VIVI
VIVIFIF.R. (Pasc) L'amour a quelque chose de moral qui vivifie le cœur et le porte à la vertu. (A. Martin.) La liberté vivifie l'industrie. (Micli. Chev.)
— Prov. La lettre tue, l'esprit vivifie, La saine interprétation des textes n'est pus dans le sens littéral, mais dans celui que l'auteur a voulu donner aux mots. Ce proverbe est emprunté à l'Evangile.
— Techn. Vivifier le plomb, Le couvrir de cendre et de braise, pendant qu'il est en fusion.
V1VIFIQUE adj. (vi-vi-fl-ke — lat. vivificus; de vivus, vivant; facere, faire). Qui vivifie, qui donne ou conserve la vie : Sucs vi-
VIFIQUKS.
— Fig. Qui donne l'activité, la vigueur morille : L'esprit vivifique de Dieu.
VIVIPARE adj. (vi-vi-pa-re — du lat, vivus, vivant; pavio, j'enfante). Zool. Qui met au monde des petits vivants : Blennie vivipare. Tous les mammifères sont vivipares. Certaines mouches sont vivipares. La vipère est vivipare. Les pucerons, vivipares et ovipares tour d tour, naissent tout vivants l'été, pour être plus vite d la besogne. (Miehelet.)
— Bot. Se dit des végétaux sur lesquels se produisent accidentellement des rameaux ou de jeunes individus, par suite du développement des graines ou des embryons latents : Le pàturin vivipare.
— s. m. Zool. Animal qui met au monde des petits vivants : Les vivipares et les ovipares.
— s. in. pi. Entom. Groupe d'insectes diptères myodaires.
— s. f. Ichthyol. Nom spécifique d'une espèce de blennie.
— Moll. Syn. de paludine. Il Vivipare à bandes, Nom donné par quelques auteurs à la paludine vivipare.
— Encycl. Physiol. On appelle animaux vivipares, par opposition aux ovipares, les animaux qui mettent au jour leurs petits' vivants et débarrassés des enveloppes de l'œuf, qui est éclos dans l'intérieur de l'appareil reproducteur. Les mammifères seuls sont complètement dans ce cas. Chez eux, le germe aune enveloppe molle et délicate; demeurant toujours à couvert dans le sein de la mère, il n'a pas besoin d'une plus forte défense. Le fœtus vient au monde déjà tout formé et conserve pendant toute sa vie l'apparence qu'il avait en naissant.
On peut distinguer deux sortes de vivipares, les vrais et les faux, qui sont aussi nomm.is, et avec plus de justesse, ovovivipares. Les vrais sont, comme nous venons de le dire, les mammifères qui allaitent leurs petits ; les autres sont des ovipares dans le sein desquels les œufs sont couvés et éclosent avant l'expulsion du petit, expulsion qui devient en quelque sorte pour lui une seconde naissance. Ces derniers prennent généralement peu de soin de leur progéniture. Au reste, les mammifères eux-mêmes, tels que l'homme, les quadrupèdes, les cétacés, sont radicalement ovipares. Chez ces animaux les plus parfaits, l'œuf fécondé sort de l'ovaire, entre dans la matrice par les trompes de Fallope, s'attache, au fond de cette membrane 'par la caduque et le placenta, dans lequel les vaisseaux de la matrice viennent apporter le sang et les sucs nourriciers nécessaires h l'embryon. Il s'établit ainsi un commerce de vie entre la mère et le fœtus, qui reçoit directement et à chaque instant, depuis sa première forme d'œuf jusqu'à sa naissance, la nourriture de l'organisme maternel lui-même. Dans les ovovivipares, au contraire, l'œuf, après être entré dans l'oviducte, qui tient lieu de matrice, y demeure isolé, libre. Bans cet œuf, le fœtus se développe aux dépens de la provision qui y a été d'avance accumulée, sans contracter union avec la mère ; puis il se dégage des membranes qui l'entourent et qui constituent la périphérie de l'œuf; c'est l'éclosion, et enfin la mère le met bas.
