‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 2 sur 23 · JA · texte numérisé non relu

JA

GÈSAR BIROTTEAU S7

déplier des Tolumes de toiles, non plus ni moins qu'une [ Anglaise en humeur de marchander (shoping), La première demoiselle daigna s'occuper de César en s'apercev^nt, à . quelques symptômes connus de toutes les femmes, qu'il Tenait bien plus pour la marchande que pour la marchandise, n dicta son nom et son adresse à la demoiselle, qm fut très-indifférente à l'admiration du chaland après l'empleite. Le paurre commis avait eu peu de chose à faire pour gagner les bonnes grâces d'Ursule, il était demeuré niais comme un mouton; l'amour l'enniaisant encore davantage, il n'osa pas dire un mot, et fut d'ailleurs trop ébloui pour remarquer l'insouciance qui succédait au sourire de cette sirène marchande.

Pendant huit jours, il alla tous le soirs faire faction devtnl It ?elil-]la(elol^ quêtant un regard comme un chien quête un 08 à la porte d'une cuisine, insoucieux des moqueries que se permettaient les commis et les demoiselles^ se dérangeant avec humilité pour les acheteurs et les passants, attentifs aux petites révolutions de la boutique. Quelques joiirs après il entra de nouv^u dans le paradis où était son ange, moins pour y acheter des mouchoirs que pour lui communiquer une idée lumineuse»

— Si vous aviez besoin de parfumeries, mademoiselle, je TOUS en fournirais bien tout de même, dit-il en la payant» Constance Pillerault recevait journellement de brillantes propositions où il n'était jamais question de mariage; et, quoique son cœur fût aussi pur que son front était blanc, ce ne fut qu'après six mois de marches et de contre-marches, où César signala son infatigable amour, qu'elle daigna recevoir les soins de César, mais sans vouloir se prononcer; prudence commandée par le nombre infini de ses serviteurs, marchands de vins en gros, riches limonadiers et autr^ qui lui faisaient les yeux doux. L'amant s'était appuyé sur le tuteur de Constance^ monsieur Claude-Joseph I Pillerault, alors marchand quhicailler sur le quai de la Ferraille, qu'il avait fini par découvrir en se livrant à Tespion* Bage souterrain qui distingue le véritable amour. La râpi-

récit oblige à passer sous silence les joies de arisien fait avec innocence, à taire les prodigaculières aux commis: melons apportés dans la Ins dtners chez Yénua suivis du «udctacie, partiel ;ne en fiacre le dimanche. Sans être joli garçon, ait rien dans sa personne qui s'opposâl à ce qu'il La Tie de Paris et son séjour danp un magasin aient fini par éteindre la vivacité de ^on teint de DU abondante chevelure noire, soc encolure de rmand^ ses gros membres, son air simple et it contribuait à disposer favorablement en sa fade Pillerault, chargé de veiller au bonheur de la n frère, avait pris des renseignements, il saneintentions du Tourangeau. En 1800, au joli nnois lademoiselle Pillerault consentit à épouser Céavr qui s'évanouit de joie au moment où, sous un tilîaux, Gonstance-Barbe-Joséphine l'accepta pour

letite, dit monsieur Pillerault, tu acquiers un bon e cœur chaud et des sentiments d'honneur : c'est me l'or et sage comme un enfant Jésus, enfin le mmes.

ce abdiqua franchement les brillantes destinées , comme toutes les filles de boutique, elle avait vé; elle voulut être une honnête femme, une re de famille, et prit la vie suivant le religieux e de la classe moyenne. Ce rôle allait d'ailleurs i à ses idées que les dangereuses vanités qui seat de jeunes imaginations parisiennes. D'une inétroite, Constance offrait le \ype de la petite i dont les travaux ne vont pas sans un peu d'hncommence par refuser ce qu'eMe désire Bt se nd elle est prise au mot, dont l'inquiète activité ar la cuisine et sur la caisse, sur les aflàires les is et sur les reprises invisibles à faire au linge, m grondant, ne conçoit que les idées les plus I petite monnaie de l'esprit, raisonne sur tout, a

