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la duplicité notoire du roi, qui avait laissé voir le fond de son ame par 'une" parole terrible. Un jour, en effet , qu'il était descendu hors de son palais de Westminster pour aller dîner sur une barque et se promener sur la Tamise, l'air s'obscurcit légèrement, le tonnerre gronda et fut accompagné d'éclairs et d'une pluie d^orage. Le roi, redoutant plus que tout autre un temps si menaçant, ordonna qu'on le mît surle-champ à terre. La barque s'arrêta au pied du magnifique palais de l'évéque de Durham qui servait alors d'hôtel au comte de Leicester. En apprenant cela, le comte vint joyeusement à la rencontre du roi, le salua respectueusement comme il convenait, et lui dit d'un ton gai pour le consoler : « Que craignez-vous maince tenant? l'orage est passé. » Le roi lui répondit alors, non pas en plaisantant, mais d'un ton sérieux et avec un visage sévère : « Je redoute outre mesure le ton- « nerre et la foudre; mais par le cap de Dieu, j'ai « plus peur de toi que du tonnerre et de la foudre « du monde entier!» — Monseigneur, reprit doii- « cement le comte, ce que vous dites est injuste et « incroyable. Pourquoi me redouter, moi qui suis « votre ami stable , et qui ai toujours été féal envers <« vous , envers les vôtres et envers le royaume ? ce « sont vos ennemis, les spoliateurs et les calomnia- « teurs, que vous devriez craindre. » Or, tous les assistants pensèrent bien que ces paroles violentes venaient de ce que le comte de Leicester tenait ferme entre tous, avec ardeur et fermeté, pour la poursuite du projet qui consistait à obliger le roi et tous les
adversaires de se conformer aux conseils des barons, et à ruiner complètement les frères du roi qui avaient désolé le royaume entier.
Blanc-seings trouvés dans les coffres de maître Bé-
RARD APRÈS SA MORT. — PrÉLATS d'AnGLETERRE CONVO- QUÉS A Oxford. — Découverte de vases empoisonnés.
— Cruauté de l'élu de Winchester envers un clerc.
— A la même époque, maître Bérard de Nympha, qui était natif des environs de la ville de Rome, vint à mourir subitement. C était un homme rusé et pécunieux, qui avait été clerc de Richard comte de Cornouailles, et qui avait extorqué par mille détours de l'argent aux croisés. On trouva chez lui une cassette pleine de cédules signées, mais non écrites, dont il pouvait abuser pour les remplir à sa volonté, et pour extorquer frauduleusement de l'argent aux innocents , comme s'il eut agi en vertu de l'autorité du pape.
Yers le même temps , les prélats d'Angleterre furent convoqués universellement pour se rassembler à Oxford et réformer l'état de Téglise anglicane qui vacillait, et qui, poussée de tous côtés, menaçait de s'écrouler. Or, quatre évêques députés spécialement pour cela , à savoir les évêques de Norwich et de Chicester, et deux autres dont je ne me rappelle pas les noms, se réunirent à Oxford. Ils convoquèrent tous les abbés exempts, et les autres de l'autre ordre, ou leurs procurateurs compétents, voulant savoir d'eux s'ils étaient dans l'intention d'acquiescer aux statuts
[des évoques] , et de s'attacher uniformément à la défense et au soutien d'iceux. Mais comme quelques-uns, s'absentant en donnant des excuses , quelques autres, hésitant à consentir, ne purent donner pour le moment une réponse certaine, tous se retirèrent, laissant l'affaire imparfaite. Les statuts sont rapportés au livre des Additamenta\
Peu de temps s'étant passé, on répandit tout alentour, avec force plaintes, le bruit que des potions empoisonnées et mortelles avaient été présentées en Angleterre, principalement aux seigneurs, et que les effets de ce poison exerçaient lamentablement au loin leurs ravages : ce que la suite des faits prouva bien au plus tôt, comme nous Tavons déjà dit. En effet, dans certains lieux très-secrets, on découvrit plusieurs de ces vases nommés vulgairement des cousterets^ qui étaient remplis de cette espèce de poison, et qui
* T'oT/. l'addition XLIV a la fin du volume. W^ats indique au renvoi que ce document ne s"'est point retrouvé. Nous pensons qu'il se trompe, et qu'il confond les statuts dont il est ici question avec les provisions promulguées par les barons à Oxford. Mais, à la suite des cinquante articles rédigés par les prélats l'année précédente, il place de nouvelles réclamations sous ce titre : Articuli observandi per provision em episcoporum AngliWy sans remarquer que ce sont précisément les statuts indiqués ici par Matt. Paris. Les évéques, en 1237, ont établi leurs griefs. Eji 1238, eubardis par l'exemple des barons, ils déterminent les peines qui devront être infligées au roi s'il viole les articles de la réforme, et demandent l'assentiment des abbés et des prieurs. Au reste, il n'est pas étonnant que le clergé monastique ait hésité à s'associer au mouvement que cherchaient à lui imprimer les évéques ; la différence des intérêts devait empêcher les religieux de s'associer franchement à la révolution politique.
