V. V1VERRIDB
— Paléont. Si, dans la nature actuelle, les viverriens, ainsi que tous les viverridés, sont remarquables par une grande variété de genres et d'espèces, les débris fossiles trouvés jusqu'à présent en sont assez rares. Les terrains tertiaires et diluviens d'Europe paraissent n'en renfermer qu'une très-petite quantité. Cette tribu comprend : 1° les civettes, dont deux espèces proviennent du miocène d'Auvergne , la viverra antiqua, connue par deux fragments du mâchoire, et la viverra primxva , caractérisée par sa tuberculeuse inférieure uniradicuiée-; les terrains diluviens renferment aussi quelques fragments de civettes ; on en a trouvé des débris au Bengale et quelques-uns dans les cavernes de la Nouvelle-Hollande; 20 les patœotiyctis, qui ne sont connues que par une mâchoire inférieure à six molaires, comme les civettes, et ayant comme elles la tuberculeuse armée de pointes aiguës à caractère insectivore ; la seule espèce connue est lu paiœonyctis gigantea de Muirancourt, près de Noyou (Oise), et dont la taille devait égaler celle des grandes hyènes; 3U les soricictis, dont la première notaire a une seule racine, la carnassière trois pointes à son lobe antérieur et la tuberculeuse une couronne formée de deux tubercules en avant et d'une sorte de talon en arrière ; deux espèces ont été trouvées dans le miocène d'Auvergne.
VIVERRIN.1NE adj. (vi-vèr-rain, i-ne — du lut. viverra, civette). Mamm. Qui ressemble à une civette.
VIVES (Jean-Louis), savant littérateur espagnol, né à Valence en 1492, mort à Bruges en 1540. Il fit ses études à Paris, puis il se rendit à Louvain et s'y lia avec Erasme, sous tu direction duquel il se perfectionna dans les langues grecque et latine. Il pro-
fessa ensuite les belles-lettres à Louvain, fut appelé en Angleterre pour y exercer les fonctions de précepteur de la princesse Marie, fille de Henri VIII, et fat jeté en prison par ce prinL-e, dont il avait osé désapprouver le divorce avec Catherine d'Aragon. Rendu à la liberté au bout de six mois, il alla s'établir à Bruges, où il finit ses jours usé par le travail. Vives occupe une place distinguée parmi les philosophes qui, vers la tin du xvie siècle, sapèrent dans ses fondements l'influence des scolnstiques et donnèrent «ne vive impulsion à l'étude de la littérature classique. Il formuit avec Erasme et Budé ce qu'on nommait le triumvirat dans la république des lettres. Budé était l'esprit, Erasme la parole et Vives le jugement. Ce dernier a écrit un grand nombre d'ouvrages d'un style qui ne manque pas de pureté, mais entaché de sécheresse. Ses Œuvres complètes, traités de littérature et de philosophie, dissertations, traductions, commentaires, etc., ont été publiées à Bâle (1555, 2 vol. in-fol.). VIVES (Vincent Requeno t), antiquaire espagnol. V. Requeno y Vives.
VIVES-EAUX s. f. pi. Mar. Marées hautes des syzygies. H Eaux mises en mouvement par le sillage d'un navire.
VIVEUR, EDSE s. (vi-veur, eu-ze — rad.
vivre). Néol. Personne amoureuse du plaisir, et qui est habituellement préoccupée des moyens de s'amuser : La plupart des joueurs vulgaires sont des viveurs et des hommes d'instinct. (Thoré.) Il Le féminin est peu usité.
VIVIA s. f. (vi-vi-a). Ornith. Genre d'oiseaux grimpeurs, tribu des picumninées, dont l'espèce type vit au Bengale.
VIVIAN (Richard Hussey, baron), général anglais, né en 1775, mort en 1842. Entré au service à dix-huit ans, il fit ses premières armes pendant la campagne de Hollande (1794-1795), combattit au-Helder (1799) et fut envoyé en 1808 en Espagne, où il prit part à divers combats et ou il revint l'année suivante. Attaché à l'armée du duc de Wellington, il assista plus tard à la bataille d'Onhez et à celle de Toulouse, où il fut blessé, et, à son retour en Angleterre, fut promu major général. 11 se distingua, en 1815, à Waterloo, où il commandait une brigade de cavalerie. Elevé à la dignité de baronnet en 1828 et au grade de lieutenant général en 1830, il fut créé pair en 1841, mais se fit peu remarquer a. la Chambre des lords. — Son fils, Charles Crespigny, baron Vivian, né à Truro en 1808, suivit d'abord la carrière militaire et fut promu, en 1834, major de hussards. Membre de la Chambre des communes de 1837 à 1842, il entra, à cette époque, à la Chambre des lords, où il siège dans les rangs du parti libéral. Il est, en outre, devenu député lieutenant d'Angleterre en 1841 et lord lieutenant de Comwall en 1856.
Vivian OU l'Homme sans earacièro, roman, par miss Edgeworth (Londres, 1813, 3 vol. in-8°). Une femme très-sensée donne en mourant à son fils cette unique et importante instruction : i Accoutui»ez-vous de bonne heure à savoir dire : Nonl » C'est ce précepte qui, développé et mis en action, a fourni le sujet de Vivian. Le héros est un jeune seigneur doué de fort heureuses qualités; il a de l'esprit, de l'instruction, beuucoup de noblesse et d'élévation dans les sentiments, de l'élégance dans les manières; mois de si belles qualités sont gâtées par une irrésolution qui le fait flotter entre tous les partis et par une facilité de caractère qui ne lui permet jamais de résister. Il agit presque toujours contrairement aux. lumières de son propre jugement, quelquefois même contre le cri de sa conscience. Vivian ne sait pas dire : Nonl Quelquefois, il veut se roidir contre ce penchant luneste, et alors il ne manque pas de mépriser un salutaire avis pour faire croire qu'il ne se laisse pas conduire, ou de prendre un mauvais parti pour montrer du caractère. Tel est Vivian dans sa conduite habituelle, tel il est aussi dans ses amours. D'abord, il aime une jeune personne pleine de grâce et de vertus, à qui il inspire les mêmes sentiments. Des obstacles s'opposent à l'accomplissement de ses vœux ; néanmoins, il parvient à aplanir ces obstacles, puis, maître de son bonheur, il le diffère sous de futiles prétextes, toujours épris cependant et bien décidé, du moins il le croit, à s'unir avec l'objet de son amour. Mais il fait connaissance avec une coquette qu'il n'aime ni n'estime, qu'il veut quitter cent fois et qui toujours l'enlace par de petites considérations, si bien qu'il 1 enlève ou plutôt se laisse enlever par elle. Bientôt, honteux de sa conquête, honteux de luimême, il veut mettre ses regrets, ses remords et de nouvelles protestations d'amour aux pieds de Sélina, sa première passion ; mais celle-ci, éclairée sur les défauts de son caractère et le regardant comme incorrigible, le plaint, l'aime toujours et le refuse. Vivian, quoique au désespoir, ne tarde pas à toniber amoureux d'une autre jeune personne, à laquelle il ne peut parvenir à faire partager ses sentiments et dont il finit par épouser la sœur, à qui il a inspiré une vive passion sans l'aimer lui-même et aux bonnes qualités de laquelle il ne sait pas rendre iustice; il la rend malheureuse, malgré ses bonnes intentions. Telle est l'histotie abrégée de ses uuiouis. Su coiiuuite politique pré-
sente encore plus d'irrésolutions, de contradictions et d'inconséquences et se termine par une catastrophe. Après avoir été l'orateur par excellence de l'opposition , il se laisse vendre au ministère par son beau-père, qui obtient un marquisat pour sa négociation. Insulté par un des membres du parti qu'il vient d'abandonner, il le provoque et tombe frappé mortellement dans un combat singulier, victime de son manque de caractère. • Le sujet de Vivian est traité avec énergie et talent. Les caractères des quatre femmes que le héros aime ou croit aimer successivement, ou espère pouvoir aimer dans la suite, offrent des coups de pinceau pleins de vérité et de finesse. Le sien est tracé de main de maître, et ce roman est une excellente leçon de. la première de toutes les sciences, l'art de vivre. Le style n'est pas mauvais; mais, entraînée par la facilité d'une plume qui trouve toujours l'expression et la crée quelquefois, miss Edgeworth ne se méfie pas assez de son abondance.
