‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 3 sur 23 · E PARISIENNE · texte numérisé non relu

E PARISIENNE

e/le compte de son rx^mmis

lire écrire la somme p^T Po-

louleversë par la froide insoulissait bien les braves gens 18 l'intention d'y faire for-

i passèrent la nuit en vérifisavait inutiles. En allant et » de banque de mille francs contre la bande du tiroir, [e fatigue, parut dormir et omphalement et afficha une 'erreur. Le lendemain, Birot- 3tit Popinot, sa femme, et se ir négligence. Quinze jours >a chez un agent de change, pas, dit-il^ il voulait étudier Birotteau, du Tillet parla de faire croire que son patron elques mois après, du Tillet . réclama de lui sa caution compléter les garanties qu'on ]ui le mettait sur le chemin i surprise que Birotteau manilet fronça le sourcil et lui ce. en lui. Matifat et deux né- 11 remarquèrent Tindignation colère en leur présence. Du honnête homme; sa faute 18 maîtresse au désespoir oa irobation publique d'un honle voie de crimes et de malet peut-être sur la voie du plume et fit un aval sur les ant (lu'il rendait de grand

césàa birotteau 45

cœur ce service à un garçon qui lui avait été très-utile. Le sang lui montait au visage en faisant ce mensonge officieux. Du Tillet ne soutint pas le regard de cet homme, et lui voua sans doute en ce moment cette haine sans trêve que les anges des ténèbre ont conçue contre les anges des lumière. Du Tillet Unt si bien le balancier en dansant sur la corde roide des spéculations financières, qu'il resta toujours élégant et riche en apparence avant de Têtre en réalité. Dès qu'il eut un cabriolet» il ne le quitta plus; il se maintint dans la sphère élevée des gens qui mêlent les plaisirs aux affaires, en faisant du foyer de l'Opéra la succursale de la Bourse, les Turcarets de l'époque* Grâce à madame Roguin, qu'il connut chez Birotteau, il se répandit promptement parmi les gens de finance les plus haut placés. En ce moment, Ferdinand du Tillet était arrivé à une prospérité qui n'avait rien de mensonger. Au mieux avec la maison Nucingen^ où Roguin l'avait fait admettre, il s'était lié promptement avec îes frères Keller, avec la haute banque. Personne ne savait d'où venaient à ce garçon les immenses capitaux qu'il faisait mtouvoir, mais on attribuait son bonheur à son intelligence et à sa probité.

La Restauration fit un personnage de César, k qui naturellement le tourbillon des crises politiques ôta la mémoire de ces deux accidents domestiques. L'immutabilité de ses opinions royalistes, auxquelles il était devenu fort indifi^érent dep^s sa blessure, mais dans lesquelles il avait persisté par décorum, le souvenir de son dévouement en vendé-^ ndaire lui valurent de hautes protections, précisément parce qu'il ne demanda rien. Il fut nommé chef de bataillon dans la garde nationale , quoiqu'il fût incapable de répéter le moindre mot de commandement. En i815,Napoléon> toujours «memi de Birotteau, le destitua. Durant les Gent-Jours, Birotteau devint > {a bête noire des libéraux de son quartier; car en 1815 seulement commencèrent les scissions politiques entre les négociants, jusqu'alors unanimes dans leurs vœux le tranquillité dont les affaires avaient besoin. A la seconde ttstaoration, le gouvernement royal dut remanier le corps

éÙ SCÈNES M LA T!B PAHISIENNE

nnmidpal. Le préfet Toahft ncHmner Birottean maire. Grâce à sa fenime, le parfumeur accepta seulement hi place d'adjoint qui le mettait moins en éridence. Cette modestie aug* menta Jbeaucoup l'estime qu'on lai portait généralement et lui valut l'amitié du marre, monsieur Flamet de La BiHar* dîère. Birotteau, qui l'STait vu venir à la Reine des Roses au temps ou la boutique servait d'entivpM aux conspirations royalistes, le désigna lui-même au préfet de la Seine, qui le consulta sur le cboix à faire. Monsieur et madame Birotteaa ne furent jamais oubliés dans les invitations du maire. En&i madarre César quêta souvent à Saint-Rocb, en belle te bonne compagnie. La Billardière servît ebaudement Birotteau quand il fut question de distribuer au corps municipal les croix ac* cordées, en appuyant sur sa ble^nre à Saint-Rocb, sur son attachement aux Bourbons et sur la considération dont il jouissait. Le ministère qui voulait, tout en prodiguant la croix de la Légion d'honneur afin <f abattre l'œuvre de Napoléon, se faire des créatures et rallier aux Bourbons les différents commerces, les hommes d^ttt et de science, comprit donc Blrotteau dans fa prochaine promotion. Cette faveur, en harmonie avec Féclat que jetait Birotteau dans son arrondissement, le plaçait dans une situation où durent s^agrandir les idées d'un homme à qui jusqu'alors tout avait réussi. La nouvelle que le maire lui avait donnée de sa pro* motion fut le dernier argument qui décida le parfumeur à se lancer dans l'opération qu'il venait d'exposer à sa femme afin de quitter an plus vite la parfumerie, et s'élever aux r^ gions de la haute bourgeoisie de Paris.

César avait alors quarante ans. Les travaux auxquels il se livrait dans sa fabrique lui avaient donné quelques rides prématurées, et aidaient légèrement argenté la longue chevelure touffue que la pressnon de son diapean lustrait drco* lairement. Son front, où, par la manière dont ils étaieol plantés^ ses cheveux dessinaient cinq pointes, annonçait la simplicité de sa vie. Ses gros sourcils n'effirayaient point, car ses yeux bleus s'harmoniaient par leur limpide regard tou- ]curs franc à son front d'honnête homme* Son nez cassé à

CtSAll VOiOrtEAV it

ta ttahsance eC gros da bout Ini donnait Ym étonné des gol>e-moaches de Paris. Ses lèvres étaient très-lipptes, et son grand menton tombait droit. Sa figure, fortement coIo« rée, â contours carrés, offrait, par la disposition des rides, par Fensemble de la physionomiç, le caractère ingémiment rosé du paysan. La ft>rce générale du corps, la grosseur des membres, la carrure du dos, la hrgeur des pieds, tout dénotait d^dlleurs le rillageois transplanté (hns Paris. Ses mains larges et poilues , ses grands ongles carrés eussent att^té son origine, sîl n^en était pas resté des vestiges dans toute sa personne, n avait sur les lèvres le sourire de bienveillance que prennent les marcbauds quand ^us entrez che2 eux; mais ce sourire commercial était l'image de son eontentement intérieur et peignait Tétat de son âme douce. Sa défiance ne dépassait jamais Ids affaires, sa ruse le quit« tait sur le seuil de la Bourse ou quand il fermait sou grand livre. Le soupçon était pour lui ce qu'étaient ses facture» imprimées, une nécessité de la vente elle-*même. Sa figure offhiit une sorte d'assurance comique, de fatuité mêlée de bonhomie qui le rendait original â voir en lui évitant une ressemblance trop complète avec la plate figure du bourgeois parisien. Sans cet air de ndve admiration et de fbi en sa personne, il eût imprimé trop de respect; Il se rapprdcbait ainsi des hommes en payant sa quote-part de ridicule. Habituellement en parlant il se croisait les mains derrière le dos. Quand il croyait avoir dit quelque chose de galant ou de saillant , n se levait imperceptiblement sur la pointe des pieds, à deux reprises, et retombait sur ses talons lourde* ment, comme pour appuyer sur sa phrase. Au fort d'une discussion on le voyait quelquefois tourner ^ur lui-même brusquement, faire quelques pas comme sll adait chercher des objection et revenir sur son adversaire par on mouvement brusoue. Il n'interrompait jamais, et se trouvait sou* vent victime de cette exacte observation des convenances, car les autres s'arrachaient la parole, et le bonhomme quit-' tait la place sans avoir pu dire un mot. Sa grande expérience d0s affidres eommereiales lui avait donné des habitudes

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taxées de manies par quelques personne. Si quelque billet n'était pas payé, il l'envoyait à l'huissier et ne s'en occupait plus qu pour recevoir le capital^ l'intérêt et les frais, Thuissier devait poursuivre Jusqu'à ce que le négociant fût en faillite ; César cessait alors toute procédure, ne coiiiparais» sait à aucune assemblée de créanciers, et gardait ses titres. Ce système et son implacable mépris pour les faillis lui venaient de monsieur Ragon, qui , dans le cours de sa vie commerciale^ avait fini par apercevoir une si grande perte de temps dans les affaires litigieuses^ qu'il regardait le maigre et incertain dividende donné par les concordats comme amplement regagné par l'emploi du temps qu'os ne perdait point à aller, venir, faire des démarches et courir après les excuses de l'improbité.

— Si le failli est bonnête homme ^t se refait, il vous payera, disait monsieur Ragon. S'il reste satfs ressource et qu'il soit purement malheureux, pourquoi le tourmenter? » c'est un fripon, vous n'aurez jamais rien. Votre sévérité connue vous fait passer pour intraitable, et comme il est impossible de transiger avec vous, tant que l'on peut payer, c'est vous qu'on paye.

César arrivait à un rendez-vous à l'heure dite, mais dix minutes après il partait avec une inflexibilité que rien ne faisait plier; aussi son exactitude rendait-elle exacts les gens qui traitaient avec lui.

Le costume qu'il avaitodopté concordait à ses mœurs et à sa physionomie. Aucune puissance ne l'eût fait renoncer aux cravates de mousseline blanche dont les coins brodés par sa femme ou sa fille lui pendaient sous le cou. Son gilet de piqué blanc , boutonné carrément descendait très-bas sur son abdomen assez proéminent, car il avait un léger embonpoint. Il portait un pantstton bleu, des bas de soie noire et des souliers à rubans dont les noefods se défaisaient souvent. Sa rrlingote vert-olive toujours trop large, et son chapeau à grands bords lui donnaient l'air d'un quaker. Quand il s'habillait pour les soirées du dimanche, il mettait nno culotte de soie, des souliers à boucles d'or, et son in-

fiiâfiblejpleteanRérdonileadttus bouts ffealr'tmrntet alon afin de rnootreiTiioa jabot pliisé. Soa habit de drmp mtonloiitéla&t à grandi^ pans et à longue baïquea. E conserva, jnsqa'en iH% deux, chtliies de montre qui peiidaii»t parnllèleineBly. mais il ne nNttail la seconde que quand U s'ha^ bill^.

Tel était Gter lirottean^digne honuaefàqiii Iesm3f8tères qui président à la naissance des hommes a?aient refusé la &eaité de ji^r Feasembte de la polHiqne d de la vie, de s'élever an-dessna du niveau social sans lequel vit la dasse nuiyeime, qui suivait en. toute ehoae les- enrements de la routine ; tonles sesopiaiiHis lui a^râat été communiquées^ A il les applicpiait sana examen. Aveugle mais boa , peu ^[ûritiiel mais pr^ondémesft religieux^ û avait un cœur pur. Dana ceoœar brillait un. seul amour, la lumière et la forea de sa vie; cao son désir d'élévation, le peu de connaissances qu'il avait acquises,, tout venait de son affection pour sa femme ei pour sa âUe.

Quant à madme Cés«ry alors âgée de trente*-sept ans, elle ressemblai si panfaitement à la Vénus de Mllo que tous ceux qui la camnaissaient virent son portrait dans cette belle statue quand le duc de Rivière renm)}»» En queues mois, les chagrins passèrent si promptement leun teintes jaunes sur son éblouissante blanchear, creusèrent et noiecirent si cruellement le cercle bleuâtre oIl jouaient ses beaux yeux verts, qu'elle mit l'mr d'ime vieille madone ^ car die con* serva toujours^ &a milieu de ses raines, une douce candeur, un regard pur quoique triste, et il fut impossible de ne pas la trouver toujours belle femme, d*un maintien sage et plein de décence, kw bal prémédité par César, elle devait jouir d'ailleurs d'un dernier éclat de be«ité qui fut remarqué

Toute existence a son apogée, une ^oque pendant laquelle les causes agissent et sont en rapport exact avec les résulut». Ce m.di de la vie , où les forces vives s'éqaiîik^eot ei produisent dans tout leur éclat, est non-seulement commun aux êtres organisés, mais encore aux cités, aux nationi^ aua idées, aux institutions, aux commeri^es, aux

SO SCÈNES DI LÀ TII PARISIBIfNK

entreprises qui, semblables aux races nobles et aux dynav Ues, naissent, s'élèvent et tombent. D'où vient la vigueur avec laquelle ce thème, de croissance et de décroissance s'applique à tout ce qui s'organise ici-bas? car la mort elle-même a. dans les temps de fléau, son progrès, ^n ralentissement, sa recrudescence et son sommeil. Notre globe lui-même est peut-être une fusée un peu plus durable que les autres. L'Ùstoire, en redisant les causes de la grandeur et de la décadence de tout ce qui fut ici-bas , pourrait avertir ï homme du moment' où il doit arrêter le jeu de toutes ses facultés; mais ni les conquérants, ni les aqteurs, ni les femmes, ni les auteurs n'en écoutent la voix salutaire.

César Birotteau, qui devait se considérer comme étant à rapogée de sa fortune, prenait ce temps d'arrêt comme un nouveau point de départ. Il ne savait pas, et d'ailleurs ni les nations, ni les rds n'ont tenté d'écrire en caractères ineffaçables la cause de ces renversements dont l'histoire est grosse, dont tant de maisons souveraines ou commerciales offrent de si grands exemples. Pourquoi de nouvelles pyramides ne rappelleraient-elles pas incessamment ce principe qui doit dominer la politique des naUons aussi bien que celle des particuliers : Quand l'effet produit n'est plus en rapport direct ni en proportion égale avec la cause, la désorganisation commence? Mais ces monuments existent partout^ c'est les traditions et les pierres qui nous parlent du passîé, qui consacrent les caprices de l'indomptable destin, dont la main efface nos songes et nous prouve que les plus grands événements se résument dans une idée. Troie et Napoléon ne sont que des poèmes. Puisse cette histoire être le poème des vicissitudes bourgeoises auxquelles nulle voix n'^a songé , tant elles semblent dénuées de grandeur, tandis qu'elles sont au même titre immenses; il ne s'agit pas d'un seul homne ici, mais de tout un peuple de douleurs. -»

En s'endormaut. César craignit que le lendemain sa femme ne lui fit quelques objections péremptoires, et s'ordonna de se lever de grand matin pour tout résoudre.

petit jour, il sortit donc sans bruit, laissa sa femme au lit, sfhabUla lestement et descendit au magasin, au moment où le garçon en ôtait les volets numérotés. Birotteau, se voyant seul, attendit le^ lever de ses commis, et se mit siur le pas de sa porte en examinant comment son garçon de peine nommé Raguet s'acquittait de ses fonctions, et Birotteau s'y connaissaitt Malgré le froid, le temps était superbe.

— Popinot, va prendre ton chapeau, mets tes souliers, fais descendre monsieur Célestin, nous allons causer tous deux aux Tuileries, dit-il en voyant descendre Anselme.

Popinot, cet admirable contre-pied de du Tillet, et qu'un de ces heureux hasards qui font croire à une Sous-Providence avait mis auprès de César, joue un si grand rôle dans cette histoire qu'il est nécessaire de le profiler id. Madame Ragon était une demoiselle Popinot. Elle avait deux frères. L'un, le plus jeune de la famille, se trouvait alors juge suppléant au tribunal de premiers instance de la Seine. L'aîné avait entrepris le commerce des laines brutes, y avait mangé sa fortune, et mourut en laissant à la charge des Ragon et de son frère le juge, qui n'avait pas d^enfants, son fils unique, déjà privé d'une mère morte en couches. Pour donner un état à son neveu, madame Ragon l'avait mis dans la parfumerie, en espérant le voir succéder à Birotteau. Anselme Popinot était petit, pied-bot, infirmité que le hasard a donnée à lord Byron, à Walter Scott, à monsieur de Talleyrand, pour ne pas décourager ceux qui en sont affligés. Il avait ce teint éclatant et plein de taches de rousseur qui distingue les gens dont les cheveux sont rouges; mais son front pur, ses yeux de la couleur des agates gris veiné, sa jolie bouche, sa .blancheur et la grâce d'une jeunesse pudique, la timidité que lui inspirait son vice de conformation réveillaient à son profit des sentiments protecteurs : on aime les faibles. Popinot^intéressait. Le petit Popinot, tout le monde l'appelait ain», tenait à ui^e famille essentieUement religieuse, où les vertus étaient intelligentes, où la vie était moàeste et pleine de belles actions. Aussi l'enfant élevé par son oncle le juge, offrait-il en lui

lies qualités qui rendent la jeunesse m beile : !i, un peu honteux, mais< plein d'ardeur, doux mouton, mais courageux au travail, dévoué , ait doué de toutes les vertus d'un ohrétieH des nps de l'Église.

dant parler d'une promenade aux Tuâerîes^ la la plus excentrique que pût faine à cette heure av patrotti Popinot crut qu'il voulait lui parler icnt; le commis pensa soudais à Gésarine^ la dne* des Roses, l'enseigne vivante de la maison Ile il s'éprit le jour môme oii, deux mois avant était entré chez Biratteau<. Éa montant l'escaloue obligé de s'arrêter, son oœur se goi^nt iàres battaient trqi violemment ; il descendit i de Gélestin, le premier commis de Btrotleao. son patron cheminèrent sans mot dire vers les *opinot avait alors vingt et un ans^ Birottean S à cet âge. Anselme ne voyait donc aucun eofrk son. mariage avee GésariBe, quoique la fortune ur et la beauté de sa ÔUe fu:>stfnt d'immenses la réussite de vœux si ambitieux; mais l'amoiff r les élans de l'espérance, et plus ils sont înr V il y sgoute foi ; aussi plus sa mattress» se tro»- B hii, plus ses désirs étaient^ils vifs. Haireux par un temps où tout se nivelle, oÙJtous les ch»essemblent, réussissait à créer des distances e d'un parfumeur et lui, r^eton d'une vieille sienne t Malgré ses doutes^ S£s inquiétudes, il IX ; il dtnait tous les jours auprès de Césarinel ipliquant anx affaires de la maison, il y mettait \ ardeur qui dépouillait le travail de toute amer» isant tout au nom de Gésarine, il n'était jamais a un jeune homme de vingt ans^ l'amour se re«- )uement.

ai ua négociant, il parviendra, disait de lui Gé^ ime Ragon en vantant l'activité d'Anselme «a muet de la fabrique, en louant son aptitude à

GiSAR BIROTTIAU U

con^Tencke les fineases de Tart, en rappelant Tiipreté de son lœYail dans Jes memeats où les expéditions donnaient, et Qù, les mandoyes xetroussées, les bras nus, le boiteux embaUait etidouait à lui seul plus de caisses tqiia les autres commis.