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•étaient garnis de très-fortes serrures. Ces vases ayant été ouverts, quoiqu'à grand'peine, on y trouva, à ce qu'on prétend généralement , une liqueur bleue qui était du poison mortel. On en offrit d'abord à (les chiens affamés qui ne voulurent pas y goûter j mais quand on eut mêlé cette liqueur avec de la nourriture, et qu'ils en eurent mangé, ils moururent sur-le-champ. On assure que cet attentat avait été préparé par les étrangers, pour faire périr les Anglais.
Il arriva, peu de teinps auparavant, que Jean, fils du justicier d'Irlande Geoffroi , homme illustre par sa naissance, par ses richesses et par sa puissance, avait conféré une église à un de ses clercs. Or, l'élu <\ Winchester, ayant appris cela, revendiqua le droit de patronat sur la même église, et, violemment irrité, ordonna qu'on chassât le même clerc, et, s'il faisait résistance, qu'on l'arrachât honteusement et violemment de cette église, et qu'on le précipitât ignominieusement en vil li^u. Les officiers du même élu , s'étant donc mis en devoir de chasser brutalement ledit clerc de cette église, poussèrent l'audace jusqu'à le tuer, bâtonnèrent et blessèrent quelques serviteurs du même clerc, les accablèrent d'outrages et d'injures, les chassèrent de leurs maisons, pillèrent l'église, et traitèrent quelques-uns de ces hommes avec tant d'inhumanité , qu'ils succombèrent à leurs meurtrissures au bout de quelques jours. Les barons firent connaître cette action détestable au pontife romain. Quand le seigneur Jean eut appris cela , il en
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fut indigné, et non sans raison, et alla se plaindreau roi. Mais le roi, selon son usage, excusa et pallia la faute de l'élu, et supplia très-instamment le plaignant de ne pas accuser ou scandaliser ledit élu pour un si grave délit, et de n'intenter aucune action contre lui. Ledit seigneur Jean accorda donc un sursis, attendant des temps plus favorables pour la vengeance. Mais considérant dans les temps présents que l'orgueil des Poitevins était abattu , il renouvela ladite plainte et cita certains Poitevins , à savoir les officiers de Télu à Winchester, pour répondre d'une action si énorme , et félu lui-même , pour répondre de Tordre qu'il avait donné.
Cependant le comte de Glocester, qui demeurait à Sunning, lieu peu éloigné de Reading, éprouvait quelque amélioration dans sa santé. Il n'osait pas, à cause de la violence de sa maladie, se préoccuper encore d'aucun souci, de peur d avoir une rechute; car il était déjà assez tourmenté par une douleur intérieure et extérieure : il souffrait intérieurement de la mort de son frère Guillaume, mort déplorable pour TAngleterre entière, et extérieurement, parce que bien qu'étant en convalescence, il se trouvait horrible ment déliguré, qu'il avait perdu ses cheveux , que son teint était blême, que ses dents et que ses ongles avaient pris une couleur livide et branlaient comme s'ils allaient tomber.
