‹ Grandes figures d'hier et d'aujourd'huiChapitre 15 sur 16 · L'ENTERREMENT D'ORNANS · texte numérisé non relu

L'ENTERREMENT D'ORNANS

(ison

J'ai écouté les propos de la foule devant le tableau de l'Enterrement d'Ornans, j'ai eu le courage de lire les niaiseries qu'on a imprimées à propos de cette peinture, j'ai écrit cet article. De même qu'en politique on voit d'étranges associations de partis opposés se réunissant pour combattre un ennemi commun , de même les critiques réputés les plus audacieux sont entrés dans les rangs des sots et ont tiré sur la réalité.

M. Courbet a voulu rendre un enterrement de petite ville, tel qu'il se passe en Franche-Comté; et il a peint cinquante personnes de grandeur naturelle, allant au cimetière. Tel est le tableau.

Les uns l'ont trouvé trop grand et ont envoyé le peintre à l'école des pattes-de-mouche de M. Meissonoier.

D'autres se sont plaint que les bourgeois d'Ornans manquaient d'élégance et ressemblaient aux caricatures de Daumier.

Quelques romantiques refroidis ont déclamé contre le laid comme de simples rienologues.

Les amateurs de rubans passés et de fard ranci qui chantent les exploits des filles du dix-huitième siècle, tremblent devant les babits noirs, et s'écrient : « Le monde est perdu, il n'y a plus ni pompons, ni mouches, ni faveurs roses. »

On veut que M. Courbet soit un sauvage qui ait étudié la peinture en gardant les vaches.

Quelques-uns affirment que le peintre est un chef de bandes socialistes.

Enfin, l'opinion des badauds peut se résumer dans cette phrase connue qui florissait sous l'Empire :

« Tout ce qu'on voit dans ces peintures est d'un si mauvais choix qu'on n'y reconnaît la nature que dans sa dégradation. Les figures d'hommes sont laides et mal faites, leurs habits grossiers, leurs maisons mesquines. On n'y trouve qu'une vérité basse. »

L'académicien qui parlait ainsi en 1810 entendait désigner Teniers, Ostade et Brawer. Les critiques de 4 850 n'ont rien changé aux arguments de l'académicien.

0 misères !

Il ne se fait pas tant de bruit autour d'un tableau sans qu'il ne renferme des qualités sérieuses. Or, la critique qui nie rend plus de services que celle qui affirme. Le contre est plus utile que le pour. C'est par de semblables moyens non voulus qu'on fait le succès d'une œuvre. « J'aime mieux mes ennemis que mes amis, » disait un grand homme qui savait combien la langue démange aux détracteurs, et il avait raison. La patrie est en danger! s'écrie le Constitutionnel à propos du tableau de M. Cour-

bet. Aussitôt tous les curieux de Paris courent au danger, qui est Y Enterrement à Ornans; ils reviennent du Salon et content le scandale à tous ceux qui veulent l'entendre. « Les Barbares sont entrés dans l'exposition, d Ils s'écrient que M. Courbet est le fils de la République démocratique de 1848; ils voudraient mettre un crêpe sur l'Apollon du Belvédère; ils proposent de fermer la salle des antiques. Si on les écoutait, les membres de l'Institut devraient s'asseoir sur leurs fauteuils, comme autrefois les sénateurs sur leurs ebaises curules , et mourir fièrement, frappés par les sabots boueux des sauvages réalistes.

Les habitants d'Ornans frémissent en lisant dans les gazettes qu'ils peuvent être plus tard soupçonnés de complicité avec le monstre, pour avoir prêté un moment leur figure et leurs babits à ses pinceaux. Je comprends la terreur de M. Proudhon, cousin de l'économiste révolutionnaire, substitut du juge de paix, qui ne voyait pas de crime à entrer dans l'atelier du peintre, les babits de deuil bien brossés, en redingote noire et souliers vernis, le chapeau à la main. Marlet le cadet, l'adjoint, qui a fait son droit à Paris, cherebe inutilement à le calmer.

Tête, le maire d'Ornans, un gros homme joyeux, va au café écouter ce que disent ses administrés. Le père Cardet, qui était à l'enterrement en habit marron, en culottes courtes et en bas bleus, court trouver son confrère Secrètan, qui demeure dans la rue de la Péteuse, et ces deux braves vignerons, revenus des affaires de ce monde, qui ne lisent pas les journaux, s'étonnent qu'on fasse tant de bruit à propos du chapeau à cornes de l'un et de l'habit gris de l'autre. Malheureusement, le fils du vi-

gneron Sage est aujourd'hui en Afrique ; il défendrait chaudement son ami le peintre. Max Bùchcn, le poète, n'est pas là non plus ; mais il soutiendra Courhet dans le journal de Salins. Pourquoi Jean-Antoine Oudot, le grandpère du peintre, est-il mort? C'était un homme de prudent conseil et que tout Ornans consultait ; il aurait fait entendre raison à chacun.

Il ne reste dans la ville qu'Alphonse Bon, qui rencontre la Célestine Gai-mont, la boiteuse, la femme d'Alexandre le bossu. — On ne parle au marché, dit-elle, que de la

peinture du fils au vigneron Courbet Il ne nous a pas

flattés, à ce qu'il parait; on dit qu'il nous a faits en caricatures; mais quand il reviendra, patience 1 Le fils à la mère Beurey lui en prépare de l'ouvrage.... On ne se moque pas comme ça des gens. C'est un grand diable... »

En effet, ce qui indigne la ville d'Ornans, c'est que l'an passé elle aliait au-devant du peintre, musique en tête. Promayer, qui dirige la musique de la garde nationale, avait arrangé cette surprise pour le Parisien; et comment le peintre a-t-il récompensé ses compatriotes de ce triomphant accueil? En amusant tout Paris aux dé- 1 pens des bedeaux d'Ornans, du vigneron Jean-Baptiste Muselier et de Pierre -Clément, le cordonnier.

Le curé de la paroisse, M. Bonnet, n'aime pas qu'on se moque ainsi de ses bedeaux, car ils appartiennent un ; peu ù l'Eglise, et il ne faut jamais donner à rire de ce qui touche au clergé. Pourquoi les journaux n'ont-ils pas fait mention de Cauchi le sacristain, ni du vigneron Colart, le porte-croix ? Parce qu'ils n'ont rien de ridicule, tandis que le nez rouge de Pierre Clément indique de trop longues conversations avec la bouteille. M. le curé

pense que les grands chapeaux, que loue le chapelier Cuenot pour les enterrements, sont cause qu'on ne s'occupe pas d'Etienne Nodier, qui porte le corps avec le père Crevot.

Les sœurs de Courbet ne savent que penser des journaux que leur envoie leur frère de Paris ; elles sont tellement sûres de ses intentions qu'elles essayent de prouver par tous les moyens que « Gustave » n'a pas songé à se moquer des personnes de la ville. Elles vont chercher la Fili Caillot qui a posé dans le portrait, et la Joséphine Bocquin, celle qui pleure et qui a un capuchon sur la tête, et leur montre un journal où on les a trouvées jolies. Les femmes, heureuses de voir un compliment imprimé, sont presque convaincues lorsque le gros Mari et entre; il reçoit la Presse et lit un article où le critique affirme que le peintre a fait exprès de charger ses compatriotes, afin de paraître plus beau.

— Le journal a raison , dit le gros Marlet. Puisque Courbet sait s'embellir, il pouvait bien nous faire comme lui.

— Il n'est déjà pas si beau, avec sa pipe I s'écrie la mère Promayer.

Seul, le fossoyeur Cassart ne dit rien. L'habitude d'enterrer les gens lui a appris à réfléchir, et il ne lâche pas ses mots comme un étourneau. Il écoute en caressant son chien les reproches du gros Tony Marlet , et s'éloigne en sifflant du côté de la vallée de Manbouc.

J'ai essayé de peindre les propos de petite ville à l'occasion des personnages de Y Enterrement à Ornans. Il était plus important qu'on ne le pense d'établir la position des types du tableau de M. Courbet, qu'on veut

absolument sacrer socialiste. Aujourd'hui il est convenu de rechercher si la plume du romancier est entachée de communisme, si la mélodie est saint-simonienne, si le pinceau est égalitaire. Il n'y a pas l'ombre de socialisme dans Y Enterrement à Ornans; et il ne suffit pas de peindre des casseurs de pierres pour me montrer un vif désir d'améliorer le sort des classes ouvrières.

