‹ Grande chronique; (volume 2)Chapitre 14 sur 16 · MU · texte numérisé non relu

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et la possession de l'église du témoignage ou du jugement des laïques et des persécuteurs de Téglise. Si au contraire il n'est point fait mention expresse dans la charte de la liberté en discussion, mais que la possession ou l'usage soit notoire, el que le prélat dise que bien que cette liberté n'ait point élé donnée nommément à l'égiise, mais en termes généraux, ou que jadis l'église a eu une charte faisant mention expresse d'une liberté de cette espèce, laquelle charte a été ou perdue ou détruite par la vétusté, ou qu'il allègue que la donation a été faite sans écrit à la mort des anciens rois, que par là l'église a pour elle juste titre, bonne foi, et possession très-longue, et qu'elle s'appuie ainsi sur un droit incontestable; les gens du roi disent que cela ne suffit pas, parce qu'une pareille possession est une usurpation ou une occupation illicite, puisqu'elle est contraire au roi. — Or c'est là une prétention surprenante, qu'une possession très-ancienne et telle que celle-là ne puisse servir aux églises contre le roi, tandis qu'au contraire, dans les choses qui ne peuvent en aucune façon être possédées par le roi, il revendique pour lui un droit contre les églises, à raison de la coutume ou de l'usage ; comme il appert dans toutes les op-, pressions susdites et autres tout à fait semblables, dans lesquelles le sacrilège ou une injustice manifeste l'emporte au lieu de titre, au lieu de bonne foi l'oppression, au lieu de coutume un seul acte ou un abus prolongé, dans le cas où on a attenté à la justice à plusieurs reprises.

oO. Kem, quoique le seigneur roi ait juré à sou couronnemenl de conserver les droits et les libertés donnés aux églises, et qu'il les ait confirmés au commencement de la grande charte , ils sont cependant incessamment attaqués, troublés et mutilés par ses officiers. Il attaque aussi non-seulement les libertés générales, mais même les libertés spéciales, à savoir celles qui ont été donnée par ses prédécesseurs et confirmées par lui, celles même qui sont de date récente, ainsi que les donations qu'il a données luimême, et les autres qu'il devrait protéger etgarantir; il souffre qu'on les attaque, et défend les perturbateurs, comme il appert dans l'affaire de Bothon (sic) et dans les autres cas que nous taisons pour le moment, espérant qu'il fera corriger chaque injustice, au fur et à mesure que chacun se plaindra.

Année \2iyf. — Voir la page 315 du volnme.

Lettre adressée par le nouveau roi des Romalns Richard, a sois principal sénéchal en Angleterre. —

« Salut et tout bien. Nous donnons volontiers

connaissance à la prévoyance de votre cœur * des événements désirables et glorieux qui nous sont heureusement arrivés, pensant bien qu'alors les sujets d'une joie pareille seront doublés en vous, prin-

* Ad vestrorum speculum corda : nous lisons et traduisons ad veS' trorww speculam cordium.

cipalement quand nous faisons parvenir l'allégresse (Je notre joie à vos oreilles qui, d'après la pureté de votre foi et le zèle de votre affection intime, s'intéressent, nous en sommes sûr, à tout ce qui nous touche. Mais sans nul doute un seul regret se joint à nos sentiments de plaisir; c'est que nous serions plutôt charmé de nous entretenir personnellement avec vous de cela et de plusieurs autres choses réjouissantes, que de vous les annoncer par le ministère et rinterprétation de l'écriture. Or, pour que vous obteniez connaissance pleine et certaine de toutes nos démarches, et de tous les événements qui nous sont arrivés depuis que nous vous avons quitté, nous avons jugé à propos de vous adresser la présente lettre qui contient le récit des susdits événements. Nous vous annonçons donc, pour vous faire plaisir, qu'après que nous nous fûmes embarqué avec toute notre compagnie à Yarmouth, le plus prochain jour de dimanche après la fête du bienheureux Marc, évangéliste, nous parvînmes, le prochain jour de mardi suivant, à savoir le jour des apôtres Philippe et Jacques, à Dordrech \ ville située au milieu du comté de Hollande, sans que nos biens ni ceux des nôtres, et sans que les personnes et les choses de toute notre famille, et même de notre compagnie, aient éprouvé le moindre dommage par la grâce de Dieu. Après avoir séjourné deux jours à Dordrech , pour nous y reposer de nos fatigues, nous en partîmes le troisième

* Dans h texte ; Burdrech.

jour; nous traversâmes, sans nous arrêter, le comté de Hollande et le comté de Gueldres ; enfin nous parvînmes à Aix-la-Chapelle, le vendredi avant la fête de Tascension du Seigneur. A notre entrée dans ladite ville, les hommes les plus importants et les plus honorables, les clercs et les laïques, les nobles, les chevaliers et tous les autres citoyens de la même cité , vinrent à notre rencontre ; et ils nous reçurent magnifiquement et honorifiquement, avec grande allégresse et jubilation, et tous les signes de la joie et de la gaieté, sans obstacle ni difficulté d'aucun genre. Or, nous ne croyons pas ( c'est du moins le bruit vulgaire dans ce pays, et ce qu'atteste hautement la renommée commune ) , que depuis deux cents ans et en deçà aucun empereur ou roi des Romains, dans les premiers temps de sa dignité, soit entré dans ladite ville sans trouver l'obstacle de quelque grave résistance ou contradiction. Comme, après notre entrée dans ladite ville , il fallait que nous y fissions un séjour plus prolongé, voici que des nouvelles fort agréables à nos désirs nous furent joyeusement apportées. Elles annonçaient que l'archevêque de Trêves, cet ennemi de notre élévation, qui, avec une très-grande multitude d'hommes d'armes, avait environné, au détriment de notre nom et de notre honneur, notre château et palais de Boppart\ et avait

Bapardiense. Nous n'hésitons pas à lire BopardiensCf comme le prouvent une foule de chartes rapportées par Pertz. Celte petite ville, située sur le Rhin, près de Cohlentz et de Nassau, était autrefois impériale. Elle fut unie à Télectorat de Trêves en 1494. {Dici. de Vosgien, )

préparé beaucoup de machines pour assiéger cette place, avait été attaqué par le vénérable archevêque deMayence, notre cher prince, qui, par respect pour notre nom, et avec l'assistance d'une grande troupe de guerriers composée de nos féaux, avait marché à la délivrance dudit château, et au secours des assiégés ; que le mercredi après la fête de saint Jean portelatine, un combat sanglant s'était engagé avec le même archevêque de Trêves , et que ce dernier, après avoir vu beaucoup des siens massacrés, et plusieurs de ses chevaliers et autres complices faits prisonniers à la suite de la bataille, avait évité, en recourant à une fuite ignominieuse, le supplice de mort ou le détriment dangereux d'une captivité. C'est pourquoi, quand notre dit château eut été ainsi heureusement délivré des vexations des assiégeants et des attaques des assaillants par le secours du susdit archevêque de Mayence et de nos autres féaux, et qu'il eut été abondamment pourvu de provisions de bouche et des autres choses nécessaires, ainsi que de vaillants défenseurs, le même archevêque de Mayence vint en notre présence à Aix-la-Chapelle, où, le jour de la fête de l'ascension du Seigneur, lui et l'archevêque de Cologne étant présents, ainsi qu'une foule d'évêques, de ducs, de comtes, de barons, de marquis, de nobles de notre royaume et de nos féaux, nous reçûmes avec la solennité qui convenait, assis sur le siège de Charlemagne, le sceptre et la couronne du sacré royaume romain, au nom de celui qui renverse les superbes et qui place les humbles au plus

haut degré : notre très-chère épouse fut semblablenieiit couronnée avec nous le même jour, solennellement comme il convenait. Enfin, quand l'office de notre couronnement eut été célébré avec grande solennité et joie, et que nous eûmes tenu conseil avec nos chers princes et nos autres féaux sur ce que nous devions faire, il a paru à nous et à eux qu'il convenait surtout au succès de notre exaltation de nous appliquer sur-le-champ, sans délai fâcheux, -à Thumiliation de nos rebelles, et ensuite de tourner tous nos efforts pour briser les cornes de l'orgueilleux archevêque de Trêves, afin que de même qu'il s'était montré tout d'abord dans nos affaires, non pas tant juste et raisonnable que perturbateur violent, de même il éprouvât et apprît tontd'abord ce que et combien notre main pouvait et valait contre lui. Outre cela, nous voulons que vous soyez surtout informé que, grâce au secours de nos féaux et de nos fauteurs, nous sommes assuré d'avoir une si grande puissance en Allemagne, que tant qu'ils persévéreront dans ce zèle pour notre fidélité, le pouvoir d'aucun être vivant ne sera redoutable pour nous. Donné, etc.