Lk SliNATEUU ROMAIN BrANCALÉON DÉTRUIT LES CHA- TEAtiX DES NOBLES ROMAIN^. — PLAINTES CONTRE LES
Poitevins. — Le roi de France permet aux seigneurs
POITEVINS DE rentrer CHEZ EUX. — FaMINE, INONDATION
ET FLÉAUX. ~ Jeune et procession a ce sujet. — - Faits DIVERS. — L'argent des étrangers est retenu. — Cette même année , le sénateur romain Brancaléon , voyant que Tinsolence et que Forgueil des nobles romains ne pouvaient être réprimés autrement qu'en faisant abattre leurs châteaux, qui étaient comme des réceptacles de brigands , fit détruire et raser jusqu'au sol les forteresses des mêmes nobles, au nombre d'environ cent quarante. Ainsi furent rétablies la paix et la plus libre tranquillité; et ces brigands et ces malfaiteurs romains, que Ton appelle des bandits*, et qui infestaient tant la ville de Rome que les environs , furent dispersés.
Ou fît savoir par lettres, à beaucoup de ceux que les Poitevins avaient offensés impudemment, qu'ils pouvaient déposer leurs plaintes à cet égard, prouver aux seigneurs du royaume les dommages qu'ils avaient éprouvés de la part des susdits frères du roi, éclaircir leurs plaintes, les poursuivre avec fermeté une fois qu'elles seraient intentées, et que lout leur serait restitué, selon ce que le droit déciderait. Mais comme le temps des moissons approchait, ceux qui avaient été lésés, considérant les inconvénients d'un procès,
^Bedeweri (texte hic). Ducange assure qu'on doit lire Berroerii^ et «lit que ce mot signifiait tantôt les bandits et les routiers, tantôt les ofliciers de police; de là le mot Bini (Sbires). On le trouve diversement («rihographié. Berroarii sive Zaffones , Berruarii, Berovarii^ Ber vef'ii. ( F'o//. Gloss, mcd. œvi ad. verb.)
2i HEMU III.
et peut-être l'inulilité de leurs travaux, refusèrent di\ poursuivre leurs réclamations jusqu'à ce qu'ils trouvassent les circonstances plus opportunes.
Or, les susdits frères du roi se trouvant, comme nous l'avons dit, à Boulogne, où ils étaient ignominieusement resserrés, comme s'ils avaient à supporter un siège , envoyèrent un messager sûr au roi de France, pour le supplier humblement de ne pas^ les abandonner, eux qui, au milieu de leurs tribulations, s'étaient réfugiés dans le sein de sa protection, et, bien plus, selon le privilège de son royaume (qui consiste à accueillir en paix et à protéger tous ceux qui s'y réfugient), de leur permettre, en leur envoyant des députés de paix et des conducteurs, de traverser son royaume pour retourner en Poitou : ce qui leur fut octroyé de bonne grâce par ce Irès-pieux roi. En effet, personne ne doit mettre en doute que faire miséricorde aux malheureux, même quand ils n'en sont pas dignes, est la perfection suprême de la charité.
Vers le même temps, c'est-à-dire dans la saison de juillet et d'août, les fruits de Tannée, tant présente que passée, étant venus à manquer, on eut à souffrir une si grande misère, causée par la famine et par la cherté des vivres, que ceux qui avaient coutume de secourir les autres étaient réduits à succomber euxmêmes avec les malheureux. Mais ce qui tourmenta plus le peuple que les grands, ce fut une continuelle inondation de pluies qui menaçait d'étouffer les moissons, que Dieu faisait espérer devoir être abon^
dailies. Pour tout dire en peu de mots, rAngieterre aurait succombé en elle-même, si des marchands d outre-mer n'eussent amené des vaisseaux chargés de blé, qui leur rendirent heureusement la vie, et n'eussent vendu communément le blé et le pain qu'ils avaient apportés de leurs pays, à savoir de TAllemagne et de la Hollande, pour les vendre ; mais ceux qui se trouvaient privés de numéraire périrent épuisés par la faim et par la disette. Vous auriez vu des gens honorables, qui jadis abondaient en toutes choses, dépouillés maintenant de leurs biens, aller mendier de porte en porte les secours d'autrui , d'une voix étouffée par la honte, le visage pâle, à jeun et affamés, et passer des nuits sans sommeil , soupirant et se lamentant. A l'Assomption de la bienheureuse Marie, époque où tous les ans les greniers ont coutume de regorger de moissons, c'était à peine si une seule gerbe de blé mur se penchait sur ses tuyaux ; ainsi l'inondation s'accroissant de jour en jour, les ouvriers qu'on avait loués entraînèrent quotidiennement de grandes dépenses pour eux et pour leurs bêtes, et ceux qui purent aller travailler hors des niaisons ne parvinrent pas à rien faire de bon dans les champs. Aussi, ce qui était inouï jusqu'alors, à la fête de la Toussaint, les moissons étaient debout tout alentour, attendant qu'on les coupât; mais elles ne pouvaient guère servir, étant presque gâtées. Cependant, en quelques lieux, les moissons, quoique tardives et inutiles, furent rentrées dans les granges ; en quelques autres, et ce fut le plus grand
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nombre, elles rebtèrent complètement dehors en. pleine campagne, et ne furent bonnes qu'à faire du fumier pour engraisser la terre. Or, il faut savoir que, cette année, la terre avait produit ses fruits avec unesi grande fertilité, que, si Ton eut pu sauver toutes les récoltes, elles auraient pu presque suffire à la consommation pendant deux années.