Ces fantaisies dangereuses tendraient à classer les artistes par partis et à les faire réclamer tantôt par celuici tantôt par celui-là. Jamais on ne me persuadera que « Rembrandt était l'élève de Luther. » Impurs mélanges de panthéisme nuageux, de symboliques antithèses et de réalités, quand cesserez-vous de rissoler dans la même casserole et d'empoisonner la jeunesse?

Cependant, je veux rentrer dans ce puits d'où ne peut sortir la vérité, pour montrer que M. Courbet n'est pas si socialiste qu'on veut le dire. IS'on pas que je pense le rattacher à un autre parti, ce qui serait aussi fatal au peintre et à ses œuvres futures.

Malheur aux artistes qui veulent enseigner par leurs œuvres, ou s'associer aux actes d'un gouvernement quelconque. Ils peuvent flatter pendant cinq minutes les passions de la foule; mais ils ne rendent que des actualités.

Si le socialisme n'était au fond qu'une nouvelle forme de libéralisme , c'est-à-dire une sorte d'opposition avec d'autres habits, quelles chances aurait un peintre socialiste? Son œuvre passerait aussi vite que l'appellation elle-même de la doctrine, déjà moins bruyante que dans les deux premières années de la Révolution.

La peinture pas plus que la musique n'a pour mission d'exposer des systèmes sociaux ; quand la peinture se

convertit en enseignement, elle n'est plus de la peinture. Elle devient une chaire triste et pénible à regarder, car il n'y a pas de prédicateur dans la chaire.

Heureusement M. Courbet n'a rien voulu prouver par son Enterrement. C'est la mort d'un bourgeois qui est suivi à sa dernière demeure par d'autres bourgeois. On sait que ce tableau n'est pas un portrait de famille; quel est le vigneron assez riche pour commander une toile si importante? C'est simplement, comme je l'ai vu imprimé sur des affiches, quand M. Courbet exposait ses tableaux à Besançon et à Dijon, le Tableau historique (\) d'un enterrement à Ornans. Il a plu au peintre de nous montrer la vie domestique de petite ville ; il s'est dit que des robes d'indienne et des habits noirs valaient les costumes espagnols, les dentelles et les plumets Louis XIII, les armures moyen-âge, les paillettes de la régence, et il s'est jeté avec le courage d'un bœuf dans cette immense toile, sans exemple jusqu'ici.

Et ce n'est pas la grandeur du tableau qui m'intéresse. Si M. Meissonnier ne peignait pas avec une épingle, s'il entendait l'effet, si son pinceau pénible n'entraînait pas des tons sales sur ses toiles microscopiques, j'aurais autant de respect pour cette peinture de Tom Pouce que pour les grandes architectures du Véronèse. Mais, devant ce travail de patience, je me représente M. Meissonnier avec une loupe d'horloger dans l'œil, peignant d'après des défroques de Babin.

Entre autres récriminations, les sots se sont écriés d'un commun accord : « >"ous comprenons Ostade, Téniers et

(<) Historique est la petite malice d'un aniste fatigué de classements arbitraires dans le domaine de la peinture.

Brawer; nous admirons leurs buveurs, leurs fumeurs; mais, au moins, savaient-ils se restreindre dans de petites toiles; leurs buveries, leurs actions communes et leurs mangeailles se passaient dans de petits cadres. »

Les Espagnols, Murillo et Velasquez en tète, ont peint des mendiants , des pouilleux , des culs-de-jatte de la même taille que les grands et infantes d'Espagne; les Fêtes de famille où on crie : « Le roi boit! » où on chante, où on joue de la musette, où on se détourne de table, quand la digestion est pénible, sont de grandeur naturelle.

Nous avons au Louvre un chef-d'œuvre, le Prix de l'arc, de Van der Helst : c'est le portrait de trois échevins qui tiennent en main des vases d'or qu'ils vont distribuer au plus adroit tireur d'arc. Ce petit tableau de chevalet n'est que la réduction d'une toile de Van der Helst, qui a la taille du tableau de l'an passé de M. Courbet, une Après-dîner à Ornans. Au Musée d'Amsterdam, en face de la Ronde de nuit, de Rembrandt, se voit une immense peinture de Van der Helst, qui représente les bourgmestres de la ville discutant entre eux. Ce tableau est plus grand que celui de M. Courbet. Pourquoi les sots ne connaissent-ils pas la peinture de Van der Helst? Car telle est leur science, égale à leur sentiment. Ignorants, niais et raisonneurs !

On dira que les bourgmestres et les échevins d'Amsterdam sont des gens importants; mais le maire d'Ornans, l'adjoint d'Ornans , le substitut du juge de paix d'Ornans, le curé d'Ornans, le chien d'un rentier d'Ornans, n'ont-ils pas l'importance historique de bourgmestres et d'échevins flamands? Dans cinquante ans on ne

saura pas plus les noms des bourgeois d'Ornans que l'artiste qui voyage en Hollande ne connaît les noms des personnages du tableau de Van der Helst.

Quant à la laideur prétendue des bourgeois d'Ornans, elle n'a rien d'exagéré ; c'est la laideur de la province, qu'il importe de distinguer de la laideur de Paris. Tout le monde s'écrie que les bedeaux sont ignobles. Parce qu'il y a un peu de vin dans leurs trognes.... La belle affaire ! Le vin donne un brevet à ceux qui l'aiment, et il colore d'un rouge puissant le nez des buveurs; c'est la décoration des ivrognes. Jamais un nez rouge n'a été un objet de tristesse. Ceux-là qui ont le nez rouge ne baissent pas la tête en signe de honte ; d'ordinaire ils la relèvent, convaincus qu'ils inspirent de la joie à leurs concitoyens. Les bedeaux d'Ornans sont vêtus de robes rouges et de toques, comme des présidents de la Cour de cassation ; et c'est ce qui a indigné quelques gens sérieux, qui, dans leur erreur, s'indignaient de voir des magistrats porteurs de pareils nez. On ne se trompe pas de la sorte. Les juges, quoique en dehors des tribunaux ils soient rarement plaisants, n'offrent pas de ces figures vineuses où l'oeil et l'oreille, indifférents aux choses extérieures, semblent prêter grande attention à des fumées intérieures. Chaque profession a son nez; et il faut être bien pauvre d'idées physiognomoniques pour donner le nez d'un bedeau à un magistrat.

Ces bedeaux m'amusent singulièrement, ils me réjouissent, donc ils ne sont pas laids. Non, tu n'es pas laid, Pierre Clément, avec ton nez plus rouge que ta robe; console-toi, Jean-Baptiste Muselier, de ce que disent les folliculaires; entre au cabaret et bois une bou-

teille de plus! Chose étrange, on dit le plus grand mal de ces bedeaux à la mine réjouissante , et personne n'a songé à entamer la question de la laideur de l'homme d'affaires , si bien représentée par un personnage à la mine blême, aux lèvres minces, d'une propreté sèche et froide qui indique les mesquineries de la vie. Voilà un portrait d'homme laid, économe et prudent, rangé et vertueux. Voilà la laideur !

Les deux vieillards qui, devant la fosse ouverte, pensent aux choses du passé en prenant une prise, sont pleins de physionomie ; ils ne sont pas laids. Les porteurs de corps sont des jeunes gens à barbe et à moustaches, comme tous les jeunes gens. M. Courbet aurait-il dû. les habiller de pantalons à la cosaque et de vestes de hussards ? Le fossoyeur est une admirable figure, le genou en terre, plein de fierté; sa besogne est à moitié faite, il attend la fin des prières du curé. Il n'est ni triste ni gai; l'enterrement ne l'occupe guère; il ne connaît pas le mort. Son regard court à l'horizon du cimetière et s'inquiète de la nature; ce fossoyeur toujours travaillant pour le compte de la mort, jamais n'a pensé à la mort. C'est le type de l'homme du peuple dans sa beauté robuste. L'enfant de choeur qui tient le vase à l'eau bénite est charmant; plus aimable encore la petite fille qui tire le bras de sa mère en pleurs, et qui se penche comme pour cueillir une marguerite.

