C. Délavions
— Fig. Qui a quelque chose de chaste, de pur : Raphaël est virginal, Ilubens sensuel, llembrandl mystérieux, Ostade rustique. (Th. Gaut.)
— Lait virginal, Cosmétique liquide qui est une dissolution de benjoin dans l'alcool.
— Mythol. rom. Fortune virginale, Nom sous lequel on adorait Vénus, protectrice des jeune filles.
— s. in. Antiq. Temple de Minerve ou les vierges avaient seules la droit de pénétrer, où l'on n'immolait même que des femelles qui n'avaient pas encore porté.
— Mus. Epinette en usage au xvie siècle : A peine se tenaient-elles debout, que te vieux Btondeau, ménétrier du sire, avait posé leurs petites mains sur les touches d'ivoire du virginal; elles n'avaient pas eu d'autre hochet. (Th. Gaut.) U On trouve aussi virginalk s. f.
VIRGINALEMENT adv. (vir-ji-na-le-man — rad. virginal). A la façon des vierges, comme il convient k une jeune lille : hlle portait, comme toujours, une simple robe blanche, virginalbmknt agrafée à ta racine du cou. (Méry.)
VIRGINÉIQUE adj. (vir-ji-né-i-ke). Cbim. Se dit d'un acide gras, extrait de la racine du polygala de Virgiuie.
VIRGINIE s. m. (vir-ji-nï). Comm. Tabac de la Virginie : jVe priser que du Virginie.
— s. f. Hortic. Variété de tulipe.
V1RG1N1B, un des Etats unis de l'Amérique du Nord, borné au N. par la Pentylvanie et le Maryland, à l'E. par l'océan Atlantique, au S. par la Caroline du Nord et le Tennessee, kl'O. par le Kutuucky eil'Ohio, entre 30° 5û' el 40" 50 de laut. N.,78" et 86« de longit. O.; 525 kilojn. sur 310. L'Etat, qui,
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en 1798, comptait 748,308 hab. , en possède aujourd'hui 1,666,794. Ch.-l., Richmond.
La Virginie est traversée par les diverses chaînes des Apalaches : 1° les montagnes du Sud-Est, coupées par le Potomac près du pic conique appelé le Pain de sucre (Sngar Loaf), entrent en Virginie par le comté de London et en sortent par le comté de Henry ; 2° les montugnes Bleues, coupées par le Potomac à Harper's Ferry (le bac de Harper), traversent tout l'Etat de Virginie, qu'elles séparent en deux grandes divisions, la Virginie orientale et la Virginie occidentale ; les pics de l'Otter, dans cette chaîne, sont compris parmi les plus hauts sommets du système des Apalaches; ils sont situés vers le centre de l'Etat; 3° la chaîne du Kittatinny entre dans la Virginie sous le nom de montagne du Nord (North mountain), forme le centre du grand plateau de Virgiuie et sort de l'Etat sous le nom de montagnes de Fer (Iron niountains); 4° la chaîne des Alleghanys forma le côté occidental du plateau de la Virginie et court parallèlement aux montagnes Bleues (Blue ridge) ; à l'O. de la chaîne, le versant va graduellement s'abaissant jusqu'au lit de l'Ohio; mais plusieurs autres chaînes traversent cette section, dont les principales sont : les montagnes aux Châtaigniers (Chestnuts ridge) et les montugnes aux Lauriers (Laurel niountains), qui, dans la partie S.-E. de l'Etat, sont connues sous le nom de montagnes du Cumberl.-uid.