Les prétentions connues et avouées d'Alexandre Grottat, prenûer donc de Ro^uin, la fortune de son père, riche fermier de la Brie, formaient des obstacles bien grands an Incombe deTor^^lm ; mais ces difficultés n'étaient cependant point encore les plus âpres à vaincre ; Popinot ensevelissait juu fond de son cœur de tristes secrets qui agraadisaaient rintervaile entre Césarine «t lut La XÔr une des Bagon, sur laquelle il aurait pu compter^ était compromise; Torpbelin avait le bonheur de les aider à vivre en leur apportant rses maigres appointements. Cependant il croyait au succès i II avait plusieurs fois saisi quelques regards jetés avec un apparent orgueil sur lui par Césarine: au fond de ses ^eox bleus, il avait osé lire une secrôte pensée pldne de caressantes espérances. Il aUait donc, travaillé par son eqpoir du moment, tvembknt, silencieux, ému, comme poniraiest l'être en semblable occurrence tous les jeunes feus pour qui la vie est en bourgeon.

— Popinot, lui dit le brave marchandt ta tante va-i-eUs bien?

— Oui, monûenr.

— Cependant «lie me parait soudeuse depuis quelque temps, y aurait^il quelque chose qui clocherait chez elle? fieoute-moi, garçon, faut pas trop foire le mystérieux avec moi, je suis quasi de la faille, voilà vingt^inq ans que je cannais Um encle Bagou. Je suis^ntré chez lui en gros sou- Hers ferrés > arrivant de mon village. Quoique Tendroît i^appeile les Trésorières, j'avais pour toute fortune un louîs d'or que m'avait donné ma marraine, ièu madame la marquise d'Uxelles, une parente à monsieur le duc et madame la ducbesse de Lenoneourt, qui sont de nos pratiques. Auaé ai-je prié tous les dimanches pmir elle et pour toute sa fouille; j'envoie en Touraioe à sa nièce, madame de Mon-

rENNÉ

it toujours des pra* iple, monsieur de ts francs par an. On lur, on devrait Têtre as arrière-peusée et

is me permettez de

iffit point. Je ne dis 3 autre, mais j'aysds le la conduite, mais nour est un fameux é hier monâeur de

iur, est-ce que..* qui vient à pied par sures. Qu'est-ce que en oubliant Anselme

inrent à la mémoire, Tuileries, Birotteau trer. Anselme suivit ipliquer le subit inence si peu imporîments qu'il trouvait erres, son louis d'or

Bonne, le front trêslit pas jadis de phyle, car de petit clerc noment, son visage ur, les tiraillements, un homme se plonge que sa figure ne soit ssf les contours des lez Roguin, sansnoflambe sous les tissu»

des hommes contenus et leur imprime une fleur de santé, Ton entrevoyait chez lui l'impureté d'un sang fouetté par des efforts contre lesquels regimbe le corps. Son nei> était ignoblement retroussé, comme celui des gens chez lesquels les humeurs, en prenant la route de cet organe, produisent une infirmité secrète qu'une vertueuse reine de France croyait naïvement être un malheur commun à l'espèce, n'ayant Jamais approché d'autre homme que le roi d'assez près pour reconnaître son erreur. En prisant beaucoup de tabac d'Espagne, Roguin avait cru dissimuler son incommodité, il en avait augmenté les inconvénients qui furent la principale cause de ses malheurs.

N'est-ce pas une flatterie sociale un peu trop prolongée que de toujours peindre les hommes sous de fausses couleurs, et de ne pas révéler quelques-uns des vrais principes de leurs vicissitudes, si souvent causées par la maladie? Le mal physique, considéré dans ses ravages moraux^ examiné dans ses influences sur le mécanisme de la vie, a peut-être été jusqu'ici trop négligé par les historiens des moeurs. Madame César avait bien deviné le secret du ménage.

Dès la première nuit de ses noces, la charmante fille unique du banquier Ghevrel avait conçu pour le pauvre notaire une insurmontable antipathie, et voulut aussitôt requérir le divorce. Trop heureux d'avoir une femme riche de cinq cent mille francs sans compter les espérances, Roguin avait supplié sa femme de ne pas intenter une action en divorce, en la laissant libre et se soumettant à toutes les conséquence d'un pareil pacte. Madame Roguin, devenue souveraine maîtresse, se conduisit avec son mari comme une courtisane avec un vieil amant. Roguin trouva bientôt ta femme trop chère, et, comme beaucoup de maris parisiens, il eut un second ménage en ville. D'abord contenue dans de sages bornes, cette dépense fut médiocre.

Primitivement, Roguin rencontra, sans grands frais, des grisettes très-heureuses de sa protection ; mais, depuis trois ans, il était rongé par une de ces indomptables passions qui envahissent les hommes entre cinquante et soixante ans, et

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que justifiait Tune des plus Bugnifiques oréatores ûe ^m temps, connue dans les {sùates de la iprostitution sous le so* Mquet de la belle Hollandaise, car «lie «llak retomber dans ce goufire où k mort rilhistra. Ette ATait été jadis ameDée de Bruges à Paris p«r un des clients de Roguin, qui, forcé de partir par suite des ôvénemeats politiques, In en fit présent en d6i5. Le notaire avait adieté pour sa belle une petite maison auK Champs-Él3r8ées, Tarait richemenl meublée et s'^était kiissé entrahier à satisfaire les coûteux . caprices de cette femme, dont les profusions aiwDrbèrent sa fortune.

L'air sombre empreint sur la physionomie de Roguia, et qui se dissipa quand il vit son client, tenait à des éyénements mystérieux eh se trouvaient les secvets de la fortnne si 'rapidement faite par du Tîllet. Le plan formé par du Tilkt cbangea dès le premier dimanche où il put observer chez son patron ht situation respective de monsieur et ma- ^me Rogain. Il était venu moins pour séduire madame César que pour se faire oi&ir la main de Césarine en dédommagement d'iroe passion rentrée, et il eut d'autant moins *de peine à renoncer à ce mariage qtiMl avait cru César riche et le trouvait pauvre. Il espionna le notaire, s'insinua dans sa confiance, se ^t présenter d^z la belle Hollandaise, y étudia dans quels termes elle était avec Roguin, et apprit qu'elle menaçait de remercier son amant s'U luitrognaitson luxe. La belle Hollandaise était de ces femmes folles qui «ne s'inquiètent jamak d'où vient l'argent ni comment il é'aoqniert, >^t qui donneraient une fête avec les écos d'un papricide.EIle ne pensait jamais le lendemain àila veille. Poor elle, l'avenir était son après-dlner, et la fin du mois Téternité, même quand elle avait des mémoires à payer. Charmé de rencontrer un premier levier, du Tillet commença pv obtenir de \^ belle Hollandaise qu'rJle aimât Roguin pour trente mille francs par an au lieu de cinquante mille, service que les vieillards passionnés oublient rarement. En&i, après vn souper très-aviné, Roguin s'ouvrit à du Tillet sur sa «rise ênaaaeière. Ses immeubles étant absorbés par l'hypo-

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thèqae légale de sa iémme, il avait été eonéah par «a passion à prendre dans les fonds de ses dients une somme déjà sup^eure à la moitié de sa dutrga. Quand le reste serait déTOié, Finfortané iRoguin te brûlerait la oeoruFelle, car il croyait diminuer rhorreur 4e la failHte en imposant la pitié publique. Du Tillet aperçut une fortune rapide et sûre qui brilla comme un éclair dans la nuit de Tirreose, il rassura Rogvin et le paya de sa confiance en lui faissmt tirer ses pistolets en Tair. — Bn«e hasardant ainsi, lui dit-il, xm bomme de votre portée ne doit pas se •conduire comme im sot et marcher à tfttons, mais opérer hardiment. — Il hn conseilla de prendre dès à présent une fiorte somme, de la lui confier pour Otre jtmée avec audace dans une partie quelconque, À la Bourse, ou dans quelque m>écul8tion chdse «Eitre les mille qui s^entreprenaient alors. En <ca6 de gaift, ils fonderaient à eux deux une maison de banque où Ton l!rerait parti des dépôts^ et dont les bénéfices lui serviraiexvt à contenter sa passion. Si la diance tournait contre eux, Roguin irait vivre à l'étranger an lieu de se tuer, parce que ton du Tillet lui serait fidèle jusqu'au dernier sou. C'était une corde à portée de main peur un homme qui se noyait, et Roguin ne s'aperçut pas que 4e commis parfumeur la lui passait autour du cou.

Mattre du secret de Roguin, du TiDet ë'^n servit pour établir à la fois son pouvoir sur la femme, sot hi maîtresse et sur le mari. Prévenue d'un désastre qu'elle était loin de soupçonner, madame Roguin accepta les soins de du Tillet, qui sortit alors de chez le parfumeur, sûr de son avenir, il n'eut pas de peine à convaincre la mattrease de rvjuer unie somme, «ifin de ne jamais être obligée de i^dcourir à la prostitution <a^ lui arrirait quelque malheur. Lw femme régla ses afiGûres, «massa promptement un petit «capital, et le rem5t 4 un homme en qui son mari se fiait, car le notaire doiini d'abord ceat mille francs à son complice. Placé près êe madame Roguin de manière à transformer les intérêts de cette belle femme en affection, du Tillet sut lui inspirer la plus violente passion. Ses trois commancHitairea lui consti-

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tuèrent naturellement une part ; mais, mécontent de cette part, il eut Taudace, en les faisant jouer à la Bourse, de s'entendre avec un adversaire qui lui rendait le montant des pertes supposées, car il joua pour ses clients et pour luimême. Aussitôt qu'il eut cinquante mille francs, il fui sûr de faire une grande fortune ; il porta le coup d'œil d'aigle qui le caractérise dans les phases où se trouvait alors la France ; il joua la baisse pendant la campagne de France, et la hausse au retour des Bourbons. Deux mois après la rentrée de Louis XYIII, madame Roguin possédait deux cent mille francs, et du Tillet cent mille écus. Le notaire ^ aux yeux de qui ce jeune homme était un ange, avait rétabli l'équilibre dans ses affaires. La belle Hollandaise dissipait tout, elle était la proie d'un infâme cancer, nommé Maxime de Trailles, ancien page de l'empereur. Du Tillet découvrit le véritable nom de cette fille en faisant un acte avec elle. Elle se nommait Sarah Gobseck. Frappé de la coïncidence de ce nom avec celui d'un usurier dont il avait entendu parler, il alla chez ce vieil escompteur, la providence des enfants de famille, afin de reconnaître jusqu'où pourrait aller sur lui le crédit de sa parente. Le Brutus des usuriers fut implacable pour sa petite-nièce, mais du Tillet sut lui plaire en se posant comme le banquier de Sarah, et comme ayant des fonds à faire mouvoir. La nature normande et la nature usurière se convinrent l'une à l'autre. Gobseck se trouvait avoir besoin d'une homme jeune et babile pour surveiller une petite opération à l'étranger. Un auditeur au conseil d'État, surpris par le retour des Bourbons, avait eu l'idée, pour se bien mettre en cour, d'aller en Allemagne racheter les titres des dettes contractées par les princes pendant leur émigration. Il offrait les bénéfices de cette affaire, pour lui purement politique, à ceux qui lui donneraient les fonds nécessaires. L'usurier ne voulait lâcher les sonmies qu'au fur et à mesure du rachat des créances, et les faire examiner par un fiu représentant. Let usuriers ne se fient à personne, ils veulent des garanties ; auprès d'eux, l'occasion est tout; de glace quand ils n'ont

pas besoin d'an homme, ils sont patelins et disposés à la bienfaisance quand leur ntilité s'y trouve. Du Tillet connaissait le rôle immense sourdement joué sur la place de Paris par les Werbrust et Gigonnet, escompteurs du commerce des rues Saint-Denis et Saint-Martin, par Palma, banquier du faubourg Poissonnière, presque toujours intéressés avec Gobseck. H offrit donc une caution pécuniaire en se faisant accorder un intérêt et en exigeant que cf's messieurs employassent dans leur commerce d'argent les fonds qu'il leur déposerait : il se préparait ainsi des appuis. Il accompagna monsieur Clément Chardin des Lupeaulx dans un voyage en Allemagne qui dura pendant les Cent-Jours, et revint à la seconde restauration, ayant plus augmenté les éléments de sa fortune que sa fortune elle-même. Il était entré dans les secrets des plus habiles calculateurs de Paris, il avait conquis l'amitié de Thomme dont il était le surveillant, car cet habile escamoteur lui avait mis à nu les ressorts et la jurisprudence de la haute politique. Du Tillet était un de ces esprits qui entendeni ^ demi-mot, il acheva de se former pendant ce voyage. Au retour, il retrouva madame Roguin fidèle. Quant au pauvre notaire, il attendait Ferdinand avec autant d'impatience qu'en témoignait sa femme; la belle Hollandaise l'avait de nouveau ruiné. Du Tillet questionna la belle Hollandaise et ne retrouva pas une dépen e équivalente aux sommes dissipées. Du Tillet découvrit alors le secret que Sarah Gobseck lui avait si soigneusement caché, sa folle passion pour Maxime de Trailles, dont les débuts dans sa carrière de vices et de débauche annonçaient ce qu'il fut, un de ces garnements politiques nécessaires à tout bon gouvernement, et que le jeu rendait insatiable. En faisanr cette découverte, du Tillet comprit l'insensibilité de Gobseck pour sa petite-nièce. Dans ces conjectures, le banquier du Tillet, car il devint banquier, conseilla fortement à Roguin de garder une poire pour la soif, en embarquant ses clients les plus riches dans une affaire oa il pourrait se réserver de fortes sommes, s'il était contraint à faillir en recommençant le jeu de la banque. Après des hauts et des

lÈNES DE LA TIE PARVIENNE

seulement à du Tlllet et à madame Roguin^ dit enfin sonner l'heure de sa déeon/Uure. alors exploitée par son meilleur ami. Du a spéculation relative aux terrains sitaés ieleine. Naturellement les cent mille francs otteau chez Roguin, en attendant un place»

nis à du Tillet qui, voulant perdre le parfosndre à Roguin qu'il eottrah moins de dsiH dans ses filets ses amis intimes. — Ua conserve des ménagements jusque dans sa personnes savent aujourd'hui combien peu oque une toise de terrain autour de la Ma« ; terrains allaient nécessairement être vendus r valeur momentanée à cause de l'obligatioa 'aller trouver des propriétaires qui profitenon ; or, du Tillet voulait être à portée de léfices sans supporter les pertes d'une spéterme. En d'antres termes, son plan conffaire pour s'adjuger un cadavre qu'il savait En semblable occurrence, les Gobseck, ks 3rust, les Gigonnet se prêtaient mutuellenais du Tillet n'était pas assez intime avec leroander leur aide ; d'ailleurs il voulait si bras tout en conduisant l'affaire, qu'il pût )fits du vol sans en avoir la honte ; il sentit té d'avoir à lui l'un de ces mannequins i dans la langue commerciale hommes de ir supposé de la Bourse lui parut propre à damnée, et il entreprit sur les droits divins imrne. D'un ancien commis voyageur, sans ité, excepté celle de pvler indéfiniment sur sujet en ne disant rien, sans sou ni maille, nprendre un rôle et le jouer sans compro- ; plein de l'honneur la plus rare, c'est-àgarderun secret et de se laisser déshonorer commettant, du Tillet fit un banquier qui iait les plus grandes entreprises, le chef de

CÉSAR BIROTTEAU 6i

la maison Glaparon. La destinée dé Gharies Ghparon était d'être un jour livré aux juifs et aux phariâens, si les affaires laneées^ par du Tillet exigeaient une Milite, et Glaparon le savait. Mais, pour on pauvre diable qui se promeuait mélancoliquement sur les b^Ievards avec un avenir de quarante sous dans sa poche quand wn aunarade du Tillet le rencontra, les petites parts qui devaient Ira être abandonnées dans chaque affiiire furent un Eldorado. Ainsi son amitié, son dévouement pour du Tillet corroborés d'une reconnaissance irréfléchie, excités par les besoins d'une vie libertine et décousue, lui faisaient dire amen à tout. Pois, après avoir vendu son honneur, il le vit risquer avec tant de pmdence, qu'il finit par s'attacher à son ancien camarade, comme un chien à son mattre. Glaparon était un caniche fort laid, mais tY)ujours prêt à faire le saut de Gurtius. Dans la combinaison actuelle, il devait représenter une moitié des acquéreurs des terrains comme Gésar Birotleau représenterait l'autre. Les valeurs que Glaparon recevrait de Birotteau seraient escomptées par un des usuriers de qni du Tillet pouvait emprunter le nom, pour précipiter Birot^ teait dans les abîmes d'une faillite, quand Roguin lui enlèvenût ses fonds. Les syndics de la faillite agiraient au gré des inspirations de du Tillet qui, possesseur des écus donnés par le parfumeur et son créancier sous diffiérents noms, ferait liciter les terrains et les achèterait pour la moitié de leur valeur en payant avec les fonds de Roguin et le dividende de la faillite. Le notaire trempait dans ce plan en croyant avoir une bonne part des précieuses dépouille» du parfumeur et de ses cointéressés ; mais l'homme à la discrétion duquel il se livrait devait se faire et se fit la part du lion. Roguin, ne pouvant poursuivre du Tillet devant aucun tribunal, fat heureux de l'os à ronger qui lui fut jeté, de mois en mois, au fond de la Suisse où il trouva des beautés au rabais. Les circonstances, et non une méditation d'auteur tragique inventant une intrigue, avaient engendré cet horrible plan. La haine sans désir de vengeance est un grain tombé sur du granit ; mais la vengeance vouée à

était un des mouvements les plus natu* la querelle des anges maudits et des u Tillet ne pouvait sans de grands in- )T le seul homme dans Paris qui le savait imestique, mais il pouvait le jeter dans r au point de rendre son témoignage longtemps sa vengeance avait germé fleurir, car les gens les plus haineux de plans ; la vie y est trop rapide, trop d'accidents imprévus; mais aussi ces ons, si elles ne permettent pas la pré- Iles très-bien une pensée tapie au fond t pour guetter leurs chances fluviatiles.

fait sa confidence à du Tillet, le comiment la possibilité de détruire César, ompé. Sur le point de quitter son idole, 'este de son philtre dans la coupe cas- ; jours aux Champs-Elysées et revenait natin. Ainsi la défiante madame César un homme se résout à jouer le rôle que é à Roguin, il acquiert les talents du , il a la vue d'un lynx et la pénétraait magnétiser sa dupe ; aussi le notaire ;eau longtemps avant que Birotteau ne rfumeur le regarda, il lui tendait déjà

recevoir le testament d'un grand perhiuit jours à vivre, dit-il de l'air le plus aais l'on m'a traité comme un médecin ivoyé chercher en voiture et je reviens

èrent un léger nuage de défiance qoi it du parfumeur, et que Roguin entrese garda- t-il bien de parler de l'aiSaire (lier, car il pouvait porter le dernier

nents, les contrats de mariage, dit Bi*

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CÈÀÂK BIROTTEAU

rottean, voilà la Tie. Et à propos de cela, quand épousoss- BOQs la Madeleine? Hé ! hé 1 papa Roguin, ajoùta-t-il en lui tapant sur le ventre.

