‹ Grand Vignole. Cours classique d'architecture, comprenant l'analyse complète des cinq ordres, d'apres Jacques Barozzio de Vignole. Ouvrage divisé en cent planchesChapitre 4 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’Ordre Ionique, plus élégant qu’aucun des autres, s’élève sur vingt-deux modules et neuf parties, et se distingue par les volutes du chapiteau des colonnes. Il est d’invention grecque. Son nom lui vient de l’Ionie, où il fut perfectionné et adopté avant d’être connu des autres peuples de la Grèce.

Le théâtre de Marcellus, à Rome, appartient à l’Ordre Ionique.

L’Ordre Corinthien, qui convient surtout aux temples, présente par sa proportion et sa décoration l’idée de la plus grande richesse. Il se distingue par les feuilles du chapiteau et de sa colonne. 11 a été inventé à Corinthe. Vitruve (1) raconte que le fameux sculpteur et architecte Callimaque imagina le modèle du beau chapiteau corinthien d’après une feuille d’acanthe roulée par accident en volute.

Rome conserve encore plusieurs monuments de cet Ordre : entre autres le Forum ; et surtout le Panthéon, construit après la bataille d Aclium (31 au. J.-C .) dans le Champ de Mars, par Agrippa, gendre d’Auguste, qui le consacra à Jupiter Vindicator et à tous les dieux. Il existe encore aujourd’hui dans son entier, et on en a fait une église sous l’invocation de Sainte-Marie de la Rotonde.

L’Ordre Composite se distingue par les feuilles du Corinthien réunies aux volutes de l’ionique, qui ornent le chapiteau de sa colonne.

La connaissauce des Ordres d’architecture est un trésor précieux pour l’artiste. Elle lui inspire.dans les proportions, l’accord et l’harmonie qui charment les sens. Son inspiration personnelle le guide ensuite dans sa voie. Il modifie à son gré ou supprime même divers détails d’ornements pour arriver à l’expression qu’il a en vue. Bref, tout en respectant les règles fondamentales de l’art, il peut produire des effets multiples et diversifiés d’après les situations de lieux, de dimensions et de territoires.

Ainsi en ont agi les Grecs et les Romains dans les nombreux monuments qu’ils ont successivement élevés.

Si, vers le Ve siècle de notre ère, lors du bouleversement de la civilisation, nous commençons à observer des constructions édifiées un peu en dehors des règles que nous venons d’indiquer, il y a médiocrement lieu de s’en étonner. Le vieux monde romain était alors à l’agonie. -Des nuées de barbares l’étreignaient dans leurs serres. Et, peu à peu, le colosse tomba sous les efforts des envahisseurs. — En plantant sa tente sur le sol dos vaincus, le barbare, adoucissant sa férocité naturelle, adopta une large partie de leurs coutumes, en échange de celles que son voisinage leur imposait. — L’art dut subir les modifications générales amenées ainsi dans la vie commune. Aussi voit-on déjà les belles formes helléniennes s’allier, par des combinaisons fortuites, à la forme lourde et grossière des Goths ; et, dans la succession des époques, prêter tour à tour leurs grâces aux genres divers d’Architecture importés de tous côtés par les conquérants qui s’arrachaient, lambeau par lambeau, les derniers débris de la puissance de Rome et de Constantinople. Ce fut alors, suivant les lieux, le règne de l’Ordre gothique, de l’Ordre mauresque, etc.

Ce fut, d’après ces règles nouvelles, que le sol se couvrit de monuments nombreux. La foi bâtit nos admirables cathédrales ; et l’égoïsme ou la peur construisirent les châteaux forts de la féodalité.

Enfin vint la Renaissance, avec François 1er. — Déjà sous Louis XII, son prédécesseur, l’architecture gothique se mêla avec grâce au style grec, pour enfanter des œuvres admirables, dont les principales sont les châteaux de Gaillon et le Palais de Justice de Rouen, œuvre de Jean Giocondo, architecte de Louis et ami de Georges d’Amboise.

Mais à Louis XIV était réservé l’honneur d’imprimer aux arts un large mouvement en avant. Les artistes étrangers connaissaient, depuis de longues années, le chemin de la cour de France. Il se plut, lui, à en former comme une noble phalange autour de son trône. Noble phalange, en effet, qui comptait des illustrations dans tous les genres, etc. ; et à laquelle appartenaient : Léonard de Vinci, Primaticcio de Bologne, Andrea del Sartm Jules Romain, le Titien, Benvenuto Cellini, Lascaris de Constantinople, les Scaliger, Guillaume Budé, Robert Étienne, etc ; etc. ! Phalange dans laquelle l’Architecture était représentée par les étrangers Serlio, Scamozzi, André Palladio de Vicence (né en 1508, mort en 1580/ et Jacques Barozzio, dit Vignole (né dans le Modénais, en 1507, mort en 1573, qui a écrit, sur l’ Architecture, un ouvrage classique, traduit dans toutes les langues, et généralement adopté dans toutes les écoles) ; et par les Français : Pierre Lescot {né à Paris en 1510, mort en 1571), qui donna les dessins du Louvre et de la Fontaine des Innocents ; et par Philibert Delorme (né à Lyon, mort d Paris, en 1577/, qui travailla aux constructions de Fontainebleau, éleva les châteaux d’Anet et de Meudon, et donna les plans du château des Tuileries !

Mais je me laisse entraîner au delà des bornes que je me suis prescrites. Brisons donc brusquement avec l’histoire de l’art, et revenons à notre sujet.

Notre expérience personnelle nous a démontré l’insuffisance des traités élémentaires actuels d’Architecture.

C’est pour combler cette lacune, c’est pour satisfaire, dans la mesure de nos forces, à un besoin exprimé fréquemment devant nous, que nous offrons au, public et à la jeunesse des écoles un cours entièrement nouveau sur les Ordres, donnant tous les détails relatifs à chacun d’eux.

Notre but étant surtout d’aplanir tous les obstacles, afin d’inspirer un plus sincère et plus fructueux amour de l’art, nous n’avons rien négligé pour réunir, dans ce livre, les notions utiles, et pour les présenter à propos. — Nous supposons l'élèvè à son début. Naturellement les principes

de la géométrie plane lui sont peu familiers ; si, même, il en soupçonne l’existence. Eh bien ! nous allons tout d’abord demander aux éléments

de dessin linéaire la clef qui ouvrira la porte des premières difficultés, sous la forme de définitions et de démonstrations faciles, à toutes les intelligences.

Ce pas une fois franchi, nous abordons bravement l’étude de l’Architecture par l’étude des Ordres.

Pour évaluer les proportions des différents Ordres, nous prenons pour unité, conformément à l’usage général, le demi-diamètre inférieur de la colonne, auquel nous donnons le nom de Module. Nous divisons cette unité en parties égales, appelées Minutes ; qui sont au nombre de douze dans le Toscan et le Dorique, et de dix-huit dans les autres Ordres.

Les planches de l’ouvrage sont disposées de manière à guider sûrement l’élève au fur et à mesure de ses progrès.

Dans chaque planche est intercalé un texte explicatif, qui indique le moyen de la dessiner, et dévoile tous les petits secrets de chaque

exercice..

(1) Marcus Vitruvius Pollio, architecte romain, florissait sous Auguste, et semble avoir vécu très-longtemps. On a de lui ün traité d’architecture très-précieUK, parce qu’il constate l’état où en était l’architecture, à Rome, de son temps. Cet ouvrage, plein d’érudition et de connaissances, a été traduit en plusieurs langues et- est consulté par tous les architectes.

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