‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 728 sur 1042 · V. La VlLLEUiiURNOlS · texte numérisé non relu

V. La VlLLEUiiURNOlS

V1LLEJ UIF, bourg de France (Seine), ch.-l. de cuut., anoud. et à 6 kiloin. N.-E, de Sceaux, à 8 kilum. S. de Paris, sur uue eiuineuoe ; pop. aggl., 1,646 hab. — pop. tôt., 1,917 liab. Canieies de plâtre et de pierre de taihe; coruenes; pépinières; fabrication d'engrais; commerce ue foui et de paille. (Je lieu tire SOn UOin des juifs de Paris, qui eu avalent la propriété au mo^eu âge. 11 y eut dans celte localue, le 23 septembre 1870, un combat entre les Allemands et les troupes de Paris.

VILLÈLE (Guillaume-Aubin de), prélat français, ne à Cai-aman eu 1770, mort en 1841. Elevé du séminaire de Saiiu-Sulpice au début de la Révolution, il emigra peu aptes, reçut la prêtrise à Dusseldorf, puis se retira a Vienne, De retour en France eu 1802, il s'adonna a la prédication. Eu 1817, il fut nomme évèque de Verdun, mais ne prit point possession de son diocèse. Louis XV11Î, qui l'avait enteudu prèclier, lui donna en 1820 le siège épiscopai de Soissons, d'où il passa eu 1824 il 1 archevêché de BuUrges et icçul, cette încine année, un siégea lu chambre des pairs. Apres la révolution de Juillet 1830, il tint rigueur au nouveau gouvernement, se confina dans sou diocèse et refusa, eu 1839, la croix de la Légion d'honneur. Lorsque aon Carlos, forcé de quitter l'Espagne où il avait fomente

une longue guerre civile, fut interné à Bourges, l'archevêque Villèle lui offrit d'habiter son palais et reçut de lui le grand cordon de Charles III.

VILLELE (Jean-Baptiste- Séraphin-Joseph, comte de), homme d'Etat français, cousin du précédent, né à Toulouse le 14 août 1773, mort dans la même ville le 13 mars 1854. Il entra de bonne heure dans le corps royal de la marine et fut embarqué sur une corvette d'instruction, à bord de laquelle il fit un premier voyage à Saint-Domingue, sous les ordres du contre-amiral de Saint- Félix, un de ses parents. De retour à Brest, il repartit presque aussitôt pour l'île de France. Les événements de 1793 le surprirent dans cette colonie, où il remplissait les fonctions d'aidemajor de la division navale, et lorsque, à la suite du mouvement révolutionnaire, M. de Saint-Félix fut obligé de se réfugier à l'île Bourbou, M. de Villèle ne voulut pas se séparer de son protecteur. A peine arrivé à Bourbon, le jeune marin s'éprit d'une créole, aussi recherchée pour les qualités de son esprit que pour sa fortune ; il obtint sa main et s'établit dans l'Ile, où il se rendit acquéreur d'une vaste propriété, dont il ne tarda pas à doubler la valeur par une administration bien entendue. Ses intérêts personnels ne l'absorbèrent pas cependaut tout entier. Par son intelligence et la fermeté de son caractère, il se montra utile à son pays d'adoption , et quand le choix de ses nouveaux compatriotes I appela à l'Assemblée coloniale, il s'y lit remarquer par son activité et son entente des affaires. En 1807, M. de Villèle réalisa sa fortune, revint en France et se fixa dans son domaine de Marville, près de Toulouse, occupé exclusivement de travaux agricoles. La, dit M. Boullée, « M. de Villèle n'entretint avec l'administration impérhUe d'autres rapports que ceux auxquels l'appelait la qualité ûe conseiller général de la Haute-Garonne, qui lui avait été conférée à son retour. L'énergie de son caractère se signala par la résistance qu'au commencement de 1813 il opposa à l'exactjon de l'emprunt forcé dont, le gouvernement avait entrepris de frapper illégalement les principaux propriétaires; le préfet, déconcerté par cet acte inattendu d'opposition, n'osa passer outre. Villèle salua avec un vif empressement la restauration du régime royal ; mais défavorablement affecté," comme beaucoup d'autres esprits, du projet de constitution adopté provisoirement par Louis XVIII, sous je titre de déclaration de Sa.nt-Ouen, et pénétré des lacunes et des insuffisances de ce projet, il en combattit les dispositions dans un écrit où il se prononça ouvertement pour un retour complet au régime antérieur à 1789. Cette opinion, que l'auteur devait bientôt réformer, grâce à une salutaire expérience, fut peu remarquée au milieu du déluge de pamphlets que Ht éclore la récente émancipation de la presse ; mais c'est un fait digne d'observation qu'une thèse aussi chimérique ait servi de point de départ à un des esprits les plus sensés et les plus pratiques de l'époque contemporaine. > Quoi qu'en dise M. Boullée, ce travail ne passa pas inaperçu. 11 appela sur M. de Villèle, qui depuis longtemps d'ailleurs entretenait des relations avec les émigrés, l'attention des Bourbons, et après la seconde Restauration le duc d'Angoulême le'notnma maire de Toulouse. 11 se fit remarquer dans l'exercice de ces fonctions, que la réaction rendait si difficiles, patun esprit de conciliation digne des plus grands éloges. Mais l'effervescence était grande ; les ressentiments d'une population longtemps comprimée se montrèrent impérieux et inexorables, et malgré tous ses efforts M. de Villèle ne put empêcher l'assassinat du général Rame). Mais si le crime répugnait à son âme honnête, M. de Villèle n'était pas exempt de passions et de rancunes, et lorsqu'au mois de septembre 1815 il alla représenter sa ville nataie dans cette Chambre, contre -partie exacte de celle qui lavait précédée, il prit place au milieu de cette majorité exaspérée par les Ceui-Juurs, et il vota avec elle ces mesures fatales qui devaient jeter le gouvernement dans la réaction. Grâce à une argumentation pleine de précision et de lucidité, le députe de la Haute-Garonne conquit bientôt un réel ascendant sur son parti et sur l'Assemblée entière. A l'occasion du projet de loi qui affectait aux rôles de 1815 le recouvrement des quatre premiers douzièmes des contributions, comme à propos de la reconstitution des compagnies départementales, M. de Villèle attira sur lui l'attention de tous les hommes politiques par l'habileté avec laquelle il développa les théories de déceutralisatiou qui n'out cesse de constituer le fond de sou programme politique. Les débats de la loi électorale présentée par M. de Vaublauc vinrent augmenter son importance parlementaire. Membre de la commission, il s'éleva avec énergie contre le système des électeurs de droit, que soutenait le ministère, et il n'eut pas de peine à démontrer que livrer les élections aux fonctionnaire!) c'était les mettre a la merci, à la discrétion absolue du pouvoir. Le projet de M. de Vaubianc ayant été renvoyé à une commission, M. de Villèle en fut le rapporteur, et U uéveloppa devant la Chambre un contre- projet qui, tout en maintenant les deux degrés d'élection, composait les collèges cantonaux de tous les citoyens âgés de vingt-cinq ans et

payant 50 francs de contributions directes, et limitait le taux de 300 francs aux électeurs des collèges départementaux, dont le nombre était fixé à trois cents. La pensée de M. de Villèle était de donner pour appui au parti royaliste les classes inférieures, où ce parti rencontrait moins d'hostilité que dans la bourgeoisie. Ce projet, au dire de M. Boullée, posant les vrais principes du régime parlementaire, ne fut admis ni sans réclamation ni sans mutilation par la Chambre des députés, et celle des pairs le rejeta comme entaché d'aristocratie, résultat fort inattendu et qui produisit une perturbation profonde au sein de la Chambre élective. Villèle s'étant rendu auprès du roi l'organe de cette alarmante situation, le ministère entra en négociation avec les chefs de la droite; mais il ne sortit de ces conférences qu'une résolution par laquelle la Chambre réprouvait tout renouvellement partiel capable d'affaiblir ou de déplacer sa majorité. » On sait ce qu'il en advint. Le 5 septembre, Louis XVIII prononça la dissolution de la Chambre, M. de Villèle fut réélu, et il retrouva dans la nouvelle Chambre une centaine des membres de l'ancienne majorité. « Alors, dit M. Artaud, il fil preuve d'une haute capacité par la manière dont il sut organiser son parti, le discipliner , harceler le ministère en adoptant le rôle des minorités .et en prenant la défense des libertés publiques. Ainsi il attaqua avec force, en 1817, l'influence de l'administration en matière électorale, la censure et la liberté individuelle, le cumul et l'élévation des traitements, la centralisation, qu'il représenta comme la source de tous les maux, les emprunts, qu'il assimilait à des impôts, le recrutement, etc. Ce n'était pas seulement à la tribune qu'il attaquait le ministère; dans la presse, le Conservateur était le principal organe de son opposition. • Ses premières impressions au sujet' de la charte de Louis XVIll étaient, on le voit, singulièrement modifiées. «Je ne puis dire, écrivait-il à cette époque, que mon parti aime beaucoup la charte, dont il connaît les imperfections et lacunes; mais nous nous y attachons de plus en plus comme au seul titre qui nous autorise à nous occuper des intérêts de notre pays. ■ La mort du duc de Berry ayant poussé le roi aux mesures extrêmes, M. de Villèle ne refusa pas son appui au pouvoir; il prêta même, en royaliste ultra qu'il était, le secours de sa parole aux lois qui suspendirent la liberté individuelle et mirent cinq journaux eu état de surveillance. Les deux lois furent votées. La majorité imposa alors au cabinet MM. de Villèle et de Corbière, comme ministres sans portefeuille; mais bientôt, mécontente de la marche timide et incertaine de ce cabinet, elle le renversa pour en composer un formé des hommes qui avaient sa confiance. C'étaient, avec M. de Villèle, MM. de Peyronnet, Matthieu de Montmorency, le duc de Belluue, de Clermont-Tonnerrë et le géuéral Lauriston. Ici commence la longue administration de M. de Villèle, administration rendue difficile par les imprudences et les exagérations de ceux-là mêmes qui, tout en se disant les amis du gouvernement, le poussaient à sa perte. La soif de la liberté se faisait sentir, et de tous côtés l'agitation régnait dans les esprits. Des mouvements révolutionnaires se produisirent à Saumur , à La Rochelle et sur d'autres points. Cette fois encore la liberté eut ses martyrs. Aux embarras d'une situation intérieure profondément troublée vint s'ajouter la guerre d'Espagne, et il est juste ue dire que M. de Villèle, soutenu dans sa résistance par l'opinion publique, par l'industrie et le commerce, fit tout ce qui était en lui pour l'éviter ou l'éloigner. Appelé à la présidence du conseil, il essaya plusieurs fois de ramener à un sentiment plus vrai des intérêts des deux pays soit les cortès, soit Ferdinand VIL Ses tentatives échouèrent des deux côtés. Les événements se pressaient en Espagne; le discours de la couronne dut parler de guerre, et tout se .prépara pour une expédition prochaine. Mais il fallait obtenir de la Chambre les crédits nécessaires pour se mettre en campagne. L'opposition fut vive, et nous avons fait ailleurs îe récit des débats auxquels cette situation donna lieu (v. Manuel), M. de Villèle présenta la question a un point de vue tel, que la droite, renforcée de tous les esprits timorés, et le nombre en était grand, vota l'emprunt avec enthousiasme. Le langage du président du conseil fut modéré, il faut en convenir; mais M. da Villèle eut le tort impardonnable de ue pas intervenir de son influence et de sou autorité dans l'incident qui amena l'expulsion du députe Manuel.

