‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 843 sur 1042 · V. COURBE · texte numérisé non relu

V. COURBE

— Anat. Voûte du crâne. V. crâne.

— Voûte palatine. V. palais.

— Voûte à trois piliers, Voûte à quatre piliers ou irigone cérébral. V. tbigone.

VOiItE-CHILLÀC (la), village de France (Haute-Loire). V. Lavoûte-Chillac.

VOÛTE- SUR LOIRE (la), village de France (Haute - Loire). V. Lavoûte-sur- Loire.

VOÛTÉ, ÉE (voû-té) part, passé du v.

Voûter. Qui est couvert d'une voûte : Omis celte maison, toutes les offices sont voûtées. (Acad.)

— Par anal. Surmonté d'une partie courbée en forme de voûte :

. . . Tes grottes, tes rochers

Sont de vastes palais voûtés par la nature.

Delillb.

I Courbé en forme de voûte :

Sur un front blanc comme l'ivoire, Deux petits arcs de couleur noire Etaient mignardement voûtés

VOITUEE.

— Courbé, plié en avant : Un homme voûté. Aooir le dos voûté, les épaules voûtées. Un dos VOÛTÉ annonce la souffrance morale. (Th. Thoré.)

— Uraimn, ar. Lettres voûtées,ïfom donné aux quatre lettres sad, tha, dhad et d/ia, par opposition à toutes les autres, qui sont appelées ouvertes.

VOÛTER v. a. ou tr. (voû-té — rad. voûte). Couvrit- d'une voûte : Voûter une cave, une suite de spectacle, une nef d'église. Dans tes percements souterrains des chemins de fer, on est presque toujours obligé de voûter la galerie pour soutenir les terres et rochers contre les ébouiements. (Tourneux.)

— Techn. Voûter un fer à cheval, En rapprocher les deux branches, en frappant sur l'une des deux, lorsqu'il est trop ouvert.

Se voûter v. pr. Etre formé, se former en voûte : Les plafonds, qui s'appuient sur tes frises, sk voûtent en coupoles profondes pour recevoir des apothéoses de dieux, peintes à fresque par des artistes immortels comme eux. (L. Enault.)

— Devenir voûté, en parlant des personnes ou de la taille : Les personnes de grande taille se voûtent plus prunifiiement que les autres.

VOUTEZAC, bourg et comm. de France (Corrèze), cant. de J uillae, arroud. et à 25 kilom. N. de Brive ; pop. aggl., 3$$ hub. — pop. tôt., 2,426 hab. Houillère ; carrière d'ardoise. Le hameau du Saillant, dépendance de la commune de Voutezac, occupe un des sites les plus pittoresques du Limousin, au bord de la petite rivière de Vezère.

VOÛTIS s. m. (voû-ti — rad. voûte). Mar. Partie extérieure de l'arcasse.

VOÛTURE s. f. (voû-tu-re — rad. voûte). Chir. Espèce de fracture du crâne.

VOUTZ s. m. Autre orthographe du mot

"WOOTZ.

■ VOUVANT, anciennement Volventum, bourg et comm. de France (Vendée), cant. de La Châtaigneraie, arrond. et à 13 kilom. de Fonteiiay-lti-Conue, près de la forêt de Mervent; 1,250 hab. En 900, Guillaume IV, dit le Grand, duc d'Aquitaine, concéda à l'abbé de Maillerais une partie du territoire de la commune de Vouvant, kla condition expresse d'y bâtir une église et un monastère. Le monastère a depuis longtemps disparu; seule, l'église a traversé les siècles intacte. Ce monument, de style byzantin, est extrêmement remarquable et la façade est un morceau de premier ordre. Un grand portail encadre dans son arc deux autres plus petits; tous trois sont à plein cintre, soutenus pur des eoiounatles et surchargés d'une ornementation luxuriante et fouillée, que la photographie seule pourrait rendre avec exactitude. Ils sont surmontés de deux grands bas-reliefs parallèles, le premier représentant la Cène, le second l'Ascension. Les personnages sont en ronde bosse; la roideur de leur pose, leur expression naïve leur donnent un caractère profondément religieux. Suivant {'Abécédaire archéologique Ue M. de Caimiûnt, ces bas-reliefs sont postérieurs de deux siècles au reste de l'édifice. Au-dessou» figurent, S9 faisant pendant, deux statues de grande proportion et qui, suivant toute apparence, datent d'une époque encore plus rapprochée; ou peut leur assigner le xv<* siècle. Celle de droite représente un chevalier couvert d'une armure; celle de gauche, la sainte Vierge, les pieds appuyés sur un croissant et tenant l'Enfant Jésus dans ses bras.

VOUVKAY, bourg de France (Indre-et- Loire), ch.-l. de cant., arrond. et à 11 kilom. E. de Tours, au confluent de la Cisse et de la Loire; pop. aggl-, 1,071 hab. — pop, tôt., 2,180 hab. Fabrique de chandelles, briques, et toiles. Une partie des habitations du bourg sont creusées dans des rochers recouverts de terre cultivée. Sur le coteau de la Loire s'élève le château de Moutuontour. Belle église paroissiale du xv'e siècle, récemment restaurée. Ou récolte dans cette commune des vins blancs entrant dans la quatrième classe des vins d'ordinaire de première qualité. Le vi-

voxe

gnoble de Vouvray, qui a environ 1,500 hectares, est assis sur un coteau calcaire à soussol argileux, assez incliné au midi, à l'E. et h l'O. On y récolte principalement ries vins blancs, produits par le gros et le menu pineau , qui n'ont rien de cumimin avec les pineaux bourguignons. Les quartiers les plus renommés hont : le clos Baudouin, le clos Bouchet, le Mont et Boisrideau. Pendant sa végétation, la vigne reçoit trois façons : la première ou le lever, du l" au 15 avril; la deuxième ou rabattage, vers la Saint-Jean, et enfin un binage en août. En général, on ne fume pas la vigne ; mais il est d'usage de l'amender tous les quatre ou cinq ans, en reportant au sommet du coteau la terre dévalée des hauteurs. L'échalassement, le rognage, l'ébourgeonnement ne sont pas pratiqués, et l'on n'épampre que dans les années troides. On vendange très -tard, lin octobre et même en novembre. On foule à demi le raisin avec des sabots ou bien on le pressure dès son arrivée; on entonne, on ouille tous les trois ou quatre jours, puis toutes les semaines, puis tous les quinze jours; on bonde vers Noël ; on soutire deux fois par an, en mars et avril, eu méchant légèrement, afin de conserver la transparence du vin et de retarder sa fermentation. Quelques mois après le tirage en bouteilles, on fait subir au vin blanc un dégorgement analogue à ce qui se. pratique en Champagne, procédé qui contribue singulièrement à lui conserver sa limpidité. Dans les grandes années, le vin de Vouvray est trèsliquoreux, mais cette qualité est exceptionnelle. En générai, c'est un vin capiteux qui a le goût de tuf ou de terroir. Bien que sa réputation soit quelque peu déchue, il ne se vend pas moins de 90 k 100 francs la pièce dans les années moyennes. C'est un vin audessus de l'ordinaire , qui ne saurait être élevé au rang de vin fin. Il perd rapidement sa douceur et devient bientôt violent. Les Pays-Bas en font une grande consommation. VOUVRILLON, ONNE s. et ndj. (vou-vrillon, o-ne ; Il mil.). Habitant de-Vouvray; qui appartient à cette ville ou à ses habitants ; Les Vouvrillons. La population voo-

VR1LLONNK.

VOUZ1ERS, ville de France (Ardennes), ch.-l. d'arr.ond. et de cant., à 50 kilom. S. de Mézières, sur l'Aisne ; pop aggl., 2,954 hab. — pop. tôt., 3,059 hab. L'arrondissement comprend 8 cant., 131 comm. et 55,906 hab. Tribunal de lre instance. Fabriques de vannerie fine, huileries, briqueteries, tanneries, exploitationdeeraie-tuft'eau, filature de laine, brasseries. Commerce important de céréales, bestiaux, vins, houille et ardoise. Cette petite ville, située dans une contrée fertile, est propre et bien bâtie ; elle possède une église du xve siècle, classée au nombre des monuments historiques, La façade, quoique inachevée, est remarquable; elle se compose de trois beaux portails du style de la Renaissance. Le 16 septembre 1872, on a inauguré à Vouziers un monument élevé & la mémoire des Ardennais morts pour la défense de la patrie pendant la guerre de 1870-1871.

VOUZON, bourg et commune de France (Loir-et-Cher), cant. de Lamotte-Beuvron, arrond, et à 44 kilom. N.-E. de Romorantin ; 1,460 hab. Exploitation très -importante de bois de sapin, expédié à l'a ris sous forme de cotrets et Servant à la consommation de la boulangerie; four à chaux; tuileries, briqueteries, poterie , fabrication de tuyaux de drainage. Aux environs, château de la Orillière, construit au xvit© siècle sur pilotis, dans un marais ; il fut acquis par Napoléon iil.

VOVAN s. m. (vo-van). Moli. Espèce de coquille du genre telline. .

VOVES, bourg de France (Eure-et-Loir), ch.-l. de cant., arrond. et à 23 kilom. S.-E. de Chartres ; pop. aggl., 936 hab. — pop. tôt., 1,845 hab. Fabriques de bonnets, gants et chaussures; élève de volailles pour Paris.

VOX CLAMANTIS IN DESERTO (La voix de Celui qui crie dans te désert), Réponse de saint Jean-Baptiste aux Juifs qui lui demandaient s'il était le Christ ou s'il était prophète : « Je suis, leur dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert; rendez droite la voie du Seigneur 1 » Aujourd'hui,' sous les deux formes, les niots : Vox clamantis in deserto, Voix de celui qui crie dans le désert, ont un sens détourné du sens primitif. Ils signifient, dans l'application, prêcher, conseiller, parler eu vain, et de là est venue l'expression trier, prêcher , parler dans le désert, c'est-à-dire parler sans être écouté :

■ C'est votre vie, monsieur, et non pas la mienne, qui est utile au monde; je ne suis que vox clamantis in deserto. >

Voltaire.

« La- voix de saint Vincent de Paul, cette voix qu'on retrouve au-dessus de toutes les misères de notre nature, criant et implorant, vox clamantis in deserto, fut la seule qui s'éleva jamais en faveur des aliénés. ■

Alphonse Esquiros.

« J'ai toujours dit la vérité, ou du moins ce que j'ai cru être la vérité. Sans doute, c'a été bien des fois' vox clamantis in deserto; mais qu'importe, quand le devoir est accompli 1 >

Matharbl du Fihnnes.

VOXP

i L'histoire que je viens de raconter est l'histoire du coq de bruyère de la Laponie, de laSouabe, de la Sibérie, de la Bohême, etc., et non celle du coq de bruyère de France. Celui-ci, réduit à la continence par la misère des temps, et à qui sa pauvreté ne permet pas d'entretenir le nombre d'épouses légitimes que sa loi autorise, s'estime quelquefois heureux de trouver une poule qui réponde à sa voix. On en a vu qui ont prêche des semaines entières dans le désert, et qui sont morts *k la peine avant môme d'avoir

fait leurs frais. ■

Toussenel.

« Vous ne savez pas quel est le sort d'un journaliste en province... Incompris, froissé, dédaigné, les moindres phrases qu'il publie sont interprétées et commentées par la mesquinerie des intérêts privés, par une jalousie haineuse, par une stupidité méchante. Exprirae-t-il une idée généreuse, on en fait une idée cupide et liasse; piopose-t-il une amélioration, c'est, dit-on, parce qu'il doit y gagner quelque chose; attaque-t-il un abus, c'est un esprit de vengeance personnelle qui l'anime. Il faut qu'il cache, comme un vice, ses goûts littéraires, car on lui rirait au nez pour tant de présomption. Personne ne l'aide, personne ne l'approuve, même ceux qui le mettent en avant. Ohl voyez-vous, c'est une existence intolérable que d'être ainsi la voix qui crie dans le désert, que d'entendre des rires et des injures répondre aux paroles généreuses qu'inspirent la conscience du bien et l'amour du pays. »

Henri Bkrthoud.

VOX FAUCIBUS HiUSIT (Ma voix s'arrêta au gosier). Fin d'un vers de Virgile (Enéide, liv, III, v. 48). Ënée vient de quitter les rivages de Troie ; il aborde en Thrace et se prépare k offrir un sacrifice aux dieux; il se dirige vers un bois épais afin d'y cueillir des branches pour orner l'autel improvisé. Mais k peine le fer a-t-il touché le premier arbre, que le sang jaillit, et une voix plaintive se l'ait entendre : « Enèe, pourquoi déchirer un malheureux ? Epargne les morts I ■ Celui qui parle ainsi, c'est Polydore, un des fils de Priam, confié aux soins de Polymnestor, roi de Thrace, et massacré par celui qui devait le défendre.

C'est -pour peindre son êtonnement à la vue de ce prodige, qu'Enée s'écrie :

Obsiupui, sleieruntque coma et vox faucibus hœtil.

« Je demeurai immobile d'étonnement; mes cheveux se dressèrent, ma voix s'arrêta daus mon gosier. «

Cette image à été souvent employée par les poètes pour peindre l'étonnemeut, lu stupeur :

Mais sa langue en ta bouche à l'instant s'est s/lacée.

Racime.

La force l'abandonne, et sa bouche, trois fois, Voulant le rappeler, ne trouva plus de voix.

BuJLliAU.

• Nous donnons le nom de faucël k la voix de tête, parce qu'elle n'est point formée dans la poitrine, mais inter fauces, dans la gorge , témoin cet hémistiche : Vox faucibus h&sit, cent fois répété par Virgile et les autres poètes latins. Vous voyez que ce mot faucet, d'origine antique, n'offre aucun rapport avec les qualités justes ou fausses de la voix. D'ailleurs, en musique, rien de faux ne saurait être admis. «

Castil-Blazh.

• Voilà la lugubre vérité sur la Conven. tion : la pitié, l'horreur, les vociférations du choeur sanguinaire, les rugissements des bourreaux, le cri prolongé et réunissant des victimes, elle eut tout cela;- mais ce n'était plus la langue, c'était des hoquets et des sungloteinents d'agonie : Vox faucibus Itxret. Plus on aime la Révolution, plus on doit flétrir lu Convention. . »

Lamartine.

VOX POPUU, VOX DEl (La voix du peuple est la voix de Dieu). 11 est rare que le jugement de tous ue soit pas la révélation du vrai et de l'instinct du bieu. Mais il ne faut pas confondre la voix du peuple avec les bruits populaires. Le proverbe ne signifie pas qu'il faut adopter 1 avis de la multitude ignorante. La Fontaine a dit :

Le peupla est juge récusable; En quel sens est donc véritable Ce que j'ai lu dans certain lieu, Que sa voix est la voix de Dieut

Colbert, ce ministre tant regretté, faillit être déchiré par la multitude après sa mort ; une femme du peuple qui avait été voir son convoi disait avec satisfaction eu s'en retournant ; « Je viens de donner de l'eau bénite k Colbert, parce que j'ai entendu dite que cela fait souffrir davantage les «lunules. « Pourrait-on répéter ici : Vox populi, vox Deït

« Vox populi, vox Dei. Je ne sais si jadis ce proverbe s'appliquait juste; mais si jamais il a dit vrai, je sais qu'aujourd'hui vox Dei,

VOYA

quand elle prend pour organe vox populi, est • assez mal écoutée, et qu'on ne se gêne pas Pour lui dire : Taisez- vous, impertinence, vous êtes une factieuse. •

Victor Dbcange.

• Vox populi, vox Dei, « avait répondu Danton, en entendant-le premier coup de tocsin du 2 septembre, à un député qui le pressait d'intervenir en faveur des victimes. »

Lanfhby.

t Le régime représentatif a élevé aujourd'hui le vieil adage, vox populi^vox Dei, au rang d'article de foi politique. >

Michel Chevalier.

« Le maître avait dit : ■ Quand vous serez » plusieurs ensemble, mon esprit sera avec » vous. ■ I.e christianisme primitif se montra toujours fidèle à cette parole divine. 11 a compris que le vrai sanctuaire de l'Esprit saint est la foule, le peuple, la société : Vox populi, vox Dei. »

• Vacherot.

« Quand il fut question d'introduire en France l'industrie des toiles peintes, toutes les manufactures du royaume jetèrent des cris de détresse. La ville d'Amiens se distingua entre toutes les autres par son indignation et son éloquence. Elle envoya au ministre une adresse qui se termine par ces paroles : « Au reste, il suffit, pour proscrire » à jamais l'usage des toiles peintes, de rap- » peler que tout le royaume frémit d'horreur » quand il entend annoncer qu'elles vont être • permises : Vox populi, vox Dei, »

Jules Simon.

VOY (SAINT:), bourg et comm. de France (Haute-Loire), cant. de Tence, arroiul. et à 19 kilom. B. d'Vssingeuux, sur un affluent du l.ignon ; pop. aggl., 95 hab, — pop. tôt., 8,522 hab.

VOYAGE s. m. (voi-ia-je ou vo-ia-je. — Ce mot répond par sa structure bu latin viatica»i,qui signifie proprement argent de voyage, de via, voie, chemin, mais qui est employé déjà avec l'acception moderne de cheminement dans Venantius Fortunatus. Le latin viaticum est aussi le type du français viatique). Action de se transporter du lieu où l'on était dans uu lieu éloigné : Faire un voyage, un long voyage, un grand voyage, un petit voyage. Voyage au Levant, duns le Levant, à Naples, en Italie, en Afrique. VOYAGE par mer, par terre. Voyage en voilure, à cheval, en poste, en aérostat. Voyage autour du monde. Le but, le terme d'un voyage. Les voyages usent le corps comme les équipages. (Mme de Sév.) Il n'y a point de meilleure école de sagesse que celle des voyages, (La Mothe-le-Vayer.) Les voyages se composent uniquement de départs et d'arrivées. (De Custine.) Un voyage prouve moins de déiirs pour' Ce que l'on va voir que d'ennui de ce que l'on quitte. (A. Karr.) || Séjour dans un lieu où l'on ne fait point sa demeure ordinaire : Le VOYAGE de ta cour à Fontainebleau sera de trente jours. Il est du voyage de Compiâgne. Mon voyage à ma terre sera de six semaines. (Acad.)

— Par ext. Allée et venue d'un lieu à un autre : J'ai fait vingt voyages chez lui sans le trouver. Il m'a fait faire plusieurs voyages inutiles, u Allée ou venue qu'on fait taire à un homme de peine, à un commissionnaire : Ce crocheteur, ce charretier a fait deux voyages pour moi. Il faut payer ses voyages. (Acad.)

— A signifié Fois, reprise, et est encore usité en Provence dans ce sens.

— Fig. Série d'actions que l'on accomplit successivement , et qui aboutissent à un turme : La vie est un voyage. Il faut s'approvisionner, se préparer pur l'étude pour le tong voyage de la vieillesse. (Delille.) Il faut consulter ceux qui ont fait te voyage de la vie, car on ne peut avoir d'expérience qu'au retour, (Mme de Staël.) L'avare arrive toujours au terme du voyage sans avoir complète ses provisions. (Ch. Hod.) il Excursion, digression : Un système est un voyagb au pays de la vérité. (De Bonald.)

— Voyage de long cours ou au long cours, Grand voyage sur mer.

— Voyage d'outre-mer, Voyage que les chrétiens entreprenaient autrefois pour faire la guerre aux musulmans.

— Fam. Faire le voyage de Vautre monde, le grand voyage, Mourir.

— Philol. Récit d'un voyage vrai ou feint : Ma foi, je crois que lorsque Cyrano de Bergerac fit son voyage dans la lune, il en avait déjà un quartier dans la tête. (Ménage.) Pour bien écrire un voyage, iV faut un littérateur avec des qualités de peintre, ou un peintre avec tin sentiment littéraire. (Th. Gaut.)

— Ane. pratiq. Frais de déplacement qu'on allouait à l'une des parties ou à des témoins : Taxer les voyages.

— Franc-maçonn. Nom donné à certaines épreuves que Ion fait subir à ceux qui veulent entrer dans l'ordre, ainsi qu'aux adeptes qui veulent passer d'un grade inférieur à un grade supérieur.

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— Encycl. L'histoire de tous les voyages serait l'histoire de la géographie et des relations de tous les peuples eDtre eux. Nous ne pouvons point tenter ici une œuvre d'une étendue si considérable; nous nous contenterons de présenter brièvement aux lecteurs les hommes qui, par leurs, découvertes géographiques ou leurs connaissances des peuples étrangers, ont le plus aidé aux progrès de la science et à la connaissance des différentes races qui peuplent le globe. Les premiers voyageurs sont ces peuples qui, a une époque très-ancienne, «e séparant de la grande famille , allèrent chercher une patrie à travers des régions inconnues. Les seuls monuments que nous conservions de ces premiers voyages ne subsistent plus que dans la langue et la religion, et il fallait, pour les y découvrir, que deux sciences nouvelles'naquissent du génie humain, la philologie comparative et la mythologie comparée. Dans les premiers temps et pendant de longs siècles, les hommes ne formèrent que des tribus errantes qui cherchaient, pour ainsi dire, un domicile. Mais une fois qu'elles furent fixées, peu à peu elles éprouvèrent le besoin de se reconnaître et de se fréquenter. De là, les rapports qui s'établirent entre elles. Un fait qui apparaît dans toute l'histoire grecque, c'est su préoccupation de l'Orient. La Grèce s'y sentait rappelée comme par un confus soutenir, un vague instinct de race qu'elle ne se définissait pas à elle-même. Cette tendance vers l'Orient est naïvement exprimée, en mainte occasion, par sa mythologie et par sa Fable, car il faut bien reléguer dans la Fable la tradition du voyage des Argonautes qui firent voile vers la Colohide. La guerre de Troie, où l'on vit 100,000 Grecs se diriger en Asie sur 1,200 navires, inaugura pour le monde une période nouvelle. L'Occident et l'Orient se sont connus dans les plaines de la Troade. Plus tard, les philosophes grecs, Thaïes, Pythagore, Anaxfmandre, Leucippe, Héraclide, Xénophane , Anaximène, voyagèrent dans l'Orient à la recherche des grandes traditions de la sagesse. Homère aussi, le mendiant divin, fut un voyageur, comme son Ulysse, qui visita Chypre, la Phénicie, l'Egypte et la Libye. Mais le premier qui vraiment viut resserrer entré les Grecs et les Orientaux les liens de l'antique parenté oubliée , c'es"t Hérodote (H84 av. J.-C), qui visita les colonies grecques du Pont-Euxin, Suse, Babylone, Tyr, 1 Egypte et la Cyrénaïque. La place qu'occupe Marco Polo dans les temps modernes, Hérodote l'occupe dans les temps antiques. Ils marquent l'un et l'autre un moment dans l'histoire humaine. A partir d'Hérodote, les voyages se multiplient. Déjà les vaisseaux phéniciens parcouraient en tous sens la Méditerranée; ils s'étaient risqués dans l'océan Atlantique et peut-être avaient par mer abordé dans l'Inde. Le moment arrive des expéditions tentées dans un but scientifique ou commercial. Sataspes, sous le roi Xerxès, se propose de faire le tour du monde, mais il ne va pas au delà des colonnes d'Hercule. Le plus ancien livre de voyage que nous connaissions pavait être le Périple au navigateur carthaginois Hannon. Ce navigateur, chargé par ses compatriotes d'entreprendre un voyage au delà des colonnes d'Hercule et de fonder des villes phéniciennes sur les côtes de la Libye occidentale, prit la mer avec 60 vaisseaux. Ayant franchi le détroit qui sépare l'Europe de l'Afrique, il longea les côtes de la Libye, fonda un établissement important dans une lie, qu'il nomme Cerné et que l'on croit être l'île d'Arguin,puis il navigua encore pendant vingt-six jours; mais le manque de vivres le força de rentrer à Carthage. On ne s'accorde pas sur le lieu qui fut le point extrême de son voyage. Les uns croient qu'il ne dépassa pas la Sénégambie ; d'autres, qu'il alla jusqu'au cap des Trois-Pointes. La relation de son voyage, qu'il écrivit en carthaginois, fut placée par lui dans un temple ; elle fut dans la suite traduite en grec; c'est cette traduction qui nous est parvenue, t Les Grecs et les Romains, dit Walckenaër, marins peu entreprenants et qui jamais n'osèrent dépasser le cap de Nun, ne crurent pas à la navigation d'Hannon et s'en moquèrent comme on s'est moqué de la relation de Marco-Polo avant que les progrès des découvertes vinssent en confirmer les détails. Les premiers modernes, tels que Ramusio, qui publièrent les relations des découvertes des Portugais sur la côte d'Afrique furent frappés de leur analogie avec la relation d'Hannon, et lui accordèrent une attention que l'incrédulité de Mêla et de Pline lui avait refusée. • Il y a dans le Périple d'Hannon des faits choquants et inadmissibles; mais ils ne suffisent pas pour faire rejeter la relation tout entière. Quant à l'époque où s'accomplit ce périple, les avis sont très-divers. Suivant les uns, il remonterait au x« siècle av. J.-C:, tandis que d'autres ne le placent pas plus loin que ?an 300. L'opinion la plus probable est celle de Bougainville, qui le place au vie siècle av. J.-C.

Ou autre voyage très -célèbre chez les Grecs fut celui de Pythéas, que l'on croit avoir vécu au ive siècle avant notre ère. Il franchit lés colonnes d'Hercule et, tournant au nord, atteignit le cap Finistère, traversa la Manche, séjourna en Bretagne, en Danemark, en Suède et s'arrêta à l'Ile de Thulé (probablement l'Islande). Les deux ouvrages

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dans lesquels il consigna ses- observations ne sont pas venus jusqu'à nous. Ils étaient intitulés : De l'Océan et Périple de la terre. Les anciens, et surtout Strabon, ont fait à ces écrits de nombreux emprunts. Vient ensuite le voyage du navigateur crétois Néarque, que des bouches de l'Indus ALexandre envoya jusque vers l'Euphrate, pour visiter les côtes de la Perse, et dont Arrien nous a donné le journal. On peut consulter avec fruit, sur ce voyage, l'ouvrage de William Vincent, intitulé le Voyage de Néarque. Un autre périple grec d'une bien moins grande importance nous est parvenu; c'est le voyage de Scylax sur les cotes de l'Europe, de l'Asie et de la Libye. Il est antérieur à Alexandre et probablement du ive siècle avant notre ère.

Les livres de voyages, rares chez les Grecs, le furent encore plus chez les Latins. Nous n'en pouvons citer qu'un, l'Itinéraire de Rutilins; mais il est précieux au point de vue littéraire. Rutilius Numatianus était Gaulois d'origine ; il fut maître des offices et préfet du prétoire sous l'empereur Honorius. Vers l'an 420, il partit de Rome pour la Gaule, et fit par mer le voyage dont il a raconté les incidents dans un poëme en vers élégiaques. La barque qui le portait touchait à terre chaque soir. Il visitait tous les objets curieux qui lui étaient signalés au passage. Ses descriptions présentent des traits heureux. Les jeux de mots, les antithèses, la déclamation sont les défaut* de cette œuvre. En général^ l'auteur, suivant M. Villemain, n'a point d ordre et ne se propose point de but; il se rappelle l'impression des lieux parcourus, et tour à tour décrit et déclame.

Au moyen âge, ce sont des Juifs et -des Arabes qui continuent la littérature des voyages. Abou'l-Kasem-Mohammed ou lbn-Haukal, voyageur arabe du Xe siècle, quitta Bagdad en 942 et visita une grande partie du monde musulman. 11 recueillit des observations sur la géographie, l'histoire, le commerce, les mœurs et les coutumes des habitants, puis les consigna dans un ouvrage intitulé : les Boutes et tes royaumes (Al-Mesalik we al-Memalik). Benjamin de Tudèle, rabbin espagnol du xn» siècle, voyagea dans le dessein de visiter les synagogues de l'Europe et écrivit la relation de ses voyages en hébreu sous le titre à' Excursions (Mazakoth). Au xv»e siècle, le Maure Batuta parcourut l'O* rient et alla même jusqu'en Chine. Ses voyages, très-curieux, ont fait le sujet d'un livre de Kosegarten, intitulé :De Muhammede Ebn Batuta, Arabe Tingilano, ejusque itineritius commeiiÉaiio acadewica (léna, 1818, in-4<>).

Les chrétiens du moyen âge, à partir des croisades, répandirent dans l'Occident des notions sur les contrées orientales et particulièrement sur la terre sainte ; mais ils les mêlèrent au récit des événements militaires ou politiques, et ne les réunirent pas dans des ouvrages spéciaux. Vers la même époque, on dut au génie du commerce l'uu des voyages les plus .importants qui aient jamais été entrepris, iè voyage de Marco Polo. Il est assez étrange qu'on ne sache pas en quelle langue fut écrit le texte primitif de cette relation. Les uns penchent pour le latin, d'autres pour l'italieu ; mais cette dernière opinion paraît devoir être abandonnée. Le comte Baldelti Boni a, en eiTet, démontré, dans les prolégomènes de son ouvrage intitulé II Milione di Marco Polo (Florence, 1827, 2 vol. iii-4»), que le plus ancien texte italien aujourd'hui connu, remontant à 1309, est la traduction d'une rédaction française antérieure. Cette rédaction française du livre de Marco Polo fut donnée par Alarco Polo lui-même, en 1307, à Thiébault de Cépoy, représentant à Venise de Charles de Valois, fils du roi Philippe le Hardi; Jehan, fils aîné de Thiébault, remit à Charles de Valois une copie de l'original, et il eu donna aussi des copies à ceux de ses' amis qui les lui demandèrent. Elle porte pour titre : Livre des merveilles dumonde. En voici le début : ■ Pour savoir la pure vérité de diverses régions du monde, si prenez ce livre et le faites lire ; si y trouverez les grandismes merveilles qui y sont escriptes de lagrant Hermenie (Arménie) et de Perse, etdesTartares et d'Inde, et de maintes autres provinces, si comme notre livre vous contera tout par ordre apertement ; de quoi inessire Mare Pol, sage et noble citoien de Venise, raconte pour ce que il le vit. Mais auques y a des choses que il ne vit pas, mais il l'entendit d'hommes certains par vérité. Et pour ce mettrons-nous les etioses veues pour veues, et les entendues pour entendues, à ce que uostre livre soit droit et véritable, sans nul mensonge. Et chascuns qui ce livre orra ou lira, le doie croire, pour ce que toutes sont choses véritables, a Le Livre des merveilles du monde contient donc une description historique de l'Asie orientale, contrée dont auparavant l'Europe soupçonnait à peine l'existence. Marco Polo partit pour l'Orient à l'âge de quinze ans, en 1271. 11 y accompagnait son père et son oncle, qui, commerçants riches et entreprenants, avaient poussé vers 1260 leurs entreprises jusqu'en Perse et qui, ayant obtenu la faveur du grand khan de Tartarie, avaient été par lui envoyés en mission près du pape. Quand ils revinrent près du khan, « et quand il vit Marc, qui estoit joenes bacheler, si demanda qui il estoit : « Sire, dist son père, il est mon tilaet vostre » homme. — Bien soit-il venu,» dit le sei- ■ 'ii eu.- Le ;eune Marc s'habitua bien vite

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anx usages de la cour mongole. « Il appris* si bien la coustume des Tatars et leurs languages, et leur lettres et leur archerie, que ce fut merveilles... Si que, quant le seigneur vit que il estoit si sages, et de si beau et bon portement, il l'envoia en un message en une terre où bien avoit six mois de chemin. Le joene bacheler fist sa messagerie bien et sagement. Et pour ce que il avoit veu et seu plusieurs foiz que le seigneur envoioit ses messages par diverses parties du monde, et quand ils retornoient ils ne li savoient autre chose dire que ce pourquoy ils étoient aie, si les tenoit touz à tolz et à nices. Et leur disoit : « Je ameroie miex ouïr les nouvelles i> choses et les manières des diverses contrées • que ce pourquoi tu es alez; car moult se deleitoit à entendre estranges choses. Si que, pour ce, en alant et retornant, il (Marc Pol) mist moult s'entente de savoir de toutes diverses choses, selon les contrées, à ce que, à son retour, le peust dire au grant khan. • Ainsi, c'est dans 1 intention de plaire au grand khan et de satisfaire sa curiosité que Marco Polo étudia les contrées lointaines où il fut envoyé en mission, c'estrà-dire le Tonk'm, la Chine et la Cochinchine. C'est à ce désir que sont dues les observations d'où naquit le livre qui changea si profondément les idées géographiques de 1 Europe. Citons encore, a ce sujet, Walckenaër : « Comme chaque jour les notions sur les pays décrits par Marco Polo- confirmaient de plus en plus ce qu'il avait dit, les cosmographes les plus instruits s'en emparèrent, et, malgré la brièveté et le peu d'ordre de ses descriptions, ils dessinèrent d'après elles sur leurs caries, comme d'après les seules sources uuthentiques, toutes les contrées de l'Asie, à l'orient du golfe Persique et au nord du Caucase et des monts Himalaya, ainsi que des côies orientales d'Afrique. La science se trouva régénérée, et, quoique imparfaite et grossière, elle fut en harmonie avec les progrès des découvertes et les langues usitees'k cette épuque. On vit paraître pour la première fois sur une carte du monde la Tartarie, la Chine, le Japon, les îles de l'Orient et l'extrémité de l'Afrique, que les navigateurs s'efforcèrent dès lors de doubler. Le Cathay, en prolongeant considérablement l'Asie vers l'est, fit naître la pensée d'en atteindre les côtes et de parvenir dans les riches contrées de l'Inde en cinglant directement vers l'occident. C'est ainsi que Marco Polo et les savants cosmographes qui les premiers donnèrent du crédit à sa relation ont préparé les deux plus grandes découvertes géographiques des temps modernes : celle du Cap de Bonne-Esperance et celle du nouveau monde. Les lumières acquises successivement pendant plusieurs siècles ont de plus en plus confirmé la véracité du voyageur vénitien, et lorsque enfin la géographie eut atteint, au milieu du xvm°. siècle, un haut degré de perfection, la relation de Marco Polo servit encore à d'Anville pour tracer quelques détails dû centre de l'Asie. » Cette appréciation si èlogieuse n'a rien d'exagéré. Les rapports adressés aux souverains de l'Espagne par Christophe Colomb prouvent, en effet, qu'il était sous l'influence des opinions suggérées par le livre de Marco Polo et que dans toutes les terres dont il faisait la découverte il voyait des dépendances du Cathay, c'est-à-dire de la Chine.