GÉSAA BIROTTSAU M^

peur de tout, calcule .tout et pense, toujoars à l!ayeiiir. fit beauté froide, mais candide, son air touchant, sa fratehenr, empèchèrant Birotteau de songer rà des défauts compensas â!aili£iiis par cette délicate pr(d>ité naturelle aux femmes, })ar un ordre excessif, par le fanatisme du travail ^ par le génie .de la vente. Constance a¥ait alors «<JUx-li]iit ans rOt possédait onze mille francs. Gésai;, à qui l'amour inspira la plus excessive .amlûtion, acheta le fonds ^de la Beine des Roses et le Xranspoeta ,près de la place Yendôme, dans una belle maison. Afié^de vii^t et un ans seulement, marié à ima belle femme tadorée, possesseur d'un rétablissement dont il ayait payé le jpcix aux trois^quarts, il dut voir et vit ravenlr en beau, surtout en mesurant le chemin fait d^Miis son point xie départ. Aoguin, nouire des Ri^ou, le rédacteur dUieûBtrat.de.mari2|ge, donna dosages conseils au nouveau parfumeur en reinopiécfaant d'achever le payement du fonds 4jFecJa dot.de saiemme.

— .Gardes «donc des /fonds pour faire de lionnes entreprifies,rmon<(prçon,ltti.avait41 dit.

lifotteau sQgorda h nottaire avec tadmiration, prit l'haM- ' tude de ileosnaulter, et s'en fit un ami. Gomme Ragon et Pillecault, il<€fat tant «de foi dans k mUariat, qu'il se livrai! alors à/Ro^iursans se permettre un aoupçon. Gr&ce à ce conseil, «Gésar, imum des onze miUe francs de Constance ponr>ûommeDoer>les afi^esj lu'eût pas aloi» échangé son aaaà* contre celui du premier consul, qudque brâllant que paiût Ôtoe Favatr >de .Napoléon. D'abord, Rirotteau n'eut qu'vne .CBÎsinièie, il se logea.dans Fentresol situé au-dessus de sa boutique, espèce de bouge assez rbien décoré par un tapisaierytei où les nouveaux masiés entamèrent une étermèHe lune de miel. Madame Gédar apparut icomm'^unemerveille dans «on oomptoir. Sa beauté célèbre eutun^ énorme influ^aee aur la irente, il ne fut questkm que de la belle madame Rirotteau paimi les élégants de l'Empire. Si César fiil aconé de vo^fi^îsme, le monde rendit juatice à sa prokîté ; si quelques marchands voisins envièrent son bonhenr^ il pasa pour an être ^gne. Le eonp de feu qu'il isvait re^

tCttaS DE LA VIE PARISIENNE

arches de Saint-Roch lui donna la réputation d'un lêlé aux secrets de la politique et celle d'un homme c, quoiqu'il n'eût aucun courage militaire au cœur idée politique dans la cervelle. Sur ces données, ites gens de Tarrondinsement le nommèrent capila g£Hrde nationale, mais il fut cassé par Napoléon 1 Birotteau, lui gardait rancune de leur rencontre niaire. César eut alors à bon marché un ?emis de )n qui le rendit intéressant aux yeux des oppolui fit acquérir une certaine importance, uel fut le sort de ce ménage constamment heureux sntiments, agité seulement par les anxiétés com-

t la première année, César Birotteau mit sa femme e la vente et du détail des parfumeries, métier le s'entendit admirablement bien; elle semblait créée et mise au monde pour ganter les chalands. êe finie, Tinventaire épouvanta l'ambitieux parfiius frais prélevés, en vingt ans à peine aurait-il nodeste capital de cent mille francs, auquel il fré son bonheur. D résolut alors d'arriver à la lis rapidement et voulut d'abord joindre la fabri^ détail. Contre l'avis de sa femme, il loua une t des terrains dans .le faubourg du Temple, et y en gros caractères '.fabrique de gâsar birotteau. ta de Grasse un ouvrier avec lequel il commença i à demi quelques fabrications de savons, d'es* d'eau de Cologne. Son association avec cet ouvrier |ue six mois et se termina par des pertes qu'il eul. Sans se décourager, Birotteau voulut obtenir t à tout prix, uniquement pour ne pas être grondé ime, à laquelle il avoua plus tard qu'en ce temps )ir la tète lui bouillait comme une marmite, et ur» tois, n'était ses sentiments religieux, il ee i dans la Seine . Désolé de quelques expériences ses, il flânait un jour le long des boulevards en [ilnen car le flâneur parisien est aussi souvent u

