ionia avait été l'instrument à percussion que nous nommons aujourd'hui timbales. Mais la chifonie ou vielle ne figura jamais dans les concerts et fut dédaigneusement abandonnée aux aveugles et aux mendiants, qui s'en allaient viellant de porte en porte pour émouvoir par leur musique criarde la charité des bonnes âmes. On les nommait cMfoniens, comme On le voit dans le roman rimé de Bertrand Du Guesclin, où lu vielle est qualifiée « un instrument ti-uaiit : »

Ainsi vont li aveugle» et li pauvre truant, De si fais instrumene li bourgeois esbatant ; En l'appela de la un instrument truant, [tant,

Car ils vont d'huis en huis leur instrument por-

On voit que le règne des vielleurs et des vielleuses dura longtemps, puisqu'au moyen âge il était en plein essor et qu'à l'époque de la Révolution française Bouilly, l'auteur larmoyant des Contes à ma fille, iit pleurer tout Paris au récit dramatique des infortunes de Fanckon la vielleuse, cette véritable mère d'un autre drame, la Grâce de Dieu, représenté trente ans plus tard et dont l'héroïne est encore une petite vielleuse.

V1ELMUR, bourg de France (Tarn), ch.-l.

de cant., arrond. et à 14 kilom. 0. de Castres, surl'Agout; pop. aggl., 748 hab. — pop. , tôt., 1,153 hab. Filature de laine avec foulon ; fabrication de draps. Commerce de laine et de peaux.

V1BN (Joseph-Marie), peintre français, né à Montpellier en 1716, mort en 1809. 11 annonça par un goût préeoce'le genre de talent dans lequel il devait s'illustrer un jour. A cinq ans, il imitait des fleurs, des oiseaux en découpant du papier; à dix ans, il était ar-

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rivé a copier des estampes avec une si rare perfection que Legrand, vieux peintre de portrait, le prit dans son atelier; mais le père de Vien, craignant que ces dispositions ne fussent pas suffisantes pour lui assurer un état, le mit chez un procureur. Après quelque temps d'un travail si peu en rapport avec sa vocation, le jeune homme obtint de ses parents d'être placé chez G irai, peintre et architecte des états du Languedoc. En 1740, il se rendit à Paris, où le peintre Natoire l'accueillit dans son atelier. C'est là qu'il commença à entrevoir ce qu'il y avait de faux dans la peinture de convention alors en honneur. Suivant ses inspirations propres et s'attachant à la reproduction exacte de la nature, il ne craignit pas de s'exposer aux railleries de ses camarades, qui ne voyaient dans les éclairs de son' génie qu'une ridicule présomption. En 1742, il gagna le l'» médaille et, l'année suivante, le grand prix. Pendant sa traversée de Marseille en Italie, en 1744, il composa sa magnifique esquisse du Massacre des innocents. Il passa cinq années à Rome dans la contemplation des chefs-d'œuvre des grands artistes. Il y peignit bon nombre de tableaux, entre autres un Ermite er\dormi, aujourd'hui au Louvre; un Saint Jean, pour la ville de Montpellier, et six toiles représentant la Vie de sainte Marcelle, pour l'église des Capucins de Tarascon. De retour à Paris en 1750, Vien se présenta à l'Académie de peinture ; mais il en fut repoussé par les partisans de la routine, qui prétendaient qu'il ne savait pas peindre; il fut vengé de ces préventions par les suffrages des vrais amis des arts. Chose remarquable, Boucher, dont Se genre maniéré et le mauvais goût sont passés en proverbe, ne put contenir son enthousiasme à la vue d'un tableau, l'Embarquement de sainte Marthe, que Vien offrit à l'Académie en 1752, en. s'y présentant de nouveau. Il embrassa l'auteur et jura de ne plus remettre les pieds dans la compagnie s'il n'y était admis. Il y entra, en effet. Liés lors, la révolution était accomplie dans la peinture française; l'école classique était fondée; Ce n'était la, il est vrai, qu'un côté de l'innovation de Vien. Si on le suivit dans la reproduction des formes harmonieuses et savantes des modèles antiques, on refusa d'admettre cette sorte de réalisme, cette imitation scrupuleuse de ta nature qui s'est manifestée dans ses tableaux d'histoire; il était réservé au xtxe siècle de s'emparer de ce genre et de l'exagérer en le fécondant. Vien eut donc la gloire d'être aussi le père de l'école romantique. Le premier, il établit dans son atelier l'étude du modèle vivant. De 1775 à 1781, il remplit les fonctions de directeur de l'Académie de Rome, devint premier peintre du roi en 1789, sénateur après le 18 brumaire, puis comte de l'Empire. Son chefd'œuvre est Saint Denis prêchant dans les Gaules, tableau qui décore l'église Saint- Roch, à Paris. On cite encore, parmi les 179 toilès'de sa composition : Saint Louis remettant la régence à Blanche de -Castille, Mars s'arrachant des bras de Vénus, Jésus rompant le pain, Hector excitant Paris à reprendre les armes, etc. La gravure lui doit aussi de bonnes eaux-fortes. Les restes de Vien ont été inhumés au Panthéon. David, Girodet, Gérard et Gros sont au nombre de ses élèves.

VIEN (Marie Reboul, dame), femme peintre, épouse du précédent, née en 1728, morte en 18Ç5. Elle étudia sous la direction de son mari, qu'elle épousa en 1757, et se fit un nom distingué par l'exactitude et la délicatesse avec laquelle elle savait reproduire les fleurs, les oiseaux et les papillons. Son tableau de réception à l'Académie, une Poule huppée avec ses petits, fut acheté par Catherine IL Mme Vien est une des femmes qui, en 1789, déposèrent leurs bijoux sur le bureau de l'Assemblée constituante comme don patriotique.

VIES (Joseph-Marie), peintre français, -fils des deux précédents, né à Paris en 1761, mort en 1848. Elève de son père et de Vincent, il n'aborda pas la grande peinture et se borna presque exclusivement à la miniature et au portrait, genres dans lesquels il sut s'élever au rang des meilleurs artistes de son époque. Parmi ses œuvres, nous citerons les portraits en pied de son père en costume de sénateur, du général Bâche, son beau-père; du duc dé Gaële, du maréchal Jourdan ; ceux de l'artiste et de sa femme, toile qui se trouve au musée de Rouen et qui valut à l'auteur une médaille d'or en 1808; un dessin à la plume représentant le Sacre de Charles X; le Christ au rameau, trompe-l'œil qui fut trèsremarque à l'Exposition de 1827.

- VIEN (Rose-Céleste Bâche, dame), femme de lettres française, épouse du précédent, morte en 1843. Elle montra de bonne heure un goût particulier pour des études qui ont d'ordinaire peu d'attrait pour les' personnes de son sexe. Ce goût fut encouragé par un ami de sa famille, l'helléniste Laporte du Theil, qui lui apprit le grec. Mais Mme Vien sut être savante sans tomber dans le défaut de pédamisme qu'on a tant reproché à Mme Ôacier. Elle s'était déjà fait connaître par différentes pièces de vers, lorsqu'elle publia une traduction en prose à Anacréon (Paris, 1825, iii-18). Parmi les poésies qu'elle a fait paraître, soit isolément, soit dans différents recueils, on cite : Chant sacré pour S. A. R. le duc de Bordeaux (1821, in-8«) ; les Baisers de

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Jean second, avec le texte en regard, traduits en vers français (1832, in-8°) ; le Nid d'oiseau ; le Courtisan ; Péristêre changée en colombe; la Statue de saint Victor, légende provençale (1833, in-8°) ; la Mort de la vieille année, élégie (i 839, in-8°), etc. M. Coubard d'Aulnay a publié en 1843 une Notice biographique sur Mmî> Vien.

VIÉNAGE s. m. (vié-na-je -— du lat. via, voie). Anc.^cout, Droit que l'on payait pour la sûreté des chemins. .

V1ENNÀISE (la), en latin Viennensis Provincia, une des dix-sept provinces de la Gaule romaine, comprise entre la Grande Séquanaise au N.; la Lyonnaise Irel l'Aquitaine Ire et la Narbonaise I'« à l'O., la Narbonaise Ile, les Alpes Maritimes et les^Alpes Gréesàl'E,, baignée au S. par là Méditerranée. Capitale, Vienna (Vienne). Les peuples qui l'habitaient étaient les Allobroges au N., les Helviens à l'O, les Ségalaunienset les Voconces au centre, les Tricastins et les Cavares au S. Au vo siècle, elle fut divisée en Viennaise Ire, chef-lieu Vienne, et en Vfennaise IIe, cheflieu Arles. Elle forma plus tard le Vivarais, le Dauphiné, le Comtat-Venaissin et une partie de, la Provence.

VIENNE s. f. (viè-ne). Lame d'épée qu'on fabriquait à Vienne, en Dauphiné :

Se percer sottement la gorge d'uao «ienne.

M En AGE.

— Bot. Nom vulgaire de la clématite commune.

» VIENNE, en latin Vigenna , rivière de France. Elle prend sa source dans la partie septentrionale du département de la Corrèze, sur le plateau de Millevache, au pied du mont Odouze, coule au N.-O., entre dans le département de la Hante -Vienne, baigne Eymoutiers, traverse ce département de l'E. à l'O. en arrosant Limoges, parcourt la partie N.-E. du département de la Charente, où elle baigne Confolens, entre dans le département de la Vienne, qu'elle arrose du S. au N., pénètre dans celui d'Indre-et-Loire et se jette dans la Loire, à Candes, à 15 kilom. en aval de Chinon, après un cours de 372 kilom., navigable depuis Châtellerault jusqu'à son embouchure (75 kilom.).

VIENNE (département de la.), division administrative de la région occidentale de la France, formée en 1790 du haut Poitou, de quelques parties de la Touraine et du Berry, et tirant son nom de la rivière de Vienne qui la traverse du S.'auN. Ses limites sont: au N. et au N.-B., le département d'Indreet-Loire; à l'E., celui de l'Indre; au S.-E., celui de la Haute-Vienne; au S., celui de la Charente; à l'O., celui des Deux- Sèvres; au N.-O., celui de Maine-et-Loire. Superficie, 697,037 hectares, dont 421,301 hectares de terres labourables; 46,285 hectares en prairies naturelles; 31,610 hectares en vignes; 838 hectares en autres euîtures arborescentes; 87,656 hectares en pâturages, landes, bruyères et pâtis; 109,347 hectares en bois, forets, étangs, chemins, cours d'eau, etc. Ce territoire/est divisé au point de vue administratif en cinq arrondissements : Poitiers, chef-lieu; Châtellerault, Civray, Loudun et Montmorillon; il comprend 31 cant., 300 comm. et 320,598 hab. Il forme, avec le département des Deux-Sèvres, le diocèse de Poitiers, suffragant de Bordeaux; il ressortit à la cour d'appel de Poitiers, à l'académie de Poitiers, a la 24« conservation des forêts. Situé presque en totalité dans le bassin de la Loire (une petite partie au S, appartient au bassin secondaire de la Charente), le département de la Vienne.présente une inclinaison sensible du S. au N.; c'est un pays généralement plat, entrecoupé de plaines fertiles et étendues, de landes, de bruyères, de vastes pâturages et de grandes forêts. 11 présente un ceitain nombre dp vallées peu profondes dans la direction des principaux coura d'eau ; les plus importantes de ces vallées, d'un aspect très-pittoresque, sont celles du Clain, de la Voune, de la Clouère et de l'Auzauce. Ces vallées sont séparées les unes des outres par des collines et des plateaux peu élevés. La partie méridionale du département est traversée par la chaîne des collines de Gâtine, contre-fort des montagnes de l'Auvergne. Ces collines font partie de la ligne de faite qui sépare le bassin entier de la Charente du grand bassin de la Loire. Les cours d'eau les plus importants qui arrosent ce département sont la Vienne, qui donne son nom au département; la Dive, la Charente, la Sauve, la Briance, l'Amable, le Vende, le Clain, la Voune, la Clouère, i'Auzon, l'Auzance,la Garteinpe,la Creuse, l'Anglain, etc. Au point de vue géologique, ce département appartient au terrain calcaire jurassique ; ses principales richesses minérales sont : des mines de fer, manganèse, marbre, porphyre, serpentine, pierres meulières, pierres à aiguiser, pierres à chaux, pierres lithographiques, marne, argile à poterie, cailloux dus diamants de Châtellerault, etc. On trouve des sources minérales à Availles et à La Roche- Posay ; on n'y rencontre aucun canal d'irrigation d'intérêt collectif, mais quelques marais, notamment sur le* bords da la Dive et de la Briance. Ce département est compris dans la région du climat girondin; le climat y est généralement doux et tempéré. Les vents dominants sont ceux du nord on hiver,

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du sud en été et du nord-ouest au printemps ; ce dernier, connu sous le nom dogalerne, est quelquefois très-funeste a la végétation par les froids subits et inattendus qu'il amène. La Vienne est un département essentiellement agricole ; mais le sol en est inégalement fertile, maigreet sablonneux dans une grande partie des arrondissements de Poitiers et do < Châtellerault, marneux ou marécageux dans celui de Loudun, tandis que les terres de l'arrondissement de Civray sont en général glaiseuses et froides. Plus du tiers de ce dernier arrondissement est couvert de landes et de bruyères. Le département produit cependant des.céréales en quantité plus que suffisante pour la consommation des habitants : du maïs, du millet, de bons légumes, d'excellentes truffes, de bons fruits de table, des noix, des amandes, des châtaignes, du lin, du chanvre, etc. Les vignes produisent, année ordinaire, 350,000 hectolitres de vin rouge et 230,000 hectolitres de vin blanc, représentant une valeur totale de 4,500,000 francs. Ces vins sont, en général, de qualité médiocre, à l'exception des vins rouges de Champigny, Couture, Dissais, Jaulnais et des vins blancs de Roiffé, Saix et Salonne. La moitié de uette production est consommée sur place ; le surplus est livré au commerce ou converti en eau-de-vie. Le sol productif est entre les mains d'environ 59,000 propriétaires, dont le quart en v iron ne cul ti vent pas par eux-mêmes. Le nombre des métayers est a peu près égal à celui des fermiers payant une redevance en argent. La moitié environ des baux écrits a une durée de moins de 9 ans. Les moissons se-donnent fréquemment à compte de grains, c'est-à-dire que, selon l'apparence de la récolte, les moissonneurs la font moyennant une partie quelconque de tous grains. Le matériel agricole est assez satisfaisant. La moitié au moins des charrues est sans avanttrain; mais - ce fait peut s'expliquer aisément par la légèreté des terres dans une grande partie du département, notamment dans celle du nord. Les assolements sont ordinairement de trois ou de cinq ans. Le premier comprend un froment d'automne, un froment ou autre céréale de printemps sans fumure", pommes de- terre, pois, haricots ou jachère morte. Le second assolement consiste en froment fumé, en froment non fumé ou avoine d'hiver avec trèfle, pâture, jachère avec portion en récolte sarclée. Les cultures sarclées sont peu communes ; cependant on emploie fréquemment* le topinambour dans l'arrondissement de Montmorillon. Les vignobles ont pris beaucoup d'extension en ces dernières années. On préfère les vins blancs, dont le rendement est plus considérable et qui s'écoulent facilement pour servir aux coupages. Le chêne est l'essence forestière dominante; mais on trouve aussi le hêtre, le charme, le bouleau et le pin. Ce dernier est assez fréquemment soumis au gemmage, pour l'extraction de la résine, dès qu'il a atteint l'âge de quinze à vingt ans. Ce travail est fait par des résiniers des Landes, moyennant la moitié du produit. Le repeuplement se fait le plus souvent par des concessions de six à neuf ans pendant lesquels le sol est livré à la culture, afin qu'il puisse être bien nettoyé. On fait ensuite un écobuage à feu couverte! courant; enfin on défonce le sol à la charrue et ou recouvre le semis avec lai herse. Le3 amendements employés à l'amélioration des terres sont la marne et surtout la chnux; on amende en particulier les prairies naturelles avec de la cendre, de la suie, des plâtras de démolition, le plâtre cru ou cuit. Les fumiers de ferme étant insuffisants, on y ajoute des engrais commerciaux, le guano, le noir animal, des composés fabriqués autour de Poitiers avec. les immondices de la vUle, les vidanges des latrines, de la tourbe carbonisée, etc. Sans être un pays d'étangs, certaines parties de la Vienne possèdent une eau surabondante, que l'on est obligé de faire écouler au moyen de rigoles superficielles ou par le drainage. Ce dernier commence aujourd hui à se pratiquer en grand. Les prairies naturelles, qui s'étendeut surtout au N. et à l'O. du département, nourrissent une assez grande quantité de bestiaux; mais ou fait, en général, peu d'élèves. Dans quelques cantons des arrondissements de Civray et da Montmorillon, on engaisse des bceuts qui servent à l'alnnentatioii de Paris. On élevé des ânes et des mulets dans les cantons de' Mirabeau et de Lusignan. Education soignée de la volaille et des abeilles. On compte dans le département de lu Vienne 28,800 aniinuux de l'espèce chevaline, appartenuut aux races poitevine, angevine, bretonne, normande et percheronne. Le nombre des mules et des mulets est d'environ 1 1,200. Ces animaux sont l'objet d'un commerce irès-irnportaut. On trouve 10,800 ânes ou ânesses, dont la plupart sont employés comme bêtes de lubour dans les terres légères. L'espèce bovine comprend les races parthenaise, limousine, auvergnate, bretonne, hollandaise, suisse. On compte près de 74,000 tètes. Il y a environ 576,000 bêtes ovines, parmi lesquelles on reconnaît les races poitevine, solognote, berrichonne et métis-ménnos. L'espèce caprine compte près de 30,000 tètes. Le nombre des porcs est de 56,000 ; ils appartiennent généralement à la race craonuaise ou sont obtenus par voie de croisement avec les races anglaises. La valeur totale des volailles de toutes sortes de ce département est estimée

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à peu près a 688,000 francs ; celle des œufs et de lu plume, 512,000 francs. !.a production du miel est.évaluee à près de 30 000 kilogrammes. On trouve dans ce dépai temeui de belles forets de chênes, frênes, hêtres et bouleaux ; les plus étendues sont celles de Meulières (3.435 heetates), Vouilté-Saiiit-liiluire '(1,182 hectares), Mareuil, Ohâtellerault et Saiut-Sauvent.

