Grande chronique;
Parlement tenu a Oxford. — Détails. — Expulsion DES FRÈRES DU ROI. — A l'approche de la fête de saint Rarnabé, apôtre , les seigneurs et les nobles de la terre se rendirent au parlement qui devait se tenir à Oxford , et ordonnèrent à tous ceux qui leur devaient service militaire d'y venir avec eux , prêts à combattre comme s'ils avaient à défendre leurs corps contre des attaques ennemies. Ils agirent ainsi en s'excusant de semblables préparatifs, sur ce qu'ils paraissaient prêts à partir avec toutes leurs forces contre les ennemis du roi, dans le pays de Galles. En effet, ils craignaient grande-
ment que les deux partis n'étant venus à se disputer, une guerre intestine ne s'élevât, et que le roi, avec les Poitevins ses frères, n'appelât les étrangers à son aide contre ses sujets naturels. Aussi les seigneurs se prémunirent en faisant garder soigneusement les ports de la mer. Or, à l'ouverture du parlement, le conseil et le dessein des seigneurs étaient fixés d'une manière immuable. Ils exigèrent trèsexpressément que le seigneur roi tînt fidèlement et conservât la charte des libertés d'Angleterre , que le roi Jean son père avait donnée à ses Anglais, et octroyée après l'avoir donnée, que le même Jean avait juré de tenir, que le même roi Henri avait octroyée maintes fois et juré de tenir, et pour l'observation de laquelle il avait fait excommunier horriblement les ^ infracteurs de ladite charte, par tous les évêques d'Angleterre, en sa présence et eu présence de tout son baronage , étant lui-même un des excommuniants. Us exigèrent de plus qu'on leur nommât un justicier qui rendît justice à ceux qui souffriraient des injures, avec autant d'impartialité pour les riches que pour les pauvres. Ils demandèrent aussi quelques autres choses qui intéressaient le royaume, pour l'utilité commune du roi et du royaume, ainsi que pour la paix et Thonneurdu roi et du royaume; ils voulurent que le seigneur roi les consultât fermement, et très-fermement, et acquiesçât à leurs conseils et à leurs provisions nécessaires; ils jurèrent, en engageant leur foi, et en étendant mutuellement leurs mains droites , qu'ils ne négligeraient pas de poursuivre leur entre-
prise, dût- il leur eu coûter la perte de leur argent ou de leurs terres, ou même la perte de la vie, à eux et aux leurs*. Le roi, reconnaissant la vérité de ces remontrances, jura solennellement de se conformer à leurs conseils, et Edouard, son fils, fut asireint au même serment. Or, Jean, comte de Warenne^, et les frères utérins du roi, à savoir le seigneur Guillaume de Valence et les autres, se refusaient à prêter ce serment. De plus on ordonna que les ports d'Angleterre fussent plus rigoureusement gardés, et que pendant les nuits les portes de Londres fussent fermées avec soin, et garnies de barres plus solides. Aussi quelqu'un dit-il :
uPendant la nuit les portes de Londres sont closes, de peur que la ruse des gens venus de France n'abatte les murailles \ »
> C'était à ces conditions seulement que les barons promettaient d'acquitter les dettes du roi. Ils exigeaient aussi la nomination de vingtquatre commissaires, dont douze seraient nommés par le roi et douze par la ligue, lesquels aviseraient souverainement à la réformation de l'état; et ces vingt quatre commissaires, d'après les annales de Burton, ordonnèrent qu'il y aurait trois parlements dans Tannée, le premier après la fête de saint Michel, le second le lendemain de la Chandeleur, et le troisième le premier jour de juin. Le père d'Orléans assure que pendant que les barons faisaient au roi ces propositions en public, ils le menaçaient sourdement de le déposer et de le renfermer dans une prison perpétuelle. Henri III fut obligé de prêter serment dans la forme solennelle usitée pour les excommunications.