« Sachez aussi que trois mille chevaliers ont assisté à notre fête\ et que nous nous sommes trouvé à la ville d'Aix-la-Chapelle', pendant huit jours avant la

* C'est-à-dire au repas et aux rejouissances qui suivirent le couronne ment.

'^ Alquensem. On trouve fréquemment dans les charics À(iuensis ; ce qui se rapprochç du mot allemand Aachen.

susdite fête ; que nous avons célébré notre fête le jour de l'Ascension, et le lendemain la fête du seigneur Henri, notre fils, à cause de sa nouvelle promotion en chevalerie, selon la coutume de [notre] patrie; laquelle fêle a été célébrée de la bonne manière, et avec une heureuse tranquillité, sans aucun trouble ou aucune dispute excitée par personne. Sachez qu'à la Pentecôte nous nous transporterons à Cologne, et que de là nous partirons avec notre armée pour aller combattre l'archevêque de Trêves. Sachez qu'à notre fête susdite ont été présents trente seigneurs tant ducs que comtes, deux archevêques et dix évêques.

« Ainsi donc se trouve justifié d'une manière éclatante le pronostic de l'empereur Frédéric, selon qu'il est écrit dans le billet ci-joint*. »

Année 4257. — Voir la page 334 du volume.

Nouveaux DÉTAILS sur les Tartares^. — Lettre d'un évêque hongrois à l'évêfjue de Paris. — « Quant à ce qui concerne les Tartares, je vous écris en réponse qu'ils sont venus sur les confins de la Hongrie, à une dis-

* C'est du moins le sens que je donne à ces mots schedulâ insiia. Mais la lettre de Richard se termine ici. C'étaient probablement quelques vers, en forme de prophétie, attribués à l'empereur Frédéric Barberousse, le héros poétique de l'Allemagne au moyen Age.

2 Tous ces documents, rassemblés sans doute à une époque postérieure par Matt. Paris, portent la date de 1242,

tance de cinq journées de marche, et qu'ils sont arrivés à un cours d'eau qu'on appelle laTbeiss \ qu'ils ne pouvaient traverser en été. Or, voulant attendre riiiver, ils firent prendre les devants à quelques éclaireurs qu'ils envoyèrent en Russie. Deux de ces éclaireurs furent arrêtés et envoyés au seigneur roi de Hongrie. Ils furent confiés à ma garde, et c'est d'eux que j'ai appris les choses nouvelles que je vous mande. Je leur demandai où était leur pays; ils me dirent qu'il était au delà de certaines montagnes et s'étendait le long d'un fleuve qui est appelé Egog ; et je crois que ce peuple est Gog et Magog. Je les interrogeai sur leur foi ; et, pour le dire en un mot, ils ne croient à rien. Ils commencèrent par me dire qu'ils étaient sortis de leur pays pour conquérir le monde. Ils se servent des lettres juives, parce qu'ils n'avaient pas précédemment de lettres qui leur fussent propres. Je leur demandai quels étaient ceux qui leur enseignaient ces lettres. Ils me dirent que c'étaient des hommes pales, qui jeûnaient beaucoup, portaient des habits longs, et ne faisaient de mal à personne ; et comme ils me rapportèrent sur ces hommes beaucoup de circonstances qui s'accordaient avec les superstitions des Pharisiens et des Saducéens, je crois que ces hommes sont des Saducéens ou des Pharisiens. Je leur demandai s'ils faisaient un choix dans leurs aliments; ils me dirent que non :

* Deiphnir : plus haut Delpheos. ( Voir la page ^73 d» cinquième volume.)

j|74 ADDITIONS.

car ils mangent des grenouilles, des chiens, des serpents, et toutes choses indifféremment. Je leur demandai comment ils étaient sortis de ces montagnes au delà desquelles ils habitaient ; ils me dirent que leur multitude occupait, en longueur et en largeur, un espace de vingt journées de marche ; que douze mille hommes sont toujours à cheval pour garder Tarmée.Ils ont des chevaux bons, mais stupides : car plusieurs chevaux les suivent sans être conduits, en sorte que si l'un d'eux est à cheval, vingt ou trente chevaux le suivent. Us ont des cuirasses en cuir, qui sont plus fortes que si elles étaient en fer, et ce qui couvre leurs chevaux est semblablement en cuir. A pied, ils ne peuvent rien.parce qu'ils ont les jambes courtes et le corps long; ils sont meilleurs tireurs de flèches que les Hongrois et les Comans, et ont des membres plus robustes. De quelque façon qu'ils pénètrent dans un pays, ils en massacrent les habitants, à l'exception des petits enfants, que Zingiton \ qui est leur seigneur, et dont le nom signifie roi des rois, marque de son signe ^ en les brûlant à la face. Zingiton a quarante-deux conseillers à qui il confie son sceau. Personne, dans^toute l'armée, n'ose faire entendre^ des éclats de voix; personne n'ose demander : Où va notre seigneur et que se propose-t-il défaire? Ils boivent le lait de leurs

* GengiS'Kan : son nom lui avait survécu. Il était mort en 1327. ^ Lignum : évidemn^eut sig mmi .

^ Nisi : évidemment niti.

juments, et s'enivrent beaucoup '. Nous ne pouvons apprendre sur eux rien de nouveau qui soit certain, parce qu'ils sont précédés par une certaine nation qu'on appelle les Mordans et qui massacre tous les liommes sans distinction. Aucun de ces Mordans ne veut chausser ses pieds avant d'avoir tué un homme; je crois que c'est par eux qu'ont été tués les frères Prêcheurs et Mineurs, et les autres députés que le roi de Hongrie avait envoyés pour les examiner. Sans aucun doute ils ont dévasté et détruit toutes les terres qu'ils ont trouvées jusqu'à la rivière plus haut dite. »

Autre lettre. — « A Jean 2, par la grâce de Dieu, duc de Brabant et de Boulogne^, homme illustre, glorieux etélevé, qui est doué* d'une bonté merveilleuse et que la Providence a rappelé à la santé, Henri ^, par la grâce de Dieu, landgrave^ de Thuringe et de Saxe, comte palatin, salut et puisse-t-il éviter les pé-

* Ce n'était pas sans doute avec le lait aigre de leurs cavales. Cette assertion paraît peu conciliable avec ce que nous savons de la sobriété des Tartares, d'après le récit des voyageurs contemporains de saint Louis. ( Voy. M. LiBRi, Hist, des mathématiques, tom. 11, pag. ^39, 440.)

' Le texte donne l'initiale I. Le vrai duc de Lothier et Brabant de 4253 à 1248 fut Henri II, dit le Magnanime. (Tahl. génèal. de KocH.) La lettre majuscule I est peut-être un H renversé.

3 Boloniœ : n'est-ce pas Lovaniœ, Louvain ?

* Prœdicto ; nous lisons prœdito.

^ Le texte donne l'initiale N j peut-être H. Quoi qu'il en soit, le landgrave de Thuringe, assez puissant pour devenir le compétiteur de Frédéric II, s'appelait Henri Raspon, comme nous l'avons souvent rappelé.

* Langon évidemment landgravius.

ri!s qui menacent la religion chrétienne. Écoutez vous tous, îles et peuples qui faites profession de la religion chrétienne, et qui adorez la croix du Seigneur; soyez couchés sur la cendre et couverts de cilices ; lamentez-vous dans le jeune, les gémissements et la désolation; versez des larmes en trèsgrande quantité, puisque le jour du Seigneur, grand et douloureusement amer, vient et est venu récemment, et qu'une persécution inouïe contre la croix du Christ est accourue de l'aquilon et de la mer. C'est avec la perturbation dans Tâme et l'affliction dans le cœur, avec un visage plein de larmes et de profonds soupirs, qui nous laissent à peine respirer par intervalle, que nous vous faisons savoir, comme nous pouvons, ce qui suit. Desnations innombrables, odieuses pour les autres hommes et d'une méchanceté eflVénée, écrasant la* terre en frémissant, ont détruit absolument toutes les contrées depuis Forient jusqu'aux limites de notre seigneurie. Ils ont renversé les cités, les chateaux et même les bourgades, tuant non-seulement les chrétiens, mais encore les païens et les Juifs sans épargner personne, donnant indifféremment la mort à tous sans miséricorde, à l'exception seulement des petits enfants que le roi de ces peuples, appelé Zingiton, marque au front de son signe. Non-seulement ils mangent les hommes, mais encore les dévorent : ils mangent aussi des grenouilles, des serpents, et, pour le dire en un mot, ils ne font aucun choix dans leurs aliments. De même que tous les animaux fuient devant la face

du lion, de même tous les peuples chrétiens prennent la fuite devant la face de cette nation. En effet, lesComans, qui sont des hommes belliqueux, n^ont pu soutenir la guerre contre eux dans leur pays. Vingt mille de ces Comans sont venus chercher un asile auprès des chrétiens, et ont conclu une alliance avec les chrétiens, et ils sont prêts à combattre contre toute nation, excepté contre la nation susdite. Qu'y a-t-il là d'étonnant? Ces barbares ont un aspect terrible, un visage furieux, des yeux irrités, des mains rapaces, des dents sanglantes. Leur bouche est ouverte en tout temps pour manger la chair des hommes et pour boire le sang humain. Leur multitude est si grande, que leur armée occupe en longueur un espace de vingt journées de marche et de quinze en largeur. Enfin, pour dire beaucoup de choses eu peu de mots, ces peuples susdits, appelés Tartares, ont détruit complètement toute la Russie, et la Pologne jusqu'aux limites du royaume de Bohème, et la moitié du royaume de Hongrie, sont entrés comme subitement dans les cités, et ont pendu les principaux seigneurs au milieu de leur ville. Aussi croyonsnous que cette race est le glaive de la fureur du Seigneur, irrité à cause des péchés du peuple chrétien, au témoignage du bienheureux Methodius^,

