‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 709 sur 1042 · B0LL1N · texte numérisé non relu

B0LL1N

Ah1, ah ! jeunes gens, comme toi I

Merville oublie, on le voit, sa vieillesse; «on ami lui conseille d'ouvrir les yeux :

UEItVILLE.

Je ne suis pas aveugle.

KOLLIN

Oh ! pas plus que bien d'autres, Je le sais; mais enfin...

UEBV1LLE.

Que diable ! épargne-moi ; Je pourrai quelque jour raisonner comme toi. Je n'y suis pas encor; je conviens qu'à ton âge...

VIEU

RQLL1H.

A pion âge, dis-tu 1 Quel est donc ce langage? - Merville, nous étions du même âge autrefois.

HERV1LLB.

Du même âge?

ROLLIN

J'étais plus jeune de trois mois.

MERVILLE

Cela ne se peut pas,

ROLLIN

Oh! la chose est très-sûre.

Souviens-toi du collège, et si, par aventure. Tu vieillis tous les ans d'un an, comme je fais...

MERVILLE

Les grâces et l'esprit ne vieillissent jamais.

ROLLIN

Bon I c'est un madrigal qu'on dit aux vieilles femmes.

MERVILLE

Un madrigal 7... Et toi, tu fais des épjgramroesï...

Au dernier acte, Rollin a découvert la ruse de Linant. Constance pleure et, croyant trouver un appui dans Merville, lui demande un rendez-vous. Le vieux fat se croit aimé de Constance; il est au comble du bonheur. Il fait entendre à la jeune fille des paroles d'amour qu'elle ne comprend pas. Enfin, il se jette à ses genoux. Constance, stupéfaite, ne sait si elle doit rire ou se fâcher. Au même moment paraît Rollin. Unelettredesa femme, qu'il tient à la main, lui apprend que Charles aime Mme de Sergis, que Linant lui a avoué son amour pour Constance et qu'elle approuve ce mariage. Merville, toujours à genoux et pris d'une sciatique, ne peut se relever. L'arrivée de Linunt vient hâter le dénoument. Rollin lui donne la main de sa rille. Merville se console en pensant à l'existence joyeuse qui l'attend dans ta société légère et brillante dont il suit l'entraînement jusqu'en ses vieilles années :

Viens, Labrosse, partons! aux plaisirs de Paris Mon penchant me rappelle; allons, il faut le suivre Et dans le tourbillon recommencer à vivre.

Vieille urne (la) ou les Collatéraux, comédie en cinq actes et en vers, de Picard; représentée sur le théâtre de l'Odéon le 28 mai 1811. C'est un tableau d'intérieur empreint de ce cachet dé vérité habituel à l'auteur de la Petite ville. Mme Sinclair, riche et célibataire, a pour collatéraux M. liardolin, son neveu, dont le fils Anatole est un modèle de naïveté, et un autre neveu, nommé Vernissac, Ce dernier est un Gascon, propriétaire aux environs de Pézénas. Mme Sinclair a aussi pour nièce Mme Saint-Laurent, mariée à une espèce d'imbécile et mère de Louise, jeune fille très-aimable. La vieille tante est entourée, on le voit, de gens empressés à lui être agréables; ses parents sont autant de serviteurs qui n'ont d'autre volonté que la sienne. Mme Sinclair, connaissant les motifs qui les font agir, se divertit de leur aveugle obéissance et s'amuse à tromper leur espoir, B.irdolin voudrait que sa tante lui vendit son bien moyennant une rente viagère; Mme Saint- Laurent emploie toutes les ressources de son esprit pour que sa parente fasse Louise sa légataire universelle. La vieille met ses collatéraux aux prises, en laissant deviner k chacun les petites menées des autres, et c'est Vernissac qu'elle choisit pour les en instruire. Ce dernier, plus adroit et plus rusé que ses cousins, joue la sensibilité et s'installe sans façon chez la tante, qui n'est pas dupe de ses artifices. Celle-ci a mandé un vieux maître clerc de notaire, Dorigny, ami de feu son mari. Tous les parents, s'imaginant qu'il est question d'un testament, redoublent de soins ; un incident amène une rupture entre Mme Sinclair et ses collatéraux. L'intérêt engage Bardolin et Mme Saint- Laurent à signer un dédit relatif au mariage prochain d'Anatole et de Louise ; et la tante, qu'on a consultée, refuse de donner son consentement k l'union projetée, parce qu'elle saitquo Louise aime Ernest, le fils de Dorigny. L'honnête maître clerc, craignant qu'on ïie l'accuse d'avoir aussi des projets sur la fortune de la vieille dame, a résolu de faire partir son tils. Vernissac, le seul qui n'ait point mécontenté Mme Sinclair, profite de la circonstance et va jusqu'à lui proposer de prendre un mari ; le brave garçon n'a d'autre intention que d'être choisi lui-même. La tante feint de se rendre à ses conseils, et voila Vernissac qui déjà agit en maître chez elle. Mu'e Sinclair assemble sa famille et annonce qu'elle a résolu de se remarier. Quel coup de foudre pour les parents et surtout pour Vernissac, en apprenant qu'elle a fixé son choix sur Ernest 1 On devine bien que ce n'est qu'une ruse pour amener les parents à marier ce jeune homme avec Louise. L'hymen se conclut effectivement et tous les collatéraux se retirent, déçus de leurs brillantes espérances. Cette pièce, vivement menée, est pleine de gaieté. Picard s'est bien gardé de montrer Te côté dramatique de son sujet.

