‹ Grand traité d'instrumentation et d'orchestration modernesChapitre 32 sur 116 · LA HARPE · texte numérisé non relu

LA HARPE

Cet instrument est essentiellement antichromatique, c'est à dire que les successions par demi tons lui sont à peu près interdites. Nous en donnerons tout à l'heure la raison.

Son oieudue n'était autrefois que de cinq octaves et une sixte.

EXEMPLE

On voit que celle gamme appartient au ton de Mi 9; c'esl en effet dans ce ton que toutes les harpes étaient accordées, quand l'habile facteur Erard, cherchant à remédier aux inconvénients de ce système, imagina le mécanisme qui. les fil disparaître et proposa l'accord de la harpe en Ut t>, que presque tous les harpistes ont adopté aujourd'hui

Les intervalles chromatiques ne se peuvent obtenir sur ^ancienne Harpe qu'au moyen de sept pédales, que l'exécutant l'ail mouvoir et peut fixer L-une après l'autre avec le pied, et dont chacune hausse d'un demi-ton la note à laquelle son mécanisme s'applique, mais dans toute l'étendue de la gamme et non pas isolement. Ainsi la pédalera}} ne peut diozor un Fa, sans que Ions les autres Fa, dans l'échelle entière, ne soient dièses du même coup. Il en résulte d'abord que toute gamme chromatique ( à moins d'un mouvement excessivement lent ) toute progression d'accords procédant chromaliquemenl ou appartenant à d 's tonalités différentes, la plupart des broderies contenant des appogiatures altérées ou des petites notes chromatiques, sont impraticables ou, par exception, excessivement difficiles et d'un détestable effet. Il y a même sur la harpe en Mi ) quatre accords de septième majeure et quatre accords de neuvième mineure, totalement impossibles et qu'on doit en conséquence hannir de son répertoire harmonique; ce sont les suivants:

MÉÉÈM

Il est évident en effet que tout accord dans lequel Ut bémol doit être entendu en même temps que Si bé 'mol n'est pas possible, puisque, ( la harpe se trouvant accordée en Mi bémol et les pédales ne haussant chaque corde que d'un demi- ton) on ne peut produire l' Ut bémol qu'en prenant la pédale du Si\ qui détruit aussitôt tous les Si l> de la gamme. 11 en est de même pour le Ré bémol qui résulte de l'exhaussement de V Ut naturel., et du Sol, bémol produit par l'exhaussement du Fa.

Le mécanisme des Pédales de la harpe en Mi bémol ne pouvant que rendre à leur état naturel les trois notes bémolisées (Si, Mi, La.) et dièzer quatre autres notes ( Fa, Ut, Sol, Ré.) il s'en suit que cette harpe ne peul être établie que dans huit tons, savoir Mi \>, Si \>, Fa, Ut, Sol, Re', La, Mi.

Les tons bemolisés, ne sont produits que par des enharmoniques et en prenant et quittant aussitôt une ou plusieurs Pédales. En La bémol par exemple, le Ré bémol n'est autre que l'enharmonique de V Ut dièze, et l'exécutant doit quitter cette pédale Ut ft aussitôt après l'avoir prise, autrement il ne pourrait plus faire entendre V'Ut naturel, tierce majeure du Ion dans lequel il joue-, il faut en outre qu'il saute une corde ( Ré tj ) en montant diatoniquement ce qui est tellement incommode qu'on peut considérer l'usage de pareilles gammes comme impraticable.

Cet inconvénient et cette difficulté deviennent doubles en Ré bémol et en Sol bémol, Ions à peu près inabordables 'X-

repie pour quelques accords. Encore le ton de Sol bémol, coin celui jLUl. bémol, présente une nouvelle difficulté II-

s.ÇHlfi o

d obliger l'exécutant à une véritable transposition pour une partie des notes de sa gamme, puisqu'il doil l'aire v ibrer la corde de l'a £ quand '•'' n"lr l'criti- esl Sol '> , la corde Si ; quand la note e-t II j et la corde l"l $ quand la note e»l Ré > Pour le Ion d'fV !>, il devient moins! inabordable en l'écrivant sou- «on autre l'orme, celle de Si naturel, niais toutes les pédales étant prises, on ira pas moins à taincro pour celle gain nie, connue pour celle de L,a bémol, l'horrible dift'iculle de sauter une corde et de quitter une Pédale en la reprenant après, pour la note sensible (enharmonique) et la tonique qui se retromeill sur la même corde. Exemple ■•"

On concevra que pour exécuter une gamme chromatique de deux octales d'étendue comme celle ci:

IVcl. 1YH. IVH.

il l'aut faire mouvoir très vile, successivement, cinq pédales, pour la première octave seulement ; qu'il faut les quitter toutes liés promptement aussi, afin de remettre dans leur état primitif les notes qu'elles avaient haussées et qui vont «< représenter dans l'Octave supérieure, et les reprendre encore une fois comme on avait fait pour la première octave, li gamme pareille est doue, dan" un mouvement même très modéré, impossible sur toutes les harpes.