Entre hommes la prétention des plus chastes bourgeois est de paraître égrillards.

»Mais si ce n'est pas aujourd'hui, répondit le notaire d'un air diplomatique, ce ne sera jamais. Nous craignons que l'affaire ne s'ébruite, je suis déjà vivement pressé par deux de mes plus riches clients qui veulent se mettre dans cette spéculation. Aussi est-ce à prendre ou à laisser. Passé midi, je dresserai les actes et vous n'aurez la faculté d'y être que jusqu'à une heure. Adieu. Je vais précisément lire les minutes que Xandrot a dû me dégrossir pendant cette mût.

—Eh bieni c'est fait, vous avez ma parole, dit Birotteau en courant après le notaire et lui frappant dans la main. Prenez les cent mille francs qui devaient servir à la dot de ma fille.

—Bien, dit Roguin en s'éloignant.

Pendant l'instant que Birotteau mit à revenir auprès du petit Popinot, il éprouva dans ses entrailles une chaleur violente, son diaphragme se contracta, ses oreilles tintèrent.

— Qu'avez-vous, monsieur? lui demanda le commis en voyant son maître le visage pâle.

— Ah I mon garçon, je viens de conclure par un seul mot une grande affaiire, personne n'est maître de ses émotions en pareil cas. D'ailleurs tu n'y es pas étranger. Aussi t'aije amené ici pour y causer plus à l'aise, personne ne nous écoutera.Ta tante est gênée, à quoi donc a-t-elle perdu tout son argent? dis-le-moi.

—Monsieur, mon oncle et ma tante avaient leurs fonds chez monsieur de Nucingen, ils ont été forcés de prendra en remboursement des actions dans les mines de Wortschin qm ne donnent pas encore de dividende, et il est di£tleile à leur âge de vivre d'espérance.

«->Mais avec quoi vivent-ils?

s DB UL WE PARISIENNE

\ plaisir <f sceepter mes «ppointemenla.

ieJme, dît le parfnmeor en laissant Toir dans ses yeux, tu. c» digne de l'atUirporte. Anssi vasrla recevoir usa hante ipplication à mes affidresw 'oles,. le négociant grandissait autant è 'à ceux de Popinot;. il y mit cette bour* nphaae, expuessioa. de sa supériorité

riez deviné ma passion ponr.»

e parfumeur»

selle Gésarine.

1 es bien hardi, s'écria Birottean. Mais

t, je te promets de l'oublier, et tu snmt*

emain. Je ne t'en yeux pas; à tai place,

i aurais fait tout autant. Elle est si

dit le commis qm sentait sa ciiemise essuait.

itte affaire n'est pas Faffkire d'un joor ; Itresse, et sa mère a ses idées. Ainsi , essuies tes yeux, tiens ton cœur en s jamais. Je ne rougirais pas de t'ayoir de monneur Popinot, juge au< tribunal i y neveu des Ragon, tu as le dooit de mi comme un autre ; mais il y a des / Quel diable de chien me lâches-tu là ion d'affaires I Tiens, assieds^toi sur 'amoureux fasse place au commis. Poe cœur ? dit-il en regardant son commis»

ge de lutter avec j^us fort que toi, éà •ps?

combat long, dangereui..*

t de Hacassar 1 dit Birottean, sedneseanl

yf ^^ fWf^^^j'

m pied comme un héroft de Plutarque. Ne nous abusons pas, Tennemi est fort, bien campé, redoutable. L'huile de Macassar a été rondement menée. La conception est habile. Les fioles carrées ont l'originalité de la forme. Pour mon projet, j'ai pensé à faire les nôtres triangulaires ; mais je préférerais, après de mûres réflexions, de petites bouteilles de verre mince clissées en roseau ; elles auraient un air mystérieux^ et le consommateur aime tout ce qui l'intrigue.

— C'est coûteux, dit Popinol. Il faudrait tout établir ac meilleur marché possible, afin de faire de fortes remises aux détaillants.

•—Bien, mon garçon, voilà les vrais principes. Songes-y bien, Fhuile de Macassar se défendra I elle est spécieuse, elle a un nom séduisant. On la présente comme une importation étrangère, et nous aurons le malheur d'être de notre pays. Voyons, Popinot, te sens-tu de force à tuer Ifacassar? D'abord tu l'emporteras dans les expédilions d'outre-mer : il parait que Macassar est réellement aux indes. Il est plus naturel alors d'envoyer le produit français aux Indiens que de leur renvoyer ce qu'ils sont censés nous fournir. A toi les pacotilleurs 1 Mais il faut lutter à l'étranger, lutter dans les départements 1 Or l'huile de Macassar a été bien affichée, il ne faut pas se déguiser sa puissance, elle est poussée, le public la connaît.

— Je la coulerai, s'écria Popinot l'œil en feu.

— Avec quoi? lui dit Birotteau. Yoilà bien l'ardeur des jeunes gens. Écoute-moi donc jusqu'au bout.

Anselme se mit comme un soldat au port d'armes devant un maréchal de France.

— J'ai ini enté, Popinot, une huile pour exciter la pousse des cheveux, raviver le cuir chevelu, maintenir la couleur ées cheveux m&les et femelles. Cette essence n'aura pas moins de succès que ma pâ/e et mon eau ; mais je ne veux pas exploiter ce secret par «noi-môme, je pense à me retirer du commerce. C'est toi, mon enfant, qui lanceras mon huile Cmnagèm (du mot coma, mot latin qui signifie cheveux^

oomme I a dit monsieur Alibert, mëdecia d« roi. Ce mot se trouve dans la tragédie de Bérénice, où Haeinea mis un roi de Gomagène, amant de ceUe belle rehie si célèbre par sa cbeyelure, lequel amant, sans doute par flatterie, a donné ce nom à son royaume I Gomme ces grands génies ont de l'esprit I ils descendent aux plus petits détails).

Le petit Popinot garda son sérieux en écoutant cette parenthèse saugrenue, évidemment dite pour lui qui avait de Finstruction.

— Anselme, j'ai jeté les yeux sur toi pour fond^ use maison de commerce de haute droguerie, rue des Lombards, dit Birotteau. Je serai ton associé secret, je te baillerai les premiers fonds. Après IHuile Gomagène, nous essayerons de Tessence de vanille, de Tesprit de menthe. Bnfin, nous aborderons la droguerie en la révolutionnant, en vendait ses produits concentrés au lieu de les vendre ea nature. Ambitieux jeune homme, es-tu content?

Anselme ne pouvait répondre, tant il était oppressé, mais ses yeux pleins de larmes répondaient pour lui. Gette offire lui semblait dictée par une indulgente paternité qui loi fusait : Mérite Gésarine en devenant riche et considéré.

— Monsieur, répondit-il enfin en prenant rémotiou de Birotteau pour de l'étonnement, moi aussi je réussirai I

— Yoilà comme j'étais, s'écria le parfumeur, je n'ai pas dit un autre mot. Si tu n'as pas ma fille, tu auras toujours une fortune. Eh bfen, garçon, qu'est-ce qui te prend t

— Laisffez-moi espérer qu'en acquérant l'une j'obtiendrai l'autre.

— Je ne puis t'empècher d'espérer, mon ami^ dit Birotteau touché par le ton d'Anselme.

— Eh bien, monsieur, puis-je dès aujourd'hui prendre mes mesures pour trouver une boutique afin de commencer au plus tôt ?

— Oui, mon enfant. Demain nous irons nous enfermer tous deux à la fabrique. Avant d'aller dans le quartier de la rue des Lombards, tu passeras chez Livingston, pour savmr

w»^:;^.TW!

CÉSAR BIROTTKAU ST

n na presse hydrauH^e pourra fonetiomier demaîn. Ce soir, nous irons, à l'heure du dîner, chez l'illustre et bon monsieur Tauquelîn pour le consulter. Ce savant s'est oempé tout récemment de la composition des cheveux, et il a reeherdié quelle éuit leur substance colorante, d'où elle provenait, quelle était la contexture des cheveux. Tout est là, Popinot. n sauras mon secret, et il ne s'agira plus que de Ve%p\oïti&t avec intelligence. Avant d'aller chez Livingston, paase chez Pierî Bérard. Mon enfant, le désintéresse* ment de monsieur Yanquelin est une des grandes douleurs de ma vie : il est impossible de lui rien faire accepter. Heu-* reusem^t f ai su par Chiflireville qu'il voulait une Vierge de I^eade, gravée par un certain Huiler, et, après deux ans de correspondance en Allemagne, Bénard a fini par la trouver sur papier de Chine, avant la lettre; elle coûte quinze cents firanes, mon garçon. Aujourd'hui, notre bienfaiteur la verra dans son antichambre en nous reconduisant, car elle doit être encadrée, tu t'en assureras. Nous nous rappellerons ainsi à son souvenir, ma femme et moi, cai' quant à la reconnaissance, voilà seize ans que nous prions Dieu, tous les jours, pour lui. Moi, je ne l'oublierai jamais ; mais, Popi- Dot, enfoncés dans la science, les savants oublient tout, femmes, amis, obligés. Nous autres, notre peu d'intelligence nous permet au moins d'avoir le ccemr chaud. Ça console de ne pas être un grand homme. Ces messieurs de l'Institut, c'est tout cerveau, tu verras; vous ne les rencontrez jamais dans une église. Monsieur Yauquelin est toujours dans son cabinet ou dans son laboratmre, j'aime à croire qu'il pense à Dieu en analysant ses ouvrages. Ycilà qni est entendu ; je te ferai les fonds, je te laisserai la poisestioD de mon secret, nous serons de moitié, sans qu'il soit besoin d'acte. Yfienne le succès ! nous arrangerons nos flûtes. Cours, mon garçon, moi je vais à mes affaires. Écoute donc, Popinot, je donnerai dans vingt jours un grand bal, fais-toi faire un habit, viens-y comme un commerçant déjà calé...

Ce dernier trait de bonté émut tellement Popinot, qu'il ttiâi la grosse main de César et la baisa. Le txmhomme

ENES |>E LA Vie PARISIENNE

ureux par cette confidence, et les gens épris tout.

;on, dît Birotteau en le voyant courir a ^ras, si Césarine Taimait t mais il est boiteux, de la couleur d'un bassin^ et les jeunes ;ulières, je ne crois guère que Césarine.^ reut la voir la femme d'un notaire. Alexanra riche; la ricliesse rend tout supportable, a pas de bonheur qui ne succombe à la j'ai résolu de laisser ma fille maîtresse [u'à concurrence d'une îblie.

iirotteau était un petit marchand de parales et de cannes, nommé Gayron, Languelit de mauvaises affaires, et que Birotteau i plusieurs fois. Cayron ne demandait pas restreindre à sa boutique et de céder au les deux pièces du premier étage, en dimi- )n bail.

)isin, lui dit familièrement Birotteau en enrchand de parapluies, ma femme consent à e notre local ! Si vous voulez, nous irons [olineux à onze heures.

Qonsieur Birotteau, reprit le marchand de e vous ai jamais rien demandé pour cette is savez qu'un bon commerçant doit faire

h\e I répondit le parfumeur, je n'ai pas des 5. J'ignore si mon architecte, que j'attends, le praticable. Avant de conclure, m'a-t-il 08 planchers sont de niveau. Puis il faut Dlineux consente à laisser percer le mur, et itoyen? Enfin j'ai à faire retourner chez moi changer le palier afin d'établir le plaindes frais, je ne veux pas me ruiner»

leur, dit le méridional, quand vous seies era venu coucher avec la terre, et ils auronl

CÈSAK BIROTTSàU

f Birotteau se caressa le menton en se soulevant sur la pointe des pieds et retombant sur les talons.

— D'ailleurs, reprit Gayron, je ne vous demande pas antre chose qu^ de me prendre ces valeurs-là...

Et il lui présenta un petit bordereau de cinq mille francs composé de seize billets.

— Ab 1 dit le parfumeur en feuilletant les effets, de pe^ tUes broches y deux mois, trois mois...

— Prenez-les-moi à six pour cent seulement, dit le mar* cliand d'un air humble.

— Esi-ce que je fais Tusure ? dit le parfumeur d'un air de reproche.

— Mon Dieu, monsieur, je suis allé chez votre ancien commis du Tillet ; il n'en voulait à aucun prix, sans doute pour savoir ce que je consentirais à perdre.

— Je ne connais pas ces signatures-là, dit le parfumeur.

— Mais nous avons de si drôles de noms dans les cannes et les parapluies, c'est des colporteurs 1

— Eh bien, je ne dis pas que je prenne tout, mais je m'arrangerai toujours des plus courts.

— Pour mille francs qui se trouvent à quatre mois, ne me laissez pas couiir après les sangsues qui nous tirent le plus clair de nos bénéfices, faites-moi tout, monsieur. J*ai si peu recours à l'escompte, je n'ai nul crédit, voilà ce qui nous tue nous autres petits détaillants.

— Allons, j'accepte vos broches, Gélestin fera le compte. À onze heures, soyez prêt. Voici mon architecte, monsieur Grindot, ajouta le parfumeur en voyant venir le jeune homme avec lequel il avait pris la veille rendez-vous chez monffleur de La Billardière. Contre la coutume des gens de talent, vous êtes exact, monsieur, lui dit César en déployant ses grâces commerciales les plus distinguées. Si l'exactitude, suivant un mot du roi, homme d'esprit autant que grand politique, est la politesse des rois, elle est aussi la fortune des négociants. Le temps, le temps est de l'or, surtout pour vous artistes. L'architecture est la réunion de tous les arts, je me suis laissé dire cela. Ne passons point par la bouti-

SCÈNES IMC LA VIE PABISIENNB

il en montnnt la fausse porte coehère de sa

ftaparàTant, numnenr Grindot ayait remporté d'achiteeture, il retenait de Rome q>rès on \ ans aux frais de TÊtat* Bu Italie le jeune ari Tart, à Paris il songeait i la fortune. Le gottat seul donner les millions nécessaires ft nn r édifier sa gloire; en revenant de Rome, S le se croire Fontaine ou Pereier que tout arlieux ineline au ministérialisme; le pensioadevenu royaliste, tâchait donc de se faire proens influents, vfuand un grand prix se conduit marades rappellent nn intrigant. Le jeune it deux partis i prendre ; servir le parfumeur contribution. Mais Birotteau l'adjoints Bkol- K)8ses8eur par moitié des terrains de la Madele laquelle tôt on tard il se b&tirait un beau un homme à ménager. Grindot immola donc t aux bénéfices à venir. Il écouta patiemment édites, les idées d'un de ces bourgeois, cible traits, des plaisanteries de Tartiste, étemel lépris, et suivit le parfumeur en hochant la Br ses idées. Quand le parfumeur eut bien tout Hme architecte essaya de lui résumer â loia.

!Z à vous trob croisées de face sur la rue, ph» lue sur l'escalier et prise par le palier. Vons latre croisées les deux qui sont de niveau dans sine en retournant TescaUer pour aller de s tout l'appartement, du côté de la rue.

ivez parÉûtement compris, dit le paiiiumeiir

iiser votre plan, il faut éclairer par en bavt lier et ménager une loge de portier aoui le

i la partie sur laquelle reposaFS.^

CiSAR BIROTTEAU 71

-^ Je comprends, monsieur.

