‹ Grande chronique;Chapitre 12 sur 18 · I. IV · texte numérisé non relu

I. IV

Lvni INTRODUCTION.

ce que i^vouve Vincipil de THistoire (rirlande'; quant h la Vie de saint Ulslan , nous avons déjà reconnu qu'elle est Touvrage d'un auteur antérieure Matthieu Paris ^. Celui-ci fait mention de la Vie de saint Guthlacé, mais ne s'en déclare pas l'auteur ' .

L'importance de la Grande Chronique est tellement manifeste, que, depuis Tannée 1571 où Matthieu Parker, archevêque de Cantorbéry, la publia pour la première fois, elle fut réimprimée à Zurich en 1606, puis à Londres eu 1640, à Paris en 1644, et à Londres en 1684, avec les notes de Wats et de Selden.

L'indépendance , même la causticité , que respire celte chronique à l'égard des rois , des évêques, des abbés de Saint- Albans , et surtout des papes, ont paru si étranges aux catholiques, que Barônius , entre autres, et, après lui , Bellarmin , ont cru reconnaître dans les passages les plus virulents des hiterpolatiqns qu'ils attribuent aux éditeurs hérétiques d'Angleterre ou de Zurich. Les auteurs protestants et ceux du dix-huitième siècle profitèreni avec tant d'empressement des faits détaillés dans la Grande Chronique, ils la consultèrent si exclusivement pour ce qui concernait l'histoire de l'église, que, faute de confrontation et d'impartialité , ils se sont laissé entraîner à de gravas erreurs. Un des plus notables historiens que l'Angleterre ait produits , Lingard , porte sur Matthieu Paris un jugement d'une excessive sévérité sur lequel , malgré son amour de l'équité, l'esprit catholique de l'auteur ne peut avoir été

* Ce n'est que la légende du purgatoire de saint Patrice, dont n^}is avons parlé plus haut.

a Cf. Baie, Script, ill. Maj. Brii. catalog^ p«rt. I, pag. 349. Pits, lielat. hist., 1. 1, p. 337.

» Gr. Chr., t. viii, p. 21 i.

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sans influence. Baronius, tout en blâmant avec passion ce qu'il regarde comme coupable dans les révélations hardies du chroniqueur de Saint- Albans, n'en est pas moins obligé d'avouer que, sans ces graves défauts, ces blasphèmes comme il les appelle , son ouvrage serait un livre d'or^ riche par les documents publics dont il est comme tissu et construit '. Mais Lingard après avoir fait constamment de la Grande Chronique un usage souvent nécessaire ^ et toujours utile, s'exprime enfin en ces termes :

« De tous ces écrivains, le plus plaintif est Matthieu Pâ- « ris, moine de Saint- Albans, en partie auteur, en partie « compilateur du pesant volume qui, avec la continuation « de Rishanger, a été publié sous son nom. Cet ouvrage « contient beaucoup de documents originaux , dont quel- « ques-uns sont importants. Mais Técrivain, accoutumé à « déchirer les grands, soit ecclésiastiques , soit séculiers, « semble avoir rassemblé et conservé toutes les anecdotes « malignes ou scandaleuses qui pouvaient satisfaire son « goût pour la censure. Il paraîtra peut-être malveillant « de parler rudement de cet historien favori ; mais je suis « en mesure d'affirmer que, dans les circonstances où j'ai « pu comparer ses pages avec les pièces authentiques « ou avec des écrivains contemporains, j'ai le plus sou- « vent trouvé leur désaccord si grand, que sa narration « prenait l'apparence d'un roman plutôt que c^lle de l'his- « toire'. »

Le même auteur accuse l'historiographe de Saint-AIbans d'avoir, en cette qualité, dénigré un personnage émi-

' Annal, eccles. ^&nn. 996, n. 65.

' Hisi. ofEiigl.^ John, c, i, éd. Baudry, t. n, p. 11 et not.

• Hist, of Engl. ^ vol m, p. 478, not., cd. Baodry.

miKODUCTION.

nent, Robert, évêque de Lincoln , qui visitait avec sévérité les monastères de son diocèse * .