Ce fut sous Jean H, roi de Portugal, que Barthélémy Diaz et son frère Pierre parvinrent à doubler le cap de Bonue-Esperance, et sous le roi Emmanuel que Vasco de Gamft fit la conquête des Indes. D'un autre côté, Ferdinand et Isabelle la Catholique, les souverains espagnols, venaient, par le génie de Christophe Colomb, de prendre possession du nouveau monde, où abordèrent peu de temps auras lui Alonso Ojeda et Americ Vespuce, qui découvrirent le continent lui-même, et Vincento Pinçon, qui découvrit le Brésil. C'est donc aux Portugais d'abord, puis aux Espagnols que l'on doit les grands voyages maritimes qui font la gloire de cette époque et les intrépides navigateurs qui tirent faire de si grands progrès à la science géographique. Digne continuateur des souverains qui l'avuient précédé, Charles-Quint favorisa également les hardies entreprises des navigateurs. Par ses ordres, Magellan entreprit, eu 1519, l'expédition fameuse qui devait la première faire le tour du monde. Magellan mourut en route, laissant son nom a un détroit; mais le voyage de circumnavigation fut terminé par l'amiral Sébastien Cano, qui prit le commandement après lui. En récompense de ce fait, l'empereur anoblit Cano, et ses armes se composèrent du globe terrestre aveu ces mots eu exergue : Primus me circumdedisti. Sous Philippe II, Fernandez de Quiros et Alvar de Mendana découvrirent les lies de Salomon et la Polynésie en partie.

Vers ce temps parut un livre que l'on peut regarder comme la première histoire générale des voyages. U avait pour titre : Novus orbis regioitutn ac insutarum veteriùus incognitarum (Bile, 1532, in-fol.). L'auteur de cette compilation était Grynœus; il y avait réuni à la relation de Marco Polo les documents que l'on possédait sur les expéditions de Christophe Colomb, d'Améric Vespuce, de Fernaud Cortez, etc.

Bientôt une grande émulation saisit les nations de l'Europe; toutes, l'Angleterre en tête, voulurent suivre l'exemple uu Portugal et de l'Espagne. Ce fut par l'ordre du roi

Henri VII qnô Sébastien et Jean Cabot, navigateurs italiens, découvrirent Terre-Neuve et la plus grande partie de l'Amérique du Nord. A partir de cette époque, l'Angleterre, qui sentait plus que toute autre contrée la nécessité d'avoir des colonies, et que son génie mercantile et aventureux poussait aussi vers les expéditions lointaines, lutta avec l'Espagne et le Portugal. Nous la voyons bientôt, en effet, envoyer Drake exécuter un voyage autour du monde. Sous Elisabeth surtout, la grande navigation fut en honneur. C'est d'abord sir Hughes Willoughby, qui ne réussit point à trouver un passage pour pénétrer du nord de l'Atlantique dans l'océan Pacifique, mais qui eut du moins l'honneur de l'avoir entrepris. Puis Barlow, découvrit la Virginie, et Walter Raleigh visita pour la première fois la Guyane. On sait que ce navigateur, qui colonisa la Virginie, fut décapite par l'ordre de Jacques Ier.

Après Barlow, Hudson chercha le passage si désiré de l'Atlantique dans le Pacifique et donna son nom à la baie qu'il découvrit en cherchant ce passage. Cette recherche fut encore faite sans succès par plusieurs navigateurs, Forbisher, Davis et Phipps, connu plus tard, comme lord président de l'amirauté, sous le nom de Mulgrave. Davis donna son nom a ce détroit, qui parait n'être en réalité qu'une grande baie, puisqu'il est continuellement fermé par les glaces. Après eux, Anson, Byron, Wallis, Carteret accomplirent avec bonheur les expéditions les plus hardies. John Cook fit, en 1683, le tour du monde, et son célèbre homonyme, accompagné de Vancouver, dont le nom n'est pas inoins fameux, fit d'importants voyages, à la Un desquels il périt, comme on sait, massacré par des sauvages des lies Sandwich. Ses travaux sont trop connus pour que nous. les rapportions ici. Parmi les plus célèbres navigateurs hollandais, nous devons citer Van Noort, Pierre Nuyts, Jacques Lemaireet Abel Tusman, qui découvrit la terre de Van Diemen. Les Russes ne comptent qu'un très -petit nombre de grands navigateurs, encore aupartiennent-ils tous à l'histoire contemporaine. Les deux plus connus sont: Kotzebue , fils du célèbre auteur dramatique allemand (v. ce nom) et Krusensiern.

11 nous reste à parler des navigateurs français. Il paraît que, dès le xve siècle, des navigateurs de notre pays, dont le nom n'a pas été conservé , avaient découvert la côte de Guinée, découverte revendiquée pour Jouo de Siimarem et Pierre Escobar vers la fin du xve siècle.

En 1584, Jacques Cartier remonte le fleuve Saint-Laurent et découvre le Canada. L'édition originale du livre qui contient la relation des découvertes de Jacques Cartier est très-rare. 11 est intitulé : Brief récit et succincte narration de la navigation faicte èsiles de Canada, Hocheleya, Suguenay et aullres, et particulièrement des mœurs, langages et cérémonies d'iiabitans d'icelles (Paris, 1545, pet. in-8u). On publia ensuite : Discours du voyage de Jacques Cartier aux terres neufvcs de Canada, Noiimhergue, Hochelega, Labrador et pays adjacens , dites Nouvelle-France (Rouen, 1598, pet. in-8°). Les découvertes de Cartier furent continuées et fécondées par Samuel de Champlain, qui partit de Honfleur le 15 mars 1603. Il remonta le Saint- Laurent, pénétra dans l'intérieur des terres, en dressa la carte, et reprit la roule de France, où, suivant la promesse qu'il avait faite avant son départ, il présenta au roi la relation de sou voyage. Cette relation fut immédiatement imprimée sous ce titre : Des sauuugès ou Voyage de Sumuel Champlain (Paris, 160», in-8u). Champlain retourna au Canada, litde nombreuses explorations, tenta de trouver une route pour aller en Chine et dans l'Inde en passant par le nord de l'Amérique, et fonda la ville de Québec , dont il fit une colonie florissante. Les récits qu'il écrivit de ses voyages témoignent parfois d'une grande crédulité. Voici les titres de ceux qui succédèrent à la narration que nous avons déjà citée : les Voyages et découvertes en la Nouvelle-France es i.unées 1615 à 1618 (Paris, 1619, in-8°); les Voyages de la Nouvelle- France occidentale, dite Canada, faits par de Champtuin, et toutes les découvertes qu'il a fuites en ce paya depuis 1603 jusquen 1629 (Paiis, 1632, uï-40). Il faut compléter les relations de Cartier et de Champlain par V Histoire de la Nouvelle-France (Paris , 1744 , 3 vol. in-4u), ouvrage du Père Charievoix, célèbre missionnaire né a Saint-Quentin.

Les guerres religieuses amenèrent, au xvie siècle , d'autres tentatives d'établissements français en Amérique. L'amiral de Coligny forma le projet d'y fonder une colonie, dans le but d assurer un refuge aux calvinistes persécutés en France. Le vice-amiral Durand de Villegugnon , choisi d'abord pour exécuter ce projet, partit en 1515 et alla jeter l'ancre dans la baie de Rio-Juneiro. 11 prit possession d'une île à laquelle il donna . le nom de Coligny. Les éinigratits, accompagnés de ministres, y arrivèrent en 1557; mais la concorde fut bientôt troublée par des discussions relat.ves à la célébration de la Cène. Villegagnon y joua un rôle despotique, puis abandonna la colonie , qui bientôt se donna aux Portugais. Les réformés appelèrent Villegagnon le Caïn de l'Amérique. Avant son retour en France, Barré avait publié Discoum sur la navigation de Villega-

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gnon en Amérique (Paris, 1558, in-so). Coligny n'abandonna pas son dessein. La Floride, que Juan Ponce de Léon avait découverte en 1512 et dont les Espagnols avaient été plusieurs fois chassés par les naturels, lui parut convenir à une colonie de ses coreligionnaires. Charles IX l'ayant approuvé, il plaça sous le commandement de Jean Ribout et de René de Laudonnière deux navires, où étaient embarqués 500 ou 600 marins et soldats d'élite, tous huguenots. L'expédition quitta Dieppe le 18 février 1562, et s'arrêta dans une baie* qui reçut le nom de Port-Royal (Caroline du Sud). Après avoir construit un fort, qu'ils nommèrent Charles, les deux chefs reprirent la mer et rentrèrent à Dieppe le 20 juillet. La colonie, restée sous la direction du capitaine Albert, ne prospéra pas; la rigueur de ce capitaine exaspéra les colons, qui l'assassinèrent et qui furent conduits ensuite par la misère à tous les excès, même à l'anthropophagie. Ces faits étaient inconnus en France lorsque Laudonnière partit de nouveau pour la Floride, en 1564, avec de nombreux émigrants, entre lesquels se trouvaient des gentilshommes distingués. Il créa un nouvel établissement près de celui qui avait été si promptement ruiné, et construisit le fort Curoline. Après quelques mois de prospérité, la famine amena des troubles et des complots; Laudonnière fut enchaîné sur un navire et les mutins allèrent ravager les côtes de Cuba, préparant ainsi la vengeance des Espagnols. Quand Laudonnière recouvra son autorité, la colonie était presque détruite par le manque de vivres et la désertion. Un convoi de 400 personnes, sous le corainandement de Ribaut, arriva le 27 août 1565. A peine les deux chefs avaient commencé à réparer le fort et à établir les nouvc aux arrivants, qu'une flotte espagnole se présenta à i'improviste. Pedro Menendez , qui commandait cette flotte, somma les Français de se rendre à merci , promettant i que les catholiques seraient humainement traités, mais que les hérétiques ne devaient espérer aucune grâce. • La première attaque qu'il tenta ne réussit pas. Ribaut, malgré les conseils de Laudonnière, voulut. prendre l'offensive, et embarqua tous les hommes valides. Une violente tempête l'empêcha de joindre la flotte ennemie et le jeta en pleine mer. -Les Espagnols, mettant cette circonstance à profit, se présentèrent devant le fort Caroline, où il ne restait pas 40 hommes en état de porter les armes. Laudonnière, après une défense énergique, parvint, à s'échapper avec un seul soldat. Les principaux officiers furent attachés au gibet; Menendez lit placer audessus de leurs cadavres cette inscription : • Pendus, non comme Français, mais comme hérétiques. > Tous les autres , méine les plus inoffeusifs parmi les" colons , furent mis à mort avec une extrême barbarie. • Ces massacreurs et bourreaux d'Hespai^ne, pour couronner leur sanglante tragédie, firent un beau grand feu de joye , et ayans entassé là dessus tous les corps de hommes, de femmes et des petits enfants, les réduisent en cendres, disant que c'estoieut des meschans luthériens qui estoient venus infecter cesle nouvelle ehrestienté et y semer des héiésies. Cette furieuse troupe rejettoit mesme sa colère et sanglant despit sur les morts et les exposé- ' rem en monstre aux François qui restoyent sur les eaux et taschoient à navrer le cœur de ceux desquels ils ne pouvoient, comme ils eussent bien voulu, démembrer les corps ; cararrachans lesyeuxdes morts, lesfichoient au bout des dagues, et puis avec cris, hurlemens et toute gaudisserie, les jettoient contre nos François vers l'eau." (J.Le Moyne de Aloùrgues. • Une tempête livra Ribaut à Menendez; il fut poignardé par derrière, écorché encore palpitant, et les lambeaux de son corps, coupé en morceaux, furent plantés sur des piquets autour du fort. Laudonnière parvint à s'embarquer pour la France, où il arriva au mois de janvier 1566. Il raconta que 400 à 500 colons, hommes et femmes, vieillards et enfants, avaient été égorgés sans déclaration de guerre; que le brave Ribaut , avec 408 marins ou soldats, avait été mis à mort après s'être fié k la foi espagnole, et ii demanda vengeance pour ses amis ainsi que pour l'honneur de notre nation. Charles IX fit une démarche auprès 'de Philippe 11; celui-ci démentit le fait; tout fut dit pour les deux gouvernements. Mais un simple particulier, Dominique de Gourgues, résolut de venger le nom français. Il équipa trois petits navires, montés par 80 marins et 150 hommes d'armes. Arrivé en vue de la Floride au mois d'avril 1568, il fit alliance avec les Indiens et attaqua vigoureusement les Espagnols. A la tête de ses hommes, il s'écriait : « Amis, voilà le3 voleurs qui ont volé cette terre à notre roil voilà les meurtriers qui ont massacré nos Français. Allons, allons, revengeous notre roi, revengeons la France, montrons-nous Français! ■ Le choc fut impétueux. Les Espagnols, forcés d'abandonner leurs retranchements, se précipitèrent dans les bois, où ils tombèrent sous les coups des sauvages. Tous les prisonniers fuient pendus aux mêmes gibets qui soutenaient encore les squelettes des Français. Au-dessus de leurs corps, de Gourgues fit inscrire ces mots : t Pendus , non 'comme Espagnols ou catholiques, mais comme traîtres et assassins.» N'ayant pas des forces suffisantes pour occuper les lieux dont il ve-

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naît de s'emparer, il ramena sa petite troupe en France, et entra à La Rochelle le 6 juin. La postérité a placé son nom parmi ceux des hommes héroïques; mais il fut bien mal récompensé, durant sa vie, de l'acte qui venait de 1 illustrer a jamais. L'ambassadeur d'Espagne demanda sa tête. Il fut obligé de se cacher et vécut dans un état voisin de la misère. Jacques Le Moyne de Gourgues, peintre dieppois, qui avait accompagné Jean Ribaut, a écrit la Relation du capitaine J. Ribaut à la Floride; elle a été publiée pour la première fois dans le tome VI du recueil de Théodore de Bry, intitulé : Narratio regionum Indicarum per Hispanos devastatarum <1'590-159S). René de Laudonnière a laissé : Histoire notable de la Floride, contenant les trois voyages faits en icelle par des capitaines et des pilotes français (Paris, 1586, in -8°). Bazanier a écrit le Voyage du capitaine de Gourgues dans la Floride (1586, in-40), et Sa Bibliothèque nationale possède un manuscrit, la Reprise de la Floride par le capitaine de Gourgues (n° 10,537). Un roman publié en 1857 dans le journal le Siècle, par M. Fulgence Girard, et intitulé te Talion, a pour sujet la mémorable aventure de Dominique de Gourgues.

Deux voyageurs français, au xvna siècle, eurent une grande réputation, Tavernier et Chardin. Le prem'rjr avait déjà visité une grande partie de l'Europe à l'âge de vingtdeux ans; il partit -jn 1638 pour la Perse , a la suite d'une caravnne ; les tissus et les pierres précieuses qu'il «n rapporta lui procurèrent un gain si considérable qu'il résolut de nouveaux voyages en Asie. Il retourna en Perse, parcourut le Mogol , une grande partie de l'Inde, alla au.t lies Célèbes, à Sumatra et à Batavia. De retour en France après son sixième voyage, il vendit à Louis XIV pour- 3 millions de diamants. Il fut admis à la cour, et reçut des lottres de nobles-e en récompense des services qu'il avait rendus au commerce français dans l'Inde. Boileau écrivit pour son portrait les vers suivants :

En tous lieux Ba vertu fut son plus sûr appui, Et bien qu'en nos climats de retour aujourd'hui

En foule ù. nos yeux il présente Les plus rares trésors que le soleil enfante, 11 n'a rien rapporté de si rare que lui.

Tavernier manquait d'instruction ; mais il avait une grande mémoire , et les notes qu'il recueillait pendant ses voyages contenaient des renseignements d'une grande exactitude sur l'histoire, la géographie, les productions, les monnaies, les mesures, les mœurs et les usages des pays qu'il avait vus. D'après ces notes, Chappuzeau et La Chapelle rédigèrent les Six voyages de J.-D. Tavernier, qu'il a faits en Turquie, en Perse et aux Indes pendant l'espace de quarante ans et par toutes tes roules que l'on peut tenir (Paris, 1676- 1C79, 3 vol. in-40). Chardin, fiis d'un riche joaillier, partit aussi, dans un but de commerce, pour les Indes orientales. Ses voyages eurent lieu de 1665 à 1677. Il en écrivit la relation, sous ce titre : Journal du voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes orientales par la mer Noire et par la Cotclade (Amsterdam, 1711, 3 vol. in-4° et 10 vol. in-12). Cet ouvrage jouit d'une grande estime. Le style en est d'une admirable simplicité. Les observations, surtout en ce qui concerne la Perse, témoignent d'une rure.sagacité, et l'exactitude en a été constatée par tous les voyageurs modernes. L'administration, la législation, l'industrie, les sciences, les arts des Persans sont étudiés , ainsi que leurs mœurs, leurs usages et leurs costumes. L'érudition de Chardin lui a permis de contrôler sur les lieux mêmes les passages des historiens et des géographes de l'antiquité relatifs à ce pays, et de les rectifier ou de les compléter. Pour le xvnro siècle, on cite surtout les Voyages autour du monde de Bougainville et de Cook. La relation de Bougainville, écrite par lui-même (Paris, 1771, in-40), est d'un style gracieux et plein de mouvement. Le premier voyuge de Cook fut rédigé par Hawkesworth (Londres, 1773, 3 vol. in-4<>) • le second, par Couk (Londres, 1777, 2 vol. in-4u); le troisième, par Kiug (Londres, 1784, 3 vol. in-4°). lis ont été traduits en français, les deux premiers par Suard (Paris, 1774-1778, 14 vol. in-8°);le troisième, par Denieunier (Paris, 1785, 8 vol. in-8°). Parmi les voyageurs allemands, dont les observations et les récits ont un caractère particulier d'exactitude , nous citerons surtout Forster, Ah -sandre de llumboldt, Lichtenstein , le prince Max de Neuwied , Mailins, Pœppig, Tschudi, Ruppel, Lepsius, etc.

Nous citerons encore , parmi les voyages fameux, les expéditions scientifiques de Verdun de la Crèue, de Fleurieu, de Chabert, de Borda et la malheureuse entreprise de La Pérouse.

Bruni d'Entrecasteaux , envoyé a la recherche de ce dernier, qui accomplit son expédition à la fin du règne du Louis XVI et au commencement de la Révolution, rapporta, au milieu de périls de toute sorte , des documents excessivement précieux qui lui ont servi pour rétliger la relation de son voyage.

Sous le Consulat, le capitaine Baudin est envoyé pour faire le tour du monde et rapporte de ce voyage de circumnavigation de précieuses découvertes sur des contrées k peine connues jusqu'à lui. Sous le gouverne-

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ment de la Restauration , on cite le voyage scientifique de M. Louis Freycinet sur la corvette la Physicienne ; celui de son lieutenant, M. Duperrey, sur la Coquille, destiné à recueillir des documents, à faire des expériences de toute sorte, en un mot, à faire de — nombreuses recherches sur l'astronomie, la météorologie et les sciences naturelles proprement dites. A la même époque , le fils du fameux Bougainville entreprenait et terminait heureusement une expédition scientifique dans l'océan Indien.

Dnmont-d'Urville, dont on connaît la fin malheureuse, le S mai 1842, exécuta deux voyages autour du monde, à juste titre considérés comme les plus importants qui aient été entrepris.

Dans son premier voyage, qui dura plus do trois ans (1826-1829), il longea ^pendant 400 lieues les côtes de la Nouvelle-Zélande, et pendant 350 celles de la Nouvelle-Guinée; il traça la carte hydrographique de l'archipel Viti, des Iles Loyalty, Vanikoro, Hogoleu , Pelew, et releva un grand nombre d'îles et d'Ilots inconnus. Dans le second voyage, qui dura à peu près le même espace de temps (de 1837 à 1840), après deux croisières aux pôles, il explora les quatre archipels les plus im- portants de laPolynésie :Nouka-Hiva, Tonga- Tabou, Taïti et la Nouvelle-Zélande. Il fit ensuite ,"en courant les plus grands dangers, des études hydrographiques sur quelques parties de l'Océanie, les lies Viti, les Nouvelles- Hébrides, les lies Saloinon, Hogoleu, Pelew, releva les côtes de la Nouvelle-Guinée et de , la Louisiane, ainsi que les passes du détroit de Torrès et l'archioel d'Asie, dans ses points principaux.

Toutes les nations commerçantes rivalisèrent longtemps pour chercher le fameux passage nord qui devait faire communiquer l'Europe avec les Indes par le nord de l'Amérique. On vit successivement naviguer dans les régions boréales, Ellis, Martens, Philipp, Davis, Gilbert, Hudson, Baffin, Fox, James, Munk, Jacob May, Owen, Roscheley, Hearn et Mackenzie; malgré tant d'efforts infructueux, cette recherche est poursuivie au commencement de notre siècle. Viennent alors Parry et Franklin; ce dernier reste perdu au milieu des glaces, et nombre d'expéditions vont à sa recherche; dans l'une d'elles se trouve notre compatriote Bellot, qui trouve la mort sur un glaçon ; une autre est commandée par Mac-Clure, qui découvre enfin le fameux passage si longtemps cherché ; Une dernière procure- k l'Américain Hayes l'occasion de découvrir la mer libre du pôle, vers laquelle allait s'élancer Gustave Lambert, lorsqu'il fut tué à Paris durant le siège de 1870-1871. L'Amérique avait été explorée par Vancouver, Robert Gray, Bi'ougthon, Lewis, Clarke, Humboldt; aujourd'hui, malgré son éloignement, elle est aussi fréquentée par les Européens que si elle faisait partie de notre continent. L'Inde, si mystérieuse, n'a plus de secrets pour nous; on a déchiffré ses langues sacrées et pénétré le sens de ses mythes. Les sources du Gange ont été recherchées par Web, Râper, Hearsay et Hodgson ; Mooicroft a pénétré dans le petit Thibet, le Père Hue a parcouru la Chine et laTartarie; enfin, les lettres de Victor Jacquemont restent un monument impérissable. En Afrique, à Mungo-Park, à Bowdick, à Tooli, à Belzoni, à Beaufort, à Peddic, à Wodney a succédé Livingstone qui, plus heureux qu'eux tous, a traversé le continent africain dans toute sa largeur. Il n'est pas de touriste aujourd'hui qui n'ait remonté les bords du Nil au moins jusqu'à Goudokoro; l'Anglais Baker, accompagné de sa femme, et 1 Anglais Speka ont remonté jusqu'aux sources mystérieuses de ce fleuve et en ont trouvé l'origine dans le lac Nyanza ; au pôle antarctique, le capitaine Smith a découvert la Nouvelle-Shetland, etc.

Les principaux recueils de voyages sont les suivants; Cotteetio diversarum naoigutiottum et itinerum, par Huttich (Bàle, 1536. iu-fol,); Raccolla di naviyazioni e viuggi, par Ruinu- -sio (Venise, 1550 1559,3 vol. \a-iu\.); The princ'pa. Navigations, par Hakluyt (Londres, 1598-1S00, 3 vol. in-fol.); Voynyes faits principalement en A*ie (La Haye, 1735, 2 vol. in-4°); Histoire générale des voyages, pur l'abbe Prévost (1746-1789, 20 vol. iu-4°) ; Abrégé de l'histoire générale des voyages, par Laharpe (Paris, 1780,21 vol. in-S»;; Histoire générale des voyages, par Walckeiiaër (Paris, 1826-1811, 21 vol. iu-8°); Voyages autour du monde, recueil avec cartes , portraits et gravures, édité par Dumont-d'Urville (Paris, 1833-1844,2 vol. in-8»).

On range quelquefois dans la littérature des voyages certains livres qui appartiennent bien plutôt au domaine purement littéraire. Ainsi l'itinéraire de Paris à Jérusalem, par Chateaubriand (i811); Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient , par Lamartine (1835); Lettre* d'un voyageur, par George Sand (1836); Impressions de voyage, par Alexandre Dumus 11839- 1841); le Jihin , par Victor Hugo (1842); Voyage en Espagne, par Théophile Gautier (1845); Jtalia, par le même (1653); Couslantinople, par le même (1*54); Voyage en Orient, par Gérard de Nerval (1856); Voyage en Italie, par M. Taiue (1867), etc. Ces ouvrages ont quelquefois l'exactitude par laquelle sa distinguent les vrais voyageurs \- mais ,ils

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offrent surtout des qualités de style, des vues littéraires ou des appréciations artistiques.

Voyage* (ABRÉGÉ DE L,'H[STOIRE GÉNÉRALE

des), parj.-F.de Laharpe [1780, 21 vol.in-8»). Le.s voyages sont une des sources de l'histoire ; l'histoire des nations étrangères vient se placer, par la narration des voyageurs, auprès de l'histoire particulière de chaque pays. En outre, une histoire générale des voyages présente au lecteur le tableau de la science géographique et, pour nous servir de l'expression imagée de Chateaubriand, • la feuille de route de l'homme sur le globe. > C'est ce tableau que Luharpe a voulu donner aussi complet que'possible eu écrivant son Histoire générale des voyages , qui se divise eu deux séries, comme il y a deux catégories de voyageurs, ceux de terre et ceux de mer. 11 prend chaque partie du monde séparément et reproduit les récits des voyageurs qui s'y rapportent. Dès le début, nous lui adresserons un grave reproche, c'est, dans cette histoire censément générale, de ne pas même mentionner les voyages de l'antiquité, dont quelques-uns, tels que le Périple d'Hannon, eurent une réelle influence sur les relations des peuples entre eux. Les récits de voyageurs qui s'appelaient Platon, Hippocrate, Xénophou , Aristote , Dicéarque , Kudoxe, Eratusthène, Polybe, Jules César, Strabon, Pomp'onius Mêla, Tacite, Pline, Ptolémée et Pausanias î entérinaient cependant des détails assez curieux, au double point devue soieutilique et historique, pour occuper une large place dans ces annales des découvertes géographiques. Après ces hommes illustres, que d'autres encore sont en droit de se plaindre d'avoir été omis par Laharpe 1 Trois raisons ameuèrent des voyages chez les peuples établis sur les ruines du monde romain : le zèle de là religion, l'ardeur des conquêtes, l'esprit d'aventures et d'entreprises mêlé a l'avidité du commerce. Le zèle de la religion surtout conduisit les premiers comme les derniers des missionnaires dans les pays les plus lointains. Les ouvrages des Pères de l'Eglise mentionnent une foule de pieux voyageurs. C'est une mine que Laharpe a négligée, que généralement on n'a pas assez fouillée, et qui, sous le seul rapport de la géographie et de l'histoire des peuples, renterme ues trésors. Dès le IV* siècle, les pèlerinages en terre sainte forment une partie considérable des monuments géographiques du moyeu âge. A partir des croisades, sans parler des autres, n'avons-uous pas Yillehardouiu, Joinville et surtout Froissart, qui n'écrivit, à proprement parler, que ses voyages-, c'était en chevauchant qu'il traçait son histoire. L'examen des voyages de cette époque aurait convaincu Laharpe que la civilisation domestique du xive siècle était inlinimeiii plus avancée qu'ii ne se l'imaginait. Que de découvertes avaient faites les Arabes avant Alareo-Polo , ce noble vénitien dont les relations devinrent le manuel des marchands en Asie et de tous les géographes en Europe 1

Cependant le temps marchait, la civilisation faisait des progrès rapides; des découvertes dues au génie de l'homme séparèrent à jamais les siècles modernes des siècles antiques et marquèrent d'un sceau nouveau les générations nouvelles. La boussote était trouvée pour guider le navigateur, la poudre à canon pour le défendre, l'imprimerie pour conserver le souvenir de ses périlleuses expéditions. Ce n'est qu'à partir de cette époque que Luharpe juge à propos de recueillir les récits des haruis voyageurs marchant pacifiquement ù la conquête de l'inconnu. Les Portugais, les Espagnols, les Hollandais commencent leurs fructueuses explorations. Vasco de Gaina achevé une navigation d'éternelle mémoire, malgré le Génie des tempêtes, et aborde à Calicut en 149S. Tout change alors sur le globe ; le monde des anciens est détruit. La mer des Indes n'est plus une mer intérieure, un bassin entouré par les cotes de l'Asie et de l'Afrique; c'est un océan qui, d'un coté, se joint à l'Atlantique; de l'autre, aux mers de Chine et k une nier de l'Est, plus vaste encore. Cent royaumes civilisés, arabes ou indiens, inahometans ou idolâtres, des lies embaumées d aromates précieux sont révélés aux peuples d'Occident. Une nature toute nouvelle apparaît. Le rideau qui, depuis des milliers de siècles, cachait une parue du monde se lève; on voit à nu cet Orient dont l'histoire se mêlait pour nous aux voyages de Pj H ugoie, aux conquêtes d'Alexandre, aux souvenirs des croisades. Au moment où les Portugais aboidaieul l'Oiient, un pauvre pilote génois, longtemps repoussé de toutes les cours, Christophe Colomb, découvrait un nouvel univers aux portes du couchant, l'Amérique ; il créait un monde et ouvrait la voie aux Cortès et aux Pizurre. Jean et Sébastien Cabot, Jacques Cartier, Pouce de Léon, \Valter Raleigh, Ferdinand de Solo, Hudson, Baffin, Amène Vespuee et Solis continuaient les explorations de Colomb, et le vuisseau de Solis achevait le premier voyage autour du monde. Francis Drake, Lemaire, Behring lisaient les limites du globe, et Àbel Tasnian découvrait la Nouvelle-Zélande, pendant que Magellan prouvait la rondeur de la terre et l'existence des antipodes. A peine découverts, tous ces mondes devenaient une source de contestations entre les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, les Français, les Gé-

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nois, les Danois et les Anglais, tandis que les missionnaires tentaient de soumettre 1 univers à l'empire de la croix.