Vivian Grey, roman anglais, par M. Disraeli (1827, in -80). Ce roman fut le début de l'auteur, qui avait à peine dépassé sa vingtième année. M. Disraeli a manifesté la crainte que la critique ne voulût lire ses aventures à travers celles de Vivian Grey, et il existe, en effet, entre l'auteur et son héros plus d'un point de ressemblance. Vivian Grey est le fils d'un homme de lettres doué d'un esprit aimable, d'une fortune honnête et d'une précieuse modération de caractère. Il s'en faut que Vivian apporte dans la vie publique ce philosophique dédain des grandeurs agitées, qui a permis à son père de goûter en sage épicurien les plaisirs de l'intelligence et de la fortune. Vivian entre dans le monde altéré d'ambition; il est Anglais, et cette ambition est naturellement politique. Vivian marque son but au plus épais de la mêlée; il s'insinue dans les bonnes grâces d'un noble marquis qui a. été longtemps ministre. 11 persuade à cet homme d Etat.émérite de travailler à rentrer aux affaires. Devenu son agent, il lui fait nouer des alliances avec d'importants personnages qui, ainsi que lui, ont à se plaindre du ministère. A ces influences coalisées il manque un organe dans la Chambre ; un seul homme pourrait remplir ce rôle, c'est Cleveland, mais il est momentanément dégoûté de la politique et brouillé avec le marquis. Vivian Grey les réconcilie, ses plans vont réussir, lui-même compte entrer à la Chambre des communes, lorsqu'une femme qu'il avait insultée rompt la maille de son intrigue. La coalition se dissout. Chassé du château du marquis, provoqué dans un club par Cleveland, Vivian esc forcé de se battre avec l'homme qu'il admire, et il le tue. Après avoir consommé lui-même la ruine de ses rêves, Vivian quitte l'Angleterre. Là finit réellement le roman, bien que l'auteur nous raconte les aventures ultérieures du héros en Allemagne. « Malgré les invraisemblances délibérément commises, il faut le dire, qui abondent dans Vim'an Grey, dit M. P. Chasles, bien que toutes les règles de proportion y soient outragées, de nombreuses pages se lisent avec intérêt. L'entraînement du style rend quelquefois avec bonheur les mouvements fiévreux de l'intrigue, le dialogue court avec verve et hardiesse ; on y rencontre plus d'un trait frappé au bon coin de cette ' mordante impertinence, de cette tranchante ironie, de ce coupant si aimé des Anglais, qu'on pourrait appeler le sel britannique. »
VIVIANE, fée dont l'apparition se perd dans la nuit des traditions armoricaines. C'est elle qui enleva Lancelot du Lac, dont elle lit l'éducation; ce même Lancelot, plus tard un des paladins de la Table ronde et amoureux de la femme du roi Arthur. On attribue a Gauthier Map , trouvère anglonormand du xiie siècle, archidiacre d Oxford sous Henri II, un roman écrit en prose où sont racontées les aventures de Lancelot et de Viviane.
VIVIAN1 (Vincent), savant italien, né à Florence en 1622, mort dans la même ville en 1703. Disciple de Galilée, il s'attacha particulièrement à Torricelli après la mort de leur maître commun. Son premier ouvrage, De maximis et minimis geometrica divinalio in quintum conicorum Apollonii Pergzi nunc desideratum (Florence, 1659), répandit bientôt sa réputation dans toute l'Europe; les Médicis le comblèrent aussitôt de leurs bienfaits; Colbeit l'inscrivit sur la liste des savants étrangers auxquels le roi faisait des pensions ; le grand-duc Ferdinand le nomma son géomètre et son premier ingénieur. Il devint successivement membre des Académies del Cimento et des Arcadiens, associé étranger de la Société royale de Londres et de l'Académie des sciences de Paris. Il refusa, pour ne pas quitter sa patrie, la place de premier astronome, que lui offrait Louis XIV, et les offres séduisantes de Casimir, roi de Pologne. Le plus important de ses ouvrages est lie locis solidis secuuda dioinatio geometrica in V libros, injuria temporum amissos, Aristsi senioris geometrs, qui ne parut qu'en 1701. Viviani y avait travaillé près de quarante ans. Il est principalement connu par le problème célèbre qu'il proposa en 1692 aux amateurs de la nouvelle analyse; eu voici renoncé :< Il ; i parmi les antiques monuments de la Grèce un temple consacré a la géométrie, uont ie plan est cii culaire et qui est cou-
VIVÎ
fonné d'un dôme hémisphérique. Ce dôme est percé de quatre fenêtres égales avec un tel art, que le restant de la surface est absolument carrable. On demande de quelle manière on s'y étaitpris. «Viviani, quiavait une solution géométrique simple de cet intéressant problème , s adressait principalement aux disciples de Leibniz. Les solutions arrivèrent de toutes'parts ;' Leibniz et Jacques Bernouillije marquis de L'Hôpital, Wallès et David Grégory eu donnèrent chacun une, mais celle de Viviani avait l'avantage de la simplicité; il en a donné l'indication dans son Exercitatio mathematica de formalione et mensura fornicum, qui contient, en outre, les solutions d'un grand nombre d'autres problèmes. Les démonstrations en ont été données par le Père Guido Grandi sous le titre Vivianeorum problematum demonstratio. On a encore de Viviani l'opuscule Enodatio problematum universis geometris propositorum à Cl. et H. D. Claudio Comiers, relatif à. la trisection de l'angle.