S'il s'agit d'une succession d'accords appartenant à des tonalités différentes, l'impossibilité deviendra plus évidente encore, puisqu'on aurait, en ce cas, plusieurs pédales à prendre à la fois et successivement

Certaines appogiatures et broderies contenant des successions chromatiques, peuvent, à la vérité, s'exécuter tant bien que

mal, mais le plus grand nombre de ces ornements, je l'ai déjà dit, n'est guère praticable et ceux qu'on peut ranger parmi

les exceptions produisent encore un assez mauvais effet à cause de l'altération que le mouvement de la pédale prise et quittée au même instant fait subir à la sonorité de la corde.

exemple, Possible.

mfffTtrftfft^

autre exemple. 5 Meilleur

T.' exemple suivant au contraire et tous ceux qui réunissent comme lui plusieurs demi-tons dans un petit espace et un mouvement vif sont à peu près impossibles:

Ail0.

Il faut dire maintenant que la harpe étant pincée .par les deux mains, s'écrit en conséquence sur deux lignés. La ligne inférieure porte ordinairement la clef de Fa et la ligne supérieure la clef de Sol;, selon l'élévation des notes basses ou la gravite des noies hautes la clef de Sol ou la clef de Fa peuvent se trouver aussi sur les deux lignes à la fois.

On va voir que celle disposition rend les passages inexécutables bien plus nombreux encore pour la harpe en Mi hé mol, ^wque telle phrase, facile pour la main droite, devient impossible si la main gauche veut faire entendre certaines notes d'accompa gnemenl qui se trouvent allérées par une Pédale dans la mélodie, mais que l'harmonie n'admet qu'à leur état ordinaire.

EXEMPLE

mêm^,

Les deux accords marqués d'un.' croix n ■ peuvent .. riiri-, )>ui<t|n "- il-; i-mii ifiiiit-nl un Fn naturel, diezé dans l;i partie ai.;iie Il fiinl donc en |j,iri'il eus supprimer dans l'une on 1'' nuire pnr'ie In noie qui se présente sons ce double aspect. Dans 1V\ emple pp-ei-disnl il ^ :< 1 1 1 mieux mutiler l'accord de In m. un gauche el retrancher le Fn nnlurel.

I.luaiid une mélodie déjà exécutée par d"nu(res instruillenls \ ii-nl à être reproduite par In harpe, el contient des passais chromatiques impossibles ou seulem-nl dangereux, il faut In modifier adroitemenl en remplaçant une ou plusieurs des notes

altérées par d'autres noies prises dans l'harmonie. Ainsi, an lien de donner à la harpe le chant suivant, tel que vie ut de Pcx

ecuter les violons. \|i'i .- ~-~^

MOI.ONS. jryi^fczg^

Ta nniiim du ranisme d" la harpe indiquait «o sacrifice des quatre demi-tons successifs de la troisième mesure.

Frappe des graves inconvénients que iio*TS vuons de sig'.ril ■)■ M. K.rard imagina, il v a quelques années, le mécanisme d'après

•quel les Harpes ont ete nonmiees a t'n»U"'moHwtni,Mt^Và\èï en quoi il consiste el comment il permet à la harpe, sin le

lire des successions chromatiques, au inoins de jouer dans tous les tons et de plaquer ou arpéger tous les accords.

La Harpe à douille mouvement es) accordée eu II hémul , son étendu" est de six octaves et une quarte:

EXEMPLE

hm^m^ÊÊâËÈÈm

Les sept pédales dont elle est pourvue sont faites de manière à ce que l'exécutant puisse au moyen de chacune d' elles, hausser à volonté chaque rorde rt'ini ton, ou d'un demi ton seulement. En prenant successivement les sept pédales du de un (on la harpe en II bémol sera donc établie et fixée: en Sol bémol , en lié bémol, en La bémol, en .1// bémol, en Si bémol, en Fa el enfin en II ". 1 En exhaussant maintenant chaque corde d'un antre demi Ion par le moyen du second mouvement des Pédales, les sept notes de la gamme naturelle vont se, trouver dièzées, puisque les sept pédales produisent Fa Jt, Il tt. Sol #, Ré fc, La fc. Mi it, Si t, ce qui donne à la harpe les tonalités de Sol Ré La Mi Si Fa t, Lt S.

Voilà donc tous les tons accessibles à la harpe; les gammes mineures seulement ne pourront être p'ars que dans le cas où on les traiterait en montant comme en descendant, sans tenir compte de l'usage adopte à l'égard des 6""' et 7""' degrés; dans le cas contraire, il faudrait encore prendre et quitter deux Pédales.

exemple .