On voit que les ovovivipares tiennent le milieu entre les vivipares et les ovipares proprement dits.
— - Zool. On trouve exceptionnellement de ces vivipares incomplets chez les reptiles (vipère, salamandre, etc.), chez les poissons (blennie, vulgairement baveuse, etc.), chez les mollusques (paludine et plusieurs autres) et même chez les articulés (la tsetsé par exemple, à ce qu'il parait). On a vu aussi des faits pareils, par exception, chez certains oiseaux. 11 suffit, pour la réalisation de ce phénomène, que l'œuf qui était destiné à être pondu et à éclore après avoir été couvé au dehors soit retenu dans le corps de la mère, y soit couvé par la chaleur qui s'y développe sans cesse et que le fœtus y éclose avant d'être déposé par la mère. C'est ce qui est arrivé pour des poules qu'on a vues pondre des poulets au lieu de pondre des œufs. Par une ruison contraire, il peut arriver qu'un animal, naturellement ovovivipare, puisse quelquefois pondre ses œufs avant l'éclosion ou produire en même temps des œufs et des petits. 11 suffit qu'il se passe dans la mère un phénomène correspondant à celui d un accouchement avant terme et ce phénomène est fréquent chez les salamandres, les lézards et les orvets; ces reptiles produisent presque indifféremment des œufs ou des pe-
tits vivants selon les circonstances. On peut encore le provoquer en ouvrant, en temps de frai, une salamandre pleine; ses œufs peuvent éclore et vivre. Cette observation remonte jusqu'à Pline. Aristote avait déjà constaté le même fait chez la vipère, et de nos jours l'expérience a mis ces observations hors de doute.
Les poissons ovovivipares, qu'on nomme improprement vivipares, méritent une attention particulière. La femelle de ces poissons est munie dans le bas-ventre d'une membrane qui reçoit les œufs et dans laquelle ceux-ci restent en incubation jusqu'à l'éclosion des fœtus. A cette catégorie appartient la blennie vivipare, poisson sans écailles, de 0™,50 de longueur, d'un jaune foncé, rayé de noir sur le dos et blanc grisâtre sous le ventre, qui gagne la pleine mer au solstice d'été, après avoir passé la saison précédente sur nos rivages, dans nos détroits et surtout dans la Baltique. Chez ce poisson, les œufs commencent à se former dans l'ovaire vers l'équinoxe de printemps ; ils sont alors blanchâtres et très-petits; au commencement de juin, ils grossissent et se colorent en rouge. Peu de temps après, ils éclosent dans le sein même de la mère. On a trouvé dans une seule femelle près de trois cents fœtus. D'après Schoneveld, la femelle dépose ses petits après l'hiver; bientôt l'ovaire devient flasque et se retire comme une vessie vide d'air. Les mâles alors ne diffèrent plus extérieurement des femelles, si ce n'est qu'ils sont plus petits et d'un jaune plus vif.
VIVIPARISME s. m. (vi-vi-pari-sme — rad.' vivipare). Zool. Condition des animaux vivipares, il On dit aussi viviparité et viviparie s. f.
VIVISECTEUR s. m. (vi-vi-sè-kteur — du lat. vious, vivant ; sector, celui qui coupe). Celui qui pratique des vivisections.
VIVISECTION s. f. (vi-vi-sè-ksi-on — du
lat. vious, vivant ; sectio, action de découper). Anat. Dissection anatomique d'un animal vivant : Les vivisections ont créé presque toute la physiologie du système nerveux. (H. Taine.)
— Encycl. Les vivisections sont des expériences pratiquées sur les animaux vivants. Ces expériences consistent à modifier ou à séparer certaines portions de la machine vivante, afin de se rendre un compte exact de leurs usages ou de leur utilité. Après avoir disséqué les animaux morts, il convient de les disséquer vifs pour mettre à découvert et voir fonctionner les parties cachées de l'organisme. Sans cela, il n'y a ni physiologie ni vraie médecine possibles. Pour apprendre comment l'homme et les animaux vivent, il est indispensable d'en voir mourir un grand nombre, attendu que les mécanismes rie la vie ne peuvent se dévoiler et se prouver que par la connaissance des mécanismes de la mort.