CiSAR BIROTTEAU Si

lu>iiune au d(5aespoir qu'un oisif. Parmi quelques livres à nx sous étalés dans une manne à terre, ses yeux furent saisis par ce litre jaune de poussière : Abdeker^ ou l'Art de wruert>er la beauté. U prit ce prétendu livré arabe, espèce de roman fait par on médecin du siècle précédent, et tomba sur une page où il s'agissait de parfums. Appuyé sur un arbre du boulevard pour feuilleter le livre, il lut une note où l'auteur expliquait la nature du derme et de Tépiderme, et démontrait que telle pAte ou tel savon produisait un eflfet lonvent contraire A celui qu'on en attendait, si la pAte et le savon donnaient du ton A la peau qui voulait être relâchée, ou relâchaient la peau qui exigeait des toniques. Birolteau acheta ce Iiyre où il vit une fortune. Néanmoins, peu confiant dans ses lumières, il alla chez un chimiste célèbre, Yauquelin, auquel il demanda tout naïvement les moyens de composer un double cosmétique qui produisit des effets appropriés aux diverses natures de Tépidèrme humain. Les vrais savants, ces hommes si réellement grands en ce sens qu'ils n'obtiennent jamais de leur vivant le renom par lequel leurs immenses travaux inconnus devraient être payés, sont presque tous serviables et sourient aux pauvres d'esprit. Yauquelin protégea donc le parfumeur, lui permit de se dire l'inventeur d'une pâte pour blanchir les mains, et dont il lui indiqua la composition. Birotteau appela ce cosmétique la Double Pâte des Sultanes. Afin de compléter l'œuvre, il appliqua le procédé de la pâte pour les mains A une eau pour le teint qu'il nomma l'Eau Garminative. Il imita dans sa partie le système du Petit-Matelot, il déploya^ le premier d'entre les parfumeurs, ce luxe d'affiches, d'annimces et de moyens de publication que l'on nomme peutêtre injustement charlatanisme.

La PAte des Sultanes et l'Eau Garminative se produisirent dans IVnivers galant et commercial par des afGches coloriées, en tète desquelles étaient ces mots : Approuvées par t Institut ! Gette formule , employée pour la première fois, eut un effet magique. Non-seulement la France, mais le continent fut pavoisé d'affiches jaunes, rouges, bleues^ par

a de la Reine des Roses, qui tenait, fonmissaît €4 à des prix modérés, tout ce qui concernait sa une époque où Ton ne parlait que de TOrient, R cosmétique quelconque Pftte des Sultanes, en a magie exercée par ces mots dans un pays otH e tient 'autant à être sultan que la femme à de- De, était une inspiration qui pouvait venir à nn dinaire comme à un homme d'esprit ; mais le ant toujours les résultats, Birotteau passa d'autant in homme su])érieur, commercialement parlant, la lui-même un prospectus dont la ridicule phral un élément de succès ; en France, on ne rit qnt et des hommes dont on s'occupe, ei personne ne i ce qui ne réussit point. Quoique Birotteau n'eût bêtise, on lui donna le talent de savoir faire la •os. Il s'est retrouvé, non sans peine, un exems prospectus dans la maison Popinot et compaaistes, rue des Lombards. Cette pièce curieuse bre de celles que, dans un cercle plus élevé, les niitaleni piêceê jtistificatives. La voici donc:

naOBLE PATE DES SVLTARES CT KAU €ARMINATI¥IS

M CiSAR BnOTTSAU

DÉCOVYERTE UEJLYEILLSUSR Appnnifée par riattitiil ie FmM

longtemps une pftte pour les mains et une eau nsago, donnant un résultat supérieur à celui Eir l'Eau de Cologne dans l'œuvre de la toilette, énéralement désirées par les deux sexes en Euirès avoir consacré de longues veilles à l'étude 3 et de l'épiderme chez les deux sexes, qui, Tun

CÉSAR BmOTTlAn

» eomme l'autre, attachent avec raison le pins grand prix à » la douceur, à 1 1 souplesse, au brillant, au velouté de la 1 peau, le sieur Birotteau, parfumeur avantageusement » connu dans la capitale et à l'étranger, a découvert une » Pâte et une Bau à juste titre nommées, dès leur apparition, » merveilleuses par les élégants et par les élégantes » de Paris. En effet, cette Pète et cette Eau possèdent » d'étonnantes propriétés pour agir sur la peau, sans la rider » prématurément, effet immanquable des drogues employées

> inconâdérément jusqu'à ce jour et inventées par d'igno-

> rantes cupidités. Cette découverte^ repose sur la division » des tempéraments, qui se rangent en deux grandes classes » indiquées par la couleur de la Pâte et de TËau, lesquelles

> sont roses pour le derme et Tépiderme des personnes de » constitution lymphatique, et blanche pour ceux des per- » sonnes qui jouissent d'un tempérament sanguin.