On reproche encore à Matthieu Paris «ne crédulité extrême , qui lui fait rapporter des faits merveilleux avec de longs détails et une naïveté puérile ; enfin il est taxé d'ingratitude pour avoir emprunté à Roger de Wendover une partie de sa chronique, et ensuite outragé la mémoire de celui auquel il enlevait le fruit de son travaU.

Il ne nous semble pas difficile de justifier les auteurs de la Grande Chronique , et Matthieu Paris en particulier. Wats a déjà écarté de celui-ci l'inculpation d'une opposition malveillante aux actes diplomatiques des légats et aux décisions politiques des papes. Coname il l'observe avec raison, tous les historiens anglais qui précédèrent et suivirent Matthieu Paris, Edmer, Malmesbury, Newborough, Wendover , Matthieu de Westminster et Walsingham sont unanimes dans leur censure des exactions et des déprédations commises en Angleterre par les légats, au nom et avec l'autorité du saint- siège ^. Jusque dans Join ville, on trouve des plaintes exhalées, par un légat même, contre la corruption de la cour pontificale. Les exemples fameux de Jean de Salisbury et de Robert Grosse- Teste , dont les rudes avertissements et la résistance furent humblement accueillis par les papes , les véhémentes remontrances du clergé anglais dans les conciles de Londres et de Lyon, sont d'accord, sur ce point, avec la Grande Chronique. Seulement, elle nous apprend, déplus, les manœuvres par lesquelles les Itahens réalisèrent en Angleterre les grandes levées d'argent , si nécessaires à une

' mst.ol'Engl.,\olu\, i».20i.

- Wats, Prœf. nd Matlh. Paris.

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puissance uDivei*seIle dont le trésor n'était pas à Rome , mais chez toutes les nations catholiques.

Considérons encore que Matthieu Paris fut investi de missions honorables par Innocent I V , et par les rois Louis IX et Hakon V ; qu'il fut admis avec faveur et amitié dans Finthnité des princes anglais , eut des relations constantes avec les hommes les plus religieux comme les plus distingués de son temps, et que, s'il apporte dans sa chronique un esprit de censure hardie envers les grands qu'il avait vus de près, on ne peut que lui savoir gré d'une impartiahté trop rare chez les historiens, surtout à Tégard de l'ordre auquel ils ont appartenu. Robert Grosse -Teste a été rigoureusement traité par Matthieu Paris, lorsque celui-ci voyait dans l'évéque de Lincoln le visitateur violent de son monastère, indifférent aux privilèges dont chaque couvent était alors doté, et que tout moine était jaloux de défendre ; mais aussi quelle justice éclatante ne rend pas le chroniqueur aux vertus de Robert , à son courage , à sa lutte constante pour les libertés de l'église anghcane, opinion quMl partage avec ardeur * , et qu'il couronne enfin dans la personne de l'évéque mourant par une espèce d'apothéose ^?

Ce serait s'imposer une tâche ûnpossible à remplir que de prétendre disculper un historien du moyen âge de toute inexactitude historique; il faut même reconnaître que les fautes de ce genre sont fréquentes dans la Grande Chronique, surtout en ce qui concerne les croisades, spécialement la première de saint Louis. Cependant Matthieu Péris, aussi bien informé qu'on pouvait l'être alors par ses

* Cf. Wachsmuth, Europ. Siliengesch , t. iv, p. 207, uot. Ci, et pag. 247, iuit.

' Cr. C/ir., t. vu, p. '454ctscq.