2 II avait épousé la sœur utérine du roi, comme on l'a vu plus haut. Aussi Matt. Paris le range-t-il parmi les étrangers contre lesquels la nation se soulevait. Il paraît au reste que quelques-uns des étrangers sacrifièrent leurs répugnances à l'intérêt du moment. Nous trouverons plus bas Pierre de Savoie parmi les ligueurs.
^ Cette citation, rappelée ici pour exprimer lu terreur populaire qn^in*
4 HENRÏ in.
Après que les seigneurs eurent séjourné quelques jours au même lieu, ils se réunirent dans la maison des frères Prêcheurs, pour délibérer sur ce qu'ils devaient faire dans celte entreprise difficile, qui avait pour but d'améliorer la position du royaume délabré. Là, ayant renouvelé avec la même ardeur leur alliance et leur serment, ils s'encouragèrent dans le projet qu'ils avaient conçu, promettant que pour mort, pour vie, pour tenements, pour haine, pour amour ou pour quoi que ce fût, ils ne se laisseraient énerver, ni détourner du dessein de purger des étrangers et des hommes de vile naissance,, le royaume dans lequel étaient nés eux et leurs pères, hommes de bonne race,
spiraient les Poitevins et les Provençaux, doit être sans nul doute reportée à une époque antérieure, soit au moment de l'invasion de Louis, fils de Philippe-Auguste, soit même au temps de la conquête. En effet, nous trouvons sous Guillaume le Bâtard un usage analogue 5 ce qui nous ferait penser que cette citation est empruntée à quelque poëme latin relatif à la reddition de Londres, dans le genre de celui dont M. Augustin Thierry a donné un extrait aux notes du deuxième volume. Le même auteur, traduisant et commentant un passage de Matt. Paris, tiré de la Vie des Abbés ^ pag. 29, raconte que les habitants, menacés à la fois par les Saxons fugitifs et par les Normands, n'osaient s'aventurer daqs le voisinage de leurs propres maisons.» La maison de chaque Anglais, ditil, qui avait juré la paix et donné des otages au conquérant, était close et fortifiée comme une ville en état de siège. Elle était remplie d'armes de toute espèce, d'arcs, de flèches, de haches, de massues, de poignards et de fourches de fer ; les portes étaient munies de verrous et de barri cades. Quand venait l'heure du repos, au moment de tout fermer, l'ancien de la famille se levait et prononçait à haute voix les prières qui se faisaient alors sur mer aux approches de l'orage ; il disait : « Que le Seigneur nous bénisse et nous aide; tous les assistants répondaient am^N. Cette coutume subsista en Angleterre plus de deux siècles après la conquête. )) ( Tom. II, pag. I,")0. )
iii ne renonceraient à conquérir des lois louables. Si quelque homme, quel qu'il fût, s y opposait, il serait forcé, même malgré lui, de se joindre à eux ^ .Or, quoique le seigneur roi et Edouard, son fils aîné, eussent prêté le serment, Edouard cependant commença à vouloir s'en dégager autant qu il le put, ainsi que Jean, comte de Warenne. Quant à Henri, fils de Richard, roi d Allemagne, il déclara, après mainte hésitation, qu'il ne pouvait en aucune façon prêter un pareil serment sans la permission et Tavis de son père. On lui répondit ouvertement que si son père lui-même ne voulait pas acquiescer au baronage, il ne conserverait pas un seul sillon de terre en Angleterre. De plus les susdits frères du roi jurèrent formellement, en attestant la mort et les plaies du Christ, qu'ils ne remettraient jamais^ tantqu ils respireraient Fair vital, les chateaux, les revenus ou les gardes que le roi leur frère leur avait gracieusement conférés, quoique le comte de Leicester Simon eût remis gratis au roi ses châteaux de Kenilworth et de Odiham , qu'il avait cependant fortifiés peu de temps auparavant. Tandis que les frères du roi faisaient cette déclaration;, et qu'ils la confirmaient par des jurements qu'on ne peut répéter, le comte de Leicester répondit, en s'adressant à Guillaume de Valence, qui
* La teneur de ces statuts et la formule de ce serment sont contenues en français dans les annales du monastère de Burton. ( Voir M. AU- GUSTIN Thierky, t. IV, .'>4I , elles Essais de M. GuiZOT sur Thistoinde France et d'Angleterre. Nous transcrivons les provisions d'Oxford à la fin du volume, note 1. ) ^