Les consolations humaines venant donc à manquer ^ •on «e tourna de nouveau vers les secours divins. 11 fut statué dans, le chapitre de Saint-Albans, que, par l'office de Tarchidiacre, un jeûne solennel et général serait ordonné parmi le peuple; que, dans toutes les églises du même bourg tous les habitants rassemblés en grande dévotion le jour de saint Oswald, c'est-à-dire le 9 d'août, suivraient le couvent processionnellement et pieds nus à l'église de la bienheureuse Marie des Prés , et là supplieraient humblement le Seigneur et sa mère, d'avoir pitié de leur peuple , afin que le Seigneur, par les prières et les mérites de sa mère présente en ce lieu, daignât ramener la tranquillité du ciel et de l'air. A cette nouvelle, les habitants de Londres, s'accusant de retard, décidèrent, en suivant cet exemple, qu'un jeûne général serait imposé, dans la ville, aux religieux, aux bourgeois etau peuple; que toutes les personnes des deux sexes, dans l'appareil de la contrition et de la pénitence, se rendraient processionnellement et alternativement à l'église, et supplieraient très-dévotement le Seigneur de conserver, en octroyant un temps serein, les fruits de la terre qu'il avait fait espérer,
et de permettre miséricordieusement, en arrêtant les pluies, qu'on put rentrer dans les greniers les récoltes qui paraissaient devoir être abondantes. «Car, disait-on, nous souffrons avec plus de « constance d'être privés d'un bienfait dont nous « n'avions pas Tidée, que de voir qu'on nous pro- « mette un bienfait , et qu'on nous le retire après « l'avoir prorais. » Ces cérémonies furent accomplies avec autant d'empressement que de dévotion, et l'événement en prouva bientôt Tefficacite. En effet, au bout de quelque temps, par Tintercession de notre très-puissantepatrone susdite et du bienheureux martyr Albans , ainsi que des autres saints , cette funeste continuation du mauvais temps cessa ou devint plus rare; en sorte que le prix du blé alla en diminuant désormais, et descendit à la moitié de ce qu'on le payait auparavant. En effet, les pieuses supplications du peuple, et le changement de temps qui suivit bientôt , promirent à tous une prompte al'tluence de moissons et de fruits.
Vers le même temps, c'est-à-dire le 6 avant les iJes d'août, mourut Tévêque de Lincoln , Henri de Lexinton, dans son manoir deNetlinton \ qui est à peu de distance de Lincoln. Le corps du défunt fut enseveli avec respect dans l'église cathédrale de Lincoln.
A l'approche de la fête de l'Assomption de la glo-
♦ Nous reproduisons le mot du texte, en faisant remarquer tjue la carte de Camden mar(|uc probablement le morne lieu du nom de JSetldwm,
28 HENlll III.
rieuse vierge, Heriot, clerc, conseiller spécial et notaire du seigneur pape, et qui, à son départ pour TAngieterre, avait été armé par lui des pouvoirs les plus étendus, ayant vu la perturbation du royaume, quittaTAngleterre, prudemmenletsans bruit jusqu'à ce que soufflât le vent plus favorable de la paix et de Tunité.
