‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 17 sur 23 · RABOURDIN · texte numérisé non relu

RABOURDIN

Assez. (Il sort en tenant Sébastien. Poiret et Pkellionse regardent en proie à une vive surprise et ne savent quelles idées se communiquer.)

POIRET, à Pkellion.

Monsieur Rabourdin !...

PHELLION, à Poiret^ Monsieur Rabourdin!

POIRET

Par exemple, monsieur Rabourdin I

PHELLION

Âvez-vous vu comme il était, néanmoins^ cahnc et digne...

POIRET, d'un air finaud qui ressemble à une grimace.

Il y aurait quelque chose là-dessous que cela ne m'étoiH nerait point.

PHELUOIf.

Un homme d'honneur, pur, sans tache*

LES BMPLOTéS ^

PBELLIOlf.

Mdtttnr Poiret, yftnas pensez ce que )• pmise sur Buloef; ne me eoroprenez-vous pas?

POIRET, en donnant deux ou trois petits coups de tête, répond d*un air fin.

Oui. {Tous les employés rentrent,) PLEURY.

En voilà une sévère, et après avoir lu, je ne 11» crois pa» encore. Monstem* Rab«iDr<Un, le roi des hommes! Ma foi, s'il y a des espions parmi ces hommes-là, c'est à dégoûter de la vertu. Je mettais Rahourdia dans les héros de Plutarque.

VIMEUX

Oh! c'est vrai!

POIRET, songeant quHl n'a plus que cinq jours. Mais, messieurs, que dites-vous de celui qui a dérobé le travail, qui a guetté monsieur Ràbourdia? ÇDutocq s'en va.)

FLEURT.

C'est un Judas Iscariotel Qui est-cet PHELLION, finement.

n n'est certes pas parmi nous.

YIMEUXy illuminé»

C'est Dutocq.

PHELLION

Je n'en ai point vu la preuve, m6sieur. Pendant que vous ez absent, ce jeune homme, môsieur de La Roche, a fÎEulli urir. Tenez, voyez ses larmes sur mon bureau t...

POIRET

Nous l'avons tenu dans nos bras évanoui. Et la clef de mon domicile, tiens, tiens, il Ta toujours dans le dos. (Poiret sort.)

VMEUX.

Le ministre n'a pas voulu travailler avec Rabourdin aa» jounThui, et monsieur Saillard, à qui le chef du personnel t dit deux mots, est venu prévenir monsieur Baudoyer de

faire une demande pour la croix de la Légion d'honneur; il y en a une pour le jour de Tan accordée à la division, et elle est donnée à monsieur Baudoyer. Estpce clair? Monsieur Rabourdin est sacrifié par ceux-là même qui remploient. Voilà ce que dit Bixiou. Nous étions tous supprimés, excepl^ Phellion et Sébastien.

DU BRUEL^ arrivanL Hé bien, messieurs, esKe vrait

THUILLIER

De la dernière exactitude.

DU BRUEL^ remettant son chapeau.

Adieu, messieurs. (// sort.)

THUILUER.

D ne s'amuse pas dans les feux de file, le vaudevilliste! Il va chez le duc de Rhétoré, chez le duc de Maufrigneuse; mais il peut courir! C'est, dit-on, Golleville qui sera notre chef.

PHELLION

Il avait pourtant Tair d'aimer môsieur Rabourdin. POIRET, rentrant,

rai eu toutes les peines du monde à avoir la clef de moo domicile; ce petit fond en larmes, et monsieur Rabourdin a disparu complètement. (Dutocq et Bixiou rentrent.)

BIXIOU

Hé bien, messieurs, il se passe d'étranges choses dans votre bureau! Du Bruel? (// regarde dans le cabinet.) Parti! THUiLLIER.

En course !

Bt Rabourdin?

Bmoc.

FLEURY

Fondu I distillé 1 fumé! Dire qu'un homme, le roi àm hommes! •••

POIRET, à Dutocq.

Dans sa douleur, monsieur Dutocq, le peUt Sé\)astien VMI accuse d'avoir pris le travail, il y a dix jours..»