6 HENRI m.
faisait plus grand bruit que les autres : « Tiens pour « assuré et pour indubitable que tu rendras les châ- « teaux qui t'ont été confiés par le roi, ou que tu « perdras la tête.))Seniblablement, les autres comtes et barons confirmèrent cette décision, et attestèrent la même chose du ton le plus décidé. Les Poitevins furentdonc saisis d'une grande frayeur, ignorant ce qu.i leur restait à faire; car s'ils se retiraient et se cachaient dans quelques châteaux, ils y seraient abandonnés de tout secours, s'y verraient bientôt assiégés, et y périraient de faim. En effet, quand bien même les nobles ne les attaqueraient pas, la généralité du populaire dans le royaume viendrait les assiéger et renverserait leurs châteaux de fond en comble. Aussi, au moment où on préparait leur dîner, ils prirent la fuite subitement et secrètement, et pour qu'on ne les soupçonnât pas de vouloir fuir, ils feignirent d'avoir l'intention de se mettre à table. En fuyant ils regardèrent souvent derrière eux , et firent monter quelques hommes de leur suite sur les plus hautes tours, pour voir de loin si par hasard les barons les poursuivaient par derrière. Ils coururent, sans épargner les flancs de leurs chevaux, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus tout tremblants à Winchester, comme pour se mettre sous les ailes de l'élu à Winchester, dans le sein duquel toutes leurs espérances étaient déposées. En outre, ils espéraient trouver un refuge très-sûr dans les châteaux du même élu. Sur ces entrefaites, les seigneurs s'étant confédérés plus fortement, se nommèrent un justicier,
homme né de haute race et de pur sang anglais, chevalier illustre et habile dans les lois du pays, à savoir Hugues Bigod, frère du comte Maréchal, qui devait exercer vaillamment les fonctions de justicier, sans permettre en aucune façon que les droits du royaume vacillassent. Quand la susdite fuite des Poitevins fut parvenue d'une manière certaine à la connaissance des seigneurs, ils craignirent qu'en s^approchant ainsi de la mer ils n'appelassent les étrangers à leur secour», à savoir les Poitevins et les autres gens d'oulre-mer.Les seigneurs, voyant donc que tout délai entraînait danger, ordonnèrent expressément à tous leurs vassaux , et à tous ceux de leur parti , de courir aux armes et de monter à cheval en toute hâte. Ainsi le parlement tenu h Oxford fut rompu, sans avoir obtenu un résultat fixe et définitif.
BrANCALÉON s'oppose AIJX PRÉTENTIONS DE RlCHAKD
SUR l'Italie. — L'abbé de Ramsey recouvre son droit
SUR LA foire de SaINT-YvES. MORT DE L ABBÉ DE
Westminster. — Philippe, qui lui succède, meurt
AVANT d'être confirmé. — ÉLECTION DE GoDEFROl
A l'archevéché dTork. — Famine et mortalité. — Dans les mêmes jours, le roi d'Allemagne Richard libéra prudemment quelques cités du royaume d'Allemagne que ses prédécesseurs les rois d'Allemagne avaient mises en gage et avaient obligées pour une inestimable quantité d'argent. L'archevêque de Trêves, qui avait été longtemps languissant au point que
quelque temps auparavant on l'avait fait passer pour mort \ fit savoir audit roi que si le roi d'Espagne ne venait, comme il l'avait promis, au secours dudit archevêque et du duc de Brabant, qui tous deux s'étaient confédérés avec lé même roi d'Espagne, ils s'attacheraient fidèlement et inséparablement , et obéiraient désormais au susdit roi d'Allemagne Richard. De plus, beaucoup de citoyens d'Italie favorisaient son parti, et désiraient ardemment l'arrivée de Richard et sa promotion à l'empire. Sur ces entrefaites, le sénateur romain Brancaléon détruisit les tours de plusieurs nobles romains, et incarcéra les maîtres de ces tours. De plus, il fit pendre ou mutiler un grand nombre de parents et d'alliés des cardinaux, et ne voulut en aucune façon s'écarter dans sa conduite de ce qui plaisait au peuple romain. Or ce sénateur était le fauteur du prince Manfred, lequel prince aspirait à l'empire ^. Aussi tous deux avaient en haine le roi d'Allemagne, lui tendaient des pièges et lui opposaient des barrières de contradiction. Pour cela le pape, qui avait en haine le sénateur et le prince Manfred, témoignait de la faveur au roi d'Allemagne souvent nommé.
