‹ Grande mythologie tintamarresqueChapitre 56 sur 72 · LE GÉNIE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE

Le Génie était une divinité assez banale.

Les Grecs et les Romains l'adoraient sans trop savoir pourquoi, comme ils auraient pris de la revalescière, par exemple.

Ils lui attribuaient le pouvoir élastique de donner l'être et le mouvement à tout.

Comme on le voit, le Génie résumait bien des choses.

Et si les anciens eussent été raisonnables, cette divinité eût pu leur suffire et leur économiser toutes les autres.

Mais c'était là lin culte trop simple pour que les mortels s'en contentassent. •

Ils trouvèrent que le Génie, en général, c'était bien vague. Et ils imaginèrent d'abord un Génie pour chaque lieu.

Puis un Génie particulier pour chaque homme !...

Nous sommes obligés de convenir que cette dernière transformation avait du bon.

Le môme Génie n'aurait certainement pas pu servir à Victor Hugo et à Xavier de Montépin.

Hugo l'eût fait claquer quinze fois par ligne et Montépin eût été obligé, pour ne pas le perdre en marchant, de le retenir avec des bretelles.

AUSPICES. — AUGURES.— TIREUSES DE CARTES ARUSPICES. — SIBYLLES PHOTOGRAPHES SPIRITES, etc., etc.

Voici, par exemple, une page étrange de la mythologie.

Déjà, bien des fois, au cours de ce travail, nous nous sommes arrêté, honteux et confus d'avoir entrepris de blaguer des choses anciennes que nous ne trouvions pas, en les regardant de tout près, beaucoup plus ridicules que les nouvelles.

Mais ici la besogne est plus dure que jamais.

Et au moment de manquer de respect à ceux de nos archi-grands-pères qui faisaient vider leurs poulets par des augures pour lire l'avenir dans les intestins de ces pauvres bêtes, nous jetons un regard anxieux sur la génération contemporaine qui a produit le zouave Jacob, les magnétiseurs à cent sous la consultation, le photographe Buguet, etc., etc.

Et nous, nous disons, la main sur la conscience, que pour oser rire au nez des clients du grand Calchas, il faut que nous ayons un fier toupet.

Ce toupet, nous l'aurons.

Du reste, nous avons une excellente excuse de nous moquer des siècles passés, c'est que nous laisserons aux siècles futurs de quoi nous le rendre.

Chez les Romains, les augures étaient neuf magistrats assermentés, chargés de prédire l'avenir.

On les avait en grande vénération, et il eût fallu n'avoir pas trois francs dans sa poche pour risquer trente sous à la roulette sans aller les consulter sur la couleur qui allait sortir.

Ajoutons bien vite que les augures étaient malins comme des singes et qu'ils s'arrangeaient toujours de façon à rendre des oracles sans envers, et qui s'accordaient avec la solution, quelle qu'elle fût, des événements sur lesquels on les avait consultés.

Deux exemples suffiront amplement à prouver quelle était leur adresse en toute circonstance.

Un jour, un riche négociant romain un peu mûr, mais ayant une fort jolie femme, était sur le point d'entreprendre un voyage de six semaines pour affaires.

Il hésitait.

Bref, il s-e décida à âïjëf Consulter ùh diigure en renom, un' nommé Puffîsfcus, qui faisait beaucoup d'annonces à la quatrième page dés grands jôiÏF'naux, et qui passait pouf avoir prédit là chute des clieveux de César.

Le gros négociant déposa, selon l'Usage, une assez forte somme en or sur le coin de la cheminée' dé l'augure, et lui adressa la parole en ces termes :

— Puffistus!... je suis pour m'absentcr de chez moi, mais je crois que ma femme n'attend que cette occasion pour cascacler avec ses devoirs. Me conseilles-tu de partir?... Ma femme me trompera-t-elle?...

Puffistus, qui était un charlatan du plus gros calibre, ne répondit rien ; mais il commença une mise en scène corsée.

Il prit un lapin vivant, le suspendit à un clou par les deux pattes de derrière et lui ouvrit le ventre d'un seul

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMA.RRESQUE

coup, avec un couteau à manche d'aluminium dont il trempa préalablement la lame dans une petite fîolo d'Eau Figaro.

