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sonniers et les outres émoluments qui, aux termes (le la convention première, devaient être répartis par portions égales entre les seigneurs. Il paraissait aussi être traité avec mépris par ses fils, qui témoignaient un orgueil insolent, et qui, vers ce temps, avaient fait proclamer contre le comte de Glocester un tournoi à Dunstable, où s'étaient rendus les habitants de Londres et une multitude infinie de chevaliers et d'hommes d'armes. Lorsque Simon leur père eut appris cela, il s'emporta contre leur présomption, et leur enjoignit expressément de renoncer à leur dessein, les menaçant, s'ils osaient contrevenir à cet ordre, de les enfermer dans un lieu tel, qu'ils ne jouiraient plus de la vue du soleil ni delà lune. Étant instruit de cette défense, le comte de Glocester fut irrité au delà de tout ce qu'on peut s'imaginer , et beaucoup de ceux qui avaient fait des préparatifs pour le tournoi susdit supportèrent avec peine de se voir frustrés dans leur projet , surtout à cause des dépenses qu'ils avaient faites pour paraître à ce tournoi : aussi se répandaient-ils en injures contre le «omte, et disaient-ils de lui qu'il était ridicule qu'un étranger ^ prétendît obtenir pour lui la souveraineté
"* L'aristocratie anglo-normande se souvint que Simon de Montfort n'était point sorti de ses rangs, quand elle le vit régler les affaires de l'état avec l'énergie d'un esprit supérieur. Elle s'arma contre lui de sa naissance étrangère , mais sans réussir à soulever l'opinion publique. « Quoiqu'il fût étranger , disent les chroniqueurs contemporains , « aucun homme de bon sens ne peut regarder oomme tel le défensoup f< des droits de la propriété légitime, »
kmÉK ^265. 125
du royaume entier. Ce qui augmenlait encore Tindiguation de Gilbert, c'était qu'il avait demandé envain au susdit Simon , et Tavait prié de lui rendre le roi d'Allemagne et quelques autres prisonniers qui avaient été pris par lui, Gilbert, et par les siens, dans la bataille , et que Simon lui avait répondu par un relus bref. Voilà pour quelles causes leur ancienne amitié se changea en haine, au point que désormais ni la considération du serment, ni aucune soumission ' ne purent apaiser ledit Gilbert. En effet, Gilbert, prenant sous sa protection tous les nobles chevaliers de la marche dont on a fait mention plus haut, et à qui le comte Simon avait ordonné, par un édit public, de quitter le royaume, les rappela et se joignit à eux par une alliance. Jean de Warenne, comte de Surrey et de Sussex , et Guillaume de Valence, comte de Pembroke, qui s'étaient fait transporter par mer dans les parties occidentales du pays de Galles, et avaient abordé à Pembroke, augmentèrent leur confédération. C'est pourquoi le comte Simon, conduisant le roi avec lui, partit pour Hereford, et ayant rassemblé une armée nombreuse, se prépara à écraser j)uissamment les susdits chevaliers. Sur ces entrefaites, quelques prélats travaillèrent à ramener les comtes de Leicester et de Glocester dans l'ancienne amitié qui les unissait; mais ils ne purent réussir à rien. Vers cette époque-là , tandis que ces
' Aligua, dit le texte, la vari-uilc donne aniiqua : ce qui changerait l<' sens.
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choses se passaient, Edouard, fils du roi, détenu et gardé au château d'Héretord, avait obtenu de ses gardiens la permission de se promener hors de la ville dans une prairie, et d'y faire des courses a cheval. Un jour, après avoir essayé plusieurs chevaux et les avoir lassés à la course , il trouva enfin sous sa main un dtstrier d'élite qu'il monta, et le pressant à coups d'éperons , dit adieu à ses gardiens. Après avoir traversé le fleuve qu'on appelle le Wer , avec deux chevaliers et quatre écuyers instruits de son projet de fuite , il dirigea sa course vers le château de Wigmor. Ses gardiens, s'étantmisà sa poursuite, aperçurent les bannières des seigneurs Roger de Mortemer et Roger de Clifford , qui s'avançaient vers Edouard pour protéger son évasion , et, se voyant trompés, revinrent à Hereford. Ces choses se passèrent la veille de la Trinité, par le conseil et l'habileté des chevaliers susdits.
Succès d'Édocard. — Accroissements de l'armée ROYALE. — Bataille d'Evesham. — Mort du comte de Leicester et de deux de ses fils. — Son éloge. — - Ses dernières paroles. — Actes politiques des vainqueurs. — Édouaril étant donc délivré de sa prison, rassembla une armée, et une foule de gens étant venus grossir ses troupes , il fit rentrer dans son parti les comtés d'Héreford, de Worcester, de Shrewsbury et de Chester , soumettant villages , bourgs , cités et châteaux. Il assiégea aussi et prit d'assaut la ville de Glocester, que le comte [Simon] avait conquise ré-
cemmeiil. Ceux qui étaient chargés de garder la ville s'enfuirent dans le château ; mais ils le rendirent au hout de quinze jours, et furent renvoyés en liberté, après avoir prêté le serment qu'ils ne porteraient plus à l'avenir les armes contre Edouard. Cependant le comte de Leicester, après avoir forcé la ganiison de Monmouth à se rendre, rasa jusqu'au sol ce château, que le comte de Glocester avait pris et fortifié peu de temps auparavant. Étant ensuite entré sur les terres du même comte, c'est-à-dire dans le Glamorgan, il rencontra le prince de Galles qui marchait à sa rencontre et à son secours. Réunis ensemble, ils dévastèrent tout le pays par l'incendie et le massacre. Pendant ce temps, Edouard, apprenant que plusieurs partisans du comte Simon s'étaient retirés au château de Kenilworlh, joignit ses troupes à celles du comte de Glocester, partit le soir de Worcester pour Kenilw^orth, elarrivanttoutà coup à marches forcées, s'empara du comte d Oxford et d'environ treize chevaliers bannerets , avant qu'ils eussent pu rentrer dans le château, où s'était déjà enfermé Simon, fils du comte Simon. De son côté, Simon de Leicester^ ayant toujours le roi en sa compagnie , était revenu du midi du pays de Galles, et était arrivé le jour de la fête de saint Pierre-aux-liens, à un manoir de révêque de Worcester qu'on appelle Kempscy, où il demeura jusqu'au lendemain. Edouard alors revint de Kenilworlh à Worcester, qui n'est éloigné que de trois milles du susdit manoir. Ayant eu avis de son arrivée, Simon partit de ce lieu avec le roi^
à la première tombée de la nuit, et alla camper dans la ville qu'on appelle Rvesham , où l'attendait un destin funeste. En effet, le lendemain, qui était le jour de Tinvention de saint Etienne, Edouard se départit de Worcester, passa le fleuve près de la ville qu'on appelle Clains ^ , et ferma tout chemin au comte vers son fils, qui était dans le chateau de Kenilworth , et au fils vers son père. Le lendemain, il s'approcha de la ville d'Evesham, qu'il serra d'un côté, tandis que de deux autres côtés arrivaient le comte de Glocesler avec son armée, et Roger de Mortemer avec son corps de troupes. Ainsi le comte de Leicester, enfermé de toutes parts, se trouva dans la nécessité ou de se livrer volontairement ou d'engager bataille avec ses adversaires. Aussi à la troisième férié, qui arriva aux nones d'août^ , les deux armées se rencontrèrent dans un champ spacieux, hors de la ville, où, un combat très-sanglant s'étant engagé, le parti
' Hlinema (texte hic); nous traduisons d'après Lingard. Au reste le récit de Rishanger est fort incomplet. Edouard, averti par une femme nommée Margot, qui, sous des habits d'homme, jouait le rôle d'espion, partit de Worcester dans la soirée, et arriva à Kenilworth le matin suivant, au lever du soleil (1er août.) Douze bannerets qui habitaient le prieure furent surpris au bain. Simon de Monlfort se sauva presque nu dans le château ; le reste s'enfuit à l'aventure. ( Voy. les détails dans la chronique de Mailros. ) Le même jour, Leicester traversa laSaverne à gué, s'arrêta à Kempscy à une lieue de Worcester, et, ignorant le sort de son fils, marcha sur Evesham en se dirigeant vers Kenilworth par la rive gauche du fleuve. Edouard, qui était revenu à Worcester, pritla roule de Bridgcnorth. C'est alors qu'il passa la rivièr« à Clains et rencontra l'armée du comte.
' ii aoftt.
ANÎSEE ^265. ^2r
du comte commença à succomber; tout le poids de la bataille retoiDba sur lui , et il y périt percé de coups. A rheure de sa mort, des coups de tonnerre se firent entendre, des éclairs brillèrent , et une si grande obscurité couvrit le ciel, que les bommes ne pouvaient revenir de leur élonnement. Avec lui succombèrent dans cette bataille douze chevaliers bannerets ; à savoir : Henri, son fils ; Pierre de Montforl, [un autre de sesfils^]; Hugues de Spencer, justicier d'Angleterre; Guillaume de Mandeville,RaoulBasset, Gaultier de Crépinge, Guillaume d'York, Robert de Trégor, Thomas de Hostelée, Jean de Beauchamp, Guy deBailleul, Roger de Roulée, beaucoup d'autres de moins grand renom, une multitude considérable d'écuyers et de fantassins, et nommément de Gallois. Ainsi termina ses longs travaux le comte Simon , ce magnifique homme, qui avait donné nou-seulementses biens, mais encore sa vie, pour garantir les pauvres de l'oppression et pour défendre la justice et les droits du royaume. H était recommandable en tous points par sa science dans les lettres; il se réjouissait d'assister assidûment aux offices divins; il élait habitué à la frugalité, et avait pour habitude de veiller pendant les nuits plutôt que de dormir; il avait la parole grave, le visage sévère , ajoutait la
* Nous ajoutons quelques jnots conformément à l'interprétation du père d'Orléans. Ce (ils de Simon de Montfort paraît avoir échappé n la plupart des généalogistes. — Le chroniqueur rapporte un peu plus has (juelques-uns des traitements indignes exercés par les vainqueurs sur le cadavre du comte de Leicester.
128 HKNIU 111.
plus grande foi aux oraisons des religieux , et avait toujours témoigné un profond respect aux ecclésiastiques Il s^élait efforcé de s'attacher aux préceptes du bienheureux Robert surnommé Grosse- Tête , évêque de Lincoln , et il lui avait confié ses enfants tout petits à élever. C'était par son avis qu'il traitait les affaires difficiles , essayait les entreprises douteuses, et finissait ce qu'il avait commencé, surtout quand il pensait que ce fût chose qui pût accroître ses mérites. On assure que le même évêque lui avait enjoint, en rémission de ses péchés, de prendre en main cette cause pour laquelle il combattit jusqu'à la mort , assurant que la paix de l'église anglicane ne pouvait être affermie sans que le glaive matériel fût tiré du fourreau , et déclarant fermement que tous ceux qui mouraient pour cette cause étaient couronnés du martyre. Quelquesuns racontent que Tévéque, posant un jour sa main sur la tête du fils aîné du comte, lui dit : «0 très- « cher fils, loi et ton père vous mourrez ensemble « le même jour par le même genre de mort, mais « pour la justice et la vérité. » La renommée raconte que Simon, après sa mort, opéra plusieurs miracles éclatants \ dont le détail ne fut pas répandu dans le public, à cause de la crainte d'offenser les rois.
' « On disait que c'était mensonge de l'appeler traître et rebelle, et on le proclamait saint et martyr aussi bien que Thomas Becket. Le chef de Tarmée des barons contre Henri I!I fut le dernier homme en faveur duquel se manifesta celte disposition à confondre ensemble les deux enthousiasmes de la religion et de la politii|ue , disposition particulière à la
ANNÉE I2C5. joq
Edouard, ayanl remporté celte victoire déplorable, recommanda après le combat, aux moines d'Ëvesbam , d'avoir soin d'enterrer convenablement les corps des morts, et surtout des principaux. Il assista en personne aux obsèques d'Henri de Montfori, que le roi son père avait tenu sur les fonts de baptême, avec lequel il avait lui-même été nourri, et qu'il avait aimé tendrement dès Tenfance [et Ton dit qu'il donna des larmes à la mort dudit Henri]. Avant le susdit combat, à ce que quelques-uns rapportent, lorsque Simon futsorlide la ville d'Évesbam\ ayant le roi avec lui, et qu'il eût vu avec quelle prudence et quelle adresse l'armée de ses adversaires était rangée en bataille, il dit aux siens : « Par le « bras de saint Jacques (c'était son juron ordinaire), « ces gens- là viennent en belle ordonnance, et ils « ont appris cela non pas d'eux-mêmes, mais de « moi. Aussi recommandons nos âmes à Dieu; car « pour nos corps ils sont à eux'*^. » Il exhorta aussi
race anglaise et que ne partageaient pas les Anglo-Normands. Car, bien que Simon de Montfort eût fait beaucoup plus pour eux que pour les bourgeois elles serfs d'Angleterre, ils ne soutinrent pas la réputation de sainteté que ces derniers essayaient de lui faire , et laissèrent les pauvres gens et les femmes de villages visiter seuls le tombeau du nouveau martyr, pour en obtenir des miracles. Ces miracles ne manquèrent pas, et il y en a plusieurs légendes ; mais le peu d'encouragement donné par Taristocratie à la superstition populaire, les fît bientôt tomber dans Toubli..» M. Aug. Thierry, ComcL, chap. v.
< Je ne puis comprendre autrement ; le texte est obscur.
- Le père d'Orléans prétend que ces paroles , si elles sont authentiques, sont indignes d'un grand caractère comme celui du comte de Leicesler. Mais les âmes les plus fortes n'ont-cUes pas des moments d'hor- IX. 9
Hugues de Spencer, Raoul Basset et d'autres à se retirer, et à se réserver pour des temps meilleurs. Mais eux refusèrent de vivre, s'il mourait. Quand le comte eut été tué, ses ennemis lui coupèrent la tête, les pieds et les mains, contre toutes les règles des combats entre chevaliers, et sa tête fut présentée à la femme de Roger de Mortemer, laquelle demeurait à Worcester. Dans la susdite bataille le seigneur roi fut blessé, et courut presque danger de mort, ayant été frappé d'un trait lancé contre lui sans dessein*. Ayant donc triomphé de ses ennemis, le roi fut réintégré dans le pouvoir royal, et, sur le conseil de son fils vainqueur, il convoqua un parlement à Winchester, le jour de la nativité de la bienheureuse Vierge. Là, après avoir tenu conseil, il priva la ville de Londres, à cause de sa rébellion, de ses privilèges et de ses anciennes libertés. Il ordonna aussi que les chefs de la faction soulevée contre lui fussent enfermés dans des prisons, pour être punis au gré de sa volonté. A la fête de saint Edouard, tous ceux qui avaient tenu pour le comte Simon contre le seigneur roi furent déshérités. Bientôt le roi conféra leurs terres à ceux qui lui étaient restés fermement attachés, après avoir pesé les mérites de chacun. Mais
rible découragement, et doit-on se défendre de croire que ceux qui vont mourir n'ont pas comme une prévision de leur destinée?
* On prétend que les barons l'avaient placé au premier rang.de leur armée, pour qu'il tombât sous les coups de ses partisans. Déjà blessé, le roi poussa son cheval en avant et s'écria : « Sauvez-moi : je suis Harri de Winchester, votre roi. » Edouard accourut à lui et le tira de ce danger.
les déshérilés, s'elaut rassemblés, exercèrentj on divers lieux, des pillages et des incendies. Au nombre et au premier rang des déshérités se trouvaient Simon et Guy, fils du comte Simon de Montfoi t. Quant à réponse du comte, elle resta libre de partir avec tout ce qui était à elle, et elle retourna dans son pays natal, avec un sauf-conduit d'Edouard, pour ne plus revenir*.
Aventure tragique a Saint-Albaxs. — Apparition
d'une comète. — - AVÉISEMENT DE ClÉMENT IV. — SaINT
Thomas d'Aquin et saint Bonaventure. — Brigands
MIS A MORT PAR DES PAYSANS. — ArRIVÉE DE ChARLES
d'Anjou a Rome. — Massacre des Gallois a Dunster. — Le roi se prépare a réduire Simon de Montfort le jeune. — Coup D oeil sur l'année ^265. — Vers ce temps, la ville de Saint-Albans était si soigneusement gardée, et si fortement close de serrures et de barres en dedans et en dehors, à cause de l'effroi qu'inspirait la guerre , que tout accès était refusé à ceux qui voulaient passer par cette ville, et principalement aux cavaliers. En ce moment Grégoire de Stok, constable d Hartford, piqué par la bonne contenance des gens de Saint-Albans, se vanta d'entrer dans la ville avec trois garçons, nonobstant porles et serrures, et
* Il est singulier que le continuateur parle d'Eléonore Plantagenct comme d'une étrangère, natale solum petiit^ etc. Nous savons qu'après la mort de son mari, la sœur de Henri III se retira en France et prit le voile à Montargis, dans un monastère de religieuses de l'ordre des Préclieurs,fondépar une sœur du comte de Leicester. DuGDALE, d'après Thomas de Walsingham, ann. 4277.
452 IIKNIU 111.
(i'emmener avec lui, prisonniers à Hartford, quatre des principaux de ces vilains. Pour accomplir son projet, il pénétra dans la ville, se mit à courir do tous côtés comme un fou , jetant les yeux çà et là , comme s'il était préoccupé par quelque grand dessein. Enfin il dit à ses garçons : « Voyez de quel côté « est le vent. » Aussitôt un boucher, croyant qu'il voulait mettre le feu à la ville, lui dit : « Je vais te « montrer de quel côté est le vent, » et en même temps il lui donna un soufflet avec tant de violence, qu'il étendit Grégoire par terre à ses pieds. Ensuite on se saisit de lui et de ses garçons, et on les garrotta avec des anneaux de fer et des entraves aux pieds. Le matin les bouchers, leur ayant coupé la tête, flchèreat ces têtes dans de longs pieux, qu'ils plantèrent aux quatre extrémités de la ville. Quand le roi eut appris cela, il imposa à la ville un amerciament de cent marcs : les habitants fournirent aussitôt cet argent.
Cette même année, apparut une comète si remarquable, qu'aucun de ceux qui la voyaient alors n'en avait vu une pareille auparavant. En effet, s'étant lovée à l'orient, avec un grand éclat, elle se dirigea vers Toccident jusqu'au milieu de Thémisphère, on éclairant tout l'espace du ciel qu'elle parcourait. Sans doute elle présagea plusieurs grands événements en diverses contrées du monde ; mais, pour parler d'un seul fait qui fut reconnu pour certain, c'est que le pape Urbain commença à être malade le jour où elle apparut pour la première fois, et qu'après
ÂNiNEE ^265. -loû
s'èlre montrée pendant plus de trois mois, celte comète disparut la nuit même où le pape expira. Or, il mourut à Pérouse, et fut enterré dans cette villcv 11 eut pour successeur Clément VF, Provençal de nation, qui avait d'abord eu une épouse et des ûls^ avait été un avocat fameux, et un des conseillers du roi de France. Quand ii eut perdu sa femme, il fut d'abord créé^ évêque du Puy, et ensuite arcbevêque de Narbonne, à cause de sa vie recommandable et de sa louable science. Enrin,ayant été élevé au cardinalat, il devint évêque de Sabine, et après avoir été envoyé comme légat en Angleterre, pour la réformation de la paix, par le pape Urbain, il lut élu pape en son absence. Vers ce temps brillaient, à Paris, Thomas d'Aquin et Bonaventure, docteurs illustres. Frère Thomas d'Aquin était de Tordre desPrêcheurs, et Bonaventure de l'ordre des Mineurs^
* Erreur évidente. On doit lire CUmens quartm. La date de la mort d'Urbain IV n'est pas non plus exacte. Ce pontife mourut le 10 octobre 1264, et son successeur ne fut élu que cinq mois après. Clément IV s'appelait de son nom Guy Foucaut. Un autre légiste, Simon de Brion, chancelier de France sous saint Louis, devait devenir pape sous le nom de Martin IV ; les affaires politiques de l'Italie imposaient aux cardinaux l'obligation de nommer des papes français.
^ Asseriiur. iNous adoptons la variaute efficitur.
' Ce fut surtout à Tinfluence et aux commentaires de saint Thomas d'Aquin que la philosophie péripatéticienne dut son rétablissement, et quand en 1271 il retourna en Italie, la chaire qu'il occupait fut donnée à un moine dominicain de la famille des Orsini. On cite de ce docteur, aussi illustre par la sainteté de sa vie que par ses écrits, un trait remarquable. II entrait un jour dans la chambre du pape pendant qu'on y comptait de Targent : « Vous voyez, lui dit Inuocent IV, que i'églisc n'est plus dans le siècle où elle disait : Je n'ai ni or ni argent. — Il est
Vers ce temps, cinquante homnries intrépides' armés de glaives, d'arcs et de flèches, entrèrent dans le monastère de religieuses du bienheureux Gilles du Bois, près de Saint-Albans, et après avoir pillé les biens de ces pauvres femmes, et avoir commis quelques autres énormités, ils se retirèrent chargés de butin. Comme ils se dirigeaient vers Dunstable, un homme accourut derrière eux, en poussant de grands cris et en sonnant du cor. A ce bruit, toute la population voisine se rassembla, et cet homme lui dit, en désignant les brigands : « Ces gens-là ont pillé le M prieuré du Bois, et y ont causé beaucoup de maux. » Chose surprenante ! tous ces brigands restèrent comme frappés de mutisme, et devinrent incapables de se défendre ; il ne s'en trouva pas même un seul parmi eux qui pût lever la main pour tirer son épée ou pour bander son arc, tant la vengeance divine s'était appesantie sur eux. Ils furent donc frap-
vrai, saint père, répondit le docteur angélique j mais aussi elle ne peut |)lu8 dire au boiteux: Lève-toi et marche.» — Jean Firenza, n^ a Bagnarea en Toscane en 1221 , fut guéri dans son enfance par saint François d'Assise, qui s'écria, en voyant Theureux succès de ses prières ; 0 biiona Ventura. Jean s'illustra sous ce nom, et devint une des gloires de Véglise. Il refusa l'archevêché d'York , et désigna le pape Gréf,oire X aux suffrages des cardinaux ; il mourut cardinal lui-même en 1274, la même année que Thomas d'Aquin. Au-dessous de ces deux hommes supérieurs, on peut compter d'autres Italiens distingués , dont le savoir enrichit r Université de Paris vers la même époque, tels que Roland de Crémone, Anaibalde des Annibaldi, Rémi de Florence, Jean de Parme, Augustin Trionfo d'Ancône , Jacques de Vitorbe, Gilles Colonne, précepteur de IMiilippe le Bel, Prépositif Lombard et Robert de Bardi , qui furent tous' doux chanceliers de l'Université à peu d'intervalle. ' Fortes; Peut-être /"wres.
pes el lues presque tous par les paysans; les autres, qui s'étaient cachés, furent trouvés morts de faim le long des haies.
Cette même année , Ottobon , cardinal-diacre du titre de Saint-Adrien \ fut envoyé comme légat en Angleterre, par le seigneur pape Clément. Charles, frère du roi de France, ayant été transporté par mer à Rome , fut couronné roi de Sicile par le seigneur pape Clément. Une multitude de Français, qui avaient pris la croix contre Manfred, et qui avaient pour capitaines Guy, évêque d'Auxerre; Kobert, tils du comte de Flandre, et Bouchard, comte de Vendôme, arrivèrent à Rome au secours de Charles^.
Cette année, le dimanche avant la bataille d'Evesham, une multitude de Gallois ayant pour capitaine Guillaume de Barkley, chevalier, mais fameux par sesméfaits, abordèrent à Minchead, auprès du château deDunster^, avec Tintention de dévaster le comté de Sommerset. Le gardien de ce château, qui s'ap-
' H était de la famille de Fiasque et neveu d^nnocent IV. Il fut un instant pape sous le nom d'Adrien V, en 1276.