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relations tant avec la cour qu'avec Rome et avec le clergé de France , est resté le seul historien à consulter pour le temps de Jean-sans -Terre, dont le règne fut sans gloire , mais décida l'avenir de la nation anglaise. La Grande Chronique avec les Additamenta contient , d'ailleurs , les plus précieuses données historiques , puisqu'on y trouve plus de deux cent cinquante pièces diplomatiques , lettres authentiques et documents semblables, dont une grande partie n'existe pas ailleurs. De ce nombre sont les actes du concile de Lyon et les fragments des actes de plusieurs autres conciles. On croira difficilement que le texte, parfois si piquant et si animé, destiné à servir de lien à des morceaux historiques de cette ûnportance, n'ait pas été rédigé avec une complète bonne foi : partout éclate le désir du chroniqueur de ne consacrer sa plume qu'à la narration sincère des événements; on le voit s'en enquérir avec soin, et souvent revenir sur ce qu'il a déjàraconté pour y ajouter des rectifications et des détails. S'il se trompe parfois, que d'erreurs ne trouverait-on pas dans les écrivains , même postérieurs, lorsqu'ils ont, comme lui , voulu traiter l'histoire de toute l'Europe? Pe: sonne ne lira, d'ailleurs, k Grande Chronique sans y puiser une ample connaissance des mœurs et des grands événements du moyen âge ; on y remarque, sans doute, cet amour du merveilleux commun à tous les écrivains du même siècle , tels que Rigord , Richer, et par-dessus tous les autres l'hagiographe Jacques de Voragine, évêque de Gênes. Mais doit-on être surpris, doit-on regretter de rencontrer chez un historien les préjugés de son époque, ou chez un moine profondément pieux la croyance dans les reliques , les miracles et les visions, que partageaient alors les hommes les plus éclairés? Ce serait demander à Montluc d'être un catholique

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tolérant, à Voltaire de n'être point railleur et incrédule.

L'ingratitude dont Matthieu Paris aurait fait preuve à regard de Wendover n'est qu'une injuste imputation; à cette époque, tous les chroniqueurs anglais, continuant Tœuvre de ceux qui les avaient précédés , ne se faisaient aucun scrupule de leur emprunter la totalité ou de grands lambeaux de leurs travaux historiques; Matthieu de Westminster a copié Matthieu Paris, comme celui-ci transcrivit Wendover, comme problablement Wendover copie les écrivains dont il mentionne les ouvrages. Encore est-il bon d'observer que le travail de Wendover fut modifié pour être admis dans la Grande Chronique; il subit des retranchements et des additions j . L'ingratitude personnelle de l'auteur envers son prédécesseur ne reposerait, d'ailleurs, quesurlerécitdela disgrâce de Wendover inséré, non dans la Grande Chronique, mais dans la Biographie des vingttrois abbés ; et si , comme il y a lieu de le croire, Roger de Wendover perdit en même temps les bonnes grâces de l'abbé Guillaume et ses fonctions d'historiographe, il aurait cessé de remplir ces dernières , Tannée qui précéda la prise d'habit de son heureux rival.

L'attention et l'exactitude avec lesquelles Matthieu Paris indique les éclipses, même celles qui paraissaient contre les lois delà nature, étaient inspirées par l'excellente tradition des chroniqueurs du douzième siècle. A leur exemple, le moine de Saint- Albans nota tous les phénomènes les plus singuliers, et le relevé des faits de ce genre qu'il a sauvés de loubli, les porte à un nombre considérable. Leur

* Cf. Wats, éd. Matth. Paris, ad cale. PrédictioD des astronomes de Tolède supprimée par Matt. Paris qui ajoute les détails de l'ambassade de Jean à PEmir-al-Moumenim.

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étude mérite l'examen des physiciens modernes qui trouveraient dans toute l'iiistoire du moyen âge, mais surtout dans la Grande Chronique, une foule de renseignements curieux sur les observations astronomiques et météorologiques faites, pour Fépoque, avec un soin tout particulier.

Nous terminerons cette apologie en faisant remarquer que si Matthieu Paris a contre lui Baronius, Coiffeteau, Bellarmin et Lingard, ces critiques n'ont pu s'empêcher de lui accorder une part d'éloges ; il a reçu ceux de Casaubon \ Voss, Selden, Daunou^, Berington ^, Wachsmuth *. Nous ne parlons pas des louanges que lui prodiguent Baie, Pits et Leland ; les deux premiers ont trop peu de critique et le dernier trop peu de modération dans ses affections littéraires, pour que leur opinion jouisse à nos yeux d'une suffisante autorité.