Puis, pendant que le lapin râlait, il en tira une épreuve photographique parle procédé instantané, et se mit à étudier cette épreuve avec des gestes de surprise et des froncements de sourcils inquiétants.

Après sept minutes d'examen attentif, il se leva lentement et dit au gros négociant, d'une voix de basse calme et profonde :

— Tu peux partir tranquille, ta femme ne te trompera pas.

Ce fut tout.

Le gros négociant, ravi, fit ses malles et partit le cœur content, après avoir baisé sa femme au front.

Quarante-cinq jours après, au moment où il revenait de voyage, harassé, moulu, la première chose qu'il remarqua en passant sa robe de chambre fut que les manches en avaient été retroussées de quinze centimètres, comme pour les ramener à la longueur de deux bras beaucoup plus courts que les siens.

Assombri par cette découverte, il plongea machinalement les mains dans les poches de son vêtement intime et en retira une pipe culottée.

Le pauvre négociant ne fumait pas !

Haletant... il mit les armoires et les meubles sens dessus dessous, y cherchant une nouvelle preuve de son déshonneur !...

Il en trouva soixante-seize !...

Alors ne pouvant plus conserver aucune illusion sur son sort, le malheureux époux se rendit immédiatement chez l'augure Puffistus.

— Augure ! lui dit-il, que signifie ta conduite envers moi?... Confiant en ta parole, j'ai laissé mon épouse seule à la maison... et en rentrant, je m'aperçois que je suis on ne peut plus cocu !... Tu n'es donc qu'un charlatan... un enfonceur!... Rends-moi mon argenfcL.i

— Tu le prends de bien haut ! reprit sans s'émouvoir l'augure. Pourtant, la prédiction que je t'ai t'ai le s'est réalisée de point en point...

— Oses-tu dire?...

— Sans doute, que m'as-tu dit lorsque tu es venu me consulter?...

Puis, ouvrant son }jyre. de consultations, qui était très en ordre, l'augurp pontinua ;

— Tu m'as dit ; je lis textuellement ;

« Puffïstus!... je suis, pour m'absenter de chez moi ; « mais je crois que uja fernme n'attend que cette occa- « sion pour caspader avec ses devoirs, me conseilles-tu « de partir?... IVfa fenune me tromperart-elle? »

— C'est bien cela, dit le gros commerçant.

— Eh bien, que t'ai-je répondu? reprit Puffïstus, qui se mit de nouveau à lire dans son registre de séances. Je t'ai répondu ceci à la lettre :

« Tu peux partir tranquille... ta femme ne te trompera « pas. »

— C'est exact!... mais justement, elle m'a trompé, dit le gros négociant romain.

— Pas du tout!... riposta Puffïstus.

— Comment, pas du tout?

— Sans doute!... suis-moi bien. Tu nié dis :• Je crois que ma femme me trompera, me trompera-t-elle ? Je te réponds : Elle ne te trompera pas.- Aujourd'hui tu viens m'apprendre qu'elle t'a trompé: Donc je ne t'ai pas trompé en te disant qu'elle ne té tromperait pas. Puisque tu croyais qu'elle te tromperait et qu'effectivement elle t'a trompé, tu peux dire; le front haut : En voilà une qui ne m'a pas trompé. Si, au contraire, je t'avais dit 3 Ta femme te trompera, je serais en défaut, car en te trompant elle ne t'aurait pas trompé puisque tu croyais qu'elle te tromperait ; et alors tu serais fondé à venir me dire : Tu m'as annoncé que je serais trompé et je ne suis pas trompé, puisque je suis trompé et que je croyais l'être.

Abasourdi par ce raisonnement, le gros négociant romain remit, selon l'Usage, quelques pièces d'or sur le coin de la cheminée de l'augure, prit son chapeau et s'en alla convaincu et répétant partout que Puffistus

était un grand homme dont rien ne pourrait faire mentir les oracles.