Vieux gai-fooi (uss), comédie en cinq actes et en prose, de M. Victorien Sardou (Gymnase, 21 janvier 1865). Le sujet n'est pas nouveau ; mais l'auteur l'a suffisamment rajeuni par la manière de le traiter, et il a prouvé une fois de plus comment il peut se permettre toutes les hardiesses, grâce à l'intelligence des ménagements qui les font réussir; U s'était proposé uu double but : exciter l'émotion dramatique et donner une le*

VIEU

çon de morale ; le premier seul a été atteint. Néanmoins, comme le dit M. Vapereau, « l'honnêteté de ses tirades lui gagnera les austères, leur bon style les lettrés ; par des hardiesses de passion il enlèvera la foule-, il aura tout le monde pour lui. >

Deux groupes d'adversaires sont en présence : trois contre trois, les Curiaces du célibat contre les Horaces du mariage. Malheureusement, ils ne sont ni les uns ni les autres dignes de représenter leur cause ; aussi l'issue de la lutte ne prouvera-t-elle pas grandchose. C'est la cause du mariage, de la famille qui triomphe, mais avec des adversaires bien peu redoutables. L«s célibataires que l'auteur met en scène sont tellement éelopés et édentés qu'on ne peut les considérer que comme les invalides du célibat, bons tout au plus à lutter contre des invalides du mariage. Leur chef de file, M. de Mortimer, est un don Juan sur le retour. Il a la cinquantaine, et quelques-unes de ses campagnes ont dû compter double. Néanmoins, il se croit redoutable, oubliant cette vérité élémentaire, t qu'on ne peut être et avoir été. • Dans le second séducteur, cet- anachronisme de sentiments est poussé jusqu'au grotesque. Le vieux Vaucourtois est une vraie caricature. Usé, épuisé, il met en relief, par les soins qu'il emploie à vouloir les réparer, les irréparables outrages des ans. Fausses dents, faux toupet, faux mollets, tout est faux en lui, sauf le squelette ainsi déguisé. C'est le seul de la ligue du célibat qui puisse espérer réussir s'il cherche un succès de fou rire. Le troisième célibataire, M. de Clavièrés, est plus jeune; mais c'est un célibataire forcé et qui n'aspire qu'à se passer au cou les chaînes du mariage. En attendant, il trouble l'esprit et le cœur d'une pauvre femme pour bien peu de chose, pour des rendez-vous dans une église ou un cimetière, où il ne rencontre que des rhumes de cerveau. Voilà les trois loups contra lesquels il s'agit de défendre trois bergeries conjugales. La coalition des maris a aussi sou chef de lile, M. de Chavenay, qui n'a pas grand'peine à tenir ses adversaires en échec. De ses deux lieutenants, l'un, M. du Bourg, est un brave bourgeois, assez insignifiant ; mais l'autre, le petit de Troène, qui trouve « que les femmes honnêtes ne sont pas drôles» et préfère les drôlesses, ferait meilleure ligure dans le camp opposé.