-— Quact à votre appartement, laisses-moi carte blanche pour le distribuer et le décorer. Je veux le rendre digne.».

— Digne 1 Vous avez dit le mot, monsieur.

— Quel temps me donnez-vous pour opérer ce changement de décor?

— Tingt jour».

— Quelle somme vonle^vons jeter à la tète des ouvriers t dk Grindot.

— Mais à qudle somme pourront moster ces op^^ontT

— Un architecte chiffre one construction neuve à un centime près, répondit le jeune homme; mm eomme je ne •ûs pas ce que c'est <ine d'eniler un bourgeois... (pardon 1 monâeur, le mot m'est échappé...) je dois vous prévenir qu'il est impossible de chiffrer des réparations et des rhabillages. A peine en huit jours arn?eraîs-je 4 faire un devis approximatiL Âcoord^nnoi votre confiance : vous aurez un charmant escalier éclairé par k haut, orné d'an joli vestibule sur la rue, et sous le aoele^.

— Toujours ce socle...

— - Ne vous en mqniétez pas, je trouverai te place d'une petite loge de portier. Yos appartements seront étudiés, reataures avec amour. Oui, nM>n8ieur, je vois l'art et non la fortune J Avant tout, ne dois^je pas faire parler de moi pour arriver? Selon moi^^ le meilleur moyen est de ne pas tripoter avec les founUiseurs, de réaliser de beaux effets 4 bon marché.

-* Avec de pareilles idées, jeune homme, dit Birottean ^un ton protecteur, vous réoasirex.

— Ainsi, reprit Grindot, traitez directement avec vos maçons, peintres, serruriers, charpentiers, menuisiers. Moi je me charge de régler leurs mémoires. Accordez-moi seulemenl deux mille firancs d'honoraires, ce sera de l'argent bien placé. Laisaez-âoi maître des lieux demain à midi et mdiquez-moi vos ouvriers*

— A quoi peut se monter la dépense 4 vue de nei? dit Kroltean.

— Dix à douze mille francs, dit Grindot. Mais je ne compte pas le mobilier, car vous le renouvelez sans doute. Vous me donnerez l'adresse de votre tapissier, je dois m*entendi»e avec lui pour assortir les couleurs, afin d'arriver à un ensemble de bon goût.

-^ Monsieur Braschon, rue Saint- Antoine, a mes ordres, dit le parfumeur en prenant un air ducal.

L'architecte écrivit l'adresse sur un de ces petits souvenirs qui \îeimeiit toujours d'une jolie femme.

— Allons, dit Birotteau, je méfie à vous, monsieur. Seulement, attendez que j'aie arrangé la cession du bail des deux chambres voisines et obtenu la permission d'ouvrir le mur.

— Prévénez-moi par un billet ce soir, dit Tarchitecte, Je dois passer la nuit à ftdre mes plans, et nous préférons encore travailler pour les bourgeois à travailler pour le roi de Prusse, c'est-à-dire pour nous. Je vais toujours prendre les mesures, les hauteurs, la dimension des tableaux, la portée des fenêtres...

— Nous arriverons au Jour dit, reprit Birotteau^ sans quoi, rien.

— n le faudra bien, dit l'architecte. Les ouvriers pass^ rQUt les nuits, on emploiera des procédés pour' sécher les peintures; mais ne vous laissez pas enfoncer par les entrepreneurs, demandez-leur toujours le prix d'avance, et constatez vos conventions!

— Paris est le seul endroit du monde où l'on puisse frapper de pareils coups de baguette, dit Birotteau en se laissant aller à un geste asiatique digne des Mlle et une nuits. Vous me ferez l'honneur de venir à mon bal, mon* siieur. Les hommes à talent n'ont pas tous le dédain dont on accable le commerce, et vous y verrez sans doute un savant du premier ordre, monsieur Yauquelin de l'Instiiut I puis n^onsieur le La Billardière, monsieur le comte de Fontaine, monsieur Lebas, juge, et le président du tribunal de commerce ; des magistrats : monsieur le comte de Oraad«

CÉSAR BIROTTfiAU 73

Tfile de la cour royale, et monsieur Popinot au tribunal de première instance , monsieur Camusot du tribunal de commerce, et monsieur Cardot, son beau-père... enfin, peutêtre monsieur le duc de Lenoncourt, premier gentilhomme de la chambre du roi. Je réunis quelques amis autant... pour célébrer la délivrance du territoire... que pour fêter ma... promotion aans Tordre de la Légion d'honneur... -* Grradot fit un geste singulier. -^Peut-être... me suis-Je rendu digne de cette... insigne... et... royale... faveur en siégeaut au tribunal consulaire et en combattant pour les Bourbous aor les marches de Saint-Roch au 13 vendémiaire, où je fus blessé par Napoléon. Gea titres...

Constance, vêtue en matin, sortit de la chambre à coucher de Gésarine où elle s'était habillée ; son premier coup d'œil arrêta net la verve de son mari, qui cherchait à formuler une phrase normale pour apprendre avec modeâie ses grandeurs au prochain.

— "Rens, mfmi, voici monsieur rfeOrindot, jeune homme distingué d'autre part, et possesseur A*nn grand talent. Monsieur est Tarchitecte que noua a recommandé monsieur de La Billardière, pour diriger nos petits travaux ici.

Le parfumeur se cacha de sa femme pour faire un signe à Tarchitecte en mettant un doigt sur ses lèvres au mot petit, et l'artiste comprit.

— Gonstance, monsieur va prendre les mesures, les hack teurs; laisse-le faire^ ma bonne, dit Birotteau qui s'esquiva dans la rue.

— Cela sera-t-il bien cher? dit Gonstance à l'architecte.

— Non, madame, six mille francs, à vue de nez...

— A vue de nez 1 s'écria madame Birotteau. Monsieur, je vous en prie, ne commencez rien sans un devis et des marchés signés. Je connais les façons de messieurs les entrepreneurs ; six mille veut dire vingt mille. Nous ne sommes pas en position de faire des folies. Je vous en prie, monsieur, quoique mon mari soit bien le maître chez lui, his» sex-îui le temps de réfléchir.

— Madame, monsieur l'adjoint m'a dit de lui livrer les

8CÈNES m LA VIE PARISIENNE

5 vingt joara, et si nous urdons, vous seriez m^ ntamer la dépense sans obtenir le résultat.

a dépenses et dépenses, dit la belle parfumeuae. madame, «royec^-vaus qn'il soit bien glorieux powr eete qui vent élever des monuments de décorer «a eut? Je ne descends à ee détail qne pour obiifer de La Billardière, et si je vous effinaye...

1 mouvement de retraite.

ï, bien, monsieur^ (fit Gonslanee en rentrant dans >re, oà elle se jeta la t^e sur fépaule de Gésarin». illel ton père se rmnet II a pris un architecte cpd astaehes, une roy^, et qui parie de construire ées itst II Ta jeter h maison par les fenêtres pour noos LouTre. César n'est jamais en retard pour use fo-

6 parié de son projet eette nuit, it l'exécute ee

! maman, laisse faire à papa, le bon Dieu Ta Umtégé, dit Césanne en embrassant sa mère et se m piano pour montrer à Tarchitecte que la filîe ameur n'était pas étrangère aux beaux-arts, l'architecte entra dans la chambre à coucher, il s de la beauté de Césarine, et resta presque inter^ e de sa chambrette en déshabillé du matin, C^che et rose comme nne jeune fille est rose et fraîche t ans, blonde et mince, les yeux bleus, offrait an i l'artiste celte élasticité, si rare à Paris, qui &it les chairs les plus délicates, et nuance d'une couée par les peintres le bleu des peines dont le résean tns les clairs du teint. Quoique vivant dans la lyn> atmosphère d'une boutique parisienne où Tair se e difficilement, où le soleil pénètre peu, ses mœurs ient les bénéfices de la vie en plein air d'une îrine de Rome.D'abondants cheveux, plantés comme on père et r^evés de mamère à laisser voir un attaché, ruisselaient en boucles soignées, comme M toutes les demoiselles de magasin à qui le dénr

CÉSAR WROnSàll 16

d'être remarquées a mapiré les inimitiés les plus angUisas «D fait de toilette. La bea«lé de cette jenae fille n'était ai la beauté d'une lady, ai celle des duchesses françaises^ mais la ronde et rousse beauté des Flamaades de Rubeos^ Césarine avait le nez retroussé de soa père^ mais rendus]^ rituel par la finesse du modelé, sembWMe à oehii des nea essentiellement français, si bien réussù ebez LargiUière. âa peau, comme une étoffe pleine «I îottei, anwmçait la tha* iité d'uae vierge. Elle aivaii le beau front de sa mère, mais éclairei par la oérénté d'une fille sans soucis^ Ses yeux bleus, noyés dans un riche fluide, etprimsient la grftce tendre d'une blonde beareuse. Si le bonheur Atait àsa télé œite poésie que les peintres veitoïC absoluoseaft donner à lenrs eomposiiions en les faisant an peu trop pensives, la vague mélsBColie physique dont sont atteintes les jeunes filles qm n'ont jamais qiàlté l'aile reateradle lui imprimait alors «ne sorte d'idéaU Malgré la fiaease de ses Cormes, elle était fortement constituée; ses pieds accusaient l'origine paysanne de son père, car die péchait par un défaut de race et peut-être aussi par la rougeur de ses mûns, signature d'une vie puronenl bourgeoise. Elle devait arriver tôt ou ÈKtd à l'embonpoint. En voyant venir quekpies Jeunes feamies âégai^es, elle avait fini par attrapa le sentiment de la tmlette, quelques airs de tète, une manière de parler^ de se mouvoir, qui jouaieni la femme eomme il faut et tournaient la cervelle à tous les jeunes g^is, aux commis, auxquels elle paraissait très-distinguéG. Popinot s'était juré de ne jamais avoir d'autre femme que Césarine^ Cette blcmda fluide qu'un regud semblait roiverser, prête à fondre en pleurs pour ua mot de reproche, pouvait seule lui rendre le sentiment de la supériorité maseuline. G^te charmante fillis in^irait l'amour saaa laisser le temps d'examiner si elle avait asses d'esprit pour le rendre durable; mais à qMi bon ce qu'on nomme à Paris ftspnt, dans une classe oA l'élément principal éa bonheur est le boa sens et la vertuf Au moral, Césarine était sa mère un peu perfectionnée par lai siçerfluités de l'éducalâoa: elle aimait la musique,

SCtofiS DE LA yiE PARISIENNE

crayon noir la Vierge à la Chaise, lisait les mesdames Gottin et Riceoboni, Bernardin ëe , Pénelon, Racine. Elle ne paraissait jamais i mère dans le comptoir que quelques moments mettre à table, on pour la remplacer en de ions. Son père et sa mère, comme tous ces mpressés de cultiver l'ingratitude de leurs les mettant au-dessus d'eux, se plaisaient à rine, qui, heureusement, avait les vertus de la et n'abusait pas de leur faiblesse.

Birotteau suivait l'architecte d'un air inquiet et en regardant avec terreur et montrant à sa fille ents bizarres du mètre, la caime des architectes preneurs, avec laquelle Grindot prenait ses metrouvait à ces coups de baguette un air conju- )rt mauvais augure, elle aurait voulu les murs \f les pièces moins grandes, et n'osait questioni homme sur les effets de cette soreelleirfe. tranquille, madame, Je n'emporterai rienydlt souriant.

ne put s'empêcher de sourke.

îur, dit Constance d'une voix suppliante en ne même pas le quiproquo de l'architecte, allez & et, plus tard, nous pourrons vous récompenser... lier chez monsieur Molineux, le propriétaire de jisine, César voulut prendre chez Roguin ractc re privée qu'Alexandre Crottat avait dû lui projette cession de bail. En sortant, Birotteau vit a fenêtre du cabinet de Roguin. Quoique la liaiancien commis avec la femme du notaire rendît Ile la rencontre de du Tillet à l'heure où se failités relatifs aux terrains, Birotteau s'en inquiéta, sxtrème confiance. L'air animé de du Tillet andiscussion. — Serait-il dans l'affaire? se de- 3ar suite de sa prudence commerciale. Le sonp- }mme un éclair dans son âme. Il se retourna, Roguin, et la présence du banquier ne lui parut

C£SAR BIROTTSAU 77

plus alors si suspecte. -* Cependant, si Constance avait raison? se dit-il. Suis-je bète d'écouter des idées de femme ! J'en parlerai d'ailleurs à mon oncle ce matin. De la cour Batave, où demeure ce monsieur Molineux, à la rue des bourdonnais, il n'y a qu'un saut.

Un défiant observateur, un commerçant qui dans sa car* rière aurait rencontré quelques fripons, eût été sauvé; mais les antécédents de Birotteau, l'incapacité de son esprit peu propre à remonter la chaîne des inductions par lesquelles un homme supérieur arrive aux causes, tout le perdit. Il trouva le marchand de parapluies en grande tenue, et s'en allait avec lui che^ le propriétaire, quand Virginie, sa cuisinière, le saisit par le bras.

— Monsieur, madame ne veut pas que vous alliez plus loin...

— Allons, s'écria Birotteau, encore des idées de femme!

— ... Sans prendre votre tasse de café qui vous attend.

— Ah! c'est vrai. Mon voisin, dit Birotteau à Cayron, j'ai tant de choses en tête que je n'écoute pas mon estomac. Faites-moi le plaisir d'aller en avant, nous nous retrouverons à la porte de monsieur Molineux, à moins que vous ne montiez pour lui expliquer l'aflEaire, nous perdrons ainsi moins de temps.

Monsieur Molineux était un petit rentier grotesque, qui n'existe qu'à Paris, comme un certain lichen ne croît qu'en Islande. Cette comparaison est d'autant plus juste que cet homme appartenait à une nature mixte^ à un règne animovégétal qu'un nouveau Mercier pourrait composer des cryptogames qui poussent, fleurissent ou meurent sur^ dam; ou sous les murs plâtreux de différentes maisons étranges et malsaines où ces êtres viennen t d epréférence. Au premier aspect, cette plante humaine, ombelhfère, vu la casquette bleue tubulée qui la couronnait, à tige entourée d'un pantalon verdâtre, à racines bulbeuses enveloppées de chaussons de lisière, offrait une physionomie blanchâtre et plate qui certes ne trahissait rien de vénéneux. Dans ce produit bbirre vous eussiez reconnu Tactionnaire par excellence

n 8GÈNK8 0E LA TIE PARBONHI

croyant à toutet ks noutelles que la presse pérloffiqne bsp-^ tise de son encre, et qtt a toat dit en disant : Lisez le jomr nal I Le bourgeois essentieHement ami de Tordre, eC toujours en révolte morale atee le ponroir aoqoel néanmoins il obéit toujours, créature faible en masse et féroce en détail, insensible Connne un huissier qoand il s'agît de son droit, et donnant du mooroii frais aux oiseaux ou des arêtes de poisson à son diat, interrompant une quittance de loyer pour seriner nn canari, défiant comme un geôlier, mais apportant son argent pour une mauvaise afSire, et tâchant alors de se rattraper par une crasse avarice. La malfaisanœ de cette fleur hybride ae se révéhiit en effet que par Tusage; pour être éprouvée, sa nauséabonde amertume voulait U coetion d'un commerce quelconque où ses intérêts se trouvaient mêlés à ceux des hommes. C!omme tous les Parisiens, Molineux éprouvait un besoin de domination, il souhaitait cette part de souveraineté plus ou moins considérable exercée par chacun et même par un portier, sur plus ou moins de victimes, femme, enfant, locataire, commis, cheval, chien ou singe, auxquels on rend par ricochet les mortification» reçues dans la sphère supérieure où Ton aspire. Ce petit vieillard ennuyeux n'avait ni femme, ni enfant, ni neveu, ni nièce; il rudoyait trop sa femme de ménage pour en faire un souffre-douleur, car elle évitait tout contact en accomplissant son service. Ses appétits de tyrannie étaient donc trompés; pour les satisfaire, il avait patiemment étudié les lois sur le contrat de louage et sur le mur mitoyen ; il avaîl approfondi la jurisprudence qui régit les maisons à Paris dans les infiniment petits des tenants, aboutissants, servitudes, impôts, charges, balayages^ tentures à la Fête-Dieu, tuyaux dp descente, éclairage, saillies sur la voie publique, et voisinage d'établissements insalubres. Ses mojrens et son activité, tout son e^rit passait à maintenir son état de propriétaire au grand complet de guerre ; il en avait fait un amusement, et son amusement tournait en monomanie. Il aimait à protéger les citoyens contre les envahissements de l'illégalité; mais les sojets de pUônte éteient raros^ sa pas-

CÉSiOi ÈIROTTEAIT 79-

non avait donc fini par embrasser tes locataires* tJn locataire deTenait son eimemi, son inféiieur, son sujet, son feudataire; il croyait avoir droit à ses respects, et regardait comme un homme grosder celui qui passait sans rien dire auprès de lui dans les escaliers, tl écrivait lui-même ses • quittances, et les envoyait à midi le jour de Téchéance. Le contribuable en rétard recevait un commandement à heure fixe. Pttislasaide, les frais, toute la cavalerie judiciaire allait aussitôt, avec la rapidité de ce que Texécuteur des haute» oeuvres appelle la mécanique. Molineux n'accordait ni teime, ni délais son cœur avait un calus à l'endroit du loyer. — Je vous prêterai de Targent d vous en avez besoin, disait-il à un homme solvable, mais payez-moi mon loyer, tout retard entraine une perte d'intérêts dont la loi ne nous indemnise pas. — ^Après un long examen des fantaisies capriolantes des locataires qui n'offraient rien de normal, qui se succédaient en renversant les institutions de leurs devanciers, ni plus ni moins que des dynasties, il s'était Octroyé une charte, mais il l'observmt religieusement. Ainsi, le bonhomme ne répa-^ rait rien , aucune cheminée ne fumait, ses escaliers étaient propres, ses plafonds blancs, ses corniches irréprochables, les parqueta inflexibles sur leurs lambourdes, les peinture» satisfaisantes; la serrurerie n'avait jamais que trois ans, aucune vitre ne manquait, les fêlures n'existaient pas, il ne voyait de cassures au carrelage que quand on quittait les lieux, et il se faisait assister pour les recevoir d'un serrurier, d'un peintre-vitrier, gens, disait-il, fort accommodants. Le ^^reneur était d'ailleurs libre d'améliorer; mais si l'imprudent restaurait son appartement, le petit Molineux pensait nuit et jour à la manière de I2 déloger pour réoccuper l'appartement l'ralchement décoré; il le guettait, Tattendait et entamait la série de ses mauvais procédés^ Youlcs les finesses de la législation parisienne sur les baux, il les connaissait. Processif, écrivailleur, il minutait des lettres douce» et polies à ses locataires; mais au fond de ion style comme sous sa mine fade et prévenante se cachait l'âme de Shylock. II lui fallait toujours six mois d'avance, imputables sur le