BIXIOU9 en regardant Dutocq.

n faut TOUS laver de ce reproche, mon cher.

employés contemplent fixement Dutocq.) DOTOCQ.

Où est-il, ee petit aspic qui le copiait?

Bixion. Gomment sayez-yous qu'il le copiait? Mon ch( que le diamant qui puisse polir le diamant! {Dut

POIRET

Écoutez, monsieur Bixiou, je n'd plus que cir demi à rester dans les bureaux, et je voudrais un seule fois, avoir le plaisir de vous comprendre! Fhonneur de m'expliquer en quoi le diamant est cette circonstance...

Bixion.

Gela veut dire, papa, car je veux bien une fois jusqu'à vous, que de même que le diamant peut : diamant, de même il n'y a qu'un curietuc qui pui son semblable.

PLEURT.

Curieux est mis ici pour espion.

POIRET

Je ne comprends pas...

Bixion.

Eh bien, ce sera pour une autre fois.

Monsieur Rabourdin avait couru chez le minîs Dîstre était à la chambre. Rabourdin se rendit à des députés, où il écrivit un mot au ministre. 1 était à la tribune, occupé d'une chaude discussio din attendit, non pas dans la salle des conférence! la eour, et se décida, malgré le froid, à se po la voiture de l'Excellence, afin de lui parier q monterait. L'huissier lui avait dit que le ministi gagé dans une tempête soulevée par les dix-n( trême gauche, et qu'il y avait une séance orageu din se promenait dans la largeur de la cour di proie à une agitation fébrile, et il attendit cin

heures. A six heures et Sentie, le liéfilé commença; mais te chasseur du ministre Tint tfomer le codier.

— Hé ! Jean I lui rd)t-4!, monseigneur «st parti a:v«c le ministre de la guerre ; ils «ront dl^ez le roi, et de là dînent ensemble. Nous irons le chercher à en, hertres, "fl y wan conseil.

Raboui Van remai à pas lents ohes Hn, ^dansmi a b a tteme n t facile à eonaevoir. H était sej^t hennés. H eot à peine le temps de s'habiller.

— Eh bien! In es nonnné. In c^ joyeusement «i femni quand il le montra dans le salon.

Rafoonrdin leva la tète par un mouvement d'horrible mélancolie, et répondit : — Je crains bien de ne plus remettre les pieds au ministère.

— Quoi ! dit sa femme agitée d'une horrible anxiété.

— Von mémoire sur les employés court les bureaux, et il m'a été hnpossible de joindre le ministre I

Gélestine eut une vision rapide, où, par un de ses éclam infernaux, le démon lui montra le sens de sa dernière coor versation avec des Lupeaulx.

— Si je m'étais conduite en femme vulgaire, pensa-t-eUe, nous aurions eu la place.

Elle contempla Rabourdin avec une sorte de douleor. D se fît un triste silence, et le dîner se passa dans de uuitaeiles méditations.

— Et c'est notre mercredi, dit-elle.

— Tout n'est pas perdu, ma chère Gélestine, dit Raboifl^ din en mettant un baiser sur le front de sa femme, peut* être pourrai-je parler demain matin au ministre et toit s'expliquera. Sébastien a passé hier la nuit, toutes lei copies sont achevées et collationnées, je prierai le ministre de me lire en mettant tout sur son bureau. La Brièrt m'aidera. L'on ne condamne jamais un homme sans Tes* tendre.

-— Je suis curieuse de savmr a m(msîeur des i viendra nous voir aujourdluiL

LKS EMPLOYÉS

— laiit... .eerKes il n'y manquera ^as, ditRs a du tigre èhe? lui, il aime à lécher le sang d( qu'il a faite I

— Mon pauvre ami, reprk sa sf emme en \\ rïiain, je ne ms pas comment rhovunequi pow une si belle réfonne n*a pas vu qu'elle ne de\ muniquée à personne. Cesl de 4»^ idées qu'un dans sa conscience, car lui seul peuv }<« appliq faire dans ta sphère comme Napoléon dans s'est plié, tordu, il a rampé ! Oui, Bonaparte a devenir général en chef, il a épousé la maîtres n fallait attendre, se faire nommer député, sui Yements de la politique, tantôt au fond de 1 sur le dos d'une lame, et, comme monsieu prendre la devise italienne: Col tempo, tradui par: Tout vient à point pour gui sait attendre a visé le pouvoir pendant sept ans, et a comm par une protestation contre la charte à l'âge où aujourd'hui. Voilà la faute I tu t'es subcrdoD es fait pour ordonner.