VIVIANI (Quirico), littérateur italien, né dans le Trévisan en 1785, mort en 1835. Sa vie fut tout entière consacrée à l'étude et aux belles-lettres, et il employa plusieurs années & faire dans les principales bibliothèques de l'Italie des recherches pour une nouvelle édition du Dante. Cette édition fut publiée d'après un manuscrit du xive siècle, dit Manuscrit Barlholinien, et avec le secours de soixante-cinq autres manuscrits ou éditions anciennes (Udine, 1823-1827, 3 vol. in-8»); on la regarde comme une des plus importantes du poôte, car elle renferme une foule de leçons non encore recueillies. On a aussi de Viviani: Chants mi7i<aiVes(Brescia, 1807) ; les Hôtes de Besia, roman (1827); des disr cours, des portraits , des dissertations, etc. ; une traduction du roman de Louis Bonaparte intitulé Marie ou les Hollandais ;■ des éditions des Nouvelles de Barbieri (Udine, 1823, in-4<>) et de la Madonna Dianoua de Boccace (Udine, 1827). Il avait commencé à publier un Manuel philosophique de la langue italienne, que la mort ne lui laissa pas le temps de terminer.
VIVIANIE s. f. (vi-vi-a-nî — de Viviani, botan. ital.). Bot. Genre de sous-arbrisseaux, de la famille des géraniacées, ou type de celle des vivianiées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent au Chili. Il Syn. de
MÉLANOPSIDIK, GUETTARDE et ANDROMAO.UIE,
autres genres de végétaux.
VIVIANIE, ÉE adj. (vi-vi-a-ni-é — rad. vivianie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la vivianie.
— s. f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre vivianie.
VIVIANITE s. f.(vi-vi-a-ni-te). Miner. Nom
donné par les minéralogistes à un phosphate ferreux natif.
- — Encycl. La vivianite est un minéral découvert par M. Tolling dans plusieurs localités des Cornouailles et qui présente la composition d'un phosphate ferreux. Certains spécimens de ce minéral sont bien cristallisés et présentent une teinte d'un vert bleuâtre très-pâle; d'autres ont une forme nodulaire et présentent une couleur bleu foncé ; ces masses nodulaires renferment parfois des cristaux plus ou moins parfaits, de couleur brun foncé et qui, à la lumière réfléchie, ont une teinte rougeâtre.
La première de ces variétés se rencontre surtout dans les cavités avec des cristaux de quartz et de chalybite dans une gangue composée en majeure partie de blende, d'un peu de galène, de pyrites de fer, de pyrites de cuivre et quelquefois de mispickel. On la rencontre aussi, associée à l'hisingérite et & la limonite, dans des cavités, au milieu de pyrites de fer massives, ou encore, rarement, avec de superbes cristaux brillants de scorodite, ou bien avec la chalybite et la cronstedite dans le quartz. Cet assemblage de minéraux ressemble beaucoup à celui que l'on trouve dans les spécimens des environs de Sainte-Agnès. La variété de teinte pâle et bien cristallisée a été examinée cristallographiquement par le professeur Von Ru th. Pilée dans un mortier, elle se convertit en une poudre qui, presque incolore d'abord, passe très-vite au bleu tendre ; ce changement de teinte démontre dans la substance une instabilité qui oblige à prendre quelques précautions pour en faire l'analyse. Ces précautions étant prises, On reconnaît que le minéral est un ortbophosphate ferreux, octohydraté, presque pur :
iOSFe" 0*Fe" 8H*0.
OïFe" La variété cristalline brune renfermée dans les nodules de la vivianite pulvérulente est également, comme le prouve l'analyse, un orthophosphate presque pur, et la différence de couleur qui distingue cette variété de la précédente tient seulement au degré d'oxydation d'une petite portion du fer. Ces cristaux sont, comme les précédents, octobydratés.
La variété terreuse et friable, qui forme la masse des nodules dans lesquels les cristaux bruns sont contenus, présente une couleur bleu indigo fonce. A l'analyse, elle apparaît comme ayant une composition moins simple que les deux \arieies précédentes. Les nombres que l'on trouve conduisent à
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1 envisager1 comme résultant de l'union de 5 molécules d'orthophosphate ferreux octohydraté avec 1 molécule de phosphate diferrique également octohydraté et nvec 4 molécules de carbonate ferreux. Probablement cette substance complexe résulte de la décomposition, par l'eau chargée de carbonates alcalins, .de la matière cristalline plus pure dont on retrouve ce qui reste dans le centre de presque tous les nodules.
La collection minérologique du British Muséum contient plusieurs cristaux trèsdéliés de vivianite de Kernando-Po, donnés par sir John Barrow, secrétaire de l'amirauté. Ces cristaux sont d'un noir bleuâtre très - foncé lorsqu'on les regarde par réflexion, et d'un bleu indigo lorsqu'on les regarde par transmission. En lames très-minces, ils sont souvent presque incolores.
D'après leur analyse, ces cristaux appartiennent à une variété intermédiaire entre la variété cristalline brune et la variété bleue et terreuse. Ils renferment 10 molécules d'orthophosphate ferreux hydraté et 1 molécule du phosphate diferrique octohydraté dont nous avons parlé plus haut.
V1VIDE adj. (vi-vi-de — lat. vi vidas, même sens). Néol. Qui a un vif éclat : Couleurs vivrons.
VIVIEN (SAINT-), bourg de France (Gironde), ch.-l. de cant., arrond. et à 16 kilom. N.-O. de Lesparre, près des murais de la rive gauche de la Gironde; pop. aggl., 464 hab. — pop. tôt., 1,259 hab. Marais salants. L'église paroissiale, autrefois fortifiée, présente quelques détails intéressants, principalement dans le chœur et l'abside.
VIVIEN, héros de plusieurs chansons de geste du xnio siècle, qui se rattachent au cyulede Guillaume au Court-Nez. Les deux principales sont : les Enfances Vivien et la Chevalerie Vivien. Garin d'Anséune, pris par les Sarrasins de Luserne, est soumis aux plus cruels tourments; on lui demande pour rançon de livrer son jeune fils Vivien; t'échange a lieu; mais, peu de jours après, Vivien est enlevé aux Sarrasins par des pirates. Ceuxci le vendent à une marchande, qui lui donne l'éducation en rapport avec sa profession ; cependant les instincts guerriers du fils d'une si noble race ne tardent pas à se manifester. Voyageant en Espagne en compagnie d'autres marchands, il se prend de querelle à Luserne avec les mécréants, les tue, les disperse et s'empare de la citadelle, où les Sarrasins l'assiègent. Le bruit de cette aventure se répand en France; Garin d'Anséune découvre que le jeune marchand n'est autre que son propre fils, et il décide le roi Louis à lever une armée pour le secourir. Les Sarrasins sont battus, Vivien est délivré et Luserne livrée aux flammes.