^ La date et les faits sont exacts (voyez plus haut). On a peine à comprendre les graves erreurs auxquelles ces faits mal connus ont donne lieu chez plusieurs historiens napolitains, entre autres Summonte et le chevalier di Gesare. ( Voy. les notes et le commentaire au paragraphe 1C2, des Diurn de Matteo. ) Nous ne devons pas nous étonner de trouver parmi les chefs de cette armée un comte do Vendôme. Ce Bouchard avait épousé Eléonore , Pune des filles de Philippe de Montfort. — Hobert était lils du comte Guy et petit-fils de Marguerite. Il fut comte de Flandre en 1505.
^ Apud Mumheredjuxta casirum de Dunjhe. iNous adoptons la variante duvslere en modifiant mumhercd.
pelait Adam Gordon, étant allé à leur rencontre, en tua lin grand nombre par l'épée, mit le reste en fuite avec leur capitaine, et en obligea beaucoup à se jeter dans les eaux où ils périrent.
Vers la fête de sainte Lucie, le roi rassembla une armée à Northampton, pour attaquer Simon de Montfort le jeune, et les autres seigneurs, ses adhérents, qui se tenaient cachés dans Tîle d'Axiholm. Ce fut alors que les religieux , devant service militaire, furent opprimés grandement. Comme il serait trop long d'insérer ici les tribulations de chacun, nous parlerons, en peu de mots, de la vexation de notre église, c'est-à dire de celle de Saint-Albans. L'abbé de Saint-Albans envoya, au lieu susdit, ses chevaliers que conduisaient Farchidiacre et le camérier de Saint-Albans, pour présenter au seigneur roi les susdits chevaliers/Après qu'ils eurent prolongé à Northampton, avec vingt chevaux, un séjour fort dispendieux de six semaines environ, le seigneur roi exigea quarante marcs pour chaque chevalier ; et non-seulement il demanda cela à notre église, mais encore il en exigea autant des autres religieux, devant service militaire, qui consentirent à s'engager pour les chevaliers.
Ainsi se passa cette année, abondante en fruits, mais mal famée à cause de la rapacité des brigands, funeste pour T Angleterre par le grand nombre de seigneurs et de féaux qui furent tués, malheureuse pour les Écossais à cause du massacre de leurs compatriotes dans ce royaume, et lamentable pour les
AINNÉE 4206. 4 57
Gallois qui \ircnt les leurs égorgés coniiiie de vils troupeaux.
Simon de Montfort se soumet al roi. — Résistaince
DES CHATELAINS DE KeNILWORTH. — LeS PROSCRITS SE
FORTIFIENT DANS l'ÎLE d'ÉlY. Les HABITANTS DE LynN
MARCHENT CONTRE EUX ET SONT VAINCUS. — DISCUSSION ENTRE LE COMTE DE GlOCESTER ET ROGER DE MORTE-
MER. -- L'an 4266, qui est la cinquantième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquêle , le même roi passa les fêtes de Noël à Northampton, avec la reine, le roi d'Allemagne, le légat Ottobon, et une armée formidable. Là, des hommes de bonne intention étant allés et venus à Teffet de rétablir la paix entre le roi et Simon le jeune, ledit Simon se soumit à l'arbitrage du légat, du roi d'Allemagne, son oncle, et de Philippe Basset, sauf sa vie, la privation de ses membres, et l'emprisonnement perpétuel. Ayant donc reçu des otages, Simon vint se présenter aux yeux du roi, à Northampton. Quand il y fut venu devant le roi, le roi d'Allemagne s'avança aussi devant le'rpi d'Angleterre, et rendit grâces à Simon de ce qu'il lui avait sauvé la vie, disant qu'il aurait été occis * à Ken il worth à l'époque où Simon le père avait été tué, tant les châtelains se montraient irrités de la mort de leur seigneur, s'il n'avait été arraché à ce danger par l'aide du susdit Simon. C'est pourquoi Simon fut alors reçu par le roi au baiser
' SocciuS; nous proposons et traduisons ocrisus.
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de paix, et il aurait obtenu la plénitude de la faveur royale, si Tenvie du comte de Glocester et Tanimosité de quelques autres ne s'y fussent opposées. Il fut donc décidé, à Northampton, que Simon rendrait au roi le château de Kenilworth, et sortirait du royaume, mais recevrait annuellement cinq cents marcs sur le fisc royal, jusqu'à ce que la paix sourît en Angleterre. Mais ceux qui étaient dans le château supportèrent avec impatience ces conditions, et ne voulurent remettre le château ni au roi ni même à Simon, qui s'y était rendu sous sauf-conduit, prétendant qu'ils n'avaient reçu en aucune façon la garde de ce château de Simon, mais bien de la comtesse expulsée peu auparavant du royaume, et qu'ils avaient le ferme propos de ne traiter de la reddition de ce château avec aucun être vivant, si ce n'était avec la comtesse elle-même et en sa présence. Le roi s'approcha donc, avec son armée, pour assiéger le château. Mais ils le défendirent pendant une demi-année contre le roi et l'armée du roi. Enfin, forcés par le manque de provisions, ils rendirent le château au roi, en stipulant que les défenseui*s de la place auraient la vie et les membres saufs, et emporteraient tout ce qui leur était nécessaire. On s'étonna fort de ce que le roi leur eût octroyé de si bonnes conditions, quand ils avaient désolé le pays par leurs brigandages, qu'ils avaient osé retenir contre le roi ce château situé au cœur du royaume, et que, peu de temps auparavant, ils avaient saisi un courrier du
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roi ', lui avaient coupé une main, et l'avaient renvoyé au seigneur roi en témoignage du dédain que les déshérités avaient pour lui.
Sur ces entrefaites, tandis que le roi était occupé au siège du château de Kenilworth avec toute son armée, les déshérités, sachant que les autres pays d'Angleterre étaient dépourvus de moyens de défense, se livrèrent à de grandes dévastations, et Orent du butin aux environs de Cambridge et de Huntingdon. Enfin, ils pénétrèrent dans Tîle d'Ély, la veille de la Saint-Laurent , s'y cantonnèrent et entassèrent en ce lieu les provisions et le butin provenant des courses qu'ils faisaient chaque jour dans la province environnante. L'évèque d'Ély, étant venu annoncer cette infortune au roi, en fut très-mal reçu, et plusieurs imputèrent ce malheur à son incapacité'. Cependant les communes des comtés furent convoquées pour investir les insurgés et empêcher leur sortie. Mais les déshérités, ne concevant aucune crainte de ces préparatifs, chassèrent devant eux ces milices plé-
* iSous pensons, avec le glossaire du texte, qu'il faut entendre par ces mots l'offici(?r désigné, au moyen âge, sous le nom de poursuivant d'armes. On sait qu'il y avait trois degrés dans celte institution, le chcvaucheur, le poursuivant , le héraut. C'était le héraut qui présentait le chevaucheur à la réception du prince ou du seigneur. Admis au nombre des poursuivants, le récipiendiaire devait porter, jusqu'à son élévation ou grade de héraut, un costume bizarre qui consistait en une sorte de tunique, dont une manche retombait sur les épaules et l'autre sur la poitrine.
* On se rappelle l'objection que le roi avait présentée contre l'élection de cet évéque. {Voij. pag. 505 du VIII" vol. ) L'évèque maintenu était alors Hugues de Bclesalo.
no HEiNRI 111.
béiennes, les forcèrent de se sauver à Norwich, et détachèrent quelques-uns d'entre eux pour faire du butin et rapporter des vivres. Ceux-ci étant entrés de force dans la ville, en retirèrent du butin et des dépouilles en abondance, entrèrent de la même manière à Cambridge, se saisirent des Juifs et des autres riches qu'il leur plut de prendre, et les emmenèrent avec eux dans Tîle, pour les mettre à rançon au gré de leur cupidité.
Vers ce temps, les citoyens de Lynn, étant venus trouver le roi, lui promirent, s'il voulait leur concéder de nouveau leurs libertés, de venir lui présenter, morts ou vifs, les bannis de l'île d'Ély. En effet, le roi leur avait enlevé leurs libertés ainsi qu'aux autres villes et cités qui avaient pris parti contré lui* Ayant .obtenu ce qu'ils demandaient, ils rassemblèrent une multitude infinie de populaire, des vaisseaux armés en guerre, des arbalétriers, des archers, et des hommes d'armes de toute espèce, pour s'emparer de ceux qui étaient dans l'île. Les déshérités, avertis de leur arrivée, plantèrent leurs bannières sur la terre ferme, afin de faire savoir aussitôt oij ils étaient à ceux qui arrivaient en remontant le fleuve * . Lorsque ceux de Lynn eurent aperçu les bannières et les ennemis rangés en bataille, ils exhortèrent leurs troupes à descendre en toute hâte sur le rivage. Aussitôt les déshérités, retirant leurs bannières, feignirent de fuir comme s'ils n'osaient pas résister à une si grande multitude. Mais les habitants, qui no se doutaient pas
< I/Ousc. Nous précisons 1p sens du latin.
ANNEK I2G6. 141
(le la ruse, s empressèrent de prendre terre, pêlemêle et sans ordre, et, animés tous du même désir, se mirent chacun de leur côté à la poursuite des fuyards. Alors les déshérités, revenant sur leurs pas, entourent de toutes parts citoyens et populaire, les égorgent, les font prisonniers tandis qu'ils s'efforcent de regagner leurs vaisseaux, et passent au fil de Tépée ceux qu'ils ne veulent pas retenir. Une foule des assaillants périt dans les eaux, un petit nombre rentra à Lynn, non sans être accablés de railleries.
Vers ce temps, le légat, le comte de Glocester et douze autres avaient été choisis pour rétablir la paix, et travaillaient de toutes leurs forces à ce que les déshérités recouvrassent leurs terres et leurs possessions, après avoir fourni rançon pour les transgressions qu'ils avaient commises. Roger de Mortemer, ainsi que les autres marquis qui avaient reçu en don du roi les terres des déshérités, s'y opposait avec vivacité, disant qu'il serait injuste qu'ils perdissent à leur tour, aussi facilement et sans cause, les terres qu'ils avaient reçues du roi en récompense de leur fidélité et de leurs travaux, et dont les anciens possesseurs avaient été justement dépouillés. Quelques-uns même prétendaient que le susdit Roger avait conspiré, pour donner la mort au comte de Glocester, avec d'autres seigneurs, travaillés de la même avarice. Le comte chercha donc à se soustraire, le plus tôt qu'il put, aux tentatives de ces conjurés. Ainsi se passa cette année, fort abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres, mais rendue inutile pour les
^42 HENRI m. •
habitants, h cause des ravisseurs qui avaient mis h main sur les moissons récoltées, et les avaient livrées au pillage selon leur caprice.
célébration solennelle de l4 fete de saint Edouard. —Excommunications prononcées par le légat CONTRE LES PRELATS REBELLES. — GcY DE MoNTFORT S ÉCHAPPE ET VA CHERCHER FORTUNE EN ItALIE. ARRES- TATION DU COMTE DE DeRBY. — CoMBAT SINGULIER ENTRE
LE PRINCE Edouard et Adam de Gourdon. — L'an de grâce 4267, qui est la cinquante et unième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le même roi passa les fêtes de Noël à Oxford, avec la reine, le légat et une foule de seigneurs. On s'y employa activement pour rétablir la paix entre le comte de Glocester et Roger de Mortemer ; mais on ne put amener aucune conclusion pacifique. De là le roi se rendit à Londres pour célébrer la fêle de saint Edouard roi, comme c'était Tusage chaque année. C'est pourquoi, ayant convoqué un grand nombre de prélats des églises ainsi que de barons, il solennisa cette fête avec tous les signes d'une grande joie. Dans le repas qu'il donna, il fit asseoir le légat sur le siège royal, et plaça devant lui chaque mets avant de se servir lui-même. Le comte de Glocester avait été invité à cette fête, mais il refusa de s'y rendre, soupçonnant ses ennemis d'avoir tramé à la cour quelque dessein sinistre contre lui. Cependant il envoya au roi des députés chargés de l'avertir, à ce qu'on prétend, qu'il devait écarter les étrangers de
son conseil, faire observer dans son royaume les provisions d'Oxford, et mettre à exécution les promesses qu'il lui avait faites à Evesham. S'il n'y consentait pas, il no devrait pas s'étonner que le comte fît lui-même ce qui lui semblerait utile. Vers ce temps, le château de Douvres fut rendu à Edouard, et il y fit transférer Guy de Montfort, pour y être détenu sous bonne garde.
Le légat Ottobon, ayant convoqué un concile à Northampton, prononça sentence d'excommunication contre tous les evêques et clercs qui avaient fourni aide ou faveur au comte Simon contre le roi, et nominalement contre Jean *, évêque de Winchester ; Gaultier, évêque de Worcester; Henri, évêque de Londres; Etienne, évêque de Chicester. Parmi eux l'évêque de Worcester mourut misérablement peu de temps après aux nones de février, et eut pour successeur Nicolas d'Ely, chancelier du roi. Quant aux trois autres évêques susdits, ils partirent pour Rome et y sollicitèrent leur absolution du seigneur pape. Le légat enveloppa aussi publiquement dans la même sentence tous les autres adversaires du roi, quels qu'ils fussent.ll promulgua aussi, dans la mêmeassemblée, l'autorisation qui était donnée au roi de lever la dîme de l'église anglicane pendant les sept années qui suivraient immédiatement.
Vers le même temps, celui qui gardait Guy de
4 Ala table et plus bas, Jean Gervais. Qu'était-il devenu de l'élection faite en faveur de Henri tir Won^jbam?
J 44 HENRI m.
Monliort dans le chateau de Douvres s'étant laissé séduire, lui permit de s en aller librement et passa la mer avec lui. Guy, s'étant rendu dans les pays de Toscane, s'attacha au comte Raoul '. Etant devenu fameux parmi les cheva4iers, il reçut pour épouse^ la tille et Théritière de ce comle^. Quant à Simon, son Irère aîné, il s'était échappé peu auparavant de sa prison par le même moyen, et s était réfu^jié en France. Le roi, vers le même temps, institua dans chaque cité un capitaine qui, d'accord avec le vicomte, devait réprimer les violences des brigands dont le nombre était devenu considérable. A celle époque, Robert de Ferrières, comte de Derby, fut pris par les chevaliers du roi au château q\i\m appelle Chesterfield, les compagnons qu'il avait rassemblés pour se livrer au brigandage ayant été dispersés. Vers le même temps, du côtédeWinchesler,un chevalier nommé Adam, surnommé Gordon, qui avait été déshérité avec les autres adhérents du comte Simon, refusait de se conformer à la paix du roi, et s'était retiré avec sa troupe aux environs de la route qui est entre la ville de Wilton^ et le château de Ferneham. Cette route qui alors se prolon-
' Ritso; nous lisons i?«,fo, Radulpho.
^ UxoriS'^ évidemment uœorem.
3 Le père d'Orléans dit que Guy de Montfort se mit au service de Charles d'Anjou, et qu'en récompense de sa valeur il épousa la fille du comte d'Anguillara. Dutillet ajoute Raoul d'Anguillare, (Voy. à la lin du sixième volume la généalogie des Montfort. ) — On trouve aussi ce seigneur désigné sous le nom du comte Aldobrandini.
* Le texte de Liugard confirme la variante Alton.
geait dans une vallée, ùlait rendue tortueuse par des eminences couvertes de bois, et par cela même c'était une excellente position pour des brigands. Aussi infestait-il par ses rapines tout le pays et principalement les terres de ceux qui s'étaient attachés au parti du roi. Edouard, désirant éprouver les forces et la valeur de ce chevalier, dont la réputation s'était étendue au loin, marcha contre lui à la tête d'une troupe nombreuse, et au moment où Gordon se préparait au combat, Edouard ordonna aux siens que personne n empêchât le combat singuHer qui allait se livrer entre eux. En étant donc venus aux mains, ils se portèrent réciproquement des coups vigoureux et redoublés avec une égale force, et ils combattirent fort longtemps sans que l'un des deux cédât à Tautre. Enfin Edouard, charmé du courage de ce chevalier, et de la vigueur avec laquelle il lui avait tenu tête, lui conseilla de se rendre, en lui promettant la vie et une brillante fortune. Le chevalier, acquiesçant à ces offres, mit bas les armes, et se rendit à Edouard qui la nuit même l'envoya à Guilford pour y être présenté à la reine sa mère, avec double recommandation. Plus tard, Edouard lui fît rendre son héritage, le tint en grande amitié, et trouva toujours en lui un féal serviteur \
Décret relatif aux proscrfis. — Bataille de Bi> NÉVENT. — Mutation dans les évéchés. — Le comte de
^ Ce trait de mœurs est remarquable. Uicn n'est plus fréquent dnns les romans de chevalerie.
146 MEiNIU ill.
(ÎLOCESTER REFUSE DE VENIR AU PÀULEMEiNT. — DEMANDES DU KOI AUPAULEMENT DE SaINT-EdMOND. RÉPONSES DES
DÉPUTÉS. — Celle même année, les personnes qui avaient été choisies se réunirent dans la ville de Coventry, et décidèrent, d'un assentiment unanime, que les déshérités pourraient racheter leurs héritages, moyennant une stipulation pécuniaire, à ceux qui s'en étaient emparés en vertu de donation royale, en sorte toutefois que ce rachat n'excédât pas la valeur de sept années des provenances des hicns confisqués, et ne fût pas moindre que les provenances d'une année , mais fût taxé entre ces deux limites selon la proportion du délit. Cependant les fils du comte Simon, et Robert, comte de Derby, qui étaient regardés com nie frappés d'exliérédation perpétuelle furent exclus du bénéfice de ce rachat. Quant à ceux qui devaient être frappés de celle amende de la façon susdite, s'ilarrivaitqu'ilsnepjissent payer la rançon à laquelle ils auraient été taxés, ils laisseraient leurs terres entre les mains des présents possesseurs, juS' qu'à ce que la rançon eût été levée sur les fruits de ces terres. — Cette môme année^ une multitude de Sarrasins, venus par mer en Espagne, causa de grands maux aux chrétiens* : cependant elle fut vaincue
* La conquête de PAlgarve, par Alphonse X, avait préparé la chute des Alniohades d'Espagne , qui hientôt furent renversés en Afrique par les Mérinides. La conquête du Mogreb par les Mérinides et leur première invasion en Espagne coïncident en effet avec l'année 1267. L'avéneiiiont de cette troisième dynastie, qui s'empara de Maroc en i^QO^ sembla donner une nouvelle énergie aux Maures d'Espagne, et il fallut le
ANNÉE ^2<)7. 4i7
dans la suite, non sans une terrible effusion de sang. — Celte même année, Charles, roi de Sicile, combattit contre Manfred devant Bénévent, le vainquit, h tua, et remporta en ce lieu un triomphe glorieux ^ — Cette même année, Godefroi, archevêque d'York, rendit le dernier soupir. Gaultier, évêque de Bath, fut transféré au siège d'York, et eut pour successeur Guillaume de Button, archidiacre de Wells. Vers ce temps-là, le roi fît citer les comtes, les barons, les archevêques, les évêques et les abbés, et communément tous ceux qui lui devaient service militaire, avec injonction de se rassembler à Saint- Edmond, et de se munir en suffisance de chevaux et d'armes, pour attaquer ceux qui s'étaient emparés de Tîle d'Ely contre la paix royale. Tandis que les autres seigneurs obéissaient à cet ordre, le comte de Glocester, qui rassemblait une nombreuse armée sur les confins du pays de Galles, à Teffet de poursuivre ses ennemis, négligea de se rendre à ce parlement. On lui envoya donc des députés, a savoir, Jean do Warenne et Guillaume de Valence, pour l'engager à venir à ce parlement ; mais ils n'obtinrent rien de lui, si ce n'est qu'ils reçurent ses lettres |)aîentes signées de son sceau, par lesquelles il s'engageait à ne
courage et les talents de Sanche le Brave pour rppous«er ces nouveaux dominateurs.
' Date inexacte. La bataille de Bénévent est du 20 février 126G. — H est permis de supposer que le continuateur inscrit le fait au moment où il en a connaissance. Cependant l'intervalle de plus d'un an rend Texcusc peu admissible pour un événement si important.
i48 HENRI in.
jamais porter les armes contre le roi son seigneur, ni contre Edouard, fils du roi, excepté pour se défendre. Quant à ses ennemis, Roger de Morlemer et outres, il déclarait qu'il les foulerait aux pieds selon son pouvoir. Or, il avait inventé adroitement ce prétexte, h ce qu'on disait, parce qu'il craignait qu'on ne lui intentât uiie accusation de trahison. Ceux qui avaient été convoqués à ce parlement étant donc tous réunis, à l'exception des rebelles, le roi et le légat principalement exposèrent les demandes qui vont suivre. Ils exigeaient : 1^ * que tous les prélats et recteurs des églises leur concédassent les dîmes d€s trois années qui suivraient, et de Tannée qui avait précédé immédiatement, jusqu'à concurrence de ce qui était donné ^ aux barons, pour garder la mer contre les étrangers. Réponse, On répondit à cela que la guerre avait été commencée par suite d'une cupidité inique, qu'elle durait encore présentement, et qu'il serait nécessaire de passer sous silence des demandes aussi détestables que celle-là, de s'occuper d'établir la paix dans le royaume, et de faire tourner ce parlement au profit de l'église et du royaume , loin d'y travailler à une extorsion de deniers, surtout qjiand le pays était tellement désolé par la guerre, qu'il Jie pourrait jamais se refaire, ou du moins n'y parviendrait que fort tard. 2'^ ftem^ on demanda que les églises fussent taxées par les mains des laïques, par taxation juste et élevée, selon
' Cette division par domanclcs et par réponses est dans le texte. 2 Le sens de ce membre de phrase est doutrux.
ANNÉli 1267. 449
ia valeur de tous les bieos appailetiatU à ieelles. Réponse. On répondit à cela qu'il était non-seulement contre la raison, mais encore absolument contre la justice, que les laïques se mêlassent de lever les dîmes, et que d'un commun accord les prélats ne.consentiraient jamais à cela, mais seulement à ce que l'ancienne taxe subsistât. 5° Item, que les évoques, les abbés, etc., donnassent pleinement la dîme de leurs baronnies et de leur fief laïque, par taxation juste et élevée. Réponse. On répondit à cela que les prélats étaient appauvris par les déprédations, qu'ils avaient suivi le roi dans son expédition, et étaien-t tellement épuisés d'argent, qu'ils étaient devenus entièrement pauvres , et que même leurs terres restaient incultes à cause de la guerre. 4° Item^ on demanda que le clergé donnât en commun au seigneur roi, pour relever sa dignité, trente mille marcs, paroeque le légatrevendiquait pour le compte de la cour romaine les dîmes dont il a été parlé plus baut, à cause des dettes contractées pour l'affaire de Sicile, d'Apulieet de Calabre, au nom du seigneur Edmond, fils du roi, présenta rassemblée. iî^/)ow5^. On répondit à cela qu'on ne donnerait rien, parce que toutes les taxations et extorsions de cette espèce imposées par le roi précédemment n'avaient jamais tourné au profit du roi et du royaume. 5° Item, on demanda que tous les clercs tenant barounies ou fief laï<jue prissent les armes en personne, pour mar- <'Iier contre les adversaires du roi, ou fournissent Ji l^'xpédition du roi un service tel qu'il convenait à
•rsa HENRI iif.
une terre ou à un tenement si considérable. Réponse. On répondit à cela que les clercs ne devaient point combattre avec le glaive matériel, mais avec le glaive spirituel, c'est-à-dire avec les larmes et les oraisons bumbles et dévotes ; qu'à raison de leurs bénétîceSy ils étaient tenus de maintenir la paix et non la guerre; que leurs baronnies étaient fondées sur de pures aumônes; que par conséquent ils ne devaient d'auti*e service militaire que le service fixé, et qu'ils ne commenceraient pas à en fournir un nouveau. 0** Item, on demanda (|ue le clergé en commun acquittât les neuf mille marcs que Févêque de Rochester Laurent, Tévêque de Balh Guillaume, et Tabbé de Westminster Richard, avaient empruntés aux mar chands du seigneur pape, dans la cour romaine, quand ils se trouvaient dans celte cour, et quMls avaient à expédier les affaires du roi. Réponse. On répondit à cela que le clergé n'avait jamais consenti à Temprunt d'une pareille somme, qu'il n'avait jamais su de quoi il s'agissait; qu'il n'était donc tenu en rien d'acquitter cette dette. 7* Item, on demanda, de la part du pape, qu'une prédication de croisade eût lieu sans aucun délai dans tout le royaume, pour aller attaquer un peuple que la cour romaine désignerait subséquemment, ou pour se racheter à perpétuité de toute obligation de croisade. Réponse. On répondit à cela que le peuple d'Angleterre avait été tué en grande partie par la guerre, et que s'il arrivait qu'on prît la croix, il resterait peu ou point d'hommes à la défense de la patrie; qu'il ressortait mani-
A^NÊE 1267. ISf
icslemenl de là que k> léjjat voulait exiler du pays la race indigène, pour que les étrangers pussent conquérir la terre avec plus de liberté. 8° Item, on prétendait que les prélalsélaient tenus d'accéder, bon gré malgré, à toutes les demandes qui leur seraient laites à cause du serment de Coventry, [>ar lequel ils avaient juré qu'ils secourraient le seigneur roi par tousles nioyens en leur pouvoir. Réponse. On répondit à cela que quand ils avaient fait ce serment, ils n^avaient point eu Tintention de parler d'autre aide que de Taide spirituelle et des conseils salutaires * .