SCÈNES DE LÀ VIE PARISnSNNE

e du bail, et le cortège des épineuses condi- (Vait inventées. Il vérifiait si les lieux étaient lubles suffisants pour répondre du loyer. Avaitu locataire, U le soumettait à la police de ses Us, car il ne voulait pas certains états, ie plus 1 Teffrayait. Puis, quand il fallait passer bail, il et répelait pendant huit jours en craignant ce t les et cœtera de notaire. Sorti de ses idées de Jean-Baptiste Molineux paraissait bon, senriaau boston sans se plaindre d'avoir été soutenu \; il riait de ce qui fait rire les bourgeois, parut ils parlent, des actes arbitraires des boulanent la scélératesse de vendre à faux poids, de i héroïques dix-sept députés de la gauche. D SENS du curé Meslier et allait à la messe, faute boisir entre le déisme et le christianisme; mais point le pain bénît et plaidait alors pour se IX prétentions envahissantes du clergé. L'infa- 3nnaire écrivait à cet égard des lettres aux les journaux n'inséraient pas et laissaient sans in il ressemblait à un estimable bourgeois qui ement au feu sa bûche de Noël, tire les rois, inissons d'avril^ fait tous les boulevard^ quand le lu, va voir patiner, et se rend à deux beores ;e de la place Louis XY les jours de feu d'aru pain dans sa poche, pour être aux premières

latave, où demeurait ce petit vieillard, est le e de ces spéculations bizarres qu'on ne peut ler dès qu'elles sont exécutées. Cette constrncie, à arcades et galeries intérieures, b&tie en ille, ornée d'une fontaine au fond, une fontaine uvre sa gueule de lion moins pour donner de ir en demandeh à tous les passants, fut sans ée pour doter le quartier Saint-Denis d'une lis-Royal. Ce monument, malsain^ enterré suï par de hautes maisons, n'a de vie et de mou*

CÉSAR BiaOTTSAU Al

tem^oi qike pendant le )(mr, il esl le ceitre des pasBages (^>scur& qui s'y dûment remkz-iroiia el joif^eit le quartier des halles aux quartiers. Saifit-Martia par la fiaziiesase rae Quincampoix» sentiers humiéea, où ks gew pressés gan gnent des rkumalisBMs ; mais la nuit auoui Heu de Paris n'est plus désert^ vous diriez les cadacembea du oomnefet. Il y a lïi plusieurs cloaques industriels^ trôa^peu d^ BataTOs et beaucoup d'épieiera. Natuedlement les i^iparteinents de ee palais marchand »'oat d'autre Tue que ceUe de la cour eommuneod deonent toutes les fesétres» en sorte que les loyers sont d'un prix minime^ Monsieur Molinewx demeurait dans uaa des angles^ au sixième étage, par raison de santé: l'aûr n'était pur qu'à soixanle-dix pieds audessus du sol. Là^ ce bon propriétaire jouissait de Faspeet enehanteur des mouUns de Hontmartie en se promov nant dans les okenaux où U cutti^sait des fieurs, nonobstant les ordonoancea de police lelativea aux jardins suspendus de la moderne Babylone. Son appartement était composé de quatre pièces, non compris ses précieuses an^ * glakes sitoées à Tétage supérieur i il en awût la def, elles lui appartenaient, il les «vait établies, il étût en règle à cet égard. En enUrant, wa/t indéeeote nudité révélait aussitôt l'avarice de cet homme : dans rantichambre» six chaises de paille, un poêle en faîrace, et sur les murs tendus de par pier v^rtrbouteiUe^ quatre gravures achetées à des ventes ; dans la salle à manger, deux buffets, deux eages pleine^i d'oiseaux, une table couverte d'une toile cLrée, un baromètre, une porte «fenêtre donnant sur ses jardins suspemb^ e( des chaises d'acajou foncées de crin ; le salon avait d^ petits rideaux en vieille étoffe de soie verte^ un meuble en velours d'Utreebt vert à bois peint en blanc. Quant i la chambre de ce vieux célibataire, elle offrait des meuble»« du temps de Louis XV , défigurés par un trop long usage eï sur lesquels une femme vêtue de blanc aurait eu peur dp se salir. Sa cheminée était ornée d'une pendule à deux colonnes entre lesquelles teniait un cadran qui servait de piédestal à une Pallas brandissant sa lance: un mythe. Le carreau était

)ré de plats pleins de restes destinés aux ébats, et ^quels on craignait de mettre le pied. Au-dessus lommode en bois de rose un portrait au pastel (Modans sa jeunesse). Puis des livres, des tables où se it d'ignobles cartons verts j sur une console, feu ses empaillés; enfin un lit d'une froideur qui en eût ré à une carmélite.

r Birotteau fut enchanté de Texquise politesse deMo-

qu'il trouva en robe de chambre de molleton gris, ant son lait posé sur un petit réchaud en tôle dans

de sa cheminée et son eau de marc qui bouillait 1 petit pot de terre brune et qu'il versait à petites iir sa cafetière. Pour ne pas déranger son propriétaire, îhand de parapluies avait été ouvrir la porte à Birot- [olineux avait en vénération les maires et les adjoints ille de Paris, qu'il appelait ses officiers municipaux. lect du magistrat, il se leva, re&ta debout, la casà la main, tant que le grand Birotteau ne fut pas

on, monsieur ; oui, monsieur; ah 1 monsieur, si j'air l'honneur de posséder au sein de mes modestes i un membre du corps municipal de Paris, croyez le je me serais fait un devoir de me rendre chez uoique votre propriétaire ou — sur le point — de îvenir, Birotteau fit un geste pour le prier de resa casquette. — Je n'en ferai rien, je ne me cou- )as que vous ne soyez assis et couvert si vous êtes lé ; ma (Cambre est un peu froide, la modicité de renus ne me permettent pas... A vos souhaits, monidjoint.

teau avait éternué en cherchant ses actes. Il les pr6-' ton sans dire, pour éviter tout retard, çne monsieur , notaire, les avait rédigés à ses frais.

) ne conteste pas les lumières de monsieur Roguin^ om bien connu dans le notariat parisien ; mais j'ai Lites habitudes, je fais mes affaires moi-même, manio iLCusable, et mon notaire est...

■— Mais notre afiEsûre est si simple, dit le parfumeur ha«bittté aux promptes décisions des commerçants.

— Si simple I a^écria Molineux. Rien n'est simple en matière de location. Ah ! vous n'êtes pas propriétaire, monsieur, et vous n'en êtes que plus heureux. Si vous saviez jusqu'où les locataires poussent l'ingratitude, et à c4Hnbien de précautions nous sommes obligés. Tenez, monsieur, j'ai un locataire...

Volineux raconta pendant un quart d^ieure comment monâenr Gendrin, dessinateur, avait trompé la surveillance de son portier, rue Saint-Honoré. Monsieur Gendrin avait Mi des infamies dignes d'un Marat, des dessins obscènes que la police tolérait, attendu la connivence de la police 1 Ce Gendrin, artiste profondément immoral, rentrait avec des femmes de mauvaise vie et rendait l'escalier impraticable ! plaisanterie bien digne d'un homme qui dessinait des caricatures contre le gouvernement. Et pourquoi ces méfailst... parce qu'on lui demandait son loyer le 15 ! Gendrin et Molineux allaient plaider, car, tout en ne payant pas, l'artiste prétendait rester dans son appartement vide. Molineux re* cevait des lettres anonymes où Gendrin sans doute le menaçait d'un assassinat, le soir, dans les détours qui mènent à la cour Batave.

— Au point, monsieur, dit-il en continuant, que monsieur le préfet de police, à qui j'ai confié mon embarras... (j'ai profité de la circonstance pour lui toucher quelques mots sur les modifications à introduire dans les lois qui régissent la matière) m'a autorisé à porter de? istolets pour ma sûreté personnelle.

Le petit vieillard se leva pour aller chercher ses pis* tolets.

— Les voilà, monsieur ! s'écria-t-il.

— Mais, monsieur, vous n'avez rien à craindre de semblable de ma part, dit Birotteau regardant Gayron au^piel il sourit en lui jetant un regard où se peignait un sentiment de pitié pour un pareil homme.

84 8GÈNSS DK LA YIB ttAlUSIENNK

Ce regard, Molineux le surprit ; il fut bleteé de rencontrer une semblable expression chez nn officier nranieipt}, qn éerait protéger ses administrés. A tont antre, il Tavait pardonnée,^naîs il ne la pardcHUia pas à Birottcan»

— Monsieur, repril41 d'an air see, «a joge eoiiailiaiie des plus estimés, un adjoint, vm honorable eoBunerçani ne descendrait pas à ces petitesses, car ce soni des petitesses. Mais, dans Tespèce, il y a un percement à faire consentir par votre propriétaire^ monâeur le comte de Gruidmlle, des conv^tions à stipuler pour le rétablisacment du mur à fin de bail ; enfin, les loyers sont considérablement bas, ils se relèv^ont, la place YendOme gagnera, elle gag^e 1 la rue Castiglione va se bftiir ! Je me lie... je me lie...

— Finissons^ dit Birotteau stupéfait, que voulez^ vous T je connais asseï les a&ires pour deviner que vos raisons se tairont devant la raison supérieure, l'argent î £h bien 1 que vous faut-ilî

— Rien que de juste, monsieur l'adjoint. Ckmibien svezvous de temps à faire de votre bail?

— Sept ans, répondit Birotteau.

— Dans sept ans, que ne vaudid pas mon premier étage I reprit Molineux. Que ne louerait-on pas deux chambres garnies dans ce quartier-là ? plus de deux cents francs par mois, peut-être 1 Je me lie, je me lie par un bail. Nous porterons donc le loyer à quinze cents francs. A ce prix, je consens à faire distraction de ces deux chambres du loyer de monsieur Cayron que voilà, dit-il en jetant un regard louche au nuu'chand^ je vous les donne à baii pour sept années consécutives. Le percement sera à votre charge, sous la condition de me rapporter Tapprobation et désistement de tous droits de monsieur le comte de Grandville. Vous aurez la responsabilité des événements de ce petit percem'entfvousne serez point tenu de rétablir le murpAur ce qui me concerne, et vous me donniez comme indemnité cinq «oents francs dès à présent : on ne sait ni qui vit ni qui meurt, je ne veux courir après personne pour refaire le mur.

CteâK BmOTTSAU 8B

«- des eoBdHioAs se saBdMent à fieu près justes, dit lirottetii,

— fms, dit Molroenx, vous me ccnapterez sept eent dnqnnte frtnes, hie tt moie, impiittbles sor les nx derniers mois de la jouissance, le bail en portera quittanee. Ohi faecepterai de petits effsts, «anses oainir en loiftrg pour ne po perdre «a gavanlâe, S telle date qn'il vous phûra. Je m roDd et eewt en affinres. Noos stipulerons qœ toos fermiez la porte sur mon escalier, où vous n'aurez ancnn Mt d'entrée.», â tos trais», en maçonnerie. Rassures- ^^ je ne demanderai point d'indermiité posir le rétabliswment lia ta dn bail ; je la regarde comme comprise dans ^ eiaq cents Êraaea. llsasieur, y4Mis me trouverez toiyonrs JQsie*

— Nous astres commerçants ne sonunes pas si pointil- ^^^ ^it le padurae&r, il n'y aurait point d'i^ire posâble av«e de telles form^it^

— Ohl dans le commerce, c'est bien différent, et surtout daos k parfumerie^ ^ tout va comme un^ani, dit le petit ^^^illard avec «n sourire aigre. Mais, monsieur, en matière <le kestifm, à Paras, rien n'est indifférent. Tenez j'ai eu un ^•atoe, me itoïtorguml...

— Monsieur, dit Birotteau, je serais désespéré de retarder ^'Otre déjeuner : yoflà les actes, reetifiec-les, tout ce que Yoas me demandez est entendu ; signons demain, édiangeons #nud'bm nos paroles, «ar dNnrâ mon arehiiecte doit être maître des lieux.

^ Monsieur, reprit Molineux en regardant le marchand de parapluies, U y a le terme échu, monsieur Ca|ron ne veut ?^ le payer, nous le joindrons anx petits effets pour que le ^ aille de janvier en janvier. Ge sera plus régulier.

— Soit, dit Birotteau.

*" liC sou pour livre an portier.-

— Mais, dit Birotteau, vous me privez de l'escalier, dt ^•tPée, il n'est pas jœie...

^ûbl vons êtes locataire^ dit d'une vois péfienq)toire k

•"gr-'T

IX à eheyal sur le principe, vous devez les Importes et fenêtres et votre part dans les charges. »t bien entendu, monsieur, il n'y a plus aucune ous vous agrandissez beaucoup, monteur, les bien?

t Birotteau. Mais fe motif est autre. Je réunis is autant pour célébrer la délivrance du terriiir fêter ma promotion dans Tordre de la Légion

1 1 dit Molineuxy une récompense bien méritée! t Birotteau. Peut-être mesuis-je rendu digne de et royale faveur en siégeant au tribunal concombattant pour les Bourbons sur les marches ch au 13 vendémiaire, où- je fus blessé par es titres...

ceux de nos braves soldats de l'ancienne armée. t rouge, parce qu'il est trempé dans le sang

its, pris du Constitutionnel, Birotteau ne put l'inviter le petit Molineux, qui se confondit en s et se sentit prêt à lui pardonner son dédain, reconduisit son nouveau locataire jusqu'au icablant de politesses. Quand Birotteau fut au cour Batave avec Gayron, il regarda sou voisin lenard.

royaispas qu'il pût exister des gens si infirmes! nant sur ses lèvres le mot bête.

msieur, dit Gayron, tout le monde n'a pas vos rotteau pouvait se croire un homme supérieur de monsieur Molineux; la réponse du marchand i le fit sourire agréablement, et il le saluâ d'une

à la halle, se dit Birotteau, faisons Tafiaira des

heure de recherches, Birotteau, renvoyé des halle à la rue des Lombards, où se consom-

CtSAR BmOTTEAU 87

maîent les noisettes pour les dragées, apprit par ses amis les Matifat que le fruit sec n'était tenu en gros que par u»e certaine madame Angélique Madou, demeurant rue Perrin- Gasselin, seule maison où se trouvassent }a véritable aveline de Provence et la vraie noisette blanche des Alpes.

La rue Perrin-Gasselin est un des sentiers du labyrinthe carrément enfermé par le quai, la rue Saint-Denis, la rue de la Ferronnerie et la rue de la Monnaie, et qui est comme les entrailles de la ville. Il y grouille un nombre infini de marchandises hétérogènes et mêlées, puantes et coquettes, le hareng et la mousseline, la soie et les miels, les beurres et les tulles, surtout beaucoup de petits commerces dont ne se doute pas plus Paris que la plupart des hommes ne se doutent de ce qui se cuit dans leur pancréas^ et qui avaient alors pour sangsue un certain Bidault, dit Gigonnet, escompteur, demeurant rue Grenétat. Ici, d'anciennes écuries sont habitées par des tonnes d'huile, les remises contiennent des myriades de bas de coton. Là se tient le gros des denrées vendues en détail aux halles. Madame Madou, ancienne revendeuse de marée, jetée il y a dix ans dans le fruit sec par une liaison avec l'ancien propriétaire de son fonds, et qui avait longtemps alimenté les commérages de la halle^ était une beauté virile et provoquante, alors disparue dans un excessif embonpoint. Elle habitait le rez-de-chaussée d'une maison jaune en ruines, mais maintenue à chaque étage par des croix en fer. Le défunt avait réussi à se défaire de ses concurrents et à convertir son commerce en monopole; malgré quelques légers défauts d'éducation, son héritière pouvait donc le continuer de routine, allant et venant dans ses magasins, qui occupaient des remises, des écuries et d'anciens ateliers où elle combattait les insectes avec succès. Sans comptoir, ni caisse, ni livres, car elle ne savait ni lire, h\ écrire, elle ^répondait par des coups de poing à une lettre, en la regardant comme une insulte. Au demeurant bonne femme, haute en couleur, ayant sur la tête un foulard par-dessus son bonnet, se conciliant par son verbe d'ophicléide l'estime des charretiers qui lui aj^rtaitem

ndises et afee lesquels ses au/i72ef finissaieoftpar lie de petit bhnc. Elle ne pouvait aToir aucune vec les cultivateurs qui lui expédiaient ses fruits, ondaîent avec de l'argent comptant, seule manière dre entre eux, et la mère Madou les allait voir i belle saison. Birotteau aperçut o^te sauvage au milieu de sacs de noisettes, de marrons et de

mr, ma chère dame, dit Birotteau d'un air léger. Hrcy dit-dle. Hé I mon fils, lu me conoeis dcœc eu des rapports agréables ?£st-Qe que nous avons rois ensemble ?

lis parfumeur et de plus adjoint au maire do urrondissement de Paris ; ainsi, comme magistrat mateur, j'ai droit à ce que vous preniez un autre loi.

e marie <iuand je veux, dit la virago. Je ne con-

m à la mairie et ne fatigue pas les adjoints.

na pratique, a m'adore, et je leux parle à mon

ne sont pas contents, ils vont se faire enfiler

les effets du monopole! se dit Birotteau.

le ! c'est mon filleul : il aura fait des sottises; j pour lui, mon respectable magistrat? dit-elle en t sa voix.

j'ai eu l'honneur de vous dire que je venais en consommateur.

ieni comment te nommes-tu, mon gars? Je t'ai i venir.

ce ton-là, vous devez vendre vos noisettes à bon ïi Birotteau, qui se nomma et donna ses qualités* DUS êtes le fameux Birotteau qu'a une belle femme. I eu voulez-vous de ces sucrées de noisettes, mon r?

lîlle pesant.

tont 0e i^p» J'en «i, «dit k Burr«b«ide «n païkat

CÉSAR BIROTTEAt; M

ocmiiDe une flûte enrooée. Mon cher noMîeur, tous n'état pas dans les fainéants pour marier les filles et lespirfumerl Qoe Dieu tous béniisel vous avez ûb Foceupation. fiseusez du peu * Tous allez être use fière pntNpie, ei tous ser ex inscrit dans le eoenr de la femme que j'aime le mieua «a monde. ••

— Qui donc?...