L'histoire le rendra responsable de ce cuup d'Eiat parlementaire. La guerre d'Espagne ne fut pour l'armée française qu'une marche triomphale, et ce succès marqua pour l'opinion royaliste une époque d'exaltation sans précèdent. Les élections de 1824 amenèrent 410 députés dévoués quand même. L'opposition ne comptait que 19 membres. C'est alors que l'on vit se former ce bataillon des trois cents que M. de Villèle faisait facilement manœuvrer à la voix et au geste. Louis XVIII ouvrit, le 24 mais 1824, la dernière session législative de son règne. M. de Villèle résolut de profiter de l'heureuse issue de la guerre d'Espagne et du résultat des élections dernières pour faire voter un projet de conversion

des rentes, lié dans sa. pensée à l'indemnité des émigrés, que les chefs royalistes exigeaient impérieusement comme gage d'alliance avec le cabinet. Pour trouver le milliard de l'indemnité, le ministre offrait aux porteurs de rentes l'alternative du remboursement de leur capital ou de la conversion de leurs titres à un intérêt plus modéré. Le 5 pour 100 avait atteint le pair à la fin de 1S23, et la tendance à la hausse était des plus prononcées. L'amortissement se trouvait obligé de racheter au-dessus du pair des rentes vendues au-dessous de 100 francs. La combinaison imaginée par M. de Villèle excita une très-grande sensation, non-seulement chez les rentiers, mais parmi les antagonistes. personnels du ministre et dans le parti libéral, froissé par l'affectation impopulaire du produit éventuel de cette opération. L'opposition de gauche usa de toutes ses ressources pour atta- .quer le projet, et aucun des députés d,évoués ne prit la parole pour le défendre. M. de Villèle dut déployer toute l'adresse de son argumentation pour venir à bout de la majorité ; encore n'obtint-il que 238 voix contre 145. A la Chambre des pairs, où il était loin d'exercer la même influence , son projet fut rejeté par 194 voix contre 128. Ce fut pour M. de Villèle un grave échec ; mais il était trop soutenu pour se retirer. 11 aima mieux se séparer de M. de Chateaubriand, qui avait hautement désapprouvé le projet, et il obtint sans peine du roi l'éloignement de ce conseiller incommode. Le Journal des Débats et la Quotidienne prirent en main la cause du ministre tombé en défaveur, et alors commença contre M. de Villèle une guerre acharnée dont la royauté devait plus que lui supporter les conséquences. L'opposition de ces deux journaux fut si vive que le gouvernement s'empressa de rétablir- la censure. Sur ces entrefaites, Louis XVIII mourut ; Charles X monta sur le trône, et M. de Villèle, qui depuis longtemps s'était attaché à gagner la confiance du comte d'Artois, fut plus que jamais l'homme indispensable. M. de Villèle lie fit rien du reste pour empêcher toutes Ie3 mesures antilibérales qui ont si tristement marqué le règne du dernier des Bourbons : entrée des évoques au conseil d'Etat, invasion des jésuites, loi du sacrilège, congrégations autorisées patsimple ordonnance, projet sur Je droit d aînesse et les substitutions. On alla jusqu'à demander ht remise des registres de l'eiat civil au clergé et la célébration du mariuge religieux avant l'acte civil et comme condition indispensable de ce dernier. M. de Villèle sentait combien le ministère était compromis par toutes ces intrigues; mais, au lieu de protester par une retraite honorable, il ajouta à tous ces ac tes odieux en profitant de la disposition d'une majorité plus royaliste que le roi pour demander de nouveau l'indemnité des émigrés. Oubiiantque l'étranger n'était venu en France qu'à la prière de ceux qu'il servait, M. de Villèle osa prononcer ces laroles : «Sans l'émigration de nos princes, qu'uurions-nous eu en 1814 et après les Cent-Jours à opposer aux armées de l'Europe établies dans la capitale? Nous aurions tiui par rejeter l'étranger au dehors, je n'en fais aucun doute ; mais au prix de combien de sang, de combien de dévastations? Noire affranchissement de l'étranger, sans convulsions et sans honte, nos libertés publiques, le retour de la paix générale, la prospérité et le bonheur dont nous jouissons, nous le devons à l'émigration qui nous a conservé nos princes. » Et le milliard fut voté! Est-il surprenant après cela que l'opinion publique ait rejeté sur M. de Villèle la responsabilité des fautes commises sous son ministère et n'ait pas tenu toujours compte des quelques efforts tentés par lui pour faire adopter certaines mesures libérales , comme l'émancipation de Saint-Domingue, par exemple? L'opinion publique n'a été que juste. Si M. de Villela a cherché à soutenir le crédit de l'Etat, s'il a essayé de seconder le mouvement commercial et industriel, s'il a tenté d'amener l'Espagne u reconnaître l'indépendance de ses colonies d Amérique, il s'est aussi montré peu scrùpuh-ux sur les moyens de conserver son pouvoir, il a persécute la presse , il a laissé commettre les assassinats politiques dont le général Berton et les quatre sergents de La Rochelle ont été les victimes. Aussi, lorsque son ministère tomba, il fut permis d oublier le peu de bien qu il avait fait, et eu présence des maux qu'il avait causés on put le flétrir du nom ue ministère déplorable. Le 3 janvier 182S, quelques mois après celle revue ou la garde nationale lit entendre ces cris : • A bus les ministres ! A bas les jésuites 1 » M. de Vi.lèle fut promu à la pairie. A dater de ce jour, sa carrière politique fut terminée. M. Artaud a porté sur M. ue Villèle le jugement suivaut, que nous croyons devoir reproduire : «M. de Villeie mit une capacité incontestable au service d'une cause impopulaire. Son administration ne présente qu'une série de concessions arrachées chaque année par la majorité royaliste. Celait pour satisfaire la faction ultra-monarchique, soutenue par la congrégation, qu'où élaborait Successivement ces lois rêuogrades dont le souvenir pesé sur le triumvirat Villèle, Corbière et Peyronuet. Comme orateur, il avait la voix nasillarde eides formes disgracieuses, mais une puissance de raisonnement unie i» un ton de simplicité qui allait à tous les esprits ; il plaisait à la majorité par le soin avec lequel il s'attachait à répondre à toutes les

objections; nul n'éludait une difficulté avec plus d'adresse, un argument avec plus de dextérité. Au pouvoir, il se distingua par le rare talent d'écouter, par l'esprit d'ordre et par une immense aptitude pour embrasser les détails des affaires. Administrateur habile, ii continua l'œuvre laborieusement commencée par ses prédécesseurs, MM. Roy et Corvetto; il apporta de nombreuses améliorations dans les finances, perfectionna la comptabilité et établit l'ordre et l'économie dans la gestion du Trésor, Comme ministre dirigeant, il était supérieur à tous ses collègues; mais ses vues n'embrassaient qu'un horizon borné ; ses idées, essentiellement pratiques, se mouvaient dans une sphère étroite; sa politique, circonscrite aux intérêts du moment, était incapable de sacrifier à une pensée grande, généreuse, ou a une vue d'avenir. En un mot, M. de Villèle était un homme d'affaires, bien plus qu'un homme d'Etat. » Voilà Se ministre. Veut-on maintenant connaître l'homme? Lamartine l'a admirablement peint dans les lignes suivantes :

«M. de Villèle n'avait rien dans l'extérieur qui attirât sur sa personne la faveur ou même l'attention de la multitude. La nature n'avait doué que son intelligence. Petit de taille, étroit de forme , maigre de corps , courbé et vacillant d'attitude, inaperçu au premier aspect dans les foules, s'insinuant plutôt que se posant aux tribunes, c'était une de ces figures qu'on ne regarde pas avant de savoir qu'elles ont un nom. Son visage, où dominait comme trait principal une grande puissance d'attention, n'était remarquable que par la perspicacité. Ses yeux, pénétrants, ses traits aigus, son nez mince, sa bouche fine sans astuce, sa tête penchée en avant comme une tête d'étude, ses bras grêles, ses mains qui feuilletaient sans cesse les papiers, ses gestes rares, où le mouvement indicateur du doigt qui démontre prévalait presque toujours sur 1 ampleur du mouvement qui entraîne, tout, jusqu'au timbre nasal et guttural de la voix, semblait contrarier en lui la puissance oratoire nécessaire au premier ministre d'un gouvernement de parole. Mais l'intelligence se révélait en lui sans autre organe qu'ellemême. Sa pensée créait sa physionomie, son élocution suppléait sa voix, sa conviction illuminait son geste, sa lucidité intérieure s'insinuait entre toutes les parties de son discours et contraignait ses auditeurs à suivre malgré eux un esprit qui voyait si juste, qui marchait si droit et qui, sans éblouir jamais, éclairait toujours. On s'étonnait de tant de lueur dans une nature en apparence-si terne; on commençait par l'indifférence et par l'inattention, on passait à l'estime, on arrivait à l'admiration. Tel était M. de Villèle, homme de seconde impression, mais homme d'une seconde impression qui ne s'effaçait plus et qui s'approfondissait toujours. »

Villéliodo (la), poème héroï-comiqne en six chants, dirigé contre le ministre Villèle, par MM. Barthélémy et Méry. Cette satire politique eut un succès immense (1826). Le titre complet est celui-ci : la Yilléliade ou la Prise du château de Jtivoti. L'allégorie du château de Rivoli représente le ministère Villèle, que M. La Bourdonnaye veut prendre d'assaut dans un combat homérique, imité du Lutrin de Boileau. D'abord, la Villéliade ne comprenait que quatre chants; les deux derniers furent ajoutés postérieurement. Elle dut son immense retentissement au moins autant à son mérite littéraire qu'aux passions politiques du moment. C'était d'ailleurs un véritable acte de courage de la part de deux jeunes poètes d'oser tenter seuls le renversement du ministère que soutenait la Chambre introuvable.

Un article de six. colonnes d'Etienne, dans le Constitutionnel, lança la Villéliade, qui arriva, en moins d'une année, àsaquinzième édition et valut aux auteurs, encore tout jeunes, à peu près inconnus, 25,000 francs comptant de leur libraire. Immédiatement traduit en plusieurs langues, ce poëme répandit dans toute l'Europe les noms de Barthélémy et Méry.

La Villéliade porta un rude coup au ministre Villèle, le héros du poème; mais, ainsi que toutes les œuvres de circonstance improvisées pour servir une cause politique, elle a perdu aujourd'hui la plus grande partie de son intérêt. On ne la lit plus de nos jours, et elle n'est connue que comme tradition. Dans ce poeuic, on remarque une forme pour ainsi dire accomplie et parfaite, beaucoup de vivacité et de mordant. C'est Mery qui en avait écrit les trois quarts ; on s'en aperçoit à l'extrême facilité du vers et au ton plus moqueur qu'énergique de cette satire. Quelques extraits feront apprécier au lecteur la valeur de cette oeuvre spirituelle. Sur les pas des Gascons, les troupes gastronomes S'nvancent gravement en braves gentilshommes. Leur ventre, qui sur terre est un pesant fardeau, Les soutient sur le fleuve et leur sert de radeau.

Qui n'a reconnu a ce spectacle les satisfaits, , les ventrus de la Chambre ? S'agit-il de M. de Villèle lui-même, c'est autre chose; on ne saurait s'armer trop sérieusement contre le chef des ennemis; aussi les auteurs redoublentils de verve et de fine ironie. Quoi de plus spirituel que de faire énumérer a M. de Villèle lui-même toutes ses fautes comme autant de titres à la gloire et à la reconnaissance du peuple? Nous terminerons par une

citation empruntée à ce mordant résumé des

hauts faits du ministère Villèle :

Depuis plus de douze ans quel autre ministère

Se montra plue que moi constamment populaire?

Dois-je vous retracer tous les faits éclatants

Qui rie mon rogne heureux ont illustré le temps?

J'ai pour donner le calme à l'Espagne alarmée

En cordon sanitaire allongé mon armée.

Et si les Castillans ont reconquis leur roi,

Leurs couvents, leur misère, ils le doivent à moi ;

C'est moi qui, pour sept ans signant vos privilèges,

Ai dressé mes préfets à former ces collèges

Où, pour être assuré de l'effet du scrutin,

Le nom du candidat est inscrit de ma main.

La Chambre a, par mes soins, accordé sans scandale

Un large milliard a la faim féodale.

Rothschild a fait jaillir de mon cerveau pensant.

Sur les débris du cinq, l'illustre trois pour cent.

L'Etat n'a plus besoin d'une armée aguerrie ;

Aussi n'ai-je songé qu'à ma gendarmerie;

Ces braves cavaliers par nombreux régiments

Inondent tout Paris et les départements.

J'ai donné sans regret à ces soutiens du trône

Le cheval ondalous et la culotte jaune.

Sous le feu roi Louis, comme sous Charles dix,

J'ai peuplé mes bureaux de maigres cadédis ;

Vous avez vu placer, grave à mes apostilles,

Les plus bas rejetons de vos nobles familles.

Par l'organe pieux de mon garde des sceaux,

J'ai remis au clergé la hache et les faisceaux.

L'Eglise avant mon règne expirait de famine :

Quel prélat aujourd'hui n'a son chef de cuisine,

Et dans son diocèse, apôtre bien dodu,

Ne peut se promener en un char suspendu?