L'arrivée du peintre Schinner imposa silenci et au mari, que c»s paroles rendirent songeur

— Cher ami, dit le peintre en serrant la ministrateur, le dévouement d'un artiste est mais, dans ces circonstances, nous sommes autres ! J'ai acheté le journal du soir. Baudoyc ^lirecteur et décoré de la croix de la Légion

— Je suis le plus ancien, et j'ai vingt-quatr( \ices, dit en souriant Rabourdin.

— Je connais assez monsieur le comte de S^ nistre d'Etat, si vous voulez l'employer, je puii dit Schinner.

Le salon s'emplit des personnes à qui les administratifs étaient inconnus. Du Bruel ne v dame Rabourdin redoubla de gaieté, de grâce eheval qui, blessé dans la bataille, trouve enco pour porter ion maître.

— Elle est bien courageuse, dirent quelques femmes qui furent charmantes pour elle en la voyant dans le malheur.

— Elle a eu cependant bien des attentions pour des Lupeaulx, dit la baronne du Cb&telet à la vicomtesse de Fontaine.

— Croyez-vous que..., demanda la vicomtesse.

— Mais monsieur Rabourdin aurait au moins eu la croixt dit madame de Camps en défendant son amie.

Vers onze heures, des Lupeaulx apparut, et Ton ne peut le peindre qu'en disant que ses lunettes étaient tristes et ses yeux gais ; mais le verre enveloppait ^ bien les regards, qu'il fallait être physionomiste pour découvrir leur expression diabolique. H alla serrer la main à Rabourdin, qui ne put se dispenser de la lui laisser prendre.

— Nous avons à causer ensemble, lui dit-il en allant s'asseoir auprès de la belle Rabourdin, qui le reçut à merveille.

— ' Eh I fit-il en lui jetant un regard de côté, vous êtes grande, et je vous trouve comme je vous imaginais, sublime dans la déroute. Savez-vous qu'il est bien rare à une personne supérieure de répondre à l'idée qu'on se fait d'elle f La défaite ne vous accable donc pas? Vous avez raison, nous triompherons, lui dit- il à l'oreille. Votre sort est toujoon entre vos mdns, tant que vous aurez pour allié im honmie qui vous adore. Nous tiendrons conseil.

— Mais Baudoyer est-il nommé? lui demanda-t-eUe. Oui, dit le secrétaire général.

^ Est-il décoré ?

— Pas encore, mais ii le sera.

— Ehbiîn?

— Vous ne connaissez pas la politique.

Pendant que cette soirée semblait éternelle à madame Rabourdin, il se passait à la place Royale une de ces comédies qui se jouent dans sept salons à Paris lors de chaque changement de ministère. Le salon des Saillard était

X^S ELAIPLOYÊfi 337

plein. MoDsienr et madame Tt-aason arrivèreat à huit heures. Madame Transon embrassa madame Baudoyer, nie Sailiard. MonsieurSataille, ei^amc de lagard^juttiani^ vint avec son épouse et le onré de Saînt^Paiil.

— ilonsteur Baudoyer, dit madame Transon, je vcnr être la première à vous faire mon compliment ; Ton a rendhi justice à vos talents. Allons, vous avez bien gagné volve MBneement*

— Vous voilà directeur, dit monsieur Transon en m frottant les mains, c'est très-flatteur pour le quartier.

— Et Ton peut bien dire que c'est sans intrigue, s'écria le père Sailiard. Nous ne sommes pas intrigants^ nous autresl nous n'allons pas dans les soirées intimes du ministre.

L'oncle Mitral se frotta le nez>en souriant, il regarda sa nièce Elisabeth qui causait avec Gigonnet. Falleix ne savait que penser de Tavcuglement du père Sailiard et de Baudoyer. Messieurs Dulocq, Bixiou, du Bruel, Godard et Colleviile, nommé chef, entrèrent.

