‹ Grande mythologie tintamarresqueChapitre 31 sur 72 · POMONE · texte numérisé non relu

POMONE

Et eh disant cela, Vertumhe, le carreau dans l'œil, tirait son calepin et se mettait en devoir de prendre des notes.

Pomone, nous l'avons dit, était une nymphe bien élevée. Tant que Vertumne avait emprunté, pour parvenir jusqu'à elle, les traits de quelqu'un d'à peu près propre, elie s'était contentée de le congédier sans rien lui dire de blessant.

Mais oser se présenter devant elle en indiserétionneur de eocot'lifel... cela lui sembla le comble de l'effronterie.

GRANDE MYTHOLOGIE ÏINÏAMARUESQUE

D'un geste dédaigneux, elle jeta à terre le chapeau que le reporter avait gardé sur sa tête, sonna et dit à sa femme de chambre :

— Reconduisez monsieur par l'escalier de service.

Vertumne pâlit de honte. C'était un garçon très honnête. Il n'avait pris ce déguisement abject que pour approcher de la femme qu'il adorait. Il payait bien cher cette escapade d'amoureux.

Mais comme il avait avant tout de l'esprit, il comprit qu'il devait soutenir jusqu'au bout le rôle qu'il avait choisi.

Et pour que Pomone n'eût pas un seul instant l'idée de douter qu'il fût bien le monsieur sous les traits duquel il s'était présenté, il jeta à la déesse, avant de partir, ces mots insolents :

— C'est bien, madame!... Vous verrez, dans mon prochain article, ce qu'il en coûte de recevoir ainsi « £ Ambassadeur » d'une feuille qui fait trembler les ministères!... « Les déesses passent, Madame/... Mais le Fiyaro reste! ... »

Et il sortit.

Cependant Vertumne avait le cœur navré ; et son amour pour Pomone grandissait à vue d'œil.

Il avait cru jusque-là, — avec beaucoup de gens, du reste, — que le titre de reporter d'une feuille de joie puissante devait ouvrir d'emblée les portes les mieux verrouillées.

Et il apprenait à ses dépens qu'il y avait encore des honnêtes gens assez courageux pour braver les foudres d'un marchand de scandales, aussi influent qu'il pût être.

Vertumne résolut d'avoir recours à des travestissements plus humbles.

Et le lendemain, déguisé en vieille bonne femme, il sonnait doucement à la porte de Pomone.

Cette fois, la nymphe l'introduit sans défiance. Elle trouve à la vieille une bonne figure et l'emmène sous un de ses plus riants berceaux de verdure, où elle la fait asseoir et lui offre des fruits délicieux.

Vertumne branle le menton en conscience, se récrie sur le parfum et le velouté des pêches, le parfait entretien des corbeilles, le merveilleux palissage des espaliers...

Pomone, excessivement flattée, retient la bonne vieille à diner.

Au dessert, on est les meilleures amies du monde. Vertumne, d'une petite voix cassée, dit les Prunes, de Daudet, en ayant soin de souligner malicieusement les vers... capiteux.

Pomone rougit.

C'était tout ce que la vieille attendait.

Elle se met à parler mariage, presse la jeune nymphe de renoncer à un célibat aussi cruel, lui expose qu'à deux l'entretien d'un jardin est bien plus commode,

Et insiste notamment sur ce point, que lorsque l'on cueille des abricots en haut des branches, il est agréable que quelqu'un vous tienne l'échelle en dessous.

Pomone se sent ébranlée.

Alors la vieille devient éloquente et finit par s'écrier :

— Ah!... mais j'y songe!... je sais un brave garçon, qui ferait bien votre affaire.

— Qui donc ? demande Pomone avec un geste d'empressement qui lui échappe.

— Moi!... s'écrie la bonne vieille.

Et, reprenant ses véritables traits, Vertumne tombe aux genoux de Pomone en implorant son pardon pour tant de ruses accumulées.

Pomone se laisse fléchir en pensant à l'échelle, et le mariage est décidé.

Les poètes s'accordent à vanter l'éternelle félicité de cette union.

Vertumne et Pomone reçurent de l'Olympe, comme cadeau de noces, le don de rimmortalilé.

Cependant, les deux époux ne sont point exemptés de vieillir. Quand ils semblent toucher à la décrépitude,

Jupiter leur vide un flacon &£au des Fées sur la tête et les rajeunit de soixante-dix ans.

Ils recommencent alors une nouvelle lune de miel.

Leur seul chagrin, c'est que souvent Jupiter les laisse devenir trop vieux.

Pomone, surtout, trouve qu'une fois cinquante ans on pourrait bien recommencer.

Alors elle guette le passage de Jupiter, et, au moment où il va arriver près d'eux, elle dit à Vertumne, en lui poussant le coude :

— Tenons-nous bien voûtés... et toussons comme de vieux catarrheux... ça le fera penser à nous rajeunir.

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