— Hé bien 1 la chère madame Ifadoa.

— • Combien vos noisettes?

— Pour vousy mon bourgeois, vingt-dnq francs le cent, si vous prenez le tout.

— Tmgt-cinq francs^ dit Birotteau^ quinze cents francs 1 Et il m'en faudra peut-être des cent milliers par an.

— • Mais voyez donc la belle marchandise, cueillie sans acnliers I dit-elle en plongeant son bras rouge dans un sac d'avelines. Et pas crense I mon cher monsieur* Pensez donc que lés épiciers vendent leurs mendiants vingt-quatre sous la livre, et que sur quatre livres ils mettent plus d'une livre de noisettes en dedans. Faut-il que je perde sur ma marchandise pour vous plaire? Vous êtes gentil, mais vous ne me plaisez pas eore assez pour çal S'il vous en faut tant, on pourra faire marché à vingt francs, car faut pas renvoya un a4ioint, ça porterait malheur aux mariés F TÀtez donc la belle marchandise, et lourde 1 II ne faut pas les cinquante à la livrai c'est plein, le ver n'y est pas 1

— JUloas, envoyez-moi six milliers pour deux mille francs et â ^piatre-vingi-dix jours, rue du Faubourg-du-Temple, à Ma fabrique, demain de grand matin.

— Obaera pressé comme unen^riée. Eh bien 1 adieu, monsieur le Maire, sans rancune. Mais si ça vous était égal, ditdie en suivant Birotteau dans la cour, j'aimerais mieux vos eiats à qnaranAe Jours, car je vons fais trep bon marché, je ne peux pas core perdre l'escompte] Avec ça qu'il aie cœur tendre^ le père Gigonnet, il nous suce l'Ame comme une ar!%née sirote une mouche.

— Eti lâen J oni, à cinquante jouBS. Mais nous pèitfona

..«- — •* Mvres, afin de ne pas avoir de creuses. Sans cela, \L

le chien, îl s'y connaît, dit madame Madou. On is Ini refaire le poil. C'est ces gueux de la rue des qui lui ont dit ça 1 ces gros loups-là s*entendent dévorer les pauvres igneaux. a avait cinq pieds de haut et trois pieds de tour, nblait à une borne habillée en colonnade à raies inture.

umenr, perdu dans ses combinaisons, méditait en long de la rue Saint-Honoré sur son duel avec Macassar, fi raisonnait ses étiquettes, la forme de lies, calculait la coutexture du bouchon, la couiffîches. Et Ton dit qu'il n'y a pas de poésie dans rce 1 Newton ne fit pas plus de calculs pour son inome que Birolteau n'en faisait pour YEssenee , car l'huile redevint essence, il allait d'une exk l'autre sans en connaître la valeur. Toutes les ons se pressaient dans sa tête, et il prenait celle ms le vide pour la substantielle action du talent, réoccupation, il dépassa la rue des Bourdonnais igé de revenir sur ses pas en se rappelant son

Joseph Pillerault, autrefois marchand quincaillier ne de la Cloche d'Or, était une de ces physionoîs en ce qu'elles sont ; tout s'harmoniait en lui, L mœurs, intelligence et cœur, langage et pensée, et le fait. Seul et unique parent de madame Birotirault avait concentré toutes ses affections sur elle ;arine, après avoir perdu, dans le cours de sa carimerciale, sa femme et son fils, puis un enfant I fils de sa cuisinière. Ces pertes cruelles avaient ^nhomme dans un stoïcisme chrétien, belle docmimait sa vie et colorait ses derniers jours d'une I fois chaude et froide comme celle qui dore les iu soleil en hiver. Sa tôle maigre et creusée, d'un e, où l'ocre et le bistre étaient harmonieusement

CiSAR BmeTTEAU 91

fondus, offrait une frappante analogie avec celle que lea peintres donnent au Temps, mais en le Tulgarisant ; car les habitudes de la yie commerciale avaient amoindri chez lui le caractère monumental ei rébarbatif exagéré par les peintres, les statuaires et les fondeurs de pendules. De taille moyenne, Pillerault était plutôt trqm que gras, la nature l'avait taÛlé poui- le travail et la longévité, sa carrure accur sait une forte charpente, car il était d'un tempérament seo» sans émotion d'épiderme; mais non pas insensible. Pillerault, peu démonstratif, ainû que l'indiquaient son attitude calme et sa figure arrêtée, avait une insensibilité tout intérieure, sans phrase ni emphase. Son œil, à prunelle verte mélangé de points noirs, était remarquable par une inaltérable lucidité. Son front, ridé par des lignes droites et jauni par le temps, était petit, serré, dur, couvert par des cheveux d'un gris argenté, tenus courts et comme feutrés. Sa bouche fine annonçait la prudence et non l'avarice. La vivacité de l'œil révélait une vie contenue. Enfin la probité, le sentiment du devoir, une modestie vraie lui faisaient comme une auréole en donnant à sa figure le relief d'une belle santé. Pendant soixante ans, il avait mené la vie dure et sobre d'un travailleur acharné. Son histoire ressemblait à celle de Gésar^ moins les circonstances heureuses. Commis jusqu'à trente ans, ses fonds étaient engagés dans son commerce an moment où César employait ses économies en rentes; enfin, il avait subi le maximum, ses pioches et ses fers avaient été mis en réquisition. Son caractère sage et réservé, sa prévoyance et sa réflexion mathématique avaient agi sur sa manière de travailler. La plupart de ses affaires s'étaient conclues sur parole, et il avait rarement eu des difficultés. Observateur comme tous les gens méditatifs, il étudiait les gens en les laissant causer ; il refusait alore souvent des marchés avantageux pris par ses voisins, qui plus tard s'en repentaient en se disant que Pillerault flairait les fripons. Il préférait des gains minimes et siks à ces coups audacieux qui mettaient en question de grosses sommes. Il tenait les plaques de cheminée, les grils, les chenets grossiera.

9Ï SCÈNES DE LA VltS PARISIENNE

S en fonte et en fer, les homes et les foarmtnm ]etle partie assez ingrste exigeait «n travail lœssif. Le gam n'-étôt pas en raison da lavait pen de bénéfice sur ces nàtièi^s lourdes, tnner, à emnmfasiner. Anssi avait-il cloué biet ût bien des emballages, déballé, reçu bien des iune fortune n'était m plus noblement gagnée, ne, ni plus bonorable que la sienne. Il n'mvait , m jamais couru après les affiûres. Dans les B, on le voyait fumant sa pipe devant sa porte, i passants et voyant travailler ses commis; >que à laquelle il se retim, sa fortune consi^ in soiunte-dix mille francs qu'à plaça sor le et dont il eut cinq mille et quelques cents te ; puis en quarante nulle francs payables en

intérêt, le prix de son fonds, vendu à Vua de

Pendant trente ans, en faisant annuellement lie francs d'affaires, il avait gagné sept pour

somme, et sa vif absorbait la moitié de ses

son bilan. Ses voisins, peu envieux de sa niéient sa sagesse sans la oomprendre. Au coin i Monnaie et de la rue Saint-IIonoré se trowe f où quelques vieux négociants allûent comme odre leur café le soir. Là, parfois l'adoption cuisinière avait été le sujet de quelques plai*

celles qu'on adresse à un homme respecté, iller inspirait une estime respectueuse, sans tée, la sienne lui sc^sait. Aussi, quand Pîl-

ce pauvre jeune bomme, y eut-i! plus de deux les au convoi, qui allèrent jusqu'au cimetière.

il fut héroïque. Sa douleur contenue comme les hommes forts sans fute, augmenta la symrtier pour ce Inive konme^ mol prononcé U avec un accent qui tm étendait le sens et

La sobriété de Claude Pillerault, devenue ha» t se plier aux plabirs d'une vie oisive, quand, lommerce, il rentra dans oe vepos qui aiaisae

CÈ&àM BIROTTBAD 9S

ianl le Iwurgeoîft j^riam; il cûotûraft ma genre d'exisUiMe •i iBÎma sa iiieilleaflse par ses ooimelioas fuû ^aoos-W, étaient celles de FexUrtee gauche. Pilleraalt ^fH^artenaîl à cette partie oumère agrégée par la révolution à la bo«B^ ffiome. La ae«le tadie de sob caractère était llmportaoe. qsi'il attachait à sa conquête; il tenait à ses droits, àla fiberté, aux fruits de la léyolution; il croyttt son aisanoe et sa eoBsi s t aa ce politique coaiproaiîses par les jésuites dont les libéraux anaoBcaient le seçrel pouroir, menacées par les idée» que le Cmitiiuiimwel prétait à Monsititr. Il était d'ailleurs conséquoni avec sa yie^ avec ses idées; il n'y avait rien (f étroii dans sa politique^ il n'injuriait point ses adtarsaires, il avait peur des courtisans^ il croyait aux vérins répul^kaines; Û imaginait Manuel pur de tout excès, le général Foy grand homme, Casimir Péiier sans ambition, Lafiiyette un prophète politique, Courier bon homme. U avaii enfin de n<^les chimères. Ce bean vieillard vivait de la vie de famille, il allait chez les Ragen et dies sa nièce^ chex le juge Popinot, cbea Joseph Lebasetcbez les Matifat. Personnellement quinse cents firancs faisaient raison de tous ses besoins. Quant au reste de ses revenus, il l'employait aide bonnes oeuvres, en présents à sa petite nièee: il donnait à dîner quatre fois par an à ses amis chez Roland, rue du Hasard, et les menait aux spectacles. U jouait le réle de ces vieux garçons sur qui les fenmes mariées tirent des lettres de change à vue pour leurs luitûûes; une partie de campagne, lOpéra, les Montagnes-Beanjon. Pillerault était alors heureux du plaisir qu'il donnait, il jouissait dans le coeur des autres. Après avoir vendu son fonds, il n'avait pas voulu quitter le quartier où étaient ses habitudes, et il avait pris rue des Bourdonnais un petit appartement de trois pièces au quatrième dans une vieille maison.

De même lue les mœurs de Molineux se peignaient dans son étrange m<^lier, de même la vie pure et simple de PiUerault était révélée par les dispositions intérieures de son appartement, composé d'une antichambre , d'un salon et d'une chambre. Aux dimensions près, c'était la cellule du

chartreux. L'antichambre, au carreau rouge et frotté, n'avait mi'nnp fftnAtre omée de rideaux en percale à bordures rouges,

d'acajou garnies de basane rouge et de clous urs étaient tendus d'un papier vert-olive et dément des Américains, du portrait de Bonaparte consul, et de la Bataille d'Austerlitz. Le salon, irrangé par le tapissier, avait un meuble jaune a tapis, la garniture de cheminée en bronze sans devant de cheminée peint, une console avec un

sous verre, une table ronde à tapis sur laquelle rte-liqueurs. Le neuf de cette pièce annonçait crifice fait aux usages du monde par le vieux qui recevait rarement. Dans sa chambre, simple

d'un religieux ou d'un vieux soldat, les deux apprécient le mieux la vie, un crucifix à bénitier on alcôve frappait les regards. Cette profession m républicain stolque émouvait profondément, îmme venait fafre son ménage, mais son respect imes était si grand qu'il ne lui laissait pas cirer

nettoyés par abonnement avec un décrotteur.

) était simple et fnvariable. il portait habituelredingote et un pantalon de drap bleu, un gilet ie, une cravate blanche, et des souliers trèss jours fériés, il mettait un habit à boutons de abitudes pour son lever, son déjeuner, ses sorler, ses soirées et son retour au logis étaient

coin de la plus stricte exactitude, car la régo- Burs fait la longue vie et la santé. Il n'était jan de politique entre César, les Ragon, Vabhé i, ùu* les gens de cette société se connaissaient i venir à des attaques sur le terrain du prosélyoe son neveu et comme les Ragon, il avait une iance en Roguin. Pour lui, le notaire (Je Paris s un être vénérable, une image vivante de la is l'affaire des terrains, Pillerault s'était livré à Kamen qui motivait la hardiesse avec laquelle combattu les pressentiments de sa femme.

CESAR BIROTTEAD 1>5

. Le part^lieur monta, les soixante-dix-huit marché qui muaient à la petite porte brune de l'appartement do son oncle, en pensant que ce yieillard devait être bien vert pour toujours les monter sans se plaindre. Il trouva la redmgoie et le pantalon étendus sur le portemanteau placé à Fextérieur ; madame Vaillant les brossait et frottait pendant que ce vrai philosophe, enveloppé dans une redingote en molleton gris, déjeunait au coin de son feu, en lisant les débats parlementaires dans le Constitutionnel^ ou Journal du Con^ merce.

— Mon oncle, dit €ésar, Taffaire est conclue, on va dresser les actes. Si vous aviez cependant quelques craintes ou des regrets, il est encore temps de rompre.

— Pourquoi romprais-je? Taffaire est bonne, mais longue à réaliser^ comme toutes les affaires sûres* Mes cinquanle miUe francs sont à la Banque, j'ai touché hier les derniers cinq mille francs de mes fonds. Quant aux Ragon ils y mettent toute leur fortune.

— Eh bien ! comment vivent-ils?

— Enfin, sois tranquille, ils vivent.

— Mon oncle, je vous entends, dit Birotteau vivement ému et serrant les mains du vieillard austère.

— Gomment se fera l'affaire ? dit brusquement Pillerault.

— J'y serai pour trois huitièmes, vous et les Ragon pour un nuitième ; je vous créditerai sur mes livres jusqu'à ce qu'on ait décidé la question des actes notariés.

— Bon ! Mon garçon, tu es donc bien riche, pour jeter là trois cent mille francs? Il me semble que tu hasardes beaucoup en dehors de ton commerce, n'en souffrira-t-il pas? Enfin cela te regarde. Si tu éprouvais un échec, voilà les rentes à quatre-vingts, je pourrais vendre deux mille francs de mes consolidés. Prends-y garde, mon garçon^ si tu avais recours à moi, ce serait la fortune de ta fille à laquelle tu toucherais là.

— Mon oncle, comme vous dites simplement les plus bellei Gxosesi vous me remuez le cœur«

— Le féaëral Poy me W remuait biem antremeiil ImU à l'heure! Enfin, ira, coudas; les lerraios ne ^envolerottt pas^ ils seront à noins pour moitié; quand il fiodrait attendre six ans, nous atiroos toujours quelques inéréts^ il y a éts diantiers qui donnent des loyers; e» ne peut àsmc rien perdre. Il n'y a qu'une efaanee, encore est-elIftimpossihlQ, Roguin n'emportera pas nos fonds^.

— Ma femme me le disait pourtant celte suit, eue ersiiit.

— Roguin emporter nos fonds, dit Pl^rauU en riaat, et pourquoi ?

— II a, di^-elle, trop de sentiment dans le nea, et, comme tous les hommes qui ne peuvent pas ayetr de femmes, il ett earagé pour...

Après avoir laisse échapper un sourire d'ineréilulîté, Pillerault alla déchirer d'un livret un petit papier, éerivit la s(MBme, et signa.

— Tiens, voilà sur la Banque un bon de cent mille francs pour Ragon et pour moi. Ces pauvres gens ont pourtant vendu à ton mauvais drôle de du Tillet leurs quinze actions dans les mines de Wortsehin pour compléter la somme. De braves gens dans la peiae^ cela serre le cceur. Et des gens si dignes, si nobles, la fleur de la viôlle bourgeoisie enânl Leur frère Popinot lejiuge n'en sait rien, ils se cachent de M pour ne pas Tempècher de se livrer à sa bienfaisance. Des gens qui ont travaillé, comme moi, pendant trente ans.

— Dieu veuille donc que THuile Gomagène réussisse, s'écria Birotteau, j'en serai doublement heureux. Adieu, mon oncle, vous viendrez dîner dimanche avec les Ragon, Roguin et monsieur Giaparon, car nous, signerons tous aprèsdemain, c'<^st demain vendredi, je ne veux pas faire d'af.».

«^ Tu donnes d<mc dans ees superstitions-là?

— Mon oncle, je ne croirai jamais que le jour où le fils de Dieu fut mis à mort par les hommes est un jour heureux. On. interrompt bien toutes les affaires pour le ai janvier*

-. ^ A dimanche, dit brusquement PilleraulL

— Sans ses opinions politiques, se dit Birotteau en rede»-

CiSAR BIROTTBAU fff

cendant Tescalier, je ne sais pas s'il aurait son pareil loibas, mon onde. Qu'est-ce que lui a fait la politique? tl serait si bien en n'y songeant pas du tout. Son entêtement prouve q 'il n'y a pas d'homme parfait.