— Quelles boules ! dit Bixiou à du Bruel, quelle belle caricature si on les dessinait sous forme de raies, de dorades, et de claquarts (nom vulgaire d'un coquillage) dansant une sarabande!

— Monsieur le directeur, dit Golleville, je viens vous féliciter, ou plutôt nous nous félicitons nous-mêmes de vous avoir à la tête de la direction, et nous venons vous assurer du zèle avec lequel nous coopérerons à vos tra» vaux.

Monsieur et madame Baudoyer, père et mère du nouveau directeur, étaient là jouissant de la gloire de leur fils et de leur belle-iille. L^oncle Bidault, qui avait dîné au logis, avait un petit regard frétillant qui épouvanta Bixiou.

•— En voilà un, dit l'artiste à du Bruel en montrant Gigonnet, qui peut faire un personnage de vaudeville! Qu'est-ce que ça vend î Un Chinois pareil devrsût servir d'enseigne aux Deux-Magots. Et quelle redingote I Je croyais ffu*^ m'f avait que Poiret capsule d'en montrer une sem-

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blable après dix ans d'exposition publique aux intempéries parisiennes.

— Baudoyer est magnifique, dit du Brael.

— Etourdissant, répondit Bixiou.

— Messieurs, leur dit Baudoyer, voici mon oncle prc^re, monsieur Mitral, et mon grand-oncle par ma femme, moiiâeur Bidault.

Gigonnet et Mitral jetèrent sur les trois employés un de ces regards profonds où éclatait la couleur de l'or et qui firent leur impression sur les deux rieurs.

— Hein ? dit Bixiou en s'en allant sous les arcades de la place Royale, avez-vous bien examiné les deux oncles? deux exemplaires de Shylock. Ils vont, je le parie^ à la aà^ie placer leurs écus à cent pour cent par semaine. Ils prêtent sur gage, ils vendent des habits, des galons, des fromages, des femmes et des enfants; ils sont arabes-juifsgénois-grecs-genevois-lombards et parisiens, nourris par une louve et enfantés par une Turque.

— Je crois bien I l'oncle Mitral a été huisâer, dit Godard. -

— Voyez-vous I dit du Bruel.

— Je vais aller voir tirer la pierre, reprit Bixiou, mais je voudrais bien étudier le salon de monsieur Rabourdin ; vous êtes bien heureux de pouvoir y aller, du BrueL

— Moi! dit le vaudevilliste, que voulez-vous que j'y fasse? ma figure ne se prête pas aux compliments de condoléance. Et puis, c'est bien vulgaire aujourd'hui d'aller faire queue chez les gens destitués.

A minuit, ^ salon de madame Rabourdin était désert, il ne restait plus que deux ou trois personnes, des Lupeaulx et les maîtres de la maison. Qnand Schinner, madame et monsieur Octave de Camps furent partis, des Lupeaulx se leva d'un air mystérieux, se plaça le dos k la pendule, et regarda tour à tour la femme et le mari.

— Mes amis, leur dit-il, rien n'est perdu, car le ministre et moi nous vous restons. Dutocq entre deux pouvoirs a oréféré celui qui lui paraissait le plus fort. U a servi la

grande anmônerie et la cour, il m'a tral un homme politique ne se plaint jan Seulement Baudoyer sera destitué dans replacé sans doute à la préfecture de ; tumônerie n^ Tabandonnera pas.

Et il fit une longue tirade sur la gn les danger que courait le gouvemem {'Eglise, sur les jésuites, etc. Mais il n'c observer que la cour et la grande aum< journaux libéraux accordaient une io l'administration, s'étaient très-peu mèl Ces petites intrigues se mouraient d levant les grands intérêts qui s'y agita:

rôles furent arrachées par l'importuniu Paul et de monsieur Gaudron, la sollicil première observation du ministre. Les saient la police de la congrégation unes les autres... Le pouvoir occulte bien permise en présence de l'effrontée trine intitulée : Aide-toi^ le ciel t'aida midable que par Faction dont la dotaient ordonnés en s'en menaçant à l'envi.

libérales se plaisaient à configurer la { un géant politique «administratif, civil el fera toujours des idoles. En ce moment, la grande aumônerie, tandis que la seul vait protégé siégeait au café Thémis.

