‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 844 sur 1042 · V0YA · texte numérisé non relu

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tea : I. Homme américain, considéré sous les rapports physiologiques et moraux. Il forme trois races principales : 1° race ando-péruvienne des montagnes de la partie occidentale, divisée en trois rameaux : Péruviens, Araucaniens et Antisiens, et distribuée en neuf nations distinctes ; 2° race pampéenne des plaines du centre de l'Amérique depuis la Patagonie jusqu'à Moxos, divisée en trois rameaux : Pampeens, Cniquitéens etMoxéens, et distribuée en vingt-sept nations; 3U race brasitio-guaranienne : Garibes ou Caraïbes, Guaranis, etc., habitant toute la partie orientale depuis les Antilles jusqu'à la Plata. On y ajoute les Aztèques (Mexicains) elles Muyscas, les Muzos du plateau de Bogota,, ainsi que les Tuguerres de la province de Cauca.

— II. Mammifères. — III. Oiseaux. — IV. Reptiles. — V. Poissons. — VI. Crustacés. — VII. Insectes. — VIII. Mollusques. — IX. Foraminifères, — X. Bryozoaires et zoophytes,

— XI. Paléontologie: l'auteur y émet des vues nouvelles; par exemple, le renouvellement successif des espèces à chaque époque géologique, par l'extinction des races existantes au moment de chaque nouvelle genèse. — XII. Géologie ; cette partie est riche en faits intéressants. — XIII. Géographie. — XIV. Partie historique, relation du voyage. — XV. Botanique.

Voyage» en Afrique de Clnpper«on, Oudney, Deohnm et Lnuder (de 1823 k 1834). Ces noms sont inséparables; les travaux de ces explorateurs se complètent, leurs recherches se tiennent, leurs voyages ne forment qu'un même voyage ; tous ces pionniers de la géographie africaine ont successivement péri sur le théâtre de leurs fatigues, après avoir épuisé le cercle des misères humaines. En 1822, le major Denham rejoignit k Tripoli le capitaine Clapperton et le docteur Oudney, et prit le commandement de l'expédition. Le bey leur fournit une escorte pour atteindre Mouzzouk, dans le Fezzan, où ils arrivèrent le 8 avril 1822. A peu de distance de Kouka, capitale du Bornou, ils rencontrèrent un prince ou marchand arabe, Bou-Khaloum, avec lequel ils firent leur entrée k Kouka, où ils furent reçus par un détachement d'honneur. Là, ils se séparent. Denham prend vers le sud et k l'est et côtoie le lac Tchad, qui, d'après lut, ne reçoit pas de grandes rivières à sa droite. Ses deux compagnons suivent dans l'ouest une vallée fertile et peuplée. Oudney y meurt; mais Clapperton traverse bon nombre de villes et atteint Sakatou, la capitale, où il est accueilli par le sultan Bello', prince intelligent dont il reçoit beaucoup d'informations et qui manifeste un vif désir d'établir des rapports avec l'Angleterre. Quelques détails donneront une idée exacte de l'importance de cette expédition. Le lac Tchad est une espèce de Caspienne aux eaux douces, réservoir des rivières du Bornou, l'Ycouet le Chary, supposées l'une et l'autre u voir des communications avec le Niger; le lac, situé dans le Bornou, a presque la forme d'un cœur ; il a plus de 220 milles de long ; sur ses rives croissent des graminées et des roseaux ; les éléphants, les hippopotames, les buffles y prospèrent, Denham a remonté la grande rivière Chary. Sur la frontière septentrionale du Bornou, séparé du Soudan par un désert sablonneux qui fut autrefois un immense lac salé, l'aspect du pays diffère de celui du pays de Bilma, le grand marché de sel du Soudan ; cette région nourrit des troupes d'antilopes, des poules de Guinée, des tourterelles de Barbarie. Le sultan Bello, chef de l'empire des Fellatas, possédait plusieurs grandes villes, Kanoh, Kasynah, Sakatou; ce sultan disait k Clapperton que l'objet le plus merveilleux qu'il eut vu, c'était lui-même. Le cheik ou sultan du Bornou, ancien maître d'école, était le souverain d'un royaume de 2 millions d'àmes. Denham l'accompagna dans deux expéditions militaires, et il traversa ainsi, en payant de sa personne, des contrées fertiles et des populations belles et intelligentes. Le Bornou a des villes florissantes ; une industrie développée, un commerce immense lui font cette prospérité. Le cheik aune garde noire, année comme les anciens chevaliers francs et maures. Après s'être retrouvés k Kouka, Denham revenant du lac Tchad, et Clapperton arrivant du Soudan, les deux explorateurs reparurent k Tripoli le 26 janvier 1825, L'année suivante, chacun d'eux publiait une relation du voyage; celle de Denham, élégante et facile, a été traduite en français. Les deux voyageurs avaient exploré une étendue de 700 nulles, de l'est k l'ouest, dans le centre de l'Afrique. En 1827, ils retournèrent aux mêmes périls. Un nouvel auxiliaire, Laing, parti de Tripoli et traversant le désert dans l'ouest du Fezzan, entre dansTombouctou, où il périt traîtreusement. Denham, s'avançant de Free-Town k Fernando-Po, où il rencontre Richard Lander, meurt de maladie, le 9 juin 1828. Clapperton, accompagné du capitaine Peurce, d'un chirurgien de marine, d'un dessinateur et d'un domestique de confiance, R. Lander, avait pris les devants. Après avoir débarqué au comptoir de Badagry ou Badagh, dans l'anse de Bénin, il s'était dirigé au nord-est pour aller k Kanoh. Passant pur Katangha, capitale du grand pays de Yarbab, et pur Bousa, sur le Niger, théâtre de la mort de Muugo-Park, il était arrivé k Kanoh et enfin k Sakatou, ville importante, située au conlluont de plusieurs pe-

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tites rivières qui se jettent dansle Niger. Son but, en rentrantà Sakatou, était de solliciter du sultan la permission de visiter Tombouctou et le Bornou. Mais tous les gens de l'expédition, sauf Clapperton et Lander, étaient morts en route. Clapperton lui-même fut emporté par la dyssenterie le 11 avril 1827, après avoir deviné que le Niger avait son embouchure, non dans un lac de l'est, mais dans le golfe de Guinée. Richard Lander, le serviteur intelligent de Clapperton, revint à travers mille dangers et publia la relation de ce voyage, d'après les papiers de son maître, mort dans ses bras. Cette relation, comme la première, a été traduite en français (1826- 1829). Dans son second voyage, Clapperton a découvert la route la plus courte et la plus facile qui conduit dans les contrées populeuses de l'intérieur; il est le premier qui ait complété l'itinéraire à traversée continent africain, depuis Tripoli jusqu'à Bénin. Cette ligne est appuyée sur des observations astronomiques. Le grand problème était résolu ; mais il restait encore k suivre et à vérifier les détails. L'honneur de découvrir et de déterminer finalement le cours du Niger était réservé k Richard Lander. Aidé de son frère, il repart en janvier 1830, sous les auspices du gouvernement anglais. Débarqué sur la côte de Guinée le 22 février, il arrive k Badagry le 22 mars. Reçu assez mal par le roi Adouly, il quitte des hôtes dangereux, qui font des sacrifices humains aux démons. Prenant k peu près la même direction que Clapperton, i! s'avance jusqu'à Yaouri et, s'embarquant alors sur le Niger, il trouve k droite et à gauche divers Etats et, sur les rives du fleuve, des villes considérables, non dépourvues d'éléments d'industrie ; il débouche enfin, le 18 novembre, dans la mer, près du cap Formose, par la rivière Nun,qui n'est autre chose que la branche centrale du Niger. Il rentrait à Portsinouth le 9 juin 1831. L'éditeur Murray lui paya le manuscrit de sa relation (3 vol.) 1,000 guinées. Richard Lander entreprit bientôt une seconde expédition pour le compte de quelques négociants de Liverpool, qui armèrent un bateau k vapeur, muni de canots, de manière à pouvoir remonter les divers affluents du Niger. Lander explora, en 1832 et 1833, le cours du Tschadda, du Brass et des autres branches ou tributaires du grand fleuve. Le navire s'étant ensablé, l'équipago monta sur un canot, qui fut attaqué par les indigènes. Un coup de feu atteignit Lander k la hanche ; l'intrépide jeune homme (il avait trente et un ans) mourut des suites de cette blussure, k Fernando-Po, le 16 février 1834, Les deux officiers survivants de l'expédition, MM. Laird et Oldrteld, publièrent la relation de ce voyage (t837i 2 vol.J-

Voyage en Espagne, pur Théophile Gautier (1843 et 1845). Ce récit parut d'abord sous le titre de Tra los montes, titre k moitié castillan, qui eût dû être remplacé par celui-ci : Tras las sierras (Par delà les monts). Mais l'étiquette du livre n'en fait pas la valeur. Le voyage de Th. Gautier remonte à l'année 1840. Les choses ont peu changé en Espagne, malgré les chemins de fer et nonobstant les émeutes militaires ; ce que le voyageur français a vu, d'autres pourront le voir encore. Tous reconnaîtront la sincérité de son récit et l'exactitude de ses descriptions. Bien qu'il place sa personnalité au centre du panorama changeant qui se déroule dans sa narration, l'auteur n'écrit pas pour raconter des aventures plus ou moins imaginaires. U n'imite pas non plus ces explorateurs de sentiers battus qui ne font grâce au' lecteur ni d'un incident de table d'hôte ni d'une mésaventure à la douane. Th. Gautier fait une promenade pittoresque, il voyage en artiste. Il entre en Espagne par le pont de la Bidassoa, et il en revient en s'embarquantà Valence. C'est k peine si, dans cet itinéraire, il pense une fois a l'Espagne politique, révolutionnaire. Tous ses regards, tous ses souvenirs sont pour l'Espagne de Calderon ou de Murillo. Ses illusions romantiques ne survivent pas toutes k cette étude sur place; mais l'observation directe et attentive lui révèle des beautés réelles, et lui ménage des surprises qui valent bien les chimères de la poésie. Le voyageur devine en curieux et admire en amant. Il décrit en peintre, et parfois il ciselle en sculpteur. Tout devient tableau, et tout se présente en bas-relief; rien n'est omis: les perspectives de montagnes, les paysages a demi africains, les vieilles cités andalousesetcastillanes, les majestueuses cathédrales, les palais magnifiques, les promenacles embaumées, les couvents sinistres, les cirques grandioses. Mais l'homme n'est pas sacrifié au marbre ou à la pierre. La jeune femme espagnole entortillée dans sa mantille noire; le mendiant espagnol, qui l'unie sa cigarette avec la sérénité du juste ; le prêtre espagnol, k la silhouette terrifiante ou grotesque ; le bandit espagnol, poignard au flanc, escopette sur l'épaule, et le toréador, la plus belle et la plus énergique de toutes ces figures, traversent les scènes du récit. Le voyageur peint les combats de taureaux avec une verve, un enthousiasme, une crudité de ton tellement saisissante, que la répugnance instinctive du lecteur se tait devant les horreurs de ce spectacle émouvant. L'Espagne du Nord le laisse en quelque sorte dans une indifférence relative ; l'admiration éclate, les transports, les ravissements redoublent quand