* Deux Grecs, Methodius de Thessalonique et son compagnon Cyrille, sont regardés comme les apôtres des peuples slaves. Methodius, devenu évéque de Moravie, donna, dit-on, le baptême vers l'an 894 à Borsiwof, duc des Bohémiens. Il porta aussi ses prédications chez les Poléuiens ou Polonais ; mais le christianisme ne s'établit dans ce dernier pays S0U9 une forme rigoureuse qu'au temps de saint Adalbert,

qui appeUe cesTarlares des ismaélites, des onagres, des ânes sauva^jes, etc. Pour nous, confiant dans la bonté et la miséricorde du juge suprême , nous avons prié humblement les pieux frères Prêcheurs et Mineurs de prêcher au peuple entier, qui reconnaît la domination du Christ, croisade, oraisons, afflictions et jeûnes; car nous avons Tintention d'habiter dans le royaume céleste , et de saisir les armes et le bouclier. Nous aimons mieux mourir en combattant, que de voir les maux de noire nation et des saints. Si notre bouclier qui recevra les premiers javelots est fracassé, si nos demeures sont brûlées et notre terre dévastée, les demeures voisines et les provinces voisines auront le même sort à redouter. Portezvous bien. J'ai appris de frère Robert de Thèles que, sans aucun doute, lesTartares ont détruit sept couvents occupés par ses frères en religion. »

Autre lettre, — « Aux très-chers fidèles du Christ, tous tant qu'ils sont, à qui le présent écrit parviendra, frère Jourdain, de l'ordre des frères Mineurs, vicaire de la province de Pologne, et le couvent de Pinsk \

évêque de Prague et de Gnezne ( 993 ). Mctliodius n'obtint pas une moins grande réputation chez les Bulgares ( on connaît l'histoire du tableau du Jugement dernier ] et chez les Russes, qui lui attribuèrent l'introduction des caractères slaves et la première traduction de la hïble dans leur langue. ( Voy. KoCH, pag. 134, d'après Gosmas Pragensis et Antonius Pagi. — M. Des Michels, Hist, du moyen âge^ et la Biographie universelle. )

* Pringensis : plus h&sPyngensis. Pinsk, ancienne ville deLithuanie; peut-être Pragensis ( Prague ). La dernière lettre surtout semble écrite par le gardien du couvent de Prague.

ainsi que toute la communauté, salut. ~- Comme les péchés des hommes ont pris dans le monde des accroissements lamentables, une tribulation soudaine, depuis longtemps prévue et prédite, est enfin venue nous assiéger , comme si Dieu lui avait donné des ailes; les frères Prêcheurs et les nôtres, ainsi que les autres fidèles, ont été chassés par la nation des Tartares sortie du Tartare, et coupable d'énormités qui sont conformes à ce qu'avait jadis annoncé sur eux le témoignage de TEcriture; beaucoup de nations inconnues ont été détruites; la Russie, qui nous est connue, a été aussi exterminée avec les sept ducs qui la gouvernent, à ce qu'on dit; et maintenant, ô douleur, ces Tartares, envahissant les limites de Tégiise, et traversant très-rapidement les fleuves les plus larges * et les forêts les plus épaisses, ont occupé en grande partie, d'une manière incroyable, le trèspuissant royaume de Hongrie. Nous ne pouvons, à cause de la distance, avoir des détails complets et certains sur cet événement; mais nous raconterons avec plus de certitude les choses qui se sont passées dans notre province. Déjà presque toute la Pologne

* « Ces peuples sont accoutumes à traverser les plus grandes rivières sur des cuirs ronds et légers dans lesquels ils enveloppent leurs bagages. Ils en forment une espèce de ballon sur lequel ils s'asseoient et ils l'attachent à la queue d'un cheval qui est conduit par un homme qui nage. »( iVote de DeguigjNES, Hist. des Huns^ torn, m, pag. 100. ) On a pu voir qu'en général les détails fournis par Matt. Paris sur les Tartares ne s'éloignent pas de ceux qu'a recueillis Deguignes, d'après Plan Garpin, Haiton, Rnbruquis et Marco Polo. (Pag, 3 et suivantes du même volume. )

a été cruellement dévastée par ces mêmes nations barbares, qui, sans faire distinction de Tâge, de la condition et du sexe, passent tous les bommes au fil de Tépée, et qui, profanant les lieux consacrés à Dieu, se trouvent déjà aux portes de TAllemagne et de la Bohême, pour nous en faire autant à nous et aux autres chrétiens, à moins que Dieu ne les arrête; et cela surtout quand la chrétienté, se déchirant en elle-même par des guerres intestines et par des schismes, paraît ne s'occuper nullement, comme il le faudrait, de la nécessité commune et de la paix générale. Fort inquiets de tant de périls, nous sollicitons seulement le suffrage de vos prières, et nous exhortons à cela tous les fidèles , par des avertissements salutaires. Sachez aussi que déjà cinq couvents de Prêcheurs et deux gardes * de nos frères sont complètement détruits. Les ennemis, qui possèdent au nord un plus grand espace de terre que n'en contiennent la Toscane et la Lombardie ", sont partout déchaînés. Trois gardiens ont survécu ; une seule garde ou plutôt près de deux ont échappé.

* Nous pensons que cusiodia est pris dans son sens féodal ordinaire : juridiction et étendue de terre occupée par tous ceux qui fournissent prestations à un seigneur pour en obtenir protection. Ici le seigneur qui protège, c'est la communauté monastique, force intelligente et civilisatrice, qui défend son œuvre contre la barbarie. Le terme de garde, appliqué à des pays nouvellement convertis, indique, à notre avis, une circonscription à la fois religieuse et politique.

' Si, malgré les deux points, on fait rapporter habentes a custodiœ, le sens est plus naturel. Autrement frère Jourdain ignore la puissance réelle des Tartares.

Le roi de Bohême est sorti de la troisième [garde?] qui est située, dit-on , en Bohême , pour aller à la rencontre des Tartares, avec une multitude innombrable de troupes ; mais c'est de Dieu que dépend la victoire. Donné" à Pinsk, Tan du Seigneur douze cent quarante-deux, le 4 avant les ides d'avril. »

Autre lettre. — «Aux religieux hommes et aux fidèle s delà sainte mère l'église universella, qui verront ou entendront le présent écrit, Frédéric (?), parla grâce de Dieu, humble abbé de Sainte-Marie et tout le couvent du même lieu, de Tordre de saint Benoît, demeurant en Hongrie , consolation du Paraclet, avec le salut que saint Benoît a mérité, ainsi que la gloire éternelle. Nous recommandons à votre charité les porteurs des présentes, frères Benoît et Jean , prêtres, moines de notre maison, que du cloître de Sainte- Marie , en Russie, nous faisons passer en Irlande, pour y demeurer; et nous sommes forcés de faire cela, ô douleur! par l'arrivée inopinée des Tartares, qui sont appelés Ismaélites. Hélas! la mère église gémit et se lamente sur ses fils , serviteurs de Dieu , qui sont dispersés dans les diverses contrées du monde, à cause de ces Tartares qui , survenant tout à coup, sont entrés puissamment par les frontières de l'Orient et ont massacré la plus grande partie des hommes qui habitaient de ce côté. De plus, ils ont dévasté totalement les biens de notre église et les revenus qui servaient à l'entretien des frères , et vni. 51

l'on dit que quarante-deux ans ' se sont écoulés depuis qu'ils sont sortis des montagnes, dans lesquelles ils étaient tenus enfermés. S'avançant de ces lieux maudits, à ce que nous croyons, en dévastant, comme des bétes féroces, les provinces d'Asie, ils ont égorgé inhumainement quatre rois , ainsi que les principaux hommes de la même terre; ils ont fait périr aussi le roi de Cappadoce, qui était très-puissant, le roi de Perse avec ses tributaires (?), et semblablement vingt-cinq dues très-puissants en Russie, et ils ont tué en un seul jour^ comme en un moment, le duc de Pologne Henri \ de pieuse mémoire, avec quarante mille hommes. En outre , ils ont mis en fuite le magnifique roi de Hongrie , nommé Béla , trois archevêques, quatre suffragants et soixantecinq mille hommes. Dans cette même guerre , ils ont blessé mortellement le roi des Coloraans % frère

* Cette assertion n'a point d'importance pour nous ; et les contemporains, dans l'ignorance des faits réels, font commencer l'invasion des Tartares avec le siècle. Nous n'avons pas besoin de rappeler que ce ne fut qu'en 1206 que Gengis s'érigea en conquérant universel.