Sommation adressée pau le légat aux kebelles de
l'île d'KlY. — liÉPONSES ET REFUS DE CEUX-CI. — VcrS
ce temps, les déshérités qui se tenaient cachés dans î'ile d'Ély reçurent une ambassade du légat, qui les avertissait de rentrer dans la foi et dans Tunité de la sainte mère église, tt dons Tobéissance envers la cour romaine , d'observer la paix du roi dans la forme convenue, de recevoir, dans les règles voulues par Téglise, l'absolution de la sentence prononcée contre eux, de ne plus commettre désormais de robe ries et de dégâts, mais de faire restitution au clergé et à Téglise de ce qu'ils leur avaient enlevé. Réponse. Les déshérités répondirent, en premier lieu, qu'ils observaient fermement cette même foi qu'ils avaient apprise des j^aints évéques saint Robert, saintEdmond
^ Un refus à chaque demande. On voit ((ue la vieille opposition contre le roi et le pape n'était pas éteinte, et que si la guerre désolait encnre le royaume, elle élait aussi dans les esprits.
1^*2 HENRI m.
et saint llicliard, ainsi que des autres hommes catholiques, qu'ils croyaient et tenaient les articles de la foi qui sont contenus dans le Symbole, qu'ils croyaient eux-mêmes à TÉvanfjileet aux sacrements de Téglise, ainsi que l'église universelle les tenait et y croyait, et qu'ils étaient prêts à mourir et à vivre selon cette même foi. En second lieu , ils répondirent qu'ils avaient de l'obéissance pour l'église romaine, comme étant la tête de la chrétienté, mais non point pour les actes cupides et pour les exigences arbitraires de ceux qui devraient la [bien] gouverner. Ils ajoutèrent que leurs prédécesseurs, dont eux-mêmes étaient les héritiers, avaient conquis cette terre par le glaive, etqu'il leur paraissait, à cause de cela, qu'ils avaient été déshérités injustement : comme la chose avait été faite par l'influence du légat, ils exhortaient le même légat à faire corriger cette injustice. Ils répondirent, en troisième lieu, que le légat avait été envoyé en Angleterre pour faire la paix, mais qu'il maintenait plutôt la guerre, parce qu'il était attaché manifestement au parti du roi elle favorisait, et qu'en tant qu'il faisait cela, il soutenait la guerre. Item, ils dirent que la forme du traité convenu était nulle, puisque le pape avait donné pour instructions au roi et nu légat que personne ne fût déshérité, et que le roi et le légat avaient établi un certain rachat qui équivalait à Texhérédation. Aussi exhortaient-ils le légat àfaire corriger cela, ils répondirent, en quatrième lieu, qu'il y avait eu un premier serment jure dans les intérêts du royaume et de toute l'église;
que tous les prélats (rAngieterre avaient fulminé sentence d'excommunication contre tous ceux qui y contreviendraient ; et que pour eux, ils persistaient encore dans les mêmes intentions, et étaient prêts à mourir pour ce serment. Aussi exhortaient-ils le légat à révoquer la sentence qu'il avait prononcée : disantqu autrementilsen appelleraient au saint-siége apostolique, et même au concile général, ou, s'il était nécessaire, au souverain juge. En cinquième lieu, ils répondirent que, comme ils faisaient la guerre pour Tutililé du royaume et de Téglise, il leur fallait vivre sur les biens de leurs ennemis qui détenaient leurs terres. C'est pourquoi ils exhortaient le légat à leur faire restituer leurs terres, pour qu'ils ne fussent plus dans la nécessité de piller. Ils répondirent, en sixième lieu, que beaucoup de partisans du roi et d Edouard faisaient des courses de côté et d'autre, et commettaient des roberies de toute espèce, puis prétendaient appartenir au parti des déshérités, afin de les diffamer et de s'excuser euxmêmes; en conséquence, ils avertissaient le légat de ne pas ajouter foi à ceux qui lui feraient de tels rapports, parce que s'ils trouvaient parmi eux quelqu'un qui fût coupable de ce crime, ils en feraient justice sans délai.
Sur ces entrefaites, les déshérités firent savoir au seigneur légat qu'il avait irrévérencieusement expulsé du royaume l'évêque de Winchester, l'évêque de Londres et l'évêque de Chicester, hommes circonspects en tous points par leurs bons avis et leur
|5/i HENRI III.
prudence, et qui servaient, pour ainsi dire, de conseil à tout le royaume; qu'à cause de cela, le conseil du royaume était affaibli en très-grande partie, et que le royaume se trouvait épuisé, parce que le légat prenait pour lui les biens des évêcliés, et amenait la ruine de la dignité de la terre par Tabsence des défenseurs naturels : aussi avertissaient-ils le légat de faire en sorte que ces abus fussent réformés. Item, ils firent savoir au légat qu'il eût à avertir le roi d'écarter de son conseil les étrangers par lesquels le pays était tenu en captivité, lis avertirent aussi le légat qu'il fallait qu'on leur rendît leurs terres sans rançon, que les provisions d'Oxford fussent maintenues, et qu'on leur remît des otages qui seraient retenus dans Tîle, afin qu'ils pussent la posséder pacifiquement pendant cinq ans , jusqu'à ce qu'ils eussent vu comment le roi ferait observer toutes ses promesses. Item, ils firent savoir au légat que les abbayes et les maisons de religieux qui avaient été bâties avec l'argent de leurs prédécesseurs étaient maintenant détruites par les extorsions et les taillages du roi et du légat, et qu'à cause de cela les aumônes n'étaient plus répandues ni l'hospitalité conférée, comme à l'ordinaire. C'est pourquoi ils avertissaient le légat de corriger cela. Item, ils firent savoir au seigneur légat que les églises du royaume d'Angleterre étaient conférées à des étrangers qui étaient les ennemis de la terre et qui emportaient dans les pays d'outre-mer les biens ecclésiastiques, au moyen desquels les naturels de la terre devaient vivre et être
sustenlés ; que, par conséquent, les indigènes périclilaieiit indignement , non-seulement dans leurs corps, mais dans leurs âmes: car ils n'avaient pour pasteurs que des prêtres à gages, dont on pourrait louer le ministère pour moins d'argent. Aussi avertissaient-ils le légat de faire corriger cela. Item, ils firent savoir au légat que les dîmes qui étaient exigées du clergé ne devaient pas être fournies parce que la terre était dévastée par les royalistes et parla guerre générale; parce que le sol restait en friche, qu'aucun fruit n*en provenait, et que le peuple mourait de faim. Le roi et le légat, exaspérés par ces réponses, assiégèrent Tîle Tannée suivante. Ainsi se passa cette année stérile, infructueuse, et funeste de toutes façons pour l'Angleterre.
Siège d Ély. — Le comte de Glocesteu se saisit de Londres. — Solmission de Léolin. — Faits divers. — ' L'an de grace 4268, qui est la cinquante-deuxième année du règne de Henri troisième depuis la conquête, le même roi ayant rassemblé son armée se mit en marche pour assiéger Lîle d'Ely, et empêcha bientôt les déshérités d'y entrer ou d'en sorlir. Or, Edouard , fils du roi, ayant construit, dans les lieux opportuns qui lui avaient été indiqués par les habitants de ce pays, des ponts faits en claies et en planches, pénétra dans Tîle avec ses chevaliers, et en peu de temps les uns se rendirent, les autres prirent la fuite et furent dispersés. Tandis que ces choses se passaient, le comte de Glocester, tendant des embù-
elles au roi, et ayant levé une armée dans le pays de Galles en faveur des déshérités, se présenta devant Londres ; Jean Eymle * vint à sa rencontre avec un grand nombre de partisans du comte, et celui-ci entra dans la ville, du, consentement des habitants de Londres. Bientôt le comte fit savoir par députés au légat, qui faisait alors sa demeure. dans la tour, qu'il eût à la lui remettre sans délai , et pour que le légat ne différât point d'obtempérer à cette injonction, il défendît à qui que ce fût de vendre des vivres à tout habitant de la tour. Le légat, sans avoir l'air de cédera la force, sortit de la tour et se rendit à l'église de Saint-Paul pour y prêcher la croisade. Mais, peu de jours après, ces nouveaux troubles furent apaisés, et le comte fut réconcilié avec le roi par la médiation de Richard, roi des Romains, et de l'illustre chevalier Philippe Basset, sous la fixation d'une amende de dix mille marcs, si le comte à l'avenir soulevait quelque désordre.
Vers la fête de saint Michel archange, le roi Henri, avec une grande armée, se rendit à Shrewsbury pour faire une expédition dans le pays de Galles, et pour soumettre Léolin, prince de ce pays, qui avait soutenu le parti du comte Simon, dans sa révolte téméraire contre le roi ; mais Léolin, ayant envoyé des députés au roi , lui octroya trente-deux mille livres sterling pour avoir la paix. Ainsi, par l'intervention du légat, cette paix fut affermie moyennant la restitu-
' Los variantes donnent Kyvile et Evilc.
ANiNÉE ^269. ^57
tion faite à Léolin de quatre cantareds • que le roi lui avait enlevés par le droit de la guerre 2.
Cette année mourut Jean Gervais, évéque de Winchester , qui fut enterré à Viterbe.
Cette année, le Soudan deBabylone, ayant dévasté FArménie, enleva aux chrétiens Antioche, Tune des plus fameuses cités de l'univers, et il la réduisit en solitude, les femmesaussi bien que les hommes ayant été passées au fil de Tépée ^.
DÉPART DC LÉGAT. — ORDONNANCE DU ROI RELATIVE A LA PAIX PUBLIQUE. — PUNlTION d'uN VOLEUR. — ÉdOUARD
PASSE EN France et promet d'accompagner Louis IX a LA croisade. — Faits divers. — L'an de grace 42G9, qui est la cinquante-troisième année du règrje du roi Henri troisième depuis la conquête , le même roi se trouva à Londres avec la reine et le légat Ottobon. Le légat Ottobon convoqua un concile à Londres, dans lequel il publia plusieurs statuts pour la réformation de Téglise anglicane. Peu de temps après il donna la croix à Northampton aux fils du roi Edouard et Edmond, et au comte deGlocester, ainsi
< Ou centuries, de deux mots gallois kant (cent ) et tre ( ville).
* On peut fixer à cette époque la tin des troubles. La guerre dut continuer sans doute encore sur quelques points isolés, mais sans avoir le caractère de généralité qui avait manqué tout détruire.
^ Le sultan du Kaire était alors Bibars-Bendockar qui s'était emparé successivement d'Assur, de Sépbet, de Jaffa, de Beaufort. A Antioche, qui lui fut livrée, dit- on, par la trahison du patriarche, il fit périr dix' sept mille habitants, et en emmena cent mille en esclavage. ( Vertot , mst. de Malte.)
qu'à beaucoup de seigneurs du pays d'Angleterre. Après avoir réglé les choses ainsi, il retourna à Rome avec des trésors inestimables.
Vers le môme temps, le roi Henri, pour ruiner et détruire les ennemis de la paix, fît publier dans tout le royaume, de comté en comté, qu'il y aurait paix stable et justice, et fit prononcer une peine contre les contrevenants * ; en sorte que si quelqu'un usurpait injustement ce qui appartiendrait à autrui, moutons, bœufs ou quoi que ce fût, il subirait la sentence capitale.
Vers ce temps, un habitant de Dunstable, accoutumé aux brigandages, ne craignit pas, par une entreprise funeste pour lui, d'enlever, au mépris de l'édit royal, douze bœufs qui appartenaient aux vilains deCalne, et espéra trouver l'impunité dans son audace. Les possesseurs de ces bœufs s'étant mis à sa poursuite jusqu'à Redburn , le saisirent et le ramenèrent dans la ville de Saint-Albans, où ils Taccusèrent par-devant le bailli de la liberté du même lieu. Le bailli fit donner lecture, devant le coupable et la foule assemblée, de la lettre du seigneur roi, traduite en langue vulgaire^, et aussitôt, en vertu de
* Nous adoptons l'addition pour cette phrase mutilée.
^ Lilteram regis pairia lingua legi fecit {teste hic). Nous pensons qu'il faut entendre ici l'anglais pur 5 car on sait que soui le règne de Henri III, l'Oraison dominicale ne contcnai t pas encore un seul mot normand. Cène fut que peu à peu qu'un idiome intermédiaire, mélangé de français et d'anglais , remplaça l'ancien langage qui tomba autant audessus de l'anglo normand, que celui-ci était au-dessous du français, langage de la cour, du baronnage et de quiconque prétendait au bon ton
ANNEE 1269. ^o9
rordonuance royale, il rendit sentence contre cet homme, qui eut la tête tranchée sur-le-champ.
Cette année, saint Louis ^, roi de France, avait envoyé des députés spéciaux à Edouard, fils du roi d'Anjjlelerre, le priant de se rendre h une conlérence avec lui. Edouard se mit en route sans larder, et s'empressa de passer la mer, pour se rendre auprès du roi de France. Le roi Taccueiliit avec un visage joyeux, le tint étroitement embrassé, ie baisa amicalement, et lui exposa les motifs pour lesquels il Tavait appelé. En effet, il lui dit qu'il souhaitait ardemment regagner la Terre-Sainte , et qu'il désirait Tavoir pour compagnon , afin de dompter la rage barbare des païens^. En entendant cela, Edouard ré-
et aux belles manières. Le mépris pour l'anglais était tel, que Robert Grosse-Tête, malj^rc l'obscurité de sa naissance, ne comptait en Angleterre que deux langages, le latin pour les gens lettrés et le français pour les ignorants. La plupart des poètes, même nés Anglais, écrivaient en français leurs compositions. Seuls les chanteurs de ballades et de romances se servaient du langage des vilains^ et par suite de l'an^lo-normand, dont nous avons indiqué un des premiers monuments. Tel était l'usage général du français, qu'end 558 nous trouvons les statuts d'un monastère de filles, nommé Sopwelle, dépendant de Saint-Albans, rédigés en français pur. Ce document assez étendu ne contient pas un seul mot saxon, ni mélangé. Cependant il parait certain que sous Edouard 111 l'anglo-normand avait prévalu, puisque vingt-cinq ans plus tard, le parlement interdit l'usage du français dans les actes publics. {P^fnj. M. Aug. Thierry, tom. iv, concl. chap v et VÂuct. Addit., in fine,)
* On voit que, dans l'opinion des contemporains, Louis IX était regardé comme saint. Sa canonisation, comme on sait, est de l'année 1297, sous le pontificat de Boniface VIII. ( Voy. à ce sujet M. MiCHLLET, Hist, de France^ tom ii, et les citations de Joinville. )
2 La croisade avait été décidée dans une assemblée tenue à Paris, le 25 mars f2C7.
160 HKNIU III.
pondit ainsi : « Vous savez, niessire roi, que les res- « sources de l'Angleterre sont presque totalement « épuisées, à cause de la guerre qui a éclaté entre le « roi et les seigneurs, et que mes ressources sont trop « minces pour entreprendre une si grande affaire « en compagnie d'un si noble seigneur. » Le roi de France lui répondit aussitôt : « Je te prêterai trente « mille marcs de bonne et loyale monnaie, ou même « je te les donnerai pour rien, pourvu seulement que « tu acquiesces à mes désirs. » En effet, Edouard était un homme de grande taille, d'une vaillance et d'une intrépidité éprouvée, et de plus d'une force extraordinaire ; aussi le roi de France se regardait-il comme heureux de mériter d'avoir un pareil compagnon. Edouard donc, qui ne désirait pas moins que le roi de France lui-même d'entrer dans une si belle voie de perfection, consentit à ses vœux, et sur-le-champ engagea au roi de France la Gascogne, pour laquelle il reçut de lui l'argent nécessaire au voyage de Terre- Sainte*. Il retourna en Angleterre pour obtenir son congé du roi son père. En ce moment Tamour paternel fit verser des larmes à son père qui était vieux ; cependant il acquiesça au juste désir de son fils, et lui donna gracieusement sa bénédiction, permettant à tous ceux qui voudraient le suivre d.ans son pèlerinage, de faire leurs préparatifs de départ. Ce fut en cette occasion qu'Edouard reçut la croix des mains du légat, comme on l'a dit d'avance.
Cette année-là, le corps du bienheureux Edouard,
* Voyez la note II à la fin du volume
poi et confesseur, fut transféré solennellement, sur les instances du roi d'Angleterre Henri ill, dans une châsse d'or qu'il avait fait préparer pour le recevoir. A la même époque , Jean de Warenne , comte de Surrey, s'étant pris de paroles injurieuses avec Alain de la Zouch, justicier du roi, le tua de sa propre main dans la cour de Wesrainster.
Défaite et sdi^plice de Oonradin. — Mort du pape Clémeint IV. — Parlement tenu a Marlborough. — Coup d'oeil sur l'année ^269. — Vers ce temps, Conradin, petit-fils de l'ancien empereur Frédéric, par Conrad, fils dudit empereur, aspira au royaume deSicile après la mort de son oncle Manfred, et parvint jusqu'à Rome avec l'aide des Allemands , auxquels s'était jointe une foule de Lombards et de Toscans. Après avoir été reçu solennellement dans cette ville avec tous les honneurs qu'on rendait à l'empereur, il s'associa le sénateur de la ville, Henri, frère du roi de Castille , et un grand nombre de Romains, '^et entra dans TApulie avec une nombreuse armée pour combattre le roi Charles. Mais après une furieuse bataille en plaine, l'armée de Conradin ayant tourné le dos, lui-même fut pris et eut la tête tranchée par Tordre du roi Charles , avec plusieurs autres seigneurs de sa famille. Quant à Henri, frère du roi de Castille, il s'enfuit du champ de bataille au château duMont-Cassin, et plus tard, s'étant rendu à Charles, il fut détenu en prison ' .
' La bataille de Scurcola ou de Tagliacozzo fut livrée le 2i août 4268, IX. it
162 HENRI in.
Vers la même époque , le pape Clément mourut à Viterbe, et y fut enseveli dans l'église des frères Prêcheurs. Ce pape était tellement adonné aux veilles, aux jeûnes, aux oraisons et aux autres bonnes œuvres, que Dieu, à ce qu'on croit, voulut récompenser ses mérites en mettant un terme aux nombreuses tribulations que souffrait alors Téglise. Bien plus, au moment où plusieurs regardaient l'affaire du roi Charles comme désespérée, tant à cause de la multitude de Tarmée de Conradin qu'à cause de la rébellion de presque tout le royaume de Sicile, ledit pape prédit dans un sermon public l'événement qui devait arriver \ Ce même pape aussi canonisa, dans l'église des frères Prêcheurs de Viterbe , sainte Hedwige , duchesse de Pologne, veuve d'une admirable
et gagnée par Charles d^Anjou, sur l'avis d'uu vieux chevalier, Alard de Saint- Valtri. Conradin, fuyant du champ de bataille, fut trahi et livré au vainqueur par Giovanni Frangipani, seigneur d'Astura. Il fut décapité à Naples avec son jeune cousin^ le 29 octobre. Mézerai, dans la vie de saint Louis, a raconté l'histoire de Henri de Castille, qui, après s'être révolté sans succès contre son frère Alphonse X, avait passé au service de Charles d'Anjou. Ce prince l'avait établi son vicaire ù Rome, comme successeur de Gaucelin ; mais Henri s'associa aux ressentiments qu'inspirait aux Romains le caractère despotique de Charles , et se joignit à Conradin qu'il avait appelé. Charles d'Anjou le punit, dit-on, cruellement ; il le fit mettre dans une cage de fer avec une chaîne au cou, et le donna en spectacle aux villes du royaume. Maître de Lucéra , il fit transporter et mettre à mort dans le château de l'OEuf, Hélène, la seconde femme de Manfred, et son jeune fils Manfredino.
« * Laissons passer ces victimes , » dit le pape en cette circonstance. On lui attribue aussi une impitoyable réponse : vita Corradini, mors Caroli ; vita Caroli , mors Corradini. Mais plusieurs écrivains , et entre autres M. de Sismondi, nient ce fait. Ils affirment qu'au contraire le pape reprocha amèrement à Charles la mort du jeune prince.
ANNÉFl ^269. ^63
sainteté. Le pape Clément étant donc mort, le sié^e apostolique resta vacant pendant trois ans deux mois et dix jours \
Cette année , à Toctave de saint Martin , le roi d'Angleterre tint un parlement à Marlborough, dans lequel, avec l'assentiment des comtes et des barons, furent publiés les statuts qui sont appelés les statuts de Marlborough ^. Nicolas d'Ély , évêque de Worcester, fut postulé et transféré à Févêché de Winchester. Ainsi se passa cette année, abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres; assez gracieuse et joyeuse pour les Anglais, à cause de la paix qui avait été rendue au pays , mais cependant non pas exempte d'inquiétude, tant pour les Anglais que pour les Français , à cause de l'expédition projetée en Terre-Sainte; lugubre enfin pour les Siciliens, les Allemands, les Lombards et les Romains, à cause
* Clément I-V mourut en 4268, et la vacance dura deux ans neuf mois et deux jours. Grégoire X fut élu par compromis en \27\ et non pas en i273, comme le dit le texte. On trouve dans le Thesavrus de Martène plusieurs lettres de Clément IV, qui prouvent combien il se montra jaloux d'éviter le reproche fait à tant de papes, celui de la cupidité et du népotisme.
'Date inexacte. Le parlement de Marlborough est du 18 novembre 12C7. Henri III consentit à profiter des travaux de ses adversaires, et quelques-uns des statuts les plus utiles établis par les bnrons furent reconnus dans ce parlement par l'autorité légitime. Pour couronner cet important ouvrage et détruire, s'il était possible, les derniers symptômes du mécontentement, le clergé abandonna le vingtième de son revenu, afin de former un fonds qui donnât aux personnes pauvres le moyen de racheter leurs propriétés suivant la décision des arbitres de Kenilworth. {Dictum du 31 octobre 1206. )
164 HEIVRl III.
de cette guerre injustement soulevée et conduite inconsidérément.
DÉPART DU BOI DE FrANCE. — II ABORDE EN AFRIQUE.
— Mariage du priînce Edmond avec Aveline de Foiiêt. —Préparatifs pour la croisade. —L'an de graced 270, qui est la cinquante-quatrième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête , le même roi ^e trouva à Noël à Eltham \ avec la reine et les seigneurs du royaume. Celte année, saint Louis, rpi de France, sans être effrayé de ses anciennes fatigues, ni arrêté par le souvenir des dépenses qu'il avait faites et des désastres qu'il avait éprouvés jadis dans son expédition d'outre-mer, se mit de nouveau en route avec deux de ses fils, le roi de Navarre et une foule de prélats des églises et de barons, pour reconquérir la Terre-Sainte. Cependant, pour que la Terre- Sainte fut plus facilement recouvrée, il vint à l'esprit des Français de soumettre d'abord au pouvoir des chrétiens le royaume tunisien qui , se trouvant à moitié chemin du voyage, n'était pas d'un médiocre empêchement pour les passagers^. Ayant donc abordé
* C'est là que devait mourir Edouard III, abandonné de tous et volé par Alice Perrers.