Les premières relations de tant de découvertes sont, pour la plupart, d'une naïveté charmante ; il s'y mêle beaucoup de fables , mais ces fables n'obscurcissent point la vérité. Les auteurs de ces relations sont trop crédules sans doute, mais ils parlent en conscience ; chrétiens peu éclairés, souvent passionnés , mais sincères, s'ils vous trompent, c'est qu'ils se trompent eux-mêmes. Moines, marins, soldats employés dans ces expéditions, tous vous disent leurs dangers et leurs aventures avec une piété et une chaleur qui se communiquent. Ces espèces de nouveaux croisés qui vont en quête de nouveaux mondes racontent ce qu'ils ont vu ou appris ; sans s'en douter, ils excellent à peindre,

farce qu'ils rofléchissentfidèlementl'image de objet placé sous leurs yeux. On sent dans leurs récits l'étonnemen t et l'admiration qu'ils éprouvent à la vue de ces mers inconnues, de ces terres primitives qui se déploient devant eux, de cette nature qu'ombragent des arbres gigantesques, qu'arrosent des fleuves immenses, que peuplent des animaux inconnus.

Enfin, en descendant vers notre âge commencent ces voyages modernes où la civilisation laisse briller toutes ses ressources, la science tous ses moyens. Par terre, les Chardin, les Tavernier, les Bernier, les La Condamine, les Tournefort, les Niebuhr, les Pallas, les Norden, les Shaw, les Horneman marchent en avant. Sur la nier, Drake, Sarmiento, Candish, Sebald de Weert, Spilberg, Noort, Woods Rogers, Dampier, Gemelli- Carreri, La Barbinais, Byron, Wallis, Anson, Bougainville, Cook, Carteret, La Pelouse, Entrecasteaux, "Vancouver ne laissent plus un éciieil inconnu.

L'océan Pacifique, cessant d'être une vaste solitude, devient un riant archipel, qui rappelle la beauté et les enchantements de la Grèce. L'Inde, si mystérieuse, n'a plus de secrets ; ses trois langues sacrées sont divulguées, ses livres les plus cachés sont traduits; on s'est initié aux croyances philosophiques qui partagèrent les opinions de cette vieille terre ; la succession des patriarches de Bouddha est aussi connue que la généalogie de nos familles. Les sources du Gange ont été recherchées par Webb, Râper, Hearsay et Hodgson ; Moorcroft a pénétré dans le petit Thibet;; les pics d'Himalaya soin mesurés. Citer avec le major Renell mille voyageurs à qui la science est à jamais redevable, c'est chose impossible. En Afrique, le sacrifice de Mungb-Park a été suivi de plusieurs autres sacrifices : Bowdich, Toole, Belzoui , Beaufort, Peddie, Woodney ont péri. En Océanie et en Amérique , on a tout vu, tout raconté, tout peint, surtout depuis Mackensie.

Le résultat de tant d'efforts, ies connaissances acquises sur tant de lieux , le mouvement de la politique , le renouvellement des générations, le progrés de ta civilisation ont changé le tableau primitif du globe. Colomb découvrit l'Amérique dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492; le capitaine Franklin a complété la découverte de ce monde nouveau le 18 août 1826. Que de générations écoulées, que de révolutions accomplies, que de changements arrivés chez les peuples dans cet espace de trois cent trente-trois ans neuf mois et vingt-quatre joursl Ce sont ces révolutions, ces changements que Laharpe a voulu nous faire apprécier en publiant son Histoire yénérale des voyages.

Tout ouvrage de cette valeur, outre ses enseignements spéciaux, doit contenir un enseignement moral. Celui qui ressort du recueil de Laharpe est évidemment l'éloge du progrès et nous semble parfaitement résumé par ce passage de "Chateaubriand :

• Est-il bon que les communications' entre les hommes soient devenues aussi faciles î Les nations ne conserveraient-elles pas mieux leurs caractères en s'iguorant les unes les autres , en gardant une fidélité religieuse aux habitudes et aux traditions de leurs pères? J'ai vu dans ma jeunesse de vieux Bretons murmurer contre les chemins que l'on voulait ouvrir dans leurs bois, alors même que ces chemins devaient élever la valeur des propriétés riveraines. Je sais qu'on peut appuyer ce système de déclamations fort touchantes; le bon vieux temps a sans doute son mérite; mais il faut se souvenir qu'un état politique n'en est pas meilleur parce qu'il est caduc et routinier; autrement il faudrait convenir que le despotisme de la Chine et de l'Inde, où rien n'a changé depuis trois mille ans, est ce qu'il y a de plus parfait dans ce monde. Je ne vois pourtant pas ce qu'il peut y avoir de si heureux à s'enfermer pendant une quarantaine de siècles avec des peuples en enfance et des tyrans en décrépitude. Le goût et l'admiration du stationuaire viennent des jugements faux que l'on porte sur la vérité des faits et sur la nature de l'homme ; sur la vérité des faits , parce qu'on suppose que les anciennes moeurs étaient plus pures que les mœurs modernes, complète erreur ; sur la nature de l'homme, parce qu'on ne veut pas voir que l'esprit humain est perfectible. Les gouvernements qui arrêtent l'essor du génie ressemblent à ces oiseleurs qui brisent les ailes de l'aigle pour l'empêcher de prendre son vol. Enfin, on ne s'élève contre ies progrès de la civili-

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sation que par l'obsession des préjugés ; on continue k voir les peuples comme on les voyait autrefois, isolés, n ayant rien de commun dans leurs destinées. Mais, si l'on considère l'espèce humaine comme une grande famille qui s'avance vers le même but; si l'on ne s'imagine pas que tout est fait ici-bas pour qu'une petite province, un petit royaume restent éternellement dans leur ignorance, leur pauvreté , leurs institutions politiques telles que la barbarie, le temps et le hasard les ont produites ; alors, ce développement de l'industrie, des sciences et des arts semblera, ce qu'il est en effet, une chose légitime et naturelle. Dans ce mouvement universel, on reconnaîtra celui de la société qui , finissant son histoire particulière commence sou histoire générale. »

Envisagée sous ce point de vue, l'Histoire générale des voyages de Laharpe est une œuvre utile, un recueil plein de renseignements précieux et qu'on ne consulte pas assez. S'il est populaire, ce n'est pas qu'on le connaisse ; il le doit surtout aux comiques lamentations de Toussaint Lavenette dans les Aventures de Robert- Robert, cette charmante fantaisie de Louis Desnoyers. Le pauvre Lavenette, chaque fois qu'il lui arrive un désagrément, s'écrie : « Ah! monsieur de Laharpe I monsieur de Laharpe 1 oser appeler un vaisseau une ville flottante! » Et cependant Laharpe n'avait pas tort.

Voyage» effectués pnr mer ou par (erre doua le» diverse» parités du monde, depuis les premières découvertes jusqu'à uos jours

(bibliothèque des), revus et traduits par M. Albert Montéinont (Paris, 183J-1835, 46 vol.). Les voyages sont l'école de l'homme, comme l'histoire est la leçon des rois; il ne peut faire un pas sans augmenter ses connaissances et en voir reculer l'horizon devant lui. A mesure qu'il avance, soit en observant par lui-même, soit en lisant les relations des autres, il perd un préjugé, développe son esprit, épure son goût, agrandit sa raison, s'accoutume a la bienveillance et, par besoin autant que par justice envers l'humanité, se sent porté chaque jour k devenir meilleur, en se disant avec le philosophe anglais Tolland : • Le monde est ma patrie et tous les hommes sont frères. » Le naïf Montaigne avouait ne connaître aucun moyen plus propre k façonner la vie que « de lui proposer la diversité d'autres vies, fantaisies et usances, et lui faire goûter une si perpétuelle variété de formes de notre nature. > C'est aux voyages que l'on a dû la certitude matérielle de la sphéricité de la terre, sphéricité que les récits de Pythagore et les observations astronomiques laissaient entrevoir et que Magellan vint confirmer au commencement du xvie siècle, à son retour de la première circumnavigation du globe. Les rapports commerciaux des peuples, des gouvernements et des particuliers furent établis successivement par des voyages, depuis les Phéniciens, qui ouvrirent la carrière, jusqu'au xixe siècle, où i'es rapports ont pris de si grands développements. Ce sont ces développements successifs que M, Albert Montémont a voulu nous faire connaître par sa publication des principaux voj'ages, contenant la description des moeurs, coutumes, gouvernements, cultes, sciences et arts, industrie et commerce, productions naturelles et autres des différente peuples.

Dans ce coup d'oeil, nécesssairement fort incomplet, par suite de l'immensité de l'horizon qu'il embmsse, le but de l'auteur n'a pas été de traiter la matière avec de longs développements, mais de donner sur tous les pays parcourus des notions exactes et précises. M. Albert Montémont reproduit d'abord les grands voyages autour du monde, en plaçant à leur tête les premières découvertes des Portugais sous Diaz, Gama, Cabrai et Alphonse Albuquerque; elles sont immédiatement suivies du premier voyage de circumnavigution qui ait été exécute, c'està-dire celui de Magellan, cet autre Portugais dont le nom est resté au détroit ou passage qu'il découvrit dans la partie méridionale de 1 Amérique, pour s'élancer de là dans le grand Océan, à q-ui sou calme apparent mérita dans ce lieu le nom de Pacifique. Après ces voyages généraux par mer, qui sont communs à plusieurs continents, M. Montémont nous offre les relations particulières à chacune des cinq grandes divisions du globe, en observant, autant que possible, l'ordre chronologique, indispensable pour apprécier les progrès des découvertes et la marche de la civilisation.

Les éléments de cette collection universelle et méthodique sont puisés aux relations originales et aux grandes collections françaises, anglaises, espagnoles et portugaises les plus accréditées ; toutefois, l'auteur a eu le soin d'élaguer les détails purement techniques et autres superfluités ou circonstances indifférentes ou vulgaires, qui ne font que grossir les volumes sans avantage pour la masse des lecteurs, plus volontiers attachés aux descriptions de pays et plus désireux d'en connaître les mœurs et les usages, les productions et les gouvernements. Parmi les vastes compilations où l'auteur a repris ce qu'elles avaient déjà tiré d'ailleurs, celles de l'abbé Prévost, de Laharpe, de Pinkerton, de Navarelte et. du président de Brosses occupent le premier

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rang. Poor les relations plus modernes, M. Montémont a préféré, avec raison, avoir recours aux sources mêmes. Enfin, il a, on le voit, largement profité des indications renfermées dans le précieux travail de Boucher de La Richardene, l'auteur de l'analyse complète, détaillée et raisonnée de tous les voyages anciens et modernes, analyse dans laquelle l'ordre chronologique a été rigoureusement suivi.

Les principaux voyages qui figurent dans cette importante collection sont : Voyages autour du monde de Magellan, Drake, Tasman, Dampier Roggers, Roggeween, Anson, Bougainville, Cook, La Pérouse, Vancouver, Byron, Carteret, Baudin, Freycinet, Duperrey, Dumont-d'Urville , David , Porter, Krusenstern, Kotzebue, Basil-Hall, Weddell, Beechey, Marchand et Morell ; Voyages en Afrique de Bruce, Levailtnnt, Mungo-Park, Burchell, Denham et Clapperton, Laing, Dochard et Gray, Bowdich, Hutton Thompson, Cowppr-Rose et Lander; Voyages en Asie de Chardin, Rottiers, Jaubert, Fraser, Tavernier, de Guignes, Marc Carthney, Timkowski et Amheist, Meyendorff, Mouraview, Moorcroft et Burnes , Cox , Crawfurd et Fynlaison, Heber, Skinnec, l'abbé Dubois, Bélanger et Burckhardt; Voyages en Amérique de Christophe Colomb, Head, Beltrami, Mac* Culloch, Basil-Hall, miss Trollnp-Wardin, miss Wright, Walsh , Humboldt, Mollien, Parry, Franklin et Ross; Voyages en Océanie de Dalrymple , Flinders, Cunningham, Sturt; Voyages en Europe de Pouqueville, Mimaut, Capel, Brook et vingt autres.

On conçoit qu'avec des éléments si divers l'unité ait été impossible à établir dans cet ouvrage. Les impressions des voyageurs dépendent, en effet, de leur caractère et varient avec les personnes. L'un s'attache surtout à la nature extérieure, un autre à l'étude des mœurs; l'un voit les nations étrangères avec les yeux d'ui> commerçant, l'autre avec ceux d'un philosophe, et chacun appuie naturellement du côté où il penche. Néanmoins, M. Albert Montémont est parvenu à coordonner assez habilement entre eux ces divers voyages, et son recueil forme une des lectures les plus attrayantes et les plus instructives que nous connaissions. C'était, avant le 2*omj- du monde de M. Charton, la meilleure publication en ce genre.

Voyage en Grèce, par Pausanias (ne siècle après J.C.). Cet important ouvrage est divisé en dix livres, qui, du nom des pays décrits, s'appellent Alliques, Corinthiaques, Laconi~ ques , Messéniques , Eliques (% livres), Ar* chaîques , Arcadiqnes , Béotiques et PhocU ques. C'est plutôt une description de l'ancienne Grèce, où l'auteur a jeté quelques morceaux historiques, qu'un voyage propre ment dit. Pausanias décrit, dans cet ouvrage, les diverses contrées de la Grèce k une époque où ce pays était encore florissant; il s attache surtout aux grands monuments, dont les ruines excitent des regrets si vifs quand on les rapproche des descriptions de cet écrivain. Il y a mêlé des faits historiques, des détails de géographie, de chronologie, de mythologie et des anecdotes sur les héros de la Grèce. C'est, en un mot, le travail le plus important que nous possédions sur l'archéologie de la Grèce. • Sans cet ouvrage, dit Schœll (Histoire de la littérature grecque profane), un des plus importants que nous ayons sur les antiquités et l'archéologie de la Grèce, Barthélémy n'aurait probablement pu écrire son Voyage d' Anaeharsis ; au moins ne lui aurait-il pas donné le cadre qu'il a choisi ou l'aurait il moins bien rempli. Dans ses recherches, Pausanias montre du jugement et de l'érudition; cependant, il tombe .quelquefois dans des erreurs. D'ailleurs, il décrit les objets en voyageur qui n'a pas toujours eu la loisir nécessaire pour tout examiner, et il les décrit dans la supposition que la Grèce resterait toujours à peu près dans l'état où il la voyait. En conséquence, il s'est contenté le plus souvent d'indiquer les objets, et quand il les décrit, il le fait d'une manière fort succincte et quelquefois obscure. Par ces raisons, les notices de Pausanias ont souvent besoin d'être passées au creuset de la critique, quoique, en général, il fasse preuve d'un excellent jugement. Sous le rapport du style, Pausanias ne peut pas être cite comme modèle; le sien, qui est une mauvaise imitation de celui d'Hérodote, pèche souvent par une concision affectée ; il n'y a chez lui ui i liaison ni transition. •

La première édition de Pausanias fut annotée par Marc Musurus; Aide l'ancien l'imprima à Venise (1516, in-fol.); elle est trèsfautive. La meilleure est, sans contredit, celle de Clavier, qui a eu a sa disposition quatre manuscrits de la Bibliothèque du roi; elle forme 6 volumes in-8°, est accompagnée d'une traduction française et contient, en outre, un supplément avec notes, rédigé par P.-L. Courier. Cette édition, qui est certainement la plus estimée, a paru en 1SU-1S21,

Voyages OU Excursions de Benjuutiu de Tu-

dèle(ll78). On regarde Ce rabbin espagnol comme le plus ancien et le plus cé.èbre des voyageur» du moyen âge. Le premier en Europe, il a renseigné le monde occidental sur les contrées lointaines de l'Orient. Il entreprit sa longue pérégrination autant dans les intérêts de son commerce qu'eu vue d'étudier l'état moral et religieux de ses coreligion-

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naires, répandus dans tout l'ancien monde, vraisemblablement en l'année 1160. De retour dans sa patrie en 1173, il écrivit sa relation en 1178. Son point de départ fut Saragosse, en Espagne; il vit successivement le sud de la France, l'Italie, la Grèce, l'Archipel, la Cilicie, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie et la. Perse, d'où il revint par l'Arabie, l'Egypte et la Sicile. Il n'est pas probable qu'il ait pénétré dans l'Inde, le Thibet et la Chine, bien qu'il parle de ces pays, sans doute par ouï-dire. Il ne dit pas positivement qu'il ait visité tant de contrées diverses; parfois, il cite les garants de ce qu'il rapporte. En décrivant tout ce qui lui a paru le plus curieux sur le parcours de son voyage, le rabbin espagnol s'attache principalement à faire connaître les endroits où les juifs vivaient réunis en grand nombre ; il retrace leur situation dans les différents Etats. A l'article de la Perse, il parle de la ville de- Samarkand , où se trouvaient alors 50,000 israélites. Il insiste de même sur le commerce florissant de Bussora, sur les juifs noirs de l'Inde, sur la culture du poivre et sur l'origine des perles. On a soulevé un doute au sujet de la réalité de son voyage ; ses bévues en géographie, sa crédulité, des difficultés contradictoires, l'impossibilité d'identifier plusieurs noms anciens de localités avec les noms modernes ont motivé cette méfiance. Mais Benjamin de Tudèle a trouvé des apologistes. Beaucoup d'absurdités qu'on lui attribue proviennent de l'ignorance de ses traducteurs; il a recueilli les noms des lieux et les traditions locales de la bouche même des habitants de chaque eDdroit, et non sur des documents écrits; il accepte des fables et des récits surnaturels, mais il les donne comme tels. Le savant Lelewel a fait un examen géographique de ses voyages et a réussi à éclaircir et a rectifier quelques-unes des obscurités évidentes et des fausses indications de Benjamin de Tudèle, dont l'ouvrage renferme une. foule de renseignements curieux.

Cet ouvrage resta comme oublié durant deux cents ans et plus; depuis la fin du Xive siècle seulement, il est mentionné dans les écrits des savants juifs. Imprimé pour la première fois en 1543 ((Jonstantinople) et traduit en latin (Anvers, 1575), il a eu depuis neuf éditions et vingt-six traductions latines, anglaises, françaises, hollandaises et allemandes.

Voyoges en Asie et en Afrique, par Ibn- Bntoutah (xiv« siècle). Ce musulman fut le plus intrépide des voyageurs 'du moyen âge; sa relation est le plus important monument de la science géographique à cette époque. Ibn-Batoutuh quitte, à vingt-deux ans, Tanger, sa ville natale, et n'y rentre qu'à l'âge de cinquante ans, après avoir parcouru la Berbérie, l'Egypte, l'Asie Mineure, la Russie méridionale, la Syrie, la Perse, l'Arabie, la Chine, l'archipel Indien, l'Espagne et après avoir visité le premier la capitale du Soudan, Tombouctou. Sa relation a été rédigée par Ibu-Djozay. Parti de Tanger sans un sou comptant, le voyageur arabe trouva partout bonne table et bon ht, et put, grâce a l'hospitalité orientale, traverser l'Europe, l'Afrique et l'Asie d'une extrémité à l'autre sans dépenser un dirhem. Il n'examine rien en érudit, en antiquaire; il ne voit partout que des choses superbes, magnifiques, uniques. Il ne faut lui demander ni un sentiment juste des beautés de l'art ou de la nature ni le savoir archéologique ou ethnographique des Occidentaux, lia première partie de son excursion est, à vrai dire, un pèlerinage; Médine ou La Mecque sont l'objectif de ses courses, depuis Bougie, Tunis, Alexandrie, Le Caire, Alep, Jérusalem et Damas. Le pieux musu man s'étend outre mesure sur les monuments religieux de La Mecque et entre dans une infinité de détails qui ne peuvent intéresser que les mahométans. Dans la deuxième partie de sa pérégrination, il accorde beaucoup plus d'attention aux mœurs des habitants, aux usages et aux diverses branches d'industrie des pays qu'il visite. Il passe par toutes sortes d'épreuves et de dangers; il est exposé aux tempêtes du golfe Persique et de la mer Noire, aux ouragans des déserts de l'Oman et du Kiptchak. Dans Unde et en Chine, il se tire des aventures les plus périlleuses; à Delhi et dans l'archipel Indien, on le fait cadi (juge) malgré lui; il n'échappe que par adresse it une mort probable. Ibu-Batoutah parle longuement des Turcs et de leur puissance naissante; il les trouve maîtres de Brousse et de Nicée ; l'islamisme triomphant menaçait déjà Constantiuople. Par la suite, il a occasion de visiter ,1a capitale de l'empire byzantin. Se trouvant amené par ses courses sur le territoire d'un kan tartare, il reçoit la mission d'accompagner à Constantinople la première femme de ce chef. 11 nous apprend que les empereurs grecs élevaient des jeunes filles d'une beauté distinguée, princesses ou non, mais supposées telles, qui étaient données en mariage aux princes tarlares, flattés de s'allier à une famille impériale. Vers 1332, Constantinople n'est qu'un vaste monastère, peuplé de papas et de caloyers ; le voyageur arabe ne voit partout que des prêtres et des moines, des couvents et des églises.

lbn-Batoutah a parcouru une étendue de pays deux fois plus grande que celle traver-

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sée par Marco-Polo et Rubruquis. Sa mémoire lui fait quelquefois défaut, mais il est toujours de bonne foi. Sa crédulité, entretenue par l'amour du merveilleux, est encoie raffermie par les tours de force et les jongleries vraiment étonnants dont les santons et les fakirs le rendent témoin. Son ouvrage serait un des monuments les plus curieux de l'histoire et de la science s'il avait toujours voyagé en observateur. Ses descriptions de villes laissent beaucoup à désirer, mais ses peintures Je mœurs sont achevées. Il esquisse le portrait des hommes marquants qu'il rencontre, et il relève des détails trèsintéressants sur le commerce et l'industrie des différents lieux où il s'arrête. Sa relation fourmille d'anecdotes fort bien contées, mais sans couleur historique ; il faut y chercher, avant tout, la connaissance des mœurs, des idées et de la pensée des Arabes au vine siècle de l'hégire et l'étudier comme un texte arabe suffisamment pur et d'une lecture trèsamusante. Le texte original, accompagné d'une traduction française, a été publié en 1854 par MM. C. Defrémery et le docteur Sangtiinetti. Antérieurement, il avait paru, en Allemagne et en Angleterre, des traductions ou des commentaires de l'abrégé arabe de l'ouvrage.

Voyage des Français nui Inde* orientale*

(discours du), par Pyrard de Laval (1615, in-8°). De tous les anciens voyageurs qui ont laissé des relations sur les Indes orientales, c'est bien certainement Pyrard qui les a le mieux décrites. Il avait fait plusieurs voyages au long cours, quand il s'intéressa dans une expédition équipée par des marchands de Laval, de Vitré et de Saint-Malo, qui armèrent deux bâtiments, le Corbin et le Croissant. Subrécargue à bord du Corbin, Pyrard partit de Saint-Malo le 18 mai 1601. On relâcha aux lies d'Annobon, de Madagascar et de Comore. Par suite d'un naufrage aux lies Maldives, Pyrard devint l'esclave du roi de Malé. Cinq ans plus tard (février 1607), une flotte bengalaise subjugua les Maldives, et le prisonnier recouvra la liberté. Pyrard visita Chartican, Montingue , Cananor, Calicut (160S). Faisant route pour Coehin avec deux de ses compagnons, il fut arrêté par les Portugais, et ceux-ci, le traînant a, Goa, l'incorporèrent de force dans leurs troupes. Pyrard fit ainsi plusieurs expéditions aux îles et pays deCeylan, de Malacca, de Sumatra, de Java, d'Ormuz, de Crnnbay, etc. Rendu à la liberté le 30 janvier 1610, il rentrait à Laval le 16 février 16U.

Ce qui distingue particulièrement ces voyages de presque toutes les relations qui ont paru vers le commencement du xvne siècle, c'est la concision et la netteté du récit, au style clair et simple, sans rudesse, l'exactitude des descriptions et surtout l'excellence de la méthode du voyageur, qualité si rare dans ceux de son temps. Sa véracité n'a jamais été mise en doute, et il a toujours été cité avec confiance par les écrivains les plus célèbres. La description que Pyrard fait des lies Maldives est la plus complète et la mieux circonstanciée que pendant longtemps l'on ait eue de ces îles. Ce qu'il dit du Bengale, qu'il représente comme la puissance la plus considérable de l'Inde après celle du Mogol, est d'un grand intérêt. Les îles de Ceylau, de la Sonde et des Moluques sont rapidement décrites par Pyrard, mais les principales singularités qu'elles offrent sont fidèlement observées. Il en est de même de la côte méridionale de l'Afrique et des royaumes de Cambay, de Surate et d'Ormuz. Le voyageur ne s'est pas borné à décrire exactement ces pays ; il a donné d'intéressants détails sur le commerce d'importation. La description du Brésil n'est pus étendue, mais elle est pleine de choses. Pour ne pas jeter de confusion dans ses récits, Pyrard a joint à son voyage un traité particulier, qui contient une description méthodique des animaux et des végétaux des , Indes orientales , avec un vocabulaire des mots de la langue maldive dont la signification est la plus utile pour voyager avec facilité et avec fruit dans ces lies.

La relation de Pyrard a été imprimée en 1615 et 1679.

Voyage de Maeaire , patriarche d'Antloche, en Turquie, en Molduvie et en Russie

(xvne siècle). La rédaction de cet ouvrage n'appartient pas au patriarche Maeaire, mais a son neveu, l'archidiacre Paul d'Alep, son compagnon de route. En quittant son Eglise, le prélat grec était mû par l'espoir d'obtenir des secours pécuniaires pour le siège d'Antioche, que les princes chrétiens du même rit devaient être disposés a favoriser plus ou moins de leurs subsides. Avant de se mettre en route (juillet 1652), Maeaire avait demandé au patriarche de Constantinople et aux évêques de son obédience la permission de traverser leurs diocèses. Cette condescendance lui valut un accueil distingué auprès du pontife byzantin et de son clergé. Maeaire fit donc une assez longue résidence a Constantinople. Ce qui attire et retient son attention, là et partout, dans les diverses stations de son pèlerinage, c'est le détail des affaires ecclésiastiques, des cérémonies du culte, etc. Un moine d'Occident, au moyen âge, n'aurait pas procédé autrement. Cette observation faite, il faut ajouter que les particularités et les aperçus d'un ordre plus relevé se présentent, dans le récit, en assez grand nombre

pc-ur maintenir l'intérêt. Une entière simplicité préside aux rapports du narrateur, qui n'oublie pas de faire des remarques sur les principes moraux et religieux des diverses nations qu'il visite; il donne aussi des notions sur l'histoire politique et sur la statistique des contrées qu'il parcourt. A Constantinople, Maeaire a vu de tous côtés, dans l'église de Sainte-Sophie, des restes du culte chrétien : croix, peintures, ornements. Ce fait curieux méritait une mention. Arrivé en Moldavie, où il est retenu assez longtemps par une révolution, Maeaire fait un brillant portrait du vayvode ou bey Vasili, prince distingué, supérieur par l'esprit et par le caractère à tous ses sujets, mais qui perd soudain te pouvoir pour avoir favorisé les Grecs au détriment des Moldaves. Ceux-ci ne sont pas flattés par le patriarche ; il déclare les hommes tous voleurs et assassins, et les femmes ou filles toutes dépravées. Passant en Valachie, il constate une différence de mœurs, toute à j'avantage des Valaques; il fait observer que les serviteurs de la cour et même les troupes forment un amalgame de toutes les races du sud-est de l'Europe : Serviens, Bulgares, Arnautes, Grecs, Hongrois, Turcs, Valaques; les palefreniers sont des Syriens ou des Egyptiens musulmans; une multitude d'esclaves noirs est disséminée dans le pays. Reconnaissant aux Moldo-Valaques une, langue propre, le voyageur constate qu'il y a communauté de langue entre les Serviens, Bulgares, Cosaques et Moscovites. Au moment où il entra dans le pays des Cosaques (Podolie ou Petite-Russie), ce pays venait de se soustraire à la domination des Polonais et de se soumettre spontanément au czar Alexis; le Lithuanien Chmielnitzki ou Akhmil, devenu leur hetman, avait été le fauteur de cette révolution, à laquelle on doit faire remonter le premier partage de la Pologne. Bien que la partialité de Maeaire en faveur des Moscovites, partialité dérivant de la communauté de religion, mette le lecteur en garde contre ses affirmations, on ne peut contester certains faits , malheureusement trop vrais : l'oligarchie polonaise, au caractère ambitieux et insubordonné, s'aliéna les Cosaques en les opprimant, et une guerre d'extermination, soutenue de part et d'autre avec une égale furie, creusa un abîme entre les deux nations. Cette partie du récit est très-intéressante et contient des fuits curieux restés ignorés des historiens occidentaux. En pénétrant dans le territoire moscovite, Maeaire rencontre la peste sur ses pas, la peste, fléau nouveau pour les Russes, dont un grand nombre succombe ; il la retrouve à Moscou. Après avoir gémi du mauvais état des roules, le bon patriarche se plaint de l'excessive dévotion des Moscovites, de la durée de leurs cérémonies, de la sévérité de leurs pratiques religieuses. Lui et ses compagnons, se sachant surveillés, s'abstiennent même de rire, Cette contrainte perpétuelle ne les empêche pas de noter au passage les incidents et les traits de moeurs dont ils sont témoins ; l'agriculture, la pêche, le caviar, l'architecture, les mines de fer, les monnaies, les serfs provoquent leur attention. Tel est le fanatisme des Moscovites pour le czar, qu'ils refusent les monnaies d'or étrangères et qu'ils vénèrent les mêmes monnaies coupées en quatre dès qu'elles ont été frappées au coin russe et qu'elles ont reçn une valeur quadruple. Durant leur séjour à Moscou, les voyageurs virent des Tartares, des Géorgiens, des Sibériens, venus de très-loin ; ils virent aussi des Samoyèdes, dévorant des poissons crus et ; pouriis et qui étaient . réputés anthropo- | phages, avec cette circonstance aggravante qu'ils mangeaient leurs morts. Le patriarche de Moscou, qui leur montra ces phénomènes, Nikon, prélat ambitieux et avide, partageait presque l'autorité du .czar, qui ne décidait rien sans l'avoir consulté. Avant de quitter la Moscovie, Maeaire put prévoir la conquête future de la Crimée, où les Tartares tenaient encore en échec la puissance russe.

Le Voyage du patriarche d'Antioche a été traduit de l'arabe en anglais par F.-C. Belfour (1829).

V«jng<j» de Dernier (1699 et 1710, 2 Vol. in-12). Après avoir séjourné pendant un an au Caire, Bernier s'embarqua à Suez pour l'Inde, où il résida douze ans, dont huit en qualité de médecin d'Aureng-Zeyb. Sa relation jette une vive lumière sur les révolutions de l'indoustan et sur les événements dont il y fut le témoin; elle fait connaître des contrées qu'aucun Européen n'avait visitées avant lui et qu'on n'a pas mieux décrites après lui. Bernier, disciple de Gassendi, avait puisé à bonne école cet esprit philosophique , ce talent pour l'observation qui placent son récit parmi les meilleurs ouvrages de ce genre. Ses connaissances en médecine, assez avancées pour un homme du xvirs siècle, lui procurèrent dans les Etats du Grand Mogol, avec un sort agréable, beaucoup de facilités pour s'instruire sur l'état physique et moral du pays. Ses liaisons avec le favori du prince, l'émir Daniohmend, à la fois ministre et général, auquel il avait inspiré une véritable passion pour la philosophie de Descartes et de Gassendi, devinrent encore une source d'agréments pour lui ; elles contribuèrent surtout a lui faire faire avec fruit un voyage à la suite de l'armée d'Aureng-Zeyb, à travers les provinces du Mogol

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et jusque dans le royaume de Cachemire; aussi sa relation est-elle bien supérieure a celle qu'a publiée Tavernier sur ces mêmes contrées. Aucun voyageur, avant Bernier, n'uvnit visité le Cachemire, et ce pays ne fut visité de nouveau que près d'un siècle après lui. Bernier a donné incidemment les premières notions exactes que l'on ait possédées en Europe sur la théogonie des Indous.

