‹ Grande chronique;Chapitre 16 sur 18 · FIN DU TOME PREMIER · texte numérisé non relu

FIN DU TOME PREMIER

Note I. Voir la page 50 du volume.

Denys , moine de Scythie , surnommé le Petit à cause de l'exiguité de sa taille , établi à Rome comme abbé au temps de Justinien , est célèbre pour avoir entrepris de renouveler le cycle Pascal de Victor, qui avait lui-même réformé le cycle de Théophile. Il publia son nouveau cycle l'an 526 , dans le dessein de le faire succéder à celui de Théophile ( ce cycle devait expirer en 531, d'après la réforme de saint Cyrille), et Denys fit commencer le sien à l'année 532, en le faisant remonter un an au-dessus de notre ère vulgaire de la Nativité, en sorte que la première année de Jésus-Christ répond à la seconde année de la période victorienne ainsi corrigée par Denys. Marianus Scot, dans sa Chronique^ à l'an 531. dit : « Explicit magnus « cyclus Paschalis VXXXIl annorum , in cujus secundo « anno^juxta Dionysium natus est Dominus, » {Art de vérifier les dates, tome i, in-fol., pag. 86 et suiv.). Matthieu Paris I. • 55

dit la même chose dans le passage que nous annotons ; et les travaux de Beda-le-Vénérable qui, vers l'an 720, avait donné à l'ère dionysienne sa forme actuelle, avaient dû faire bien connaître ce système en Angleterre.

Mais Matthieu Paris ne l'admet pas sans restriction, comme il est facile de le voir ici et à l'année 1073. L'année 1073 étant effectivement la treizième du cycle Pascal et du cycle de dix-neuf ans (voyez la table chronologique de V Art de vérifier les dates), notre auteur tend à faire remonter la Nativité du Christ à vingt et un ans plus haut queDenys,ens'appuyant sur la concordance évangélique et astronomique , quoique cette concordance ne semble pas admise alors généralement; car on trouve dans la Gall, christ., torn, ii, une date de charte aitisi conçue : « Acta est hujus modi ecciesiœ chartula anno « dominicœ incarnationis (l'incarnation pour la Nativité?) « MLXX VI, indictione XI V, cyclo Paschali X, epacta XII, « concurrentihus V. » Il faudrait cyclo Paschali XIII, d'après le calcul ordinaire. Quoi qu'il en soit, la passion du Christ qui, selon Victor, répondrait à l'an 28 de notre ère, répondrait à l'an 12 selon Matthieu Paris , et c'est pour cela qu'il place la concordance du baptême de Jésus-Christ à l'année 1073, le Seigneur ayant été baptisé dans la trentième année de sa vie.

Cette divergence est remarquable, à notre avis, en cela surtout qu'elle a échappé au savant Fabricius. On sait à quelles longues discussions l'âge du monde a donné lieu (voyez Mobéry) , jusqu'au moment où le système d*Usher fut généralement adopté (UssERii, Chronol. sacra); et aujourd'hui les géologues ont repris la question avec ardeur. L'année exacte de la Nativité de Jésus-Christ dut nécessairement exciter des discussions semblables , et Fabricius énumère près de cent cinquante opinions différentes. [Bibliographia antiquaria, in-4**, Hambourg et Leipsick , 1716 , pag. 187). Même incertitude quant au mois {Blbliog., pag. 342), quoiqu'on se soit ordinairement arrêté au 25 décembre, et pour l'année, à l'an de Rome 752. Parla même raison, les chronologistes s'efforcèrent de

feire concorder l'ère de Denys avec la véritable année de la Nativité , placée par lui à l'année julienne 45. Nous reproduisons le système qui nous paraît se rapprocher le plus de celui de Matthieu Paris. « Petrus Damiani florens sec, XI, episl. « ad Albericum; nempe ex hypothesi Christum passum anm « urb. cond, DCCUII, VIII april.^ feriâ VI, luna XV, « quod quadret in ann. Christ. XXXIIL Et Inde incipien- « dos annos Domini scilicet a passione. Secutus est Antonius « Dulciatus eremita Florent, de festis mohil., pag. 1. » Fabricius ajoute en remarque : « Sic Christus passusesset XIII (( annis ante mortem Augusti; nimirum XXXI annis ante- « quam sub Tiberio affixus cruci. » (i^iô/io^., pag. 193-4 98). Selon cette opinion que nous nous bornons à signaler, il faudrait placer la naissance du Christ trente-quatre ans avant l'ère de Denys, année julienne 12, année de Rome 720. Les autres divergences indiquées par Fabricius , d'après Fréd. Spanheim {Chron. sacra, tom. i, pag. 206) sont moins sensibles : les unes placent la Nativité six ans, cinq ans , quatre ans , trois ans , deux ans avant l'ère de Denys ; les autres , un an , deux ans, trois ans après. Cette incertitude n'a cependant pas empêché l'ère dionysienne de prévaloir.