La surface de l'Etat peut être partagée en quatre sections : 1° De la côte de l'Atlantique aux points où remonte la marée dans les neuves, le pays est bas, plat et marécageux ou sablonneux. Les terrains maigres sont couverts de pins et de cèdres; mais les bords des rivières sont composés d'une terre grasse et riche dont la végétation est luxuriante. C'est un terrain d'alluvion à la surface duquel on rencontre des ossements et des coquilles marines. 2" Des points où la marée remonte dans les fleuves jusqu'aux montagnes Bleues, le terrain, qui commence à s'élever, devient pierreux et accidenté. Le sol y est bien supérieur à celui des basses terres. 3° Dans la vallée entre les montagnes Bleues et l'AUeghany, le sol, qui repose sur un lit de roche calcaire, est très-fertile en grains et en trèfle rouge. Il contient de la craie en quelques points. 4° La partie O. de l'Etat, ou cette partie qui se trouve entre les montagnes et l'Ohio, présente une surface fort accidentée et généralement stérile. Le terrain n'est plan qu'en un petit nombre de points, excepté sur la côte orientale de la baie de Chesapeake et vers l'embouchure des fleuves. A l'O. de la baie, le pays s'élève graduellement pour former des hauteurs et des vallées. La partie centrale est un haut plateau qui surgit quelquefois en pittoresques sommets, entre lesquels se creusent de belles et fertiles vallées. A l'O. des Alleghanys, le sol est montuetix et accidenté et une grande partie des terrains continue à être revêtue de ses belles forêts primitives. Les principaux cours d'eau sont : le Potomac, le Shenandoah, le fleuve James, le Rappahannock, le York et le grand Kanawha. La moitié extérieure de la baie de Chesapeake se trouve dans la Virginie, et par sa profondeur, son étendue et les nombreux fleuves qu'elle reçoit, elle sert puissamment la navigation.
En allant k PO. de Norfolk vers l'Ohio, on rencontre presque tous les arbres, arbrisseaux et herbes indigènes des Etats-Unis, ainsi que les productions cultivées dans les Etats du N. etduS. Le tabacetlefromentsoutles récoltes les plus productives. Le daim commun, connu sous le nom de daim de Virginie, se rencontre eucore dans les districts boisés de cet Etat. L'opossum y abonde. Les grues, la caille, les lurkey buzards (espèce de vautour) et ies moqueurs s'y distinguent parmi les tribus emplumées. La partie O. de l'Etat renferme du calcaire et du gypse. Des mines de fer de la meilleure qualité sont abondamment distribuées partout, et des mines de plomb productives sont exploitées dans le comté de Wythe. On trouve aussi de la houille bitumineuse à l'O. des montagnes. Les sources salées du grand Jieiiawha et du Holston sont remarquables par la force de leur saumure. Les cavernes de calcaire fournissent de grandes quantités de nitre ou salpêtre. Dans lu partie orientale de l'Etat, on trouve du calcaire qui en divers points, entre le Potomac et le fleuve James, donne un excellent marbre. Les mines de fer, la plombagine, la houille, te cuivre et l'or se rencontrent dans cette région. Le terrain dans lequel se recueille ce dernier métal s'étend depuis Fredericksburg, dans la direction du S.-O., à travers lu Virginie et les Etats qui l'avoisinent au S.
L'étendue de cet Etat et les accidents de sa surface y produisent une grande diversité de climats. Dans le bassin de l'Atlantique, près de ia mer, les chaleurs de l'été sont longues et accablantes, le printemps est court et variable, les hivers y sont extrêmement doux et la neige n'y séjourne jamais plus d'un jour. Les sécheresses y sont fréquentes en été et en automne. Les habitants ontlacomplexion faible à cause des chaleurs de l'été et des maladies bilieuses de l'automne. Dans les montagnes, l'air est frais et salubre, les habitants sont grands et musculeux, leurs formes sont rubustes et leur contenance annonce la santé. On y fait du feu pendant cinq
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mois de l'année. La chaleur de l'été est considérable pendant le jour, mais les nuits y sont toujours fraîches. Sur le versant occidental des montagnes, le climat est plus froid de quelques degrés qu'il ne l'est sur la côte sous le même parallèle. La vallée de l'Ohio est excessivement chaude en été; mais pendant l'hiver la rivière gèle k ce point qu on peut quelquefois y passer sur la glace pendant deux mois de suite. L'automne y est pluvieux, tempéré et sain. Entre la contrée montagneuse et les plaines voisines de la mer, on trouve des terrains ondulés où le climat est k la fois chaud et salubre. L'agriculture varie beaucoup, mais presque purtout elle est mal ordonnée. La pratique de défricher les terres et de les cultiver chaque année jusqu'à ce qu'elles soient épuisées et puis de les laisser se reposer et refaire sous l'influence de la nature prévaut dans la majorité des fermes. Le tahac est l'objet d'une culture étendue dans la Virginie orientale; mais il n'est cultivé que çà et là dans la partie S. do la vallée centrale. Le coton est planté avec une certaine extension dans l'E. et le S., et le chanvre croît avec succès dans quelquesunes des meilleures terres au-dessus de la marée haute. La Virginie de l'O. possède d'excellents pâturages. Le froment, le maïs, le seigle, l'avoine et le sarrasin sont les principales céréales cultivées des deux côtés des montagnes. La partie de l'E. est presque entièrementJabourée par les anciens esclaves.