Voyage a la baie d'IIuiI.on, par H, Ellis (Londres, 174S et 1750). En 1746, le Parlement anglais avait voté une récompense de 20,000 livres'sterling (500,000 francs) pour la découverte d'un passage au nord-ouest. Une compagnie d'armateurs se forma et offrit la direction supérieure de l'entreprise à Ellis, qui la refusa; il consentit seulement à représenter le comité d'armement, se chargeant, en outre, de recueillir les documents d'histoire naturelle, de géographie et d'hydrographie; il fut, en réalité, le véritable chef de l'expédition. Deux galiotes partirent de Gravesend le 24 mai 1746. Depuis les Orcades, des brumes épaisses et ensuite' des glaçons menaçants se montrèrent jusqu'à l'entrée orientale du détroit d'Hudson. Dans ce bras de mer, on releva les Iles de la Résolution, par 61<> ^o' de latit. N. et 67» 20' de longit. O. S'avançant jusqu'au 64e degré, on mit les embarcations en mer. Ellis dirigea cette recherche, dont l'objet était la découverte d'un passage libre ; il remarqua plusieurs ouvertures spacieuses à l'occidentde l'Ile de Marbre. Arrêtés par les glaces et par la mauvaise saison, les navires allèrent hiverner dans la rivière Hayes, par 57" 30' de latit. On construisit une habitation. L'hiver fut extrêmement rigoureux. Ellis cite des exemples extraordinaires de l'intensité du froid ; il déclare, toutefois, que le sort des habitants n'est pas à plaindre ; la vie indépendante du chasseur a, parait-il, ses compensations. Reprenant la mer le 24 juin, les deux bâtiments se dirigèrent vers le Welcome. Par le 61» 4', on explora toutes les ouvertures de la côte au moyen des embarcations. Sous le 62e degré, on coustata que les aiguilles magnétiques perdent entièrement leur propriété. Après avoir dépassé le cap Fry, Ellis entra dans la baie de Wager, canal de plus en plus resserré, alimenté par un grand lac, que ferme une barre formant cataracte, par le 66» degré. Une tentative sur la côte nord de la baie n'aboutit pas. Ellis voulait prolonger ses recherches jusqu'à la baie Repuise, mais les officiers élevèrent des objections. On rentra dans le détroit d'Hudson, et les navires, séparés par une tempête, se rallièrent à la hauteur des Orcades; ils furent de retour le 14 octobre 1747.

Ellis soutient l'existence d'un passage aunord-ouest. Ce passage a été constaté seulement en 1851 par le capitaine Mac-Clure, qui, débouchant par le détroit de Behring, parvint dans le détroit de Melville, puis dans le détroit de Lancastre et dans la baie de Baffin, d'où il gagna l'Angleterre.

Une traduction médiocre de la relation d'Ellis a été imprimée (Paris, 1749, et Leyde, 1760, 2 vol. in-8°). Il ne faut pas confondre cet ouvrage avec la relation de William Ellis, le compagnon de Cook dans le troisième voyage de ce navigateur. Un autre H. Ellis, qui avait suivi lord Amherst dans son ambassade en Chine , a laissé également une relation (1818, £ vol.).

Voyages de Kerguelen dans la mer da Nord et dans les mers australes (1771 , 1 Vol.

in-4° ; et 1782, l vol. iii-S°). Le gouvernement français, voulant encourager et protéger la pêche de la morue le long des côtes de l'Islande, arma une frégate dont il donna le commandement à Kerguelen (1767). Kerguelen, après avoir croisé en vue de l'Islande, alla se ravitailler à Bergen, sur la côte de Norvège, et, reprenant la mer, s'éleva jusqu'au 69» parallèle N. L'année suivante, i! remplit une mission semblable sous les mêmes latitudes. Ayunt proposé au gouvernement un voyage de découvertes aux terres australes, auxquelles on attribuait encore une étendue immense, il reçut le commandement de cette expédition, La flûte la Fortune et la gabare le Gros~Ventre sortirent du port de Brest, le 1" mai 1771, et mouillèrent à l'île de France le 20 août. Le 16 janvier 1772, il reprit la mer pour aller à la recherche des terres australes. Le 31 janvier, il découvrit les deux lies de la Fortune-, puis, le 12 et le 13 février, par 50° 5' de latit. S. et 67° 52' de longit. E., une autre terre d'une étendue et d'une hauteur considérables. Cette Ile, qui mesure environ 40 lieues du N.-O. au S.-E., sur une largeur moyenne de 20 lieues, est d'une stérilité absolue; Kerguelen n'en prit pas moins possession ; Cook la revit en 1776 et fut tenté de l'appeler l'Ile de la Désolation. Un coup de vent sépara les deux navires; Kerguelen retourna à l'Ile de France, et son lieutenant, Saint-Allouarn, fit le relèvement de la nouvelle terre, quil trouva partout inaccessible.

A son retour en France , Kerguelen annonça la découverte d'un nouveau continent. Louis XV lui remit le commandement d'une nouvelle expédition. Le vaisseau' le Boltmd et la frégate l'Oiseau devaient compléter lu reconnaissance de l'îlo Kerguelen. Ces navires mirent a la voile le 29 août 1773, relâchèrent à l'Ile de France, et'ievirent le laineux continent le 15 décembre. L'expédition releva 80 lieues de côtes. Le manque de vivre3, -

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les maladies, les tempêtes mirent fin à ses travaux. Kerguelen quitta ces parages sans s'être assuré s'il avait trouvé une lie ou un continent et sans chercher de nouvelles découvertes. De retour en France en septembre 1774, Kerguelen fut en butte à diverses inculpations, et passa devant un conseil de guerre, qui le condamna à la dégradation et à l'emprisonnement. Après lui avoir rendu la liberté, le gouvernement fit saisir tous les exemplaires de la relation de son voyage aux. terres australes. Dans cet ouvrage, l'auteur ne donne qu'une connaissance imparfaite de l'Ile Kerguelen. Dans la relation de son voyage dans la mer du Nord, il donne d'assez oons détails sur l'Islande, le Groenland, les îles Féroë, Shetland, les Orcades et sur la Norvège; il s'y montre navigateur soigneux et instruit.

Voyngo 4 l'tie de Franco, par Bernardin de Saint-Pierre (1773, 2 vol. in-8°). D'après une préface écrite par l'auteur, les lettres et le journal dont se composent les deux volumes du Voyage à l'île de France ne sont que les lettres qu'il adressa à ses amis pendant son absence et qu'il mit en ordre à son retour pour les faire imprimer. Son voyage commence vers la fin de 1767, où il s'embarqua à Lorient. Bernardin de Saint- Pierre double le cap de Bonne-Espérance et, après cinq mois de traversée, aborde à l'Ile de France. Nous trouvons consignés dans ses lettres tontes les impressions de son voyage et tous les incidents d'une longue traversée. Arrivé à l'Ile de France, l'auteur entre dans le véritable sujet de son travail, qui est d'étudier et de nous faire connaître cette colonie française. Il traite successivement de l'aspect et de la géographie de l'île, du sol et de ses productions naturelles, de son agriculture et de son commerce, des animaux particuliers à l'Ile de Fiance, des productions maritimes, poissons, coquilles, madrépores; des conditions atmosphériques, des mœurs, des habitants tant blancs que noirs, des moyens de défense de l'Ile, des animaux et des plantes exotiques qui y sont acclimatés. L'auteur raconte ensuite son départ pour retourner en France, son arrivée à Bourbon, au Cap, sa halte et ses explorations dans cette région, son arrivée à l'Ascension, ses observations sur cette lie et sa rentrée en France.

Au récit de son retour en France, Bernardin de Saint-Pierre mêle une explication abrégée de quelques termes de marine et d'entretiens contenant des observations nouvelles sur la végétation.

Le plan constamment suivi dans son ouvrage consiste à parler d'abord des plantes, des animaux, du climat et du sol de chaque pays, puis à en décrire les mœurs, le caractère et les habitants. On a accusé l'auteur d'avoir voulu écrire une satire ; mais, en y regardant de près, on voit au contraire qu'il s'est plu a s'étendre sur le bien et n'a parlé du mal qu'avec modération et indulgence. A cette indulgence pour les hommes, Bernardin de Saint -Pierre joint les sentiments d'une philosophie pleine de mansuétude et d'humanité. C'est ainsi qu'après avoir tracé un effrayant tableau des traitements dont sont victimes les noirs de l'Ile de France, il proteste contre l'esclavage au nom de la philosophie et de la théologie : < Je suis fâché que les philosophes qui combattent les abus avec tant de courage n'aient guère parlé de l'esclavage des noirs que pour en plaisanter. Ils se détournent au loin ; ils parlent de la Siint-Barthélemy, du massacre des Mexicains par les Espagnols, comme si ce crime n'était pas celui de nos jours et auquel la moitié de l'Europe prend part. Y a-t-il donc plus de mal à tuer d'un coup des gens qui n'ont pas nos opinions qu'à faire le tourment d'une nation a qui nous devons nos délices ? Ces belles couleurs de rose et de feu dont s'habillent nos dames, le coton dont elles ouatent leurs jupes, le sucre, le café, le chocolat de leur déjeuner ; le rouge dont elles relèvent leur blancheur, la main des malheureux noirs a préparé, tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes I i

Quand l'occasion s'en présente, l'auteur accompagne ses observations d'hypothèses et de conjectures scientifiques qui se lisent avec intérêt et dont quelques-unes sont passées à l'état de vérités. Outre l'utilité résultant des ronnaissances nouvelles renfermées dans l'ouvrage, on y trouve aussi de bonnes réflexions morales et humanitaires : • Je croirai, dit-il, avoir été utile aux hommes, si le faible tableau du sort des malheureux noirs peut leur épargner un seul coup de fouet, et si les Européens, qui crient en Europe contre la tyrannie et qui font de si beaux traités de morale, cessent d'être aux Indes des tyrans barbares. Je croirai avoir rendu service a ma patrie, si j'empêche un seul homme honnête d'en sortir et si je puis le déterminer à y cultiver un arpent de plus dans quelque lande abandonnée. » Mais ce n'est pas là, à nos yeux, le principal mérite de l'excursion de l'auteur a l'Ile de France. Ce qu'il en a rapporté de plus curieux et de plus admirable, c'est ce qu'il donne comme un épisode du voyage, Paul et Virginie.

Voyage de Carteret (1773). Le COmmodore

Byron venait de visiter les Iles Malouines, appelées Faikland par les Arglnis; George III

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ordonna de continuer l'exploration de l'hémisphère méridional. Trois vaisseaux partirent de Plymouth le 22 août 1763, sous les ordres du capitaine Wallis ; Curteret commandait la flûte Prince-Frédéric, chargée de l'approvisionnement. Après avoir touché à Madère et au Cap-Vert, l'escadre pénétra dans le détroit de Magellan le 17 décembre; Carteret fut envoyé au Port-Egmont, tandis que les autres navires étaient retenus dans le détroit par la disette et par les vents contraires. A la sortie du canal (il avril 1767), un coup de vent sépara les navires. Carteret, abandonné par Wallis sur un navire délabré, se porta sur l'Ile Massa-Fuéro, une des lies Juan-Fernandez, voisine de la côte du Chili, rendue célèbre par le séjour de Selkirk, le héros du Bobinson Crusoé, 11 découvrit l'Ile Pitcairn, à 150 lieues environ dans le sud-est de 1 archipel Dangereux. Se dirigeant au nord-ouest, il découvrit encore quelques lies au sud de l'archipel des îles de la Société ; il passa entre ces îles et les deux archipels des Amis et des Navigateurs, mais sans en avoir connaissance. Continuant sa route droit à l'ouest, il retrouva, à 10° de latitude S., l'archipel Santa- Cruz- de- Mendana, qu'il appela lies de la Reine-Charlotte. Au nord-ouest, il découvrit les îles Gower et Carteret, qui font partie des îles Salomon, Plus" loin au nord-ouest, il pénétra dans une baie signalée par Dampier ; il reconnut que c'était un vaste détroit, nommé par lui canal de Saint-Georges, lequel sépare la Nouvelle- Bretagne et la Nouvelle-Irlande. Il découvrit ensuite les îles Portland et le groupe de l'Amirauté. Passant au nord des Philippines et a'engagant dans les Moluques, il dressa la carte de toute la côte occidentale de l'île de Célèbes. De Macassar, il se rendit à Batavia, d'où il retourna en Europe par le cap de Bonne-Espérance. Accosté en mer (26 février 1769) par Bougainville, qui le suivait depuis plusieurs mois, il refusa ses^offres de service. Ce voyage eut des résultats trèsimportants pour la géographie ; ce succès était dû, non aux ressources matérielles du navire, mais au talent et à la persévérance de Carteret. La relation de ce voyage se trouve dans le premier volume des Voyages de Cooket dansle recueil d'Hawkeiworth(l773).

Voyages dan» l'A*ie Mineure et en Grèce,

par R. ChanUler (1775 et 1776, 2 vol. in-4<>). Chandler, helléniste renommé, fut envoyé par la Société des Dileltanli en Orient, avec mission de faire des recherches et des collections d'antiquités en commun avec les peintres Revett et Pars. De 1764 à 1766, il parcourut les îles Ioniennes, l'Atlique, l'Argolide, l'Elide et une partie de l'Asie Mineure. Chandler rapporta en Angleterre une riche Collection, qui lui servit à composer quatre ouvrages. Passé maître dans l'art de lire les inscriptions anciennes, de les copier avec exactitude et de suppléer heureusement aux lacunes, il a donné, sous le rapport des antiquités et de la géographie ancienne, ce qu'on peut faire de mieux en ce genre. Erudit, il ne poursuivait qu'un but déterminé, restreint; il a parfaitement atteint ce but, de l'aveu de Barthélémy. Chandler a adopté une méthode particulière : il suit pas à pas Pausanias pour laGrèce, Strabon pour cette contrée et l'Asie Mineure, Pline l'Ancien pour ce qu'il a recueilli sur ces deux pays. Mettant à profit les fragments échappés aux dévastations des barbares et aux ruvages du temps, il recherche soigneusement les vestiges des cités de l'Asie Mineure et de la Grèce : temples, théâtres, cirques, aqueducs, édifices, etc. Souvent il est réduit à la nécessité de transcrire les descriptions données par les anciens auteurs. Sous ce rapport, son Voyage est beaucoup plus une relation historique de l'ancien état de l'Asie Mineure et de la Grèce que le tableau descriptif de leur situation actuelle. Bien qu'il rapproche tout de l'état moderne des lieux, il offre peu de renseignements sur la condition présente des contrées décrites et sur les mœurs des peuples jnxïi posés qui les habitent. Chandler rapporte ce qu'ont recueilli de plus remarquable les précédents voyageurs, Spon, Wheler, Chishul, Pococke, etc. Par contre, les érudks et les voyageurs l'ont mis lui-même à contribution, sans le citer toujours. La partie la plus complète et la plus intéressante de son Voyage, c'est la description d'Athènes. Ses recherches ont embrassé les trois ports du Pires, de Phalère et de Munychie; les tombeaux de la route qui mène a Cabilla; l'état ancien et actuel des Propylée3 et du temple de Minerve, l'Erecnthéum, les ruines des temples de Neptune et de Minerve' Polyade, les vestiges du temple de Bacchus et de l'Odéon, la situation de l'Aréopage, du Stade et du Muséum ; enfin trois monuments assez bien conservés, le temple de Thésée, la tour des Vents et le monument choragique de Lysistrate. Le Voyage de Chandler a été traduit en français (1806, 3 vol. iii-8°).

Voyage* don» le» Alpe», par de Saussure (1779-1796, i vol. in-40). Le titre de cet ouvrage est trop restreint. Outre les 'Alpes, l'auteur a parcouru le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Sicile et des îles adjacentes, et les volcans éteints de la France et des bords du Rhin. Toutefois, les Alpes ont été le but et le théâtre ordinaire des explorations du géologue; il les a traversées quatorze fois

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par huit passages différents. Dans cet ouvrage, Saussure a fondé la véritable géologie,* en établissant cette science sur une base solide, les faits et la comparaison. Il a pénétré la structure du globe. Il s'abstient d'élever prématurément aucun système général, bien qu'il fût préparé mieux que tout autre à édifier une théorie. Saussure préfère étudier en détail les substances qui composent la masse des montagnes, détruire les erreurs accréditées et signaler des faits nouveaux. Il se trompe quelquefois à son tour, parce qu'il n'a pas assez dégagé ses propres opinions des spéculations cosmologiques des auteurs qui l'ont précédé. Voici les règles générales et les principes théoriques qu'il constate : la chaleur intérieure de la terre n'est pas constante; elle va en diminuant de'l'équateur au pôle ; elle a pour foyer le soleil, et non le feu central. Le granit, la roche primitive par excellence, est le substratum ; produit d'une cristallisation formée par couches dans un état liquide, il n'est pas dû à l'action du feu. Les couches des montagnes latérales sont inclinées vers la chaîne centrale et lui présentent leur escarpement. Ces montagnes latérales sont d'autant plus bouleversées et s'éloignent d'autant plus de la ligne horizontale, qu'elles remontent à une formation plus ancienne. Entre les montagnes de différents ordres, il y a toujours des amas de fragments, de pierres roulées, etc. Quelques-unes de ces opinions sont contestables. Saussure voit justement dans les glaces des hautes montagnes le réservoir naturel et permanent des grands fleuves. It n'accorde pas assez d'attention aux pétrifications et à leur gisement. Ses descriptions sont d'une exactitude parfaite, et son récit aura toujours pour principal mérite la vérité. Un autre mérite a fait surnommer Saussure le premier peintre des Alpes. Il réunit une imagination puissante à l'exacte recherche du savant et la froide sagacité du philosophe. Son dessin est animé en même temps que correct. L'écrivain a le sentiment calme et serein des primitives beautés de la nature, et son style, quand il parle eu poëte, éveille des peintures dans l'esprit.

Voyage tas Inde» orientale» et a la Cbiae,

par Sonnerat (1782, 2 vol. in-40). Commissaire de la marine, mais naturaliste avant tout, Sonnerat a parcouru, de 1768 à 1778 et de 1783 à 1805, les îles de France, de Bourbon, de Madagascar, les Moluques, les Philippines, les îles des Papous, l'île de Ceylan, la côte de Malabar, les montagnes des Ghattes dans l'Inde, le golfe de Catubay, la côte de Coromandel, la presqu'île au delà du Gange, la péninsule de Malacca. le littoral de la Chine, les provinces de Tanjouar et de Maduré, enfin d'autres parties de -l'Inde et le Cap de Bonne-Espérance. Il avait visité la Nouvelle-Guinée, dans un premier voyage dont il a également donné une relation : Voyage à la Nouvelle-Guinée (1776, 1 vol. in-40). Sonnerat n'a pas écrit de relation sur ses'dernières courses dans l'Inde. Son principal ouvrage peut être considéré à deux points de vue : 1° sous le rapport anthropologique ; 2° sous le rapport scientifique proprement dit, qui avait toutes les préférences de l'auteur. 11 s'attache principalement à décrire les animaux et les plantes, après en avoir introduit dans nos colonies des spécimens, qui se sont acclimatés sur leur sol : le cacao, l'arbre à pain, le manguier, etc. Aux îles des Papous, il avait chargé une quaniité considérable de graines de giroflier et de muscadier. Le premier, il a décrit des quadrupèdes, des oiseaux et des végétaux peu connus , et de plus il les a dessinés avec beaucoup d'exactitude. Ses observations sur l'histoire naturelle des pays dont il parle sont la partie capitale de son ouvrage. De même, sa première relation renferme de curieux détails sur Manille, les Philippines et les Moluques. Sonnerat n'a pas perdu de vue les hommes. 11 fait connaître avec exactitude, à part quelques erreurs, l'histoire, la topographie, le commerce, les mœurs, les coutumes, les arts, les sciences, l'astronomie, la mythologie et la religion des Indous , ceux surtout du Decan ou de la presqu'île de l'Inde. Un peu prévenu en leur faveur, il ne se trompe pas cependant quand il voit dans l'Inde le plus antique berceau de la civilisation. Dans le Cambodge, qui se rattache fëographiquement à rindousian, se dressent es ruines d'une grandeur colossale, d'immenses murailles en marbre sculpté , des édifices aux ruines gigantesques, le tout couvrant un cercle de terrain de 10 à 12 lieues de diamètre, des monuments si prodigieux et si somptueux, que le Vatican et le Colisée, mis à côté, paraîtraient d'infimes baraques. Quel est donc le peuple qui a construit ces temples et ces palais gigantesques? Sonnerat, il faut le répéter, 11'a pas évité certaines méprises : il distingue les brahmes d'avec les brahmanes, ceux-ci ayant fait place aux premiers dans le cours des âges. A l'égard des Chinois, il se montre sévère plus que de raison ; son blâme parait être exagéré sur bien des points. De Guignes a réfuté le voyageur sur ce sujet (Journal des savants, 17S3) ; mais, plaidant en érudit, pro domo sua, de Guignes a outrepassé à son tour la mesure d'un équitable optimisme. Sonnerat pèche par trop de crédulité; il manque d'ordre. En revanche, ses descriptions sont

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d'une parfaite exactitude. Méry, l'auteur i'Méva, qui n'a jamais visité l'Inde, avait lu la relation de Sonnerat. La meilleure édition de cet ouvrage, édition corrigée et augmentée, est celle de 1806 (4 vol. in-8°, avec atlas).

Voyage pittoresque en Grèce, par le Comte

de Choiseul-Gouffier (3 vol.). La description de la Grèce par Choiseul-Gouffier comprend trois voltimes , lesquels représentent trois phases du travail de l'auteur et de la publication de son livre. Le premier volume fut publié en 1782, le deuxième en 1809 et le troisième en 1820 ; le dernier, complété et revu par Barbie du Bocage et Letronne, n'est qu'en partie l'œuvre de l'auteur. Cet ouvrage, qui forme, à vrai dire, deux ouvrages d'un caractère différent, fut interrompu par la Révolution, et les matériaux rassemblés pour son achèvement furent dispersés et enlevés à l'auteur, qui dut combler les lacunes laissées dans ses manuscrits par da nouvelles investigations. Soit avant, soit après la Révolution, Choiseul-Gouffier s'adjoignit des collaborateurs divers, lesquels allèrent, à ses frais et d'après ses instructions, recueillir tous les renseignements et tous les dessins qu'il ne pouvait se procurer par lui-même. Barthélémy, Villoison, Delille, un officier de marine, un astronome; un ingénieur, un dessinateur et antiquaire, un érudit, Barbie du Bocage, furent associés à ce grand travail. En 1776, à l'âge de vingtquatre ans, Choiseul-Gouffier fait son premier voyage en Grèce. Il voit par lui-même tous les lieux, tous les monuments que reproduisent les planches de son livre. 11 se rend directement en Morée et aborde à Coron ; il parcourt et décrit successivement les îles de l'Archipel. A défaut de monuments antiques, il y observe les mœurs, les habitudes, les costumes des Grecs modernes; il dessine les ruines, il recueille les inscriptions. Ensuite il explore l'Asie Mineure et les îles voisines. Plus tard, étant ambassadeur a Conscantinople, il revient sur ce théâtre de ses premières investigations, quelquefois périlleuses; il envoie des artistes habiles parcourir la Syrie et une partie de l'Egypte. Partout et toujours, il cherche les traces, les restes d'une splendeur passée. Il fouille tous les débris, remue tous les décombres, interroge tous les vestiges. L'exploration de l'Asie Mineure lui fournit une riche collection de médailles, de pierres gravées, d'inscriptions. La Troade est le principal but de sa longue course. Les monuments homériques l'attirent et le retiennent. Il décrit la fameuse plaine de Troie; il détermine l'emplacement d'il. on ; il reconnaît le Scamandre et le Simoïs ; il fouille avec respect les tombeaux d'Ajax, d'Hector, d'Achille et de Patrocle, h'Jliade à la main, il parcourt le théâtre des combats et trace sur le terrain tout le mouvement militaire du grand drame antique. Il fait, en un mot, le commentaire topographique et stratégique de Vlliade. Il achève la description de la Grèce par la description d'une partie de -la Turquie; de belles planches représentent Constantinople ancienne et moderne. Le premier volume, qui fut reçu avec des applaudissements universels, révèle un élève' de Barthélémy, un érudit enthousiaste, alliant l'imagination au savoir. Le discours préliminaire est un morceau remarquable, en ce sens que l'auteur devance et prépare le mouvement régénérateur de la Restauration, qui amena l'affranchissement de la Grèce. Choiseul-Gouffier s'indigne de la servitude des Grecs modernes ; il évoque les ombres de Miltiade, de Thémistocle, d Epamiuondas, de Phocion, de Léouidas. il adresse aux Hellènes un appel énergique h l'indépendante ; il trace le plan d'un Etat libre en Morée. Le deuxième volume, composé dans l'âge mûr, dénote un esprit plus •critique : les descriptions vives et animées du littérateur philhellène font place, de plus en plus, aux opérations géographiques, aux observations géologiques, aux recherches d'érudition. L'ouvrage de Choiseul-Gouffier, bien qu'il n'ait pas le mérite de l'unité de composition, est un livre indispensable à l'historien, a l'antiquaire et à l'artiste ; c'est un livre qui sera toujours estimé. L'auteur a observé avec sagacité, choisi avec discernement et enregistré avec exactitude. Ses récits clairs, concis sans sécheresse et abondants sans longueur, sont parsemés de remarques et de reflexions utiles ou intéressantes. Son style, facile et orné, convient au sujet. Des cartes, des plans, des gravures pittoresques ajoutent à l'attrait et à la clarté du livre.

Voyage en Egypte et en Syrie, parVolney (1787, 2 vol. iu-4«;. C'est un des meilleurs ouvrages de l'auteur; il obtint tout d'abord une approbation dont il jouit encore aujourd'hui, et qui n'a semble que mieux méritée depuis que notre expédition d'Egypte et d'autres voyages entrepris avec de grandes ressources ont attesté l'exactitude et l'observation savante de ce voyageur isolé.

« Jamais livre, dit Quérard dans sa France littéraire, n'obtint un succès plus brillant, plus rapide et moins contesté. Il valut à son jeune auteur l'estime des savants, l'admiration de ses compatriotes instruits et une célébrité européenne. Grimm ayant eu la délicatesse d'en présenter un exemplaire a Catherine U de la i art de Voluey, sans l'avoir

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prévenu, l'impératrice gratifia l'auteur d'une très- belle médaille en or, qu'il renvoya à Grimni lorsque Catherine eut pris parti contre lu France, avec une lettre dans laquelle il témoignait le regret de ne pouvoir conserver cette marque flatteuse de l'estime d'une souveraine qui se déclarait l'ennemie des institutions que la Fiance venait de se donner pour assurer sa liberté. » Volney prit pour épigraphe de son ouvrage cette phrase : « J ai pensé que le genre des voyages appartenait à l'histoire et non aux romans. » En effet, il ne suivit pas la méthode ordinaire; il rejeta comme trop longs l'ordre et les détails itinéraires, ainsi que les aventures personnelles, et il ne procéda que par tableaux généraux. Au point de vue du style, le Voyage en Kgypte et en Syrie ne le cède en rien aux Ruines du même auteur. Le Voyage a été traduit en espagnol en 1830.

Yoyago du Bengale eu Angleterre , par

Geoige Forster (1790 et 1*98, 2 vol.). Employé civil de la Compagnie des Indes à Calcutta, l'auteur de cette intéressante relation entreprit l'un des plus audacieux voyages qui aient jamais été faits. Il possédait peu de connaissances scientifiques; mais il parlait l'indou avec pureté et facilité, le mahratte de préférence ; le persan lui était familier, ainsi que le sanscrit. Dans ces conditions, G. Forster conçut le projet de revenir en Angleterre par le nord de l'Inde et de la Perse. Déguisé en négociant musulman, il partit de Calcutta le 23 mai 1782. Evitant le Lahore (pays des Sikhs), il traversa le Gange et le Djemnah dans les montagnes et se rendit au Cachemire par la route de Djombo. Il passa ensuite l'Indus pour gagner Kaboul. Son intention était de poursuivre son voyage au travers de la Boukharie, ancienne Transoxiane ; mats il suivit la route ordinaire des caravanes qui vont à Candahar. De cette ville, il se rendit a Hérat, puis à l'extrémité méridionale de la mer Caspienne, en traversant lo Seistan, le Kboraçan et le Mazaudéran. 11 avait mis un un pour aller d'Oude à la mer Caspienne et pour faire 900 lieues, dormant tantôt sous la pluie, tantôt sur la neige. Forster arriva en Angleterre en 178-i, après avoir traversé la Russie jusqu'à Saint- Pétersbourg.

Sa relation est un ouvrage curieux et instructif sous le double point de vue géographique et historique. Depuis Beniier, aucun voyageur européen n'avait visita la célèbre vallée de Cachemire; Forster décrit « le paradis terrestre de l'indoustan. » Heureux climat, Eden poétique, jardin de roses, industrie merveilleuse I Mais à quel prix l'habitant de cette région splendide jouit-il et du fruit de son art ut des présents de la nature? Jamais le despotisme, séculaire à Cachemire sous n'importe quelle domination, jamais la tyrannie du sabre et la tyrannie de l'argent, l'usure et le lise, n'ont produit des résultats plus désastreux soit dans l'ordre des faits moraux, soit dans l'ordre des faits économiques, Victor Jaequeniont. a visité vers 1830 la vallée de Cachemire ; ses renseignements continuent par des détails précis et par des chiffres lumineux les rapports de Forster. Sait-on qu'une flleuse, travaillant tout le jour, gagne 1 fr. 25 par mois? qu'un ouvrier habile gajpe o fr. 40 par jour? que le tisserand est obligé d'acheter son riz à son patron, luimême obligé de l'acheter h l'Etat? que chaque objet fabriqué supporte un droit de 50 pour 100 de sa valeur? que le collecteur de l'impôt fait couper le chale sur le métier, au fur ee h mesure que la pièce tissue s'étend, et qu'il faut recoudre ensuite ces bandes d'étoffe? que le prix des tissus se trouve triplé ou quintuplé soit par les exactions du lise, soit par le broeantage des produits qu'expédient les banquiers persans ou indous? et qu'enfin les ateliers des tisserands sont plus infects que les taudis des plus misérables canuts do Lyon? La décadence morale est au niveau de cette misère industrielle, qui l'ait de tout ouvrier un infirme ou un aveugle avant cinquante ans. Le premier volume du Voyage de Forster parut à Calcutta en 1790; le second fut publié en 1798, d'après ses notes. Cet ouvrage a été traduit eu français par Langlès (1808, 3 vol. in-8°).

Voyage eu Abjsainic, par Bruce (Londres, 1790, 5 vol. in-t"). Avant d'entreprendre son exploration aux sources du Nil, Bruce avait parcouru la Barbarie et visité Palmyre et Balbek. Il avait toutes les connaissances générales requises pour mener à bien la mission dont lord Halifax l'avait investi. Comme Niebuhr, dans le même temps, parcourait l'Egypte, Bruce fut autorisé a traverser ce pays pour son amusement personnel; ses travaux sérieux ne devaient commencer qu'au delà des cataractes. Accompagné d'un dessinateur italien, Bruce se mit en route pour l'Abyssinie en 1768. 11 visita les ruines d'Axum et ce que l'on appelle les sources du Nil, dans une petite île verdoyante eu forme d'autel, où elles sont placées sous la garde d'un grand prêtre. A Gundar, la capitale de l'Abyssinie, le roi lui fit un accueil distingué et lui donna le commandement de sa cavalerie. Bruce séjoui na quatre ans en Abyssinie et parcourut le pays en tout sens. Il a cru trouver les sources du Nil dans Celles du fleuve Bleu, déjà reconnues et décrites par un missionnaire portugais, le Père Patz; il est aujourd'hui démontré que le NilBlauc,la pria-

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cipale branche du fleuve, a son origine dans , trois grands lac3 découverts dans les régions équinoxiales par Speke, Grain et Baker. Bruce retourna en Egypte par les grands déserts de la Nubie, échappant aux embûches du roi nubien, aux attaques des Arabes, au simoun, aux tempêtes de sable. En 1772, son expédition était terminée.