"Le tixte veut sans doute parler de la bataille de Liegnitz. : ce qui nous détermine à traduire ainsi l'indication durem ff. Polemife. En effet, Henri le Barbu, duc de Silésie et de Breslau, tué à Liegnitz, avait retenu le titre de duc de Pologne après la mort de Lezko le Blanc, malgré les prétentions contraires de Conrad, duc de Masovie. 11 fut père de Boleslas V, dit le Cbaste. ( Voi). PuFFEîVDORF, Introd. à VHist. de l univ , liv. IV, cbap, iii,pag. 526, 327. ) Koch, au Tabl. généalog., semble donner Boleslas pour fils de Lezko, et placer son avènement à l'année 1 S 2T.

s C'est-à-dire Coloma»», roi de Halitseh et de Wolodimir, qui était en effet frère puîné de Bêla IV. il avait été couronné eu cette qualité dans

\in)irioNS. -ÎS.3

du susdit roi, en sorle qu'il est mort au bout de peu de temps. Ensuite, ils se sont mis en marche vers les confins du noble duché d'Autriche, de la Slyrie, de la marche Trévisane, de la Moravie et de la Bohême. Ils ont traversé le Danube sur la glace, le jour de Noël , sont arrivés en grandes forces de Tau Ire côté du fleuve, et ont dévasté les terres des susdits princes, exterminant toutes choses à Tentour , avec une odieuse férocité, n'épargnant aucun sexe, et commettant impudemment des choses qu'on ne peut répéter. Ils couchent avec leurs femmes dans les églises et changent, ô douleur! les autres lieux consacrés à Dieu en étables pour leurs bétes de somme. Enfin leur insolence, par la permission de Dieu irrité, inspire un effroi si universel, que les prélats, à savoir les archevêques, les évêques et les abbés , ainsi que les seigneurs et une multitude innombrable d'hommes, s'enfuient devant les chefs de ces barbares effrénés, n'attendant plus rien autre chose que la mort , et que mourant lamentablement, ils deviennent martyrs pour le nom du Christ , et sont associés, à ce que nous croyons, dans la béatitude éternelle, aux moines, aux religieuses, et aux Prêcheurs qui ont été tués. Aussi nous implorons humblement votre charité , afin que vous ouvriez le sein de la miséricorde à ceux qui se réfugieront vers vous. Donné à Vienne, Tan de grâce ^242, la veille des noues de janvier. »

TanDée 1214, comme suzerain des princes russes soumis à la Hongrie { loi/. Kocif , |)a{;. .108, noie 5 et les autorités quMI cite. )

484 ADDiriO^S.

Vers ce même temps aussi, à cause des terriblfs rumeurs de cette espèce, on récitait de tous côtés ces vers qui anuonçaient l'arrivée de rAntéclirist :

Quand raille deux cent cinquante années se seront écoulées, après Tenfantement de l'auguste Vierge,*alors naîtra l'Antéchrist plein [du souffle} du démon.

Autre lettre. — «A tous les frères tantqu'ilssont, frère Richard, de Tordre des Prêcheurs, et Jean, de Tordre des frères Mineurs , salut. Vous avez appris de diverses personnes diverses rumeurs sur les Tartares maudits. Or, sachez que ce que nous vous écrivons est très-vrai : plut à Dieu que ce fût fausseté ! Les Tartares sont gens robustes, guerriers, puissants en nombre et assez bien armés : ils ont dévasté une vaste étendue de terrain. Sachez qu'entre autres la Russie a été dévastée en grande partie; la ville de Kiow * et le château qui se trouvait auprès ont été détruits, après la mort de beaucoup d hommes. Des fugitifs de cette ville, qui ont cherché principalement un asile en Saxe, nous ont raconté que les Tartares ont assailli cette cité et les fortifications avec trente-deux machines, ils ont fait la guerre aux Uussiens pendant vingt ans. Or, cette année-ci, ils sont venus, avant Pâques, en Pologne, et se sont emparés de villes fort importantes, après avoir tué une foule d'hommes. Henri, duc de Pologne, ayant marché à leur rencontre avec son armée, ils Tout tué, à ce qu'on pré-

* liioiut : nous lisons KioK i.

ADDITIO^S. 483

leud , avec environ dix mille des siens. S'avançani à travers la Pologne , ils ont atteint les contins de l'Allemagne; ensuite , tournant vers la Moravie, ils ont dévasté celte belle province. D'autres Tarlares sont allés au-devant d'une armée qui venait à leur rencontre à travers la Hon^jrie, sont restés vainqueurs, et possèdent maintenant, à ce qu'on assure, la meilleure partie de la Hongrie, dont ils ont chassé le roi. Nous avons appris dernièrement que, de nouveau, six armées de Tarlares se sont rassemblées, et dans I intention, à ce qu'on croit, d'entrer puissamment en Allemagne, dont ils savent que les habitants sont belliqueux. C'est pourquoi l'Allemagne tout entière se prépareau combat en prenant la croix; on s'efforce de fortifier les villes ainsi que les châteaux. Il est donc grandement nécessaire de prier instamment pour la conservation de l'église. En effet, si les Allemands sont vaincus, ce qu'à Dieu ne plaise, nous ne croyons pas qu'aucun chrétien puisse résister aux Tartares. Or, le roi des Allemands ^ et le iils de l'empereur se proposent de partir à la fête de saint Jacques, maintenant prochaine, pour les combattre avec une très-nombreuse chevalerie. Quoique les Tartares passent pour fort nombreux par eux-mêmes,

4 II est difficile d'expliquer cette iodicalion si l^on s^en tieut au te&te; car il ne peut être question de Frédéric II, qui, ne pouvant alors quitter l'Italie, envoya son fils naturel Enzio avec un corps de troupes pour soutenir les efforts qu'allait tenter Conrad. Nous pensons qu'il faudrait lire simplement : rex Teuionicorum ( c'est-à-dire Uomanorum) eA filiu& imperatoris proponil ^ vn rapportant la phrase à Conrad seul.

il y a encore daus leur année de détestables chrétiens et des Comans, que nousappelonsWalden' en allemand. Or, les seigneurs allemands s'étaient rassemblésdans la cité de Mersbourg. Là, ils avaient appris que le roi de Hongrie avait écrit au roi de Bohême qu'ayant rassemblé ses forces et ayant réuni une très-grande armée , il voulait marcher contre les Tartares. Mais il n'a point osé le faire, à cause delà terreur qu'inspirent les Tartares, et cependant il a dit qu'il avait l'intention de se retirer en quelque Heu fortifié près de la mer. Portez-vous bien. »

Autre lettre. — « A tous ceux qui les présentes lettres verront, frère George (?), gardien indigne à Cologne, salut. Que votre charité sache que j'ai reçu des lettres adressées par nos frères au duc de Brabant , sous cette forme: « A l'illustre prince le seigneur Henri, duc de Brabant, frère Jourdain, vice-ministre des frères Mineurs du royaume de Bohême et de Pologne, et frère Adam (?), surveillant de Pinsk et gardien du même lieu, ainsi que le couvent, oraisons humbles et dévouées. Comme la magnifique élévation de votre générosité ne dédaigne pas de s'intéresser par

* Nous ne savons si walden est plus allemand que valvem,, que donne le texte. Mais Tintention de la phrase est certainement iajurieuse. Or, nous trouvons le terme gualâana ou waldana usité pour désigner une troupe d^hommes indisciplinés et féroces, quelque chose d'analogue au mot français ribands. ( MuRATORi, Aniiq. ital., torn. ji,col. 550. ) Sans prétendre soutenir cette hypothèse, nous la croyons plus naturelle que celle qui pourrait établir un rapport d'étymologie entre vulvem. et Vdlttfjues ; de même nous pensons que le mot mnrdani. mordans^ qui