Le groupe de femmes est composé de jeunes et de vieilles; par un malin caprice de « réaliste », M. Courbet a pris plaisir à rider de vieilles femmes. Leurs cheveux gris passent sous les coiffes de toile blanche et les grands bonnets. Mais les jeunes filles sont vraiment jeu-

nés et robustes comme toutes les femmes de petites villes, moitié bourgs, moitié villages, perdues dans les montagnes ; cependant il y a des exceptions, et le peintre a rendu les exceptions. Du milieu du groupe des femmes se détache une jeune fille, la tête couverte d'un capot de taffetas noir, la figure fine et délicate, les grappes de cheveux blonds se détachant sur le noir du costume. C'est une physionomie délicate et charmante qui n'a rien des types de convention qu'on rencontre chez tous les jeunes peintres d'un coloris précieux, sortis de l'enseignement de M. Couture.

Les critiques avaient tant retourné Babac sur le gril , qu'ils avaient fini par le brûler et lui faire mal : il n'aimait, disaient-ils, qu'à peindre des scélérats, il ne se plaisait que dans la peinture des gens vicieux. On a vu dans l'étude en tête du présent volume la défense de Balzac ; il répondait que si les vicieux étaient supérieurs en nombre aux vertueux, c'était sans doute la faute de la société et que , comme il avait la prétention de peindre la société réelle, il ne lui était pas permis de changer les hommes d'affaires en galants porteurs de houlettes.

Ainsi que le grand maître que nous avons perdu , M. Courbet pourrait dire à ses juges qui tiennent la plume : J'accorde que mes bedeaux ne sont pas des Antinous, je suis même persuadé que "Winckelmann ne disserterait pas sur mon tableau à cause de la bassesse de quelques personnages; mais la beauté n'est pas commune en France. Vous, critiques, qui dites comprendre le beau, allez vous regarder dans une glace et osez imprimer que votre figure est conforme aux Caractères des nobles passions de l'illustre M; Le Brun.

2i2 COURBET

M. Courbet peut citer hardiment trois têtes de femmes, les enfants, le fossoyeur et bien d'autres figures, comme type du Beau moderne, que les bedeaux emporteront la balance et feront déclarer l'enterrement d'Ornans le chef-d'œuvre du laid (I). Est-ce la faute du peintre si les intérêts matériels, si la vie de petite ville, si les égoïsmes sordides, si la mesquinerie de province impriment leurs griffes sur la figure, éteignent les yeux, plissent le front, hébètent la bouche? Beaucoup de bourgeois sont ainsi ; M. Courbet a peint des bourgeois.

Suivant un procédé connu, on oppose l'exposition de -1850 à l'exposition de 4851 ; le tableau de Y Après-dlner à Ornans était bien supérieur au tableau de l'Enterrement à Ornans, dit-on. Et j'ai vu vingt fois imprimer, en présence de cette admirable toile, qu'il était regrettable que le peintre n'employât point ses robustes qualités à des scènes historiques.

Il y a encore en France beaucoup d'esprits faibles. Les courtisanes de la Bégence, le fard, les mouches et les brebis, ont singulièrement troublé la tête de ces pauvres gens, qui ne trouvant ni la gloire, ni le bonheur dans leur époque, s'imaginent que les petits vers, les soupers et les petits cbiens, les marquises, les actrices et les guerluchons, et Collé et Piron apporteraient un peu de calme dans leur esprit, où poussent de longues herbes sèches. Ils ignorent que le costume moderne est en harmonie avec la physionomie moderne, et que les galante-

(1) Une planche importante se prépare d'après cet Enterrement ; mais c'était le lendemain de la discussion qu'il eût fallu la publier. Quel pavé pour la critique qu'un cahier gravé de vingt têtes du drame, réduites par la photographie d'après le tableau ! Dix laides , dix jolies ou belles, et pour légende , au-dessous, les commentaires de chaque critique. Le public aurait eu la firein-^qu'il est presqu'impossible de moDtrer dans les arts.

ries des ajustements de Watteau nous rendraient plus ridicules que Cassandre. ÎNotre costume noir et sérieux a sa raison d'être, et il a fallu les tendres chimères d'un précieux pour s'écrier combien il était heureux que « le prochain Longchamp apportât des feuilles aux arbres et des plumes aux chapeaux d'hommes. »

Heureusement le temps est passé de ces panthéistes qui ont fait jouer à la nature des comédies si niaises. Un art nouveau apparaît, sérieux et convaincu, ironique et brutal, sincère et plein de poésie. Ceux qui mettront à nu toutes ces friperies orgueilleuses ne tarderont pas à paraître . les esprits se remuent de toutes parts. Les jeunes intelligences attendent le premier audacieux qui fera sauter tous ces chercheurs de mots, cette école de plaisants, ces ramasseurs d'esprit, ces moutons de Panurge qui sautent tous le même fossé, ces faiseurs de proverbes , ces littérateurs à clichés , ces pâtissiers avec leurs vers fondus dans le même moule.

Et il n'y aura pas de temple assez grand pour contenir tous les livres à habits jaunes qu'on sera obligé de déchirer avant de les mettre au rebut; car il faudra montrer comme ils étaient mal cousus , les bourres de mauvaise qualité qui les emplissaient et la triste doublure dessous. Pénible besogne qui demande plus d'un jour.

On comprend le scandale que produit Y Enterrement flanqué à gauche de Y Appel des victimes de M. Miiller; à droite, du Départ des volontaires, de M. Vinchon; en face, de la Bataille de Koulikovo, de M. Y von; c'est-àdire la peinture anecdotique-sentimentale , la peinture académique et la fausse énergie, entourant une peinture mâle, puissante et sincère.

De loin, en entrant, l'Enterrement apparaît comme encadré par une porte; chacun est surpris par cette peinture simple, comme à la vue de ces naïves images sur bois, taillées par un couteau maladroit, en tête des assassinats imprimés rue Gît-Ie-Cœur. L'effet est le même, parce que l'exécution est aussi simple. L'art savant trouve le même accent que l'art naïf. L'aspect est saisissant comme un tableau de grand maître. La simplicité des costumes noirs tient de la grandeur des parlements en robes rouges peints par Largillière. C'est la bourgeoisie moderne, en pied, avec ses ridicules, ses laideurs et ses beautés.

L'Enterrement de M. Courbet doit une partie du scandale qu'il a soulevé à une forte individualité, robuste et puissante, qui écrase les peintures ses voisines. La critique s'enthousiasme devant une tête de fumeur, un peu maniérée, qui est le portrait de l'auteur. Il y a du génie dans Y Enterrement à Ornans; le portrait de l'Homme à la pipe, tant admiré, est dix fois mieux peint dans dix têtes de l'Enterrement. Je ne donnerai pas de conseil au peintre ; qu'il aille où l'emporte son pinceau. Il a produit une œuvre dans ce temps de médiocrités; qu'il oublie dans l'étude les misères que lui feront subir les médiocrités.

Leurs mains sauvages saccagent toutes les fleurs,

Insultent toutes les grâces,

Flétrissent toutes les vertus,

Renversent tous les autels

Où brûle encore le feu sacré.

Iconoclastes de l'art, Ils ont trépigné de leurs lourds sabols Sur le marbre mutilé de toutes les chastes déesses, Et dansé une carmagnole déguenillée

Autour de Vénus de carrefours,

Taillées dans une borne Par le marteau d'un casseur de pierres. M. G.Merlet, cuistre. [Revue européenne, iS'.O)

Je possède un exemplaire des « Essais poétiques, par

Max B , avec vignettes, par Gust. C , Besançon,

•1839, » et je me suis donné quelquefois le plaisir de cacher la signature du volume et de le montrer à des peintres, qui ne comprenaient pas quelle curiosité pouvaient exciter quatre petits dessins inférieurs aux titres de romances de -1 820. Je regarde ces médiocres lithographies comme un des plus beaux titres de Courbet. Quand un artiste publie de telles choses en -1839, et que, dix ans

après, il se présente devant le public avec l'Enterrement à Ornans, c'est alors qu'il faut admirer la volonté de l'homme, sa puissance, sa ténacité, ses retours sur luimême, ses méditations intérieures, et le formidable élan qu'il a osé tenter pour quitter les bords de la tradition. Un effort si prodigieux est le signe du grand artiste qui exercera de l'influence sur son temps.

Dites à un pauvre diable qui ne sait comment gagner sa vie et qui erre mélancoliquement sur les quais : « Ta fortune est faite si d'un bond tu peux sauter la Seine. » Certainement l'homme tiendra la proposition pour insensée; y eût-il des millions entassés sur l'autre rive, qu'il n'essayera même pas de tenter cette folle entreprise.