Des événements extraordinaires, des aventures d'un tour romanesque, des traits de mœurs d'un caractère étrange, une vanité non déguisée, un style quelque peu boursouflé firent tourner on ridicule le voyageur consciencieux, le nouvel Hérodote, dont la sincérité a été reconnue par ses successeurs. Johnson mit en doute jusqu'à son voyage; des épigrammes en prose et en vers furent la récompense d'un zèle désintéressé, d'une constance énergique dans les périls et les souffrances. Bruce a eu le tort de revendiquer pour son compte la découverte des som> ces du Nil. Mais, en général, son récit a le mérite de l'exactitude, mérite affirmé par les récents voyageurs. Ha fait connaître 1 Abyssinie mieux qu'aucun voyageur, surtout pour l'histoire naturelle ; il en a rapporté des plantes utiles et des manuscrits. Sa relation a été traduite en français par Castéra (5 vol. in-4° et 10 vol. in-8°, avec atlas).

Voyages en France pendant le» années

usa, 1388,1580, par Arthur Young' (Londres, 1792-1793,2 vol. in-4<>). Ce livre du célèbre agronome anglais est divisé en deux ftarties distinctes, dont chacune forme un voutine. La premiers contient le journal proprement dit des trois voyages faits par young en 178", 1788 et 1789. Cette partie, écrite avec enjouement et liberté, est la plus amusante, la plus curieuse et, à quelques égards, la plus instructive. L'auteur traverse la France d'un bout à l'autre à plusieurs reprises; il note en passant tout ce qu'il voit, et ses remarques sont en générai si fines, si judicieuses, si pénétrantes, qu'on ne saurait trop admirer son étonnant coup d'œil. Le premier voyage dure environ cinq mois, du 15 mai au 15 novembre 1787 ; le second deux mois et demi, du 1er août au 15 octobre 1788; le troisième, le plus long, dure huit mois, du commencement de juin 1789 a la fin de janvier 1790. Arthur Young entre partout en relation avec les hommes les plus éminents : à Paris, il a pour guides Broussonnet, le savant secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture, Thouin, Parmentier, Lavoisier; en province, "il ne manque pas de visiter les savants du lieu, les principaux membres de la noblesse, les correspondants de la Société d'agriculture j et il arrive ainsi à connaître la France plus et mieux qu'aucun Français ne la connaissait alors assurément. Cette première partie est pleine d'utiles renseignements sur les personnes et sur les choses, sur l'aspect des pays parcourus, les villes, les routes, les campagnes. Les lettres, les arts, les sciences, les coutumes, les mœurs, l'esprit de la société française à cette époque ont aussi leur place, et A. Young en parle en observateur exact et critique judicieux. Veut-on savoir, par exemple, cequ il pense de la conversation chez nous? a S il m était permis, dit-il, d'après ce que j'ai vu, de hasarder une remarque sur lo ton de la conversation en Fiance, j'en louerais la parfaite convenance, bien qu'en la trouvant insipide. Toute vigueur de pensée doit tellement s'effacer dans l'expression, que le mérite et la nullité se trouvent ramenés à un même niveau. Châtiée, élégante, polie, insignifiante, la masse des idées échangées n'a le pouvoir ni d'otfenser ni d'instruire; là où le caractère est si eiîacé, il y a peu de place pour la discussion, et sans la discussion et la controverse qu'est-ce que la conversation ? • Qnoi de plus vrai, encore aujourd'hui, de plus sage et de mieux dit? De tempsà autre, le bon sens pratique et l'humour anglais suggèrent il notre voyageur de brusques et piquantes saillies pour parler des abus contre lesquels il butte k chaque pas ; à propos de l'abbaye des Bénédictins, à Paris, il s écrie : • C'est la plus riche abbaye de France; l'abbé a300,000 livres. La patience m'échappe quand . je vois disposer de tels revenus comme on le faisait au x« siècle, et non selon les idées duxvinc Quelle magnifique ferme on créerait avec le quart seulement.de cette rente ! Quels navets I Quels choux I Quelles pommes de terre! Quels trèfles I Quels moutons 1 Quelle laine t Est-ce que tout cela ne vaut pas mieux qu'un prêtre à l'engrais? Si un fermier anglais était derrière cet abbé, il ferait plus de bien à la France avec moitié de sa prébende que la moitié des abbés du pays avec toute la leur. Je suis passé prés de la Bastille, autre objet propre ù faire vibrer dans le cœur de l'homme d'agréables émotions. Je suis en quête de bons cultivateurs, et à chaque pas je me heurte contre les moines et les prisons d'Etat t ■

La politique joue également un grand rôle dans cette première partie, et peut-être n'existe-t-il nulle part une peinture plus vivante du mouvement national de 1789, soit à Paris, soit en province. Cette peinture est accompagnée de réflexions originales, quelquefois peu justes, sur les débuts de la Révolution française et sur les principaux personnages de l'époque en politique, tels que Louis XVI, Mirabeau, l'abbé Sieyès, Barnave, Bailly et autres.

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La seconde partie, qui développe en vingt chapitres des considérations générales sur l'agriculture en France, prête davantage à la critique. Le voyageur anglais essaye d'y résumer ses propres impressions et les renseignements qu il a puisés dans les innombrables publications qui pleuvaient à cette époque. Les documents cités par Arthur Young sont toujours d'un grand prix, mais ses conclusions ne sont pas toujours irréprochables. Autant le premier volume est intéressant et digne de foi , autant le second doit être lu avec circonspection, car il renferme un perpétuel mélange d'erreurs et de vérités. Cependant, les dix premiers chapitres ont encore une grande valeur et contiennent de précieuses indications sur l'étendue de la France, le sol et l'aspect du pays, le climat, le produit du blé, la rente et te prix de la terre, les irrigations, les prairies, la luzerne, le sainfoin, la vigne et les clôtures. Le grand agronome traite avec beaucoup de sagacité ces détails techniques. C'est à partir du chapitre xi, Du mode d'exploitation et de l'étendue des fermes, que commence la partie contestable de cet ouvrage. L'auteur s'y montre le partisan déclaré de la grande culture et l'adversaire des petites fermes, ainsi que des petites propriétés, qu'il regarde comme la principale cause de l'état arriéré de l'agriculture française. C'est là une grave erreur. Les provinces les plus divisées, les plus morcelées étaient au contraire, alors comme aujourd'hui, les.mieux cultivées, et l'on peut dire qu'en règle générale, avant comme après 1789, le progrès agricole a marché en France avec la division ; l'extrême division et surtout la division forcée ont sans doute leurs dangers, et si l'écrivain anglais s'était borné à combattre ceux qui voulaient à tout prix diviser le sol, il serait resté dans le vrai ; mais il est tombé dans l'exagération opposée en affirmant qu'en France la culture est toujours meilleure sur les grandes fermes que sur les petites. Dans le chapitre xm, sur le Capital employé en agriculture, notre voyageur tombe dans une erreur nouvelle, en attribuant cette pauvreté de l'agriculture au développement de nos colonies et do notre commerce intérieur, qui auraient, selon lui, absorbé une très-grande partie du capital national. Arthur Young ne se contente pas de cette première attaque contre les colonies, il revient k la charge dans les chapitres xvm et XIX relatifs au Commerce et aux Manufactures. D'ailleurs, il n'aime pas plus les colonies anglaises que les françaises ; toute colonie lui parait une sorte de vol fait à la mère patrie, et il ledit, comme il dit toujours, franchement et vivement. Le chapitre sur les Manufactures renferme d'incroyables contradictions. Après avoir dit en propres termes : t Une société prospère par l'échange des produits de la terre contre ceux des fabriques, et, plus cet échange est rapide, plus le bien-être est grand ; la ville n'achète que parce qu'elle vend ; si les campagnes ne lui achètent pas, elle" n'achètera pas aux campagnes;» tout à coup, san3 transition, sans explication, il se met à développer cette idée diamétralement opposée, que plus un pays se lance dans les manufactures, plus l'agriculture y est misérable. C'est surtout à la Normandie qu'il s'en prend, exemple assez mal choisi, car la Normandie était alors une des contrées de France les mieux cultivées. Il passe ensuite en Angleterre, en Italie, dans le reste de l'Europe, et partout il retrouve la même illusion. Mais le chapitre le plus défectueux est le ebapitrexv sur la Production. L'auteur entreprend de donner le totul de la production agricole en France, et, en l'absence de tout renseignement positif, il emploie une méthode, ingénieuse sans doute, mais bizarre et trompeuse : il divise une carte de France en régions de culture, région riche et fertile, région de bruyères, région des montagnes, région des plaines; il apprécie ce que doit produire, d'après lui, chaque région ; puis il les découpe, les pèse chacune à part, pèse ensuite le tout et en déduit la somme de production. Par ce procédé, il arrive à un produit brut de 5,792,000,000. Or, Lavoisier, qui a fait le même travail pour l'Assemblée nationale en 1791, surdesdocuments recueillis de longue main par le comité d'agriculture sous Louis XVI, n'arrive qu'au total de 2,750,000,000.

Malgré l'infériorité relative de la seconde moitié du deuxième volume, elle renferme d'excellents chapitres, par exemple le xvje, qui traite do la .Population, et le xvnc, de la Législation sur les grains. Même, dans les chapitres les plus faibles, on trouve des indications d'une grande valeur. Ainsi le xvme et le xixe chapitre sont précieux pour la quantité de documents qu ils renferment sur le commerce et l'industrie de la France avant la Révolution. On y trouve, entre autres, le tableau comparatif des importations et des exportations en 1784 et 1787. L'étude de ces tableaux pourrait donner lieu à une foule d'observations utiles. Comme fait général, ils attestent l'importance croissante que prenait sous Louis XVI notre commerce extérieur.

L'ouvrage se termine par un aperçu général sur la Révolution française, écrit dans le dernier mois de 1789 ; l'auteur comprend assez mal cette Révolution. « Dans tout ce que j'ai avancé, dit-il, sur cette révolution immense

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et sans exemple, je lui ai reconnu le mérita d'avoir aboli l'ancien régime, mais non d'eu avoir établi un nouveau. Toutcequej'aivuen France m'a donné la conviction profonde qu'un changement était devenu nécessaire pour limiter l'autorité royale, supprimer les droits féodaux, restreindre les richesses de l'Eglise, corriger les finances et 'puritler l'administration de la justice ; mais que, pour y arriver, il fallût bouleverser l'Etat, anéantir les distinctions, fouler aux pieds le roi et sa famille, attaquer la propriété, allumer une guerre civile, c'est une autre question. Selon nous, ces violences n'étaient pas nécessaires; une cour nécessiteuse, un ministère faible, un prince timide n'auraient pu refuser à l'Assemblée rien d'essentiel à la prospérité nationale. »

• Arthur Young, dit M. L. de Lavergne, montre en économie politique, comme en politique proprement dite, une justesse extraordinaire d'idées. On voit, en le lisant, combien les esprits éclairés de son temps avaient déjà le sentiment des principes économiques •les plus favorables à la production ; maisune base lui manque pour asseoir ses théories, il ne connaît pas assez les faits ni la statistique, qui en était encore à ses premiers tâtonnements. ■ Quant au style, il est clair, net, vif, s'échappant en boutades pleines d'humour après une période plus ou moins solennelle. L'ouvrage de Young a été traduit en français par Jjoulès (1793 1794, 3 vol. in-8») et par M. Lesage (1860, 2 vol. in-12), avec une introduction par M. L. de Lavergne.

Voyagea deTuuwberg en Afrique et en A*lo

(Upsal, 1788-1793, 4 vol. in-S°). Botaniste ^ suédois et disciple de Linné, Thunbeig par- » tit du Texet en 1771, comme chirurgien, k bord d'un navire hollandais, et débarqua au Cap en avril 1772. Il employa trois années à des excursionsaux environs du Cap même et à deux voyages dans l'intérieur des terres, jusqu'aux limites de la Cafrerie et le long des côtes de cette contrée. Ces excursions furent presque entièrement consacrées à des observations géographiques, physiques, zoologiques et botaniques. La relation néanmoins renferme l'histoire abrégée de l'établissement des Hollandais au Cap ; une esquissa de l'état politique de cette colonie et de son. administration ; quelques curieux détails sur l'économie rurale et domestique des habitants du Cap ; des considérations surleurs moeurs, leurs usages, leur commerce et leur industrie ; enfin une notice sur les Caftes, avec un, parallèle entre eux et les Hotteutots. En mars 1775, Thunberg s'embarqua pour Java, et en juin pour le Japon. Le naturaliste suédois recueillit un grand nombre de plantes rares et inconnues au Cap, à Java et h Ceylan, où il passa au retour. Il accompagna l'ambassadeur hollandais à la cour de l'empereur du Japon, à Yeddo. Dans son ouvrage, Thunberg n donné la nomenclature des empereurs ecclésiastiques et civils, des observations météorologiques et des notices suc les trois règnes de la nature. I..6 commerce surtout a fixé son attention. Le principal but de Thunberg, dans ses voyages, était de rassembler des végétaux exotiques et de faire des recherches dans les trois règnes. L'histoire naturelle forme donc une partia très-importante de cet ouvrage et méritait une attention toute particulière. Les observations de Thunberg étrangères à ces objets embrassent quelques considérations nouvelles sur le caractère physique et moral des Japonais; des détails intéressants sur plusieurs de leurs usages, leur vie domestique, leurs fêtes, leurs amusements publics et privés ; des particularités curieuses sur leurs mœurs ; un tableau rapide de leurs progrès dans l'agriculture, les arts mécaniques, les manufactures, la navigation, le commerce; des éclaircissements sur leur langue, avec une notice de quelques ouvrages publiés dans cet idiome; l'aperçu de leurs progrès dans les sciences physiques, mathématiques, morales, et dans les arts libéraux ; enfin un coup d'œil sur la géologie et la minéralogie du pays. Esprit exuet et méthodique, Thunberg insiste toujours sur les applications rurales et médicales des plantes. Son ouvrage est écrit en suédois. Il en existe deux traductions allemandes, une anglaise et deux françaises. La plus estimée de ces dernières est celle de Langlès, revue pour l'histoire naturelle par Lainarck (Paris, 1796, 2 vol. in-4<> et 4 vol. in-8°, avec des notes de Lamarck).

Voyage en Chine et eu Tariorle, par

Stauuton (Londres, 1797, 2 vol. in-4°). En 1792, le gouvernement anglais envoya uns ambassade extraordinaire en Chine. Staunton accompagna lord Maeartney en qualité de secrétaire de légation, mais avec des pouvoirs personnels de ministre plénipotentiaire. Il alla chercher sur le continent des interprètes chinois ; le hasard lui en fit découvrir deux à Noples. Le but de cette mission était d'ouvrir des communications commerciales suivies avec l'empire chinois. L'expédition partit sur trois navires, de Portsinouth, le 26 décembre 1792. Après avoir touché àTuron (Han-san) et à l'Ile de Callao ou Campello, on jeta l'ancre, le 21 juin, à Chouktchou (lie des Larrons), on fit un relevé exact de ces parages, on passa entre les îles Queesan et l'on vint mouiller £t Chu-san (mec

Jaune). L'ambassadeur voulut remonter la rivière Blanche (Feï-ho), mais les navires ne purent franchir la barre. Deux mandarins, l'un civil, l'autre militaire, -vinrent de Pékin pour le recevoir. L'un des vaisseaux remonta la rivière, et Macartney prescrivit aux autres navires de l'attendre au Japon. A Ta-cou, le vice-roi de la province lui rendit visite et lui apprit que l'empereur Kian-loung était en Tartarie, à Zhé-nol. L'ambassadeur, se résignant, se mit en routa pour la Mandchourie, traversant Tien-sing, Tong-chou-fou, Pékin. Arrivé à Zhé-hol, l'ambassadeur éleva des difficultés au sujet du keou-teou, prosternation dégradante aux yeux de tout Européen. Reçu en audience, il soumit des demandes importantes à la signature des ministres; mais ces vues furent jugées trop ambitieuses. L'ambassade reçut, le 5 octobre 1793, un ordre subit de départ, qui lui accordait quarante-huit heures au plus. Elle opéra sou retour par Canton, Macao, Java, le Cap et Sainte-Hélène. Elle débarqua à Portsmouth le 26 septembre 1794. L'ouvrage de Staunton fut lu avec empressement; il jouit en Angleterre d'un grand crédit.

L'auteur a mis à profit, outre ses propres notes, les papiers de l'ambassadeur et les journaux ou les observations des divers membres de l'ambassade. On peut lui reprocher une certaine emphase, un ton par trop officiel. Sa relation offre de nombreux renseignements sur l'empire et le peuple chinois, sur les mœurs, sur la cour de l'empereur, sur la configuration du sol, les côtes et les diverses mers, enfin sur les relations des Chinois avec les Européens. L'esprit critique n'a pas toujours présidé à la rédaction de l'ouvrage; par exemple, l'auteur assigne un chiffre invraisemblable à la population de la Chine. Des cartes exactes et très-précises, ainsi que des gravures bien exécutées accompagnent l'ouvrage. Il a été traduit par Castéra (1804, 5 vol. iri-8).

Voyage de découverte au uord de 1 océan Caduque, par Vancouver (1798, 3 vol. in-4°, avec atlas). Compagnon de Cook dans son deuxième etson troisième voyage, le capitaine Vancouver reçut en 1791 le commandement de la découverte, navire de 340 tonneaux, que devait seconder le brick Chatham, bâtiment de 135 tonneaux. Il était chargé de résuudre la question fort controversée : s'il existait une nier intérieure ou des canaux de communication entre l'Atlantique et le Pacifique, du 300 au 60e degré de latitude. Partant de Falmouth le 1er avril 1791, les deux navires relâchèrent à Ténérifle et au Cap de Bonne- Espérance, et arrivèrent le 26 septembre en vue de la côte sud de la Nouvelle-Hollande. Par 35» 3' S. et 1 16° 35' E. de Green wich, Vancouver découvrit la terre de Chatham, et, après avoir longé la côte sur un parcours de plusieurs milles, il découvrit le port George. Le 2 novembre, l'expédition mouilla à Dusky- Bay, à la Nouvelle-Zélande. Séparés par un coup de vent, les deux navires se retrouvèrent à Taïli, après avoir reconnu les écueils Snares, l'Ile d'upero et la petite lie Chatham. Quittant Taïti le 24 janvier 1792, Vancouver lit route au nord ; il arrivait a Owyhee, le 1er mars, et à la Nouvelle-Albion le 16. De là, il alla explorer les côtes américaines depuis le cap Mendocino jusqu'au port de Conclusion, par 56<> 14' N. et 225<> 37' E. ; il sonda et examina tous ces parages. Le 12 septembre 1794, il mouillait à Nootka. Après une relâche à Valparaiso, ildoublaitle cap Horn, passait à Sainte-Hélène et rentrait en Angleterre le 13 septembre 1795. Vancouver a reconnu et relevé 32 degrés de la côte N.-O. de l'Amérique d'une manière si détaillée et si complète, qu'à cet égard il est au-dessus de tous les navigateurs, sans en excepter le célèbre Cook, son maître. Durant les trois années qu'il a passées sur cette côte extraordinaire pour sa forme et ses découpures, il a eu le temps le plus favorable. Non-seulement il a eu la hardiesse de conduire ses vaisseaux dans des détroits qui ne paraissaient accessibles qu'à de petits navires, mais, ce qui paraît a peine croyable, lorsqu'il ne pouvait plus avancer sur ses gros bâtiments, ses détachements ont fait Sans accident, sur des embarcations ouvertes, une route de 8 à 9 lieues, et il a pénétré ainsi jusqu'à la dernière extrémité des innombrables canaux libres ou semés d'écueils qui vont aboutir à l'immense chaîne des montagnes par lesquelles les eaux de l'Océan sont arrêtées. Vancouver a tout découvert et tout déterminé en fait d'hydrographie. Il présente d'ailleurs le tableau des tnbus sans nombre qu'il a rencontrées ; il décrit les établissements russes, les postes militaires, les missions fondées par les Espagnols sur la côte de la Californie. Ses cuites et son journal, monuments merveilleux de l'industrie humaine dans un si court espace de temps, ne laissent rien à désirer, ni sous le rapport de la navigation, ni sous ceux du commerce et de ta politique, et ce travail embrasse 800 lieues en ligne droite de la côte N.-O. de l'Amérique, dont la majeure partie était absolument inconnue. Vancouver, en outre, a relevé et décrit une longue étendue de la côte S.-O. de la Nouvelle-Hollande, qu'aucun navigateur n'avait longée. Il a complété la reconnaissance des lies Sandwich et recueilli des détails très-intéressants sur les mueurs des habitants. La relation de Vancou-

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ver a été traduite en français en 1799 (3 vol. in-4°) et en 1802 (6 vol. in-8»).

Voyages dans l'inférieur de l'Afrique, par

Mungo-Park (1799 et 1815, 2 vol. in-4<>). Cet explorateur du continent africain voulait étendre les connaissances en géographie, étudier des mœurs inconnues, ouvrir enfin de nouveaux débouchés au commerce. Il s'était proposé pour but déterminé de se rendre des bords de la Gambie à ceux, du Niger, de reconnaître la source de ce fleuve, de suivre son cours et d'indiquer son embouchure. On croyait alors que le Niger était le père du Nil. Il s'agissait de traverser toute 1 Afrique occidentale jusqu'en Abyssinie, pour suivre le Niger, et de retourner ensuite vers le nord, pour le côtoyer, alors qu'il avait pris le nom de Nil. Le 21 juin 1795, Mungo-Park arrive à l'embouchure de la Gambie ; il remonte le fleuve jusqu'à Pisania, le dernier comptoir anglais. Suivi de deux domestiques nègres, qui parlent différentes langues de ces contrées, et muni d'un bagage modeste, un sextautde poche, une boussole, un thermomètre, deux fusils de chasse, deux paires de pistolets, etc., il part de Pisania le 2 décembre. Prenant sa route à l'est, puis au nord, il reçoit des indigènes un accueil amical, mais intéressé, en sorte qu'il se voit bientôt dépouillé à moitié de ses effets. La guerre ayant éclaté dans le haut pays, le roi de Kaarta dissuade le voyageur d'aller à l'est par le Bambara, pour arriver au Niger. Il se dirige vers Ludamar, pays habité par les Maures, alliés du roi de Bambara. Ali, souverain du pays, lui permet de traverser son royaume. Mandé au camp d'Ali, le voyageur tombe dans le piège que lui a tendu ce chef d'une race perfide. Accablé de mauvais traitements, entièrement dépouillé, laissé sans domestiques, il s'échappe ; on l'arrête de nouveau, enfin on l'abandonne. 11 s'éloigne dans l'est, emmenant son cheval, excédé de fatigue comme son maître. La soif les oppresse. Par bonheur, Park fait rencontre de quelques nègres fugitifs, qui acceptent, en payement des provisions vendues par eux, les boutons de cuivre détachés de l'habit du voyageur. Le 20 juillet 1796, Park découvre le Niger, aussi large que la Tamise à Westminster, coulant à l'est avec une majestueuse lenteur. Arrivé à Sego, capitale du Bambara, il reçoit ordre du roi de s éloigner au plus vite. Ce chef méfiant le gratifie néanmoins d'un sac de cauris (25 francs). Un guide le conduit le long du Niger jusqu'à Sansanding. 11 poursuit sa route à l'est, jusqu'à Silla, ville considérable et située à 1,100 milles de l'embouchure de la Gambie. Malade, à demi nu, les pluies l'arrêtent. 11 retourne du côté de l'ouest et retrouve son cheval qu'il avait abandonné. Apprenant que le roi de Bambara, cédant aux conseils des Maures, a ordonné de l'arrêter, il fait un détour pour éviter Sego; il revient vers leNifer, traverse un grand nombre de villages et e villes et quitte les bords du fleuve le 23 août, sur les frontières du pays mandingue. Dépouillé de tout, à plus de 500 milles de l'établissement européen le plus proche, Park continue sa route et rentre en possession de son cheval et de ses effets. Le 16 septembre, il atteint la ville de Kamatia, où un marchand d'esclaves lui donne l'hospitalité. La famille de ce traitant lui prodigue les soins les plus utiles, et il é'chappe à la mort. Le 19 avril 1797, il quitte Karnalia, avec son hôte et une nombreuse caravane d'esclaves, après avoir eu le temps de prendre beaucoup de renseignements sur l'intérieur du pays. Le 12 juin, il rentre au comptoir anglais ; le 17, il part k bord d'un navire américain qui va aux Antilles, et le 2 septembre il est de retour en Angleterre. Dans celte exploration, Park s'était avancé près de 500 lieues vers l'est; il avait recueilli les notions les plus précieuses sur les sources jusque-là incertaines du Sénégal et de la Gambie, sur la source et le cours tant disputé du Niger, sur la situation et les rapports politiques des Maures et des nègres, le caractère, les mœurs, les coutumes de ces peuples, l'existence de nombre d'Etats divers, celle de villes grandes et populeuses. Park est un observateur judicieux et exact. Son récit intéresse autant qu'il instruit; on preDd part aux anxiétés et aux espérances du voyageur. La deuxième exploration de Park devait avoir un dénoûment moins heureux. Arrivé à Gorée le 28 mars 1805, il part du littoral, ayant pour guide un Mandingue, prêtre et marchand, et accompagné d'une escorte d'Européens. Le 19 avril, il retrouve le Niger, à Bammakou. Il s'arrêta là, dans un triste état. Onze Européens seulement sont encore en vie; les quatre chefs de l'expédition sont malades ; tous les ânes sont morts. Le 21, Park s'embarque sur le Niger, s'arrête à Marrabou et atteint Sansanding, au delà de Sego, le 27. L'officier et les trois derniers soldats survivants, dont un fou, font avec Park une grande barque des planches de deux vieilles pirogues. Park termine son journal le 16 novembre et le remet au marchand mandingue pour le résident du comptoir anglais. En descendant le cours du Niger, il passe dans une gorge resserrée, où des nègres lui ont tendu une embuscade. Ne pouvant échapper à la mort, il se précipite dans le fleuve. D'après une autre version, plus douteuse que la précédente, parce qu'elle a été donnée par

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les gens du pays (royaume dellaoutta), Park se serait mépris sur les intentions des indigènes, qui lui auraient indiqué par leurs cris et leurs gestes l'existence des écueils dont la passe est semée ; voulant se sauver à la nage, il se serait noyé. La relation de ce second voyage n'est que le canevas d'un récit. Les latitudes sont en partie erronées, Park ayant tracé inexactement sa route depuis Pisania. Erreur bizarre : il donne 31 jours au mois d'avril qui n'en a que trente. Les Voyages de cet explorateur du continent africain ont été traduits en français par Castéra.

Voyage» en Egypte, en Grèce et en Turquie, par Sonnini (1799, 3 vol. in-8u ; 1801, 2 vol. in-80, avec atlas). Avant d'exécuter ces voyages, Sonnini avait traversé toute la Guyane jusqu'au Pérou, et, de plus, il avait fiiifune expédition sur la côte occidentale d'Afrique, Attaché, sursa demande, à l'expédition du fameux baron de Tott, il s'embarqua le 26avril 1777 et trouvaàAlexandriedesnrdres particuliers de Louis XVI pour voyager en Egypte. Son intention était de traverser l'Afrique entière dans son milieu, depuis le golfe de la Sidra jusqu'au Cap de Bonne-Espérance; mais le gouvernement n'approuva pas ce projet gigantesque. Dès lors, Sonnini se borna à parcourir l'Egypte dans tous les sens, en l'étudiant de préférence sous le rapport des productions naturelles. Il visita d'abord les côtes ; l'atterrissage d'Alexandrie, ses monuments, ses ruines, ses citernes, ses catacombes; le Delta, le jardin de l'Egypte; Raschid (Rosette), entourée de délicieux vergers; Aboukir. Puis il alla au Caire et il traça les portraits d'Ali-Bey et de Mourad-Bey, les intrépides adversaires du général Bonaparte. Il fit une excursion dans la Libye, aux lacs de natron. Les Arabes le dépouillèrent de tout, mais finirent par lui rendre son bien; plus d'une fois, il ne dut son salut qu'à son titre de médecin. Ses courses l'amenèrent dans le Saïd. Il voulut voyager en Nubie, mais son interprète syrien complota sa mort avec le chef de la caravane. Obligé de renoncer au voyage d'Abyssinie et à celui de la mer Rou;je, il se rabattit sur Denderah, dont il décrit les temples. Sonnini constate la fertilité du sol d'Egypte. Ce sol, qui produit le blé, le riz, le dattier, cette providence de l'Afrique, peut devenir la pépinière des fruits et des cultures des deux mondes. Sonnini reconnaît l'utilité de l'expédition d'Egypte, où la France aurait pu fonder une colonie d'un immense avenir. Il étudie les animaux, les végétaux, l'air, la terre et l'eau du pays. Il décrit les caractères, les habitations, les mœurs, les maladies de la population. Il nous apprend que le mariage est un acte purement civil, et que la prétetidue circoncision des femmes se réduit k l'excision d'une excroissance naturelle, apanage du beau sexe en ce pays. La relation de Sonnini n'a pas l'aridité d'un itinéraire, et elle n'est pas la répétition des autres voyages. Des observations neuves, des développements intéressants, des considérations générales, une manière facile, souvent gracieuse, élégante, adaptée au sujet, en rendent la lecture attrayante et utile. Sonnini a moins bien traité l'histoire naturelle qu'Hasselquist, disciple de Linné. Mais il a bien vu les hommes, les choses, les moeurs; il joint l'exactitude et la justesse des obserservations à l'exactitude et à la justesse d'expression. Sa relation est un digne et nécessaire supplément à l'ouvrage de Volney. Le deuxième voyage de Sonnini, qui eut pour théâtre la Grèce et la Turquie, est une suite de courses dans les différentes Iles de l'Archipel et dans quelques parties de l'Asie Mineure, de la Macédoine et de la Morée. L'ouvrage commence par un parallèle du Cophte et du Grec moderne, et le Cophte n'a pas l'avantage. Toujours observateur de la nature, Sonnini considère les choses sous leurs rapports scientifiques, et au besoin il les décrit d'une façon agréable. Son âme ardente se peint dans ses écrits. En décrivant les amours de la tourterelle à collier du Sénégal, qu'il retrouve dans l'Ile de Rhodes, il esquisse un petit tableau plein de fine observation et de tendre sympathie. Ce voyage se termina en octobre 1780. Il .existe deux traductions anglaises de ses relations.

Voyagea eu Afrique, eu Egypte et eu Syrie,

par Browne (1799, in-4»; trad. franc., 1800, 2 vol. in-80). Pendant que Mungo-Park parcourait l'ouest de J'Airique, Browne, marchant à l'est, s'acquérait des titres non moins sérieux. Débarqué à Alexandrie le 10 janvier 1792, il pénétra jusqu'à l'oasis de Syouah et reconnut les ruines du temple de Jupiter Ammon. il s'avança vers le sud-ouest, mais dut rebrousser chemin. Après avoir visité Rosette et Damiette, puis les lacs de natron à l'ouest du Nil, il fit un séjour de quelques mois au Caire, afin d'y étudier la langue arabe et les usages orientaux. Le 10 septembre, il s'embarqua sur le Nil pour se rendre en Abyssinie ; mais la guerre que se faisaient les tribus sur les confins de l'Egypte l'arrêta à Assouan. Obligé de redescendre le Nil jusqu'à Kénè, il traversa le désert jusqu'à Cosséir, sur la mer Rouge, en reconnaissant sur sa route les carrières de pierre des anciens Egyptiens. De retour au Caire au mois de décembre, Browne fit une excusion au lac Mœris et aux pyramides, puis au mont Sinaï et à Suez, Le 2 avril 1793, se ioignant à la

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caravane du Darfour, il s'embarqua sur la Nil et, à Siout.il prit des chameaux. Arrivé, le 23 juillet, à l'ouadi Masrouk, la première source qui se présente au voyageur dans le Darfour, il reçut du sultan une lettre qui lui prescrivait de se rendre à Cobbé, la capitale. Un homme qui avait accompagné Browne depuis le Caire l'avait secrètement desservi auprès du sultan. Le Darfour était encore un pays inconnu aux Européens. Inquiet de plus en plus et ne pouvant pressentir les dispositions d'esprit du prince africain, Browne entra à Cobbé le 7 août. Retenu comme prisonnier pendant trois ans, dépouillé en partie de ses effets, il n'obtint la permission de quitter le pays qu'en 1796. Pour se distraire dans la demi-captivité qu'il avait à subir, il avait acheté deux lions dans le but de les apprivoiser. Enfin , il reparut au Caire avec la connaissance exacte du Darfour et de plusieurs Etats voisins. Son retour en Angleterre s'opéra par la Palestine, la Syrie, le Liban, le Taurus, Kaisarieh, Angora, Constantinople, Vienne et Hambourg (1798). Browne avait pris l'habitude de penser en arabe et presque perdu l'usage de l'anglais ; aussi sa relation est-elle écrite sans talent littéraire ; la clarté et la concision sont les seules qualités de son style. Observateur judicieux et fidèle, l'auteur a recueilli, sur un pays à peine connu de nom, des matériaux précieux pour la géographie et l'ethnographie. Browne a fait encore d'autres voyages : de 1801 à 1804, il visita Trieste, Athènes, Smyrne, Constantinople, Antioche, Chypre, le Caire, la Macédoine, le mont Athos, l'Albanie, les îles Ioniennes, Venise, la Sicile, les îles Lipari; en 1812 et 1S 13, il traversa l'Anatolie, l'Arménie jusqu'à Erzeroum et la Perse jusqu'à 40 lieues de Téhéran'; il fut assassiné par des brigands sur les rives du Kizil-Ozoun.