Cet Etat possède d'immenses avantages pour les opérations manufacturières : le travail k bon marché, d'inépuisables provisions de combustible et une immense force hydraulique; cependant les plantations et le fermage sont les principales industries. On rencontre quelques manufactures de coton, de tissus de laine, de verre, de fer, de papier, de cordages, d'étain calciné, de plomb, etc., dans l'O. et le N. de l'Etat; les salines du Kenawha ont de l'importance. Mais en général les facilités que la Virginie oflYe pour les manufactures sont loin d avoir été pleinement utilisées. Le commerce n'est pas étendu et consiste principalement dans l'exportation des produits de l'agriculture. '
La Virginie possède plusieurs établissements d'instruction supérieure, savoir : lo collège de Guillaume-et-Marie, une des plus anciennes institutions du pays; le Ham, den Sydney Collège, dans le comté du Prince- Edouard; Washington Collège, à Lexington, et l'université de Virginie, k Charlotteville.
L'Etat est divisé en 1 19 comtés, et les villes principales sont : Richmond, Norfolk, Gosport, Petersburg, Fredericksburg, Lynohburg, Williamsburg, York ou Yorktown, Mont- Vernon, Wheeling, Winchester, ShepherdstoWn , Martinsburg, Stanton, Lexington, Fincastle, Charlestown, Abingtoe, Monticello. Les noirs entrent pour un tiers dans la population; ils habitent surtout dans la parrie orientale.
Sir Walter Raleigh visita ce pays en 1584 et l'appela Virginie, en l'honneur de la reine vierge Elisabeth, qui lui en donna la souveraineté. En 1606, Jacques 1er transporta ce privilège à deux compagnies dites de Londres et de Plymouth, et dont les chefs étaient sir Thomas Gates, sir Georges Summers et Richard Hakluyt, du chapitre de Westminster. Là charte réglait la condition des personnes et des terres de la façon la plus favorable pour encourager l'émigration. La compagnie était autorisée k engager comme colons tous les sujets anglais disposés k passer en Amérique. Au début, quand on était campé plutôt qu'établi sur un sol menacé par les invasions indiennes, on essaya d'une vie toute militaire, d'une -vie commune; aussi la colonie fut-elle dans un état languissant jusqu'au jour où uti gouverneur plus avisé lit donner à chaque colon un lot de terre particulier; de ce jour date la prospérité de la Virginie. La colonie étant l'œuvre et en quelque façon la propriété d'une société dont le siège était k Londres, c'était à Londres qu'on avait établi le conseil supérieur auquel appartenait le gouvernement. Mais comme on ne peut administrer que sur place, la direction fut remise à un président et k un conseil local, nommés tous deux par le conseil supérieur, sous le contrôle du rot. Ces deux autorités se partageaient le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Les décisions comme les ordonnances rendues dans la colonie n'étaient toutefois valables qu'autant qu'elles n'étaient pas en opposition avec les lois d'Angleterre, et le conseil supérieur ainsi que le roi prononçait en dernier ressort. Quand un crime y était commis, c'était en Angleterre qu'on devait envoyer l'accusé pour être jugé.