La vivisection, considérée comme méthode analytique d'investigation sur le vivant, comprend un grand nombre de degrés successifs, car on peut avoir à agir soit sur les appareils organiques, soit sur les organes, soit sur les tissus ou sur les éléments nistologiques eux-mêmes. En général, la vivisection se compose de mutilations, incisions, excisions, ablutions, injections, sec lions, etc., faites au moyen d'instruments divers et dans le but de pénétrer le mécanisme des fonctions de la vie.
A toutes les époques, on a pratiqué des oivisections. On raconte que les rois de Perse livraient les condamnés à mort aux médecins, afin qu'ils fissent sur eux des vivisections utiles à la médecine. Selon Galien, Attale III Philométor, qui régnait 137 ans av. J.-C, à Pergame, expérimentait les poisons et les contre-poisons sur des criminels condamnés à mort. Celse rappelle et approuve les vioisections d'Hérophile et d'Erasistrate, pratiquées sur des criminels et avec le consentement des Ptolémées. Il n'est pas cruel, dit Celse, d'imposer des supplices à quelques coupables quand ces supplices doivent profiter à des multitudes d'innocents pendant le cours de tous les siècles. Le grand-duc de Toscane fit remettre à Fallope, professeur d'anatomie à Pise, un criminel, avec permission de le faire mourir et de le disséquer à son gré. Le condamné ayant une fièvre quarte, Fallope voulut expérimenter l'influence des effets de l'opium sur les paroxysmes. Il administra 2 gros d'opium pendant l'intennission ; la mort survint à la deuxième expérimentation. Des exemples analogues se sont retrouvés plusieurs lois. En 1474, un archer de Meudou, condamné à mort et qui avait souffert de la pierre, fut livré aux médecins, qui pratiquèrent sur lui plusieurs opérations dont il guérit. Le franc-archer eut sa grâce.
On peut considérer Galien comme le fondateur des vivisections sur les animaux.-U institua ses expériences en particulier sur des singes ou sur de jeunes porcs, et il décrivit les instruments et les procédés employés pour l'expérimentation. Il ne pratiqua guère, d'ailleurs, que des expériences dites perturbatrices et qui consistent à blesser, à détruire ou à enlever une partie, afin de juger de son usage par le trouble que sa soustraction produisait. Galieu a étudié ainsi les effets de la
destruction de la moelle épirière, ceux de la perforation de la poitrine d'un côté ou des deux côtés à la fois; les effets de la section des nerfs, des artères, etc. Depuis Galien, de nombreux physiologistes ont fait des vivisections. Il fiiut citer, parmi les plus illustres, Graaf, Harvey, Aselli, Pecquet, Haller, Bichat. De nos jours , Magendie, Flourens, Claude Bernard et beaucoup d'autres sont parvenus à faire entrer définitivement la utviseclion dans la physiologie et dans la médecine comme un procédé d'étude habituel et indispensable.