Voyage» dans l'Amérique septentrionale,

par Alex. Mackensie (Londres, 1801, iu-40; 1802, 2 vol. in-8°). Agent d'une compagnie qui faisait le trafic des pelleteries, Mackensie avait acquis la connaissance du pays et des habitants de l'extrémité septentrionale de l'Amérique; pendant huit ans, il avait résidé au fort Chippewyan, situé par 58° 40' de latit. N. et par ll0°30' de longit. O. de Greenwich, sur le lac Aihabasca et dnis une Contrée déserte k l'O. de la baie dlludson. Ayant fait adopter le plan d'un voyage de découverte vers les régions voUines de la mer Glaciale, il se mit en route le 3 juin 1789, accompagné de quatre Canadiens, «l'un Allemand, de trois Indiens et de quatre femmes. Toute la troupe, embarquée sur quatre pirogues, se dirigea vers le N.-O. ; elle descendit la rivière de l'Esclave, atteignit le lac du même nom, et rencontra vers 1 extrémité occidentale une autre rivière qu'on suivit (29 juin). La descente de ce fleuve ne se fit pas sans périls ni obstacles a sut monter. Mackensie arriva à l'océan Glacial le 15 juillet; il donna son nom a la rivière découverte par lui; en avant de l'einboucbure est une ile, située par 69° de latit. et 135° da longic. Dès le lendemain, il remonta la même rivière, et il ne rentra au fort Ohippewyau (le 12 septembre) qu'après cent deux jours d'absence, durant lesquels le mécontentement de sa petite troupe, ou fatiguée ou inquiète, doubla pour lui les difficultés de la route. Se proposant de se frayer un chemin vers l'O., dans la direction de l'océan Pacifique, Mackensie repartit le 10 octobre 1792 du fort Chippewyan, avec deux pirogues chargées de marchandises. Après avoir remonte l'Unjigah ou rivière de la Paix, il hiverna pendant six mois dans un poste situé vers le 56e degré de latit. S'étant rembarqué avec six Canadiens, le 9 mai 1793, il lit avec la plus grande peine et au péril de sa vie la traversée des montagnes Rocheuses; on dut transporter la pirogue de forêt en forêt et de rocher en rocher. Suivant enfin le cours du Tacoutehé-Tessé (rivière qui n'est pas la même que la Colombia, plus méridionale, comme l'a cru Mackensie), il s'arrêta, le 23 juillet, à la côte de l'océan Pacifique, près de Ja pointe Menzies, par 52°2t' ae latit. et 128° 2l' de luiigit. Cette fois encore le retour fut pénible. Mackensie rentra au fort Chippewyan en septembre 1793. Ses découvertes n'ont été utiles qu'à la géographie et au commerce ; l'histoire naturelle lui était étrangère en tant que science. Sa relation manque de méthode et de ciarié. Mais il ne donne modestement son voyage que pour le journal de sa route, quelquefois interrompu par l'esquisse d'une scène de la nature ou des mœurs des sauvages. En déclarant, dai.a la narration de sou premier voyage, qu'il n'avait pas pu trouver de passage au N.-O., Mackensie parait persuade que ce passage tant de fois cherché n'existe réellement pus. C'est pourquoi, dans son second voyage, il s'est attaché à chercher une communication commerciale entre les deux mers par les fleuves et par les lacs; la possibilité de cette communication lui paraît aussi démontrée que les grands avantages qu'on en tirerait pour le commerce des pelleteries dans le Canada. Un tableau historique de ce commerce et de ses progrès sert d'introduction à son voyage. L'ouvrage de Mackensie a été tra« duit en français par Castéra (IS02, 3 vol. in-8").

Voyage de Deaoa dans la, basse cl hanta

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Egypte pendant les campagnes du général rtoixipnrte {1802, 2 vol. gr. in fol.). Dessinateur et graveur nubile, Denon était déjà connu par un Voyage artistique en Sicile et à Malle (1788), quand il fut emmené par Bonaparte dans son expédition d'Egypte. Il fit avec Desaix la campagne du haut pays. Toujours en avant, spn portefeuille en bandoulière, il distançait lés premiers guides pour avoir le temps de dessiner quelques fragments, en attendant que la troupe le rejoignît. Pendant que l'on se battait, il prenait des vues et fixait le souvenir des événements dont il était témoin. Le nombre des dessins qu'il fit alors est immense. Revenu en France, il s'occupa du soin de les publier. La vive impression que l'expédition d'Egypte avait produite ; le caractère extraordinaire, aventureux qui lui était propre et qui était bien de nature à frapper les esprits ; l'étonnement que l'on éprouva à la vue de ces monuments, merveilles séculaires de la patrie des pharaons et des Ptolémées, firent avidement rechercher un ouvrage où l'on trouvait, à côté de la description et de la vue des monuments, une relation spirituelle et animée des événements. Cette importante publication sert en quelque sorte de préface a la magnifique Description publiée par l'Institut d'Egypte. Elle se compose d'un volume de texte et d'un volume de planches (au nombre de I4l), dessins précieux, esquissés sous le feu de l'ennemi et gravés par les plus habiles artistes. Le récit du voyageur, dont on reconnaît la bonne foi, présente l'Egypte et ses habitants sous des rapports presque inaperçus par les précédents voyageurs. Il commence par des vues graduelles du Delta, prises k vol d'oiseau; puis il dessine et décrit la forme précise des paysages et des monuments; ensuite il exerce son crayon et sa plume sur les habitants, qu'il croque sur le vif. Ainsi se succèdent des tableaux divers, le passé et le présent, l'histoire ancienne et l'histoire contemporaine, les mœurs domestiques, les pyramides, les environs du Caire, les maisons des Turcs, les bains, les jardins, les tombeaux, les temples les mieux conservés, les bas-reliefs représentant les arts, les instruments, les outils, les combats, les jeux, les usages des anciens Egyptiens, les scènes épisodiques de la guerre, entre autres la bataille des Pyramides, les portruits caractéristiques dessinés d'après nature. Denon a copié aussi des inscriptions cursives et un zodiaque égyptien ; il avait découvert, en outre, le premier manuscrit égyptien que l'Europe savante ait connu. Son ouvrage, plusieurs fois réimprimé, a été traduit en diverses langues.

Voyage dans len fies d'Afrique, par Bory

de Saiut-Viiicent (1804, 3 vol. in-8°, et atlas in-4o). Bory de Saint-Vincent partit du Havre avec l'expédition du capitaine Baudin, en qualité de naturaliste en chef. Il débarqua à Ténériffe. Arrivé à l'île de France, il se sépara de Baudin, que la moitié des officiers et des savants abandonnèrent. Il passa bientôt dans l'île de la Réunion, qu'il parcourut dans tous les sens; il en dressa une belle carte topographique. En revenant en France, Bory relâcha dans diverses lies de l'Afrique, entre autres k Sainte-Hélène, dont il fit une excellente carte et d'où il rapporta un magnifique papillon, de grande taille,aux couleurs vives et variées, que Napoléon avait nommé prométhée. En intitulant son ouvrage Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique, Bory de Saint-Vincent n'a pas eu d'égard â leur étendue, puisque l'île de Madagascar, dont la description n'est pas entrée dans son plan, est plus considérable a elle seule que ne le sont ensemble les quatre îles de Ténériffe, de Maurice, de la Réunion et de Sainte-Hélène, qui sont l'objet de sa relation. C'est sous les rapports physiques, agricoles, commerciaux et politiques, qu'il a qualifié, sans doute, ces quatre îles comme les quatre principales des mers d'Afrique. Quelques critiques ont reproché à l'auteur de s'être presque uniquement occupé, quant aux lies de France et de la Réunion, de descriptions géologiques, d'observations météorologiques, de détails de botanique, et de n'avoir donné aucune notion sur les mœurs et sur les usages des habitants. En généra), le style de Bory de Saint-Vincent est presque toujours coloré, mais dépavé par des incorrections grammaticales.

La botanique lui devra des espèces nouvelles, de nouveaux genres peut-être; ia zoologie, des descriptions plus exactes et plus variées ; la géologie, des observations curieuses et des théories quelquefois téméraires, parfois dignes d'attirer l'attention des savants.

Voyage* de *îr Jobu Barrow (1S0G). Barrow avait fait. partie de l'ambassade de lord Macaitnay en Chine (1792-1794). Son' Voyage en Chine, par les îles de Madère, de Ténériffe et du Cap-Vert, le Brésil et l'île de Java, contient des renseignements nouveaux et authentiques sur l'état naturel et civil de ces divers pays; à la suite vient une relation officielle d'un voyage au pays des Bousouhanas, dans l'in.iérieur de l'Afrique australe. Il n'est pas l'auteur de cette relation. Barrow a principalement dirigé ses observations sur les anciennes navigations, les établissements coloniaux, le gouvernement, la cour, les lois, la police, l'armée, les finances, le ca-

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ractère, les mœurs, les usages, le culte, l'agriculture, le commerce, les routes et canaux, les sciences et les arts, les spectacles, la langue de la nation chinoise, l'histoire naturelle du pays et sa population présumée. Les Anglais considèrent cet ouvrage comme le plus précieux qu'ils possèdent sur la Chine. Barrow a fait deux excursions dans la colonie du Cap. Dans sa relation {Voyage-dans la partie méridionale de l'Afrique, 1797- 1798, 2 vol. in-4°), il examine quelle est l'importance du Cap pour les différentes puissances de l'Europe, considéré comme station militaire et navale, comme boulevard du commerce et de la domination des Anglais dans l'Inde, comme centre des établissements pour la pêche de la baleine dans les mers australes, comme acquisition territoriale et comme entrepôt commercial en temps de paix. L'ouvrage est accompagné d'une description statistique, rédigée sur les documents les plus authentiques, et de huit belles cartes, contenant ceilo de la côte d'Afrique depuis la baie de la Table jusqu'à la baie de Saldanha, des cartes des baies de Bletenberg, d'Algoa, de Mossel et de False-Bay ; le plan militaire de la péninsule du Cap et ceux de la baie de la Table et du Kuisna. Les connaissances très-étendues de l'auteur sur différentes branches de l'histoire naturelle lui ont permis de décrire avec autant d'exactitude que de discernement tous les objets tenant k l'histoire des trois règnes de la nature. Cet ouvrage a été traduit en français par Grand-Pré.

Voyage clA**îa.ue et topograpuique en

Grèce, par Ed. Dodwell (Londres, 1809,2 vol. in-4<>). Ce voyage a été exécuté pendant les années IS01, 1805 et 1806. L'auteur décrit la plus grande partie de la Grèce continentale; en dépeignant chaque lieu, il rapporte et combine les textes anciens avec l'état présent des villes et des monuments, avec les usages actuels; il discute les opinions de quelques-uns de ses prédécesseurs, et s'efforce de fixer les idées sur des points encore controversés ou obscurs. Partant de Trieste au mois d'avril 18OI, le voyageur anglais longea la côte orientale du golfe Adriatique, recueillit d'intéressantes observations sur les îles dalmates, s'arrêta k Corfou, passa à Sainte-Maure (Leuoade), fit une excursion sur les ruines de Nieopolis et visita les iles d'Ithaque, de Céphalonieet de Zacinthe.aux puits de bitume. Abordant sur la côte d'Etolia, à Missolonghi, il se proposa de passer en Morée ; mais la peste, signalée à Corinthe, l'obligea k changer de plan; au lieu de visiter le Péloponèse, il se dirigea vers la Phocide et la Béotie. Partant, de Patras, il longea la côte de l'Etolie et de la Locride, et il s'achemina par terre de Galaxidi vers la Phocide. Puis, de Delphes ou Castri, il se rendit à Platée, et se dirigea de Thèbes vers Athènes. L'Attique et sa métropole le retinrent longtemps ; il visita tous les monuments, rechercha les ruines éparses, gravit toutes les montagnes de la contrée et entreprit le tour entier de l'Attique. Il recueillit de nombreuses observations qui intéressent surtout l'histoire de l'art. Après une excursion aux îles d'Egine et de Salamine, il se rendit aux Thermopyles, où il constata des changements physiques dans le cours des eaux. La vallée de Tempe fut le terme de son voyage dans le nord de la Grèce. Revenant sur ses pas, il traversa la Doride et la Phocide, et, prenant par l'est de la Béotie et de l'Attique, dans la direction d'Athènes, il traversa la plaine de Marathon. Le Péloponèse devint alors le but de ses courses d'antiquaire ; il suivit la route Sacrée et passa à Eleusis, k Mégare, à Corinthe, à Sicyone. A partir de Patras, il longea la côte occidentale du Péloponèse. Les ruines d'Elis se montrèrent à lui. La Messénie, l'Arcadie, la Laconie furent à leur tour le théâtre de son exploration. Après avoir vu les ruines de Sparte, il revint à Patras, où il s'embarqua pour Civitta-Vecchia. Cette relation instructive est trop étendue; l'ouvrage proprement dit a moins de prix que son complément, ou que la collection des magnifiques dessins rapportés de son voyage par l'auteur; ces grands dessins sont vraiment dignes des- beaux monuments et des beaux sites qu'ils représentent.

Voyagea en Amérique el en Asie (1809- 1825 et 1843-1848), par Alex, de Humboldt. Les voyages offrent un puissant intérêt à la 'curiosité des gens d'étude, quand les contrées parcourues sont un vaste théâtre de découvertes, et aussi quand le voyageur est un de ces esprits d'élite aptes à tout comprendre et à tout expliquer. Humboldt, surnommé l'Aristole moderne, était une intelligence encyclopédique; il n'y a pas une science que ses voyages n'aient enrichie, développée. Le premier de ces pèlerinages scientifiques a embrassé l'aire immense des régions équinoxiales de l'Amérique. Pendant cinq ans, de 1799 à 1804, Humboldt et son compagnon, Am. Bonplaad, ont parcouru la Colombie, les Cordillères, les bords de l'Orénoque .et da l'Amazone, le Pérou, le Mexique et Cuba. Ou a dit avec raison qu'ils avaient découvert une seconde fois le Mexique. Us avaient exploré la belle vallée de Ténériffe et avaient fait l'ascension du pic de l'île. En plein Océan, ils s'étaient occupés du Gulf-Stream, l'immense torrent d'eau chaude, artère de la mer, qui con-

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tourne le golfe du Mexique, d'où il va rayon' ner dans l'hémisphère nord, et de la grave question du refroidissement du globe, La splendide constellation appelée la Croix-du- Sud leur avait annoncé leur entrée dans la zone torride. Arrivés au port de Cumana, ils formèrent le projet de visiter tout !e cours de l'Orénoque, une ligne mesurant de 700 à 800 lieues. Ils employèrent dix-huit mois à explorer les provinces de l'Etat de Ve- . nezuela. Gravissant les montagnes de Caripe, Humboldt s'aventura dans la caverne du Guacharo, à la fois Tartare et Styx des Indiens. Qu'on se figure une porte béante, surmontée d'arbres en' panache ; la largeur de la voûte estde 80 pieds et su hauteur de 72; une rivière de 30 pieds de largeur sort du souterrain, canal régulier, percé du sud au nord, entre une double muraille de stalactites, sur une longueur illimitée... Personne n'a pu arriver jusqu'à l'extrémité de cette galerie. Un phénomène d'un autre ordre que les deux naturalistes auraient pu voir peu de temps auparavant, mais non décrire, c est le tremblement de terre de Caracas, qui engloutit toute une ville; dix mille personnes périrent en une minute. L'étendue de la commotion fut pour Humboldt un indice de la grande profondeur des volcans. Quittant la littoral pour les savanes et bravant les dangers et les privations, il s'engagea dans les montagnes da los Teques et dans les savanes de Calabozzo, pampas au nord et Uanos au sud; au centre de ces régions, une forêt six. fois plus grande que la surface de la France. Des troupeaux innombrables se multiplient dans cette zone; des rivières sans nombre la sillonnent, ayant pour affluents ries cours d'eau plus considérables que le Danube et pour ruisseaux des tributaires aussi importants que la Seine. Avant cette expédition, le bassin de l'Orénoque était peu connu : les sources du grand fleuve se cachaient comme celles du Nil. D'autres analogies existent entre le Nil et l'Orénoque : les crues immenses de ce dernier donnent l'idée d'un déluge. 11 y avait un fait à constater : ta. communication entre l'Amazone et le rio Negro, celle entre le rio Negro et le Cassiquiar, et celle entre le Cassiquiar et l'Orénoque. Une navigation de plus de 600 lieues de 25 au degré conduisit en soixante-quinze jours les explorateurs sur un réseau d'affluents, et ces embranchements d'une rivière à. l'autre, courant en sens opposés, leur permirent de faire un véritable périple. Ces fleuves, aux panoramas sauvages et pittoresques, sont classés en eaux blanches et en eaux noires. 'Le périlleux passage des cataractes d'Aturès et de Maypurès fut une péripétie émouvante de cette traversée fluviale. Après une fausse pointe sur Cuba, d'où il pensait se rendre aux Philippines par le Mexique, Humboldt alla dans le bas Pérou;, il observa au Callao le passage de Mercure sur le disque du soleil. Suivant le fleuve la Magdeleine, il passa de Carthagène au plateau de Bogota et, traversant la Cordillère, il atteignit Quito. Pendant cinq mois , il explora la haute vallée de Quito et la chaîne des volcans k cimes neigeuses qui l'encadrent. Faisant l'ascension du Chiraboruzo, Humboldt et Bonpland s'élevèrent a une hauteur de 18,090 pieds au-dessus du niveau de la mer; une crevasse énorme, un gouffre, les arrêtas; 200 pieds restaient encore k gravir. Un froid glacial et le manque d'air ne les empêchèrent pas de dresser leurs instruments de physique à cette extrême limite de la vie. Le Chimborazo était reconnu de beaucoup inférieur à l'Himalaya. Franchissant le défilé des Andes, ils descendirent par les forêts de quinquinas de Loxa dans la vallée de l'Amazone supérieur ; puis, franchissant le plateau de Caxamarca, ils passèrent sur le versant occidental des Cordillères du Pérou. A une hauteur de 9,000 pieds, ils virent l'océan Pacifique se déroulant dans Un horizon sans limites. Revenant au Callao, ils se rendirent à Mexico, par Guayaquil et Acapulco. Après avoir fait l'ascension du volcan da Toluea, ils se rendirent, à travers les forêts de chênes de Xalapa, à Vera-Cruz, où régnait lafièvre jaune. A la suite d'un nouveau séjour cle dix mois kLa Havane, les deux voyageurs s'embarquèrent pour Philadelphie. Jefi'erson leur réservait un cordial accueil k Washington. Le 3 août 1804, il débarquaient k Bordeaux, Bonpland rapportant une collection considérable de plantes américaines. Cette mémorable expédition est restée célèbre ; trente ou trente-cinq volumes, de grand et de petit format, en ont été le fruit, en tout une dizaine d'ouvrages, renfermant des études, des documents, des données de touto . espèce sur la géographio et les sciences annexes, l'anthropologie, l'ethnologie, l'archéologie américaine, l'économie politique et sociale, sur l'histoire physique et morale du nouveau continent. Humboldt s'arrête à chaque pas, à chaque objet; tout lui est un motif d'observation savante ou curieuse; il interroge tous les êtres organiques ou inertes. Il élucide les sujets de son enquête au moyen de rapprochements avec ce qui existe en Europe, ou bien en montrant les contrastes, les oppositions. L'auteur passe des méditations de la science aux sentiments communs à tous les hommes. Que de préjugés il a renversés! que de vues utiles ou ingénieuses il a jetées dans la circulation intellectuelle l Huinbuldt démontre l'influence de la forme des conti-

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nents sur la marche du progrès. Un littoral coupé d'anfractuosités favorise l'essor de la civilisation. Les plantes émigrent et les hommes les suivent. L'agriculture américaine remonte à une haute antiquité; le règne végétal possède encore une fécondité merveilleuse. Des figures symboliques gravées sur les rochers et témoignant de l'existence d'une autre race d'hommes et d'une civilisation assez avancée ; les monuments mexicains qui ont une analogie surprenante avec les monuments égyptiens ; les idiomes américains, dont on retrouve les racines dans les vocabulaires asiatiques et qui présentent des rapports frappants avec les langues du Caucase, tous ces indices attestent l'antiquité de l'homme américain. Les Caraïbes, la plus ancienne nation que l'on découvre dans le nouveau monde, mais race condamnée k périr et réduite déjà k l'ombre d'elle-même, parlent un langage double, l'un à l'usage des hommes, 1 autre réservé aux femmes. Ce dualisme de parole supposerait-il un autre enlèvement de Sabines, accompli par un peuple tout différent du peuple absorbé? Humboldt déclare que les Indiens , chrétiens ou sauvages, n'ont aucune religion ; certains d'entre eux sont anthropophages ; habitués à manger des singes rôtis , ils passent k l'homme comestible par une transition naturelle. Il faut peu compter sur les moines espagnols pour régénérer l'Amérique centrale et méridionale. Humboldt marque aux jeunes républiques la voie qu'elles doivent suivre ; elles peuvent avoir foi en l'avenir, dès qu'elles .voudront répudier les traditions anarchiques et se livrer au travail, à l'œuvre régulière des peuples civilisateurs. L'isthme de Panama peut être coupé par un canal; on peut y ouvrir quatre ou cinq passages. Le premier, Humboldt a démontré que le relief de l'isthme favoriserait, au lieu de la contrarier, l'exécution d'une entreprise si avantageuse aux deux mondes.

Le Voyage de Humboldt, un des plus beaux monuments de la science et de la littérature moderne, a formé, dans un laps de vingt années, une série de sept ou huit ouvrages, écrits partie en français, partie en latin. Des savants distingués ont collaboré k cette encyclopédie américaine, ainsi divisée : 1° Voyages aux régions équinoxiales du nouveau continent (1809-1825,3 vol. in-8u, avec atlas géographique, géologique et physique); c'est "historique de l'expédition; 2« Vue des Cordillères et monuments des peuples indigènes de l'Amérique (1810, gr. in-fol. ; 1S16, 2 vol. in-8°) ; c'est la description et le dessin des principaux monuments de la civilisation primitive du nouveau monde, et particulièrement du Mexique et du Pérou; 3" Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie coinparées (1805-1832, 2 vol.) ; 4° Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne (1811, 2 vol. in-40 ou 5 vol. in-8°) ; cette partie, traitant des mines, de l'agriculture, da l'industrie, dti commerce, des finances et da la défense militaire de ce pays, est presque un ouvrage d'éionomie politique d'un bouta l'autre; 5° Recueil d 'observations astronomiques, d'opérations trigonotnétriques et de mesures barométriques (1808-1810, 2 vol. in-4<>)j cette partie est un répertoire inépuisable de positions efde déterminations; 60 Physique générale et géologie (1807) ; 7» Essai sur la géographie des plantes (1805).

Les Tableaux de la nature, travail favori de Humboldt, traduit eu français parM.Hœfer sur la troisième édition (1849, 2 vol. in-8°), forment la transition entre les ouvrages qui précèdent et celui dont il va être question. Lauteur, mettant k contribution les souvenirs et les images qu'il avait rapportés de ses courses en Amérique et en Asie, a écrit pour les profanes ; le savant s'est fait peintre.

En 1829, Humboldt partit pour l'Asie centrale , en compagnie d'Eluenberg et de G. Rose ; l'empereur Nicolas s'était chargé des frais de 1 expédition. On se proposait d'étudier le système des monts Himalaya. Ce plan ne pouvant être mis k exécution, on explora l'Asie centrale depuis les monts Ourals jusqu'aux postes militaires de la Chine, dans la Dzoungarie. A l'aller et au retour, l'expédition battit les steppes en divers sens. Les steppes de l'Asie, les déserts de l'Afrique et les pampas de l'Amérique donnent lieu k des rapprochements d'une saisissante vérité. Dans ce parcours de 4,500 lieues, Humboldt recueillit des notions exactes sur la configuration da grand plateau asiatiquo et des régions avoisinantes. Sa relation redresse d'innombrables erreurs. Depuis Marco Polo, les géographes avaient admis un haut plateau dans l'Asie centrale; Bailly y avait placé le berceau de son peuple primitif. Ce plateau n'a qu'une élévation modeste, et l'Asie occidentale s'affaisse jusqu'k une grande dépression. Humboldt a fait le jour sur la distribution géographique de cette partie du globe, systèmes de montagnes, climats, minéraux, lacs, cours d'eau, phénomènes et produits naturels. Il a trouvé de riches gisements de platine et d'or, des gisements de topazes, des mines de malachite, une mine de sel gemme, des mines d'argent sur la pente sud-ouest de la chaîne de l'Altaï, des carrières de jaspe.vert. Des déterminations précises se joignent aux aperçus originaux dans l'ouvrage de l'illustre savant, Asie centrale (1843-1S4S, 3 vol.).

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Voyngo de découvertes aux terres nultraies, par Péron (IS11-18L6, 2 vol, in-4« et atlas; 2« édit., 1S24-1S25, 4 vol. in-S° el atlas). Quand l'expédition du capitaine Baudin fut résolue, Pérou obtint d'être attaché à cette entreprise en qualité de médecin naturaliste et s embarqua au Havre, sur le Géographe, le 19 octobre 1800. Un autre navire, e Naturaliste, faisait partie de l'expédition. Après être parvenue aux côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande, l'expédition visita les terres de Leuwin, d'Endracht et de Witt. On atterrit k l'Ile de Timor le 18 avril 1801. P-îrôn avait le talent de se faire comprendre par signes; cette habileté mimique lui permettait de recueillir ou des renseignements ou des objets précieux. Attaqué par une épidémie de dyssenterie, l'équipage arriva au cap sud la de terre de Van Diémen la 13 janvier 1802, Péron étudia les indigènes de cette île. Après avoir franchi le détroit de Banks le 29 mars, le navire commença l'exploration de la terre Napoléon (terre de Flinders), sur la côte sud-ouest de l'Australie. On reconnut ensuite une grande île (ile Decrès, île aux Kanguroos). On tenta sans succès de se diriger sur la pointe sud de la Tasmanie. Après avoir abordé k Port-Jackson, l'expédition, franchissant le détroit de Bass, mouilla k l'île King. Péron, Lesueur, Leschenault, descendus sur le rivage, restèrent pendant douze jours abandonnés par le navire, chassé par lu tempête. Une colonie de pécheurs anglais les sauva. On visita ensuite le petit archipel des îles Hunter, les golfes de la terre Napoléon, la terre de Nuytz, la terre de Leuwin et la terre de Witt; cette reconnaissance fut marquée par la découverte des Iles Joséphine. Après s'être arrêtée à Timor tout le mois de mai 1804, Fuis, les cinq mois suivants, aille de France, expédition regagna le port de Lorient le 25 mars 1804. Le navire rapportait un certain nombre d'animaux vivants qui n'avaient jamais été vus en Europe et une collection zoologique, préparée par Péron et Lesueur, et comprenant, plus de cent mille spécimens d'animaux d'espèces grandes et petites. Cette collection contenait plusieurs genres importants et plus de vingt-cinq mille espèces nouvelles. Ouvier, le rapporteur de la commission chargée d'examiner les résultats du voyage, déclara que Péron et Lesueur avaient signalé, à eux seuls, plus d'animaux que n'en avaient fait connaître tous les naturalistes voyageurs qui les avaient précédés. Le ministre Decrès désigna Péron pour publier la relation du voyage et la description des sujets de zoologie. L'ouvrage devait avoir quatre volumes; les deux premiers, consacrés» l'historique de l'expédition, sont entièrement de Péron. La relation de ce dernier a été reconnue exacte. Plus zoologiste que botaniste, Péron n'a pas toujours employé le style propre k la science, un style simple et concis.

Voyaje don* l'intérieur du Brésil , par

Mawe (Londres, 1812, in-4<>). Mawe, qui était minéralogiste, se rendit k Montevideo avec l'expédition anglaise du général Beresford et fit ses préparatifs pour un voyage au Brésil. Un navire portugais, frété par lui en septembre 1807, le conduisit k l'Ile Sainte- Catherine, d'où il passa sur le littoral, qu'il suivit jusqu'à Santos; il s'embarqua pour Zapitara et pour Rîo-Janeiro. Muni de lettres de recommandation, il reçut du vice-roi du Brésil un accueil bienveillant. Le vice-roi le pria d'inspecter des établissements publics et de diriger la ferme royale. Bientôt le prince régent de Portugal (Jean VI) se réfugia à Rio-Janeiro. Mawe obtint, par une faveur inouïe, l'autorisation de visiter les mines de diamants et d'entrer au préalable dans les bureaux des archives du gouvernement, où il devait examiner les cartes manuscrites et tous les documents officiels qui pouvaient le renseigner sur l'itinéraire k suivre. Il parcourut, de 1809 k 1810, la province de Minas-Geraes, les districts de Tiîuco et de Mandanga, où s'exploitent les mines de diamants. Son ouvrage fournit des renseignements utiles sur le territoire qu'il a exploré, sur les cantons les plus renommés pour leurs richesses minéralogiques, et ces détails intéressants sont présentés d'une manière agréable. Mawe est un observateur judicieux. L'or et les diamants du Brésil, la fécondité du sol, le luxe que ces trésors naturels procurent à quelques habitants ne dissimulent pas k ses yeux la misère trop réelle d'une population indolente, livrée à l'incurie et dominée par des préjugés nuisibles au progrès de la colonisation. La relation de Mawe, réimprimée plusieurs fois, a été traduite en portugais, en allemand, en russe, en suédois et en français (1816, in-8<>).