VILLEMAIN (Abel-François), célèbre écrivain et professeur, ancien ministre de l'instruction publique, né à Paris en 1790, mort dans la même ville le 8 mai 1870. Elève du lycée Louis-le-Grand, alors lycée impérial, il se distingua de bonne heure aux yeux de ses maîtres par son extrême facilité dans l'étude des langues. On rapporte qu'à l'âge de douze ans il jouait avec perfection, en grec, le rôle de Philoctète dans la tragédie de Sophocle, et que trente ans après il ne l'avait pas oublié. En rhétorique, il inspirait une telle confiance à son professeur, Luce de Lancival, que celui-ci n'hésitait pas à se faire suppléer par lui à l'occasion. Néanmoins, le jeune prodige fut malheureux au concours général, où il n'eut ni prix ni mention. L'avenir devait l'indemniser avec usure de ce peu de faveur de la fortune. 11 se mit à étudier le droit, et, tout en suivant les cours, il allait déjà dans le monde, où son esprit et l'extrême facilité de sa parole ne tardèrent point à lui faire une réputation de causeur. Fontanes, grand maître de l'Université qu'on venait de fonder, lui proposa d'emblée la suppléance d'une chaire de rhétorique au lycée Charlemagne (1810). Le nouveau suppléant n'était âgé que de vingt ans; mais ses débuts furent si brillants, qu'il obtint bientôt le' titre de maître de conférences de littérature française et de versification latine à l'Ecole normale. On venait de rétablir le discours latin dans l'Université k propos de la distribution des prix du concours général ; ce fut Villemain qui recommença cette tradition et il se fit applaudir. L'année suivante(l8l2), il obtint un succès plus sérieux. L'Académie française avait mis au concours l'Éloge de Montaigne; Villemain fut couronné, quoiqu'il eût pour concurrents des gens de mérite et rompus aux exercices de ce genre : Vietorin Eabre, plusieurs fois lauréat de l'Académie ; Droz , futur membre de cette assemblée; Jay, écrivain distingué et déjà connu, etc. Cette victoire était considérable ; elle ouvrit à l'auteur d« l'Eloge de Montaigne les meilleurs salons d'une époque où les salons exerçaient en France une grande autorité, en l'absence de la tribune et de la presse. Suard, le comte de Narbonne, la princesse de Vuudemont, Benjamin Constant lui firent les avances les plus flatteuses et en quelques mois lui créèrent une véritable notoriété. Villemain était dans son élément. Sa nature vive et primesautière, sa verve inépuisable, ses manières polies et insinuantes, son goût pour l'anecdote, les applaudissements qu'il recueillait, tout contribuait à lui rendre ce milieu agréable. Tous ceux qui l'ont entendu causer à cette époque de sa vie le proclament un phénomène. Lui-même conserva de cette phase enchantée de sa jeunesse des souvenirs attrayants et une disposition bien naturelle k considérer les salons comme une des causes de notre supériorité littéraire. «L'esprit de la société polie, dit-il (De M. de Féletz et de quelques suions de son temps), le langage des honnêtes gens, comme on disait au xvue siècle, en un mot cet art naturel de la conversation, toujours à la mode en France, et qui fut à certaines époques la principale et qui pourra bien être la dernière liberté du pays, si elle lui reste, avait alors à Paris plusieurs salons trèsjustement renommés. »

Il y avait, entre autres, des sociétés particulièrement aristocratiques où régnait, d'une manière prédominante, ie goût de l'esprit et du savoir, où les hommes de toute opinion, distingués dans les lettres et les arts, étaient accueillis avec un empressement marqué, où la politique proprement dite n'était admise que sous la condition du talent, où ie gouvernement représentatif était fort bien venu, à cause de ses orateurs, mais où la littèra-. tur.e française et étrangère, la poésie, les sciences d'érudition même, pourvu que la

forme en fût piquante et curieuse, avaient toute faveur. » C'étaient ces derniers que Villemain fréquentait de préférence et où il aimait à laisser pleuvoir les étincelles de son esprit sur une assistance éblouie. « Là, dit-il, un poëme de Byron, Lara ou le Giaour, dans le premier éclat de la nouveauté, était un grand événement; une Méditation ou une Bar moJite~deM.de Lamartine un grand triomphe; lui-même quelquefois, durant ses passages à Paris à ses retours de la légation de Florence, était attiré à quelque inauguration de sa gloire, et rien n'égalait le tressaillement d'admiration, la flatterie sincère dont il était environné, lorsque le soir, dans un salon de cent personnes, au milieu des plus gracieux visages et des plus éclatantes parures, dans l'intervalle des félicitations ou des allusions jetées à quelques députés présents sur leurs discours de la veille ou du matin, lui, bien jeune et reconnaissable entre tous, debout, la tête inclinée avec grâce, d'une voix mélodieuse que nul débat n'avait encore^atiguée, récitait le Doute, {'Isolement, le Lac, ces premiers-nés de son génie, ces chants qu'on n'avait nulle part entendus et que la langue française n'oubliera jamais. »

Après l'admiration du génie venait la causerie, et le tour de Villemain arrivait. Il faisait souvent plus d'effet que Lamartine, et tout le monde se retirait enchanté. Mais revenons un peu en arrière. Si l'Empire avait duré, Villemain n'aurait pas manqué de faire dans l'administration une fortune rapide. M. de Narbonne l'avait recommandé à l'empereur; mais la chute de celui-ci ferma cet horizon, La Restauration avec le régime parlementaire et la réaction littéraire en train de s'accomplir allaient d'ailleurs beaucoup mieux au tempérament de Villemain et lui promettaient un avenir plus éclatant et plus solide. Il en avait le pressentiment, et il le montra lors du couronnement de son mémoire intitulé Avantages et inconoénienta de la critique. C'était le 21 avril 1814. Contrairement k l'usage, le jeune lauréat fut autorisé à lire son œuvre dans l'enceinte de l'Académie française, en présence d'un public dont les émigrés tenaient le premier rang. Les états-majors des armées alliées assistaient k la cérémonie. Le roi de Prusse et l'empereur Alexandre avaient tenu à honneur d'être de la fête. Villemain crut devoir leur adresser quelques compliments avant de commencer la lecture de son mémoire. Ce qui l'excuse, si l'on veut, c'est que dans ces jours néfastes qui suivirent immédiatement la chute de l'Empire, au milieu des douleurs de l'invasion, les gens qui se sentaient délivrés de la tyrannie impériale oubliaient volontiers les maux du pays en songeant aux bienfaits de la paix qui allaient les cicatriser. En 1816, Villemain fut couronné une troisième fois pour son Eloge de Montesquieu. On lui avait donné récemment la chaire d'histoire moderne à la Sorbonne, où il suppléait Guizot. Il se trouva là un peu dépayse; malgré ses qualités solides, il était plutôt littérateur qu historien, ce que lui lit comprendre Royer-Collard, qui le détermina k échanger sa chaire contre celle d'éloquence française. Il garda cette dernière durant dix ans (1816- 182t>), sauf quelques interruptions très-courtes, et pendant cette longue période s'occupa exclusivement de nos lettres nationales au xv«, au xvio et au xvue siècle. Son court passage à la chaire d'histoire moderne lui avait laissé le goût des travaux historiques et valut au public son Histoire de Cromwell, d'après les mémoires du temps et les recueils parlementaires (Paris, 1819, 2 vol. in-8°). Kii 1819, on se croyait sous (Jharles II. Cromwell, c'était Bonaparte, et l'état politique de la France avait de nombreuses analogies avec l'état politique de l'Angleterre au sortir du protectorat. Guizot et d'autres allaient écrire sur la révolution d'Angleterre; elle préoccupait la plupart des hommes d'Etat. 11 fallait l'étudier pour comprendre les nécessites du moment. L'Histoire de Cromwell est donc une œuvre de circonstance. Villemain connaissait l'antiquité à fond, surtout l'antiquité grecque. Le moyen âge et l'esprit des races chrétiennes et germaniques lui étaient moins familiers. Il raconte spirituellement et en une prose excellente les menus faits de la révolution d'Angleterre ; mais on lui reproche de n'avoir pus d'idées générales, de ne rien entendre aux causes multiples de la fureur religieuse au souffle de laquelle la Grande- Bretagne bouillonna comme un volcan, de laisser dans l'ombre les mobiles moraux qui faisaient mouvoir les acteurs du drame dont Cromwell est le héros, de ne jamais faire ressortir les conséquences politiques ou religieuses des événements. Sous la Restauration, les écrivains hostiles à Villemain le comparaient k Marmontel et plaçaient l'Histoire de Cromwell au même rang que les Jncas. Ce livre fut cependant traduit en plusieurs langues et ouvrit ii Villemain une carrière politique. Louis XVIII le nomma chef de la division de l'imprimerie et de la librairie au ministère de i intérieur. Sous le ministère Deeazes, il devint maître des requêtes au conseil d'Etat. 11 s'était dès lors attaché au parti qu'on appelait doctrinaire, et ce fut sous l'mfiuence des idées de ce parti qu'il contribua k la rédaction des lois sur la presse édictées par la Restauration. Il avait été décora de la Légion d'honneur eu 1820, et en 1821, à peine âgé de trente et

un ans, il fut élu membre de l'Académie française, où il succéda a de Fontaues, son ancien protecteur.

L'insurrection grecque provoquait alors un enthousiasme général en Europe. Byron, Casimir Delavigne, Lamartine, Chateaubriand venaient de chanter les exploits de ce petit peuple héroïque, pour lequel l'opinion s'est beaucoup refroidie depuis, mais que les souvenirs de l'ancienne Grèce recommandaient à tous les esprits eultivés. Villemain s'éprit comme tout le monda d'un amour généreux pour les défenseurs de l'indépendance hellénique. Lascaris ou les Grées du xv<s siècle (1825, m-8°) et V Essai sur l'état des Grecs depuis la conquête musulmane (1825, in-8») sont deux études, l'une littéraire, l'antre historique, qui émurent vivoment les imaginations. Lascaris est une idylle dont le héros est un Byzantin fugitif, échappé en U53 de la main des Turcs et qui vient raconter en Occident les malheurs de sa patrie. La donnée historique de l'ouvrage est contestable. Ce ne sont pas quelques lettrés de Byzaucequiont fait la Renaissance ; elle était | en bonne voie quand ils sont venus, et les i Byzantins avaient été mis depuis longtemps i en communication avec l'Occident par les croisés, puis par les Génois et les Vénitiens qui emplissaient une partie de Constantinople. Lascaris ne peut donc pas être une sorte de Christ littéraire envoj'é par la Providence pour sauver l'Occident de la barbarie. L'essai de Villemain n'est qu'un pofime en prose et il est inutile de le prendre pour autre chose. Par contre, son étude sur les Grecs depuis la conquête musulmane est un récit intéressant d'événements peu connus et dont la révélation contribua beaucoup a populariser en France la cause des Hellènes.

Villemain était depuis plusieurs années, comme on a vu plus haut, un adepte des idées doctrinaires. Sous le ministère Villèle, il s'éloigna peu à peu du gouvernement pour se rapprocher de l'opposition. En 1827, il accentua son attitude. Chargé par l'Académie française de rédiger, de concert avec Laccetelle et Chateaubriand, la supplique à Charles X contre le rétablissement de la censure (loi du 24 juin), il s'acquitta consciencieusement de sa lâche, mais dut résigner ses fonctions de maître des requêtes au conseil d'Etat. Il fut amplement dédommagé de cette disgrâce par la popularité qu'elle lui valut, et sous le ministère Martignac il put avec Guizot et Cousin développer dans sa chaire de la Sorbonne toutes les qualités de son rare talent. Tous les trois, à des litres divers, traitèrent du xvme siècle, et c'était, sous la Restauration, du libéralisme transcendant. Les philosophes de l'école théologique, Bonald, de Maistre, Lamennais, l'avaient bruyamment Condamné et stigmatisé.

Villemain, comme ses deux collègues, s'occupa de le juger. Le G loue appelait ses leçons un des événements intellectuels les plus importants de J'époque. Des 1825, il faillit être destitué; mais l'opposition grandissait et il ne pouvait que gagner a une destitution. Aussi ne s'iuquiéta-t-il que médiocrement de l'effet de sa parole sur le gouvernement. Indépendamment de son attitude, son enseignement avait une valeur que l'on apprécie encore au même degré que les contemporains. < Pour l'ensemble et le détail de celte critique littéraire conçue au point de vue historique, dit Saint«-Beuve, et comme telle si neuve et si largement comprise, qu» de richesses I quelle étendue I quelle fertilité 1 J'y vois quelque chose qui me rappelle cette vaste intelligence de Oioéron s'appliquant aux lettres, qui la rappelle non-seulement pour la capacité et l'étendue, pour l'agrément de L'invention et la belle économie de la mémoire, pour ce fleuve sinueux de la parole et pour les fleurs perpétuelles du chemin , mais aussi pour de certains faibles qui ne sont pas sans grâce. Cet esprit de nette et rapide justesse, dont un mot d'éloge senti et vivement accordé serait tout un suffrage, est lui-même sensible à l'approbation des autres, comme s'il n'avait pus en soi un jugement supérieur qui le tranquillise. En un temps où les hommes euiinents ne pèchent point, en général, par trop de méfiance d'eux-mêmes, c'est là un trait presque touchant. • A côté de l'éloge, le blâme. Le même critique reproche à Villemain de beaucoup exposer et de peu conclure :• Ainsi, dans ce tableau littéraire du xvme siècle, lorsqu'il a la HenriSde k juger, il donne toutes Les bonnes raisons de ne pas l'admirer, de ne lu ranger k aucun degré à côté des œuvres épiques qui durent: mats quand il faut conclure formellement, il recule, il fléchit; le juge Se dérobe, et en quatre ou cinq endroits tout à fait évasifs il essaye d'espérer que la Henriade traversera les siècles, qu'elle est, après tout, une œuvra durable, qu'elle tient un rang à part, une première place après les œuvres originales. 11 y revient à quatre ou cinq reprises, au lieu de trancher net et dans le vif une butine fois, comme sonpropre jugement l'y autorisait. Il y a là un côté faible chez ce rare esprit. •

Quoi qu'il en soit, son cours eut un immense retentissement, et au commencement de l'année 1830 Villemain fut élu membre de la Chambre des députés par ie collège électoral d'Evreux. Ses électeurs louvoyèrent naturellement siéger dans les raugs uu parti libéral, et il signa la fameuse adresse des 221, La révolution de Juillet, arrivée sur ces en-

trefaites, lui assurait une part importante dans la gestion des affaires publiques. Il lit partie de la commission chargée de reviser la charte, et il voulut qu'on abrogeât l'article qui déclarait le catholicisme religion de l'Etat. Un accident faillit un moment compromettre sa destinée parlementaire. Lors des élections générales, les électeurs d'Evreux refusèrent de lui continuer son mandat; mais le nouveau roi le nomma membre du conseil supérieur de l'instruction publique, dont il devint, en 1832, vice-président. Le 6 mai de celte même minée, il parvint aussi à la pairie, et bientôt l'Académie française fît de lui son secrétaire perpétuel.