L'industrie est assez développée dans la Vienne, et chaque jour de nouvelles fabriques s'y établissent, tandis que les produits des anciennes augmentent et se perfectionnent par l'amélioration* des procédés de fabrication. On trouve une importante manufacture d'armes à Châtellerault, qui est aussi renommée par sa coutellerie; des fabriques de serges, de grosses étoffes de laine, de dentelles communes; des blanchisseries de cire et de toiles, des brasseries ; des fabriques de chandelles, de tricots; des tanneries, minoteries, carrosseries, des vinaigreries, papeteries, distilleries, poteries, etc.; des hauts fourneaux à Verrières et à Lupchat, coulant annuellement 900,000 kilogrammes de fonte; des fonderies; des tourbières exploitées; de nombreuses et belles carrières de pierre de taille, etc. Le commerce a surtout pour objet les céréales, les laines, les toiles, les cuirs, les châtaignes, le miel, la cire, les eaux-devie, les boeufs, les mulets, les fruits, le fer, le chanvre, le lin et la volaille. Les voies de communication comprennent les voies ferrées d'Orléans à Bordeaux, de La Rochelle et Rochefurt, de Poitiers à Limoges, 7 routes nationales, M routes départementales, 63 chemins de grande communication, 122 chemins d'intérêt commun et 5,147 chemins vicinaux ordinaires, plus la navigation de la Vienne, de la Creuse et du canal de la Dive.

VIENNE (département de la HAUTE-),

division administrative de la région centrale de la France, formée en 1790 du haut Limousin, d'une punie de la basse Marche et da quelques cummunes du haut Poitou, et tirant son nom de sa situation sur le cours supérieur de la rivière de la Vienne. Ses limites sont, au N., le département de l'Indre et 3e la Vienne; à l'E., celui de la Creuse; au S., ceux-là Corrèze et de la Dordogne , a. l'O., Celui de la Charente, Superficie, 551,657 hectares, dont 230,213 hectares en terres labourables, 142,042 hectares en -prairies naturelles, 3,137 hectares en vignes, 56,777 hectares en autres Cultures ai bOrescen tes; 64,750 hectares eu pâturages , laudes et bruyères ; 54,138 hectares eu bois, forêts, étants, chemins, cours li 'eau, etc. Au point de vue administratif, il est divisé en quatre arrondissements : Limoge.-, chef-lieu ; Bellae, RochechouartetSaint-Yrieix ; ii comprend 27 eau t., 202 cumin, et 322,447 hab. Il t'urine, avec le ' département de la Creuse, le diocèse de Limoges, suffragunt de Bourges; il ressortit à la cour d'appel de Limoges, a l'académie de Poitiers, k la 28^ conservation (les forêts.

Le sol de ce département, généralement incliné de l'E. à l'O,, est hérissé de montagnes et d'un grand nombre de collines sur pn-sque toute sa surface ; leurs groupes, plus élevés et plus nombreux dans la partie orientale, s'abaissent et diminuent à mesure qu'ils s'awmcent veis l'occident. « Quelques-uns, dit Gtrault de Saiiu-Furgeau, sont frappés de stei due; d'autres sont couverts de bois ou ombragés de dit-tanee en distance par des musses de châtaigniers, ce qui donne nu pays une Leinte sombre et sauvage. ■ Les deux principales chaînes de la Haute-Vienne ont leur direction de l'E. à l'O. et forment le bassin secondaire ue la Vienne; le-sumuiet le plus élevé de la première est le mont de Puyde-Vieux, près, de Grummoiit; le point culminant de la seconde chaiue est le Jargeon (710 mètres). Les hautes montagnes de ce département, surtout celles qui sont les plus avancées à l'E., sont nues et couvertes de bruyères. Ces hautes régions se refusent à la> production des grands végétaux, surtout des châtaigniers, qui, cultives avec succès dans les régions moyennes, remplacent le grain et nourrissent les habitants pendant un tiers de l'année. A mesure que les montagnes s'abaissent en s'avttnçant vers l'O., on voit sur leurs crêtes et leurs penchants les plus élevés le bouleau et le hêtre, qui y prospèrent mieux que sur le bas des coteaux ; viennent ensuite le charme et le chêne, qui demandent une exposition moyenne. Le châtaignier occupe ordinairement les coteaux. Les penchants inférieurs des montagnes, les gorges et les vallons qui y prennent naissance sont plus ou moins cultivés, suivant l'exposition et la qualité du terrain. Les parties basses sont ordinairement couvertes de prairies qu'arrosent un grand nombre de cours d'eau , dont les plus importants sont : ta Vienne, la Dombade, la Mauue, le Taurion, l'Aurauce, l'AiXette, la Graine, la Gartempe, la Couze, la Semé, la Vincou et la Brame. De toutes ces rivières, la Vierine et la Gartempe ont seules quelque importance au point de vue du (louage et de la navigation; le département renferme de nombreux étangs, dont les plus importants sont ceux de Cieux, de la Pêcherie et ae Jossae. A -raison de la confounatiou, de la direction et uu grand nombre ue montagnes, à cause du grand nombre de rivières et de ruisseaux, de la multiplicité des sources, le climat de ce départe-

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ment est humide, froid et sujet à de grandes variations. Le maximum .du plus grand froid est de — 16° Réanmur, celui de lapins grande chaleur de -4- 290. Les hivers sont précoces et longs, mais la neige n'y séjourne pas ordinairement plus de quinze jours. L'atmosphère y est fréquemment chargée de brouillards, qui se dissipent assez rapidement. Les vents dominants sont ceux de l'ouest et du sud-ouest, qui soufflent pendant deux mois, du nord et du nord-ouest, enfin ceux du sud et du sud-est.

Les produits minéraux de la Haute-Vienne consistent en cuivre, fer, étain, plomb, antimoine, houille, et surtout en kaolin, qu'on exploite pour les manufactures de porcelaine de Limoges, pour celle de Sèvres et qu'on exporte jusqu'en Russie et aux Etats-Unis, Il y a aussi des carrières de marbre gris, de serpentine, de granit; des liions de grenat, d'émeraudes, d'améthystes et de tourmalines. Au point de vue agricole, ce département laisse beaucoup k désirer; il ne produit pas la quantité de céréales nécessaire à la consommation de ses' habitants. L'assolement biennal, blé et jachère, est presque le seul en usage. De temps à autre, on est obligé de laisser aux terres très-pauvres un plus long intervalle de repos; elles servent, pendant cette période, de pâturage aux moutons. La forme générale des baux est le mélayage. Le propriétaire fournit le capital des bestiaux nécessaires à l'exploitation. Les instruments aratoires sont fournis moitié par le propriétaire, moitié par le fermier; mais ce dernier est obligé de les entretenir en bon état. La durée des baux varie de deux à neuf ans; mais elle est généralement de beaucoup inférieure à ce dernier chiffre. Le fumier d'étable est presque le seul engrais employé. Malheureusement ce fumier est rare et mal soigné. Souvent les défrichements se font au moyen d'un écobuage. La chaux et la marne faisant partout défaut, il est rare qu'on emploie des amendements. La charrue est l'ancien araire perfectionné par la substitution aux anciennes oreilles en bois d'oreilles en fonte ayant la courbure nécessaire pour îetourner la terre. L'espèce chevaline compte 7,000 bêtes; l'espèce asine, 2,400; les mulets sont au nombre de 1,550 environ; l'espèce bovine compte 107,130 tètes; l'espèce ovine, 741,000; l'espèce caprine, 12,000; l'espèce porcine, 96,000. On produit beaucoup de mulets qui trouvent dans le Midi des débouchés faciles. Les moutons utilisent les vastes étendues de terres incultes qu'on trouve dans les diverses parties du département. On ne leur donne en hiver qu'un supplément de nourriture insuffisant k l'etable; pendant l'été, ils errentdansde maigres pâturages sous la conduite de tout jeunes enfants. Ils vivent cependant, mais ils sont petits, chétifs et ne donnent qu'une petite quantité de laine grossière. Les porcs donnent lieu k un élevage lucratif et à un mouvement commercial important. Cette race, à oreilles droites, à robe blanche et noire, est féconde, facile k engraisser et donne une chair excellente. Le poisson abonde dans les plus petits cours d'eau; on y trouve la carpe, la tanche, la truite, les anguilles, les brochets. Parmi les céréales, la plus cultivée est le seigle. On récolte beaucoup de sarrasin, dont la farine sert k faire des galettes. On cultive aussi, mais sur une bien moindre échelle, l'orge, l'avoine, le maïs, le millet, la pomme de terre, la rave plate, qui atteint quelquefois le poids de 5 kilogrammes. Nous ue devons pas oublier le châtaignier, qui couvre de vastes espaces et dont les fruits succulents entrent pour une notable partie dans l'alimentation des hommes et des animaux. Les principales essences forestières sont les chênes et les châtaigniers, dont le bois est recherché pour . la charpente, la menuiserie, la tonnellerie. On trouve encore des hêtres, des charmes, des bouleaux, des sorbiers, des merisiers, le houx, le buis, le cornouiller, qui acquiereut des dimensions remarquables. L'arrosage est pratiqué avec beaucoup d'intelligence et de soin partout où la nature du sol l'a rendu possible.

L'industrie manufacturière du département Consiste principalement dans ses nombreuses fabriques de porcelaine, qui occupent plus de 50,000 ouvriers ou employés de toute sorte; après l'industrie céramique viennent en seconde ligne les fabriques de gros draps, ca- " simirs, droguets, tianeiles, couvertures de laine, toiles communes, muuehohs, liqueurs; les filatures ue coton et de laine ; les imprimeries typographiques, renommées pour les ouvrages à bas prix; les cordonneries, les ganteries, les saboteries, les hauts fourneaux (au nombre de huit), les papeteries, les brasseries, les verreries, les poteries, les tanneries et les distilleries. Le commerce de ce département, desservi par des routes nationales et départementales et par deux lignes de chemins de fer, a principalement pour objet les châtaignes, les vins, le bois, le chanvre, la librairie, les bestiaux; les chevaux, les bœufs, le fer, l'acier, le kaolin et la porcelaine.

VIENNE, ville de France (Isère), anciennement Vienne AUobrogum, ch.-l. d'arroud.etde deux cantons, sur la rive gauche du Rhône, à 80 kilom. N.-O. de Grenoble, k l'embouchure de la Gère, qui la divise en deux parties inégales, et sur le chemin de fer de Paris

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à Marseille; pop. aggl., 19,844 hab. — pop, tôt., 26,017 hab. L'arrondissement comprend 10 cantons, 134 communes et 147,998 hab. Tribunal cle lr<: instance, tribunal de commerce, chambre de commerce, conseil de prud'hommes, collège communal. Manufactures de draps, forges, fonderies, papeteries, verreries; fabriques de bougies. Moulins à farine et k foulon. Vienne est la seconde ville du département de l'Isère par sa population, et la première par son antiquité, ses monuments et son commerce. Elle s'etage en amphithéâtre sur le penchant d'une colline dominée au nord par le mont -Salomon , à l'est par le mont Sainte-Blandine, an sud-est parle mont Saint-Just. C'est une cité des plus intéressantes au double point de vue pittoresque et archéologique, La largeur du Rhône est à Vienne de 200 mètres environ. Un fort beau quai de 1,500 mètres règne le long du Rhône. Les monuments de Vienne se divisent en monuments antiques et en monuments modernes.

— Monuments antiques. Au premier rang se place le temple d'Auguste et de Livie qui est, après la maison carrée de Nîmes, le monument de la période romaine 'le mieux conservé du midi de la France. D'ordre corinthien, il affecte une forme rectangulaire et mesure une longueur de 27 mètres, une largeur de 15 mètres et une hauteur de I7m,35. Le frontispice de sa façade présente six colonnes cannelées, supportant un entablement surmonté d'un fronton. Un péristyle, large de 2m, 43, régnait jadis sur trois faces de l'édifice. Des fouilles récentes ont appris qu'il fallait alors monter douze marches pour arriver au péristyle, et ont fait découvrir, en outre, les dalles romaines qui pavaient le forum, enfouies h une profondeur de près de 2 mètres, ainsi qu'un portique a arcades qui, vraisemblablement, en formait l'enceinte. Le temple d'Auguste et de Livie, bâti en molasse de Bourgogne et en pierre de choix, a souffert depuis sa fondation des dégradations nombreuses. Au ve siècle, des moines le transformèrent en une église, qui fut nommée d'abord Notre-Dame-la-Vieille et ensuite Notre- Dame-de-la-Vie. Les entre-colonnements furent murés, les cannelures détruites. Entre ces entre-colonnements murés, des portes et des fenêtres d'architecture romane et ogivale furent pratiquées. Une porte surbaissée défigura la façade principale. Enfin, sur les côtes s'étayèrent d'ignobles constructions , comme k Paris l'on en vit si longtemps accolées aux ruines des thermes de Cluny. Sous la Révolution, le temple de Livie servit de lieu de réunion aux séances du club des jacobins, et l'on- y célébra la fête de la déesse Raison, Plus tard, le tribunal de commerce s'y installa. Enfin, en 1822, on y transféra la bibliothèque de la ville et un musée, occupant depuis quelques années le musée de l'abbaye, pendant que la bibliothèque était installée à l'hôtel de ville, où elle a été détruite par les flammes. D'intelligents travaux ont aujourd'hui dégagé le temple des accolades qui le déshonoraient, et l'architecte Dufeux a été chargé de le restaurer.

Dans le. musée , fondé en 1813 par P.

Schneider, on a réuni plusieurs remarquables fragments antiques. Deux arcades restent Seules debout des anciens portiques du forum. On voit tout auprès les rampes d'un antique escalier, construit sur des proportions grandioses. Deux aqueducs conduisaient par le versant nord du mont Quirtnal (Sainte- Blandme) les eaux de la Gère dans la ville." Ces aqueducs étaient espacés de 10 mètres, hauts et larges de 2 mètres. Deux autres, plus petits, récemment découverts, ont été Utilisés après de légères réparations.

Le Plan de l'aiguille, situé entre le Rhône et la route de Provence, est une pyramide quadrangulaire de 16 mètres de hauteur et de 4 mètres de côté a la base, -reposant sur un portique carré, percé de quatre arcades, avec colonnes corinthiennes aux quatre angles. Cette pyramide faisait, croit-on, partie d'un grand cirque, dont on a mis à découvert les vastes contours par des fouilles récentes. Signalons encore : le long de la Gère et près du pont Saint-Martin, la trace des remparts de la cité romaine ; sur le mont Pipet, les ruines de la citadelle des AUobroges ; au pied de la même montagne, les restes d'un amphithéâtre ; place ue la Boucherie, quelques vestiges d'un grand édifice romain ; rue de l'Embarcadère, un mur encore recouvert de peintures à fresque, et aux environs de la ville plusieurs tronçons de voies romaines.

— Monuments modernes. L'église cathédrale de Saint- .Maurice est construite à peu de distance du Rhône, qu'elle domine du sommet d'une terrasse. Un large perron de vingthuit marches la précède, et* sa façade, transition du gothique fleuri au nouveau style de la Renaissance, est flanquée de deux tours jumelles carrées, servant de clochers. Le portail appartient au xve siècle. L'édifice a la forme d'une basilique terminée par trois absides. Ses dimensions Sont les suivantes : hauteur de la nef, 27 mètres; longueur, 96 mètres; largeur, 36 mètres. La voûte, peinleen azuï et semée (i'éîoiies d'or connue le porche de Saint-Germain l'Auxerrois de Pans, est Soutenue par vingt-quatre piliers. Une galerie ogivale, .dout les arcaaes reposent dans. le chœur sur des colonnettes gothiques, règne autour de la nef et du choeur ; partout

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ailleurs les colonnettes sont remplacées par des nervures. Dans le chœur, au-dessus et au-dessous de la galerie courent des frises étranges, représentant des palmettes, des figures d'hommes et d'animaux. Un grand basrelief, \' Adoration des Muges, orne la partie supérieure d'une porte qui conduisait jadis au cimetière des pauvres. On remarque de beaux vitraux anciens dans la chapelle Saint-Jacques; dans'le chœur, le grand autel, en marbre blanc, par Michel-Ange Slotdz, et a. droite de l'autel le tombeau assez remarquable de Montmorin par le même artiste. Saint-Maurice parait avoir été rebâti vers le xne siècle, sur une autre église plus ancienne et accommodé au goût gothique par plusieurs réparations successives. Saint-Maurice est classé au nombre des monuments historiques. Un cloîter était joint jadis à l'édifice ; la porte seule est restée debout.

L'église de Saint-André-le-Bas, fondée par Ancemond, duc de Bourgogne, ancienne chapelle des rois de la même maison, présente un clocher en forme de tour, du plus pur ro- ,man. Quant au cloître, complètement défiguré, il sert de cour à "une maison voisine. Saint-André est également catalogué au nombre des monuments historiques.