Cette même année, par l'habileté de Robert^, abbé
* Matt. Paris, selon son usage, revient ici sur son premier dire, pour le modifier ou l'éclaircir.
^ Aucun document contemporain ne vient confirmer le projet prêté ici n Manfred. Il est possible cependant que ce bruit ait été répandu par les partisans de Richard, ennemis naturels de l'oncle de Gonradin.
3 Le texte dit ici Uadulphi^ et, dans le même alinéa, l'appelle ensuite Rvbertus. La mort d'un abbé de Ramsey nommé Ranulphus ou Radulphus est indiquée par notre auteur à l'année 4265. De plus, en i25(>
de Ramsey, Téglise de Ramsey recouvra la foire plénière de Saint-Yves, qu'elle tenait de la donation du roi Edgar ' et de la confirmation d^autres anciens rois. Le bienheureux Thomas, archevêque de Cantorbéry, avait même, par ses écrits authentiques, prouvé la réalité de ce droit. Or le même abbé Robert donna pour le recouvrement de ladite foire cinq cents marcs d'argent, comme il a été dit. Mais Téglise de Ramsey n'avait point perdu la foire de Saint-Yves par sa propre faute ; elle avait été victime des chicanes d'autrui , chicanes sans fondement, comme la chose fut manifeste pour plusieurs.
Cette même année, à savoir le ^5 avant les calendes d'août, non loin de Winchester, mourut l'abbé de Westminster Richard, homme de bonne mine, éloquent, habile dans les deux droits, c'est-àdire dans le canonique et dans le civil, ami trèsspécial du roi , au service duquel il avait supporté volontiers des fatigues grandes, nombreuses et coûteuses, lant dans les pays d'outre-mer que dans les pays d'en deçà de lamer. Ce Richard, par la grande prudence dont il brillait par excellence, avait augmenté son abbaye de douze hydes de terre et d'un grand nombre de libertés. Mais comme certains vices ont coutume de se mêler aux vertus, ce Richard avait apposé son sceau et celui de son couvent à un
l'abbé de Ramsey est appelé Hugues (p. 214 du huitième volume). Il y a là ou omission d'un fait ou faute de texte.
* Il a dit plus haut, paç. 290 du VI I« volume : le bienheureux Edouard : ce qui nous paraît la bonne leçon à cause de ces mots : quem rex speciaUier diligit. Au reste, la similitude des noms rend cette transposition fréquente dans les manuscrits.