Sur ces entrefaites, le châtelain gard ien de Douvres surveillait le rivage et examinait tous les passants avec une attention infaillible. Il découvrit que plusieurs personnes étaient chargées d'argent, et se proposaient de porter cet argent aux étrangers. Aussi il les en déchargea au plus vite , pour qu'elles passassent la mer avec moins d'embarras. A cette époque, on découvrit aussi une somme de mille marcs, provenant du trésor de l'élu à Winchester, et qu'il avait déposée à Doiivres. Ces mille marcs furent donnés à titre de solde et de provisions de voyage à quatre chevaliers qui durent se rendre à Rome, y exposer brièvement et en résumé, devant le pape, au nom du roi et des seigneurs, la cause du baronnage d'Angleterre, sans aucun délai fâcheux et sans détours de dispute, et en même temps montrer, au moyen des cédules signées et non écrites, qu'après la mort de maître Bérard de Nympha on avait trouvées dans ses coffres, par combien de machinations de toute espèce les Romains s'efforçaient de piller l'Angleterre. Or, les députés emportèrent avec eux ces cédules signées, telles qu'on les avait découvertes.
Le roi de pRiNCE s'applique a affermir la paix entre
SON ROYAUME ET l'AnGLETERRE. EnQUÊTE SUR LES VEXA- TIONS ÉPROUVÉES PAR LES CITOYENS ANGLAIS. INDIGNA- TION DU ROI CONTRE PHILIPPE LUVEL, AU SUJET DES DOM- MAGES CAUSÉS AUX FORÊTS ROYALES. FaITS DIVERS.
Le Irès-pieux roi de France s'occupa attentivement et diligemment des moyens d'affermir une paix solide et perpétuelle entre les deux royaumes de France et d'Angleterre. Car il disait : « 11 faut travailler de tous « nos efforts à ce qu'une paix durable soit établie entre « mes fils et les fils du roi d'Angleterre, qui sont cou- «t sins, et qui régneront si Dieu le permet, afin qu'à «( l'avenir les deux royaumes ne se mordent plus, K comme ils le faisaient , à l'instigation de l'ennemi « du genre humain ; que les hommes ne se pillent « plus et ne se tuent plus réciproquement, et qu'ilsne a soient plus précipités dans l'enfer. » 11 fit donc lever de grandes sommes d'argent pour pouvoir conduire à l'effet désiré ce projet qu'il avait heureusement conçu dans son âme, promettant à ses Français que de cette levée d'argent résulteraient pour eux de grands avantages, et leur disant qu'ils ne devaient pas supporter avec peine ce léger fardeau, dont ils pourraient par la suite tirer une utilité durable.
Dans ces mômes jours, un bref du seigneur roi futadressé, dans chaque comté, aux quatre chevaliers qui avaient été institués dans chacun des comtés. Ces chevaliers devaient examiner fidèlement par combien de vexations, et par quelle gravité de vexations les simples avaient été opprimés par les forts; faire une
enquête rigoureuse sur toutes les plaintes déposées par qui que ce fut, ou sur toutes les injures éprouvées par qui que ce fût, depuis un laps de temps fort long, et déférer au baronnagetous les résultats de leurs enquêtes enfermés sous leurs sceaux, au temps qui leur était fixé par le bref. Pour que la teneur de ces lettres ne soit pas ignorée de ceux qui en voudraient prendre connaissance, on pourra les trouver au livre i\es Additamenta*.
