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quer l’esprit général de la grande charte. Nous trouvons par exemple qxie les articles relatifs à la propriété et aux dettes sont les plus nombreux; ce qui n’a pas lieu de nous étonner à une époque où la stabilité de la propriété était entourée de faibles garanties contre l’arbitraire des rois et des puissants, à une époque aussi où l’argent était entre les mains des caursins et des juifs. L’art. 46, entre autres , est destiné à protéger les tenanciers inférieurs qui doivent seulement petite sergeantie contre la tendance trop fréquente des rois ou des hauts barons à confondre ce droit féodal avec le service militaire plus pesant et plus rigoureux. Pour les dettes, voyez les art. 10 et -M; et en particulier 12 et 13.
La grande charte parle peu des garanties données aux ecclésiastiques, puisqu’un acte précédent confirmé par le pape s’expliquait formellement à cet égard. De même la charte des forêts, qu’on l’attribue à Jean ou à Henri III, est dans sa spécialité entièrement relative, soit à la liberté individuelle , soit à la propriété. (’Voyez les nouveaux statuts de Henri III , Additam. de Matt. Pâris.) Mais les articles de la grande charte qui traitent du commerce , des marchands et des serfs , sont des preuves remarquables des progrès de la civilisation. Unité de mesure , unité de poids (Art. 43) ; liberté d’aller et de venir ( Art. 52); protection aux marchands indigènes, et même aux marchands étrangers (Art. 50, 51 ), adoucissement du sort des colons et des serfs territoriaux. (Art. .58, 26.)
Cet article 26 a besoin d’explication. « Tenure en villenage (ou vilenie, villenagivm, villagium), est plus proprement quand un villein tient de son seignior à que il est villeine certein terres ou tenementes solon que le custome del manor , ou autrement à la volunt son seignior, et de faire à son seignior villeine service ; come de porter et de carier le fyme le seignor hors des citie ou del manor son seignor jesques à la terre son seignor en gissent ceo sur le terre et hujus modi , etc. » Instit. de Littleton , chap. 2 , §172. Cet hvjus modi comprenait une foule de droits plus ou moins abusifs. La grande charte, éten-
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liant aux vilains une ancienne disposition de la loi normande, qui défendait de saisir pour dettes , chez un homme , les objets sans lesquels il ne pouvait tenir son état , comme les.chevaux d’un comte, ou l’armure d’un chevalier, voulut que dans ce cas le serf conservât semblablement ses bœufs de labour, et ses instruments de travail qui étaient son gagne-pain ou son gagnage. rv annagiutn n’est pas sans analogie avec le pecuUum de l'antiquité.
Toutefois cette protection accordée aux gens de métier et aux serfs ne fut pas durable, et la dureté du joug des seigneurs devait déterminer la formidable insurrection des bondes en 4 581 .
( Voyez M. Aug. Thierry, Conclus. V, page 534, et plus loin,
' pages 549 et suivantes, 3® édit. ) Le même oubli vint frapper souvent les libertés et les garanües générales, telles qqe les gages royaux , le décret d’expulsion des étrangers , etc. ; mais la grande charte n’en eut pas moins des résultats importants.
1 “ Elle fut considérée comme loi fondamentale et générale, puisque les rois étaient astreints à la confirmer fréquemment, et qu’elle était obligatoire pour les vassaux à l’égard de leurs tenanciers. (Art. 66. ) 2« Toute aide, tout escuage, si ce n’est dans le cas des trois aides féodales, ne put être imposé sans le consentement du grand conseil (parlement) ; et Henri III, en accablant ses domaines de tailles, ne prétendit jamais au (ioit de taxation générale. 5° Le vote des subsides fut entièrement réservé au parlement, et cet état de choses, souvent violé, mais légal, amena les statuts d’Oxford, quand Henri III, outre l’abus du nonobstant^ se fut,obéré d’une dette énorme envers la cour romaine. (Matt. Pâris, adann. 1258.)
Aussi voyons-nous, dès la fin du treizième siècle, le jurisconsulte Bracton limiter la prérogative royale, mettant le roi au -dessous de la loi et même au-dessous de sa cour des comtes et ba- ' rons, par cette raison singulière qu’ils sont les associés du roi, et que quiconque a un associé a un maître. Il commente même le texte des Pandectes et la fameuse loi royale, pour y voir ce qui n’y est pas , c’est-à-dire que la simple volonté du prince est
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au-dessous de la volonté de son conseil. Quoi qu’il en soit, la limitation de la prérogative royale et l’introduction des communes dans le parlement sont les deux bases du système constitutionnel en Angleterre.