« En France , cette ère ne commença à s'introduire que deft puis le huitième siècle. On la trouve employée pour la pie- « mière fois dans les actes des conciles de Germanie, de Lep- « tines et de Soissons, célébrés dans les années 742, 743, 744, « sous Pepin-le-Bref. Les rois de France n'en firent usage « dans leurs diplômes que depuis la fin du neuvième siè- « de, et les papes seulement depuis le onzième. » (Koch, Tabl. des RévoL, Introduct., pag. xliii.)

Note II. Voir la page 519 du volume.

Nous proposons plutôt Albiney ou Albiny. Le texte qui donne tantôt de Albineio, de Albenio, de Albineto, sans indi-

cations précises, offrirait pour le reste de l'ouvrage des notions confuses et assez difficiles à concilier, si Dugdale , dans son livre du Baronage (Loudon^ 1675, in-fol.), n'avait relevé clairement et avec soin tous les passages de Matthieu Paris qui peuvent embarrasser le traducteur. Camden {Brit. Ant. passim^ et à la table indicat. des surnoms , édit. de 1607 ) offre aussi quelques renseignements utiles.

Il résulte de leur discussion qu'il y eut , dans la période qui nous occupe (douzième et treizième siècles) , deux familles bien distinctes , portant chacune un nom tellement analogue, que Dugdale les appelle uniformément Àlbini. Nous préférons, avec Camden, appeler l'une Albiny, et l'autre Albinet. Par une nouvelle analogie^ ces deux familles se partagèrent aussi en deux branches principales. Voici leur généalogie sommaire.

Albiny. — Le premier Guillaume de ce nom était fils d'un baron puissant, Robert de Todeney. On ne sait pas bien , dit Dugdale, pour quelle raison il prit un surnom différent de celui de son père , et s'appela Guillaume d' Albany ou d'Albiny. Mais ce qui est certain , c'est que ce Robert eut un fils nommé Guillaume qui lui succéda, et que les chartes ne laissent point douter que ce ne soit Guillaume d'Albiny. Outre Matthieu Paris, plusieurs témoignages authentiques prouvent que Guillaume ajouta aussi à son nom le mot de Briio. Il le fit, sans aucun doute, pour se distinguer d'un autre baron anglais, son contemporain, nommé aussi Guillaume d' Albini (c'est-à-dire Albinet), lequel s'intitulait Pincerna. Il est difficile de décider pourquoi il s'appela Rreton. Le nom d'Albiny (Aubigny, Aubigné? ) ferait supposer qu'il avait des terres en Bretagne, sur la frontière de l'Anjou , et le choix que Henri 1er fit ^q |uj pour commander la cavalerie bretonne à Tinchebray pourrait confirmer cette conjecture. Il épousa Mathilde de Senlis, fille du premier comte de Hundington , et veuve de Robert , fils de Richard de ïunebrigde. ~ Il eut d'elle un fils , le second Guillaume d'Albiny, nommé tantôt Breton, tantôt Meschines, qui fit hommage à Henri II, et accompagna Richard Cœur-de-

NOTES. 5n

Liou à ia croisade. Ce second Guillaume eut deux femmes , Adelise et Cécile. — Son fils Guillaume , troisième du nom , figura au premier rang dans le soulèvement des barons contre Jean-sans-Terre. De ses deux femmes , Agathe Trussebot et Marguerite de Omfronville, il eut plusieurs enfants, entre autres, Guillaume, son successeur, Odinel, Robert et Nicolas. Ce dernier, quoique clerc , défendit le château de Beauvoir contre Jean , et ne le livra que pour obtenir la rançon de son père. — Le quatrième Guillaume d'Albiny ne s'associa pas au soulèvement du grand-maréchal, en 1233, et vit ses bagages pillés par l'armée des confédérés. Il eut deux femmes. Albreda Biset et Isabelle; mais ses successeurs ne figurent pas dans Matthieu Paris.

