QUATRIÈME CONGRÈS
Au quatrième congrès, tenu en juin 1900, le discours d’inauguration fut prononcé par lordSELBORNE, Sous-Secrétaire d’Etat pour les colonies. Il insista particulièrement sur la question de la défense de l’Empire, comme étant la plus importante que le congrès eût à traiter :
Messieurs, dit-il, ceci est une très vieille question sous une forme nouvelle , ... Il y a un siècle et quart, c’est cette question de la défense impériale qui formait le fonds de notre querelle avec nos colonies d ’ Amérique et qui nous les a finalement fait perdre. Aujourd’hui, c’est la même question qui contribue plus que toute autre à rapprocher les différentes portions de l’Empire les unes des autres. Le gouvernement impérial tenta alors d 'imposer aux colonies un mode de contribution ; et les colonies dirent qu’elles n’étaient pas consultées comme elles devaient l’être ni traitées d’une manière constitutionnelle. Aujourd’hui, ce sont les colonies qui viennent de l'avant et qui donnent
au gouvernement impérial le meilleur de leur sang dès que nous en avons besoin .
Ce que les colonies peuvent faire et ce que je suggère aux Chambres du Commerce d 'aider à accomplir dans les diverses parties de l’Empire, c’est que non-seulement les colonies complètent les préparatifs de la défense de leurs côtes et. de leurs territoires respectifs, pour faire face aux cas d’urgence ; mais qu’elles se rendent compte des matériaux qu’elles possèdent et qu’au besoin, elles pourront, si elles le désirent, mettre au service de la mère-patrie .
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La première question soumise au congrès fut celle du Conseil Impérial. Le même M. TONKS, de Birmingham, proposa : ,
Que la sympathie croissante et les sentiments d’union entre l’Angleterre et ses colonies rendent praticable le projet de formation d’un Conseil Consultatif de représentants qui traitent (ta deal with) des affaires coloniales — une résolution à ce sujet ayant été adoptée unanimement au dernier Congrès des Chambres de Commerce de l’Empire; — et que cette question soit soumise au gouvernement de Sa Majesté.
Au cours de ses remarques, M. Touks fit cette observation significative :
Il serait préférable, dans cette question d’un Conseil Impérial, de commencer par la consultation, avec V idée de finir par une fédération ... .Ce grand Conseil se réunirait sur un terrain amical ; et bien que son caractère fut d’abord exclusivement consultatif, il préparerait indubitablement les voies à la fédération tant désirée. Procéder par degrés est probablement la tactique la plus sage .
Cette “sage tactique” ne convenait pas aux coloniaux, impatients de se noyer dans le sein vaste et bienfaisant de l’Empire. M. G. H. DUNN, délégué de la chambre de Cape Town, proposa la résolution suivante :
Que le moment est arrivé où il faudrait faire un effort sérieux pour formuler un projet de fédération impériale par laquelle les colonies autonomes seront représentées dans les conseils de l’Empire ; que, pour arriver à cette fin, toutes les colonies autonomes devraient payer une contribution proportionnelle (À ÊTRE FIXÉE PAR LEURS REPRÉSENTANTS RÉUNIS EN CONFÉRENCE);
— pas même par leurs parlements ! —
Que la représentation dans un conseil fédéral devrait être proportionnée à la contribution respective des divers Etats ;
Que des copies de cette résolution soient envoyées à lord Salisbury et aux premiersministres des colonies autonomes pour être soumises à leur considération.
Il convenait que cette résolution fnt appuyée par un “ loyal ” Canadien. Ce fut à M. Thomas McFARLANE, délégué du Board of Trade d’Ottawa, et de plus, fonctionnaire du gonvernetnent fédéral , que l’honneur fut dévolu. Dans son boniment, cet impérialiste ardent cita le discours de lord Salisbury, au banquet de la Ligue de l’Empire, le 30 avril 1900. C’est dans ce discours que le Premier- Ministre conseillait aux impérialistes de ne pas aller trop vite en besogne (1). M. McFarlane reprocha à Lord Salisbury sa politique de temporisation et conseilla aux autorités britanniques de revenir à la politique centralisatrice et autoritaire de lord Beaeonsfield à l’endroit des colonies.