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il salue l'Andalousie, au ciel éclatant, dea hauteurs de la sierra sauvage qu'il vient de gravir en côtoyant des précipices gigantes- ■ ques. Cette Espagne africaine, si luxuriante et si embaumée, aux horizons chatoyants, so déroule comme un décor de fête à ses yeux émerveillés. Vues de près, Grenade et ses antiquités moresques, l'Alhambra et le Genera- ■life, lui font retrouver en détail les illusions qu'il avait apportées dans son bagage littéraire. Un laurier-rose du Generalife, s'épanouissant comme un feu d'artifice végétal, inspire au voyageur une page d'une précision plastique et d'un pittoresque merveilleux. Le talent descriptif convient de tout point k de tels aspects et à un tel pays. Jadis, pour les écri vains du siècle de Louis XIV, il suffisait d'un adjectif banal, d'un terme de convention (une beauté incomparable^ un palais magnifique, etc.), quand ils voulaient caractériser un objet. Leurs successeurs de la fin du xvm«i siècle, lesquels découvrirent la nature, ne firent plus de ces peintures indécises et ternes qui ressemblent k tout et k rien. Th. Gautier a fait faire un grand pas k la description physiouoiiiique des lieux, des cités, des monuments, des paysages, des costumes; il a renouvelé cet art, en combinant les procédés de l'analyse avec la méthode synthétique; il s'est créé un vocabulaire exact, particulier, expressif. Son Voyage en Espagne est plus qu'un récit amusant; il vaut un tableau d'après nature. Il donnerait une image plus vive de la réalité et uue idée plus haute de l'auteur, si Th. Gautier y avait intercalé les pièces de vers où il a fixé ses plus intimes impressions de poète épris de toutes les belles choses. On a, il est vrai, la ressource de les lire dans ses Poésies complètes, où ellos sont recueillies sous la rubrique : Espaûa.

Voyage de découvertes, par le lieutenant Charles Wilkes (5 vol. in-4<>, avec atlas, Philadelphie, 1845). Ce voyage fut exécuté par ordre du gouvernement de Washington, pendant les aimées 1838, 1839, 1840, 184 1 et 1842. Le gouvernement des Etats-Unisn'avaU pris jus ,u'alors aucune partk ces grandes explorations maritimes qui profitent au commerce et k la science. L'expédition confiée au lieutenant Wilkes était en défaveur dans l'opinion publique ; plusieurs officiers avaient tour k tour refusé de s'en charger. Le lieutenant Wilkes réunissait les connaissances scientifiques et l'expérience du marin. Six navires, savoir : deux corvettes, un brick, un bâtiment de charge et deux petits bâtiments pilotes, furent attaches k l'expédition; l'équipage, tant officiers que matelot*, se composait de 027 hommes. Une commission civile, composée de deux dessinateurs, six naturalistes et un philologue, fut jointe k l'expédition. On munit la flottille de tous les instruments de précision nécessaires aux observations astronomiques et physiques : baromètres, hygromètres, thermoinKires de toutes sortes, chronomètres, appareils magnétiques, pendule portatif. Le voyage avait pour objet : 1° d'explorer toutes les régions de l'océan Atlantique et du Pacifique qui se trouvent sur le parcours du commerce américain ; go de recueillir tous les renseignements, toutes tes données physiques, naturelles et politiques dont la connaissance pouvait servir à diriger ces entreprises avec plus d'avantages; 30 de rechercher par voie scientifique de nouvelles terres pouvantfournirdes points de relâche, ou des mers jusqu'alors ignorées offrant des champs d'exploitation encore vierges. Les instructions officielles traçaient un plan habile, où l'on reconnaît l'expérience pratique de l'Américain; elles se résumaient en ceci : « Partant d'abord du port de Norfojk, situé vers 37° de latitude boréale, sur la côte orientale des Etats-Unis, descendre l'Atlantique du nord au sud jusqu'au cap Horn, en touchant aux principales stations des navires de commerce qui suivent cette route. Arrivée à celte extrémité australe du continent d'Amérique, l'expédition se partagera ; une partie restera à un mouillage sur de la Terre de Keu et l'autre fera voile vers le sud, sur les traces de Cook et de Weddell, jusqu'aux latitudes australes les plus élevées qu'il sera possible d'atteindre. Au retour de cette croisière, l'expédition remontera la côte occidentale de l'Amérique jusqu'à Valparaiso, où toute la flotte devra rejoindre. De là, se diriger vers l'Australie, et se rendre an port de Sydney, en explorant toute l'étendue de la mer interposée. Sydney sera le point de départ d'une nouvelle croisière vers le sud , pour pénétrer dans les régions antarctiques, à l'ouest de la terre de Van-Diémen, jusqu'à la terre d'Enderby. Celte tentative terminée, remonter aux îles Sandwich ; puis, se porter sur la côte nord-ouest de l'Amérique jusqu'à la hauteur de la rivière Columbia, pour y explorer d'abord le littoral appartenant aux Etats-Unis, ensuite les côtes de la Californie, et principalement la baie de San-Francisco. Cette tâche remplie, se diriger vers la cote du, Japon, en cherchant k reconnaître dans ces mers la route la plus courte et la plus sûre pour passer à la Chine et en revenir. Le retour aux Etats-Unis devra s'effectuer parles mers de l'Inde et le cap de Bonne-Espérance. * L'itinéraire suivi s'écarte peu de ce plan d'en? semble. Il suffira d'en laire connaître les points principaux, pour s'arrêter à un sujet de controverse que les résultats acquis par l'expédition ont fait naître entre les Etats-

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Unis d'une part, et la France et l'Angleterre d'autre part. Partant de Norfolk le 17 août

1838, le commandant Wilkes pusse k Madère, aux lies du Cap-Vert, dévie sur Rio-Janeiro, visite l'embouchure du rio Negro , longe la côte orientale de la Patagonie et ancre à l'entrée orientale du détroit de Magellan, sur la pointe nord-est de la Terre de Feu. Là, dans ce mouillage, il laisse ses plus gros bâtiments et en outre la commission scientiti-

?ue. Le reste de la flottille se partage pour aire une double excursion dans la mer Australe : au nord-est, sur les traces de Weddell ; au sud-ouest, sur celles de Cook ; Wilkes et son second, Hudson, dirigent ces deux croisières. On éprouve toutes les difficultés et les résistances prévues: brouillards épais, banquises énormes , tempêtes effroyables.

L'un reconnaît la grande terre dite de Palmer ou de Graliam, située au sud de l'archipel appelé la Nouvelle-Shetland, et l'expédition rentre au mouillage de la Terre de Feu le 27 mars

1839. L'autre, courant des dangers pareils, mais rencontrant d'autres obstacles, n'obtient pas plus de succès ; il aperçoit plusieurs fois le phénomène de l'aurore australe ; au retour, il se dirige sur Valparaiso, le rendezvous prévu de la flottille. Un petit bâtiment de Wilkes se sépare de lui, en tournant le cap Horn, et se perd corps et biens. Après avoir réparé ses avaries à Valparaiso, la flottille côtoie le Chili et le Pérou pendant les mois de mai, juin et juillet; elle emploie le reste de l'été à faire des explorations hydrographiques dans les archipels de la Polynésie méridionale. Le 28 novembre, tous les bâtiments sont réunis au port de Sydney. On fait de nouveaux préparatifs pour entreprendre une incursion dans la mer Australe. On apprend la prochaine arrivée de sir James Ross; bien que les vaisseaux soient mal disposés et trop faibles, on se résout à tout risquer. La flottille part de Sydney le 29 décembre 1839, et la commission scientifique reste à terre. L'un des bâtiments de Wilkes rencontre le vaisseau de Dumont d'Urville, dont les signaux d'amitié ne sont pas compris. Wilkes, pressé d'arriver ie premier, marche à toutes voiles; il suit le contour du cercle antarcti-

aue, du 16 janvier au 17 février 1840; il croit «couvrir un continent austral, mais il ne met pied qu'une fois, par 66» 45' de latitude et 137<< 42' de longitude orientale. Il rentre le Il mars à Sydney, après avoir échappé comme par miracle k divers dangers. L'existence d'un continent austral n'est encore qu'une hypothèse; sous ces hautes latitudes, les apparences sont trompeuses, et le lieutenant Wilkes a pris parfois l'illusion optique pour la réalité. Ses prétentions sont donc exagérées ; au reste, il a suivi le même itinéraire que Dumont d'Urville, lequel a découvert la terre Adètie quelques jours avant Wilkes. Toutefois, l'expédition américaine a accompli des travaux d'un mérite réel et suffisant. Elle a révélé des faits importants de physique générale et enregistré une foule de détails curieux ou utiles k connaître. L'itinéraire ultérieur de l'expédition est conforme à la marche tracée par le plan officiel.

Voyage au Darfour, par le cheik Mohammed lbu-Omar-el-Tounsy (Paris, 1845-1850).