écrit du roi, pour que les autres abbés désignés dans le même écrit y apposassent aussi leurs sceaux plus hardiment et plus librement. Or, ce dit écrit avait été rédigé à cetle époque afin que quelques abbés supérieurs en Angleterre s^ obligeassent, au nom du roi, envers les marchands d'outre-mer pour une somme d'argent non petite. On promettait cependant aux mêmes abbés et à leurs successeurs sécurité du paiement de cet argent par le roi, et conservation de l'indemnité de leurs églises. Mais comme la bonne foi d'une pareille promesse ne paraissait pas pouvoir être admise indubitablement, et que l'abbé de Westminster consentait seul à cette vaine assurance, tous les autres résistèrent vigoureusement, et s'y opposèrent unanimement, ajoutant, par l'inspiration divine, que s'il y avait de leur part accès à une semblable obligation, on pourrait présumer contrat de la part des autres par leur exemple. Or, le corps dudit Richard défunt fut transporté à Westminster, et enseveli honorablement dans son église conventuelle. Le seigneur Philippe, prieur du même monastère, fut élu abbé de la même maison. En apprenant son élection, il eut grand'peine à y consentir, redoutant grandement cette obligation très-pénible, que le seigneur pape venait d'imposer, par laquelle il lui fallait se rendre à Rome en personne ; car il était chargé d'un très-fort embonpoint de corps et de chair. Or, il aimait mieux, et il trouvait plus agréable de résider à Westminster en vivant de la manière accoutumée, que de s'exposer à un si grand péril pour une
ANISEED 258. i^
diQiuie temporelle. Cependant, déterminé par les exhortations des irères, et par Télection légitime de toute la communauté, il acquiesça gracieusement à leurs désirs, à condition toutefois qu'ils en enverraient d'autres que lui à la cour romaine pour obtenir sa confirmation. Quelques-uns des plus éniinents du couvent étant donc partis, exposèrent devant le seigneur pape les causes et les excuses fort urgentes que présentait leur élu ; mais, par l'opposition des cardinaux, ils ne parvinrent à être écoutés favorablement qu'avec beaucoup de peine, et en donnant une quantité d'argent non petite. Après avoir expédié leurs affaires, non sans difficulté, ils se mirent en route pour revenir, lorsqu'on leur annonça que leur élu venait de décéder, et qu'on avait nommé au plus tôt un autre à sa place. Les députés, s'affiigeant grandement, reprirent de nouveau, et en toute hâte, le chemin de la cour romaine.
Vers le même temps, les chanoines d'York s'élant réunis, élurent pour archevêque leur doyen, maître Godefroi de Kineton, qui se rendit en personne à Rome, d'où il revint sain et sauf le plus vite possible, après avoir éprouvé divers travaux et vexations, et avoir terminé d'une manière louable son affaire.
Vers le même temps, une si grande famine et une si grande mortalité se répandirent sur la terre, que la charge de blé monta jusqu'à quinze sols et au delà dans un moment où le pays était dépouilla d'argent, et que dans les rues gisait une foule innombrable de corps morts. Personne ne se souvenait
d'avoir jamais vu précédemment une si grande misère et une si grande famine, quoique bien des gens eussent vu en d'autres temps le prix du blé monter plus haut qu'à présent. Et si Ton n'eût apporté des pays d'outre-mer du blé à vendre, les riches euxmêmes n'auraient pu se soustraire à la mort. Les cadavres étaient étendus sur les fumiers, dans la boue et dans les rues, gonflés et pourris, au point que l'on trouvait à peine quelqu'un pour ensevelir les morts, et que quelques citoyens tout au plus osaient ou voulaient recueillir chez eux les moris, à cause de la contagion. Or, la cherté et la rareté de l'argent étaient telles, que quand bien même le froment se serait vendu à bas prix, on aurait à peine trouvé un acheteur suffisant. Mais le Seigneur, dans sa bénigne miséricorde, apporta un prompt remède è ces maux, comme il a été dit.