La seconde branche d'Albiny eut pour tige Raoul, fils puîné du premier Guillaume d'Albiny, et c'est à cette famille illustre aussi que le nom d'Aubigny fut appliqué particulièrement dans la suite. Le lils et le successeur de ce Raoul fut Philippe d'Albiny, qui embrassa avec tant d'ardeur la cause de Jean, s'associa à ses violences, et fut par conséquent l'adversaire politique de son cousin-germain. Il fut aussi l'un des chefs des vaisseaux anglais , dans la bataille où la flotte d'Eustache-le- Moine fut détruite, et Matthieu Paris parle de lui aux années l'22(5'et'1227 Son fils et son successeur Elie mourut sous Kdouard I^r

Albïnet. — Guillaume dAlbinet, fondateur du monastère de Wimund, était fils d'un Roger d'Albinet et de sa femme Amicie. Il s'intitula Pmcerw«, parce qu'il avait le titre de grand-bouteiller du roi, et qu'il avait figuré en cette qualité au couronnement de Henri I^"". De son mariage avec Mathilde, fille de Roger Bigod , il laissa un fils surnommé Guillaume à la forte main, with the strong hand^ dit Dugdale. Ses avantages extérieurs , sa célébrité dans les combats et dans les tournois, gagnèrent le cœur d'Adelise de Lou vain , veuve de Henri le*", qui lui apporta en dot le comté d'Arondel , qu'elle avait reçu de la munificence du roi , son mari , après la pro-

scription de Robert de Belesme. 11 fut confirmé dans son comté par l'impératrice Mathilde, dont il défendait la cause et qui prenait le titre d'auguste dame des Anglais. — Son fils, le deuxième Guillaume d'Arondel, épousa Mathilde, fille de Jacques de Saint-Sidoine, et mourut en ^ \ 76, laissant le troisième Guillaume d'Arondel , qui se déclara contre le roi Jean , et fit partie de la croisade de ^2^9. De son mariage avecMabile, sœur de Ranulf , comte de Chester, il eut Hugues d'Albinet, quatrième comte d'Arondel , dont Ranulf fut le tuteur, et qui mourut jeune, en 1243, sans enfants de sa femme Isabelle, fille de Guillaume , comte de Warenue. Son héritage fut partagé à ses sœurs , dont l'aînée, sans doute, porta le titre de comte d'Arondel à Jean Fitz-Alain , qui figure parmi les défenseurs de Henri III à la bataille de Lewes * .

L'autre branche d'Albinet , dite de Cainho , vint de Nigel , frère de Guillaume d'Alhinet Pincerna. Nigel épousa Mathilde, fille de Roger de l'Aigle, et en secondes noces Gundreda, dont il eut Roger, dit de Mowbray, encore mineur à la bataille d'Allerton, et dont Matthieu Paris parle à l'année 1474, comnie s'étant révolté contre Henri II. Ses successeurs, dans l'ordre chronologique, furent Guillaume, puis Nigel, puis Roger II, puis Roger III sous Edouard II.

Note III. Voir la page 479 dn volume.

Voici ce passage remarquable : Rex archiepiscopo satisfacere paraiuserat, vel^ si contendere vellet Judicium inpalatio Parisiensi subire^ Gallicana ccclesia ponente partes suas, seu scholaribus diversarum provinciarum œquâ lance nego-

* Nous ne pouvons parta}{er ici l'opiniou de Camdeu , 4ui, en parlant des comtes d'Arondel, fait aller la postérité mâle de Guillaume d'Albinet jusqu'au règne d'Edouard II, lequel, selon lui, aurait investi du comté Richard-Fitz-Alain, époux de l'héritière de cette famille. Son autorité m* peut prévaloir contre l'assertion formelle de Malt. Paris.

^0TES. fi^i

tiuniexaminantibus. Les mots inpalatio Parisiensi seraient assez incertains , si Raoul de Diceto, qui raconte un peu plus longuement le même fait , n'ajoutait une indication plus complète, procerihus Galliœ residentihus ; ce qui ne laisse plus douter qu'il ne s'agisse ici de la cour des pairs, siégeant au palais du roi, dans la Cité. Henri II laisse donc le choix à l'archevêque entre trois arbitrages différents.

