‹ Grand traité d'instrumentation et d'orchestration modernesChapitre 94 sur 116 · NV · texte numérisé non relu

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Il resuite toutefois de beaux effets des notes extrêmement graves des secondes Basses, telles que le Mi bémol et même le He en dessous des portées, que plusieurs voix peuvent faire entendre assez aisément quand elles ont le temps de bien les poser, lorsqu'elles sont précédées dun temps pour la respiration et écrites sur une syllabe sonore. Les choeurs éclatants pompeux ou violents doiv «'lit au contraire,s,ecrire un peu plus haut,sans cependant que la prédominance des notes aiguës soit constante et sans donner aux chanteurs beaucoup de paroles a prononcer rapidement. L extrême fatigue résultant de cette manière décrire amènerait bien vile une mauvaise execution;une telle continuité dénotes hautes chargées de syllabes péniblement articulées est d ailleurs peu agréable pour l'auditeur.

l\ous n'avons pas encore parle des notes suraigues,des voix qu'on appelle sons de tête ou de fuucet. Elles sont d un beau ca ractere chez les Tenors,dont elles augmentent beaucoup 1 étendue, plusieurs d entre eux s'elevanl sans peine en voix de tête jusqu'au Mi bémol et au Fa au dessus des portées. On pourrait en faire dans les choeurs un fréquent et heureux usage,si les choristes étaient plus avances dans l'art du chant. Laxoix de tète n'est dun effet supportable pour les Basses et Barytons que dans un style extrêmement léger, tel que celui de nos Opéras -comiques francais^ces sons aigus et d'un timbre féminin si dissemblables des notes naturel/es dites de poitrine des voix graves, ont,en effet, quelque chose de choquant partout ailleurs que dans une bouffonnerie musicale 0i> n'a jamais tenté de les introduire dans un choeur, ni dans aucun chant appartenant au style noble. Le point ou finit la voix de poitrine et ou commence la voix de tète ne peut se fixer bien exactement. Les Ténors habiles,d'ailleurs, donnent dans le forte certaines notes hautes comme le La, le Si et même / Ut, ou en voix de tète, ou en xoix de poitrine a volonie, cependant, pour le plus grand nombre, il faut,je crois,fixer le Si bémol haut comme la limite de la voix de poitrine du premier Ténor. Et ceci prouve encore que cette voix n'est point rigoureusement à la quinte au dessus de la Basse, ainsi que le prétendent les théories des écoles^ car sur vingt Basses prises au hazard, dix, au moins, pourront donner en xoix de poitrine un Fa dièze haut convenablement amené, tandis que sur le même nombre de Ténors on n'en rencontrera pas un qui puisse donner également, en voix de poitrine,un Ut dièze haut supportable.

Les anciens ni, titres de l'école française qui nVniplmai.nl jamais la \oi\ de tète,on< écrit dans leurs Op. ras une partie qu'ils iioiianai.nl Haute-conti'e et que les étrangers,trompés par l'interprétation naturelle du mot Italien Contralto prennent souvent pour la \oix grave des femmes. Ce nom désignait rependant une voix d'homme habituée a (hanter presque exclusivement,?) en sons de poi(rine,les cinq notes hautes (y compris le £7 naturel ) de l'échelle du premier Ténor. Le diapason etail-il, comme on le croit généralement, plus bas d'un ton que le diapason actuel. Les preuves de ce fait ne me paraissent pas irrecusables,el le doute a cet égard est encore permis \ujourd'hui,quand un Si naturel se présente dans un choeur, la plupart des Ténors le prennent en son de tète, mais les Ténors très hauts (les hautes-contre ) l'attaquent encore en voix de poitrine «ans hésitation

Les voix d'enfants sont d'un excellent effet dans les grands choeurs. Les Soprani des petit- garçons ont même quelque chose d'incisif, de cristallin, qui manque au timbre de Soprani des femmes. Dans une composition douce, onctueuse et calme,ceux-< i foulefois,plns pleins et moins perçanls,me paraîtront toujours préférables. Quand aux Castrats,à en juger par ceux que j'en ai entendus à Home, il ne me semble pas qu'il faille beaucoup en regretter l'usage, aujourd hui a peu près abandonne.

