‹ Grande chronique; (volume 3)Chapitre 8 sur 59 · IX. H · texte numérisé non relu

IX. H

avait nommée le dragon, et qui semblait annoncer la mort. Son armée était divisée en trois corps : à la tête du premier se trouvait Edouard, fils aîné du roi , avec Guillaume de Valence, comte de Pembroke, et Jean de Warenne, comte de Surrey et de Sussex; le second était commandé par le roi d'Allemagne et par son fils Henri; le troisième, par le roi Henri en personne. L'armée des barons était partagée en quatre corps: le premier commandé par Henri de Montfortet par le comte d'Héreford ; le second, par Gilbert de Clare, par Jean, fils de Jean, et par Guillaume de Montcheinsil ; à la tête du troisième, composé des habitants de Londres, se trouvait Nicolas de Segrave, et du quatrième enfin , le comte Simon, accompagné de Thomas de Pelveston. Edouard, avec son corps de bataille, se précipita sur les ennemis avec tant d'impétuosité , qu'il les força à reculer. Beaucoup d'entre eux (on en porte le nombre à soixante chevaliers) se noyèrent, et ceux de Londres furent en un moment mis en fuite. Edouard , ayant soif de leur sang, à cause de l'outrage qu'ils avaient fait éprouver peu de temps auparavant à la reine sa mère , les poursuivit l'espace de quatre milles, et en fit un horrible carnage; mais par son absence il affaiblit grandement les forces du roi. Sur ces entrefaites, plusieurs chefs puissants de l'armée du roi , voyant l'étendard du comte flotter sur réminence,et pensant qu'il y était, y coururent et massacrèrent aussitôt les citoyens de Londres enfermés dans le chariot, sans savoir que c'étaient des fauteurs de

leur parti. Alors le comte Siaioii et Gilbert de Clare, ne se reposant nullement, frappent de toutes parts, renversent ceux qui s'opposent à leur passage, les mettent à mort, et s'élancent de toutes leurs forces pour prendre le roi vivant : une foule de partisans du roi succombèrent dans ce choc. Jean, comte de Varenne, Guillaume de Valence, Guy de Lusignan , tous frères utérins du roi, Hugues Bigod, et environ trois cents chevaliers armés de toutes pièces , tournèrent dos, en considérant Fintrépidité furieuse des barons. Le roi d'Allemagne Richard \ Robert de Brus et Jean Cumin, qui avaient amené une troupe d'Écossais, furent faits prisonniers. Le roi Henri luimême, ayant eu son destrier tué sous lui, se rendit au comte Simon de Montfort. Il fut aussitôt enfermé dans le prieuré, où Ton mit bonne garde. Plusieurs barons d'Ecosse furent tués ce jour-là dans la bataille , et les fantassins qui étaient venus avec eux furent égorgés en grand nombre. Le corps de troupes que commandait Humfroy de Bohun, comte d' Hereford ^, fit aussi prisonniers Jean, fils d'Alain, comte

* « Les Anglais de race, dit M. Aug. Thierry, embrassèrent avec ardeur la cause des barons, et un singulier monument de cette alliance

subsiste dans une cbanson populaire sur la prise de Richard Cette

chanson est le premier document historique qui offre le mélange de la langue saxonne et de la langue française ; mais ce mélange est une sorte de bigarrure et non une véritable fusion, comme celle qui s'est opérée plus tard, et a donné naissance à l'anglais moderne.» {Voy. Warton's History of english poetry^ tom. i, pag. 47, et la chronique de l'abbaye de Mailros, pag. 229. )

2 Nous ne pouvons comprendre ce passage qu'en lisant : capti sunt à parte llmi>fridi de Boun^ Joh. fit. ^/. cornes d'AnindeUœ^ etc.

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d'Arundel, Guillaume Bardolf, Robert de Tateshale, Roger ' de Su mercy, Henri Percy , Philippe Basset. Du côté du roi , furent tués les justiciers Guillaume de Wilton et Foulques, fils de Guarin, Tun frappé par Tépée, Tautre noyé dans le fleuve. Du côté des barons, périrent le baron Raoul Hernigand et Guillaume le Blond, porte-étendard du comte. On dit que de chaque parti jusqu'à cinq mille hommes succombèrent.