époques, des noms, des institutions, dei prête tous les malheurs, à qui l'on iéi qui servent de raison coefficiente aux monsieur de Talleyrand fut censé saluei un bon mot, de même, en ce moment la grande auAK^nerie faisait et défaisait ment elle ne faisait ni ne défaisait Wen lait entre le^ mains ni d'un cardinal di cardinal Mazarin; mais entre les mains dinal de Fleury, qui, timide pendant pendant un jour, et osa mal. Plus tard

pimément à Saint-Merri plus que Charles X ne prétaufit faire en juillet 1830. Sans Tarticle sur la censure si soUement mis dans la nouvelle cbarle, le journalisme aurait eu soaSaintllerri aussi. La branche cadette aurait légalemeiK exidoutéle plan de Charles X.

— Restoft chef de bureau aous fiaudoyer, «yes ce coujrage, reprit desLupcaulat, aoyes un véritable homme politique ; laittez les pensées ^ ks maa?e»enlB .généreuK de côté, reB£ermeZ'-vous dass vos fflBctiaas ; sémites pas qb mot à vstre dinectem*, ne lui idonnoE pas un oenaeil, ne Dûtes rien sans son i)rdr6. En tm'a mois Bai^yer quittera le ministère ou destilaé ou déponié «ir une attire plage administrative^ Il ira à la mataon ^ roi peufc-ôtre. 11 m'«st arrivé deuK fois dans ma vie d'ôlre ûnsi couché bous mse avalanche de mMaenes, j'ai laissé passer.

— Oui, dit Rabourdin, mais vous n'étiee pas calomaié, atteint dans «votre hoaneur, oemprmnis...

— Ah t ah f ah ! dit des Lupeaitlx en interrompant le chef de bureau par un rire homériqne; mais c'est là le pîdn quotidien de tout homme remarquable dans le beau pays de France, et il y a deux manières de prendre la chose : on d'être au-dessous, il faut plier bagage et s'en aller planter des choux; ou d'être au-dessus et marcher sans crainte, sans même tourner la tête.

— Je n'ai pourmoiqu'uneseule manière de dénouer le nœud coulant que l'espionnage et la trahison m'ont mis autour du cou, reprit Kabourdin, c'est de m'expliquer immédiatemeni avec le ministre, et, si vous m'êtes aussi sincèrement attaché que vous le dites, vous pouvez me mettre face à face ave< lui demain.

— Vous vouiez lui exposer votre plan d'administration ?•« Eabourdin inclina la tête.

— Eh bien 1 oonfiez-moi vos plans, vos mémoires, et je TOUS iure qu'il y passera la nuit.

— Allons-y donc, dit vivement Rabourdin, oar c'est bien le moins qu'après six mois de travaux j'aie la jomssance de

tKS EMPLOYÉS Ml

éeitx on trois homes pendant lesquelles un ministre da foi wan foreé d^qsplaudir à tant de persé¥érance.

10s par la ténacité de Rabourdimsar un chemis srnis bussons où la ruso pût s'abriter, des Lupeaulx hésita pendant un moment et regarda madame Rabourdin en se demandant : — Qui triomphera de ma haine pour hii ou de mon goût l^our elle?

— Si vous n'aves pas de confiance en moi, dit-il au cbet fe bureau après une pause, je vois que vous serez toujours j^our moi F homme de votre note secrète. Adieu, madame.

Madame Rabourdin salua froidement. Gélesline et Xavier se retirèrent chacun de leur côté sans se rien dire, tant ils étaient oppressés par le malheur. La femme songeait à Thorrible situation où elle se trouvait vis-à-vis de son mari. Le cbef de bureau, qui se résolvait à ne plus remettre les pieds au ministère et à donner sa démission, était perdu dans l'immensité de ses réflexions ; il s'agissait pour lui de changer de vie et de prendre une voie nouvelle. H resta pendant toute la nuit devant son feu, sans aperjcevoir Célestinc, qui vint à plusieurs reprises sur la pointe du pied, dans ses vêlements de nuit.