Dans le second roman, la Chevalerie Vivien , le jeune homme est reçu chevalier par son oncle Guillaume; c'est alors qu'il fait le serment de ne jamais reculer devant les Sarrasins de la longueur de 1 pied mesuré. Ensuite Vivien, n écoutant plus que sa haine, rassemble bon nombre d éeuyers et de chevaliers et s'avance sur le territoire ennemi. Ayant chussé les mécréants de la Provence, il envoie a l'amiral de Cordoue une nef chargée de 700 Sarrasins horriblement mutilés. Cet acte cruel est le signal d'un soulèvement général des populations sarrasines. La Provence est envahie par une armée innombrable. Vivien, lié par son serment de ne jamais reculer, ne se retire pas pour chercher du secours auprès de son oncle Guillaume. Il marche au-devant de l'ennemi. Une terrible bataille se livre dans la vaste plaine d'Aleschans ; blessé et aveuglé par le sang, Vivien va toujours de l'avant frappant au hasard, lorsqu'il se rencontre avec son oncle Guillaume qui, prévenu de sa situation critique, était veau a son aide avec une troupe de chevaliers ; l'oncle et le neveu se reconnaissent et s'eicbrassent. Cependant la chance de la bataille est contre les chrétiens ; ils se débandent et fuient. Vivien prie son oncle de le redresser sur son cheval, de resserrer les bandes qui retiennent ses entrailles ouvertes et de le lancer au milieu des plus épais bataillons sarrasins ; c'est là que le vaillant chevalier trouve la mort. Ces deux poSmes, dont les auteurs sont in ■ connus, renferment des situations tragiques et des scènes vraiment grandes et belles.
VIVIEN (Joseph), peintre français, né à Lyon en 1657, mort à Bonn en 1735. Elève de Le Brun, il remporta en 1678 le prix de peinture; mais il abandonna l'huile pour le pastel et acquit dans ce genre une grande célébrité. L électeur de Bavière le manda a sa cour, et il vint se fixer à Bonn, où il résida jusqu'à sa mort. Parmi ses principales œuvres, on cite les portraits de Max-Emmanuel, l'électeur; de Thérèse Sobieska, de Joseph- Clément, électeur de Cologne; de l'empereur Charles VII et de Philippe V d'Espagne. On voit de lui au Louvre les portraits de Robert de Cotte, l'architecte, et du sculpteur Girardon, et à Versailles celui de Fénelon.
VIVIEN (Alexandre-François), homme politique, ministre et jurisconsulte, né à Paris en 1799, mort en 1854. 11 occupait un rang honorable au barreau d'Amiens, lorsque éclata la révolution ue 1830. Le nouveau pouvoir, assure de sa sympathie et de son dévouement, 1 appela aux fonctions de jirocjrejï
VIVÏ
général à la cour royale d'Amiens, puis la somma conseiller d'Euit et préfet de police à Paris en 1831. Dans ce poste importantet difficile, il déploya un zèle 'monarchique qui parut excessif. C'est ainsi qu'en juillet de la même année des combattants de Juillet, des étudiants, des membres de sociétés populaires, ayant annoncé une -visite à la place de la Bastille, pour célébrer l'anniversaire de la grande victoire du 14, M. Vivien publia le 13 une proclamation calomnieuse et provocatrice dans laquelle il travestissait ces citoyens en complices et en instruments de la légitimité, les représentant comme des artisans de troubles, des ennemis du peuple, qui, pour dissimuler leurs véritables desseins, s'emparaient des nobles souvenirs du H juillet, comme des instruments coupables de !a faction déchue; enfin il annonçait que l'autorité ferait justice de ces perturbateurs, etc.
Le lendemain, en effet, les patriotes furent assommés par des mouchards sur la place de la Bastille, sans que le moindre désordre eût donné prétexte à cette brutale exécution.
On sait d'ailleurs qu'à cette époque c'était une manœuvre des fonctionnaires de Louis- Philippe de vouer les républicains à la haine publique en les signalant effrontément comme des carlistes déguisés. Ce coup de Jarnac a plus d'une fois réussi.
Elu député de Saint-Quentin en 1832, M.Vivien contribua au vote des lois de septembre, présentées par le gouvernement contre la presse. Ministre de fa justice en 1840, il soutint avec talent , devant la Chambre des pairs, l'importante loi sur l'expropriation
Îiour cause d'utilité publique. On n'eut d'aileurs rien de remarquable à signaler dans sa gestion ministérielle, si ce n'est qu'il n'abusa pas trop contre la presse de la massue des lois de septembre. Plus tard il prit comme député l'initiative pour demander l'abrogation de la loi sur lés annonces judiciaires, dont les ministres tiraient un parti scandaleux. Il siégeait alors au centre gauche.
t Après la révolution de 1848, il fit partie de l'Assemblée constituante, comme représentant de l'Aisne, et fut appelé au comité de constitution, ainsi que quelques autres dynastiques chargés comme lui d'organiser la ré- - publique. On ne dit pas si ces augures de l'orléanisme, en brassant leur besogne révolutionnaire, parvenaient à se regarder sans rire. M. Vivien vota généralement avec la droite, quelquefois avec les républicains mo-" déréa. Naturellement il repoussa l'amendement Grévy et vota pour l'institution momir-. chique de la présidence. En septembre, il reçut de Cavaignac le portefeuille des travaux publics, dans ce cabinet Dufaure qui marquait un pas de plus dans la réaction, fut porté par l'Assemblée troisième candidat à la vice-présidence de la république, et devint conseiller d'Etat, président de la section de législation. Il se relira des affaires après- le 2 décembre 1851. On a de lui : le Jeu à Paris ou les Jeux dans leurs conséquences sur la moralité des individus et la fortune des familles (1825, in-18); Traité de la législation des théâtres (1840, in-8°) ; Eludes administratives (1853, S vol. in-8°, 2e édit.).