Et cependant c'est une telle entreprise qu'accomplissent les grands esprits qui ont abandonné les terres infertiles de la tradition. C'est pourquoi de ces bords partent tant d'injures d'hommes qui, ne pouvant tenter une pareille aventure, crient :

— Où va-t-il ?

— L'insensé !

— Il se noiera !

— Ne pouvait-il rester avec nous !

— On vit si tranquille ici.

— Arrête, malheureux !

— Il n'y a rien à faire là-bas.

— C'est un orgueilleux. »

Il y en a qui affectent de rire de mépris ; d'autres qui gémissent hypocritement :

— Hélas ! pauvre garçon !

Ceux-ci disent d'un air grave :

— Tant pis pour lui , c'est un fou.

Et enfin les faibles que celte aventure trouble, espél'ant arrêter l'audacieux, l'invectivent :

— Misérable ! coquin ! reviens ici ; nous allons t'envoyer les gendarmes.

L'homme saute. Les polissons lui jettent des pierres, les vieilles femmes de la boue ; l'air est obscurci de mille projectiles. Un immense cri de colère se fait entendre ; mais rien ne peut arrêter le téméraire. Il a résolu de triompher, il triomphera; il a d'autres ennemis à vaincre, il les vaincra ; sur de son œil , de sa main , de son cerveau , il ne s'est pas engagé dans cette entreprise surhumaine sans avoir tàté ses forces.

Qui ne s 2 rappelle encore maintenant le scandale qui résulta de l'Enterrement à Ornans et de la fameuse exhibition de Courbet, ouverte porte à porte avec l'Exposition universelle des peintres de tous les pays (1855)? Ce sont de ces tentatives désespérées qui consacrent rarement un homme, et presque toujours le perdent à jamais. Le gouvernement avait fait appel aux artistes de toute l'Europe. Les plus éminents eurent droit à une salle particulière; les hommes célèbres y exposèrent les travaux de toute leur vie; et, à côté d'eux, s'installait un jeune homme de trente-sept ans à peine, qui s'était dit : Ici je planterai mon atelier et le public y viendra. Mes quarante tableaux lutteront avec les cinq mille toiles de l'Exposition universelle, et je combattrai seul contre la France, l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne et l'Espagne.

Certes , en présence de tant d'audace , maintenant que je la constate de sang-froid, je ne me rends pas compte de la tranquillité de Courbet, à cette époque. Il n'y avait

rien de changé dans sa vie ; il dormait, mangeait et causait comme d'habitude. Et pour mieux faire comprendre les difficultés de son entreprise, De faut-il pas dire qu'alors la fortune matérielle n'avait pas encouragé ses efforts, que ses tableaux se vendaient mal, que son œuvre considérable s'accumulait dans son atelier en immenses toiles roulées dans un coin , qu'il fallait louer un grand , terrain aux Champs-Elysées dans un moment où le plus petit trou coûtait des sommes fabuleuses. Et les frais de bâtisse, d'imprimerie, de prospectus ! J'en frémis aujourd'hui. Tout d'abord on ne se rend pas compte de ces luttes désespérées. On lit des relations de voyage et on ne se doute pas que les aventuriers ont mille fois moins de peine à s'emparer d'une île peuplée de sauvages qu'il n'en faut pour s'emparer du public; on s'intéresse aux soldats qui escaladent des murailles à pic, et la réputation dans les arts est un drapeau dont la conquête exige des efforts plus héroïques.

Aussi, en écrivant ces lignes, comprends-je l'irritation des rivaux, la colère de la critique, les cris de la gent artistique, et jusqu'aux blâmes officiels.

Courbet avait blessé trop de monde en prenant possession d'un nouveau pays. Les biographes lui ont reproché de vivre en dehors de la société , de se complaire avec quelques amis, de ne pas faire d'avance à des gens considérables, de se lever tard, de mener une vie nocturne dans Paris, etc. Le peintre eut pu dépenser beaucoup de temps dans les salons qu'il n'eût pas comprimé les cris qu'excitait son audace. Dans le monde il aurait perdu son indépendance de caractère ; sa nature se fût arrondie; il eût été obligé de faire mille concessions ; on lui

aurait dit que son idée d'exhibition n'était pas convenable, qu'il fallait prendre garde à l'excentricité ; que madame une telle, qui avait de l'influence sur monsieur un tel, le patronerait volontiers s'il voulait devenir x>lus sage, etc.

En sa qualité de portraitiste, Courbet eût pu gagner de grosses sommes à peindre beaucoup de personnes qui ne craignent pas la réalité dans la représentation de la physionomie; mais il ne peint volontiers que ceux qu'il connaît depuis longtemps. Il a ainsi recommencé à différentes dates certains portraits de ses amis d'enfance.

J'ai vu dans son atelier le portrait d'une femme charmante, qui est resté inachevé depuis quatre ans et qui ne sera sans doute jamais terminé. En exposant ce portrait, Courbet aurait montré qu'il comprend l'élégance et le charme de la physionomie parisienne; mais les exigences de son modèle en matière de chiffons, qui changeaient à chaque nouvelle séance, les conseils des parents et des intimes de la maison, qui tantôt demandaient un canapé à la place d'un fauteuil, un fond de jardin à la place d'un intérieur, le fatiguaient tellement que, ne pouvant se livrer à sa libre interprétation en matière de portraits, il a retourné cette toile , attendant dans l'avenir plus de docilité de la part de son modèle.

Ces histoires et bien d'autres n'ont pas peu contribué à répandre dans Paris des idées bizarres sur le compte de Courbet, que le titre de réaliste environnait encore d'une sorte d'auréole nuageuse et indéterminée. Je ne parlerai pas de ce a réalisme » tellement effrayant que le ministre d'Etat lui-même croyait devoir le mentionner dans un discours qui fit jadis une certaine sensation. S'a-

dressant aux artistes récompensés après l'Exposition de

-1837, M. Fould disait en parlant des nouveaux talents :

« Fidèles aux traditions de leurs illustres maîtres , ils sauront se livrer avec persévérance à ces études sérieuses sans lesquelles le plus heureux génie reste stérile ou s'égare : ils sauront préférer les jouissances solides et durables de la vraie gloire aux satisfactions éphémères que donnent de trop faciles succès ; ils sauront qu'il faut quelquefois résister au goût du public, et que l'art est bien près de se perdre lorsque , abandonnant les hautes et pures régions du beau et les voies traditionnelles des grands maîtres, pour suivre les enseignements de la nouvelle école du réalisme, il ne cherche plus qu'une imitation servile de ce que la nature offre de moins poétique et de moins élevé; ils sauront enfin se préserver des dangers que j'ai déjà signalés et contre lesquels je ne saurais trop vous prémunir : la présomption de la jeunesse, qui. pour jouir plus tôt de son talent, le tue dans son germe, et cette déplorable tendance à mettre l'art au service de la mode ou des caprices du jour. »

Or, Courbet ne semble pas avoir cédé aux satisfactions éphémères que donnent de trop faciles succès, car ses succès ont été des luttes acharnées ; il a résisté également au goût du public; il n'a certainement pas mis son art au service de la mode ni aux caprices du jour, car, à l'heure qu'il est , le peintre est plus mal compris de la masse que M. Delacroix en ^ 830. Le discours du ministre d'Etat ne pouvait proscrire, comme on l'a prétendu, les tendances modernes; on l'a vu d'ailleurs par les récompenses et les encouragements accordés à quelques artistes tout entiers sortis de l'école du maître. M. Breton entre

autres, qui dans le réalisme n'ont vu que motif à anecdotes, étude sèche de physionomies, et qui abordent mesquinement les sujets modernes, sans les grandes qualités de peintre de l'auteur de l'Enterrement à Ornans.