11 v a dans le nord de l'\llemagne et en Russie des Basses tellement gra\es,que les compositeurs ne craignent pas de leur donner, sans préparation,des Ré et des Ut à soutenir au dessous des portées. Ces voix précieuses nommées Rasses-eontre contribuent puissamment au prodigieux effet du choeur de la chapelle impériale de Saint-Petersbourg,le premier ch.eur du mon de, au dire de tous ceux qui l'ont entendu. Les Basses-contre ne s'elexent guère que jusqu'au Si ou a Vit au dessus des portées.'

Il faut avoir soin pour bi<'n employer les sons très graxes des voix de Basses, de ne pas leur donner des successions de notes trop rapides, et trop chargées dr paroles. D'un autre coté, les vocalisations chorales dans le bas de l'échelle sont d un détestable, effets il est vrai d'ajouter quelles ne sont pas beaucoup meilleures dans le médium, et que malgré l'exemple donne par la plupart des grands mailres,ees roulades ridicules sur les paroles du Kyrie eleison, ou sur le mot Amen, qui suffiraient a faire des fugues vocales dans la musique d'Eglise une indécente et abominable bouffonnerie, seront, il faut l'espérer, bannies à l'avenir de toute composition sacrée digne de l'objet qu'elle se propose. Les vocalisations lentes et douces des Soprani seuls, accompagnant une mélodie des autres voix placées au dessous d'elles, sont au contraire d'une pieuse et angelique expression. Il ne faut pas oublier de les entremêler de petits silences, pour permettre aux choristes de respirer.

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Les modes d'émission qui produisent chez les hommes les sons de voix mixtes et sombres sont extrêmement précieux et donnent un grand caractère au chant individuel et au chant choral

La voix mixte tient à la fois du timbre d.s notes de poitrine et de celui d>-s notes de lèle^ mais, de même que pour ces dernières, il est impossible d'assigner aux sons mixtes une limite invariable en bas ou en haut Telle voix peut prendre le timbre mixte très haut, telle autre ne peut le saisir que sur des notes moins élevées, (juant a la xoix sombre dont le nom indique le caractère, elle dépend non seulement du mode d'émission, mais encore de la nuance de force de l'exécution et du sentiment qui anime les chanteurs In choeur d'un mouvement peu asite, et devant être dit sotto voce, sera très aisément exécuté en voix sombre, pour peu que les choristes aient l'intelligence de l'expression et 1 habitude du chant Cette nuance d'exécution vocale mise en opposition avec celle des sons rudes et brillants du Foi-te dans le haut, produit toujours un grand effet. Il faut citer,comme un magnifique exemple en ce genre, le ch.ieur d\\rmide,de (iluck:«Suis l'amour puisque tu le veux,i dont les deux premières strophes dites à voix sombre,donnent un éclat terrible à la péroraison, prise à pleine voix et Firtissimo, au retour de la phrase: „Suis l'amour n il est impossible de mieux caractériser la menace contenue et une subite explosion d< fureur C'est bien ainsi que doivent chanter 1 s Esprits de Haine et de raye .

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Cette étude sur les voix ne s'applique jusqu'ici, on le voit, qu'a l'emploi des masses chorales. L art d'écrire pour les voix individuelles est réellement subordonne a mille circonstances qu'on peut a peine déterminer, dont il faut absolument tenir comple,et qui varient a>ec 1 organisation propre a chaque chanteur. On pourrait dire comment il faut écrire pour Rubini, pour I)uprez,pour H.iilzingcr, qui sont trois Ténors; mais on ne saurait indiquer le moyen de composer un rôle de Ténor également f,i\orablc,ou parfaitement comenable a tous les trois.

Le Ténor solo est, de toutes les voix,la plus difficile a écrire, à cause de ses trois registrcs,comprenanl les sons de yoilrtne-, les sons mixtes et les sons de tète dont l'étendue et la facilite, je l'ai déjà dit, ne sont pas les mêmes chez tous les chanteurs. Tel virtuose emploie beaucoup la voix de tête, et peut même donner a sa voix mixte une grande force de vibration; celui- la chantera aisément des phrases hautes et soutenues dans toutes les nuances et dans tous les mouvements; il aimera les e, les /, (el autre a la voix de tête pénible au contraire, et préfère chanter constamment en sons vibrants de poitrine, celuilà excellera dans les morceaux passionnes, mais il exigera que le mouvement soit assez modère pour permettre l'émission, naturellement un peu lente, de sa voix; il préférera les syllabes ouvertes, les voyelles sonores, comme I'», et redoutera les notes hautes a filer; une tenue de quelques mesures sur le Sol-, lui paraîtra pénible et dangereuse. Le premier, grâce a la facilite de sa voix mixte;pourra attaquer brusquement un son haut et fort; l'autre, au contraire, pour pouvoir donner avec toute sa puissance une note élevée, aura besoin qu'elle soit amenée graduellement, parce qu'il emploie en ce cas la voix de poitrine, réservant exclusivement les notes mixtes et les sons de tête pour la demi-teinte et les accens tendres In autre.dont le Ténor est de ceux qu'on nommait autrefois en France Haute-contre, n'aura aucune crainte des notes éleve'es qu'il saisira en voix de poitrine sans préparation et sans danger.