L'église Saint-Pierre, fondée au VIe siècle, n'était dans l'origine qu'une basilique à une seule nef, large fie 15 mètres environ et couverte d'une charpente apparente. Le savant M. Bœswillwald donne comme unique en France la disposition de ses murs, décorés de deux étages d'arcades portées sur des colonnes de marbre. La division de l'église en trois nefs avec voûtes en berceau ue date que du xviu" siè,e!e. Il ne reste de l'abside primitive q^ue deux colonnes en marbre, portant jadis 1 arc triomphal. Le reste de l'abside et le clocher, construit en avant de la façade primitive, appartiennentauxne siècle. Des travaux récents de restauration ont amené la découverte dans l'église d'un grand nombre de tombeaux, entre autres de celui de saint Mamert et le sarcophage de saint Léonien, évoque de Vienne au ve et au vie siècle. L'église Saint-Pierre, cessant d'être affectée au culte, est destinétî à servir de musée.

Les autres monuments religieux de Vienne sont : l'église Saint-Audre-le-Haut , près de laquelle se trouve Une admirable porte dans le style de la Renaissance; l'église Saint-Martin (xvi.e siècle), restaurée eu 1S45 , et la chapelle de l'hôpital Saint- Paul, qui possède uu grand nombre-, de tableaux assez remarquables de l'école italienne.

Les principaux édifices civils sont: l'hôtel de ville, construction moderne, de style néo-étrusque ; le palais de justice, occupant l'emplacement de l'ancien palais des Préteurs; le collège, bâti en 1605 et où Massillon enseigna lit théologie ; la nouvelle halle; la tour dô Pilate et un grand nombre de maisons fort curieuses, appartenant aux époques romane, gothique et de la Renaissance.

— Promenades. Les promenades de Vienne sont : le champ de Mars et le cours Romestang. On pourrait comprendre sous la même dénomination, les environs de la vieille ville galio-romaine. Au sommet du inout Salomon s'élèvent les ruines du château de la Bâtie, démoli sous Louis XII l, et sur le inout Sainte- Blandine cebes du château de Pipet. Depuis. 1860, le mont Pipet est lui-même surmonté d'une statue colossale de la Vierge. Le bourg de Sainte-Culonibe, véritable faubourg de Vienne, bâti sur la rive droite du Rhône, possède encore une vieille tour carrée, construite par Philippe de Valois, On y a trouvé récemment de nombreux vestiges de constructions romaines.

— Célébrités. Vienne a vu naître Claudien Mamert, frère de l'archevêque du même nom et auteur du célèbre traité De la nature de l'âme; le jurisconsulte Gui Pape ; Nicolas Churier, auteur d'une Histoire générale du Dauphinê et de Recherches sur les antiquités de la ville de Vienne; les frères Lériget de Lafaye ; enfin , parmi les contemporains , M. Mermet, auteur d'une savante Histoire de Vienne, restée inachevée, et les poètes Francis Ponsard et Charles Reynaud.

— Histoire. Vienne (Viennn), fondée, suivant la légende, par une colonie Cretoise, fut autrefois la capitale du pays des Allobroges. Ce fut k Vienne que Brennus tint conseil avant d'entreprendre sa célèbre expédition d'Italie. Plus lard, les Romains, appréciant la situation avantageuse de cette place, l'entourèrent de fortes murailles et y élevèrent des aqueducs. César y iusiallu. un immense entrepôt d'armes et de munitions, y établit un procurateur, chargé de l'administration, et y fonda iiiêuie un sénat. La trahison des deux chefs allobroges Œgus et Roscillus troubla bientôt les bons rapports des vaincus et des vainqueurs, et lesViennois d'origine allobrogique, chassés de leurs foyers, duient subir la punition d'une faute qu'ils n'avaient pas commise. Mais le desespoir des bannis tit rapidement place a la fureur; retournant sur leurs pas, en force, ils bloqué- • rem la ville ; la famine se déclara parmi les assiégés, et la nouvelle de la mort de César venant par surcroit achever de les décourager, les Romains évacuèrent Vienne, où rentrèrent aussitôt les anciens habitants. Le second triumvirat fut (four Vieune une époque de prospérité. La ville, déclarée ville libre, grâce au crédit de Cicéron, vit admettre plu.-

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sieurs de ses habitants dans le sénat romain. De nouvelles faveurs attirèrent à Vienne une population croissante. En même temps s'élevaient des temples, des théâtres, des thermes, un palais impérial, etc. Cet état florissant n'empêcha pas des troubles civils d'éclater dans la ville ; Auguste envoya Tibère les apaiser et ce dernier y réussit. Plus turd, Caligula vint également à Vienne. Julien, avant d'aller repousser les peuples de la Germanie, passa à Vienne tout un hiver. Enfin, en 438, Vienne devient la capitule du nouvel Etat bourguignon. Goudebaud s'en empare eu 489. Clovis, soutenu par saint Avite, évêque de Vienne, (.'basse Gondebaud de sa capitule, puis s'éloigne en en confiant la garde à Gondégisile, troisième frère du Bourguignon. Mais ce dernier revient k la charge, reprend Vienne et fait périr du ns les flammes le gouverneur imposé. Lors du partage du royaume de Bourgogne entre les enfants de Clovis, Vienne échut à Clotaire ; cessant dès lors d'être la cupiiale des Bourguignons, elle perdit beaucoup de son influence, bien que son évêque prétendît comme pur le passe k la suprématie sur les autres prélats de la Gaule. Des monastères innombrables, abbayes, prieurés, etc., s'élevèrent autour de ses murailles, et suint Avite put écrire :• Les belles avenues de Vienne sont environnées d'un rempart de temples sacrés. » L'invasion des Sarrasins (737) amena pour la ville les

filus mauvais jours ; l'ennemi prit et saccagea es deux parties appelées Viemie-lu-Kiche et Vienne-lu- Belle, mais il échoua devant l'autre panie, Vienue-ln-Forte, dont les habitants se défendirent héroïquement. En 834, à la suiie des guerres civiles de Louis le Débonnaire avec ses enfants, Bartiurd, archevêque de Vienne, ouvrit les portes de la ville aux troupes de Lothaire, qui y commirent mille excès. Lothuire, après la mort de Louis le Débonnaire, conserva Vienne avec le Dauphiné. Sous le règne de Charles le Chauve, le commandement en fut donné à Boson, qui prit dès lors le titre de comte de Vienne, jusqu'au jour où, en 879, il fut couronné roi à Bon tour. Alors la ville et le Comté de Vienne sont incorporés au nouveau royaume de Bourgogne, pour n'être réunis de nouveau k la France que cinq cent soixante-onze ans plus lard. Boson meurt k Vienne en 887. En 933, la ville est remise an pouvoir de Rodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane; en 847, Charles-Constantin, fils de Louis l'Aveugle, s'empare de Vienne et y. reçoit Louis d'Outre-mer, qui vient lui demander asile à la Suite de sa défaite par lingues le Cirand et le comte de Vermandois ; en 993, Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, meurt k Vienne ; son Als Rodolphe ayant cède ses Etats à son neveu, l'empereur Henri 11 (1018), la population se révolte contre cette donation, et Rodolphe donne, en 1023, k l'archevêque Burcard le titre de comte de Vienne, avec la souveraineté temporelle des fiefs en relevant. Devenue la simple capitale d'un eomté,Vieune s'etface dès lors de plus en plus. Les années suivantes sont presque exclusivement occupées par les querelles des archevêques-comtes avec leurs voisins. En 1328, la vieille rivalité entre Vienne et Lyon se rallume ; la guerre éclate ; Philippe VI prend parti contre les Viennois et leur enlevé plusieurs châteaux foris. Enfin la cession du Datiphiné par Humbert II k la France (1349) mit tin à ces luttes. Charles IV, à son passage en France, corrobora encore cette cession en accordant au fils aîné du roi de France le titre de vicaire de l'empire dans le Viennois, titre qui entraîna la révocation en faveur du jeune prince de la juridiction que l'archevêque et son chapitre exerçaient dans la ville. Eu 1415 et 1418, Vienne reçoit tour à tour Sigismond et le dauphin de France, depuis Charles VII, Plus tard, c'est k Vienne que vient aussi s'enfermer Louis XI encore dauphin, révolté contre son père. Charles VU envoie une armée contre lui; le dauphin échappe et, en 1456, le roi se rend à Vienne et y reçoit le serment de fidélité. La Réforme fut pour Vienne le commencement de nouveaux troubles. En 1562, le baron des Adrets s'empara de la ville et s'y signala par mille cruautés. Matignon la reprit la même année, et les catholiques s'y maintinrent jusqu'en 1567, époque où les protestants y rentrèrent, y commirent mille vexations, et détruisirent une punie des monuments religieux. Le duc de Nemours parvint à reprendre la place. Maugiron eu était gouverneur au nom du roi, lorsqu'à la suite d'un mécontentement de cour il se jeta dans le parti de la Ligueet livra Vienne au duede Nemours, révolté comme lui. Lesdiguières vint mettre le siège devant la place et fut repoussé ; mais plus heureux eu 1595, et à l'aide d'intelligences secrètes, le connétable de Montmorency parvint k y pénétrer et la lit rentrer dans le devoir. A partir de ce jour, les annales de Vienne ne présentent plus aucun fait historique important.

Ville religieuse avant tout, jusqu'à l'époque de la Révolution, Vienne vit toujours son siège archiépiscopal recherché par les plus hautes familles. Les plus illustres des prélats qui l'occupèrent au dernier siècle furent Armand de Montniorin et Henri de LaTour-d'Auvergne.

Plusieurs conciles ont été tenus à Vienne. Au concile de 177, ou rédigea l'histoire du supplice des martyrs de Lyon ; en 475, saint Mamert réunit à Vienne un concile dans le-

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quel on institua la fête des Rogations. Deux légats du pape Fonnose tinrent le concile de 892, dans lequel on fit quatre canons contre ceux qui prenaient les biens du clergé, tuaient ou mutilaient un clerc, fraudaient les legs pieux, etc. Etienne, légat de Nicolas II, présida le concile de 1060. On y vota des canons contre la simonie , l'incontinence des clercs, les mariages incestueux, les moines apostats, etc. Dans le concile de 1 112, présidé par l'archevêque devienne, on condamna l'investiture par un laïque des évêchés, des abbayes et des biens ecclésiastiques, et on excommunia le roi Henri 11 d'Allemagne. Le légat Pierre de Capoue, au concile de 1200, lança l'interdit sur toutes les terres relevant du roi Philippe-Auguste. Le concile de 1289, dont les actes sont perdus, fut présidé par Guillaume de Valence. Eu 1311 eut lieu à Vienne le quinzième concile œcuménique, convoqué par Clément V. Il eut pour objet l'affaire des temp.iers, le projet de croisade et la reforme de la discipline et des mœurs ecclésiastiques. Enfin le concile de 1577 promulgua quatorze canons sur des matières de discipline.

VIENNE, en latin Vindobonn, Juliobona et Fiuvianu Castra, en allemand Wien, capitule de J'empire d'Autriche et de l'archiduché d'Autriche, sur le territoire au-dessous de l' Il ns, dans une plaine fertile, au pied du Rahlenberg et sur le canal du Danube (Donau), bras méridional de ce fleuve, dans lequel se jette la Wien, ù l'E. de la ville, par 48» i2' as, |Utii. M. et 14" 2' ne longil. E., à 1,398 kiiom. E. de Paris, 540 kilom. S.-K.de Berlin ; 833,855 hab., d'après le recensement de 1872, y compris les faubourgs. Résidence de l'empereur d'Autriche; siège du gouvernement et des autorités supérieures de l'empire ; cour de cassation ; tribunaux d'appel, de 1" instance et de commerce; résidence du corps diplomatique. Archevêché catnolique; consistoire protestant ; consistoire Israélite avec belle synagogue.

— Aspect général. Assise dans une belle plaine élevée de 14S mètres au-dessus du niveau de la mer, Sous un climat doux et temperé.Vienue, qu'entoure au S. etki'O. la forêt ue Vieune (Wieiierwald), couvre une superficie de 2,971 hectares , dont la moitié est occupée par les faubourgs; sa plus grande longueur, dans la direction du canal du Danube, du N.-O. au S.-E., est de 6,500 mètres ; sa plus grande largeur, dans la direction de la Vienne (Wieu), du N.-E. au S.-O., de 5, C00 mètres; sou périmètre total est de £8,900 mètres. La capitale de l'Autriche se compose de la ville proprement dite, ou ancienne ville, et des faubourgs, qui rayonnent dans toutes les directions. En 1663, ou a supprimé l'ancienne division administrative en ville intérieure et en 34 faubourgs ; depuis lors, Vienne se compose de 9 arroiidissemeuts : ville intérieure, Léopoldstadt, Landstrasse, Wieden, Margarethen , Mariahilf, Neubau, Josephstadt et Alsergrund. A ces quartiers se rattachent 18 nouveaux faubourgs, situés en dehors des fortifications extérieures, appelées lignes. Ces fortifications, construites en 1704, consistent en un rempart haut de 4 mètres et en un fossé et sont percées de 14 portes. Elles servent aujourd'hui de mur d'octroi. La ville intérieure ou ville proprement dite (Stadt), dont la population n'est que de 67,752 hab., est le centre des affaires et le rendez-vous des étrangers. Elle était entourée de fortifications intérieures, comprenant un rempart, des fossés et des glacis, lorsqu'un décret impérial de 1858 ordonna de les faire disparaître. On les remplaça par le boulevard Ringstrasse, d'une largeur moyenne de 50 mètres, et qui entoure la cité jusqu'au canal du Danube, bordé par le quai François-Joseph. Des douze portes qui entouraient la ville intérieure, il u'eu reste plus que deux, le Frauz-Josephs-Thor et le Burg-'f hor. Les rues de la eité sont généralement étroites, tortueuses, bien pavées et bordées de maisons vastes etélevées.Parmi les plus fréquentées, nous citerons le Graben, remplie de riches magasins et au milieu de laquelle s élevé la colonne de la Trinité, érigée en 1793 par l'empereur Leopold l";ie Kohlmarkt, une des rues les plus commerçantes, qui conduit au palais impérial; le Herrngasse, la rue de Curiuthie, etc. Là se trouvent les palais impériaux et seigneuriaux, les administrations publiques, la cathédrale, de nombreuses places, etc. Le long du Ringstrasse ou Ring, le' rendez-vous du monde élégant, se trouvent plusieurs constructions grandioses, le nouvel Opéra, des jardins publics, des parcs, etc. Les faubourgs qui entourent la ville intérieure, et dont les constructions sont postérieures au siège de Vienne, sont plus régulièrement bâtis que la cité ; les rues en sont généralement larges et droites, bordées de belles maisons, de beaux hôtels, et coupées çk et là de vastes jardins. Sur la rive gauche du Danube, on remarque le faubourg Léopoldstadt, où l'on trouve la supeibe rue de la Jogerzeile; sur la" rive droite, les faubourgs Lund-lrasse, Wieden, Mariahilf, Neubau, Josephstadt, etc. Huit pouts jetés sur le canal du Danube font. communiquer la cité avec le faubourg de Leopoldstudt et la belle promenade du Prater. Les deux rives de la Vieune, qui traversent une partie des faubourgs, sont reliées par quinze ponts. Les principaux monuments de

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Vienne sont dans la Cité, quartier de l'aristocratie et de la société riche, ce qui est le contraire de Paris, L«-odres et autres grandes villes, où les nouveaux quartiers sont habités par la classe la plus aisée de la société. Les embellissements qu'on a faits à Vienne depuis quelques années l'ont mise au rang des plus belles villes modernes. C'est une cite animée, dont les voies principales sont sillonnées de tramways. Les habitants y sont d'une grande affabilité naturelle. Dès huit heures du soir, presque tous les magasins sont fermés, ce qui nuit à l'érlairage nocturne et à la gaieté des rues. Le climat y est doux; mais les changements subits de température y sont fréquents.

— Monuments religieux. Le plus remarquable des monuments de Vienne est la cathédrale, dédiée à saint Etienne. Ce vaste édifice, commencé vers 1300 par ordre du duc Albert 1«, sur remplacement d'une église romane dont on a conservé quelques parties, ne fut terminé qu'en 1510. 11 a 108 mètres de longueur sur 2710,20 de hauteur. La grande iiff a 10"', 60 de largeur et les bas- côtés 8m,80. Cette église, un des plus beuux spécimens de l'architecture gothique en Allemagne, a la forme d'une croix latine et contient trois nefs presque de même hauteur, coupées par un transsept sans collatéraux. Elle est surmontée de deux louis, la tour du Nord, qui n'a pas été terminée, et la tour du Sud, achevée en 1433 et qui a été rèéuiliée de 1860 k 1864 par l'architecte Schiuidt; elle a 136 mètres d'élévation, est surmontée u'une croix et d'un aigle dorés, et renferme un bourdon au second étage. A l'extérieur ou remarque le giand portait, dit porte du Géant, orné de sculptures , et les deux tours des Païens. Au sud se trouvent le porche de la tour, la porte appelée Primthor et plusieurs bas-reliefs remarquables. Intérieurement, les voûtes ogivales sont soutenues par dix-huit piliers de 3 mètres de diamètre et ornés d'une centaine de statues. Le grand autel est en marbre noir et surmonté de la Lapidation de saint Etienne, tableau de Bock. La chaire eu pierre, sculptée par Pilgram, est remarquable. Citons encore quelques beaux vitraux, des stalles richement sculptées, le sarcophage de l'empereur Frédéric III, en inarbre rouge et exécuté par Lerch ; le tombeau du prince Eugène, etc. Au bas des marches du sanctuaire se trouve, fermée par une pierre, l'entrée du caveau où depuis plus de deux siècles on dépose les intestins des membres de la famille impériale.