En 1803, Mohammed, un Arabe natif de Tunis, rencontra par hasard en Egypte le marchand Ahmed-Badaouy, se rendit avec lui jusqu'à Sarf-el-Dadjudj et fit un assez long séjour dans le Darfour. En 1805, il visita le mont Marrah, habité par une population k peau très-noire, population indigène, brutale et superstitieuse, presque sauvage, entièrement étrangère k la langue et aux habitudes arabes. L'ouvrage de Mohammed-el-Tounsy est précédé d'une introduction dans laquelle il présente son histoire et celle non moins romanesque de sa famille. Il commence par un aperçu historique des événements qui se sont accomplis dans le Darfour depuis l'avéneiuent de l'aïeul du sultan régmmt en 1805; il se termine pur une description assez détaillée du pays, complétée par des notions sur les pays adjacents. Le cheik assigne au Darfour une étendue en longueur de cinquante journées de marche sur une largeur d'environ dix-huit. Le gouvernement du Darfour n'esi qu'un despotisme sans limites ; les bouffons ue la eoui . danseurs, baladins et virtuoses, exercent aussi les fonctions d'exécuteurs publics. Le débordement dus mœurs dépasse toute idée. Le cheik décrit les costumes dès habitants et fait connaître les animaux et les végétaux de la contrée, entre autres le baobab, non moins utile que le dattier par ses usages multiples. Connaissant parfaitement lu langue arubc, respecte partout comme eherif e. uiema, le cheik a pu recueillir sur le Durfi.ur et sur les pays voisins une foule de renseignements instructifs. Si les recher- 1 ches scientifiques, si les observations astronomiques loin, défaut dans sa relation, en re- | vauche un n'y trouve pas d'idées préconçues, | et sou ouvrage, comblant une lacune regret- j table, doiléire accueilliavec reconnaissance. ' Le docteur Perron, qui l'a traduit et publié dans ie texte original, a vérifié le récit du cheik eu interrogeant d'autres voyageurs arabes, qu'il a connus dans un séjour de quatorze années en Egypte.

Vvya|ei de L. Leiehnardt en Australie

(Lonures, 1847).LeiehnarUi, naturaliste, Prussien d'origine, doue u'uue intelligence remarquable et d'un courage à toute épreuve, avait |

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recueilli une riche collection d'histoire naturelle dans la Nouvelle-Galles du Sud, quand les autorités coloniales de l'Australie lui confièrent, en 1844, la conduite d'une expédition destinée à reconnaître par terre le pays compris enîre Moreton-Bay et Port-iïssington. L'expédition .dura quinze mois; elle coupa obliquement tout le nord-est de l'Australie, sur une longueur directe de plus de 3,000 kilomètres, à travers des pays pour la plupart inexplorés. Leichhurdt, encouragé parce succès, projeta de traverser l'Australie tout entière dans sa plus grande longueur, de l'est à l'ouest, une distance de 4,000 kilomètres au moins. Nul voyageur n'avait pu même approcher des parties centrales du continent australien, immenses étendues de désert sans eau. L'expédition partit de Brisbane, sur la baie Moreton, au commencement de 1848, munie d'instruments et de provisions pour deux années. Jamais on ne l'a revue. Les dernières nouvelles que la colonie ait reçues étaient datées du mois d'avril et écrites de la rivière Cagoon, à environ 300 milles a l'ouest de Brisbane. Un sombre mystère planait sur la destinée de l'intrépide Leichhardt. Des rumeurs recueillies parmi les tribus de l'Ouest faisaient supposer un massacre. Dix- Sept ans après, la découverte d'initiales gravées sur un arbre fit élever des doutes à ce sujet. Une souscription publique et les subsides de diverses sociétés permirent d'organiser une expédition, qui dirigea ses recherches dans le bassin du golfe de Carpentarie. Les deux chefs, Mac-Intyre et Slowman , étant morts l'un après l'autre, Barnett prit le commandement de l'entreprise. Que Leichhardt et sa troupe aient succombé par suite des fatigues et du manque d'aliments, de la disette (l'eau principalement, ce point ne saurait être mis en cloute. L'infortuné exploiteur du continent australien avait reçu des Sociétés de géographie de Paris et de Londres deux médailles d'or, au moment où il entreprenait sa seconde expédition.

Voyage en Ai;js»!nic, par Th. Lefebvre (1847-1850, 5 vol. in-S°, avec atlas). L'auteur a eu un avantage considérable sur la plupart des voyageurs qui ont visité l'Abyssinie : il n'a pénétré dans ce pays qu'après en avoir appris parfaitement la langue. Sa mission était officielle; elle a duré cinq années. M. Lefebvre partit en 1838, accompagné de deux naturalistes et d'un jeune négociant. La relatioh de son voyage s'ouvre par un travail à part, par un large tableau des institutions de l'Abyssinie, Dans cet exposé, l'auteur examine d'abord l'Etat avec son pouvoir religieux et son pouvoir politique ; puis la famille avec ses droits et ses coutumes; enfin, l'individu et les différentes races de la contrée, leurs mœurs, leur caractère, leurs traditions, leur poésie. Les habitants des hautes terres sont chrétiens, mais quelque peu juifs (un auteur allemand place en Abyssinie le berceau du peuple Israélite); sur le litioral de la mer Rouge, les Abyssins sont musulmans; les Gallas, occupant les frontières méridionales, pratiquent un fétichisme particulier. Les chrétiens suivent les rites de l'Eglise cophte schismatique d'Alexandrie; leur patriarche ou oboune est toujours un étranger; à côté de ce chef spirituel, il y a un autre dignitaire, Vetchigni, prêtre lion marié, qui le contre-balance; il a la haute main sur les corporations religieuses et sur la magistrature. Le gouvernement est k la fois féodal et absolu ; mais le lien fédéral est rompu; il y a trois grands districts, l'Amarah, le Tigré et le Choa. Il n'y a plus que des chefs de parti, ras, en présence d'un chef qui vise à la suprématie. Tout le territoire est divisé en fiefs militaires. La première dignité militaire est celle de ras; la première dignité civile est celle de grand juge. Dans le code, à la fois spirituel et temporel, on reconnaît un amalgame de prescriptions mosaïques, chrétiennes et musulmanes , et des Jnstitutes de Justinien. La famille est fortement organisée : elle constitue un Etat dans l'Etat; le père adroit de vie et de mort sur les enfants. On distingue plusieurs races ou tribus, bien séparées par leur origine et par leur physionomie; elles offrent souvent des'types purs, corrects, remarquables par l'élégance du profil et par la rectitude des lignes du visage. D'une nature insouciante et gaie, l'Abyssin est résigné dans les revers, laborieux au besoin, facile à émouvoir quand on excite sa vanité, en général fort ignorant et tres-snpersiilieux. Il n'a aucune notion mathématique ; chez lui, les arts et les sciences sont dans l'enfance. La poésie est représentée par des trouvères, en même temps acteurs et jongleurs. Après cet exposé vient le récit du voyage, où les traits de mœurs ne font pas défaut. M. Lefebvre ne fait que traverser l'Egypte, et il est frappé des grandes choses accomplies par Méhémet-Ali; il admire la calme et solennelle beauté des rives du Nil, le long desquelles s'étale la plus triste misère humaine. 11 remonte le Nil jusqu'à Kéné, entrepôt important des céréales de la haute Egypte. De là, il se rend à Cosséir, port commercial en voie de prospérité, bien

3u'il soit entouré d'un sol sablonneux, privé 'eau potable et affligé d'une chaleur suffocante. Une goélette conduit le voyageur k Djeddah, cité de 10,000 âmes, le port de La Mecque. La population de cette ville augmente, quand les navires anglais amènent les

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pèlerins, & qui les capitaines rendent souvent le retour impossible par une surélévation excessive du prix de passage. A quelques lieues de Messoah, peine ville occupée par des races différentes, il franchit les frontières de l'Abyssinie; le spectacle est grandiose : un rideau de hautes montagnes encadre des gorges profondes et les pentes escarpées duTarenta. Magnifique nature, mais population misérable. Pour se mettre en appétit, ces gens-là mangent l ou 2 livres de chair crue et palpitante. Le voyageur arrive auprès du puissant Oubié, qui s'est rendu multre à peu près absolu de tout le Tigré, soit par ruse, soit par violence. Ce chef fuit à M. Lefebvre une réception solennelle, et lui propose de se charger d'une lettre pour le roi des Français ; M. Lefebvre lui demande de conclure un traité, stipulant la cession à la France de la baie d'Amphilah; Oubié n'est pas le possesseur de cette baie, mais il s'engage à la conquérir. Muni de la lettre d'Oubié, le voyageur repart pour la France, en compagnie de quelques Abyssins. Par malheur, cette négociation tombe au milieu des complications politiques de 1840. Louis-Philippe rend présents pour présents, et M. Lefebvre reconduit les Abyssins, frappés d'une admiration" naïve. De retour nu Tigré, il assiste à la lutte dramatique d'Oubié contre ses compétiteurs. Parcourant les principaux districts de l'Abyssinie, il s'aventure dans la vallée de Ficho, qu'enrichit un vaste lac de sel ; ce lac change souvent de plan et de forme; il s'enfonce, se soulève ou bien se déplace. Le sel représente le numéraire. M, Lefebvre s'avance dans le royaume de Choa et assiste, malgré lui, à une bataille sanglante. Au retour, après avoir perdu presque tous ses compagnons de route, victimes du climat abyssin, il voit le docteur Petit enlevé dans les flots du Nil par un crocodile. M. Lefebvre a rapporté les collections d'histoire naturelle, les dessins, les observations de physique et de géographie de ses collaborateurs, et il les publie dans son ouvrage. Le troisième volume renferme les notions recueillies sur l'histoire, la géographie, l'ethnographie, la langue et l'archéologie de l'Abyssinie ; les tomes IV et V, réservés à la partie botanique, sont de M. Richard, de l'Institut. Le deuxième volume a pour appendice un document fort étendu Sur le commerce de la mer Rouge et sur l'avenir de ce golfe-canal. Depuis la défaite et la mort tragique du négous Théodoros, l'état politique de l'Abyssinie doit être redevenu le même qu'en 1840. Le consciencieux ouvrage de M. Lefebvre (qui est retourné en Abyssinie en 1854) conserve donc tout son intérêt rétrospectif; les savants et les curieux peuvent y trouver la solution de maintes questions restées obscures ou indécises jusqu'au jour de sa publication.