— Déjà trois heures, dit César en entrant chez lui.

— Monsieur, vous prenez ces valeurs-là ? lui demandi Céiestin en montrant les broches du marcliand de parapluies.

— Oui, à six, sans commission. — Ma femme, apprête tout pour ma toilette, je vais chercher monsieur Vauquelin, lu sais pourquoi. Une cravatte blanche surtout.

Birotteau donna quelques ordres à ses commis, il ne vit pas Popinot, devina que son futur associé s'habillait, et remonta promptement dans sa chambre, où il trouva la Vierge de Dresde magnifiquement encadrée, selon ses ordres.

— Eh bien t c'est gentil^ dit-il à sa fille.

— Mais, papa, 4is donc que c'est beau, sans quoi Ton se moquerait de toi.

— ^Voyez-vous cette fille qui gronde son père?... Eh bien I pour mon goût, j*aime autant Héro et Léandre. La Vierge est un sujet religieux qui p^ut aller dans une chapelle ; mai > Héro et Léandre, ahl je l'achèterai, car le flacon d'huile m'a donné des idées...

— Mais, papa, je ne te comprends pas.

— Virginie, un fiacre, cria César d'une voix retentissante quand il eut fait sa barbe et que le timide Popinot parut en traînant le pied à cause de Césarine.

L'amoureux ne s'était pas encore aperçu que son infirmité n'existait plus pour sa maîtresse. Délicieuse preuve d'amour que les gens à qui le hasard inflige un vice corporel quelconque peuvent seuls recueillir.

— Monsieur, dit-il, la presse pourra manœuvrer demain.

— Eh bien! qu'as-tu Popinot? demanda César en voyant rougir Anselme.

—Monsieur, c'est le bonheur d'avoir trouvé une boutique, arrière-boutique, cuisine et des chambres au-dessus et des

magasins pour doue cents francs par an, me des Qnq- Diamants.

— B iaut obtenir un bail de dix-huit ans, dit Birotteao. Hais allons chez monsieur Yauquelin, nous causerons en route.

César et Popinot montèrent en fiacre aux yeux des con»mis étonnés de ces exorbitantes toilettes et d'une voiture anormale, ignorants qu'ils étaient des grandes choses médi* tées par le mattre de la Reine des Roses.

— Nous allons donc savoir la vérité sur les noisettes, se dit le parfumeur.

•^ Des noisettes? dit Po|Mnot.

— Tuas mon secret, Popinoi, dit le parfumeur, j'ai Mkdié le mot notsetUf tout est là* L'huile de noisette est la seule qui ait de Faction sur les cheveux, aucune maison de parftimerie n'y a pensé. En voyant la gravure d'Héro et Léandre, je me suis dit . Si les anciens usaient tant d'huile pour leurs cheveux, ils avaient une raison quelconque, car les anciens sont les anciens I malgré les prétentions modernes, je suis de l'avis de Boileau sur les anciens. Je suis parti de là pour arriver à l'huile de noisette, grâce au petii Bianchon, l'élève en médecine, ton parent; il m'a dit qu'à l'école ses camarades employaient l'huile de noisette pour activer la croissance de leurs moustaches et favoris. Il ne nous manque plus que la sanction de l'illustre monsieur Yauquelin. Eclairés par lui, nous ne tromperons pas le public. Tout à l'heure, j'étais à la halle, chez une marchande de noisettes, pour avoir la matière première ; dans un instant, je serai chez l'un des plus grands savants^ de France pour en tirer la quintessence. Les proverbes ne s4nt pas sots, les extrêmes se touchent. Yois, mon garçon ! le commerce est l'intermédiaire des productions végétales â^^e la ^ience. Angélique Madou récolte, monsiair Vauquelin extrait, et nous vendop' ane essence. Les noisettes valent cinq sous la livre, monsieur Yauquelin va centupler leur valeur, et nous rendrons service peut-être à l'humanité, car ai la vanité cause

CÉfiàR BmOTTKiOJ m

de grands tOHnnente à rhomme, un bon cosmétique esl alors ua bienfait.

La religieuse admiration arec laquelle Popinot ^eoutaU le père de sa Césanne stimula Féloquence de Birotteau, qui se permit les phrases les plus sauvages qu'un bourgeois puisse inventer.

— Sois respectueux, Anselme, dit-il en entrant dans la me où demeurait Yauquelin, nous allons pénétrer dans le sanctuaire de la science. Hets la Vierge en évidenee, saos affectation, dans la salle à manger, sur une chaise. Pourvu que je ne m'entortille pas dani ce que je veux dire, s'écria naïvement Birotteau. Popinot, cet homme fait une impression chimique, sa voix me chauffe les entrailles et me cause même une légère colique. U est mon bienfaiteur, et dans quelques instants, Anselme, il sera le tien.

Ces paroles donnèrent froid à Popinot, qui posa ses pieds comme s'il eût marché sur des œufs, et regarda d'un air inquiet les murailles. Monsieur Yauqnelin était dans son cabinet, on lui annonça Birotteau. L'académiden savait le parfumeur adjoint au maire et très en laveur, il le reçut.

— Tous ne m'oublies donc pas dans vos grandeurs? dit le savant^ mais de chimiste à parfumeur^ il n'y a que la main.

— Hélas! monsieur, de votre génie à la simplicité d'un bonhomme comme moi, il y a llmmennté. Je vous dois co que vous appelez mes grandeurs, et ne Foublierai ni dans ce monde, ni dans l'autre.

— Oh î dans l'autre, dit-on, nous serons tous égaux , les nns et les savetiers.

— C'est-à-dire les rois et les savetiers qui se seront saintement conduits, dit Birotteau.

— C'est votre fils? dit Yauqnelin en regardant le petit Popinot hébété de ne rien voir d'extraordinaire dans le cabinet où il croyait trouver des monstruosités, de gigantesques machfues, des métaux volants, des substances animées.

«- Non, monsieur, mais un Jeune homme que j'aime et

qui vient implorer une bonté égale à votre talent ; n'est-elle pas infinie, dit-il d'un air fin. Nous venons vous consulter une seconde fois, à seize ans de distance , sar une matière importante, et sur laquelle je suis ignorant comme un parfumeur.

— Voyons, qu'est-ce?

— Je sais que les cheveux occupent toutes vos veilles, et que vous vous livrez à leur analyse ; pendant que vous y pensiez pour la gloire, j'y pensais pour le commerce.

— Cher monsieur Birotteau, que voulez- vous de moi? l'analyse des cheveux ? Il prit un petit papier. Je vais lire à TAcadémie des sciences un mémoire sur ce sujet. Les cheveux sont formés d'une quantité assez grande de mucus, d'une petite quantité d'huile blanche, de beaucoup d'huile noir verdâtre, de fer, de quelques atomes d'oxyde de manganèse, de phosphate de chaux, d'une très-petite quantité de carbonate de chaux, de silice et de beaucoup de soufre. Les différentes proportions de ces matières font les différentes couleurs des cheveux. Ainsi les rouges ont beaucoup t>lus d'huile noir verdâtre que les autres.

César et Popinot ouvraient des yeux d'une grandeur lisible.

— Neuf choses, s'écria Birotteau. Gomment ! il se trouve dans un cheveu des métaux et des huiles? Il faut que.ce soit vous, un homme que je vénère, qui me le dise pour que je le croie. Est-ce extraordinaire ! Dieu est grand, monsieur Vauquelin.

— Le cheveu est produit par un organe folliculaire, reprit le grand chimiste, une espèce de poche ouverte à ses deux extrémités ; par l'une elle tient à des nerfs et à des vaisseaux, par l'autre sort le cheveu. Selon quelques-uns de nos savants confrères, et parmi eux monsieur de Blainville, le cheveu serait une partie morte expulsée de cette poche ou crypte que remplit une matière pulpeuse.

— Cest comme qui dirait de la sueur en bâton, s'écria Popinot à qui le parfumeur donna un petit coup de pied dans le tftlon.

ItyH^

CÉSAR BUIOTTEAU 101

Vauqaeîm sourit à Tidée de Popinot.

— Il a des moyens^ n'est-ce pas? dit alors César en regardant Popinot. Mais, monsieur, si les cheveux sont mortnés, il est lu possible de les faire vivre, nous sommes perdus I le prospectus est absurde ; vous ne savez pas comme le public «st drôle, on ne peut pas venir lui dire...

— Qu'il a un fumier sur la tête, dit Popinot voulant encore faire rire Vauquelin.

— Des catacombes aériennes, lui répondit le chimiste en continuant la plaisanterie.

— Et mes noisettes qui sont achetées , s'écria Birotteau sensible à la perte commerciale. Mais pourquoi vend-on des...

— Rassurez- vous, dit Vauquelin en souriant, je vois qu'il s'agit de quelque secret pour empêcher les cheveux de tomber ou de blanchir. Écoutez, voUà mon opinion sur la matière après tous mes travaux.

Ici Popinot dressa les oreilles comme un lièvre effrayé.

— La décoloration de cette substance morte ou vive est, selon moi, produite par l'interruption de la sécrétion des matières colorantes, ce qui expliquerait comment dans les cKmats froids le poU des animaux à belles fourrures p&lit et blanchit pendant l'hiver.

— Hein I Popinot.

— Il est évident, reprit Yauquelin, que l'altération des chevelures est due à des changements subits dans la température ambiante...

— Ambiante, Popinot I retiens, retiens, cria César.

— Oui, dit Yauquelin, au froid et au chaud alternatifs, on à des phénomènes' intérieurs qui produisent le même effet. Ainsi probablement les migraines et les affections céphalalgiques absorbent, dissipent ou déplaceni les fluides générateurs. L'intérieur regarde les médecins. Quant à l'extérieur, arrivent vos cosmétiques.

— Eh bien I monsieur, dit Birotteau, vous me rendez la vie. J'ai songé à vendre de l'huile de noisette, en pensant

anciens faisaient nsa$;e d*huile pour leurs cheveux, iciens sont les anciens, je suis de Favis de Boileau. i les athlètes oignaient-ils*. • [luile d'olive vaut l'huile de noisette, dit Vauquelin routait pas Birotteau. Toute huile est bonne pour T le bulbe des impressions nuisibles aux substances itient en travail, nous dirions en dissolution, s'il t de chimie. Peut-être avez-vous raison : Thuile de possède, m'a dit Dupuytren, un stimulant. Je cherconnaitre les différences qui existent entre les huiles , de colza, d'olive, de noix, etc.

ne me suis donc pas trompé, dit Birotteau triomnt, je me suis rencontré avec un grand homme. r est enfoncé I Macassar, monsieur est un cosmétiné, c'est-â-dire vendu, et vendu cher, pour faire les cheveux.

er monsieur Birotteau, dit Yauquelin, il n'est pas ux onces d'huile de Macassar en Europe. L'huile de r n'a pas la moindre action sur les cheveux, mais ises rachètent au poid;i de l'or à cause de son inïonserymtriee sur les cheveux, sans ssToir que l'huile ne est tout ans» bonne. Aucune puissance ni ehii divine...

i! divine... ne dites pas cela, monsieur Yauquelin. lis, cher monsieur, la première loi que Dieu suive e conséquent avec luknéme; sans unité, pas de puiih

i, vu comme ça...

icune puissance ne peut donc faire pousser de ebeles chauves, de même que vous ne teindrez jamais iger les cheveux rouges on blancs ; mais en vantant i de l'huile, vous ne commettez aucune erreur, anisonge, et je pense que ceux qui s'en serviront pourserver leurs cheveux.

oyez-vous que TAcadémie royale des sciences vonprouver...

CtSAU HROTTEAU iM

— Oh ! il n'y » pas k la moindre découTcrle, dît Yiuquelin. D'ailleurs, les charlatans ont tant abusé du nom de TAcadëmie que TOtts n'en seriez pas plus avancé. Ma conseknee se refnse à regarder Thuile de noisette comme un prodige.

— Quelle serait la meilleure manière de l'extraire 7 par la décoction ou par la pression? dit Birotteau.

— Par la pression entre deux plaques chaudes, l'huile sera plus abondante; mais obtenu par la pression entre deux plaques froides, elle sera dé meilleure qualité. H faut l'appliquer, dit Yajuquelin avec bonté, sur la peau même et non s'en frotter les cheveux, autrement l'effet serait manqué.

— Reliens bien ceci, Popinot, dit Birotteau dans un en« thousiasme qui lui enflammait le visage. Vous voyez, monsieur; un jeune homme qui comptera ce jour parmi les plus beaux de sa vie. U vous connaissait, vous vénérait, sans vous avoir vu. Ah t il est souvent question de vous diex moi, le nom qui est toujours dans les cœurs arrive souvent sar les lèvres. Nous prions, ma femme, ma fille et moi, pour vous, tous les jours, comme on le doit pour son bienfaiteur.

— C'est trop pour si peu, dit Yauquelin gêné par la ver^ beuse reconnaissance du parfumeur.

— Ta, ta, ta 1 fit Birotteau, vous ne pouvez pas nous empêcher de vous aimer, vous qui n'acceptez rien de moi. Tous êtes comme le soleil, vous jetez la lumière, et ceux que vous éclairez ne peuvent rien vous rendre.

Le savant sourit et se leva, le parfumeur et Popinot se levèrent aussi.

— Regarde, Anselme, regarde bien ce cabinet. Vous permettez, monsieur? vos moments sont si précieux, il ne reviendra peut-être plus ici.

— Eh bien! êtes-vous content des affaires? dit Yauquelin à Birotteau, car enfin nous sommes deux gens de comaerce...

— Assez bien, monsieur, dit Birotteau se retirant vers la salle à manger où le suivit Yauquelin. Hais pour lancer

lOi SCÈNES DE LA. VIE PARISIENNE

cette huile sous le nom d'Essence de Gomagène, il faut de " ►nds....

ence et Gomagène sont deux mots qui hurlent, votre cosmétique Huile de Birôtteau. Si vous ne ïs mettre votre nom en évidence, prenez-en un ïis voilà la Vierge de Dresde. Ah! monsieur Bivous voulez que nous nous quittions brouillés, isieur Yauquelin, dit le parfumeur en prenant les i chimiste, cette rareté n'a de prix que par la perdue j*ai mise à la chercher. Il a fallu faire fouiller llemagne pour la trouver sur papier de Ghine et lettre, je savais que vous la désiriez, vos occupavous permettaient pas de vous la procurer, je me votre commis voyageur. Agréez donc, non une méravure, mais des soins, une sollicitude, des pas et es qui prouvent un dévouement absolu. J'aurais e vous souhaitassiez quelques substances qu'il fallût Tcher au fond des précipices, et venir vous dire : i ! Ne me refusez pas. Nous avons tant de chances 3 oubliés, laissez-moi me mettre moi, ma femme^ Bt le gendre que j'aurai, tous sous vos yeux. Vous 32 en voyant la Vierge : U y a de bonnes gens qui i moi.

scepte, dit Vauquelin.

>t et Blrotteau s'essuyèrent les yeux, tant ils furent l'accent de bonté que mit Tacadémicicn à ce mot . liez-vous combler votre bonté? dit le parfumeur» 'est-ce? fit Vauquelin.

réunis quelques amis... (il se souleva sur les talons, nt néanmoins un air humble...) autant pour célédélivrance du territoire, que pour fêter ma iiomi« ms Tordre de la Légion d'honneur...

I dit Vauquelin étonné.

it-être me suis-je rendu digne de cette insigne et veur en siégeant au tribunal consulaire et en con»lour les Bourbons sur les marches de Saint-Roch an

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CÉSAR BIROTT£AU 105

13 TeDâémraire, ot je fus blessé par Napoléon. Ma femme donne un bal dimanche dans vingt jours, venez-y, monsieur. Faites-nous Vhonneur de d!ner avec nous ce jour-là. Pour moi, ce sera recevoir deux fois la croix. Je vous écrirai bien à l'avftnce.

— Eh bien, oui, dit Yauquelin.

— Mon cœur se gonfle de plaisir, s'écria le parfumeur dans la rue. U viendra chez moi. J'ai peur d'avoir oublié ce qu'il a dit sur les cheveux, tu t'en souviens, Popinot?

— Oui, monsieur, et dans vingt ans je m'en souviendrais encore.

— Ce grand homme 1 quel regard et quelle pénétration! dilBirotteau. Ahl il n'en a fail ni une ni deux; du premier coup, il a deviné nos pensées, et nous a donné les moyens d'abattre l'huile de Macassar. Ah I rien ne peut faire pousser les cheveux, Macassar, tu menst Popinot, nous tenons une fortune. Ainsi, demain, à sept heures, soyons à la fabrique, les noisettes viendront et nous ferons de l'huile, car il a beau dire que toute huile est bonne, nous serions perdus si le public le savait. S'il n'entrait pas dans notre huile un peu de noisette et de parfum, sous quel prétexte pourrions-nous la vendre trois ou quatre francs les quatre onces?

— Vous allez être décoré, monsieur, dit Popinot. Quelle gloire pour...

— Pour le commerce, n'est-ce pas, mon enfant?

L'air triomphant de César Birotteau, sûr d'une fortune, fut remarqué par ses commis, qui se firent des signes entre eux, car la course en fiacre, la tenue du caissier et du patron les avaient jetés dans les romans les plus bizarres. Le contentement mutuel de César et d'Anselme trahi par des regards diplomatiquement échangés, le coup d'œil plein d'espérance que Popinot jeta par deux fois à Césarine annonçaient quelque événement grave et confirmaient les conjectures des commis. Dans cette vie occupée et quasi claustrale, les plus petits accidents prenaient l'intérêt que donne

i06 SCÈNES OK LA YIE PARISIENNE

un prisonnier à ceox de sa prison. L'attitude de César, qui répondait aux regards olympiens de son mari par des airs de doute, accusait une nouvelle entreprise, ear en temps ordinaire madame César aurait été contente, elle que les succès du détail rendaient joyeuse. Par extraordinaire, la recette de la journée se montait A six mille francs ; on était Tenu payer quelques mémoires arriérés.