En adoptant l'intervalle de. seconde augmentée entre le sixième el le septième degré, la gamine mineure pourrai! être fixée el l'emploi accidentel des Pédales ne sérail pas nécessaire; ce qui es! un avantage considérable et devrait suffire pour faire préférer celle gamme.

exemple .

Quand aux accords interdits à la harpe en 3fi bémol , nous allons voir que le double mouvement les rend possil Pour prodniri

,„ Il rien d" plus ais'', ces quatre notes sont dans la gamme de la harpe en £7 bémol.

L'accord 7v.~~i,l?fl~"~l| l'exige que l'emploi des <l-\n pédales du demi ton ( Ré !j, Fn t^,) Vh — '\ffi~~ jj

n'en demande

que deux également, ( Fa \, et Ut \ ) zyt — ^f M en fait prendre trois, ( Lt h,, Mi s, Sol S ; -"/— yfô II n'en

l'ait prendre qu''une ( Fa t| ) et ^jf — fa - -fj — ; T| en demande trois ( Fa !j, La, Lt b )

<\ également tira

T..' lié double bémol (ou Ut naturel) se l'ail an moyen de la pédale haussant V Ut bémol d'un d;'»i/-toi>, cl l'l/( bémol est produit par la pédalo qui hausse d un demi ^ton le .SV bémol ; le La double bémol vient du Sol be'mol

haii-se li'i'.u demi-ton, le Fa be'mol n'a pas besoin de pédale, il est dans la gamme de la harpe en £7 bémol, (lel ac -

ml, te\ que je viens

de l'écrire, serait donc exécuté sous cette forme singulière: yr~~~^r~ Il d'où il suit nu' il vaud

-Ç\) Wifl II '

mieux l'écrire en l't « majeur et sous l'aspect suivant: -Jf- j,„ Il Si on avait à employer des Harpes à douille mouvement dans un morceau d'orchestre établi pour les autres instruments, en Si tj majeur, il vaudrait imcomparalilemenl mieux pour la sonorité et pour la commodité de l'exécution, les écrire en transposant dans leur ton d' Ut bémol

f ORCHESTRE.

EXEMPLE

Les compositeurs doivent a\oir soin, en écrivant les parties d> harpes, de prévenir un peu d'avance l'exécutant du chan genionl qu'il va avoir à faire, de la pédale qu'il aura bientôt à prendre, par ces mots places quelques mesures avant l'endroit de la modulation: Préparez le Sol tt , Préparez le ton d'Ut '• , etc.

La nature de l'instrument étant expliquée, nous parlerons maintenant de son doigte que beaucoup de compositeurs nul le tort de confondre avec celui du Piano qui ne lui ressemble nullement'

On peut frapper avec chaque main des accords de quatre notes.

dont les deux notes extrêmes ne sortent' pas de 1 étendue d'une octave.

EXEMPLE

On peut cependant aussi, par le grand ecarlement du pouce et du petit doigt, illcindre aux accords de dixième et conséquemment plaquer des accords ainsi disposés:

Mais cette position est moins commode, moins naturelle et, par suite, moins sonore, puisque chaque doig' ne peut attaquer la corde avec autant de force que dans la position ordinaire.

Signalons en passant les accods dans l'extrémité inférieure de l'instrument comme des groupes sans sonorité et produisant

des harmonies confuses qu'il faut éviter: Exemple:

Ces sons graves ne sont propres qu'à douhler mi"

basse à l'octave inférieure: Ex:

XTirrryi

r? exécution successive des noies d un accord, en montant ou en descendant, est tout a fait dans la nature de la harpe-, ces! nvn: ' d'après son nom italien arpa que ces dessins harmoniques ont reçu le nom d' arpèges. 11 faut aussi en gênerai, qu'ils n'excèdent pas l'étendue dune octave, surtout si le mouvement est vif-,, autrement ils' nécessiteraient un changement déposition d'une extrême dil'ficnll".

presqtie impossible!

mH£

— « ' ' il

Il ne faut écrire la note en dehors de l'étendue de l'octav que pour une terminaison de phrase:

Exemple très aise', pareeque le changement de disposition se faisant du grave a l'aigu n'oblige pas d'employer le petit doi trf dont on ne se peut guère servir, ou de faire deux notes consécutives avec le quatrième.

. EXEMPLE. M>V JLlL i » — i — « c— -# c— -» I y g — 31

Il faut avoir soin en général de ne pas écrire les deux mains trop près Pune d(! l'autre et délies tenir séparées par une octave ou une sixte au moins, sans quoi elles se gênent mutuellement.

De plus, si les deux mains arpègent un accord a la tierce Pune de Pautre, la même corde étant reprise par le doigt d'une main, au moment ou celui de Paulre main vient de la pincer, il s'en suif nécessairement qu'elle n'a pas le temps de vibrer et que le son est étouffe dès sa naissance.

Page 1