M. Vivien était membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
VIVIEN DE SAINT-MARTIN (Louis), géographe français, ué a Caen (Calvados) en 1802. Lorsqu'il eut terminé ses études, il se rendit k Paris et ne tarda pas à se passionner pour les études géographiques. A vingt et un ans, il fit paraître une Carie électorale et administrative suivie, en 1825, d'un Atlas uuiversel, fort bien fait. En 1828, M. Vivien de Saint-Martin fonda, avec M. Bailleul, le Bibliomuppe, journal destiné à répandre le goût de la géographie, et qui cessa de paraître en 1830. En 1829, il fut attaché pour la partie littéraire et scientifique au Constitutionnel, dans lequel il publia des articles jusqu'en 1842. Dans l'intervalle il s'occupa de travaux très-divers sans abandonner toutefois ses études favorites. Il publia un grand ouvrage sur l'agriculture, refondit le Diction' naire français de Verger, traduisit les Œuvres de Walter Scott (1836-1839, 25 vol. in-S<>) et fit paraître quelques ouvrages historiques. En 1845, M. Vivien de Saint-Martin devint rédacteur en chef des Nouvelles annales des voyages, qu'il dirigea jusqu'en 1854. En outre, de 1847 à 1848, il eut la direction de ÏAtheussum français, dont il était le fondateur. A partir de ce moment il s'occupa exclusivement de géographie ut lit de louables efforts pour propager le goût de cette science si négligée dans notre pays. 11 collabora à la Reuue contemporaine, à ta Revue germanique, à la Presse, où' il rédigea un Bulletin des sciences historiques, publia de savants mémoires, de savante ouvrages, et commença en 1863, sous le titre d'Année géographique, une revue annuelle dans laquelle il enregistre les voyages, les explorations, les travaux et les ouvrages relatifs à la géographie, etc., et qui n'a cessé de paraître chaque année depuis lors (1863-1875, 14 vol. in-18). M.Vivien de SaiiH-Mnriin est membre et président honoraire de la Société géographique de Paris, membre des Sociétés géographiques de Berlin, Saint- Péiersbourg , Uaimstadt, Dresde, etc. ; de la Société d'ethnologie, etc. Très-instruit, il sait donner par l'agrément du style de l'intérêt aux sujets dans lesquels
il fait preuve d'une savante érudition. Sous sa plume, la géographie n'est pas une nomenclature aride, une série de noms et de positions qui fatigue la mémoire et rebute l'intelligence ; il sait embrasser à la fois la terre et l'homme, et, ainsi comprise , la géographie devient une des sciences les plus élevées et les plus digrçes d'étude. Nous citerons de lui : Tables chronologiques (1827, in-40) ; Géographie delà France (1832, in-8°); Cours complet d'agriculture (1834,4 vol. iii-8<>); Histoire générale de la Révolution française, du Consulat, de l'Empire, etc., de 1789 à 1839 (1840-1842, 4 vol. in-8»); Histoire de Napoléon (1843, 2 vol. in-8<>); Histoire des découvertes géographiques des nations européennes (1845, 2 vol. in-8"), ouvrage inachevé; Recherches sur les populations primitives et les plus anciennes traditions du Caucase (1847, in-8»); Mémoire historique sur la géographie ancienne du Caucase (1848, in-8« ) ; Etudes de géographie ancienne et d'ethnographie asiatique (1850-1854, 2 vol. in-8») ; les Sciences historiques et géographiques envisagées dans leur mouvement actuel (1851, in-80); Etat actuel de la cartographie en Europe (1855, in-8°) ; Etude sur lagéographie grecque et latine de l'Inde (1858-1860, in-8<^ avec cartes) ; Etudes sur la géographie et Us populations primitives du nord-ouest de l'Inde (1860, in-8°j; Mémoire analytique sur la carte de l'Asie centrale et de l'Inde (1858, in-8°); le Nord de l'Afrique dans l'antiquité grecque et romaine (1863, in-8°) ; Eclaircissements géographiques et historiques Sur l'inscription d'Adulis (1864, i»-8u); Histoire de la géographie et des découvertes géographiques depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec atlas de douze feuilles (1875, in-8<>), ouvrage fort remarquable, etc.
Vwieune (hue), une des principales rues de Paris ; comme la rue de Richelieu, elle sert de trait d'union entre le Palais-Royal et le boulevard. Elle n'a pas toujours eu l'étendue que nous lui connaissons et ne s'est agrandie que peu à peu. Au xvi« siècle vivait à Paris un sieur Louis Vivien, seigneur de Saint-Marc, échevin do Paris (1599) sous la prévôté de Jacques ûanès , qui lit ouvrir sous son nom (rue Vivien) une rue allant de la rue Neuve-des-Petits-Champs à la rue des Filles-Saint-Thomas. L'usage féminisa le nom de cette voie nouvelle, qui garda le nom de rue Vivienne. Dès le commencement du xvus siècle, elle s'étendit jusqu'à la rue Feydeau; un peu plus tard (1642) les constructions du couvent des filles Saint-Thomas la forcèrent de reculer. En 1790 ce couvent, supprimé, devint propriété nationale et la rue Vivienne se reforma sur une partie de l'emplacement des bâtiments démolis. La Bourse en occupe une autre partie. Mais la rue Vivienne se trouvait encore sans issue, enclavée entre les rues Neuve-des-Petits-Champs et Feydeau ; en 1809 on projeta de lui donner accès sur le boulevard. Les événements retardèrent l'exécution du projet qui, repris en 1829, fut exécuté l'année suivante. Quant à la dern:ère ouverture à lui donner, la rue Vivienne avait dès IS06 franchi lestement la rue Neuve-des-Petits-Champs pour descendre jusqu'au Palais- Royal.
La rue Vivienne fut, dès la Révolution, une rue aristocratique ; elle eut sus morts et ses blessés au 13 vendémiaire, du côté des sections royalistes. Lors de l'invasion des alliés, les grands noms prussiens et russes coururent rue Vivienne; Blùcher y eut son tailleur; l'empereur Alexandre y achetait mille objets à l'intention de M™e de Krùdner. Sous Louis-Philippe, Musard y ouvrit un concert qui n'eut pas la vogue attendue. La rue Vivienne est aujourd'hui encore, avec la rue Richelieu, un des centres du luxe parisien, du haut commerce et des objets artistiques. Le voisinage de ces trois foyers : le Palais-Royal, la Bourse, le boulevard, lui donne une animation extraordinaire pendant la semaine. Quant au dimanche, elle offre ceci de particulier qu'elle semble une vraie rue anglaise: boutiques closes, voitures et passants rareï. Musset l'a dit dans deux vers d'une césure originale :
Un dimanche (observez qu'un dimanche la rue Vivienne est absolument vide, et la cohue Est aux Panoramas ou bien aux boulevards), etc.
Telle est cette rue à la mode, une de celles dont le Parisien pouvait être fier avant le percement de tant d'autres qui depuis l'ont fort éclipsée.
VIVIER s. m. (vi-vié — du lat. vivarium, réservoir d'animaux, surtout de poissons ; de vivus, vivant, vif. Ce réservoir est ainsi désigné, soit parce qu'il contient des êtres vivants, soit parce qu'il contient généralement des eaux vives). Pèche. Pièce d'eau dans laquelle on met du poisson pour l'y nourrir et le repêcher au besoin : On prend les poissons, dans les viviBRS, avec la trouble ou la seine. (Bosc.) || Bateau muni d'un réservoir, dans lequel on conserve le poisson vivant. Il Pièce d eau poissonneuse, alimentée pur des sources de fond.
