INTRODUCTION
Dans un sens général, Architecture veut dire : art de composer les édifices par le moyen du dessin. Nous restreindrons ici la signification dece mot à l’ensemble d’un édifice considéré sous le rapport de l’art, ou du système de sa composition et de ses ornements.
L 'Architecture, proprement dite, se compose des ordres imaginés par les Grecs, et de ces mêmes ordres et des arcades tels que les Romains les employèrent jusqu’au temps de la translation du siège impérial à Constantinople (an 330 de notre ère).
Comme tous les arts, l'Architecture a progressé graduellement. — Les premiers hommes ont dû construire des cabanes en bois, telles que
nos voyageurs en ont aperçu dans l’intérieur de l’Afrique et du Nouveau Monde. — Des troncs d’arbre soutenaient le toit. — N’est-ce point là l’origine des colonnes de pierre ou de marbre dont on a décoré plus tard la façade des édifices? — Divers auteurs la puisent dans les proportions
du corps humain. — Mais quelle • relation peut-il bien exister véritablement entre une colonne et la structure de l’homme? La tète et les pieds
ont- ils un rapport réel avec le chapiteau et la base ? Les jambes et les autres parties du corps présentent-elles une similitude avec le fût? — Il est plus naturel, selon nous, de penser que les arbres seuls ont inspiré l’ordonnance générale des colonnes. Le tronc, qui va diminuant de bas en haut, a donné l’idée du fût. — A l’extrémité du tronc, à la naissance des branches, on observe une sorte d’enfourchement où restent parfois quelques feuilles : voilà l’idée du chapiteau. — Souvent, au pied des arbres, les racines forment une espèce de bourrelet ou d’empâtement : voilà la représentation des bases. — De même, les entablements tirent leur origine de la construction primitive des planchers et des thits. — Les architraves Représentent les pièces de bois horizontales qui rebaient un pilier à l’autre pour soutenir le plancher. — La frise exprime l’épaisseur du plancher et le bout des solives qui le composaient. — Enfin la corniche représente la saillie donnée à l’extrémité des pièces de bois inclinées qui formaient le toit, pour faciüter l’écoulement des eaux pluviales et protéger le bâtiment.
Il y a certes loin, de ces débuts informes et grossiers, aux splendides monuments que le génie de l’homme a su produire. Les arts commencent par des tentatives obscures et essayées en différents endroits. — Nous ne pouvons, ici, suivre pas à pas la marche progressive de l’Architecture et observer des développements successifs à travers les siècles. Malgré le vif intérêt qu’un très grand nombre de lecteurs prendraient assurément à cette étude, les limites étroites de cet ouvrage ne nous permettent pas de l’entreprendre. Nous nous bornerons à fournir quelques courtes notes qui nous çnt paru indispensables, renvoyant, pour les détails, le lecteur sérieux aux auteurs qut ont approfondi la question.
L’É^ypte est le berceau de l’Architecture. Ses colonnes, ainsi qu’on l’observe dans les ruines de ses plus anciens édifices, furent d’abord trèsmatérielles, et de beaucoup trop grosses pour leur élévation.
Heureux imitateurs des Égyptiens, leurs devanciers, les Grecs firent faire à l’art un pas immense. Entre leurs mains, la colonne adopte une grosseur relative à sa hauteur et au poids qu’elle doit supporter. La proportion se divise en solide, moyenne et délicate. Un genre spécial de colonnes s’applique à chaque manière de proportion. De patientes études, d’heureuses combinaisons modifient peu à peu l’ordonnance de l’Architecture. On découvre des proportions agréables relativement aux caractères de solidité, d’élégance et de légèreté. Le beau est trouvé. A la comparaison d’apprendre comment il produira son effet. Car certaines proportions plaisent généralement, tandis que d’autres choquent les yeux. On compare donc, on observe ; et le l'ésultat de cet examen donne naissance aux premières règles fixes de l’art, aux Ordres.
Les Ordres d’ Architecture sont certaines proportions et certains ornements sur lesquels on règle la colonne et l’entablement.
On a admis, cinq Ordres : le Toscan, le Dorique, Y Ionique, le Corinthien et le Composite.
Les Ordres se différencient et se distinguent par le système des proportions, et par la forme du chapiteau et des ornements particuliers à chacun.
L’Ordre Toscan, appelé aussi quelquefois ordre rustique, est le plus simple et le plus solide des cinq. — On le. nomme ainsi, parce que les premiers temples de cet Ordre furent bâtis en Toscane par d’anciens peuples -de Lydie qui étaient venus s’y établir vers l’an du monde 1479, sous la conduite de Tyrrhénus, fils d’Atys, roi de ce pays.
L’Ordre Dorique a pour caractère spécial une expression de force et de ' solidité. Il se distingue principalement des autres Ordres parles triglyphes qui ornent la frise de son entablement.
Le Dorique, longtemps attribué aux Grecs, . paraît être imité des Égyptiens. Les deux derniers hypogées de Bem-Hassan, qui remonte au IXe Siède avant J.-C., offrent le véritable type du vieux dorique grec.
Le chef-d’œuvre du genre a été le Parthénon d’Athènes, dont on admire encore aujourd’hui les ruines. Ce temple magnifique, dans lequel on voyait la célèbre Minerve de Phidias, fut construit, sous Périclès, par les architectes Ictinus et Callicrate.