» Cette Pâte est nommée Pâte des Sultanes, parce que

• cette découverte avait déjà été faite pour le sérail par ua

• médecin arabe. Elle a été approuvée par l'Institut sur le i rapport de notre illustre chimiste Yauqublik, ainsi que

• l'Ëan, établie sur les principes qui ont dicté la composition •^ de la Pâte.

» Cette précieuse Pâte, qui exhale les plus doux parfums,

> fait donc disparaître les taches de rousseur les pkis re-

> belles^ blanchit les épidermes les plus récalcitrants, et » dissipe les sueurs de la main dont se plaignent les femmes

> non moins que les hommes.

» L'Eau Carminaiive enlève ces légers boutons qui, dans » certains moments, surviennent inopinément aux femmes, » et contrarient leurs projets pour le bal ; elle rairatchit et

> raviye les couleurs en ouvrant ou fermant les [iores selon 1 les exigences du tempérament ; elle est si connue déjà

> pour arrêter les outrages du temps, que beaucoup de 1 dames l'ont, par reconnaissance, nommée l'àmib di ia

» L'Eau de Cologne est purement et simplement un parfum « banal sans efficacité spéeialei tandis que la Double PdH

'Eau Carminative sont deut compositions puissance motrice agTssant sans danger nternes et les secondant ; leurs odeurs, balsamiques et d'un esprit divertissant ur et le cerveau admirablement, cbarment éveillent ; elles sont aussi étonnantes par par leur simplicité ; enihi, e^e&i un attrait K femmes, et un moyen die séduction que irent acquérir.

ilier de TEau dissipe lêf eoissons occa- Teu du rasoir ; elle préserve égalemeikl fes ^ure et les maintient rouges ; elle efface la longue les tacbes de rousseur et finit ton aux chairs. Ces effets annoncent toue un équilibre parfait entre les humeurs, ivrer les parsonnes sujettes à la migraine maladie. Enfin Y Eau Carminative, qui ée par les femmes dans toutes leurs toiles affections cutanées en ne gênant pas les tissus, tout en leur communiquant un t.

me de port, à monsieur GisAR Birotde RagoUy ancien parfumeur de la reine y à la Reine des Roses, rue Saint-Hoès la place Vendôme.

n de Pâte est de trois livres, et celui de e six livres»

Blrottean, pour évitar tontes les sontreiSftçons, lae la Pftte est enveloppée d'an papier portant e les bouteilles ont on eadiet incnisté dans le

, sans que César s'en doutât, à Constance envoyer l'Eau Carminative et la P&te des s à tous les parfumeurs de France et de offrant un gain de trente pour cent, slls

CtSAR BmOTTEAO S5

Tonlaieiit prendre ^es deux ar^despftr ^tvi mt. La p4ie et reta taltient mieux, en réalité, que les cosmétiques aatlogaes et sédmsaient les ignorants par ht dîstinetion établie entre les tempéraments; les cinq eests parfiuaenrs de France, allédiés par le {;un, achetèrent aniraellement cbet Birotteaa ebacim phttde trois cents grosses de pâte et d'eau, oonsonmiatioD qn lin produisit des bénéfices restrônta quant à l^irtîcie, énormes par la quantité. César put alors acheter les bicoqves et les terrains du faubourg du Temple, il y bâtit de vastes fo« briques et décora magnifiquement son siagasm de la' Reine des Rosm; son ménage éprouw les petits bonheurs de Faitance, et sa femme ne trembi«i plus autant.

