QUELQUES VOIX DISSIDENTES
Les expressions d'opinion hostiles au mouvement impérialiste, dans son essence ou dans ses ramifications, sont beaucoup plus rares et moins précises. Citons, toutefois, quelques extraits qui mettront en pleine lumière les sentiments des hommes d'Etat les plus en vue parmi les adversaires de la guerre.
Sir HENRY CAMPBELL BANNERMAN.
Dans un discours prononcé à Manchester, le 1 5 novembre 1899, le leader libéral citait les paroles suivantes attribuées à sir Alfred
Milner, gouverneur de la Colonie du Cap : ‘‘ Je suis bien décidé à écraser la puissance de l’Africanisme—(/#e Dominion of Afrikanderdom) !’’—il ajoutait :
+... La puissance de l’Africanisme est britannique autant que hollandaise ; et tous les efforts d’un véritable homme d’Etat doivent tendre, non pas à Amoindrir ou à détruire cette puissanée, mais au contraire à l’édifier, à la développer, de façon à en faire surgir une nation. S'il faut se mettre À fabriquer des mots barbares, je dirai que si l’Afrique-Sud doit être conservée à 1 "Empire, ce sera l’4frikanderdom qui la sauvera et non le Downing-strectery. Songez un instant à l’admirable exemple que nous donne en ce moment le Canada ; songez à sa fidélité à la mère-patrie, à l’unanimité de sentiments qui y règne; et imaginez ce qui se serait passé il y a quelques années—à une époque où les Canadiens-français étaient peut-être un peu agressifs et nos cousins de la colonie peut être un peu impatients—si, à ce moment, le &ouverneur-général eût proclamé qu’il avait pour mission d’écraser le Canadianisme ! — (E. P. H., Vol. I, page
Sauf que ce dessein n’a pas été ‘‘proclamé’”’, voilà précisément l’œuvre que lord Minto s’efforce d'accomplir en ce moment : et il n’est que trop bien secondé par la faiblesse ou la complicité des chefs des deux partis politiques.
Discours à Rochdale, le 28 septembre 1900 :
Il est un précieux enseignement qui se dégage du grand évènement accompli cette année même (1): c’est que c’est en laissant ces ji épars se gouverner elles-mêmes, en leur donnant l’autonomie, ex nous abstenant de nous immiscer dans leurs affaires, en déférant dans la mesure du possible à leurs vœux et en les encourageant de notre exemple et de nos avis, que nous réussirons à en faire une nation forte et puissante qui contribuera énormement au développement et au maintien de l’Empire. Mais si nous nous écartions de cette voie, si nous assumions des responsabilités pour lesquelles nous ne sommes pas faits ou préts, nous nous imposerions une tâche impossible à accomplir ; et en cherchant à trop faire, nous n’arriverions à rien du tout, — (E. P. H., Vol. II,
page 109).
M. JAMES BRYCE. Discours à Aberdeen le 26 septembre 1900 : |
Il est devenu de mode aujourd’hui de prétendre que le éhristianisme et la moralité n’ont rien à voir dans les relations internationales ; que nous ne devons viser qu’à l'agrandissement territorial et au développement du commerce ; que notre seul guide dait être l'intérêt personnel, et la force notre unique moyen d’action. Encore faut-il que l'intérêt personnel soit bien entendu : ‘En affaires comme en affaires”; et cette guerre est une mauvaise affaire. Bien plus, c’est de l'impérialisme de mauvais aloi. Et pourquoi ? Parcequ’elle nous a rendus un objet de haine dans le monde entier—et Me nation, encore moins une nation impériale, ne saurait se permettre de faire fi de l’opinion du reste du monde—; parcequ’elle a affaibli notre influence sur une partie vitale de l’Empire; et enfin parcequ’elle nous a laissés, au Sud-Africain, dans une situation pire qu'auparavant et en présence d’embarras beaucoup plus graves.—(E. P, H., Vol. II, page 86).
Celui qui, toutefois, s’est prononcé le plus clairement contre l'impérialisme, c'est M. John MORLEY, le plus fidèle
[:] La fédération des colonies australiennes.