Entre ces trois lions sans griffes ni dents et ces trois ternes chevaliers de l'hyménée, vivent trois jeunes femmes qui s'ennuient, rêvent et seraient assez disposées à esquisser un chapitre de roman scabreux. M. de Mortimer est là pour encourager ces heureuses dispositions et se demande à laquelle des trois Eves il offrira la pomme. Maie de Chavenay lui convient assez, et on ne sait trop si elle ne payerait pas les frais de la guerre, lorsqu'il lui arrive un allié tout frais pour faire prendre le change au chasseur. Elle a une sœur, Antoinette, fiancée à un beau jeune homme, M. de Nantya. Dans sa naïveté, les autres hommes n'existent pas pour elle, ce qui ne décourage nullement Mortimer. Il a vu tous ces trésors de candeur se révéler à lui et il a rêvé de cueillir cette fleur à peine éclose. Las de partager un cœur banal, il veut posséder seul et le premier la jeune Antoinette. Au lieu de disputer k son mari M""1 de Chavenay, il enlèvera Antoinette à son fiancé , dont les allures quelque peu puritaines l'ont froissé comme un reproche vivant de sa vie déréglée. Un prétexte se présente d'attirer Antoinette dans son appartement, et il conçoit un projet infernal, celui de séduire celte merveille d'innocence. De son regard odieusement curieux il sonde les replis de cette âme si pure. L'enfant s'ouvre k lui souriante et confiante. U déclare' k mots à peine couverts sa passion, ses désirs; la jeune fille ne se trouble pas. Elle ne comprend pas, et son angélique ignorance la défend mieux que ne ferait sa pudeur. Le vieux libertin est tout surpris de se sentir touché, et, partagé entre un respect involontaire et ses idées coupables, il obéit à un bon mouvement et se hâte d'éviter le danger en congédiant la jeune fille avec un adieu tout paternel. Cette scène .hardie, scabreuse, qui pouvait compromettre le succès de la pièce, l'a doublé. L'intrigue, assez lâche jusque-là, se noue et se serre, les événements se pressent. De Nantya apprend la visite d'Antoinette chez Mortimer, et la pureté de la jeune fille l'empêche de comprendre ses insinuations interrogatives. Le jeune homme provoque le Céladon grisonnant, qui, avant le duel, met ordre à ses affaires. En relisant ses anciennes correspondances, il trouve une lettre de femme qui porte le même cachet que celui de son adversaire. C'est, la un mystère qu'il se hâte dectaircir, et il acquiert la conviction que de Nantya est son fils. Autrefois il avait séduit et abandonné la mère. Stupéfait et heureux à ta fois de cette découverte, il refuse un combat contre nature, et son adversaire, attribuant cette conduite à la peur, l'insulte. Le père, qui ne peut se découvrir, éprouve une sorte de satisfaction à voir son fils si beau dans la colère et l'indignation. Tout se terminera, on le devine déjà, par une reconnaissance, et ce sera la troisième scène capitale, le troisième engin de succès. Elle est retardée par la crainte qu'éprouve Mortimer de voir le souvenir de la mère abandonnée,

VIEU

trahie, se dresser comme un obstacle invincible entre son fils et lui. M. de Nantya, jugeant d'après les paroles de son innocente fiancéo que le vieux garçon l'avait traitée chez lui avec tout le respect obligé, offre k Mortimer des excuses dignes, qui contribuent beaucoup au rapprochement entre les deux hommes. Le père, un peu régénéré par cet accès insolite de vertu, laisse enfin échapper son secret, qui est accueilli par des effusions de pardon et de tendresse, et tout est bien qui finit bien. Le camp des célibataires, depuis longtemps en désarroi, ne résistera pas à la défection de son chef, passé à l'état de père de famille. Les petits nuages des trois ménagf s crèvent en une pluie de cadeaux pour les jeunes femmes,- pluie qui entretientl'amitié, et la eonversimi de Mortimer amène celle de Clavières. Vaucourtois, dont la spécialité est de dèterre.r dans les ruisseaux des beautés de club et des cantatrices de petits théâtres, continuera à lancer ses ingénues et à se faire tromper par elles, sans être capable de tromper personne lui même, le pauvre homme I