SU propre bienvdllance à tout ce qui peut être agréable à notre ordre, vous en agréez [l'heureux] effet par affection. C'est pourquoi donc, sentant que vous avez le zèle de Dieu et de la chose publique , nous avons jugé à propos de faire savoir, par les présentes , à votre sérénité comment certains barbares, que nous appelons vulgairement Tartares, font, sans crainte, des incursions de touscôtés, à cause de la désunion et de l'incurie des princes et des prélats, et ont anéanti à la pointe del'épée beaucoup de peuples chrétiens , le très-puissant royaume de Hongrie et cinq duchés de Pologne. Or, après avoir chassé le roi de ladite Hongrie, et avoir tué, avec une foule de soldats, le principal duc de Pologne, qu'ils avaient surpris à Fimproviste, ils ont commis d'affreux massacres non - seulement dans les susdites terres, mais encore dans les marches, principalement celles qui dépendent du royaume de Bohême. Dans toutes leurs victoires , ils l'emportent plutôt par la ruse que par la vaillance. En effet, quand ils éprouvent une longue résistance de la part de leurs ennemis, souvent, ou plutôt toujours, ils feignent de fuir, puis , un instant après, reviennent à la charge avec plus d'acharnement : ils combattent sans épargner absolument ni sexe, ni conditio n, ni âge; profanant les lieux consacrés à Dieu, dormant dans ces mêmes

»e trouve plus haut à la pag. 475 «st uu teriAe géoëricjue qui reviéfet à notre mot meurtriers. C'est «ne corruption du mot danois mordhern et du mot tudcsquc W('r//?of, on vieux français moiudreurs . {Voy. CaR- PENTTÉR, a(f vcrh.)

lieux avec leurs femmes, attachant leurs chevaux aux tombeaux des saints , abandonnant les chairs des saints aux bêtes de la terre et aux oiseaux du ciel ; ils mettent en fuite une multitude d'hommes par la seule terreur de leur nom. Comme donc, par la colère de Dieu, la fraude prospère dans leurs mains, que leur nombre s'augmente de jour en jour, qu'ils se servent pour avant-garde et pour remparts, de ceux qu'ils ont vaincus , qu'ils soumettent et font entrer dans leur alliance une multitude infinie de païens , d'hérétiques et de faux chrétiens , il est à craindre que la chrétienté tout entière ne souffre ruine, à moins que Dieu n'étant apaisé et les fidèles confédérés charitablement dans le lien de la paix, la fureur du Seigneur ne soit détournée, et que par lui lesTartares, satellites du diable, ne soient exterminés delà terre des vivants. C'est pourquoi, bien que le péril soit grand, nous avons jugé à propos d'exhorter cependant en quelques mots votre noblesse, afin que vous et les autres princes et prélats, et tous les orthodoxes et défenseurs de la foi chrétienne, portiez remède, en toute hâte, à des maux si grands et si menaçants, par des oraisons et pardes jeûnes, ainsi que par des préparatifs d'armes et d'hommes d'armes ; de telle sorte que , garantie par les armes spirituelles et mondaines, la liberté chrétienne puisse respirer et échapper à cette tempête imminente. « Ceux qu on appelle les Tartares ont déjà dévasté la grande et la petite Inde, et de plus le royaume de Perse; en Russie, ils ont écrasé soixante-douze princes;

ADDlTlOiNS. 489

ensuite ils ont désolé la Hongrie, ta Pologne, et ont tué le seigneur de cette terre avec une quantité innombrable de son peuple ; avant l'Ascension du Seigneur, ils sont entrés en Moravie, où ils demeurent. En outre, leurs femmes combattent avec des armures et n'épargnent personne; celle qui combat lemieux est regardée comme la plus désirable; de même que chez nous, celles qui savent le mieux tisser ou coudre, ou celles qui sont les plus belles, sont les plus recherchées. Portez-vous bien» »

Note I. Voir les pages 39 et 'î2-2 du volume.

La narration de Jamsilla ( ap. Muratori, Rer, italic. , torn. VIII ) diffère peu de celle de Matt. Paris, au sujet de la mort du jeune prince Henri ; il rapporte également, sans les partager, les soupçons élevés contre Conrad. Caruso, dans ses mémoires sur l'histoire de son pays, rapporte que, pendant le séjour de Conrad à Melfi, Henri vint de Sicile pour visiter son frère qui lui témoignait une grande amitié, mais qu'il tomba gravement malade, et mourut à San-Felice, château de la Capitanate, sur la fm de décembre \ 255 , date conforme à celle que donne la chronique de la Cava. Il avait alors douze ans ' . Les

4 Caruso, cité par Sarri , Swresè. fm\e ihel regno di Sinliu, dans la collection degli Avtori Siciliani^ tom. iv.Nous n'ayons pu retrouver la date authentique de la naissance de Henri. Mais Isabelle d'An- {jleterre étant morte le \^^ décembre \2Vi , nous pensons que ce jeune prince est l'enfant dont la naissance coûta la vie à sa mère. {Vey. la page 235 du cinquième vol de notre traduction. )

raisons présentées par Raynaldi, contre la mémoire de Conrad, n'ont, à notre avis, aucune valeur. 11 paraît toutefois que cette mort imprévue exposa à la haine publique celui que le vulgaire accusait d'avoir été l'instrument du meurtre, et qu'il fut massacré par les Sarrasins de son escorte, au milieu de la confusion qui suivit la mort de Conrad ' .

Innocent IV, comme on l'a vu, s'empara d'une circonstance si favorable à sa politique. Conrad, déjà excommunié, fut cité à comparaître devant le pape pour se justifier des crimes qu'on lui imputait. A la prière du comte de Montfort et de Thomas de Savoie , le jour de la comparution fut prorogé jusqu'à la mi-carême par lettres datées d'Assise, du mois de février \ 254 . Ce fut alors que Conrad transmit, par procureur, les réponses qui sont données aux additions, sous le n* XXXVI.

Nous traduisons aussi , pour être plus complet, la lettre de Conrad à Henri III, laquelle figure dans le recueil de Baluze^.

« Nous n'avons pas voulu tout d'abord fatiguer vos oreilles probablement étonnées des bruits que la renommée a répandus, par des nouvelles dont la relation lamentable devait raviver notre tristesse, et , sans aucun doute, altérer le repos de notre cœur. Mais, dans les circonstances présentes, nous n'avons pas non plus choisi la personne d'un messager, parce que, pouvant à peine réprimer en silence l'amertume de notre douleur , nous pensions apaiser plus facilement en vous la violence du chagrin par le remède de notre persuasion. Nous désirons que vous ne soyez pas surpris si un rapport si tardif

* Nec Joannes Maurus divinam seieritatem evasit. Tradit enini Frederici^ Conradi et Manfredi rerum anonymus scriptor hoc ipso anno (1234), conversis rehus , a Sarracenis quos habehat comités fidissimos ohtruncaium. ( Raynaldi, y^nnai. eccles., (om. xxi.) Mais ce passage lui-même empêche t-il de supposer que ce personnage a pu être tué pour un motif étranger à la mort do Henri?

' MisceLlan.^ hc.ciU dans l'édition in-î2; torn, l'''', pag. 194, dans l'édition de Lucques, 1761. Baluzc 1';) extraite de divers manuscril» gardés à la bibliothèque de Colbert.

NOTKS. 41)5

vous parvient relativement aux choses que nous portons malgré nous à votre connaissance : car, jusqu'ici , nous étions dominé par l'immensité de la douleur causée par cette blessure récente; l'empire de la nature tirait de nos yeux un torrent de larmes, et la tranquillité de notre esprit troublé était si vacillante , que, pour calmer l'incendie qui nous dévorait, nous avions besoin des liqueurs lenitives d'un autre consolateur. Mais maintenant que nous avons donné au deuil le temps qu'exigeait la violence d'un coup si soudain, nous vous annonçons, conformément à des bruits déplorables, la mort lugubre de notre très-cher frère Henri, votre neveu. Or, dans cet horrible événement, quoique notre cœur soit déchiré par cette séparation de la chair, puisque nous nous plaignons d'avoir perdu la plus précieuse partie de nous-même, nous sommes cependant encore plus amèrement troublé de ce qu'au moment où il convient que nous ayons un esprit viril pour soutenir le faix du gouvernement, nous avons été réduit à une mollesse de femme pour pleurer la perte de notre frère. En effet, comme son âge commençait à croître en vertus, et que nous pouvions avec confiance suspendre nos soucis sur ses épaules, la cruauté de la mort, qui moissonne tout sans distinction, a tranché, par une faux trop prompte, la fleur de sa jeunesse , et , se glissant avec l'adresse d'un brigand , s'est jouée trop soudainement des lois de la nature. Mais puisque les forces et les ressources de l'homme sont insuffisantes pour réparer un malheur qui trouve son explication dans les décrets de la Providence et dans la généralité du sort commun, nous songeons à vous présenter affectueusement un motif de consolation à cette douleur dont les cicatrices ne se fermeront pas de si tôt dans notre âme. Que votre dilection ne croie pas que, par là, les liens de notre affinité puissent être relâchés; ils subsisteront dans notre mémoire, puisqu'il vivra avec nous . nous les voyons d'ailleurs affermis dans la personne de Marguerite % notre très-chère sœur, qui lui survit, et qui est unie

* Le texte dit simplement M. Nous rrtablissons k; nom d'apros Sarii.