Voyago d exploration mti* 1 Euphrate el le Tigre, par le colonel F. R. Chesney (Londres, 1850-1868, 3 vol. in-8°). En visitant l'Orient, le capitaine Chesney (depuis général) conçut l'audacieux projet de résoudre, au moyen de la vapeur, le problème d'une communication directe avec les établissements de l'Inde, soit par l'Euphrate, soit par la mer Rouge. Il fallait d'abord comparer les deux voies, estimer le parcours des deux itinéraires. En premier lieu, il parcourut la mer Rouge, et il trouva qu'un steamer pouvait effectuer en vingt el un jours la traversée de Suez à Bombay. Traversant ensuite les déserts de l'Arabie et de la Palestine, il atteignit l'Euphrate à Ana, et, faisant construire un radeau, il descendit 1 Euphrate sur une étendue de 800 milles, jusqu'au golfe Persique (janvier 1831). Il revint en Europe par la Perse, l'Asie Mineure, le haut cours de l'Euphrate et le pays compris entre les rives de ce fleuve et les ports de la Méditerranée. Non -seulement il avait dressé la carte de l'Euphrate , mais encore il s'était occupé d'une exploration détaillée des rivières de la Susiane. Il'vérifia dans cette étude préliminaire un fait rapporté par les anciens auteurs et affirmé par quelques voyageurs modernes , la rapidité du courant du Tigre plus grande que celle de l'Euphrate. Le gouvernement anglais ouvrit au colonel Chesney un crédit de 500,000 francs pour une expérience définitive (1834). Deux bateaux à vapeur, des ingénieurs, dés ouvriers, un détachement d'artilleurs d'élite furent mis au service de l'expédition. Le but était le même que celui de la première entreprise de Chesney. Arrivée en Egypte au commencement de l'année 1835, 1 expédition éprouva des retards suscités par le mauvais vouloir d'Ibrahiin-Pacha. Elle ne put commencer qu'en mars 1836 ses opérations. Le ministère anglais, connaissant tout le prix du temps, envoya à Chesney de sages instructions, auxquelles on se conforma. Elles contribuèrent autant que l'habileté du chef de l'expédition au succès de l'entreprise. Les bateaux remontèrent l'Oronte depuis sou embouchure et furent transportés par terre jusqu'à la ville de BIr, sur l'Euphrate, fleuve qu'ils descendirent jusqu'à son embouchure. L'expédition termina son œuvre par des excursions a travers l'Arabie, de la Méditerranée jusqu'à l'océan Indien. Cette expérience fut complète, décisive; la route commerciale entre l'Inde et l'Angleterre était ouverte. En 1856,1e colonel Chesney fut encore chargé par lord Palmerston d'étudier le tracé d'un chemin de fer qui re-

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lierait l'ancien port de Séleucieà l'Euphrate, Diverses causes s'opposeront longtemps peutêtre à l'exécution de ce projet. Ingénieur habile et actif, le colonel Chesney s est montré déplorable historien. Son ouvrage a été longuement élaboré; bien que l'expédition n'eût pas un but scientifique, il expose des résultats très-importants pour la science, des faits présentés avec ordre et méthode, de nombreux détails sur l'histoire et sur la géographie de l'Orient. Maison ne demandait pas à l'auteur un tableau historique des pays qu'il a traversés ; il devait donner d'abord" la relation de sou voyage, le compte rendu de ses travaux ; au lieu de cela, il n'a publié qu'un discours préliminaire, une introduction d'une étendue démesurée.

Voyngo sur la cote et dans l'intérieur de l'Afrique occidentale, par H. Hecquard (1853, in-8°). Lieutenant de spahis, M. Hecquard commandait le fort de Bakel, sur le haut Sénégal, en 1846. C'est là qu'il ressentit un vif désir de pénétrer dans la haute région qui s'étend à l'est du Sénégal. M. Bouët-Wïllaumez, gouverneur de la colonie, donna à son projet un plein assentiment. Ce voyage promettait d'être utile à la science et aux intérêts commerciaux. Le but de M. Hecquard était d'étudier la configuration des terres élevées où le Sénégal, la Gambie et ie Dhioliba ont leurs sources, de voir la région de montagnes que les indigènes désignent sous l'appellation générique de Kong, de déterminer ce que c'est que ces montagnes (aucun voyageur ne les a vues) et d'en reconnaître exactement la hauteur, la direction et la fonction physique. Le lieutenant devait s'efforcer de gagner le bassin supérieur du Dhioiiba pour arriver à Ségo, et même descendre de Ségo à Tombouctou. Ce programme d'exploration n'a pu être rempli jusqu'au bout. M. Hecquard ue put même atteindre le Dhioliba. En 1850 et 1851, il parcourut un cercle sur la Gambie, la Casamance et le haut bassin du Sénégal; il recueillit d'excellentes notions, vit des territoires nouveaux et rapporta les éléments d'une des meilleures rela- ' tions de la région sénégambienne. Le voyageur fut deux fois dévalisé ; il ne reçut un accueil bienveillant que dans le royaume de Fouta-Dialon, qui jouit d'une organisation sociale régulière. Les tribus nègres du littoral africain, sont les plus dépravées, parce qu'elles ont ajouté à leurs vices propres les vices européens. A mesure que l'on s'enfonce dans le pays, on trouve des éléments d/harmonie et de régularité de plus en plus nombreux. Les tribus qui professent l'islamisme sont plus civilisées que les peuplades encore attachées au fétichisme. Dans le centre de l'Afrique, l'islamisme, ailleurs en décadence, est en plein progrès.

Voyage dan* le nord de la Bolivie, par le

docteur H. -A. Weddeil (faris, 1853). Le docteur Weddell avait déjà fait un>? première excursion en Bolivie, à la rechen he des arbres qui produisent le quinquina. Il avait rapporté un peu de sable contenant des paillettes d'or. En 1851, l'administration du Jardin des plantes lui confia une mission scientifique; elle le chargea spécialement d'étudier le rio Tipuani, torrent d'une longueur de trente lieues, qui descend des Cordillères à l'Amazone. Arrivé à Chagres, il traversa l'isthme de Panama, visita Gujyaquil, puis gugna un plateau désert entre Lima et Tacha. A 4,500 mètres d'altitude, le voyageur assista à un tremblement de terre. Après avoir traversé La Paz et les Cordillères, il suivit le cours du Tipuani, torrent aux bords escarpés, jusqu'aux places aurifères. Ces sables sont riches; l'exploitation, assez mal entendue, en est fructueuse. A la saison des pluies, M. Weddell retourna à La Paz, en faisant le voyage par eau, au lieu de tenter une seconde traversée des montagnes. La relation de M. Weddell a une valeur multiple. Naturaliste, il fait connaître la Bolivie, son terrain, la nomenclature de ses végétaux et de ses animaux. 11 considère sous tous leurs aspects les plantes, les animaux, les minéraux. Sa quu.ité de savant ne lui a pus fait perdre de vue les mœurs et les usages. Il nous apprend que les Boliviens sont passionnés pour les combats de coqs et qu'i.s mangent en bouillie une argile onctueuse qui remplace le chocolat. Il signale un impôt de capitatiou qui pesé sur les Indiens comme une cause permanente de révolte, etc.

Voyages de X. Hommaire de Hell (1S44-

1847 et 1854-1860). Géologue, Honimaire de Hell a exploré au point de vue scientifique le bassin de la mer Noire et une pat lie du bassin de la mer Caspienne. Ses voyages, comme ses relations, sont au nombre de deux. Le premier se place entre les années 1835 et 1842; le second a eu lieu de 1846 à 1S48. Son but était de reconnaître la constitution géologique de la Crimée et celle des steppes de la Nouvelle-Russie, afiu de résoudre la' question, déjà débattue, de la rupture eu Bosphore et de l'ancienne communication do la nier Noire et de la mer Caspienne; en d'autres termes, il se proposait d'étudier sous leurs différents aspects les vastes contrées qui s'étendent entre le Danube et la mer Caspienne jusqu'au pied du versant septentrional du Caucase. Explorant d'abord les environs de Constantiiiople, il y constata l'existence de plusieurs mines de charbon, aujourd'hui exploitées. Se rendant ensuite à Odessa,

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il passa cinq années dans la Russie méridionale, qu'il sillonna en tous sens, suivant te cours des fleuves et des rivières, visitant toutes les côtes septentrionales de la mer Noire, de la nier d'Azow et de la mer Caspienne, étudiant le régime des eaux et mesurant le relief du Bol, ou bien parcourant, pour le compte du gouvernement russe, la province il'lékatérinoslaw, la Bessarabie et le pays des Cosaques. Sur les bords du Dnieper, auprès des cataractes, il découvrit une mine de fer. I.a dépression de la mer Caspienne fut l'objet d'un grand nombre d'observations. Ces recherches et ces études marchaient parallèlement avec d'uutres enquêtes, soit ethnologiques, soit économiques. Kn 1 848, le gouvernement français l'ayant chargé d'explorer les pays avoisinant la mer Noire et la mer Caspienne »u triple point de vue •de la géologie, de la géographie et de l'histoire, Hommaire de Hell commença par étudier les rivages méridionaux de la mer Noire. Outre le nivellement du Bosphore et la direction des courants, il se proposa la solution d'un problème déjà abordé dans l'antiquité : un canal de communication entre le golfe de Nicomédie et la mer Noire est-il praticable? Homtnuire de Hell se prononce en faveur de cette hypothèse. Dans l'Arménie et sur le territoire persan, il eut à s'occuper d'un canal de dérivation à construire; il navigua sur l'Euphrate, et il passa par les véritables portes Caspiennes; il découvrit, près de Laskirt , d'immenses ruines. Ce voyage, arrêté par la mort de l'infatigable explorateur (août 1848), u'a pu produire tous les fruits qu'on pouvuit en espérer. Les deux. relations de ces voyages ont été écrites en partie par Mme Hommaire de Hell, qui avait accompagné son mari dans sa première mission. La première, intitulée Voyage dans les steppes de la mer Caspienne, le Caucase, la Crimée et la liussie méridionale (1841-1847, 3 vol. in-8°, avec allas), est plus pittoresque que scientifique dans ies deux premiers volumes, consacrés k la description des lieux et aux usages des peuples; il y est question toutefois iin la constitution du pays, de l'administration, de l'industrie, du commerce, etc. Le troisième volume, exclusivement scientifique, traite de la topographie, du climat, des produits végétaux, de la géographie physique et historique, de l'hydrographie et de la géologie des contrées que baignent les mers Noire et Caspienne. La deuxième relation, intitulée Voyage en Turquie et en Perse (1854-1860, 4 voi. m-8°, plus un album de 100 pi.), comprend trois volumes pour la partie historique et un volume pour la partie scientifique ; les dessins de l'atlas, sites, costumes, monuments, sont dus à M. J. Laurens, peintre qui avait accompagné Hoininaire du Hell dans son dernier voyage. Les pages descriptives écrites par Mme Hominaire de Hell, pages d'un style élégant et agréable, ont l'orme un volume k part, réimprimé en 1860 et 1869.

