‹ Grande ou Petite Propriété?Chapitre 2 sur 27 · RIRE · texte numérisé non relu

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20 hectares comme de petites exploitations (1). Beaucoup d'auteurs, au contraire, feraient commencer la propriété moyenne comme M. de Foville à » ou 7 hectares. En somme, il n’y a pas de raison véritablement déterminante pour préférer un chiffre à un autre ; si les auteurs n'arrivent pas à s'entendre sur les limites qui classent les propriétés, c'est que cette distinction par la surface est absolument insuffisante ; on ne peut pas, en effet, mettre dans la même catégorie des terres incultes el des prairies, des terres qui valent 8 et 10.000 fr. l’hectare et des landes presque sans valeur. Cette classification d’après les surfaces exploitées n’aurail de valeur qu'’autant qu'il s'agirait de comparer des terres fournissant des productions semblables.

L'inconvénient que présentent les autres modes de classification que certains auteurs ont essayé d'utiliser, c'est qu'ils sont très difficiles à employer. On s'est proposé de classer les exploitations d’après leurs revenus ; ce système de classification, encore imprécis mais déjà beaucoup plus exact que le précédent, est actuellement inutilisable ; il ne devrendrait acceptable que si les évaluations de l’administralion des contributions directes reposant sur le cadastre correspondaient véritablement à la réalité. — On a aussi cherché dans une voie qui nous paraît la meilleure et qu’on s’est trop pressé d’abandonner parce qu'on n’a pas pu arriver à établir une définition générale applicable à toutes les sortes

(1) Bien que dans tout ce passage nous employions indifféremment les termes propriété etexploitation, nous ne les considérons pas en réalité comme synonymes; ce sont deux choses distinctes que la propriété et la culture.

de cultures ; l’idée de cette nouvelle classification consistait à distinguer les catégories suivant la richesse des moyens d'exploitation du sol. Mais la difficulté était de savoir de quelle partie essentielle de l'outillage agricole il fallait en pratique tenir compte. Passy classait comme petites propriétés celles qui n’occupent pas complètement une charrue ; comme moyennes, celles qui emploient largement une charrue ou deux ; comme grandes, celles qui en emploient davantage. Il est certain que cette classification a le défaut d’être très incomplète, car elle laisse de côté les pâturages et les prairies, les forêts, l'horticulture et même la vigne. — Une quatrièmeclassification, quiparaîtgénéralement adoptée aujourd’hui, doit être écartée, nous semble-t-il, par ceux qui veulent étudier le problème économique; car elle détermine les catégories de propriétés d’après la situation sociale des propriétaires. C'est ainsi que les socialistes, dans leur enquête qui précéda l'élaboration de leur programme agraire, désignaient par petite propriété celle qui est cultivée exclusivement par le propriétaire et sa famille ; par moyenne, celle qui est cultivée par le propriétaire à l’aide de bras étrangers, et par grande celle qui est donnée à bail à des fermiers ou à des métayers. — L'économiste allemand Roscher appelle grande toute propriété qui l’est assez pour occuper pleinement un homme entendu de la classe supérieure, lorsqu'il se charge d'en diriger l'exploitation. La propriété moyenne est pour lui celle dont la direction n’occupe pas suffisamment l'entrepreneur, mais lui laisse encore du temps pour coopérer aux travaux de gestion plus

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simples et moins relevés, coopération que, dans ce Cas, sa condition sociale et son éducation ne doivent pas lui faire dédaigner. Cependant la majeure partie des travaux d'exécution matérielle y sont effectués par des manœuvres salariés. La plupart des biens des paysans riches rentrent dans celte classe. Les petites propriétés sont celles qui ne sont ordinairement cultivées que par le tenancier seul à l’aide de sa famille, mais réclament le travail de tous les bras dont elle dispose. Lorsqu'enfin l'exploitation rurale est trop exiguë pour occuper toute une famille, ilne peut plus être quesüon de biens, mais seulement de parcelles. — M. René Henry donne la définition suivante

« On entend par petite propriété une propriété dont le revenu peut nourrir en tout ou en partie ou avec un léger excédent une famille de cultiva teurs composée de quatre ou cinq personnes. Pour compléter cette définition on peut ajouter accessoirement que l'exploitation est simple et rudimentaire. » — M. Souchon distingue et définit ainsi trois catégories essentielles : « d’abord les grandes propriétés qu'un chef de famille ne pourrait songer à exploiter directement sans recourir d’une façon régulière à l’aide du travail agricole salarié; ensuite les possessions moyennes dont la récolte doit être assez abondante pour nourrir le maître et sa famille, à la double condition que cette famille ne soit pas excessivement nombreuse et que tous ses membres consacrent leur activité aux soins de l'exploitation : et enfin les petites propriétés qui ne dispensent pas leurs détenteurs de demander au salaire une part de leur subsistance. »

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La définition qui nous paraît préférable, avonsnous dit, est celle qui tient compte surtout de l'importance des moyens d'exploitation, mais à la condition qu'elle sera appliquée d’une façon parüculière pour chaque genre de cultures; nous éviterons ainsi de simplifier arbitrairement la réalité très complexe. Cette classification est évidemment plus difficile à appliquer que celle qui se préoccupe seulement des surfaces exploitées ; elle doit cependant être retenue, puisqu'elle offre des garanes d’exactitude. En pratique, il sera possible de revenir à la classification la plus commode d’après l'étendue des exploitations, pourvu que les limites fixées pour distinguer la grande propriété de la moyenne et celle-ci de la petite varient avec les cultures ; par exemple, 30 hectares de vignes donnant par des méthodes perfectionnées des rendements de 250 à 300 hectolitres à l’hectare seront classés dans la grande propriété, alors que 50 hectares de maigres pàturages de montagne ne formeront qu'une propriété moyenne ; une ferme de o hectares, selon le type ancien de l'exploitation se suffisant à elle-même, « produisant un peu de tout », sera une petite propriété, alors qu'une autre ayant même Superficie, mais spécialisée et obtenant une forte production, sera classée dans la catégorie moyenne.

Nous reconnaissons bien que le système de classification que nous proposons n'est applicable qu'à des études de détail et qu'il serait difficile de l'utiliser pour dresser des statistiques ; mais nous nous proposons précisément, au cours de notre exposé, de montrer que les statistiques ne nous ont

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