4iM INOTES.

au noble homme le marquis de Messine, et nous les trouvons resserrés, grâce à son heureuse fécondité, par les héritiers venus d'elle. C'est pourquoi ayez confiance en nous avec un cœur pur, aussi bien que si notre frère vivait, et s'il y a quelque chose dans nos royaumes qui soit agréable à votre sérénité, ou charme les désirs de votre affection, vous n'avez qu'à nous le faire savoir par vos lettres ou par vos députés, et vos vœux seront exaucés de toute manière. »

Note II. Voir la page 216 du volume.

Matt. Paris, dans un passage précédent , appelle Manfred jilïum naturalem imperatoris y sedlegilïmatum. Il revient ici sur ce sujet avec des circonstances si explicites, que nous nous sommes décidé à rechercher ce fait curieux. Quoique dans un pareil travail on ne puisse se flatter d'arriver à faire concorder tous les faits,, il nous paraît cependant démontré que Manfred avait le droit de se regarder comme le fils, nonseulement légitimé, mais légitime de Frédéric II, et que ce titre , destiné à appuyer ses prétentions au trône, n'était pas de sa part une assertion mensongère, uniquement inventée pour les besoins de sa politique.

Précisons d'abord autant que possible la descendance de Frédéric II.

Les meilleures autorités consultées par Pirro {Geneai. reg.

(Voy. son Tableau généalogique à la fin du traité cité plus haut. ) Au reste, l'existence de cette princesse est confirmée par la lettre officielle de Frédéric II. ( Voy. le V* vol., p. 256. ) Le mariage de l'empereur avec Isabelle d'Angleterre produisit quatre enfants : Jordano, ne à Ravenne en 4256, et qui mourut en bas âge; Agnès, morte en 4257; Marguerite et Henri. Marguerite ne pouvait guère avoir plus de quinze ans à l'époque de la lettre de Conrad, quoique ce prince parle de sa fécondité, in hœredes ejus partu gratifico. A part cette indication, nous ne retrouvons plus ni Marguerite ni ses enfants dans Tbistoire. au reste si confuse, de la famille de Frédéric 11.

NOTES. viOo

sicil. in Burmann rer, sicui., tom, v) et par Sarri (dans sa Succession royale , déjà citée) ne comptent que trois femmes revêtues du titre d'impératrice : Constance d'Aragon, dont il eut Henri, mort en prison *; lolande ou Elisabeth de Brienne, qui lui donna Conrad, roi des Romains, et Isabelle d'Angleterre, dont nous avons nommé les enfants. Parmi les nombreuses maîtresses de Frédéric II, on en trouve trois seulement dont les noms soient bien connus : Rutine, fille d'Othon, comte de Wolfferthausen en Bavière , Mathilde ou plutôt Béatrice, fille du prince d'Antioche, et Bianca Lancia. Il paraît certain que Béatrice fut la mère "* de Frédéric, appelé d'abord roi de Toscane , puis Frédéric d'Antioche lorsque son père l'eut investi de cette principauté. C'est d'elle aussi que naquit Marguerite (tel est du moins son nom le plus ordinaire) , laquelle fut mariée à Albert le Dépravé , landgrave de Thuringe et margrave de Misnie. Bianca donna naissance à Manfred et à Constance, épouse nominale de Vatacès. Celle-ci, après la mort de sonmari, se retira à Monteleone, eu elle mourut en 1 5^ 5, et fut enterrée dans l'éghsc de San-Giuseppe. Nous ne retrouvons pas le nom de la mère d'Enzio, mort en prison à Bologne. Enfin, parmi les enfants naturels de Frédéric II, figurent les noms obscurs de Conrad, Richard et Henri, et de quatre filles :

* Ce prince, sVtaiit allié à l'ancienne maison d'Autriche, eut deux fils, Frôdéric et Henri, et une iille, Florise, morte en Î222, dans le palais de Païenne. Quelques auteurs lui donnent tnoi»; til& , sau« parler de Florise.

» Telle est du moins Topiniou de Barthélémy de Neocastro {Histor. sui tewporis). Cet auteur donne pour femme à Frédéric d'Antioche une princesse du nom de Marguerite, dont il aurait eu Conrad d'Antioche et Marguerite, mariée à Berthold de H.>henburg. Sarri indique Rutine de Wolfferthausen comme la mère de Frédéric d'Antioche, et semble même h ranger parmi les épouses de Tempereur; mais il rapporte en note l'opinion de Pirro, qui dit : « Ceux-là ne se trompent pas qui comptent Frédéric d'Antioche parmi les bâtards dp Temperenr, puisque sa mère ne fut pas unie en légitime mariage. »

i96 NOTES.

Violante, mariée, en ^259, à Ribursa, comte de Caserta; Stemma, femme du comte de Vintimiglia ; Anne , femme de Thomas, comte d'Acerra , et N., femme de Conrad Cajétan.

Dans cette enumeration, nous avons suivi l'usage ordinaire, en mettant Bianca au nombre des maîtresses de Frédéric II ; mais des renseignements très-authentiques prouvent, comme nous l'avons annoncé , la légitimité de la naissance de Manfred.

Bianca était fille de Bonifazio, châtelain d' Agliano , au comté d'Asti. Célèbre par sa beauté, elle inspira un violent amour à l'empereur , qui l'épousa en grande pompe au lieu même où résidait son père ' . Le mariage fut célébré par Be-

* « Item superinduxit quamdam filiam Bonifacii Castellani. Uhi est sciendum quod juxta civitatem Astensem per tria milliaria est quoddam castrum dictum Algan , cujus castellanus dictus cornes Bonifacius, satis nobiliSy genuit très filias pulcherrimas inter quas una erat virgo pulcherrima nimis. Hanc imperator adamavit et fingens quod Isabella ejus uxor esset defuncta^ hanc in uxorem desponsavit et solemnes nuptias celeiravit. De qua genuit Manfredum.... Idemque castellanus cornes ab imperatore designatus... . » (Apud Muratori, ^wh'g. ital.^ tom. 4, pag. 624.) Le même fait est raconté dans les vers suivants :

Hujus ab Astensi semine mater erat.

Nam quum venisset dictus Federicus Àglanum,

Oppidum ab Astensi non procul urbe situm, Cujus erat castri dominus Gutuaria {sic) abortus

Stirpe Bonifacius qui fuit inde cornes, Huic que foret summo nata ornatissima forma

Quœque videretur digna puella Jove, Rex ejus tanto fuit inflammatus amore

Mortuam ut uxorem finxerit esse suam :

Quœ tamen Helisabeh vivent regina Joannis

Unica Jerusalem filia regis erat, Successura suo genitori, mater et ejus

Conradi de quo mentio facta fuit. Hoc ficto, sponsam duxit Federicus amalam

rardo, archevêque de Palerme * ; le châtelain d'Agliano fut élevé au titre de comte , et Frédéric constitua à sa nouvelle épouse un douaire magnifique , comprenant les comtés de Gravina, de Tricarico, de Monte -Scaglioso et l'honneur du mont Sant-Angelo -. Cette donation, ainsi que nous l'avons dit (p. ^74 du vue vol.), fut attribuée plus tard à Manfred luimême, au mois de septembre 1 250, par Frédéric, qui la régularisa et l'augmenta dans son testament. (Décembre même année.)

Nous nous expliquons difficilement pourquoi Antonio d'Asti et l'auteur de la chronique citée par Muratori accusent l'empereur d'avoir trompé Bianca, en lui faisant croire faussement à la mort de l'impératrice lolandede Brienne. Cette princesse, mariée à Frédéric en i 225, mourut en ^ 228 ^, et l'empereur n'épousa Isabelle d'Angleterre qu'au mois de juillet ^ 255. Or, nous n'hésitons pas à placer dans l'intervalle le mariage de Bianca. Nous savons qu'à l'époque où Manfred épousa !a fille du comte de Savoie, c'est-à-dire en ^ 247, il avait quinze ans : ce qui met sa naissance en ^252. De plus, dans le tableau des séjours de Frédéric II, que M. le duc de Luynes a placé en tête de son travail sur les Diurnali, on voit que

In Castro Agliani cœcus ampre gravi.