La voix de premier Soprano est un peu moins difficile a traiter que le premier Ténor; les sons de tête n'en sont près que pas distinct du reste de la voix; il faut cependant encore connaître la cantatrice pour laquelle on écrit, à cause des inégalités de certains Soprani dont quelques uns sont ternes et sourds dans le médium, ou dans le bas, ce qui met le compositeur dans 1 obligation de bien choisir les registres sur lesquels il pose les notes dominantes de sa mélodie Les voix de mezzo-Soprano ( 2- Soprano ) et de Contralto sont, en gênerai plus homogènes, plus égales, et par conse'quent plus aise'es a employer. Il faut éviter cependant pour toutes les deux de placer beaucoup de mots sur les phrases chantées à l'aigu, l'articulation des syllabes devenant alors fort difficile, et quelquefois impossible.

La voix la plus commode est évidemment la Basse, a cause de sa simplicité. Les sons de tête étant bannis de son re'pertoire,on n'a pas à s'inquiéter de la possibilité des changements de timbre, et le choix des syllabes devient aussi, par cela même, moins important. Tout chanteur qui prétend être doue dune vraie voix de Basse doit pouvoir chanter toute musique raisonnablement écrite, depuis le Sol grave jusqu'au Mi bémol au dessus des portées. Quelques voix descendent beaucoup plus bas, comme celle de Levasseur, qui peut donner le Mi bémol grave et même le fie; d'autres, comme celle d'Alizard^élèvent sansriea perdre de la pureté de leur timbre,jusqu'au Fa dièze et même au Sol, mais ce sont des exceptions. A l'inverse, les voix qui, sans s'élever au dessus du Mi bémol haut,ne peuvent plus se faire entendre au dessous de l'Ut-, ( dans le> portées ),ne >ont que des voix incomplètes, des fragments de voix dont il est difficile de tirer parti, quelles que soient leur force et Icurbeauié.Les Barytons se trouvent souvent dans ce cas-la; ce sont des voix fort courtes, qui chantant presque toujours dans une o< lave ( de Mi bémol du médium au Mi bémol supérieur,) mettent le compositeur dans l'impossibilité d'éviter une fâcheuse monotonie

L excellence ou la médiocrité de l'exe'cution vocale des masses ou des 5"o/o.sdépendent,non seulement de l'art avec lequel le*, registres des voix sont choisis, de celui qu'on met a leur ménager des moyens de respirer, des paroles qu'on leur donne à chanter, mais beaucoup aussi de la manière dont les compositeurs disposent les accompagnements. Les uns écrasent les voix par un fracas instrumental qui pourrait être d'un heureux effet avant ou après la phrase vocale, mais non pendant que les chanleurs cherchent a la faire entendre; les autres,sans charger l'orchestre outre mesure, se plaisent à y mettre en évidence un instrument seul qui, exécutant des traits ou un dessin compliqué sans raison plausible, pendant un air, distrait l'attention de l'auditeur de son véritable objet, et gêne, et embarrasse, et impatiente le chanteur, au lieu de l'aider et de le soutenir. Ce n'est pas qu'il faille pousser la simplicité des accompagnements au point de rejeter les dessins d'orchestre, dont l'expression est parlante et l'intérêt musical véritable; surtout quand ils sont entremêlés de petits silences qui donnent un peu de latitude rhvthmique aux mouvements du chant, et n'obligent pas la mesure a une exactitude métronomique. Ainsi, quoi qu'en disent plu sieurs grands artistes,le dessin gémissant des Violoncelles,dans l'air si pathétique du dernier acte de Guillaume-Tell ,de Kossnu, i-, Sois immobile, ■>■> est d'un effet touchant, admirable, il rend l'idée du morceau complexe, sans dîmte, mais sans enlraver le chant, dont il augmente au contraire la poignante et sublime evpression.

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