Quinze jours après, sur la demande de Puffistus, qui renouvelait sa publicité clans les journaux de l'agence Lagrange et Cerf, il adressa même au célèbre augure la lettre suivante, que celui-ci publia sous le n. 395,817 :

« 395,817. — Je certifie le fait suivant : Me croyant « sur le point d'être trompé par ma femme, j'allai « demander à l'augure Puffistus si elle me tromperait, « il me répondit que je ne serais pas trompé. Effective- « ment, ma femme me trompa, mais comme je m'y « attendais, je ne fus donc pas trompé; ainsi s'accom- « plit la prédiction de l'augure Puffistus, que j'autorise « à publier cette lettre comme une preuve éclatante de « sa perspicacité.

« I. Cornadus,

« Notable commerçant. »

Voici un nouvel exemple de l'extrême canaillerie au moyen de laquelle les augures se tiraient d'affaire en toutes circonstances :

Un jour, un petit rentier de Rome, désireux d'augmenter ses revenus, se sentit alléché par les prospectus d'une nouvelle Société financière qui émettait des actions de 35 francs, remboursables à 600 francs et devant donner, au bas mot, des dividendes annuels de 43 pour cent.

Cependant, n'osant déplacer à la légère ses fonds qu'il avait modestement, mais sûrement, convertis en Rentes sur l'Etat, il résolut d'aller consulter un Augure fameux, le nommé Equivoquibus, pour savoir s'il pouvait sans crainte faire cette opération.

Il alla donc saluer l'Augure qui, selon un usage déjà très répandu à Rome dix mille ans avant l'invention

des médecins spécialistes parisiens, le fit poser pendant trois heures dans son salon d'attente au milieu de quarante-cinq faux clients et fausses clientes payés trois francs par séance pour simuler la clientèle.

Enfin il fut introduit. Toujours selon l'usage, il déposa d'abord un louis dans une coupe remplie de pièces d'or dites en argot charlatanesque :. roulettes d'entraînement, parce qu'elles sont mises là avant l'heure de la consultation pour indiquer aux clients le minimum du prix de la séance.

Puis il dit à Equivoquibus :

— Grand Augure!... Me conseilles-tu de prendre des Galions du Vigo?... Puis-je sans crainte en prendre beaucoup?

Equivoquibus fronça le sourcil et murmura : — Le cas est grave !... Il faut repasser demain. Je te répondrai.

C'était le procédé qu'employait habituellement l'Augure pour doubler le prix de ses consultations quand il avait affaire à des actionnaires.

Le lendemain le petit rentier revint.

Il remit vingt francs dans la coupe et renouvela sa question à Equivoquibus :

— Puis-je sans m'exposer prendre des Galions du Vigo?

L'Augure fit un tas de grimaces, demanda à son client quel âge il avait, s'il aimait les lentilles à l'huile ou au beurre, sur quel côté il se couchait, s'il mettait

son gant de la main gauche avant celui de la main droite.

Puis quand son client ébahi et palpitant eut répondu à toutes ces questions, Equivoquibus alluma une petite lampe à esprit-de-vin, se fit un verre de vin chaud, l'avala et prononça la sentence suivante :

— Tu peux sans risque prendre des actions des Galions du Vigo.

Enchanté, le petit capitaliste rentra chez lui, vendit, séance tenante, tout son cinq pour cent et convertit sa fortune entière en 2,850 obligations des susdits Galions.

Hélas ! trois mois après, ces 2,850 obligations (tout son avoir) ne représentaient plus que 3 francs 20 centimes (16 livres de papier à quatre sous le demi-kilog.)

Atterré par une débâcle aussi rapide, le petit capitaliste s'en alla trouver l'Augure et se répandit en reproches sanglants.

— C'est honteux ! cria-t-il de toutes ses forces sur le carré, de manière à être entendu de toute la maison, c'est épouvantable de tromper ainsi le public!... Mais

cela ne se passera pas ainsi. C'est sur tes conseils, gredin, que je me suis ruiné... Tu dois être responsable et me racheter mes Vigo au taux d'émission !... Je vais te flanquer les huissiers et le procureur général aux flancs; ça ne va pas traîner.

Mais celui-ci, calme et souriant, les deux mains dans les poches de sa grande robe de chambre rouge à ramages verts, regardait son client furibond avec une expression de pitié dédaigneuse, et ne semblait redouter

en aucune façon l'action judiciaire dont il était menacé.