Pour les délits, le président et le conseil les punissaient du châtiment qu'ils jugeaient convenable. Quant aux colons, on ne leur accordait point de droits politiques. Ils étaient soumis aux ordonnances d'une corporation commerciale dont ils ne pouvaient être membres, k la domination d'un conseil local qu'ils ne nommaient pas, au contrôle d'un conseil supérieur qui ne leur reconnaissait aucun titre au gouvernement et enfin k l'arbitraire du souverain. Le tabac fut longtemps la seule production et la seule exportation de la Virginie; il devint même la monnaie courante, la mesure commune des valeurs de la colonie.
Un vaisseau hollandais, arrivant de la côte de Guinée, entra en 1620 dans la rivière Saint-James et vendit vingt esclaves aux co-
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Ions. Le grand profit qu'on pouvait tirer du travail des esclaves fit naître chefl les planteurs le désir d'acquérir beaucoup de noirs. Le nombre de:; nègres augmenta si rapide-' ment que, malgré une taxe de 5 pour 100 et plus tard de 10 pour 100 sur chaque esclave introduit dans l'Etat, le nombre des noirs, à partir de 1671 jusqu'à 1790, s'éleva de 2,000 k 23,427. Depuis lors, l'importation des nègres a été prohibée. Après treize ans d'épreuves, les aventuriers étaient devenus planteurs, chefs de famille, propriétaires de domaines considérables. C'est alors que &ù réveilla le vieil esprit anglais ; ta charte coloniale parut oppressive ; on réclama comme un droit inaliénable les privilèges, les libertés dont le citoyen anglais jouissait dans la" mère patrie. Pour apaiser cette agitation, sir Yardley, gouverneur de la colonie en 1619, convoqua une assemblée générale composée des représentants des diverses plantations et leur permit de prendre et d'exercer k côté du gouverneur et du conseil colonial les hautes fonctions de la législature. Ce fut la première assemblée représentative établie en Amérique. Une invasion indienne mit l'établissement nouveau à toute extrémité et fut suivie d'une guerre sanglante où les Anglais rivalisèrent de perfidie et de cruauté avec les sauvages. Le roi Jacques ordonna une enquête sur les lieux. A la suite de cette enquête, il fit annuler les pouvoirs de la compagnie; la Virginie devint alors province royale et garda cette situation jusqu'en 1776.
A l'époque de la guerre de l'Indépendance, la Virginie, quoique n'étant ni envahie ni même menacée, prit parti pour les autres colonies révoltées contre la métropole, et co fut son intervention qui donna aux combattants du nouveau inonde l'avantage d'avoir pour chef Washington. Sur les cinq premiers présidents de l'Union, quatre furent pris parmi les Virginiens; le second président des Etats-Unis, le seul des cinq auquel on n'accorda pas l'honneur de conserver le pouvoir pendant une seconde période, était aussi le seul qui ne fût pas de la Virginie.
Cependant la Virginie avait été amenée peu k peu k faire sa spécialité de l'élève de l'esclave, et depuis qu'une loi avait interdit l'introduction d'esclaves venant d'Afrique, c'est elle surtout qui approvisionnait d esclaves les Etats du Sud. Bien que l'élection de Lincoln fût aussi pleine de dangers pour elle que pour la Caroline du Sud, elle se trouvait trop liée par le glorieux souvenir de son passé pour se hâter de détruire cette union, k la création de laquelle ses citoyens avaient pris la plus grande part. Aussitôt qu'il devint clair que les États du Sud étaient déterminés k se séparer, la première pensée de la Virginie fut de tenter de trouver un moyen de les en empêcher. Elle s'offrit pour servir de médiateur entre eux et le gouvernement fédéral; mais quand la guerre éclata, la Virginie se rangea du côté de la rébellion. Son adjonction a la liste des Etats confédérés fut accueillie par ceux-ci avec une joie triomphante, et ils prirent aussitôt la résolution de transférer leur capitale de Montgomery k Richmond. La part de la Virginie dans la lutte gigantesque que l'Union eut k supporter contre les Etats esclavagistes fut des plus énergiques ; mais depuis la victoire du Nord, elle a su se résigner; elle est rentrée dans l'Union et a accepté l'amendement à la constitution qui accorde les droits civils et politiques aux hommes de couleur. Aux termes de sa constitution d'Etat, le pouvoir exécutif est exercé par un gouverneur élu pour quatre uns par l'assemblée générale. Celle-ci se compose d'un sénat de 50 membres élu pour quatre ans et d'une Chambre des députés de 152 membres élue pour deux ans. L'Etat envoie au congrès deux sénateurs et treize représentants.