Eki iSiO, madame César préirit une hausse dans les loyers, elle poQssa son mari à se faire principal locataire de la nâson où ils occupaient la boutique et Fentre^sol, et à mettre leur appartement au premier étage. Une circonstuice Hénreose décida Constance à fermer les yeux sur les folies qne Birotteau fit pomr elle dans son appartement. Le parfumeur venait d'être éhi joge au tribunal de commerce. Sa probité, sa délicatesse connue et ht oonsidération dont il jomssait lui valurent cette dignité qui le classa désormais parmi les notables commerçants de Paris. Pour augmenter ses connaissances, il se leva dès cinq heures du matin, lut les répertoh^ de jurisprudence et les livres qui traitaient des litiges commerciaux. Son sentiment du juste, sa rectitude, son bon vouloir, qualités essentielles dans Tappréciation des difficultés soumises aux sentences consulaires, le rendirent un des juges les plus estimés. Ses défauts contribuèrent également à sa réputation. En sentant son inférionté. César subordonnait volontiers ces himiôres à celles de ses collègues, flattés d'être si curieusement écoutés par lui; les uns recherchèrent la silencieuse approbation d'un homme ^>Qsé profond, en sa qualité d'écouteur; les autjes, endiantés de sa modestie et de sa douceur, le vantèrent. Les jvticiables louèrent sa bienveillance, son esprit ooncilia- «ff, et il fut souvent pris pour arbitre en des contestations ^ ton bon sens lui suggérait une Justice de cadi. Pendant

durèrent ses fonctions, il sut se composer un de lieux eommuns, semé d'axiomes et de ealen phrases arrondies qui, doucement débitées, L oreilles des gens superficiels comme de rélo» ut ainsi à cette majorité naturellement mépétuité condamnée aux travaux, aux ?ues da César perdit tant de temps au tribunal, que sa Qtraignit à refuser désormais ce coûteux hou»

grâce à sa constante union et après avoir viil« eminé dans la vie , ce ménage vit commencer 'ospérité que rien ne semblait devoir interromr et madame Ragon, leurs prédécesseurs, leur lit, Roguin le notaire, les Matifat, droguistes Lombards, fournisseurs de la Reine des Roses, s, marchand drapier, successeur des Guil- 'hat qui pelote, une des lumières de la rue le juge Popinot, frère de mad ime Ragon, Ghifa maison Prottîz et Ghififreville, monsieur e| hin, employés au Trésor et commanditaires des 3é Loraux, confesseur et directeur des gens e coterie, et quelques autres personnes, com- Tcle de leurs amis. Malgré les sentiments roya- )tteau , Topinion publique était alors en sa faait pour être très-riche , quoiqu'il ne possédât ent mille francs en dehors de son commerce.

! de ses affaires, son exactitude, son habitude svoir, de ne jamais escompter son papier et de lontraire des valeurs sûres à ceux auxquels il utile, son obligeance lui méritaient un crédit ^ait d'ailleurs réellement gagné beaucoup d'armes tonstructions et ses fabriques en avaient sorbe. Puis sa maison lui coûtait près de vingt par an. Enfin, l'éducation de Gésarine, fille rée par Constance autant que par lui, nécessi- > dépenses. Ni le mari ni la femme ne regardent quand il s'agissait de faire plaisir à leur

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fille, dont ils n'avaient pas youlu se séparer. Imi jouissances du pauvre paysan parvenu , quand il sa charmantejCésarine répétant au piano une sonat belt ou chantant une romance ; quand il lui voj correctement la langue française, quand il Tadmii sant Racine père et fils, lui en expliquant les beai sinant un paysage ou faisant une sépia I Quel boni lui que de revivre dans une fleur si belle, si j n'avait pas encore quitté la tige maternelle^ on a dont les grâces naissantes, dont les premiers d< ments avaient été passionn épient suivis, une fill incapable de mépriser son père ou de se moquer d faut d'instruction, tant elle était vraiment jeune venant à Paris , César savait lire , écrire et comf son instruction en était restée là , sa vie laborieu empêché d'acquérir des idées et des connaissan( gères au commerce de la parfumerie. Mêlé const des gens à qui les sciences, les lettres étaient ind et dont l'instruction n'embrassait que des S[ n'ayant pas de temps pour se livrer à des études é parfumeur devint un homme pratique. 11 épousa ; le langage, les erreurs, les opinions du bourgeois qui admire Molière, Voltaire et Rousseau sur p: achètent leurs œuvres sans les lire ; qui soutient doit dire ormoire, parce que les femmes serraien meubles leur or et leurs robes autrefois presqui en moire, et que l'on a dit par corruption armoit Talma mademoiselle Mars, étaient dix fois millio ne vivaient pas comme les autres humains ; le gn dien mangeait de la chair crue, mademoiselle M parfois fricasser des perles, pour imiter une célèt égyptienne. L'empereur avait dans ses gilets des ] cuir pour pouvoir prendre son tabac par poignées tait à cheval au grand galop l'escalier de l'ora Versailles. Les écrivains et les artistes mouraieni tal par suite de leurs originalités ; ils étaient d'ail athées, il'fallait bien se garder ito les recevoir che