Ce fut en cette occasion que Thomas Becket écrivit à Guillaume, archevêque de Sens, une lettre dont Duboulay donne un extrait [Hùt. rferf^mvers., quatrième siècle, tom. ii). « Je « me suis rendu "a Paris, dit Thomas , et le roi Hem-i à Saint- « Denis, pour que la paix pût être traitée de plus près. Le roi « Henri étant parti de Saint-Denis et passant à Montmartre, je « me suis présenté à lui, en lui faisant demander par Tarchevê- « que de Rouen , par l'évéque de Séez et d'autres la paix , la « sécurité et la restitution des choses enlevées , offrant de me « conduire envers lui comme un archevêque le doit faire en- « vers un prince. 11 répondit qu'il me remettait son offense, « et que d'ailleurs il était prêt à faire décider la contestation , « soit par le jugement de la cour de son seigneur le roi de « France, soit par celui de l'église gallicane, soit par celui des « écoliers de Paris. Je fis répondre alors que je ne récusais <( point le jugement de la cour du roi de France ou celui de « l'église gallicane, mais que j'aimais mieux traiter directement « avec lui à l'amiable. »

Thomas omet de se prononcer sur l'arbitrage de l'université * . Mais ce silence même est une preuve irrécusable de son refus. En effet , comme le remarque Duboulay, l'université était dès lors composée de quatre nations ^, dont deux, la na-

* ÎSous nous servons forcement ici d'un terme qui ne date en réalité que du treizième siècle.

2 Nations ou provinces étaient alors synonymes. Ce ne fut que dans le courant du siècle suivant que les nations se subdivisèrent en provinces, et les provinces en diocèses. Les trois passages que nous citons conJir-

tion d'Angleterre et la nation de Normandie, devaient être entièrement dévouées à Henri II. Déjà même la majeure partie de l'université, annonçant les tendances politiques qu'elle suivrait désormais, désapprouvait hautement la cause de l'archevêque, et inclinait pour le pouvoir royal. Une foule de pamphlets attribués à l'évêque de Londres, Gilbert Foliot, que Jean de Salisbury appelle Iste archisynagogus ^ entretenaient ces mauvaises dispositions envers un homme qui avait tout le monde contre lui et qui était seul contre tous. C'est l'expression de Guillaume TMeubridge. Louis VII lui-même, irrité du peu de succès de l'entrevue de Montmartre , refusait de voir l'archevêque, et ne lui envoyait ni provisions ni vivres.

On pense généralement que le pouvoir moral de l'université ne prit un grand ascendant qu'à partir de l'an 1204 au plus tôt. Mais dès l'an 1169, ce pouvoir était si bien établi et reconnu , que Jean de Salisbury, cet infatigable champion de l'archevêque, crut prudent de conjurer l'orage que Becket avait soulevé par son refus. Il conseilla à Thomas de s'adresser à Richard, prieur de Saint- Victor, pour détacher du parti opposé l'évêque de Hereford , qui avait enseigné à Paris. Lui-même intercéda auprès de quelques membres influents de l'université , en faveur de son ami , et l'on a encore les lettres qu'il écrivit à maître Philippe Gaultier de Lille, auteur de VAlexandréide; à maître Girard Puelle , futur évêque de Coventry; à maître Raymond , chancelier de l'église de Poitiers; à maître Jean Sarrazin ; à maître Raoul de Beaumont ; à maître Simon Petitloup; à maître Sylvestre, trésorier de Lisieux, etc.

Quoique l'université d'Oxford fût déjà célèbre, les hommes les plus éminents de l'époque tenaient à honneur d'avoir étu-

ment cette opinion , que les grades n'étaient point encore institués au douzième siècle , puisque l'expression générique de scholares désigne à la fois les écoliers et les maîtres. Aucune autre distinction, que celle de la Capacité et de la longueur des études , ne séparait ceux qui donnaient l'instruction de ceux qui la recevaient.

NOTKS. 52^

dié à Paris. Duboulay éaumère les évêques et les abbés que Henri II choisit parmi ces derniers. On ne doit donc pas s'étonner qu'après le meurtre de l'archevêque, l'université de Paris ait discuté les droits du nouveau saint à la canonisation, et qu'un des maîtres soit allé jusqu'à dire : « Thomas s'était il rendu digne de mort : seulement il n'aurait pas dû être tué « ainsi. Son obstination n'était qu'orgueil. » Triste oraison funèbre après tant de misères et de douleurs !

Note IV. Voir la page 504 du volume.

Le récit de M. Aug. Thierry diffère un peu de celui de notre auteur. Il n'y est point question du départ de Thomas pour Woodstock et de son séjour à Harvres. D'après les autorités qu'a consultées le savant historien , l'archevêque ne se serait pas avancé plus loin que Londres. Cependant Matthieu Paris, dans la vie de Simon, abbé de Saint-Albans, donne sur l'entrevue de cet abbé et de Becket, des détails tellement circonstanciés et qu'il était si bien â même de connaître qu'on ne peut, à notre avis , révoquer en doute leur authenticité. Nous les traduisons ici en abrégeant les premières phrases.

