PREFACE
Je n'ai pas eu la prétention, en composant le présent volume, de désigner les seules grandes dames qui se firent remarquer, au commencement du dix-neuvième siècle. Mon dessein, en choisissant parmi les plus connues, était de présenter au lecteur un tableau des salons de la bonne compagnie, à la .fin de l'Empire et sous la Restauration. C'est pourquoi, j'ai fait suivre le portrait d'une coquette par celui d'une femme politique ; celui d'une intrigante par celui d'une femme de raison supérieure. Elles sont intransigeantes ou libérales ; chrétiennes ou d'esprit philosophique ; timides ou résolues ; diverses comme on les pouvait rencontrer dans le monde. Pas une de mes héroïnes ne se ressemble.
Répandues dans la société polie, elles y cou-
VIII GttANDES DAMES DU XIX^ SIÈCLE
doyaient les hommes marquants de cette époque. Je ne les ai pas négligés, et j'ai tâché de les peindre comme des satellites rayonnant autour de l'astre principal. En lisant l'étude sur la princesse de la TrémoïUe, on connaîtra bien l'esprit des ultras^ en lisant celle sur la duchesse d^Abrantès, les mœurs dominantes à la fin de l'Empire. Chateaubriand se dresse en tout son égoïsme, dans la monographie de la duchesse de Duras; le duc de Richelieu apparaît, avec son noble caractère dans celle de sa sœur, la marquise de Montcalm. Louis XVIII se montre avec sa sensualité et son absorbante personnalité, dans la biographie de la comtesse du Cayla ; Talleyrand et sa fourberie et son ambition jamais satisfaite, dans celle de la duchesse de Dino. Certes, d'autres grandes dames brillèrent en ce même temps. On les trouvera dans mes volumes sur la société du Consulat. Ainsi, Mme de Staël, Mme Récamier, la duchesse de Luynes, la princesse de Vaudemont, la marquise de Condorcet, Mme de Beaumont, la marquise de Custine et quelques autres. J'ajoute enfin : en mes précédents ouvrages historiques, j'ai puisé, dans les anecdotes, les raisons de mes jugements. Un mot, une réflexion, une aventure m'ont servi d'assise aux développements de mes récits. Je pense comme
Mérimée, écrivant en tête de son volume sur Charles IX : « Je n'aime dans l'histoire que les anecdotes; et parmi les anecdotes, je préfère celles où j'imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères à une époque donnée. Ce goût n'est pas très noble, mais je l'avoue à ma honte, je donnerais volontiers Thucydide, pour les mémoires authentiques d'Aspasie, ou d'une esclave de Périclès. »
Je crois donc justifié le sous-titre du présent volume : Chronique du temps de la Restaura* tion .