‹ Grande mythologie tintamarresqueChapitre 50 sur 72 · L'HEURE DE L'ABSINTHE · texte numérisé non relu

L'HEURE DE L'ABSINTHE

Mais comme elle est avant tout une très honnête déesse et qu'elle sait bien que la Paix ne peut être triomphante tant que la Justice est outragée, elle se résigne à la grande douleur qui la menace.

Elle se berce seulement de l'espoir que cette douleur sera la dernière, et qu'après cette terrible épreuve, rendue inévitable par le triomphe momentané de la force sur le droit, les hommes, redevenus sages, ne demanderont ni au fer ni au feu l'apaisement de leurs légères querelles.

Quand Mars entend la Paix raisonner ainsi, cela le met dans des états horribles. Il prétend que l'on veut ruiner sa carrière et l'empêcher de gagner sa vie en lui retirant tout son ouvrage.

La Paix lui fait doucement observer que c'est lui qui a été jusqu'ici dans l'erreur, en considérant l'armée

comme un corps d'état ; que, d'ailleurs, rien ne l'empêchera, quand il n'y aura plus d'hommes à tuer, de se rendre utile à autre chose, et de se faire ébéniste, ou boulanger, ou pharmacien.

Mais Mars ne veut entendre parler de rien. Il prétend que tout ça ce ne sont pas des métiers sérieux.

Il menace, si on lui retire les rois gâteux, les reines hystériques et les impératrices mûres qui ont été jusqu'ici ses pourvoyeurs de massacres, de se retourner d'un autre côté et, à défaut de guerres politiques, de nous ressusciter les guerres de religion.

Il en est bien capable, l'animal!... si on le laisse faire.

Page 1