Voyage de Mac Clure aux inere arctique*

(Louùiea, 1856, in-8°). Ce voyage a pris uuie dans l'histoire des navigations célèbres; c'est le capitaine Mac Clure qui a découvert le passage nord-ouest, et le premier il a pénétré de l'océan Pacifique dans l'océan Atlantique en contournant l'extrémité septentrionale du continent américain. Mac Clure avait fait un premier voy.ige en 1836 sous les latitudes polaires, avec G. Buok, et il avait aeeoinpagi.é, en 1848, Jiiines Russ, allant k lu recherche de l'expédition de Franklin, jusqu'au détroit de Barrow. Kn 1850, l'amirauté anglaise organisa une nouvelle expédition destinée a rallier l'équipage de Franklin, en se dirigeant par le détruit de Behring vers l'Ile Melville. Deux navires, l'Entreprise, capitaine Colliuson, et i'Jnvesliyalor, capitaine Mac Clure, partirent de Plymuulii le au janvier 1850, munis de provisions pour trois années. Séparé de son collègue par un coup de vent dans le délioit ue Magellan, iMac Clure le devança. Doublant la pointa Barrow, le cap Batliutat, le cap Parry, il s'engagea avec résolution le long du continent américain, à l'est, dans un chenal où des barques seules avaient passé avant lui. Les Esquimaux eurent des rapports fréquents avec son navire. A 50 milles au delà ou cap Parry, il découvrit l'Ile Behring , puis une autre terre séparée de la première par un détroit. Il lui donna le nom de terre du Prince-Albert, et au détroit celui de détroit du Princede-Galles; mais les marins et les géographes lui ont substitué le nom de Mae-Clure ou de l'investigator. Le navire avait parcouru un espace de 900 à 1,000 milles, complètement inconnu. Cerné pat- les glaces des le 30 septembre 1850, Mac Clure resta dans cette position pendant trois années. L'été suivant, il fit ues excursions et des chasses sur les terres nouvellement découvertes.

Dans une reconnaissance dirigée par terre jusqu'au détroit de Bank, il constata l'existence du passage nord-ouest; le détroit de Mac-Clure communiquait avec les eaux de l'archipel. Quant à la découverte des débris de l'expédition de J. Franklin, elle était réservée au capitaine Mac Climock, en 1859. Xj'lmiestigutor lit de vaines tentatives pour déboucher nu nord du détroit. Sa navigation autour de l'Ile de Behring fut périlleuse-, on dut s'ouvrir un chemin k travers les glaces, au moyen de la mine. Arrivé dans le détroit

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de Bank, Mac Clure hiverna à la baie de Merci. En 1852, il se rendit en traîneau sur l'île Melville, dans l'espoir d'y trouver un dépôt de provisions. Cette attente fut déçue; l'avenir s annonçait sous de fâcheux auspices. Au printemps suivant (1853), le lieutenant Prira et le capitaine Kellet, venus à Winter-Harbour, sur l'Ile Melville, rencontrèrent les gens de l'inuestigator. Mac Clure leur confia ses mtjades et ses infirmes et revint k su station pour y attendre la rupture des glaces. Le 3 juin 1853, il dut abandonner i'Investiijator; il hiverna à bord des vaisseaux du capitaine Kellet, stationnés à l'île Melville. Ces navires durent être abandonnés k leur tour. Les équipages se rendirent sur la glace à bord du Nord-Star, qui les ramena en Angleterre (octobre 1854). En pénétrant du détroit de l'Investigator dans celui de Barrow, c'est-k-dire dans l'océan Atlantique, Mac Clure avait découvert le passage nordouest. Une récompense nationale de 5,000 livres sterling lui fut accordée. Dans cette expédition, les navigateurs anglais constateront un fait géologique d'un grand intérêt : l'archipel arctique offre aux regards de hautes collines de bois fossiles entassés, les uns décomposés, les autres stratifiés, les autres minéralisés. Cea montagnes ligneuses déroulent en quelque sorte un chapitre de l'histoire des formations géologiques. Les ossements abondent dans les terrains arctiques.

Voyage» et recherche* en Chaldée ei en

Siisii.no, par W.-K. Loftus (Londres, 1857). Les frontières qui séparent la Turquie de la Perse étaient restées dans un état incertain ; les discussions soulevées k ce sujet menaçaient de dégénérer en hostilités; la Russie et l'Angleterre interposèrent leur médiation ; une commission mixte de quatre plénipotentiaires fut chargée d'établir la ligne de démarcation, et ses travaux se prolongèrent de 1849 à 1852. M. Loftus fut attaché comme géologue' à la mission du représentant anglais, le colonel Williams, le défenseur de Kars. Après avoir traversé la mer Noire et le mont Taurus, il rejoignit la commission anglaise à Mossoul, le 5 avril 1849, et arriva à Bagdad, lieu de rendez- vous convenu, le 5 mai. En attendant la présence du commissaire turc, il fi t uneexeursion vers les ruines de Babyloné. Traversant le désert, large de 50 milles, qui s'étend depuis Bagdad jusqu'aux ruines de Babyloné, il reconnut les vestiges de nombreux canaux. Ensuite il détermina l'emplacement de Babyloné, indiqué par d'immenses massifs de briques. De là, il alla explorer avec soin la partie occidentale de la Chatdée, région riche en souvenirs importants. 11 visita la ruina imposante de birs-Nemrod, vaste et haute agglomération de briques dont le faîte est vitrifié, ce qui s'explique aisément ou parce qu'elle servuit de phare, ou parce qu'elle servait d'auiel dans les grandes cérémonies; dans les deux cas, on y devait brûler du naphte,une huile minérale. En explorant le grand lac de Bahr- Nedjef, M. Loftus reconnut dans les marais qui l'entourent les canaux naturels de l'Euphrate occidental ; puis il visita Koufah, Nedjef, Kerbela. Ces deux dernières villes sont les nécropoles de la Perse actuelle. On y transporte des cadavres de toutes part3 ; c'est un spectaele repoussant. Nedjef possède une magnifique mosquée, dont l'accès est interdit pur le fanatisme des habitants. De retour à Bagdad, M. Loftus s'enfonça dans l'intérieur de la Babylonie, terre alors inconnue. Il y trouva encore de nombreuses traces d'anciens canaux. Ce sol est aujourd'hui tour k tour inondé ou desséché; les débordements du Tigre et de J'Euphrate le stérilisent après l'avoir fécondé. L'homme a perdu, par sa faute, une de ses plus belles conquêtes sur la nature. Le voyageur anglais a exploré plus tard une seconde fois ces mêmes contrées. Il révèle le nom et la situation de plusieurs villes importantes de l'ancienne Babylonie. En général, il ne subsiste que d'immenses massifs de briques. Il ne reste qu'un temple assez bien conservé. M. Loftus croit que Nifar représente Babel. Il a trouvé d'autres ruines à Haminan , k Mugeyer, à Warka, où il a exécuté des fouilles en 1854. Ce lieu était la nécropole de Ninive, de Babyloné, etc. Après avoir recueilli des inscriptions cunéiformes, des tablettes, des médailles, des fragments de sculpture, M. -Loftus quitta les bords de l'Euphrate, traversa le Uésert" jusqu'à Basrah (Bassora) et se dirigea vers les principales villes de la Susiane. Cette exploration complète celles de MM. Botta, Flatidin, Layard, Place, Oppert, qui ont fait des découvertes si importantes en Mésopotamie.

