UN AUGURE
Il donne des séances à l'heure ou au jeton de présence.
Quant à l'Hymen il est descendu aussi bas que possible.
Il unit des crevés qui ne cherchent qu'une dot à des ingénues renseignées qui ne cherchent qu'un paravent pour masquer leurs fredaines.
Il marie de vieilles veuves riches avec de jeunes Alphonses.
Des petites rouées de seize ans avec des vieux crésus tout suintants;
De naïves et honnêtes jeunes filles avec des Lovelaces mûrs et blasés ;
De braves garçons avec des coquines ; De vieux rentiers avec leurs cuisinières; Des garçons de magasin râblés avec leur patronne â peine veuve; Des artistes avec des graillons;
Des femmes délicates avec des marchands de chevaux ;
Des marins au long cours ou des notaires avec des femmes ardentes;
Des naines avec des tambours-majors;
Des hommes cle quatre pieds huit pouces avec des femmes géantes;
Des petits commerçants avec des bas bleus;
Des geindres qui ne sont chez eux que le jour avec des marchandes de journaux qui ne sont chez elles que la nuit.
Etc., etc.
Et tous ces gens qui se sont conjoints pour faire comme tout le monde, pour se donner une contenance^ mais sans prendre le temps de se connaître, sans s'aimer les trois quarts du temps ; qui par raison, qui par lassitude, qui par intérêt, tous ces gens se dupent, se querellent, s'invectivent, se battent, se volent, se quittent, se subissent et se cornifient avec un ensemble étourdissant.
Tout cela est tellement passé dans les moeurs que personne ne s'en aperçoit et que l'on montre presque au doigt, comme profondément ridicules, les rares ménages où le contrat de mariage ne pourrait pas servir à égoutter les pommes de terre frites sortant de la poêle.
Le dieu Hymen est aujourd'hui complètement discrédité, et il ne l'a pas volé.
Peut-être parviendra-t-il à reconquérir un jour l'estime publique.
Mais il faudra pour cela qu'il brise avec les allures honteuses et mercantiles auxquelles il s'est laissé aller depuis trop longtemps.
Le jour où il renoncera à loger son agence malrimoniale sous le même toit que le cabinet d'affaires de son camarade Mercure, il pourra se refaire un prestige sérieux aux yeux de tous les honnêtes gens des deux sexes.
L'Hymen est représenté sous les traits d'un beau jeune homme couronné de fleurs.
Ce dieu tient d'une main un flambeau, — ce qui signifie ce que l'on veut, — et de l'autre, un grand voile étendu, — ce qui doit évidemment servir à rendre l'Hymen moins effrayant en cachant la belle-mère qui est derrière.