Au Luxembourg, l'indépendance du caractère de Villemain fit sensation. On s'attendait à voir un homme d'esprit, on rencontrait une nouvelle personnalité politique; plus il avançait en âge, plus il devenait libérât. Il déploya tous les efforts de son talent contre les lois de septembre (1835), sans réussir toutefois à convaincre la Chambre des pairs. Sa théorie sur la presse fut longtemps considérée comme le dernier mot sur cette question ; elle consiste k dire qu'il n'y a point de délits d'opiuion, par conséquent pas lieu de les soumettre à une juridiction spéciale, d'où il est facile de conclure que le droit commun est le droit naturel sous lequel doit vivre la presse ; cependant, il n'allait pasjusqu'ù la soumettre au jury, et il trouvait que ce serait lu un expédient dangereux et sans efticacité réelle au point de vue de la répression..Lors de la coalition des (rois partis, centre droit, gauche et centre gauche, contre le ministère Mole, Villemain crut devoir à lui-même de ne pas s'y engager et il offrit son concuurs à M. Mole. Ce concours avait quelque importance, et on le reconnut bientôt eu lui offrant une part des dépouilles du cabinet Mole. Il ne pouvait guère entrer dans une combinaison ministérielle qu'en qualité de ministre de l'instruction publique; ce fut, en effet, ce ministère qu'on lui offrit. Il y avait un obstacle ; Louis-Philippe ne l'aimait pas et disait de lui : • C'est un ennemi de ma maison, > faisant allusion, dit Louis Blanc, au peu d'empressement qu'avait mis Villemain, en 1830, à saluer la fortune de la dynastie d'Orléans. Quelque vives que fussent des répugnances' ainsi exprimées, il. Thiers s'empressa de les combattre et le lit avec succès. Villemain entra donc comme ministre de l'instruction publique, le 13 mai 1839, dans le cabinet présidé par le maréchal Souk et conserva ce - poste jusqu'au 1er mars de l'année suivante, où M. Tlners lui donna M. Cousin pour successeur. Ce ne fut qu'un éloîgnement momentané ; le 29 décembre 1840, il reprit le ministère de l'instruction publique que lui offrit Guizot, et cette fois c'était pour longtemps. Mais une dure tâche l'attendait. Un n'ignore pas que, depuis l'organisation de l'Université en 1808, le clergé n'a juinais cessé de protester contre le monopole universitaire; alors comme aujourd'hui, il affectait de se montrer très-libéral en cette matière; il demandait la liberté absolue, sachant parfaitement que lui seul en France est organisé pour en profiter. La charte de 1830 avait promis la liberté d'enseignement, réservant a une loi le soin de l'organiser. La loi n'était pas venue. Les efforts de Lamennais, de Lacordaire et de M. de Montalembert n'avaieirt pu décider le gouvernement à la donner. Le moment arrivait où il n'y avait plus moyen de se dérober aux imponuniiés d'une école qui était parvenue peu à peu à indisposer l'opinion contre l'état de choses existant. Villemain dut préparer un projet de loi. On possédait de fait, sinon de droit, la liberté de l'enseignement primaire , du moins un grand nombre de congrégations, tolérées par l'Etat, en faisaient usage. Cette fois, on allait faire une concession considérable, c'est-à-dire accorder sous certaines conditions la liberté de l'enseignement secondaire; l'Etat ne conserverait que le mo-, nopole de l'enseignement supérieur. Le projet de loi, corrigé, remanié, retire, rapporté devant les Chambres, finit par être adopté, mais ne satisfit personne. L'Université se plaignait d'être sacrifiée ; le clergé de n'avoir pas obtenu tout ce qu'il demandait, la gauche de n'avoir pas été consultée. La guerre avait duré quatre ans, et Villemain, sentant son cerveau fatigué, dut donner sa démission le 30 décembre 1844. On voulut lui offrir une indemnité ; le maréchal Soult proposa même aux Chambres de lui s accorder une pension de 15,000 francs comme témoignage de l'estime publique envers un écrivain qui avait rendu.de si grands services à notre littérature nationale. Il refusa et, quand la santé lui revint, s'enferma dans le cercle étroit de ses études et de ses fonctions da secrétaire de l'Académie française. Il avait eu pour suppléant dans sa chaire de la Sorbonne Saint-Marc Giraruin. Il ne remonta point dans cette chaire et, en 1852, il envoya sa démission définitive du titre qu'il avait conservé. Cousin suivit sou exemple. « Si nous sommes bien informé, dit Sainte-Beuve, ils n'ont donné aucun motif de cette détermination, sinon qu'ils croyaient que cour eux l'heure de se retirer était venue. Le ministre de l'instruction publique, M. Fortoul , ne négligea aucune démarche ni aucune instance pour le retenir, et ce ne fut qu'après s'être assuré qu'il y avait un parti pris et une résolution irrévocable, que

la ministre admit à la retraite l'illustre professeur, t Sainte-Beuve a l'air de ne pas savoir pourquoi Villemain voulut s'en aller; il n'est pourtant pas difficile de trouver une excellente raison, c'est que désormais entre sa chaire et lui il y avait le 2 décembre ; d'ailleurs Vi.lemain nvnit cessé de professer depuis 1830 pour entrer dans- la vie politique, et on ne reprend point une chaire après une absence de vingt-deux ans.

Depuis 1852, sa vie n'offrit plus que des événements purement littéraires : publication de livres nouveaux, réédition de livres déjà mis au jour par lui, discours académiques surtout. Pendant près de cinquante ans, on s'habitua à le voir présider aux solennités académiques, et on accourait de toutes parts pour assister à ces fêtes de l'esprit où le vieillard semblait toujours jeune. Au milieu des vicissitudes de la politique, des transformations du goût, de la disparition des compagnons de sa jeunesse et de ses idées, il était toujours le même. Son corps seul avait vieilli.

Selon les meilleurs juges, parmi le grand nombre de productions émanées de cette plume féconde autant qu'étincelante, deux surtout méritent d'être signalées et contribueront à former le. jugement de la postérité. Ce sont d'abord les quatre volumes d'histoire littéraire consacrés à l'étude du ïviii» siècle et ensuite son Tableau de l'éloquence chrétienne au ive siècle. « Je ne sais pas de lecture plus intéressante, dit Sainte-Beuve, parmi les lectures sérieuses de notre âge, que celle de ces quatre volumes sur le xvnic siècle, tels qu'ils s'offrent à nous dans leur rédaction définitive. Il y reste de la parole première une sorte de mouveveinent général, la facilité et le courant; mais le style a désormais toute la précision et tout le fini que les plus curieux peuvent souhaiter; la pensée sur chaque point a sa solidité et sa nuance. On y est conduit sans interruption depuis les premiers pas un peu timides de La Motte et de Fontenelle, à travers les conquêtes et les hardiesses triomphantes de leurs successeurs, jusqu'à l'entrée en scène de M"i« de Staël et de M. de Chateaubriand, qui viennent clore pour nous cette grande époque où régna Voltaire. L'écrivain s'y est donné tout développement dans l'intervalle et ne s'est refusé aucune des excursions ou des vues qui pouvaient agrandir son sujet et l'éclairer. On y passe plusieurs fois en Angleterre, ou mieux on ne cesse pas de l'embrasser d'un même regard parallèlement avec la France et de suivre 1 histoire de la littérature et de l'éloquence anglaises durant tout le siècle, depuis Bolingbroke jusqu'à M. Pitt. La connaissance approfondie que l'auteur a de l'antiquité amène à propos des rapprochements , des citations heureuses , toutes neuves à force d'être antiques, et pleines de fraîcheur. Avec Pope, on est reporté à Homère; La Chaussée avec son drame est une occasion d'évoquer Ménandre. M. Villemain excelle à ces traductions qui rendent si bien le génie d'une langue sans jamais offenser celui d'une autre. Eu n'évitant aucune des phases importantes de son sujet, l'autour réussit particulièrement dans les endroits qui demandent un sentiment littéraire exquis. Il est unique à démêler et à démontrer les originalités voilées qui se combinent avec une part d'imitation et s'y confondent, l'originalité de Pope, par exemple. Les portraits modérés, ceux de Gresset, de Daguesseau, de Vauvenargues, sont touchés avec une grâce parfaite et comme enlevés avec légèreté. »

Le Tableau de l'éloquence chrétienne au rve siècle nous transporte dans un monde bien différent. Grâce à ces sévères études, on connaîtra désormais les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Chrysostome par les caractères de leur talent et de leur parole aussi distinctement que l'on connaît Boutdaloue et Massillon. L'auteur, qui d'instinct sentait l'éloquence mieux encore que la poésie, a su cette fois pénétrer dans cette poésie un peu sombre et déjà voilée qui chez quelques-uns de ces Pères, chez Grégoire de Nazianze surtout, se montre si bien d'accord avec les souffrances de l'âme et du monde. « Le beau génie de la Grèce, dit-il, semble s'obscurcir; un nuage a voilé sa lumière; mais c'est un des progrès moraux que le christianisme apportait au inonde, un progrès de douleur sur soi et de charité pour les autres. Le cœur de l'homme a plus gagné dans ce travail que son imagination n'a perdu. •

La retraite à peu près simultanée de Villemain, de Guizot et de Cousin a fermé en France uue période de l'histoire des idées. L'enseignement public n'avait jamais eu chez nous un si grand éclat, et bien des années passeront peut-être avant qu'il le retrouve. Il y a des intermittences dans l'histoire des lettres comme dans celle de la politique et de la pensée pure. Villemain n'a donc pas eu de successeur à la Sorbonne. Sa retraite prématurée caractérise la lin d'une époque, et s'il y a toujours des professeurs de talent, la tradition est rompue, l'enseignement luimême se modifie.

Les grands écrivains ne se continuent pas par leurs disciples. De nouveaux maîtres viennent qui reprennent l'ensemble des faits et de3 idées par d'autres aspects. Ils font une nouvelle tradition et servent d'au-

neaux à la chaîne du mérite littéraire. Villemain n'en aura' pas moins servi d'enseigne, avec quelques autres noms illustres , à un temps qui sera compté comme un des plus beaux moments de la littérature française et de la pensée moderne. L'éclectisme, duut il fut dans les lettres une si haute personnification, baisse à l'horizon, mais il laisse dans le passé une trace lumineuse et sans doute féconde. Des trois professeurs qui ont jeté tant de gloire sur les dernières années de la Restauration , c'est peut-être Villemain qui a le moins perdu aujourd'hui.. Le système de Cousin est usé en philosophie; Guizot s'est fait un autre champ d'action que le professorat; Villemain n'a pas un instant quitté les lettres ; il est resté jusqu'à son dernier jour le premier littérateur de son temps. Le dernier ouvrage auquel il ait mis la main est une histoire de Grégoire VU, trouvée achevée dans ses papiers et qui fut imprimée trois ans après sa mort (1873, 2 vol. in-8°). Il en avait tracé le plan- cl rédigé une ntfliLble p.ntie à la tin de la Restauration, alors que la congrégation toute-puissante menaçait d'asservir le pays. L'histoire du fondateur du catholicisme pol, tique était alors une œuvre d'à-propos. Villemain l'abandonna lorsque la révolution de Juillet eut soufflé sur les entreprises téméraires du clergé et les eut fait évanouir. Il y revint dans les dernières années de sa vie par scrupule de littérateur soucieux, et il se trouve que son livre rencontre aujourd'hui, au milieu des menées du parti clérical, l'à-propos que l'auteur ne croyait plus rencontrer. L'Histoire de Grégoire VU est une œuvre sévère et d'une haute portée; on y retrouve, ave,c le mérite de bien dire, cette liberté d'esprit, cette érudition sans étalage, ces jugements toujours tempérés et réfléchis, sinon définitifs, qui sont les qualités ordinaires de Villemain comme historien.

C'est autant une œuvre d'art qu'une œuvre d'érudition.

Parmi les outras ouvrages de Villemain, nous citerons : le recueil sténographié de ses leçons de 182'8-1829 à la Sorbonne, publié plus tard sous le nom de Cours de littérature française , tableau du xvme siècle ( 5 vol. in-8°J ; il en existe plusieurs éditions; Discours et mélanges littéraires (1823, 1 vol. in-â°); Nouveaux mélanges historiques et lit' téruires (1827, 1 vol. in-8°) ; Eludes de litté' rature ancienne et étrangère (18-16, l vol. in-8°) ; Tableau de l'éloquence chrétienne au ive siècle (1 vol. in-8°; 2e édit., 1849, et l vol. in- 12 mèine année); Etudes d'histoire moderne (1846,-1 vol. in-8°); Souoenirs contemporains d'Iristoire et de littérature (1856, 2 vol. in-8°), contenant une Histoire des Cent-Jours et une étude fort étendue sur M. de Narbonne ; la l'ribune contemporaine , M. de Chateaubriand (1857, 1 vol. in-S°), commencement d'une série de travaux que l'auteur n'a pas continuée; Essais sur le génie de Pindare et sur la poésie lyrique (1859, 1 vol in-8°); Exposé de motifs du projet de loi sur l'instruction secondaire présenté à la Chambre des pairs le 2 février 1844, précédé d'un rapport au roi (1844, î vol. in-8<>) ; la France, l'empire et la papauté (1860, br. iu-go), défense du pouvoir temporel du piipe qui a fait un certain bruit au moment de son appari-

On possède , en outre , de Villemain un grand nombre d'essais, études, discours, notices, rapports académiques, préfaces de livres, traductions disséminées çà et là, car il n'a mis au jour aucune édition collective de ses œuvres.