bas eUait avec effroi Thistoire du mariage ée sa iir Augustine ayee le peintre Somniervieux. Les les vivaieBt d'araignées. Ces points lumineux de LBaissanoes en lai^e française, en art dramatique, |tte, en littérature, en sdenee, expliquent la portée ntellifeoees bourgeoises* Un poète, qui passe rue bards, peut en y sentant quelques parfums rèTer admire des danseuses dans une diauderie en res- 1 Tétiier. Frappé par i'éelat de la cochenille, il y les poèmes bralûaaîqnes, les religions ex leurs n se heurtant contre rivdre brut, il monte sur le éléphants, dans une ea^ de mousseline, et y fait somme le roi de Lahore. Mais le petit commerçant où Tiennent et où croissent tous les produits sur il opère. Birotteau parfimieur ne savait pas un iota i naturelle ni de chimie, fin regardant Yauquelin B grand homme, il le considérait comme une exil était de la force de cet épicier retiré qui résu- À une discussion sur la manière de faire yenir le ^e thé ne vient que de deux muiièreSy par earmt>ar u ffavre^ dit-il d'un air finaud. Selon Birot- Dès et Topium ne se rrouvaiént que rue des Lomeau de rose prétendue de Gonstantiaople se faisait eau de Cologne, à Paris. Ces noms de lieux étaient les inventées pour plaire aux Français, qui ne peu- >orter les choses de leur pays. Un marchand franit dire sa découverte anglaise, afin de lui donner ;ue, comme en Angleterre un droguiste attribue la la France. Néanmoins, César ne ponvaiT jamais ^remait sot ni bête ; la probité, la bonté jetaient ttes de sa vie un rcfiet qui les rendaU respectables, )e}}e action fait accepter toutes les ignorances posin odnsiant succès lui donna de rassuv^tnce. A Paris, ^e est accpptée pour le pouvoir dont elle est le siat apprécié César durant les trois premières années lariage, sa femme fut en proie à des transes contielle représentait dans cette uaiesi la partie sagace

CÈSàK 9mOTTKA0 V

«t prévojfaaie. le doute, ToppoùtioD, la ertàott ; iomme César y neprésesUit Tandace , Tambitioa» l'action, le bonheur inoni de la fatalité. Halgré les^ppareo^eà, le marchaid éuil trembleur^ tandis que aa femme avait en réalité de la patience et du eourage. Ainsi, «n honune pimllanime, médiocre, aaji^ instruction, sana idéei^ 3ans «onnaiasancea, sans omutfèrei, et qui ne devait point réussir sur la place la plus laissante da inonde, arrlTa, par t^on esprit de conduite, par Je sentiment du juste, par la èonté d'une âme vraiment cbrétienne, par saHwr pour la seule femme ipi'il etlt possédée» i passer pour un homme renurfoable, courageux et plda de résolution. Le publie ne voyait ifêe les résultats. Hormis PiD^ault et le joib^ P(ypinot, les personnes de sa aodéié, ne voyant César que superficieUement, ne pouvaient le îuger. D'ailieurs, les vingt ou trente amis qui se réunissaient ^Ure eux disaient les mêmes niaiseries, répétaient ies mêmes lieux communs, se regardaient tous comme des gens snpérleurs dans leur partie. Les femmes faisaient assaut de bons dtnefs et de toilettes ; chacune d'elles avait tout dit en disant un mot de mépris sur son mari. Madame Birotteau avait seule le bon sens de traiter le «en avec honneur et respect en public ; elle voyait en lui Thomme qui, malgré ses secrètes incapacités, avait gagné leur fortune, et dont elle partageait la considération. Seulement, die se demandait par^s ce qu'était le monde, si tous les hommes prétendus supâîeurs roBemblaient à son mari. Cette conduite ne contribuait pas peu à maintenir l'estime respectueuse accordée au marchand dans un pays oii les femmes sont assez portées à décoosidéi^r leurs maris et I s'en plaindre.