' On pensait généralement que la conquête de Tunis préparerait celle de l'Egypte ; mais deux raisons décidèrent saint Louis : d'abord les suggestions intéressées de son frère qui voulait rendre Tunis tributaire ;^ de Syracuse, Charles d'Anjou regardait l'Afrique; d'Otrante, l'empire grec ; ensuite les v«ins bruits de conversion du puissant Mohammed- Mostanser, qui venait de fonder un état indépendant sur les débris des Almoravides. « Oh si je pouvais, s'écriait Louis dans sa pieuse sirapli-
dans le royaume de Tunis, ils s'emparèrent fort aisément d'un port et de Carthage, réduite alors à Tétat de misérable bourgade. Or, Tunis est une île ^ petite, mais très-importune pour les voyageurs^ laquelle s'appelle Tunis de son nom.
Cette même année , le 6 avant les ides d'avril , Edmond , fils du roi , prit pour épouse la fille de Guillaume d'Albemarle , comte de Holderness, qui se nommait Aveline et était Théritière de l'héritage paternel et même de Théritage maternel. A raison de ce mariage, Edmond devait obtenir le comté de Devon et la souveraineté de Tîle de Wigth. Mais la jeune princesse, avec toute sa lignée, précéda * ses parents au tombeau. Cette même année, mourut Gaultier de la Wyle, évêque de Salisbury, qui eut pour successeur Robert de Wikhampton , alors doyen de cette même église. Pendant toute la présente année , Edouard et Edmond, fils du roi Henri, ainsi que
cité, devenir le parrain d'un roi màhométan ! » [Voy. M. MïCHELET» vol. n, Hist de France. )
* Nous adoptons l'addition insula^ quoique le terme soit, peu exact. On sait que Tunis, bâtia par les Aglabiles, s'élève dans une plaine sur le bord du lac de la Goulette,à quatre lieues de la mer. Peut-être l'auteur veut-il parler seulement de la péninsule où fut construit le fort de la. Goulette.
' Privavit., dit le texte ; nous proposons et traduisons prœivii. En effet nous lisons dans Dugdale et dans tous les géDcalogistes qu'Aveline mourut avant sa mère Isabelle de Uedviers, comtesse d'Albemarle et d'Holderness par son mariage avec Guillaume III, comtesse de Devon et de Wigth par la mort de son frère Baudouin V. Cette puissante douairière vécut dans un âge fort avancé, et après elle le Devonshire pasëa à la famille de Gourtenay.
Mid HENRI IIL
beaucoup de chevaliers du royaume, d'une valeur éprouvée, se munirent d'armes, d'argent, de vaisseaux et des autres choses nécessaires à l'expédition en Terre-Sainte. Or, la paix était dans le royaume, plutôt par la crainte que par Tamour qu'inspirait le roi. Ainsi se passa cette année, assez abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres, et qui faisait concevoir de bonnes espérances aux chrétiens , à cause de l'ardeur du roi et des seigneurs qui s'étaient dévoués à la délivrance de la Terre-Sainte.
Le prince Edouard part pour la Terre-Saunte. —
Louis IX MEURT DE LA l'ESTE A TUNlS. TrAITÉ CONCLU
PAR Philippe le Hardi et Charles d'Anjou avec le roi DE Tunis. — Henri, fils du roi d'Allemagne, est assassiné PAR Guy de Montfort. — Edouard poursuit son
PÈLERINAGE, ET ABORDE A ACRE. MoRT DE HlCHARD,
ROI DES Romains. — Coup d'oeil sur l'année 1271. — L'an de grâce ^27^, qui est la cinquante-cinquième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête , le même roi passa les fêtes de Noël à Londres, avec la reine, ses fils et une foule de seigneurs. Cette année, au mois de mai, Edouard, fils du roi d'Angleterre, se mit en route pour son pèlerinage en Terre-Sainte, avec Edmond, son frère germain, quatre comtes, autant de barons et plusieurs autres seigneurs, et emmena avec lui son épouse qui s'appelait Alienor. Cette même Alienor donna le jour en Terre Sainte, dans la ville d'Aco, nommée vulgairement Acre, à une (ille qui plus tard
fut désignée sous le nom de Jeanne d'Acre, et qui de plus, dans la suite des temps, fut mariée au seigneur Gilbert, comte de Glocester. Edouard aborda donc en France avec sa flotte. Là, lorsqu'il eut appris que le roi de France était parti pour la Terre-Sainte, il remit à la voile et le suivit par mer; après une navigation de dix jours, il arriva sain et sauf à Tunis , et débarqua en ce lieu avec toute sa compagnie. Le roi de France, ainsi que ses seigneurs, alla joyeusement à la rencontre d'Edouard, et le reçut avec déférence au baiser de paixV
Au mois d'août une épidémie, qui cette année-là s'était répandue sur les côtes de la mer, se jeta avec fureur sur l'armée des chrétiens. En effet, à Tunis, parmi les principaux de l'armée, moururent d'abord Jean^, comte de Nevers, fils du roi de France, et le cardinal d'Albano, légat du siège apostolique. Peu de jours après, le bienheureux Louis, très-chrétien roi de France, le lendemain de la fête de saint Barthélémy, apôtre, passa de ce royaume temporel au royaume éterneP. Le roi de Navarre fit savoir, par lettres au seigneur évêque de Tusculum, combien pieusement ce roi avait terminé su vie ; car pendant
1 C'est une erreur complète. Edouard n'aborda eu Afrique que le 10 novembre 42TO, c'est-à-dire plus de deux mois après la mort de saint Louis. Le traité venait d'être conclu avec le Soudan de Tunis; or il est évident que Rishanger ne veut pas parler de Philippe le Hardi.
■^ Jean dit Tristan, parce qu'il était né à Damiette pendant la captivité de saint Louis.
^"25 août 1270. Nous n'avons pas besoin de faire observer qu'il fau-t remonter d'une année. Saint Louis était né le 25 avril 1215.
H$ HENKI II!.
sa maladie il ne cessa de louer le nom du Seigneur. Il répétait de temps en temps cette oraison : « Faites, « Seigneur, je vous en prie, que nous méprisions les « prospérités de ce monde, et que nous ne redou- « tions aucune de ses calamités. » Il priait aussi pour le peuple qu'il avait amené avec lui, et disait : Sei- « gneur, soyez le sanctificateur et le gardien de votre « peuple. » Lorsqu'il sentit approcher ses derniers inomejits, il leva les yeux au ciel, et dit : « J'entre- « rai dans votre maison, Seigneur, je vous adorerai « dans votre saint temple^ Seigneur, et je glorifierai « votre nom. » En prononçant ces paroles^ il s'endormit dans le Seigneur. Il eut pour successeur dans son royaume son fils Philippe. Au moment où l'armée était plongée dans la désolation par la mort du roi, Charles, roi de Sicile, arriva. Le roi de France^ pendant sa vie, lui avait demandé de se rendre à Tunis. Quoique les Sarrasins parussent beaucoup plus nombreux que les chrétiens, les Sarrasins n'osèrent [cependant, en 'aucune façon, en venir aux mains avec les chrétiens, dans une bataille générale; mais ils leur causaient de grands maux par des inventions funestes; en voici une entre autres: Comme cette contrée est remplie de sables et d'une poussière épaisse , surtont au temps de la sécheresse, les Sarrasins avaient posté plusieurs milliers d'hommes de leur nation sur une montagne voisine du camp des chrétiens, afin que quand le vent soufflerait du* côté des chrétiens, ils agitassent du sable et de la poussière. Or, celte poudre embrasée
incommodait affreusement les chrétiens. Mais enfin la pluie, étant venue, fit tomber cette poussière, et les chrétiens ayant préparé leurs machines et leurs différents instruments de guerre, se disposèrent à assiéger Tunis, par terre et par mer. Ce que voyant, les Sarrasins conclurent un traité avec les chrétiens, et consentirent à ce que tous les chrétiens captifs dans ce royaume fussent remis en liberté; à ce que la foi du Christ fût prêchée librement par les frères Prêcheurs et Mineurs, et par tous autres, quels qu'ils fussent, faisant partie des monastères fondés en Thonneur du Christ, dans toutes les villes de ce royaume; à ce que ceux qui voudraient se faire baptiser, fussent baptisés librement. Par ainsi les dépenses faites par les deux rois ayant été payées^ , le roi de Tunis s'étant reconnu tributaire duroideSicile. et une trêve de plusieurs années ayant été réglée, le roi de Sicile se prépara à remettre à la voile avec son armée. Mais ta vengeance divine le poursuivit, et tandis qu'il s'efforçait de regagner son royaume, la mer engloutit presque toute son armée, ainsi que le trésor qu'il rapportait de Tunis, et tous ses meubles précieux^.
' Outre les frais de la ^'uerre, qui furent évalués à deux cent dix mille onces d'or, Mohammed s^cngageait à payer les arrérages du tribut, dus au rot de Sicile depuis la mort de Manfred. Comme la Sicile avait un grand commerce avec Tunis, Charles d'Anjou obtint aussi que le port de Tunis serait franc à Tavenir, et que les marchands ne seraient plu& tenus à payer l'énorme droit du dixième qui pesait sur eux auparavant. Mohammed, de son côté, stipula des garanties pour les nuisulmans établis dans les pays chrétiens.
^ l'ne horrible tempête brisa les vaisseaux chrétiens, au moment où
no HENRI 111.
Vers le même temps , Henri d'Allemagne, fils de Richard^ roi des Romains, demanda à Edouard, son cousin, la permission de retourner en Angleterre; car il était dégoûté de ce lointain pèlerinage, et il désirait revoir TAngleterre, patrie de la paix, et son père avant qu'il mourût. Mais il fut frustré dans ses souhaits. En effet, ayant obtenu la faculté de partir, il traversa la Toscane en revenant, et au moquent où il assistait à la célébration de la messe à Viterbe, dans Téglise de Saint-Laurent, il fut tué par Guy, fils de Simon de Montfort, qui voulait tirer vongeance de la mort de son père \
Quant à Edouard, lorsqu'il eut appris la terrible vengeance que le Seigneur avait exercée contre le roi de Sicile Charles, frère de Louis, jadis roi de France, et lorsqu'il eut considéré que ce désastre n'était pas arrivé sans cause, il se frappa la poitrine et s'écria, en jurant par le sang du Seigneur, son juron ordinaire : « Dussent tous mes compagnons d'armes et « mes compatriotes m'abaiidonner^ pourvu que j'aie « avec moi Fowin , le gardien de mon palefroi
l'Iiilippe m débarquait à Trapani ( 20 novembre 12T0 ). Charles d'Anjou, qui avait pris les devants, arriva à temps pour en profiter et pour saisir sur les rochers de la Galabre les armes, les habits, les provisions. « Il attesta froidement, dit M. Michelet , contre ses compagnons, ses frères de la croisade, le droit de bris qui donnait au seigneur de l'écueil tout ce que la mer lui jetait. «Mais ce sont des circonstances que le continuateur peut ignorer. Il n'indique point non plus le retour de Philippe en France. Le nouveau roi traversa toute l'Italie, passa à Lyon, entra à Paris le 21 mai 1271, et le lendemain alla déposer cinq cercueite ^\n%^ caveaui de Saint-Denis, ' Voy. le récit dans Linjjard.
ANNEE m\. Mi
0 ( car le palefrenier d'Edouard s'appelait ainsi), « j'entrerai à Ptolémaïs, à Aco ou à Acre , et je tien- ,« drai ma convention et mon serment, jusqu'à ce que « mon âme soit séparée de mon corps. » En entendant cela^ tous les Anglais qui se trouvaient avec lui déclarèrent qu'ils voulaient l'accompagner. Bientôt donc Edouard mit à la voile et navigua vers Acre. Il y arriva à temps; car la ville, à ce qu'on assurait, devait être rendue aux Sarrasins dans les quatre jours qui suivirent son arrivée. Alors le soudan de Babylone, qui avait commencé à assiéger ladite cité, lut frustré dans son espérance, et retourna dans son pays avec son armée.
Cette même année, Richard, roi des Romains, frère du roi d'Angleterre, alla où va toute créature, le 4 avant les nones d'avril, et expira au château de Berkamsted V Son cœur fut porté à l'église des
* Rishanger, qui est ordinairement en arrière, donne ici une date anticipée. Tous les historiens placent la mort de Richard en S 272. il est vrai qu'il fut pris d^une attaque de paralysie à Kirkham, le 12 décembre 1274 ; et toute l'habileté de ses médecins ne put prolonger sa vie que de quelques mois. 11 venait de faire un voyage dans son royaume nominal. Le 20 avril -1269, il eut à Worms une entrevue avec les princes allemands, et il y abolit de concert avec eux les droits exorbitants levés sur le passage des marchandises par les villes situées sur les deux rives du Rhin. 11 s'était remarié, malgré son âge, à la fille d'un baron allemand nommé Théodoric de Falquemort ( d'autres disent Falkenstein et Fauquemont ) , et s'empressa de revenir en Angleterre , pour montrer à la cour la beauté de sa nouvelle épouse. Ce mariage, dit-on, avança ses jours, ( Voy. PerTZ et LiNGARD. ) Pendant son s(^our en Angleterre, Richard exerça aussi les droits impériaux. En -1265, Pierre de Savoie, qui venait de recueillir la succession de son neveu Bonifaoo, passa en Angleterre, pour lui demander l'investiture de Chablais et
An HENRI m.
frères Mineurs d'Oxford, et son corpB fut enseveli à Haies, dans l'église des moines de Tordre de Cîteaux , que lui-même avait construite à ses propres frais. Ainsi se passa celte année, abondante en fruits de Ja terre et des arbres, et paisible ; joyeuse pour les infidèles, à cause de la mort du roi de France; lugU^ bre pour les Siciliens, à cause du désastre du roi de Sicile ; indifférente pour les Anglais qui n'eurent p&s à souffrir de ces deux malheurs . — Boniface , archevêque de Canlorbéry, mourut, et les moines élurent leur prieur pour lui succéder.
Edouard manque de périr a Acre sous les coups d'un ASSASSIN. — Fermeté et modération de ce prince. — L'an de grâce >I272, qui est la cinquante-sixième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le même roi passa à Londres les fêtes de Noël avec la reine. Cette année, pendantqu'Édouard, fils aîné du roi d'Angleterre, prolongeait son séjour à Acre, un certain admirai de Joppé ( dignité qui chez nous répond à celle de comte), et Sarrasin de nation, s'était pris de grande amitié pour Edouard, à cause de âa renommée de vaillance, et lui envoyait fréquemment des lettres et des messages flatteurs , par uncertain Hassatutou Assisin, nomméAiizazim. Cet homme avait été élevé dès son enfance dans des retraites souterraines ^ où on lui avait appris à se
d'Aoust ; et le chancelier de Richard lui ayant demandé ses titres pour <lresser l'acte, le comte répondit en tirant son épée. Le Chablais avait été érigé en duché par Frédéric IL
4 Sub terra educatuft, dit le texte. Phrase singulière.
ns
jeter soudainement et sans crainte sur tout prince qui ferait partie des adversaires de sa secte^ en lui promettant que, dùt-il mourir en cette occasion, il recevrait pour prix de son action une vie nouvelle et les joies du paradis. Cet Assisin étant donc venu trouver Edouard avec des lettres, comme il avait souvent coutume de le faire, feig^nit d'avoir quelqueis révélations secrètes à lui conGer. Edouard, après avoir fait sortir de sa chambre tous ceux qui s'y trouvaient, s'était appuyé sur la fenêtre et s'amusait à regarder en dehors, lorsque Anzazim, tirant à l'improviste un couteau empoisonné, le blessa à deux reprises au bras, et d'un troisième coup sous l'aisselle. Aussitôt Edouard le renversa à terre avec le pied, et lui arrachant le couteau des mains, s'en servit pour tuer ce scélérat. Mais en lui arrachant le couteau, il se blessa lui-même grièvement à la main, et comme le poison avait pénétré dans ses blessures, elles ne furent guéries qu'à grand'peine, malgré les divers remèdes qu'on y appliqua. Quelques-uns disent qu'Edouard, se sentant blessé soudainement et n'ayant rien sous la main qui pût lui servir à se défendre, se saisit d'un trépied qui supportait une table, et avec cette arme cassa la tête à ce misérable. Ayant ensuite appelé ses familiers, il leur raconta le malheur qui lui était arrivé, et il ordonna que le corps du ribaud fût pendu avec un chien vivant sur les murs de la cité, afin que ce spectacle inspirât aux autres une crainte salutaire. Or, lorsque l'admirai eut appris par un messager qu'Edouard avait été blessé de cette
474 HUNRI III.
jnanière, il en gémit et protesta qu'il n'avait aucunement participé à un pareil altentat. En effet, il ^vait rintention, à ce que quelques-uns rapportent, d'abandonner sa secte sarrasine et de recevoir le bienfait du baptême, en prenant Edouard pour parrain. Cependant, lorsque les chrétiens connurent qu'Edouard avait été ainsi blessé, ils projetèrent d'attaquer les Sarrasins pour tirer vengeance de ce crime. Mais Edouard s'y opposa formellement en leur parlant ainsi: « Je défends, au nom du Seigneur, « qu'aucun de vous prenne sur lui d'infester de « quelque manière que ce soit l'armée des païens, « ou de commettre aucune violence, parce que beau- « coup de gens de noire nation sont partis en pèle- « rinage pour aller visiter le sépulcre du Seigneur; « or, si les païens éprouvent de notre part le plus « petit dommage, les nôtres, en revanche, périront « tous par les mains des Sarrasins. » Ce conseil plut à tous, et non-seulement les chrétiens louèrent la prudence d'Edouard, mais les incrédules et le soudan lui-même vantèrent sa sagesse.
Ainsi se passa cette année, abondante en fruits de h terre et en fruits des arbres, paisible, tempérée, ni triste ni joyeuse pour les Anglais sous un vieux roi, favorable et de bon augure pour les Français sous un roi nouveau, fâcheuse pour les Romains à cause de la vacance du siège de saint Pierre, qui durait encore \
t Ad hœc. En outre. Le sens est plus net en lisant ad/m<'.
Élection du pape Grégoire X. — Nomination de Robert de Kilewardby a l'archevêché de Cantor- BÉRY. — Ses ouvrages.— Incendie de l'église de Norwich.— Henri III punit les sacrilèges, — Il revient a Londres ET ymeurt. — Son caractère. — Son portrait. — L'an de grâce 1275, qui est la cinquante septième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête,Thibaud de Plaisance; archidiacre de Liège, qui avait passé la mer avec le seigneur Edouard, et s'était rendu à Acre par esprit de dévotion, fut élu pape et prit le nom de Grégoire X. Il reçut à Acre le décret de son élection j qui lui fut apporté par des frères Prêcheurs et Mineurs députés spécialement pour cela*, et il partit en toute hâte pour Viterbeoù l'attendaient les cardinaux. Or, il fit une ordination grandement louable de cinq évéques qu'il créa cardinaux :en effet, il choisit des personnes capables et honorables. Ce même pape ayant cassé l'élu à Cantorbéry, conféra le pontificat de cette même église à Robert de Kilewardby, qui cette même année avait déposé ses fonctions de prieur provincial de son ordre, après les
* Les historieDS italiens accusent Charles d'Anjou d'avoir proloùgé par ses intrigues et par ses menaces une vacance favorable à sa politique. Quand Grégoire X, comme nous l'avons dit, eut été désigné aux suffrages des cardinaux par saint Bonaventure, il voulut prévenir le retour d'un pareil abus. C'est ce qui motiva la fameuse bulle rendue au concile de Lyon, et insérée dans le texte de la loi canonique. Elle institue le conclave et ordonne que l'élection sera faite sans interruption , à partir du sixième jour après la mort du pape, par les cardinaux, seuls en possession d'élire depuis la décision d'Alexandre HT. [Voy. Thomassin, DiscipL de l'église, tom. i. — Gibbon, chap. 69.)
avoir exercées pendant onze ans, et qui avait ensuite été réélu au même office. En effet, ce prélat, qui était de l'ordre des frères Prêcheurs, était tenu parmi les plus illustres, non-seulement par la sainteté de sa vie religieuse, mais encore par sa science et sa doctrine. Or, avant d'entrer dans son ordre, il avait été recteur es arts à Paris, et des monuments rédigés en écrits prouvent son habileté dans les arts, principalement en ce qui concerne la grammaire et la logique. Après son entrée dans l'ordre, il s'occupa de l'étude des divines écritures, et des livres originaux des saints pères.Il divisa en courts chapitres presque tous les livres de saint Augustin, et plusieurs écritsd'autres docteurs, en commentant chaque phrase par une brève annotation. On a de lui des traités sur le temps, sur l'universel, sur l'origine ^ des sciences. Ce dernier livre est curieux et utile. Or le seigneur pape lui laissa la faculté de choisir pour recevoir le bénéfice de consécration, celui de tous les évêques catholiques qu'il jugerait à propos de préférer. Robert choisit Guillaume de Bath qui florissait grandement entre tous par sa renommée de sainteté. Il fut consacré par lui à Cantorbéry, le premier dimanche du carême, en présence de onze suflragants.
Cette même année , une dispute s'éleva entre les citoyens et les moines de Norwich , et à l'instigation du diable , les citoyens et la commune de la ville s'emportèrent à un tel accès de fureur, qu'ils livrèrent
* Orie. Nous adaptons la variante wtu.
aux flammes cette magnilique église tout entière avec les édifices qui en dépendaient , à l'exception de la chapelle de Saint-Gaultier près de Tinfirmerie. Non content d'avoir commis un si grand crime, ils emportèrent avec des mains sacrilèges les vases, les livreset les joyaux que la flamme n'avait pas touchés, ainsi qu'une coupe d'or qui était suspendue au maître autel, et dans laquelle était contenue une hostie consacrée. Le roi Henri, fortement indigné de ce crime, s'écria : « Par la piété que Ton doit au Seigneur, j'irai « à Norwich : j'examinerai cet attentat en personne « et je châtierai ces'gens-là , selon leurs démérites. » Il envoya donc devant sa face un chevalier justicier appelé Thomas Truyet *, qu'il avait créé justicier de la couronne. Conformément à l'urgence du mandat !oyal et à l'énormité du forfait, un grand nombre d'habitants deNorwich,convaincusde ce crime, furent condamnés à être pendus, attachés à la queue des chevaux, et traînés au lieu du supplice. Quant au roi, il se mit en route pour Norwich aussitôt qu'il le put, après avoir pris avec lui l'évêque de Rochester et Gilbert, comte de Glocester , et en se faisant accompagner d'un appareil respectable. Quand il aperçut l'église brûlée et consumée tout entière par le feu , il put à peine retenir ses larmes. Or , l'évêque de Rochester anathématisa tous ceux qui avaient trempé dans cette action détestable. Aussitôt le roi condamna la commune de la ville à une amende de trois mille
Ou Tryvel. La varianU» ajoule | ihomis].