On distingue, parmi ses essais, notices, rapports et articles divers, des morceaux intéressants sur Florus, Synésius, lord Byron, Fénelon, Pascal, Shakspeare, Bossuet, Thomas. On cite encore ses Rapports en tête des Considérations sur les enfants trouvés de J.-F. Terme et Mouttalcon (183S, in-B°), ries Lettres choisies de il/me de Séviyné (1842-1843, in-l2), des Etudes sur les réformateurs modernes, par R.-L. Raybaud (1847, 2 vol.

in-8°), etc. Il a rendu compte, dans la Jtevue deParis,ùes Etudes de mœurs et de critique sur les poètes latins de ta décadence, par SI. Nisard (1838, 2 vol. in-8°). L'Eloge de JJaunou, prononcé à la Chambre des pairs, se lit encore, ainsi que les discours prononcés, l'un à l'Académie française à l'occasion des funérailles de Joutfroy (1842), l'autre sur la tombe d'Etienne (17 mars 1S45). On a encore de lui, dans la Revue des Deux-Mondes : Une scène historique du xi» siècle, à Home; Enlèvement du pape Grégoire V//(l838); Voltaire et la littérature anglaise de la reine Anne (1837), et, dans le Livre des cent et un, les Obsèques de M. Cuvier.

Il a fait précéder d'un Discours sur la langue française l'édition du Dictionnaire de l'Académie publiée chez D.dot en 1535. Il a collaboré au Journal des Savants, k la Biographie Michaud, au Journal d'éducation et d'instruction pour les persoitnes des deux sexes, à l'Histoire et description des principales villes de l'Europe, à Paris- Illustrât ion , à la Revue contentporaine , à V Encyclopédie des gens du monde, etc.

Voici le jugement qu'a porté sur M. Villemain un homme qui a été regardé à son époque comme le prince des critiques, mais sur le compte duquel on est un peu revenu depuis, Gustave Planche :

i M. Villemain, dit-il, a labouré dans Jous les sens le terrrain de l'érudition. Doué d une

mémoire prodigieuse, habile à saisir des rapports inattendus, il étonne le lecteur par la multiplicité d-*s rapprochements en même temps qu'il le charme par la grâce du langage, par le choix des images, par l'élévation constante de la pensée ; si parfois il se laisse aller à la malice de son esprit, il n'en abusa jamais et sait toujours s'arrêter à temps, preuve inestimable d'une modération qu'on ne peut trop, louer. Il ne veut pas amuser, il veut instruire. Il ne se contente pas de nous révéler sa pensée, de nous la présenter sous une forme claire et précise; il ne s'attache pas avec moins de soin, avec moins de constance à déposer dans l'âme du lecteur le germe des idées qu'il s'abstient d'exprimer. Il se plaît à'exciter l'intelligence, à lui désigner des voies nouvelles. O» dirait qu'il prend plaisir à tromper son lecteur sur la vraie mesure da ses forces, en lui laissant croire qu'il peut marcher seul et sans Secours, et plus d'une fois, en effet, le lecteur s'abuse et prend pour siennes les idées et les sentiments que M. Villemain vient de lui suggérer... La place réservée à M. Villemain dans l'histoire de notre littérature n'est pas difficile à marquer; il occupe aujourd'hui et gardera, sans doute, longtemps encore le premier rang dans la critique. Personne mieux que lui ne sait animer l'analyse. Si quelquefois on a pu sans injustice lui reprocher un peu de timidité dans l'exposition de ses doctrines, il a racheté cette faute par les services immenses qu'il a rendus à la cause du bon goût et du bon sens. Nourri des lettres antiques, il a compris la nécessité d'élargir l'horizon de sa pensée par l'étude assidue des littératures modernes ; ila multiplié les points de comparaison et s'est tait, avec un art merveilleux, un goût cosmopolite. Il n'y a pas uue nation de l'Europe dont il ne comprenne le génie. «

VILLEMAIN (François-Emile), administrateur français, frère du précédent, né à Paris vers la fin de xvmo siècle, mort à Castres en 1867. Longtemps attaché aux bureaux de l'administration centrale de la gusrre, il fut nommé intendant militaire en 1850, puis conseiller d'Etat (section de la guerre et de la marine) au moment où il venait d'être admis dans le cadre de réserve, et commandeur de la Légion d'honneur en 1867. Il était, en 1863, le doyen des conseillers d'Etat en exercice, lorsqu'il fut appelé au Sénat. L'illustration de son frère, bien que celui-ci soit resté hostile au régime impérial, ne fut pas étrangère à sa fortune administrative.

VILLEMAREST (Charles-Maxime du), littérateur français, né à Paris en 1785, mort en 1852. Elève du Pry tanée, il y attira l'attention du premier consul Bonaparte, qui lui accorda une sous-lieuteuance ou un emploi d'élève diplomate, à son choix. Villemarest se décida pour la diplomatie , mais il ne resta que peu de temps attaché au cabinet de M. de Talleyrand qui, en IS08, le fit nommer secrétaire du prince, Camille Borghèse. Villemarest remplit ces fonctions jusqu'à la Restauration, sous laquelle il n'obtint aucun emploi. Il demanda alors des ressources à la littérature et collabora à divers journaux, tels que les Annales politiques, morales et littéraires, Y Indépendant , le Moniteur et la Gazette de France. Il écrivit aussi un grand nombre d'ouvrages ; mais, à part une pièce intitulée le Rideau déchiré (1821 , in-S°), il les publia tous sous le voile de l'anonyme. Nous citerons les suivants : L'Observateur au congrès ou Relation historique et anecdotique du congrès d'Aix-la-Chapelle en 1818 (Paris, 1818, in-8°); Plus de rideau, lettre sur les théâtres (Paris, 1821, in-8°); L'Ermite en Italie ou Observations Sur les mœurs et usages des Italiens au commencement du xix° siècle (Paris, in-8°); Mémoires de M. de Bourienne, ministre d'Etat, sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et tu Restauration (Paris, 1829-1830, 10 vol. in-8°); Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, etc. (Paris, 1830-1831 , 6 vol. iu-8o, dont les deux derniers seulement ont été rédigés par Villemarest); Mémoires de mes créanciers, mœurs parisiennes (Paris, 1832, 2 vol. in-8°); Mémoires de i/f'° Adèle Bounj (Paris, 1833, in-8«); Mémoires de .â/U<; Avrillon, première femme de chambre de l'impératrice Joséphine, etc. (Paris , 1833, 2 vol. in-S")-, la Palais-Royal et tes Tuileries (Paris, 1833, in-8°) ; M. de Talleijrand, ouvrage portant pour épigraphe : Ni pamphlet, ni panégyrique (Paris, 1S34-1S35, 4 vol. in-8"); les Souoenirs de Blangini de 1797 à 1834 (Faris, 1835); Napoléon, 1769-1821 (Paris, 1848), etc.

V1LLEMESSÀNT (Jean-Hippoly te- Auguste Delauuay uk) , journaliste français , né à Kouen le 22 avril 1812. Comme il nous l'a appris lui-même dans un retentissant procès en revendication du nom de sa mère, il naquit des secrètes amours de MU» Augustine de Villeinessaut et du colonel Cartier. Il porta ' pendant assez longtemps le nom de son père, reçut une instruction des plus négligées et su inaria en 1830. Quelque temps après, sous le nom de Cariier-Uriurd, il lit le commerce de rubans à Bluis; mais la fortune fut loin de lui sourire, et il se vit contraint de taira faillite le 25 juin 1835. Après avoir habité Tours et Nantes, il se rendit, en 1839 , à Paris. Actif , audacieux, entreprenant , il eut l'idée de chercher des ressources daua lo

journalisme. 11 fonda, en 1840, la Sylphide, journal de modes; puis il afferma le feuilleton de modes de la Presse , qu'il rédigea sous le nom de Louise de Snini-Loiip, que portait sa grand'mère. Jean-Buptiste Cartier de Villemessant, ainsi qu'il se faisait appeler alors, ne réussit point dans ses entreprises. Le 27 mai 1844, le tribunal de commerce de la Seine le déclara de nouveau en état de faillite. Toutefois, il ne se découragea point et continua à courir après la fortune. A cette époque, il se lia avec divers membres du parti légitimiste, dont, à diverses reprises depuis lors, il s'est proclamé un des plus fervents champions. Après la révolution de 1848, M. de Villemessant se fit journaliste satirique. Il fonda successivement le Lampiou, qui disparut k la suite d'une condamnation ; la Bouche de fer et la Chronique de Paru (1er janvier 1850). Dans ces feuilles, il fit une guerre acharnée h la République et aux républicains, se servant de toutes les armes, surtout de la calomnie. Armand Marrast, notamment, fut la victime de ses inventions les plus saugrenues et les plus odieusement cruelles. La Chronique , feuille légitimiste, fut supprimée quelques mois après le coup d'Etat, en juin 1852. L'Empire, avec son écrasant despotisme, avait imposé silence aux journaux politiques qu'il avait épargnés et qui moutruient quelque velléité d'indépendance. L'esprit public , faute d'élément viril, était tombé dans une énervante apathie, qui devuit amener cet abaissement des caractères et des esprits dont le second Empire a donné le honteux spectacle. Ce fut alors que M. de Villemessant eut l'idée de créer un journal à la hauteur de l'esprit public. Au mois d'avril 1854 , il ressuscita lo Fiyaro. Sous sa direction , ce journal dit littéraire devint, dit un écrivain, i le grand nouvelliste officiel des scandales parisiens, écoutant aux portes, surprenant les secrets, chuchotant les indiscrétions , racontant le demi-monde aux gens du monde, donnant à la plus petite intrigue de coulisse l'importance d'un événement politique et épuisant ainsi, en misérables niaiseries, tout effort sérieux de pensée. » Le gouvernement fut charmé de trouver dans ce journal un dérivatif, empêchant la France de s'ennuyer, servant d'instrument de règne, et où l'on trouvait de quotidiennes insultes aux idées et aux hommes restés debout devant le eésarisine. M. de Villemessant, trouvant dans le pouvoir un secret appui, alla de l'avant avec sa fougue habituelle. Cumme il possédait, selon 1 expression de M. Taxile Delord , toutes les qualités nécessaires pour ce nouveau genre de journalisme, • l'audace, l'expérience, le froti émeut de la vie de Paris et pas de scrupule, » il obtint un succès complet. Nul mieux que lui ne sut, dans un journal à la fois léjjer et gouailleur, futile et violent, flatter les vices du public , l'amuser par de simples commérages au début, puis mêler peu à peu à la p. queue des premiers temps quelques gouttes de vinaigre et de. fiel, et corser chaque jour davantage sa boisson, à mesure que le palais de ses clients s'emoussait. Ne reculant devant aucun scandale, le Figaro fut fréquemment poursuivi eu diffamation et • menace de périr étouffé entre deux procès -, mais «souple, insinuant, dit M. T. Delord, sachant s'humilier à propos, frappant à toutes les portes, profitant de toutes les occasions, il parvenait à se sauver; le Figaro, sur le point d'être supprimé, parvint à se glisser aux Tuileries et à déposer dans le berceau du prince impérial une demande en grâce qui lui fut accordée. » A la suite du duel d'un de ses principaux rédacteurs , M. Henri de Pêne, avec un officier (isô8), M. de Villemessaut quitta momentanément le Fiyaro, dont il laissa la direction à son gendre, M. Jouvin , et a M. Villemot ; mais, peu de temps après , il rovenait au journal dont il était l'âme et où il savait s'entourer d'un personnel, fréquemment renouvelé, do jeunes écrivains, qui trouvaient en lui un professeur émérite de persitlage et de blague. A ce métier, M. de Villemessant gagna beaucoup d'argent, car le tirage du Figaro, d'abord hebdomadaire , puis bihebdomadaire, augmentait sans cesse; mais eu même temps il s'attirait plus d'une méchante alï'aire. 11 fut l'objet de nombreuses provocations , eut des duels avec MM. Vieyra, de Martonis, Gustave Naquet et fut l'objet d'une violente agression de la part du député Henri Didier qui, a la suite d'un article du Figaro, frappa M. de Villemessant chez lui, k coups de canne plombée (mars 1863). Au mois de janvier de cette înéuie année, il revendiqua le nom de sa mère dans une action judiciaire qui fit grand bruit. Tout en continuant à diriger le Fiyaro, il fonda diverses autres publications qu'il lança avec son habileté ordinaire : le Figura-programme ; la Gazette de Paris; lu Gazette rose; le Grand Journal, qui devint peu après lePurisAiagasine; l'Autographe, recueil de fac-similé; la Gazette des abonnés, donnée gratuitement aux abonnés du Figaro; l'Evénement , journal littéraire quotidien a 10 centimes (novembre 1865). Ce journal ayant été supprimé en 1866 pour avoir discuté le droit des pauvres, M. de Villemessant le remplaça par leFigaro, devenu quotidien. A cette époque, l'esprit public tournait décidément à une opposition accentuée contre l'Empire. Toujours prompt à.