L'église des Augustins, qui est la paroisse de la cour, est un édifice élégant, à trois nef»); on y remarque les monuments funéraires de l'archiduchesse Marie-Christine, par Cauova; du feld-maréchal Daun, de l'empereur Léopold U, etc. Dans une chapelle attenante k l'église se trouvent, dans des urnes d'argent, les coeurs des membres de la famille impériale.

L'église Saint- Charles -Borromée est un fort bel édifice, construit en 1716 par ordre de Charles VI et surmonté d'une haute coupole. Le fronton de l'édifice est supporté pur six. colonnes corinthiennes, ornées de demi-reliefs. Les deux colonnes placées de chaque côté du portail présentent des bas-reliefs exécutés par Maderet rappelant des traits de la vie de saint Charles. A l'intérieur, on remarque le monument funéraire du poète de Collin. L'église Saint-Pierre possède une belle coupole, construite par Fischer d'Erlach en 1702 et restaurée en 1844. On y remarque des peintures d'Altomonte , de Bibiena , de Rothmayer, etc.

L'église des Capucins renferme le long caveau sépulcral où sont déposés dans des cercueils, en cuivre pour la plupart, les corps des empereurs.

L'égiise Votive, construite depuis peu d'années, est un bel édifice gothique, aux deux tours élancées, et dont la façade est ornée de statues.

Citons encore l'église Sainte-Anne, l'église de la colonie française; l'église de l'Ordrede-Malte, église nationale hongroise; l'église de Maria -Sliegen, l'église nationale bohé.mieuiie, bel édifice gothique, dout le clocher a 57 mètres d'élévation , et qui date du xive siècle ; l'église grecque, richement ornée de marbre et de dorures ; l'église d'Aiterchenfeld, construite en brique, en 1858, dans le style italien, et ornée de fresques ; l'église des Lazaristes, édifice gothique terminé en 1862; l'église Sainte-Elisabeth, construite dans le même style et achevée en 1866; l'église des Mègissiers, terminée en 1870; la synagogue, en style byzantin, etc. L'église des Minorités, construite vers la fin du xiv« siècle, possède un portail fort beau. On y remarque le tombeau de Métastase et une copie eu mosaïque de la Cène de Léonard de Vinci. Dans l'église appelée la Schottenkirche se trouvent le tombeau de Rûdiger et plusieurs tableaux de Saudrart. .

— Palais. Le palais impérial, résidence de l'empereur et appelé liury ou JJjfbmg, est un v.eil et immense édifice aux constructions très-irrègulieres et qui datent l'-e diverses époques. Lorsqu'on y entre par laulace Saint- Michel, on pénètre dans une vasto cour intérieure, appelée place François, parce qu'au milieu se trouve le monument de l'empereur François 1er, élevé par Marches! sn 1835. La statue de l'empereur est placée sur un haut

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piédestal, entouré de quatre statues allégoriques et orné de hauts-reliefs. Les bâtiments situés au sud de cette cour sont appelés la Bésidence. C'est là que se trouvent les appartements de l'empereur et la belle salle des chevaliers. La partie nord est occupée pa.r la Chancellerie de l'empire et par les archives de l'Etat. La place François communique par un passage à la cour des Suisses, où l'on voit les bàiimeiits du Trésor et la chapelle du palais. De là, un autre passage mène à la place Joseph, où sont situés les bâtiments contenant la bibliothèque impériale, les cabinets d'histoire naturelle, de minéralogie, etc.

Parmi les autres palais de Vienne, nous citerons : le magnifique palais de l'archiduc Albert, récemment construit dans l'Albrechtgasseetqui communique par un passage avec l'ancien palais de ce prince. Dans ce dernier édifice se trouve une fort belle bibliothèque, appelée Albertina, contenant 40,000 volumes, et une des plus belles collections de gravures qu'on connaisse. Le palais de l'archiduo Guillaume présente une façade ornée de colonnes ioniques. Il a été construit par 1-Ia.nsen en 1866. Mentionnons encore le palais archiépiscopal, le palais du p.inee Sohwarzenberg, dont la beau jardin est ouvert au public en été; le palais de l'archiduo Louis- Victor, qui est orné de statues; te palais Paluvioini, dont l'entrée est ornée de quatre cariatides de Zaïmer. Le palais Lichtenstein, dont le jardin et le parc sont toujours ouverts, contient la plus belle galerie particulière de tableaux qu'il y ail k Vienne. Les palais Harra.h et Schœnborn renferment également de belles guleri s de tableaux. Citons enfin le palais Siuu, orné de fresques par Rahl et restaure par llansen, et le palais du Belvédère, où se trouve le musée et dont noua parlerons plus loiu.

— Monuments hivers. L'hôtel de ville remonte, dans la partie la plus ancienne, au xvo siècle. Sa façade principale a été construite au xviiie siècle. Il coniient la bibliothèque de la ville, les archives, et la salle des délibérations du conseil est ornée des portraits des empereu s. Dans la cour, on voit une fontaine avec un groupe représentant Persée et Andromède, par Donner. Le Luiidliaus ou chambre des députes de la basse Autriche se fait remarquer par sa jolie façade. Nous ne ferons que mentionner la nouvelle Bourse, le tribunal criminel, grand bâtiment à deux tours; l'ancien hôtel de la Banque et de la Bourse, construit dans le style de la Renaissance par Feistel en 1S60 et qui a change de destination depuis 1872; l'hôtel du gouvernement, la douane centrale, etc. L Hôpital général, qui occupe tout un quartier et .-st le plus grand de l'Europe, contient 3,00iï-lils. L'hospice des aliènes renferme de vastes jardins et peut contenir 600 malades. L'arsenal, terminé en 1855, forme un parallélogramme ayant 700 mètres de longueur sur 420 de largeur. Il contient une fabrique d'armes, une fonderie de canons, un hôpital et une église dédiée à Notre-Dame des Victoires. Menlionnons encore : l'arsenal civil, contenant une collection d'armes, des drapeaux ; les Invalides, où l'on remarque deux beaux tableaux de batailles par Kiatft; le nouveau marché, le manège impérial et royal, réputé le plus beau de 1 Europe ; l'Imprimerie impériale, établissement modèle contenant une fonderie de caractères, une stéréotypie et. une grande variété de caractères typographiques ; sa salle de la Société des amateurs de musique, construite par llansen dans le style de la Renaissance (1867-1870), à la façade ornée de statues, à l'intérieur richement décoré; on y trouve une bibliothèquecontenantîO, 000 ouvrages de musique et une collection d'instruments, etc. Citons enfin la magnifique gare du„Nord, achevée en 1866.

— Etablissements d'instruction et d'utilité publique. L'université de Vienne fut fondée en 1365 par l'archiduc Rodolphe IV et ' confirmée par le pape Urbain V. C'était la seconde haute école ouverte en Allemagne, Après les événements qui porteront un si rude coup k l'établissement universita.re de Prague et k lu suite desquels des milliers d'étudiants émigrèrent (1409), Vienne reçut un éclat tout particulier en recueillant une partie des fugitifs. Longtemps son université fut entre les niams des jésuites; ce n'est qu'au milieu du xvme siècle, sous le règne de Marie-Thérèse, que le célèbre Van Swieten en reçut la direction et apporta de grandes améliorations dans l'instruction médicale. Vienne encore aujourd'hui a la meilleure école de médecine ue l'Allemagne. Pourtant, il faut avouer que sou université brilla surtout au moyen âge et k la Renaissance. Sa période la plus florissante est toujours celle qui a été vue et racontée par jEneas Sylvius, On rapporte que, au commencement du xvie siècle, elle était fréquentée par près de 7,000 étudiants. Parmi les noms modernes qui ont illustré 1 université, il faut citer l'astronome Littrow, l'orientaliste M. de Hammer et le théologien catholique Guiuher. 2,500 étudiants et presque autant d'élèves libres suivent les cours de 130 professeurs. Les cours de philosophie et de droit se font dans l'ancien séminaire, place de l'Université. De l'université dépendent le séminaire philosophique et historique, l'observatoire, qui a été transformé en 1S25 et pourvu d'excellent»

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instruments ; l'institut de physique, le musée agricole, le jardin botanique, le musée d'histoire naturelle et de géologie, le musée de pathologie et la faculté de théologie protestante.

Vienne possède une académie des sciences, fondée en 1846 ; une académie des langues orientales, fondée en 1769; un conservatoire de musique; une académie de génie militaire, fondée en 1735; un institut géographique, fondé en 1S39; un institut géologique, tonde en 1849; une société d'économie rurale, une académie de commerce, dont la façade, construite en 1862 par Fellner, est ornée des statues de Christophe Colomb et d'Adam Smith. L'Académie des beaux-arts, fondée en 1705 et réorganisée en 1872, renferme une bibliothèque, une collection de gravures et de dessins et une assez» belle collection de tableaux et de plâtres d'après des chefs-d'œuvre antiques et modernes.

L'Académie de médecine et de chirurgie, appelée Josephinutn, a été fondée en 1784 par Joseph II pour former des chirurgiens militaires ; mais elle a changé depuis de destination. On y trouve de belles collections, notamment une collection de préparations anatomiques en cire. L'institut géographique militaire est situé dans une belle construction surmontée d'un globe terrestre.

"Vienne possède une École polytechnique, qui compte 1,000 élèves et 45 professeurs. On y enseigne les sciences appliquées, l'industrie et le commerce. Elle renferme de vastes laboratoires, un cabinet de minéralogie, un atelier pour la fabrication des machines et appareils, de belles collections de machines et d'instruments, etc. Devant l'école se dresse la statue en bronze de Ressel, inventeur de l'hélice à vapeur. Cette statue, qui a 3™, 30 de hauteur, est due au sculpteur Fernkorn. A l'Ecole polytechnique est joint le cabinet technique, belle collection de produits industriels. Entin, on trouve à Vienne un grand nombre d'écoles supérieures, de gymnases, de séminaires, d'écoles primaires, d institutions particulières et de pensions ; îles écoles normales, du commerce, des manufactures; un institut des aveugles, un institut des sourds-muets, un institut vétérinaire, qui compte plus de 1,000 étudiants.

La Bibliothèque impériale, située sur la place Joseph, contient plus de 300,000 volumes et 20,000 manuscrits. Parmi les volumes se trouvent 12,000 incunables. Les archives de musique contiennent 12,000 volumes. Les salles de la bibliothèque sont brillamment décorées. La grande salle a 78 mètres de longueur sur 17 de largeur. David Gran en a peint le plafond, et on a placé au milieu la statue de Charles VI. A la bibliothèque se trouve réunie une collection d'environ 300,000 gravures sur bois et sur cuivre.

Vienne contient, en outre, une grande quantité d'établissements d'utilité publique et de bienfaisance, tous très-intéressants, soit sous le rapport de l'objet de leur institution, soit sous celui de l'ordre qui y règne; des hôpitaux, les hospices des orphelins, des frères de Saint-Jean, des femmes ; des établissements de bains pour les deux sexes, etc. — Musées. Palais et musées du Belvédère. Le palais du Belvédère, dans lequel sont installés les principaux musées de Vienne, est situé dans un des faubourgs de cette ville; il fut construit en 1724 pour servir de résidence d'été au prince Eugène. Du haut de l'éminence qu'il couronne, il domine la capitale et un immense paysage que sillonnent les différents bras du Danube et qui s'étend jusqu'aux montagnes delà Hongrie. La beauté du panoramajustifie pleinement le nom donné à cette résidence. Le Belvédère se compose de deux bâtiments principaux, l'un situé sur la hauteur et appelé pour cette raison le Belvédère supérieur, l'autre placé au pied de la colline et nommé le Belvédère inférieur. Ces deux palais sont séparés par un jardin dessiné et planté dans le goût de ceux de Versailles, coupé par des terrasses, orné de pièces d'eau et de statues..

Le Belvédère inférieur contient le cabinet des antiquités égyptiennes et la célèbre collection Ambras (v. ce mot), fondée au xvie siècle par l'archiduc Ferdinand dans le château d'Auibras, en Tyrol, et qui se compose d'armures du moyen âge, de portraits d'hommes et de femmes illustres des xve et xvib siècles, de manuscrits, d'antiquités romaines, d'objets d'art et de curiosité en bois, en ivoire, en corail, en ambre, en cristal, etc.

Le Belvédère supérieur est un palais d'architecture italienne , composé d'un grand corps de logis à deux étages et de deux ailes hautes seulement d'un étage et flanquées chacune de deux tourelles octogones à coupole. Le corps de logis comprend lui-même trois pavillons décorés de colonnes; celui du milieu est percé au midi de trois portes cintrées, précédées d'un escalier monumental et dominées par un fronton aux armes" d'Autriche. Des statues allégoriques et mythologiques décorent cet escalier, et d'autres surmontent l'attique des deux façades du palais. A l'intérieur du pavillon central règne une grande salle, dont les murs sont ornés de pilastres de marbre rouge à chapiteaux dorés et dont le plafond a été peint à fresque par Carlo C'arlone. Sur les deux cheminées de cette salle, nommée la Salle de marbre, sont placés les portraits de Marie-Thé-

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rèse et de Joseph II par Antoine Maron. De chaque côté, une porte conduit dans les chambres qui contiennent les tableaux de la galerie. Avant de faire connaître les œuvres les plus remarquables que cette collection renferme, nous allons dire un mot de ses origines.

Maximilien 1er commença à réunir un certain nombre d'objets d'art ; il encouragea ftarticulièrement les artistes de ses Etats et eur commanda de nombreux ouvrages, dont il orna ses résidences particulières. Rodolphe II se montra amateur non moins zélé; il acheta des tableaux italiens et forma à Prague une magnifique collection, qui fut dispersée et périt même en partie pendant la guerre de Trente ans. Parmi les morceaux qu'on réussit à sauver, on compte les chefsd'œuvre du Corrége qui se voient aujour^ d'hui au Belvédère. Mais le véritable fondateur de la galerie impériale fut l'archiduc Léopold-Guiliaume, gouverneur des Pays- Bas, que ses biographes nous représentent comme un connaisseur émérite et un collectionneur intrépide. Ce prince s'attacha le célèbre Teniers et le chargea du soin de former son cabinet. Teniers acheta un assez graud nombre de tableaux flamands et italiens, d'après lesquels il publia un recueil de 243 gravures, connu sous le nom de Cabinet de l Archiduc. Cette collection, que le célèbre artiste enrichit de tableaux de sa main, les plus grands et les plus beaux que l'on connaisse de lui, fut transportée à Vienne en 1657, lorsque l'archiduc se retira dans cette capitale. Après la mort de ce prince, elle fut réunie aux tableaux de la cour dans un bâtiment nommé Slallburg. Charles VI accrut ce précieux dépôt par d'importantes acquisitions et chargea, en 1728, le comte Gundacker d'Althan, surintendant des bâtiments, de l'arranger et de le distribuer dans onze salles du Stallburg. Cette même année, un des peintres de la cour, Antoine von Prenner, fit paraître, sous le titre de Theatrum arlis pictorix, un recueil de 166 planches d'après les plus beaux tableaux de la collection impériale; quelques années plus tard, il publia, avec F. von Stampart, un nouveau recueil de reproductions à l'eau-forte intitulé : Prodromus seu. preambulare Lumen Pinacothecse C&sarex. Sous Marie-Thérèse, en 1776 et 1777, la galerie fut transférée dans le palais du Belvédère; en 1781, le peintre suisse Chrétien de Méchel fut chargé par Joseph II de présider à l'arrangement des tableaux, et, trois ans après, il publia, en français, le premier catalogue que l'on connaisse de cette collection.

M. Viardot a vivement critiqué l'arrangement des tableaux du Belvédère : « On s'est borné à deux grandes divisions, les écoles du Nord, allemande et flamande, et les écoles d'Italie ; quelques échantillons de l'art français et de l'art espagnol sont répartis arbitrairement dans les deux classes, Poussin, par exemple, avec les Italiens, Velazquez avec les Flamands. Encore, cette division générale ne correspond-elle point avec les distributions de l'édifice. Une moitié du rez-de-chaussée et du premier étage appartient a l'Italie, l'autre moitié à l'Alleniague et à la Flandre; de sorte qu'on passe alternativement et sans cesse des œuvres du Midi aux œuvres du Nord. Le second étage, réservé a ces dernières, contient les deux extrêmes, l'école primitive et l'école moderne, sans les intermédiaires qui rattachent l'une à l'autre. Ce n'est pas tout. Enirez-vous dans les salles italiennes, vous trouverez les Vénitiens avant les Florentins, et bientôt après un mélange général de toutes les époques, de toutes les écoles, de tous les maîtres. Entrez-vous dans les salles du Nord , Allemands et Flamands s'y trouvent fréquemment confondus, et les premiers essais de l'art sont dispersés parmi les ouvrages de l'art parvenu à sa maturité. » Le musée du Belvédère contient 1,700 à 1,800 tableaux. Voici les principales productions par lesquelles les diverses écoles y sont représentées,

— Ecoles italiennes. L'école vénitienne compte au Belvédère un grand nombre d'oeuvres de premier ordre : 40 tableaux du Titien, parmi lesquels on distingue ; Lucrèce $e donnant la mort, Diane et Catisto, un Ecce homo, les portraits du pape Paul III, du naturaliste Aldrovandi, de l'antiquaire Strada, de Filippo Strozzi, d'André Vesale, de l'historien Benedeitu Varchi, d'une jeune tille dite la Maîtresse du Titien, etc. ; 29 tableaux du Tintoret, parmi lesquels une Suzanne au bain, une Déposition de croix, un Portement de croix et plusieurs portraits superbes ; 22 tableaux de Paul Véronèse, parmi lesquels le Christ chez le pharisien, l'Adoration des mages, la Vierge avec sainte Barbe et sainte Catherine, les portraits de Catherine Cornaro, de l'ambassadeur vénitien Marc- Antonio Barbaro et de divers autres personnages; ib tableaux du Giorgione (les Trois géomètres orientaux, Caïus Plotius et Caïus Lucius, la Madeleine chez te pharisien, un Guerrier en armure, etc.); 12 tableaux de Palma le Vieux (la Visitation, la Madone avec l'Enfant, des portraits) ; 5 tableaui de Palma le Jeune (une Déposition de croix, une Pieià, Saiome) ; une Sainte Famille et une Femme à sa toilette, de Giovanni Belliui ; une Sainte Justine, chef-d'œuvre du Pordenone ; 10 tableaux d'Andréa Sohiavone {Ado-

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ration des bergers, Sainte Famille, le portrait de l'artiste) ; Vénus et Adonis et deux portraits, de Paris Bordone ; le Christ sur les bords du tac de Tibériade, de Marco Baraiti ; une Sainte Famille, de Cima da Conegliano ; la Femme adultère, du Padovaniuo ; 10 (ableaux de Jacopo Bassano le Vieux (Thamar et Juda, le Bon Samaritain); Saint François et sainte Claire, de Francesco Bassano; deux portraits de Leandro Bassano.