— Puisque je dois aller une dernière fois au ministère pour retirer mes papiers et mellre Baudoyer au fait des affaires, tentons-y TefiFet de ma démission, se dit-il.

11 rédigea sa démission, médita les expressions de la lettre dans laquelle illa mit et que ^ei ;

« Bfonseigneur,

» J'ai l'honneur d'adresser à Totre Excellence ma déraîs- » aion sous ce pA ; mais j'ose croire qu'elle se souviendra de » m'avoir entendu lui dire que j'avais remis mon honneur m entre ses mains^ et qu'il dépendait d'une explication im- B médiate. Cette explication, je l'ai vainemem implorée, et » aujourd'hui peut-être serait-elle ilnutile, alors qu'un frag- » naent de mes travaux sur l'administration , surpris e ;» défiguré, court dans les bureaux, est mal interprété par 9 la hainey et me Êunse à me retirer devant la tacite r^[^

» bation du pouvoir. Votre Excellence, le matin où je voulais

» iitî narlpr. a pu pcnser qu'il s'agissait d'avancement, quand

;eais qu'à la gloire de son ministère et au bien

m'importait de rectifier ses idées à cet égard» »

les formules de respect.

)t heures et demie quand cet homme eut consommé de ses idées, car il brûla tout son travail. Fatigué litations et vaincu par ses souffrances morales, il X tête appuyée sur son fauteuil. Il fut réveillé par on bizarre, U trouva ses mains couvertes des a femme, agenouillée devant lui. Gélestine était la démission. Elle avait mesuré l'étendue de la et Rabourdin, ils allaient être réduits à quatre ; de rente. Elle avait supputé ses dettes, elles . trente-deux mille francs ! C'était la plus ignoble !S misères. Et cet homme si noble et si confiant [)us qu'elle s'était permis de la fortune confiée à ilé sanglotait à ses pieds, belle comme Madeleine, ilheur est complet, dit Xavier dans son effroi, je ioré au ministère^ et déshonoré...

le l'honneur pur scintilla dans les yeux de Gélese dressa comme un cheval effarouché, jeta sur un regard foudroyant.

moi! dit-elle sur deux tons sublimes. Suis-je donc I vulgaire? Ne serais-tu pas nommé, si j'avais , reprit-elle, il est plus facile de croire à cela qu'à

M-il? dit Rabourdin.

en deux mots, répondit-elle. Nous devons trente

in saisit sa femme par un geste fou et l'assit sur

: avec joie.

3le-toi, ma chère, dit-il av<»c un son de voix où

) adorable bonté qui changea l'amertume de ses

je ne sais quoi de doux. Moi aussi j'ai fait des

travaillé fort inutilement pour mo^. Dtvs ou d»

moins f ai cru pouvoir lui être utile... Mai marcher dans un autre sentier. Si j'avais ve nous serions^millionnaires. Eh bien, faison Tu n'as que vingt-huit ans, mon angel Eh Rns, rindustrie t*aura rendu le luxe que tu i nous renoncerons pendant quelques jours. 1 enfant, je ne suis pas un mari vulgaire. Noui ferme 1 elle a depuis sept ans gagné de val value et notre mobilier payeront mes dettes Elle embrassa son mari mille fois dans ur.

ce mot généreux.

— Nous aurons, reprit-11, cent mille fr dans un commerce quelconque. Avant un m( quelque spéculation. Le hasard qui a fai Martin Falleix à un SûUard ne nous manqu< moi pour déjeuner. Je reviendrai du ministî collier de misère.

Géiesline serra son mari dans ses bras av n'ont point les hommes dans leurs momen lérés, car la femme est plus forte par le Thomme n'est fort par sa puissance. Elle pl< glotait et parlait tout ensemble.

Quand à huit heures Rabourdin sortit, la { les cartes railleuses de Baudoyer, de Bixi< autres. Néanmoins, il se rendit au minist Sébastien à la porte, qui le supplia de ne les bureaux, où il courait une infâme carie

— Si vous voulez m'adoucir Tamertuii apportez-moi ce dessin, dit-il, car je vais p sion moi-même à Ernest de La Brière, ali pas dénaturée en suivant la voie adminis raisons en vous demandant la caricature.