flairer le vent, M. de Villemessant laissa ses

rédacteurs, notamment Henri Rochefort, commencer une guerre d'épigrammes contre des hommes et des choses que , jusqu'alors, on méprisait tout bas. Entraîné dans cette voie, M. de Villemessant dut transformer, en octobre 1867, le Figaro en journal politique; toutefois, i! fit paraître un Petit Figaro littéraire, qui se tint à l'écart de la'politique et continua la tradition de l'ancien. Le Figaro politique de M. de Villemessant eut un succès énorme; mais la gouvernement s'émut de son caractère de plus en plus agressif, qui attira au journal de nouveaux procès. Par ordre, M. de Villemessant dut éloigner de sa rédaction Henri Rochefort. M. Jules Richard, dont les attaches gouvernementales n'étaient point alors connues, fut chargé de la rédaction politique. Un rapport sur la presse, publié dans la collection des Papiers trouvés aux Tuileries, apprit plus tard qu'un accord avait été conclu entre le gouvernement et le Figaro, • en donnant satisfaction à quelques intérêts ou à quelques besoins personnels, i — « Cet accord , dont le ministre lui-même a suivi et dirigé toutes les phases, dit le rapport, promet de donner des résultats utiles. Il a été, comme le sait Son Excellence, une des préoccupations importantes du service, et 1 attitude des écrivains qui rédigent ce journal est telle qu'il étaità peine permis de l'espérer. » M. de Villemessant, tout en fondant, en octobre 1868, le Diable à quatre, pamphlet hebdomadaire dont il rédigea quelques numéros, laissa M. Jules Richard donner au Figaro une couleur de plus en plus agréable au gouvernement, soutenir la politique de M, Emile Ollivier et diffamer M. Thiers lorsque cet homme d'Etat protesta contre la guerre de Prusse. La guerre et les événements qui suivirent, en modifiant l'esprit public, en faisant renaître le goût des discussions viriles, ne permirent plus k M. de Villemessant et à son journal déjouer qu'un rôle heureusement très-secondaire. Il fit de sa feuille une feuille réactionnaire soi-disant conservatrice , dévote et

, légitimiste à la première page ; folâtre , badine et cancanière dans les deux autres. Il recommença sa guerre de calomnies contre les républicains, alla préseuter ses hommages au comte de Chambord et lui offrit le trône de France. Entre temps, pour attirer sur son journal l'attention publique, il publiait quelques numéros excentriques, comme cela lui était fréquemment arrivé sous l'Empire. En 1872, il annonça qu'il venait de vendre son journal aux radicaux pour un prix considérable. On le crut, et M. de Villemessant, tout fier de ce beau tour, ne remarqua même pas que le succès de la surprise venait de ce que tout Paris l'avait cru parfaitement capable de conclure ce marché. Le 2 avril 1872, il fut condamné à un mois de prison et 3,000 francs d'amende comme ayant fait outrager dans son journal le général Trochu par M. Vitu, bonapartiste. Après l'élection Bai'odut, il annonça qu'il quittait à jamais la journalisme et qu il mettait en vente sa part de propriété du Figaro (avril 1873). Il va sans dire qu'il n'en lit rien. Après la chute de M. Tliiers , il s'enfonça de plus en plus dans la réaction et fit une campagne eu faveur de la restauration monarchique. Trouvant que les choses traînaient en longueur, il partit en octobre r873 pour Vienne, ne doutant point qu'une démarche de lui auprèsdu comte de Chambord n'eût pour effet immédiat de précipiter l'arrivée de son prince sur le trône de ses pères. Mais il arriva au moment où le comte de Chambord venait d'écrire la lettre qui le rendait définitivement impossible. «Vous devez comprendre, écrivit-il à son cher Eyma, si je suis atterré ; mais n'oublions pas que le Figaro est non-seulement royaliste, mais conservateur.» Pour montrer combien il était conservateur, il se tourna vers la dictature. Deux articles dans lesquels son journal préconisait un coup d'Etat et poussait le maréchal Mac-Mahon à en faire un provoquèrent une vive indignation dans une partie de l'Assemblée nationale, et par ordre du ministère le gouverneur de Paris suspendit le Figaro pour quinze jours (Il juillet 1874). Depuis lors, M. de Villemessant a traversé , selon son »ixpression , ■ un moment douloureux pour les nouvellistes, i Accusé par M. Veuillot d'être tiède a l'endroit du comte de Chambord, il protesta de son dévouement inaltérable envers le dernier représentant du droit divin , mais s'attira, en avril 1875, delà part du journal monarchique l'Union, cette vive réplique: • Le royalisme de M. de Villemessant est une grosse caisse dont le vide a fait parfois la sonorité ; mais elle est trouée, et les vieilles baguettes du Figaro ne savent plus battre les airs de sa jeunesse. Nous n'essayerons pas de faire croire que M. de Villemessant n est pas roya-

*j liste; nous le défions de faire croire qu'il lest encore.! En mai 1875, M. de Villemessant a obtenu de la cour de Paris un arrêt constatant qu'il a désintéressé ses anciens créanciers, et qui le réhabilite des faillites faites par lui en 1835 et en 1844. M. de Villemessant n'est ni un lettré ni un écrivain de race; mais il a de la verve et un certain esprit gouailleur qui fait de lui le Gaudissart du journalisme. Indépendamment d'un grand nombre d'articles publiés soit sous son nom, soit sous divers pseudonymes, Jean , Jeun-Jean, etc., il a publié "les Cancans, petit album de la Chronique de Paris; M. le comte de Cham-

bord et la France à Wiesbaden (1850, in-S*) et Mémoires d'un journaliste, dont il a commencé la publication dans l'Événement et qui ont parudepuis en volumes (1867-1874, 4 vol.).

Y1LLEM1N (Eugène), littérateur et médecin français, né vers 1812. Après avoir étudié la médecine à la Faculté de Paris, où il fut reçu docteur en 1839, il se livra à son penchant pour la poésie et la botanique. Il a publié : Dies iras, traduit en vers français avec le texte en regard (Beauvais, 1836: i n-S°); le Liseron des champs [convolvulus arvensis) [Orléans, 1839, in-8<>]; Herbier poétique, avec des notes, sous le pseudonyme "d'Auguste de Sniiit-Hilaire (1843; in-12); le Cicérone du Jardin des plantes (1844); Alphabet du jeune âge, avec maximes (1844, in-plano); Sophocle à l'Odéon, pièce en vers à l'occasion de l'Aittigone, traduite par MM. Paul Meurice et' Vacquerie (1844, in-8°); le Chevrier des Ardennes, drame en trois actes et en vers (1849, in-18); le Siècle d'Auguste, poème tragique (1853 , ia-8°); des saynètes et des intermèdes : la Juive de Sébastopol, les Tourterelles, les Robes font peur, le Binocle de madame, le Pied de mur, Ne tentez pas le diable, le Quart d'heure de Ninon, Colibri, Durosel, les Chercheurs d'or, Gymnase dramatique des salons (1856 , in-18). 11 remporta cette même année le second des pris de poésie proposés par la Société des gens de lettres.

VILLIiftiOMBLE, village et commune de France (Seine), cant. de Vincennes , arrond. et à 25 kilom. N.-E. de Sceaux, à 13 kilom. E. de Paris, k l'extrémité S. de la forêt de Bondy, sur un petit affluent de la Marne; 860 hab. Nombreuses villas; belles promenades.

VILLEMOT (Philippe), astronome français, né k Chalon-sur-Saône en 1651, mort en 1713. Il était curé de la Guillotière, k Lyon, et, tout en remplissant avec zèle les fonctions du ministère sacré, il s'adonna avec ardeur aux études astronomiques et scientifiques. Son ouvrage intitulé : Nouveau système ou iVouvelle explication du mouvement des planètes (1707), mérita les éloges de la plupart des savants de son temps , de Fontenelle entre autres, et fut traduit en lutin par Falconet. Villemot avait une telle passion pour les mathématiques que . lorsqu'il voulait exprimer • l'admiration que lui causait la lecture d'un beau morceau de prose ou de poésie, il ne trouvait pas de formule plus expressive que celle-ci : > C'est beau comme une équation. »

VILLEMOT (Henri), auteur dramatique, né k Lyon vers 179Q, mort en 1870. 11 débuta en 1823 par deux petits vaudevilles, le Vendredi d'un usurier et les Hussards dans l'élude, qui furent bien accueillis. Il a fourni des pièces k presque toutes les scènes du boulevard : à la Porte-Saint-Martin, en 1825( le Flâneur, vaudeville, avec Mouriez-Valory ; k la Gaîte,

. en 1825, le Chemin creux, mélodrame en trois actes, avec Saint- Aime. Cette pièce, restée longtemps au répertoire, a été reprise avec succès k l'ancien Théâtre- Historique au mois de décembre 1863 ; en 1827 , l'Amour et tes poules, comédie en un acte, avec Jouslin do Lasalle ; en 1829, la Partie d'ânes, vaudeville, avec Nézel; k l'Ambigu-Comique , en 1825 , les Ruines de Grauca, mélodrame en

L trois actes, avec Jutes Dulong; le Remplaçant, mélodrame en trois actes, avec Benjamin Antier ; Bisson , mélodrame en deux actes et en cinq parties, avec le même; en 1830, les Deux soufflets, comédie en un acte, avec Saint-Amand ; eu \&'il; Alingrut, mélodrame en quatre actçs, avec Ferdinand Luloue ; au Cirque-Olympique, en 1824, le Plâtrier ou la Double accusation, mélodrame en deux actes, avec Saint-Amand ; la Prise de Tarifa, mélodrame , avec Mouriez-Vulory ; en 1827, lo Garde et le bûcheron, mélodrame en deux actes, avec Saint-Amand ; en 1829, la Vieille des Vosges, mélodrame en deux actes , avec le même ; en 1830, Youli ou les Souliotes, mélodrame en deux actes , avec Frauconi ; la Prise de la Bastille, gloire populaire, et le Passage du mont Saint-Bernard , gloire militaire, pièce en deux époques, avec Ferdinand Laloue; en 1831, les Lions de Mysore , pièce en trois actes, avec Nézel.

VILLEMOT (Auguste), journaliste français, né à Versailles en 1811, mort à Paris eu 1870. Il fit ses études au collège Rollin , devint, à vingt-quatre ans, secrétaire général au théâtre de la Porte-Saint-Martiu , puis obtint un emploi dans un ministère. Celui qu'on devait surnommer le Prince do» chroniqueurs débuta en 1847 dans un journal de Turin , le Risorgimento , qui appartenait à M. de Cavour, et lui adressa une correspondance qui fût très-goûtée. Au début de l'Empire,. il obtint au Sénat un emploi qu'il conserva peu de temps. En 1852, Villemot fut chargé de faire, dans ï Emancipation belge, une chronique hebdomadaire. Mêlé k toute sorte de inonde, ayant beaucoup vu, beaucoup retenu, il connaissait sur ton te s les personnes en vue une foule d'anecdotes piquantes qui donnaient k ses chroniques un vif intérêt. En 1855, M. de Villemessant, frappé de son mérite, l'enrégimenta au Fiyaro. Son talent d'observateur, si fin et si souple, sa bonhomie Spirituelle et mordante, son tour d'esprit si original attirèrent aussitôt sur lui l'attention du public, et ses chroniques, dont le succès fut très- vif , contribuèrent beaucoup à la vogue

du journal de M. de Villemessant. En 1856, il succéda k Jules Lecomte comme chroniqueur de l'Indépendance belge. Là, il voulut donner à ses narrations une tournure plus sérieuse, plus compassée et faillit devenir ennuyeux. Lorsque, à la suite du duel de M. de Pêne, M. de Villemessant eut l'idée de quitter le Figaro, Villemot en devint le rédacteur en chef concurremment avec M. Jouvin ; mais ils manquaient l'un et l'autre de cette activité, de cette audace, de ce goût de nouveauté constante qui avaient assuré jusquelit le succès de cette feuille, et M. de Villemessant en reprit bientôt la direction. Villemot continua néanmoins k écrire dans le Figaro, devenu quotidien, puis politique , et y donna des articles sous le titre de Tablettes d'un bourgeois de Paris et de Politique d'un bourgeois de Paris. Celui que Henri Rochefort uppelait « notre maître à tous ■ se vit quelque peu, éclipsé dans les dernières armées de l'Empire par les articles si vigoureux et si mordants 3e son élève. Il continua d'un ton bonhomme, toujours modéré et avec sa tournure d'esprit voltairien, k railler les travers de son temps, soit dans le Figaro, soit dans le Temps , où sa revue hebdomadaire, intitulée la Comédie contemporaine, fut un des attraits du journal. Ce fut Ta qu'il publia contre M. Veuillot, qu'il qualifiait de « farceur, • un de ses articles les plus remarquables, un petit chef-d'œuvre de bon sens et de spirituelle raillerie. Au moment où Paris venait d'être investi par les armées allemandes, Villemot fut emporté par une attaque d'apoplexie (20 septembre 1870). Il a publié en volumes : la Vie à Paris, chroniques du Figaro, précédées d'une étude sur l'esprit en France à notre époque par P.-J. Sthal (Paris, 1858, 2 vol. in-iî) ; le Favori de la favorite (1860, in-12), comédie en deux actes et en prose, en collaboration avec Siraudin,

VILLEMUH, bourg de France (Haute-Garonne), cli.-l. de cant., arrond. et à 33 kilom. N. de Toulouse, sur la rive droite du Tarn; pop. aggl., 2,395 hab.— pop. tôt,, 4,510 hab. Fabrication de chandelles; effilochage de laine; blanchisserie de cire; minoterie; fonderie et fabrication de fers ouvrés.