Dans les autres écoles italiennes, nous trouvons Andréa del Sarto, avec une belle Pietà; Raphaël, avec un Repos en Egypte, une Sainte Marguerite et une Sainte Famitle, dite la Madone à la verdure; le Corrége, avec Jupiter et lo, Y Enlèvement de Ganymède, le Christ couronné d'épines; Fra Bartolotntneo, avec une très-belle Présentation au temple, datée de 1516; le Pérugin et le Francia, chacun avec une Madone entourée de saints; Alessandro Allori (le Christ chez Marthe et Marie); Vasari (une Sainte Famille); Jules Romain (les Symboles des évangélisies) ; Polydore de Caravage {Procris tuée par Céphale) ; le Parmesan (l'Amour taillant un arc, et cinq portraits); Augustin Carrache (Saint François recevant les stigmates) ; Annibal Carrache {Vénus et Adonis, une Pieià et cinq autres tableaux); Louis Carrache [Vénus et l'Amour et Saint François enprière) ; le Guide (le Baptême du Christ, un Ecce homo, les Saisons et huit autres toiles)'; le Guerchin {Saint Jean dans le désert, le Retour de l'enfant prodigue) ; Cagnacci (la Mort de Cléopâtre); Fr, Mola (la Nativité de ta Vierge); le Caravage (la Vierge au rosaire, David vainqueur de Goliath et quatre autres morceaux) ; le chevalier d'Arpino (Persée délivrant Andromède) ; le Calabrèse {l'Incrédulité de saint Thomas); Solimène {Descente de croix); Salvator Rosa (sept tableaux, batailles, paysages, etc.).

— Ecole allemande. Le Belvédère possède des œuvres extrêmement précieuses des maîtres primitifs de l'Allemagne. Trois peintres qui vivaient en Bohème vers le milieu du xive siècle, Théodoric de Prague, Nicolas Wurmser et Thomas de Modène, sont représentés, le premier par un Saint Augustin et un Saint Ambroise, le second par un Christ en croix, que Waagen, toutefois, croît être encore l'œuvre de Théodoric ; le troisième par une Madone entre saint Wenceslas et saint Palmatius. Après ces trois vieux maîtres, nous rencontrons un artiste qui vivait vers 1420 et qui a signé « Ioannes Aquila » un tableau à deux compartiments, dans chacun desquels est représentée la Sainte famille. De Michel Wohlgeinuth, qui fut le maître d'Albert Durer, la galerie impériale a un grand tableau à neuf compartiments, dont le principal représente Suint Jérôme ; d'Albert Durer lui-même, sept tableaux, : la Trinité, œuvre justement célèbre ; le Martyre des dix milte chrétiens en Perse, deux Madones et trois excellents portraits. Les disciples et les imitateurs de Durer ont presque tous des tableaux au Belvédère : Hans Sehaufi'elein, uu portrait; Henri Aldgrever, la Circoncision, Saint Luc peignant ta Vierge, Adam et Eve chassés du paradis; Hans Burgkmair, son portrait et celui de sa femme ; Barthélémy Behain , le Crucifiement; Hans-Sebald Behum, des Paysans; Jacob Bink, son portrait ; George Penckz, un Calvaire et un tres-bon portrait daté de 1543. Parmi les autres productions de l'école allemande, nous mentionnerons : cinq portraits de souverains autrichiens, par Matthieu Grunewald ; la Vocation de saint Matthieu, par W. Dieterling ; la Mort de Lucrèce, l'Adoration des mages, le Christ apparaissant aux saintes femmes, 1« Mariage de sainte Catherine, les portraits de Luther, de Melanchthuii, de l'électeur Jean-Frédéric, et dix autres tableaux de Lucas Cranaeli; une douzaine de portraits, par Hans Uolbein ; une Rérodiade et sept portraits, par Ainberger; un Calvaire, par Hans Largkmair, et un autre attribué à Martin Schôn. Les peintres allemands plus ou moins italianisés dont le Belvédère a des œuvres sont: Bart. Spranger {Minerve écrasant l'ignorance, hercule et Omphale et dix autres tableaux); Johann van Achen {Bethsabée et huit autres toiles) ; Rottenhamer (huit tableaux; ; Joseph Heinz ( Vénus et Adonis et huit autres tableaux) ; Sandrart, J.-H. Schônfeldt, Ph. Otf'enbaeh, Joseph Werner, etc. Citons encore, parmi les peintres de la décadence : P. Strudel, Franz Werner-Tamm, J. Kupetzky, Aug.

Querfurt, Tobias Pock, Christian JSeibold, J.-J. Hartmann, J.-V. Platzer, Dielrich, Balthasar Denner, Raphaël Meugs, etc.

— Ecole flamande. Les œuvres des primitifs sont : une Sainte Catherine, attribuée à Hubert van Eyck; une délicieuse Madone, une Déposition de croix et deux portraits de Jean van Eyck; la Vierge et l'Enfant entre les deux saints Jean, d'Hugo van der Goer. Rubens ne compte pas moins de quarantequatre tableaux, dont les plus remarquables sont : la VTerge remettant à saint lldefonse les habits sacerdotaux, une Sainte famitle, uu Saint François • Xavier prêchant, une Assomption, Saint Ambroise refusant à Théodose l'entrée du temple, une Fête de Vénus, le portrait d'Hélène Formait, etc. Van Dyck a vingt-cinq tableaux, parmi lesquels on distingue ; une Madone entourée de saints, une Mise au tombeau, Samson surpris par les Philistins, la Vision du bienheureux tiermann

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Joseph, les portraits de Charles 1er, de Jean de Montfort, de l'infante Claire-Isabelie-Eugénie, etc. De Jordaens, le Belvédère a quatre tableaux; de Gaspard de Crayer, une Salutation angélique et deux Madones; de Van Thulden et de Diepenbeck, des Allégories; de Coruelis de Vos, le Baptême de Clovis; de Ph. de Champagne, la M ort d'Abet; de Breughel de Velours, une Adoration des mages et quatre autres morceaux ; de Breughel le Vieux, un Portement de croix, la four de Babel, les Quatre saisons et quatre autres tableaux ; de Frans Francken le Jeune, deux scènes de Sabbat; de David Teniers le Jeune, dix-neuf ouvrages, au nombre desquels on remarque : la Fêle des arbalétriers, une Noce de paysans, une Kermesse, le Sacrifice d'Abraham, deux Intérieurs d'étable; de Berghem, des paysages ; de Seghers, des Fleurs; de Pieter Neefs, des Intérieurs d'église, etc.

— Ecole hollandaise. Cornelis Engelbreehtsen est représenté au Belvédère par un beau triptyque, et son élevé Lucas de Le.yde par un portrait de l'empereur Maximilien. Rembrandt y compte dix tableaux, dont neuf portraits; Gérard Honthorst, le Christ conduit devant Pilate et deux autres morceaux; G. Flink et G. van Eeckhout, chacun un portrait; G. Terburg, Frans Mieris, Metsu, G. Dov, Jan Steen, Schalcken, Isaac Ostade, Wouwerman.P. Laar, des tableaux de genre; Ruisdael, Hobbema, Adr. 'van de Velue, A. van der Neer, Wynanus, des paysages ; Backhuysén et Simon de Vlieger, des marines ; Weenix, J. Fyt, Hamilton, des animaux et des natures mortes; D. de Heem, Van Huysum, R. Ruysch, des fleurs et des fruits.

— Ecole française. Elle ne compte qu'un petit nombre d'ouvrages au Belvédère : la Prise de Jérusalem , de Nie." Poussin ; un Moïse, de Valentin ; le Jugement de Snlomon, de J. Stella; un Saint Antoine, de P. Mignard; quatre paysages du Guaspre, trois Batailles du Bourguignon; une Foire, de Callot ; le portrait d'un prélat, pur H. Rigaud ; le portrait de Charles IX, par Clouet; le portrait de Gluck, par Duplessis; une Assomption, de Laurent de La Hyre; un paysage, de Joseph Vernet, et quatre marines, de Manglard ; un Guitariste, de Watteau, et une Vieille femme endormie, de Liolard.

— Ecole espagnole. Sauf un portrait de femme par Sanehez Coello, il n'y a d'oeuvres espagnoles au Belvédère que sept tableaux de Velazquez,, dont un représente le peintre avec sa famille dans son atelier.

— Musée autrichien. Ce musée, joli édifice en brique dans le style de la Renaissance, orné de fresques et de médaillons, contient des salles d'exposition décorées dans le style pompéien. On y trouve une bibliothèque, les riches collections du musée des arts et métiers qui y ont été transportées en 1872, des reproductions en plâtre d'oeuvres antiques et modernes, des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie de tous les pays, des vases des époques les plus diverses, des tissus et des meubles rares, etc. Chaque -année, on fait dans cet éditice une exposition spéciale des arts industriels modernes.

— Musée des armes. Ce musée, construit par Hansen dans le style byzantiiio-mauresque, renferme un magnifique vestibule orné de cinquante deux statues en marbre et de fresques. Il comprend la galerie des Gloires, contenant des tableaux de batailles et des trophées, et le musée d'armes, un des plus riches qui existent. On ytrouve des anneset des armures historiques d'un grand intérêt.

— Théâtres. Le plus beau théâtre de Vienne est le nouvel Opéra, construit par les architectes Siccardaburg et Van der Nùlt. La façade de ce bel édifice, qui a été terminé en 1869, donne sur le Ring. Il possède un magnifique escalier, décoré des statues des Muses, et est richement orné de fresques et de bustes de compositeurs. 11 peut contenir 3,000 spectateurs. Parmi les autres théâtres, nous citerons : te théâtre du Palais, où l'on joue la tragédie et la comédie; les théâtres de LéopoUtstadt, de Josephstadt, de la Résidence; le théâtre Strampfer ; le WienerStadt- Theater, etc. Parmi les théâtres d 'été,, nous mentionnerons : le théâtre populaire Fùrst, au Piater, et le Colosseum, à Kudolfsheitn.

— Places, jardins, promenades, ponts.

Parmi les places de Vienne, nous citerons ; le Hof ou Aui-Hof, la plus grande place de la ville intérieure. Au milieu s'élève la colonne Sainte-Marie, érigée par Léopold 1" en 1044, et de chaque côté se trouvent des fontaines avec des statues en plomb représentant la Fidélité et l'Agriculture, par Fischer. Sur Ja place Joseph (Joseplisplatz), attenant au paiais impérial, se trouve lu statue équestre de Joseph IL La place liolie- Maïkt, le centre de la Vienne primitive, est ornée d'une fontaine monumentale en bronze. Au coin de la place Stock-itu-Eisen, ou place • du Bois -Ferre, prolongement de la place Saint-Etienne, se trouve, selon une tradition, le dernier troue de l'ancienne forêt de Vienne. C'est un tronc de mélèze, retenu par un cercle en fer et un eadeuaa, sur lequel on lit le millésime de 1575. Ce tronc est tout couvert de clous, plantés par des compagnons serruriers à leur arrivée à Vienne. Devant le palais impérial, du côté du Ring, s'étend une vaste place ornée de jardins. Dans la partie de droite se trouve la statue équestre de l'ar-

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chidue Charles, érigée en 1860 ; dans la partie gauche, on voit la statue équestre du prince Eugène, érigée en 1865. Ces deux morceaux sont dus au sculpteur Fernkorn. A l'extrémité de cette place opposée au palais se trouve le Burgthor (porte du palais). Cette porte, construite par Nobile en 1822, est ornée de douze colonnes doriques et offre cinq passages. La place dite Freiung est décorée d'une fontaine comprenant une colonne et cinq statues, par Sehwanthaler. Citons, enfin, la grande place de la Parade, sur laquelle on doit construire de nouveaux bâtiments pour l'hôtel de ville, la Chambre des seigneurs et l'université; la place Schlick, la place de Rodolphe, la place Sehwarzenberg, ornée de la statue équestre du prince de Sehwarzenberg, par Hœhnel.

Parmi les jardins publics et promenades, nous mentionnerons : le Volksgarten, ou jardin du peuple, situé à l'ouest de la place extérieure du palais impérial. Ce jardin, créé en 1824, est très-fréquenté l'été. On y remarque un temple de Thésée, avec un groupe eu marbre de Canova, représentant Thésée vainqueur du Alitiotatire, et on y donne des concerts. Le llofgarten, ou jardin de la cour, situé à l'oppose du précédant, est orné de la statue équestre de François 1er et renferme deux serres remplies de plan tes exotiques. LeStadtpark, ou parc de ville, est remarquable par ses parterres, ses massifs, ses promenades et son étang, où l'on patine pendant l'hiver. On y remarque une fontaine avec une statue du Danube, par Casser; la statue en inarbre de Schubert, par Kundtmann ; un pont en fer, qui relie la partie nord à la partie sud du jardin. Le Prater, parc et bois, situé à l'est de la ville, près de l'ancien faubourg Leopoldstadt, a été créé par l'empereur Joseph II en 1766. lin y trouve des calés, des restaurants, des cabarets. C'est dans la partie nord du Prûusr qu'on a élevé les bâtiments où eut lieu l'Exposition universelle de 1873. Enfin, l'Augarten, situé nu nord de Leopoldstadt,est un petit parc carré aux allées droites, dans l'ancien style français.

Les ponts les plus remarquables de Vienne sont : le pont Elisabeth, construit en 1854 et orné de huit statues en marbre, et le pont d'Aspern, construit en 1864 et dont les piles sont ornées de statues allégoriques.

— Industrie et commerce. L'industrie manufacturière présente un grand développement dans la capitale de l'Autriche; le siège de cette industrie se trouve dans les faubourgs. Là, on trouve d'importantes manufactures de soieries, de rubans, de châles, de lainages et plus particulièrement de nouveautés, ainsi que d'étoffes de coton, avec de nombreux ateliers d'impression sur étoffes. Il existe dans cette ville de vastes ateliers de construction de machines; on y fabrique aussi des produits chimiques, bougies, boutons, instruments de chirurgie, d'optique, de précision et de musique ; des pianos renommés et recherchés dans toute l'Europe avant que cette industrie se fût établie sur une si grande échelle à Paris, qui l'a reçue de Vienne ; de l'orfèvrerie, de la quincaillerie, tabletterie, notamment des articles à l'usage des fumeurs; des cuirs, des voitures, du papier peint et du papier ordinaire. On y trouve, en outre, plusieurs raffineries de sucre, de nombreuses et riches brasseries. Mentionnons aussi la boulangerie viennoise, qui jouit d'une réputation méritée. Les industries de luxe sont en général ilorissautes à Vienne, qui reçoit les modes de Paris et les impose à son tour, après les avoir modifiées conformément aux usages des p;>ys qu'elle fournit. Toutes ces diverses branches de l'industrie viennoise, florissantes de nos jours, sont appelées à prendre encore un plus grand développement, par suite de la liberté industrielle accordée à l'Autriche depuis 1860 et qui n'a pas tarde à porter les fruits qu'on devait en attendre.

Le mouvement commercial de la capitale de l'empire autrichien est singulièrement favorisé par la situation géographique de cette jlace, qui est le point de croisement de tous es produits bruts et manufacturés qui s'échangent entre le sud-est et le nord-ouest de l'empire, comme aussi de toutes les marchandises que l'Allemagne et la Pologtie, d'une part, cl, de l'autre, la Turquie d'Europe, l'Orient et les contrées riveraines de l'Adriatique s'expédient mutuellement par la voie continentale. La masse des produits de toute nature qui arrivent annuellement à Vienne, tant de la Hongrie que de l'étranger, dépasse 1 million de quintaux métriques, dans ■ les«" quels un septième environ forme la part du transit, qui ne consiste toutefois qu'en objets manufacturés, en vins et en spiritueux. La navigation du Danube, qui met Vienne en communication avec la mer Noire et Constuntinople, le réseau de chemins de fer dont :ette ville est le centre et qui la mettent en ïonunuiiication directe aveu presque toutes les capitales de l'Europe, la banque nationale d'Autriche, plusieurs autres établissements de crédit ajoutent à l'heureuse situation de cette ville pour faciliter le3 opérations de commerce et activer les échanges. Parmi les marchandises les plus importantes sur lesquelles s'effectuent les transactions commerciales de Vienne, nous mentionnerons : les cotons en laine et filés, les tissus de coton et de laine, les toiles, la soie et les soieries, les

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cuirs, le sucre, le café, le cacao, le3 épices, les drogueries, l'indigo, les huiles, la cire, les vins de Hongrie, les eaux -de- vie et le rhum. Les pays étrangers avec lesquels elle fait le plus d'affaires sont l'Allemagne et la Turquie.