Quand, après s'être assuré que sa lettr mains du ministre, Rabourdin revint dans 1 Sébastien en larmes, qui lui présenta la li voici le principal trait rendu par ce léger <

— 11 y a la beaucoup d'esprit, dit Rabourdin en montrant «'1 surnuméraire un front serein comme le fut celui du iiauyeur quand on lui mit sa couronne d'épines.

LES EUrPLOYÉB

n entra dam les bureaux d'un air ealme, et al chez Baudoyer pour le prier de venir dans le eal division recevoir de lui les instructions relatives i fue ce routinier devait désormais diriger.

— Dites à monsieur Baudoyer que ceci ne sou retard, ajouta-t-il devant Crodard et les employa mission est entre les mains du ministre, et je n rester cinq minutes de plus qu'il ne faut dans le:

En apercevant Bixiou, i^bourdin alla droit montra la lithographie; et, au grand étonnemei il lui dit : -«- N'avais-]e pas raison de prétendr étiez un artiste? il est seulement dommage que dirigé la pointe de votre crayon contre un homi pouvait être jugé ni de cotte manière, ni dans les mais on rit de tout en France, môme de Dieu 1

Puis il entraîna Baudoyer dans Tappartement Billardière. A la porte, se trouvaient Phellion et les seuls qui dans ce grand désastre parliculi< rester ostensiblement fidèles à cet accusé. Raboui cevant les yeux de Phellion humides, ne put i de lui serrer la main.

— Môsieur, dit le bonhomme, si nous pouvon:

utiles à quelque chose, disposez de nous...

— Entrez donc, mes amis, leur dit Rabourdii grâce noble. Sébastien, mon enfant, écrirez votre et envoyez-la par Laurent, vous devez être enve la calomnie qui m'a renversé ; mais j'aurai soii avenir; nous ne nous quitterons plus.

Sébastien fondit en larmes.

Monsieur Rabourdin s'enferma dans le cabînel Billardière avec monsieur Baudoyer, et Phellic mettre le nouveau chef de division en présence les difficultés administratives. A chaque dossi( bourdin expliquait, à chaque carton ouvert, les ] de Baudoyer devenaient grands comme des souc

— Adieu, monsieur, lui dit enfin Rabpurdin d' fois solennel et railleur.

Sébastien avait, pendant ce temps-là, fait un

papiers appartenant au chef de bureau, et les avait emportés dans un fiacre, Rabourdin passa par la grande cour du ministère, où tous les employés étaient aux fenêtres, et y attendit un moment les ordres du ministre. Le ministre ne bougea pas. Phellion et Sébastien tenaient compagnie à Rabourdin. Phellion escorta courageusemei Thomme tombé jusqu'à la rue Duphot, en lui exprimant une respectueuse admiration. Il revint satisfait de lui-même reprendre sa place, après avoir rendu les bonneurs funèbres an talem administratif méconnu.

BKIOU, voyant entrer Phellion.

YictTxx causa dits plaeuity sed meta Catoni.

PHELLION

Oui^ môsieur,

POIRET

Qu'est-ce que cela veut dire?

FLEURY

Que le parti prêtre se réjouit, et que monsieur Rabourdin a l'estime des gens d'honneur.

DUTOCQ, piqué.

Vous ne disiez pas cela hier.

FLEURT.

Si vous m'adressez encore la parole, vous aurez ma

main sur la figure, vousl II est certain que vous avez

ckippé le travail de monsieur Rabourdin. {Dutocq sort,)

Allez vous plaindre à votre monsieur des Lupeaulx, espion 1

BIXIOU4 riant et grimaçant comme un singe.

Je suis curieux de savoir comment ira la divinon I Monsieur Rabourdin était un homme si remarquable qu'il devait avoir ses vues en faisant ce travail. Le ministère perd une funeuse tête. (// se frotte les mains,) LAURENT.

Monsieur Fleury est mandé au secrétanat.

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