Le sujet n'est pas tout dans l'art ; le plus fin poisson peut n'être pas mangeable , si le cuisinier emploie de mauvaise friture. Un anecdotier du moyen âge entasse dans un livre des histoires qu'il a entendues de côté et d'autre; il n'a rien fait jusqu'à ce qu'un Shakspeare, arrivant, s'empare de l'historiette et en fasse le puissant Hamlet. Tous les jours il passe dans la rue Notre-Damede-Lorette des enterrements qui vont au cimetière Montmartre et que les peintres du quartier saluent sans pouvoir les peindre. J'en dirai autant d'une noce, car ce n'est pas parce que Courbet a peint un sujet triste que je le défends. N'eût-il pas rompu en visière avec les principes habituels en faisant d'un enterrement de village un pendant au Serment du Jeu de Paume de David , qu'il y avait dans la composition anti-académique de ce chefd'œuvre matière à de fortes discussions artistiques. Par la composition et l'arrangement des groupes, Courbet rompait déjà avec la tradition. Sans connaître les admirables toiles de Velasquez, il se trouve d'accord avec l'illustre maître, qui a placé des personnages les uns à côté des autres, et ne s'est pas inquiété des lois posées par des esprits pédants et médiocres. Qui n'a pas l'intelligence de Velasquez ne saurait comprendre Courbet. Si les Parisiens connaissaient davantage les œuvres de Velasquez, ils se seraient sans doute moins fâchés contre l'Enterrement d'Ornans. Il y a peu d'esprits assez dégagés de préjugés pour aller au devant de manifestations artistiques

dont les jalons n'ont pas élé posés par avance. La masse aime à retrouver dans une œuvre ce qu'elle a déjà vu dans d'autres œuvres (I). Et Courbet, qui n'emprunte rien à Raphaël, ni à Rubens, ni à Poussin, ni à Delacroix, devait nécessairement apparaître comme un épouvantail. Les artistes reconnurent en lui un maître. Maîtrepeintre, il l'avait dit lui-même dans l'effervescence de la jeunesse sûre d'elle-même, et il avait raison. En effet, il savait peindre, ce qu'on n'enseigne pas dans les ateliers, ce qui ne s'apprend pas; il possédait à fond un art que les artistes français de tous les temps n'ont pratiqué que par à peu près. Aussi déjà sa peinture fait école, et rompt par là avec la peinture par à peu près, d'une touche dite spirituelle, qui fait que les honnêtes gens, en voyant où conduisait l'habileté, se sont retournés vers David contre lequel l'école romantique a dépensé tant de colères inutiles. L'enseignement de peintre donné par M. Courbet, qui n'a pas ouvert d'école et qui a formé de nombreux disciples en exposant ses tableaux , est visible depuis quelques années. Une excellente peinture résultera des efforts et des luttes du « réalisme » dont on a voulu faire un monstre. M. Courbet n'a jamais songé à imposer à personne les sujets qu'il affectionne. Lne école qui ne peindrait que des enterrements et des casseurs de pierres serait aussi fatigante que la queue de l'école du premier empire; mais le maître, avec sa réhabilitation du moderne et les excellents procédés dont il recouvre la re-

(i) Je ferai cependant une exception pour un ami des arts, M. le comte de La Borde, qui, dans son beau rapport sur les Arts à l'Exposition universelle de Londres, signalait le mouvement littéraire et artistique actuel, et ne craignait pas d'appeler l'attention sur un romancier et sur un peintre nouveaux. Je ne nommerai que le peintre, Courbet.

présentation du moderne, facilitera peut-être l'arrivée d'un Velasquez noble et grand, d'un Goya railleur et satyrique. — « Je ne connais que trois peintres en France, » me disait un artiste dont on ne contestera l'intelligence ni les connaissances , M. Chenavard : « ces trois peintres sont Le Nain, Chardin et Courbet. » Mais il faisait bien plus de cas de Courbet, qui a agrandi le domaine un peu étroit de ces maîtres bourgeois du xvne et du xvme siècle. Or, M. Chenavard, plus penseur que peintre, qui certes n'est pas suspect de réalisme, qui cherche à répandre des idées philosophiques sur la toile, qui semblerait l'ennemi-né du peintre des Demoiselles de village, est une autorité importante à citer; et quand un tel homme se prononce si nettement , et en toute liberté , j'enregistre sa parole pour m'en servir au besoin , car elle répond à mon propre sentiment. Mais combien rencontre-t-on de ces esprits indépendants?

J'ai connu un écrivain qui chantait les magots chinois, les pouilleux espagnols, les mendiants italiens, les sorcières et les charognes ; qui avait défendu le laid sous toutes ses formes , et qui cependant fut effrayé des éclatants débuts de Courbet et de Y Enterrement à Ornans. Les physionomies dès gens d'Ornans sont-elles plus effrayantes et plus grotesques que celles de Goya , d'Hogarth et de Daumier? On pourrait en conclure ainsi en suivant l'esthétique du critique ; mais il est bon de dire que, quand on s'est battu vingt ans pour une doctrine, il faut faire une fin. L'heure des concessions a sonné; la lutte ne saurait durer indéfiniment, et petit à petit on en arrive, par des transitions insensibles, à vouloir faire oublier son passé, et ce terrible laid qu'il était commode d'évoquer pour étonner les lecteurs.

On ne sait pas assez combien un pouce de ventre qui est poussé dans l'année a d'influence sur la plume ; on se moque agréablement des fameux bedeaux qui resteront en proverbe dans l'histoire des arts, et on donne la main, sans s'en douter, aux académiciens de petits journaux, aux vaudevillistes et aux désœuvrés de café ; car, chose singulière et qui arrive tous les jours dans de semblables luttes, aussitôt qu'un novateur se produit, il a contre lui les gens fatigués et ceux qui débutent. Petites cervelles de côté et d'autre ! L'enfant ne réfléchit pas plus que le vieillard; ceux qui entrent dans la vie sont légers, ceux qui s'en vont sont lourds; on ne peut pas changer les conditions de la nature humaine.

Les quelques encouragements qui ont fait oublier ces misères à l'artiste sont partis de très-haut ou de trèsbas. M. de Morny ne protestait-il pas contre la critique en achetant les fameuses Demoiselles de village, qui ont tant servi de but aux plaisants et aux caricaturistes. Cette année, à l'exposition de Besançon, où le maître envoyait une certaine quantité de toiles qui firent sensation en Allemagne, un brave artisan dont je' regrette d'avoir oublié le nom, vient trouver l'artiste et lui dit :

— Monsieur, je suis presque votre compatriote, j'habite Lons-le-Saulnicr. et j'ai une admiration sans bornes pour Y Enterrement à Ornans. Si j'étais riche, je n'hésiterais pas à vous offrir cinquante mille francs; mais mon état de tailleur de pierres ne me permet pas de vous donner plus de cinq mille francs de votre tableau, dont je ferai cadeau au musée de ma ville natale.

L'artiste, ému de cette proposition touchante, allait céder son tableau ; mais ses amis lui firent entendre

qu'une œuvre de cette importance ne devait pas être enfouie dans une ville telle que Lons-le-Saulnier, qui n'attire ni touristes, ni artistes; que l'Enterrement à Ornons était le tableau qui accusait le plus nettement son point de départ, qu'il était bon de remercier la persoune généreuse qui agissait ci délicatement, mais qu'en dernier ressort, le musée de Besançon convenait mieux à l'exhibition de ce chef-d'œuvre.

A Besançon, comme dans beaucoup de villes de province qui méconnaissent les hommes qui sont sortis de leur sein, les administrateurs sont au moins tièdes pour l'artiste qui contribuera à illustrer le pays ; il en est même qui, nourris de la lecture des gazettes, se rattachent au groupe des esprits arriérés qui voient dans un artiste nouveau un Attila ou un septembriseur. De ce côté, Paris n'a rien à envier à la province.

J'ai connu certaines gens qui entraient dans de noires colères quand on parlait de V Enterrement à Ornans, et entre ceux-là un comique, appelé Arnal, m'a toujours plus diverti qu'au théâtre , car il ne pouvait entendre le nom du peintre sans crier. Mais tout Paris en parlait , la province, l'étranger : Courbet, et toujours Courbet ! C'est le châtiment des sots. Le vieux comédien, qui a fait des épîtres académiques en vers alexandrins sur l'Art du comédien, n'en dormait pas. Afin de se débarrasser de cette obsession et d'en finir avec le peintre, l'indignation le poussant à l'extrême, il consentit, pour la première fois de sa vie, à jouer dans une Bévue de fin d'année, à la condition qu'un acte serait entièrement réservé à la personnalité du peintre qu'il s'agissait de terrasser à jamais. Pour lui Courbet était une hydre. Des auteurs en réputation

s'entendirent avec le comédien , et MM. Cogniard frères furent chargés spécialement des scènes relatives à l'atelier du peintre des Demoiselles de village.