Cependant, de tout temps et de nos jours encore, les vivisections ont rencontré des détracteurs acharnés : les uns les attaquent comme immorales, d'autres prétendent qu'elles sont inutiles a la science. En 1841, on vit entrer au cours de Magendie un homme d'un âge respectable, grand, vêtu de noir, gardant sur sa tête un chapeau à très-larges bords, portant un habit à collet droit et des culottes courtes. C'était un quaker. « Je demande à parler à Magendie, » dit-il. Magendie so désigna, et le quaker continua : • J'avais entendu parler de toi, et je vois qu'on ne m'avait pas trompé, car on m'avait dit que tu faisais des expériences sur les animaux vivants. Je viens te voir pour te demander de quel droit tu en agis ainsi et pour te dire que tu dois cesser ces sortes d'expériences,
Ïiarce que tu n'as pas le droit de faire mourir es animaux ni de les faire souffrir, et parce qu'ensuite tu donnes un mauvais exemple et que tu habitues tes semblables à la cruauté. » Magendie répondit alors au quaker : > 11 faut se placer à un autre point de vue pour juger les expériences sur les animaux vivants. Il est certain que, si elles n'avaient pas pour but et pour résultat d'être' utiles à l'humanité, elles pourraient être taxées de cruauté ; mais le physiologiste qui est mû par la pensée de faire une découverte utile à ses semblables ne mérite aucunement ce reproche. Votre compatriote Harvey n'aurait pas découvert la circulation s'il n'avait fait des expériences sur les biches du parc du roi Charles 1er. Or, qui oserait nier que cette découverte ait rendu les plus grands services à l'humanité? La guerre, continua Magendie, ne serait qu'une cruauté barbare, si l'on ne considérait son butetses résultats pour l'humanité. Mais ce que l'on pourrait condamner peut-être, c'est la chasse... — Oh! certainement, interrompit le quaker, je condamne la guerre et la chasse aussi bien que les expériences sur les animaux vivants. Dans tous les eas.J'homme se donne des droits qu'il n'a pas, et je voyage pour faire disparaître du inonde ces trois choses : la guerre, la chasse et les expériences sur les animaux vivants. » Le quaker ne fut pas convaincu par Magendie pas plus que Magendie par le quaker, mais Magendie avait raison.
Comme le dit admirablement Claude Bernanf, « dans la science, c'est l'idée qui donne aux faits leur valeur et leur signification. Il en est de même dans la morale, il en est de même partout. Des faits identiques matériellement peuvent avoir une signification morale opposée, suivant les idées auxquelles ils se rattachent. Le lâche assassin, le héios et le guerrier plongent également le poignard dans le sein de leurs semblables. Qu est-ce qui les distingue, sinon l'idée qui dirige leur bras? Le chirurgien, le physiologiste et Néron se livrent également à des mutilations sur les êtres vivants. Qu'est-ce qui les distingue encore, sinon l'idée? »
Les gens du monde qui attaquent les vivisections sous prétexte de morale se trompent comme ceux qui en dénient l'utilité scientifique. La sensibilité des premiers ne doit pas plus toucher les physiologistes que l'ignorance des seconds, et, tout en respectant le sentiment charitable du quaker de Magendie, les médecins ne feront îles progrès dans la guérison des maladies qu'en sacrifiant actuellement beaucoup d'animaux.
La première condition pour pratiquer la vivisection est une connaissance parfaite de l'anatomie. On comprend, en effet, que, quand il s'agit de couper un nerf, de lier un conduit ou d'injecter un vaisseau, il est absolument indispensable de connaître les dispositions anatomiques des parties sur lesquelles on opère. 11 y a des expériences qui seraient impossibles chez certaines espèces animales, et le choix intelligent d'un uninial présentant une disposition anatoinique heureuse est souvent la condition essentielle du succès d'une vivisection. Les dispositions anatomiques peuvent parfois présenter des anomalies qu'il faut également bien connaître, ainsi que les variétés qui s'observent d'un animal à l'autre.
Les résultats obtenus par les vivisections pratiquées sur les animaux sont pleins d'enseignement pour la physiologie de l'homme, attendu que les propriétés fondamentales des tissus sont les mêmes chez tous les animaux. Ceux-là se trompent qui prétendent que les conclusions de l'expérience physiologique ne sont pas applicables à l'espèce humaine et que la physiologie expérimentale déduite des animaux est illusoire.
Aujourd'hui, les vivisections sont entrées dans la pratique physiologique et, dans tous les laboratoires de physiologie, deviennent le plus habituel des moyens <f étude. La grenouille, le rat, le lupin et le chien sont les principaux animaux qui servent aux inves-