Note II. Voir les pages 1 12, 176 du volume.
Les deux intercalations que noos rassemblons et traduisons ici sont fournies par le manuscrit de Cotton. On pourrait, il est vi-al, ne les considérer que comme des variantes ; mais, outre qu’elles contiennent plusieurs détails spéciaux et curieux, elles présentent sous un jour nouveau le caractère de Hubert de Bourg, et expliquent à quels services réels le grand justicier dut sa longue faveur. Henri HI fut gouverné toute sa vie, et le jour où Pierre des Roches renversa Hubert de Bourg, Henri IH oublia aussi que Richaixl Maréchal était le fils du vainqueur de Lincoln.
r< Un jour Louis, croyant fléchir la fidélité de Hubert
de Bourg et triompher de sa fermeté par de grandes promesses, lui fit dire qu’il voulait avoir avec lui une conférence pacifique. Hubert y ayant consenti, Louis députa une ambassade qui fut reçue à l’entrée d’une porte dérobée, lieu Convenable pour l’entreMie. Ceux qu’il envoya étaient, outre trois des plus nobles seigneurs français, Guillaume, comte de Salisbury, surnommé Longue-Épée, qui avait auprès de lui et comme otage le frère dudit Hubert, Thomas de Bourg, qui était prisonnier de Louis, étant tombé entre ses mains au château de Norwich^ Hubert, en paraissant à la porte, avait derrière lui cinq arbalétriers, le trait posé sur l’arbalète, afin de ne pas ménager les ennemis dans le cas où il faudrait en venir là. Le comte GuiHaume lui dit ; « Hubert, tu n’ignores pas, je crois, la mort du roi Jeau, « ton ancien seigneur, ni le serment irrévocable que le seigneur « Louis a prononcé en jurant que, quand il aurait pris le châ- « teau d’assaut, il en femit périr par la cch^ toute la garnison.
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« Pourvois donc à ton salut et à ta fortune. Tu ne pourras » tenir longtemps ce château ; car les forces du seigneur Louis « augmentent de jour en jour ; tandis que chaque jour aussi « des attaques suivies de succès font décroîtie évidemment '• celles du seigneur roi. Tu finiras du moins par périr de faim, « si tu ne réfléchis et ne cèdes à mes conseils. Ne vois-tu pas « que tout espoir de secours s’est évanoui pour toi ? Rends donc « le château sans aucun délai fâcheux et sans aucun obstacle '• au seigneur Louis. Tu ne seras pas accusé d’infidélité, puis- « que tu ne peux tenir la place plus longtemps. Tu vois d’ail- " leurs combien s’empressent de venir jurer fidélité à Louis. » Thomas s’adressa ensuite à son frère et lui dit en pleurant : « O » mon frère chéri, aie pitié de toi, de moi et de tous les nôtres, « en cédant à ces conseils. C’est le seul moyen de nous tirer “ tous du péril qui nous menace. >* Le comte insista encore : » Cède, Hubert, à notre conseil ; cède à la volonté du seigneur <> Louis, et il te donnerfi en possession héréditaire les pro- « vinces de Norfolk et de Suffolk, et tu seras le premier parmi '< ses amis et ses conseillers. Sinon Thomas ton frère, que ■■ voici, sera pendu, et bientôt tu souffriras toi-même pareil ■> sort. » Hubert lui répondit : « Comte traître et méchant, « quand bien même le roi Jean, notre seigneur et votre frère, " serait mort, il laisse des héritiers, et entre autres votre neveu « ( Henri ) ; si tous les autres l’abandonnent, devriez-vous l’a- « bandonner vous qui êtes son oncle paternel et qui devriez lui « servir de père ! Que venez- vous me proposer, homme dégé- » néré et criminel ? » Puis, le regardant de travers et haussant la voix avec colère, il s’écria : « Ne prononcez pas une parole ■< de plus; car par la lance de Dieu, si vous ouvrez encore la « bouche, je vous ferai tous percer à coups de traits, sans épar • « gner mon propre frère. >* Le comte et ceux qui l’a\ aient accompagné voyant que leur sort dépendait d’un coup d'œil, parce que les arbalétriers étalent prêts à tirer, se retirèrent aussitôt, s’estimant fort heureux d’avoir échappé vivants et sans blessure. En entendant le rapport des ambassadeurs, Louis
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coDçut un violent dépit ; mais il ne put s'empêcher de donner des louanges à la fermeté de Hubert. »
( Voyez le texte pour la suite des Tails. )
" Lorsque Hugues de Bourg fut averti deTarrivéede cette