— Aperçu historique. L'histoire de cette capitale est si pleine d'événements et se lie si étroitement à l'histoire de l'Autriche et des autres nations européennes que nous nous bornerons ici à l'indication chronologique des faits principaux. La, fondation de Vienne remonte à l'antiquité la plus reculée ; des peuplades -«vendes y avaient établi une bourgade lorsque l'empereur Auguste fit la conquête de la Pannonie. Les Romains firent de cette bourgade, qu'ils nommèrent d'abord Vindot>o?iat puis Flaviana Castra, une station de leur flottille du Danube, et Marc-Aurèle y mourut en 180. Située sur les limites septentrionales de l'empire romain, elle fut en butte aux premiers coups des barbares ; elle tomba successivement sous la domination des Rugiens, des Huns et de Charlemagne ; puis, à l'époque de la dislocation de l'empire carlovingien, et sous l'empire germanique, elje devint la résidence des margraves d'Autriche, fut élevée au rang de ville sous Henri 1er Jasomirgott, en 1151, et fut entourée de murailles en 1198, au temps de Léopold VIII. En 1237, Vienne reçut de l'empereur Frédéric II le titre de ville impériale. Quarante ans Elus tard, elle fut prise par Rodolphe de Habsourg et eut de rapides accroissements sous les empereurs de la maison d'Autriche. Mathias Corvin, roi de Hongrie, qui l'assiégea vainement en 1477, s'en empara en 1485. Elle fut depuis Maximilien 1er la résidence des archiducs d'Autriche. Les Turcs, à l'époque de leur puissance, assiégèrent Vienne deux fois; en 1529, Soliman II lui livra vingt assauts, perdit 40,000 hommes sous ses murs et fut contraint de se retirer devant l'armée de Charles-Quint; en 1683, Vienne serait tombée au pouvoir des musulmans sans l'intervention du roi de Pologne, Jean Sobieski. Elle avait antérieurement soutenu avec succès un siège contre les troupes protestantes, commandées par le comte Thurn, en 1619. Le général Bonaparte menaçait Vienne en 1797, quand les préliminaires de Leoben arrêtèrent les Français, qui prirent cette ville en 1805 et 1809. C'est à Vienne que, le 13 mars 1815, les alliés publièrent la fameuse Déclaration qui mettait Napoléon 1er hors la loi, et que lurent signés les traités dont nous parlerons ci-après. En 1848, à la suite de la Révolution française, éclata à Vienne une insurrection qui força l'empereur à s'éloigner de sa capitale; mais bientôt il y rentra a la suite d un bombardement. Depuis cette époque, aucua fait saillant ne marque dans l'histoire de Vienne. Rappelons, toutefois, qu'en 1873 il s'y est tenu une Exposition universelle.

Un concile s'est réuni à Vienne en 1267, sous la présidence du cardinal-légat Oui. On y publia une constitution en dix-neuf articles, qui roule surtout sur la réforme des mœurs du clergé. En outre, on y frappa d'excommunication les laïques détenteurs de biens de l'Eglise et on imposa aux Juifs un vêtement qui les distinguât des chrétiens.

Vienne (SIÈGE ET BATAILLE Dli), Un des plus

célèbres événements de l'histoire moderne, car il marque le terme de l'ambition envahissante de la Turquie.

Le grand vizir Kara-Mustapha avait la prétention de succéder aux talents militaires de Kouprouli, le vainqueur de Candie, comme il succédait a son autorité, et il tenta une expédition qui lui eût acquis une gloire au moins égale, s'il avait réussi. Il marcha sur Vienne à la tête d'une armée de 200,000 hommes, semant partout l'épouvante sur son passage. A la nouvelle de cette effroyable invasion, l'empereur Léopold abandonna sa capitale avec toute sa famille, et telle était la terreur qu'inspirait alors le nom ottoman, que 60,000 habitants cherchèrent également leur salut dans la fuite.

Vienne, protégée au nord par le Danube, comptait, de plus , douze bastions fortifiés dans son enceinte; mais la ville se trouvait d'ailleurs dans un assez médiocre état de défense. Le grand vizir, aveuglé par l'espoir d'un succès infaillible, commit l'imprudence d'asseoir son camp dans une plaine de 3 lieues, environnée d'un cercle de montagnes, et de ne le défendre par aucun ouvrage de fortification. V ienne avait pour gouverneur le comte de Staremberg, homme consommé dans l'art de la guerre et d'une énergie indomptable. N'ayant qu'une garnison de 11,000 hommes qu'il devait chercher à concentrer le plus possible, il fit incendier les faubourgs, afin, d'avoir moins de points à défendre, arma les bourgeois et les écoliers de l'université.

Kara-Mustapha ouvrit la tranchée le 14 juillet 1683, dans le faubourg Saint-Ulrie, à 50 pas de la contrescarpe, dont le fond était à sec, et jusqu'à laquelle il poussa en deux jours les travaux. Le duc de Lorraine, posté dans l'île de Leopoldstadt, craignant de voir couper ses communications aveu la ville, fit sauter les ponts construits sur le Danube et prit la campagne, où.avee une armée forte de 30,000 hommes à peine, il couvrit la Hongrie, la Moravie, lu Silésie et la Bohême. De cette manière, il protégea la capitale, contint Tékéli, lieutenant de Kara-Mustapha, et arrêta les efforts de son corps d'armée , composé de

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40,000 Turcs et Tartares qui couraient et ravageaient la campagne.

Dès le 22 juillet, malgré les efforts de Staremberg qui se multipliait sur les divers points de la défense et donnait à tous ses soldats l'exemple de la valeur et du dévouement, les assiégeants avaient atteint la palissade. On était si près les uns des autres qu'à travers les pieux on s'accrochait réciproquement pour s'arracher la vie. Le comte de Daun, officier général d'un grand mérite, eut l'idée de faire attacher des faux à de longues piques, au moyen desquelles les assiégés massacrèrent une grande quantité de leurs ennemis, mais sans pouvoir ralentir leur ardeur et la confiance présomptueuse qu'ils avaient dans la fortune du croissant. Ce ne fut néanmoins que le 7 août, après vingt-trois jours de luttes sanglantes, que les Turcs parvinrent à s'emparer de la contrescarpe. Pour comble de malheur, les assiégés commencèrent bientôt à manquer de poudre et des autres munitions de guerre. Les mines de l'ennemi, ses attaques continuelles, la garnison qui s'affaiblissait, les vivres qui s'épuisaient, tout contribuait à jeter les plus terribles angoisses au cœur des habitants.

Dans cette circonstance suprême , où le salut de l'empire et peut-être de l'Europe entière était en jeu, Léopold tourna les yeux vers l'illustre roi de Pologne, Jean Sobieski, un des plus grands capitaines de son siècle, et dont le nom seul jetait la terreur parmi les Turcs. Sobieski accourut à la tête de 25,000 hommes, franchissant 200 lieues de pays en quelques jours, et arriva près de Vienne le 5 septembre. Sa cavalerie était magnifique de tenue ; on eût dit qu'elle avait été équipée aux dépens de l'infanterie, presque toute déguenillée. Le prince Luboroirski conseillait au roi, pour l'honneur de la nation, de la faire dénier de nuit; Sobieski s'y refusa. « Regardez-la bien, dit-il à ceux qui se trouvaient autour de lui ; c'est une troupe invincible qui a fait le serment de ne jamais porter que les uniformes de l'ennemi. Dans la dernière guerre, ils étaient tous vêtus à la turque. > Si ces paroles ne les habillaient pas, dit assez plaisamment un historien, du moins elles les cuirassaient.

Kara-Mustapha eût pu facilement écraser les Polonais avant leur jonction avec les troupes impériales; il n'en fit rien et, deux jours après, l'armée chrétienne présentait une massa d environ 75,000 hommes. Elle comptait dans ses rangs quatre souverains et vingt-six princes appartenant à des maisons souveraines. Il était temps que Sobieski arrivât pour amener des secours et relever les courages abattus : Vienne était aux abois; les Turcs et les maladies décimaient chaque jour les soldats et les habitants ; la plupart des ouvrages fortifiés étaient ruinés et des mines nombreuses couraient en tous sens sous les autres; les canons étaient brisés ou sans affûts. Le comte de Staremberg, qui avait dit au commencement du siège qu'il ne rendrait la place qu'avec la dernière goutte de son sang, écrivait au duc de Lorraine : « Plus de temps à perdre, monseigneur, plus de temps à perdre. • On peut même croire que tout eût été perdu sans l'inaction du grand vijair qui, pour ménageries richesses dont il croyait la capitale remplie, attendait qu'elle se rendît par capitulation.

Sobieski prit en main le commandement général et marcha sur les Turcs, dont 5 lieues do montagnes et de défilés le séparaient encore. Kara-Mustapha ne prit aucune disposition pour arrêter l'armée chrétienne. Les janissaires, indignés d'une pareille ineptie, s'écriaient:» Venez, venez, infidèles 1 la seule vue de vos chapeaux nous mettra en fuite I » Du sommet du Calemberg, dernière montagne qui séparât tes deux armées, on découvrait l'armée innombrable des Turcs et des Tartares et les débris fumants de Vienne. Le 12 septembre 1C83, au lever du soleil, l'armée chrétienne descendit à pas lents et égaux, pressant les rangs, roulant du canon devant elle et faisant halte tous les 30 ou 40 pas pour tirer ou recharger. A mesure qu'elle avançait, son front s'élargissait et vomissait la mort dans les masses profondes de l'ennemi. Le khan des' Tartares fit alors remarquer au

frand vizir les lances ornées de banderoles es cavaliers polonais, en lui disant : « C'est signe que le roi est à leur tête. » Au souvenir du terrible Sobieski, le grand vizir se sentit troublé-, mais ses instincts sauvages se réveillèrent en même temps, il fit massacrer 30,000 prisonniers qu'il avait dans son camp, puis il envoya une moitié de son armée à l'assaut des murs de Vienne, tandis qu'il se portait avec l'autre moitié au-devant de l'ennemi qui continuait à descendre de la montagne. Le grand vizir se tenait au centre de son armée, le pacha de Diarbekir commandait l'aile droite et celui de Bude la gauche. Les deux armées restèrent quelque temps immobiles, les chrétiens dans le silence, les Turcs et les Tartares mêlant leurs cris aux éclats du clairon. Enfin, Sobieski donna le signal. Les cavaliers polonais, la lance en arrêt, s'élancent aussitôt, prompts comme l'éclair, et poussent droit au grand vizir, enfoncent les premiers rangs et jettent le désordre jusqu'au sein des escadrons qui environnaient Mustapha. Les spahis furent les seules troupes qui disputèrent la victoire ; les Valaques, les Moldaves, les Transylvaniens, les Tartares, les janissaires eux-mêmes combattirent sans éner-

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gie, sans espoir de vaincre Le khan des Tartares fut un des premiers à donner le signal de la fuite, et, les spahis ayant été enfin renversés par les longues lances polonaises, le vizir lui-même abandonna le champ de bataille. La terreur envahit alors toute cette immense multitude qui, conduite pur un habile général, aurait dû, dans une vaste plaine, cerner et tailler en piè"es l'armée ennemie. Tout se dispersa, tout disparut en quelques instants, Le camp des Turcs fut alors pillé par les Allemands et les Polonais, qui s'enrichirent de leurs dépouilles. Sobieski écrivit à la reine, son épouse : « Le grand vizir m'a fait son héritier, et j'ai trouvé dans ses tentes la valeur de plusieurs millions de ducats. Ainsi, vous ne direz pas de moi ce que disent les femmes tartares quand elles voient leurs maris rentrer les mains vides : t Vous n'êtes » pas des hommes, puisque vous revenez sans » butin. »

La victoire de ce grand capitaine dégoûta pour jamais les Turcs de ces invasions qui avaient fait si souvent trembler l'Europe ; elle sauva l'empire et surtout sa capitale, qui reçut Sobieski au milieu d'enthousiastes acclamations ; ce fut au milieu des cris do joie et des bénédictions de tout un peuple qu'il se rendit à la cathédrale, où il entonna lui-même le Te Deum. Ce grand événement restera toujours le plus beau titre de gloire du héros polonais.

Vienne, qui avait résisté si vaillamment aux armes des Turcs et des Tartares, vit les Français pénétrer dans ses murs en 1805. Après la capitulation d'Ulm , Napoléon se porta rapidement sur la capitale de l'Autriche. Elle était couverte par une armée russe établie sur les hauteurs de Saint-Polten, et on s'attendait à ce que les alliés de l'Autriche livrassent une bataille pour retarder l'entrée des Français dans Vienne et donner aux troupes qui étaient en inarche pour la secourir le temps d'arriver; mais les Russes opérèrent leur retraite sans combattre, laissant Vienne à la merci de l'armée française. Napoléon fut néanmoins assez généreux pour ne pas l'occuper immédiatement; il voulait laisser à l'empereur d'Autriche la faculté d'en sortir sans précipitation. Ce départ ayant eu lieu, les magistrats de cette grande cité se rendirent eux-mêmes auprès de Napoléon, qui y fit alors son entrée au milieu de son armée victorieuse.

Vienuo (traités de). Parmi les nombreux traités qui furent signés à Vienne, les plus célèbres sont ceux de 1809 et de 1815 ; c'est à ceux-là seulement que nous nous attacherons ici.

I. Après la bataille de Wagram et la conclusion de l'armistice de Znaïm, des conférences pour la paix s'ouvrirent à Altenbourg, d'une part, entre M. de Champagny, représentant la France; de l'autre, M. de Metternich, représentant l'Autriche. A ce dernier .on avait adjoint M. de Nugent, chef d'étatmajor de l'armée autrichienne.Les conférences s'ouvrirent à la fin d'août, plus d'un mois après l'armistice de Znaïm, qui avait été prolongé à cet effet. Dès l'abord, M. de Champigny posa comme base des négociations Vuti possidetis, en vertu duquel chaque partie contractante aurait gardé ce qu'elle possédait actuellement, proposition monstrueuse dont l'admission eût enlevé d'un seul coup plus de 9 millions d'habitants à l'Autriche, c'est-àdire le tiers de la monarchie, ou plutôt sa destruction. M. de Metternich répondit qu'il n'y avait pas à répondre à une telle proposition et qu'il ne restait plus qu'à se battre jusqu'à l'anéantissement de l'une des deux armées. Et l'on s'étonne en France que nous ayons soulevé de si implacables haines en Allemagne ; on trouve singulier que la Prusse, que Napoléon avait réduite de moitié après Iéua, ait été en 1814, en 1815, et tout récemment encore, une ennemie si acharnée! A qui la faute? Nous sommes bien loin, certes, d'excuser les brutalités, les basses rancunes de Blucher et de ses compatriotes hargneux, orgueilleux et vindicatifs; mais, en fin de compte, quand on sème le vent, il faut bien s'attendre à récolter la tempête.

Les négociations d'Altenbourg traînaient en longueur, bien que Napoléon, qui en suivait toutes les péripéties depuis Schœnbrunn, eût abandonne une partie de ses prétentions. Pour les diriger de plus près, il en lit transporter le théâtre à Vienne, où MM- de Metternich et de Nugent furent remplacés par M. de Bubna et le prince Jean de Lichtenstein, sur lesquels Napoléon exerça tout son. ascendant pour les amener à signer les dures conditions qu'il imposait à 1 Autriche. Le prince, militaire distingué, redoutait pardessus tout une nouvelle campagne , dont son expérience lui faisait présager l'issue désastreuse, et, le 14 octobre au matin (1809), il se décida a signer le traité, qui, d'ailleurs, ne devait pas durer plus longtemps que les autres.

Les principales conditions portaient que la paix s'étendrait à tous les alliés de la France. L'Autriche cédait à Napoléon, en Italie, le cercle de Villach, la Caruiole, la rive droite de la Save jusqu'à la frontière turque; en Bavière, l'Iiniwiertel, avec une ligne allant d'Efferding au pays de Salzbourg; en Pologne, la nouvelle Gallicie et le cercle de Zamosc pour le grand-duché, ainsi que les cercles de Solkiew et de Elo«-

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zow pour la Russie. En outre, des articles secrets portaient que l'Autriche s'engageait à ne pas dépasser pour son année l'effectif de 150,000 hiiiiniiKS jusqu'à la paix maritime, et à verser 85 millions pour solde de ce que devaient les provinces autrichiennes; 30 millions seraient pavés comptant le jour de l'évacuation de Vienne. Ainsi, l'Autriche, en punition de la dernière guerre qu'elle venait d'allumer, perdait en Italie la. frontière des Alpes, en Autriche celle rie l'Inn, et agrandissait le grand-duché de Varsovie par l'abandon de la Gallioie ; 3,500,000 sujets étaient ainsi arrachés à son empire, sans compter la contribution de guerre et l'humiliation qu'elle subissait dans cette limite imposée à I effectif de son année. Mais le traité était écrit sur ces feuillets de- la sibylle que le premier vent emporte.

II. Les traités de Vienne les plus célèbres, qu'on appelle aussi traités de 1815, fureut conclus à Vienne entre toutes les puissances de l'Europe à la suite de nos revers et ont servi de base jusqu'à nos jours au droit public européen, quoique la plupart de ceux par lesquels ils ont été signés ne se soient pasfait faute d'y contrevenir chaque fois qu ils y ont vu leur intérêt.

La chute de Napoléon entraînait naturellement un remaniement de la carte d Europe; les vaincus d'autrefois, devenus les vainqueurs, allaient prendre une large revanche. Aussi les alliés ne furent-ils pas plus tôt entres à Paris qu'ils se donnèrent rendezvous k Vienne, alin d'y régler à nos dépens le partage des pays reconquis. La France, allait payer les criminelles folies d'un homme. Le poète aura donc éternellement raison :

Quidquîd délirant ïeges plectuntur Achivi.