Î78 HENRI m.
marcs d'argent, qui devaient être payés à Téglise violée dans un délai très-court *et affectés à la réédification de ladite église. Les habitants furent condamnés en outre à restituer une coupe d'or, du poids de dix livres d'or et de la valeur de cent livres d'argent. Le seigneur Guillaume de Brunham était à cette époque prieur de ladite église. Le roi Henri ayant donc tiré une vengeance méritée des sacrilèges habitants de Norwich , résolut de revenir à Londres; maiss'étant arrêté à Tabbaye de Saint-Edmond, il y fut saisi d'une grave indisposition qui ne le quitta plusjusqu'à ce qu'ilexpirât. Tandis qu'il était malade, plusieurs comtes et barons de la terre, ainsi que des prélats, se rendirent auprès de lui pour assister à ses derniers moments^. Or, il se confessa humblement de ses péchés en se frappant la poitrine, en abjurant le ressentiment qu'il pouvait conserver contre qui que ce fût, et en annonçant le désir de faire pénitence de ses fautes. Alors il fut absous par le prélat^, ensuite il reçut dévotement le corps du Christ, puis on lui conféra l'extrême-onction de l'église. Enfin , il se fit donner le crucifix "*, qu'il adora avec ferveur, en ordonnant que ses dettes fussent payées et que le reste fût distribué aux indigents par portions égales. Lorsque le roi se fut acquitté régulièrement de tous ces devoirs, il rendit son âme au Seigneur. Son corps
' Nous rapprochions proximam de terminum^ en lisant proximum . 2 Vt transilui intéressent. Sens douteux.
» S'agit-il de l'abbé de Saint-Edmond ou de l'évêque de Rochester? * Nous adoptons l'addition pour cette phrase.
AIVNÉE ^275. 479
tut transporté à Westminster, où il fut honorablement enseveli '. Il avait régné cinquante-six ans, en y ajouta iit le laps de temps qui s'écoule depuis la fête de saint Simon et saint Jude jusqu'à la fête de saint Edmond, pontife, c'est-à-dire vingt jours. Il avait pris pour épouse une noble dame , la fille du comte de Savoie^, nommée Alienor, de laquelle il eut deux lîls^Edouard, qui régna après lui, et Edmond, qui fut comte de Leicester et de Lancastre , ainsi que deux tilles, à savoir : Beatrix, qui fut mariée au comte de Bretagne, et Marguerite, qui devint l'épouse du roi d'Ecosse. Le roi Henri avait commencé la réédilicalion dç l'église de Westminster, mais il ne l'acheva pas. En effet, plus ce roi était considéré comme peu habile dans les affaires séculières, plus il avait de mérite aux yeux du Seigneur, par Tardeur de sa dévotion ; car chaque jour il était dans l'usage d'entendre trois messes avec le plain-chant. Et comme il désirait en entendre plus encore , il assistait assidûment aux messes particulières qui étaient célébrées. Lorsque le prêtre en était à l'élévation du corps du Seigneur, le roi avait coutume de tenir la main du prêtre et de la baiser.
Or, il arriva qu'un jour saint Louis, roi de France, s'entretenant avec lui à cet égard, lui dit qu'il n'était
' Henri III était âgé de soixante-quatre ans, étant né le jour de saint Hemy 1208. Il expira le 2 avril 1272. Rishanger anticipe encore d'une année et diffère, comme on voit, de la date mensuelle adoptée par Lingard.
2 Nous n'avons pas besoin de rappeler qu'il faut lire comte de Pro vence.
iao HENR[ HI.
pas toujours indispensable d'assister aux messes, mais qu'il fallait entendre les sermons le plus fréquemment possible. Le roi Henri lui fit cette réponse spirituelle el gracieuse : « J'aime mieux voir souvent mon ami, « que d'entendre quelqu'un me parler de lui, dût-il «f metenir d'excellents discours. »
Ledit Henri était de moyenne taille, il avait le corps trapu, et sur un de ses yeux la paupière s'abaissait au point de cacher une partie du noir de la prunelle*. Il était robuste et fort, mais inconsidéré dans ses actes. Cependant, comme plusieurs d'entre eux eurent pour lui des résultats fortunés et heureux, beaucoup pensent que le prophète Merlin a voulu le désigner, en parlant du lynx, dont l'œil perçant pénètre toutes choses.
» Vartem nigredims piipiUo. Nous proposons et traduisons pu^ pillœ.
FIN DE l'appendice ET DU TOME NEUVIÈME.
Année 1258. Voir la page 20 du volume. AllTlCLES QUI DEVRONT ETRE OBSERVES, SUR LA PROyi-
siONDEs ÉvÉQUEs d'Angleterre'. — 11 y a trois genres d'articles dont il s'agit présentement.
En effet, il y a certains articles au sujet desquels les prélats ne peuvent en aucune façon garder le silence.
Il y en a d'autres au sujet desquels ils peuvent garder le silence en preuve de charité, mais non par trouble de faiblesse.
Enfin, il y en a d'autres au sujet desquels ils peuvent garder le silence, sans courir risque du salut éternel et sans mettre leurs (?) âmes en péril.
' lis furent promulgués à Merton, le jeudi avant la Saint- Barnabe, 1258. Voy. pour plus de détails les annales de Burton, à cette date. {Rer. AmjUc. Coiled, de Ca/c, Oxford, 1784.)
n2 ADDITIONS.
Les articles quHs ne peuvent dissimuler sans qu'il y ait risque du salut éternel, péril des âmes, subversion de la liberté ecciésiastique et préjudice manifeste des personnes ecclésiastiques, sont ceux qui sont mentionnés ci-après immédiatement.
Comme Téglise anglicane, non-seulement contre les droits divins et les statuts canoniques, mais encore contre les libertés à elle octroyées par les rois, les princes et les autres seigneurs du royaume, est écrasée de toutes manières par des entreprises sacrilèges, par de nouvelles irruptions, par des concessions odieuses et par des oppressions exécrables, et que cela ne peut en aucune façon être passé plus longtemps sous le silence de la dissimulation sans qu'il en résuite perpétuel péril d'âmes pour les prélats, pour le seigneur roi et pour les autres seigneurs du royaume, il a été salutairement décidé, sur l'assentiment et le conseil unanime des prélats , des religieux et de tout le clergé de l'église susdite, que les murailles de l'église battue en brècbe et ruinée par le choc ' des machines des puissances séculières, seraient réparées avec une inflexible persévérance par le remède des statuts qui suivent.
Donc, comme il arrive souvent que les archevêques, les évêques et les autres prélats inférieurs sont cités par lettres du seigneur roi, à un tribunal séculier pour y répondre sur des choses qui de toute notoriété appartiennent purement à leurs offices et
' iSfl/u^îS. Nous proposons et traduisons 5o/m^/s.
au tribunal ecclésiastique, comme, par exemple, s'ils ont admis ou n'ont pas admis des clercs aux églises ou chapelles vacantes ou non vacantes; s'ils ont institué des recteurs en icelles; s'ils ont excommunié ou déclaré excommuniés ou interdit leurs subordonnés; s'ils ont dédié des églises; s'ils ont célébré des ordres; s'ils ont connu de causes purement spirituelles, à savoir de dîmes, d'oblations, de limites de paroisses et de choses semblables qui ne peuvent en aucune façon appartenir au tribunal séculier ; s'ils se sont même enquis des péchés et excès de leurs subordonnés, comme de parjure, de transgression de foi, de sacrilège, de violation et de perturbation de la liberté ecclésiastique, surtout puisque les violateurs d'icelle, ainsi que des libertés octroyées à l'église par les chartes du seigneur roi, encourent par le fait même la sentence d'excommunication; s'ils connaissent entre leurs clercs ou entre laïques demandeurs et clercs défendeurs, en fait d'actions personnelles, au sujet des contrats ou des délits; s'ils n'exhibent pas en tribunal séculier, sur mandement du seigneur roi, les personnes ecclésiastiques; s'ils ne forcent pa^ les clercs mis à amerciament en tribunal séculier à payer les amerciaments de cette espèce, ou s'ils ne les payent pas pour eux; si dans les églises et les chapelles, les évêchés ou les monastères annexes, vacants par la mort ou par la cession des prélats, ils exercent leur juridiction canonique et accoutumée, et s'ils ont fait ou n'ont pas fait quelques autres choses semblables à celles-là, et qui
appartieimeiU à Toffice des ordinaires; nous décidons * que les susdits archevêques, évéques et autres prélats cités de cette façon ne viendront pas, pour qu'on défère à l'honneur qui leur est du j que les prélats supérieurs écriront au seigneur roi qu'ils ne peuvent obéir aux mandements royaux de cette espèce, sans qu'il y ait subversion de la liberté ecclésiastique, et que par conséquent ils n'y sont point tenus; que néanmoins ils lui enverront des lettres d exhortation pour qu'il se désisle désormais de semblables mandais dans l'intérêt du salut de sou âme. Si le seigneur. roi, méprisant dépareilles exhortations, procède contre eux en les faisant attacher ou contraindre par saisie, qu'alors les vicomtes et tous autres baillis que ce soit les attachant et contraignant par saisie soient excommuniés dans la forme du droit par les mêmes attachés et contraints; que les lieux dans lesquels ils demeurent, et que les terres qu'ils possèdent dans le royaume d'Angleterre, soient mis. en interdit ecclésiastique par les diocésains des lieux sur la dénonciation de l'attaché et du contraint; s'ils sont clercs bénéflciers, qu'ils soient privés de leurs bénéfices ; s'ils ne sont pas bénéiîciers, qu'ils ne soient admis en aucune façon pendant cinq ans à aucun bénéfice ecclésiastique dans le royaume d'Angleterre, s'il arrivait qu ils fussent présentés à ce bénéfice. Que les clercs qui auront dicté, écrit ou signé <lcs brefs de celte espèce
' rrocidcmus. Celte lomuile, rôpcloc à chaqiic orticlo, fxprKiiic lo mol provision qui li{tur€ en («'te de cp document.
pour attacher ou contraindre par saisie, et qui auront fourni conseil ou aide, soient excommuniés solennellement et déclarés excommuniés, et que nul des susdits, s'il est suspect pour un juste motif, ne soit admis à aucun bénéfice ecclésiastique^ jusqu'à ce qu'il se soit purgé canoniquement à cet égard. Si ie seigneur roi ainsi averti ne révoque point des brefs de contrainte de cette espèce, que Tévêque contre qui ce bref aura été dirigé mette en interdit ecclésiastique les terres, les villes domaniales et les châteaux que le roi possédera dans son évêché. Si le roi persévère dans son endurcissement, que les autres co-évéques, regardant la contrainte imposée à l'un d'eux comme commune à tous et même comme une injure commune à l'église, mettent en semblable interdit les cités, les terres domaniales, les bourgs, les châteaux et les villages du même roi, qui se trouveront dans leurs évêchés. Si dès lors it n'a point révoqué dans les vingt jours après cela les brefs de cette espèce, pour attacher et contraindre par saisie, ou qu'il ait appesanti à cause de cela sa main sur Téglise, que chaque archevêque et que chaque évêque mette son diocèse en interdit ecclésiastique. Si quelqu'un des évêques est trouvé négligent et mou sur ce point, qu'il soit sévèrement réprimandé par son métropolitain, et s'il persévère dans^ sa négligence, qu'il soit puni canoniquement parle même métropolitain. Que néanmoins son diocèse soit soumis à l'interdit ecclésiastique, en vertu du consentement et de l'autorité de tous les prélats, ain&i
^86 ADDmo^s.
que de son autorité propre qui contribue à ia présente ordination.
En outre, comme il arrive fréquemment que plusieurs clercs se saisissent, par le moyen du pouvoir laïque, d'églises paroissiales, prébendales et ayant charge d'âmes, et sont intrus en icelles sans l'intervention de l'autorité ecclésiastique, nous décidons que le clerc qui sera ainsi introduit de lui-même sera frappé d'analhème en observant les formes du droit, qu'il sera publiquement déclaré tel par le diocésain du lieu, qu'il sera privé par le fait même de ce bénéfice h perpétuité, et que s'il a persévéré ainsi dans son opiniâtreté pendant deux mois, les diocésains des lieux où il a d'autres bénéfices ecclésiastiques veilleront, sur la dénonciation de l'évêque dans le diocèse de qui il se sera introduit, et dont il aura méprisé l'admonition et l'excommunication pendant le temps susdit, à ce que les provenances de ces béjéfices lui soient retirées jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction convenable. Si le même intrus a persévéré pendant une année dans une sentence d'excommunication de cette espèce, que désormais il ne soit admis à aucun bénéfice dans le royaume d'Angleterre. S'il a été intrus par clerc procurateur, qu'on procède de la même manière contre le susdit clerc procurateur, et qu'il soit soumis aux peines susdites. Si le procurateur de cette espèce est laïque, qu'il soit excommunié dans la forme du droit et qu'il soit déclaré tel publiquenjent. Que le seigneur absent soit cité, et s'il comparaît et ratifie le fait de
soil procurateur quel qu'il soit en cette partie, qu'il soit soumis aux peines susdites. S'il s'absente par contumace et laisse passer un laps de plus de trois mois, qu'il soit enveloppé dans la sentence d'excommunication majeure, dans le cas où il se trouverait dans le royaume, et qu'il encoure de plus les peines plus haut mentionnées, surtout puisqu'il aura ajouté le mépris au sacrilège. Dans le cas où il se trouverait hors du royaume, qu'on procède de la même manière contre lui après l'avoir cité, et après les délais qu'exigera son séjour en outre-mer. Que l'église et que la prébende dans laquelle l'intrusion a eu lieu soit soumise à l'interdit ecclésiastique. Que les auteurs et les coadjuteurs des intrusions de cette espèce encourent, s'ils sont clercs, les susdites peines imposées aux clercs, et s'ils sont laïques, qu'ilssupportent les peines fixées plus haut contre les laïques. Que les possessions et que les terres de ceux qui auront ainsi contribué à l'intrusion soient soumises à l'interdit ecclésiastique, s'ils n'ont point donné satisfaction dans un mois. Si des intrusions de cette espèce ont été faites en vertu du pouvoir royal, que le seigneur roi soit averti par le diocésain du lieu de les faire révoquer dans le temps convenable ; qu'autrement les terres et les lieux que le n^éme seigneur roi aura dans le diocèse où l'intrusion aura eu lieu soient mis en interdit ecclésiastique. Si une pareille intrusion a été faite par quelque autre seigneur ou homme puissant, qu'il soit réprimé, comme il est dit plus haut, par sentence de suspension et d'excom-
munication, et s'il n'a pas corrigé un semblable attentat dans l'espace de deux mois, que les terres et les lieux qu'il possède dans ce diocèse soient mis en interdit ecclésiastique par le diocésain du lieu.
En outre, comme les excommuniés et ceux qui sont saisis et emprisonnés sur le mandement des prélats, selon la coutume du royaume, sont quelquefois mis en liberté par le roi , et souvent même par les vicomtes et les autres baillis, sans le consentement des prélats et sans avoir donné satisfaction convenable; que la plupart du temps ils ne sont pas saisis en vertu d'une excommunication de cette espèce; que des lettres royales pour les prendre ne sont point obtenues; que quelquefois même ledit roi et ses baillis communiquent avec des excommuniés de cette espèce, qui ont été publiquement déclarés tels, méprisant ainsi les clefs de l'église à la subversion de la liberté ecclésiastique ; nous décidons que les excommuniés, ceux qui auront été pris ainsi et qui auront été mis en liberté de celte façon, pour inspirer plus de haine contre eux, seront excommuniés publiquement et solennellement au son des cloches et à la lueur des cierges, et seront déclarés excommuniés dans les lieux où les ordinaires de ces lieux le jugeront convenable. Les vicomtes et les autres baillis qui les auront mis en liberté sans qu'ils aient donné satisfaction au prélat ou amende à Téglise, seront excommuniés publiquement par anathème, et seront déclarés solennellement excommuniés. Si cependant ils ont procédé à cela d'après un
mandat royal, qu'on en agisse plus doucement avec eux, au fjre des ordinaires; que les clercs qui auront dicté, écrit ou signé des brefs de cette espèce, ou qui aurontfourniconseiletaide,soientpuniscommeilest dit précédemment plus au long dans le premier remède; que le seigneur roi soit averti de corriger des excès de cette nature, et de se désister de pareils mandats; et si le seigneur roi n'obéit pas à ces admonitions, que le lieu dans lequel le prisonnier était détenu soit soumis à Tinterdit ecclésiastique. Si la lettre accoutumée qui autorise à saisir Texcommunié est refusée, que le seigneur roi soit averti par le prélat qui lui aura écrit à ce sujet, d'octroyer cette lettre et de la faire passer. Si le roi ne le fait pas, que les cités, les châteaux, les bourgs et les villages qu'il possède dans le diocèse de celui qui lui a écrit ainsi, soient soumis à l'interdit ecclésiastique par le même prélat. Quant à ceux qui communiquent avec les excommuniés, que Ton procède contre eux selon la censure de la discipline ecclésiastique.
De même, comme les clercs, sans distinction de personne, bien qu'ils n'aient point été surpris en flagrant délit de vol, sont arrêtés et détenus en prison comme des criminels suspects d'une action coupable ou d'un délit en fait de forêts, et ne sont point remis aux ordinaires pour être jugés librement selon les canons ; comme aussi les clercs à qui des crimes sont imputés sont exposés à être bannis du royaume s'ils ne comparaissent pas après avoir été cités pardevant des juges séculiers ; nous décidons que si les
clercs ainsi arrêtés sont gens connus et honorables, ceux qui les auront pris et même qui les retiendront seront excommuniés solennellement dans la forme du droit par les or linaires des lieux, et seront déclarés excommuniés. De plus, les lieux dans lesquels ils auront été détenus, et les terres de ceux qui les auront arrêtés et détenus seront soumis à l'interdit, ecclésiastique, jusqu'à ce qu'ils les aient relâchés et leur aient permis de s'en aller librement, sans préjudice des satisfactions convenables qu'ils devront à cet égard.
Que ceux qui leur auront imputé faussement ou malicieusement des crimes à cause desquels ils au-, ront été arrêtés et détenus, soient excommuniés et déclarés publiquement excommuniés, jusqu'à satisfaction, convenable. Que les clercs vagabonds et inconnus qui auront été pris et détenus, s'ils ont été. trouvés en possession de cléricature, soient réclamés par les ordinaires des lieux pour être jugés librement par l'église; et si on les refuse, que les détenteurs soient punis comme il est dit plus haut; si on les remet, qu'ils soient jugés librement sans attendre des justiciers quels qu'ils soient; et si les justiciers condamnent l'évêque à une peine pécuniaire parce que les mêmes clercs n'auront pas été présentés devant eux, que des peines supérieures soient prononcées contre les susdits justiciers, selon qu'ils seront ou clercs ou laïques., Que les clercs du seigneur roi ou tous autres, quels qu'ils soient, qui encoprront une excommunication de cette espèce, en die-
ADDITIONS. \9i
tant, écrivant, sigfnant et adressant aux vicomtes ou autres baillis des mandats de cette espèce, soient soumis aux peines promulguées plus haut contre les clercs. Que cependant le clerc convaincu canoniquemcnt, par devant son ordinaire, d'une transgression en fait de forêts, soit forcé, par le même ordinaire, de donner satisfaction au seigneur roi ou à tout autre ayant souffert dommage et injure, sans préjudice de la peine canonique qui lui sera infligée au gré de son ordinaire. Mais si les clercs se purgent canoniquement des imputations et des objections soulevées contre eux, et que le pouvoir laïque détienne néanmoins les biens d'iceux, que les envahisseurs et les détenteurs de ces biens des clercs soient réprimés par la censure ecclésiastique souvent dite. Si les clercs ainsi arrêtés ont été malicieusement rasés ou pendus dans le temps intermédiaire, que ceux qui les auront fait raser ou pendre, et ceux qui auront donné conseil et aide pour cela soient soumis aux peines plus haut dites ; que de même ceux qui les auront déclarés forbans soient frappés de semblables peines.
Comme aussi plusieurs clercs entre eux passent des contrats, et la plupart du temps avec des laïques*, et qu'ils confirment ces contrats en engageant leur foi ou en prêtant serment corporel, et que lorsqu'ils sont cités par-devant le juge ecclésiastique pour avoir violé la religion de leur foi ou du serment prêté,
* Cum elericis. Nous Usons laicis ; mais peut-être serait-il mieux à'eidenâre et pJerumque [laïci] mm ckricis.
ils obtiennent une prohibition royale en vertu de laquelle ils déclinent Texamen du juge ecclésiastique au sujet de ce parjure ou de cette violation de leur foi ; nous décidons que si l'impétrant est laïque, il sera réprimé, comme il est dit plus haut, par sentence d'excommunication ; s'il ne s'est point désisté et qu'il se trouve élre possesseur de biens immeubles, que sa terre soit soumise à l'interdit ecclésiastique. S'il n'a pas de biens immeubles, que ses mercenaires et les personnes qui ne sont pas à son service par nécessité soient avertis de se retirer d'auprès de lui dans les huit jours; qu'autrement une semblable sentence d'excommunication soit lancée contre ceux-là. Mais si le coupable est un clerc ou un religieux, que les peines canoniques soient exercées contre lui ; si le clerc coupable a persévéré dans son endurcissement, qu'on procède contre lui selon les peines mentionnées plus haut contre les clercs opiniâtres. Si le demandeur * est un laïque ayant fief laïque, et qu'il soit contraint [de se désister?] par corps et par saisie de son fief, qu'on procède contre tous les contraignants, selon qu'ils seront clercs ou laïques, par le moyen des peines qui sont statuées plus haut contre eux. S'il arrive que le demandeur se retire par crainte de la prohibition royale, que le juge, afin que les péchés ne restent pas impunis, procède [néanmoins], en vertu de son office, selon
' Auctor est pris ici clans le sens à\(ct07\ qui niême noussemMe I.i bonne leçon.
qu'il lui semblera convenable. Si le juge ayant un fi€f laïque est contraint par saisie, qu'on procède contre les contraignants et contre le seigneur roi de la manière qui est mentionnée plus haut ; s'il n'a point de fief laïque, que Tévêque ne représente pas ledit juge, et si l'évêque est contraint par saisie, qu'on procède contre le seigneur roi et contre les contraignants, comme il est déclaré plus haut. Que la même chose soit observée dans les prohibitions semblables ; que la même chose ait lieu, même si un troisième messager arrivait et présentait ou faisait présenter à la traverse une prohibition pareille, pourvu toutefois que celui en faveur duquel elle paraîtra avoir été obtenue l'ait ratifiée de parole ou de fait.
De plus encore, lorsque les prélats, d'après le dû de leur office, s'enquièrent de la discipline des mœurs, des péchés et des excès de leurs subordonnés, le roi, les seigneurs et les autres puissances séculières les empêchent d'exercer leur office dans les choses susdites, en défendant aux laïques, leurs sujets, de prêter serment de dire la vérité sur le mandement des mêmes prélats; et comme les mêmes seigneurs ne permettent pas que les susdits prélats, dans les causes ou les affaires ecclésiastiques, punissent leurs subordonnés corporel lement ou pécuniairement, ou de toute autre manière canoniquement, selon la qualité des personnes et des délits; nous décidons que néanmoins les laïques seront expressément forcés, par sentence d'excommunication, à IX. ^5
prêter des serments de cette espèce, et à payer toutes les peines pécuniaires quelconques infligées canoniquementpar leurs prélats. Que ceux qui empêcheront que des serments de cette espèce ne soient prêtés, ou que les peines pécuniaires ne soient payées, soientréprimés étroitement par des sentences d'interdit et d'excommunication. Si à cause de cela on procède à la contrainte des prélats, que Ton procède contre les contraignants, selon qu'il est dit plus haut. Comme l'office des prélats est entravé d'une façon toute semblable, quand il arrive qu'un Juif ayant commis un délit à l'égard des choses et des personnes ecclésiastiques est cité par-devant eux à ce sujet et au sujet d'autres choses qui regardent en pur droit le tribunal ecclésiastique, nous décidons que le Juif sera néanmoins forcé, par l'interdit du commerce, des contrats et de la communion des fidèles, à répondre dans les cas susdits; de même ceux qui défendront, empêcheront et contraindront, encourront les peines de l'interdit et de Texcommunication.