Les frères du roî quittent l'Angleterre. ~ Le ghateliln de douvres sempare dun tresor destiné aux Poitevins. — Les Gallois offrent de se soumettre. — Les habitants de Londres accèdent aux statuts des BARONS. — Nobles empoisonnés par les Poitevins. — Lâcheté de Foulques, évêqce de Londres. — Paroles violentes du roi au comte de Leicester. — A l'octave de la translation de saint Benoît, c'est-à-dire le io avant les calendes d'août, les susdits frères du roi firent leurs adieux à l'Angleterre, et se retirèrent, emmenant avec eux quelques autres Poitevins, comme, par exemple, Guillaume de Sainte-Hermine,
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qui avait coutume de se tenir à table cleri ière le roi avec un essuie-main et de lui couper les morceaux, et beaucoup d'autres, qui avaient opprimé le royaume entier et favaient dépouillé de ses biens, principalement en numéraire. Les Poitevins ayant d'abord été hébergés à Winchester et ensuite dans Soutwark, maison qu'avait à Londres l'élu à Winchester, beaucoup de seigneurs anglais, à ce qu'on prétend, furent empoisonnés traîtreusement là et ailleurs, comme la suite le prouva plus tard plus clairement. Quand ils furent arrivés au bord de la mer, les seigneurs qui les avaient conduits les confièrent à Neptune *. Quand ils furent arrivés à Boulogne , ils écrivirent au roi de France, pour obtenir passage pacifique ou la faveur de séjourner dans sa terre, selon Tanlique liberté et coutume de France ; ils demandèrent aussi qu'il tut permis à l'élu à Winchester de demeurer à Paris et d'y continuer son séjour pour un temps à titre d'écolier. Mais le roi de France exaspéré s'y refusa, parce que la reine de France s'était plainte fortement à lui de ces Poitevins de ce qu'ils avaient scandalisé et diffamé énormément sa sœur la reine d'Angleterre, ajoutant qu'ils avaient été chassés honteusement d'Angleterre à cause de leurs méfaits. A cette nouvelle, Henri, fils du comte de Leicester, soit à l'insu, soit malgré l'op-
* il y a ici une légère lacune : les ligués avaient poursuivi et assiégé dans leurs châteaux les Poitevins, qui, forcés de se rendre, furent embarqués de force. Ceux qui voulurent partir de bonne grâce obtinrent un sauf'Conduit.
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posilion de sou père, soit peut-être avec son consentement, passa tout à coup la mer pour les poursuivre à main armée. Par Tamour et le respect qu'inspirait son père, il trouva sur sa route beaucoup d'amis disposés et préparés volontairement à aller venger les injures du comte. En effet, le susdit Henri leur avait raconté en détail comment Guillaume de Valence, avec Tappui de la faveur du roi d'Angleterre et de ses autres frères présents en ce lieu, s'était élevé et enorgueilli au-dessus de lui-même dans le parlement de Londres, avait donné publiquement un démenti au comte son père, et l'avait appelé vieux traître , au point que les gens d'outremer eux-mêmes s'étaient étonnés que des hommes beaucoup moins nobles, tout proches parents qu'ils étaient du roi , osassent ou voulussent insulter et diffamer de cœur, de parole ou d'action un si noble homme, issu d'un sang si généreux, et recommandable entre tous en outre-mer et en deçà de la mer. Car il ne convenait pas, et même on ne devait pas croire que des hommes touchant au sang royal proférassent des paroles si désbonnêtes. Les amis du comte, reconnaissant la vérité des faits, se préparèrent à nuire aux Poitevins de concert avec Henri. Ceux-ci, sachant cela, s'enfermèrent secrètement dans Boulogne. Mais ceux qui les poursuivaient gardèrent Boulogne de toutes parts, tant par terre que par mer, afin d'enlever tout moyen d'évasion à ceux qui y étaient assiégés, et de leur causer plus librement des désagréments selon leurs mérites.
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Vers le même temps, le châtelain de Douvres, Richard de Gray, homme féal et vaillant, qui avait été institué dans ce poste par les barons, examinait soigneusement tous ceux qui passaient ou devaient passer par Douvres; et en surveillant prudemment toutes choses, il découvrit un trésor considérable qui était sur le point d'être envoyé clandestinement aux susdits Poitevins. Ce trésor fut pris tout entier et mis en réserve dans le château. Semblablement un frrand trésor que les Poitevins susdits avaient déposé à Londres dans le Temple-Neuf, malgré la résistance et le refus des Hospitaliers, et dont la quantité surprit étrangement tous les auditeurs, fut pris pour être dépensé utilement , selon la décision du roi et des barons \ à des usages profitables au royaume.