Ex qua Manfredum genuit quem deinde larenti Ef fecit dominum

(Anton. Astesanî, Carmen de Variet. fort., lib.iv, 2.—Ap. Mu- KA.TORI, Rerum itaHc.^ tom. xiv.)

' SarrI, pag. 206, cite à cet égard Joann, Guspinian, et Angel. de Costen. Stor. Mss. Il rappelle en cette occasion le passage de Matthieu Pari».

'' « Manfredo concessit comitatum de Gravina, de Tricarico, de Monte Caveoso et honorent Sancti Angelic quem coïnitatum imperator ipsiiis principis matri sponsalium tempore nuptiali donalione fuerat elargitus.)> (Anonym. Freder. rerum ^ cité aussi par Giov. ViUani. )

' MoRÉnv, Diet, hist., art. Brienne.

viii. '^2

Frédéric résida dans Tltalie supérieure, du mois de janvier au mois d'avril ^ 252, et que c'est même le seul moment où il ait pu se trouver à Castro-Agliano , dans tout le cours des années 1250, ^251, ^252. D'ailleurs, il est peu probable que l'archevêque de Palerme se soit prêté à une fraude aussi coupable que grossière, qui aurait été promptement divulguée, puisque le mariage ne fut pas tenu secret (Solemnes nuplias celebravit). On peut donc supposer qu'Antonio d'Asti, écrivain du quinzième siècle, en reproduisant une tradition bien établie dans son pays, a pu se tromper sur une circonstance accessoire qu'il aurait empruntée à quelque chronique guelfe antérieure. 11 est vrai qu'en raisonnant dans cette hypothèse , que le mariage de Frédéric avec Bianca Lancia eut lieu au commencement de l'année 1 252 , Frédéric peut être accusé d'avoir épousé Isabelle d'Angleterre, étant déjà marié à une autre. Mais à ses yeux , comme à ceux de ses contemporains, cette violation de la foi jurée ne devait pas avoir la même gravité dès qu'il s'agissait d'une sujette, qui, malgré la noblesse de sa naissance ^, n'avait pas à prétendre au rang d'impératrice. Quoi

* La famille des Lancia, établie en Piémont, prétendait descendre des anciens ducs de Bavière, comme on en trouve la preuve dans le passage suivant : « Ideo ad humilem siipplicaiionem noMlis consanguinei nostri fîdelis dilecll Conradi Lancia mililis, ad prœsens univs ex capHaneis militiœ vnstrœ^ et desccndentis ex ducihus Bavariœ, nobis porrectam ut suis majorumqve suorum comideratis sermliis honisque meritis, etc. » Privilège de Bobert, duc d'Apulie. Regist. des protonol. de Naples, fol. 527, cité p^r Sarri. Les Annales milanaises^ cap. 24, ap. Muratori, torn, xvi, parlent en ces termes d'un marquis Lancia : « Capitanei milnnenses cogitaverunt advocare in (.oteslatem Manfredum marchlonem Lanziom^ ex castra de Ineisay quod est inter AUxandriam et Jsti. Iste semper fuit hostis ecclesiœ ; de cupissorore nains est rex Manfrcdus Sieiliœ.» Antonio d'Asti , dans son poënie, lib. Ill, 5, donne une etymologic fort romanesque au nom de Lancia, et nous ne nous expliquons pas ce quil entend par ortus Gutuaria ab stirpe. On trouve quelquefois Bianca appelée Bianca Lmria Mulelia , et Benvenuto de Saint-Georges la

MOTKS. 41)9

qu'il en soit, Frédéric Jl, pendant la maladie qui mit lin à ses jours, reconnut la validité des droits de Bianca. Il fut profondément touché de sa vive douleur et de l'affection qu'elle lui témoignait,et lui promit que, danslecasoù il recouvrerait la santé, elle serait élevée à la dignité impériale *. Ainsi le fond de la narration de Matt. Paris est vrai. Les détails seuls sont erronés, et c'est l'empereur qui, à ses derniers moments, se montre disposéà réaliser le vœu placé, par notre auteur, dans la bouche de Bianca mourante ^.

L'opinion qui admet la légitimité de Manfred repose donc sur des documents très-authentiques. Barthélémy de Neocastro, historien contemporain et officier public, compte Bianca parmi les femmes de l'empereur, et dit,: ^'ob^l^s Bianca de domo illorum de Lancea de Lombardia ex quitus {sic) suscepiifuerunt inclijius Manfredus et Constantia. En outre, le testament de l'empereur peut encore servir de preuve à l'appui ; car il n'y fait aucune mention de ses enfants naturels, tandis qu'il assimile exactement Manfred, filius noster, à Conrad et à Henri, ses fils légitimes. Seulement Manfred ne vient qu'après eux, et pour leur être substitué en cas de besoin, parce que n'étant pas de sang royal, il n'a pas des droits incontestables à se considérer comme d'une naissance égale à celle de ses frères ^.

désigne sous le nom de Bianca de Dominabus de Aquasana. « L'histoire des Lancia, dit M. le duc de Luynes, est si peu certaine, tant de récits divergents sont relatifs à leur généalogie même, que Rauraer renonce à les concilier. »

* In consortem imperii ie assumam. Chron Imper dt. conservée en manuscrit à la bibliot. Laurent, de Florence et citée par le savant Raumer, Gesch. derHohenst., tom.iv.

^ Nous n'avons pas besoin de rappeler rinvraisemblance de la date. Les mots du texte, jam circiter viginti amiiR elapsis^ placeraient le mariage en 4256, puisque le fait est rapporté à Pannce 4236. Cette incertitude, du reste, est conforme à celle du renseignement lui-même.

'■^Voy. SarrI, loi-, c'iiat.^ p. 2o8. Raumer indique aussi à cet égard

Note III. Voir les pages 26S, 291 du volume.

Le passage de Matt. Paris que nous annotons ici acquiert plus d'authenticité de ce qu'il dit plus bas (p. 656 de notre édition) tenir de la bouche même de Henri ïll les noms des seigneurs d'Allemagne, maximi ad quorum nutum pendet clectio. Bien qu'on ignorât en Angleterre les négociations secrètes qui avaient pour but l'élection d'Alphonse, roi de Castille * , onne peut croire que l'archevêque de Cologne et les autres députés allemands (à qui l'on doit très-probablement rapporter cette enumeration) aient attribué le droit d'élection à des princes qui ne l'auraient pas réellement possédé. Les noms bizarres de marquis de Miche, de duc de Mela y ^ prouvent uniquement l'ignorance ou l'inattention des copistes, et l'indication de dix-sept princes électeurs en ^257 subsiste comme un fait remarquable. Il nous semble même qu'on peut inférer des termes dont se sert Matt. Paris, que ces princes n'étaient pas les seuls à qui appartînt le droit d'élire, mais seulement les principaux.

Aussi ce passage, à notre avis, vient s'ajouter à tous ceux qui militent contre l'opinion de quelques écrivains ecclésiastiques, lesquels, malgré l'autorité des anciens jurisconsultes

Nuova Raccolta, v, 50, et un Traité de l'abbé Jean du Mont- Cassin.

' Ce que dit notre auteur de l'opposition témoignée par les Français contre l'élection de Richard de Cornouailles, est parfaitement vraisemblable et jette un grand jour sur la position politique de la France. {Voy. sur l'élection du ^roi de Gastille, Mariana, de Reb. hispan., lib. xiïi, cap. 10, et ScHANNAT. Hisi. de Vévêché de Worms^ tom. III, pag. 378.) Arnold, archevêque de Trêves, après avoir interdit à ses rivaux l'entrée de Francfort , y proclama Alphonse empereur, le 4«r JiTril J2S7, jour de Pâques Fleuries.

allemands, prètendent que l'institution du collège septénaire des électeurs remonte au règne de Othon 111, ou à la mort de Lothaire TI. Les premières élections se faisaient en plein champ et en campant, comme on le voit dans la vie de Conrad le Saiique(a/;. Pistorium, tom. i, p. 465). Cette multitude de suffrages ne tarda pas à être limitée ; mais, sous le règne de l'empereur Henri VI, le nombre des électeurs s'élevait encore à cinquante-deux {Chronic, maj. Belg. d'après Joan, mon., p. 205 ). Dans l'élection litigieuse d'Othon de Saxe et de Philippe de Souabe , huit princes d'empire figurent du côté du premier, seize autres du côté du second ' . En vain Baronius s'est emparé du prétendu décret d'Innocent IV au concile de Lyon, dans lequel il est question de sept électeurs : quatre laïques et trois ecclésiastiques. Nous avons eu occasion de faire remarquer l'incohérence de ce document, et même de révoquer en doute son authenticité (tom. vi, p. 1^6, Wl de notre traduction, notes ). Tout au plus pourrait-on s'autoriser de ces mots d'Innocent III dans son Registrum de negotio imperii, p. 700 : Principes ad quos principalil er pertinet imperatorix clectio. Ce qui prouverait seulement, comme le dit Koch, que