Les premiers jours de l'année 1814, si fatale à la France hnp^iale, furent agnalés chez les Biix)tteau par deux évéments peu marquants dans tout autre ménage, mais de na- Imne à impressionner des émes simples comme celles de César et de sa femme, qui, en jettant les yeux smr le passé, n'y trouvaient que des émotions douces. Ils avaient pris pour predûer commis vol jeune honune de vhagt-deux; ans.

nommé Ferdinand du Tillet. Ce garçon, qui sortait d^mie maison de parfumerie où Ton avait rehisé de l'intéresser dans les bénéfices, et qui passait pour un génie, se '*emua beaucoup pour entrer à la Reine des Roses, dont les êtres, les lorces et les mœurs intérieures loi étaient connus. Birotteau Taocueillit et lui donna milk irancs d'appointements, avec l'intention a'en faire son successeur. Ferdinand eut sur les destinées de cette famille une si grande influence, qu'il est nécessaire d'en dire quelques mots. D'abord, il se nommait simplement Ferdinand, sans nom de famille. Cette anonymie lui parut un immense avantage au moment où Napoléon pressa les familles pour y trouver des soldats. *Ii était cependant né quelque part, par le fait de quelque oruçUe et voluptueuse fantaisie. Voici le peu de renseignements recueillis sur son état civil. En 1793, une pauvre fille du Tillet, petit endroit situé près des Andelys, était venue accoucher nuitamment dans le jardin du desservant de l'églisedu Tillet, ets'alla noyer aprèsavoir frappé aux volets. Le bon prêtre recueillit l'enfant, lui donna le nom du saint inscrit au calendrierce jour-là, le nourrit et l'éleva comme son enfant. Le curé mourut en 1804, sans laisser une succession assez opulente pour suffire à l'éducation qu'il avait commencée. Ferdinandi jeté dans Paris, y mena une existence de flibustier dont les hasards pouvaient le mener à l'échafaud ou à la fortune, au barreau, dans l'armée, au commerce, à la domesticité. Ferdinant, obligé de vivre en vrai Figaro, devint commis voyageur, puis commis parfumeur à Paris, où il revint après avoir parcouru la France, étudié le monde, et pris son parti d'y réussir à tout prix. En 1813 il jugea nécessaire de constater son âge et de se donner un état civil, en requérant au tribun»! des Andelys un lugement qui fit passer son acte de baptême des registres du .vresbytère sur ceux de la mairie, et il y obtint une reciification en demendant qu'on y insérât le nom de du Tillet, sous lequel il s'était fait connaître, autori^sé par le fait de son exposition dans la commune. Sans père ni mèrCi sans autre tuteur que le procureur impérial, seul

CÉSAR BIROTTEA0 41

dans ce monde, ne devant de comptes à personne, il traita la société de Turc à More en la trouvant mar&tre ; il ne connut d'autre guide que son intérêt, et tous les moyens de fortune lui semblèrent bons. Ce Normand, armé de capacités dangeureuses, joignait à son envie de parvenir les &pres défauts reprochés à tort ou à raison aux natifs de sa pro- Tince. Des manières patelines faisaient passer son esprit chicanier, car c'était le plus rude ferrailleur judiciaire ; mais s'il contestait audacieusement le bien d'autrui; il ne cédait rien sur le sien ; il prenait son adversaire par le temps, il le lassait par une inflexible volonté. Son principal mérite consistait en celui des Scapins de la vieille comédie: il possédait leur fertilité de ressource, leur adresse à côtoyer Tinjuste, leur démangeaison de prendre ce qui est bon & garder. EGn, il comptmt appliquer à son indigence le mot que l'abbé Terray disait au nom de l'État, quitte à devenir plus tard honnête homme. Doué d'une activité passionnée, d'une intrépidité militaire à demander à tout le monde une bonne comme une mauvaise action, en justifiant sa demande par la théorie de l'intérêt personnel, il méprisait trop les hommes en les croyant tous corruptibles, il était trop peu délicat sur le choix des moyens en les trouvant tous bons, il regardait trop fixement le succès de l'ai^ gent comme l'absolution du mécanisme moral pour ne pas réussir têt ou tard. Un pareil homme, placé entre le bagne et les millions, devait être vindicatif, absolu, rapide dans ses déterminations, mais dissimulé comme un Grom* well qui voulait couper la tête à la probité. Sa profondeur était cachée sous un esprit railleur et léger. Simple commis parfumeur, il ne mettait point de bornes à son ambition ; il avait embrassé la société par un coup d'œil haineux en se disant : — * Tu seras à moi I H s'était juré à lui-même de ne le marier qu'à quarante ans. Il se tiui^ parole. Au physique, Ferdimind était un jeune homme élancé,, de taille agréable et de manières mixtes qui lui permettaient de prendre au besoin le diapason de toutes les sociétés. Sa figure ciiafeoine pldsait à la première vue; mais plus tard^ en le pra-