En outre, comme on place pour surveiller ceux qui se réfugient à l'immunité de l'église [ afin d'y trouver un asile] une garde de laïques si étroite que l'on peut à peine les secourir en leur fournissant des aliments, comme souvent ceux qui s'y réfugient sont arrachés violemment des églises , des cimetières et des chemins publics, après qu'ils ont fait serment de s'exiler selon la coutume du royaume, et qu'une fois tirés ainsi dehors, ils sont égorgés avec scélératesse au préjudice de l'immunité ecclésiastique; nous dé-
cidons que ceux qui empêcheront qu'on ne fournisse des aliments aux réfugiés seront réprimés sévèrement par la peine de Texcommunication à la discré,tion de Tordiuaire, et que ceux qui les tireront par embûches hors de l'église, du cimetière ou de la voie publique, après qu'ils auront juré de s'exiler, ou ceux qui les tueront une fois tirés ainsi dehors , tandis que les réfugiés sont placés sous la protection de l'église, seront frappés de toutes les peines que mérite le sacrilège. Que l'on ne pose point de gardes dans l'église ou dans le cimetière pour veiller sur ceux qui se réfugient dans l'église , et si la chose a lieu que les gardiens soient réprimés très-étroitement dans la forme du droit par sentence d'excommunication.
D'ailleurs, certains hommes envahissent les biens ecclésiastiques, et troublent et enfreignent les libertés ecclésiastiques ; c'est pourquoi nous décidons que les malfaiteurs et les sacrilèges de cette espèce seront déclarés excommuniés par les ordinaires des lieux; que, s'ils persévèrent pendant un mois dans leur opiniâtreté, alors leurs terres et les lieux dans lesquels ils demeurent seront soumis à l'interdit ecclésiastirque, et que ni Tune ni Tautre de ces sentences ne sera levée jusqu'à ce qu'ils aient satisfait convenablement sur les dommages ou les injures. Si quelqu'un a dépouillé une église de ses possessions ou libertés, qu'il soit soumis aux peines plus haut dites, et qu'une sentence d'excommunication soit prononcée solennellement contre lui dans la forme du droit jusqu'à
pleine restitution et satisfaction convenable. Si les mêmes sacrilèges font attacher et contraindre à cause décela les juges ou les prélats, que les contraignants, aussi bien que les sacrilèges, supportent les peines souvent dites prononcées contre ceux qui attachent et contraignent.
Outre cela, comme il arrive que les domiciles et les logis des clercs occupés par leurs serviteurs [sont envahis] ^, que les biens des mêmes clercs trouvés chez eux sont consommés par des sacrilèges de cette espèce, que ceux qui réclament et veulent dérober ces biens au pillage sont couverts d'outrages, accablés de coups, et traités d'autre façon fort ignominieusement , que souvent même les charrettes et les montures domaniales des prélats , des religieux ou des clercs sont saisies sur la voie publique, dans les marchés et quelquefois dans les sanctuaires, et sont emmenées de force pour transporter les bagages , les objets de commerce et les provisions des susdits seigneurs ; nous décidons que tous ceux qui auront commis des violences de cette espèce, et tous ces sacrilèges seront excommuniés dans la forme du droit et déclarés solennellement excommuniés, jusqu'à ce qu'ils aient restitué ce qu'ils auront enlevé et emporté, et qu'ils aient donné satisfaction convenable pour les injures commises.
IjCS clercs et les religieux sont aussi forcés de \eK^
^ Domicilia et hdspitia clericorum suis servientiius occupentur. On peut aussi entendre : les Ugis sont occupés par les sergents des ïaïques. — Il y a quelque faute dans le texte.
dre les choses qu'ils ont licitement à vendre, au prix que fixe le seigneur roi , à lui et à ses officiers, et de les livrer malgré eux sans que le prix leur en soit payé; c'est pourquoi nous décidons que ceux qui exerceront de pareilles violences Siéront forcés , par sentence d'excommunication, de fournir un juste prix ou de restituer la chose ainsi extorquée, et néanmoins de donner satisfaction, comme il convient, pour le sacrilège commis.
De plus, quand le seigneur roi obtient la garde des églises cathédrales ou conventuelles vacantes, il dissipe et consume les biens de ces mêmes églises par le moyen de ses baillis, non-seulement contre les libertés ecclésiastiques, mais encore contre les droits de l'église et la charte de libertés communes qu'il a donnée ; c'est pourquoi nous décidons que le juge ecclésiastique du lieu réprimera les susdits sacrilèges par sentence d'excommunication jusqu'à satisfaction convenable ; que si le roi oppose prohibition , on ne Tépargnera pas non plus; si des sentences pour attacher et contraindre par saisie interviennent, on aura recours aux remèdes plus haut mentionnés contre ceux qui attachent et contraignent.
Fréquemment, les archevêques et les évêques ci tés par sommation commune à raison de leur patrimoine ecclésiastique , par-devant les justiciers en tournée, ne sont aucunement admis, contre la liberté et la coutume de l'église, quand ils se font représenter par leurs attorners ou par leurs procurateurs institués par lettres ; il faut donc supplier le seigne
roi de souffrir que les procurateurs ou attorners d'iceux soient admis sur leurs lettres de procurations, et d'enjoindre aux justiciers d'admettre de pareils attorners , s'ils sont munis de lettres convenables. Mais s'ils ne sont point admis après cela, et si le prélat, pour n'avoir pas comparu en personne, est condamné et ensuite contraint par saisie, nous décidons <ïue l'on devra procéder contre ceux qui attacheront et contraindront, comme la chose est mentionnée précédemment.
Les prélats et les clercs sont contraints par saisie de comparaître par-devant les magistrats séculiers pour déclarer en vertu de quel droit ou de quelle garantie ils usent des libertés dont eux ou leurs prédécesseurs, depuis une époque très-reculée, ont usé pacifiquement au nom de leurs églises ; autrement on les empêche de jouir des libertés susdites. Nous décidons que ceux qui recevront une citation pareille n'auront pas à rendre compte de leur droit ou de leur garantie; et s ils sont contraints par saisie à cet effet ou condamnés d'autre part , on procédera contre ceux qui auront condamné et contraint comme il est déclaré plus haut. Si le prélat est retenu , que l'archevêque avec les évêques le réclame et punisse les délenteurs, et s'il n'est point relâché librement, qu'on procède à l'interdit, comme on Fa vu plus haut.
Souvent les princes et les autres fidèles du Christ donnent et concèdent aux églises et aux prélats des possessions et des libertés par leurs chartes, dans les-
quelles est contenue la clause suivante ou une clause semblable : « Je donne , concède et con Orme par la présente charte, sans aucune restriction, à telle église ou à tel monastère', et à leurs prélats et ministres, toutes les choses qui appartiennent ou pourront appartenir à moi ou à mes héritiers sur tel ou tel fief ou possession. » Si ensuite une discussion s^élève en tribunal séculier au sujet de quelque article, relatif aux dépendances, qui ne soit pas spécialement exprimé dans ladite charte, les juges séculiers disent que cette charte est nulle et de nul effet, parce que cet article nW point exprimé nommément dans icelle. C'est ainsi que ce terme toutes les choses ne contient rien, à les entendre, que ce qui se trouve exprimé spécialement; et si l'article de libertés qui donne matière à discussion est exprimé dans la charte spécialement, les mêmes juges disent que la charte elle-même est nulle et ne vaut rien, si Téglise ou le monastère n'a pas usé de la liberté qui y est mentionnée. Aussi nous décidons que les justiciers et les autres juges séculiers qui , par une interprétation aussi perverse, auront frustré des églises ou des lieux religieux .de leurs possessions ou de leurs libertés, seront avertis par les ordinaires des lieux dans lesquels de pareils jugements seront exercés, de ne pas entreprendre, sous prétexte d'une pareille interprétation, de troubler ou d'intervertir les possessions, les libertés et les droits ecclésiastiques. S'ils n acquiescent point aux admonitions d'iceux, que l'iniquité des susdits justiciers et juges soit réprimée dans
la forme plus haut mentionnée, selon qu'ils seront clercs ou laïques, par des sentences d'excommunication ou d'interdit.
De plus , quoique le clément roi , les seigneurs et les autres fidèles du Christ aient jugé pieusement à propos de conférer des terres et des possessions aux églises et aux personnes ecclésiastiques en libre, pure et perpétuelle aumône; comme néanmoins les vicomtes et leurs baillis forcent les mêmes personnes ecclésiastiques, à cause des susdites terres et possessions, de faire séquelle à leur cour laïque contre la forme de la donation, Tofficede piété et les droits des églises; qu'en outre ils les troublent dans les possessions dont elles ont joui depuis des temps fort longs et une époque reculée , à moins qu'elles ne puissent représenter devant eux les concessions originales ou les chartes qui ont pu être perdues ou détruites par la vétusté ou d'une autre façon ; nous décidons que si une contrainte par saisie pour des séquelles de cette espèce est faite par les donateurs et les fondateurs, ou par leurs héritiers, ou par autres successeurs leur succédant de quelque façon que ce soit , ils seront absolument réprimés par les susdites censures ecclésiastiques. Si une contrainte par saisie est faite par quelques seigneurs en chef au sujet de ladite séquelle que réglise ou le monastère n'avait pas coutume de fournir précédemment, que ceux qui forcent et contraignent soient arrêtés d'une semblable manière.
Souvent aussi , quand les laïques décèdent intes-
tats , les seigneurs des fiefs ne permettent pas que leurs dettes soient payées sur les biens meubles d'iceux , ni que des distributions pieuses pour les âmes des défunts soient faites dans Tintérêt de leurs enfants et de leurs parents ou pour d'autres usages, à la disposition des ordinaires; nous décidons que les susdits seigneurs et leurs baillis seront avertis de se désister de pareils empêchements , et que s'ils n'obéissent point aux admonitions, ils seront réprimés par sentence d'excommunication, du moins pour cette portion qui appartient au défunt. Qu'on procède de la même manière contre ceux qui empêchent les testaments des villains * et autres gens de condition servile, contre la coutume de Téglise anglicane approuvée jusqu'ici.
Enfin , les susdits remèdes s'étendent tant aux griefs présents qu'aux griefs futurs, principalement depuis l'époque de l'excommunication promulguée solennellement à Londres par les prélats, du consentement du roi et des seigneurs du royaume contre les transgresseurs de la charte des libertés communes.
i Ascriptitii (texte hic) . On appelait ainsi l'espèce de laboureurs , qui par écrit s'astreignaient à la culture de la terre, promettant d'y rester, d'y labourer et de n'en point sortir. Ils étaient entièrement, jusqu'à leur affranchissement, sous le pouvoir du seigneur du manoir qui avait même droit de les vendre. Il est fréquemment question des ascriptitii dans les constitutions siciliennes et dans les chartes des empereurs allemands. Charlemagne et Louis le Débonnaire (Capit. Hh. Yl^ tit. MQ) prévoient et défendent le cas où les évéques et les prêtres seraient réduits à cette condition servile. {Gloss. du texte. Voy. aussi DuGANGE, Ascriptitii ei Casalagium.)
Les archevêques et les évêques avec le consentement et Tapprobation des prélats inférieurs , des chapitres établis dans les églises cathédrales et conventuelles, ainsi que de l'universalité de tout le clergé d'Angleterre , ont arrêté en commun et en bon accord les dispositions précédentes pour la réformation de Tétat de l'église anglicane et la restauration de la liberté ecclésiastique.
Année 1258.— Voir la page 50 du volume.
Lettre du roi relative a l'observation des statuts d'Oxford.— « Henri, par la grâce de Dieu, etc., à ses amés et féaux Robert de Ros , Alexandre de Andewill, Geoffroi de Childewik, et Henri deHorwell , du comté d'Hartford , salut. — Comme dernièrement, dans notre parlement d'Oxford, il a été réglé communément que tous les excès, transgressions et injures commis dans notre royaume , seront recherchés par enquête par quatre chevaliers de chaque comté , afin que la vérité soit connue à cet égard, et que les excès soient plus facilement corrigés, lesquels quatre chevaliers devront prêter serment corporel de faire fidèlement la susdite enquête, en pleine assemblée du comté, ou par-devant le vicomte et les coroners, si cette assemblée du comté n'est point tenue prochainement, comme nous l'enjoignons à chaque vicomte ; nous vous recommandons en vertu de la fidélité dont vous êtes tenus envers
nous , après que vous aurez prêté préalablement le serment dont nous venons de parler, de vous enquérir avec exactitude dans le comté susdit , sur le serment de bons et loyaux hommes du comté susdit, par lesquels la vérité de la chose puisse être plus parfaitement connue , de tous les excès , transgressions et injures commis depuis les temps passés dans le même comté, par quelques personnes que ce soit ou au détriment de qui que ce soit; et cela, tant sur la conduite des justiciers et vicomtes que de nos autres baillis et de toutes personnes, quelles qu'elles soient. L'enquête qui en résultera, scellée de vos sceaux et des sceaux de ceux par qui elle aura été faite, sera portée à Westminster, dans l'octave de la Saint-Michel, pour être remise par vos propres personnes à notre conseil siégeant en ce lieu. Nous recommandons aussi à notre vicomte du comté susdit, après qu'il aura reçu de vous le serment corporel dans la forme susdite, de faire venir par-devant vous aux lieux et jours que vous lui aurez assignés , d'assez nombreux et de tels chevaliers et autres du même comté , par qui la susdite enquête puisse mieux se faire. Nous n« voulons pas cependant que notre vicomte du même comté, présentement en fonctions, soit compris sous une enquête de cette espèce, à moins que par hasard le susdit vicomte ne se soit trouvé dans la susdite assemblée du comté , parce qu'à cette époque-là nous voulons que l'enquête porte sur lui comme sur les autres. Nous ne voulons pas non plus que dans la susdite enquête on revienne
sur les transgressions ou injures qui ont été ternainées d'autre façon par-devant nos justiciers par juste jugement de notre cour, ou qui sont attachées par nos brefs. En témoignage de quoi nous vous envoyons nos présentes lettres patentes. — Fait sous mes yeux à Westminster, le vingt-huitième jour de juillet J'an quarante-deuxième de notre règne. »
Année 1238. — - Voir la page 54 du volume.
\ . Lettres envoyées au pape par l'assemblée générale d'Angleterre. (La 2^ et la 5^ extraites de l'Auctarium). — « A son très-saint père en Jésus-Christ, Alexandre, par la providence divine, souverain pontife de la sainte église universelle, la communauté des comtes, seigneurs, magnats et autres du royaume d'Angleterre, avec soumission due, baisement de ses pieds bienheureux. Dernièrement votre sainteté, tant par lettres que par le vénérable homme, maître Herlot, son sous-diacre et notaire, nous a avertis et recommandé d'aider notre seigneui^ l'illustre roi d'Angleterre, dans la poursuite du royaume de Sicile, en lui fournissant à cet égard un subside en commun. Quoique précédemment le même seigneur notre roi, sans notre conseil et assentiment, ou plutôt malgré nos réclamations et notre répugnance, eût entrepris cette affaire que nous regardions comme tout à fait impossible pour lui, à cause de la diffi-
culte des conditions et d'autres choses qui regardaient notre état, cependant, par respect pour le siège apostolique et pour vous, nous avons jugé à propos de répondre au seigneur roi que, s'il voulait, avec le conseil de ses seigneurs et magnats, réformer en mieux son royaume déformé de toutes façons en beaucoup de points, et vous, si vous vouliez mitiger en quelque manière les conditions contenues dans votre privilège, lesquelles excèdent les forces dudit roi, à notre tour, d'après un adoucissement et une réforme de cette espèce, nous lui fournirions aide effective en espérant \ pour l'entreprise, le succès souhaité, afin que le roi pût conduire à bonne fin, par votre ^ secours , l'affaire qu'il avait entreprise sans nous. Au reste, le susdit seigneur roi, considérant qu'il lui était impossible de soutenir le poids de l'affaire susdite, et que l'état de son royaume était faible, voulut et octroya expressément que ladite réforme provînt du conseil des seigneurs et magnats sans lesquels il ne pouvait gouverner son royaume ni poursuivre Tentreprise susdite ; à savoir, de telle façon que douze personnes choisies de sa part, et douze autres personnes nommées de la part de l'assemblée générale, disposeraient, statueraient, et même ordonneraient au sujet de Tamélioration et de la réformation du royaume d'Angleterre, ainsi que des affaires concernant ledit royaume, selon
* Optatus eventtis negotio speratus. Nous proposons et traduisons optatos evenius negotio sperantes.
- Veslrum. Le sens serait Men plus juste en Xmni nostrum.
qu'il leur semblerait le plus avantageux. Ledit roi, aussi bien que le seigneur Édouaril, son fils aîné, promit et affirma, par son propre serment, qu'il observerait inviolablement ce qui aurait été réglé par les susdits vingt-quatre ou par la majeure partie d'iceux. Tous deux devaient aussi faire et procurer sécurité de toute espèce, selon ce que pourvoiraient à cet égard les susdits vingt-quatre ou la majeure partie d'iceux. Mais comme parmi les douze élus de la part du seigneur roi se trouvaient nommés Télu à Winchester et ses frères , le même élu , peu soucieux de son salut, et s'occupant de la perturbation et de la ruine plutôt que de la réformation du royaume, a sollicité ledit roi et lui a conseillé de tout son pouvoir, en lui promettant une immense somme d'argent (dùt-il même arracher à l'église de Winchester ses dernières ressources jusqu'à épuisement), d'abjurer les promesses qu'il avait faites, au mépris de son propre serment, ainsi qu'au grave dommageetàl'irréparable détriment de son royaume. Comme il ne pouvait accomplir par cette voie le désir de son intention, il a eu recours à d'autres moyens, et il a animé et stimulé, autant qu'il était en lui , le seigneur Edouard et quelques autres des plus nobles de tout le royaume, à la subversion du royaume entier, comme s'il eût conspiré pour la destruction et la ruine irréparable du même royaume.; en sorte qu'on pourrait vraiment dire de lui : « Voici l'homme qui a troublé la terre et qui a ébranlé le royaume. » En effet, tandis que ceux qui avaient alors
été nommés pour la réformation y travaillaient avec un soin vigilant, le susdit élu et ses frères, tantôt par des subterfuges, tantôt par d'autres détours variés, retardaient le succès de la réformation susdite. Mais riniquité a menti à elle-même ; car plus ils s'efforçaient d'empêcher l'affaire, plus les autres, enflammés du zèle du bien public, travaillaient ardemment et constamment avec des veilles instantes et de sages précautions à la mener à bonne fin. Ils réfléchissaient qu'une ferme et fidèle cohérence ne peut exister là où il n'y a pas une union tenace des volontés, et comme une conglutination des esprits eux-mêmes. Mais ce n'est pas tout. Les ministres et les officiers des frères susdits, qu'on pourrait plutôt appeler des brigands et des satellites, pillaient de toutes parts les pauvres gens, tendaient des embûches aux simples, excitaient les impies, opprimaient les innocents, se réjouissaient dans les choses les plus exécrables ; transportés de plaisir quand ils avaient mal agi, et mettant le comble ^ aux péchés du peuple, ils se livraient à la débauche et trouvaient leur joie dans les larmes des veuves, dans la nudité des orphelins, dans les oppressions des sujets. Leur rage effrénée s'était développée au point que leurs inférieurs ne pouvaient vivre sous leur domination, ni leurs égaux être en rapport avec eux, ni leurs supérieurs au-dessus d'eux leur imposer des bornes. C'est pourquoi ^ considérant que la république est un corps qui se
* Cumedenies; évidemment cumulantes.
nourrit par le bienfait du présent divin, qui est dirigé par un signe de la souveraine équité, qui est gouverné par une certaine modération de la raison, et qu'il ne convient pas que dans un même corps il y ait désunion des membres, nous avons appelé et fait appeler par le roi, après beaucoup d'instances et de fréquentes admonitions, le susdit élu et ses frères comme perturbateurs du repos et de la tranquillité du royaume entier, afin qu'ils se présentassent en jugement pour répondre à ceux qui se plaindraient d'eux, selon la coutume et les lois du royaume; de telle façon que deux d'entre eux, à leur choix se présentassent en laissant les deux autres, pour répondre en leur nom et au nom des autres, ou qu'ils sortissent tous du royaume s'ils croyaient que ce parti fut plus avantageux pour eux. Ceuxci, craignant de subir le jugement que leurs fautes leur avaient attiré, aimèrent mieux sortir du
•oyaume que d'attendre la rigueur d'un jugement ;
nais ni nous ni le royaume ne serions encore plei- .jement rassurés à cet égard, si Félu, à qui nous imputons, à juste titre, la cause de tout ce trouble, revenait en Angleterre ; sa présence soudaine pourrait détruire tout ce que notre sollicitude s'est efforcée d'établir avec beaucoup de veilles et des travaux infinis. Aussi c'est un projet bien arrêté parmi nous tous, et c'est un désir ardent chez chacun de nous, qu'une fois chassé, cet homme de schisme, de dissension et de scandale, n'ait plus désormais aucun rapport avec nous. Or donc, le susdit élu et ses frères avaient in-
fatué le roi et le seigneur Edouard, au point que nonseulement leurs insolences restaient complètement impunies, mais encore, ce qu^il y a de pire et ce qu'il est honteux de dire et terrible d'entendre, que si quelqu'un soulevait en jugement un procès contre eux ou contre Tun d'eux, le roi, bien que tenu de punir le délinquant et de corriger le délit, les soutenait dans leurs méfaits et s'indignait étonnamment contre le plaignant; que lui, qui devait être un juge propice, devenait, à la suggestion d'iceux, un adversaire el quelquefois même un ennemi terrible ; en sorte qu'appuyés sur le pouvoir et la faveur du roi, ils opprimaient qui ils voulaient, violant damnablementles communautés et les libertés des églises, incarcérant les hommes et blessant les clercs, au préjudice de la couronne, à qui seule appartient une incarcération de cette espèce ; enfin , lâchant les rênes à leur perversité, et se déchaînant dans tout le royaume au gré de leur volonté. C'est pourquoi, si l'élu revenait en Angleterre, ce dont Dieu nous garde, nous redouterions avec probabilité des choses pires que ce qui s'est passé. Nous supplions donc votre sainteté, avec toute la dévotion que nous pouvons, d'écarter complètement, si vous chérissez l'unité et la paix du royaume d'Angleterre, qui toujours a été et est bien disposé pour vous, le susdit élu de l'administration de l'église de Winchester qui lui avait été octroyée par la munificence du saint-siège apostolique. Et il vaut beaucoup mieux que cela ait lieu sans scandale, en vertu de la plénitude de votre pou-
Toir, que de voir des choses pires arriver à celte occasion, ce dont Dieu nous garde, et que nous soyons forcés, nous vos tout dévoués, d'agir autrement. Or, sachez pour sûr que, quand bien même le seigneur roi et les grands du royaunrie voudraient cela, la communauté du royaume ne souffrirait, en aucune façon, que Télu rentrât en Angleterre; car ilsséviraient plutôt contre lui que d'attendre les effets de sa cruauté intolérable. Bien plus, il serait onéreux pour tous les habitants du royaume, et dispendieux pour le royaume entier, qu'il perçût des provenances dans un royaume qu'il se proposait de dévaster. C'est ce qu'ont déclaré tous ceux qui connaissent la nature de cette affaire. Sans nul doute , très-clément père et seigneur, nous croyons assez que cela pourra être fait sans scandale , puisqu'il n'a point été consacré comme évéque, mais que seulement l'administration lui a été concédée. Veuillez ajouter une foi pleine et entière à ces choses et à d'autres qui seront exposées à votre sainteté par nos députés, porteurs des présentes, et admettre, s'il vous plaît, à la grâce de votre audience, nos demandes que nous vous faisons remettre par eux. Nous, Richard de Clare, comte de Glocester et de Hartford ; Simon de Montfort, comte de Leicester; Roger Bigod, maréchal d'Angleterre ;Humphroi de Bohun, comte d'Héreford et d'Essex ; Guillaume, comte d'Albemarle; Jean de Plessets, comte de Warvick; Hugues Bigod, justicier d'Angleterre; Pierre de Savoie, Jean, fils de Geoffroi , Jacques d'AudcIey et Pierre de Monifort, au
nom de toute la communauté, avons apposé nos sceaux aux présentes lettres , en témoignage des choses susdites. Que le Très-Haut vous conserve sain et sauf pendant les temps les plus éloignés. »
Détails particuliers. — Les seigneurs, redoutant donc que l'élu à Winchester ne se rendît à Rome et ne parvînt à obtenir sa consécration en promettant des sommes considérables au pape et aux cardinauxy ce qui l'aurait rendu plus puissant pour nuire, se choisirent quatre chevaliers habiles, éloquents et dignes de foi, pour porter à Rome la susdite lettre et la présenter à toute la cour romaine. Celte lettre annonçait, dans son contenu, qu'on devait ajouter foi pleine et entière à ce qu'ils diraient. Ils emportaient, sur les sommes que le susdit élu avait cachées, mille marcs pour leur servir de soulagement dans leurs fatigues et pour subvenir à leurs provisions de voyage et aux autres choses nécessaires. Quand ils furent venus à Paris, pour ensuite passer les Alpes, l'un d'eux, à savoir [Pierre Branche] * , tomba malade et mourut. Ils s'en affligèrent grandement. Néanmoins les trois autres continuèrent leur voyagecommencé. Arrivés à Rome, ils exposèrent pleinement au seigneur pape la cause de leur voyage, ajoutant quelques autres énormités et méfaits détestables que le susdit élu et ses frères avaient commis, par exemple leurs homicides, leurs ra-
* Nous nous reportons an texte de la chronique : le nom manque ici.
pines, leurs diverses injustices et oppressions, sans que le roi eût voulu réprimer leurs excès. Ils ne passèrent pas sous silence la grande injure qui avait été faite à maîtreEustaehe de Lynn, officiai du seigneur archevêque deCantorbéry, attentat auquel avaient assisté tous les frères susdits ou la partie majeure d'iceux, et pour laquelle très^rave offense tous ceux qui avaient pris part à un si grand crime avaient été excommuniés dans toute la province de Cantorbéry et à Oxford devant l'université. Ils racontèrent aussi comment Tun des frères, à savoir Geoff roi, avait fait rôtir un cuisinier du roi, et Tavait torturé jusqu'à la mort par des tourments raffinés.