VIRGINIE, jeune Romaine, dont la destinée tragique a quelque analogie avec celle de Lucrèce. M. Michelet la nomme la Lucrèce plébéienne. Comme la chaste matrone, en effet, elle perdit la vie,449avantnotreère, parce qu'on voulut attenter k sou honneur, et sa mort fut le signal d'une révolution importante dans la cite. Elle était fille du plébéien Virginius, centurion k l'armée dAlgide, et fiancée k Icilius, ancien tribun du peuple. Sa beauté excita les désirs du décemvir Appius Claudius (v. CLAOWUS), qui, ne pouvant triompher de sa vertu, ourdit une trame abominable dont le succès deyait la faire tomber entre ses mains. Il se servit d'un de ses clients, qui réclama la jeune filla comme son esclave et évoqua l'affaire devant le tribunal du décemvir. Au moment où Appius prononçait en faveur de son client, Virginius, qui était accouru de l'armée, saisit un couteau sur l'étal d'un boucher, parmi les boutiques dont la place était bordée, et, pour sauver sa fille de l'esclavage et du déshonneur, lui perce le cœur en s'écriant k la vue de tout le peuple : • Appius, c'est par ce sang innocent que je dévoue ta tête aux dieux infernaux. » Puis, pendant qu'Icilius promène le corps sanglant k travers la cité pour exciter l'indignation publique, il se rend au camp, où sa présence et son désespoir déterminent un soulèvement qui amena la chute des décemvirs (449 av. J.-C). Cet épisode dramatique de 1 histoire romaine a été traduit sur la scène par un grand nombre de poètes.
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Virginie, tragédie italienne d'Alfteri (1776). Avant Alfieri, ce sujet dramatique avait, déjà tenté deux poètes, Campistron et La harpe. Campîstron oublia d'introduire Virginius dans 8a pièce, c'est-à-dire le personnage qui doit être naturellement le pivot de l'action; de plus, il présenta une Virginie violée. C'était déplacer tout l'intérêt. Un M. Leblanc eut, cent, ans pins tard, une idée à peu près semblable; il offrit en 1781 ie tableau d'Appius cherchant à satisfaire, sur la scène, ses infâmes désirs. Laharpe, avec toute la sévérité de son goût, se renferma dans le récit historique. Sa pièce, quoique ayant une fort belle scène au premier acte, ne méritait point de rester au théâtre. Une autre tragédie de Virginie, celle de Doigny, en trois actes, ri été représentée au commencement de la Révolution.