La salle à manger et la cuisine éclairée par une peUte cour, et séparée de la salle à manger par un couloir où dé* boudiait Tescalier pratiqué dans un coin de Tarrière-boutique, se trouvaient à l'entresol, où jadis était l'appartement de César et de Constance; aussi la salle à manger où s'était écoulée la lune de miel avait-elle l'air d'un petit salon. Durant le dîner, Raguet, le garçon de confiance, gardait le magasin, mais au dessert les commis redescendaient au magasin, et laissaient César, sa femme et sa fille achever leur dtncr au coin du feu. Cette habitude venait des Ragon, chez qui les anciens us et coutumes du commerce, toujours en vigueur, mahitenaient entre eux et les commis Ténorme distance qui jadis existait entre les tnattres et les apprentie. Césarine ou Constance apprêtait alors au parfumeur sa tasse de café qu'il prenait assis dans une bergère au coin du feu. Pendant cette heure César mettait sa femme au fait des petits événements de la journée, il racontait ce qu'il avait tu dans Paris, ce qui se passait au faubourg du Temple, les difficultés de sa fabrication.

— Ma femme, dit-il quand les commis furent descendus, Toilà certes une des plus importantes journées de notre vie I Les noisettes achetées, la presse hydraulique prête à manoeuvrer demain, Taifaire des terrains conclue. Tiens, serre donc ce bon sur la Banque, dit^-il en lui remettant le mandat de PiUerault. La restauration de l'appart^sment décidé, notre appartement augmenté. Mon Dieu I j'ai vu, cour Balave, im homme bien singulier! Et il raconta monsieur Molineux«

— Je vois, lui répondit sa femme en l'interrompant an nuTieu d'une tirade, que tu l'es endetté de deux cent mille francs.

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■» C'est TTii, ma femme^ dit le parfameur avec une fauiae humilité. Gomment payerons-nous cela, bon Dieu î car faut compter pour rien les terrains de la Madeleine destiné» à devenir un jour le plus beau quartier de Paris.

— Un jour. César.

— Hélas I dit-il en continuant la plaisanterie, mes trois huitèmes ne me vaudront un million que dans six ans. Et «omment payer deux cent mille francs? reprit César en faisant un signe d'effroi. Eb bien, nous les payerons cependant a:vee cela, dit*il en tirant de sa poche une noisette prise chex madame Madou, et précieusement gardée.

Il montra la noisette entre ses deux doigts à Césarine et à Constance. Sa femme ne dit rien, mais Césarine intriguée dit à son père, en lui servant le café : — Âh çà, papa, tu lis?

Le parfumeur, aussi bien que ses commis, avait surpris pendant le dîner les regards jetés par Popinot à Césarine; il voulut éclaircir ses soupçons^.

— Eh bien, fifille, cette noisette est cause d'une révolution au logis. H y aura, dès ce soir, quelqu*un de moins sous notre toit.

Césarine regarda son père en ayant l'air de dire : iQlue wHimporte ?

—Popinot s'en va.

Quoique César fût un pauvre observateur et qu'il eftt préparé sa dernière phrase autant pour tendre un piège à sa fille que pour arriver à sa création de la maison A. PopmoT et coMPAGNiK, sa tendresse paternelle lui fit deviner les sentiments confus qui sortirent du cœur de sa bile, fleur rirent en roses sur ses joues, sur son front, et colorèrent ses yeux qu'elle baissa. César crut alors à quelques paroles échangées entre Césarine et Popinot. Il n'en était rien : ces deux enfants s'entendaient, comme tous les amants timides, sans ^P*Te dit un mot.

Quelques moralistes pensent que l'amour est la passion la plus involontaire, la ^vm désintéressée, la moins cakula*»

toutes, excepté toutefois l'amour maternel. Cette comporte une erreur grossière. Si la plupart des , ignorent les raisons qui font aimer, toute symihysique ou morale n*en est pas moins basée sur des faits par l'esprit, le sentiment ou la brutalité. ' est une passion essentiellement égoïste. Qui dit , dit profond calcul. Ainsi, pour tout esprit frappé nt des résultats, il peut sembler au premier abord, mblable ou singulier de voir une belle fille comme ï éprise d'un pauvre enfant boiteux et à che?eux Néanmoins, ce phénomène est en harinonie avec étique des sentiments bourgeois. L'expliquer sera compte des mariages toujours observés avec une ;e surprise et qui se font entre de grandes, de belles et de petits hommes, entre de petites, de laides s et de beaux garçons. Tout homme atteint d'un déconformation quelconque, les pieds-bots, la clau- , les diverses gibbosités, l'excessive laideur, les le vin répandues sur la joue, les feuilles de vigne, té de Roguin et autres monstruosités indépendantes lonté des fondateurs, n'a que deux partis à prendre : *endre redoutable ou devenir d'une exquise bonté ; i est pas permis de flotter entre les moyens termes s à la pluivart des hommes. Dans le premier cas, il it^ génie ou force; un homme n'inspire la terreur la puissance du mal, le respect que par le génie, la Q par beaucoup d'esprit. Dans le second cas, il se rer, il se prête admirablement aux tyrannies fémit sait mieux aimer que n'aiment les gens d'une irréle corporence. Elevé par des gens vertueux, par les modèles de la plus honorable bourgeoisie, et par e le juge Popinot, Anselme avait été conduit, et andettr et par ses sentiments religieux, à racheter r vice corporel par la perfectioa de son caractère, de cette tendance qui rend la jeunesse si attrayante, te et César avaient souvent fait l'éloge d'Anselme Césanne. Mesquins d'ailleurs, les deux boutiquiers

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étaient grands par l'âme et comprenaient bien les choses du oœur. Ces éloges trouvèrent de Técho ehez une jeune fille qui, malgré son innocence, lut dans les yeux si purs d'Anselme un sentiment violent, toujours flatteur, quels que soient Tâge, le rang et la tournure de l'amant, ue petit Popinot devait avoir beaucoup plus de raison qu'un bel homme d'aimer une femme. Si la femme était belle, il eu serait fou jusqu'à son dernier jour, son amour lui donnerait de l'ambition, il se tuerait pour rendre sa femme heureuse, il la laisserait maîtresse au logis, il irait au-devant de la domination. Ainsi pensait Gésarine involontairement et pas si crûment peut-être ; elle entrevoyait à vol d'oiseau les moissons de l'amour et raisoqnait par comparaison ; le bonheur de sa mère était devant ses yeux, elle ne souhaitait pas d'autre tie, son instinct lui montrait dans Anselme un autre César perfectionné par l'éducation, comme elle Tétait par la sienne. Elle rêvait Popinot matre d'un arrondissement, et se plaisait à se peindre quêtant un jour à sa paroisse comme sa mère à Saint-Roch. Elle avait fini par ne plus s'apercevoir de la différence qui distinguait la jambe gauche de la jambe droite chez Popinot, elle eût été capable de dire : Mais boite- t-il ? Elle aimait cette prunelle si limpide, et s'était plu à voir l'effet que produisait son regard sur ces yeux qui brillaient aussitôt d'un feu pudique et se baissaient mélancoliquement. Le premier clerc de Roguin, doué de cette précoce expérience due à l'habitude des affaires, Alexandre Grottat, avait un air moitié cynique, moitié bonnasse qui révoltait Gésarine, déjà révoltée par les lieux communs de sa conversation. Le silence de Popinot trahissait utk esprit doux, elle aimait le sourire à demi mélancolique que lui inspiraient d'insignifiantes vu^garités^ les niaiseries qui le faisaient sourire excitaient toujours quelque répulsion chez elle, ils souriaient ou se contristaient ensemble. Cette supériorité n'empêchait pas Anselme de se précipiter à l'ouvrage, et son infatigable ardeur plaisait à Césanne, car elle devinait que si les autres commis disaient : fl Gésarine épousera le premier clerc de monsieur Roguin, »

110 SGÈIfES DE LA VIE PARISIENNS

Anselme pauvre, l>oiteax et à eheteux roux, ne désesp^aît pas d'obtenir sa main. Une grande espénnee prouTO na grand amour.

.— Où va-t^il ? demanda Césariae à son père en cssaf ani de prendre un air indifférent.

— n s'établit rue des Cinq-Diamants f et , ma foi! à la grftoe de Dieu, dit fiirottean, dont l'exclamation ne fut comprise ni par sa femme, ni par sa fille.

Quand Birotteau rencontrait une difficnlté morale, il M* sait comme les insectes devant un obstacle, il se jetait à gauche on à droite; il changea donc la eonversatlon en se promettant de causer de Gésarine avec sa femme.

— JTai raconté tes craintes et tes idées sur Roguin à ton oncle, il s'est mis à rire, dit-il à Constance.

— Tu ne dois jamais révéler ce que nous disons entre nous, s'écria Constance. Ce pauvre Roguin est peut-être le plus honnête homme du monde, il a cinquante-huit an&etne pense plus sans doute...

Bile s'arrêta court en voyant Césarine attentive, et la montra par un coup d'œil à Cé^r.

— J'ai donc bien fait de conclure, dit Birotteau.

— Mais tu es le maître, répondit-elle.

César {rit sa femme par les mmns et la baisa au front. Cette réponse était toujours chez elle un consentement tacite a«x projets de son mari.

— Allons, s'écria le parfuiheur en descendant à son ma« gasln et en parlant à ses commis, la boutique se fermera à dix heures. Messieurs, un coup de main I il s'agit de transporter pendant la nuit tous les meubles du premier au second I Il faut mettre comme on dit, les petits pots dans les grands, afin de laisser demain à mon arcliitecte les coudées francnes.

— Popinot est sorti sans ma permission, dit César en ne le Toyant pas. Eh mais, il ne couche pas ici, je l'oubliais. U est allé pensa-t-il, ou rédiger les idées de monsieur Yaaqudin, ou louer une boutique.

CÂSAR BIROTTBAU 111

— Nous comiaissoBs la eanse de ce déménagement, dit €élestin en parlant aa nom des deux antres commis et de Raguet, groupés derrière lui. Nous sem*^! permis de féliciter monsieur sur un honneur qui rejaillit sur toute la bonliqne... Popinot nous a dit que monsieur...

— Hé bien^ mes enfants, que voulez-TOusl on m'a décoré* Aussi, non-seulement à cause delà délivrance du territoire , mais encore pour fêter ma promotion dans la Légion d'ho»» neur, réunissons-nous nos amis. Je me suis peut-être rendu digne de cette insigne et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour la cause royale que j'ai défendue... à votre ftge, sur les marches de Saint-Rocfa, au 13 vendémiaire; et, ma foi, Napoléon, dit rémperevr, m'a blessé 1 J'ai été blessé à la cuisse encore , et madame Ragon m'a pansé. Ayez du courage, vous serex récom» pensé 1 Yoilà, mes enfants, comme un malheur n'est jamais perdu.

— On ne se battra plus dans les rues^ dit Gélesdn.

— Il faut Tespérer dit César, qui partît de là pour ftnre une mercuriale à ses commis, et il la termina par une invitation.

La perspective d'un bal anima les trois commis, Raguet et Virginie d'une ardeur qui leur donna la dextér té des équilibristes. Tous allaient et vendent chargés dans les escaliers sans rien casser ni renverser. A deux heures du matin, le déménagement était opéré. César et sa femme couchèrent au second étage. La chambre de Popinot devint celle de Célesiin et du second commis. Le troisième étage fut un garde-meuble provisoire.

Possédé de cette magnétique ardeur que produit l'affluence ihi fluide nerveux et qui fait du diaphragme un brasier chez les gens ambitieux ou amoureux agités par des grands desseins, Popinot si doux et si tranquille avait piafifé comme un cheval de race avant la course, dans la boutique, au sortir de tablo.

•- Qu'«9-ta doncT«lui dit Gélestin.

uelle journée, mon cher I je m'établis, lui dit-fl à

I, et monsieur César est décoré.

ous êtes bien heureux, le patron vous aide, s'écria

lot ne répondit pas, il dispsmit poussé comme par un rieux, le vent du saccès.

h ! heureux, dit à son voisin qui vérifiait des dti« un commis occupé à mettre des gants par douzaipatron s'est aperçu des yeux que Popinot fait à maille Césanne, et comme il est très-fin le patron, il rrasse d'Anselme; il serait difficile de le refuser, à ses parents. Gélestin prend cette rouerie pour de rOsilé.

Ime Popinot descendait la rue Saint-Honoré et coudes Deux-Ecus, pour s'emparer d'un jeune homme seconde vue commerciale lui désignait comme le il instrument de sa fortune. Le juge Popinot avait ervice au plus habile commis voyageur de Paris à le sa triomphante loquèle et son activité firent noms tard Villusire. Voué spécialement à la chapellerie 'ticle de Paris, ce roi des voygaeurs se nommait enrement et simplement Gaudissart. |A ving-deux ans ;nalait déjà par la puissance de son magnétisme com- , Alors fluet, l'œil joyeux, le visage expressif, une e infatigable, le coup d'oeil habile à saisir les goûts un, il méritait d'être ce qu'il fut depuis, le roi des voyageurs, le Français par excellence. Quelques iparavant, Popinot avait rencontré Gaudissart qui it sur le point de partir; l'espoir de le trouver eni^aris venait donc de lancer l'amoureux sur la me K Ecus, où il apprit que le voyageur avait retenu sa IX Messageries. Pour faire ses adieux à Isa chère caraudissart était allé voir une pièce nouvelle au Yau- Popinot résolut de l'attendre. Confier le placement le de noisettes à ce précieux metteur en oeuvre des ns marchandes, déjà choyé par les plus riches maigtait-ce pas tirer une lettre (te change sur la for-

CtBàSi BmOTfMAX} lit

InneT Popinot possédait Gaudissart. Le commis voyageur, si savant dans l'art d'entortiller les gens les plus rebelles, les petits marehands de provinoe, s'étatt laissé entortiller dans la première conspiration tramée contre les Bourbons après les €eot-ieors. Gaudissart, à ^ le grand ah était indiapenrable, se vit enprison sous le poids d'une aeeusttioncainti^. Le juge PopÎEMM, chargé de l'instruction, aviÀ mis Gaudissart hors de cause en reconnaissant que son imprudente sottise l'avait seule compromis dans cette aililre. Avec un juge désireux de plaire au pouvoir ou d'un rovnlisme exalté, le malheureux commis allait à l'échafeud. Gaudissart, qui croyait devoir la vie au juge d'instruction, nourrissait un profond désespoir de ne pouvoir porter à son sauveur qu'une stérile reconnaissance. Ne devant pas remercier un juge d'avoir rendu la justice, il était allé chez les Ragon se déclarer homme lige des Poptnot.

Bn attendant, Popinot alla naturellement revoir sa boutique de la rue des Ginq-Dtamants, demandar Tadresse du propriétaire, afin de traiter du bafl. Bn errant dans le dédale obscur de la grande halle , en pensimt aux moyens d'organtser un rapide snceès, Popinm saint, me Aubry-le- Boveber, ime occasion unique et de bon augure avec laquelle il comptait régaler César le lendemain. En action à la porte de l'bètel du Commerce, au bout de la rue des Deux-Éous, vers nnuit, Popinot entend it, dans le lointain de la me de Grenelle, un vaudeville final chanté par Gandbsait, nvee accompagnement de canne significttivemenl tistnée sur les pavés.

— Monsieur, dît Antphne en débouchant de la porte et se nentranl soudam, Jmt mots?

— Ott^, M TOUS voulez, dit le commis voyageur en 1#vaat sa canne plombée sur ragreaseur.

«— le suis Popinot, dK le pauvre Anselme.

— Suffit, dît Gaudissart en le reconnaissant. Que tous faui-ilî de Fargent? absent par congé, mais on en trouvera. Mon bras pour un dnelt tout à vous, des pieds â rocdpuLBtildumta:

m SCÈNES D9 tA VIB PARISIENNE

Voili, TOilà Lt TTai f oldat françaif I

eauser avec moi dix minutes, non pas dans )re, on pourrait nous écouter, mab sur le quai s, à cette heure il n'y a personne, dit Popinot, quelque chose de plus important, mffe donc, marchons!

inutes, Gaudissart, maître des lecrets de Forait reconnu l'importance.

isseï, parfumeurs, coiffeurs et débitants !

iissart en singeant Lafon dans le rôle du Gid. aumer tous les boutiquiers de France et de Naune idée 1 J'allais partir, je reste, et vais prenimissions de la parfumerie parisienne, irquoi?

étrangler vos rivaux, innocent ! En ayant leurs s^ je puis faire boire de l'huile à leurs perfides ;, en ne parlant et ne m'occupant que de la imeux tour de voyageur ! Ah ! ah I nous sommes tes du commerc^^ Fameux I Quant à votre prom'en charge. J'L pour ami d'enfance Andoche s du chapelier de la rue du Coq, le vieux qui ans le voyage pour la chapellerie. Andoche, qui d'esprit, il a pris celui de toutes les têtes que père, il est dans la littérature, il fait les petits Courrier de» Spectacles. Son père, vieux chien isons pour ne pas aimer ^'esprit, ne croit pas à possible de lui prouver que l'esprit te vend, il que le trois-six. Le vieux Finot prend le petit I famine. Andoche, homme capable, mon ami it je ne fraye avec les sots que commercialement, les devises pour le Fidèle Berger qui paye, tan*

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