Voyagea et recherches d'un missionnaire duu* l'Afrique méridionale, par David Liviugbtoue (Londres, 1857 et 1865). Missionnaire protestant, le docteur Livingstone s'était proposé un triple but : propager l'Evangile, conquérir de nouvelles données k la science et enfin nouer avec des peuples inconnus dos relations avantageuses pour sa patrie. Son premier voyage, effectué de 1840 k 185.6, avait pour but déterminé l'exploration de la vaste région de l'Afrique australe marquée inconnue' sur les cartes, et qui s'étend entre l'équateuc et le Capricorne. S'étant installé pendant six mois dans le pays dos Bakouains et initié au langage, aux

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lois, aux mœurs de ces tribus, il partit Vers le nord, en compagnie de MM. Murray et Oswell, le lor juin 1849. Il avait pour objectif le lac Ngami, supposé au delà du grand désert de Ilolohari. Les Bukouains sont un peuple pasteur, doux, intelligent et reconnaissant des services qu'on leur rend. Le voyageur ne procédait pas comme un sectaire prédicant. Il marchait en conciliateur, en apôtre de l'humanité et de la civilisation ; il alliait le commerce et l'apostolat. Après avoir traversé le pays des Boërs indépendants, peuplade habituée au pillage, et le désert de Rolohari, région qui n est nullement stérile, il arriva, en suivant les bords de la Zouga, au lac Ngami. Ce lac est k cent vingt lieues de Iiolobeng; il a de 65 à 100 milles géographiques de circonférence. La nouvelle de celte découverte devait produire une grande sensation dans le monde savant. Le lac Ngami, situé par le 8« degré de latitude sud, a depuis été exploré par le Sué'dois Auderson, qui, dans un récit plein de verve, en a fait connaître les immenses ressources. Retournant vers le sud, Livingstone y prit un repos de quelques mois. 11 se remit en route vers le nord avec des guides; il arriva chez les Makololos. Le chef de cette tribu, jadis vaincu par une autre, s'était établi sur les bords du Zambèze ; vainqueur de quelques peuplades voisines, il était devenu maître d'un immense territoireetsuzeniind'un grand nombre de tribus. Le voyageur anglais découvrit en juin 1851 une partie du grand fleuve central, le Zambèze, tout à fait ignorée des géographes. Ce fleuve navigable et qui se jette dans le canal de Mozambique traverse le centre africain dans sa partie méridionale, du nord-ouest k l'est, et paraît être appelé, comme le Niger au nord, a servir de canal pour introduire la civilisation moderne dans ce continent mystérieux. Le pays des Makolclos, où Livingstone trouva un excellent accueil, est une terre fertile, bien arrosée, coupée de rivières navigables, de montagnes peu élevées, de vallées luxuriantes, de forêts séculaires, riche en mines abondantes et en nombreux troupeaux. L'industrie des indigènes est relativement asse2 avancée. Comprenant qu'il importait de trouver une voie sûre pour les cummerçants et les missionnaires et d'établir un centre d'opérations pour détruire la vie sauvage et la traite des nègres, il se décida k tenter une exploration à travers tout l'intérieur du continent entre l'est, l'ouest et le midi. De retour au Cap en avril 1852, Livingstone embarqua sur un navire unglais sa femme et ses enfants. 11 partit pour la quatrième fois le 8 juin, dans l'intention d'atteindre Saint- Paul-de-Loanda, sur la côte occidentale de l'Océan. Franchissant la rivière Orange, il arriva a Kuruman, longea le désert de Kolohari et arriva chez les Bakouains le 31 décembre 1852. Livingstone parle rarement et brièvement de ses souffrances et des périls qu'il courut. Renversé par un lion, il échappa k la mort, et il se vengea de son ennemi en traitant de lâche ce grand carnassier. Il prouva en usage chez une peuplade les phratries de Sparte. 11 arriva k Linyanti chez les Makololos. Ce peuple est composé de deux races, les vainqueurs et les vaiucus; il connaît 1 agriculture et l'industrie, et il a le goût du commerce. Parvenu k Iiatonga, il reconnut un pays plat, rendu des plus fertiles par les travaux des termites. Le Zambèze est là un fleuve d'une rare beauté, arrosant de nombreux villages dont la population est industrieuse. Mais plus loin, les mouches tsetsés, mortelles pour lesbeeufs, les vaches, les chevaux et les chiens, font rebrousser chemin au voyageur. Ll redescendit le fleuve, prépara une expédition vers la côte occidentale, prit une escorte de vingt-sept compagnons, remonta de nouveau le Zambèze k travers une vaste et fertile contrée qui peut nourrir des millions d'hommes, et atteignit le confluent de la Liba et du Zambèze. 11 arriva, le 19 janvier t854, k Kabompo ou Shinshé, chez les Balouuas, où il lut bien reçu et où il trouva de singuliers indices de mahoinétisme et de christianisme. Plus il s'avançait vers le nord, plus il avait k se plaindre de la rapacité des naturels. Les nègres ont pris aux forbans européens les vices que les nègres de l'intérieur nu connaissent pas encore. Enfin Livingstone atteignit les frontières de la colonie portugaise de l'Afrique occidentale ; il reconnut la fertilité m-rveilleuse de la vallée du Congo et, d'autre part, le triste état commercial et industriel de celle vaste possession. A Saint-Paul-de-Loanda, ses Zambéziens prennent les monuments publics et les maisons pour des montagnes k plusieurs caves. Cet itinéraire a permis k l'explorateur de constater que les communications n'étaient point praticables au milieu des marais et des forêts de cette route. Livingstone quitta la station portugaise avec ses Makololos le 1er janvier 1855, pour se frayer un chemin vers l'est. Il évita autaut qu'il put la' route pratiquée par les marchands négriers. Le 7 mai, il traversa le Moamba, reconnut la lac Dilolo, rentra le 27 juillet k Libouta et, k la tin d'août, k Linyanti. Après avoir ouvert le centre africain par le sud et par l'ouest, il voulut l'ouvrir par l'est. 11 résolut de suivre et de longer la rive gauche du Zambèze jusqu'à son embouchure. Le 3 novembre, escorté du chef des Makololos et muni de précieuses ressources, il quitta Linyanti et sui-

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vit le Zambèze jusqu'aux cascades gigantesques de Mosioatounya, cascades qui sont, sans contredit, l'une des plus grandes merveilles de la nature. Le 20 novembre, suivi de cent quatorze hommes, il se dirigea vers le nord pour gagner le Lékoné, qui coule, k travers un pays admirable, duns la direction du centre de l'Afrique. II s'engagea duns une contrée rocailleuse, autrefois riche et peuplée, puis dans un district inhabité, et traversa le Kalomo, grande rivière qui ne tarit jamais. Il se trouva parvenu au point culminant des hautes terres, k 1,525 mètres, sur un plateau central où >1 n'y a ni fontaines ni marécages, et qui est la partie la plus salubre du continent. Le 4 décembre, après avoir traversé la Mazouna, il arriva sur les limites des Batokas indépendants. Il continua heureusement son voyage et trouva bon accueil dans le beau pays qu'il explorait; bientôt il revit le Zambèze. La contrée, des plus fertiles et des plus salubres, produit le coco, la cire, l'indigo, le coton, le quina, l'or, la canne k sucre. Il arriva enfin k la première station portugaise orientale, kTéké, où il recueillit les renseignement laissés par le capitaine Parker et le lieutenant Hoskins sur le Zambèze inférieur. Le 26 mai 1856, il entra à Quilimané, sur la côte orientale, après avoir traversé le continent africain dans toute sa longueur nu sud. Livingstone a reconnu les bords du Zambèze, de son embouchure k sa source. ; ce fleuve .remplit toutes les conditions nécessaires aux besoins du commerce. Depuis lors, l'intrépide voyageur a dirige de nouvelles recherches dans l'intérieur de l'Afrique. Il a entrepris, en 1858, de remonter le Zambèze sur une petite chaloupe à vapeur, et, plus tard, il a tenté d'aller du Zambèze au lac Tanganyika, par la rivière Chirê et le lac Nyanza. Les deux relations publiées par Livingstone sont des livres écrits d'un ton simple et modeste, bien que l'auteur ait été justement appelé le Colomb de l'Afrique. Ces deux récits pleins d'intérêt ont été traduits en français par Mme H. Loreau (1859 et 1866, 2 vol. gr. in-8°).

Voyage* don» l'Afrique équatoriale, par

Paul ou Chaillu (1S61 et 1867, 2 vol. in-8°). M. du Chaillu, Américain d'origine française, a passé huit années sur la côte occidentale de l'Afrique équatoriale; en 1864, il a entrepris un nouveau voyage h l'Ogobaï, fleuve situé au sud du Gabon. Il a écrit deux relations, dont la première suscita de nombreuses controverses dans la presse anglaise. On ne peut guère raconter la série d'aventures par lesquelles le voyageur a passé, ni résumer ses impressions ou ses observations. Le but de M. du Chaillu n'était pus de faire la reconnaissance géographique des rives du Gabon. Battre les iorêts, telle était sa plus grande ambition, au moins dans son premier voyage de t856 k 1859. S'avançant sur un terrain nouveau au point de vue géographique, dépourvu d'instruments, il pénétra dans un pays où nul Européen ne s'était aventuré avant lui. Il explora la partie de l'Afrique équatoriale que baigne l'Atlantique, k deux ou trois journées au sud du Gabon, et où se développe le delta de l'Ogobaï. 11 fit k pied, et sans être accompagné d uucun autre blanc, environ 2,700 lieues. Il tua, empailla et rap* porta plus de 2,000 oiseaux, dont plus de 60 espèces nouvelles, et il abattit plus de 1,000 quadrupèdes, dont il empailla et rapporta 200, avec plus de 80 squelettes. Parmi ces quadrupèdes, il n'y en avait pas moins de 20 espèces jusqu'alors inconnues k la science. Le théâtre de cette première excursion est le large estuaire qui commence au golfe de Bénin. Une nature sauvage et très-|iitttore:>que, une faune nouvelle et une population inconnue, tels étaient les éléments d'étude qui s'offraient au voyageur. L'histoire naturelle et l'ethnographie devaient s'enrichir des résultats de ses recherches. M. du Chaillu a observé et interrogé; il possède k un degré remarquable des qualités naturelles d'observateur et de peintre. Ses ouvrages donnent une idée générale trèsfidèle de la nature du pays el-.de ses grands traits physiques. Ces aperçus d'ensemble sur l'aspect et la configuration de la contrée, ces tableaux de mœurs et ces remarques anthropologiques dénotent une sagacité instinctive et révèlent une louche descriptive qui serait peut-être déplacée dans un livre exclusivement scientifique. Les épaisses forêts parcourues par M. du Chaillu renferment peu d'hommes. Les seuls animaux vraiment domestiques qu'on y rencontre' sont les chèvres et les poules. Les singes sont nombreux, ainsi que les reptiles et les grandes araignées ; le monde des insecies pullule. Le gorille-est le roi de ces régions boisées. Il est inutile de donner ici une description de ce singe colossal, d'une force herculéenne. M. du Chaillu lui a maintenu le nom de gorille, donné k ce quadrumane par l'amiral carthaginois Hannon; car c'est nu delta de l'Ogobaï que le périple de cet ancien navigateur s'est arrêté. Depuis Hannon. les bouches de ce fleuve étaient restées inexplorées, et c'est ainsi que M. du Chaillu a ouvert une voie nouvelle k la géographie et à l'histoire naturelle Malgré les dépouilles de gorilles qu'il avait rapportées en Europe, sa première relation avait suscité des critiques passionnées, qui mettaient plus souvent en cause la personne du voyageur que son ouvrage. Quel-