Voyage ou mont Gsocaie et eu Géorgie,

par Klaproth (Halle, 1812-1814, 2 vol.). Kla-

Eroth avait fait, en 1805 et 1806, avec l'araassadeur Goiowkin, un voyage scientifique jusqu'à la frontière chinoise; il avait parcouru 1,800 lieues. Le résultat de cette exploration scientifique fut un ouvrage intitulé : Asia -polyglotte. Sur la proposition du comte Potocky, l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg chargea l'orientaliste allemand d'une mission au Caucase. Le voyageur devait fixer les données incertaines du gouvernement russe sur l'état physique et moral de ces contrées; il devaitprincipulement étudier

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l'histoire et les idiomes des peuplades qui les habitent. Klaproth partit de Saint-Pétersbourg au mois de septembre 1807 et se rendit par Moscou k Vieux-Tseherkask, principale ville des Cosaques du Don; dans le voisinage, il visita les Kalmotiks, qui professent la religion lamaïque. Arrivé k Georgiewsk, chef-lieu du gouvernement du Caucase, il commença ses recherches pénibles et périlleuses. Il entra k Tiflis, capitale de la Géorgie, en janvier 1808. Il ne parcourut point le Caucase oriental, mais il recueillit des renseignements sur cette région auprès des indigènes. Il prit aussi des informations sur les tribus au midi de la chaîne. Ses excursions se renfermèrent dans le centre, le nord et l'est du massif caucasique. Il m-irchait avec une escorte militaire considérable, laquelle, garantissant la sécurité du voyageur, dut par contre devenir une difficulté pour l'observateur. De retour k Saint-Pétersbourg en janvier 1809, Klaproth rencontra auprès du gouvernement russe des obstacles pour la publication de ses matériaux. C'est que les résultats étaient peu propres à flatter l'orgueil et les idées de suprématie despotique de ce gouvernement; ils prouvaient, au contraire, combien est précaire et fragile l'autorité que ia Russie s'arroge sur les tribus du Caucase. La relation de Klîiproth manque de méthode, de clarté et d'agrément; on y trouve des répétitions inutiles et même des contradictions ; mais elle contient beaucoup de renseignements sur le Caucase et sur les diverses races qui l'habitent. Klaproth fait observer avec raison qu'on a donné à tort le nom de caucasiquesaux. peuples indo-européens, carie Caucase n'a jamais pu devenir une pépinière d'hommes, la configuration et la pauvreté du sol ne lui permettant pas de nourrir et de contenir une population considérable. Il est vrai que les pentes du Caucase recèlent des échantillons de toutes les races de l'Asie et de l'Europe ; mais ce sont des débris de divers peuples, apportés par les courants et les contre-courants des émigrations. L'étude des différentes langues parlées dans ces vallées a été l'objet principal des recherches du voyageur; comme il avait déjà parcouru le nord et l'est de l'Asie, il a pu établir des rapprochements philologiques. Mais la grammaire comparée, la science du langage n'était pas encore assez avancée, et les inductions tirées par Klaproth de diverses similitudes qui se rencontrent souvent dans les vocabulaires les plus éloignés l'un de l'autre étaient prématurées.

Voyage» eu Perse , en Arménie et dans l'Asie Mineure, par J. Morier (Londres, 1812 et 1818, in-4°). Morier a fait deux voyages en Perse. En 1808, il accompagna, avec le titro de secrétaire de légation, sir Hartford Jones, ambassadeur envoyé à la cour de Téhéran pour détacher le roi de Perse de son alliance avec le gouvernement français. Cette mission fut couronnée d'un succès complet. Les envoyés du roi d'Angleterre arrivèrent en Perse par Bombay, Bouschire, Chiraz, Ispahan et Téhéran; Morier emmena l'ambassadeur persan Mirza-Abou'l-Hasan, et retourna en Angleterre pur Constantinople. L'auteur esquisse l'histoire de la Perse depuis la mort de Thamas-Kouli-Khan jusqu'au règne de Feth-Ali-Sehah. Il décrit divers monuments anciens de la dynastie des Sassanides, et il émet a ce sujet des vues et des conjectures justes. Il donne des observations variées sur les mœurs, la religion, l'agriculture, le gouvernement, etc. Le deuxième voyage a duré cinq années, de 1810 à 1816. Morier accompagna, en qualité de secrétaire d'ambassade, l'ambassadeur anglais Ouseley et l'ambassadeur persan, qui rentraient en Perse. A Madère, la légation persane refusa de descendre à terre. A Rio-Janeiro, les Orientaux furent plongés dans l'étonnenient eu voyant que le nouveau inonde ne différait pas de l'ancien. Us rentrèrent dans leur patrie par Ceylan, Cochin, Bombay et Bouschire. Morier fit un assez long séjour k Chiraz, visita les ruines de Persépolis, revit les principales villes de la Perse. A diverses reprises, il fit le voyage de Téhéran a Tauris et passa un été à Hamadan, l'ancienne Ecbatane, où l'on voit des inscriptions cunéiformes gravées sur les rochers. Après la conclusion du traité proposé à la cour de Téhéran, il partit pour l'Angleterre (6 octobre 1815). Sa seconde relation offre un plus grand intérêt que la première, a laquelle il renvoie, pour ne pas se répéter. Ses observations sont plus variées. 11 décrit les principales villes; il étudie les antiquités. En appréciant les mœurs et le caractère des Persans, dont le principal défaut est un esprit de flatterie excessif, il se tient en garde contre toute opinion systématique. La traduction française de sa relation (1818, 2 vol. iii-8°) est remplie de contre-sens et faite avec une grande négligence.

Voyages en Abyssinle, par Sait (Londres, 1814, in-4°). Dessinateur habile, Sait avait des connaissances littéraires et scientifiques. Lord Valentia l'emmena en qualité de secrétaire quand il entreprit ses vo3rages d'exploration dans l'Inde. Le 3 juin 1802, il s'embarqua sur la Minerve, et, le 20 juin 1803, il arriva à Calcutta. Les deux voyageurs firent une grande excursion dans l'intérieur de l'Inde. Suit écrivait, dessinait ce qui se présentait sur son passage; il levait le plan des

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baies et des côtes. S'étant embarqués pour j la mer Rouge, le noble lord et son secrétaire longèrent les côtes désertes de l'Arabie et de l'Afrique ; puis, revenant k Bombay, ils firent des excursions aux pagodes et aux grottes de Salsette et d'Eléphanta. De retour à Moka en décembre 1804, il allèrent k Massouah et à Arekko (Adulis). Sab; entra en relation avec les chefs abyssins et fut envoyé, en qualité d'ambassadeur officieux, avec une suite et des présents, en Abyssinie. Il rouvrit ainsi, entre les chrétiens d'Europe et tes chrétiens d'Ethiopie, les communications qui étaient interrompues depuis près de trois siècles. De retour à Massouah, il visita les principales stations de la mer Rouge et les lieux les plus célèbres de la basse Egypte. Les deux voyageurs, passant par Alexandrie, Malte et Gibraltar, débarquèrent k Portsniouth (octobre 1806). Ce voyage avait duré cinq années.

En 1809, le gouvernement anglais chargea Sait d'une mission particulière, celle de négocier un traité d'alliance avec l'Abyssinie. Suivant en partie la route qu'il avait déjà parcourue, il s'appliqua à faire l'exploration hydrographique des côtes orientales de l'Afrique. Pénétrant dans la province de Tigré, il ne put aller au delà; ses efforts pour établir des relations régulières furent paralysés par les guerres civiles et religieuses qui divisaient le pays. A Axum, il découvrit une inscription laineuse. Il retourna en Angleterre en janvier 1811.

Sait a écrit, outre la relation de ce dernier voyage, celle des voyages de lord Valentia ; de plus, il a dessiné les gravures et les cartes qui accompagnent les deux ouvrages.

L'atlas renferme des tableaux magnifiques. La partie neuve et intéressante de ces ouvrages est celle qui concerne l'Abyssinie; on y trouve des faits nouveaux, des vues utiles au commerce, de précieuses recherches géographiques et scientifiques, des observations sur 1 histoire, la religion, les monuments, les productions, les mœurs, les usages et l'industrie des Abyssins. Les ouvrages de Sait ont été traduits en français (1814, 4 vol. in-80).

Voyages aux terres australes, par Flinders et Buss (Londres, 1814, 2 vol. in-4°, avec atlas), b'iiiiders et son ami Bass, chirurgien de marine, avaient tenté l'exploration du George's river et acquis la certitude d'un passage entre la. terre de Van-Diémen et la Nouvelle-Hollande. Le gouverneur de Port- Jackson remit k Flinders le commandement d'une nouvelle corvette, à l'effet de vérifier l'existence du détroit supposé. Flinders et Bass découvrirent, en 179S, le détroit soupçonné, qui reçut le nom de Bass. Ils relevèrent une partie des côtes de Van-Diéinen et recueillirent les matériaux nécessaires pour dresser une carte du canal exploré. Flinders reconnut ensuite les côtes au nord de Port- Jackson jusqu'au 25e degré. Le gouvernement anglais ayant approuvé un plan qui avait pour objet la reconnaissance des côies de la Nouvelle-Hollande, Flinders, l'auteur de ce projet, reçut le commandement de la corvette V Investigateur. Il employa les années 1801, 1802 et 1803 à explorer les côtes méridionales et orientales de la Nouvelle- Hollande et, au nord, te détroit de Torrès et le golfe de Carpentarie. Il reconnut les îles Northumberiand et Cumberland et releva la chaîne des rochers appelée Barrière- liée f. A la suite de plusieurs détours dans les parages qu'il avait déjà parcourus, il retourna au nord pour compléter ses études sur le détroit de Torrès ; mais son vaisseau , ainsi qu'une conserve, échoua sur les bancs de récifs qui s'étendent entre la Nouvelle-Calédonie et l'Australie (17 août 1803). Flinders alla chercher des secours a Port-Jackson, d'où il ramena deux corvettes au banc du naufrage. Passant le détroit de Torrès, il relâcha à Timor. Le mauvais état de son vaisseau ne lui permettant pas de continuer ses reconnaissances à l'occident de l'Australie, il fit voile pour l'île de France. Son passeport n'étant pas tout à fait en règle, le gouverneur français mit l'embargo sur le bâtiment anglais et retint prisonnier pendant six ans le capitaine, soupçonné d'espionnage. Flinders rentra en Angleterre vers la fin de 1810. La relation de ce voyage et l'atlas qui l'accompagne placent Flinders au rang des hydrographes les plus distingués. L'ouvrage, précédé d'un morceau historique sur les découvertes des côtes' de la Nouvelle-Hollande faites antérieurement, abonde en détails nautiques; il n'est, k vrai dire, qu'une longue analyse des cartes.

Vojages en Afrique et en Asie, par Ali-Bey (Badia) [1814, 3 vol. in-8°, avec atlas]. Au commencement de ce siècle, un Espagnol du nom de Badia avait formé ie projet de visiter l'Afrique et l'Asie ; il étudia la langue arabe, se fit circoncire, prit le nom musulman d'Ali- Bey et se donna pour un descendant des ca-4 lifas. Le favori Godoï, prince de la Paix, approuva son plan et pourvut sans doute aux dépenses du voyageur, qui mena grand train, vécut avec faste, de manière k éblouir les musulmans. Badia débarqua k Tanger au mois de juin 1803. Les passe-ports d'Ali-Beyel-Abbassi furent trouvés réguliers; son luxe, son nombreux domestique, ses largesses, ses pratiques musulmanes lui valurent une respectueuse considération. Il séjourna succès-

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sivement k Méquinez, à Fez, k Rabat, k Maroc, k Mogador. L'empereur Muleï-Soliman lui fendit visite, lui donna des preuves d'une fraternelle amitié et l'emmena même avec lui dans quelques voyages à l'intérieur. Ayant manifesté l'intention de faire le pèlerinage de La Mecque, il reçut de l'empereur des lettres de recommandation pour les Ueys de Tunis et de Tripoli. Mais", arrivé à Ouschda, sur le territoire algérien, Ali-Bey trouva la route interceptée par une prise d'armes de tribus. Peu de jours après , des cavaliers marocains le rejoignirent et le ramenèrent de force à Tanger, d'où il s'embarqua pour Tripoli et ensuite pour Alexandrie, après avoir touché aux côtes de Morée et de Chypre. Il eut k Alexandrie une entrevue avec Chateaubriand, qui fut joué par le faux musulman. Au Caire, Ali-Bey reçut un noble accueil, pour les mêmes raisons qu'à Maroc. En 1807, il se rendit k La Mecque par Suez etDjeddah; il eut l'honneur de balayer la Caaba avec l'assistance du chérif. Cet acte de dévotion ne l'empêcha pas d'être dépouillé près de Médine par les Wahabites, De retour an Caire, il passa eu Syrie, visitant Jaffa, Jérusalem, Saint- Jean-d'Acre, Nazareth, Cana, le lac de Tibèriade, le Jourdain, les montagnes, Damas, Alep. Il se rendit kConstant'uiople par Antioche, Tarsous, Konieh et Scutari. passa ensuite par Bucharest, et il arriva à Bayonne le 9 niai 1808. En 1818, Badia retourna en Syrie sous le nom d'Ali- Otliman ; il était chargé par le gouvernement français d'établir de nouveaux rapports entre la France et l'Orient. Il mourut k Alep, empoisonné, dit-on.

La relation de Badia excita d'abord une certaine méfiance, qui ne tarda pas à se dissiper. Ses récits sont pleins d'intérêt. Esprit original et homme de ressources, Badia ne possédait qu'imparfaitement la langue arabe ; mais il avait des connaissances scientifiques très-étendues, du discernement, de la perspicacité. Très-succinct sur les mœurs des Arabes, il s'abstient de détails et se borne à des remarques générales. Badia est le premier voyageur chrétien qui ait décrit La Mecque avec la Caaba, la mosquée d'Omar à Jérusalem, etc. La deuxième partie de son ouvrage, laquelle devait contenir ses travaux scientifiques, n'a point paru. Cette relation précieuse a été traduite en anglais et en allemand.

Voyages daD* 1» Bêloutchistae et le Sïude,

par H. Pottinger (Londres, 1816). Cette relation est divisée en deux parties : la première reproduit le journal de ce qui est arrivé au lieutenant Pottinger et au capitaine Christie depuis leur dépurt de Bombay, le 2 janvier 1810, jusqu'à leur retour, le 6 février 1811; la deuxième présente, sous un petit nombre de chapitres, tous les renseignements géographiques et historiques recueillis par 1 auteur sur les pays compris sous le nom de Béloutchistan, soit pendant le cours du voyage, soit depuis le retour. Le lecteur est transporté dans des contrées fort peu connues et dont l'histoire présente d'immenses lacunes.

Vers la fin de l'année 1805, te gouverneur général de l'Inde envoya le général Malcolui en ambassade k la cour de Téhéran. Ses instructions prescrivaient de prendre tous les moyens possibles de s'assurer de la nature et des ressources de toutes les contrées par lesquelles une armée européenne pourrait tenter une invasion dans l'Indoustan. Tel était le projet que le gouvernement anglais attribuait, bien k tort, k Napoléon. Le lieutenant Pottinger et le capitaine Christie offrirent leur concours au général Malcoim,qui l'accepta. En route, ils se séparèrent pour se rejoindre k Téhéran. Ils étaient censés voyager comme agents d'un riche marchand de chevaux indou. Bien munis de traites et d'argent comptant et accompagnés de trois Indous, ils s embarquèrent k Bombay. Le 16 janvier 1810, Pottinger aborda à l'embouchure de la rivière Pourallaî, où il crut reconnaître le port d'Alexandre, de Néarque. De là, il fil route pour Bêla, capitale de la province de Las, puis pour Kélat, capitale de la province de Saravan et résidence du souverain. Dans cette ville, qui est fortifiée, régnait une grande activité ; on y voyait un magnifique bazar. Le voyageur manqua d'y être reconnu, au grand péril de sa vie. Un homme qui avait voyagé lui demanda quel âge avait la très-honorable Compaguie ; il prenait la Compagnie des Indes pour une vieille douairière k marier, k moins que sa question ne cachât une ironie. Le 6 mars, Pottinger quitta Kélat, traversa successivement Kirman, Sohiraz et Ispahan, et arriva k Bagdad, d'où il s'embarqua pour Bombay, après avoir couru de nombreux dangers. Le capitaine Christie avait traversé depuis Nouskhaï une portion du Sistan, du royaume de Caboul et du Khoraçan, en se rendant k Hérat, puis à Yezd et à Ispahan. Il mourut avant la publication de l'ouvrage; mais ses observations furent réunies à celles de son collègue. Les deux voyageurs, surtout Pottinger, avaient réuni une immense collection de faits et de remarques sur des contrées et des peuplades que les Européens n'avaient pas visitées avant eux; leurs notes ont augmenté beaucoup les connaissances géographiques et ethnographiques sur le Bétoutohistan et le Siade, qui n étaient guère

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connus que de nom. On leur doit des détails relatifs à la constitution physique, au climat, au sol, aux rivières, a la culture, aux produits naturels ou manufacturés, à la population, à l'alimentation, à la condition des femmes et des esclaves, à la religion, aux lois, aux mœurs et aux coutumes. Le Béloutchistan comprend une vaste étendue de pays, habitée par quatre nations principales. Les Béloutches ou Boloutches forment le grand noyau de la population. L'auteur les croit de race tureomane, tandis que d'autres leur assignent une origine arabe. Ce peuple est très-hospitalier; des institutions communales pourvoient à son bien-être et h sa sûreté. Puitinger a remarqué que la langue des Béloutches a une grande affinité avec l'idiome persan ; il déclare que la moitié des mots de leur vocabulaire est commune aux deux tangues. Les trois autres nations occupant le pays sont : les Brahaoués, d'origine tartare; les Déhvars, descendants des Guèbres,et les Indous, habitants originaires des provinces maritimes. La relation du lieutenant Pottinger est un livre instructif pour les esprils sérieux, surtout pour les géographes; un ton de simplicité et de franchise semble attester la véracité de l'auteur. Cet ouvrage a été traduit en français en 1818'

Voyage» en Angleterre, en Suisse et eu Italie, par Simond (1816, 1822, 1827', 6 vol. in-8°). Il ne s'agit ici ni de voyages d'exploration scientifique, ni de voyages de circumnavigation. Simond était un Français à moitié Américain et parlant l'anglais mieux que sa langue maternelle; ses livres ont été littéralement traduits de l'anglais k mesure qu'il les écrivait. Le premier ouvrage traite de l'Angleterre, que le voyageur parcourut pendant les années 1810 et 1811. Sous la République et sous l'Empire, les Français connaissaient les Anglais aussi mal que les Anglais connaissaient les Français; un duel à outrance, prolongé pendant vingt ans, avait supprimé presque tous les bons rapports entre les deux peuples. Le Gallo-Américain Simond était on ne peut mieux préparé à faire une étude fructueuse sur la Grande- Bretagne; une absence de toute haine, un dégagement de tout préjugé, un esprit positif et un sens pratique, le tout joint k une dose raisonnable de philosophie, l'habitude alors peu commune de considérer la puissance d'un Etat au point de vue économique, la ferme volonté d'envisager le pour et le contre, c'étaient là autant de garants d'impartialité et de sagacité. Simond s'attache moins aux descriptions topographiques qu'a l'état politique et social du pays, k la constitution angluise, au gouvernement, à l'administration judiciaire, aux finances, k la dette nationale, au papier-monnaie, à la liberté de la presse, aux élections, k la corruption parlementaire, au commerce, aux manufactures, à l'état militaire. Il n'oublie ni les mœurs ni les usages des habitants. Il relève sans ménagement les abus et les vices; toujours il raisonne avec franchise, et il juge avec esprit et finesse, sinon avec une sûreté infaillible. Ses observations sur la littérature et les beaux-arts sont la partie faible de son ouvrage. Il décrit, comme il voyage, k l'aventure.

Après l'Angleterre , Simond a visité la Suisse, pays qui a été l'objet de tant de descriptions. Sa manière, ni trop vive ni trop brillante, affecte une certaine précision. Les villes manufacturières l'ont arrêté de préférence; et la nature alpestre ne l'a pas enthousiasmé au point de lui faire négliger les précautions du touriste prudent, qui connaît le prix de la vie. Les notes historiques, quelquefois inexactes, qui terminent l'ouvrage se . rapportent k l'histoire de la Suisse au commencement du siècle.

Le dernier ouvrage de Simond, relatif k l'Italie et à la Sicile, ne brille pas par le sentiment des beaux-arts; on y trouve, comme dans les précédents, des observations judicieuses et des aperçus ingénieux. Tous ces livres ont eu deux éditions.

Voyuge dans l'Asie Mineure, l'Arménie et le Kuriiiaiun, par J.-M, Kinneir (Londres, 1818). Le capitaine Kinneir a traversé l'Asie Mineure en plusieurs sens. Sa relation est moins le récit d'une course aventureuse ou d'une pérégrination scientifique que le tracé d'un itinéraire. C'est précisément pour cette raison que son travail, riche en données géographiques, est un travail précieux. Le capitaine Kinneir entreprit son voyage dans un but assez singulier : le gouvernement anglais l'avait chargé, vers la fin de 1812, de visiter les pays k travers lesquels une armée européenne devait passer pour se rendre aux Indes; il avait courte la même mission à d'autres officiers, qui devaient diriger leurs recherches sur une ligne différente. L'Angleterre avait pris au sérieux le projet d'expédition militaire dans l'Inde que le gouvernement français laissait discuter dans les journaux, complices ou dupes de sa politique. 11 ne paraît pas cependant que Napoléon ait eu l'idée de mettre à exécution un plan si insensé. Apres avuiv visité l'Asie Mineure et la Perse, le capitaine Kinneir se proposait de parcourir les pays au nor-J-est ue cette contrée et les vastes plaines qui s'étendent au nord de l'Oxus jusqu'aux limites de l'empire russe. 11 avait choisi la route la plus longue, mais aWs la plus sûrs, pour se rendre àCon-

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stantinople par la Russie. Cependant, les désastres de la campagne de Russie lui avaient ouvert un chemin plus direct. Dans l'été de 1813, il était k Constnntinople. Muni d'un firman qui lui donnait le droit de prendre huit chevaux à chaque poste, il partit bientôt à la recherche d'une route stratégique. Malgré son firman,les pachas se montrèrent peu disposés à lui aplanir les difficultés du voyage et lui firent observer que le gouvernement anglais avait tout l'air de projeter la conquête de l'Asie Mineure pourson compte. Le service de la poste est confié à des Tartares, lesquels s'attribuent diverses prérogatives; on rencontre souvent ces messagers ou postillons courant au galop, les yeux fermés : ils ont l'habitude de. crever leurs chevaux par des courses furieuses et de s'emparer du cheval du premier voyageur qui passe. Les ruines d'Angora, da Nicomédie, de Nicée occupèrent peu l'attention du capitaine Kinneir; l'état agricole du pays témoignait à ses yeux de la mauvaise administration des pachas; les villages émigrent en masse d'une province à l'autre, selon qu'ils ressentent les effets d'une cupidité indépendante de tout contrôle. Outre les pachas, il y avait, sur les limites de leurs pachaliks, des chefs turcomans plus ou moins soumis à l'autorité de la Porte; l'un d'eux, le puissant Chapwan-Oglou, s'était taillé un petit royaume dans les possessions du sultan, quand la voyageur arriva à Ouscat, résidence de ce chef, esprit supérieur, qui augmentait chaque jour le nombre de ses sujets par un bon gouvernement. En se rendant de Kaisarieh (Césarée) à Tarsous (Tarse), suite Cydnus, en Cilicie, le capitaine Kinneir constata que l'élévation de la chaîne du Taurus dépassait de beaucoup l'altitude supposée; cette chaîne, souvent supérieure à celle des Pyrénées, est presque égale à celle des Alpes. Ue Latakieh (Laodicée) il passa dans l'Ile de Chypre, et, revenant sur la côte do Cilicie, il visita Konieb, ville à l'aspect imposant.

Cette première excursion fut suivie d'une seconde tentative qui, ayant Constantiuople pour point de départ (19 avril 1814), reçut une nouvelle direction. Arrivé à Trébizonde, le capitaine Kinneir se proposa de retrouver la route des Dix mille. Dans l'Arménie, il côtoya la rive occiJentale du lac de Van; il y vit des châteaux forts et il y rencontra des Kurdes errants, armés et bardés comme les chevaliers du moyen âge. Ces Kurdes, peuple menteur et sans loi, brigand par tradition, du reste très-patriote, lui fournirent une escorte peu sûre qui le conduisit jusqu'à Mossoul, en Mésopotamie. Descendant le long de la rive gauche du Tigre jusqu'à Bassora, où l'on cultive quarante-quatre espèces de dattiers, il s'embarqua pour Bombay.

Les détails géographiques sont la partie la plus intéressante et la plus utile de ce Voyage; une carte exacte, des déterminations de latitudes, une description très-détaillée du cours du Tigre depuis Mossoul jusqu'à. Bagdad, la route des Dix mille en partie retrouvée, en partie devinée, cinq itinéraires différents à travers l'Asie Mineure, une multitude de faits nouveaux classent honorablement cette relation.

Voyages du capitaine Basil fiai! (1818, 1824, 1830). En 1816, le gouvernement anglais envoya une ambassade en Chine; la mission de lord Amherst aboutit à un échec politique, mais elle ne fut pas inutile à un autre point de vue. En effectuant son retour par la Corée et parles Iles Lieou-kieou, l'expédition obtint pour la géographie des résultats imprévus. Commandant de l'un des navires mis à la disposition de l'ambassade, le capitaine B. Hall eut l'idée de noter les incidents de ce voyage. L'archipel Lieou-kieou (les Anglais écrivent Loo-choo) s'étend au sud du Japon et dans la direction de l'Ile Formose. Les marins anglais reconnurent avec surprise qu'une grande partie de l'es- ' pace qui figurait sur les cartes comme une partie de la Corée n'était qu'un immense archipel de petites lies à l'aspect verdoyant et dont le nombre était incalculable. Lieou-kieou est le point lo plus important auquel l'expédition ait touché. Elle y admira l'étrange spectacle d'un peuple qui ignorait l'usage des armes à feu et celui de la monnaie, d'un peuple vivant dans un état de félicité primitive qui ressemblait plutôt aux fictions des poëtes qu'aux réalités de la vie moderne.

En 1821 et 1822, le capitaine B. Hali fit une croisière sur les côtes du Pérou, du Chili et du Mexique. C'était l'époque glorieuse de l'histoire des colonies espagnoles, l'heure solennelle de leur affranchissement. Le capitaine B. Hall a connu les principaux auteurs des révolutions américaines, San-Martin, Bolivar et autres; il a débarqué à Valparaiso, Callao, Lima, Guayaquil, Panama, San-Blas, Tépic, Aussi fau-il le portrait des chefs de la guerre de l'Indépendance et retrace-t-il les faits d'armes, les vicissitudes de la lutte, il assigne les causes de la révolution, non à l'empire d'idées abstraites, de principes philosophiques, mats à l'action de certaines nécessités locales. Les colonies ont réclamé l'indépendance parce que l'Espagne leur refusait la liberté du commerce. Ensuite, les vice-rois ue songeaient qu'à faire fortune. Beaucoup d'autres raisous auraient pu être alléguées ; les griefs ne manquaient pas aux Espagnols eus-iné-

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mes contre leur monarque ou leur monarchie. L'ouvrage du capitaine B. Hall est écrit avec facilité et esprit; les traits de mœurs y abondent, et ils ne donnent point une bonne opinion du clergé hispano-américain.

Un troisième ouvrage, Voyage dans V Amérique du Nord, fait en 1827 et 1828, contient d'excellentes descriptions et de fines remarques; ses aperçus politiques, peu favorables aux institutions républicaines , donnèrent lieu k de violentes polémiques.

Voyage dans le pays des Achamis, par

Bowdich (Londres, 1819, 1 vol.in-4°). Le gouvernement anglais avait résolu d'envoyer une ambassade auprès du roi des Achamis, pays dont on ne connaissait que très-imparfaitement la position et les limites. Bowdich, malgré sa jeunesse, reçut lo commandement de cette entreprise périlleuse et difficile. Le gouverneur du fort deCape-Coast et sou conseil lui substituèrent un officier plus âgé et plus avancé en grade. Bowdich ne fut chargé que de la partie scientidqne de l'expédition ; mais la mollesse et l'impéritie du chef nominal, James, mirent son second dans la nécessité de déployer plus de courage et d'initiative, si bien que toute la troupe reconnut ses ordres, qu'il fut considéré comme le plénipotentiaire principal, qu'il ramena son monde sain et sauf à travers mille périls et que sa conduite fut approuvée par les autorités de la colonie. L expédition était partie de Cape-Coast le 22 avril 1817 et avait suivi la côte jusqu'à Annabamou. L'auteur donne d'étonnants détails sur la beauté du pays, sur la force et la richesse de la végétation. On arriva, après huit journées d'une marctra excessivement pénible, à Commassie, capitale du roi des Achuntis. On y entra au milieu d'un cortège sauvage, au bruit d'une musique effrayante et de danses frénétiques.

L'ambassade ne voyait de toutes parts que palanquins recouverts de riches draperies, que parasols de soie énormes, une magnificence excessive ; l'or, les pierres précieuses, le satin brillaient partout, sur les vêtements et sur les armures. Le bourreau occupait la place d'honneur dans cette fête. Des Maures, richement habillés, étaient présents à la cour du roi, dont ils éveillèrent la méfiance. Des menaces terribles succédèrent aux paroles de bienvenue. Bowdich, se dévouant, sauva tout par une démarche hardie et décisive. Le roi africain reprit les négociations et admit Bowdich dans son intimité. Un traité d'amitié et de commerce, honorable et avantageux pour les Anglais, fut signé.

La relation de Bowdich a étendu les connaissances géographiques et rectifié des renseignements insuffisants. Cet ouvrage, écrit k la hâte et sans ordre, à bord d'un navire, plaît par le naturel et l'aisance d'un style parfois incorrect, mais souvent énergique et pittoresque.

Bowdich avait entrepris, en 1822, un second voyage en Afrique ; il venait d'arriver k l'embouchure de la Gambie, lorsqu'il succomba, en 1824, sous l'influence pernicieuse du climat. Dans la traversée de Lisbonne' au fort BtHhurst, il recueillit les matériaux d'un ouvrage intitulé : Aperçu des découvertes des Portugais entre Angola et Mozambique (Londres, 1824).

Voyage au Brésil, par le prince Mnximilien de Neuwied (Francfort, 1819-1820, 2 vol. in-8° et atlas). Quoique prince, l'auteur de cette relation a voyagé en naturaliste et en observateur. En 1815, il se rendit à Rio-Janeiro en compagnie de Freiress et de Sellow, avec une suite "de dix domestiques. Traversant de vastes déserts, il arriva à San-Sulvador. Dans l'été, il pénétra jusqu'à Morrod'Arrara ; il y rencontra la tribu des Botoooudys, sur laquelle il a donné les premiers détails exacts. La guerre intestine s'étant élevée entre les peuplades sauvages, le voyageur modifia son itinéraire, et, se rendant à Villa-Viciosa, il visita successivement Caravalles, Santa-Cruz et Villa-Belmonte. Il découvrit des ruines considérables à Jouassema. A travers les immenses forêts qui s'étendent au nord du fleuve Belmonte, il dut se frayer un chemin à coups de hache pour pénétrer dans la province de Minas-Geraes. Le mauvais état de sa santé lui fit suspendre ses excursions. Il arriva à Nazareth en passant par Sertam et Bahia. Arrêté comme Anglais, il se vit dévaliser en partie ; mais il put se rembarquer le 10 mai 1817.

Son ouvrage , d'une exécution parfaite, abonde en renseignements précieux sur la côte orientale du Brésil, du 13e au 23e degré de latitude. Les animaux et. les végétaux, l'homme indolent ou féroce, les mœurs, la géographie et l'histoire naturelle sont des sujets d'observation pour l'auteur. Après avoir exploré le Brésil, le prince de Neuwied parcourut, en 1833, l'extrême ouest de l'Amérique du Nord. Accompagné d'artistes habiles, il s'avança jusqu'aux montagnes Rocheuses, recueillant un grand nombre d'objets et rapportant des vues de ces contrées. H a publié, à la suite de cette excursion, un magnifique ouvrage de luxe, important pour l'ethnographie du pays (Coblentz, 1838-1843, 2 vol. in-4<>, avec atlas).

Voyage do la Grèce, par Pouqueville (1820-

1822, 5 ^ol, in-8<>, avec fig.). Cet ouvrage

renferme des parties bien traitées, des des-

: criptions exactes et des aperçus statistiques

I utiles; mais il s'en faut que tout y soit neuf

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et inédit, comme son auteur l'a prétendu. Les travaux des Spon, des Chatuller, des Choiseul, etc., n'ont pas été inutiles à Pouqueville, et les contrées qu'il a explorées, d'autres les avaient parcourues et décrites avant lui.