— Encycl. Le vivier est ordinairement un bassin entouré de murs de terre ou de maçonnerie, rempli d'eau courante ou dormante. Des grilles en bois ou en fer laissent un passage ouvert a l'eau, en même temps qu'elles empêchent le poisson de s'échapper.
Le vivier doit être d'assez peu d'étendue,
VIVÎ
afin que le propriétaire puisse le surveiller. Il est situé dans un enclos, près des maisons, exposé, autant que possible, au soleil levant ou au couchant, assez profond pour que les gelées ne puissent pas solidifier toute la masse liquide. Comme le poisson que l'on y place est déjà gros et en grand nombre pour un aussi petit espace, on est forcé de le nourrir en lui jetant soit des viandes, soit du pain, ou encore des légumes cuits.
Pendant l'hiver, on brise la glace des uîviers, afin de pouvoir nourrir le poisson. Les voraces, tels que le brochet et la truite, doivent être placés dans des viviers à part et nourris, soit avec du poisson blanc, soit avec de l'alevin des étangs supérieurs.
Dans les villes situées sur des rivières, on conserve le poisson dims île grands coffres percés de trous et plongés dans la rivière, ou dans des bateaux disposés de telle sorte ■ que le milieu forme un coffre semblable à celui dont nous venons de parler, tandis que les deux extrémités ne communiquent point avec la rivière. On possède ainsi de petits viviers ambulants, que l'on ferme d'un cadenas et qui peuvent conserver longtemps le poisson.
Aucun peuple n'a peut-être été plus prodigue que les Romains dans la construction des viviers. Comme le poisson était trèscher à Rome, les viviers produisaient beaucoup et augmentaient considérablement le prix d'une maison de campagne; il faut dire qu'ils coûtaient très-cher à construire. Les historiens et les postes no parlent que do la magnificence des viviers qu'on voyait dans toutes les maisons de campagne, où des propriétaires se ruinaient à les construire. Dans cet ordre de dépenses, nul n'égala Lucullus, qui, pour nourrir du poisson de mer et en avoir quand il voulait, avait fait creuser des canaux de la mer à sa maison de campagne, située aux environs de Naples ; pour la construction de ces canaux il faillit percer une montagne et faire une dépense telle, que la surnom de Xerxes togatus resta à Lucullus. On cite encore les viviers de C. Herius et de Vedius Pollion, qui jetait, dit-on, vivants à ses lamproies les eselavcs qu'il avait condamnés à mort.
■ Nos grands, dit Cicéron, se croient les plus heureux des hommes lorsque, dans leurs viviers, ils possèdent un mulet ou une barbue du mer qui vient prendre la nourriture dans leurs mains. »
Les viviers creusés dans le roc passaient pour être les meilleurs. A défaut de roc, on battait la terre sur les bords, et, dans le fond, on creusait différentes cavités, les unes taillées carrément, pour servir de refuge aux poissons a écailles, les autres contournées en spirale, destinées aux murènes.
On donnait communément a l'eau 9 pieds de profondeur au-dessous de la surface de la mer. Alors les viviers n'étaient pas, comme les'nôtres, destinés au poisson d eau douce; mais aujourd'hui on a complètement abandonné les viviers de poisson de mer et renoncé à faire les folles dépenses qu'ils entraînaient. Depuis l'établissement des chemins de fer, ces viviers auraient perdu beaucoup de leur utilité, puisqu'il n'est, pour ainsi dire, pas da point en France où le poisson de mer n'arrive en quelques heures.
VIVIER (le), bourg maritime de France (tlle-et-Vilaine), cant. de Dol, arrond. et à 4 kilom. de Saint-Malo, sur la baie de Cancale et le ruisseau de Cardequint; 930 hab. Petit port de cabotage, syndicat maritime ; pêche ; commerce de céréales, lin, chanvre et pommes de terre.
Vivier (château du). Les ruines de cet ancien château de France, jadis résidence royale, existent encore au hameau du Vivier (Seine-et-Marne), commune de Fontenay-Trésigny, arrondissement et à 23 kilom. de Coulommiers. Quelques historiens donnent, sans fondement, pour fondateur de ce château le roi Clovis. Ce qui est certain, c'est qu'il a appartenu aux comtes de Brie et de Champagne et qu'il passa dans le domaine des rois de France, à la fin du xme siècle, par le mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel, En 1343, Philippe de Valois le transmit par une chnrte à son fils, depuis Jean le Bon, et Charles V en fit plus tard en quelque sorte sa résidence habituelle. Charles VI habita aussi le château du Vivier, où, devenu fou, il fut relégué par Isabeau de Bavière. Ce fut au Vivier que le médecin de Charles VI inventa, dit-on, les cartes, pour distraire un peu son royal client. A partir de Charles VI jusqu'à Henri IV, le Vivier continua d'être une résidence royale. La Révolution vendit l'ancien domaine historique comme bien national, et, vers 1830, ses derniers restes, acquis par un charpentier, moyennant 1,200 francs, allaient tomber sous le marteau, lorsque M. Parqtiin, ancien bâtonnier des avocats, racheta le vieux manoir royal, le dégagea des immondices qui le couvraient et le restaura, en maintenant debout l'ancienne enceinte, qui avait résisté aux outrages du temps, en débouchant les ogives de la chapelle et en abattant le toit qui surplombait le sanctuaire, depuis longtemps métamorphosé en étable. Parmi les plus intéressants ilèbris de. l'ancien manoir, la chapelle, le donjon, les oubliettes^jnéritent- un souvenir spécial. La chapelle m Vivier, qui appartient à l'art du xivo siècle, es"t remar-
qoablo par son élégance, par la disposition bien entendue et symétrique de ses ogives, par la hardiesse de ses rosaces. La donjon, qui porte de temps immémorial la nom de donjon de la Surveillance, est un admirable débris, de tour à la carcasse gigantesque. Pour arriver aux oubliettes, « il vous faut descendre, dit M. Jubinal, un escalier en voûte arrondie, dont la forme inusitée frappe d'une profonde terreur et dont la porte de fer ramène à l'instant le souvenir du cachot qui fit frémir Dante... Puis nous sommes dans un cachot de fornft ronde, qui a peut-être mille années d'existence et qui est venu jusqu'à nous sans perdre une seule de ses pierres. Six areeaux solides et artistement taillés montent du sol jusqu'en haut et se rejoignent en bloc à la clef de la voûte. Vous diriez ces raies de fer qui cerclent et emprisonnent un cadavre pour l'éternité, dans les cercueils des grands. L'enfouissement se faisait ainsi : on amenait le condamné dans cet étage de la tour, on levait à grand effort une lourde trappe de fer, on approchait l'homme vivant de cette fosse mortuaire, puis on le poussait; alors la trappe retombait; on abaissait par-dessus elle un énorme plancher de bois, dont les marques existent encore aux murailles latérales, et désormais les vivants pouvaient, sans entendre une seule plainte ni redouter le moindre gémissement, marcher sur la tête de ce mort qui était envie, en attendant que cet homme vivant se fût changé en mort. >