Le sénateur DRUMMOND, délégué du Board of Trade de Montréal, vint à la rescousse. Il déclara que la proposition de M. Tonks n’allait pas assez loin ; que les coloniaux, les Canadiens en particulier, ne voulaient pas se contenter de mots si vagues que “sympathie croissante” et “sentiment d’union”.
(1) Voir au chapitre II, page LV.
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Je crois, dit-il, que le moment est arrivé où l’Angleterre reconnaîtra qu’elle doit s’ attacher (she must bind) ses colonies comme parties intégrantes de l’Empire ; et que ce qu’on décrit comme un simple “sentiment d’union” né prendra pas racine un seul instant.
Les délégués britanniques eurent toutes les peines du monde à calmer l’ardeur de ces enflammés. Lord AVEBURY, délégué de l’Association des chambres du commerce du Royaume-Uni et représentant de la chambre de Londres, leur fit observer qu’en
. . . .votant pour la première proposition, nous désirons qu’on comprenne’que nous croyons que la résolution de la Chambre de Birmingham nous mène aussi loin que nous sommes prêts à aller. Beaucoup d’entre nous, tout en appuyant ce que la Chambre de Birmingham propose aujourd’hui, croyons que le moment n’est pas éloigné ou nous verrons adopter ce que suggère la Chambre de CapeTown.
On s’entendit enfin pour formuler une nouvelle proposition que M. Tonks substitua à la première. En voici le texte :
Que les sentiments de citoyenneté impériale qui remplissent l’Empire, et l’union déjà accomplie entre la mère-patrie et ses colonies, rendent praticable et désirable la formation, à date prochaine, d’un Conseil Impérial et consultatif de représentants, où la mère-patrie et ses colonies auront une représentation équitable pour traiter (to deal wilh) des questions coloniales et impériales ; et que cette question soit soumise au gouvernement de Sa Majesté.
M. McLEOD, délégué de Frederictou, Canada, appuya cette proposition.
Quelqu’un fit observer que les mots 11 to deal wiih" faisaient du prétendu Conseil consultatif un véritable Exécutif. On substitua les mots ‘ * consider and advise ” à ‘ ‘ to deal with ’ ’ — non sans que le brave délégué canadien protestât : dans son zèle impérialiste, il voulait supprimer d’un trait de plume notre gouvernement fédéral et nos huit gouvernements provinciaux.
La résolution passa d’emblée.
La proposition en faveur de l’union douanière de l’Empire fut faite par M. KEMP, délégué de Toronto, aujourd’hui député à la Chambre des Communes du Canada. La plupart des délégués des Chambres britanniques la combattirent. Les délégués coloniaux invoquèrent en vain le suprême argument qui leur faisait défaut au congrès précédent : je veux dire la contribution des colonies à la guerre sud-africaine. Les Canadiens firent aussi valoir les bonnes dispositions que leur pays avait manifestées en accordant un tarif de faveur aux produits britanniques. Tous ces arguments laissèrent les représentants anglais et écossais absolument froids. M. THOMP¬ SON, délégué de Manchester, parlant des colonies, résuma ainsi sa pensée et celle de ses collègues :
Leur commerce nous est d’une grande valeur ; mais nous prisons leur amitié beaucoup plus que leur commerce. Les événements de l’annéedernière ont convaincu tous les Anglais de l’énorme appui moral et matériel que nos compatriotes des colonies peu-
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vent donner et donnent réellement à la mère-patrie pour la défense de l’Empire. Voici qui vaut beaucoup mieux qu’une simple communauté d’intérêt ; c’est essentiellement une union 'les coeurs.
C’est vraiment attendrissant !
M. ANDERSON, délégué d’Edimbourg, peignit la situation en deux mots et dit nettement aux coloniaux :