Le public s'imagine trop facilement que les vaudevilles se font à la suite d'un repas aux Frères-Provençaux, que les pointes des couplets sortent tout aiguisées des bouteilles de Champagne, et que la charpente se combine au café des Variétés, en prenant une demi-tasse. Cela a pu se passer ainsi sous la Restauration ; mais qui rencontrerait dans ses escaliers un vaudevilliste, pourrait croire que c'est le notaire qui monte pour rédiger un testament. La classe de lettrés qui réussit dans les théâtres de vaudevilles joint de bonnes manières à une fortune solidement assise, et les défenseurs du Beau et des grands principes se trouvent réellement dans les coulisses de théâtre. Le vaudeville étant une sorte d'affaire géométrique dans le triangle de laquelle sont insérés quelques mots plaisants, l'ordre dans toutes ses manifestations, sociales, politiques, littéraires et artistiques, est le dieu auquel sacrifient les bons auteurs dramatiques. Aussi ne faut-il pas s'étonner des excellents conseils que MM. Cogniard frères donnaient à Courbet par la bouche du comédien Arnal , sur l'air : Acez-vous vu dans Barcelone?

Prends tes pinceaux, et cours le monde Pour anéantir tes rivaux!

Que ta peinture vagabonde Effraye, épouvante et confonde, En créant des monstres nouveaux.

Devant mes naïades sans voiles, Hier, la foule se courbait ;

J'étais au nombre des étoiles, Et maintenant, devant mes toiles, Le public passe et se permet D'applaudir Horace Vernet (\).

Foule stupide, ah! tu m'étrilles!

Pour me venger de ces badauds, Ne peignons plus que des guenilles, Que des limaces, des chenilles, Des grenouilles et des crapauds !

Mais, avant de livrer bataille, Suis-je bien dans la vérité?

Quittons un peu cette muraille, Où la nature se débraille...

Et regardons de ce côté, Qui me semble mieux habité.

Ici le comédien Arnal, supposant Courbet repenti et se jetant dans l'Idéal (l' Idéal des vaudevillistes), se tournait vers le public du balcon, et toujours sur l'air : Avez-vous vu dans Barcelone :

Ah ! se peut-il ?... prodige étrange!

Pour moi, tout change de couleurs; De forme aussi pour moi tout change :

Je vois un gracieux mélange De gaze, de soie et de fleurs.

Ce lustre jette mille flammes ;

Et j'aperçois, à sa clarté,

Des regards à damner les âmes,

(i) M. Horace Vernet, décoré d'une quantité d'ordres, ayant eu de nombreuses commandes, exposant des multitudes de tableaux, menant grand train , possédant une belle fortune , et étant gravé à la manière noire par M. Jaiet, est naturellement pour tout vaudevilliste, un homme d'ordre, et par conséquent le plus illustre des peintres anciens et modernes.

De beaux messieurs, de belles dames!...

Par tant de charmes, de beauté, Ah ! malgré moi, je suis dompté.

Cette leçon d'esthétique fut cependant perdue pour l'artiste et pour le public qui, n'ayant pas l'humeur irritable du vieux comique, n'apporta que de l'indifférence à l'acte de l'atelier, et Courbet continua, suivant les comédiens, à peindre des limaces et des chenilles, afin de rimer avec guenilles; mais les vaudevillistes avaient accompli leur mission, et, pénétrés de son importance, ils ne reculeront jamais à donner des conseils salutaires aux téméraires qui ont l'audace de découvrir quelques filons nouveaux dans l'Art.

J'ai donné ailleurs (i) mon sentiment sur quelques œuvres du maître , le Retour de la foire, les Lutteurs, l'Intérieur d'atelier, la Baigneuse, les Demoiselles de village, le Portrait de l'auteur, toutes toiles qui accrochèrent l'attention, sans avoir la même importance; il est arrivé même à Courbet de s'égarer tout-à-fait, comme dans l'Intérieur d'atelier, qui n'est pas un tableau, mais dix tableaux. Pour juger l'artiste plus sainement, j'ai revu à dix ans de distance , au musée de Lille, ï Après-dîner, grand tableau qui fut le début du maître au Salon de -1S48, et que les administrateurs nouveaux comprirent. On avait encore la fièvre de la Révolution, et on ne trouvait pas mauvais que l'art marchât parallèlement avec l'esprit public. Or, ce tableau , entouré à Lille de toiles italiennes et espagnoles, est aussi calme que s'il avait reçu la consécration de longues années. On peut enlever

(1) Lt Béalisme, 1 v. in-13. Michel Lévy. 1857.

le nom de Courbet; le tableau de VAprès-cttner sera regardé comme l'oeuvre puissante d'un de ces maîtres qui, en Hollande et en Espagne, ont accusé la réalité, à des époques où la recherche de la réalité n'offrait rien de subversif.

Le Chevreuil, dent la fortune a été grande au Salon et à l'Exposition particulière du boulevard des Italiens, a ramené les esprits timides qui, ne voyant qu'un animal mort dans un paysage, et n'étant plus effrayés par la représentation de l'homme, ont cherché à pousser l'artiste dans une voie de second ordre. Qu'un riche propriétaire invite le peintre à décorer les vastes salies de son château de peintures de chasse , comme il est arrivé dernièrement, rien de mieux : un grand artiste donne une valeur à tout ce que touche son pinceau ; mais l'homme est plus intéressant que l'animal, et ceux qui se sont voués exclusivement à la représentation des poules ou des brebis sont des artistes inférieurs.

Courbet n'en restera pas là. 11 a le génie des grandes machines. Quand bien même les musées de France ou de l'étranger lui ouvriraient leurs portes, il a mieux à faire. Je ne lui crois pas le sentiment religieux absolument développé ; aussi n'a-t-il rien à peindre dans les églises. Il appartient à un siècle préoccupé par les idées industrielles ; qu'il montre à l'industrie l'appui qu'elle peut trouver dans l'Art. ISos architectes ne sont pas ceux qui restaurent d'anciens monuments dont les ruines sont plus intéressantes par leurs débris que par les replâtrages qu'on y ajoute sans cesse. Le xixe siècle n'a trouvé un style architectural que dans la construction des halles et des chemins de fer. Pourquoi Courbet, par un effort nouveau, ne tenterait-il pas de grandes décorations pour les

gares de chemins de fer? Si des fresques peuvent être appliquées quelque part, c'est dans un tel endroit,, où l'homme chasserait l'ennui de l'attente en regardant les grands développements industriels qu'a apportés la vapeur. Ce seraient certainement des sujets plus intéressants que ceux d'Owerbeck et de Cornélius. Il n'y a rien de plus beau que la machine à vapeur dans le paysage; et, après la représentation de l'homme, qui connaît mieux la nature que le peintre qui, aujourd'hui retiré dans la ville d'Ornans, que son génie a illustrée, médite, travaille et vit au sein de cette nature, la meilleure des conseillères ?

J'ai vu jadis une immense toile de Courbet, qui. pour diverses raisons, ne put être achevée. C'étaient des pompiers courant la nuit dans Paris à l'incendie. La course active de ces braves soldats dont les casques reluisaient au feu des torches, les pompes qu'on traînait, les fenêtres qui s'ouvraient et dans le lointain, par-dessus les toits, les flammes perçant des nuages de fumée, tel était ce tableau qui aurait produit une vive sensation, si les tourmentes sociales de la fin de la République n'en avaient pas arrêté l'exécution. Courbet est l'homme de ces grandes scènes populaires, et il avait eu une heureuse idée en peignant un sujet plein d'effets, qui demande un artiste puissant.

Les fresques destinées aux gares de chemins de fer offriraient des tableaux non moins curieux. Le départ de la machine, l'arrivée d'un train, le débarquement des voyageurs , la consécration d'une nouvelle voie par l'église, la récolte des produits nouveaux que la vapeur a introduits en Europe fourniraient un cycle de sujets va-

ries. Quoi de plus fantastique que la grosse machine dont le ventre sème le feu la nuit dans la campagne, filant comme le vent avee ses grands yeux rouges et conduite par des sortes de gnomes, noirs de houille et de coke, aussi étranges que les génies des montagnes? La machine et le rôle qu'elle joue dans le paysage ne suffit-elle pas à un beau tableau?