Nous avons déjà dit que la partie de la Grande Chronique appartenant exclusivement à Matthieu Paris n'embrassait qu'une période de vingt-quatre années : mais les faits politiques qui signalèrent cet espace de temps méritaient par leur importance d'être exposés avec détail. Il est à regretter que Rishanger, autre moine de Saint- Albans, écrivain bien inférieur à celui dont il a continué les travaux, n'ait pas jugé convenable de donner à sa relation tous les développements qu'elle exigeait ; en quelques pages il nous fait parcourir quatorze années durant lesquelles se passèrent les graves événements dont Matthieu Paris avait commencé le récit. Heureusement d'autres annales et de nombreuses pièces diplomatiques remé-

* Wats, Protest, lestim. de Matt. Par.

^ Hist. lut. de laFr.^ t. xvii, pag. 451 .

' A Literary hist of the midâ. (tg., p. 587 et seq.

* Loco sup. cit.

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dieut, pour ceux qui étudient rhistoire, à Tinsuf usance des pages de Rishanger, formant la dernière partie de la Grande Chronique*. Le règne de Henri III dura cinquantesept ans. Commencé sous les plus tristes auspices, au milieu de la fuite etdansTabandon, il se continua triste et sans honneur dans les guerres civiles , les intrigues, la captivité, et sous la pesante surveillance des barons. Cependant r Angleterre , qui doit au règne ignominieux de Jean-sans-Terre le commencement de sa liberté, en attribue la confirmation au règne de Henri III, sans que ni ce prince ni son père puissent revendiquer Thonneur d'un généreux sacrifice, ou celui d'une adhésion loyale à des conditions imposées par leur mauvaise fortune. Henri III était faible, imprévoyant et pusillanime comme son père ; il avait besoin de donner sa confiance à des favoris, et ne savait pas choisir ses conseillers ; lorsque des princes de ce caractère viennent à régner, si la pénurie de leur trésor les paralyse dans les périls, on les voit subitement tomber à la merci des corps délibérants, et ceux-ci mettre, sans hésiter, leur assistance à un prix tellement élevé, qu'il équivaut ou aboutit à Tannulalion du pouvoir monarchique. Henri III ne manquait pas de vertus privées; il était chaste, tempérant, patient, prodigue d'aumônes ; d'une piété exemplaire et quelquefois aveugle, il rivalisait avec saint Louis dans sa vénération pour les reliques et pour les ordres mendiants. L'exemple de son père lui avait inspiré un respect mêlé de terreur pour l'église dont il s'était reconnu vassal en prenant la couronne ; son incapacité

* M. Halliwell vient de faire paraître à Londres une édition de la chronique de Rishanger sar la guerre des barons. Le texte en est revu et annote aTec tout le soin que Ton pouvait attendre de ce savant àïttingué.

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politique et militaire était notoire; sa bravoure resta toujours douteuse - son ostentation, Taffection immodérée qu'il portait à ses proches, et sa partialité pour les étrangers le poussèrent à des profusions d'autant plus préjudiciables qu'elles épuisaient toutes ses ressources et le livraient désarmé aux parlements, toujours disposés à se prévaloir de leurs avantages. Moins heureusement partagé que le roi de France, dont le riche domaine faisait un puissant équilibre à celui de tous les grands vassaux, Henri, réduit à des concessions sans cesse renouvelées, avant d'obtenir des barons une aide ou une escuage, était obligé de mendier l'autorisation du pape pour extorquer des dimes au clergé ; il vendait jusqu'à sa vaisselle aux habitants de Londres, afin de subvenir aux besoins insatiables de ses créatures, et n'ayant en revenus que le neuvième de ceux de Guillaume le Conquérant, il ne savait remédier à cette disette financière que par les tergiversations les plus déloyales; passant hardiment de la promesse au serment, du serment à Tinvocation de l'anathème ; puis, faussant avec la même audace ce que Thonneuretla religion avaient offert de plus sacré comme garantie de sa bonne foi. Henri prétendait justifier ses parjures par l'autorité des papes ses suzerains qui s'étaient arrogé la faculté de délier les serments et ne craignaient pas de violer leurs propres engagements au moyen de cette célèbre formule du nonobstant y qu'à leur exemple le roi ne se fit aucun scrupule de mettre en usage.