flotte formidable, il dit à l’évêque de Winchester, au maréchal et aux autres seigneurs: « Si cette race de malheur entre en Angle* ° terre, sans nul doute, c’est fait de nous. Allons doncintrépi- « dement à leur rencontre : Dieu sera de notre cOté, puisque ce « sont gens exeommuniés. » Ceux-ci lui répondirent : « Nous ne » sommes pas gens de mer, nous autres chevaliers ; nous ne somn mes ni pirates , ni pêcheurs. Va mourir là , si tu veux. » Alors Hubert se retira à l’écart, et ayant mandé Lucas, son chapelain, il se prémunit du saint viatique. Puis, enflammé d’une audace de lion, il s’adressa ainsi à ceux qui étaient sous son commandement spécial et qui gardaient le château de Douvres: « Si je « viens à être pris, laissez-moi pendre, je vous le demande par le « sang du Christ, plutôt que de rendre ce château à aucun Fran- « çais : car c’est la clef de l’Angleterre. » Ceux-ci le lui promirent en pleurant, y engagèrent leur foi et en firent le serment. Hubert, ayant pris avec lui quelques chevaliers d’élite, tels que Henri de Turbeville et Richard Suard avec plusieurs autres , mais en petit nombre , monta sur un excellent vaisseau , et se lit accompagner par quelques habiles marins des cinq ports. Sur sa demande, on lui donna environ seize navires bien équipés , sans compter de petits vaisseaux , dont le nombre pouvait s’élever à vingt. S’étant donc mis en route audacieusement, ils tournèrent le gouvernail en allant au lof ' , comme s’ils se dirigeaient vers Calais. Le moine Eustache , qui commandait la
< Le texte donne : oblîquaiido dracenam t . hof. Nous lisons : in lof. Draceiia est pris souvent d.ms le sens de gouvernail par les chroniqueurs anglais. (Foy. Thomas Otterbourne, pag. 255.| C’est sans doute un reste de l'ancien nom des vaisseaux normands, les dragons. Quant au reste du passage, de l'interprétation duquel nous ne répondons pas, il est curieux de voir ce terme de marine usité dès le commencement du treizième siècle.
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flotte française, s’apercevant de cette manœuvre : « Je sais, s’é- « cria-t-il, que ces misérables veulent aller à Calais, pour y piller « comme des brigands ; mais c’est en vain, on les recevra bien là- « bas. » Mais voici que les Anglais, s’apercevant qu’ils avaient pris le vent, tournèrent brusquement le gouvernail, et ayant en travers un vent favorable, se lancèrent avec vigueur sur les ennemis. Puis , quand ils furent à distance des vaisseaux de leurs adversaires , ils les tirèrent à eux en y jetant des grappins de fer ; et , abordant sur-le-champ , ils coupèrent, avec des haches bien afillées , les cordages et les antennes qui supportent le mât ' , en sorte que les voiles déployées tombèrent sur les Français qui se trouvèrent pris comme des oiseaux sous le filet. Les plus nobles Français furent réservés pour la prison , les autres furent mis en pièces. Eustache avait cherché à se rendre méconnaissable , et s’était caché dans la sentine d’un vaisseau. Les Anglais l’y découvrirent, l’en tirèrent et lui coupèrent la tête. Cet homme était natif de Flandre. Ses frères étant morts sans enfants , il avait rejeté l’habit de moine afin de recueillir leur héritage, et il avait renoncé, comme apostat, à l’ordre dans lequel il était entré ; depuis, il s’était fait pirate et chef de pirates, avait causé bien des dommages , s’était souillé de bien des crimes ; mais enfin celui qui avait pris les autres fut pris*, et recueillit le digne fruit de ses œuvres. Lorsque Hubert, miraculeusement vainqueur , eut débarqué sur le rivage , tous les évêques qui se trouvaient dans le pays marchèrent au devant de lui et de ses compagnons de gloire , accompagnés des chevaliers et du peuple, revêtus de leurs habits sacrés, portant croix et bannières, et chantant en procession les louanges du Seigneur. »
' C’est-à-dire la voile, car l'anteDne est en travers du mât. Aussi proposerions-Qous vélum au lieu de mulum.
’ Picido prœda fuit. Nous n’avons pu recueillir sur ce personniige des renseignements plus circonstanciés que ceux qui sont fournis par Matt. Paris. Nos recherches ne nous ont pas conduit à pouvoir préciser les inolifs qui avaient fait quitter à liustachc le service de l’Angleterre.
fix DE.S NOTIS.