Nous ne manquons pas de grands paysagistes qui ont chacun révélé de nouveaux aspects de la nature en la colorant de leur propre tempérament; mais Courbet est un paysagiste puissant, qui ne va pas loin chercher ses sites, parce qu'une roche portant ombre sur le gazon et un rayon de soleil lui suffisent pour rendre la forte nature des environs de Besançon. Il lui reste à peindre le mastodonte de fer courant sur les rails , à travers les arbres, les rochers, laissant de petites villes sur un coteau, passant sur un village par un pont hardi, renâclant, sifflant et suant; et l'arrivée de la foule nombreuse, active et bruyante, ébahie, pleurant, s'embrassant, qui arrive et s'en va.

La simplicité d'un tel sujet est ce qui convient le mieux à son pinceau sobre. On verra plus tard des marines qui n'ont rien de commun avec les pétarades, les voiles enflammées et les soleils couchants de pauvres gens qui, ne comprenant ui la couleur ni le dessin d'une vague, tirent des feux d'artifices de palette, embrasent un navire et animent la plage, afin de se tirer d'embarras.

Courbet a peint la mer, — il a voulu en avoir raison, dit-il, — et pour pousser le défi jusqu'au bout, il a peint, non pas l'Océan tumultueux, mais la calme Méditerranée sans une seule voile, la Méditerranée grise et char-

2r2 COURBET

mante du matin, et la Méditerranée bleue et profonde de l'après-midi.

On a dit que Courbet était un charlatan; en effet, c'est un charlatan que l'artiste qui s'attaque à la chose en elle-même, écarte tout élément d'un faux pittoresque afin de ne tromper personne sur la valeur de sa peinture, et se garrotte lui-même pour montrer que son pinceau n'emploie aucun subterfuge.

— Vous ne croyez pas à mes personnages, dit-il; je vais vous peindre la nature telle qu'elle est.

Et il se lança franchement dans ces deux marines qui sont l'expression la plus complète de sa sincérité. Il n'y a sur la plage ni demoiselles de village, ni lutteurs, ni bedeaux d'Ornans, ni baigneuses , ni aucune de ces représentations d'hommes et d'animaux qu'on a feint d'appeler des scandales. Il y a la mer et la plage. Je les ai regardées longtemps, et j'affirme qu'on ne comprendra pas plus les marines qu'on n'a compris l'Enterrement à Ornans.

Quand le public s'enthousiasme devant une marine, c'est pour des fanfreluches vénitiennes aux drapeaux multicolores, se détachant sur des ciels empourprés. Il faut à Paris le décor et le ragoût en toutes choses. Un Parisien est heureux d'être empoisonné aux Frères-Provençaux, car il a mangé toutes sortes de sauces vertes et violettes ; la table sera couverte d'un surtout d'argent affreusement orné; les divans et les étoffes seront de damas voyants; des glaces avec d'odieux cadres dorés renverront les lumières, et sur la table une armée de verres de toutes grandeurs, disposés en tuyaux d'orgue, remplis de toutes sortes de falsifications de Bercy et de Cette.

Jamais le Parisien ne croira qu'un honnête et savou-

reux dîner à deux services, sans sauces vertes, puisse se comparer aux drogues qui lui ont coûté cinquante francs par tête.

C'est l'histoire de Courbet, et c'est l'histoire du « réalisme » qui ne trompe pas, ne vend pas à faux poids, livre des produits sains et accomplis dans la mesure des forces de l'artiste. Aussi combien ont d'intérêt à le calomnier ceux qui trompent agréablement le public, le flattent dans ses défauts, le caressent, l'empoisonnent, et accomplissent avec légèreté ce qui doit être regardé^ lu, écouté avec la même légèreté !

A Duranty. — Conseils à un jeune écrivain. i à xiv

Préface. — Combats livrés par Balzac , Courbet et Wagner. — Popularité de Balzac après sa mort. — M. Dumas père et Balzac. — Balzac meurt simple Chevalier de la Légion-d'Honneur. — Ni le gouvernement ni la critique n'ont compris Balzac. — Médiocrités comblées d'honneurs. — Luttes de Courbet. — Le culte de la réalité est le premier des cultes. — Ce que produisent les enseignements officiels et les concours.

— Voyage en Orient d'un Paturot de l'école normale, se disant successeur de Voltaire. — Pamphlétaire ou sous-préfet.

— Pourquoi j'ai écrit la biographie de Gérard de Nerval. — Enseignement pour les gouvernants. — De l'art dans les époques industrielles. — Les machines à vapeur et la littérature.

— Arrivée de Richard Wagner en France. — Wagner essentiellement lyrique. — VIphigénie de Racine et Ylphigénie de Gluck. — Ceux pour Wagner et ceux contre. — M. Berlioz. — Combats de la vie artistique. — Pensée de Swift. i à vu

La jeunesse de Balzac.

Madame de Surville, sœur de Balzac. — Lettres de jeunesse de Balzac. — Volumineuse correspondance inédite. — Madame de Vandeuil et Diderot. — Admirations de crocodile de la critique pour Balzac. — Etudes de M. Léon Gozlan. — Révélations du libraire Werdet. — MM. Théophile Gautier, Léon Gozlan et Edouard Thierry. — Ce qui reste à publier de Balzac \ i

Balzac, poète.

La lecture de la Comédie humaine. — Travaux effrayants de Balzac. — Le Traité de la volonté. — Passage de Balzac à des journaux et revues inconnus. — Papiers de jeunesse. — Maître Guyonnet de Merville. — M. Scribe. — Livre de Job. — Robert-le-Diable. — Catalogue des cartons de Balzac. 1 5

Balzac, imprimeur.

Journal de la librairie. — 1826 et 1827. — Balzac et Barbier, successeurs de M. Laurent aîné. — David Sêchard. — Livres sortis de l'imprimerie de la rue des Marais-Saint-Germain. — M. de Vigny et M. Villemain édités par Balzac. — Dutacq. — Balzac finaud. — Mercadet. — Honnêteté de Balzac et de Dutacq. — Le Soleil. — Travaux anonymes de Balzac. — Œuvres complètes de La Fontaine. 28

Balzac, journaliste.

Le Feuilleton littéraire ou Feuilleton des journaux politiques. — Nombreux pseudonymes de Balzac. — Premier état de Jésus- Christ en Flandre. — Annonce de la Caricature. — Les Litanies romantiques. — Ennuis de Balzac dans le métier de journaliste. — Idées de Balzac en fondant la Revue parisienne. — M. Karr. — M. Chapuys-Montlaville. — Le contre-poison du

roman. — Mot à propos de Madame Bovary. — La fécondité.

— L'école de Le Batteux. — Gœlhe et M. de Salvandy. — Complaintes satiriques sur les mœurs du temps présent. — Sortie de Balzac contre les abus du romantisme. — Félix Davin. 35

De la moralité dans l'art.

Une lettre de M. de Balzac. — If. Taine et M. Werdet. — Erreurs d'un critique. 60

Notes historiques sur Balzac.

M. de Balzac au club. — Le crime de Laviron. — Un club de gens de lettres convoqué par M. Ledru-Rollin. — M. de Balzac à la Montagne. — Discours de M. Francis Wey. — Paroles de M. de Balzac à la tribune. — Madame la comtesse Hanska. — Propos de table de Luther. — La Reine des carottes. — Le porc aux choux. — Tragaldabas.

Balzac aux' Tuileries. — Opinion de Balzac sur la pantomime, sur les auteurs dramatiques et M. Scribe. — Vautrin. — M. Berthoud. — Opinion de Balzac sur ses premiers romans.

— La langue française. — Victor Hugo, Théophile Gautier et Balzac. — Conseils qu'il m'adresse. — Manifeste de M. de Lamartine. — Galerie de tableaux. — Le Cousin Pons. — Travail d'inventaire de M. de Balzac. — Les petits papiers. — Mémoire particulière de M. de Balzac. — Sa pauvreté. — Son enthousiasme de collectionneur. — Trois heures avec M. de Balzac. — Zinggrefi et Luther. — Beauté de Balzac. — Balzac jugé par Victor Hugo. — Paul de Kock. — Daumier. — Benjamin. — Portrait vivant de Balzac. — Buste de David. — Comment on doit honorer les grands hommes. — Portrait de Chardin. 67

Encore quelques pages enthousiastes.