VIVIER (Eugène), virtuose et compositeur français, né dans l'île de Corse en 1821. La parti extraordinaire qu'il a su tirer du cor l'a
filacé au premier rang des cornistes de tous es temps. Caractère original et facétieux, il s'est, en outre, acquis une assez grande renommée par ses réclames excentriques et ses mystifications. Son père, originaire de la Normandie, exerçait en Corse les fonctions de receveur des contributions. Envoyé dans le département de la Haute-Loire, il plaça son fils au collège de Brioude. Vivier commença ensuite son droit à Poitiers, et il l'abandonna bientôt pour la musique. Parmi tous les instruments, un seul le captivait, le cor, que le hasard avait mis dans ses mains et qu'il étudia avec la plus grande persévérance. 11 vint a Paris vers 1841 ; les indiscrétions de ses amis permettent de conjecturer que ce fut à la suite d'un coup de tête. Connaissant déjà sa valeur, il avait résolu de vivre à Pans de son talent de corniste et prit à peine quelques leçons du professeur le plus en vogue nlors, Gallay. Dès 1842, il était attaché à 1 orchestre du Théâtre-Italien et à celui du Grand-Opéra. « En 1843, dit M. Fétis, Vivier fixa tout à coup l'attention par la découverte qu'il fit d'un phénomène acoustique dont il n'a point été donné jusqu'à Ce jour d'explication satisfaisante. Ce phénomène consisté dans la production de plusieurs sons simultanés par le tube du cor, lesquels font harmonie consonnante. On pourrait croire que ce phénomène est analogue à celui de la corde vibrante, qui, outre le son principal, fait entendre ses harmoniques da tierce majeure, quinte, octave, et même septième mineure et neuvième ; mais ces harmoniques ont une faible résonnance, tandis que les trois sons produits- par le cor de Vivier ont une intensité égale et beaucoup d'éclat. D'ailleurs, dans une chasse pour trois cors, qu'il joue seul, il ne fait pas entendre seulement des accords de tierco et quinte, mais aussi des accords de tierce et sixte et de quarte et sixte. Quelques personnes ont cru expliquer l'effet produit en supposant qua l'artiste chante, dans le tube, des sons pendant qu'il en forme d'autres par l'impulsion des lèvres sur la colonne d'air; mais de ce moyen il ne résulterait que deux sons, et il en fait entendre trois et quelquefois quatre. » Il est à souhaiter que Vivier n'emporte pas son secret avec lui, mais, de son vivant, il ne paraît pas du tout disposé à le lâcher. Ajoutons que, à ce secret, il joint encore de trèsgrands mérites d'exécution ; outre les effets d'harmonie qu'il lire du cor, il en joue avec un charme puissant, il a une belle qualité de son et chante bien, quoique dans un espace resserré qui ne dépasse guère l'octave. Il a peu composé; 011 a cependant de lui quelques romances dont les mélodies sont en général distinguées. Mais, quelque sincère qita soit sa passion pour le cor, Vivier paraît avoir eu encore un plus grand amour du lucre, et personne n'a eu recours plus que lui à la réclame, à la publicité sous toutes ses formes. Il a tout fait pour amasser la foule autour de lui, ce dont on ne peut guère lui faire un reproche. Ses mystifications sont restées célèbres. « A côté de sa réputation do virtuose, dit M. Fétis, que ce talent original a toujours trouvé bienveillant, Vivier sen est fait une autre de mystificateur et de plaisant, qui lui a aussi procuré des succès dans la monde et près de quelques grands personnages. Sa faculté d'imitation est fort remarquable ; il s'en sert d'une manière très-amusante. > Citons-en quelques traits. Au fruit on connaît l'arbre ; au récit de quelques-unes de ses farces, on connaîtra Vivier, ce gai compa-
tnon. Nous en empruntons le fond à un livre e M. Oscar Comeltant, Musique et musiciens. Un jour (c'était à Londres), Vivier monte dans un omnibus; à peine y est-il assis qua sa figure prend un caractère de profonde in-
quiétude. Il fouille dans ses poches, se tâte partout avec des mouvements convuLifs et désespérés ; des exclamations sourdes s'échappent de sa poitrine haletante; de temps à autre il lève ses mains au ciel, et «les gouttes de sueur perlent sur son front. Son émotion est extrême. Machinalement, il va jusqu'à tâter ses bottes, pour s'assurer si l'objet qu'il paraît avoir perdu, et auquel il attache • un si grand prix, ne s'y serait çoint glissé. Tous les voyageurs suivent avec intérêt les phases de son désespoir, en se disant : « C'est un Français qui h perdu son portefeuille. ■ Tout à coup, Vivier, obéissant à une inspiration soudaine, fait un bond sur lui-même, ôte brusquement son chapeau et jette les yeux dans l'intérieur. Un bonheur ineffable succède alors à des inquiétudes mortelles. Le corniste regarde le fond de son chapeau avec cette émotion souveraine qu'on éprouve à retrouver le plus précieux des biens dont on se croyait à jamais privé. Des larmes de joie s'échappent de ses yeux. Tout entier à ses émotions et puraissant oublier jusqu'aux personnes présentes, Vivier envoie des baisers à l'objet si miraculeusement retrouvé. Mais quel est cet objet si cher à son cœur? Les ■voyageurs de l'omnibus, qui, avec le conducteur, ne quittent plus de leurs regards le chapeau de i i artiste, vont enfin l'apprendre. Vivier, après quelques démonstrations de bonheur, plonge lentement une main dans son feutre pour ramener à lui cet ineffable trésor. Sans le bruit de la voiture qui roulait, on eût entendu battre les cœurs dans toutes les poitrines. Quelques secondes encore d'une attente perplexe, et les spectateurs de cette scène si palpitante d'intérêt voient, quoi ?.. Une cocotte en papier! Vivier, qui n'a pas l'air de s'apercevoir qu'on l'observe, prend délicatement cette cocotte par la queue, la contemple sous toutes ses faces, la caresse, l'embrasse avec transport et la cache ensuite précieusement dans sa poitrine; puis il descend de l'omnibus. Qu'on juge de la stupéfaction des voyageurs à ce dénoûment si peu prévu 1