Cette même année, au commencement du temps des moissons , comme le roi examinait Tétat de ses forêts, qui ne sont pas fort éloignées de Stanystradford, on lui rapporta que Philippe Luvel, clerc, conseiller spécial et trésorier du seigneur roi, avait causé des dommages inestimables dans les forêts royales. En effet, le roi, par pure et royale libéralité, lui ayant octroyé bénignement du gibier pour garnir ses parcs
* Voy. l'addition XLV à la fin du volume. Cette ordonnance de Henri III, rédigée évidemment sous l'influence de la ligue, est, à liotre avis, Torigine de la représentation des comtés dans le parlement. Les chevaliers appelés à venir rendre compte aux barons de l'état des comtés, ne tardèrent pas à y siéger comme membres de l'assemblée, et les termes de l'ordonnance de 1264 ne semblent guère que consacrer le droit antérieur des quatre chevaliers chargés des intérêts politiques du comté. M. Guizot a traité avec étendue, dans ses Essa?5,cequi se rattache à l'introduction des communes dans le parlement. Lingard assure que l'on trouve la trace de la représentation des comtés dans le parlement dès la septième année du règne de Henri III (1223 ); en ce sens l'ordonnance de 1258 ne serait qu'un renouvellement de celle-là. L'élection des chevaliers de la province pour expédier les affaires du comté était une coutume très-ancienne , et que quelques-uns font remonter jusqu'aux premiers temps de la conquête.
el pour Tiisage de sa table, et lui ayant donné droit de prendre des bêtes, mais en nombre limité, ledit Philippe, abusant de celte faveur, avait augmenté dix fois le nombre déterminé, et avait outrepassé impudemment, à ce qu'on prétendait, le droit qui lui était laissé. Aussi, quand le roi eut considéré en grande colère les fourrés de la forêt, et qu'il les eut trouvés dégarnis degibier; quand surtout on lui eut fait entendre , comme nous Tavons dit , que le susdit Philippe était Fauteur de ces dégâts, il le saisit violemment par le bras, et lui. dit: « Par le cap de Dieu! Philippe, « je l'arrête comme leplus méchant de mes hommes. » Or, Philippe, désirant apaiser le roi, lui répondit avec modération en lui disant publiquement et humble ment : « Messire roi, vous que j'ai servi fidèlement <» pendant quelque temps dans votre échiquier, il y « a beaucoup de forestiers, principalement dans le (( Witlewood, qui exercent de grandes tyrannies con- « tre les gens du pays, et que leurs propres méfaits a rendent incroyables, comme peuvent le témoigner « l'abbé et le couvent de Beccles. Ne veuillez donc « pas, s'il vous plaît, ajouter si promptement foi aux « insinuations de pareils accusateurs. En effet, ils « s'efforcent de noircir la renommée royale, pour que ' vos ennemis puissent dire : Voyez , le roi finit par <( confondre d'une façon diabolique ceux qui l'ont « servi et qui même se sont le mieux acquittés de leurs « offices. » Aussi le roi, plus troublé encore par ces paroles, mit Philippe en liberté sous la garde du grand maréchal, en lui disant d'une voix courroucée et me-
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naçante : « Puisque je vous ai exaltés, toi et quelques « autres, et que je vous ai institués tout à fait gra- « tuitement dans des offices grands et fructueux, vous « êtes obligés d'autant plus étroitement à être mes « féaux, et vous devez être punis plus gravement si « vous commettez des excès. » C'étaient les mêmes paroles qu'il avait répétées plusieurs fois, peu d'an= nées auparavant, à Robert Passelève, qui refusait de se reconnaître coupable. Or, Philippe, qui avait conféré beaucoup de biens à beaucoup de gens, et qui ne manquait pas d'amis, fut mis en paix et en liberté pour un temps, avec espérance de pleine délivrance en fournissant de nobles cautions , jusqu'à ce qu'il eût pu prouver plus pleinement son innocence.
A rapproche de la fête de la Nativité de la bienheureuse Marie, comme le vicomte de Northampton, stimulé par les aiguillons de Tavarice, suivait les traces de son prédécesseur Guillaume de Tlsle, et commettait, à titre de vicomte, une foule d'injustices envers des innocents, les plaintes à cet égard parvinrent jusqu'au justicier capital Hugues Bigod, et le vicomte, convaincu d'une foule d'injustices, et arrêté, n'échappa qu'à grand'peine à la corde, et fut enfermé dans une prison dure et rigoureuse.
Vers ce temps-là, mourut un clerc et un conseiller spécial du seigneur roi, à savoir Roger de Wescham, qui, investi de l'office de justicier, avait cherché de tous ses efforts à se conformer aux désirs du roi.
Dans le cours de ces mêmes temps, mourut frère Guillaume de Tharento, de l'ordre de Cîteaux, pro-