Nous le voyons encore tous les jours. Espérons, toutefois, que les peuples finiront par se lasser d'être la monnaie courante que les souverains se fout passer de main eu main au gré de leurs sanglants caprices.

Le congrès s'ouvrit à Vienne le ï" novembre 1814 et dura jusqu'au 9 juin 1815, jour où l'ut signé l'acte linal. Le retour de Napoléon n'interrompit même point les séances des plénipotentiaires, tant les puissances se croyaient sûres de la victoire. L'Angleterre y était représentée par lord L'asile reagh, lord Cathcart et lord Stewart; l'Autriche, par le prince de ftjetternieh et le baron de \Vessenberg; la France, par le prince de Tatleyraiid, le duc de Dutberg et le comte de Nouilles; la Prusse, par le prince de llardeuberg et le baron de Humboldt; la Russie, par le prince de KasoumoiFki, le comte de Stuckelbei g et le comte de Nesselrode ; l'Espagne, | ar Pi»rre-Uoinez Labrador, conseiller d Etat de Charles 111 ; le Portugal, par le comte de Palm>'lla, Antonio de Saidanha de Gaina et Joaquim Lobo daSilveira, et la Suéde par le comte de Lowenhielin. Les puissances déclarèrent qu'elles se réuniraient k Vienne, en conformité de l'article 32 du traite conclu k Paris le 30 mai 1814, avec les

Î innées et Liais leurs alliés, pour compléter es dispositions de ce traite et pour y ajouter les moUincations rendues nécessaires par la situution où se trouvait l'Europe a la suite de la dernière guerre, L'Angleterre, l'Autriche, la l'russeet la Russie élevèrent d'abord la prétention de préparera quatre toutes les questions, bornant leur condescendance k soumettre leurs volumes à la ratification du congres, ce qui excluait complètement la France du règlement des affaires européennes. Talleyriinil groupa alors autour île lui les représentants Ues puissances secondaires, menacées par le même système d'exclusion, et on lui donna voix delibérunve.

Chaque puissance céda aux vœux de son ambition, en attendant qu'elle pût assouvir Ses sentiments de haine euiiire la France au traité du 20 novembre suivant, haine, hélas 1 malheureusement trop légitime, si elle ne devait sa naissance qu'aux ressentiments enfumés par les guerres de l'Empire. La Prusse et la Russie élevèrent d'abord des prétentions exorbitantes, la Prusse surtout, qui ne voulait rien moins qu'accaparer la Saxe tout entière pour lui faire payer la lidéli.é de sou vieux roi à Napoléon; heureusement que l'Angleterre , la France et l'Autriche luirent obstacle par leur attitude & ces visées ambitieuses. Alors commença un travail de morcellement qui titdu congrès un véritable marché des peuples et des territoires européens.

En vertu de l'article 1er, le duché de Varsovie fut réuni k l'empiie de Russie, moins le grai.d-duché de Puseii, qui fut adjugé k la la Prusse, et quelques parties de la Uallicie que l'empereur de Russie céda à l'Autriche. Alexanure 1er devait joindre à son titre de czar celui de roi de Pologne et se réservait de donner k cet Etat, jouissant d'une administration distincte, l'extension intérieure qu'il jugerait convenable, Quant aux Polouais sujets respectifs de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse, ils obtiendraient une représentation et des institutions nationales, réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gouvernements auxquels ils appartenaient jugerait utile et convenable de leur accorder,

La ville de Cracovie, avec son territoire, était déclarée k perpétuité cité libre, indépendante, strictement neutre, sous la pro-

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tection de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse.

Outre le grand-duché de Posen, la Prusse entrait en possession, sous le nom de duché de Saxe, d'u ne étendue de territoires arrachés à ce malheureux pays, et égalant la moitié de sa superficie et le tiers de sa population; elle reprenait, en outre, possession des anciennes provinces ou territoires qu'elle avait dû céder par le traité de Tilsitt, tels que la ville de Dantzig et son territoire, la partie du duché de Magdebourg située sur la rive gauche de l'Elbe, avec le cercle de laSaale; la ville et le territoire d'Erfurth presque tout entier ; la principauté de Paderborn ; les comtés de Marck, de Werden etd'Essen ; la partie du duché de Clèves située sur la rive droite du Rhin, avec la ville et la forteresse de Wesel ; la plus grande partie de la principauté de Neufchatel et, enfin, une infinité d'autres territoires moins importants. Si on n'eût écouté que les appétits gloutons de cette puissance hargneuse, qui ne rêvait que le démembrement de la France, on lui eût adjugé l'Europe tout entière. Mais ce n'est pas tout encore : les traités de Vienne attribuaient à la Prusse, sur la rive droite du Rhin, une partie du Hanovre, que lui cédait le roi d'Angleterre; le grand-duché de Berg avec diverses seigneuries, et les parties de l'ancien archevêché de Cologne qui avaient fait récemment partie de ce grand-duché; l'ancien électorat ecclésiastique de Trêves et le duché de Juliers; le duché de Westphalie; la principauté de Siegen et beaucoup d'autres territoires encore; sur la rive gauche, toutes les provinces qui depuis ont porté le nom de provinces rhénanes. Toutefois, on céda le palatinat du ,Rhin à la Bavière. En même temps, pour nous opposer une autre barrière, les puissances reconstituaient au nord, sous le nom de royaume des Pays-Bas, un Eiat composé des anciennes provinces unies des Pays-Bas et des anciennes provinces belges, sous la souveraineté du prince d'Orange-Nassau. L'Autriche reprit ious les pnys qu'elle avait dû successivement céder par le traité de Campo-Fonnio (1799), par le traité de Luneville (180i), celui de Presbouig (1S05), par la convention additionnelle de Fontainebleau (1807) et par le traité do Vienne de 1809, tels que ITstrie, tant autrichienne que vénitienne, la Dalinatie, les anciennes îles vénitiennes de l'Adriatique, les bouches du Cattaro, la ville de Venise, les lagunes, de même que les autres provinces et districts de la terre ferme des anciens Etats vénitiens sur la rive gauche de l'Adige; les duchés de Milan et de Mantoue, les principautés de Brixen et de Trente, le comté de Tyiol, le Vorailberg, le Frioul autrichien, l'ancien Frioul vénitien, le territoire de Montefalcone, le gouvernement et la ville de Trieste, la Carniole, la haute Carinthie, la Croatie à la droite de la Save, Fitiine et le littoral hongrois ; enfin, entre le Tessin, le Pô et l'Adriatique, l'Autriche reçut les vallées de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna, ainsi que les territoires ayant formé l'ancienne république de Ragnse.

L'ancienne confédération du Rhin fut remplacée par la confédération germanique, dans laquelle entrèrent l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse pour toute* celles de leurs possessions qui avaient appartenu autrefois à l'empire germanique; le roi de Danemark, pour le duché de llolstein, et le roi des Pa3's- Bas pour le grand-duché de Luxembourg.

Les affaires de la confédération étuient confiées à une diète fédérative, ayant pour siège Francfoit-sur-Mein, et dans laquelle chaque membre, tel que l'Autriche, la Prusse, le Ôaneinaik, le.s Pays-Bas, la Bavière, lu Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, Bade, la Hesse électorale, le grand-duehe de liesse, etc., devait avoir une vuix seulement, quelle que fût d'ailleurs la puissance de chacun des dixsept Etats formant la confédération. Mais ce règlement ne s'appliquait qu'aux assemblées ordinaires; la diète générale se composait de soixante-neuf votanis, répartis entre les divers Etats suivant l'importance de chacun. L'indépendance de tous les confédérés était garantie; toutefois, ils ne pouvaient contracter d'alliance contraire au pacte fédéral ni à la sûreté de la confédérat:on La présidence perpétuelle de la diète fut dévolue à l'Autriche.

En ce qui concernait la Suisse, l'intégrité des dix-neuf cantons était de nouveau reconnue connue base du sys.ème helvétique et "on en portait le nombre à vingt-deux par l'adjonction des trois nouveaux cantons du Valais, de Genève et de Neufchatel, formé de territoires enlevés à la France. En même temps, la Suisse vit consacrer les principes essentiels de sa confédération, et les puissances la placèrent sous la garantie d'une neutralité perpétuelle.

Les dispositions relatives au saint-siége

fiortaient que les Marches, avec Camerino et eurs dépendances, ainsi que le duché de Bénévent et la principauté de Ponte-Cor vo, lui seraient restitués. Il rentrait également en possession des légations de Ravenne, de Bologne et de Ferrare, à l'exception de la partie du Ferrarais située sur la rive gauche du Pô.

Quant au reste de l'Italie, tout fut rétabli dans le même état qu'à l'époque du traité de Campo-Furmio ; la maison de Bourbon rentra à Naples et les divers autres princes furent

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restaurés. L'ex-impératrice Marie-Louise reçut en toute souveraineté lés duchés de Lucques, de Parme, de Plaisance et de Guastalla, Quant à la Surdaigne, on lui rendit Ses limites telles qu'elles existaient au Ier janvier 1792 et l'ancienne république de Gênes lui fut réunie; le roi de Sardaigne devait joindre à ses titres actuels celui de duc de Gènes. L'Angleterre, qui avait soudoyé toutes les coalitions contre la France, ne demandait rien dans cet immense partage de nos dépouilles. C'est qu'elle s'était fait d'avance la part du lion; nos plus belles colonies et celles de l'Espagne, dont elle s'était emparée pendant la guerre , lui restaient et suffisaient a son ambition. Et comme si les puissances alliées avaient paru ressentir une sorte rie honte à mettre ainsi l'Europe en coupe réglée, à s'adjuger les peuples suivant les convenances de chacune, comme des troupeaux de bêtes , elles essayèrent de jeter un voile sur cet effronté brigandage en condamnant la traite des noirs, elles qui faisaient si impudemment celle des blancs, et en proclamant la liberté de la navigation fluviale. Jamais le Vm victis! n'avait été appliqué avec un si profond mépris des droits de l'humanité. Les alliés avaient obéi à un double sentiment, l'ambition et la vengeance, sans plus se préoccuper des exigences de la îusliee qu'un voleur de grand chemin. Il est bon de flétrir ces abus monstrueux de la force qui mériteraient un gibet ignominieux pour ceux qui s'en rendent coupables, tandis qu'on condamne tous les jours à une mort infâme des malheureux mille fois moins criminels. Et comment s'étonner, après cela, que les sentiments d'équité et de morale s'émoussent dans tous les cœurs, lorsque l'exemple part continuellement d'en haut comme un miasme empesté qui s'étend sur les consciences? C'est ainsi que les gouvernements, qui devraient être les premiers à se conformer aux prescriptions de la justice, apprennent aux individus qu'on peut tout se permettre impunément dès qu'on est le plus fort. Mais, nous dira-t-on peut-être, l'Europe se vengeait légitimement du déluge de maux. dont la France venait de l'inonder et elle agissait sagement en prenant des mesures contre le retour de pareils fléaux. Et de quel droit, dirons-nous à notre tour, de quel droit l'Europe prétendait-elle s'ingérer dans les affaires intérieures de la France en 1792? It'où est venue l'agression? Les principes qu'invoquait l'Europe étaient si mensongers qu'aujourd'hui il est de droit public que tout peuple dirige ses affaires intérieures comme il l'entend, sans que pas un seul gouvernement émette la prétention d'intervenir. Mais laissons ces questions, résolues depuis longtemps aux yeux de la saine justice. Encore une fois, la France "fut victime des folies d'un homme ; ses ennemis la. mutilèrent, laissèrent ouvertes de tous côtés des brèches par où ils pussent passer au moindre mouvement que ferait la grande vaincue. Ces traités vermoulus, il y a longtemps déjà qu'on les a foulés aux pieds ; mais les résultats n'en subsistent pas moins pour la France, dont toutes les frontières du nord et de l'est s'ouvrent aux invasions. Et cependant nos ennemis la redoutent toujours, car ils savent qu'elle renferme une force qu'ils n'ont pu étoufTer, une source qu'ils n'ont pu bouclier : la source d'où jaillira sans cesse l'idée révolutionnaire, jusqu'à ce que les légitimes aspirations des peuples aient été satisfaites.

Virmio (la reddition dk), tableau de Girodet l'i ioson (Salon de 1805). Apres des eoiiqnètessi rapines qu'elles seiublaientètre une simple marche militaire, Napoléon vint avec la grande armée investir la\ille de Vienne. Il s'arrête k Schotnbrunn : les officiers municipaux de la capitale, le clergé et les généraux de la garnison viennent eu cortège lui en offrir les clefs. Napoléon e.-t accompagné de ses officiers généraux Murât, Berthier, Bessières et de plusieurs autres, dont les portraits sont ressemblants et remplis de noblesse. Le côté gauche est occupe par un groupe très-pittoresque, par la variété des personnages dont il se compose. Un y remarque surtout une paysanne d'une grande beauté. Le fond du tableau indique bleu le lieu de la scène : c'est l'entrée de Schœnbrunn; sur le haut de la montagne, qui sert de point de vue, on aperçoit la singulière construction qui porte le nom de Glorietle (gloriette veut dire pavillon). Ce magnifique tableau, qui rit tant d'honneur à Girodet, se voit maintenant au musée de Versailles. Lors des prix décennaux, il fut jugé digne d'une mention honorable. Il a été gravé par Pigeot et par Réveil dans le Musée de peinture, mais au trait. Il en existe aussi une reproduction dans l'ouvrage intitulé les Galeries de Versailles,

VIENNE (Jean de) , célèbre capitaine du xtve siècle, amiral de France, né vers 1322, d'une famille issue des anciens comtes de Bourgogne, mort en 1396. Il fit ses premières armes en Flandre, fut nommé commandant de Calais après la funeste bataille de Crecy et défendit cette place, en 1347, contre Edouard III, pendant le siège rendu si célèbre par le courage des habitants et par le dévouement d'Eustache de Saint-Pierre (ce dévouement, toutefois, a été contesté par un grand nombre d'historiens). Jean de Vienne àguraensuite avec éclat dans toutes les guer-

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res de Charles V contre les Anglais. Il combattit ensuite en Espagnp, suivit le duc de Bourbon en Barbarie, assista au siège de Csirthagène, se joignit (1396) aux seigneurs français qui marchaient au secours du roi de Hongrie contre Bajazet, et périt k la bâta lie de Nicopolis, où il commandait l'avant-garde.

VIENNE (Guillaume de), dit le Sage, guerrier français, parent du précédent, mort en 1434. Il entra au service du duc de Bourgogne, Jean, qui n'eut pas de partisan plus dévoué et qui le prit pour chambellan et pour son lieutenant général en Picardie. Grâce k l'influence de ce prince, Guillaume de Vienne devint, en 140S, grand chambellan du dauphin, puis gouverneur du Languedoc k la place du duc de Berry ; après la mort de son protecteur, qui fut assassiné sous ses yeux au pont de Montereau, il passa au service du duc Philippe de Bourgogne, dont il sut également gagner la faveur et qui, lors de la fondation de l'ordre de la Toison d'or en 1429, l'en nomma premier chevalier.

VIENNET (Jacques-Joseph), homme politique français, né dans le Languedoc en 1734, mort en 1824. Il obtint, k l'âge de dix-huit ans, un canonicatau chapitre de Canestang; mais il y renonça en 1754 pour embrasser la carrière des armes, fit comme officier les dernières campagnes de la guerre de Sept ans et, son régiment ayant été licencié k la paix, vécut dans la retraite jusqu'à la Révolution. Il remplit à cette époque les fonctions d'officier municipal k Béziers, siégea k l'Assemblée législative, puis k la Convention, et vota, dans le procès de Louis XVI, pour la réclusion, l'appel au peuple et le sursis. Ce fut lui qui organisa, avec Cochon de [.apparent, la remonte de la cavalerie des quatorze armées de la République.- Entre ensuite au conseil des Anciens, il y siégea jusqu'en 1798 et, à dater de cette époque, vécut loin des affaires publiques. — Son frère, Esprit Viennet, était depuis plus de trente ans curé de la paroisse de Saint-Merry.

VIENNET (Jean-Pons-Guillaume), littérateur et homme politique français, membre de l'Académie frai çaise, né k Béziers (Hérault) le 18 novembre 1777, mort à Paris le 10 juillet 1868. Il était lils du conventionnel Jacques-Joseph Viennet et neveu d'Esprit Viennet, qui fut, pendant quarante ans, curé de Saint-Merry et qui prêta, en 1790, le serinent k la constitution civJe du clergé. Sa longue carrière , de militaire d'abord et d'homme public ensuite, d'écrivain dramatique et de poète, traversée par les révolutions politiques et les guerres littéraires, est pleine d'incidents et de péripéties. Il a eu le privilège de s'élever sou> divers pouvoirs k toutes les dignités littéraires et politques, en atteignant aux dernières limites de l'impopularité. »J'ai compté, disait-il, jusqu'à cinq cents épigrauimes par an contre moi; tout échappé de collège qui entrait daus un feuilleton croyait me devoir sou premier coup de pied.» Son nom a servi de tête de Turc aux républicains et aux romantiques; mais il se vengeait par une fable et pulvérisait d'une épllre ses ennemis les plus acharnés.