En entendant cela, tous les assistants, se bouchant les oreilles, furent saisis de stupeur.
— Autre lettre du baronage au pape. « A leur très saint père, etc.Si la très-sainte et sacrée église romaine récompensait avec une gratitude convenable les mérites de nos ancêtres qui, parés des fleurs des vertus, ont fondé magnifiquement tnnt d'églises, qui les ont inféodées très-libéralement après les avoir construitesà leurs frais, et qui ontéléenflamnîés totalement par l'amour ainsi que par Tagrandissement de Téglise de Dieu et des personnes ecclésiastiques, comme il est facile de l'examiner, d'après le témoignage d'œuvres louables qui doivent rester dans tous les siècles; elle nous accorderait spécialement un secours particulier de faveur, nous ouvrirait libéralement le sein de sa munificence pater-
iielle, et ne troublerait en aucune façon notre paix et la tranquillité du royaume d'Angleterre, mais tâcherait de nous procurer celte paix par des affections sincères dans le Seigneur et par tous ses efforts ; quand surtout nous sommes, selon nos moyens, les observateurs de la foi de nos pères, et que nous désirons être les imitateurs de la dévotion qu'ils ont témoignée envers les églises et les personnes ecclésiastiques. Mais si ce que nous avons appris maintenant par les fréquentes insinuations de votre lettre est vrai (nous vous le disons sans vouloir vous offenser et en vous en demandant pardon), nous craignons que vous ne nous payiez point de retour comme il conviendrait ; car évidemment pour les mérites de notre empressement à exalter 1 église, vous nous donneriez en échange la matière et la semence d'une douleur inquiète, si cette pierre d'achoppement, ce fondement de scandale, à savoir Adhémar, jadis élu à Téglise de Winchester, ce fabricateur de mensonge, cet homme qui ne peut souffrir le grand jour et qui rôde dans les ténèbres attiré par un gain honteux , cet ennemi de la justice et de la paix du royaume d'Angleterre, qui est altéré spécialement de notre sang qu'il a versé jusqu'ici , cet homme condamné par sentence royale, et qui est voué à la mort partout où il sera trouvé dans le royaume, était détaché de votre côté et envoyé en Angleterre pour nous écraser et nous effrayer, grace à ses fausses suggestions et à son habileté à supprimer la vérité ; surtout puisque ledit Adhémar n'a point été ex-
puisé du royaume, mais s*est retiré de lui-même, n'ayant pas osé attendre Texhibition de la justice, qui était due à chacun d'après les serments du roi et des seigneurs , quoique lui et ses frères eussent été maintes fois requis à cet égard. Ne conviendrait-il pas au royal sacerdoce, après avoir examiné pleinement les détails de ce qui s'est passé, après avoir appelé ceux qui doivent être appelés , et écouté ceux qui doivent être écoutés, et spécialement les députés de notre seigneur roi, du royaume, et de l'église de Winchester, de procéder dans une affaire si importante sans offenser le droit, et de ne pas permettre qu'il se précipite si cruellement sur nous en agitant sa lance terrible et foudroyante? Pourquoi (si ce qu on nous rapporte est vrai) les mensonges et les fausses insinuations d'une seule des parties pénètrent-ils dans la profondeur de votre sagesse? Pourquoi vous laissez-vous troubler par des instances importunes, vous prince de l'église et pasteur des brebis du troupeau du Seigneur, vous à qui il a été dit dans la personne du bienheureux Pierre : « Fais paître mes brebis, » et qui devez les gouverner, non dans votre force qui est grande et que nous reconnaissons assez, mais dans le zèle de la justice, dans la multitude de vos miséricordes et dans l'esprit de douceur * ? Réfléchissez que le Seigneur ne se complaît^ pas dans le feu ou dans Fébranlement de la terre, ou dans un souffle violent qui renverse les
* Passage tout à fait mutilé ; nous donnons le sens probable.
' Nous ajoutons complacet ; le verbe manque. •• ,
ADDITIOINS 213
lïjonlagnes, mais plutôt dans le léger silfleiiieDl d'un doux zépbyr. Nous regardons indubitablement Tarrivée d'Adhémar comme réclipse générale ou de sa vie ou de la nôtre, parce qu^il nous a tous iraj)pés de mort dans la personne du noble homme et de notre très-cher cousin le seigneur Guillaume de Clare, homme vaillant, circonspect et recommandable par d'excellentes mœurs. C'est là un dommage irréparable! voilà ce qui nous cause une affliction sans mesure, ce qui nous arrache des larmes continuelles. Pourquoi donc de nouvelles afflictions viennentelles accabler des cœurs déjà affligés? Quelle utilité, saint père, y a-t-il dans notre sang? C'est pourquoi nous supplions dévotement votre paternité de nous considérer paternellement d'après la circonspection inquiète du siège apostolique, avec un sourcil moins sévère et des regards sereins, et de pourvoir à notre paix et à celle du royaume d'Angleterre, selon les choses susdites, afin que, sous l'abri de vos ailes et sous la protection apostolique, nous jouissions dans nos patrimoines d'une tranquillité souhaitée. Or, si nos ennemis viennent se mêler imprudemment à nous, nous ne voyons pas que votre paternité puisse être offensée, mais nous pensons au contraire qu'elle devra souffrir patiemment que nous réprimions selon nos forces leur méchanceté effrénée. Que votre paternité veuille bien peser ce que nos députés susdits exposeront en présence de votre sainteté, parce qu'ils doivent montrer auprès d'un père pieux et d'un auditeur qui ne peut être que
bienveillant, non point le menaçant orgueil du oerl ou la rébellion du corbeau, mais faire entendre le gémissement de la tourterelle ou le murmure de la colombe. Que le Très-Haut vous conserve, etc. »
Autre lettre. — « A leur révérend père en Jésus- Christ , le seigneur Alexandre , etc. — De même qu'il faut que celui qui a soif ait recours à une source vive quand les ruisseaux sont desséchés parla chaleur, de même les opprimés se réfugient vers la clémence de votre siège, quand la justice est violée par la puissance. C'est pourquoi , en effet , Dieu a préposé en sa place votre béatitude au gouvernement du monde, afin qu'en abaissant par sa vertu propre les cornes que dressent les superbes, elle élève les humbles accablés par le pouvoir des hommes violents. Comme donc l'élu à Winchester s'enorgueillit d'une si grande affluence de richesses, qu'il s'inriagine que personne ne peut être son supérieur ni même son égal, il suit dans ses actes plutôt le mouvement impétueux de son esprit que le jugement de la raison , pensant que les choses illicites lui sont permises, et considérant les choses de Dieu comme bonnes à laisser derrière lui. Aussi nous savons que dernièrement il a commis des injustices atroces envers un certain' homnîe, Jean, fils * de Geoffroi , qui est noble et puissant parmi nos compatriotes, à cause desquelles injures les seigneurs du royaume se sont
' Fratri^ nous proposons fdio. Jean Fitz Geoffroi figure au premier rang des barons soulevés : c'est celui qui a signé la première lettre.
scandalisés violemineiït contre lui , se remettant en mémoire les précédentes actions dudit élu. Or il a envahi sans motif, hostilement et à main armée, la terre dudit Jean , le pillant dans ses biens personnels et dans ceux de ses hommes. Le seul prétexte qu'il mettait en avant pour cette agression , c'était que dans le diocèse de Winchester , dans lequel il ne souffre pas que personne soit pourvu en vertu de l'autorité apostolique , un certain clerc avait été pourvu , en vertu de votre autorité , d'une église appartenant au patronat dudit Jean. Le même Jean avait aussi donné son assentiment à cette provision par respect pour votre siège. Mais les satellites de sa tyrannie ne se tinrent pas pour satisfaits de rapines exercées sur des particuliers, s'ils ne portaient irrévérencieusement leurs mains souillées sur les choses divines; car ils envahirent, après avoir brisé les portes, Téglise elle-même dans laquelle les habitants du lieu s'étaient réfugiés par crainte des hommes d'armes, la violèrent par le sang de plusieurs , la dépouillèrent de ses livres et de ses vêtements sacrés, et en outre la profanèrent en enlevant les portes qu'ils emportèrent. Aussi l'élu, qui, à raison de sa naissance et de son ofBce , devrait être la lumière de la patrie et un miroir d'honnêteté, est devenu une pierre d'achoppement, au commun scandale de la religion. C'est pour cette cause que nous supplions ardemment votre paternité , en fléchissant les genoux , de réfréner la malice dudit élu par des remèdes convenables , de peur que la contagion de
la révolte ne gâte les autres par l'exemple, atîn que lui-même, qui ne respecte personne, comprenne, en étant châtié, quil est soumis au siège apostolique qu'il a particulièrement outragé par cet attentat. Que le Très-Haut vous conserve, etc. »
2. Réponse du pape Alexandre \V (extraite deTAuctarium). « Alexandre, évéque, etc., à nos chers fils les nobles hommes conseillers de notre très-cher fils en Jésus- Christ Tillustre roi d'Angleterre, et aux autres grands et seigneurs du royaume d'Angleterre, salut et bénédiction apostolique. Nous avons reçu gracieusement et affectueusement, comme il convenait, nos vénérables frères les archevêques d'York et de Cantorbéry*, et nos chers fils maître Rustaud , notre chapelain , et maître Jean Clarel , chanoine de l'église de Wells, ainsi que le noble homme Guillaume de Huntingdon et frère Guillaume, ordinaire chevalier du Temple, députés que notre très-cher fils l'illustre roi d'Angleterre et vous-mêmes avez envoyés en notre présence, aussi bien que les lettres qu'ils ont eu soin de nous présenter de la part dudit roi et de la vôtre ; et nous avons remarqué avec attention et compris avec diligence tant les choses que contenaient lesdites lettres que celles que les mêmes députés (dont nous pouvons de toutes façons en bonne conscience recommander la grande diligence, la sollicitude et la prudence à l'égard des affaires qui leur
* Ebrendunensem et Caratasiensem sont inadmissibles ; nous proposons et traduisons Eboracensem et Cantuarensem.
ADDITIONS. 2\d
ont été confiées) ont exposées devant nous et devant nos frères , parce que Texcès de cet anîour particulier avec lequel nous embrassons ledit roi et vous spécialement, fait que nous recevons avec allégresse les députés dudit roi et les vôtres, et que nous écoutons volontiers ce que vous nous faites savoir. Certes, les mêmes députés ont insisté auprès de nous de la part du roi et de la vôtre avec des supplications discrètes, attentives et fidèles, sans absolument rien omettre de tout ce qui pouvait rendre efficaces les demandes royales et les vôtres, afin que pour la publication et la confirmation de la paix , qui avait été réformée entre le susdit roi et notre très-cher fils Fillustre roi de France, pour la réformation aussi, le bien salutaire et le prospère état du royaume d'Angleterre, ainsi que pour régler plus avantageusement de concert avec le susdit roi d'Angleterre et avec nous * les mesures à prendre pour l'affaire du royaume de Sicile, nous eussions soin de détacher quelqu'un de notre côté , à savoir un cardinal de l'église romaine , et de l'envoyer après lui avoir confié office de pleine légation sur les choses susdites. Ils nous ont aussi proposé et allégué, tant publiquement qu'en particulier, une foule de causes diverses et urgentes qui faisaient qu'une demande de cette espèce ne pouvait être rejetée en aucune façon. Or, nous avons toujours souhaité, chers fils de prédilection , et nous avons attendu avec anxiété, parmi les autres choses qui sont désirables pour notre cœur, que celui dans
* Nobiscum : nous linons volontiers vohiscum.
ia main de qui sont les pouvoirs de tous et les droits de tous les royaumes, inclinât vers la paix les cœurs de ces éminents princes du siècle, qu'il associât par les liens de la concorde leurs esprits en discorde, et que, par la grâce de sa bénignité douce et insinuante, il apaisât leurs âmes en leur faisant chasser bien loin les haines et abjurer les rancunes. Aussi , comme le Dieu tout-puissant a satisfait pleinement à nos désirs en cela , nous lui en rendons des actions de grâces multipliées, et nous insistons auprès de lui par supplications de cette espèce pour qu'il fasse que des paix et des concordes de cette espèce soient affermies par de profondes racines dans les cœurs des mêmes rois. Quant à la reformation de l'état du royaume d'Angleterre, qui a été surtout procurée, à ce qu'on dit, par ceux qui se sont montrés fermes et enflammés dans leur dévotion envers nous et envers l'église, et qui s'efforcent encore d'exercer les œuvres de justice et de défendre de toutes leurs forces la liberté ecclésiastique, si une réforme de cette espèce, comme on l'espère, a été faite et réglée pour la louange de Dieu , l'exaltation de l'église , l'honneur et l'avantage dudit roi d'Angleterre, l'état prospère et tranquille de son royaume, nous aussi nous nous en réjouissons merveilleusement fort, et la mère église romaine tout entière est transportée de joie; elle est résolue d'un ferme propos et se propose avec une intention stable d'appuyer, le Seigneur aidant, une réformation de cette espèce par des faveurs convenables, et de la fortifier de tout son zèle. Et ce n'est pas
sans raison, puisqu'elle regarde les avantages du susdit royaume comme les siens propres , et qu^elle pense que les bons succès qui arrivent au susdit royaume lui arrivent à elle-même. En effet , de ce même royaume sont toujours sortis des rois catholiques qui , revêtus des titres éclatants de la foi et de la dévotion , ont eu soin de se montrer de toutes façons agréables à Dieu par les mérites de leur pieuse conduite et aimables pour l'église susdite par les œuvres de Tobédience et de l'humilité. La même église a toujours vu et voit naître de ce royaume des fils de bénédiction et de joie, des fils puissants par les actions et [)ar la renommée, des fils même qui lui fournissent aide et faveur opportunes. C'est là un royaume gracieux, magnifique et précieux que Dieu a béni en toutes choses. Ce royaume est un agréable et fertile champ de dévotion, à la défense et à la culture duquel la susdite église est tenue de songer avec plus d'attention et d'administrer le secours d'un zèle plus prompt, afin qu'il exhale par dévotion sincère l'odeur ordinaire de pureté, et qu'il produise par foi intègre le fruit de constance qu'on attend de lui. Cependant l'affaire du royaume de Sicile, qui depuis si longtemps languit évidemment dans les mains du susdit roi d'Angleterre, non sans qu'il en résulte dommage pour le même roi et grand détriment pour la susdite église, n'a point été jusqu'ici conduite par le même roi selon la plénitude de notre désir (ce que nous rappelons avec peine), et à bien considérer les forces dudit roi, on ne peut es-
pérer, d'après ce que nous voyons et d après ce que les susdits députés nous ont exposé, au sujet de ladite affaire, qu'elle puisse être utilement menée à sa Cn. Aussi réfléchissant * qu'il n'était pas avantageux à l'église, ni même au roi d'Angleterre, d'envoyer un légat pour cette affaire dans laquelle (comme nous croyons que vous le savez), il n'y a eu aucun défaut de notre part , tandis qu'elle a manqué entièrement par la faute dudit roi ; après avoir tenu conseil et avoir longuement délibéré avec tous nos frères sur les choses susdites, nous avons répondu aux susdits députés, sur la volonté unanime des mêmes frères, que maintes et maintes fois, au delà même de ce qui aurait été avantageux à l'église, nous avions prorogé, par la pure grâce du siège apostolique, et sur l'instance dudit roi d'Angleterre, les termes qui avaient été fixés par nous à diverses époques pour la poursuite de ladite affaire, en suspendant de terme en terme les peines contenues dans le privilège apostolique rédigé au sujet de la concession dudit royaume de Sicile, et en envoyant et renvoyant au même roi de fréquentes deputations ; qu'à tous les termes de celte espèce ledit roi d'Angleterre avait absolument manqué à l'exécution des conditions sous lesquelles ledit royaume de Sicile avait été octroyé à son fils; qu'à cause de cela l'église était dès lors libre d'ordonner, de disposer et d'agir, à l'égard dudit royaume de Sicile, selon le bon plaisir de sa
* Non aiiendcnies; nous lisons nos atiendentes.
volonté, et même de traiter de l'affaire dudit royaume de Sicile avec d'autres personnes avec lesquelles elle pourrait améliorer sa condition en ce qui touchait ladite affaire; qu'enfin nous ne donnerions aucun légat à l'occasion de l'affaire dudit royaume de Sicile. Nous avons dit cependant aux députés que, tout en déclarant l'affaire dissoute, d'après le mode d'exécution contenu au susdit privilège, nous ne dissolvions pas, ni ne rompions la susdite affaire déjà conclue et continuée jusqu'ici avec le même roi d'Angleterre; que nous n'avions encore traité avec aucun roi, ou prince, ou autre personne quelconque, au sujet de ladite affaire, mais que nous étions absolument libre d'entreprendre aussi et de poursuivre un traité sur ce point d'après notre bon plaisir et notre volonté avec tous ceux qui voudraient traiter de la même affaire avec nous; que si ledit roi d'Angleterre et son fils accomplissaient pleinement et efficacement envers nous toutes les conditions susdites et principalement celle qui porte sur les dettes des usures, et s'engageaient à payer intégralement ces dettes qui, semblables à un gouffre onéreux, tourmentent , accablent et écrasent la susdite église , avant qu'un traité de cette espèce fut conclu avec aucun roi ou avec quelques rois, ou princes, ou autres personnes , nous les préférerions très-volontiers en cette affaire à tous les rois et princes de la terre , tous tant qu'ils sont, quand même ils seraient trèschrétiens et très-dévoués envers nous et envers l'église. Or , en vertu de la bénignité accoutumée et de la
^râce spéciale que nous témoignons au roi et au royaume d'Angleterre, nous avons jugé à propos de suspendre jusqu'au bon plaisir de notre volonté les sentences d'excommunication que ledit roi, et d'in^ terdit que son royaume avaient encourues d'après la teneur du susdit privilège , parce que le même roi avait fait défaut. Comme enfin les susdits députés insistaient ordinairement et fermement auprès de nous, afin que nous accordassions un légat pour les deux articles restants ; à savoir, pour la publication de ladite paix , et aussi pour l'affaire de la susdite réformation, en ajoutant à leurs instigations des raisons multipliées et efficaces pour cela ; comme notre dessein a été jusqu'ici et est encore d'écouter toujours volontiers et d'exaucer favorablement autant que nous le pouvons faire, selon Dieu, les demandes dudit roi d'Angleterre et les vôtres , parce qu'entre tous les autres princes de la terre nous portons le susdit roi , notre bien-aimé , dans les entrailles de notre cœur ; comme nous voulons aussi ne rien refuser à lui ou à vous qui puisse être octroyé sans qu'il en résulte mauvais renom ou grave péril, nous avons jugé à propos de répondre aux mêmes députés, après avoir de nouveau tenu conseil avec nos frères , que nous avions pesé avec une délibération prudente les choses qui nous avaient été exposées , que nous ne refusions en aucune façon d'envoyer un cardinal légat, puisque, dès qu'il s'agissait du bien, du salut et de l'état prospère dudit royaume d'Angleterre , nous ne refuserions pas d'exposer notre
propre personne aux fatigues et aux dommages, si la nécessité l'exigeait; que cependant, comme il n'y avait dans ces derniers temps qu'un petit nombre de cardinaux dans la susdite église romaine, nous voulions, avant d'envoyer un légat, être plus pleinement instruit et devenir complètement certain au sujet de l'état du même royaume d'Angleterre ; qu'aussi , par cela que la publication de la susdite paix, pour laquelle un légat nous était spécialement demandé, aurait peut-être lieu avant que le légat pût parvenir en France, l'envoi d'un légat de cette espèce nous senïblait , pour le moment , devoir être nécessairement différé. C'est pourquoi , comme à cause du bien dudit roi et du royaume d'Angleterre nous avons reconnu qu'il était avantageux que les susdits députés restassent auprès du susdit saint-siége , jusqu'à ce qu'on eût obtenu une réponse sur ces articles dudit roi et de vous , eux-mêmes, après avoir compris plus pleinement toutes les choses susdites , et avoir reconnu nos intentions pures et sincères sur ce point, se sont déterminés, en se conformant à notre bon plaisir en cela, à attendre auprès du même siège votre réponse certaine et plénièresur ces choses. C'est pourquoi nous vous avertissons et prions tons tant que vous êtes, en vous exhortant attentivement et en vous adressant des recommandations par ce rescrit apostolique, de tourner avec diligence et attention vos yeux vers les choses susdites, de considérer tout avec discrétion , et de ne pas ressentir de la contrariété de ce que nous différons d*en- IX. ^5
voyer un légat pour le moment. Car si vous avez soin d'éclaircir sagement toutes les choses susdites en général et en particulier, nous ne doutons en aucune façon que notre réponse que nous avons faite aux mêmes députés , sur Pavis de nos susdits frères, ne soit regardée par vous comme raisonnable et valable, quand vous aurez examiné comme il convient toutes les circonstances. Ayez soin aussi de nous faire connaître en détail , distinctement et expressément, Tétat du même roi et royaume d'Angleterre, votre propre état et tout ce qui le concerne, ainsi que les volontés et les vœux du roi et les vôtres, au sujet du légat demandé. En effet , comme nous tenons ledit royaume d'Angleterre, ainsi que le Très -Haut le sait, en toute plénitude de notre affection et de notre bienveillance, et que nous sommes délecté spécialement par tous ses avantages et ses heureux succès ; comme même la susdite église romaine a employé à toutes les époques diverses, et se propose d'employer incessamment œuvre et aide efficaces, autant qu'elle le pourra , pour la conservation du même royaume, nous voulons que vous sachiez que , dans toutes les choses qui regardent l'exaltation du trône royal , vos avantages et les communs avantages du même royaume, vous trouverez prompte et prête. Dieu aidant , notre faveur et celle du susdit saint-siége ; de telle sorte que, si la chose devenait nécessaire et opportune , vos désirs touchant l'envoi d'un légat seraient pleinement satisfaits. Au reste , quant à ce qui." les mêmes députés ont exposé par-de-
vanl nous et nos susdits frères contre l'élu à Winchester, si ces choses sont vraies, nous nous en afflij;eons grandement, et nous en sommes troublé, parce que nous désirons que les fidèles du Christ, tous tant qu'ils sont, et spécialement les personnes ecclésiastiques et haut placées, soient dirigés vers le Seigneur et marchent dans la voie de ses commandements. Mais comme aucun défenseur légitime n'était constitué auprès du même siège pour le parti du même élu, on n'a pu procéder de droit sur ces griefs; cependant nous ferons justice , car nous la devons à tous. Outre cela , comme vous devez être inquiets , vigilants et attentifs pour procurer les utilités et augmenter les avantages des susdits roi et royaume d'Angleterre, et bien que la plénitude de votre zèle n'ait pas besoin que nous y ajoutions nos exhortations, nous avons cependant jugé à propos, par la tendre affection que nous portons audit roi , de vous solliciter et de vous animer au nom du Seigneur Jésus- Christ, afin que vous ayez soin, si vous comptez sur la faveur et la grâce de Dieu , du susdit saint-siége et de nous-méme , d'observer la fidélité et la révérence dues envers le même roi , prince très-dévot en tous points et très-chrétien , envers notre très-chère fille en Jésus-Christ, l'illustre reine d'Angleterre, son épouse, et envers leurs enfants; sachant bien que dans tous les temps à venir vous nous trouverez, nous et nos susdits frères et toute l'église romaine , grandement obligés pour cela envers vous et les vôtres. »
Note I. — Voir la page 5 du volume.