Cependant Elouard, revenu avec ses compagnons d'armes du massacre des habitants de Londres, et ignorant ce qui était arrivé à son père , fit le tour de la ville et parvint au chfiteau de Levées; mais n'y trouvant pas soii père, il entra dans le prieuré de Lewes, où il le trouva et apprit ce qui s'étail passé. En ce moment, les barons donnèrent l'assaut au château; mais comme ceux qui y étaient enfermés se défendaient vigoureusement, les barons se retirèrent. Alors Edouard, apprenant les dispositions vaillantes des gens du château, en futgrandement encouragé, et, ayant rallié les siens, voulut combattre de nouveau. A cette nouvelle, les barons envoyèrent des médiateurs pour la paix, prometlanl qu'ils voulaient traiter sérieusement de la paix le lendemain. Le lendemain, par l'entremise des frères Prêcheurs el Mineurs qui négocièrent entre les deux partis, des conventions lurent faites, et h la sixième férié qui suivit, Edouard

I Bogerve. Sans cloute Rogerus. La table iiidicotivc du texte cionnc U£)iricus.

et Henri se rendirent * au comte Simon, pour leurs pères les rois d'Angleterre et d'Allemagne, dans Tespérance de la paix et de la tranquillité publique, à condition qu'on déciderait , après mure délibération, quelles seraient celles des provisions et statuts que Ton conserverait pourlutilitédu royaume, et celles qu'on annulerait; à condition aussi que ce qui avait été pris des deux côtés serait rendu sans aucune rançon. Le samedi suivant, le roi donna permission de retourner chez eux à tous ceux qui s'étaient attachés à lui, et écrivit, d'après la volonté du comte Simon, à

• Les versions de la bataille de Lewes sont fort contradictoires. Les uns disent qu'à son retour Edouard, voulant recommencer le combat, fut amusé par de vaincs négociations que Leicester entama sur le champ de bataille ; que bientôt il fut enveloppésans ressources, et forcé de se rendre comme otage avec Henri son cousin, et de signer les articles connus sous le nom de compromis de Lewes. Les autres, et, parmi ces derniers, Liugard, rapportent qu'Edouard, en revenant devant Lewes, fut attaqué par les barons qui sortirent de la ville 5 qu'au premier choc le comte de Wareune et les frères utérins du roi s'enfuirent; qu'alors Edouard, avec un corps assez nombreux de vétérans de la marche de Galles, fit le tour des murailles du château , et qu'ayant appris que son père était captif dans le prieuré, il obtint de Leicester la permission de le visiter. Une tentative sans succès que les barons firent contre le château ranima ses espérances ; il ouvrit une négociation avec les chefs des confédérés, et le matin suivant {\o mai) fut conclu le traité.

Matthieu de Westminster dit de son côté qu'Henri 111 ne se rendit pas, mais qu'il se retira dans le prieuré, où il fut rejoint par Edouard, et qu'il consentit au traité après une vive opposition, afin de sauver la \ie du roi des Romains et des seigneurs captifs, que Leicester menaçait de mettre à mort. 11 ajoute que les arbitres devaient être deux Français choisis par six autres Français prélats ou nobles , etqu« ces deux étrangers devaient s'adjoindre un Anglais, afin qu'il y eût une majorité dans le cas ( i» les opinions seraient partagées.

ceux qui étaient dans la forteresse de Tunbridge , de retourner chez eux sans nuire aux barons ; mais la garnison de Tunbridge, nonobstant cela, s'avança à main armée, et ayant appris que les habitants de Londres qui avaient fui de la bataille avaient été reçus à Croydon, elle y courut, tua un grand nombre d'entre eux, et fit un riche butin. De là, ce corps de troupes marcha sur Bristol, et resta dans le château jusqu'à la délivrance d'Edouard. Quant à Edouard, il fut envoyédans le château de Wallingford pour y être gardé.

Toute cette année, avec cinq mois et deux semaines [de Tannée précédente?], fut livrée aux horreurs d'une guerre sanglante: comme chacun songeait à défendre ses châteaux, chacun aussi ravageait les alentours, dévastant les campagnes, emmenant les troupeaux pour garnir ses châteaux, et n'épargnant même ni les églises ni les cimetières. De plus, les maisons des plus pauvres gens de la campagne étaient fouillées et mises au pillage, sans qu'on leur laissât même la paille qui leur servait de lit '. Aussi, quoique le comte Simon eût donné ordre, sous peine de la décapitation , que personne n'eût l'audace d'entrer dans une sainte église ou dans un cimetière pour y piller , ni ne portât des mains violentes sur les religieux ou sur leurs serviteurs , il ne réussit presque à rien par cette

' Nous dirions aujourd'hui : leurs paillasses. Le sens est peut- être couveriurcs de lits.

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mesure |)rudenle : eii effet, ni les évêques, ni les abbés, ni aucun religieux, ne pouvaient voyager de ville en ville, sans être pillés par des voleurs de nuit. Ainsi se passa cette année abondante en fruits, bien tempérée et saine, mais dispendieuse pour TAngleterreau milieu de tous les événements dont elle fut le théâtre, à cause de la guerre générale, de la prise des deux rois, et du lamentable pillage de toutes les richesses publiques et particulières.