Cependant le petit capitaliste ruiné avait été déposer sa plainte au parquet.

Et le soir même, Equivoquibus était assigné à la requête du ministère public et de la partie civile, qui lui réclamait 300,000 francs cle dommages-intérêts.

Le jour du jugement arriva.

Le petit capitaliste exposa sa plainte.

Interrogé par le président, Equivoquibus ne nia aucun des faits qui lui étaient reprochés. L'auditoire était révolté de tant de cynisme.

Alors le substitut — ce casse-sucre mécanique des temps antiques et modernes — se leva et commença un réquisitoire foudroyant.

Il faut en finir!... conclut-il chaleureusement, avec tous ces parasites interlopes qui exploitent la crédulité publique et dont les pratiques immorales et scandaleuses, etc., etc.

La phrase s'embobina ainsi pendant dix bonnes minutes et se termina par ces mots terribles qui firent une profonde impression : Nous requérons l'application du maximum de la peine : trois mois de Vaudeville forcé.

La condamnation paraissait certaine, l'accusé ayant tout avoué.

Mais Equivoquibus se leva calme et fier : — Messieurs!... dit-il, d'une voix assurée. Il y a un malentendu. Un seul mot le dissipera. Qu'est-ce que le plaignant m'a demandé? Il m'a demandé s'il pouvait prendre des Galions du Vigo. Je lui ai répondu qu'il pouvait en prendre sans risque. Alors qu'a fait mon imbécile (Mouvement dans l'auditoire)?... Oui, messieurs!... qu'a fait mon idiot?... Au lieu de prendre des Galions du Vigo, ne s'est-il pas avisé d'en acheter, ce qui n'est pas la même chose.

A ces mois qui taisaient apparaitre la question sous

un jour tout nouveau, un murmure de surprise se produisit.

Equivoquibus reprit avec véhémence :

Si mon client s'était borné, comme je lui avais conseillé, à prendre des actions du Vigo, soit dans la

vitrine d'un changeur occupé, soit sur un meuble quelconque où le propriétaire de ces actions les aurait laissé traîner, il ne se serait pas ruiné, quelle que fût la quantité qu'il eût prise de ces valeurs. Je ne lui dois donc aucune indemnité, puisqu'il ne s'est attiré un désagrément qu'en faisant tout le contraire de ce que je lui avais dit de faire.

Cette simple explication de l'Augure eut un plein succès. Equivoquibus fut renvoyé des fins de la plainte, et le petit capitaliste condamné à cinquante francs d'amende pour diffamation.

Ainsi les Augures prouvèrent une fois de plus leur infaillibilité.

• Et le bruit que firent ces différents procès, dont ils sortaient toujours victorieux, augmenta même tellement leur réputation qu'ils ne purent plus suffire aux exigences du public qui assiégeait leur cabinet, et furent obligés de faire fabriquer à l'avance par centaines des oracles à double sens dans les couvents de jésuites.

Ils recopiaient ces oracles sur un grand-registrerépertoirc par ordre alphabétique, et quand un client se présentait, ils n'avaient qu'à les faire lire à haute voix par un ventriloque qu'ils payaient cinq francs par jour.

Le client s'en allait content, convaincu que la voix qui lui avait annoncé une rentrée cle fonds ou une prochaine paralysie de la langue cle sa belle-mère venait en droite ligne de l'Olympe.

Cependant le métier d'augure tomba .

Chaque génération nouvelle lui enlevait un morceau de son prestige.

Et les descendants des augures durent, de siècle en siècle, transformer leur enseigne et le nom de leur profession pour raccrocher par-ci par-là quelque bribe de clientèle.

En dépit de leurs constants efforts et même de ceux que fit en leur faveur une très puissante alliée que nous ne nommerons pas dans la crainte de faire de la peine

à Louis Veuillot, les augures transformés d'abord en sorciers, en devins, puis en magnétiseurs, en magiciens, en médiums, en chiromanciens, en spirites, etc., sont venus échouer misérablement clans les foires de banlieue, derrière la toile peinturlurée d'une somnambule extra-lucide.