• Fo^. Othon de SaINT-BlaiSE, continuateur d'Othon de Frisingue, et GoDEFRoi DE Saint-Pantaléon, ajï. Freherum, t. I, p. 263. — Les électeurs des deux partis écrivirent au pape Innocent lil, et les partisans d'Othon signèrent ainsi :« Nous princes, etc., avons élu et signé, à savoir; Adolphe, archevêque de Cologne; Bernard, évéque de Paderborn ; Thietmar, évéque de Minden 5 Witikind, abbé de Corbie sur le Weser; Girard, abbé de Thuits; Héribert, abbé de Verden; Henri, duc de Lothier et Brabant ; Henri, comte de Cuyk. Dans les lettres des partisans de Philippe, on lit les noms des archevêques de Magdebourg et de Besançon , des évéques de Ratisbonne , de Frisingue, d'Augsbourg , de Constance, de Hildesheim , des abbés de Fulde, de Hésuald et de Tergent, du roi de Bohême , du duc de Saxe , du duc de Bavière , du duc d'Autriche, du duc de Moravie, du marquis de Ravensberg. (Voy. aussi, dans ArnoulD DE LuBECK , les détails relatifs à la seconde élection d'Othon IV, après la mort de Philippe.)

les grands officiers de la couronne n'avaient alors que la principale influence dans les élections dont la direction leur appartenait. D'ailleurs nous avons, avant comme après le concile de Lyon, des pièces diplomatiques qui témoignent qu'il n'y avait encore à cet égard rien de fixe ni de reconnu en droit. Le décret d'élection de Conrad, fils de Frédéric II, à Vienne, au mois de janvier ^ 257, donne les noms de Sigefroi, archevêque de Mayence ; de Thierry, archevêque de Trêves; de Bérard, archevêque de Cologne ; de Gerbert , évêque de Bamberg ; de Sigefroi, évêque de Ratisbonne, chancelier de la cour impériale ; des évêques de Frisingue et de Paderborn * ; d'Othon, comte palatin du Rhin et duc de Bavière ; de Wenceslas, roi de Bohême; de Henri, landgrave de Thuringe, et de Berthold, duc de Carinthie, principes qui circa hœc Romani senatoris (senatus?)^ locum accepimnsj patresque et imperii lamina reputamur. (Frances. Pippin. Chronic.^ lib. iii, ap.Mu^Kiom^Rerum italic, ^tom. ix.) Outre les onze princes qui déclarent ici avoir élu Conrad, une foule d'autres assistèrent à l'assemblée ; mais ils ne paraissent pas avoir pris part à l'élection : Interfuerunt similiter. . . patriarcha Aquilegensis et alii quamplurimi. Henri Raspon, le compétiteur de Frédéric II, fut nommé par sept électeurs, il est vrai, mais tous

* Le texte dit Pataviensis, de Padaue ; mais cette leçon nous semble . inadmissible. Il est peu vraisemblable qu'un prélat italien ait figuré dans cette élection, tandis que l'évéque de Paderborn est souvent nommé dans les actes de même nature. Nous proposons donc Paterbiensis ou qjielque correction semblable.

^ On sait l'origine plus fastueuse que réelle du titre de roi des RO' mains. Cotte prétention, qui remontait si haut, vécut longtemps encore. Au quatorzième siècle, le tribun Rienzi, citant à son tribunal Cbarlesde Bohême et Louis de Bavière, s'écriait à haute voix : « Nous ordonnons à tous les électeurs d'Allemagne de nous informer sur quel prétexte ils ont usurpé le droit inaliénable du peuple romain, qui est l'ancien et légitime souverain de l'empire. » (GiBBON, toni. xill de la traduct.^ p. 2î»°>, d'aprè.s Hocsemius.)

ecclésiastiques : c'étaient les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves et de Brème ; les évêques de Metz, de Strasbourg et de Spire ; ce qui lui avait fait donner le nom de roi des prêtres, Trithemius avance sans fondement que les sept électeurs ( et il veut parler des princes désignés plus tard sous ce titre) nommèrent seuls Guillaume de Hollande. Cette assertion est complètement démentie par une lettre d'Innocent IV, citée par Pertz, Mon. Germ. Hist.^ tom. iv, p. 564 (année ^ 247). Elle est adressée, en remercîment de l'élection de Guillaume, aux archevêques de Mayence, de Cologne , de Trêves, de Brème, aux évêques de Wurtzbourg, de Strasbourg, de Munster, de Spire, au duc de Brabant, au comte de Gueld res, au comte de Los.

La première mention du nombre septénaire des électeurs, dit Koch, se trouve dans une lettre d'Alexandre IV, écrite en 1257, relative à la double élection de Bichard de Cornouailles et d'Alphonse de Castille : Principes vocem in hvjusmodi electione liabentes qui sunt septem numéro. (Leibnitz , Cod. fur. gent, diplom.y Prodrom. , p. \ 4 .) Mais cette même lettre reconnaîtcependant le droit des autres princes à être admis à l'élection, et les passages de Matth. Paris et de Henri Stero sont là pour prouver qu'ils exerçaient ce droit dans toute sa plénitude. Il est même très-probable que les princes allemands refusèrent, dès le principe, de reconnaître la prétention qu'avaient les papes de limiter leur nombre ' . L'abandon successif des droits électo-

' Mansi, dans ses noies sur Rayualdi, Annal, eccles.^ toiu. xil, cite une lettre d'Urbain IV, successeur d'Alexandre IV (relatée par Fa{^[i, n*'xill), laquelle semble établir que depuis longtemps l'élection était réduite à sept voix : Atque ita servatum à tempore cujxis non extat mcmoria. Mansi en conclut que le nombre des électeurs avait été limité à sept dans leconcilede Lyon ou même auparavant, mais que les princes, supportant arec peine ceîte diminution de leur pouvoir, s'.iltribuaient toujours le droit d'élire. Mais, dans une pnreillo question, on ne peut 1 ien préjuger des lettres pontificales , tant qu'on ne trouve pas le fait- '«u'ellcs tendent à consacrer, admis et pratiqué en Allemagne.

504 NOTKS.

raux tint surtout à des causes étrangères à la politique romaine, mais dont elle profita. L'anarchie toujours croissante de l'empire, le peu de sûreté des fleuves et des routes, la prépondérance des grands officiers, fjrent nécessairement déserter peu à peu les élections par les princes inférieurs. En même temps « les papes ne négligèrent rien pour revendiquer, en faveur des seuls grands officiers de la couronne, le droit d'élire. Une grande assemblée électorale prêtait moins à l'influence des pontifes que celle de sept électeurs, dont trois, en qualité d'ecclésiastiques, leur étaient plus particulièrement dévoués. » (Ç!ocH, Tabl. des révol.^ Period, iv, p. 229.)

Toutefois nous ne partageons pas l'opinion de cet auteur, qui incline à penser que l'élection de Rodolphe de Habsbourg, en \ 275, fut la première qui se fit par les sept électeurs à l'exclusion des autres princes. îl s'appuie sur une décision de Grégoire X, conçue du reste en termes vagues* et qui ne prouve qu'une prétention toujours en désaccord avec les faits. Car, si nous voulions faire le dépouillement des chroniques et des pièces diplomatiques , en ce qui touche à l'élection des empereurs, depuis Rodolphe jusqu'à Charles IV inclusivement ^, comme nous l'avons fait pour l'époque antérieure à ^275, nous trouverions la même confusion, le même défaut de règle fixe, quant au nombre et a la qualité des électeurs. Ce fut pour faire cesser cet état de choses, dont lui-même avait éprouvé les fâcheux effets, que Charles 1 V promulgua la bulle d'or en \ 556 , et nous regardons cette constitution comme le premier acte reconnu, qui restreignit en réalité le droit d'élire aux sept

* « Gregorius X... inito concilio, prœcepit principibus Alemaniœ, electorihus duntaxat^ utdeRomanorum rege, sicut sua ab antiqua et approbata consuetudine intererat^ providerent, » (Fragm. Vrsiisian. p. 95.)

'{Voyez en particulier Eberkard de Ratisbonue , ap H. Oajvis., Antiq. lect. ,iom. i, et Albert de Strasbourg, Collect. Vrstisian.)

NOTES. %0b

grands officiers de la couronne ' , et détermina invariablement leurs attributions.

» Hallam ( Hist, de VEurop. au moyen âge ) discute cette question sans se prononcer, et en fait seulement ressortir les incertitudes. Nous nous sommes principalement dirigé, dans nos recherches , d'aprèp le Traité de l'élection de l'empereur (Anonyme; Amsterdam et Paris,

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