Vers le même temps, les Gallois, qui étaient en discorde et en mauvaise renommée auprès du seigneur roi d'Angleterre , lui offrirent un honorable traité de paix, et déclarèrent qu'ils étaient prêts à se purger judiciairement de tous les crimes qui leur étaient reprochés, tant pour massacres que pour rapinès^irilab
A la fête de la bienheureuse Marie Madeleine, des seigneurs furent députés solennellement à Londres au nom de rassemblée générale du royaume d'Angleterre; ils convoquèrent tous les citoyens de la
' Les barons soulevés n'avaient pas encore en apparence séparé leur cause de celle du roi. Ce ne fut qu'en 1265 qu'ils entrèrent ouvertement en hostilités avec le parti de Henri III. Aussi doit-on moins s'étonner de trouver parmi les commissaires les noms de Pierre de Savoie, de Jean Mans?l, de l'abbé de Westminster, principaux ministres de Henri. ,;
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ville qu'on appelle barons, et leur demandèrent, dans le palais nommé Guild-Hall , s'ils voulaient accéder fidèlement aux statuts des barons et s'attacher invariablement à leur parti , en résistant vigoureusement à leurs adversaires et en leur fournissant des secours efficaces. Tous les citoyens y ayant consenti de bon cœur, dressèrent à cet égard une charte qui fut scellée du sceau de la commune de la ville. Toutefois les barons n'avaient pas encore dessein de publier ce qui avait été statué à Oxford ; car la maladie du comte de Glocester, qui provenait d'une potion empoisonnée, à ce qu'on disait communément, troublait non médiocrement tous les confédérés. Cependant on espérait qu'il guérirait de sa maladie , parce que le pus sortait d'une foule de boutons qui avaient fait éruption hors de son corps, et que les cheveux, les ongles , les dents et la peau lui tombaient. Ainsi tondu et purgé [naturellement], il fut confié aux soins et à l'habileté médicale de maître Jean de Saint- Gilles, frère de Tordre des Prêcheurs, qui avait jadis délivré l'évêque de Lincoln Robert d'un semblable fléau.
Beaucoup de seigneurs empoisonnés en même temps par les susdits Poitevins, à ce qu'on raconte, commencèrent à sécher en eux-mêmes ; quelques-uns d'entre eux sortirent de ce monde , d'autres restèrent à demi morts , ne conservant plus qu'un souffle de vie; il yen avait qui étaient laïques et puissants, d'autres lettrés et nobles. Cependant, il n'était pas encore avéré et constant pour les Anglais que les Poi-
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levins leur eussent fait boire des breuvages empoisonnés; car on^pensait que ce fléau , provenant de quelque autre calamité, avait fini par éclater. De plus, les Poitevins avaient laissé après eux d'autres empoisonneurs malfaisants qui s'efforçaient de préparer aux seigneurs des pièges mortels. Aussi les nobles eux-mêmes tenaient pour suspects leurs maîtresjd'hôtel , leurs cuisiniers et leurs échansons , de peur que, corrompus à prix d'argent, ils ne commissent les mêmes attentats sur les personnes de leurs seigneurs.
Dans cette entreprise difficile, et au milieu de celte très-heureuse invocation et disposition de tout le royaume , Tévêque de Londres Foulques se montra tiède et lâche autrement qu'il ne convenait ou n'était avantageux ; en cette occasion , il dénigra d'autant plus sa renommée , qu'il était plus élevé au-dessus des autres par sa naissance. Comme l'espérance des barons reposait dans son sein, cette conduite pusillanime provoqua à la colère plusieurs d'entre eux, qui comptaient sur lui pour soumettre à l'opinion du peuple la conduite du roi.
Ce qui augmentait de plus la crainte et l'inquiétude des barons , c'était le temps du mois de juillet, amenantavec lui son lion auteur des pestes, et sa chienne enragée', qui par ses aboiements mortels a coutume de troubler la température del'air. Ils étaient encore effrayés, plus que de tout le reste, par Tinstabilité et
Rapida canicvita : évidemment r<j6irf«,