La plus étourdissante des plaisanteries de Vivier, parce qu'elle a demandé, pour pouvoir être conduite à bonne fin, des mois entiers de patience et de sacrifices personnels inouïs, est celle que le célèbre corniste a faite à un propriétaire chez lequel il demeurait. Intraitable à l'endroit des animaux, ce propriétaire avait signifié à l'artiste qu'il eût à se défaire d'un chat, d'un chien et d'un corbeau, ses colocataires. Vivier parut se résigner; il se sépara, non sans regret, de ses trois vieux amis. Quelque temps après, divers locataires se plaignirent au concierge et au propriétaire d être réveillés pendant la nuit et au point du joui- par un son étrange et prolongé, qui semblait partir de l'appartement occupé par Vivier. Un Américain crut pouvoir affirmer au propriétaire que ce son mystérieux était la voix d'un buffle :• < Je connais parfaitement le mugissement du buffle, disait-il, pour l'avoir chassé dans les montagnes Rocheuses, et je vous assure que vous avez un buffle chez vous. — Un buffle chez moi, et au quatrième étage 1 allons donc! vous rêvez, monsieur, répondit le propriétaire ; c'est simplement le son du cor, dont mon locataire s'amuse à jouer de temps à autre. > Six mois se passèrent. A la fin, les beuglements du buffle,, suivant les uns, le son du cor, suivant les autres, devinrent intolérables, et le propriétaire se décida à voir par lui-même ce qu'il en était. Il sonna à la porte de Vivier, qui le reçut dans la salle à manger. Après les compliments d'usage, le propriétaire allait adroitement faire allusion au son mystérieux et perturbateur, lorsqu'un terrible et long mugissement se tait entendre dans la pièce adjacente, le salon. iAhl mon Dieu, dit le propriétaire, qu'y a-t-il donc dans votre salon? — Dans mon salon? reprend Vivier avec indifférence. — Ehl oui, dans votre salon I — C'est une vache, monsieur. — Une vache, chez moi I — Chez vous, non ; chez moi, oui. — Monsieur, c'est une infamie 1 Je vous donne congé, et vous allez immédiatement signifier le sien à cet ignoble animal I — De la modération, monsieur, reprend Vivier, de la modération. Souvenezvous que vous êtes marié, qu'on ne sait pas ce qui peut arriver, et quil est au moins maladroit, dans votre position, d'insulter les bétes à cornes. • La génisse, trop grande pour passer par les escaliers, fut déménagée par la fenêtre avec une peine infinie. Vivier n'avait mis personne dans la confidence de cette farce si longuement préméditée. Une belle nuit, il avait apporté celte génisse chez lui, quand elle n'avait encore que quelques jours d'existence, et l'avait soigneusement nourrie jusqu'au jour où le propriétaire, qui ne voulait ni chiens ni chats, découvrit qu on se livrait dans sa maison à l'élève du gros détail.
Sous l'Empire, Vivier, qui était un des familiers des Tuileries ei surtout de Compiègue, amusait souvent t'ex-empereur pur ses charges excentriques plus encore que par son talent de virtuose. En retour, il fut toujours pourvu de grasses sinécures financières; ainsi, on le nomma inspecteur d'une exploitation minière du Midi. Comme ces fonctions n'avaient rien de réel que les appointements, les petits journaux répandirent alors le brut qu '1 allait être créé bibliothécaire du bois de Boulogne.
VIVIERS, anciennement A Iba Augusta,Vivarium, vilie de France (Àrdèche) , ch.-l. de cant., arrond. et à 39 kilom. S.-E. de Privas ; pop, aggl., 1,560 hab, — pop. tôt., 2,937 hab. Evèché suffragant d'Avignon ; séminaire. Fabriques de chaux hydraulique. La ville se compose de deux parties distinctes : le vieux Viviers, situé entre la route et le Rhône , au pied et sur les pentes d'un rocher supportant la cathédrale et des débris de fortifications ; le Viviers neuf, longeant la route. La première partie, la plus pittoresque, a conservé jusqu'à nous ses rues étroites et escarpées et ses vieilles maisons moyen âge et Renaissance, aux portes et aux fenêtres sculptées. Le principal monument de Viviers est sa cathédrale, classée avec raison au nombre des monuments historiques. Elle est dédiée a saint Vincent. La nef en est moderne, mais le chœur et la tour appartiennent au style ogival. Cette tour, d'une architecture aussi hardie que sévère, est divisée par un cordon en deux étages ornés de cintres, dont des pilastres soutiennent les retombées. La partie supérieure du clocher est octogone, et chacune de ses faces présente une ogive ornée. Une ligne de créneaux véritables, ceignant la plate-forme, donne a. l'édifice l'apparence d'une forteresse. A l'intérieur de la cathédrale, on remarque un tableau de Mignard, très-renommé. Il faut encore mentionner: le palais épiscopal, édifice du xvue siècle, entouré de vastes jardins; l'ancien hôtel de la recette générale; l'hôtel d'Albert de Noé (style de la Renaissance); une ancienne maison particulière, dite maison des Chevaliers, et classée, comme la cathédrale, au nombre des monuments historiques ; l'observatoire rustique de l'astronome Flaubergues, né et mort à Viviers; enfin le séminaire diocésain, construction moderne. A moins rie 1 kilom. de Viviers se trouve la grotte de Saint-Victor, ainsi nommée, dit-on, du'nom de l'apôtre du Vivarais, qui y fut martyrisé, si l'on en croit la tradition.
— Histoire. Viviers, ancien castellum au temps de la domination romaine, devint, au ve siècle, après la destruction A'Alba Augusta par les Vandales, la capitale de l'Helvie. Il dut plus tard un nouvel accroissement d'importance à son siège épiscopal. Charlemagne déclara le premier l'autorité temporelle réunie à l'autorité spirituelle dans l'Eglise de Vizille. On vit, dans la suite, plusieurs évêques de Vizille refuser, en conséquence, l'obéissance au roi de France. Philippe le Bel supprima ce pouvoir hostile, et dès lors la décadence de Viviers commença. Les guerres de religion achevèrent l'œuvre de ruine , et c'est ainsi que Viviers, qui compta un "instant, au moyen âge, jusqu'à 15,000 hab., est 'tombé au rang inférieur qu'il occupe aujourd'hui.
VIVIEZ, bourg de France (Aveyron), cant. d'Aubin, arrond. et à 39 kilom. de Villefranche, au confluent de trois petits ruisseaux, non loin du Lot; pop. aggl., 801 hab. — pop. tôt., 2,200 hab. Mines de houille ; fonderie de zinc et de cuivre, verrerie ; atelier pour la réparation et la construction de locomotives.
VIVIFIANT, ANTE adj (vi-vi-fi-an, an-te — rad. vivifier). Qui vivifie, qui ranime; qui augmente la vie, la vigueur, le mouvement : L'air est vivifiant parce qu'il cède au sang une partie de son oxygène. (L.Cruveilhier.)
— Fig. Qui accroît la vie, l'activité de l'esprit : Le souffle vivifiant de la liberté suffit certes à féconder les talents. (Ste- Beuve.)
— Théol. Qui donne la vie de l'âme : Grâce