C'est là que les ministres dont les portefeuilles branlent sous le bras vont demander aux cieux quel jour ils doivent être dégommés, afin de pouvoir décorer leur fils la veille, comme M. de Broglie.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire un mot d'une des spécialités des Augures et des Sibylles de l'antiquité :

La chiromancie.

Les chiromanciens obtinrent aussi beaucoup de succès. Leur art, comme on le sait, consistait à lire l'avenir de leurs clients dans le creux de leur main.

Ils avaient, comme leurs prédécesseurs les augures, un petit répertoire de prédictions, sans odeur ni saveur, et qu'ils débitaient par tranches à leur clientèle.

Rarement ces oracles étaient compromettants.

Effectivement, lorsque pour ses vingt francs, ils annonçaient à un collégien en vacances que sa vie serait traversée par un grand amour, le collégien en avait bien pour son argent.

Trois ou quatre amants à une femme mariée du grand monde, trente-huit mois de prison à un journaliste, beaucoup d'enfants à un homme trop vieux possédant une femme trop jeune, des demandes d'argent à un capitaliste, les galons de sergent-major à un sergentfourrier, etc., etc., étaient toutes choses que l'on pouvait prédire à l'aide de la chiromancie.

CTO

Même par correspondance.

Aussi les chiromanciens ne se privaient-ils pas de fouiller abondamment dans ce vocabulaire de sûreté.

Une chose qu'ils avaient bien le soin de ne jamais prédire, par exemple, c'était la levée de l'état de siège.

Il y avait à Rome un chiromancien du nom de Desblaguollibus, qui s'était fait une réputation énorme.

Voici la circonstance qui lui avait procuré cette vogue insensée.

Un jour, un invalide manchot s'était présenté chez lui pour le consulter.

Desblaguollibus lui avait examiné avec attention le dedans de la main gauche (la seule qui lui restait), et lui avait dit d'un ton grave :

— Vous avez là un signe qui indique que vous avez perdu le bras droit.

Epatement du vieux débris.

Mais aussitôt Desblaguollibus, dont la physionomie était tout à coup devenue plus riante, et la voix moins profonde, ajouta :

— Soyez tranquille!... Voici, près de la première phalange de l'index, un petit triangle qui annonce que cela ne vous arrivera plus.

Le bruit de cet événement s'était répandu avec une rapidité foudroyante, et de toutes parts, la foule assiégeait le cabinet de consultations du célèbre Desblaguollibus.

Il devint fort riche en très peu de temps.

GRANDE MYTHOLOGIE T t N TA MARRE SQ UE

Déjà, pourtant, quelques incrédules commençaient à saper vigoureusement le prestige des chiromanciens.

Le célèbre Desblaguollibus lui-même fut victime d'une farce que lui joua un de ces esprits méfiants.

Voici en quelles circonstances.

Cet incrédule alla un jour consulter le fameux chiromancien ; mais pendant tout le temps que le domestique lui fit faire antichambre, il serra de toutes ses forces clans la main droite un bout de corde à puits très rugueux et très desséché.

Le creux de sa main fut naturellement sillonné d'une façon impossible.

Et quand il entra dans le cabinet de Desblaguollibus, celui-ci, en examinant ce réseau inextricable de lignes

brisées, se mit à prédire à sou client un tas de choses plus drôles les unes que les autres.

Le Tintamarre de Rome, informé de la chose, la raconta le dimanche suivant, et le public commençait à en faire des gorges chaudes.

Mais Desblaguollibus, qui était l'ami d'un consul à qui il avait prédit avec succès que sa femme le ferait cocu, obtint par protection que la vente sur la voie publique serait immédiatement retirée au Tintamarre.

Grâce à cette mesure l'événement de la corde à puits ne fut pas assez ébruité pour discréditer le grand Desblaguollibus, dont les affaires prospéraient à vue d'œil.

Tout le monde peut voir au musée de Cluny la pan

carte qui était suspendue dans la salle d'attente de Desblaguollibus.

Pour les personnes qui préfèrent ne pas s'exposer en s'approchant aussi près de l'Odéon, nous donnons ici une copie de ce fameux écriteau.

Page 1