L'analyse même de cette pièce en est la meilleure critique. Au premier abord, les Vietia: garçons, comme presque toutes les œuvres de M. Victorien Sardou, ont l'air d'être conduits par une idée. Au développement de la pièce, on juge bientôt que cette idée s'évanouit, qu'elle ne soutient ni les caractères, ni les situations, ni l'intrigue.' Elle embarrasse plutôt l'auteur, dit M. Vapereau, comme une armure qui ne serait pas à sa taille et que, dans un moment de présomptueuse ardeur, il avait voulu revêtir. La laissant k l'écart, il ramasse à la hâte diverses petites armes qu'il manie plus sûrement, et une foule de traits légers qu'il lance au but avec adresse. La vivacité de ses mouvements est infatigable, la force ne manque pas à quelques-uns de ses coups ; mais il frappe les plus grands un peu au hasard, et les moyens qu'il déploie sont sans proportion avec le but qu'il se contente d'atteindre. » M. Sardou est eu effet l'homme des détails , et il en trouve de charmants, soit pour les inventions scéniques, soit pour le style. Il y en a d'ariificieis, comme les ficelles ou les tirades dont il a coutume d'abuser, mais dont il fait dans les Vieux garçons Un emploi plus sobre qu'à l'ordinaire. Ou sent l'improvisation dans cette pièce, mais une improvisation brillante, qui met vivement en relief ce que l'auteur possède de qualités réelles et cache encore plus habilement ce qui lui manque, la puissance soutenue du souffle, la largeur des idées, la profondeur des analyses.

Vieille (la), opéra-comique en un acte et en prose, paroles de Scribe et Germain Delavigue, musique de M. J . Fétis ; représenté k l'Opèra-Coinique lel4 mars 1886. Nous n'avons pu nous procurer le livret de cet ouvrage; mais, d'après le texte des morceaux de la partition, on comprend qu'il s'agit dans la pièce d'un jeune officier français nommé Emile de Vercigny, qui, pour se soustraire peut-être aux rigueurs d'un exil en Sibérie, épouse une vieille femme russe, la comtesse de Xénia; mais, comme on l'a vu depuis dans la Fanchonnette, la vieille bienfaitrice se trouve être au dénoûment une jeune femme charmante. L'ouverture, tres-déve- ■loppee, a été écrite avec la correction qu'on devait attendre d'un musicien qui, déjà à cette époque, se livrait à l'étude la plus approfondie des éléments harmoniques de la composition. Le chœur des domestiques, dans l'introduction, est beaucoup trop long; le duo qui suit : Doux souvenir de la patrie, est d'un joli effet. Nous signalerons encore un trio et un quatuor bien traités. Cet ouvrage a été chanté par .Leraonnier, Firmin, Hue6 et Mllje Pradher.

Vieille (la). Cette ronde enfantine est une satire achevée, un tableau fini. Quelle que sait la date de l'œuvre, elle est toujours actuelle, toujours vivante. Les vieilles aux ècusl on n'a pas encore abordé ce terrible sujet au théâtre. L'enfance- seule, qui a le droit de tout due et de tout fronder, se permet, avec ou sans malice, de fustiger en riant la jeunesse cupide vendant à ce Minotaure, la vieille femme, pour quelques sacs d'or, son sang et sa jeunesse. Les gandins entretenus 1 Voilà une des plaies de 1 époque qu'on ose à peine sonder .

Allegro. =!,

ron - de Com - po' - séo de jeu - ne»

=fc=f=fc=

gens, 11 s'y trou - va u - na

vieil - le Qui a - valt qua - tre-vingts

Page 1