urprenait des expressions étrange, qui sa irface des gens mal avec eux-mêmes^ ou dont grogne à certaines heures. Son teint trèspeau molle des Nonnands tyait une couleur I d de ses yeux vairons doublés d'une feuîQe lyant et t^rible^ quand il VarrêUit droit ;iizr voix semblait éteinte comme celle (Tun ongtemps parlé. Ses lèvres minces ne mangrâces ; mais son ne:: pointu, son front légèihissaientun défaut de race. Enfin ses cheoration semblable à ceux des cheveux teints Etient un métis social qui tirait soà espril neur libertin, et sa bassesse d'une paysanne maissances d'une éducation inachevée, etses U d'abandon. Birotteau apprit avec le plus nent que son commis sortait très-élégamipent t tard^ «t allait au bal chez les banquiers ou s. Ces mœurs déplurent à César ; dans ses lis devaient étudier les livres de leur maison^ asivement à leur partie. Le parfumeur se erîes, il reprocha doucement à du Hllet de i trop fin, d'avoir des cartes sur lesquelles ^avé ainsi : F. du Tulet, mode qui, dans sa ommerciale, ^partenait exclusivement aux . Ferdinand était venu chez cet Orgon dans le Tartufe; il fit U cour à madame César, lire, et jugea son patron comme elle le jne, mais avec une effrayante promptitude.

, réservé^ ne disant que ce qu'il voulait dire, a ses opinions sur les hommes et la vie, de eanter une femme timorée qui partageait les n mari, et regardait eomme un crime de Iger tort au prochaiiL Malgré l'adresse dont rotteau, du Tillet devina le mépris qu'il mce, à qui Femand avait écrit quelques let* iperçut bientôt un changement dans lesjn»- )mmis, qui prit avec elle desairs avantageux»

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pour ù&cB ertire à leur boima iotdligenee. Sans instrum son mari de ses raisons secrètes, elle lui conseilla de rea- Tflyer Ferdinand. MroUeaa se troura d'accord ayee sa femme sur ce point. Le reoToi du commis fut résolu. Trois jours avant de le congédier, par un samedi soir, Birotteau fit le compte mensuel à sa caisse, et y trouva trois mille francs de moins. Sa constemation fot affreuse, moins pour la perte ^e pour les soupçons qui planaient sur trois commis, uno cniainière, un gardon de magasin et des ouvriers attitrés. Â qui s'en prendre? madame Birotteau ne quittait point le comptoir. Le commis chargé de la caisse était un neveu de monsieur Ragon, nommé Popinol, jeune homme de dix-neuf ans, logé chez eux, la probité même* Ses chiffres, en désaccord avec la somme en caisse, accusaient le défidt, et indicpident que la soustraction avait été faite après la ba» lance. Lesdeox époux résolureut de se taire et de surveiller ia maison. Le lendemain dcmanche ils recevaient leurs amis. Les funilles qui composaient cette espèce de coterie se festi^aient à tour de r^e. En jouante la bouillotte, Rofuin le notaire mit sur le lapis db vieux louis que madame César avait reçus quelques jours au paravant d'une non* vdle mariée» madame d'Espart.

— Yous avez volé un Utmctdiien riaat le parfameur* ftogninditavoirfagBé cet argent diez un banquier ftdn

Tillet, qui confirma la réponse du notaire sans rougir. Le iparfinnear, lui, devint ponrpre. La soirée finie, au moment où Ferdinand alla se eoudier, Birotteau f emmena dans Is magann, sons prétexte de lui parier ifaires.

— Du Tillet, lui dit le înrave homme, il manque trois niUe francs à ma caisse et je ne puis soupçonner personne; la drconstance des vieux louis semble être trop contre vous pour que je ne vous en parie point; aussi ne nous couchefon»-uous pas sans avoir trouvé l'erreur, car après tout, ce ne peut être qu'une erreur. Yous pouvez bien avoir pris ^elque chose en à-compte sur vos appointements.

Du Tillet dit effectivement avoir pris les louis. Le paifn-

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