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gués négligences dans la disposition des matériaux et quelques inexactitudes dans ses évaluations topographiques ne pouvaient cependant diminuer le mérite d'un livre rempli d'intérêt et écrit avec simplicité. Ce mérile fut reconnu par les hommes les plus compétents, entre autres par le Siivant géographe Petermnnn, dont le jugement fait autorité. Lu première tentative de M. du Chaillu était à poursuivie. Profitant des critiques aussi hien que des éloges, il voulut revoir la contrée sauvage qu'il avait vi>itée dans ses courses aventureuses, pour en mieux étudier la configura- Son et rectifier la première carte du pays. Après avoir consacré plusieurs mois en Angleterre à se familiariser avec l'usage des instruments et avec la pratique des observations astronomiques et physiques, il repartit pour le pays d'Ashungo, se proposant de pénétrer au cœur même du continent, en remontant le cours inconnu de l'Ogobuï, et peutêtre d'arriver à la côte occidentale du Tnnganyika, lac vu en 1858 par Burton etSpeke. Ce plan est resté non accompli. M. du Chaillu n'a pas touché à l'Ogobaï, mais seulement à deux de ses tributaires méridionaux. La ligne suivie est presque la même que 'l'itinéraire du premier voyage. Néanmoins, M. du Chaillu a poussé notablement dans l'intérieur, et son voynge ne sera pas inutile nu progrès de la géographie africaine. Un incident mit malheureusement fin à son exploration. Un des hommes de l'escorte tua par maladresse lin indigène; ce meurtre souleva une hostilité générale; dans la retraite, ou plutôt dans la déroute de sua monde, le voyageur perdit ses appareils photographiques et ses instruments. Sa dernière relation, intéressante et instructive à l'égal de ia première, est écrite avec plus de circonspection. Les deux ouvrages ont été magnifiquement édités à Londres et a Paris.

Tofape dnnt l'A Trique OU tiédi* d'exploration* luiie* on IftOl et I8<H, par Thomas Baincs (18B3). L'objet principal du voyage raconté itansce livre était l'ouverture d'une route commerciale de l'océan Atlantique à la merdes Indes, traversant l'Afrique à partir de la baie de Vallich. Ce but n'a pas été atteint, car M. Bain>-s, s'étant embarqué dans la ville du Cap et ayant mis pied a terre dans la haie de ValhVh, puis commencé ses explorations, fut obligé de s'arrêter aux chutes Victoria, où tout semblait conspirer contre lui et ses compagnons ne voyage. Une partie avaient péri par les effets (le la peste, de la famine et des assassinats. M. Baiues fut donc obligé de revenir sur ses pas au moment même où il espérait pouvoir, après quelques semaines, continuer sa route jusqu'à ia mer des Indes en descendant le cours du Zambèze. Ce voyage n'offre donc pas les importantes conséquences de ceux de plusieurs de nos contemporains, tels que G nuit et surtout le docteur Livingstone, qui, de 1840 à 1804, a parcouru le pays eu tous les sens. Néanmoins, le récit ne laisse pas que d'en être fort intéressant, parce qu'il présente de curieux détails sur les lieux el les hommes que le narrateur a visités et étudiés avec une minutieuse attention. Les dètuils ethnographiques que donne M. Saines au sujet des Dainaras, des llollentots, des Ma-'obaS et de plusieurs autres peuplades offrent une lecture agréable et instructive. Notons que les observations de M. Saines ne concordent pas toujours avec celles des précédents explorateurs; ainsi, tandis que le dooieur Livingsiune t'ait ^rand cas des Betjoiuinas, qu'il considère comme une des peuplades les plus intelligentes de l'Afr.que et des moins éloignées de notre civilisation européenne, M. Baines les présente comme des gens avides de meurtres et de brigandages et uépourvus même des sentiments de famille. Laissant à d'autres le soin de se prononcer enire les relations des deux voyageurs, nous allons emprunter à M. Baiues de piquants détails sur les mœurs des fumeurs auicains. > Un matin, dit-il, j'avais donne aux Boschimans un rouleau de tabac européen, ce qui, pour la première fois, me procura le specu.ee d'une de leurs parties régulières de fumeurs. L'un d'eux en coupa d'abord une quantité suffisante pour remplir le fuurneau, qui est inséré, au moyeu d un tuyau diu'n ayant 0m,12ou «"".Iode longueur, dans le côte d'une corne reouut bée ; alors l'extrémité la plus longue est mise dans la bouche, et on en tire ou plutôt on en avale un volume de fumée presque suffocant; le surplus s'échappe en un nuage qui n'est guère comparable qu'a celui qui sort d'une cneminée. Alors la pipe est passée à un autre, tandis que le premier fumeur prend une gorgée de l'eau que contient une coquille d'oeuf d'autruche. Cette eau, ceux qui peuvent le mieux suppurter l'influence enivrante de la fumée la rejettent sur les épaules de leurs camarades moins aguerris, qui gisent par terre pris d'un rirn nerveux et roulant des yeux jusqu'à ce que la pupille disparaisse sous la paupière. • Chez les Puigos, l'an de fumer est pratiqué d'une façon un peu plus systématique. La pipe est la même que chez les Bosch ituans. Les fumeurs s'asseyent en rond. Le premier, après avoir aspire la fumée délectable, passe la pipe à son voisin, prend une gorgée d'eau, sans l'avaler, et, au moyeu d'un tube, rejette à la fois l'eau at la fumée dans un trou du terrain où se

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trouve le cercle.il paraît qu'on regarde comme une politesse chez eux de décharger sa £orgpe dans le même endroit que le fumeur précédent.

Le Voyage de M. Baines renferme aussi des anecdotes amusantes et de fort intéressantes descriptions, par exemple celle des chutes Victoria. Cette description est d'un style beaucoup plus travaillé que le reste et prouve que l'auteur possède les qualilés principales de l'écrivain unies au coup d'oeil observateur de l'ariiste. Le tableau de Vile du Jardin, formée au milieu des chutes Victoria, ressemble à un passage do Chateaubriand ou de Lamartine.

Voyage de Vnmbéry daus I Asie centrale

(Londres, 1864-1867). Hongrois ex patiïé,V:unbéry avait étudié les langues orientales à Cnnstiintinople et à Téhéran. C'est dans son exil studieux i(u'il conçut le projet de se rendre ii Boukhara par la Perse, dans le but de rechercher parmi les tribus turcomunes les matériaux d'une histoire de la langue'hongroise, et de fixer la place qui lui appartient au milieu des idiomes congénères. Prenant le nom de Reschid-Effendi et le costume d'un derviche, Vnmbéry partit de Téhéran en 1863 et traversa le désert turcuman. 11 visita Khiva, sur l'Oxtis, puis la ville de Boukhara. Dans son entrevue avec lémir, Vambéry ne dérouta ses soupçons qu'en prodiguant dans son discours des ciiaiions du Coran. Il vit ensuite Sainaikunde, où il éprouva un désenchantement complet. Vambéry opéra son retour par Hérat, le Khoniçati et Téhéran (.janvier 1864). Il ramena avec lui, jusqu'à Constantinople et à Pesth, un de ses compagnons de voyage, un vrai derviche, eu lui faisant croire qu il le conduisait à La Mecque. Observateur sérieux, le voyageur hongrois ne s'est attaché qu'aux investigations philologiquesetaiix traits de moeurs; il rend compte de ses impressions personnelles, et certes les aventures ne lui ont pas manqué. Il fait connaître les derviches et les hadjis, les Turcomans, le dés ;rt turooinan, la tente et ses habitants, le khan de Khiva, la vie intime des tribus, la ville de Boukhara, le commerce des esclaves, la culture et les productions, la littérature de l'Asie centrale. C'est dans un ouvrage complémentaire :

Eludes spéciales sur les langues et l'et/inogrnp/iie de l'Asie centrale (Londres, 1867), qu'il expose l'état grammatical et lexicographique du turc oriental et qu'il esquisse la grammaire turco-orientale, en insistant sur les points dans lesquels elle diffère des règles ou des formes du turc ottoman, La relation de Vambéry, publiée simultanément en Hongrie, en Allemagne et en Angleterre, a été traduite en français par M. Porgues (1865).

Voytigcs en Àbysslnie et dan» le Kordofan,

par de Heuglin, Munziiiger, Beiirinann elles dames Tinné (Gotha, 1864-1865; I^na, 1867- 1868). A la nouvelle de latin malheureuse du voyageur Vogel, assassiné dans l'Ouàday, un comité natiuiml organisa une souscription populaire, qui produisit 60,000 francs; une expédition l'ut chargée de continuer la mission de Vogel et de rechercher les papiers du voyageur africain. Cette expédition devait fuire entre le lac Tehnd et le Nil ce que Barlh avait fait entre le Tchad et Tomhotictou. Un corps de savants fut attaché à celte mission par le comité de Gotha, qui choisit pour chef M. de Heuglin, ancien consul d'Autriche à Khartoum el auteur d'un Voyage dans le nord de l'A byssinie el sur les cotes de la mer Bouge (Gotha, 1857). L'expédition s'embarqua à Triesle en février 1861, puis, passant par Djedda, elle se porta à Iiéren, en Abyssinie, à cent cinquante lieues à l'est de Khartoum. La, elle s'adjoignit un jeune savant suisse. W. Munzinger, M. de Heuglin eut l'idée d'aller vers le fleuve Blanc, par la vallée duSobat; ce nouveau plan dérangeait lea combinaisons arrêtées. Informé de ce projet, le comité de Gotha retira à M. de Heuglin la conduite de l'expédition el la transféra à Munzinger; en même temps, i] agréa les offres d'un naturaliste voyageur, Mauritz de Beurmann, qui devait opérer par la Cvréuuîque. En 186?, l'expédition se composait donc de trois branches distinctes : îo le corps principal, eotnmanil-à par Munzinger, qui devint pénétrer directement daus l'Ouàday par Khartoum, le Kordofan et le Darfour; 2° le corps auxiliaire, sous les ordres de Beurmann, qui devait.aller de Benghazi à Mourzouk ; 3<> le corps dissident, conduit par Heuglin, qui se proposait de traverser les hautes terres du sud et d'arriver au fleuve Blanc, par un de ses affluents. Cette expédition, bien pourvue et composée d'hommes distingués, fut brusquement interrompue à l'approche des grandes découvertes. Munzinger, suivant une chaîne d'oasis de l'est à l'ouest, depuis Khartoum, parvint dans le Darfour; mais ie sult.in de ce pays lut ayant refusé, sous un prétexte diplomatique, l'autorisation de passer outre, il retourna en Kurope, non sans avoir recueilli des renseignements sur le sort de Vogel. Beurmann arriva a Mourzouk, puis au Bournou ; il voulait suivre le même itinéraire que Vogel, mais, comme lui, il fut assassiné. Heuglin arriva à Gondar; voyant le chemin fermé par le négousThéodoros, il se rabattit sur Khartoum. La, l'expédition fut dissoute. En somme, cette expédition n'est pas restée