Les cartes de ce voyage ont été dressées par le lieutenant-colonel Lapie ; elles prouvent, en les examinant à côté de celles qui ont été publiées avant 1820, que la Grèce avait reçu une espèce de restauration au moment où Pouqueville écrivit. L'ouvrage se divise en vingt et un livres. Il est précédé d'une assea longue et fort consciencieuse introduction, dans laquelle l'auteur explique son travail, analyse les ouvrages parus avant le sien et trace le plan de son livre. Une bonne table générale des matières termine le Voyage de la Grèce, La deuxième édition, qui date de 1826, comprend six volumes in-8». Chateaubriand, dans la préface de son Itinéraire à Jérusalem, dit que « le meilleur guide pour la Morée serait certainement Pouqueville, s'il avait pu voir tous les lieux qu'il a décrits. Malheureusement, il était prisonnier à Tripolizza. » C'est là un éloge assez froid. Quoi qu'il en soit, le Voyage de la Grèce de Pouqueville obtint, des son apparition, un immense succès. Il sembla tellement complet aux Grecs eux-mêmes, que, depuis leur insurrection, ils l'adoptèrent pour guide dans leurs marches militaires et dans leur administration publique. Aujourd'hui, cet ouvrage se trouve dans toutes les bibliothèques bien composées. On peut regarder VBisloire de la régénération de la Grèce, du même auteur, comme un complément du Voyage de la Grèce.

Voyages de Belsonl en Egypte et en Nubie

(Loudre:,, 1820, in-4", avec atlas). Un Italien d'un esprit aventureux, Belzoni, fil de 1815a. 1819 une suite de voyages et d'excursions dans la haute Egypte (Nubie) et dans le désert k l'est et k l'ouest du Nil. Il opérait pour le compte du consul anglais Sait, qui lui-même avait pénétré dans l'Abyssinie. Belzoni avait des connaissances spéciales en hydraulique. Son savoir et sa vigueur musculaire lui furent d'un égal secours. Ses excursions l'amenèrent dans le Saïd, à la côte de la mer Rouge, dans le Fayoum, à l'oasis d'Ammon et k la petite oasis. Explorateur infatigable et animé d'un véritable enthousiasme, Belzoni exécuta des fouilles à Kurnak et k Goumah,surremplueeinent de Tlièbes; il déblaya des sphinx énormes; il ouvrit la deuxième pyramide de Gizeh. Il pénétru dans le temple souterrain d'Ipsatiiboul, en Nubie, où il trouva un réseau d escaliers, de galeries, de chambres, de salles, aux murs revêtus de peintures et de reliefs; un édifice enfoui sous le sol et creusé dans le roc; il découvrit dans les cryptes de Bebanel-Malouk le tombeau de Psammétieus et un sarcophage du plus bel albâtre oriental, aux parois Cuuvertes d'une centaine de figures soigneusement sculptées; ce sarcophage »

été envoyé au British Muséum; enfin il crut reconnaître l'emplacement de Bérénice, k proximité des mines d'émeraude de Zambara. Belzoni a contribué dans une largo mesure k dévoiler les mystères de l'antique Egypte. Son ouvrage a été traduit en frniiça.s pat'Deppiug. Ce voyageur partit en 1823 pour Bénin ; son projet était de pénétrer jusqu'à Tombouctou; mais la mort l'arrèia au commencement de sou itinéraire.

Voyage en Arménie et en Perse (1821,

in-80), par Amédée Jaubert. Chargé en 1806 d'une mission diplomatique, il partit pour la Perse muni d'instructions secrètes. Il traversa sans bruit l'Allemagne et les provinces danubiennes. A Constaiitinuple, Sélim 111 lui fit un accueil gracieux. Du Trébizonde, il se rendit à Erzeroum. Jaubert avait franchi l'Araxe, lorsque des Kurdes l' attaquèrent et le livrèrent à Mahmoud , pacha de Bayazid, qui jeta le voyageur et ses compagnons dans une citerne infecte et leur fit subir les plus dures privations. .Dans Cette situation désespérée, Jaubert excita la pitié de la femme du gouverneur du château ; elle fit parvenir à la cour de Perse un billet révélateur. Sur ces entrefaites, le prisonnier fut sauvé d'une mort imminente par la peste, qui enleva le pacha et son fils. Le successeur de Mahmoud fut somme tout à coup par le gouverneur de l'Arménie persane d'avoir k délivrer le captif; ces menaces intimidèrent le pacha. Jaubert dut néanmoins obtenir un nouveau firman de la Porte. Un autre pacba, Joussouf, donna une escorte au voyageur, qui partit pour Van. Traversant les villes db Khoï, Tamis, Ardébil, Sultanieh, Baber, Caswin , il arriva a Téhéran le 5 juin 1806. Feth-Ali-Schah l'accueillit avec honneur, lui remit de» présents magnifiques, l'admit dans son palais, et, comme l'envoyé de Napoléon connaissait le turc et le persan, il lui donna des manuscrits orientaux. Le fichah fit partir avec Jaubert un ambassadeur persan, Mirza-Mahmoud-Rizu-Khan. Jaubert,de retour k Trébizonde, suivit la voie de terre, depuis Siuope jusqu'à Constautinople, d'où il se rendit a Varsovie, auprès de Napoléon (mars 1807). Dans son ouvrage, écrit sur un ton aimable de simplicité et de venté, il trace un tabieau assez étendu de la Perse considérée sous tous les rapports : mœurs, religion, usages, état de la civilisation, situation militaire, population, commerce et richesse de

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l'empire persan. On y trouve des portraits de personnages historiques, des observations neuves, des discussions géographiques et une carte très-exacte des pays compris entre Coostantinople et Téhéran. En 1818, le manufacturier Ternaux et le duc de Richelieu chargèrent Jaubert d'aller chercher en Orient un troupeau de chèvres du Thibet. Il arriva à Astrakhan par Odessa et Tiflis. Le général Yermoloir lui proposa de prendre sa route par Khiva , Tachkend et Kasohgar. Jaubert n'eut pas k traverser la Boukhurie, contrée inhospitalière; il trouva dans l'Oural un troupeau de race thibétaine. 11 acheta treize cents chèvres et en ramena environ quatre cents à Marseille. La relation de ce dernier voyage fut publiée dans la Reoue encyclopédique.

Voyages de Scoresby (Edimbourg, 1823, in-8»J. Scoresby avait fait depuis 1791 trente campagnes dans les mers polaires comme capitaine baleinier; 'accompagné de son fils dans ses derniers voyages, il avait eu des succès sans exemple ; il ne prit pas moins de cinq cent trente-trois baleines. Navigateur distingué, il est le marin qui s'est approché le plus du pôle, par 81° 12' ou 30'. Parry a pénétré plus loin, mais en traîneau. Aussi nul n'a mieux connu les régions de glace et nul. ne les a mieux décrites. Il a laissé deux ouvrages. Dans le premier (Description des régions arctiques, 2 vol.), on trouve des détails curieux sur l'histoire naturelle du Spitzberg et des lies adjacentes , des observations historiques et des scènes de la pèche des baleines, un tableau général des mers du Groenland et des recherches particulières sur les glaces polaires. Dans le second (Voyage au Nord), il donne le journal de cinq mois de navigation le longdes côtes du Groenland , qu'il explora dans une étendue 0e 700 à 800 milles géographiques. Dans les instants de loisir que lui laissa l'objet principal de son voyage, la pèche de la baleine, il recueillit de nombreuses observations sur cette terre peu connue. Il s'occupa d'abord de tracer une carte du pays plus exacte que celles que l'on avait jusqu à présent; mais H n'a pu terminer cet utile travail ; quelques parties de la côte seulement furent mesurées par lui et sont indiquées sur la carte jointe à son ouvrage, qui a une grande valeur.

Voyage eu Asie Mineure, par le Colonel

W.-Al. Leake (Londres, 1824). Cet ouvrage a une forme presque didactique; il se divise en six chapitres. Le premier est la relation du voyage de l'auteur, de Constantinople à Konièh ; le deuxième donne des éclaircissements sur la géographie ancienne de la partie centrale de l'Asie Mineure; le troisième contient la suite du voyage de Konièh à l'Ile de Chypre; le quatrième renferme des remarques sur la géographie comparative des pays qui avoisinent ia route d'Adalia à Shughut; le cinquième est un mémoire sur les villes anciennes de la côte méridionale de l'Asie Mineure; le sixième est consacré à des remarques sur la géographie comparative des parties occidentales et septentrionales de l'Asie Mineure. L'ouvrage, complété par des notes, se termine par un parallèle entre les proportions relatives des principaux temples de l'Asie Mineure et quatre des plus célèbres temples de la Grèce européenne. L'auteur, en arrivant en Anatolie, avait constaté o^ue, pour les routes, les cinq sixièmes de 1 Asie Mineure en sont encore dépourvus. La côte occidentale, la partie la plus célèbre, était aussi la partie la plus explorée. C'est pourquoi le voyageur anglais a commencé ses recherches par le nord , en se dirigeant vers le centre. Il s'attache principalement aux questions d'antiquité et de géographie, qu'il traite avec beaucoup d'érudition et de sagacité. Il recueille des faits curieux sur la topographie, recherche l'emplacement des villes anciennes, discute sur leur identité, rectifie des données scientifiques, relève et déchiffre des inscriptions, explique les découvertes qu'il a faites, celle, par exemple, d'un grand nombre de 'rochers creusés en chambres sépulcrales (à seize heures au sud d'Eski-Sher) et celle d'un monument fort curieux à Doganlu. Il sauve l'aridité des discussions géographiques et des minuties archéologiques en y mêlant de temps en temps des aperçus neufs ou des indications intéressantes pour l'art ou l'architecture. Telles sont les observations sur l'introduction de l'architecture et du dialecte dorique dans la Carie.

Voyage dans le Brc.ii , par Martius et Spix (Munich, 1824-1832, 3 vol.). En 1817, les gouvernements de Bavière et d'Autriche contierent à quelques savants l'exploration du Brésil. M. de Martius, chargé des travaux botaniques de l'expédition , ^occupa aussi d'ethuographie , de statistique, de géographie, etc. Au moment où MM. de Martius et Spix mettaient le pied sur le sol brésilien, un autre Allemand, naturaliste comme eux, le prince Max. de Neuwied, achevait l'exploration qu'il avait entreprise à ses frais. Pendant trois aimées, de 1817 à 1820, ils parcuururent une des plus belles et des plus vastes régions du globe. M. de Martius écrivit la relation de ce voyage, et pour rendre plus saisissantes ses descriptions, il eut recours au crayon. 11 ne s'est pas borné ir faire une relation de voyage; il a rapporté de son exploration les matériaux de

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trois autres ouvrages, publiés dans un intervalle de quarante ans , et qui complètent l'historique de ses excursions : l<> Gênera et species plantarum (1823-18-45, 3 vol. gr. infol. , avec atlas), œuvre classique sur les palmiers de l'Amérique australe ; 2» Flora Brasiliensis (1840-1857, 10 vol. in-fol.), l'un des plus beaux monuments de la botanique moderne, ouvrage magnifique, encore inachevé; 3» Essai sur l'ethnographie et sur les langues américaines (1867, 2 vol. in-8°). Dans ce précieux travail sont concentrés les résultats ethnographiques du voyage; on y trouve une moisson abondante de faits et d'études. L'auteur y considère le présent et l'avenir de la race américaine ; il y examine l'organisation des tribus aborigènes du Brésil; il en décrit les hordes rangées par familles et selon leur habitat géographique; enfin il donne un vocabulaire des langues brésiliennes et un spécimen de leurs dialectes. M. de Martius a plus d'un trait de ressemblance avec l'illustre Humboldt, à qui les Allemands le comparent, toute proportion gardée. Un talent supérieur, une science profonde, un style coloré font de ses descriptions des tableaux vivants.

Voyage» de Laing duus l'Afrique occidentale (Londres, 182a,in-8°). En 1822, sir Charles Maccarthy, gouverneur de iSierra-Leone, chargea Laing de reconnaître exactement la Gambie et les pays africains du voisinage. Quittant Sierra-Leone le 3 février 1822, Laing suivit la rive gauche de la Rokelle, put obtenir un guide qui le conduisit à la source de la Rokelle et établit avec le roi des Foutlahs, de Foutta-Yallou à Tombouctou, capitale de ce pays, des relations qui s'étendirent de plus en plus par la suite. Lu guerre des Achantis, dans laquelle Maccarthy périt en 1824, le rappela à Sierra-Leone ; il rentra dans ia colonie anglaise le 26 octobre. Ce voyage procura aux Européens les premiers renseignements Un peu exacts que l'on ait obtenus sur la contrée qui s'étend depuis Tombouctou jusqu'à la source du Niger. Laing avait visite quatre peuplades différentes : les Mandingues, établis au bord du Kissi, au N.-N.-E. de Sierra-Leone, lesquels sont musulmans, pasteurs et agriculteurs; les Tiinannis, à l'est de Sierra-Leone et au sud des Mandingues, organisés sur une base presque démocratique, pauvres, ivrognes, débauchés, fripons et superstitieux, et dominés par une société secrète, le Pouirah, analogue à la Camorra napolitaine ; les Kourankis, peuple agriculteur, industrieux, actif, fabriquant des toiles excellentes , et les Soulimas, population idolâtre, robuste, belliqueuse et hospitalière. Laing tenta une nouvelle exploration en partant de Tripoli, en juillet 1826, avec une caravane qui se rendait à Tombouctou. De Ghadamès, où il s'arrêta deux mois, il arriva a El-Salah (Ayn- El-Salah), oasis du grand désert, dont il recule à l'occident la longitude. Au sortir de l'Ouady-Touac, il fut attaqué et blessé par des brigands. Les Maures de la caravane le rappelèrent à la vie, et le chef de la tribu des Kountas le conduisit en sept jours à Tombouctou. Il Observa que le grand désert du Sahara est divisé entre les tribus qui le parcourent, comme léserait un territoire cultivé. Dans une excursion qu'il entreprit avec une troupe de cavaliers tombouctaius à Sansanding sur le Dialiba, il fut urrétê pur une bande de Zouats, vagabonds pillards, dont le chef voulut le contraindre à embrasser l'islamisme; Laing refusa et fut étranglé ou décapité. La relation de ce voyageur est écrite avec élégance et simplicité. Elle a été traduite en français par La Renaudière et Eyriès (1826, in-8«).

Voyage de Calcutta, à Bombay par lea provinces supérieures de l'Inde, par R. Heber (Londres, 1827, 1 vol. in-4»; 1828, 3 vol. in-go). Evêque anglican de Caicutta, Heber voulut faire la visite pastorale de son diocèse, lequel embrassait fout l'Indoustan et l'île de' Ceylan. Quittant l'opulente cité de Calcutta le 15 juin 1824, Heber remonta eu canot le Hougly, bras du Gange, et arriva à la branche principale. A Patna, des porteurs l'amenèrcut à Bénarès, où il reprit la voie fluviale jusqu'à Allahabad. Là, suivant une caravane d Anglais et d'Indous, et passant par Cânpour, il se rendit à Lucknow, capitale de 1 Oude; se séparant de son escorte, il s'avança jusqu'au pied de l'Himalaya, à 900 toises d'altitude au-dessus du niveau de la mer; reprenant son voyage vers le sud, il repassa le Gange, puis la Djemnah; à Delhi, où il s'arrêta, il reçut d'Akbar II des marques d'honneur. Sur toute la route jusqu'à Agra, et dans le pays des Radjepouies, les petits princes se montrèrent empressés k lui donner une large hospitalité. S'emb;irquant à Surate, il arriva à Bombay le 19 avril

1825. Il visita les temples souterrains d'Eléphanta et de Kennery, aiusi que le sanctuaire souterrain de Carli, après avoir gravi les G haltes de l'ouest. De retour à Bombay, il se dirigea vers Ceylan et parcourut une grande partie de cette île. Une seconde fois, le prélat partit de Calcutta le 30 janvier

1826. Débarquant à Madras, il visita les villes de Méliapour, Mahvalipouram, Sadras, Goudelour et Tanjiaour, tenant des conférences et s'acquittant de ses fonctions épiscopales. Le 4 avril, on le trouva noyé dans sou baia. La relation de son voyage s'arrête

à son départ de Madras (15 mars 1826). Ce récit est complété par les lettres écrites à sa femme par Heber. Lettres et récit abondent en précieux détails, dont quelques-uns jettent beaucoup de lumière sur des événements même qui semblaient imprévus, comme la sanglante insurrection de 1856. Cet ouvrage intéresse comme témoignage historique, et comme tableau pittoresque de la nature et des mœurs de l'Indoustan. Sa relation a été traduite en français par Prieur de La Combe (1830, 2 vol. in-S<>).

Voyages de Parker Eing, Fitzroy et C. Darwin (1823, 1839). Australien de naissance, Ring fut chargé de relever toute la côte australienne; sur l'ordre de l'amirauté britannique, il quitta Port-Jackson le 21 décembre 1817 et fit une campagne hydrographique de plus de quatre années; son travail s'étendit sur toute la côte australienne, depuis l'extrémité occidentale de la terre de Nuytz jusqu'à la pointe N.-E. du continent.' La relation de ce voyage (1828, 2 vol. iu-S°), l'un des meilleurs livres et des plus exacts eu matière d'art nautique, présente une description détaillée des côtes S.-O., N.-O. et N.-E. de l'Australie, et renferme, outre des détails géographiques, des renseignements ethnologiques pleins d'intérêt. Un appendice sur la botanique des terres australes est dû au naturaliste Cunningham. La partie hydrographique, c'est-à-dire la carte des mers des deux tiers du continent, a été publiée par l'amirauté britannique. En 1826 , King et Fitzroy eurent ordre d'aller relever les côtes de l'Amérique méridionale, depuis l'embouchure de la Plata jusqu'aux îles ChiloS. Le sloop VAdventure et la conserve le Beagle firent l'examen hydrographique de toute la Terre de Feu, du cap Horn et du détroit ^le Lemaire. King suspendit ses recherches pour des motifs personnels, mais Fitzroy les continua jusqu en 1836. Cette exploration a illustré ses auteurs. Fitzroy écrivit la relation du voyage (1839, 4 vol. in-8<>); la partie géologique, traitée par Darwin, a une grande valeur. Darwin, devenu célèbre par son livre sur V Origine des espèces, avait suivi Fitzroy en qualité de naturaliste; il rapporta de cette longue campagne les matériaux de plusieurs ouvrages. /

Voyages d Alexandre Burne» en Asie (Londres, 1834 et 1842, 3 vol.). Humboldt a appelé Burnes ■ le premier des voyageurs qui ont parcouru l'intérieur du continent asiatique. » Officier d'état-major distingué, Burnes avait pris part en 1825 a une expédition militaire dans le Catch ; il avait vu les bouches de l'Indus, et il voulut remonter le fleuve jusqu'à Khiva. En 1828, il proposa au gouvernement anglais un plan d'exploration qui devait faire reconnaître la frontière du nordouest de l'Inde, très-imparfaitement connue. En 1830, le roi d'Angleterre envoya au roi de Lahore un présent de chevaux et de voitures, présent choisi à dessein pour pouvoir procurer à son agent ou émissaire un prétexte plausible et un libre passage sur les rivières ; le gouverneur général de l'Inde remit la mission à Burnes, et celui-ci l'accepta dans un but scientifique. Il arriva par la Sind et par l'Indus à Lahore le 18 juillet 1831; il trouva à la cour du maharajah, Rundjit-Singh, le général Allard et Victor Jacquemont. En 1832, il entreprit son grand voyage de reconnaissance à travers l'Asie centrale, au milieu des pays barbares de Balkh, Koundouz et Boukhara, et il ne revint qu'en 1833, par la Perse. Dans cette longue course, Burnes visita la Bactriane,la Transoxiane, la Scythie et la Parihie, le Kharasm, le Khorassan et l'Iran. Il fit la p. us grande partie de la route suivie par les Macédoniens, parcourut les royaumes de Porus et de Taxile, vogua sur l'Hydaspe, traversa le Caucase indien et résida dans la fameuse ville de Balkh. 11 vit le théâtre des guerres d'Alexandre, des irruptions dévastatrices de Gengislvhan et de Timour, des campagnes et des hauts faits chevaleresques de Baber. Dans son voyage vers les côtes, il parcourut la route par laquelle Alexandre avait poursuivi Darius, tandis^ qu'en s'avançant vers l'Inde il suivait la côte de Mekran, qu'avait longée son amiral Nearque. En 1835, le gouvernement anglais, travaillant à s'assurer le cours de l'Indus, choisit encore Burnes pour remplir auprès des émirs et des prin- '■ ces de 1 Afghanistan une mission géogra- ' phique et commerciale, et plus tard politique. En 1838, cette mission n'était pas encore j terminée, que, par un revirement inexplica- 1 ble , l'Angleterre résolut de renverser le ' khan de Kaboul , Dost-Mohammed , prince usurpateur du trône de l'Afghanistan. Burnes rejoignit aussitôt l'armée d'invasion, et finalement il fut massacré à Kaboul le 2 septembre 1842, dans l'insurrection qui coûta la vie à 4,000 Anglais ; il avait prévu les fautes politiques et militaires dont ce grand désastre fut la conséquence. Burnes avait des connaissances variées, une science pratique, les vues profondes d'une politique élevée, et enfin un remarquable talent d'écrivain, qui ont placé au premier rang la relation de son grand voyage, œuvre traduite dans presque toutes les langues. La traduction française (1835, 3 vol. in-8») est d'Eyriès.

Voyage de Victor Jacquemont daus l'Inde

(JOURNAL DU) [1834-1843, 6 vol. in-4°]. Jacquemont a pris rang parmi les premiers voya-

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geurs de notre époque. Quelques excursions en Europe et en Amérique l'avaient préparé au rôle d'explorateur de l'Inde septentrionale. A vingt-sept ans, au mois d'août 1828, il I quitte la France avec la mission d'aller etu- | dier la constitution physique et les produc- ■ lions naturelles de l'Indoustan supérieur. Il j voyage pour l'administration du jardin des ; Plantes. Muni de lettres de recommandation I qu'on lui a remises à Londres, M s'embarque à Brest sur la Zélée, touche successivement à Sainte- Croix -de Ténériffe, à Rio-de-Ja neiro, au Cap de Bonne- Espérance, où il fait connaissance avec Dumont d'Urville, relâche à Bourbon, puis à Pondichéry, et arrive à Calcutta le 5 mai 1829. Les autorités anglaises font un accueil cordial au jeune naturaliste. Reconnaissant qu'une subvention de 6,000 francs est insuffisante dans un pays où tout capitaine reçoit un traitement de 30,000 francs par an, il demande au gouvernement français une allocation supplémentaire, qu'il attend sept mois durant. Ce séjour est mis à profit; Jacquemont apprend l'ind oustani et recueille tous les renseignements nécessaires à l'exécution de son plan ; puis, se mettant en marche, il visite les villes les plus célèbres de l'Inde, Sasseram, Mirzapour, Agra, Callinger, Paniput , Bénares. Il entre le 31 décembre à Bènarès, la cité sainte. Traversant tout le désert de sable brûlant qui s'étend depuis Syra jusqu'à Delhi, il se rend aux mines de diamants de Panna, ensuite à Delhi (10 mars 1830), où il est présenté au Grand Mogol, le vieux schah Mohammed-Akhber-Rhazi ; le descendant deTamerlan tient tout exprès une cour solennelle. A Delhi, Jacquemont reçoit la nouvelle de la révolution de juillet 1830. Reprenant sa marche vers l'Himalaya, il en gravit les différents gradins et pénètre aux sources de la Djemnia. Armé du bambou et du marteau, il escalade ou descend chaque jour environ 1,500 mètres, sans compter les distances. Il franchit ainsi une chaîne de montagnes ayant 5,500 mètres d'élévation. Le 25 mui, il est entouré de sommets couverts de neiges perpétuelles; il pénètre dans les âpres vallées à travers lesquelles le Setledj descend de la région montueuse qui confine au Thibet occidental ; il arrive jusqu'à Beker, première ville de la Tartane chinoise. L'hostilité des officiers du Céleste Empire l'oblige à rebrousser chemin, De retour dans le Pendjab en octobre 1830, Jacquemont reçoit une lettre du général Allard, commandant en chef des armées du célèbre Rundjit-Singh, souverain des Sikhs, indépendant des Anglais, alors à l'apogée de sa gloire et de sa puissance. Cette lettre invitait le voyageur à se rendre à Lahore et lui promettait aide et protection pour une excursion au nord du Setledj. Jacquemont, muni d'une lettre de recommandation de lord William Bentinck, gouverneur général des Indes, part pour Lahore; son voyage et son séjour sont • une véritable féerie, un rêve des Mille et une nuits. » A chaque étape, de nombreux et utiles présents l'attendent. Il traverse dans toute leur longueur les Etats du monarque sikh , et il arrive le 8 mai 1831 auprès de lui à Cachemire. Le général Allard l'installe dans un petit palais de plaisance et Rundjit-Singh lui donne diverses preuves d'affection. Après cinq mois de séjour dans sa poétique résidence , Jacquemont, brisé par l'excessive chaleur, va ranimer son énergie dans les montagnes froides qui séparent le Cachemire du Thibet. Riche d'observations de toute nature, il revient à Lahore le 19 septembre 1831; il refuse la vice-royauté du Cachemire, que Rundjit-Singh loi oilre, sans doute pour 1 éprouver. Apres cette fructueuse pérégrination à travers les parties les moins étudiées jusqu'alors de l'Inde supérieure et de la région de l'Himalaya, Jacquemont retourne à Delhi. Le 14 février 1832, il se remet en route pour Bombay, en traversant la Radjputna; au mois de juin, à Pootiah, il résiste à une attaque de choléra ; épuise de fatigue, il arrive le 9 octobre à Bombay et il y meurt le 7 décembre 1832, au moment d'aller visiter la presqu'île eisgangétique. Lord Bentinck lui fit faire des obsèques splendides, et le consul français expédia à Paris ses collections. Le voyage du jeune naturaliste a duré trois ans et demi. Ses dessins, fort nombreux, ont été tracés par luimême; ses croquis et ses papiers présentent des lacunes qu'une mort prématurée explique assez. Mais ces notes rapides représentent une masse immense de matériaux; ce journal, écrit sans une seule rature, est uu des livres les plus précieux qui aient été publiés sur l'Indoustan; la géographie, l'eihnographie , la géologie , la butauique , la science morale et politique peuvent y puiser une foule de faits et d'observations. Le Journal de V. Jacquemont, comme sa Correspondance, qui le complète, est un modèle de bon goût et de pureté de langage. Ces écrits révèlent un esprit original, sagace, frondeur, gai, sceptique, une'àme aimante et bonne.

Voyage fait à, la recherche d'un passage au nord-ouest (RKLA.TION nu), par le capitaine sir Juhn Ross. Apres les malheureuses tentatives du capitaine Parry, sir John Ross, qui déjà, en 1818, avait fait un voyage au pôle nord, voulut en essayer un second dirigé vers le nord-ouest, mais ce ne fut qu'en 1828 qu'il put mettre à exécution ee projet,

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grâce h un négociant anglais, M. Shérif Booth, qui lui offrit de faire les frais de l'expédition. Aussitôt un bâtiment k vapeur fut commandé, tous les préparatifs nécessaires pour un tel voyage se firent activement, et bientôt, grâce au grand nombre d'hommes de bonne volonté qui se présentèrent, sir John Ross put s'embarquer avec un équipage choisi sur le ntavire la Victoire. Un autre bâtiment suivait, chargé de provisions de réserve, et la navigation commença sous d'heureux auspices. Mais, après quelques jours, l'équipage du dernier bâtiment se révolta, et le capitaine Ross fut obligé de l'abandonner; puis, peu après, la machine à vapeur de la Victoire se dérangea. Cependant, ceux qui s'étaient décidés a mener à fin l'expédition ne se découragèrent pas, et ils parvinrent jusqu'au milieu ries glaces du pôle, plus loin encore que n'avait pénétré le capitaine Parry.Vers la fin de l'année 1829, le vaisseau fut disposé pour l'hivernage dans une baie où il se trouvait engagé au milieu des glaces. Toutes les précautions imaginables furent prises pour se garantir du froid, de l'ennui et des maladies qui pouvaient résulter de ce séjour. Le bâtiment était approvisionné en conséquence, et des travaux continuels, sans être excessifs, contribuèrent à entretenir la bonne santé de l'équipage, qui, dans l'espace de près de quatre aimées, ne perdit que trois hommes. Dans cette station où les glaces retinrent le vaisseau non-seulement tout l'hiver, mais encore l'été suivant, le capitaine Ross eut plusieurs fois des rapports avec les Esquimaux, dont il a décrit les mœurs. Dans les nombreuses excursions que firent les voyageurs pendant la longue captivité de leur navire, ils se livrèrent à des chasses et à des pêches dignes d'exciter au plus haut point la curiosité et l'intérêt. Mais ce qui surtout mérite de fixer l'attention de tous les hommes éclairés, ce sont les recherches du commandant Ross pour déterminer la place du pôle nord et les observations importantes qu'il a faites sur l'aiguille aimantée , après être parvenu à trouver d'une manière assez exacte le point même du pôle qui, au grand désappointement de nos voyageurs, ne se trouve indiqué par aucun signe extérieur dans la nature, tandis que leur imagination se plaisait k le placer sur quelque fantastique montagne. Après avoir vainement attendu, pendant environ trente mois, que les glaces permissent au bâtiment de quitter la baie où il était retenu prisonnier, sir John Ross.se décida enfin k abandonner tout k fuit, son vaisseau, au mois de mai 1832. Lk commence une longue série de souffrances, de travaux, de privations de toute espèce pour ces courageux marins. Emportant avec eux, sur des traîneaux, toutes les provisions qu'ils peuvent prendre et des pirogues pour traverser les bras de mer, ils entreprennent de se faire jour à travers les obstacles de toute sorte amoncelés devant eux. Le récit de celte lutte des hommes contre les forces ce la nature est si vrai, si noble, qu'on ne peut s'empêcher d'admirer ces êtres courageux. Ils errèrent ainsi plus d'un an, conservant k peine l'espérance de revoir la terre civilisée, et cependant sans que le désespoir s'emparât jamais d'eux. Ce fut seulement au mois d'août 1833 qu'ils aperçurent un bâtiment de pêche et parvinrent, non sans peine, à se faire reconnaître pour ce qu'ils étaient. Cette remarquable relation devoyage a été traduite par M. Defauconpret.

Voyage dnu* l'Amérique méridionale, par

Alcide d'O.biguy (1835-1849; 9 vol. gr. in-4», avec pi.). En 1826, le Muséum d'histoire naturelle de Paris chargea d'Oi bigny d'une mis; sion scientifique dans l'Amérique méridionale ; le voyageur avait vingt-quatre ans. Il traversa le Brésil et l'Uruguay, et pendant quatorze mois il explora le Purana et ses affluents. Ensuite il parcourut les pampas dans tous les sens pour le compte de la confédération Argentine, qui lui avait demandé un rapport sur la culture à introduire dans ces steppes herbeux ; la partie septentrionale de cette région était une terre k peine connue. Une fois entré dans la Patugonie, au froid ciimut, il fut obligé pour sa propre sûreté de prendre parti dans les luttes que se livraient les tribus ; il séjourna huit mois dans cette partie du continent. De Montevideo, il passa au (Jhili, d'où il se rendit en Bolivie ; il lit une exploration complète de ce dernier pays. Son long voyage, qui avait duré sept ans, se termina par le Pérou; le Mexique, la Guyane et quelques parties du Sud-Amériqueétaient restés en dehors de son itinéraire. D'Orbigny avait étendu ses observations sur une ligue de 775 lieues du nord au sud et sur une autre ligne ne 900 lieues de l'ouest k l'est. Il était de retour en France en 1833. La Société de géographie de Pans lui décerna le grand prix; l' Académie des sciences fit quatre rapports sur les travaux du voyageur naturaliste (zuologie, botanique, géographie, géologie), et, sur les conclusions favorables des rapporteurs, le gouvernement édita l'ouvrage d'Alcide d'Oru.gny (1834-1847, 9 vol. in-4", avec 500 planclies coloriées). Cet ouvrage renferme un nombre considérable de caries et de coupes géologiques; on y reconnaît un savoir profond et varié; le cadre en est presque encyclopédique. U s'ouvre par une étude originale des races humaines du Sud-Amérique, des races non mélangées. Ce vaste travuil sa compose dos parties suivsui-

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