V1LLENA , ville d'Espagne , province et à' 40 kilom. N,-0. d'Alicaute, cn.-l. de juridiction civile ; 10,000 hab. Fabrication importante de savon, eaux-de-vie, toiles. Exploitation de sel. Cette ville, qui s'élève, dit-on, sur l'emplacement de la Turbulades Romains, fut érigée en marquisat en 1445, en faveur de don Juan Pacheco.

VlLLUNA(D0iN Enrique d'Aragon, marquis Du),poëteet érudit espagnol, un des premiers fondateurs de la poésie castillane, né en 1384, mort en 1434. Quoique consacrée presque exclusivement k l'étude et k la poésie , sa vie fut tres-agitég; de son vivant, il eut plutôt le renom de sorcier que celui de savant. Cependant il jouit ue la faveur royale pendant la plus grande partie de sa vie et contribua beaucoup, pour sa part, avec le marquis de Santillane, à illustrer le règne de Ju»n II, l'un des plus longs et des plus remarquables de l'Espagne. Oncle du roi de Castille Henri III, il descendait en ligue droite de don Jaiine d'Aragon; son père, don Pedro, s'étant marié avec dofta Juana, fille naturelle de Henri II, et depuis reine de Portugal, il appartenait k la souche royale d'Aragon par sou père et à celle de Castille par sa mère. Son aïeul, don Alouso, porta le premier le titre de marquis do ViHena; son père se vit confisquer ce marquisat par Henri III qui, en échange, donna au lils la seigneurie de Cangas-y-Tineo , litre sous lequel les historiens contemporains le désignent le plus souvent. Ksprit fin et cultivé, entaché seulement des erreurs de son temps, il s'adonna avec ardeur aux lettres et aux sciences.

Comme poÊte et comme écrivain, il appartient k une époque de transition ; il est k la fois Castillan et Provençal. C'est notre littérature méridionale, dans laquelle il était profondément versé, qu'il essaye de transplanter en Espagne, en y fondant, sous l'impulsion protectrice de Juan II, des Académies do gaie science. Ou donnait le nom de sciences k toutes les branches du savoir humain, même à la poésie, qui se trouvait être la gaie science. Cependant, outre les lettres, c'est-à-dire les langues, il apprit l'histoire, les sciences naturelles, l'astronomie, les mathématiques,Ja physique, l'alchimie et l'astrologie, matières inséparables de toute bonne instruction au moyen âge. Doué d'une mémoire prodigieuse et d'un goût assez rare pour son temps, le goût des livres, il réunit, à force de soins, une bibliothèque considérable , bibliothèque de savant et de poste, où les œuvres charmantes des trouvères coudoyaient les rêveries sur la pierre philosophale. La diversité de ses travaux atteste ses aptitudes multiples. On y rencontre des traités de poétique et d'art, des traductions, des poésies, un essai da composition dramatique. Juan H le chargea' de la direction de l'Académie de Castille, Académie de gai savoir fondée par lui sur le modèle des fameuses cours de Barcelone. C'est k cette occasion que Villena écrivit sa poétique , Livre de gaie science ou Art de trouver (1430), pour ranimer en Castille les muses un peu délaissées. Pareil essai de poétiquejivait déjit été tenté, cinquante ans auparavant , par le trouvère Moiinier, On lut doit de plus un poëmo des Travaux

d'Hercule; une traduction de V Enéide , de la Divine comédie, de Dante, et du livre Deoratore, de Cicéron ; un traité technique, Arte cisoria, o Tratado del arte del cuckillo {Art de l'ëcuyer tranchant ou Traité du maniement du couteau) ; une comédie allégorique, jouée à la cour de Samgosse lors du couronnement de Ferdinand I«, son oncle, élu roi fiar les Aragonais. C'est une pièce écrite dans e genre de nos Moralités du moyen âge et visiblement inspirée par leur lecture ; elle est curieuse en sa qualité de première tentative théâtrale en Espagne. Enfin , le Cancionero renferme, du marquis de Viliena, un grand nombre de canciones, stances, lettrilles, marquées toutes au coin d'un esprit ingénieux et fertile. Une des plus jolies, la Quereta de amor de Macias, a été écrite par lui sur les infortunes amoureuses d'un gentilhomme de sa maison.

Tombé dans la disgrâce , quoiqu'il fût par lui-même fort riche et que sa femme, dona Maria de Albornoz, lui eût apporté en dot les seigneuries de Aleocer, Salineron et Val-. de-Olivas, il s'éteignit dans l'obscurité et presque dans la misère. Le peuple s'éloignait de lui comme d'un sorcier. Il 3e livrait, en effet, beaucoup à l'étude des sciences occultes ; l'inqnisinon n'existait pas encore , il est vrai ; mais Juan II , ému des bruits qui couraient sur son compte, ordonna qu'il fût fait une enquête et que sa bibliothèque fût expurgée par un comité de savants, en tête duquel il plaça l'évêque de Cuença, don Lope de Burrientos. Une centaine de manuscrits, fort précieux sans doute, furent brûlés. Cependant Lope de Barrientos, auteur lui-même d'un livre de magie, Tratado de adivinar, aurait pu se montrer moins sévère; mais, fort ignorant, il. aima mieux brûler que de lire. Un ptibliciste contemporain, Mariano de Larra, a tracé dans un roman, El doncel de Enriyue el dolieute , uu portrait finement étudié et très-vrai , au point de vue des mœurs historiques, du marquis de Viliena.

VILLENA (Juan Pacheco, marquis de), homme d'Etat espagnol, mort en 1474. Elevé avec le prince des Asturies, fils do Jean III, il sut, en flattant ses passions, s'assurer toute sa faveur, et, lorsque ce prince fut monté sur le trône en 1454, sous le nom de Henri IV, il devint son principal ministre, ou plutôt régna en son nom. Pendant six ans, secondé par son frère, don Pedro Giron, qu'il avait fait nommer grand maître de (Jalatrava, il réussit à se maintenir dans la confiance du roi, en dépit des tentativesque firent pour le renverse r.les principaux seigneurs de la cour. Mais ces derniers, s'étant assuré l'appui du roi d'Aragon, parvinrent enfin à le rendre suspect k Henri IV, qui prit alors pour favori Bertrand de La Ôueva, quiétaitdéjà l'amant de la reine. Viliena conserva cependant leminislère, et, comme antérieurement, Je roi n'agit que d'après sa volonté. La toutpuissant ministre se mit lui-même à la tète des mécontents et fut l'un des principaux instigateurs de la guerre civile qui éclata presque aussitôt. Les révoltés avant, en 1464, déposé Henri et proclamé à sa place son frère Alphonse, Viliena força Henri IV à signer une paix honteuse, qui ne mit même pas tin à la guerre. En même temps, il grandissait lui-même en puissance et se taisait élire, en 1467, grand maître de Saint-Jacques, la plus haute dignité de Castille. Cependant, le prince Alphonse étant mort, les mécontents jetèrent alors lesyeux sur Isabelle, sœurdu roi, efforcèrent le roi à signer un traité par lequel il répudiait, sa femme, déshéritait sa fille Jeanne la Bekraneja et reconnaissait Isabelle pour son héritière. C'était là, une convention qui menaçait directement le pouvoir de Viliena. Aussi changea-t-il immédiatement de politique. Après avoir aidé le roi à rétablir dans ses droits la princesse Jeanne, il réunit les seigneurs dans la vallée de Lozoya et leur fit signer un traité qui détruisait tout ce que le premier renfermait en faveur d'Isabelle (1470), Le roi récompensa un pareil service par le don de la ville d'Escalone, et Viliena l'ut plus en faveur que jamais. Une mort soudaine l'enleva quatre ans plus tard (octobre, 1474), sans que cette faveur eût baissé, et alors qu'il venait de mettre la dernière pierre à l'édifice de sa fortune en s'ulliant à l'illustre famille de Mendoza. 11 avait tontes les qualités qui font les grands hommes d'Etat, et pendant vingt ans il fut réellement roi de Castille. S'il eût survécu quelques mois, Jeanne la Beltraneja eût peut-être monté sur le trône a. la place d'Isabelle, et la réunion de l'Espagne sous un même sceptre eût pu être indéfiniment reculée.

V1LLENAUXE , petite ville de France (Aube), chef-lieu de cant., arrond. et à 13 kilom. N.-E. de Nogent-sur-Seine, sur la petite rivière de son nom ; pop. aggl., 2,322 hab. — pop tôt., 2,361 hub. Fabrication de porcelaine, chocolat, vinaigre ; tanneries, mégisseries. Cette ville, fondée au xie siècle, était autrefois entourée de remparts et de fossés; ces remparts ont été détruits, et sur leur emplacement se déroulent aujourd'hui de belles promenades plantées do tilleuls. La ville, bien bâtie et bien percée, possède une çglise paroissiale, surmontée d'une belle tour commencée au xvic siècle, terminée le siècle suivant et réparée dans ces derniers temps. Aux environs, vestiges de voie romaine. Villenauxe, qui se défendit avec succès

en 1652 contre un corps de Lorrains, fut pillée parles alliés çn 1S14,

VILLENAVE-D'OIINON, bourg de France (Gironde), cant. de Pessac, arrond. et à 9 kilom. S.-E. de Bordeaux, sur la rive gauche de. la Garonne ; pop. aggl., 1,238 hab. — pop. tôt., 2,200 hab. Tannerie, fabrique d'indiennes. Commerce de lait et de bestiaux. On y voit une belle église paroissiale, surmontée d'un clocher roman du xve siècle et renfermant quelques bons tableaux. Aux environs, restes d'aqueducs romains qui conduisent à Bordeaux les eaux des sources voisines.

VI LLENAVE (Matthieu-G uillaume-Thérèse), littérateur et publiciste français, né à Saint- Félix-de-Caraman (Haute-Garonne) en 1762, mort à Paris en 1846. 11 débuta en littérature à l'âge de vingt-trois ans par une Ode sur le dévouement héroïque du duc de Brunswick, et, en 1789, il commença sa carrière de publiciste en fondant le journal le Rôdeur. S étant établi à Nantes, il y fut arrêté en 1793 par ordre de Carrier, et transporté à Paris avec cent trente et un Nantais, signalés, comme lui, pour leurs,opinions contre-révolutionnaires. Us faillirent être fusillés à Aneenis et noyés à Angers. Aussitôt après le 9 thermidor, Villenave fit paraître, sous le titre de Belation du voyage de cent trente-deux Nantais, une brochure qui produisit une vive sensation et attira sur lui l'attention publiue, Traduit au tribunal révolutionnaire, il ut acquitté. En l'an III, Villenave contribua puissamment à la perte de Carrier, en lançant contre lui une foulede pamphlets, tels que Noyades, fusillades ou Béponse au rapport de Carrières août 1794); Testament de Carrier (7 octobre 1794) ; la Queue de Carrier, traînant dans la Société populaire de Nantes (27 octobre 1794), etc. ; mais il défendit, dans un Plaidoyer éloquent (15 décembre 1794), les membres du Comité révolutionnaire de Nantes, qu'il représenta comme ayant été égarés par le farouche proconstil. (Jharette, la veille de son jugement, le choisit pour défenseur. Il participa ensuite à la rédaction de plusieurs journaux. Sous l'Empire, il prit la direction du Journal des curés; en 1314 et 1815, il rédigea en chef la Quotidienne et fonda le Mémorial religieux, qui, en 1621, changea son titre en celui de Courrier français. De 1824 à 1831, il fut professeur d'histoire littéraire de France à l'Athénée. Il avait réuni une précieuse collection de livres, de manuscrits, de gravures et surtout d'autographes, dont il fut des premiers à propager le goût en France. Outre les écrits cités plus haut, on lui doit encore les suivants, qui sont fort estimés : les Métamorphoses d'Ovide, traduction avec le texte (1807-1822, 4 vol. in-S»), avec 144 figures d'après les dessins de Monsiau, Lebarbier et Moreau ; Vif- d'Ovide (1809, in-8u),éoritdans lequel l'auteur, au jugement des érudits, a résolu le problème sur la véritable cause de l'exil d'Ovide, qui avait donné lieu à dix ou douze versions ; traduction des huit premiers livres de V Enéide, du Virgile de la collection Panckoucke (1832, 3 vol. in-8°); Abailard etHéloïse (1834, in-go.) Il a fourni, en outre, plus de trois cents notices à la Biographie Michaud, de nombreux articles à l'Encyclopédie des gens du monde, et publié plusieurs classiques français avec de bonnes notes.