Lorsque le grand conseil national se fut réuni à Oxford , le ^^ juin 1258, cette assemblée, la première, dit M, Guizot*, à laquelle ait été donné officiellement le nom de parlement, avait à statuer sur une foule de griefs. Les principaux, énumérés dans les Annales de Burton, étaient relatifs aux successions et héritages, à Tor de la reine, à la garde des châteaux et des ports, aux mariages, aux forêts, aux usurpations des religieux, aux échutes et amendes, aux fermes des vicomtes, aux amerciaments, à la démonstration d'anglaiserie, au droit de prise royale, à la suite de cour, aux abus commis par les Juifs, les caursins et les usuriers, aux douaires, aux brefs directs. Ces questions de détails, dont la solution devait régulariser les relations féodales du roi et de ses vassaux,
* De l'origine du système représentatif en Angleterre , sixième essai, chap. m.
étaient dominées par un intérêt plus grave encore : il s'agissait de déterminer la part qu'obtiendrait désormais le parlement dans la nouvelle constitution de l'état.
L'aristocratie anglaise procéda à cette réforme avec plus d'accord et de vigueur qu'elle n'en avait généralement montré depuis l'obtention de la grande charte. Les barons commencèrent par nommer grand justicier Hugues Bigod, frère du comte de Norfolk, et Imposèrent au prince Edouard quatre conseillers : Jean de Bailleul, Jean de Gray, Etienne Longue- Épée et Roger de Monthaut. Ils s'unirent aux moines de Saint-Swithun pour faire déposer Adhémar de la Marche, préludant ainsi à l'expulsion des Poitevins ; puis ils s'occupèrent de choisir les vingt-quatre commissaires qui devaient ordonner, rectifier et réformer l'état du royaume, conformément à l'engagement écrit que Henri III avait été forcé de promulguer le mois précédent ^ . Quatre chevaliers loyaux par comté furent chargés de recueillir toutes les plaintes contre les vicomtes et les autres officiers du roi; et les principes d'après lesquels ils devaient diriger cette enquête leur furent tracés dans une provision qui figure en tête du document suivant. {Annales de Burton, p. 4^3 et suivantes).
Commissaires nommés par les barons.
Le seigneur évêque de Worcester.
Le seigneur Simon, comte de Leicester.
Le seigneur Richard, comte de Glocester.
Le seigneur Humfroi , comte de Hereford.
Le seigneur Roger Maréchal.
Le seigneur Roger de Mortemer.
Le seigneur Jean, fils de Geoffroi.
Le seigneur Hugues Bigod.
Le seigneur Richard de Gray.
Le seigneur Guillaume Bardolf.
Le seigneur Pierre de Montfort.
Le seigneur Hugues Despencer.
* En date du 2 mai 1258, Cet acte est rapporté par Rynier, Fœdera et conventuSy toin. i, pag. 655.
Commissaires nommas par le roi.
Le seigneur évêque de tondres.
Le seigneur élu à Winchester.
Le seigneur Henri, fils du roi d'Allemagne- Le seigneur Jean, comte de Warenne.
Le seigneur Guy de Lusignan.
Le seigneur Guillaume de Valence.
Le seigneur Jean, comte de Warvick.
Le seigneur Jean Mansel.
Frère Jean de Darlington.
L'abbé de Westminster.
Le seigneur Henri de Wenghara.
S'il arrive que quelqu'un d'eux soit dans l'impossibilité d'assister [aux délibérations], que les autres élisent qui ils voudront pour continuer l'affaire nécessaire ^ .
Ceojura le cotyimun de Engletere à Oxenford.
Nus tels e tels fesum a saver a tute genz ke nus avum juré sur seintes Evuangeles, e sumus tenuz ensemble par tel serment e premettuns en bone fei ke chescun de nus e tuz ensemble nus entre eiderums, e nus e les nos cuntre tute genz, dreit fesant e ren pernant, ke nus ne purrum sanz meffere, salve la fei le Rei e de la corune. E premettuns sur meime le serment ke nul de nus ren ne prendra de tere ne de moeble, par que cest serment pourra estre desturbé, u en nule reu em^eyre {empêché. )E si nul fet encontre ceo, nus le tendrums a enemi mortel.
Ceo est le serment a vint e quatre.
Chescun jura sur seintes Evuangeles, ke il, al honur de Deu e a la fei le rei e al profit del réaume, ordenera e tretera ovekes les avant-dit jurés sur le refurmement e le amendement del estât del réaume. E ke ne lerra pur dun ne pur premesse, pur amur, ne pur hange (haine), ne pur pour de nulli, ne pur gain ne pur perte, ke léaument ne face solum la tenur de la lettre ke le Rei ad sur ceo done e sun fez ensement (sic) .
Ceojura le haut justice de Engletere.
Il jure ke ben e léaument a sun poer fra ceo ke apent a la justicerie de dreiture tenir a tute genz al prou (profit) le Rei e del réaume, solum la purvéance fete e a fere par les vint e
^ Tout ce qui n'est pas en vieux français est traduit du latin.
quatre e par le conseil le Rei e les hauz humes de !a tere kl li jurrunt en ces tes choses a aider e a mentenir.
Ceo jura le chanceler de Engletere.
Ke il ne enseiera nul bref fors bref de curs sanz le commandement le Rei e de sun cunseil ki sera present. Ne enseiera
dun de grant garde ne de grant ne de eschaetes sanz le
assentement del grant cunseil u de la greinure partie. Ne ke il ne enseiera ren ke seit encontre le ordinement ke est fet e serra a fere par ces vint e quatre u par la greinure partie. Ne ke il ne prendra nulloer autrement ke il nest divisé as autres. E lem li baudra [et on lui baillera?) un companiun en la furme ke le cunseil purverra.
Ceo est le serment ke les gardens des chastets firent.
Ke ils les chastels le Rei léaument e en bone fei garderunt al oes {usages) le Rei e de ses heirs. E ke eus les rendrunt al Rei u a ses heirs e a nul autre, e par sun cunseil e en nule autre manère ; ceo est a saver par prodes homes de la tere esluz a sun cunseil u par la greinure partie. E ceste furme par escrit dure deske a duze ans. E de ilokes en avant per cest establement e cest serment ne seint constreint ke franchement ne les pussent rendre al Rei u à ses heirs.
Ceo sunt ceus ke sunt jurez del cunseil le Rei.
L'archevêque de Cantorbéry, l'évêque de Worcester, le comte de Leicester, le comte de Glocester, le comte Maréchal, Pierre de Savoie, le comte d'Albemarle, le comte de Warvick, le comte de Hereford, Jean Mansel, Jean, fils de Geoffroi , Pierre de Montfort , Richard de Gray , Roger de Mortemer, Jacques de Aldithelege (Audeley ?) .
Les duze de par le Rei unt eslu des duze de par le commun le cunte Roger le Marscall, Hugo de Rigot; e la partie
ver le commun ad eslu des XII ke sunt de par le Rei le cunte de Warewik, Jehan Maunsel .
E ces quatre vint {ont?) poer a eslire le cunseil le Rei e quant ilunteslu, il les mustrunt (montreront) as \int e quatre u la greinure partie de ces asent e seit tenu (sic) .
Ces sunt les duze ki sunt esluz par les baruns a treter a treis parlemens per an, oveke le cunseil le Rei jpur tut le commun de la tere de commun bosoine : Tévêque de Londres, le comte de Winchester, le comte d'Héreford, Philippe Rasset, Jean de Bailleui, Jean de Verdun, Jean de Gray, Roger de Somercy, Roger de Monthaut, Hugues Despencer, Thomas de Gresley, Gilles d'Argenton.
Ces sunt les vint e quatre ke sunt mis per le commun à traiter de aide le Rei : l'évêque de Worcester, l'évêque de Londres, l'évêque de Salisbury, le comte de Leicester, le comte de Glocester, le comte Maréchal, Pierre de Savoie, le comte de Hereford, le comte d'Albemarle, le comte de Winchester, le comte d'Oxford, Jean, fils de Geoffroi, Jean de Gray, Jean de Bailleui, Roger de Mortemer, Roger de Monthaut, Roger de Somercy, Pierre de Montfort, Thomas de Gresley, Foulques de Kerdiston, Gilles d'Argenton, Jean Kyriel, Philippe Basset, Gilles de Erdinton'.
E si aukun de ces ne i pusse estre u ne voile, a ces kel i serrunt apent poer de autre eslire en sun liu.
Del estât de seinte église.
A remembrer fet ke le estât le seint église seit amendé par les vint e quatre esluz a refurmer le estât del réaume de Engletere kant il verrunt liu e tens solum le poer ke il en unt par la lettre le Rei de Engletere.
' Ce dernier nom nous pRreit mutilé. iNous' proposons Jemi de Darlington.
234 ÎNOTES.
De la haute justice .
Derichef ke justice seit mis un u deus e quel poer il avéra e ke il ne sceit fors un an. Issi ke al chef del an respoine devant le Rei e sun cunseil de sun tens e denant celui ke serra après lui.
Del trésor er e de le eschecker.
Autel del tresorer. Mes ke il rende acunte al chef del an. E bone genz autres scient mis al eschecker solum le ordenement les avant dit vint e quatre. E la vengent totes les issues de la tere e en nule part ailurs. E ceo ke lem verra a amender, seit amendé.
Del chanceler.
Autel del chanceler. Issi ke al chef del an respoine de sun tens. E ke il ne ensele hors de curs par la suie volunte del rei. Mes le face par le cunseil ke serra entur le Rei.
Del poer la justice e de ballifs.
La haute justice a poer de amender les tors fez de tûtes autres justices et de ballifs e de cuntes e de baruns et de tûtes autres genz, solum lei e dreit de la tere e en leus deues. E ke la justice ne prenge ren si ne seit present de pain et de vin e de teles choses, ceo est a saver viandes e beyfres {boissons ?) si cum lem ad esté acustumé a porter as tables de prodes homes a la jornée. E ceste meime chose seit entendue de tuz les cunseleirs le rei e de tuz ses ballifs. Ë ke nul ballif par achesun de plai u de sun office ne prenge nul loer par sa main ne par autrui en nule manere. E si il est ateint, ke il seit reint {retenu) , e cilke done autre si. E si covent ke le rei done a sa justice et a sa gent ke le servent, ke il ne eient mester ke il ren prengent de autrui.
De vescunles.
Les vescuntes seient purveus leus genz e prodes homes e tere tenanz. Issi ke en chescun cunté seit un vavasur del cunté mêmes vescunte, ke ben e léaument trete la gent del cunté e dreitement. E ke il ne prenge loer, e ke il ne seit vescunte fors un an ensemble. Ë ke en le an rende ses acuntes al echeker e respoine de sun tens. E ke le Rei lui face del soen solum sun afferant coment il pusse garder le cunté dreitement. E ke il ne prenge nul loer ne li ne ses ballifs. E si il seint ateint, seint reinz.
A remembrer fet ke lem mette tel amendement à la Gynerie ( Juiverie ? ) e as gardeins de la Gynerie ke lem i saune le serement.
De eschaelurs.
Bons eschaeturs seient mis. E ke il ne prengent rens des bens as morz, dequeles teres deivent estre en la main le Rei. Mes ke les eschaeturs eient franche administraciun des bens deske il averunt fet le gré le Rei si dette le deivent. Et ceo solum la furme de la chartre de franchise. E ke lem enquerge des torz fez ke eschaeturs unt fet ta enarere ( sic ), et seit amende de sel et de lel . Ne tallage ne autre chose ne prenge fors si come il deuera solum la chartre de franchise.
La chartre de franchise de seit gardé fermement.
Del eschange de Lundres.
A remembrer fet del eschange de Lundres amender, e de la cité de Lundres et de toutes les autres citez le Rei ke a hunte e a destrucciuns sunt alez par tallages et autres oppressiuns.
Del hostel le Rei et la Régine.
A remembrer fet del hostel le Rei e la Régine amender. Des parlemenz, quanz serrunt tenuz per an e cornent.
Il fet à remembrer ke les XXIV unt ordené ke treis parlemenzseient par an : le premer as utaves de selnt Michel, le secund le demein de la Chandeleur, le terz le premer jor de June, ceo est a sauer treis semeines devant le seint Jehan. A ces treis parlemenz vendrunt les cunseilers le Rei esluz tut ne seint il pas mandez pur ver le estât del réaume et pur treter les communs besoignes del réaume quant mester serra per le mandement le rei.
Si fet a remembrer ke le commun eslise XII prodes homes ke vendrunt as parlemenz et autre fez quant mester serra quant le Rei u sun cunseil les mandera pur treter de besoignes le Rei e del réaume. E ke le commun tendra pur estable ceo ke ces XII frunt. E ceo serra fet pur esparnier le cust del commun.
Quinze serunt nomez par ces quatre, ceo est a saver, per le cunt, le Maréchal, le cunte de Warewike Hugues le Bigod e Jean Maunsel ki sunt esluz par les XXIV pour nommer les devant dit quinze, les queus serrunt de cunseil le rei. E serrunt cunfermez par les avant dit XXIV u par la greinure partie de els. E averunt poer del Rei cunseiler en bone fei del governement del réaume et de totes choses ke al Rei u al réaume pertinent. E pur amender e adrescer totes les choses ke il verrunt ke facent a adrescer et amender. E sur le haute justice et sur totes autres genz. E si il ne poent tuz estre , ceo ke la greinure partie fra, serra ferme e estable.
Ces sunt les nums des cheveteins chasteaus le Rei et de cens, kelesunt en garde.
Robert de Nevil, Bamborough et Newcastle sur Tyne
Gilbert de Gant, Scarborough.
Guillaume Bardolf , Nottingham.
Raoul Basset de Sapercot , Northampton.
Hugues Bigod , la Tour de Londres.
Richard de Gray, Douvres.
Nicolas de Monies ( Molis ? ) Rochester et Cantorbery .
Winchester.
Roger de Sanford, Dorchester.
Etienne Longuepée, Corfe.
Matthieu de Résille , Glocester.
Henri de Tracy, Exeter.
Richard de Rochele , Haldesham.
Jean de Gray, Hereford.
Robert Waleran , Salisbury.
Hugues de Spencer, Horestan {sic).
Pierre de Montfort, Bridgewatter.
Le comte de Warwick, Devizes.
Jean, fils de Bernard, Oxford.
Cet engagement solennel posait, comme on le voit, les principes d'après lesquels les vingt-quatre réformateurs devaient procéder, et peu de temps après la séparation du parlement , Henri III fut contraint de signer plusieurs chartes rédigées pour plus de précaution en latin, en français et en anglais , et qui donnaient aux projets de réforme la sanction de l'autorité royale. Les Annales de Burton en rapportent trois , une en latin , et qui se trouve également dans Matt. Paris ' , et deux autres en français. La première est datée de Westminster ( 20 octobre ), et la seconde de Londres {^ 8 octobre). Cette dernière porte en souscription : « Fait sous les yeux de Boniface, archevêque de Cantorbery; de Gautier de Canteloup, évêque de Worcester ; de Simon de Montfort, comte de Leicester; de
* En date du 28 juillet 1258. Vo{/. l'addition XLV, pag. 202 du volunu>.
Richard declare, comte de Glocester ; de Pierre de Savoie, comte de Richement; de Guillaume de Forêt, comte d' Albemarle ; de Jean de Plessets, comte de "Warwick ; de Roger de Quincy, comte de Winchester; de Jean, fils de Geoffroi, de Richard de Gray, de Roger de Mortemer, de Jacques d'Audeley, de Hugues de Spencer. »
Il paraît cependant que le comité des vingt-quatre, qui était resté en permanence pour élaborer les lois nouvelles, ne répondit pas à l'attente générale , ou même fut entraîné à des mesures vexatoires. Dès le mois de janvier ^ 259, une deputation des bacheliers ' vint trouver à Westminster le prince Edouard et le conseil , et déposer, contre la lenteur des barons, des plaintes probablement concertées avec Edouard lui-même. Les barons publièrent enfin, sous le nom de Provisiones Baronum\ les lois qu'ils avaient préparées. Mais cette publication, ainsi que le fait remarquer M. Guizot, ne pouvait mettre un terme à l'agitation des esprits. Leicester et ses partisans retinrent le pouvoir, et convoquèrent, à Saint-Albans, les chevaliers des comtés, pendant que le roi, de son côté, les convoquait à Windsor. Cette persistance, peut-être illégale, semblait cependant autorisée par la mauvaise foi ordinaire de Henri IH ; et bientôt l'abjuration du roi , en vertu de la bulle papale qui le relevait de son serment , prouva aux barons qu'il n'y avait contre lui d'autre précaution que la force.
Note n. — Voir la page S 60 du volume. Le récit de Rishanger nous paraît à cet égard peu précis et
^ Communitatis hachelariœ angliœ. Il me paraît hors de doute, dit M. Guizot, que hachelaria désigne ici la classe des chevaliers. Nous avons exposé à la note de la page 494, VI' volume, les raisons qui nous portent à placer les bacheliers au-dessus des simples chevaliers.
^ Les Annales de Burton contiennent en latin et en français une double copie de ces provisions.
même inexact; aussi nous nous décidons à reproduire l'accord conclu entre Louis et le prince Edouard , tel qu'il est rapporté dans les actes diplomatiques.
« A touz les féaus Dieu a qi ces lettres vendront, Edward fuis eisne a noble roy d'Engleterre, saluz en Dieu.
« Sachent tuit que entre nostre chier cousin Looys par la grace de Dieu noble roy de France e nous sont fetes de commun acort sur nostre voaie du pèlerinage d'outre mer iceles covenaunces :
« Li dist roy de France doit prester a nous sexante e dis mile liures de Tornois, contés en ceste summe vint e cink mile liures de Tornois les queus mon signiur Gastun visconte de Byern nostre cousin devoit avoir de celui roy de France por lui e por son passage e por ses gens, ques il devoit mener au pèlerinage d'outremer ovoqs celui roy ; lequel Gastun nous retenoms lui e ses genz en nostre compaignie.
« E de ces sexante e dis mile liures deit estre baillé por chevaus, por nefs, por viandes, e por nostre passage qi ce mestier nous en sera : e sera paie par les genz le roy ou par cens qi il mettra a ceus, de qi ces choses serront prises ou achatées por nous par !a veue de nos genz qi nous aurons a ce attorné : e ce il a remanant, il nous sera deliuré la ou le roys sera outre mer après ce qe nous serons venus a lui.
« E les devandit deniers nous sûmes tenus a rendre au devandit royj c'est assavoir chescun an diz mile liures, a deus termes desous escriz jesques a taunt qe il soit entirement paie de tote les sexante e dis mile liures.
« E commencera la premere paie, c'est assavoir de cink mile liures a mois marz en l'an de l'incarnation nostre Seignieur mile deus cenz e sexante e treze.
« E l'autre paie, des autres cingz mile liures à la nativité saint Johan Baptist prochénement suivant ; e ensi de an en an a mesmes ces termes jesques a taunt qe il soit parpaié.
« E seront paé ces deniers chescun an a Paris au Temple dedens la quinzeme après les termes avant nomez du paage
de Bordeaus par ia main de nostra eonestable ou par celi qi tendra son leu ou de leur mandement.
« E volons qe de celui paage a cheseun terme ne soit riens mys en autre usage jesques a taunt que lui roys eit en enterment la paie de cheseun terme.
« Lequel paage nous li assenoms en la manere de vaunt dite e obligeons par la volenté nostre seigneur le roy nostre père por la sume des deniers devantdiz.
« E volons qe il en soit paiez cheseun an delors, si corne il est desus dit, santz faillir.
« E de cest assignement e obligement nous li devoms fere avoir les lettres nostre cher seigneur e père le roy d'Engleterre ovoqes nos présentes lettres.
« E s'il avenoit avant qe les deniers devaunt ditz feussent paies qe nous tenisons plus de terre qe nous ne tenons en tens d'ore en réaume de France nous volons qe ele soit ausint obligee por la paie desus dite.
« E ovoqes tut ce, nous li obligeons por ia paie devant dite, ce defaute j'avoit, noz biens muebles, lesqueus porront estre trovez en son réaume, après nous avons promis a celui roy qe nous serrons a pluis tart dedeinz l'assurapcion de nostre dame prochein avenir au port d'Equemorte apareillée de passer ; se nous n'aions tiele assoigne parquei li roy mesmes nous tiegne por excusez.
« E si einsi estoit qe nous ne venissons a lui por l'essoigne desusdite, d'ont Deus nous défende, nous volons e ottrions qe des choses des queus nostre gent auront achatées des deniers devant ditz qe li roys devant dit en preigne e en retiegne ce qe li plerra par le pris qe eles auront esté achateez, c le remanant soit vendu par noz genz franchement, sans encombrement de nulli, e les deniers qi en istronts, soient renduz au roy ou a son comandement en aquit du prest devantdit : et ce qe demourroit a parfere don paiement de la summe devantdite serroit pris sour le assenement devant dit, solone la reson des termes devantditz.
« E promettonz encore qe nous travaillerons en bone foi de passer e de venir a plus tost qe nous porrons la ou li roys serra.
« Ë autresint avons nous promis en bone foi qe nus grefs ne damages ne ferons par nous ne par les noz en la terre le roy devantdit ne en la terre de ces frères qe il ont en son réaume ou dehors, en alant en nostre pèlerinage et en demorant ne en retornant.
« E tant come nous serons en nostre pèlerinage ovoqes le roy de France, nous li obeierons en bone foi ausi come un des barons de son réaume por fere le servisse nostre seigneur.
0 E totes ces choses davantdites nous li avons jurez sur saintes évangeles a garder fermement, tenir léaument, e a parfere en bone foi entièrement ; e espesciaument por ceste article, c'est assavoir por venir au port avantdit e por passer la ou liroys serra, si come est devantdit, de nous bailliera paus (sic) un de nos fuiz en oustage, dedeinz la procheine Chandelur au roy ou a son comandement ; li queus nostre fuiz serra tut quites e deliurés de cest oustage, si tost come nous vendrons la ou li roys serra ; e li roys le fera quites deliurer a nous ou a nostre comandement.
« E s'il avenoit qe nous moreussons avant qe nous venissons au roy, ou autre esoigne par quei li roys nous tenist por eschusez, nous avenist, d'ont Deus nous défende, si come est desus escrit, li enfant serra tut quite edeliuré a nous ou a sa mere ou a nostre mandement ou au roy d'Engleterre nostre père ou a la reine nostre mere ou a leur mandement s'il avenoit ainsi qe la mere a l'enfant moreust avant : e a ceste déliurance fere de l'enfant sont tenuz li roy e ses heirs.
« En tesmoigne des choses devant dites nous avons fet mettre nostre seel a ces présentes lettres.
« E nous Henri fuiz eisne le roy d'Alemaign, Gastun
viconte de By hem, Thomas de Clare frère au counte de Glou-
cestre, Roger de Leburn, Robert Walerand, chevaliers, avons
juré sur saintes évangeles a la request du devantdit mon