Après avoir fait d'excellentes études au col.ége de Béziers et présidé, pendant les premiers temps de la Révolution, le club des enfants de son âge, Viennet fut ado. is, Comme lieutenant, oaus l'artillerie de marine. Sa première Campagne ne devait pas être plus heureuse que sa dernière tragéuie. Envoyé k Brest, puis k Lorieut, il s'occupait à étudier les principes de la pyrotechnie et k tourner quelques madrigaux aux dames de la vil e, lorsqu'il fut, le 21 avril 1797, embarqué sur le vaisseau Y hercule. Ce bâtiment n'avait pas plus tôt gagné le large, qu'il se voyait donner la chasse par deux croiseurs ang.ais. Daus l'obscurité de la nuit, V Hercule reçut à bout portant contre ses flancs tous les boulets de trois formidables batteries. Avant d'avoir pu tirer un seul coup, ses pièces étaient déjà hors de service. A minuit, l'équipage de YBercule, réduit de plus de moitié, devenait prisonnier des Anglais. Le lieutenant Viennet resta pendant sept mois prisonnier sur les pontons de Plymouth. La poésie le consola des rigueurs du sort; il se lit même acteur. Sur le théâtre qu'il réussit k monter k bord de sa prison maritime, les pièces composées par lui alternaient avec les tragédies et les vaudevilles du temps. Les rôles féminins étaient remplis par les aspirants ou par les mousses. Rendu à la libeité, il rentra dans la mar.ne. En 1812, il obtint la faveur de venir k Paris ; il apportait avec lui dans sa valise d'officier une quinzaine d'épitres, deux tragédies, Alexandre et Clouis, et les quatre premiers ebants d'un poème héroïque intitulé Franeus. Déjà il avait donné un poème de Marengo (sans date); Ensuis de poésie et d'éloquence, contenant VÉlogede Bûileau; une tragédie et une comédie en vers, etc. (1803- 1805). Quelques-unes de ses épltres avaient même remporté des prix aux jeux Floraux, Parmi elles, deux étaient directement adressées k Napoiéon : YAusterlide (1808), sous le pseudonyme anagrammatique de Pou» de Veniine, et une autre sur les embellissements de Paris.

Vers la An de mars ISIS, Viennet lut aux acteurs du Théâtre-Français son CloviSj qui fut reçu k correction d'abord et allait I être pour tout de bon, après un remaniement des deux derniers actes exécuté en cinq^ jours,

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lorsque arriva au poète officier l'ordre de rejoindre immédiatement sou régiment en mar* chi* pour la Saxe. 11 partit et fit comme capitaine la campagne de Saxe (1813), assista à la bataille de Lii'zen, à celle de Bautzen, ou il fut décoré de la main de l'empereur. Dans la désastreuse journée de lïeipzig, Viennet fut fait prisonnier; il ne rentra en France qu'avec la Restauration , à laquelle il s'attacha avec un certain empressement. Il devint aide de camp du général de Montélégier, luimême aide de camp du duc de Berry. Les Cent-Jours ne le ramenèrent pas au système impérial; il refusa de voter pour l'acte additionnel, ce qui faillit lui procurer un voyage à Cayenne. Il ne dut qu'aux instances de Cainbacérès, ami de son père, de voir révoquer l'ordre déjà signé par le ministre Deerès. Les Bourbons reparurent; mais Vie nnet n'était point allé à Gand, on le lui reprocha. Laissé sans emploi, il avait repris la plume et s'était fait journaliste. Enfin, il fut admis par Gourion Saint-Cyr dans le corps royal d'étatmnjor. De cette époque datent ses nombreuses Epitres. Parmi les premières , empreintes de l'esprit monarchique , on remarqua celles qui étaient adressées A l'empereur Alexandre (1815) et Au comle de Gouvion Saini-Cyr, sur l'armée:

Il en est cependant qui, peu faits a l'injure. N'ont pas de la vengeance étouffé le murmure; Mais tu sauras les vaincre et ramener leur foi De l'amour de la France à l'amour de leur roi.

Plus tard vinrent les Epitr?s aux Grecs, et celles sur les Grecs, à l'empereur Nicolas et aux rois de la chrétienté (1821 -1826) , entre lesquelles se plaçait le poBme de Parga, imprimé, au bénéfice des Parganioles (1820, 3e édition), toutes pièces qui étaient de nature à lui aliéner ses anciens protecteurs. Sa , tragédie de Clovis avait enlin vu le feu de la j rampe le 19 octobre 1820, au Théâtre-Fran- j Çais, qui, de plus, avait reçu son Alexandre en 1815. Alexandre ne fut jamais représenté, mais Clovis obtint un succès complet. Le 17 juillet de cette même année 1820, Viennet avait donné à l'Académie de musique un opéra en un acte, Aspasie et Périclès, musique de Daussoigne, neveu et élève de Méluil ; 1 excellente partition de ce jeune maître lutta pendant, seize représentations contre la funeste influence d'un livret dépourvu d'intérêt sans pouvoir commander le succès; deux autres opéras, le Tournoi (1820) et Stirdanapale (1823), dont la musique était confiée à Kossiui (1823), ne furent pas représentes. Ac/iille, Sigismnnd. de Bourgogne, Àrùoyasle, les Péruviens, quatre tra-é.lies en cinq actes, restèrent comme Alexandre dans les cartons. Arbogaste seul s'en échappa vingt uns après sa réception et ne put voir le jour que par autorité de justice, le 20 novembre \H\. Nommé chef d'escadron à l'ancienneté eu 1823, Vienne! fut raye des cadres à l'occasion d'une épltre. Cette iipitre aux chiffonniers sur les crimes de la presse (1 827) était en somme une protestation suffisamment hardie et spirituelle contre un»: législa ion à la fois odieuse et absurde. Il n'en fallut pas davantage pour lui faire une popularité que raviva encore deux ans plus lard (1820) son epître Aux mules de don Miguel. El cependant il avait dejn donné bien d'autres ouvrages plus importants, en dehors même de ceux que nous avons cités precéileimni'iit; par exemple : Trois- dialogues des morts (1821), Promenade philosophique au cimetière du Père-Lnehaise (182-4, iu-8°, avec planche), revue biographique et tiaiirupte, en prose mètée de vers; ie Siège de Dumas, poème en cinq chants (1S24, in-8") ; Si'diumn les Aègres, poème en trois cliui ts (1826, m-18); histoire des guerres de la /{évolution, campagne du Nord ije 1792 et 17U3 11827, m-18 et in S"), dans ['Histoire militaire des Fronçais pur campagne. Enfin, il donna en 1828 un grand poème en \ingiquntre cbatiis, la Philippide, dont le héros est Philippe-Auguste 11828, vol. in-18, formant les tomes 111 et IV des Œuvres de l'auteur, It.27 et suiv.).

L'ex-oflieier, non content de poursuivre le romantisme, lançait ses vers les plus satiriques contre le régime bouibouien et les jésuites. Bientôt il entra dans la rédaction du Constitutionnel, et fut élu député de l'Hérault en 1827, l'année même où sa Carrière militaire avait été brisée. Il prit ran" parmi les membres de la gauche, soutenant de son vote et quelquefois de ses discours cette puissante opposition parlementaire qui devait aboutir à la révolution de 1830. On peut dire que ce fut lui qui proclama le premier Louis-Philippe. En effet, le duc d'Orléans venait de rejoindre La Fayette, qui l'attendait sur le palier du vieux palais municipal. Il s'agissait de lire a. la foule la proclamation de la Chambre. Laffitte tenait le document à la main, mais, comme tout le monde, il avait beaucoup parlé pendant ces jours d'orage, et comme tout le monde il était enroué. • Donnez, donnez, mon cher, s'écria Viennet en prenant la proclamation, j'ai une voix superbe, moi!» Et, d'une voix superbe, il lut la proclamation de la Chambre.

Le nouveau roi restituai Viennet songrade de chef de bataillon, L, 'ex-lieutenant républicain se dévoua tout entier au système de compression adopté bientôt parle gouvernement. Mais, avec la fougue intolérante de son esprit, il était comme l'enfant terrible de son partiel dLsu.it tout haut les projets, lea espé-

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rances ou les mots d'ordre de la réaction. A i la Chambre, il poursuivait de ses sorties j véhémentes les républicains, qu'il appelait les "j stipendiés de l'émeute, et ajoutait : «Je veux i le repos de i'Kiat, parce que le mien en dépend. > Rivé désormais au parti de la résistance, Viennet se vit bientôt sifflé et bafoué. Point de mire du Charivari et de la Caricature, il fut mis à toutes les sauces de la malignité, du sarcasme et (lu dénigrement. Un fait surtout avait mis le comble a son impopularité. La Tribune avait, au commencement de 1833, traité la Chambre de

■ prostituée» et accusé M. Viennet, en particulier, de manger au râtelier des fonds secrets. Les cheveux du barde de Béziers se dressèrent sur sa tète, il invoqua la charte et appela sur ce journal l'indignation de la Chambre et ses rigueurs. La Chambre décida que le gérant de la Tribune serait cité k sa barre; Lionne y parut, en effet, le 16 avril, accompagné de Godefroy Cavaignac et d'Armand Marrast, ses défenseurs, .et fut condamné au maximum, c'est-à-dire k trois ans de prison et 10,000 francs d'amende. Viennet ayant été élevé àla pairie le 4 janvier 1836,1e pair ne fut pas plus ménagé que ne l'avait été le député. Les choses durèrent ainsi jusqu'en février 1848; les événements de cette époque l'arrachèrent à la fois de son banc du Luxembourg et de la politique militante; les journaux satiriques, occupés ailleurs, lâchèrent un instant leur proie. Plus lard , on lui sut même gré de s'être montré vis-à-vis des hommes du 2 décembre très-digne et trèsferme. Grand maître des francs-maçons du rit écossais pour la France et ses colonies, il combattit étiergiquement pour l'indépendance de ce rit, lorsque le pouvoir, par un abus étrange de son autorité, manifesta la

firétention de le réunir au rit français sous a dictature du maréchal Magnan. Le vieillard retrouva alors toute la verdeur de la jeunesse, et la façon dont il tint tète à l'orage lui valut un regain de cette popularité que depuis la Restauration il n'avait pas connue.

L'Académie française avait ouvert ses portes à l'auteur de V Iipitre aux Muses le 18 novembre 1830; il succédait au comte de Scgur. L'Académie devait bien une place dans son sein à celui qui fut, avec Baour-Lormian, un des chefs les plus indécrottables de la résistance absolue aux tentatives du romantisme. Les échecs qu'avait éprouvés Vienuet au théâtre ne l'avaient pas découragé. Ayant composé un drame en vers, Michel Drémond, il eut la bonne fortune incroyable d'intéresser Frederick Lemaltre à cette pièce, qui avait le défaut de rappeler beaucoup trop X Honnête criminel de Fenouillot de Fulboire et tous les drames naïfs bâtis sur cette donnée ; singulier mélange de banalités et de traits d'esprit, de tirades communes et de pensées ingénieuses, à la fois très-mauvaise et assez remarquable. Le grand comédien qui la jouait fit luire sur elle Ce ces souuuiiieies éblouissantes qui enlèvent la réussite. L'Odéou, encourage, monta l'année suivante la Course à l'héritage, comédie en vers (29 avril 1S47). La Course à l'héritage fut écoutée avec une bieuveil.ance tranquille; une reaction semblait enlin s'opérer en faveur de Viennet. Ses fables en ce temps-là demandaient grâce pour ses poèmes et ses tragédies. Souvent Spirituelles, favorisées par les circonstances, elles avaient des admirateurs. Ce sont ues matières politiques qui peuvent encore offrir un piaisir rétrospectif, mais qui sont condamnées à l'oubli, parce que la fable vit ne moralités générales et noudemoralt.es particulières; pour durer, il faut quelle ne soit d'aucun temps particulier, mais de tous les temps et de tous les pays. Or, les fables de Viennet ,- chuchotées à l'Académie avec, le plus grand succès, ne devaient pas éveiller d'écho durable en dehors des murs de l'Institut.

Après Michel Brémond, Viennet avait pu croire un instant qu'il allait loucher à son rêve et devenir un des maîtres île la scène. Il avait même refait presque eu entier, en 1845, à l'âge de soixante-huit uns, son Alexandre, espérant le produire. Son illusion fut de courte durée; elle s'évanouit complètement après la Course à l'héritage et le peu de réussite d'une autre comédie, la Migraine. Il lui fallut attendre douze ans avant d'obtenir de faire représenter un drame tartare en un acte et en vers, Selma (Odéon, 14 mai 1859). Doyen des auteurs dramatiques, Viennet avait alors quatre-vingt-deux ans; sa ' pièce fut accueillie avec bienveillance, mais elle resta peu de temps sur l'affiche. Après taut d'efforts inutiles pour ressusciter la tragédie classique, l'infatigable vieillard voulut montrer qu'il ne désespérait pas même des destinées du poeme-épique. Fort de ses convictions poétiques, il donna enfin a la France, qui l'attendait vainement depuis des années,

■ son poème national , la Franciade (1863 , in-18); mais la Franciade et les efforts du quasi-nonagénaire n'ont pu ressusciter un genre qui n'a jamais pu vivre parmi nous. Le dernier ouvrage de Viennet a été une Histoire de la puissance pontificale (18t>6, 2 vol. iu-18), dirigé comte le pouvoir temporel des papes. Il y reste l'adversaire des entreprises cléricales , son adversaire décidé ; sur ce point ses opinions n'avaient pas varié; le voltairien survivait à travers les années. Outre les ouvrages cités dans le cours de cet ar-

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ticle, on a de Viennet deux romans :1a Tour de Montlhéry, histoire du xne siècle (1833, 3 vol. in-8°, réimprimés dans la collection des Romans illustrés, in-4" à 2 col.); le Châ eau Suint-Ange (1834, 2 vol. in-8") j" divers Discours académiques ou politiques; une nouvelle édition de sa Promenade philosophique au cimetière du Père-Luchaise (1855, in-18), où l'on trouve, au lieu des 99 notices de la ire édition, des notices ou des jugements sur 280 personnages appartenant aux arts, aux sciences ou à la politique; un recueil de Fables (2e édition, 1855, in-18) ; Fables complètes, (1865, in-18), avec une préface autobiographique; Epitres et Satires (ire édition, 1813, ne contenant que douze pièces; la 2e édition, 1860, en comprend cinquante, in-18). Les Fables et les Epitres, liées étroitement à l'existence militante de l'auteur, donnent la mesure de sa résistance intrépide au romantisme et à la démocratie. Lues pour la plupart avant d'être imprimées, dans les séances de l'Institut ou dans des cercles plus ou moins académiques, elles plurent surtout par les allusions dont elles paraissaient remplies à un auditoire antipathique aux idées nouvelles. C'était leur force et ce sera leur faiblesse ;en vain a-t-on applaudi le poëte quand il foudroyait au nom de la règle la révolution dans la politique et la littérature; à présent que les prétendus sophismes contre lesquels i'. bataillait ont eu gain de cause, lit réputation du poste est bien compromise. Le malheur pour sa gloire, c'est que le meilleur de Son esprit, de son talent est enfermé dans ces deux livres, surtout dans les Epitres et Satires, car les Fables sont restées loin des modèles du genre. Les divisions mêmes du recueil des Epitres et Satii-es sont un curieux témoignage de longévité littéraire ; quel laps de temps elles embrassent, et que de transformations elles rappellent I Sous l'Empire; Sous la liestauration; Après la résolution de 1830; Sous la République ; Sous le second Empiré. Chacun des morceaux de ces cinq périodes a sa date particulière; la première est de 1S83. et l'une des dernières, lue à l'Institut en 1858, a pour sujet les quatre-vingts ans de l'auteur : O mes quatre-vingts ans, je vous avais prévus ; Mais je ne vous dis pas : Soyez les bienvenus |

Ce n'est pas seulement une longue vie d'homme qu'on retrouve dans ce recueil; c'est ii un certain puint de vue la physionomie historique du siècle se reflétant dans sa littérature. Viennet disait lui-même que sa vie publique avait nui à sa carrière littéraire et que son plus grand tort avait été • de dire sa pensée à tout le monde, sans acception de parti ni de coterie. » Les lecteurs des Epitres et Sutires sont à même de juger si cette appréciation personnelle est exacte, et s'il a véritablement tourné contre tous les partis également ce qu'il possédait de verve satirique.

Viennet a rédigé lui-même sa propre notice dans le Dictionnaire de la conversation , auquel il a fourni des articles. M. d'Haussonville, qui l'a remplacé à l'Académie française, a fait son éloge (1870).

VIENNOIS, OISE s. etadj. (viè-noi, oi-ze). Géogr. Habitant d'une des villes du nom de Vienne ; qui appartient à une de ces villes ou à ses habitants : Les Viennois. La boulangerie viennoise; est fort renommée, La flèche de la célèbre cathédrale viennoish est In plus hante de l'Europe. (Uér. de Nerv.) Une Viennoise n'éconduit personne. (Uér. de Nerv.)

— s. f. Sorte de lunette jumelle: Tiens ! liens! reprit-il, vous vous êtes payé une viennoise! Vous ê es un sournois ; si je demeure jamais en face de vous, je fermerai mes rideaux pour murer ma vie privée. (P. Kéval.)

VIENNOIS (le), petit pays de l'ancienne France, dans la ci-dévant province du Dauphiné, compris entre le Rhône, l'Isère et le Grésivuudaii ; ch,-l., Vienne. Il est aujourd'hui réparti entre les départements de l'Isère et de la Drônie.

Vieil», la uuii c»i belle, paroles françaises de Bélanger, musique de Memlelssnhn, Trèsélegantes', les phrases de ce lied. Distinction, de la pensée, langueur, bouillonnements de la jeunesse, charme, irritation voluptueuse, voilà ce que rend admirablement cetie petite pièce. On ne reconnaît là, eu aucune f.çon, les accents fiévreux, les- phrases tourmentées et maladives que nous sommes habitués à rencontrer dans la musique de Mendelssohn, ne la connaissant en France que par quelques pièces d'orchestre, servies tous les ans au public par la routine, à l'exclusion des autres œuvres du maître. Si le public français connaissait tous ses ouvrages, il serait étonné d'y rencontrer une souplesse de style qu'il ne saurait soupçonner.

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