Alfleri a mieux réussi que les postes français. Il regardait le sujet de Virginie « comme le plus noble, le plus sublime, le plus terrible, le plus touchant, le plus facile à traiter. » Le premier acte de la Virginie rî'Alfieri est bien dessiné; son exposition est très-heureuse et se fait naturellement. L'action s'engage même si fortement dans les deux premiers actes, que l'auteur est obligé de faiblir un peu au troisième. Alfieri pense que sa pièce n'a point de (juatrième aoe « et que des vers en tiennent la place. » Cependant, la scène entre Appius et Virginius est belle; elle avance l'action, puisqu'elle instruit Virginius des intentions d'Appius. Dans le cinquième acte de la tragédie de Laharpe, on voit avec peine Virginie égorgée aux yeux de son amant, qui ne peut la défendre. Alfieri a évité cet écueil en faisant périr Icilius au commencement de son cinquième acte. Appius, tel qu'il est peint par le tragique italien, est ferme, inébranlable, marchant droit à son but. Alfieri a tiré n* grand parti du personnage de Virginins, vague et presque nul dans les autres tragédies. Il a su en profiter pour .opposer à un tribun fougueux et irrité un soldat blanchi sous les drapeaux et rompu par la discipline militaire. Icilius est un ancien tribun, présentant toujours sa propre cause comme étant cnlle du peuple entier. On remarque une sortie d'Icilius contre l'esclavage, dans le premier suite. «Tout me plaît et tout m'enchante dans Virginie, dit Calsabigi {Dissertation sur ta tragédie). Les discours hardis "d'ioilius, les artifices d'Appius, les scènes tendres du père et de la fille sont de la plus grande vérité. La scène me du IVe acte, entre la mère, le père, la tille et l'époux, mérite d'être longtemps méditée. •
Virginie, tragédie en cinq actes et en vers, par M. La tour de Suint-Vbars; Théâtre-français, 5 avril 1845. L'auteur, dans le but de réagir sans don te contre le goût moderne et Ce qu'on appelle lesabusduromantisme,a voulu imiter Ponsard, qui venait de remporter h l'Odéon un succès éclatant avec sa Lucrèce. La tragédie de M. Latour de Saint-Ybars ressemble à toutes les tragédies composées par des hommes d'un talent médiocre; elle est ennuyeuse. Les vers en sonlfaciles,qnelquefois fermes, le plus souvent mous et sans couleur. Depuis que ti>us les procédés de la versification ont été révélés par les vrais poètes, rien n'est plus facile que de faire des vers médiocres. Cependant, cette tragédie a produit quelque effet à la scène, parce qu'elle a été jouée par Rachel et que le sujet, dans sa simplicité antique, est très-dramatique. Voici le compte rendu qu'en a donné Th. tjautier : « Virginius va marier sa fille au jeune Icilins. Ajjpius arrive et reproche à Virginius de s'occuper d'affaires de famille quand l'intérêt de Rome le réclame. Virginius répond fort sensément qu'il y a temps pour tout et conduit sa fille à l'autel. Appius, resté seul avec son confident Maxime, oit qu'il a gagné les augures et qu'ils feront retarder le mariage par quelque prodige menaçant. En effet, le cortège rentre sans que l'hymen soit conclu; et Virginius part pour l'armée, ainsi que son futur gendre. Le décemvir a pour Virginie une de ces passions qui ne connaissent pas d'obsucie. 11 a fait tuer icilius, et, profitant de l'absence de Virginius, il vient trouver la rille du vieux soldat et lui déclare sa flamme, qu'elle repousse avec horreur. ■ Comment osez -vous parler d'amour à lu fiaucée d'un autre? s'écrie la chaste enfant. — Icilius est mort, répond le décemvir. — Assassiné par vous! » s'écrie Fausta, la sœur de la victime, qui a découvert le crime. Ce moyen n'ayant pas réussi, Appius fait enlever Virginie. Maxime prétend qu'elle est la tille d'un esclave' à. lui et que, par conséquent, elle lui appartient. Selon le .-ycophante, elle n'a passé pour la fille de Virginius qu à l'a'ule d'une supposition, la vraie Virginie étant morte en bas âge. Des témoins payes soutiennent cette calomnie infernale. Fabius, te patron de Virginius, réclame en vain la pauvre enfant. Appius prétend la garder chez lui jusqu'à ce que le procès ait été jugé. Virginius, fait prisonnier, est parvenu à briser se» liens ; il revient à Rome, après avoir fait payer cher sa captivité aux ennemis. Il trouve son foyer désert; la chambre de Virginie est vide. Il apprend alors tous les horribles événements qui se sont passés pendant son absence. Transporté de fureur, il s'élance pour courir chez Appius; mais, sur le seuil, il rencontre sa fille, qui s'est