Le comte de Leicester traite honorarlemlist le ROI CAPTIF. — Continuation des hostilités. — Intervention DD pape Urbain. — Arrogance des fils du COMTE de Leicester. — Le comte de Glocester se sépare de la ligue. — Edouard s'échappe de prison.— L'an de grâce 1265, qui est la quarante-neuvième année du règne de Henri troisième depuis la conquête, le roi était détenu sous la garde du comte Simon, avec Richard, roi d'Allemagne, son frère germain, Edouard, son fils aîné, et quelques autres seigneurs captifs comme eux. Or, le comte Simon mena partout avec lui, tant Tannée précédente que cette année-ci, le roi d'Angleterre et son fils Edouard, qu'il avait retiré de Wallingford , jusqu'à ce qu'il eût occupé tous les plus forts châteaux du pays. Dès lors il se montra plus difficile pour traiter de la paix , selon les conventions précédemment faites , parce qu'il tenait en son pouvoir le roi et tout le royaume. Enfin, il emprisonna le roi des Romains 4ians la tour de Londres^ Edouard et Henri, fils des

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deux rois, dans le château de Douvres, el conduisit partout à sa suite le roi d'Angleterre. Toutefois, dans tous les lieux où le roi séjournait, il y était reçu honorifiquement et royalement , le comte lui témoignant toutes les marques du respect '.

Sur ces entrefaites, plusieurs chevaliers distingués et très-vaillants dans les armes , tels que Roger de Mortemer, Jacques d'Audeley, Roger de Leyburne, Roger de Clifford, Aymon TEstrange , Hugues de ïurbeville et une foule d'autres , supportant avec indignation que le roi et la lignée royale fussent ainsi traités , se soulevèrent d'un assentiment unanime contre le comte de Leicester. Pour réprimer leur audace, le comte Simon, ayant jointson armée à celle de Léolin , prince de Galles, entra dans le château de Hereford et y transféra Edouard, qui était captif à Douvres. Ensuite il recouvra le château qu'on appelle Hay et qui appartenait au comte de Hereford, s'empara du château de Ludlow, s'avança, en dévastant les terres de Roger de Mortemer, jusqu'à Montgomery, et là la paix fut conclue entre le comte Simon

* Le continuateur omet des faits importants : Simon de Montfort fit signer au roi captif plusieurs ordonnances qui instituaient dans chaque province des conservateurs chargés de maintenir les statuts d'Oxford et les privilèges du peuple. Ces conservateurs devaient nommer quatre chevaliers par comté pour assister au parlement; le parlement nommerait trois commissaires qui, à leur tour, désigneraient neuf seigneurs, aux mains desquels serait remise Tadministration générale du royaume, ainsi que le choix de tous les officiers publics. ( Voyez^ pour plus de détails, Rapin-Thoyras et les historiens anglais. ) Cotte tentative de gouvernement régulier devait porter ses fruits malgré la défaite d'Evesham.

ANÎNEE I2C5. I2r

et les susdits seigneurs, moyennant otages donnés par ceux-ci ; puis le comte se dirigea vers les pays du midi pour aller à la rencontre de la chevalerie que Ton disait devoir venir des pays de France pour secourir le roi.

Vers ce temps, le pape Urbain, compatissant aux troubles du royaume d'Angleterre , envoya comme légat le seigneur cardinal-évêque de Sabine, qui, ne pouvant entrer en Angleterre parce que la flotte des cinq ports tenait la mer, appela quelques évêqucs d'Angleterre à se rendre auprès de lui , d'abord à Amiens, et ensuite à Boulogne. Il leur remit une sentence d'excommunication et d'interdit, fulminée en vertu de l'autorité papale, contre la ville de Londres, contre les cinq ports et contre tous les perturbateurs de la paix du roi d Angleterre, laquelle devait être promulguée et mise à exécution. Néanmoins les évéques dissimulèrent leur commission, et les opinions sont diversement partagées sur les causes peu certaines de cette conduite.

Cette année-là, tandis qu'Edouard, fdsduroi, était détenu sous bonne garde au château d'Héreford, une dissension s'éleva entre le comte de Leicester Simon et Gilbert de Clare : en voici le sujet. Le comte de Leicester Simon, non content de retenir captif le roi d'Angleterre, avait encore reçu sous sa domination propre les châteaux royaux , et réglait à son gré le royaume entier. De plus, et c'était là ce qui offensait surtout les barons, il s'adjugeait en totalité à lui seul les provenances du royaume, les rançons des pri-

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