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stérile; la riche et vaste correspondance des savants voyageurs renferme des faits nouveaux sur le delta du Nil, quelques parties de l'isthme de Suez, la mer Rou,::e, lu Nubie supérieure, le nord de l'Abyssinie et le Kordofan, le pays de Barkuh, le Kezzan et les oasis intermédiaires; la haute Nubie surtout a été l'objet d'observations scientifiques. En janvier 1863, M. de Heuglin et le docteur Steuduer se joignirent aux daines Tinné, Anglaises qui voyageaient euTSgypte et en Nubie avec un attirail princier. Ces daines disposaient d'une vé. itable flottille, destinée à remonter le haut fleuve Blanc et ses affluents, et de deux cents porteurs, pour s'avancer dans les terres. Celte expédition partit de Khartoum, arriva à la jonction du Bahrel-Ghazal avec le fleuve Blanc, et ne fut arrêtée que par des roches au-dessus de Gondo-Koro. Le docteur Stemlner et deux daines Tinné succombèrent. M1Ia Tinné et M. de Heuglin, atteints eux-mênies de fièvres

fiernicieuses, rentrèrent à Khartoum. Dans e Nil supérieur, ils avaient vu des ai bres de la plus grande beauté. Des observations physiques et des déterminations topographiques devaient compléter ou rectifier les données déjà acquises. Les lettres et les notes de M. de Heuglin ont été écrites sur place, depuis le mois d'août 1863 jusqu'au mois de décembre 1864. De ses observations il résulte que le Nil a pour principale source les grosses averses qui inondent le haut pay.v ; son lit reçoit en réalité les eaux de cent tributaires.

Voyage dans l'Arable centrale et orientale,

par W.-G. Pidgrave (Londres, 1865, 2 vol. in -8°). Parti de Gaza le 27 mai 1862, après avoir longtemps séjourné à Damas, et se donnant connue médecin, M. Pal^rave pénétra par le sud et le sud-est de la péninsule jusqu'au Nedjed ; puis il se dirigea a l'est et atteignit AJusoate.sur le golfe Persique. Opérant son retour à Damas par l'Euphrate et par Bagdad, il se rendit à Beyrouth, et il rentra en Europe en juillet 1863. En <i 'engageant daus l'intérieur du pays, le voyageur anglais s'était imposé la mission de rectifier des idées fausses et des notions incomplètes, de déterminer la position des montagnes, le cours des rivières, les gradations du climat, le caractère géologique des roches, la nature physique el animée de la péninsule. Mais sou principal but était l'étude de l'homme même ; il voulait acquérir el révéler la complète et Adèle connaissance de la vie arabe, du pur esprit arabe et des véritables mœurs de la nation. Fait imprévu I les parties centrales de l'Arabie sont les plus remarquables. Le voyageur a vu et bien étudié deux régions principales, le Nedjed, paysdesOuàhabites, et le royaume d'Oman, qui occupe l'angle sud -est de la péninsule, à l'entrée du golfe Persique. Entre ces deux contrées, il a observé autant de rapports que de contrastes. Voici comment il faut désormais se représenter l'Arabie : ia région centrale, partie habitable et salubre par excellence, jouit d'un cliimit relativement tempéré et est coupée de riches vallées, où l'on trouve des villes défendues par des remparts et où l'on élevé la belle race des chevaux arabes ; ce plateau central est entouré d'uu cercle de déserts sab onneux ou pierreux-, ce cercle est bordé d'une ligne de montagnes qui sert de ceinture au littoral. Les deux tiers de l'Arabie sont des terres cultivées ou cultivables. Aucune rivière digue de ce nom ne l'arrose ; on y trouve très-peu d'eaux courantes, mais l'eau des rivières souterraines uéborde souvent des puits creusés en grand nombre au-dessus de leur lit. Cependant un immense fleuve temporaire Coule vers l'Euphrate : c'est le Ouàui-Rounima, dans la vallée de Zuulfa, le même que le Phisou de la Bible. Ou ne rencontre le vrai désert u.ue dans le sud de l'Arabie. La population se divise en deux classes: les Bédouins ou nomades et les Arabes sédentaires des villes. On représen ait jusqu'ici ies Bédouins comme une race chevaleresque; ta poésie leur empruntait des types de roman ; niais le voyageur n'a vu eu eux qu'une branche dégénérée de la race arabe. Deux couleurs nationales, le blanc et le rouge, symbolisent les haines profondes qui se perpétuent entre les Arabes du Nord, uu beau type juif, hommes pleins d'intelligence et de courtoisie, et les Arabes du Sud, u'une peau plus foncée, dont la physionomie se rapproche du type copte. L'iniome parle daus le Nord est le pur arabe des livres; celui du Sud offre à l'analyse un rapport d'origine avec celui de l'Ethiopie. Possédant la langue arabe, le voyageur a pénétré chez les \Vahabiles du Nedjed. Le Wahabites sont les protestants de l'islam. Deux familles exercent le pouvoir religieux et civil. Le plus grand péché à leurs yeux est l'usage du tabac. Leur doctrine, en somme, se réduit k un panthéisme absolu. M. Palgrave voit dans le Coran le fléau de la nation arabe, sceptique au fond et non dégagée encore de superstitions leligieuses antérieures à rétablissement de l'islam. Doué des qualités d'un grand voyageur, il a fait vraiment connaître l'intérieur de l'Arabie par désinformations précises et étendues. Sa relation, tres-iinportante pour la géographie et pour l'ethnographie, a été traduite eu français par E. Jouvaux (1866, s vol. in-8°).

Voyagea dans l'Aile orientale, par le dOC-

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leur Ad. Bastian (Leipzig, 1866-1869, 5 vol. in-8°). Le docteur Bastian avait fait un voyage autour du monde, de 1851 à 1858, quand il s'arrêta aux parages orientaux du golfe du Bengale. De 1860 à 1863, il visita le régu, le Barmâ, Siam, le Cambodge et la Cochinchine. Il revint à Pékin, par le grand archipel et le Japon, et de Pékin il reprit le chemin de l'Europe par la Mongolie, la Sibérie méridionale et le Caucase. C'est l'Indo-Chine qui fait le principal objet de ses études. L'auteur a mal distribué les matériaux de son livre; il fait marcher de front le récit de ses courses et le tableau historique des diverses nattons de l'Indo-Chine, d'après leurs propres chroniques. Le voyageur arriva à la nouvelle capitale du royaume Birman en remontant l'Iraouaddy.et il revint à Malinaïn, sur le golfe de Maruibuu,en traversant les territoires vassaux qui confinent à la Birmanie orientale et aux provinces siamoises, et en descendant depuis Toungou le cours de la Salouen, et finalement il arriva à l'entrée du royaume deSiam, dont il visita les principales villes. Dans le Cambodge, il vit les magnifiques ruines d'Angkor, et il a donné une description étendue de ses monuments, d'un caractère essentiellement bouddhique. Le docteur Bastian a recueilli une abondante moisson de documents dans l'intérieur de l'Indo-Chine, de nombreuses informations sur la population du pays et sur5 les tribus indépendantes des montagnes, des notions instructives sur le culte, les croyances et les superstitions populaires, sur la constitution sociale, les mœurs et les usages, les arts et les sciences,' enrin vingt-cinq alphabets, tant anciens que modernes. Presque tous ces systèmes d'écriture, originaires de l'Inde, ont été adaptés aux diverses langues monosyllabiques. L'auteur se laisse aller parfois dans ses études ethnographiques à des rapprochements inattendus qui touchent au paradoxe. En rapportant les légendes des peuples de l'Indo-Chine, il t'alisueut de ies soumettre au creuset de la ci inque, de les comparer et de les discuter; il ne cite même pas ies sources. On voit que son unique pensée a été l'investigation historique, archéologique et linguistique. Ha négligé de faire des observations physiques et des déterminations astronomiques. Les données topographiques l'uni également défaut dans sof ouvrage. Quoi qu'il en suit, son travail a, quant au fond, mie valeur réelle.

Voyage autour du monde, titre de diverses relations. V. monuk.

Voyage eu Orient, titre de diverses relations. V. Orient,

Voyage en Perse,* titre de diverses relations. V. Perse.

Voyi'pe en Italie, titre de diverses relations. V. Italie.

Voyagea de Marco Polo. V. PoLO (livre de

Marco).

Voyagea d'Iïearue a I océan Septentrional. V. OCEAN.

Voyage eu Perse, par BrydgeS. V, PERSE.

Voyage eu Sibérie, par M. Castren. V. Sibérie.

Voyage au Pérou , par le docteur de Tschudi. V. Pérou.

Voyages à Pëbiu, Mauille, etc., par de Guignes. V. Pékin.

Voyage eu Perse et antres lieux de 1 Orient,

de Chardin. V. Perse.

Voyages en Orient et don» l'archipel Indieu, par Poulailler. V. URIhNT.

Voyoge en Lopouie, par Regnard. V. La-

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