« Jamais je n'ai eu tant besoin de consolation que maintenant, disait l'archevêque dans la lettre qu'il écrivait à Simon. L'abbé, fort étonné de ces mots après la réconciliation récente du prélat et du roi, se rendit aussitôt auprès de lui, etc. Quand le dit archevêque eut raconté à l'abbé les dangers , les ennuis, les fatigues que lui avait fait éprouver le roi Henri dans les pays d'outre-mer, l'abbé lui dit : « Tout cela, grâce à « Dieu, est heureusement fini. » Alors Tarchevêque, soupirant, tira la main de l'abbé sous son manteau , la serra, et reprit: « Omon ami, mon ami, je vous révélerai ma cause comme « à un autre moi-même. On est disposé à mon égard autrement « que bien des gens ne le pensent. Je vois déjà de nouvelles « tentatives de persécution. Le seigneur roi le père , d'accord

« avec son tils, en qui j'avais placé tout mon espoir, songe à « me faire de nouvelles injustices et des dommages renais- « sants. — Comment cela, saint père? dit l'abbé fort surpris. « — Je m'entends bien , répondit l'archevêque, en levant les « yeux au ciel , et en poussant un profond soupir. Je sais à « quelle lin tend tout cela. » Alors l'abbé : « Saint père, si je « puis vous consoler, vous servir ou vous aider en quelque « chose, je demande que vous daigniez m'admettre au partage « de votre tribulation, et que vous veuilliez disposer de moi « en confiance. — Je crains beaucoup, dit l'archevêque , d'ê- « tre un sujet de vexation pour mon ami. Cependant, qu'il « vous plaise présentement en vue de charité d'aller trouver « le jeune roi et de l'adoucir à mon égard avec cette éloquence « qui vous donne tant de pouvoir. Son irritation contre moi , « ajouta-t-il, coupe pour ainsi dire les veines de mon cœur et « pénètre jusqu'à la moelle de mes os. » L'abbé y consentit d'un air joyeux, et se mit aussitôt en route comme s'il allait au combat. Quand il fut arrivée la cour du jeune roi, et que le dit roi eut été informé que l'abbé, envoyé par l'archevêque, venait parler pour lui, des paroles outrageantes, trop honteuses pour qu'il convienne de les raconter ou de les écrire, accueillirent l'abbé et un moine de Cantorbéry envoyé avec lui, à savoir Richard , chapelain de l'archevêque, qui lui succéda ensuite à Tarchiépiscopat ; et ils ne rapportèrent que des injures et des menaces atroces. Les uns serrant et tournant leurs poings, les autres, tirant à demi leurs couteaux , criaient avec d'horribles jurements, qu'il s'en fallait de bien peu qu'ils n'ouvrissent les entrailles ou ne coupassent les parties de la génération à des députés envoyés par un traître si manifeste. Les exhortations des plus sages de la cour du roi parvinrent à peine à calmer ces furieux. Après avoir échoué ainsi dans leur démarche, et échappé difficilement au péril de mort, ils revinrent vers l'archevêque, qui les attendait , l'esprit en suspens. Quand il eut appris de la bouche de l'abbé tout ce qui s'était dit et fait, le primat reprit avec un sourire calme et mo-

déré. « Il est clair que vous avez presque participé à mon « martyre commencé, et vous-même n*avez pas été compléte- «< meut exempt du martyre. Car c'est pour moi que vous avez « pris cette peine et souffert des opprobres indignes d'un « homme comme vous. Hélas! avec quel sourd murmure, quel « œil louche, quel froncement de nez, quelles dures paroles « m'aurait répondu celui de mes suffragants à qui j'aurais de- « mandé le service que vous m'avez complaisamment rendu, « quand je vous en ai prié. Très-cher abbé , vous pouvez sa- « voir quelle sera la fin de tout ceci. Allez maintenant avec la « bénédiction de Dieu et la mienne. Voici venir la solennité « de la nativité du Seigneur. Que le Seicneur et son martyr « la fassent prospère et joyeuse dans votre maison que Dieu « garde. Vous ne pouvez être absent plus longtemps. Priez « pour moi le bienheureux martyr, votre patron, et nous, nous « prierons pour vous. Quant à moi, à la volonté du Seigneur, « je célébrerai une fête telle quelle dans l'Église qui m'est « confiée. » S'étant donc dit mutuellement adieu, ils se départirent l'un d'avec l'autre, pour ne plus se revoir dans cette vie.»

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