La situation de ce prince fut encore aggravée par ses campagnes de Bretagne et de Poitou, qui tournèrent à sa confusion , lui laissant pour unique résultat des provinces amoindries, un trésor épuisé, et, pour consolation, les espérances d'une riche conquête, dépouille de Frédéric H

INTRODUCTION lxvii

eo Italie , offerte par le pontife romain à son aveugle cupidité.

Depuis 1240, les impôts sollicités par le roi et les légats paraissaient intolérables, et vers 1244, les barons songèrent à déposer Henri; mais il écarta Forage par des promesses : la colère des barons se tourna contre les agents du pape; un légat fut expulsé. Une deputation, envoyée au concile de Lyon, réclama vainement la suppression des provisions papales, et celle des exactions immenses opérées en Angleterre , au nom et avec Tautorité du siège apostolique. En 1248, les barons adressèrent au roi des plaintes plus hardies , il les éluda par sa dissimulation ; en 1250, il prit la croix afin d'obtenir des subsides; mais lorsqu'il eut accepté, pour son second fils Edmond, Tinvestiture du royaume de Sicile, les nouvelles levées d'argent qu'il sollicita révoltèrent Tesprit public , et firent éclater en même temps le mécontentement de la noblesse et du clergé. Quatre ans plus tard , nous voyons les barons se rendre tout armés au parlen^nt de Westminster, et exiger leur convocation à Oxford. A ce moment commence la lutte ouverte où le roi trouve, à la tète de ses ennemis, Simon de Montfort, comte de Leicester, un des hommes les plus entreprenants et les plus habiles du treizième siècle.

Les décisions hardies prises dans l'assemblée d'Oxford , pour l'honneur de Dieu , le service du roi et le bien du peuple, produisirent, il est vrai, l'humiliation du roi , l'expulsion de ses frères et de ses conseillers; mais elles assuraient une constante protection à tout homme libre , soumeltaieut les grands shérifs à l'élection , l'administration royale à un perpétuel contrôle; elles obligeaient le trésorier , le chancelier , le justicier à rendre des comptes

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annuels au parlement dont les sessions étaient en quelque façon permanentes , puisqu'il était réuni trois fois dans chaque année.

Malgré l'injurieuse épithète appliquée au parlement qui promulgua les provisions d'Oxford , on ne peut méconnaître que les efforts de l'intelligente aristocratie anglaise tendirent constamment, depuis, vers le but que Simon de Montfort s'était proposé, sans pouvoir cependant réaliser, dans toute son étendue , l'organisation conçue et tracée d'avance par cet esprit aussi ferme que supérieur.

La dépendance où vivait Henri III aurait été insupportable pour tout souverain ; il résolut de s'y soustraire. Relevé de son serment par une bulle d'Alexandre IV, il osa rompre avec les barons qui s'étaient constitués administrateurs du royaume ; mais assistés du clergé dont l'indépendance et l'esprit national étaient stimulés par son appauvrissement imminent , soutenus par les villes dont un grand nombre prit part à la rébellion, les barons, dans léîur vigoureuse résistance, déployèrent contre Henri les ressources les plus efficaces. Après TinutiJe interposition de saint Louis , nommé arbitre de cette grande querelle, la bataille de Lewes, suivie de la captivité du roi , plaça le gouvernement, comme l'avenir de l'état, entre les mains de Leicester; il en profita pour introduire dans la constitution d'importantes modifications dont la plus marquante fut d'admettre au parlement les députés des bourgs et cités du royaume.

Ainsi fut achevée, sous l'influence de l'esprit public, par la force et le discernement de quelques chefs , cette transition salutaire du régime féodal au régime constitutionnel, source des prospérités et de la grandeur de l'Angleterre , état plus approprié au génie de la nation britannique , et à

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son système d'aristocratie, qu^à toute autre nation européenne, où les éléments de pouvoir et d'action ne se contre-balancent pas avec la même régularité.

La bravoure du prince Edouard , avec la défection de Glocester, purent abattre la ligue et le chef des barons sur le champ de bataille d'Évesham; mais l'œuvre de Pembroke et de Leicester subsiste encore aujourd'hui. Elle atteste le génie de ces hommes qui reconnurent la réforme devenue nécessaire , l'accomplirent avec une noble audace, et la léguèrent à la postérité.

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