VILLENAVE (Théodore), littérateur français, né à Nantes en 1798, mort en 1866. Il était frère de Mme Mélanie Waldor. Villenave se rendit jeune à Paris, s'adonna a la poésie et publia des pièces de vers dans l'Album, le Mercure, \ Almanach des Muses, le Courrier des théâtres, etc. On lui doit les ouvrages suivants : Aux Grecs (1826), poésies; Walstein, drame en cinq actes (1828) ; Jeanne Darc, poème (1829) ; Schneider (1832), draine en cinq actes ; Constaiitine (1837), poème ; Relation des funérailles de Napoléon, suivie des Cendres de Napoléon, poëme (1841, in-8°) ; Histoire du saint-simonisme (1847, in-8°), etc. Enfin, on lui doit une édition de Napoléon (1840, in-8»), poeuie en dix chants parle roi Joseph.

V1LLENEUVE-DAGEN ou VILLENEGVE- SOH-LOÏ, ville de France (Lot-et-Garonne), ch.-l. d'arrond,, située sur le Lot, qui la sépare en deux parties , à 26 kilom. d'Agen ; pop. aggl., 7,065 hab. — pop. tôt., 13,681 hab. Tribunal civil, tribunal de commerce, société d'agriculture. L'arrond. comprend 10 cant., 84 comm. et 89,828 hab. Commerce de bestiaux, chevaux, graines, vins, eaux-de-vie et toiles.

— Histoire. Villeneuve-sur-Lot (appelée communément, mais à tort, Villeneuve-d'Agen) est, relativement aux villes du haut Agenais, ainsi que l'indique son nom, de fondation récente. Son berceau fut le petit village de Guyac, qui fut détruit dans les premières guerres du règne de saint Louis.

L'emplacement de la ville actuelle, alors couvert en partie par une forêt, dépendait, d'un côté, de l'abbaye voisine d'Eysses, de l'autre.du seigneur de Pujols ; il fut cédé au frère du roi, Alphonse de Toulouse, moyennant certains droits déterminés (1264). Villeneuve, ainsi fondée, fut garnie d'une ceinture de remparts de brique, hauts de 10 mètres et épais de 2, avec quatre fortes tours garnies de herses, ponts-levis, etc. Elle reçut six ans plus tard (1270) une charte municipale garantissant k ses habitants des im-

•munîtes particulières; mais elle n'eut pas le temps d'en jouir, étant passée, dès 1279, sous la domination anglaise. Elle fut réoccupée en 1337 par le connétable de Brienne. Plus tard, au xvie siècle, Villeneuve-d'Agen, assiégée par les troupes de Marguerite de Valois, résista à toutes les attaques, grâce à l'héroïsme de son gouverneur, le jeune Ciotat. Un historien résume à ce propos l'épisode suivant : i Le père du jeune gouverneur était aux mains de l'ennemi ; le prisonnier fut conduit aux pieds des remparts pour exhorter la ville à se rendre. En cas de refus, l'escorte avait ordre de le poignarder. Le jeune homme, feignant d'écouter les pourparlers, prend avec lui quatre hommes déterminés, descend des murailles, disperse l'escorte et ramène son père. ■ Marguerite de Valois dut lever le siège. Aucun événement digne de remarque ne vient depuis cette époque recommander Villeneuve à l'attention de l'histoire.

— Monuments. Villeneuve proprement dite est, au nord, percées de rues régulières, au nombre de huit, aboutissant à une place bordée, comme dans toutes les bastides, de cornières, arcades régulières datant de la fondation de la ville, c'est-à-dire du xme siècle. La principale rue, encore bordée de curieuses maisons de bois à toits en auvents, se termine par la porte de Paris j cette porte n'est autre qu'une haute tour carrée en brique, surmontée de mâchicoulis et de créneaux et sous laquelle s'ouvre une porte ogivale. L'enceinte primitive de la ville, en partie conservée, est entourée de boulevards plantés d'arbres. Les deux quartiers de la ville, ou pour mieux dire les deux rives du Lot, sont reliés par un pont de pierre de trois arches, plusieurs fois rebâti. L'arche médiane, d'un diamètre considérable, date de Louis XIII ; elle remplaça deux arches plus petites, emportées par les eaux au commencement du xvue siècle, et elle fut longtemps citée comme l'arche la plus hardie de France. La voûte, consolidée sous le pavé par des lignes transversales en arceaux de brique, mesure 36 mètres d'ouverture, 18 mètres de hauteur et domina de 2m,50 le niveau du reste du pont; les piles sont surmontées de retraits triangulaires assez analogues, sauf la forme, à ceux du pont Neuf de Paris. L'entrée de ce pont était gardée, sur la rive drdite, par une citadelle aujourd'hui disparue ; du même côté existe encore une ancienne chapelle, dite chapelle de Notre-Dame, contemporaine de la citadelle. Elle est surmontée d'un toit conique eteouverte de peintures sans valeur. La rive gauche est sillonnée dans toute la longueur de la ville par une rue faisant suite au pont et que termine à son extrémité une seconde porte de ville analogue à la porte de Paris. C'est, comme cette dernière, une haute tour carrée, en brique, à trois étages percés de doubles fenêtres, et surmontée da rinceaux et de mâchicoulis. L'intérieur de l'arc ogival de la porte proprement-dite est bordé par les rainures de la herse, et les murs latéraux conservent encore les trous où s'agençaient les poutres de soutien.

Indépendamment de ses portes et de ses maisons particulières curieuses, Villeneuvesur-Lot possède quelques édifices remarquables. En première ligne il faut placer l'église paroissiale de Sainte-Catherine. Elle appartient à la*lernière période ogivale. Un clocher k trois pans, éclairé de belles verrières, dont la principale représente le martyre de la sainte, termine la nef, divisée en quatre travées gothiques. Ces travées correspondent de chaque côté à quatre chapelles parallèles, et letranssept est absent. Les chapiteaux des colonnes sans saillie ont pour ornementation des guirlandes de feuillage. La voûte, enchevêtrée d'une multitude d'arêtes, chef-d'œuvre de difficulté vaincue, présente une très-belle clef où plane le Père éternel. Uu hémicycle de colonnes entoure l'autel du chœur, à la romaine, et supporte un petit dôme doré. A l'intérieur de l'église on remarque quelques bonnes copies de tableaux, entre autres une Vierge et une Fiagellatiun du xvie siècle, rappelant le ton et la façun des émailleurs. Il est regrettable que 1 église Sainte-Catherine doive être démolie prochainement ; on doit en effet la reporter avec une orientation nouvelle sur remplacement d'un ancien cimetière, que la piété des habitants tient à conserver et qu'occupent actuellement (l869)les construction de la balle. Après Sainte-Catherine, il faut citer Saint-Etienne, autre église à peu près de la même époque, quoique bâtie sur des fondations plus anciennes. Le plan, la disposition générale, y sont les mêmes. L'abside est à cinq pans ; les voûtes y sont pour le moins aussi compliquées d'arêtes et ornées de clefs dorées, d'éeussons, de monogrammes modernes et de symboles évangeliques. Les colonnes n'ont pas de chapiteaux. La première chapelle de droite a été couverte et bouchée en partie pour soutenir le buffet d'orgue. Parmi les tableaux qui décorent l'église, il faut citer avant tout une Mise au tombeau, admirable, mais anonyme. « La tête de la Vierge, dit un critique contemporain, blonde, échevelée, exprime un admirable sentiment d'espoir plutôt que de douleur consolée. Elle regarde le ciel, les mains jointes, pendant que d'autres femmes soutiennent la tête de son fils.» Viennent en-

suite un Saint Vincent de Paul recueillant des enfants, œuvre de L, Canon, réunissant un envemble de groupes et de physionomies d'une naïveté charmante ; la Vision de saint François d'Assise, peinture d'un caractère archaïque, à tons plats et dans le goût de l'école espagnole ; une Viei'^e et l'Enfant Jésus, tenant le cordon de Saint-François; enfin un Jésus au temple, copie de Coypel. Après les églises, il faut mentionner encore l'hospice, la prison, édifices trop considérables, le dernier surtout, pour leur destination; l'hôtel de la sous-préfecture, le palais da justice et le théâtre.

A moins d'un kilomètre de Villeneuve*sur- Lot, à laquelle elle se relie par une avenue d'ormeaux et de peupliers presque continuellement bordée de constructions, se trouve l'ancienne station romaine d' Excisum, aujourd'hui Eysses, véritable faubourg de la ville. Excisum devint au vie siècle le siège d'une importante abbaye bénédictine, qui fut dotée plus tard par Cliarlemagne, détruite par les Wisigoths, par les Normands, et qui subsistajusqu'àla Révolution. Les bâtiments en ont depuis' été convertis en maison centrale pour onze départements. L'édifice principal se compose d'un rectangle à grandes courtines plates et nues, dans lesquelles sont engagées des tours carrées flanquant les mursde ronde. Vis-k-vis de la façade nord s'élèvent les restes d'une tour ronde, dite tour Sarrasine, qui donne abri à une petite maisonnette. L'appareil de cette tour est en petites pierres cubiques régulières, soutenu à la hauteur do 4 mètres d'un cordon de moellons taillés. On a également découvert, dans le cimetière, des substructions antiques et une pièce en électrum. On voyait autrefois devant l'abbaye, si l'on en croit leur historien, un vaste tombeau de inarbre blanc ; cette tombe, qui passa longtemps pour miraculeuse, a disparu. Le champ du Maure conserve un tumulus planté de grands arbres ; le mont Fabès, un camp romain ; l'église Saint-Sernin n'offre rien d'intéressant.

VILLENEBVE-L'ARCIIEVÊQUE, bourg de France (Yonne), chef- lieu de cant., arrond. et à 24 kilom. E. de Sens, sur la rive droite de la Vanne; 1.S41 hab. Fabrication de draps et de machines à battre le blé. L église paroissiale,mélange des styles roman et de la Renaissance, présente quelques parties intéressantes, entre autres les statues qui décorent le portail de la façade septentrionale, et à l'intérieur les bas-reliefs de l'abside.

VILLENEUVE - D'AVEYBON, bourg do France (Aveyron), chef-lieu de cant., arrond. et à 11 kilom. N. de Villefranche, dans un vallon ; pop. aggl., 870 hab. — pop. tôt., 3,213 hab. Papeteries, fours à chaux, poteries. Commerce de vins et de bestiaux Eglise paroissiale gothique du xme siècle. Aux environs, château féodal de Rouget, flanqué de trois tours.

VILLENEUVE -LEZ- AVIGNON , ville do Fiance (Gard), chef-lieu de cant., arrond. et à 31 kilom. E. d'Uzès, sur la rive droite du Rhône, vis-k-vis d'Avignon; pop. aggl., 2,548 hab. — pop. tôt., 2,730 hab. Bibliothèque publique, hospice. Manufactures de toiles, cordeiies, filatures de soie. Commerce de peaux, cuir, chanvre, soie, etc. Cette ville est assise sur les coteaux qui bordent la rive droite du Rhône, vis-k-vis de l'ancienna ville des papes, avec laquelle elle communiquait autrefois par le célèbre pont d'Avignon, dont il ue reste plus que trois arches. On voit encore à Villeneuve la tour bâtie par Louis IX pour former la tête du pont, près de la ville est l'ancienne abbaye de Saint- André, située sur un rocher et environnée de murailles flanquées de tours. Dans la chapelle de l'hôpital, on voit le tombeau d'Innocent IV, uu des beaux monuments de sculpture du xvie siècle. Enfin, dans l'église paroissiale, signalons une magnifique Descente de croix.

VILLENEUVE-DE-BERG, ville de France (Ardeclie), chef-lieu de cant., arrond. et à 27 kilom. S.-O. de Privas, près de l'Ibie; pop. aggl., 1,876 hab. — pop. lot., 2,402 hab. Filature et moulinage de soie; fabrication de cadis et de ratine. Commerce important de céréales, betteraves, vins, soie et cuirs. Cette petite ville, située sur une colline assez élevée, entre l'Ibie et la Duègne, est propre et bien bâtie. Sur la place principale, vis-kvis de la halle au blé, s'élève une petite pyramide en l'honneur d'Olivier de Serres, originaire de Villeneuve. La statue en bronze du célèbre agronome a été érigée il y a quelques années à l'extrémité septentrionale de la ville, non loin de laquelle, dans la vallée de la Duègne, on voit le Pradel, ancienne maison de campagne d'Olivier de Serres. Villeneuve-de-berg, au moyen âge, était entourée de quelques fortifications, dont il resie encore des tours et une porte. En 1646, une cour présidiale y fut établie, et jusqu'à la Révolution de 1789 un séuechaly résida.

VILLENEUVE LOUBET, village et commune de France (Alpes- Maritimes), cant. de Vence,arrond. et à 20 kilom. N.-E. de Grasse, sur la rive gauche du Loup; 766 hab. Tuileries, moulins à huile ; carrières de manganèse. Sur le sommet de la colline qui domine le village, s'élève le château de Villeneuve, construction féodale du moyen âge, défendu par une enceinte de remparts, flanqués de

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