L'envers de la Comédie humaine. — Destinée des livres. — Les grands hommes honorés en Allemagne. — Une tragédie de

Balzac. — Un mathématicien excentrique. — Balzac voyant. — M. Philarète Chasles. — Balzac en avant de son époque. — Edition complète de la Comédie humaine. — Les conversations de Balzac. — Physionomies littéraires. — Commerce de curiosités. — Richard-Cœur-d' Eponge. — Scènes de la vie de l'Empire. — Cabanis et Mirabeau. — Notes de M. le docteur Nacquard. — Lettre de M. Emile de Girardin. — La Mode en 1829. — Balzac et M. de Bois-le-Comte. — Lettre de Balzac à M. Levavasseur. 95

BICHARD WAGNER

Au romancier Barbara. — Le 24 janvier 4 860. — M. Fétis père.

— Un Courbet en musique. — Musique de l'avenir. — Réalisme.

— Utilité des critiques. — Portrait de Wagner. — Légèreté des Parisiens. — M. Berlioz. — La mélodie dans les œuvres de Wagner. — Haydn. — Beethoven. — Amadis de Gaule. — Les frères Grimm. — Parcival. — Lohengrin. — Les aboyeurs.

— Tannhœuser et les bals à un franc. — Fragment du Saint- Graal. — Destinée de Richard Wagner. — Beethoven et Goya.

— Le martyre de Wagner. — La Mascarade de la vie parisienne. 4 4 4

Après la bataille.

Revue et Gazette musicale. — Le Ménestrel. — Marat. — Feuilletou de M. Berlioz. — Réponse de Wagner. — Poétique de Wagner.

— Bischoff, Fétis et Scudo. — Feu Gustave Planche. — Wagner écrivain. — Grétry. — Wagner à Paris. — Hoffman à Kœnigsberg. — Vente du Vaisseau-Fantôme. - - Frantz Listz. — Question Wagnérienne. 4 27

Une visite a Beethoven, par Bichard Wagner. 435

Pourquoi j'imprime ce conte. 454

1 Gérard en 1845. — Théophile Gautier et Arsène Houssaye. — Gérard paresseux. — G. G. et J. J. — Le livre de Théophile Gautier et Gérard Labrunie. — Explication du pseudonyme Nerval. — Sentiment des noms. — Bon sens de Gérard. — La société du Bousingot. — Pétrus Borel. — Rhapsodies. — Augustus Mac-Keat. — Histoire merveilleuse du poète Alphonse Brot. — Couleur locale de Siméon Chaumier. — Journal de la vie de Gérard. — Placements d'argent de Gérard. — Les diables bleus des grands artistes. — Voyage en Orient. — Polémique. — Messager des théâtres et des arts. — L'homme et le livre. — Charles Lamb. — Réponse de Gérard — M. Empis. — Gérard froissé. — Article du National. 4 63

IL La montagne de Montmartre. — La tour du télégraphe. — Hugo et Balzac. — Essais dramatiques de Gérard. — Madame Laurent. — V Imagier de Harlem. — Physionomie de Montmartre.

— Le cabaret de la Canne. — La mandragore. — Lettre d'un boucher de Montmartre. — La fête du Bœuf-Gras. — Speech de Gérard. — La maison de santé Dubois. — Isolement de Gérard. — Le bric-à-brac de sa chambre. — Pays qu'il aimait.

— L'esprit picard et l'esprit allemand. — La place du Carrousel sous Louis-Philippe. — Conversations avec Gérard. — Ses divers domiciles. — Son mobilier de poche. — Amour de Gérard pour les perroquets. — Terrible rencontre de M. B....

— Je froisse encore Gérard. — La Semaine dramatique. — Lorely. — Le caissier de Gérard. — Le licou de Balzac. — Une journée à Enghien. — Deux hommes en Gérard. — La maison du docteur Blanche. — Les Tuileries. — Visions. — Galanterie. — Le peintre Chàtillon. — Aspirations à la vie domestique. — Montaigne plus riche que Gérard. M9

III. Antony Deschamps. — Les humoristes. — Mémoire de M. Hetzel. — Questions importantes pour la société des gens de lettres.

— Dépenses de Gérard en Orient. — Les écrivains et les commis-voyageurs en calicots. — Traitements des auteurs à la librairie Charpentier. — Paroles considérables de M. Rouland, ministre de l'instruction publique. — L'immortel Sterne. — Les gens de lettres aux affaires. — Lettre de Gérard au docteur Blanche. — Le drame de Chatterton. — Lettres d'Allemagne de Gérard. — Idées commerciales. — Lettre du cousin de Gérard. — Le docteur Moreau, de Tours. — Lettre à M. Dublanc. — Second départ pour l'Allemagne. — Autre lettre du docteur Emile Blanche. — Le père de Balzac. — Franc-maçonnerie et mysticisme. — M. Jules Janin. — Le mousquetaire noir. — Xavier de Maistre obligé de vivre de sa plume. — Sylvie et les Mousquetaires. — Gérard réaliste.

— Dickens et Thackeray. — Le vrai absolu. — Currer Bell et Freytag. — De l'induction et de l'intuition. — Le Rêve et la Vie. — Ronsard. — M. Olivier, de Neufchâtel. — La rue de la Vieille-Lanterne. — Ce que Gérard a entrevu dans la nuit du 29 janvier. 201

L'Enterrement a Ornans (1851). — M. Meissonnier et Daumier. — Opinions académiques. — Les membres de l'Institut et les réalistes. — M. Proudhon, substitut du juge de paix. — Portrait de quelques bourgeois d'Ornans : M. Tête, le père Cardet, le vigneron Secrétan, Max Buchon, Alphonse Bon, la Célestine Garmont. Promayer, Jean-Baptiste Muselier, Pierre Clément, M. Bonnet, curé, Colart et le sacristain Cauchi, Cuenot, Etienne Nodier, le père Crevot, la Fili Caillot, Joséphine Bocquin, Tony Marlet, Cassard, etc. — Les sœurs de Courbet. — Le socialisme et les Casseurs de pierres. — Rembrandt élève de Luther. —

La peinture, précepteur moral. — Tableau historique d'un enterrement à Ornans. — M. Meissonnier horloger. — Murillo. Velasquez, Oslade, Teniers, Van der Helst. — La Ronde de nuit. — Amsterdam et Ornans. — De la gaîté des ivrognes.

— Les bedeaux et la magistrature. — Coquinerie des réalistes.

— Ils ont l'insigne effronterie de peindre la laideur. — L'enseignement Couture. — Ce que penserait Winckelmann de Courbet. — La bourgeoisie veut être « faite au tour. » — Pour paraître prochainement : Y Enterrement à Ornans, immense gravure. — Confusion de la critique. — Les nouvelles intelligences auront beaucoup de besogne. — L'art naïf et l'art savant. — L'homme à la pipe. 231

Courbet en 1860.

Admirable phrase du cuistre Merlet, élève de l'école normale. — Essais poétiques, par Max. B.... — Singulières et médiocres vignettes de Gust. C... — D'où partent les cris qui attendent tout novateur? — Exhibition particulière de \ 855 aux Champs- Elysées. — Suprême audace de Courbet. — Les artistes et les militaires. — Portrait de jolie femme par Courbet. — Discours du ministre d'Etat à propos du réalisme. — Le peintre Breton.

— h' Enterrement à Ornans et le Serment du Jeu de Paume de David. — Velasquez. — Courbet procède-t-il de Baphaël, de Rubens, du Poussin, de Delacroix? — Curieux rapport sur l'état des arts, de M. de La Borde. — Mot de M. Chenavard sur Le Nain, Chardin et Courbet. — Il est prudent à un certain âge de mettre dans sa poche le drapeau du laid. — Faiblesse d'intelligence des enfants et des vieillards. — M. de Morny et les Demoiselles de village. — Beau trait d'un tailleur de pierres de Lons-le-Saulnier. — Ce qu'on pense de Courbet à Besançon.

— Ce qu'on pense de Courbet au café des Variétés. — Le comédien Arnal. — Courbet est une hydre. — Image du parfait vaudevilliste. — MM. Cogniard frères, défenseurs de l'ordre, sur l'air : Aoez-vous vu dans Barcelone? — Limaces, chenilles,

grenouilles, crapauds, guenilles, emblèmes des réalistes. — L'Idéal des vaudevillistes. — Respect pour M. Horace Vernet. — Le Musée de Lille et Y Après-dîner à Ornans. — Les peintres ordinaires des poules. — Courbet, peintre de l'industrie moderne. — Owerbeck et Cornélius. — Tableau des Pompiers courant à l'incendie. — Fresques dans les gares. — Courbet et la Méditerranée. — Peintres vénitiens-parisiens. — Les sauces vertes des Frères-Provençaux.. — Réalisme : produits réels. 2i5

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